Les vagues de chaleur dans un contexte de changement climatique : rapport à la première ministre et au Parlement
Auteur moral
Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (France)
Auteur secondaire
Résumé
Même s'il n'y a pas de définition universelle des vagues de chaleur et même si ces termes incluent plusieurs événements météorologiques allant des pics de chaleur jusqu'aux canicules extrêmes, les vagues de chaleur ont été classifiées en fonction de leurs impacts sur la santé et une méthode de détection a été élaborée permettant de décrire de manière univoque l'évolution passée et récente des vagues de chaleur et d'élaborer des projections d'évolution future.
Editeur
Documentation française
Descripteur Urbamet
changement climatique
;chaleur
Descripteur écoplanete
Thème
Environnement - Paysage
Texte intégral
Les vagues
de chaleur
dans un contexte
de changement
climatique
O BSERVATOIRE NATIONAL
SUR LES EFFETS DU RÉCHAUFFEMENT CL IMATIQUE
Rapport à la Première ministre
et au ParlementLe
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O B S E R V A T O I R E N A T I O N A L
S U R L E S E F F E T S D U R É C H A U F F E M E N T C L I M A T I Q U E
Les vagues
dechaleur
dans un contexte
dechangement
climatique
Rapport à la Première ministre
et au Parlement
Publications de l?ONERC à La Documentation française
Un climat à la dérive : comment s?adapter ? Rapport de l?ONERC au Premier ministre
et au Parlement, La Documentation française, Paris, 2005.
Stratégie nationale d?adaptation au changement climatique, La Documentation
française, Paris, 2007.
Changements climatiques et risques sanitaires en France, Rapport de l?ONERC
au Premier ministre et au Parlement, La Documentation française, Paris, 2007.
Changement climatique. Coûts des impacts et pistes d?adaptation, Rapport de l?ONERC
au Premier ministre et au Parlement, La Documentation française, Paris, 2009.
Villes et adaptation au changement climatique, Rapport de l?ONERC au Premier
ministre et au Parlement, La Documentation française, Paris, 2010.
L?adaptation de la France au changement climatique, Rapport de l?ONERC au Premier
ministre et au Parlement, La Documentation française, Paris, 2012.
Les outre-mer face au défi du changement climatique, Rapport de l?ONERC au
Premier ministre et au Parlement, La Documentation française, Paris, 2013.
L?arbre et la forêt à l?épreuve d?un climat qui change, Rapport de l?ONERC au Premier
ministre et au Parlement, La Documentation française, Paris, 2014.
Le littoral dans le contexte du changement climatique, Rapport de l?ONERC au
Premier ministre et au Parlement, La Documentation française, Paris, 2015.
Adaptation au changement climatique, évaluation de la démarche nationale et
recommandations, Rapport de l?ONERC au Premier ministre et au Parlement, La
Documentation française, Paris, 2016.
Vers un 2eplan d?adaptation au changement climatique pour la France. Enjeux et
recommandations, Rapport de l?ONERC au Premier ministre et au Parlement, La
Documentation française, Paris, 2017.
Les événements météorologiques extrêmes dans un contexte de changement clima-
tique, Rapport de l?ONERC au Premier ministre et au Parlement, La Documentation
française, Paris, 2018.
Des solutions fondées sur la nature pour s?adapter au changement climatique,
Rapport de l?ONERC au Premier ministre et au Parlement, La Documentation fran-
çaise, Paris, 2019.
La prospective au service de l?adaptation au changement climatique, Rapport de
l?ONERC au Premier ministre et au Parlement, La Documentation française, Paris,
2022.
En application de la loi du 11 mars 1957 (art.41) et du Code de la propriété intellectuelle du 1erjuillet 1992, complétés
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© Direction de l?information légale et administrative, Paris 2023
ISBN : 978-2-11-157694-0
3
Sommaire
MOT DU PRÉSIDENT .............................................................................. 5
RÉSUMÉ ................................................................................................ 7
Chapitre A
Lesvagues de chaleur,
s?adapter à un risque croissant ................................................... 13
Introduction ..................................................................................................... 15
Concepts associés aux vagues de chaleur et développés dans le rapport ........ 16
Chapitre B
Vagues de chaleur dansle climat passé, présent
et futur. Attribution et îlots dechaleur urbains .............. 21
Tendances futures du changement climatique sur les vagues de chaleur
et les canicules ............................................................................................... 23
L?îlot de chaleur urbain .................................................................................... 29
Attribution des vagues de chaleur à l?influence humaine .................................. 40
Chapitre C
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels
des vagues dechaleur ....................................................................... 45
La vague de chaleur au Canada en juin2021 .................................................. 47
La vague de chaleur en Chine au cours de l?été2022 ..................................... 54
Impact des vagues de chaleur sur les glaciers ................................................. 59
Impact des vagues de chaleur sur les glaciers des Pyrénées ........................... 62
Impacts des vagues de chaleur sur la biodiversité ........................................... 65
Impacts des vagues de chaleur sur la biodiversité marine................................ 75
Impacts des vagues de chaleur sur l?agriculture française ............................... 82
Impacts des vagues de chaleur sur la production d?énergie électrique ............. 95
Impacts des vagues de chaleur sur le réseau électrique .................................. 101
Impacts des vagues de chaleur sur les transports et infrastructures
de transport ..................................................................................................... 105
Impacts des vagues de chaleur sur la santé .................................................... 121
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
4
Chapitre D
Politiques d?adaptation aux vagues de chaleur ................. 133
La RE2020 ...................................................................................................... 135
La vigilance « canicule » de Météo-France .......................................................... 139
Gérer des vagues de chaleur de plus en plus extrêmes :
des impacts sanitaires aux impacts systémiques ............................................ 143
Chapitre E
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation ........... 149
Le Centre de ressources pour l?adaptation au changement climatique ............. 151
Drias les futurs du climat, Climat HD ............................................................... 153
Bat-ADAPT ........................................................................................................ 158
Guides de l?ADEME .......................................................................................... 162
Adapter la France au changement climatique : decombien parle-t-on ? ............ 171
Chapitre F
Exemples de solutions d?adaptation
aux vagues de chaleur ....................................................................... 179
Les revêtements clairs ..................................................................................... 181
Plus fraîche ma ville ......................................................................................... 182
L?architecture bioclimatique et les constructions traditionnelles ...................... 184
L?îlot de fraîcheur urbain, un exemple à Échirolles (38) .................................... 191
Paris face aux vagues de chaleur ..................................................................... 199
Stratégies d?adaptation des transports aux impacts des vagues de chaleur ..... 206
Conclusions et perspectives ........................................................... 213
Les actions de réduction de l?aléa ................................................................... 213
La réduction de la vulnérabilité ........................................................................ 214
La réduction de l?exposition ............................................................................. 214
BIBLIOGRAPHIE ...................................................................................... 215
Rapport d?activité del?Observatoire ........................................ 229
Annexes ...................................................................................................... 253
Contributeurs et remerciements ................................................................. 255
Sigles et acronymes ....................................................................................... 258
5
Mot du président
de la commission spécialisée
du CNTE 1
L?été terrible que nous venons de traverser a sans aucun
doute convaincu les rares personnes qui contestaient encore
la réalité du changement climatique.
En effet, l?année2022 cumule beaucoup de records, celui
de la température moyenne annuelle la plus élevée sur
la France, mais aussi l?année qui comptabilise la surface
brûlée par les feux de forêt la plus importante. Avec une
température moyenne annuelle de 14,5oC observée sur le
territoire métropolitain français, l?année2022 bat les précé-
dents records, comme cela avait déjà été le cas pour2020.
Plus alarmant encore, cette année remarquable pourrait
devenir une année normale dans les prochaines décennies.
Avec plus de 66 000hectares de forêts réduits en cendre
en 2022 et presque 300feux recensés, nous avons franchi un grand pas vers
les scénarios les plus pessimistes décrits par les scientifiques. Les régions les
plus à l?ouest, comme la Bretagne, ne sont plus épargnées. Et encore ce ne sont
que deux exemples parmi beaucoup des autres effets des températures extrêmes
de2022, tant sur la nature que sur les activités humaines.
Pour autant, comment s?adresser aux Français ? Comment leur donner envie d?y
croire dans un quotidien marqué par le catastrophisme ?
Face aux défis du réchauffement climatique, nous nous devons de faire société,
d?imaginer des solutions qui renforcent notre cohésion et notre vivre-ensemble.
La nature, biodiversité marine et terrestre mais aussi la terre nourricière, a aussi
subi les attaques répétées des vagues de chaleur dans un contexte de séche-
resse sans précédent.
Et même si on peut avoir l?impression que nos systèmes énergétiques, de la pro-
duction à la consommation, nos réseaux de transports, routiers, ferroviaires, mari-
times et aériens ont été tous résilients lors de ces canicules à répétition, jusqu?à
quel point peuvent-ils faire face ?
1. Commission spécialisée du Conseil national de la transition écologique chargée de l?orientation de l?action
de l?Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique.
Ronan Dantec
© Gaël Arnaud.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
6
La surmortalité importante observée lors de la canicule de2003, dont les victimes
étaient souvent des personnes seules et isolées, a montré l?importance d?une
culture de l?attention portée à l?autre, à sa voisine ou à son voisin de palier. Elle
a souligné le rôle du service public : quand le facteur est aussi une sentinelle, en
capacité de vigilance quand le courrier non relevé alerte sur une possible détresse.
Nous avions alors créé puis fait fonctionner chaque été des systèmes de vigilance
basés sur l?anticipation, l?alerte et la gestion de crise : ainsi, les centres commu-
naux d?action sociale (CCAS) disposent aujourd?hui de listes de personnes vul-
nérables à appeler en période de canicule, Météo-France a intégré les canicules
dans son outil d?alerte météorologique. Ce sont des exemples concrets d?adap-
tation, il faut encore renforcer les actions en la matière.
Débattre de l?adaptation est essentiel pour notre avenir, pour identifier des solu-
tions, prioriser nos interventions et anticiper des évolutions inéluctables. Plus
le débat public sera étayé et approfondi, et plus vite nous intégrerons dans nos
politiques d?adaptation au changement climatique, de gestion des risques natu-
rels, d?aménagement du territoire, de l?ouvrage d?art au plan d?urbanisme, ces
contraintes que nous ne pouvons plus ignorer. Et plus vite nous serons en capa-
cité d?apporter des réponses robustes et financièrement maîtrisées aux consé-
quences du réchauffement, telles que les vagues de chaleur et leurs impacts
directs et indirects.
Une mobilisation commune est indispensable pour prévenir plutôt que guérir les
impacts actuels et futurs d?un changement climatique qu?il ne s?agit plus de nier
ou de minimiser, mais d?affronter lucidement, en toute connaissance.
7
Résumé
Résumé
Même s?il n?y a pas de définition universelle des vagues de chaleur et même si
ces termes incluent plusieurs événements météorologiques allant des pics de
chaleur jusqu?aux canicules extrêmes, les vagues de chaleur ont été classifiées
en fonction de leurs impacts sur la santé et une méthode de détection a été éla-
borée permettant de décrire de manière univoque l?évolution passée et récente
des vagues de chaleur et d?élaborer des projections d?évolution future.
Vagues de chaleur dans le climat passé, présent et futur
Une forte augmentation des occurrences de vagues de chaleur est nettement obser-
vable durant les 2dernières décennies. En effet, depuis l?année2000, trente évé-
nements ont été observés en 22années, soit en moyenne nettement plus d?un
chaque année alors qu?il n?y avait en moyenne qu?une vague de chaleur tous les
3ans entre1947 et 2000.
La durée des vagues de chaleur a également fortement évolué. De l?ordre de
2jours par an en moyenne avant2000, ce nombre est passé à 10jours par an
dans la décennie2011-2020. Avec 33journées, l?année2022 détient le nombre
record de jours de vagues de chaleur pour un seul été, loin devant1983 (23jours)
et 2003 (22jours).
Les derniers rapports du GIEC nous disent que l?augmentation du nombre de
vagues de chaleur va continuer, quel que soit le scénario climatique utilisé, mais
selon des proportions différentes. Ainsi, le nombre de jours de vagues de chaleur
pourrait augmenter de2à 4jours par an (scénarioRCP2.6) et jusqu?à5à 15jours
(RCP 8.5). En fin de siècle, la hausse du nombre de jours de vagues de chaleur
pourrait atteindre de10à30 jours (RCP8.5), voire jusqu?à30à 60jours dans
certaines simulations extrêmes.
Îlots de chaleur urbains
De par leur structure, les villes modifient les conditions météorologiques locales.
L?air dans la ville est ainsi, lorsque les conditions météorologiques s?y prêtent,
plus chaud que dans les environs. C?est le phénomène d?îlot de chaleur urbain,
qui est plus marqué de nuit et pour les grandes agglomérations.
Avec des canicules de plus en plus fréquentes à l?avenir, limiter l?intensité de
l?îlot de chaleur en été est un enjeu important pour les collectivités urbaines. Des
exemples d?action faisant intervenir un très grand nombre d?acteurs sont décrits,
sans avoir vocation à être exhaustifs.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
8
Attribution des vagues de chaleur aux activités humaines
Des études rétrospectives de certaines vagues de chaleur permettent d?attribuer
à l?activité humaine le taux de modification de la probabilité ou de l?intensité de
l?événement étudié. Certaines études décrivent également l?évolution attendue
des caractéristiques (fréquence, intensité) de l?épisode étudié dans un climat futur
plus chaud. Au niveau national, le résultat de telles études est accessible en ligne
et a fait l?objet d?actions de communication. Les études d?attribution favorisent
la réflexion sur l?adaptation, en permettant de situer les canicules récentes dans
une perspective de changement climatique, et en illustrant ce que pourraient être
les canicules du futur.
Impacts des vagues de chaleur, exemples récents
hors de France
La vague de chaleur qui s?est abattue sur le Canada en juin2021 est décrite d?une
manière complète avec sa genèse et un aperçu des impacts de cet épisode de
chaleur sans précédent. Il s?agit d?un résumé d?un article plus complet publié en
anglais par les auteurs (White et al., 2022).
L?exemple suivant est celui, plus récent, de la vague de chaleur qui s?est produite
en Chine au cours de l?été2022. Dans cet article, seuls les aspects météorolo-
giques sont abordés avec la description des principaux records de température et
de durée qui ont été battus. Par exemple, selon les critères de vague de chaleur
d?échelle nationale du service météorologique chinois (CMA), cet épisode a duré
au total 79jours. Les records de températures diurnes et nocturnes ont été battus
dans de nombreuses villes chinoises.
Impacts des vagues de chaleur sur les milieux naturels
Essentielle dans le cycle de l?eau, la modification des glaciers reflète, de façon
très visuelle, l?évolution des paramètres atmosphériques (températures, précipi-
tations?). La fonte des glaciers de la planète est accélérée par le réchauffement
climatique ces 20dernières années. Les constats sont équivalents à l?échelle
européenne et française. L?exemple représentatif du glacier pyrénéen d?Ossoue
est décrit en détail : l?année glaciaire2022, marquée par une vague de chaleur
exceptionnelle, est la plus déficitaire depuis aumoins2002, mais très certaine-
ment depuis bien plus longtemps.
Souvent couplées à des épisodes de sécheresse, les vagues de chaleur ont des
impacts importants sur la biodiversité terrestre mais il est très difficile de connaître
leurs effets à long terme sur la faune, la flore et les milieux. Avec l?augmentation
des températures moyennes, mais aussi des températures extrêmes, les impacts
ne vont aller qu?en s?aggravant dans les années futures et vont concerner une
part de plus en plus étendue du territoire jusque-là préservé.
Résumé
9
En ce qui concerne la biodiversité marine, le constat est identique, les vagues de
chaleur marines augmentent considérablement en fréquence et en intensité, et pro-
voquent un nombre croissant de blanchissements massifs de coraux et plus glo-
balement une perte importante de la biodiversité. Des études récentes (Garrabou
et al., 2022) montrent qu?au moins cinquante espèces marines (dont des macro-
algues, des coraux et des éponges) ont été affectées par des vagues de chaleur
sur des milliers de kilomètres de côtes méditerranéennes.
Impacts des vagues de chaleur sur les secteurs économiques
Quelles que soient les espèces cultivées, les impacts des vagues de chaleur
expliquent au moins pour moitié les baisses de rendements (maïs, blé), voire
les pertes totales de récoltes (vignobles, fruits). En élevage, les pertes de pro-
duction sont également observées. Les pistes d?adaptations se multiplient mais
pour être réellement efficaces, c?est souvent un cortège de solutions d?adapta-
tion qui est nécessaire, rendant la mise en oeuvre plus délicate au niveau d?une
exploitation individuelle.
À la suite des retours d?expérience des canicules passées et grâce à une poli-
tique d?anticipation continue, la production et la distribution d?énergie électrique
ont pu être maintenues à leur niveau nominal malgré un été2022 exceptionnel-
lement chaud. Il convient cependant de continuer à s?interroger sur la prise en
compte du changement climatique dans les choix d?investissement de la produc-
tion et du réseau électrique.
L?impact des vagues de chaleur sur les transports est traité pour les réseaux et les
infrastructures ferroviaires, routiers (routes et ouvrages, bus), aéronautiques et por-
tuaires (maritimes et aéronautiques), tant pour ce qui concerne les impacts directs
des températures excessives que l?impact indirect des feux de forêt et de broussailles.
Impacts des vagues de chaleur sur la population
Malgré les efforts de prévention et d?alerte, ces impacts sont en augmentation,
sans toutefois atteindre les chiffres de2003. Les canicules s?accompagnent éga-
lement d?une recrudescence des recours aux soins d?urgences.
Le système d?alerte canicule et santé (SACS), élaboré pour la France métropoli-
taine, n?a pas été pour l?instant étendu à la France outremer du fait d?un contexte
climatique différent.
Exemples des politiques publiques qui prennent en compte
lesvagues de chaleur et leurs impacts
Puisque la plupart des bâtiments construits aujourd?hui feront encore partie du
parc immobilier français en2100 dans un climat qui aura changé, la réglemen-
tation pour les constructions neuves, appelée réglementation environnementale
2020 (RE2020), intègre parmi ses trois enjeux prioritaires le confort d?été au
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
10
même titre que la réduction des consommations d?énergie ou la prise en compte
de l?impact des constructions sur les émissions de gaz à effet de serre et donc
sur le climat. Il s?agit donc bien d?un enjeu majeur pour les constructions de la
prochaine décennie.
Au moment de la conception et de la mise en place du dispositif de vigilance
météorologique en2000 et 2001, les vagues de chaleur ne faisaient pas partie
des phénomènes à prendre en compte. L?étude de la canicule de2003a permis
d?établir, pour chaque département, des critères objectifs permettant le renfor-
cement des dispositifs d?avertissement en temps réel, avec en particulier l?incor-
poration du phénomène « canicule » au dispositif de vigilance de Météo-France.
Venant compléter le plan canicule, le plan national de gestion des vagues de
chaleur, actuellement en phase de finalisation, a pour objectifs de se préparer
de façon systématique en amont de la période estivale puis d?anticiper l?arrivée
prévue d?une vague de chaleur et de définir les actions à mettre en oeuvre aux
niveaux national et local pour en prévenir et en limiter les impacts non sanitaires.
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
Quelques outils, dont la liste n?est pas exhaustive, sont à la disposition des dif-
férents acteurs de l?adaptation (élus, techniciens des collectivités, acteurs éco-
nomiques, bureaux d?études, particuliers), pour la mise en oeuvre des mesures
d?adaptation : le Centre de Ressources pour l?Adaptation au Changement Climatique,
Drias les futurs du Climat et Climat HD, Bat-ADAPT et les guides de l?ADEME.
Développé dans le cadre du PNACC-2, le centre de ressources pour l?adaptation
au Changement Climatique est le fruit d?un partenariat entre le ministère de la
Transition écologique et de la Cohésion des Territoires (DGEC/SCEE/ONERC), le
Cerema, l?ADEME, et Météo-France. Il a pour objectif de faciliter l?accès aux infor-
mations pertinentes pour l?adaptation des territoires au changement climatique,
pour différents types d?acteurs.
Mesure phare du premier plan national d?adaptation au changement climatique
(PNACC-1), le portail Drias Les futurs du climat a ouvert le 24juillet 2012. Il s?agit
du premier service climatique accessible gratuitement. Il met à disposition de l?en-
semble des acteurs concernés par le changement climatique, de manière simple
et gratuite, les informations et les aides nécessaires pour identifier les impacts
et décider de mesures d?adaptation à mettre en oeuvre.
Plus récemment, l?application web ClimatHD propose une vision intégrée de l?évo-
lution du climat passé et futur, aux plans national et régional. ClimatHD synthé-
tise ainsi de manière encore plus simplifiée les derniers travaux des climatologues
et les met à disposition de tous.
Les acteurs du secteur de l?immobilier sont particulièrement concernés par les
enjeux du changement climatique car ils ont la charge de la construction ou de la
gestion de systèmes évoluant sur un temps long : les bâtiments ont une durée
de vie conventionnelle de 50ans. Le changement climatique impactera donc
Résumé
11
lourdement les constructions actuelles, et encore davantage celles qui ne sont
encore qu?à l?état de projet. Bat-ADAPT est un outil d?adaptation au changement
climatique à destination des acteurs de l?immobilier. Il a pour vocation de mettre
à disposition une analyse des risques climatiques et des préconisations pour
adapter les bâtiments au changement climatique.
Du fait des vagues de chaleur de plus en plus nombreuses, les collectivités et
les acteurs opérationnels (maîtres d?ouvrage, maîtres d?oeuvre?) s?engagent de
plus en plus vers des mesures de rafraîchissement urbain. Cependant, en termes
d?adaptation aux vagues de chaleur, il n?existe pas de solution ou de combinaisons
de solutions de rafraîchissement systématiquement applicables à l?ensemble des
situations. Les résultats espérés de chaque solution sur le climat urbain diffèrent
selon le contexte urbain dans lequel elles s?insèrent. Aussi, une analyse fine du
contexte, des enjeux et des impacts attendus de chaque projet reste indispen-
sable pour choisir les solutions de rafraîchissement les mieux adaptées.
Des politiques d?adaptation au changement climatique et de prévention et de
gestion des risques sont déjà appliquées en France et de premières mesures
ont déjà été prises pour répondre aux impacts du changement climatique dans
plusieurs secteurs. Cependant, mettre pleinement en oeuvre ces politiques et
aller au-delà d?actions réactives et incrémentales nécessitent de mobiliser des
moyens, financiers et humains, à la hauteur des enjeux. L?Institut de l?économie
pour le climat (I4CE) a dressé en 2022 un premier état des lieux consolidé de
ces besoins. Parmi les grands « chantiers de l?adaptation », plusieurs visent direc-
tement à mieux anticiper les futures vagues de chaleur.
Exemples de mise en oeuvre de mesure d?adaptation
Les revêtements à albédo élevé tels que les toits blancs sont une des solutions
de rafraîchissement urbain, relativement faciles à mettre en oeuvre. Elles peuvent
être combinées à d?autres solutions telles que les solutions vertes, bleues et
douces, et même à d?autres solutions grises davantage centrées sur les formes
urbaines. La start-up d?État Plus Fraîche ma Ville, portée par l?ADEME au sein de
son incubateur L?Accélérateur de la transition écologique et soutenue par l?As-
sociation des maires de France, a pour objectif d?accompagner les collectivités
dans leurs choix de solutions pérennes et durables de rafraîchissement urbain.
Souvent inspirée des savoirs traditionnels, l?architecture bioclimatique accorde une
importance centrale à l?environnement immédiat du bâtiment et présente souvent
des solutions d?adaptation avantageuses. Plutôt que de continuer à construire des
bâtiments standardisés pour un climat actuel, il est préférable de se projeter dans
un climat plus chaud et par exemple de s?inspirer des techniques traditionnelles
méditerranéennes pour se protéger de la chaleur dans des latitudes plus hautes.
Engagée de longue date dans une politique ambitieuse de transition écologique,
la ville d?Échirolles (38) a identifié et caractérisé avec l?aide d?un géographe cli-
matologue les phénomènes d?îlot de chaleur urbain (ICU). Elle a décidé de traiter,
au coeur du quartier de la Ponatière, l?îlot formé par la cour de l?école élémentaire
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
12
Marcel-David et ses abords (terrain de sport, pourtour d?un gymnase). Ce site
offre, de par ses caractéristiques (superficie de8 300m² environ, propriété de
la ville), un terrain propice à l?expérimentation de solutions d?adaptation fondées
sur la nature, susceptibles d?influer sur les phénomènes de surchauffe estivale
et d?ICU observés à l?échelle du quartier.
L?enquête menée au sein du 13earrondissement de Paris, arrondissement assez
représentatif des enjeux pour la ville de Paris, a permis de dégager plusieurs
grands enseignements quant à sa préparation aux vagues de chaleur, comme le
manque de préparation devant des canicules de plus en plus précoces, longues
et intenses ou comme la dépendance aux réseaux d?énergie. Pour augmenter la
résilience de nos territoires face aux vagues de chaleur à venir, il n?existe qu?une
seule solution viable : anticiper, et planifier la résilience de la ville de demain
en fonction des évolutions du climat futur ?et non d?un climat passé stable, qui
appartient à un temps déjà révolu.
À partir des études de vulnérabilité de leurs infrastructures, les principaux acteurs
du transport (SNCF Réseau, la Société du Grand Paris, des acteurs routiers tels
que la direction interdépartementale des routes sur la zone Méditerranéenne, des
grands ports maritimes) ont mis en place des mesures d?adaptation aux vagues
de chaleur : mesures d?investissement comme le dimensionnement adapté des
infrastructures et ouvrages, d?équipement des matériels roulant en climatisa-
tion, ou bien d?organisation du service comme lors des périodes de vagues de
chaleur avec la mise en place de la surveillance accrue des voies ou de la limi-
tation des vitesses.
Conclusion
Les conditions météorologiques rencontrées durant l?été2022 et leurs impacts
sur tous les aspects de notre société et de la nature doivent nous rappeler l?ur-
gence d?agir sur les deux volets de la lutte contre le changement climatique, l?at-
ténuation et l?adaptation.
Puisque le risque climatique est le produit de trois facteurs, les politiques d?adap-
tation doivent jouer sur les trois composantes du risque : aléa, vulnérabilité ou
exposition.
L?élaboration d?un plan vague de chaleur interministériel permettra de compléter
le plan national canicule jusqu?alors consacré aux impacts sanitaires, de manière
à lutter également contre l?impact des vagues de chaleur sur la vie quotidienne
des Français, la continuité des services publics essentiels et de la vie écono-
mique, ainsi que pour la protection des milieux et ressources naturels, tout en
gardant les acquis du plan canicule actuel qui a prouvé partiellement son effica-
cité dans le domaine sanitaire.
Chapitre A
Lesvagues de chaleur,
s?adapter à un risque
croissant
© Bertrand Nicolas/INRAE.
Lesvagues de chaleur, s?adapter à un risque croissant
15
Jérôme Duvernoy,
Observatoire national sur les effets
du réchauffement climatique (ONERC)
Introduction
Contexte
Les vagues de chaleur sont la manifestation la plus évidente du changement clima-
tique en France, en Europe et dans la plupart des régions du monde. L?année2022
s?ajoute à une liste qui ne cesse de s?allonger. Elle a été marquée par trois vagues
de chaleur successives du15 au 19juin, du12 au 25juillet puis du31juillet au
13août, remarquables notamment par leur précocité, leur intensité et par leur
durée Même s?il est scientifiquement difficile, mais pas impossible, de relier un
événement extrême au changement climatique, les derniers rapports du GIEC
montrent sans le moindre doute que ce sont les émissions anthropiques de gaz
à effet de serre qui sont la cause de la hausse de la fréquence et de la sévérité
des vagues de chaleur dans le monde.
Présentation générale du rapport
Ce rapport fait l?état des lieux des connaissances sur les vagues de chaleur. Le
premier chapitre(B) est consacré à l?historique récent, au contexte actuel, ainsi
qu?aux projections dans un futur proche et un futur plus éloigné, que cela soit
pour les vagues de chaleur terrestres mais aussi pour les vagues de chaleur
marines. Ce chapitre documente également les îlots de chaleur urbains ainsi
que l?attribution des vagues de chaleur au changement climatique. Le chapitre
suivant(C) présente quant à lui les impacts dans différents domaines. Certains
impacts des canicules parfois spectaculaires sont mis en avant par les médias,
tels que les vignes brûlées par le soleil (chapitreC, impacts sur l?agriculture),
les feux de forêts beaucoup plus nombreux qu?en temps ordinaire (chapitreC,
impacts sur la biodiversité terrestre) ou même plus récemment la surmortalité (cha-
pitreC, impacts sur la santé). Le bilan sanitaire des canicules sur France publié
fin novembre2022 par Santé publique France démontre qu?il faut rester vigilant
(Santé publique France, 2022).
Le chapitreD est consacré à la politique française de gestion des vagues de
chaleur. Le chapitreE décrit les outils disponibles puis le chapitreF donne quelques
exemples d?adaptation aux vagues de chaleur, couvrant un spectre allant des poli-
tiques publiques aux actions concrètes de mise en oeuvre.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
16
Concepts associés aux vagues de chaleur
et développés dans le rapport
Définitions des vagues de chaleur
Comme le rappelle l?Organisation météorologique mondiale (OMM, 2015), il n?y a
pas de définition universelle des vagues de chaleur et l?on admet communément
qu?une vague de chaleur est une période de temps inhabituellement chaud et sec
ou chaud et humide, qui dure au moins deux à trois jours et qui a un impact dis-
cernable sur les activités humaines. Cette présentation, qui se veut universelle,
reste assez vague, notamment, en raison de la diversité des climats présents sur
le globe. Par exemple, les températures atteintes lors d?une vague de chaleur en
Afrique saharienne seront clairement bien supérieures à celles atteintes durant un
épisode chaud en Finlande. La perception de la chaleur, ses effets sur la santé,
sur l?environnement et les secteurs socio-économiques varient fortement d?un
pays à l?autre et même d?une région à une autre, expliquant l?absence d?une défi-
nition universelle.
De ce fait, le terme « vague de chaleur » est un terme générique qui désigne une
période plus ou moins longue au cours de laquelle les températures peuvent entraî-
ner un risque sanitaire pour la population.
Classés du plus court au plus long, ces extrêmes météorologiques différents
prennent des appellations différentes :
? Pic de chaleur : chaleur intense de courte durée (un ou deux jours) présen-
tant un risque sanitaire, pour les populations fragiles ou surexposées, notam-
ment du fait de leurs conditions de travail ou de leur activité physique ; il peut
être associé au niveau jaune de la carte de vigilance météorologique utilisée
en France et en Europe ;
? Épisode persistant de chaleur : températures élevées (indice biométéorolo-
gique ?IBM 1? proche ou en dessous des seuils départementaux) qui perdurent
dans le temps (supérieur à trois jours) ; ces situations constituant un risque
sanitaire pour les populations fragiles ou surexposées, notamment du fait de
leurs conditions de travail ou de leur activité physique ; il peut être associé au
niveau de vigilance météorologique jaune ;
? Canicule : période de chaleur intense pour laquelle les IBM atteignent ou
dépassent les seuils départementaux pendant trois jours et trois nuits consé-
cutifs et susceptible de constituer un risque sanitaire notamment pour les
populations fragiles ou surexposées. Elle est associée au niveau de vigilance
météorologique orange ;
1. IBM : indice biométéorologique. Il s?agit de la combinaison des températures minimales et maximales
moyennées sur trois jours.
Lesvagues de chaleur, s?adapter à un risque croissant
17
? Canicule extrême : canicule exceptionnelle par sa durée, son intensité, son
étendue géographique, à forts impacts non seulement sanitaires mais aussi
sociétaux. Elle est associée au niveau de vigilance météorologique rouge.
Chacune de ces situations est donc associée à un niveau de vigilance météoro-
logique spécifique (figureA1).
Figure A 1 : Populations impactées selon le type de vague de chaleur.
Source : Ministère des Solidarités et de la Santé (2021).
Dans le volume4 du rapport Le Climat de la France au xxiesiècle (Ouzeau etal.,
2014), les vagues de chaleur sont définies différemment comme étant des périodes
de cinq jours consécutifs avec une température maximale supérieure de 5degrés
à la normale1976-2005. Une méthode de détection aposteriori des vagues de
chaleur a été mise au point dans le cadre du projet Extremoscope pour être appli-
cable à toutes les échelles spatiales et tous les horizons temporels (Ouzeau etal.,
2016), de manière à pouvoir caractériser de manière universelle les épisodes
passés mais aussi de manière à pouvoir se projeter dans les avenirs proches et
lointains. Cette méthode est décrite en annexe (cf. encadré1).
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
18
Méthode opérationnelle de détection des vagues de chaleur
La méthode opérationnelle de détection des vagues de chaleur utilisée en
France depuis 2006 (Soubeyroux etal., 2016) se base sur la température
moyenne nationale quotidienne. Elle repose sur trois réglages : le seuil de
température au-delà duquel un événement est détecté (Spic = 26oC), le
seuil qui définit le début et la fin de la vague de chaleur (Sdeb = 23oC), et
le seuil d?interruption (Sint = 20oC) qui permet de fusionner deux épisodes
consécutifs sans baisse significative de la température (figureA2). Ce der-
nier seuil a été ajusté afin de détecter des épisodes de canicule clairement
identifiés en France (1947, 1976, 1983, 1994 [Besancenot, 2002] et
2003). La détection s?effectue de la manière suivante : si la température
atteint le seuil Spic, une vague de chaleur est détectée. Le début de l?évé-
nement est défini par le premier jour pour lequel la température est supé-
rieure au seuil Sdeb. La vague de chaleur est interrompue si la température
est inférieure au seuil Sdeb pendant au moins trois jours consécutifs, ou
si la température retombe (même occasionnellement) à des valeurs infé-
rieures au seuil Sint. Une fois qu?une vague de chaleur est identifiée, elle
peut être caractérisée par trois valeurs : la durée, la température moyenne
maximale atteinte pendant l?événement, et l?intensité globale qui est défi-
nie par la différence cumulée entre la température et le seuil Sdeb pendant
l?événement, divisée par la différence entre Spic et Sdeb (zone rouge vif de
la figureA2). L?intensité globale représente la gravité d?un événement et
devrait être proportionnelle à ses effets sur un secteur spécifique.
Figure A 2 : Caractérisation d?une vague de chaleur à partir de l?indicateur ther-
mique quotidien sur la France (exemple d?une série temporelle du30juin au 5août
1983) : Durée (début et fin), température maximale et intensité globale (zone mar-
ron du graphique). Les températures supérieures ou inférieures à la ligne climatolo-
gique (période de référence 1981-2010) sont représentées respectivement par une
zone rouge ou bleue.
Source : Soubeyroux et al., 2016.
Encadré 1
Lesvagues de chaleur, s?adapter à un risque croissant
19
Les définitions issues du plan national canicule 2 font office de référence pour le
déclenchement des alertes (cf. figureA1).
La canicule y est définie comme une période où les moyennes glissantes sur trois
jours des températures minimales et maximales atteignent des seuils d?alerte
départementaux, ces seuils pouvant être modulés par des facteurs aggravants de
la chaleur (humidité, précocité, pollution de l?air, facteurs populationnels de type
grands rassemblements?) en lien avec les agences régionales de santé (ARS).
La canicule est donc caractérisée par des périodes de températures élevées de
jour comme de nuit. Ces périodes sont susceptibles de constituer un risque pour
l?ensemble de la population exposée. La possibilité de survenue d?une vague de
chaleur est plus particulièrement renforcée au cours de la période de veille sai-
sonnière, qui s?étend du1erjuin au 15septembre de chaque année.
Définition du risque
L?existence d?un risque naturel découle de l?articulation entre un phénomène
naturel intense (cet événement étant par nature incertain, on le désigne sous le
terme d?aléa ou de danger) et la présence d?enjeux, qui représentent l?ensemble
des personnes et des biens (ayant une valeur monétaire ou non) pouvant être
affectés par ce phénomène. Les conséquences d?un aléa donné sur les enjeux
sont différentes selon la vulnérabilité de ces enjeux.
Bien que la norme ISO14090 reprenne certaines définitions des rapports du GIEC,
comme l?aléa, la vulnérabilité et l?exposition :
? Aléa, Danger : source potentielle de dommage.
? Vulnérabilité : propension ou prédisposition à subir des dommages.
? Exposition : présence de personnes, de moyens de subsistance, d?espèces ou
d?écosystèmes, de fonctions, ressources ou services environnementaux, d?élé-
ments d?infrastructure ou de biens économiques, sociaux ou culturels dans un
lieu ou dans un contexte susceptible de subir des dommages.
Ces définitions sont tellement simplifiées qu?elles méritent d?être commentées.
En effet, l?aléa, le danger décrit comme « source potentielle de dommage » est repré-
senté dans ce rapport par les vagues de chaleur, des pics de chaleur jusqu?aux
canicules extrêmes.
En ce qui concerne la vulnérabilité, « propension ou prédisposition à subir des
dommages », le glossaire du GIEC 3 nous rappelle que cette définition englobe
plusieurs concepts ou éléments, notamment les notions de sensibilité ou de fra-
gilité et l?incapacité de faire face et de s?adapter. Les conséquences d?un aléa
sur les enjeux sont différentes selon la vulnérabilité de ces enjeux. Ainsi, dans
l?exemple des vagues de chaleur, il apparaît (cf.encadré1) que les personnes
2. https://solidarites-sante.gouv.fr/actualites/presse/communiques-de-presse/article/plan-national-canicule
3. https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/2019/03/AR5_SYR_Glossary_fr.pdf
https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/2019/03/AR5_SYR_Glossary_fr.pdf
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
20
fragiles (personnes âgées ou enfants par exemple) sont déjà sensibles à des
périodes de chaleur courtes.
Les risques naissent de la conjonction d?un phénomène physique déclencheur et
d?une situation de vulnérabilité et d?exposition des personnes et des biens
(figureA3). Conséquences éventuelles et incertaines d?un événement sur quelque
chose ayant une valeur, compte tenu de la diversité des valeurs, le risque est
souvent représenté comme la probabilité d?occurrence de tendances ou d?événe-
ments dangereux que viennent amplifier les conséquences de tels phénomènes
ou tendances lorsqu?ils se produisent.
Figure A 3 : Cadre conceptuel du risque utilisé par les rapports d?évaluation du GIEC.
Source : ONERC d?après GIEC (IPCC, 2019).
Un risque est considéré comme « majeur » lors de la survenue d?un événement
d?origine naturelle dont les effets peuvent mettre en jeu un grand nombre de per-
sonnes, occasionner des dommages importants et dépasser les capacités de réac-
tion de la société. Le qualificatif de « majeur » est bien sûr délicat à définir et peut
varier dans le temps et dans l?espace. Les risques majeurs peuvent être caracté-
risés à la fois par une probabilité d?occurrence faible et une gravité telle qu?elle
cause de nombreuses victimes, telles que les canicules et d?importants dom-
mages aux biens et à l?environnement. Dans ce rapport, les canicules extrêmes
telles que celle de2003, mais également celles de2019 ou plus récemment
celles de2022 peuvent être considérées en tant que risque majeur, notamment
pour la population.
Chapitre B
Vagues de chaleur
dansle climat passé,
présent et futur.
Attribution et îlots
dechaleur urbains
© Vincent Bourcier/ONERC.
Ce chapitre est consacré dans une première partie aux observations des
vagues de chaleur et aux projections climatiques dans des futurs proches
et lointains.
Les évolutions passées et futures des vagues de chaleur sont ensuite trai-
tées avec plus de détails pour deux thèmes précis : îlots de chaleur urbains
et les vagues de chaleur marine.
La dernière partie est consacrée à l?attribution des vagues de chaleur au
changement climatique.
Vagues de chaleur dansle climat passé, présent et futur
23
Tendances futures du changement climatique
sur les vagues de chaleur et les canicules
Jean-Michel Soubeyroux,
Météo-France
Rappel de l?historique et tendances récentes :
Le changement climatique d?origine humaine affecte déjà de nombreux types d?évé-
nements météorologiques et climatiques dans toutes les régions du monde. Les
preuves des changements observés dans les phénomènes extrêmes tels que les
vagues de chaleur et, en particulier, leur attribution à l?influence humaine, se sont
renforcées depuis le cinquième rapport d?évaluation (Rapport groupe1 du GIEC,
2021). La multiplication des vagues de chaleur, des sécheresses et des inonda-
tions excède déjà les seuils de tolérance des végétaux et des animaux, provo-
quant la mortalité massive d?arbres, de coraux et d?autres espèces. Du fait qu?ils
surviennent consécutivement, ces extrêmes météorologiques ont des répercus-
sions en cascade de plus en plus difficiles à gérer. Ils exposent des millions de
personnes à une insécurité alimentaire et hydrique aiguë, notamment en Afrique,
Asie, Amérique centrale et Amérique du Sud, dans les petites îles et en Arctique
(Rapport groupe2 du GIEC, 2022).
La France fait partie des régions du monde très concernées par les vagues de chaleur.
La canicule de l?été2003 qui avait provoqué un excès de plusde15 000décès
entre le 4 et le 18août directement attribuable à la chaleur (Poumadère etal.,
2005) reste dans les mémoires. Depuis lors, si aucun évènement n?a atteint la
même sévérité, les vagues de chaleur, précédemment occasionnelles une fois
tous les5à 10ans, se rencontrent maintenant tous les étés depuis2015 (à
l?exception de2021). Certains étés comme 2017 ou 2022 ont même connu au
moins 3événements. La figureB1 présente l?historique des vagues de chaleur
à l?échelle nationale depuis1947, établi selon la méthode (Soubeyroux etal.,
2015) précédemment décrite (cf.encadré1). Il intègre 46événements à l?issue
de l?année2022, pouvant être classés en durée, intensité maximale et sévérité.
Si l?événement le plus long reste 1983, les vagues de chaleur les plus intenses
sont, à égalité, celles de juillet2019 et d?août2003. En termes de sévérité,
août2003 reste l?évènement le plus sévère devant juillet2006 et juillet2018.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
24
Figure B 1 : Recensement des vagues de chaleur en France de 1947à 2022à partir de
l?indicateur thermique national.
Source : Météo-France.
La figureB2, où les vagues de chaleur apparaissent selon leur année d?occur-
rence, illustre leur forte augmentation au xxiesiècle. De1947à 2000, seulement
16événements se sont produits en 54années (soit 1vague de chaleur tous
les3à 4ans). Depuis2000, 30événements ont été observés en 22années soit
nettement plusde1par an.
Le nombre de jours de vagues de chaleur a également fortement évolué. De l?ordre
de2jours par an en moyenne avant 2000, ce nombre est passé à10jours par
an dans la décennie2011-2020.
Avec 33journées, l?année2022 détient le nombre record de jours de vagues de
chaleur pour un seul été, loin devant 1983 (23jours) et 2003 (22jours).
Le constat sur l?évolution des vagues de chaleur se retrouve également sur
différents indicateurs liés aux températures extrêmes en France. Ainsi, si le record
absolu national a été battu en juin2019 avec 46oC à Vérargues, dans l?Hérault,
il apparaît que 70 % des stations d?observation du réseau principal de Météo-
France ouvertes avant2000 (environ 600stations) ont battu leur record absolu
de chaleur entre2019, 2020 et 2022, montrant l?intensité exceptionnelle des
canicules observées ces dernières années en France.
Vagues de chaleur dansle climat passé, présent et futur
25
Figure B 2 : Recensement des vagues de chaleur en France de1947à 2022à partir de l?in-
dicateur thermique national selon leur date d?occurrence.
Source : Météo-France.
Tendances futures du changement climatique
sur les vagues de chaleur et les canicules
Le dernier rapport du GIEC d?août2021 ne laisse aucun doute sur l?augmentation
de la fréquence des vagues de chaleur en climat futur en lien avec le réchauffe-
ment global de la planète, ainsi que sur l?évolution attendue à l?échelle du conti-
nent Européen.
Les projections climatiques régionalisées pour la France, établies à partir du jeu
Drias-2020 (Soubeyroux etal., 2021), confirment également que le nombre de
jours de vagues de chaleur ou de canicules à l?échelle nationale évoluera à la
hausse dans tous les scénarios climatiques, avec une intensité dépendant forte-
ment de la trajectoire d?émission de gaz à effet de serre et de l?horizon temporel.
En milieu de siècle, le nombre de jours de vagues de chaleur pourra augmen-
ter de2à 4jours par an dans un scénario de réduction des émissions de gaz à
effet de serre (RCP2.6), et jusqu?à5à 15jours dans un scénario de fortes émis-
sions (RCP8.5). En fin de siècle (voir figureB3), le nombre de jours de vagues
de chaleur pourrait se stabiliser par rapport au niveau de milieu de siècle avec
un scénario RCP2.6 tandis que la hausse atteint 10à 30jours dans un scéna-
rio de fortes émissions (RCP8.5) et jusqu?à30à 60jours dans certaines simu-
lations (figureB3 centile95).
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
26
Figure B 3 : Évolution du nombre de jours de vagues de chaleur en fin de siècle (2071-2100)
selon trois scénarios climatiques (RCP2.6, RCP4.5 et RCP8.5). Le centile5, la médiane et
le centile95 (respectivement colonnes de gauche, milieu et droite) décrivent la dispersion
des réponses des différents modèles de climat utilisés dans l?ensemble Drias-2020.
Source : Rapport Drias (2021).
Au-delà de l?évolution du nombre de jours de vagues de chaleur, il est également
important de noter l?extension de la saison d?occurrence de ces événements, qui
est actuellement limitée à la période du15juin au 31août, mais pourra démar-
rer fin mai et finir début octobre dans le futur (Ouzeau etal., 2016 et Schneider
etal., 2022).
Vagues de chaleur dansle climat passé, présent et futur
27
Figure B 4 : Approche multimodèle de la fréquence (en %) de survenue pour un jour donné
d?une vague de chaleur à Paris. En vert, la période de référence (1976-2005) et en rouge
l?horizon lointain en RCP8.5 (2070-2100). Le panache représente les centiles10 et 90,
calculés sur l?ensemble des dix simulations utilisées.
Source : Schneider et al. (2022).
Un constat équivalent peut être fait sur le nombre de journées caniculaires (tem-
pérature maximale supérieure à 35oC) ou de nuits tropicales (températures mini-
males supérieures à 20oC). La figureB5 sur l?évolution du nombre de nuits
tropicales à l?horizon fin de siècle montre une augmentation faible et limitée aux
seules régions méridionales dans un scénario RCP2.6 et une hausse généra-
lisée (hors montagne) en RCP8.5 de+10à +60nuits en scénario médian et
jusqu?à20à 80nuits dans certaines simulations (centile95).
Des études ont aussi montré que, dans un scénario sans réduction des émissions
de gaz à effet de serre, les températures maximales pourraient dépasser +50oC
au cours de la seconde moitié du xxesiècle, dans des scénarios de fortes émis-
sions (Bador etal., 2017).
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
28
Figure B 5 : Évolution du nombre de nuits tropicales en fin de siècle (2071-2100) selon trois
scénarios climatiques (RCP2.6, RCP4.5 et RCP8.5). Le centile5, la médiane et le centile95
(respectivement colonnes de gauche, milieu et droite) décrivent la dispersion des réponses
des différents modèles de climat utilisés dans l?ensemble Drias-2020.
Source : Rapport Drias (2021).
Vagues de chaleur dansle climat passé, présent et futur
29
L?îlot de chaleur urbain
Spécificités urbaines : connaissances concernant
l?îlot de chaleur urbain
Valéry Masson,
Météo-France
Introduction
Les villes englobent la majorité des personnes, des biens et des infrastructures.
Cette évolution continuera dans le futur, certaines mégapoles dans le monde attei-
gnant déjà plusde20millions d?habitants. Ceci rend les villes particulièrement
vulnérables aux aléas météorologiques et au changement climatique.
Les villes sont impactées par les aléas météorologiques et climatiques, mais modi-
fient aussi les conditions météorologiques locales (Masson etal., 2020). En parti-
culier, outre une qualité de l?air dégradée, du fait principalement des émissions de
polluants, l?air dans la ville est aussi, lorsque les conditions météorologiques s?y
prêtent, plus chaud que dans les environs, en particulier de nuit (comme nous le
verrons ci-après). C?est ce que l?on appelle le phénomène d?îlot de chaleur urbain.
Encadré 2
Que nous dit Guy deMaupassant à propos de l?îlot de chaleur urbain ?
« Ils prirent un fiacre découvert, gagnèrent les Champs-Élysées, puis l?avenue
du Bois-de-Boulogne. C?était une nuit sans vent, une de ces nuits d?étuve où
l?air de Paris surchauffé entre dans la poitrine comme une vapeur de four. »
Cette citation issue de Bel Ami résume à elle seule nombre de spécificités
liées à l?îlot de chaleur estival en ville, qui sont détaillées dans ce chapitre.
« L?air de Paris [est] surchauffé », plus chaud que les zones rurales alentour.
L?îlot de chaleur urbain est un phénomène nocturne.
Cette surchauffe se produit lors de conditions météorologiques spéci-
fiques : par « nuit sans vent », ce qui empêche le mélange des masses
d?airs chaudes (en ville) et fraîches (en campagne). Ceci se produit en par-
ticulier lors de conditions anticycloniques, les journées ensoleillées favo-
risant de forts îlots de chaleur la nuit suivante.
L?îlot de chaleur est particulièrement problématique en canicule en été (lors
de « ces nuits d?étuve »). Cette surchauffe peut avoir des conséquences
sur le confort thermique des habitants et même sanitaires (« entre dans
la poitrine comme une vapeur de four »), comme nous le rappelle triste-
ment la canicule de2003.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
30
La présence de végétation et d?arbres (« Bois-de-Boulogne ») permet de se
retrouver dans un milieu plus frais et confortable, ce qui est aujourd?hui
l?un des axes des collectivités territoriales et de l?État pour améliorer les
conditions de vie en ville en été.
Et enfin, Bel Ami datant du xixesiècle, l?îlot de chaleur n?est pas lié au chan-
gement climatique, mais bien un phénomène produit par la ville. Mais il
va aggraver en ville les conséquences des canicules, de plus en plus fré-
quentes et intenses du fait même du changement climatique.
L?îlot de chaleur urbain
La première mise en évidence scientifique de cette surchauffe urbaine a été obser-
vée par Luke Howard sur Londres au début du xixesiècle, avec une différence entre
ville et campagne de l?ordre de 3.7F (environ 2oC). Mais l?on retrouve aussi une
référence à ce phénomène de climat urbain dans la littérature : dans Bel Ami de
Maupassant (1885) (cf. encadré2).
? Un phénomène nocturne
L?îlot de chaleur est le plus intense la nuit. Il se produit quelle que soit la taille de la
ville considérée, même pour des villages de1 000habitants, mais son intensité est
plus importante pour de grandes agglomérations. Il est à noter que c?est un phéno-
mène météorologique, et non climatique : il peut varier d?un jour à l?autre, disparaître
complètement une nuit puis être important la nuit suivante. Il se forme par vent faible
et lorsque l?ensoleillement a été important en journée. En revanche, il est inexistant
lorsqu?il pleut ou si le vent est fort, et faible si le temps est nuageux. En conditions
estivales anticycloniques, la différence entre le centre-ville historique et la campagne
peut atteindre 5oC pour une grande ville régionale (de quelques centaines de mil-
liers d?habitants), et même de l?ordre de8à10oC au maximum pour l?aggloméra-
tion parisienne. Ceci fait qu?il n?est pas rare que les températures urbaines restent
élevées, parfois au-dessus de 30oC jusqu?à minuit en période de canicule.
La figureB6 présente des mesures réalisées à pied et à partir d?une voiture instru-
mentée entre le centre de Paris et la lointaine banlieue au sud lors d?une nuit de la
canicule de juin2019. La température vers minuit à Châtelet à Paris atteint ainsi
32oC, alors qu?elle n?est que de22oC à Épinay-sur-Orge. Il existe également des
zones de fraîcheur au coeur des quartiers denses. Ainsi, la température mesurée
par la station Météo-France du parcMontsouris est de l?ordre de25,5oC, plus
fraîche de 1C environ par rapport aux rues en bordure du parc, et plus fraîche de
3oC par rapport aux rues un peu plus éloignées. De nouvelles mesures ont été
faites pendant la campagne expérimentale sur le climat urbain PANAME2022 1
(Masson etal., 2022), menée par des laboratoires du CNRS, de Météo-France et
1. https://www.cnrs.fr/fr/paname-2022-des-campagnes-pour-etudier-la-qualite-de-lair-et-le-climat-urbain
Vagues de chaleur dansle climat passé, présent et futur
31
de nombreuses universités. Elles ont notamment montré qu?au cours d?un jour de
canicule de juin2022, le parc de Vincennes, pourtant aussi chaud en fin d?après-
midi que la zone plus urbanisée des quais de Bercy dans Paris intra-muros, se
refroidissait bien plus vite au coucher du soleil (avec un écart atteignant plus de
5oC). Ceci montre que les parcs, et plus généralement la végétation (y compris
dans les jardins privatifs) forment ce que l?on appelle des « îlots de fraîcheur ».
Figure B 6 : Répartition spa-
tiale des températures de
l?air dans le parc Montsouris
à Paris (A, en haut) et le long
d?un trajet Paris-Châtelet-
Épinay-sur-Orge (B, en
bas) par temps caniculaire
(mesures itinérantes réali-
sées la nuit du29-30juin
2019 entre 23h et 1hTU
du matin).
Source : Dahech et al. (2020).
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
32
? En journée : peu ou pas d?îlot de chaleur
En journée, malgré des différences très importantes de la température de surface
(du goudron peut être facilement 20oC plus chaud que de l?herbe), la température
de l?air est assez similaire en ville, en zone périurbaine ou en campagne. Ceci est
lié au fait que la chaleur rejetée par la surface est mélangée sur une épaisseur
d?air de1 000à 2 000m, et que cet air est fortement « brassé » même par vent
faible. Il peut exister des variations de l?ordre de1oC entre centre et périphérie,
à laquelle se superposent des variations du même ordre de grandeur à plus fine
échelle. En revanche, il faut noter que les différences de température de surface
vont moduler le confort thermique, même si les températures de l?air sont proches.
Les processus donnant naissance à l?îlot de chaleur urbain
? Faux-semblants
Les zones urbanisées sont des systèmes complexes. Ceci fait qu?il est difficile pour
le non-spécialiste, et même pour des scientifiques qui travaillent dans un champ
disciplinaire relativement proche, d?identifier les causes de l?îlot de chaleur urbain
(ou « pourquoi les villes sont plus chaudes »). Par exemple, un raccourci ?complè-
tement faux? est de croire que l?îlot de chaleur urbain est créé par le CO2 émis
par la ville 2. D?autre part, même si les îlots de chaleur se produisent souvent de
manière concomitante avec les épisodes de mauvaise qualité de l?air, ceci est
simplement dû aux conditions météorologiques favorables aux deux phénomènes,
sans lien significatif entre pollution et chaleur nocturne. Tout cela peut conduire
à de nombreuses représentations fausses des causes de la surchauffe en ville,
et donc peut rendre difficiles ou inefficaces des stratégies d?adaptation visant à
réduire l?îlot de chaleur urbain. Cependant, les causes de l?îlot de chaleur urbain
sont maintenant bien connues de la communauté scientifique (Oke etal., 2017).
? Le phénomène clef : la chaleur solaire emmagasinée
par les matériaux urbains est relâchée la nuit
L?îlot de chaleur urbain est un phénomène météorologique dont l?intensité et la
variabilité rapide sont gouvernées par le cycle diurne du rayonnement solaire. Il
résulte principalement de l?imperméabilisation des surfaces en ville (bâtiments,
routes, parkings?) et des processus thermiques, radiatifs et énergétiques que
cela induit. La figureB7 résume l?ensemble des interactions entre ces proces-
sus. L?élément clef à retenir est que la chaleur à l?origine de la surchauffe urbaine
la nuit provient, paradoxalement, de la lumière du soleil le jour.
2. Alors que le CO2 et les autres gaz à effet de serre sont bien à l?origine du réchauffement planétaire, les
échelles de temps sont de l?ordre de quelques degrés Celsius par siècle. Le CO2 émis par la ville va contri-
buer au réchauffement planétaire, mais n?a absolument aucun effet sur les variations de températures sur
l?espace de quelques heures ou d?un jour à l?autre, même sur une zone géographique limitée.
Vagues de chaleur dansle climat passé, présent et futur
33
Figure B 7 : Processus physiques donnant naissance à l?îlot de chaleur urbain.
Source : Météo-France.
En journée, en ville, une grande partie de l?énergie reçue du soleil échauffe les maté-
riaux urbains (brique, pierre, béton, routes, tuiles, etc.), qui stockent une grande
quantité de chaleur. La forme tridimensionnelle complexe (3D) de la ville favorise
également un tel stockage, avec plus de surfaces en contact avec l?atmosphère, et
limite la perte d?énergie par rayonnement vers le haut. À noter évidemment qu?une
partie de l?énergie reçue chauffe aussi directement l?air au contact du sol (comme
en campagne), ce qui explique de fait qu?il fait plus chaud le jour que la nuit.
La grande différence vient du fait que, en campagne, le sol naturel et surtout les
végétaux stockent peu de chaleur en journée. Elle est consommée pour évapo-
rer et transpirer de l?eau du sol extraite par les racines des plantes (par un pro-
cessus similaire au fait qu?il faut chauffer l?eau d?une casserole pour l?évaporer).
Finalement, en fin de journée, les surfaces urbaines ont emmagasiné une très
grande quantité de chaleur (pour un centre-ville dense, cela peut atteindre la moitié
de l?énergie solaire totale reçue pendant la journée).
Ainsi, dès le coucher du soleil et pendant le reste de la nuit, cette chaleur est
rendue à l?atmosphère. Ceci limite très fortement le refroidissement de l?air en
ville, qui peut donc rester jusqu?à5 °C plus chaud que dans les zones végétales et
les campagnes, qui se rafraîchissent rapidement. L?air se refroidit tout de même
en ville, du fait de l?apport d?air frais des alentours et, en zone périurbaine, du
rayonnement thermique émis vers le ciel, que le moindre stockage d?énergie ne
parvient pas à contrebalancer.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
34
? Le rôle, annexe mais significatif, des rejets de chaleur par la climatisation
Les rejets de chaleur directement liés aux activités humaines peuvent aussi inten-
sifier, un peu, un îlot de chaleur. En été, ces rejets sont principalement liés à la
combustion (véhicules, industries, cuisine), aux consommations d?énergie d?ap-
pareils électriques, et à la climatisation. Les sources de chaleur associées aux
moteurs thermiques sont faibles par rapport aux apports solaires en journée.
Parmi ces sources de chaleur liées aux activités humaines, la seule qui impacte
significativement la température de l?air extérieure est celle liée à la climatisa-
tion. Celle-ci influence légèrement l?îlot de chaleur, non seulement du fait de la
consommation d?énergie propre des systèmes, mais surtout car la chaleur emma-
gasinée dans les bâtiments est directement rejetée dehors (en particulier pour les
systèmes individuels ou de petite taille, les tours aéro-réfrigérées relâchant de la
vapeur d?eau). En période de canicule, ceci peut mener à une augmentation de
l?îlot de chaleur de l?ordre de1oC supplémentaire dans des mégapoles comme
Tokyo ou les arrondissements au centre de Paris. Ceci peut conduire à des iné-
galités sociales, les personnes sans accès à la climatisation subissant une sur-
chauffe un peu plus intense et inconfortable.
Recommandations sur l?adaptation des villes
au changement climatique
? Introduction
Tenter de limiter l?intensité de l?îlot de chaleur en été est devenu un enjeu impor-
tant pour les collectivités urbaines. Le réchauffement climatique ne fait que ren-
forcer cet enjeu, car les îlots de chaleur vont aggraver en ville les conséquences
de canicules de plus en plus fréquentes à l?avenir, avec potentiellement couram-
ment des étés aussi chauds et secs que l?été2022.
La prise de conscience par les villes de la problématique du confort thermique
d?été (et non pas seulement d?hiver) remonte incontestablement à la canicule
de2003 et à ses conséquences sanitaires dramatiques avec une surmortalité de
plus de15 000personnes en Île-de-France (Laaidi etal., 2012). Les recherches
interdisciplinaires menées depuis lors ont montré d?une part qu?il n?existe pas
une seule solution pour répondre à cet enjeu, et d?autre part que les solutions
peuvent varier d?une ville à l?autre, en fonction de ses caractéristiques urbaines,
historiques, climatiques ou géographiques.
? Des actions à différentes échelles
Il existe un vaste panorama d?actions permettant de s?adapter à la chaleur en
ville en été, que ce soit de jour ou de nuit. Cependant, ces actions font inter-
venir un très grand nombre d?acteurs, de l?habitant à la collectivité ou à l?État,
chacun intervenant à ses propres échelles (usage, logement, quartier, ville, légis-
lation nationale?). Ci-dessous, seront donnés certains exemples de stratégies
Vagues de chaleur dansle climat passé, présent et futur
35
d?adaptation, sans avoir vocation à être exhaustif, de façon à mettre en avant les
multiples acteurs et solutions envisageables.
Toutefois, du fait de la nature complexe de la ville et des diverses problématiques
en jeu, il faut tout de suite attirer l?attention sur le fait que certaines stratégies
d?adaptation peuvent se révéler contraires ou incompatibles avec d?autres objec-
tifs, qu?ils soient climatiques ou d?autre nature. L?exemple le plus frappant est le
recours potentiel massif à la climatisation par les habitants et les immeubles de
bureaux ou commerces, qui, s?il améliore le confort intérieur, va à la fois dégrader
les conditions à l?extérieur, et surtout augmenter les émissions de gaz à effet de
serre, en contradiction avec les objectifs internationaux de limitation du réchauf-
fement climatique. Ainsi, de nombreuses stratégies mises en oeuvre par les col-
lectivités visent maintenant, non pas à interdire la climatisation, mais à réduire
la nécessité de recourir à son utilisation.
De plus, il peut être perçu comme difficile de prendre des décisions dans un
contexte incertain, notamment lié au changement climatique. Il faut donc s?effor-
cer d?opter pour des stratégies dites « sans regret ».
? Quelques exemples de stratégies d?adaptation possibles.
Quand on pense adaptation de la ville à la chaleur, il est assez naturel de penser
aux adaptations du bâti, les bâtiments formant l?objet principal au sein des villes
avec les infrastructures. Alors que les réglementations thermiques se sont foca-
lisées depuis le choc pétrolier de1973 sur la diminution de la consommation
d?énergie en hiver (via une amélioration de l?isolation thermique), il existe d?autres
pistes telles que le développement de réseau de froid urbain ou l?utilisation de
solutions architecturales pour améliorer le confort estival en intérieur et limiter
la contribution des bâtiments aux îlots de chaleur urbains. Par exemple, une iso-
lation par l?extérieur va limiter l?accumulation de chaleur dans les matériaux en
journée. De nouvelles techniques et matériaux de construction, comme le bois,
ouvrent des perspectives intéressantes, mais nécessitent pour une mise en oeuvre
à grande échelle la formation des artisans et acteurs du bâtiment à ces tech-
niques. S?inspirer des habitats traditionnels des pays chauds peut aussi donner
des pistes, comme les villages blancs autour de la Méditerranée, qui permettent
de refléter plus de la lumière du soleil, qui chauffe donc moins les matériaux.
L?ajout de systèmes d?ombrages prenant en compte la course du soleil permet
d?optimiser les gains solaires en hiver tout en limitant la surchauffe intérieure en
été. De même, limiter les bâtiments de bureaux tout vitrés est une piste à suivre,
car ceci permet de réduire le recours à la climatisation. Certaines de ces actions
peuvent être imposées, en plus des réglementations nationales (notamment la
réglementation thermique), via les règlements d?urbanisme.
À plus petite échelle, les habitants et usagers ont aussi un rôle à jouer en pra-
tique, afin de limiter les conséquences en période de canicule (outre suivre les
recommandations de la vigilance canicule, qui a été mise en oeuvre après la cani-
cule de2003). Ainsi, une pratique habituelle dans le sud de la France consiste à
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
36
fermer ses volets le jour afin d?éviter que son logement ne surchauffe. Ne clima-
tiser que certains espaces et non tout un logement permet aussi de limiter les
conséquences néfastes décrites plus haut.
Au niveau de la collectivité, à l?échelle de l?ensemble d?un village, d?une ville ou
d?une agglomération, il existe de nombreuses stratégies pouvant être mise en
place à différentes échelles.
Réintroduire de la végétation en ville permet de recréer des îlots de fraîcheur, en
s?attaquant à la cause même de l?îlot de chaleur urbain : la minéralisation des
surfaces. Il faut noter toutefois que pour être efficace au maximum, la végétation
a besoin d?eau, ce qui pose la question de la gestion de l?eau, qui est souvent
gérée à l?échelle du bassin-versant actuellement. Mais des dispositifs à plus petite
échelle pourraient être mis en oeuvre en ville (réservoirs d?eau dans les jardins,
structures de stockage d?eau dans les quartiers, etc.), de façon à conserver une
partie de l?eau des pluies en hiver et à assurer un approvisionnement en période
de sécheresse estivale.
La végétalisation peut être mise en oeuvre sur l?espace public ou privé. Dans les
espaces privés, il peut s?agir de jardins en zone périurbaine, de réduction d?es-
paces de parking, ou de végétation sur les murs et toitures végétalisées. Ces
dernières apportent un bénéfice d?isolation pour le bâti, mais peu d?influence en
période chaude, du fait du faible contenu en eau de la plupart des substrats de
toitures végétalisées. Il convient de favoriser, dans la mesure du possible, la végé-
tation de pleine terre par rapport aux arbres en pots ou toitures végétalisées. Pour
l?espace public, ce peut être l?ajout d?espaces verts, d?arbres d?alignement, de
corridors verts associés à des mobilités douces. Les arbres apportent le double
bénéfice de l?évaporation et de l?ombrage. Ces espaces sont directement sous le
pilotage des collectivités. Par exemple, de nombreuses villes ont lancé des projets
de « cours oasis » dans les cours d?école (comme à Paris 3), visant à rafraîchir les
cours et proposer des espaces de fraîcheur aux habitants en dehors des périodes
de classe. Ces réaménagements permettent aussi d?améliorer le bien-être des
enfants, et de favoriser les usages multiples des espaces récréatifs végétalisés.
Ainsi la végétation apporte aussi d?autres avantages, appelés services écosysté-
miques, de bien-être général, pour la biodiversité, de réduction des inondations,
de meilleur lien social, etc.
? Comment prendre en compte les spécificités de chaque ville ?
Mais chaque ville possède ses propres spécificités, ne serait-ce que de par le climat
dans lequel elle se trouve et le contexte géographique. Ainsi des villes côtières
vont l?été être fréquemment soumises à des brises de mer le jour, avec des vents
rafraîchissant les quartiers proches de la côte et des zones plus chaudes vers
l?intérieur des terres. Toutefois, l?îlot de chaleur nocturne restera dans la zone la
plus densément peuplée et bâtie, qui est souvent autour des quartiers des ports
3. https://www.paris.fr/pages/les-cours-oasis-7389
Vagues de chaleur dansle climat passé, présent et futur
37
historiques, donc près de la mer. Les villes en zone montagneuses ou de collines
observent, elles, des vents de pente et de vallée, avec souvent l?air froid qui s?ac-
cumule en fond de vallée la nuit. La compétition entre les effets urbains et de
reliefs dépend de la taille de la ville et du relief environnant. Par exemple, l?îlot de
chaleur de Dijon est parfois coupé en deux par l?air frais qui descend par la vallée
de l?Ouche (cf.figureB8). Des villes en plaine sont aussi soumises à des vents
dominants. Prendre en compte ces spécificités locales pour exploiter des couloirs
de ventilation pour rafraîchir la ville en été nécessite une certaine expertise de
ces phénomènes. La ville de Stuttgart, en Allemagne, a par exemple, depuis les
années1950, identifié et protégé certains couloirs de ventilation nocturne pro-
venant des collines aux alentours en limitant réglementairement la hauteur des
constructions le long de ceux-ci. Ceci permet à la fois de ventiler les polluants en
centre-ville et de rafraîchir celui-ci en été.
Les collectivités territoriales et les villes sont bien placées pour prendre en compte
ces spécificités dans les stratégies d?adaptation. Leurs mises en oeuvre peuvent
être conduites par des actions réglementaires, d?incitation ou d?information. Mais
avant tout, il convient à ces collectivités de connaître les spécificités de leur propre
microclimat urbain. Cette connaissance fait partie de l?étape bien connue du pro-
cessus de « diagnostic » des divers documents d?urbanisme.
Cette étape de diagnostic peut commencer par la consultation de l?état de l?art
sur l?îlot de chaleur ou de guide dédiés à cette problématique (comme le guide
« Kit des données clés de l?adaptation » récemment publié par l?ADEME 4). Mais
un meilleur diagnostic requiert la mise en place d?un réseau d?observation dédié,
qui permet ainsi de connaître l?intensité de l?îlot de chaleur lors des périodes d?in-
confort thermique estival à l?échelle de la ville, mais aussi les îlots de fraîcheur
et les zones locales ou l?îlot de chaleur est intensifié. En effet, il n?existe pas de
mesures météorologiques opérationnelles de Météo-France au sein des villes, ces
stations opérationnelles ayant vocation à observer la météorologie à plus grande
échelle, et étant placées souvent dans le ou les aéroport(s) proche(s). Il existe
quelques exceptions comme la station du parc de Montsouris (cf.figureB6), mais
qui n?est pas représentative des zones les plus urbanisées de la capitale. Plusieurs
villes ont installé récemment un réseau de mesures du microclimat urbain ou de
la température de l?air, comme Toulouse ou Grenoble. Ces réseaux de stations
météorologiques, souvent positionnées sur le mobilier urbain comme les candé-
labres, permettent de cartographier, parfois même en temps réel, la température
de l?air sur l?ensemble du territoire (zone urbaine et éventuellement ses environs).
Ces réseaux pourraient être complétés dans le futur par l?exploitation de données
de masse provenant par exemple de données de stations météorologiques per-
sonnelles dont les relevés sont diffusés sur internet, ou de données de tempéra-
ture de l?air mesurées par les voitures connectées (et affichées sur le tableau de
bord). Les cartes de la figureB8 sur Dijon ont été produites à partir de données
de véhicules connectées et d?un réseau de mesures.
4. https://librairie.ademe.fr/changement-climatique-et-energie/3889-kit-des-donnees-cles-de-l-adaptation.html
https://librairie.ademe.fr/changement-climatique-et-energie/3889-kit-des-donnees-cles-de-l-adaptation.html
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
38
Figure B 8 : Îlot de chaleur en moyenne sur l?été2018, de jour (à gauche) et de nuit
(àdroite), reconstitué à partir des données des voitures connectées des habitants. Les
cercles correspondent aux données du réseau de station météorologiques installées sur des
lampadaires par le laboratoire de recherche en climatologie de l?université de Dijon en lien avec
la ville. L?îlot de chaleur est la différence entre la température de l?air en ville en campagne.
Source : Marquès et al. (2022).
Il convient de souligner que les mesures satellites de température ne permettent
pas de mesurer la température de l?air, mais seulement la température de la
surface. Ceci qui explique pourquoi ces thermographies satellites font souvent res-
sortir les zones industrielles, souvent très minérales et peu ombragées, comme
très chaudes en journée, alors que la température de l?air n?y est pas particuliè-
rement plus élevée en journée qu?ailleurs dans la ville ou alentours. Cependant
ces données peuvent être pertinentes pour l?identification de zones de confort
thermique (la température de surface influençant le confort thermique en plus de
la température de l?air). Mais les images satellites ne permettent pas d?observer
l?îlot de chaleur nocturne. Ainsi un réseau de mini-stations météorologiques est
nécessaire pour permettre aux collectivités d?avoir accès aux mesures de l?îlot
de chaleur.
Outre l?étape de diagnostic, la planification urbaine peut nécessiter l?évaluation de
scénarios d?aménagement. En ce qui concerne l?évaluation de stratégies visant
à réduire l?îlot de chaleur urbain ou l?inconfort thermique estival des habitants, il
existe des outils de simulation sur ordinateur basés sur les connaissances scien-
tifiques en climatologie urbaine. Les administrations au sein des villes n?ont pas
l?expertise requise pour de telles études, mais d?autres acteurs peuvent leur pro-
poser l?évaluation de divers scénarios. Cette démarche permet de mieux prendre
en compte les phénomènes spécifiques à chaque ville ou territoire.
Vagues de chaleur dansle climat passé, présent et futur
39
Conclusion
L?îlot de chaleur urbain est devenu un enjeu pour les villes, car il aggrave les consé-
quences du changement climatique, en particulier des vagues de chaleur en été.
Les causes de l?îlot de chaleur sont connues, à savoir principalement la minérali-
sation des surfaces. Mais les enjeux actuels nécessitent de mieux connaître ses
spécificités à fine échelle afin de répondre au plus près aux besoins des habitants
et acteurs urbains. Les collectivités des territoires urbanisés doivent à présent
inclure les problématiques de confort d?été dans la planification urbaine, et dis-
posent pour cela de nombreuses opportunités mais font aussi face à des diffi-
cultés d?implémentation. Apprendre des situations passées, telles les canicules
de2022, nous permet d?appréhender les effets combinés de l?îlot de chaleur
urbain et du changement climatique en ville. Dans le futur, les projections clima-
tiques prendront en compte directement les effets des villes sur le microclimat
local et régional (Michau etal., 2022), ce qui permettra d?avoir accès à de meil-
leures projections à fine échelle des impacts du changement climatique.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
40
Attribution des vagues de chaleur à l?influence humaine
Aurélien Ribes,
Centre national de recherches météorologiques,
Météo-France, CNRS, université de Toulouse
Sur la base de nombreuses publications et de différents rapports (IPCC, 2021,
et précédents rapports d?évaluation ; Soubeyroux etal., 2021), le constat général
sur l?accroissement en fréquence et en intensité des vagues de chaleur est désor-
mais bien établi, à la fois dans les observations et dans les projections pour le
xxiesiècle. Au-delà de ce constat, la communauté scientifique s?est intéressée ces
dernières années à l?étude de certains événements extrêmes particuliers, dans
le but de déterminer dans quelle mesure ces événements sont dus au change-
ment climatique ?et, de ce fait, causés par l?homme.
Ces études rétrospectives visent tout d?abord à caractériser l?événement (loca-
lisation, durée, intensité), et à évaluer la probabilité d?un tel événement dans le
climat actuel (incluant l?influence humaine, également appelé climat « factuel »),
ce qui caractérise sa rareté. Ensuite, le volet « attribution » à proprement parler
cherche à quantifier de combien l?influence humaine a modifié la probabilité ou
l?intensité de l?événement étudié. On estime pour cela les caractéristiques du
climat « contre-factuel », c?est-à-dire le climat tel qu?il aurait été sans perturbation
humaine via l?émission de gaz à effet de serre ou d?aérosols. Certaines études
décrivent également l?évolution attendue des caractéristiques (fréquence, inten-
sité) de l?épisode étudié dans un climat futur plus chaud.
De nombreuses études de ce type ont été réalisées au cours de la dernière décen-
nie (Herring etal., 2021, et précédents numéros), sur des événements météo-
rologiques de nature très variée, incluant canicules, mais aussi vagues de froid,
épisodes de fortes précipitations, sécheresses, tempêtes, cyclones, incendies,
etc. L?étude de cette riche bibliographie suggère que, d?un point de vue qualitatif,
l?étude des canicules est relativement simple puisqu?à peu près partout, l?influence
humaine sur le climat, dominée par l?accroissement de l?effet de serre, tend à
réchauffer le climat et favoriser les vagues de chaleur (IPCC, 2021). En revanche,
la quantification exacte de cette contribution demande un peu plus d?attention.
Parmi les événements récents ayant touché la France, la canicule de juillet2019a
fait l?objet d?une attention particulière (Robin et Ribes, 2020 ; Vautard etal., 2020 ;
Robin etal., 2021). Du21 au 26juillet 2019, des températures très élevées ont
concerné une grande partie de la France, avec de nombreux records absolus de
températures à la clé, dont 42,6oC à Paris-Montsouris, ou 41,3oC au bord de la
mer du Nord à Dunkerque, et la journée la plus chaude en moyenne sur le pays,
depuis le début des mesures en1947. L?étude détaillée de cet événement, illus-
trée figureB9, offre différents enseignements :
? Caractérisation : il s?agit d?un événement relativement rare dans le climat
de2019, déjà marqué par le changement climatique anthropique, avec une
Vagues de chaleur dansle climat passé, présent et futur
41
probabilité d?environ1/40 (un événement aussi chaud est observé en moyenne
une fois tous les40ans).
? Changement de fréquence : sans influence humaine, un tel événement aurait
été beaucoup moins probable (environ1/20 000), et peut-être même impos-
sible (une probabilité de0 n?est pas exclue). L?influence humaine sur le climat
a donc multiplié la probabilité de cet événement par environ600 ; mais l?incer-
titude sur ce chiffre est grande (entrex20 et l?infini).
? Changement d?intensité : en termes d?intensité, l?influence humaine a contri-
bué à augmenter les températures d?un tel événement d?environ2,1oC (de1,5à
2,7oC). De façon remarquable, 2oC de réchauffement suffisent à induire un
changement majeur de la probabilité.
Figure B 9 : Évolution de la probabilité d?occurrence de type Juillet2019 (définie comme
une température moyenne France sur 3jours supérieure à28oC), dans les mondes factuels
(rouge, incluant l?influence humaine) et contrefactuel (bleu, sans influence humaine), pour
deux scénarios différents d?émissions de gaz à effet de serre couvrant le xxiesiècle (RCP2.6 :
émissions en baisse rapide et neutralité carbone atteinte avant la fin du siècle, à gauche ;
RCP8.5 : émissions en hausse marquée tout au long du xxiesiècle, à droite).
Source : Robin et al., (2021).
Appliqués à d?autres événements chauds, tels que les canicules observées
en2020 ou 2022, ces chiffres varient, en particulier en termes de probabilité d?oc-
currence (dans le climat actuel comme dans le climat contrefactuel). L?épisode
de2019 était remarquablement intense, donc plus rare que ceux observés plus
récemment (notamment 2020 et 2022). En revanche, le réchauffement addition-
nel induit par l?activité humaine varie peu d?un épisode à l?autre, et reste compris
entre 2oC et 2,5oC.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
42
De nombreuses vagues de chaleur ayant concerné d?autres régions du monde ont
fait l?objet d?étude du même type. Parmi les exemples récents les plus frappants,
la canicule de2021 sur la côte Pacifique du Canada (Colombie Britannique, voir
article ci-après) et des États-Unis (Oregon, Washington) a fait l?objet d?une attention
particulière car cet événement semble particulièrement extrême (records absolus
parfois battus de 5oC, température de 49,6oC enregistrée à 50°N de latitude,
et importants feux de forêt associés). L?analyse de cet événement indique que
plusieurs facteurs ont contribué à rendre cet événement exceptionnel, et que sa
probabilité dans le climat actuel demeure très faible (e. g., 1/1 000 ; Philip etal.,
2021). Le réchauffement anthropique fait partie des facteurs favorisant cet évé-
nement (contribution d?environ+2oC), sans expliquer à lui seul l?écart entre cet
événement et les précédents records locaux. Bien que très rare dans le climat
actuel, un événement de ce type deviendra relativement commun à+2oC de
réchauffement global.
Enfin, on peut noter que des vagues de chaleur survenant en dehors de l?été peuvent
être étudiées et caractérisées de la même façon. Par exemple, les événements
chauds ayant concerné la France en septembre2020 ou fin décembre2021 ont
fait l?objet d?études spécifiques. Si les niveaux de température atteints sont net-
tement plus faibles que ceux observés pendant les vagues de chaleur du coeur
de l?été, ces épisodes induisent d?autres impacts, spécifiques à la saison, e. g.,
végétation, sports d?hiver, etc.
Au-delà des résultats scientifiques, deux autres dimensions méritent d?être sou-
lignées : la dimension communication et la dimension juridique.
Sur le volet communication, plusieurs auteurs considèrent que la survenue d?un
événement extrême en lien avec le changement climatique offre une fenêtre d?op-
portunité pour sensibiliser, par l?exemple, le grand public sur l?impact du change-
ment climatique en termes d?événements extrêmes, et les multiples conséquences
associées. Ce point de vue est à l?origine de la réalisation de nombreuses études
d?attribution « rapides » (cf. https://www.worldweatherattribution.org/), typique-
ment quelques jours ou semaines après la survenue d?un événement, afin de
fournir un diagnostic sur le rôle du changement climatique, alors que l?événe-
ment est encore très présent dans les mémoires. Au niveau national, de telles
études ont été menées en partenariat par Météo-France et l?IPSL, via les projets
Extremoscope et la convention services climatiques, soutenus par le ministère
de la Transition écologique. Les résultats obtenus pour certains de ces événe-
ments sont accessibles en ligne sous forme de fiches 1, et ont fait l?objet d?ac-
tions de communication. Plus généralement, les études d?attribution favorisent
la réflexion sur l?adaptation, en permettant de situer les canicules récentes dans
une perspective de changement climatique, et en illustrant ce que pourraient être
les canicules du futur.
1. http://www.drias-climat.fr/accompagnement/sections/212
Vagues de chaleur dansle climat passé, présent et futur
43
La dimension juridique des études d?attribution est encore balbutiante ?émer-
gente, au mieux, dans la littérature scientifique. Elle mérite toutefois une certaine
attention. Les études d?attribution visent à établir et à quantifier la responsabilité
des activités humaines dans la survenue d?un événement particulier, auquel sont
généralement directement associés un certain nombre de dommages ou de pertes
(humains, matériels, environnementaux, etc.). Dans la mesure où les responsa-
bilités de différents acteurs (États, entreprises notamment) dans les émissions
historiques de gaz à effet de serre sont connues, ces études pourraient être uti-
lisées pour pointer la responsabilité de ces acteurs dans les dommages causés,
et éventuellement leur demander des compensations. Bien que cette possibilité
reste spéculative à ce jour, elle ne doit pas être ignorée.
Chapitre C
Impacts sectoriels
etsurles milieux
naturels des vagues
dechaleur
©
S
ar
ah
V
oi
rin
/O
N
ER
C
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Le bilan dressé dans le précédent chapitre est sans ambiguïté. Les vagues
de chaleur ont déjà beaucoup marqué notre passé et continueront à marquer
nos vies dans les prochaines décennies et même au-delà selon nos émis-
sions de gaz à effet de serre.
Ce chapitre traite des impacts écologiques, économiques et sociétaux.
Les deux premiers articles s?intéressent à des exemples hors de nos fron-
tières, avec l?exemple de la canicule de juin2021 au Canada et de l?été2022
en Chine.
Les articles suivants décrivent les impacts environnementaux sur les gla-
ciers et la biodiversité marine et terrestre.
Ensuite les impacts de fonctionnement seront décrits pour quelques domaines
tels que la production et la distribution de l?énergie électrique, le transport.
Les impacts économiques seront également abordés.
Le dernier article dressera le bilan sociétal, y compris humain, des vagues
de chaleur.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
47
La vague de chaleur au Canada en juin2021
La vague de chaleur sans précédent du Nord-Ouest Pacifique
en juin2021
Rachel H. White, Sam Anderson,
University of British Columbia
James F. Booth,
City College of New York ; City University of New York ? The Graduate Center
Ginni Braich, Christina Draeger, Cuiyi Fei, Christopher D. G. Harley,
University of British Columbia
Sarah B. Henderson,
University of British Columbia
British Columbia Centre for Disease Control (BCCDC)
Matthias Jakob,
University of British Columbia
BGC Engineering Inc.
Carie-Ann Lau, Lualawi Mareshet Admasu,
University of British Columbia
Veeshan Narinesingh,
NOAA Geophysical Fluid Dynamics Laboratory ;
Department of Natural Sciences and Mathematics
Christopher Rodell, Eliott Roocroft, Kate R. Weinberger,
University of British Columbia
Greg West,
University of British Columbia
BC Hydro
Traduit de l?anglais par Jérôme Duvernoy (ONERC) sous le contrôle des auteurs
À la fin du mois de juin2021 (environ du25juin au 2juillet), une vague de chaleur
d?une ampleur sans précédent a touché la région du Nord-Ouest Pacifique (PNW)
au Canada et aux États-Unis. Les anomalies de température de l?air près de la
surface ont dépassé de16à 20oC la normale climatique sur une large région du
sud-ouest du Canada et du nord-ouest des États-Unis (figureC1a et C1b), de
nombreux endroits battant ainsi les records locaux de température maximale de
plusde5oC (figureC1c). Un nouveau record national de température de49,6oC
a été enregistré à Lytton, en Colombie-Britannique (BC), le 29juin (figureC1b),
soit 4,6C de plus que le précédent record canadien. L?ampleur avec laquelle les
précédents records de tous les temps ont été battus est extraordinaire si on la
compare aux vagues de chaleur tristement célèbres qui ont frappé l?Europe en
août2003 et la Russie en juillet-août2010 (figureC1c-e), bien que la vague de
chaleur de juin2021 dans le Nord-Ouest Pacifique ait été nettement plus courte
que ces deux précédentes vagues de chaleur.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
48
Figure C 1: Températures de surface (2m), avec des données provenant de la réanalyse
ERA5 (Hersbach et al., 2019), des observations de stations du Service météorologique du
Canada 1 (panneaub) et de la base de données canadienne sur les extrêmes climatiques à long
terme 2 (marqueurs individuels dans le panneauc). (a) Anomalies de température maximale
quotidienne moyennée sur les 3jours de la vague de chaleur par rapport à une climatologie
quotidienne1981-2020, c?est-à-dire les anomalies de température maximale quotidienne
qui ont persisté pendant aumoins3jours. (b) Températures maximales quotidiennes (trait
continu) et climatologie1981-2020 (trait pointillé) ; noir : moyenne spatiale des données
ERA5 sur le rectangle noir du panneaua, avec ombrage ±1, 2 et 3écarts types ; rouge :
observations de Lytton, BC (Lytton est indiqué par le triangle rouge dans le panneaua) ;
les valeurs manquantes du1er au 5juillet sont probablement dues à un incendie de forêt
dévastateur à Lytton pendant cette période. (c-e) Dépassement des précédents records
de température élevée pendant (c) la vague de chaleur dejuin2021 dans le Nord-Ouest
Pacifique, (d) la vague de chaleur dejuillet-août en Europe en2003, et (e) la vague de chaleur
dejuillet-août en Russie en2010. Les contours remplis montrent les données de réanalyse
ERA5 depuis1950 ; les marqueurs individuels en (c) montrent les données d?observation au
Canada pour les stations dont les données remontent au moins à1950, l?enregistrement le
plus long remontant à1874.
Source : White et al. (2022).
Un régime de circulation atmosphérique connu sous le nom de blocage atmosphé-
rique a produit une dorsale (axe de haute pression) persistante sur la région du
Nord-Ouest Pacifique, ce qui a conduit aux conditions de cette vague de chaleur
extrême (Neal etal., 2022). Les processus de réchauffement associés étaient
composés par la subsidence et par le chauffage radiatif par ciel clair ; cependant,
les rétrotrajectoires des masses d?air, issues des données de prévision, révèlent
que le chauffage diabatique en amont a également contribué de manière signifi-
cative aux températures élevées de l?air proche de la surface. Nous donnons ici
1. https://climate.weather.gc.ca/doc/Historical_Data_How_to_Use.pdf
2. https://www.canada.ca/en/environment-climate-change/services/climate-change/canadian-centre-
cli-mate-services/display-download/technical-documentation-daily-climate-records.html (2022).
https://www.canada.ca/en/environment-climate-change/services/climate-change/canadian-centre-climate-services/display-download/technical-documentation-daily-climate-records.html%20(2022)
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
49
un aperçu de certains des impacts de cet épisode de chaleur sans précédent ; de
plus amples détails peuvent être trouvés dans White etal. (2022) 3.
Impacts sur la santé humaine
Pendant cette vague de chaleur, une mortalité accrue a été signalée dans les pro-
vinces canadiennes de la Colombie-Britannique (BC) et de l?Alberta (AB) et dans
les États américains de Washington (WA) et de l?Oregon (OR) (voir les contours
noirs et les légendes de la figureC1a pour les emplacements des provinces/États
par rapport aux anomalies de température). Bien que les estimations du nombre
total de décès dus à la canicule soient susceptibles de changer au fil du temps,
à mesure que l?événement est étudié plus en détail, les données suggèrent que
le nombre de décès a été sans précédent dans les régions touchées, en parti-
culier en Colombie-Britannique. Entre le 25juin et le 2juillet, on a observé une
surmortalité estimée à740personnes dans la province de Colombie-Britannique
(Henderson, 2021), soit une augmentation de95 % de la mortalité de la population
sur une période de8jours. Le service des médecins légistes (The BC Coroners
Service 4) de la Colombie-Britannique a directement attribué 619décès à la vague
de chaleur extrême, la plupart (93 %) de ces décès étant survenus entre le 25juin
et le 1erjuillet (British Columbia Coroners Service, 2022). Dans d?autres régions,
des rapports suggèrent 66décès attribuables en Alberta (Gilligan etal., 2022),
aumoins100décès liés à la chaleur dans l?État de Washington (Washington State
Department of Health, 2022), et 83décès liés à la chaleur dans l?État de l?Ore-
gon (Oregon Office of Emergency Management, 2021), ce qui donne une estima-
tion totale d?aumoins868décès associés à la vague de chaleur dans l?ensemble
de la région du Nord-Ouest Pacifique. La plupart des décès liés à la canicule sont
survenus dans des résidences privées (British Columbia Coroners Service, 2022 ;
Washington State Department of Health 2021), de manière plus importante :
? dans des quartiers avec des populations à faible revenu, avec peu d?interac-
tions sociales et avec peu d?espaces verts (Henderson, 2022),
? chez les personnes âgées de65à 84ans et chez les femmes qui présentent
des risques plus élevés.
Le service des médecins légistes de Colombie-Britannique a également identifié
la maladie mentale grave et le trouble de la toxicomanie comme des facteurs de
risque importants (British Columbia Coroners Service, 2022).
Des impacts sanitaires graves mais non mortels ont également eu lieu, entraînant
des visites aux services d?urgence des services de santé et des services sociaux
américains pour des maladies liées à la chaleur dans la région (Oregon Office of
Emergency Management, 2021) (Washington, Oregon, Idaho et Alaska). Ces pas-
sages aux urgences ont été 69fois plus nombreux en2021 que pendant les jours
équivalents de2019 (Schramm etal., 2021). WorkSafe BC, une agence dédiée à
3. White etal., « The Unprecedented Pacific Northwest Heatwave of June 2021 ». Nature Communications
(2022). https://doi.org/10.21203/rs.3.rs-1520351/v1
4. The BC Coroners Service : https://www2.gov.bc.ca/gov/content/life-events/death/coroners-service
https://www2.gov.bc.ca/gov/content/life-events/death/coroners-service
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
50
la promotion de lieux de travail sûrs et sains dans toute la province de la Colombie-
Britannique, a conseillé aux employeurs d?envisager la fermeture des lieux de travail
pendant l?épisode de chaleur extrême s?ils ne disposaient pas de climatisation,
et de nombreuses entreprises, notamment des restaurants, ont suivi ce conseil.
Biodiversité marine
Les écosystèmes intertidaux sont souvent utilisés comme témoins des effets éco-
logiques du changement climatique et des événements météorologiques extrêmes
(Harley etal., 2008), car de nombreuses espèces qui les occupent vivent très près
de leurs limites de tolérance physiologique (Helmuth etal., 2006). Les jours les plus
chauds de la vague de chaleur de2021 dans la région du nord-ouest des États-Unis
ont coïncidé avec des marées basses très basses en début d?après-midi dans la
majeure partie de la mer des Salish (les eaux intérieures de la Colombie-Britannique
et de l?État de Washington), ce qui a entraîné des températures de surface supé-
rieures à50oC dans la zone intertidale. Ces températures extrêmes ont entraîné
une mortalité importante pour de nombreuses espèces, notamment les bernacles,
les moules, les huîtres, les palourdes, les gastéropodes, les crabes, les étoiles
de mer, etc. Sur un rivage représentatif dominé par les moules, le taux de morta-
lité de la moule de baie (Mytilus trossulus) était supérieur à70 %, et on estime que
plus d?un million de moules sont mortes sur un tronçon de100m de rivage. Les
enquêtes menées sur un littoral dominé par les bernacles ont révélé des taux de
mortalité également supérieurs à70 %, même en tenant compte de la mortalité de
fond antérieure à la canicule. Bien qu?il soit difficile de faire des estimations pré-
cises de la mortalité totale induite par la vague de chaleur le long du littoral très
hétérogène d?environ 7 500km de la mer des Salish, des taux similaires de morta-
lité relative des bernacles et des moules ont été largement observés, et le nombre
total d?invertébrés marins tués se chiffre presque certainement en milliards.
Feux de forêts et de broussailles
Les conditions chaudes et sèches persistantes associées à la canicule ont des-
séché la végétation forestière, entraînant un danger d?incendie extrême et une
augmentation de l?activité des feux de forêt. Entre le 20juin (avant la canicule)
et le 3juillet (après la canicule), l?indice forêt-météo (IFM), une mesure qui tient
compte des effets de l?humidité du combustible et des conditions météorologiques
sur le comportement du feu, a augmenté considérablement dans la majeure partie
de la Colombie-Britannique et de l?Alberta (figureC2). Les feux de forêt actifs
en Colombie-Britannique sont passés de six feux avec 123,5hectares en feu le
20juin 5, à175feux avec prèsde79 000hectares en feu le 3juillet 6. Le 11juillet,
le Centre interservices des feux de forêt du Canada (CIFFC) a porté le niveau de
préparation national du Canada à5, son rang le plus élevé.
5. CIFFC SitRep. https://ciffc.net/en/ciffc/sitrep/2021-06-20
6. CIFFC SitRep. https://ciffc.net/en/ciffc/sitrep/2021-07-03
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
51
Figure C 2: Indice feux de forêt météorologique (IFM) estimé par le modèle avant (à gauche)
et immédiatement après (à droite) la vague de chaleur.
Source : White et al. (2022).
La majorité des nouveaux incendies survenus pendant la canicule étaient d?origine
naturelle, les coups de foudre provenant de nuages pyrocumulonimbus flammage-
nitus (CbFg) se formant au-dessus de feux de friches déjà allumés contribuant
de manière significative à l?allumage de nouveaux feux de friches. Dans la soirée
du30juin, environ120 800coups de foudre ont été enregistrés (Vagasky, 2022),
et le CIFFC a signalé au moins 127nouveaux incendies de forêt déclenchés par
la foudre entre le 30juin et le 2juillet. La zone de haute pression associée à la
vague de chaleur a commencé à se désagréger vers le 30juin, entraînant de nou-
velles conditions chaudes, sèches, et maintenant venteuses et instables, per-
mettant une croissance rapide des incendies de forêt. L?effondrement continu de
la dorsale (axe de haute pression) et le passage d?un front froid ont donné lieu
à davantage de nuages d?orage (CbFg) et d?éclairs, avec peu de précipitations.
Ce cycle s?est produit chaque après-midi pendant la première semaine de juillet
et a déclenché en moyenne plus de 40nouveaux feux de forêt chaque jour en
Colombie-Britannique.
Rendements agricoles
La canicule a eu des effets prononcés sur l?agriculture en Colombie-Britannique
et en Alberta, notamment pendant les phases cruciales de croissance de nom-
breuses cultures. En comparant les rendements de2021 aux valeurs prédites (à
partir de régressions linéaires), nous constatons que, pour 26cultures de plein
champ, de fruits et de légumes pour lesquelles des données sont disponibles,
24 présentent des diminutions par rapport au rendement prédit en 2021, dont7
affichent des baisses de rendement supérieures à2écarts-types (raisins, prunes,
framboises, cerises douces, citrouilles, radis et tomates) et 12autres des réduc-
tions comprises entre 1 et 2écarts types (orge, canola, blé de printemps, pommes,
nectarines, pêches, poires, choux de Bruxelles, laitue, pois verts, courges et cour-
gettes). Il est extrêmement difficile d?isoler les effets d?un événement particulier
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
52
sur les données de rendement annuel, et ces baisses ne peuvent pas nécessai-
rement être attribuées uniquement à la canicule de juin. En utilisant un indice de
végétation par différence normalisée (NDVI) dérivé d?un satellite à résolution heb-
domadaire pour analyser la chronologie des changements de l?état de verdure des
cultures en fonction du déroulement de la canicule, nous avons constaté que,
dans 6 des 8zones agricoles de la Colombie-Britannique, une baisse notable
du NDVI s?est produite pendant la période de la canicule, indiquant des réduc-
tions de l?état de verdure des plantes, et donc une réduction de la croissance,
des dommages aux tissus végétaux ou une réduction de la densité des plantes.
Le moment où ces baisses sont survenues suggère que la canicule a probable-
ment joué un rôle important dans les baisses de rendement annuelles enregis-
trées. En outre, les rapports des agriculteurs en cours de saison, rapportés dans
les journaux locaux, confirment l?impact de la canicule sur les cultures de fruits
et légumes (CTV News 7, CBC News 2021 8).
Fonte des glaciers et des neiges
La vague de chaleur a eu une influence prononcée sur la cryosphère et l?hydro-
logie de la région, tant pendant l?événement que pendant les mois qui ont suivi.
Les températures exceptionnellement élevées et le ciel dégagé ont entraîné une
fonte rapide de la glace et de la neige, ce qui a considérablement augmenté le
débit des cours d?eau dans les bassins où la neige ou la glace pouvait fondre.
Dans de nombreux cas, des débits quotidiens records ont été observés, et cer-
tains records de tous les temps ont été battus. L?augmentation rapide du débit
des cours d?eau a entraîné des alertes d?inondation pour plusieurs communautés
en aval et un ordre d?évacuation dans la vallée de Pemberton. Les précipitations
des1er et 2juillet dans les montagnes Rocheuses, près de la frontière entre la
Colombie-Britannique et l?Alberta, ont aggravé les inondations et les dommages
(BC River Forecast Centre, 2021), entraînant des dégâts importants dans le parc
provincial du Mont Robson en Colombie-Britannique et l?évacuation des randon-
neurs par hélicoptère (Roffel etal., 2021).
Alors que les bassins sans couverture glaciaire importante ont connu des débits
inférieurs à la normale dans les semaines et les mois qui ont suivi la canicule, l?af-
flux d?eau de fonte des glaciers dans les bassins glaciaires a entraîné des débits
de fin d?été similaires à la moyenne historique, malgré la perte substantielle du
manteau neigeux pendant la canicule. La capacité des glaciers à maintenir des
débits normaux est remarquable compte tenu de la nature sans précédent de la
canicule, et s?est faite au prix d?une perte de masse substantielle des glaciers
(Menounos etal., 2021). La capacité des glaciers à compenser de tels événe-
ments extrêmes devrait diminuer à l?avenir avec la poursuite du changement cli-
matique (Clarke etal., 2015).
7. https://bc.ctvnews.ca/scorching-temperatures-cripple-crops-in-b-c-s-fraser-valley-1.5492713
8. https://www.cbc.ca/news/canada/british-columbia/heat-fruit-crops-okanagan-fraser-valley-1.6092155
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
53
Glissements de terrain
Les feux de forêt peuvent entraîner des risques accrus d?inondation, d?érosion et
de glissement de terrain, en raison des impacts sur la végétation et le sol (Jordan,
2009), ainsi des centaines de laves torrentielles (coulées de débris) postérieures
aux feux de forêt ont été déclenchées par les pluies torrentielles de l?été et de
l?automne2021 dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique. L?un des plus
grands incendies associés à cette vague de chaleur a été le Lytton Creek Fire,
qui a débuté au sud du village de Lytton et a brûlé environ84 000hectares (BC
Wildfire Service, 2021), entraînant des dommages importants dans les réserves
de Lytton et de la Réserve autochtone de Lytton. Les coulées de boue qui ont suivi
le feu de forêt ont affecté les infrastructures ferroviaires et routières, notamment
à la suite de plusieurs régimes de rivière atmosphérique (courants atmosphé-
riques) extrêmes dans lesquelles des quantités importantes de vapeur d?eau sont
transportées par l?atmosphère, conduisant à des pluies intenses et survenus en
novembre2021. En novembre2021, des coulées de débris et des débordements
ont compromis trois bretelles d?accès par pont à l?autoroute Transcanadienne,
entraînant l?effondrement d?un pont et nécessitant des réparations sur un autre,
et ont sectionné des infrastructures ferroviaires et routières (ponts et remblais)
à neuf autres endroits (Lau etal., 2022). Les inondations et les glissements de
terrain ont probablement entraîné la catastrophe naturelle la plus coûteuse de
l?histoire du Canada, avec des millions de dollars de dommages le long des auto-
routes et des voies ferrées du sud-ouest de la Colombie-Britannique, les ponts,
les voies ferrées et les remblais des autoroutes s?étant effondrés.
Conclusion
La vague de chaleur sans précédent qui s?est abattue dans la région du Nord-Ouest
Pacifique en juin2021a été l?un des événements de chaleur extrême régionaux
les plus anormaux survenus sur Terre depuis que l?on enregistre les températures
(Thompson, 2022). Bien que des informations prévisionnelles aient été dispo-
nibles et que des efforts aient été déployés pour communiquer sur la gravité de
l?événement et réduire la mortalité due à la chaleur, des centaines de décès liés
à la chaleur se sont tout de même produits, ainsi que d?autres impacts humains
et écologiques. La nature sans précédent de cet événement a rendu difficile l?an-
ticipation et l?atténuation de ces impacts. L?étude aposteriori et ainsi la meilleure
compréhension de ces impacts peuvent aider les communautés du monde entier
à mieux se préparer aux événements de chaleur extrême qui battent des records
et qui devraient se produire de plus en plus fréquemment à mesure que le climat
continue de se réchauffer (Fischer, 2021).
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
54
La vague de chaleur en Chine au cours de l?été2022
Une vague de chaleur sans précédent
Étienne Kapikian,
Météo-France
Une grande partie centrale, orientale et méridionale de la Chine a connu, au cours
de l?été 2022, une vague de chaleur exceptionnelle, dont la combinaison entre
durée, intensité et étendue géographique est sans équivalent depuis le début
des mesures vers1960 (cf. pages suivantes). De nombreuses grandes villes ont
battu leur record absolu de température maximale, avec un mercure dépassant
souvent les40°C et atteignant jusqu?à45°C, mais aussi de température mini-
male nocturne élevée, parfois au-dessus de30°C. L?été2022 est ainsi de loin
le plus chaud jamais observé en Chine (figureC3).
Figure C 3 : À gauche, régions du monde ayant observé un trimestre juin-juillet-août
exceptionnellement chaud (niveau record en rouge foncé, recouvrant notamment une bonne
partie de la Chine). À droite, graphique1850-2022 montrant l?été météorologique2022
de loin le plus chaud en Chine depuis le début des mesures, battant de plus de0,5oC le
précédent record de l?été2018. Même si la China Meteorological Administration (CMA) ne
considère que les données plus complètes post-1961, les données compilées par Berkeley
Earth depuis1850 montrent qu?un tel été est inédit sur toute la période moderne.
Source: Berkeley Earth,https://berkeleyearth.org/august-2022-temperature-update/
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
55
Figure C 4: Anomalies normalisées du géopotentiel à500hPa (à gauche) et de la température
à850hPa (à droite) par rapport à la moyenne1991-2020 sur le trimestre juin-juillet-
août2022 selon la réanalyse ERA5 du CEPMMT. Une vaste portion de la Chine a été concernée
par des anomalies dépassant 2 écarts types (en rouge foncé).
Source: Météo-France.
En lien avec la présence récurrente de hauts géopotentiels subtropicaux sur la
Chine, dont les effets ont probablement été amplifiés par l?épisode LaNiña en
cours et la présence d?eaux remarquablement chaudes sur l?ouest du Pacifique (le
tout étant aussi exacerbé par la tendance de fond du réchauffement global), l?épi-
sode de chaleur intense, combiné à un important déficit pluviométrique, a débuté
officiellement le 13juin, a perduré en juillet avant d?atteindre son paroxysme au
cours du mois d?août2022, pour se terminer le 31août. Selon les critères de
vague de chaleur d?échelle nationale du service météorologique chinois (CMA), cet
épisode a donc duré au total 79jours, un nouveau record dépassant les 62jours
de la vague de chaleur de l?été2013.
Plus de300 parmi les 2 420stations météorologiques du réseau de mesure
national chinois ont battu leur record absolu historique de température maximale.
15stations ont atteint ou dépassé la barre des44°C. Une alerte canicule natio-
nale de niveau rouge a été émise pour la première fois par la CMA. La tempéra-
ture a dépassé les40°C dans au moins une station de Chine tous les jours entre
le 4juillet et le 30août inclus, soit pendant 58jours consécutifs. Sur la période
du21juillet au 30août, une superficie inédite de1,4million de km2 du territoire
chinois a observé des températures dépassant ponctuellement les40°C, affec-
tant au total une population de300millions de personnes 1).
De nombreuses provinces ont été concernées par des températures dépassant
les seuils de canicule: Hebei, Sichuan, Chongqing, Hubei, Anhui, Henan, Jiangsu,
Zhejiang, Shaanxi, Fujian, Guangdong, Guizhou, Hunan, Jiangxi, Qinghai, Xinjiang.
1. Source : https://twitter.com/yangyubin1998/status/1564943693957582848
https://twitter.com/yangyubin1998/status/1564943693957582848
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
56
Figure C 5: À gauche, carte des températures maximales atteintes sur la période du1er au
30août 2022 montrant la superficie record concernée par des valeurs supérieures à40oC ;
à droite, écart à la normale des températures maximales sur cette même période, atteignant
localement +6oC sur le secteur de Chongqing.
Source: North Microel Electronics, www.nmc.cn.
Si des records absolus de chaleur sont tombés dès juin ou juillet, c?est surtout au
mois d?août2022 que le plus grand nombre de records a été observé. Certaines
stations ont dépassé de multiples fois leur précédent record absolu de chaleur
tous mois confondus, parfois plusde10 voire 20fois?
Figure C 6: Exemple de températures maximales observées le 19août 2022, incluant les45oC
à Beibei atteints 2jours consécutifs.
Source: National Meteorological Center, CMA, http://www.nmc.cn/; traitement : É. Kapikian avec ogimet.com.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
57
Les records absolus de température maximale de plusieurs provinces ont été battus:
? municipalité de Chongqing: 45,0°C à Beibei les18 et 19août (ancien record
provincial: 44,5°C). Les45,0°C mesurés à Beibei sont non seulement un record
absolu pour la municipalité de Chongqing mais aussi la plus haute température
fiable 2 jamais mesurée en Chine en dehors de la région désertique du nord-ouest
du pays dans la province du Xinjiang, où les records absolus locaux sont de l?ordre
de 49-50°C (région de Turpan);
? province duHubei: 44,6°C à Zhushan le 13août;
? province du Sichuan: 44,0°C à Qu le 24août (ancien record provincial: 43,5°C
en 2011);
? province du Guizhou: 43,5°C à Chishui le 23août;
? province du Jiangxi: 42,6°C à Xiushui le 23août;
? province du Jiangsu: 42,2°C à Yixing le 15août.
Exemples de records absolus observés sur quelques stations (les anciens records
ont souvent été dépassés plusieurs fois):
? 44,4°C à Fengjie (Chongqing) le 15/08/2022, ancien record: 42,4°C le
17/08/2019;
? 44,4°C à Tongnan (Chongqing) le 17/08/2022, ancien record: 42,2°C le
15/08/2006;
? 43,8°C à Neijiang/Dongxing (Sichuan) le 23/08/2022, ancien record: 40,7°C
le 4/08/2021;
? 43,7°C à la station de référence Chongqing-Shapingba le 19/08/2022, ancien
record: 43,0°C le 15/08/2006.
On notera aussi la minimale nocturne record de 34,9°C ce même 19août, la
plus haute jamais mesurée en août en Chine! La température moyenne quoti-
dienne du 19août atteint ainsi 38,9°C, de loin un record absolu pour la station
où les mesures ont débuté en1933, et situé plusde2°C au-dessus du précé-
dent record de température moyenne quotidienne. Le top15 des jours les plus
chauds, en température moyenne, appartient désormais exclusivement à2022.
À Chongqing, la température est restée sans discontinuer au-dessus de30°C,
jour et nuit, du 6août au 29août, soit sur une durée de 22 jours et 19 heures.
Au cours du seul été2022, la température minimale nocturne à Chongqing a été
supérieure au seuil des30°C au cours de33nuits: c?est autant de fois que
pendant les 65étés cumulés de1951à 2015! La température moyenne men-
suelle d?août2022 atteint un record de35,3°C à Chongqing, la plus haute tem-
pérature moyenne mensuelle jamais mesurée en août parmi toutes les stations
de Chine.
2. La notion de record «fiable» est importante ici: en effet, il existe d?anciens relevés légèrement supérieurs
à 45°C dans un passé lointain, en particulier 45,2°C à Xi?an (Shaanxi) en juillet1934, mais la fiabilité de
ces anciens relevés est mise en doute et ces mesures anciennes ne sont pas retenues comme officielles
par le service météorologique chinois, qui se limite, pour la plupart des stations, aux données postérieures
à1960, avec quelques exceptions pour des stations de référence qui avaient des mesures fiables avant.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
58
Figure C 7: Températures à Chongqing du1er au 28août 2022; On y voit la période de
plusde22jours continuellement au-dessus de30°C, même la nuit, ou encore la journée
exceptionnelle du19août avec une minimale de34,9°C et une maximale de43,7°C.
Source: Compte weibo d?un météorologue chinois, weatherman_xinxin.
En août 2022 de nombreux records de températures ont été battu en Chine. Ainsi,
le 21 août, la température à Jianyang (Sichuan) a atteint 43,4 °C. L?ancien record
absolu dans cette station, qui était de 40,3 °C (12/08/2006), a été dépassé plus
de 10 fois pendant l?été 2022.
Or, il avait déjà fait très chaud les mois précédents, avec par exemple, jusqu?à
44,2 °C les 25 et 26 juin dans la province du Hebei, ou 40,9 °C le 13 juillet à
Shanghai?Xujiahui (station climatique de référence de Shanghai, où le début des
mesures remonte à 1873), égalant le record absolu du 21 juillet 2017.
Source: https://twitter.com/extremetemps/status/1560225323387699202
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
59
Impact des vagues de chaleur sur les glaciers
Jérôme Duvernoy,
Observatoire national sur les effets
du réchauffement climatique (ONERC)
Introduction
Les glaciers sont essentiels pour permettre la vie sur Terre. En effet, les glaciers,
stocks d?eau solide permanents à l?échelle humaine, agissent comme des réser-
voirs d?eau douce et fournissent de l?eau potable pour la consommation humaine.
Sauf pour l?Antartique qui représente à lui seul 70 % de l?eau douce mondiale, l?eau
libérée par la fonte des glaces permet, par exemple, en alimentant les fleuves
et les rivières, d?irriguer les cultures et les champs. Outre les bénéfices directe-
ment appréciables par l?homme, les glaciers sont cruciaux pour le cycle hydrolo-
gique car ils ont un rôle central dans la régulation du changement climatique. Ils
constituent donc des outils de choix pour l?étude du climat. Leurs modifications
reflètent, de façon très visuelle, l?évolution des paramètres atmosphériques (tem-
pératures, précipitations?). Ces modifications sont des signaux d?alerte.
Le graphique de la variation de la masse des glaciers à l?échelle mondiale
(cf.figureC8) montre le bilan annuel estimé pour un ensemble de glaciers de
référence mondiaux ayant plus de30années d?observation continue pour la
période1949/50-2020/21. Les valeurs globales sont calculées en utilisant une
seule valeur (moyenne) pour chacune des19régions montagneuses afin d?évi-
ter un biais vers les régions bien observées. Au cours des années hydrologiques
2019/20 et 2020/21, les glaciers de référence observés ont subi une perte de
glace de0,98m hauteur équivalente en eau (meter water equivalent m. w. e.ou
mètre d?eau 1) et de0,77md?eau, respectivement. Avec cela, huit des dix années
de bilan de masse les plus négatives ont été enregistrées après2010.
1. Une valeur de ?1mètred?eau (meter water equivalent ou m. w. e.) par an représente une perte de masse
de1 000kg par mètre carré de couverture de glace ou une perte annuelle d?épaisseur de glace à l?échelle
du glacier d?environ 1,1m par an, la densité de la glace n?étant que de 0,9fois celle de l?eau.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
60
Figure C 8: Bilan de masse cumulé des glaciers de référence. Les valeurs cumulées par rapport
à1970 sont indiquées sur l?axe des ordonnées en unité mètre d?eau équivalent (meter water
equivalent). Depuis le milieu des années1970, le changement de masse cumulé des glaciers de
référence mondiaux, tel qu?il est présenté dans le graphique ci-dessus, est estimé à plusde24m
w. e.Les glaciers observés étaient proches d?un état stable pendant les années1960, suivi
d?une perte de glace de plus en plus importante jusqu?à aujourd?hui. La forte augmentation
des taux de perte de glace au cours de chaque décennie jusqu?à aujourd?hui (sur des surfaces
de glacier en diminution) ne laisse aucun doute sur le changement climatique en cours et le
forçage soutenu, même si une partie de la tendance à l?accélération observée est susceptible
d?être causée par un processus de rétroaction positive (par exemple, l?abaissement de la
surface, la désintégration des glaciers).
Source : Données : https://wgms.ch/global-glacier-state/ ; traitement : ONERC.
Entre1992 et 2017, les calottes glaciaires du Groenland et de l?Antarctique ont
perdu ensemble 6 400gigatonnes (Gt) de glace, entraînant une élévation du niveau
mondial de la mer de près de2centimètres (État européen du climat Rapport,
2019 2). Le taux de perte de la calotte glaciaire du Groenland a augmenté de façon
exponentielle au fil du temps, près de la moitié de la glace perdue entre1992 et
2018 s?étant produite entre2006 et 2012. Quant à la calotte glaciaire de l?Antarc-
tique, elle perd maintenant de la glace plus rapidement que jamais. Avant2012,
l?Antarctique perdait de la glace à un rythme constant de76Gt par an. Cependant,
il y a eu depuis une multiplication par trois, plus de la moitié de la perte totale de
glace des28dernières années se produisant entre2012 et 2017. De l?Himalaya
à l?Arctique, la fonte des glaciers de la planète, provoquée par le réchauffement
2. https://climate.copernicus.eu/ESOTC/2019
-29,5
-24,5
-14,5
-9,5
-4,5
0,5
5,5
Bi
la
n
de
m
as
se
c
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ul
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)
-19,5
1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020
Temps (année)
Bilan de masse cumulé (référence 1970)
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
61
climatique, s?est encore accélérée ces 20dernières années. La fonte de ces
glaces a contribué à la hausse du niveau de la mer, à hauteur de21 %, au rythme
de0,74mm par an. Depuis2000, ils ont perdu en moyenne 267milliards de
tonnes de glace chaque année. La fonte complète des glaciers ferait augmenter
le niveau des océans de40cm. (Hugonnet etal., 2021)
Au niveau européen, le constat est équivalent. Ainsi, depuis1997, on estime que
les glaciers surveillés en Europe ont perdu entre9 et 26mètresd?eau (m. w. e.)
de masse, ce qui correspond à entre10 et 29mètres de perte d?épaisseur de
glace (figureC9).
Figure C 9: Changements de masse cumulés en Europe de 1967à 2021 pour les glaciers
avec des enregistrements à long terme dans neuf régions différentes. Les valeurs du bilan
massique sont données dans l?unité « mètre d?eau (m. w. e.) » par rapport à1997.
Sources : Données : WGMS (2021, mise à jour) ; traitement : C3S/WGMS.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
62
Impact des vagues de chaleur
sur les glaciers des Pyrénées
Une fonte record en 2022
Pierre René,
Association Moraine 1
Évolution des glaciers des Pyrénées depuis1850
Tandis que l?existence de glaciers dans les Alpes est connue de tous, leur pré-
sence dans les Pyrénées est quelque peu confidentielle. En effet, leur surface
globale est mille fois plus réduite ! Avec aujourd?hui une vingtaine de glaciers pour
environ2km² (200ha) d?englacement, les glaciers pyrénéens sont particulière-
ment modestes et vulnérables.
Depuis1850 (fin du Petit Âge glaciaire), les troisquarts des glaces pyrénéennes
et 90 % de leur surface ont disparu (?50 % dans les Alpes). Présents depuis des
milliers d?années, nous assistons aujourd?hui à leur extinction (figureC10).
Figure C 10: Évolution de la surface englacée des Pyrénées (France + Espagne).
Source : Association Moraine.
1. Association Moraine 31 110 Luchon, http://asso.moraine.free.fr
23km2
12,8km2
2km2
1850 1875 1900 1925 1950 1975 2000 2025 2050
Temps (année)
0
5
10
15
20
25
Su
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(k
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2)
Évolution de la surface englacée des Pyrénées (France et Espagne)
1850-2022
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
63
Face à la rapidité du réchauffement climatique, les conditions d?existence de gla-
ciers ne sont plus réunies. La fonte record de l?année2022 est une illustration
de cette tendance lourde.
Zoom sur le glacier d?Ossoue
(Vignemale, Pyrénées françaises) depuis2000
Avec 25ha, le glacier d?Ossoue (figureC11 et figureC12) est le plus grand et le
plus documenté des Pyrénées françaises. Il reflète le mieux le climat car contrai-
rement à ses voisins, il ne bénéficie pas d?un environnement topographique biai-
sant son comportement (cirque rocheux important entraînant une suraccumulation
neigeuse par les avalanches en hiver et une protection solaire en été). Il ne doit
son existence qu?à sa haute altitude (3 070m en moyenne).
Depuis 2000, les différents paramètres mesurés de ce glacier révèlent la perte de :
? 250m de longueur (soit 12m/an) auxquels on peut ajouter 400m si l?on ne
considère plus le lambeau de glace inférieur détaché en2022 ;
? 31ha de surface (soit 1,5ha/an), soit plus de50 % en 22ans, associée à un
morcellement ;
? 40m d?épaisseur (soit 1,8m/an) et 4,5m en 2022 !
Figure C 11: Glacier d?Ossoue (Vignemale, Pyrénées) en 2000 (à gauche) et 2022 (à droite).
Source : Association Moraine.
Fonte des glaciers en 2022
En 2022, les glaciers pyrénéens ont subi une régression record comme en témoignent
les paramètres mesurés (longueur, surface, volume). Au-delà des chiffres, plu-
sieurs glaciers se sont morcelés et d?autres sont devenus trop réduits pour être
comptabilisés à l?avenir. L?année glaciaire2022 est la plus déficitaire depuis au
moins 2002 (date du début des mesures systématiques), mais très certainement
depuis bien plus longtemps.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
64
Figure C 12: Bilan de masse cumulé de deux glaciers pyrénéens.
Source : Association Moraine et Spesa Ingenieria SA.
Avec ?4,5m d?épaisseur, le glacier d?Ossoue perd 2,5fois plus que sa moyenne
(?1,8 m). Le glacier de la Maladeta (Pyrénées espagnoles) enregistre également un
record de fonte avec ?3,3m d?épaisseur contre?0,9m en moyenne (figureC12).
Cette fonte record 2022 est la conséquence de conditions météorologiques défa-
vorables aux glaciers :
? une accumulation neigeuse hivernale médiocre (inférieure à la moyenne) ;
? des apports significatifs de sables sahariens accélérant la fonte par diminu-
tion de l?albédo ;
? des vagues de chaleurs précoces et répétées au cours de l?été.
1990
Temps (années)
1995 2000 2005 2010 2015 2020
-40
-35
-30
-25
-20
-15
-10
-5
0
5
Bi
la
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cu
m
ul
é
(m
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au
)
Ossoue (Asso Moraine)
Maladeta (Ingenieria SA)
Bilan de masse cumulé de deux glaciers des Pyrénées
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
65
Impacts des vagues de chaleur sur la biodiversité
Jérôme Duvernoy,
Observatoire national sur les effets
du réchauffement climatique (ONERC)
Introduction
Le volume2 du sixième rapport d?évaluation du GIEC (GIEC, 2022) nous rap-
pelle que le réchauffement à court terme et l?augmentation de la fréquence, de
la gravité et de la durée des vagues de chaleur impactent de nombreux écosys-
tèmes terrestres, d?eau douce, côtiers et marins et risquent d?occasionner des
pertes élevées ou très élevées de biodiversité.
Selon la région et les écosystèmes, les risques à court terme (2021-2040) de
perte de biodiversité sont de modérés à élevés notamment dans les écosystèmes
forestiers. De plus, l?élévation continue et accélérée du niveau de la mer empié-
tera sur les habitats côtiers et exposera les écosystèmes littoraux et de faible
altitude à la submersion et à la perte.
Sur le plus long terme (2041-2100), la perte et la dégradation de la biodiversité,
qui sont déjà observées pour toutes les régions en raison du réchauffement cli-
matique passé, continueront à s?aggraver dans des proportions qui dépendent du
niveau de réchauffement atteint.
TableauC1 : Dans les écosystèmes terrestres, pourcentage des espèces évaluées
qui seront probablement confrontées à un risque très élevé d?extinction
selon le niveau de réchauffement.
Pourcentage des espèces confrontées
à une extinction Valeur du réchauffement global
3 à 14 % 1,5 °C
3 à 18 % 2 °C
3 à 29 % 3 °C
3 à 39 % 4 °C
3 à 48 % 5 °C
Le tableauC1 nous montre que plus le réchauffement mondial augmente, plus
la part d?espèces menacées d?extinction augmente. Cette augmentation n?étant
pas linéaire, il est d?autant plus important de limiter le réchauffement climatique.
En France métropolitaine, les vagues de chaleur, et même les canicules, se suc-
cèdent de plus en plus vite d?années en années. En effet, alors qu?elles étaient
occasionnelles une fois tous les5à 10ans, elles se rencontrent maintenant tous
les étés depuis2015 (à l?exception de2021). La France a connu 45vagues de
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
66
chaleur en France métropolitaine depuis1947 selon un rythme qui ne fait que
s?accélérer. Sur les35dernières années, les vagues de chaleur ont ainsi été trois
fois plus nombreuses que sur les35années précédentes. Et le nombre de jours
de vagues de chaleur a été multiplié par9. Certains étés comme 2017 ou 2022
ont même connu aumoins3événements de canicule.
Cependant, comme ces événements météorologiques extrêmes sont souvent
associés à des périodes de sécheresse prolongées, il est souvent difficile d?iso-
ler les effets à court terme des canicules, des effets à long terme de la séche-
resse sur la biodiversité. Les conséquences biologiques d?épisodes climatiques
extrêmes (mortalités, réductions de populations, perte de biodiversité, etc.) sont
rarement immédiates et détectables, ne se révélant parfois qu?après plusieurs
années d?affaiblissement des milieux impactés.
De plus, la faune et la flore sauvages sont sous la pression de changements
globaux. La plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la bio-
diversité et les services écosystémiques (IPBES, Intergovernmental Science-Policy
Platform on Biodiversity and Ecosystem Services) classe ainsi les causes d?érosion
de la biodiversité en cinq facteurs majeurs : les changements d?usage des sols
et des mers, l?exploitation directe des ressources, les changements climatiques,
les pollutions, et les espèces exotiques envahissantes. L?augmentation de la fré-
quence et de l?intensité des épisodes de canicule n?est donc qu?un facteur aggra-
vant parmi beaucoup d?autres.
Impacts sur la faune
Pendant une période de canicule, les animaux souffrent comme les humains, et
peinent à trouver des lieux pour s?hydrater ou se rafraîchir. Quand les tempéra-
tures restent élevées pendant plusieurs jours consécutifs, y compris la nuit, le
risque de mortalité augmente fortement. Toutes les espèces sont concernées,
même celles qui vivent dans l?eau.
? Les coups de chaleur
Les périodes de canicule précoces correspondent à la période cruciale de nidifi-
cation des oiseaux, qui sont, selon la Ligue de protection des oiseaux, fortement
touchés par les fortes chaleurs. Les jeunes, sujets à suffocation à cause de la
chaleur sous les toits (figureC13), se rapprochent du bord du nid afin de cher-
cher de l?air et peuvent tomber au sol. Ainsi, la LPO assure avoir accueilli de nom-
breux volatiles en période de canicule, notamment des individus encore au nid.
Dans leurs centres de soins 1, les espèces qui rentrent énormément sont les mar-
tinets ou les hirondelles car ils nichent sous les toitures, dans des petites cavités.
S?il fait plus de 40oC à l?extérieur, la température peut dépasser les 50oC dans
le nid. Donc les jeunes ont tendance à s?avancer vers le bord pour aller chercher
1. https://www.lpo.fr/la-lpo-en-actions/agir-pour-la-faune-en-detresse
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
67
un peu d?air frais à l?extérieur, et tombent. Les chauves-souris comme les pipis-
trelles peuvent fuir les toitures devenues brûlantes, en plein jour. Chez les hiron-
delles, les adultes peuvent abandonner le nid et les jeunes, si les conditions
météorologiques deviennent extrêmes.
Plus généralement, la précocité des épisodes caniculaires, comme ceux du15
au 19juin 2022 est particulièrement dangereuse pour les animaux sauvages qui
sont à cette époque de l?année encore en pleine période de reproduction et de
nourrissage des jeunes.
Figure C 13: Jeune hirondelle
rustique (Hirundo rustica) au
bord du nid.
Source : © Thierry Degen/Terra.
? La déshydratation
Le manque d?eau en période de canicule est un problème qui touche toutes les
espèces animales sans distinction. Avec l?assèchement des points d?eau, la faune
peut parcourir de nombreux kilomètres à la recherche d?une flaque ou d?une mare
et ainsi mourir de fatigue (LPO, 2022).
La baisse rapide des niveaux due aux températures extrêmes s?ajoute au manque
d?eau chronique dû à la sécheresse. Cela peut rendre certains obstacles infran-
chissables, supprimer des connexions entre plusieurs parties d?un cours d?eau
ou restreindre l?accès aux milieux annexes. Cette fragmentation des milieux
peut empêcher la mobilité des espèces comme les poissons ou les amphibiens.
L?assèchement complet d?une partie du linéaire de la rivière, provoque directe-
ment la mort de toutes les espèces peu mobiles et incapables de survivre au
manque d?eau.
Les plus vulnérables sont principalement les espèces d?insectes ou de batraciens
inféodés aux petites mares temporaires ou situées dans la tourbe qui sont à sec
depuis un bon moment. Souvent associé aux épisodes caniculaires, le déficit de
précipitations empêche les nappes de se recharger correctement et certains cours
d?eau douce français sont ainsi à des niveaux exceptionnellement bas, voire tota-
lement à sec, poussant les animaux à s?aventurer ailleurs pour s?abreuver.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
68
Par ailleurs, le manque d?eau a des conséquences sur la végétation et peut
impacter les herbivores, comme le chevreuil, qui se nourrissent principalement
de bourgeons. Avec une production de bourgeons qui est plus faible à cause de
la sécheresse et des vagues de chaleur précoces, la disponibilité alimentaire se
retrouve réduite notamment pour les cervidés.
? Destruction des habitats
Les fortes, et même très fortes températures, provoquent un dessèchement des
plantes, des herbes et de toute autre nourriture végétale, bouleversant ainsi les
écosystèmes qui en dépendent. À cette hausse des températures s?associent
également les nombreux incendies, qui peuvent détruire des écosystèmes entiers
dans certaines régions.
Les oiseaux sont, eux aussi, particulièrement exposés aux conditions météoro-
logiques. Certaines espèces des champs ne font pas de deuxième couvée si les
conditions ne sont pas favorables. C?est par exemple le cas de l?alouette des
champs, dont les effectifs sont en constante diminution (?25 % en 18ans) en
raison des pratiques intensives agricoles (source : alouette des champs, Vigie-
nature). Un épisode de fortes chaleurs est une variable qui s?ajoute aux autres
facteurs de disparition de l?espèce, une mauvaise météo réduisant la producti-
vité des couvées.
En cas de canicule, les routes deviennent de véritables menaces mortelles pour
la faune. En effet, le bitume peut monter à des températures telles qu?il provoque
des brûlures graves chez les animaux obligés de traverser : hérisson d?Europe,
amphibiens, reptiles? Les mammifères, pour ceux qui sont nocturnes, se pro-
tègent cependant de la chaleur dans leurs terriers durant la journée.
Au contraire, certains insectes semblent proliférer, y compris dans des régions
nouvelles pour eux : arrivée du moustique-tigre (figureC15) dans le Loiret et
en Meurthe-et-Moselle, frelons asiatiques dans la Manche et le Finistère, à la
recherche de températures un peu plus tempérées. Ce phénomène, lié principa-
lement à l?augmentation des températures moyennes, s?amplifie avec l?augmen-
tation du nombre de vagues de chaleur.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
69
Figure C 14: Départements de métropole où la présence de moustique tigre (Aedes albopictus)
est connue au 1erjanvier 2022.
Source : Santé publique France 2.
Faune aquatique
Le graphique reprend sur les quelques dernières années les assecs (figureC15)
pendant les mois de juin à septembre. En effet, les dernières années ont connu
des sécheresses et des vagues de chaleur à répétition (2017, 2019 et 2022).
Associées à une forte diminution des niveaux d?eau à cause d?un manque de pré-
cipitation, les vagues de chaleur à répétition provoquent une augmentation anor-
male de la température de l?eau qui, elle-même, entraîne la mortalité des poissons
d?eau douce et des mollusques. L?oxygène (O2) dissous dans l?eau diminue, le
milieu devient eutrophe 3 : il est plus riche en éléments organiques, les algues
pullulent et les bactéries anaérobiques 4 prolifèrent, provoquant l?appauvrisse-
ment, puis la mort de l?écosystème aquatique qui ne bénéficie plus de suffisam-
ment d?oxygène.
2. https://solidarites-sante.gouv.fr/sante-et-environnement/risques-microbiologiques-physiques-et-chimiques/
especes-nuisibles-et-parasites/article/cartes-de-presence-du-moustique-tigre-aedes-albopictus-en-france-
metropolitaine
3. Eutrophe : milieu riche en éléments organiques, pauvre en oxygène. Ex. : eaux dormantes.
4. Anaérobie : organisme qui se développe en l?absence d?oxygène (O2). Ex. : bactéries.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
70
Figure C 15: Pourcentage des observations pour les stations de métropole pour 2017à2022.
Les stations observées en assec sont en bleu. On notera une forte proportion de stations en
assec lors des mois de juillet et août2022.
Source : Données : réseau ONDE ; traitement : ONERC.
Pour ne citer qu?un exemple, dans la zone Natura2000 du marais Breton, des
centaines de truites sont mortes fin juillet2022à cause de la température trop
élevée de leur habitat. Une conséquence directe de la vague de chaleur de cette
période (chapitreD, La vigilance « canicule » de Météo-France).
Pour éviter la mort des poissons certaines solutions existent. Par exemple le
Service public de l?assainissement francilien (SIAAP 5) surveille le taux d?oxy-
gène dissous dans la Seine et, si besoin, diffuse de l?oxygène dans des « îlots de
survie » où les poissons peuvent respirer.
La diminution des populations autochtones, associée à une hausse des tempé-
ratures, sont autant d?opportunité pour les espèces invasives, comme la jussiée
ou certaines écrevisses américaines, qui trouvent ainsi des conditions favorables
pour se développer.
La flore
La flore est sensible aux épisodes de sécheresse prolongée et de canicule. Ces
phénomènes, aujourd?hui plus fréquents, entraînent chez les plantes et les arbres
5. https://www.siaap.fr/
0 %
10 %
20 %
30 %
40 %
50 %
60 %
70 %
80 %
90 %
100 %
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Absence de données
Observation impossible
Écoulement non visible
Écoulement visible
Assec
Observations des assecs de 2017 à 2022
Ob
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at
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ns
(
%
)
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
71
un stress hydrique 6 qui se traduit de différentes façons. Les arbres perdent leurs
feuilles, comme en automne, pour limiter la consommation d?eau. En effet, c?est
par les feuilles qu?intervient le phénomène d?évapotranspiration lié à la photo-
synthèse. Lorsqu?il fait trop chaud et sec, l?arbre doit réduire sa consommation
en eau. Les feuilles jaunissent et tombent, il s?agit d?une adaptation de l?arbre.
Mais si les canicules se répètent trop souvent ou sont trop rapprochées, certains
arbres risquent de s?épuiser et de ne pas survivre.
Les épisodes de canicule qui interviennent au printemps agissent également sur
le cycle de floraison. Les plantes fleurissent et fanent plus tôt. Il peut y avoir un
décalage entre le cycle de la plante et celui des insectes qui, pour certains, sont
étroitement liés pour la pollinisation et/ou la reproduction (espèces symbiotiques 7).
Feux de forêts
Les forêts sont non seulement des socioécosystèmes essentiels pour les sociétés
humaines mais aussi pour la biodiversité. En effet, elles abriteraient près de80 %
de la biodiversité terrestre mondiale. Cet été2022 et un peu partout en France,
le risque d?incendie était à son plus haut niveau. Les fortes températures fragi-
lisent les forêts qui souffrent déjà des sécheresses répétées.
90 % des départs de feux de forêt ont pour origine les activités humaines, selon
différentes causes :
? accidentelles : lignes électriques, chemin de fer, véhicules, dépôt d?ordures ;
? intentionnelles : malveillance ;
? involontaires dues aux travaux : travaux forestiers, travaux agricoles, travaux
industriels et publics ;
? involontaires dues aux particuliers : travaux, loisirs, jets d?objets incandescents.
Et un départ de feux dans une forêt desséchée pourra avoir des conséquences
dramatiques jusqu?aux méga-feux.
La figureC16 ci-après, établie à partir de la base de données EFFIS, représente
les surfaces de forêts brûlées dejuin à novembre2022 en France métropolitaine.
Au total, plus de 66 000hectares de forêts ont brûlé cet été, soit six fois plus
que la moyenne des15dernières années. Presque 300feux ont été recensés.
Même si une étude plus approfondie pourrait être nécessaire, le graphique montre
clairement une certaine corrélation entre les surfaces brûlées et les différentes
canicules. En effet, les températures importantes de l?air et du sol sont des fac-
teurs qui viennent aggraver des conditions déjà très propices aux feux de forêts.
6. Stress hydrique (ou stress osmotique ou stress abiotique ou pénurie d?eau) : état d?une espèce végé-
tale qui, placée dans un environnement, l?amène à libérer davantage d?eau que la quantité qu?elle absorbe.
7. Symbiotique : association étroite, durable et obligatoire entre deux espèces à leur bénéfice mutuel.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
72
Figure C 16: Surface de forêt brûlée en France métropolitaine en2022. Les rectangles orange
représentent les 3canicules.
Source : Données EFFIS ; traitement : ONERC.
Alors que le rapport interministériel de2010 (MEDDEM, 2010) prévoyait l?ex-
tension des zones propices aux feux de forêts dans un futur de2030-2050, la
réalité a malheureusement rattrapé les prévisions. En effet, pendant l?été2022
en Bretagne, le feu a ravagé presque3 000hectares (figureC17). Des records de
température dans36 des44 stations météo en Bretagne (40oC dans le Finistère
Nord, 41,6oC enregistré en Ille-et-Vilaine) associés à une saison très sèche ont
été propices aux feux de forêts qui n?avaient jamais été observés avec une telle
ampleur en Bretagne.
Surface brûlée
0
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v
Surface brûlée
Période de canicule
Su
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ha
)
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
73
Figure C 17: Surface brûlée en Bretagne depuis2000.
Sources : Données : EFFIS 8 ; traitement : ONERC.
Les bilans actuels en termes de surfaces brûlées et de dégâts, pourtant déjà très
importants, vont s?aggraver avec les effets du changement global en France. Ces
effets vont tous dans le sens d?une aggravation du risque :
? changement climatique conduisant à une multiplication des conditions météo-
rologiques propices au feu (combinaison de températures élevées, d?une humi-
dité de l?air faible) et à une extension des zones menacées ;
? urbanisation croissante des interfaces homme-nature ;
? modification/abandon de pratiques agricoles conduisant à la fermeture du milieu
donnant une continuité des massifs arborés et boisés.
Sans parler de méga-feux, des événements exceptionnels/extrêmes, c?est-à-dire
hors de nos références habituelles en termes d?intensité, de vitesse de propaga-
tion, ou d?importance et de longueurs des sautes de feu, sont donc appelés à se
multiplier dans les années qui viennent.
Pour faire face à la nouvelle ampleur prise par les feux de forêt cette année, le
Gouvernement a annoncé une nouvelle stratégie de lutte contre les incendies.
Cette stratégie est articulée autour de trois grands axes.
Le premier axe repose sur la prévention. Pour faire face aux incendies, dont9
sur10 sont d?origine humaine, des campagnes de sensibilisation seront lancées
8. https://effis.jrc.ec.europa.eu/applications/data-and-services
0
500
1 000
1 500
2 000
2 500
3 000
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Surface brûlée en Bretagne
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
74
et les obligations légales de débroussaillement (OLD) seront renforcées. Ainsi, la
puissance publique pourrait se substituer rapidement aux propriétaires défaillants.
Un inventaire des modèles de forêts et de leur entretien devrait également être
réalisé. Plusieurs outils devraient également être mis en place, tels qu?une carte
nationale recensant les zones particulièrement vulnérables, une météo des forêts
et une météo des feux de forêt pour informer sur les risques et les départs de
feu, à l?image de ce qui se fait déjà dans le bassin méditerranéen.
Le deuxième axe est celui de la lutte. Les moyens de lutte seront modernisés et
accrus d?ici2027. Le nombre de Canadair en France sera augmenté à16 dans
les cinq prochaines années, contre12 aujourd?hui, au sein d?un plan global de
« réarmement aérien d?urgence » contre les feux de forêt de250millions d?euros.
Deux hélicoptères lourds devraient aussi venir renforcer la flotte prochainement.
Troisième volet de la stratégie annoncée par le Président de la République, le
reboisement et la gestion durable des forêts. Le Gouvernement a ainsi promis
« la plantation d?un milliard d?arbres » sur le territoire français d?ici à la fin de la
décennie. C?est-à-dire le renouvellement de10 % des forêts françaises avec des
espèces plus résilientes. L?objectif est de compenser les pertes dues aux incen-
dies mais aussi de fixer le carbone et préserver la biodiversité. Pour arriver à
cet objectif, des financements publics seront dédiés mais le Gouvernement sou-
haite également un travail collectif avec les élus, les agents de l?Office national
des forêts, de l?Observatoire du littoral mais également la participation de jeunes
dans un chantier, écologique, environnemental et d?aménagement des territoires.
Conclusion
Il ressort des projections de Météo-France que les épisodes de vagues de chaleur,
tels que ceux de ces dernières années (2019, 2022) vont se multiplier dans les
années futures.
Les vagues de chaleur sont souvent couplées avec des épisodes plus longs de
sécheresse. Les impacts d?une forte baisse des précipitations conjugués à de la
hausse de l?évapotranspiration correspondent à une baisse importante de l?hu-
midité des sols, des niveaux d?étiage et des débits des cours d?eau. Il est très
difficile de connaître leurs effets à long terme sur la faune, la flore et les milieux,
mais il est vraisemblable que leurs conséquences ne pourront être qu?importantes.
Avec l?augmentation des températures moyennes, mais aussi des températures
extrêmes, les impacts ne vont aller qu?en s?aggravant dans les années futures et
vont concerner une part du territoire de plus en plus étendue et jusque-là préservée.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
75
Impacts des vagues de chaleur
sur la biodiversité marine
Núria Teixidó,
Sorbonne Université, CNRS,
laboratoire d?océanographie de Villefranche
Stazione zoologica Anton Dohrn, Italie
Chloé Carbonne,
Sorbonne Université, CNRS,
laboratoire d?océanographie de Villefranche
Introduction
Outre le réchauffement progressif et à long terme de l?océan, une augmenta-
tion significative de la fréquence et de l?intensité des événements climatiques
extrêmes tels que les vagues de chaleur marines (MHW) est constatée (Smale
etal., 2019 ; Oliver etal., 2021). Ces périodes d?eau chaude exceptionnelles, défi-
nies comme étant des températures de l?eau de mer dépassant un seuil, généra-
lement fixé au90ecentile de la moyenne climatologique, pendant au moins cinq
jours consécutifs (Hobday etal., 2016). Au cours des vingt dernières années, les
MHW ont globalement doublé en fréquence et sont devenues plus durables, plus
intenses et plus étendues et ont eu des impacts significatifs sur la biodiversité
marine (Olivier etal., 2021). Le Groupe intergouvernemental d?experts sur l?évo-
lution du climat (GIEC) prévoit des vagues de chaleur marines plus fréquentes,
plus intenses et plus longues d?ici le milieu du xxiesiècle dans tous les scéna-
rios futurs d?émissions de CO2. Les impacts écologiques se traduisent généra-
lement par des efflorescences algales nuisibles, des déplacements d?espèces,
des événements de mortalité massive (MME) d?espèces marines et le blanchi-
ment massif des coraux qui dure de quelques semaines à plusieurs années. Il en
résulte une perte de biodiversité marine altérant le fonctionnement des écosys-
tèmes marins avec des impacts importants sur l?approvisionnement en biens et
services liés à la pêche et aux moyens de subsistance, à la protection des côtes,
au cycle des nutriments, à la séquestration du carbone et aux opportunités cultu-
relles et récréatives. Même si la méthode est perfectible, ces pertes se chiffrent
en milliards de dollars pour l?humanité (Hughes etal., 2017, Smith etal., 2021).
Le réchauffement affecte la physiologie et la phénologie des organismes marins,
ainsi que leur potentiel de dispersion, induisant des changements d?aire de répar-
tition par l?expansion ou la contraction de la distribution des espèces. Les orga-
nismes vivants fonctionnent entre certaines limites de température déterminées
par la gamme de conditions thermiques qu?ils ont connues au cours de leur évo-
lution (autrement dit, la niche thermique de l?espèce). Au-delà de ces limites,
leur performance diminue et, sans mesures d?atténuation, cela peut mener à la
mort. Des impacts de MHW à l?échelle de l?écosystème ont été constatés dans
un certain nombre de régions où des espèces marines fondatrices qui soutiennent
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
76
une large gamme de biodiversité associée ont été affectées, notamment avec
la perte de forêts de laminaires dans le nord-est et le sud-ouest du Pacifique et
le sud-est de l?océan Indien (Arafeh-Dalmau etal., 2019), le blanchiment massif
des coraux dans l?Indo-Pacifique et le sud-ouest de l?océan Indien (Hughes etal.,
2018), les prairies sous-marines (Arias-Ortiz etal., 2018), et la mortalité générali-
sée des macrophytes (macro-algues et herbiers marins) et des invertébrés en mer
Méditerranée (Garrabou etal., 2022). Dans cet article, nous nous concentrons
sur les impacts des MHW sur les coraux tropicaux et sur les espèces marines de
la mer Méditerranée. Ces deux écosystèmes marins ont en commun la présence
d?espèces marines fondatrices, qui sont essentielles à la structuration d?un éco-
système et qui modulent les flux de nutriments et d?énergie dans l?écosystème
qu?elles définissent. Les espèces fondatrices sont essentielles au maintien de
la biodiversité, et leur disparition aura des répercussions sur les autres espèces.
Figure C 18: Principaux événements liés aux vagues de chaleur marines au cours des deux
dernières décennies. La figure du haut montre les anomalies de température de surface de
l?océan qui se sont produites autour du globe, causées par le forçage atmosphérique et/ou
les processus océaniques. La figure du bas montre les propriétés des principales vagues de
chaleur marines historiques avec leur intensité (axe des y), leur durée (axe des x) et leur
catégorie (modérée, forte, sévère, extrême).
Source : Olivier etal. (2021).
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
77
Stress thermique et blanchiment des coraux
dans les récifs coralliens tropicaux
Les récifs coralliens sont l?un des écosystèmes marins les plus diversifiés, les
plus productifs et les plus climato-sensibles sur la planète. Ils représentent
moinsde1 % de la surface des fonds océaniques, mais ils abritent plusde25 %
de la vie marine. En outre, les récifs coralliens représentent des sources de
revenus et de ressources essentielles grâce à leur rôle dans le tourisme, la pêche
et la protection des côtes, et constituent une source primordiale de protéines de
subsistance et de revenus pour de nombreuses petites communautés locales et
nations qui sont en phase de développement rapide. Environ400millions de per-
sonnes dépendent des récifs pour leur sécurité alimentaire et pour leurs moyens
de subsistance, notamment grâce au tourisme lié aux récifs coralliens. La biodi-
versité des récifs est menacée par le réchauffement, car les océans devraient se
réchauffer de1à5oC en moyenne d?ici la fin du siècle, et par l?augmentation de
la fréquence et de la gravité des vagues de chaleur marines (IPCC, 2019).
La limite physiologique de la plupart des coraux se situe entre~18 et ~28oC.
Avec le réchauffement de l?océan, certaines régions pourraient dépasser cette
limite physiologique supérieure (>28oC) et devenir moins propices aux coraux,
tandis que d?autres régions pourraient augmenter leur température minimale et
devenir plus propices au développement des coraux. Les récifs coralliens seront
également affectés par l?augmentation des concentrations de CO2 dans l?atmos-
phère, ce qui entraîne une baisse de la calcification due à l?acidification de l?océan,
compromettant ainsi le maintien et la croissance de la structure récifale en car-
bonate de calcium.
La plupart des coraux des récifs tropicaux peu profonds réalisent une symbiose
intracellulaire avec des algues dinoflagellées du genre Symbiodimium, qui vivent
dans les tissus du corail (Davy etal., 2012).Le principe de cette symbiose est
que le corail fournit aux algues unicellulaires un environnement protégé et les
composés dont elles ont besoin pour la photosynthèse, tandis que les symbiotes
produisent l?oxygène et les produits carbonés fixes de la photosynthèse (Weis,
2008 ; Davy etal., 2012). Environ90 % de la matière organique produite par pho-
tosynthèse par les symbiontes est transférée au tissu du corail hôte. Lorsque les
coraux subissent un stress environnemental, les polypes expulsent leurs sym-
biontes et la colonie prend une apparence d?un blanc éclatant. Ce phénomène
est communément appelé « blanchiment du corail ». Si les polypes restent trop
longtemps sans les symbiontes, le blanchiment du corail peut entraîner la mort
du corail car les coraux blanchis ne peuvent pas satisfaire leurs besoins méta-
boliques, la plupart des besoins en carbone étant obtenus à partir des produits
photosynthétiques transférés par les symbiotes.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
78
Figure C 19: Ces photos illustrent la même communauté corallienne avant (décembre2014)
et après (février2015) un blanchiment corallien lié à un stress thermique dans les Samoa
américaines. Les symbiontes d?algues unicellulaires fournissent aux coraux leur pigmentation.
À gauche, un récif corallien sain et à droite, le même récif corallien qui a perdu ses symbiontes
et arbore une apparence blanchie. Si les coraux sont privés de leurs symbiotes pendant une
longue période, ils meurent.
Source : © Catlin Seaview Survey.
Au cours des30dernières années, le réchauffement de la température de la surface
de la mer et les vagues de chaleur marines ont déclenché un nombre croissant de
blanchiments massifs de coraux, notamment quatre événements de blanchiments
massifs pan tropicaux en1997-1998, 2010, 2015-2017 et 2019-2020 (Heron
etal., 2016 ; Hughes etal., 2018). Le déclin des coraux entraîne un changement
radical dans la composition et le fonctionnement de l?écosystème des assem-
blages coralliens, y compris des centaines de récifs individuels, transformant de
grandes zones d?assemblages matures et très diversifiés en un écosystème marin
très altéré et dégradé. Il est important de noter que les récifs coralliens mettent
généralement au moins dix ans à se rétablir après des épisodes de blanchiment
massif. Les épisodes répétés de blanchiment réduisent la capacité de récupéra-
tion des coraux, ce qui entraîne à son tour un déclin de la couverture corallienne
et une perte de biodiversité.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
79
Vagues de chaleur marines et mortalités massives récurrentes
en mer Méditerranée
La région méditerranéenne a connu une évolution continue des activités humaines
au cours de plusieurs millénaires. Elle abrite aujourd?hui plusde500millions de per-
sonnes avec une forte concentration d?établissements urbains et d?infrastructures
industrielles à proximité du littoral. La région est la première destination touristique
au monde et l?une des routes maritimes les plus fréquentées. La mer Méditerranée
est une mer semi-fermée de latitude moyenne, entourée de montagnes et de litto-
raux fortement urbanisés qui affectent les facteurs atmosphériques, océaniques et
hydrologiques. Le bassin, situé à la frontière entre deux régimes climatiques (le climat
aride de l?Afrique du Nord et le climat tempéré et pluvieux de l?Europe centrale), est
considéré comme un point particulier (hot-spot) du changement climatique : la
Méditerranée se réchauffe actuellement à un rythme 20 % plus rapide que le reste
du globe (Lionello et Scarascia, 2018). La température de surface de la mer a déjà
augmenté (selon les régions) de0,29oC à0,44oC par décennie (période entre1982
et 2015), et un réchauffement de0,8oC à3,8oC est projeté pour la fin du siècle en
raison de la variabilité régionale (Darmaraki etal., 2019).
Figure C 20: Tendances des vagues de chaleur marines (VCM) et des catégories à travers
la mer Méditerranée pendant la période de2015à2019. La mer Méditerranée connaît une
augmentation de la fréquence et de l?intensité des vagues de chaleur marines, ce qui entraîne
une mortalité massive des organismes benthiques. La mer Égée et les mers du Levant sont les
régions les plus impactées par les vagues de chaleur marines, tandis que le plateau tunisien
est la région qui présente la plus faible augmentation.
Source : Garrabou etal. (2022).
Outre les schémas de réchauffement général et progressif, les périodes de tem-
pératures extrêmes ont eu des conséquences négatives à grande échelle sur la
biodiversité marine méditerranéenne. Des événements de mortalité massive sans
précédent, qui ont affecté environ25espèces, se sont produits pendant les
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
80
étés1999 et 2003 sur des centaines de kilomètres de côtes dans le nord-ouest
de la Méditerranée (Cerrano etal., 2000 ; Garrabou etal., 2009 ; Perez etal.,
2000). Ces MHW étaient soit de courtes périodes (environ5jours en2003) de
températures élevées de la mer (27oC), soit des périodes plus longues (30à40jours)
de températures relativement élevées (24oC en1999). Des impacts sur les orga-
nismes marins ont été rapportés en réponse à ces conditions extrêmes : morta-
lité des macro-algues et des invertébrés, mortalité des pousses et floraison
anormale des herbiers marins (Garrabou etal., 2009 ; Marbà et Duarte, 2010).
Figure C 21: Impacts écologiques des événements de mortalité massive de2015-2019.
a)La colonie de gorgone rouge Paramuricea clavata présentant une mortalité partielle (zones
brunes envahies par les épibiontes) contrastant avec les tissus vivants ; b) une colonie du
corail Cladocora caespitosa présentant des signes de mortalité partielle (squelette nu au
niveau des zones blanches) contrastant avec les tissus vivants ; c) une colonie du bryozoaire
Myriapora truncata présentant une mortalité (parties blanches envahies par les épibiontes ;
d) un individu du mollusque Spondylus gaederopus atteint de mortalité (blanc) ; e) l?éponge
massive Agelas oroides présentant une mortalité (réseau spongieux brun exempt de matériel
cellulaire) contrastant avec le tissu orange vivant ; f) un individu pratiquement mort de
Spongia officinalis présentant un réseau spongieux brun exempt de matériel cellulaire ;
g) le rhodophyte Mesophyllum sp. partiellement mort ; h) l?oursin Arbacia lixula présentant
une mortalité avec la perte des épines.
Source : Garrabou etal. (2022).
Une étude publiée récemment a établi que les températures enregistrées en mer
Méditerranée sur la période2015-2019 étaient les plus élevées depuis le début des
enregistrements en1982 (Garrabou etal., 2022). Sur la base de plusde900relevés
de terrain effectués, les chercheurs ont constaté que 58 % d?entre eux contenaient
des preuves bien réelles que la mortalité massive de la vie marine était liée aux
périodes de chaleur extrême. Les populations de50espèces (dont des macro-algues,
des coraux et des éponges, entre autres) ont été affectées par ces événements
sur des milliers de kilomètres de côtes méditerranéennes, de la mer d?Alboran aux
côtes du bassin oriental, de la surface à45m de profondeur (Garrabou etal., 2022).
Certaines des espèces les plus touchées sont essentielles au maintien de la bio-
diversité et au fonctionnement des habitats côtiers. Parmi ces espèces figurent les
herbiers de Posidonia oceanica et les assemblages de gorgones, deux des habitats
les plus emblématiques et les plus diversifiés de la mer Méditerranée.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
81
Vagues de chaleur marines pendant l?été2022
en mer Méditerranée
La mer Méditerranée a connu une importante vague de chaleur marine avec des
températures de surface de la mer dans les parties occidentales de la Méditerranée
de4-5oC supérieures à la moyenne le long des côtes françaises et italiennes au
cours de l?été2002.
Les températures ont été supérieures à la moyenne pendant des périodes prolon-
gées depuis le début du mois de mai. La température moyenne à la surface de la
mer était supérieure de1,3oC à2,6oC à la moyenne à long terme (1982-2011),
avec des températures maximales mesurées localement à30,8oC du31juillet
au13août dans le nord-ouest de la mer Méditerranée (Guinaldo etal., 2022).
Des impacts sur la biodiversité marine ont déjà été observés dans différents sites
de cette région. Ainsi, de graves mortalités de masse ont été observées sur les
coraux, les éponges et les bryozoaires le long des côtes françaises, notamment
dans le parc national des Calanques, le parc national de Port-Cros et le parc marin
de la Côte Bleue (http://www.calanques-parcnational.fr/fr/actualites/episode-de-
mortalite-de-gorgones-en-mediterranee). Les premiers signes de mortalité ont été
observés entre le18 et le19juillet 2022 entre12 et 30m de profondeur. La
vague de chaleur marine vraisemblablement dévastatrice de cette année2022
ne fera que renforcer la coordination scientifique et la coopération technique aux
niveaux régional, national et international
Figure C 22: Impacts de la forte vague de chaleur marine sur la gorgone Paramuricea clavata
de15m à30m de profondeur au Parc national des Calanques. Les colonies présentent une
mortalité presque totale (squelette blanc) contrastant avec des tissus vivants de couleur rouge.
Source : © Patrick Bonhomme, Parc national des Calanques.
Il faut également espérer que les impacts observés contribueront à la prise de
conscience collective et ainsi à l?élaboration de politiques d?atténuation et d?adap-
tation plus efficaces pour faire face à l?urgence climatique actuelle.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
82
Impacts des vagues de chaleur
sur l?agriculture française
Frédéric Levrault,
Chambre régionale d?agriculture de Nouvelle-Aquitaine
Introduction
Sous l?effet du changement climatique, l?agriculture française est confrontée ces
dernières années à des températures particulièrement élevées, avec des durées de
retour, des extensions géographiques et des intensités qui paraissaient inenvisa-
geables il y a quelques décennies à peine. Si ces hautes températures accélèrent
l?apparition des sécheresses agricoles, elles ont par ailleurs un effet purement ther-
mique ?objet de ce rapport? pouvant être sévère sur les cultures et les animaux
d?élevage. L?ampleur des impacts thermiques déjà constatés ces dernières années
sur notre agriculture et attendus au cours des prochaines décennies doit nous
conduire à considérer ces vagues de chaleur comme un déterminant important de
l?activité agricole en France au xxiesiècle. On s?intéresse ici à rappeler les prin-
cipaux effets des vagues de chaleur sur les productions agricoles végétales et
animales en France métropolitaine, ainsi que les voies majeures d?adaptation.
Principaux impacts sur l?agriculture et l?élevage
et voies d?adaptation
? Lien entre température et croissance : un principe commun
à toutes les espèces végétales
La croissance des espèces végétales ?cultivées ou non? est liée à la tempéra-
ture suivant une courbe en cloche dont les caractéristiques découlent de l?origine
géographique de chaque espèce. Ainsi, les plantes d?origine intertropicale ?par
exemple maïs, sorgho, ou tournesol? possèdent un optimum de croissance (le
point haut de la courbe) correspondant à des températures plus élevées compa-
rativement à des espèces d?origine plus septentrionale ou australe (par exemple
blé, colza, ou prairie). Ces espèces à optimum thermique plus élevé sont dites
« thermophiles ».
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
83
Figure C 23: Réponse de la croissance de
différentes lignées de maïs à la température.
Source : Parent et Tardieu (2012).
Cela a deux incidences majeures pour l?agriculture française. D?une part, toute
espèce cultivée voyant sa croissance pénalisée (même en conditions hydriques
favorables) lorsque la température dépasse son optimum thermique de croissance,
l?accentuation des vagues de chaleur que nous connaissons a déjà un effet glo-
balement délétère sur les productions végétales dans notre pays. D?autre part,
les espèces non thermophiles subissant une réduction de leur croissance au-delà
de seuils moins hauts que dans le cas des espèces thermophiles, les pertes de
production liées aux températures élevées sont (et seront) plus marquées dans
notre pays pour les premières que pour les secondes.
? Vagues de chaleur : une accélération qui inquiète la communauté
agricole française
La vitesse à laquelle ces vagues de chaleur s?amplifient dans notre pays (cf.articles
précédents) n?est pas sans inquiéter la communauté agricole française. Le simple
examen de l?évolution du nombre de jours chauds (TX ?25oC) ou très chauds
(TX ?30oC) ?indicateurs mieux compris par les agriculteurs que la sévérité? au
cours des50dernières années rend compte de la vitesse à laquelle ces phéno-
mènes chauds montent en puissance.
Figure C 24 : Augmentation décennale du
nombre de jours par an dépassant 25 oC
(en jaune) ou 30oC (en orange) constatée
entre1970 et 2022 dans cinq grandes régions
agricoles françaises. Unité : jour par décennie.
Source : Infoclimat. Données : Météo-France.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
84
? Impacts sur les cultures annuelles
Le blé tendre est une des espèces cultivées les mieux documentées quant à l?effet
des températures élevées. C?est notamment le processus de remplissage des
grains en fin de cycle cultural, qui est affecté dès que la température dépasse
25oC, et commence à être nettement pénalisé au-delà de32à35oC ; on parle
alors d?échaudage thermique. Ce phénomène a particulièrement affecté la pro-
duction française lors des campagnes de2005, 2006, 2017, 2019, 2020 et
2022. L?accentuation tendancielle du nombre de jours chauds (voire très chauds)
constatée en fin de cycle cultural du blé (approximativement entre début juin et
mi-juillet) explique pour moitié environ le plafonnement du rendement du blé tendre
apparu dans l?ensemble de la France à partir du milieu des années1990 (Brisson
etal., 2010). En2022, dans les départements touchés par la vague de chaleur
apparue fin juin, les rendements du blé tendre ont été particulièrement bas, équi-
valents à ceux du milieu des années1980.
Figure C 25 : Rendement
moyen départemental du blé
tendre en Charente-Maritime
de1961à2022.
Sources : Données : DRAAF/
SRISE ; traitement : ORACLE
Nouvelle-Aquitaine.
Les vagues de chaleur affectent également les espèces thermophiles. Ainsi chez
le maïs, les processus de croissance commencent à être ralentis au-dessus de
32oC, des impacts plus sévères apparaissant à des températures supérieures :
arrêt de la croissance et de la pollinisation à partir de 40oC, éclatement des cel-
lules à partir de 44oC. Le tournesol voit lui aussi sa croissance affectée à partir
de 31oC, mais sa résistance aux températures supérieures à 35oC apparaît meil-
leure que celle du maïs.
À l?échelle nationale, l?effet d?une canicule sur la production végétale est difficile
à dissocier des effets hydriques. Cependant, et à titre indicatif, on pourra noter
que la canicule de2019 aurait réduit d?environ 10 % la production française de
blé tendre et de maïs (source : ministère de l?Agriculture).
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
85
? Quelques adaptations en cultures annuelles
L?utilisation de variétés plus « précoces » ?c?est-à-dire à cycle plus court? déplace
un peu plus tôt dans l?année la phase de sensibilité aux températures élevées
(par exemple la phase de remplissage des grains), à un moment où la probabi-
lité d?apparition d?une vague de chaleur est plus réduite. Cette adaptation ?dite
« d?esquive »? est déjà adoptée par bon nombre de céréaliers, en Champagne, par
exemple, où l?on observe depuis quelques années la quasi-disparition des varié-
tés de blé tendre à épiaison très tardive (4,5) ou tardive (5).
Figure C 26: Évolution du choix de variétés de blé tendre chez un panel de céréaliers de
Champagne entre2005 et 2020. L?échelle de précocité concerne l?épiaison. Projet FARMSTAR.
Source : Arvalis ?Institut du végétal.
Cette voie d?adaptation est pertinente pour les cultures annuelles récoltées en fin
de printemps ou en début d?été, compte tenu du cycle thermique annuel (vagues de
chaleur plus probables en juillet et août). En revanche, pour les cultures annuelles
récoltées en fin d?été ou en automne, ce mode d?action est apriori non pertinent
puisqu?il augmente la probabilité d?apparition de vagues de chaleur au stade
cultural sensible. Sur le plan hydrique, les conclusions ne sont pas les mêmes.
La sélection variétale constitue une autre voie d?adaptation. Elle vise à mettre au
point des variétés ayant de bonnes aptitudes de croissance ?on parle de tolé-
rance à la chaleur? dans une plage plus haute de températures, quitte à avoir un
rendement un peu moins élevé à l?optimum thermique. Des travaux de recherche
sur ce type de tolérance sont en cours, portés par INRAE et Arvalis ?Institut du
végétal et impliquant des plateformes expérimentales assez lourdes. Un site de
test, spécifiquement dédié aux stress thermiques des céréales, est en place
à Gréoux-les-Bains. L?évaluation des premières variétés tolérantes nécessitera
quelques années, et devra être maintenue durant plusieurs décennies compte
tenu de la dynamique de réchauffement attendue dans notre pays.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
86
Figure C 27 : À Gréoux-
les-Bains (04) une
plateforme expérimentale
pilotée par Arvalis a été
mise en place pour tester
des variétés de blé plus
résistantes à la chaleur.
Source : © Perspectives
agricoles.
Par ailleurs, la protection des cultures contre les températures élevées peut être
recherchée par des effets d?ombrage. Si les ombrages artificiels (voir plus loin)
concernent principalement les cultures pérennes, les arbres isolés, l?agrofores-
terie ou encore les haies peuvent constituer les vecteurs d?ombrages ?donc de
rafraîchissement? intéressants. Cependant, les bénéfices strictement thermiques
de ces « parasols » naturels sont à ce stade peu évalués, les diagnostics ayant
principalement porté sur la biodiversité, l?érosion des sols, et l?effet brise-vent.
Enfin, il ne faut pas oublier que les arbres ?eux aussi? peuvent souffrir de tem-
pératures très élevées. Dans nombre de régions de grande culture françaises,
l?association « arbre-culture » ne fait pas l?objet à ce jour d?une adoption massive
par les agriculteurs (concurrence entre arbres et culture pour la lumière, l?eau et
les éléments minéraux, gêne aux engins mécaniques, valorisation des arbres).
Le déplacement géographique des cultures (remontée vers le nord) au sein de
l?Hexagone apparaît d?une faible utilité face aux vagues de chaleur, compte tenu de
l?extension géographique de ces phénomènes pouvant dès à présent ?et encore
plus à l?avenir? toucher la quasi-totalité de notre territoire. Quant au changement
d?espèces cultivées, au bénéfice d?espèces thermophiles, il est toujours pos-
sible, mais pose à la fois la question du maintien des filières dans notre pays, et
la question de l?évolution des rotations culturales dans les parcelles et de leurs
effets agronomiques (structure du sol, pression de maladies).
? Impacts sur les cultures ligneuses pérennes
En viticulture, les fortes chaleurs se traduisent notamment par des phénomènes
de dessèchement des feuilles puis des baies (on parle de « grillures »), accentués
par les situations de sécheresse. Ces lésions irréversibles peuvent apparaître en
quelques heures et découlent de l?éclatement des cellules soumises à des ten-
sions osmotiques trop fortes.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
87
Figure C 28 : Pied de
vigne grillé par la chaleur
à Estagel (66) lors de la
canicule de juin2019.
Source : ©France Bleu
Roussillon.
Dans les cas les plus sévères, les pertes de production à l?échelle d?un vignoble
peuvent être conséquentes, comme ce fut le cas par exemple pour les appella-
tions Banyuls et Collioure (64) qui perdirent environ 40 % de leur production en
raison de la canicule de juin2019.
En arboriculture fruitière, les fortes chaleurs impactent principalement les fruits,
avec des phénomènes de brûlure, l?éclairage direct jouant également un rôle dans
ces dégradations.
Figure C 29 : Pommes
a b î m é e s p a r d e s
températures trop élevées.
Source : © Daily Science.
? Quelques adaptations en cultures pérennes
En diminuant l?éclairage direct, l?ombrage artificiel permet de réduire la tempéra-
ture à laquelle sont exposées les plantes cultivées. Dans le cas le plus simple,
cet ombrage peut être obtenu au moyen de filets, tendus verticalement le long du
feuillage dans le cas de la vigne, ou horizontalement au-dessus du feuillage dans
le cas des arbres fruitiers. Pour ne pas limiter le rayonnement solaire lorsque cela
n?est pas souhaité (perte d?activité photosynthétique) ?ces filets doivent être aisé-
ment repliables. Le rôle de ces filets peut être double avec un usage de protection
contre la grêle. Ils constituent cependant des investissements non négligeables,
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
88
difficiles à amortir sur des cultures à faible valeur ajoutée, et dont l?efficacité vis-
à-vis des hautes températures est en cours d?évaluation.
Figure C 30 : Filets d?ombrage
dans un vignoble du sud-ouest
de la France.
Source : ©IFV.
Beaucoup plus complexes et onéreuses, les installations agrivoltaïques délivrent
également cet effet rafraîchissant lié à l?ombrage. Les panneaux photovoltaïques,
mobiles et plus espacés que dans une installation classique, sont pilotés pour
optimiser l?ensemble du microclimat de la culture qu?ils surplombent (tempéra-
tures basses, températures hautes, luminosité, hygrométrie), la production d?élec-
tricité n?étant généralement pas prioritaire sur la finalité agricole. Nécessitant des
investissements lourds, ces installations s?appuient sur des contractualisations
multiannuelles entre l?agriculteur et l?énergéticien. Leur évaluation se précise,
tandis que les installations expérimentales commencent à se multiplier en France.
Figure C 31: Le démonstrateur
agrivoltaïque de Piolenc (84)
permet d ?évaluer ce type
d?installation en viticulture.
Source : ©Sun?R.
En viticulture, le rafraîchissement par ombrage peut aussi être obtenu au moyen
d?arbres implantés entre les rangs de vigne. Là encore des plateformes d?évalua-
tion sont en phase de test, les questions de concurrence entre arbres et ceps
devant être maîtrisées. D?ores et déjà, certains vignobles à forte dimension patri-
moniale (Bourgogne, Bordelais, Loire, Champagne?) affichent une très forte réti-
cence à une telle modification de leur paysage viticole historique.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
89
Figure C 32 : Expérimentation
d?agroforesterie en viticulture
dans le Gers.
Source : © IFV.
Le rafraîchissement des cultures peut également être obtenu au moyen de l?irriga-
tion par aspersion, grâce au transfert d?énergie que permet l?évapotranspiration.
Cependant, en viticulture comme en arboriculture, l?irrigation se fait principale-
ment au moyen du goutte-à-goutte. De plus, les périodes de forte chaleur sont le
plus souvent des périodes de sécheresse pendant lesquelles l?usage de l?irriga-
tion en journée est très fortement contingenté voire interdit.
Enfin, dans les zones avec relief, le changement d?exposition peut également
constituer un moyen de protection contre les températures élevées, par l?utili-
sation des versants exposés au nord ou au nord-est. Encore faut-il que de tels
versants soient présents et exploitables dans la zone de production ou dans l?ex-
ploitation concernée. Ainsi, en Bourgogne des mouvements de ce type se mani-
festent, mais de façon très limitée compte tenu de l?exposition générale (est
sud-est) de ce vignoble.
? Impacts sur les animaux d?élevage
Comme les végétaux cultivés, les animaux d?élevage ont une activité physiolo-
gique qui dépend de la température ambiante. Cette sensibilité à la température
recouvre deux dimensions. D?une part, celle du bien-être animal, correspondant au
confort ou à l?inconfort thermique ressenti par les animaux, cet inconfort pouvant
être sévère voire létal lorsque les températures sont extrêmement élevées. D?autre
part, une dimension économique liée au fait que si la température augmente, un
animal d?élevage consacre davantage d?énergie métabolique à la régulation de
sa température, ce qui entraîne une baisse de sa productivité en lait et/ou en
viande, ainsi que de sa fertilité. Évidemment, c?est lorsqu?un animal est dans sa
zone de confort thermique que sa productivité est la plus élevée.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
90
Figure C 33 : Lorsqu?un
animal d?élevage est
exposé à une chaleur
excessive il souffre d?in-
confort et sa productivité
diminue.
Source : © Euronews.
En première approche, on considère généralement qu?une température ambiante de
23à 27oC est la plage au-delà de laquelle le confort et la productivité d?une majo-
rité d?espèces élevées en France commencent à se dégrader. Évidemment, plus
la température s?élève au-dessus de cette plage, plus les animaux sont impactés.
Les éleveurs « bovin-lait » font depuis longtemps le constat de baisses de produc-
tion de lait de leurs vaches lors d?épisodes de chaleur. Pour la seule année2020
par exemple, il est estimé (source : ITK 1) que la baisse de production de lait de
vache en France liée aux vagues de chaleur a avoisiné 4millions de litres.
Figure C 34: Valeurs de l?indice « température humidité » en fonction de ces deux paramètres,
et niveaux de stress associés pour les vaches laitières.
Source : IDELE.
1. ITK est une entreprise d?innovation agronomique : www.itk.fr
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
91
Plus précisément, c?est la combinaison entre température et humidité qui ?comme
pour l?homme? va déterminer à quel point les animaux d?élevage sont affectés.
Pour les principales espèces d?élevage (bovins, ovins, caprins?) des indicateurs
de confort thermique ?basés sur ces deux paramètres? sont établis, qui ren-
seignent sur l?intensité du stress subi par les animaux.
On remarque que le stress thermique se manifeste assez vite. Dans le cas des
vaches laitières par exemple, le stress « modéré à majeur » est atteint dès 36oC
pour une humidité relative supérieure ou égale à 20 %. On comprend dès lors que
la multiplication des jours à plusde35oC, voire 40oC, constatée et attendue en
France, pèse et va peser de plus en plus fortement sur les animaux d?élevage en
France. Il reste à savoir si les jours à températures très élevées pourront s?ac-
compagner à l?avenir d?humidités relatives supérieures à 40 ou 50 %, auquel cas
la vie des animaux d?élevage pourra être menacée. Dans son dispositif national
de gestion des vagues de chaleur (ministère de l?Agriculture et de l?Alimentation/
CGAER, 2020), le ministère de l?Agriculture et de la Souveraineté alimentaire sou-
ligne que « sans une réponse adaptée aux besoins physiologiques des animaux
d?élevage, le taux de mortalité [des animaux] peut être préoccupant ».
? Quelques adaptations en élevage
Pour les animaux qui pâturent (c?est-à-dire qui s?alimentent en extérieur), l?om-
brage est un levier efficace, les animaux s?abritant spontanément à l?ombre par
forte chaleur. À cette fin, on pourra multiplier les arbres au sein des prairies, les
contraintes d?espace liées aux engins agricoles étant moins prégnantes qu?en
cultures annuelles. Les haies en bordures de prairies peuvent également être pré-
servées voire replantées, en veillant à ce qu?elles comportent des arbres dits « de
haut jet », c?est-à-dire suffisamment hauts pour projeter au sol une ombre signifi-
cative, notamment lorsque le soleil est haut dans le ciel. Dans les élevages peu
arborés, des ombrages artificiels (au moyen d?une toile par exemple) peuvent
être mis en place.
Lorsque cela est possible, l?affouragement (apport de fourrage aux animaux lorsque
les prairies sont trop asséchées) en sous-bois permet aux animaux de bénéficier
de conditions nettement plus fraîches notamment en milieu de journée.
L?abreuvement des animaux est à surveiller attentivement lors des fortes chaleurs,
les besoins en eau des animaux s?accroissant nettement, d?environ 50 % dans le
cas des bovins par exemple. La brumisation, à l?intérieur des bâtiments d?élevage
ou en périphérie de ceux-ci, est une technique qui se développe en France métro-
politaine. Autrefois limitée aux pays chauds, elle s?avère thermiquement très effi-
cace et peu consommatrice d?eau.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
92
Figure C 35: La brumisa-
tion est un moyen efficace
pour rafraîchir les animaux
d?élevage en période de
forte chaleur.
Source : © Natura-Sciences.
En zone de montagne, l?estive (montée en altitude des animaux) pratiquée histo-
riquement pour la valorisation des prairies d?altitude, est un levier très efficace
d?adaptation aux températures chaudes : environ 6oC de baisse de température
sont obtenus pour une élévation de1 000m.
Enfin, en période de canicule, le ministère de l?Agriculture et de la Souveraineté
alimentaire restreint le transport des animaux vertébrés.
? Impacts sur les travailleurs agricoles et adaptations
En agriculture, de nombreuses tâches sont effectuées en extérieur par les exploi-
tants agricoles eux-mêmes ou par leurs salariés(soin des troupeaux, déplacement
de matériels, récoltes manuelles?), à des périodes de l?année où les vagues
de chaleur peuvent apparaître. L?exposition des personnes à ces conditions ther-
miques difficiles entraîne des risques pour la santé, ainsi qu?une baisse de la
productivité. L?Office international du travail estime qu?un travailleur moyen perd
50 % de ses capacités à33-34oC.
Le code du travail(décret du 19décembre 2018 complété par l?instruction du
31mai 2022) impose à l?employeur de protéger ses salariés face à ces phé-
nomènes : modification de l?organisation du travail incluant le changement des
horaires, mise à disposition d?eau fraîche, ventilation des bâtiments pour les
travaux en intérieur.
Lors des périodes de fortes chaleurs, les organismes de conseil agricole de même
que la presse agricole multiplient les messages d?alerte et les recommandations
pour limiter tant que faire se peut l?exposition à ces fortes températures des
femmes et des hommes qui travaillent dans les entreprises agricoles.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
93
Figure C 36: Site Internet du journal LaFrance agricole lors de la canicule de juillet2022.
Source : LaFrance agricole.
Conclusion et perspectives
Le rythme auquel les vagues de chaleur se multiplient et s?intensifient dans notre
pays constitue un véritable défi pour l?agriculture française, et ceci d?autant plus
que les travaux les plus récents (Ribes etal., 2022) suggèrent une accélération
possible de ces phénomènes en France, au-delà des trajectoires préalablement
envisagées par les climatologues. Il ne faut donc pas sous-estimer le challenge
que vont représenter, pour l?agriculture de l?Hexagone, l?identification et la mise
en oeuvre d?adaptations à des phénomènes climatiques d?une telle ampleur. De
fait, la question de l?adaptation aux vagues de chaleur ?après avoir été quelque
peu occultée par le sujet jugé prioritaire des sécheresses? semble intéresser
davantage la communauté agricole française.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
94
Les pistes d?adaptations ?déjà éprouvées ou encore à l?étude? se multiplient,
permettant d?envisager de réelles marges de manoeuvre pour les agriculteurs et
éleveurs. En termes d?efficacité, c?est généralement un cortège de solutions d?adap-
tations qu?il faut mettre en oeuvre pour parvenir à un niveau d?efficacité satisfai-
sant (par exemple : amélioration génétique etpratiques culturales). La multiplicité
de ces adaptations, la difficulté technique ou financière de leur mise en oeuvre et
la complexité de leur évaluation appellent de la part des organismes de conseil
un effort ?déjà entamé mais majeur? de montée en compétences des agents et
d?accompagnement des agriculteurs et des éleveurs.
Si l?adaptation est une nécessité déjà vitale, la maîtrise ?à hauteur nécessaire?
des émissions mondiales de GES demeure le levier incontournable pour que ces
vagues de chaleur n?atteignent pas ?durant la seconde moitié de ce siècle? des
niveaux que l?agriculture et l?élevage français seraient difficilement en capacité
de gérer.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
95
Impacts des vagues de chaleur
sur la production d?énergie électrique
Catherine Halbwachs et Sylvie Parey,
Électricité de France (EDF)
Malgré un été2022 exceptionnellement chaud et sec, le parc de production EDF
a répondu à la demande. Il était préparé à travers la prise en compte des retours
d?expérience de la tempête de1999 et de la canicule de2003, les plans aléas
climatiques et grands chauds et une politique d?anticipation continue.
Un été2022 exceptionnel : précocité, durée, sévérité
L?été2022a été le plus chaud après2003. Il se caractérise 1 :
? par sa précocité : dès le début du mois de mai, certains records saisonniers
étaient approchés ;
? par sa durée : trois vagues de chaleur du15 au 19juin, du12 au 25juillet
puis du31juillet au 13août et des températures en moyenne de1à3oC au-des-
sus des valeurs saisonnières ; 36,2oC de température maximale moyenne sur la
France le 18juin et 37,6oC le 18juillet ;
? par sa sévérité : le déficit pluviométrique combiné aux fortes chaleurs a provo-
qué des périodes de sécheresse importantes. Les cumuls de précipitations défici-
taires de40à60 % sur une grande partie du territoire et de 60 % sur le Nord-Ouest
et l?Occitanie. L?été2022 se situe dans les 10étés les plus secs en France.
Il a aussi été marqué par un épisode orageux extrême le 18août en Corse, avec
des rafales de vent localement supérieures à200km/h.
Un système électrique résilient
Les mesures techniques et réglementaires issues notamment du retour d?expé-
rience de la canicule de2003 ont montré la résilience de l?ensemble du système
électrique.
1. Source : Bilan climatique de l?été 2022, Météo-France.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
96
Figure C 37 : Vue exté-
rieure de la Centrale de
Cattenom (Lorraine)
rivière La Moselle.
Source : © Natura-Sciences.
? Au niveau technique, des investissements avaient été réalisés en particulier
sur la production de froid, le changement des échangeurs eau ou air pour amé-
liorer le rendement et la résilience, le durcissement de matériels sensibles?
? Au niveau réglementaire, fin juillet2022, plusieurs limites d?échauffement des
fleuves étaient atteintes et la direction du parc nucléaire et thermique (DPNT)
a sollicité la mise en oeuvre de mécanismes dérogatoires :
. sur requis (demande) du gestionnaire du Réseau de transport d?électricité
français (RTE) (ex. : besoin Golfech pour le Sud-Ouest) accompagné d?une sur-
veillance environnementale renforcée ;
. sur autorisation ministérielle, un dispositif mis en place suite au retour d?ex-
périence2003 pour répondre aux situations exceptionnelles et jamais utilisé
jusqu?alors.
Ces demandes étaient renforcées par la réponse à la demande des pouvoirs publics
de privilégier le recours au nucléaire pour sauvegarder les réserves de gaz et pré-
server l?hydraulique en préparation de l?hiver prochain. Les dérogations données
jusqu?au 11septembre ont finalement été peu utilisées.
L?été2022a aussi permis de montrer le caractère systémique du dérèglement
climatique et de ses conséquences.
La prise en compte du dérèglement climatique
Le nombre de vagues de chaleur en France a augmenté depuis1989. Quelle que
soit la trajectoire d?émissions de gaz à effet de serre et aérosols, les projections
climatiques indiquent la poursuite de ce phénomène et une intensification des
événements.
À EDF, même si les travaux de recherche sur le changement climatique remontent au
début des années1990, la canicule de2003a occasionné une prise de conscience
des conséquences du dérèglement. Elle a amené à vérifier l?adaptation du parc
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
97
nucléaire en exploitation à l?occurrence de températures extrêmes chaudes de
l?air et de l?eau plus élevées que celles observées dans le passé sur lesquels la
conception avait été basée.
Le groupe EDF s?est doté d?un service climatique regroupant des projections cli-
matiques issues des exercices internationaux et des outils à l?état de l?art per-
mettant d?en décliner les résultats à l?échelle de ses activités.
Un nouveau référentiel, dit « grands chauds » a été mis en place. Les tempéra-
tures extrêmes chaudes ont été estimées à partir des séries de températures
observées aux stations Météo-France de référence des centres nucléaires de
production d?électricité (CNPE) 2. La méthodologie étant basée sur l?extrapola-
tion de tendances récentes, des mises à jour régulières sont prévues. Avec l?ex-
périence acquise sur l?application des extensions de la théorie statistique des
valeurs extrêmes, elles ont conduit à des ajustements. Ainsi le seuil de sélec-
tion des extrêmes observés évolue avec le temps. La dernière mise à jour date
de2019, et les canicules de2022 n?ont pas occasionné de dépassements des
valeurs estimées alors.
Avec la programmation de nouveaux réacteurs, la nécessité d?estimer des valeurs
extrêmes possibles en fin de siècle en tenant compte du changement climatique
s?est aussi imposée. Une thèse 3 a permis de mieux comprendre les liens entre
les évolutions de moyenne, de variance et des extrêmes de la température de l?air,
et de proposer une méthode pour estimer des extrêmes futurs. Cette méthode
repose sur la construction d?une variable dont les extrêmes peuvent être considérés
comme stationnaires, à partir de laquelle on estime le niveau de retour souhaité 4.
Outre des températures très élevées, les canicules occasionnent des débits des
fleuves et rivières plus bas. Ainsi, la mise en place du projet ADAPT au sein de
la direction de la production nucléaire et thermique d?EDF s?accompagne de la
nécessité d?anticiper les événements de canicule et d?étiage les plus sévères
susceptibles de survenir à l?horizon2050. La méthodologie repose sur la généra-
tion stochastique d?un grand nombre de séries temporelles de température et de
précipitations équivalentes aux séries observées ou projetées, à l?aide de géné-
rateurs de temps. Ces séries constituent les données d?entrée du modèle hydro-
logique MORDOR, qui produit le même nombre de séries temporelles de débit,
à partir desquelles il est possible de faire des statistiques robustes. Un nombre
limité de scénarios possibles d?évolution du climat, représenté par des couples
modèle climatique/scénario d?émissions de gaz à effet de serre et aérosols, pro-
duisant des projections contrastées, est sélectionné dans l?ensemble de projec-
tions. Cette méthodologie permet également d?estimer l?évolution de fréquences
2. La méthode a été publiée dans le journal Climatic Change en2007 et son adaptation pour les tempéra-
tures de l?eau dans Natural Hazards Earth System Sciences en2008. Elle a également fait l?objet d?une vali-
dation par Météo-France à la demande spécifique d?EDF.
3. Thèse coencadrée avec le professeur Dacunha-Castelle du laboratoire de mathématiques de l?univer-
sité d?Orsay.
4. La consolidation de cette méthode a été publiée dans Natural Hazards en2019.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
98
d?événements observés à l?horizon2050. À titre d?exemple, cette approche a
permis d?estimer les évolutions de fréquence d?un événement caniculaire du type
de celui de juin2022à l?horizon2050 pour l?un de nos sites.
Un épisode est défini comme un nombre de jours au cours desquels la tempéra-
ture moyenne journalière dépasse le quantile98 % de la distribution des tempé-
ratures moyennes journalières en été sur la période1981-2010. Son intensité
est la somme des écarts à ce seuil sur la durée de l?épisode et le maximum est
la température maximale atteinte au cours de l?épisode.
Tableau C2 : Évolution de fréquence d?un événement caniculaire.
En termes d?intensité En termes de maximum
Actuellement (1981-2010) = tous les 10ans = tous les 20ans
2050 scénatio bas = tous les 5ans = tous les 10ans
2050 scénatios intermédiaires = tous les 2ans = tous les 5 à 7ans
2050 scénatio haut = 3x par an = 2x par an
Source : EDF R&D ?Service climatique.
Par ailleurs, une étude publiée en 2021 (Parey and Marty, 2021) a permis d?ana-
lyser les évolutions à l?horizon2050 pour cinq aléas majeurs impactant le réseau
de distribution d?électricité, dont les canicules et les feux de forêt. Elle montre qu?il
faut se préparer à des températures extrêmes chaudes plus élevées de5à10oC
selon les modèles climatiques considérés et à une extension à la fois de la saison
et de la zone à risque de feux de forêt.
Les études réalisées ont démontré la robustesse du parc de production du groupe
EDF, tout en identifiant les points à surveiller. Si le changement climatique, mais
aussi les autres changements anthropiques sont source supplémentaire d?in-
certitudes à prendre en compte dans les évaluations, le principe d?un réexamen
tous les dix ans de la sûreté des ouvrages nucléaires et hydrauliques constitue
un pilier fondamental de la robustesse sur le long terme (Burtin et Parey, 2022).
Poursuivre et accélérer les dynamiques d?adaptation
Le retour d?expérience de l?été2022 amène à s?interroger sur :
? la prise en compte du dérèglement dans les choix d?investissement dès main-
tenant et les études sur les marges techniques ;
? le partage de l?eau entre les différents usages avec un changement de para-
digme dans le cadre d?une analyse systémique de l?impact du dérèglement clima-
tique sur la résilience des territoires ;
? une analyse approfondie sur les seuils de température des cours d?eau en
vigueur et la prise en compte du retour d?expérience et des données recueillies
selon le milieu considéré ;
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
99
? un travail par la distribution, notamment sur le remplacement des éléments
sensibles à la chaleur (câble papier imprégné) et le passage de câbles aériens à
souterrains dans les zones boisées.
Pour prendre en compte à la fois le caractère systémique et évolutif du dérègle-
ment climatique et l?évolution de la demande d?électricité, le secteur a besoin
de pouvoir compter sur des moyens de production pilotables et très bas carbone
pour assurer la sûreté et la résilience des systèmes électriques et contribuer à
l?habitabilité des territoires.
Le groupe EDF a dans ce but publié en mars2022 son plan de transition clima-
tique 5, articulé autour de trois axes, complétés d?un volet gouvernance répon-
dant aux meilleures pratiques préconisées par la TCFD 6 :
? Réduire les émissions de gaz à effet de serre du groupe.
? Adapter les installations du groupe au changement climatique.
? Développer les usages de l?électricité décarbonée.
Adapter les installations du groupe au changement climatique
Avec des ouvrages dont la durée de vie technique dépasse potentiellement 40ans,
le groupeEDF doit adapter ses installations aux conséquences physiques du chan-
gement climatique. Dès la publication du premier rapport du GIEC en1990, le
groupeEDF a mis en oeuvre des projets de recherche sur le changement clima-
tique, en collaboration avec le Laboratoire de météorologie dynamique (LMD) et
une des premières versions du modèle climatique du LMD a été utilisée à EDF
pour des études de sensibilité. Àpartir de1995, le modèle ARPEGE-Climat de
Météo-France a également été utilisé. Dès2004, le groupeEDF s?est doté d?un
plan « Aléas climatiques », puis d?une stratégie d?adaptation au changement clima-
tique en2010. En2014, il a mis en place un service climatique, unique parmi les
grands électriciens, pour appuyer les entités du groupe dans la prise en compte de
l?impact du changement climatique. Le risque climatique est inscrit depuis2018
comme risque prioritaire à l?échelle du groupeEDF, une cotation confortée par les
conclusions du rapport sur les impacts, l?adaptation et la vulnérabilité du change-
ment climatique publié par le GIEC en février2022.
? Définir la politique d?adaptation des installations
Le plan de transition climatique du groupe EDF intègre un volet adaptation, aux
termes duquel le groupe s?engage notamment à évaluer les impacts du change-
ment climatique selon les hypothèses d?évolution du climat, à adapter les instal-
lations existantes pour les rendre moins sensibles aux conditions climatiques et
résilientes aux situations extrêmes, et à intégrer ces projections dans la concep-
tion des nouvelles installations.
5. https://www.edf.fr/sites/groupe/files/2022-03/2022-03-14-plan-transition-climatique-groupe-edf.pdf
6. Taskforce on Climate-related Financial Disclosure.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
100
? Les phénomènes extrêmes et le passage de l?été
En2003, certaines centrales avaient dû réduire leur production afin d?éviter de
contribuer au réchauffement de l?eau des rivières, entraînant une perte de pro-
duction équivalente à1 % de la production d?EDF. Le plan « Grand Chaud » a par
la suite conduit EDF à procéder à l?amélioration de l?efficacité du refroidissement
de certaines de ses centrales et à renforcer l?électronique des bâtiments réac-
teurs afin de pouvoir supporter des températures supérieures à50oC. Les cen-
trales en cours de construction du groupeEDF ont toutes été dimensionnées en
intégrant les scénarios climatiques les plus récents.
? Adapter les installations de tous les grands métiers du groupe
Le groupe a lancé le programme ADAPT en vue d?analyser le niveau d?adaptation
du parc nucléaire existant au dérèglement climatique. Une étude détaillée est
menée à Chooz, qui permet de produire une analyse en grandeur nature de l?en-
semble des fragilités potentielles au regard des conséquences du dérèglement
climatique, puis de proposer un plan d?actions. Afin de renforcer la résilience des
ouvrages hydrauliques aux aléas climatiques extrêmes et aux risques liés à l?af-
flux massif d?eau dans les réservoirs, le groupe procède à une réévaluation régu-
lière des débits de crues extrêmes ?afin de s?assurer du maintien de la capacité
des ouvrages à évacuer ces crues? et a développé et installé sur certains de
ses ouvrages une technologie innovante dite « Piano Key Weir 7 » qui permet le
déversement d?une quantité d?eau plus importante, sans pour autant accroître
les dimensions des barrages. Pour réduire la vulnérabilité des réseaux de distri-
bution, Enedis travaille à l?enfouissement des réseaux HTA aériens et a créé une
force d?intervention rapide (FIRE) qui permet de repositionner, sur l?ensemble du
territoire, des moyens et des hommes afin de rétablir au plus tôt l?alimentation
électrique. La FIRE est un dispositif clé du groupeEDF vis-à--vis des risques cli-
matiques extrêmes.
? Renforcer l?action menée grâce aux nouveaux plans d?adaptation
Au-delà de ces actions engagées de longue date par le groupe, de nouveaux plans
d?adaptation au changement climatique sont aujourd?hui déployés afin de renfor-
cer les actions menées au plus près des entités du groupe exposées aux risques
physiques du changement climatique.
7. Ces déversoirs de crue en forme de touches de piano (« Piano Key Weir ») sont constitués de bacs d?ali-
mentation et d?évacuation. Leur forme en créneau offre une plus grande surface pour l?écoulement de l?eau,
tout en occupant un espace réduit, un avantage pour les barrages encaissés dans des lieux étroits.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
101
Impacts des vagues de chaleur sur le réseau électrique
Laurent Dubus et Catherine Lelong,
Réseau de Transport d?Électricité (RTE)
RTE est le gestionnaire du réseau de transport d?électricité français. En sa qualité
d?entreprise de service public, RTE a pour mission l?exploitation, la maintenance
et le développement du réseau à haute et très haute tension et garantit le bon
fonctionnement et la sûreté du système électrique.
Celui-ci est dépendant des conditions météorologiques à toutes les échelles de
temps (WMO, 2017). La température de l?air et des rivières, les précipitations,
le vent, l?ensoleillement? ont en effet des impacts tant sur la consommation
d?électricité que sa production, mais aussi sur le fonctionnement du réseau lui-
même. Le changement climatique va par ailleurs modifier substantiellement ces
dépendances.
Les canicules et les vagues de chaleur impactent
la consommation et la production d?électricité
La consommation d?électricité en France est historiquement sensible aux tem-
pératures froides en hiver, en raison du développement du chauffage électrique.
La dépendance aux températures chaudes en été est plus récente ; elle est due
d?une part au développement des systèmes de climatisation dans les bâtiments
mais aussi au besoin croissant de froid industriel. Les vagues de chaleur ont donc
de plus en plus d?impact sur la consommation, en raison de l?augmentation du
nombre d?installations de froid et du nombre et de l?intensité des vagues de chaleur.
La plupart des moyens de production sont également impactés par les vagues
de chaleur :
? La production thermique subit des pertes de rendement en raison de la dimi-
nution de l?écart de température avec l?air extérieur (rendement des cycles de
Carnot), le phénomène étant encore accentué si l?air est sec.
? Le refroidissement des centrales électriques thermiques (classiques et
nucléaires) est contraint par des réglementations visant à protéger les écosys-
tèmes. La capacité de refroidissement peut être réduite aussi bien pour les
installations en circuit fermé (avec tours aéroréfrigérantes) qu?en circuit ouvert
(par prélèvement d?eau de rivière ou de mer) du fait de l?augmentation de la
température d?eau et de la baisse du débit éventuellement associée en période
de sécheresse.
? La production éolienne peut-être réduite car l?air chaud est moins dense, ce
qui diminue le rendement des pales des turbines.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
102
? Le rendement des panneaux solaires diminue pour des températures d?air
supérieures à environ 25oC.
? La production hydroélectrique n?est pas directement impactée par les vagues
de chaleur, mais elle peut l?être indirectement puisque les canicules sont souvent
associées à des périodes de sécheresse, et donc de diminution des débits
des cours d?eau. Les fortes chaleurs contribuent par ailleurs à une évaporation
accrue des lacs de retenue des barrages, diminuant d?autant les stocks d?eau.
Les vagues de chaleur et les canicules ont donc tendance à augmenter la consom-
mation d?électricité, et à limiter la production disponible. Toutefois, ces épisodes
interviennent encore essentiellement entre juin et août, lorsque la consomma-
tion est plus réduite. À ce stade, elles n?ont donc pas posé de difficulté majeure
au système électrique.
Les vagues de chaleur impactent aussi le réseau électrique
Le réseau électrique lui-même est également impacté par les vagues de chaleur
et les canicules :
? L?échauffement des lignes aériennes entraîne la dilatation des câbles qui
se rapprochent alors du sol avec une possible dégradation du matériel sur les
ouvrages anciens. Il convient alors de réduire le transit du courant sur certaines
lignes anciennes pour assurer la sécurité des personnes et des biens. Cette
réduction de la capacité de transit du réseau a de possibles impacts sur les
schémas d?exploitation du réseau et peut engendrer une désoptimisation coû-
teuse du mix électrique. Les matériels anciens peuvent par ailleurs être endom-
magés (notamment par dégradation des huiles qu?ils contiennent).
? L?augmentation des températures dans les bâtiments de postes électriques
peut endommager des matériels (dont l?électronique), en particulier en cas de
panne des ventilations/climatisations concomitantes avec une vague de chaleur.
Ces dommages peuvent entraîner des coûts de réparation ou de remplacement.
? Il existe des risques de dommages sur certains matériels anciens, comme
les jonctions de câbles oléostatiques (câbles sous pression d?huile) du réseau
enterré. Toutefois, depuis la canicule de2003, cette technologie ancienne de
câbles fragiles à la température est progressivement remplacée (toutes les ins-
tallations concernées devraient être sécurisées d?ici2030).
? Les périodes de canicule, en particulier lorsqu?elles sont couplées avec la
sécheresse, sont propices aux incendies. Pour permettre l?intervention des pom-
piers, les liaisons aériennes doivent alors être mises hors tension, ce qui peut
conduire à perturber l?alimentation de poches de consommations. Plusieurs
liaisons ont ainsi dû être mises hors tension pendant l?été2022à la demande
des pompiers.
? Le risque d?incendie provoqué par l?amorçage d?une ligne en période de forte
chaleur est étroitement lié à la politique de gestion de la végétation du ges-
tionnaire de réseau. Le gestionnaire de réseau de transport Californien Pacific
Gas and Electric Company a ainsi été accusé d?avoir provoqué des incendies
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
103
en2018 et 2020 par son défaut d?élagage et de débroussaillage sous ses liai-
sons aériennes. Cela a provoqué sa mise en faillite.
? Les chaleurs extrêmes présentent par ailleurs des risques sur la santé des
équipes d?exploitation et de maintenance.
Le réseau électrique, essentiellement construit en extérieur, est donc fortement
soumis aux conditions climatiques et à leur évolution. La hausse des tempéra-
tures extrêmes chaudes représente des risques d?augmentation des contraintes
de transit (pouvant conduire à des coupures) et d?augmentation des coûts de répa-
ration ou de remplacement des matériels.
Figure C 38: Réseau électrique
aérien traversant le Rhône.
Crédits : © Arnaud Bouissou/Terra.
.
Des solutions techniques et des besoins de recherche
et développement
Des solutions techniques existent déjà ou sont envisageables pour limiter ou sup-
primer les impacts sur les matériels neufs ou existants, mais elles ont un coût,
qu?il convient d?optimiser sur la base des connaissances disponibles relatives aux
conditions climatiques actuelles et futures. L?optimisation économique dépend de
l?intensité des phénomènes possibles pris en compte dans le dimensionnement
des ouvrages, du niveau de risque acceptable et de la durée de vie ou de la fré-
quence de remise à niveau des installations et des équipements
Dans le cadre incertain lié à l?évolution du climat, le besoin en projections à dif-
férents horizons temporels est important. Ces horizons sont ceux des grandes
décisions d?orientation du secteur, et des cycles d?investissement, le tout devant
être éclairé autant que possible par une vision à long terme, c?est-à-dire la fin de
siècle, correspondant à la durée de vie la plus longue des éléments du système
constitué par les grandes centrales et le réseau de grand transport principalement.
Les derniers étés ont montré de façon très nette le besoin toujours très important de
la science et des services climatiques pour venir informer et éclairer les décisions.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
104
En particulier, les extrêmes de température de l?été2022 dépassent déjà nette-
ment certaines projections climatiques effectuées pour2050, y compris selon le
pire scénario d?émissions de gaz à effet de serre (RCP8.5). Des travaux récents
tendent également à montrer que les modèles climatiques, y compris régionaux,
simulent sur les50-70dernières années des tendances sur les extrêmes inférieures
à celles observées, d?un facteur1,5à2 (Vautard etal., 2020 ; VanOldenborgh
etal., 2022). Des progrès sont donc encore nécessaires en modélisation du climat
pour réduire les erreurs des modèles.
Il y a donc un besoin très fort de développer les connaissances scientifiques pour
comprendre les limites des modèles climatiques et y remédier, et de continuer
à développer les services climatiques pour apporter des réponses concrètes aux
acteurs économiques. Pour cela, la collaboration entre les scientifiques et les ges-
tionnaires du système électrique doit être encore renforcée, afin d?apporter les
meilleures réponses possibles, compte tenu de l?état des connaissances. Des
choix stratégiques de long terme doivent être faits de manière urgente pour anti-
ciper le changement climatique et ne pas prendre de retard dans l?adaptation.
RTE mène des études liées à la météorologie et au climat, actuel et futur, et à
leurs impacts sur le réseau électrique et le fonctionnement global du système
français et européen (Lelong et Dubus, 2022). Ces études se font en partie en
partenariat avec Météo-France ou encore l?Institut Pierre-Simon-Laplace, mais
aussi avec le programme européen COPERNICUS Climate Change Service. Le
changement climatique a ainsi été intégré dans l?étude prospective « Futurs éner-
gétiques2050 » 1 qui a montré que la transformation du système électrique doit
intégrer dès à présent les conséquences probables du changement climatique,
notamment sur les ressources en eau, les vagues de chaleur ou les régimes de
vent. RTE mène également des études sur les impacts du changement climatique
sur les éléments du réseau lui-même ; les canicules font l?objet d?une attention
particulière dans le projet RÉSILIENCE 2.
1. https://assets.rte-france.com/prod/public/2021-10/Futurs-Energetiques-2050-principaux-resultats_0.pdf
2. https://www.rte-france.com/rte-en-bref/nos-engagements/laction-de-rte-face-au-changement-climatique
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
105
Impacts des vagues de chaleur sur les transports
et infrastructures de transport
Cet article traite des impacts directs des vagues de chaleur (températures extrêmes)
mais aussi des impacts indirects tels que les incendies de forêt et de broussailles
sur les transports et les infrastructures de transport ferroviaires, routiers, por-
tuaires (port et aéroports) et aériens. Il est composé de deux parties distinctes
provenant de deux directions du ministère (DGITM et DGAC).
Impact des vagues de chaleur sur les transports ferroviaires,
routiers et maritimes
Teodora Popescu,
Direction générale des infrastructures,
des transports et des mobilités (DGITM)
Grâce aux contributions de:
David Courteille, Régis Coene,
RATP
Valérie Darmaillacq, Clément Philippe,
Christelle Mary,
SNCF Voyageurs
Et de :
SNCF Réseau
Société du Grand Paris
Voies navigables de France
DGITM
CEREMA
? Impacts des vagues de chaleur sur le transport ferroviaire et guidé
Une baisse de la régularité à5minutes (i. e.du nombre de trains avec
moinsde5minutes de retard) a été observée chez les transporteurs de SNCF
Voyageurs durant l?été2022, en particulier sur les voyages longue distance. Ainsi,
sur la période estivale, les TGV et Intercités ont affiché une régularité d?environ3 %
inférieure à l?objectif affiché pour2022 et une perte en régularité de4à4,5 % par
rapport à2021 sur les mois de juillet et août. Les fortes chaleurs de l?été2022
sont responsables au moins partiellement de cette perte de performance, puisque
les journées avec les épisodes alertes rouges canicules ont concentré à elles
seules le tiers des minutes perdues par les trains opérés par SNCF Voyageurs.
Plus généralement, SNCF Voyageurs note une baisse de la régularité dès que la
température extérieure dépasse 28oC.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
106
Cette baisse de régularité est le résultat des impacts des vagues de chaleur sur
l?infrastructure ferroviaire et sur le matériel roulant.
Figure C 39 : Termes reve-
nant le plus souvent dans
les commentaires des voya-
geurs SNCF sur la période
mai-octobre2022.
Source : www.voixduclientsncf.fr
Impacts des vagues de chaleur sur les infrastructures du réseau ferroviaire
SNCFRéseau comptait 8 500incidents dus aux fortes chaleurs touchant l?infrastruc-
ture entre le19mars et le9septembre2022. Ceux-ci ont conduit à8 500trains
supprimés et 142 000minutes perdues. Les minutes perdues sont estimées à
environ2,8milliards d?euros de pertes socio-économiques par SNCFRéseau. La
performance du réseau semble tout de même meilleure qu?en2019, où les seuls
épisodes caniculaires avaient été responsables de149 100minutes perdues sur
le réseau ferroviaire. Les perturbations ont été plus limitées au niveau de l?Île-de-
France sur le réseau RATP.
Les incidents observés sur le réseau ferroviaire sont dus à plusieurs impacts des
vagues de chaleur.
Dilatation des rails
L?impact le plus important des vagues de chaleur sur le réseau ferroviaire est la
dilatation des rails au-delà d?une certaine température. La déformation de la voie
provoquée par cette dilatation peut endommager le rail et conduire à un risque
de déraillement des trains circulant sur l?infrastructure. C?est pourquoi des limi-
tations temporaires de vitesse (LTV) sont imposées sur le réseau ferroviaire par
temps de fortes chaleurs. Par exemple, sur le réseau aérien RATP, celles-ci sont
appliquées dès que la température des rails se maintient au-dessus de 57oC.
Ces limitations de vitesse peuvent être assez importantes : sur le réseau RATP,
elles réduisent de près de50 % la vitesse des métros et RER par rapport à leur
vitesse maximale.
SNCF Réseau estime qu?entre2011 et 2021, les limitations de vitesse ont
constitué près de la moitié des incidents dus aux fortes chaleurs sur le réseau
ferroviaire. En2022, les seules LTV liées à la chaleur ont par exemple causé
plusde5 000minutes perdues sur les trains opérés par Intercités, soit
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
107
plusde88heures, entre mai et septembre, avec un pic atteint en juillet. Sur le
réseau RATP, les LTV appliquées pendant 2heures le 19juillet 2022 pour cause
de fortes chaleurs ont impacté 68 000voyageurs sur la ligneA et causé un certain
nombre de tours perdus (i. e.d?aller-retour non effectués sur une ligne) sur les
métros, en particulier la ligne6 (25tours perdus) et la ligne13 (8tours perdus).
Il convient également de souligner que le risque physique de dilatation des rails
subsiste malgré la mise en place des limitations de vitesse préventives. Sur
les10dernières années, les défauts de géométrie de la voie relevés sur le réseau
SNCF correspondent à plusde10 % des incidents imputables aux fortes chaleurs.
Sur le réseau RATP, les phénomènes observés restent généralement assez loca-
lisés sans impact notable sur l?exploitation (3incidents relevés en2022).
Figure C 40 : Déformation de
la voie sous l?effet de fortes
chaleurs.
Source : © SNCF Réseau.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
108
Impacts sur les équipements électriques
L?autre infrastructure ferroviaire la plus sujette à dilatation en cas de fortes cha-
leurs est la caténaire. Le risque est alors un arrachement de celle-ci par le panto-
graphe, dû au fait que les câbles ne sont plus rectilignes. Les vagues de chaleur
peuvent également causer la surchauffe de composants électriques, utilisés pour
l?alimentation des voies ou pour le fonctionnement de la signalisation.
Sur les10dernières années, les incidents sur les caténaires représentent 5 % des
incidents dus aux fortes chaleurs sur le réseau SNCF, tandis que les dysfonction-
nements des installations de signalisation représentent plusde10 % de ces inci-
dents. Sur le réseau RATP, peu d?incidents électriques ont été relevés en2022.
Le plus significatif n?était pas directement lié aux fortes chaleurs, mais aux mouve-
ments de terrain liés à la sécheresse, qui ont causé l?endommagement de câbles
enterrés connectés au poste de redressement de Créteil-Préfecture, ayant conduit
à une fragilité du réseau d?alimentation se traduisant par une quinzaine de tours
perdus sur la ligne8 début septembre2022. Concernant la signalisation, la RATP
n?a identifié aucun lien de causalité entre les incidents techniques sur la signali-
sation et les vagues de chaleur. En effet, les équipements utilisés pour la signa-
lisation sont conçus pour fonctionner dans une plage comprise entre ?25oC et
+70oC, qui est suffisamment importante par rapport aux températures obser-
vées en Île-de-France. Les systèmes informatiques récents permettant de piloter
la signalisation peuvent être plus sensibles, mais ils sont dans la grande majo-
rité des cas situés dans des locaux techniques, moins soumis aux élévations de
température, et climatisés au besoin.
Incendies
De fortes chaleurs associées à la sécheresse augmentent le risque d?incen-
die, qui peut être provoqué par les étincelles de freinage des trains eux-mêmes,
notamment les trains de marchandises. Sur le réseau ferroviaire, si les incendies
n?ont causé que 4 % des incidents dus aux fortes chaleurs sur les10dernières
années, il doit cependant être noté que le nombre d?incidents dus aux incendies
durant l?été2022a augmenté de 50 % par rapport à l?été2019. Sur les réseaux
de type métro, l?exposition est moindre car les sections aériennes sont limitées.
Impacts à plus long terme
Des impacts à plus long terme des vagues de chaleur sur les infrastructures ferro-
viaires méritent également d?être signalés. Sur les ouvrages en terre (talus, rem-
blais, déblais?), des vagues de chaleur répétées pourraient être à l?origine d?une
augmentation des dégradations mécaniques pouvant conduire à des tassements
localisés (dus à l?évapotranspiration) ou encore à des instabilités superficielles de
talus liées au phénomène de retrait ou à l?engazonnement moins efficace en cas
de sécheresse. Sur les ouvrages d?art, elles pourraient se traduire par une dégra-
dation des performances de fonctionnement des appareils d?appui des ouvrages
aériens (viaducs, ponts?).
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
109
Enfin, les vagues de chaleur répétées, qui se traduisent déjà, selon la RATP, par une
augmentation du taux de pannes et une diminution de la disponibilité de certains
équipements en gare (escaliers mécaniques, ascenseurs, trottoirs roulants, ins-
tallations de climatisation de locaux techniques ou sociaux?), pourraient conduire
à un vieillissement prématuré de certains sous-composants de ces équipements.
Impacts sur le matériel roulant ferroviaire
Les fortes chaleurs peuvent provoquer la surchauffe des composants électriques
embarqués dans le matériel roulant, ce qui peut notamment causer des défail-
lances de la climatisation. Un tel impact est observé à la fois sur le parc de
SNCFVoyageurs et celui de la RATP. Par ailleurs, la climatisation du matériel
roulant est dimensionnée pour fonctionner de manière réduite au-delà d?une cer-
taine température.
En dehors de la climatisation, d?autres fonctionnalités peuvent aussi être tou-
chées par la chaleur, avec une sensibilité variable selon le modèle de matériel
roulant considéré. Le RERB est particulièrement touché par les variations bru-
tales des températures mais pas nécessairement par des épisodes longs et régu-
liers de chaleurs caniculaires. Au contraire, aucune corrélation n?a été observée
entre le nombre d?incidents relevés sur le RERA et les variations de température.
Le matériel roulant tramway est, quant à lui, touché par les variations de tempé-
rature, en particulier sur les fonctions de freinage et de traction. La RATP note
également un impact relatif des vagues de chaleur sur le métro, principalement
limité aux modèles de métro pneumatique (dysfonctionnement des pneumatiques
porteurs et des équipements électroniques dès qu?ils atteignent une tempéra-
ture de55oC). Les modèles de métro pneumatique les plus récents sont ceux
qui voient le plus la fiabilité de leurs équipements diminuer en période de fortes
chaleurs. Cela peut s?expliquer par leur plus grand nombre de fonctionnalités, en
particulier leur niveau d?automatisation croissant, qui, tout en améliorant la per-
formance des lignes, peut avoir un impact négatif sur la fiabilité globale des sys-
tèmes en cas de vagues de chaleur.
En plus des impacts directement observés en période de fortes chaleurs, la RATP
signale qu?il pourrait y avoir des impacts à plus long terme des vagues de chaleur
sur le matériel roulant, notamment sur la durée de vie de certains sous-ensembles
embarqués sur le matériel roulant. Ces phénomènes de dégradation accélérée
concerneraient en particulier les équipements électroniques de puissance, qui sont
généralement conçus pour fonctionner sous une température ambiante de40oC
maximum (qui est atteinte lors des pics de chaleur) et les équipements électro-
pneumatiques ou hydrauliques. Les études de fiabilité à venir par la RATP permet-
tront de confirmer ou non cette possibilité. À ce jour, la RATP n?a pas détecté de
précurseurs nous permettant d?établir ces vieillissements dus aux fortes chaleurs.
Impacts sur les voyageurs
Les pannes ou l?absence de climatisation peuvent conduire à l?insatisfaction des
voyageurs. SNCFVoyageurs constate d?ailleurs que les mots-clés « chaleur » et
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
110
« canicule » sont ceux qui reviennent le plus souvent dans les commentaires des
voyageurs sur la période estivale. Les commentaires des voyageurs sur les malaises
liés à la chaleur dans les trains restent marginaux (80commentaires sur5 000).
Cependant, l?activité Intercités (dont les temps de trajets sont les plus longs)
note une augmentation du nombre de malaises voyageurs en période de canicule.
Les mesures de satisfaction client de l?activité TGV montrent également une
hausse du nombre de voyageurs insatisfaits de la température à bord en été,
principalement en cas de voyage dans une rame sujette à une avarie matérielle.
Cependant, le pic mesuré en2022 reste modéré, avec seulement5 % de clients
insatisfaits. Cela est cependant peut-être à nuancer par le nombre de répondants
aux enquêtes de satisfaction client.
Impacts sur les bus
L?un des impacts notables des vagues de chaleur sur les bus est l?augmentation
de la température, d?autant plus que tous les bus ne sont pas pourvus de clima-
tisation. Par exemple, moins d?un quart des bus du parc RATP sont équipés de
climatisation. En2019, des températures suffocantes dans les bus, estimées
à55oC, ont conduit à l?exercice du droit de retrait de64machinistes (conduc-
teurs de bus) et au malaise de21machinistes sur le réseau RATP. La situation
semble s?être améliorée en2022, puisque aucun droit de retrait n?a été exercé, et
seulement6malaises de machinistes ont été relevés. Ceci s?explique d?une part
par le renouvellement du parc de bus depuis2019, qui a permis d?améliorer le
confort machiniste et les équipements de climatisation embarquée. D?autre part,
le résultat peut être nuancé par le fait que le trafic n?est pas revenu à la normale
depuis la crise Covid, le trafic sur les mois de juillet et août2022 ne correspon-
dant qu?à72 % du trafic sur les mois de juillet et août2019.
De plus, sur l?ensemble de l?été2022, de juin à septembre plus d?un million de
kilomètres commerciaux contractualisés n?ont pas pu être parcourus. Cela cor-
respond à une baisse de1,8 % de l?offre de référence.
? Impacts observés sur les routes
Dommages sur l?infrastructure routière
Le CEREMA a détaillé dans son retour d?expérience sur la canicule de2019
les différents impacts que les fortes chaleurs peuvent avoir sur les routes. Des
ornières peuvent se former à cause de la déformation de la structure routière ou
de la chaussée (aussi appelée « fluage »). Lorsque la température de surface de
la chaussée est trop importante, le bitume peut aussi devenir visqueux, voire se
déplacer au sein des matériaux sous la pression du trafic. Ce phénomène, appelé
« ressuage », se traduit par des taches brillantes et glissantes sur la chaussée, qui
constituent un risque pour les automobilistes en raison de la perte d?adhérence
occasionnée. Enfin, les dalles qui constituent la chaussée peuvent se dilater et
entrer en confrontation les unes avec les autres, générant des bourrelets trans-
versaux. En plus de l?impact direct sur la circulation, ce phénomène occasionne
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
111
également des dégâts dans la structure routière, qui peuvent causer la destruc-
tion locale de la chaussée à plus long terme. Enfin, il doit être noté que ce sont
surtout les variations de température importantes qui ont une conséquence néfaste
sur les chaussées. Ainsi, les périodes de canicule impliquant à la fois de fortes
chaleurs de jour et de nuit ne constituent pas le risque thermique le plus impor-
tant pour les chaussées.
Des dégâts ponctuels avaient été relevés lors des vagues de chaleur de2019
d?après le rapport du CEREMA, à la fois sur le réseau routier national (déformations
ponctuelles et fissures), sur les réseaux départementaux (ressuage, fissures et
bourrelets relevés dans deux départements) et sur certains réseaux urbains (bour-
relets massifs apparus devant les giratoires et les arrêts de bus). En2022, les
directions interdépartementales des routes (DIR) n?ont pas fait remonter de dégâts
particuliers suite aux fortes chaleurs ou aux périodes de canicule. Concernant les
réseaux départementaux, quelques remontées ponctuelles de phénomènes liés
aux vagues de chaleur de2022 ont été faites au CEREMA.
Un autre impact des vagues de chaleur est la surchauffe des composants élec-
troniques de certains éléments faisant partie de l?infrastructure routière, en par-
ticulier les panneaux à messages variables (PMV) ou les caméras. Le rapport du
Conseil général à l?environnement et au développement durable (CGEDD) sur le
retour d?expérience sur la canicule de2019 mentionnait notamment la mise en
veille automatique de PMV au-delà d?une certaine température. Aucune remontée
notable n?a été effectuée au niveau national sur ce sujet depuis2019.
Incendies
Les vagues de chaleur peuvent aggraver une sécheresse déjà en cours et ainsi
favoriser les incendies. Durant les fortes chaleurs de l?été2019, les incendies en
période de canicule et sécheresse ont constitué la cause principale de coupure
des routes. En2022, les incendies ont également provoqué des interruptions de
trafic. Une mesure particulièrement importante qui peut être citée est la coupure
d?une portion de l?autorouteA63 du mercredi 10août au vendredi 12août 20h00
du fait de la proximité d?un incendie. L?axe Bordeaux-Bayonne (et Espagne) a
donc été coupé, faisant l?objet de déviations. Aux mêmes dates, les incendies
en Gironde et dans les Landes ont également occasionné des coupures et res-
trictions de trafic sur les réseaux locaux (13routes départementales coupées en
Gironde, 6routes départementales coupées dans les Landes et 6routes dépar-
tementales avec des restrictions poids lourds dans les Landes).
Ouvrages d?art
L?effet du changement climatique sur les ouvrages d?art a été détaillé par le
CEREMA dans une note d?information en2021. Les impacts principaux de l?aug-
mentation de la température sur les ouvrages d?art étant la dilatation de l?acier et
du béton constituant les ouvrages d?art et la dilatation des joints de chaussées.
Mais les risques demeurent limités, d?après le CEREMA, et sont maîtrisables par
la surveillance et l?adaptation de certains équipements (appareils d?appui, joints
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
112
de chaussée). En France, aucun désordre récent lié à une augmentation des tem-
pératures du fait du changement climatique n?a été relevé sur les ouvrages d?art
routiers.
? Impacts observés sur les infrastructures portuaires
Le rapport du CGEDD sur le retour d?expérience de la canicule de2019a mis en
évidence quelques impacts de celle-ci sur les ports, à savoir l?accélération de l?ap-
parition de fissures sur des rails de grue, sur des structures de bâtiments et sur
la voirie. Cependant, depuis2019, les ports n?ont fait aucune remontée particu-
lière relative à l?impact des vagues de chaleur sur leurs infrastructures.
Étant donné le peu d?impacts observés, un enjeu est donc la prévision des impacts
futurs des fortes chaleurs sur les ports. En effet, les fortes chaleurs induisent plu-
sieurs risques sur les ports, pouvant affecter à la fois les infrastructures physiques
et le fonctionnement de l?activité portuaire. Par exemple, dans l?étude de vulné-
rabilité menée en2018 par le CEREMA sur le Grand Port maritime de Bordeaux,
l?impact sanitaire et économique des canicules avait été identifié comme le troi-
sième risque le plus important derrière les dégradations dues aux submersions et
inondations et les changements induits par la hausse du niveau marin. Plusieurs
risques liés aux canicules ont été identifiés : un inconfort et des risques sanitaires
au travail pour les salariés, des risques de feux de forêt, un dysfonctionnement
possible des systèmes électriques/électroniques des rails desservant le port, un
risque d?interruption des circulations terrestres desservant le port, une dégrada-
tion de certains stocks, une usure plus rapide des maçonneries, ainsi qu?un risque
de modification des profondeurs d?eau dans le chenal. Il convient de noter que
ces phénomènes ne sont pas spécifiques au port de Bordeaux. Les autres ports
pourraient être sujets à des risques similaires, avec cependant quelques varia-
tions possibles en fonction de leur localisation géographique. Des précisions sur
les risques encourus par les différents ports français à cause du réchauffement
climatique pourront être apportées grâce aux études de vulnérabilité qui sont en
cours dans de nombreux grands ports maritimes.
? Impacts observés sur le réseau des voies navigables
Les vagues de chaleur, associées à la baisse des débits qu?elles génèrent, pro-
voquent une augmentation de la température de l?eau. Celle-ci peut avoir des
conséquences négatives sur l?activité de gestion de l?eau par le gestionnaire du
réseau de voies navigables. En effet, le seuil de25oC constitue la limite maxi-
male pour certains usages (alimentation en eau potable notamment, nécessitant
des dérogations préfectorales en cas de dépassement). De plus, pour une telle
température, la teneur en oxygène de l?eau diminue, ce qui peut engendrer une
mortalité accrue de la faune piscicole si le taux d?oxygène dissous dans l?eau
diminue en dessous de6mg/L. Enfin, l?augmentation de la température de l?eau
entraîne également des pollutions et peut favoriser le développement des cyano-
bactéries et des espèces invasives. À titre d?exemple, une forte augmentation des
cyanobactéries présentes sur le réseau de Voies navigables de France (VNF) a été
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
113
observée en2022. Pour VNF, ces impacts ne sont pas anodins, car la gestion
de l?eau de son réseau joue un rôle central pour son activité. En effet, VNF est le
deuxième plus grand distributeur d?eau en France.
L?augmentation de la température extérieure a également un impact direct sur les
conditions de navigation, qui peuvent être rendues plus pénibles, en particulier
dans les canaux où les systèmes de voûtes arborées disparaissent. Les ouvrages
peuvent également présenter un risque de dysfonctionnement, en cas de sur-
chauffe des automates ou systèmes informatiques permettant de les piloter à dis-
tance, et qui ne sont pas toujours installés dans des locaux techniques climatisés.
Les vagues de chaleur pouvant aggraver les sécheresses, la diminution de la res-
source en eau et la régulation fine de celle-ci peuvent avoir d?autres impacts sur
le réseau de Voies navigables de France. Les périodes de restriction ou d?arrêt
de la navigation peuvent devenir plus fréquentes si la ressource en eau devient
inférieure aux besoins, dans un contexte de partage de la ressource pour divers
usages. Plus largement, la diminution des niveaux d?eau rend plus difficile la
gestion hydraulique du réseau des voies navigables, ce qui peut affecter de nom-
breuses activités : distribution d?eau potable, irrigation, activités industrielles,
activités de loisir? Pour les canaux qui nécessitent des prélèvements en rivière
respectant les débits réservés, les autorisations de prélèvements diminuent et
les barrages réservoirs peinent à assurer le relais. Les rivières, dont les niveaux
d?eau sont tenus par les barrages de navigation, sont moins sensibles que les
canaux mais doivent assurer le maintien de débits minimums. Les sécheresses
prolongées peuvent également fragiliser les digues par un phénomène de vieillis-
sement prématuré des matériaux qui les constituent.
Enfin, même en cas de restriction et d?arrêt de la navigation, les activités de main-
tenance et de gestion hydraulique du réseau mobilisent des agents de VNF dans
des conditions de travail difficiles pendant les vagues de chaleur.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
114
Impact des vagues de chaleur sur le transport aérien
Constance Anelli,
Direction générale de l?aviation civile (DGAC)
? Domaine transport aérien
L?ensemble des acteurs du secteur aérien (compagnies aériennes, constructeurs
aéronautiques, exploitants aéroportuaires, service de la navigation aérienne, etc.)
est concerné directement ou indirectement par les vagues de chaleur. Dans un
contexte de changement climatique qui intensifie ces vagues et les rend plus fré-
quentes, identifier les vulnérabilités de chaque acteur et les interconnexions entre
elles est une étape fondamentale pour la résilience du secteur.
Figure C 41: Vue aérienne d?un seuil de piste.
Source : © Richard METZGER, DGAC/STAC.
Le transport aérien fait partie des modes de transports inclus dans les plans
nationaux d?adaptation au changement climatique (PNACC), dont une révision est
prévue avant le 1erjuillet 2024.
La DGAC (direction générale de l?aviation civile) est impliquée dans les PNACC
depuis leur création. Dans ce cadre, le STAC (service technique de l?aviation civile)
a développé l?outil VULCLIM 1 pour évaluer les vulnérabilités des aéroports face
au changement climatique.
1. Demande d?accès à l?outil VULCLIM du STAC :
https://www.stac.aviation-civile.gouv.fr/fr/outil-devaluation-vulnerabilite-au-changement-climatique
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
115
En2022, des ateliers et séminaires ont été organisés pour les aéroports, avec
l?Union des aéroports français et francophones associés (UAF&FA) et l?association
PROAVIA, sur le sujet de l?adaptation face au changement climatique. À ces occa-
sions, Météo-France a fait un point sur les évolutions météorologiques à prévoir
et certaines plateformes ont présenté leurs retours d?expérience sur la gestion
de phénomènes extrêmes.
Par ailleurs, le STAC est impliqué dans des groupes de travail internationaux trai-
tant de cette problématique, tels que le Committee on Aviation Environmental
Protection (CAEP).
Enfin, la DSAC (direction de la sécurité de l?aviation civile) a rédigé une informa-
tion sécurité dont l?objectif est d?appeler l?attention des pilotes sur les menaces
de l?exploitation des aéronefs par forte chaleur en leur fournissant une liste de
recommandations 2.
Le tableau des impacts potentiels ou avérés pour le transport aérien est dressé
ci-après par thématique.
Performances avions
Figure C 42: Airbus A319
au décollage.
Source : © Richard
METZGER, DGAC/STAC.
Lors des vagues de chaleur, les performances des avions sont dégradées. Cela
peut avoir des conséquences sur les distances de décollage et d?atterrissage,
ainsi que sur les capacités en montée et lors des remises de gaz.
Ces conséquences physiques, qui sont plus importantes sur des plateformes
situées en altitude, peuvent avoir des répercussions importantes sur l?exploita-
tion des aéroports et des compagnies aériennes.
2. Info Sécurité no2022/03 Maîtrise des risques associés aux conditions météorologiques de forte chaleur :
https://www.ecologie.gouv.fr/info-securite-dgac
https://www.ecologie.gouv.fr/info-securite-dgac
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
116
En effet, il est possible que :
? des limitations d?emport de fret ou passager soient nécessaires ;
? sans allongement de piste ou modification des obstacles, certains types d?aéronefs
ne puissent plus être exploités sur des plateformes ;
? les cadences au décollage de certains aéroports soient diminuées ;
? des procédures, reposant notamment sur des contraintes d?atteinte de niveaux
de vol à des points précis, nécessitent une vigilance particulière, les profils de
vols pouvant être modifiés.
Les évolutions techniques sur la performance des moteurs et sur la masse des maté-
riaux utilisés par les constructeurs pourraient néanmoins limiter ces conséquences.
Par ailleurs, chaque type avion a une plage de températures pour lequel il est cer-
tifié. Il est possible que certains types ne puissent plus opérer ponctuellement
pendant des pics de températures trop élevées, notamment sur des terrains en
altitude.
Le cas de l?aéroport de Phoenix en2017 illustre le cas extrême de ces impacts.
En effet, une cinquantaine de vols ont été annulés à cause des températures avoi-
sinant les120oF (?49oC).
En France, des compagnies aériennes sont déjà confrontées à des limitations d?em-
port sur des terrains tels que des îles grecques ou en Corse durant les vagues
de chaleur. À terme, cela pourrait devenir plus fréquent, et d?autres terrains pour-
raient devenir limitatifs.
Chaussées aéroportuaires
Une augmentation de la fréquence et de l?intensité des journées chaudes peut
induire un endommagement accéléré des chaussées aéronautiques impliquant
un risque de diminution des durées de vie et d?augmentation de la fréquence
d?entretien. En effet, les températures dans le corps de chaussée ont un impact
direct sur la rigidité des matériaux bitumineux et l?augmentation des tempéra-
tures accroît par conséquent les risques de formation d?ornières, tandis que les
gradients thermiques dans les dalles béton ont une incidence directe sur le com-
portement des chaussées rigides.
Par ailleurs, les chaussées, tout comme les bâtiments, pourraient être détério-
rées (fissures longitudinales ou déformations) par le phénomène de retrait-gonfle-
ment des sols argileux faisant suite à une période de sécheresse. Ce phénomène
est d?autant plus possible si le drainage n?est pas bon.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
117
Ces événements peuvent avoir des conséquences
directes sur l?exploitation des plateformes.
L?arrêt temporaire du trafic survenu en août2022à
l?aéroport de Luton à Londres, lorsque la hausse
des températures a provoqué le soulèvement
d?une petite section de l?asphalte, illustre ce type
d?impact. À titre d?exemple sans conséquence
sur l?exploitation, le bitume de l?aire de station-
nement d?un aéroport du sud de la France a souf-
fert de déformations modérées en2022 malgré
un revêtement neuf (travaux achevés en2020).
Figure C 43: Dégradation de chaussée.
Source : © Richard METZGER, DGAC/STAC.
Une étude est en cours au sein du STAC pour évaluer les effets du réchauffement
climatique sur la portance des chaussées aéronautiques et leur résistance en
fatigue, à l?aide du suivi des températures dans le corps.
Cette étude s?appuie sur les données de la planche instrumentée du STAC
construite en 2009 3 qui est équipée de capteurs permettant d?assurer, depuis
la fin de la construction, un suivi en continu des températures dans la chaussée
pour l?ensemble des infrastructures aéronautiques qui la composent (chaussées
souples et rigides).
Bâtiments et installations
Les vagues de chaleur et l?évolution de celles-ci dans le contexte du changement
climatique ont pour conséquence une augmentation de la demande en énergie pour
refroidir les bâtiments (besoins plus importants et plus fréquents). L?assurance de
la disponibilité de celle-ci est nécessaire pour maintenir une exploitation nominale.
3. https://www.stac.aviation-civile.gouv.fr/fr/chaussees-aeronautiques/recherche-developpement/
planches-dessais
https://www.stac.aviation-civile.gouv.fr/fr/chaussees-aeronautiques/recherche-developpement/planches-dessais
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
118
Figure C 44 : Aérogare passagers.
Source : © Richard METZGER, DGAC/STAC.
Figure C 45 : Installations avion en escale.
Source : © Richard METZGER, DGAC/STAC.
En effet, accueillant du public (passagers, agents aéroportuaires), les aérogares
et passerelles doivent être maintenues à une température correcte. C?est éga-
lement le cas dans les tours de contrôle (contrôleurs aériens) presque entière-
ment vitrées, ainsi que dans les avions sur l?aire de trafic (passagers, personnels
navigants) dont la climatisation repose sur l?équipement des escales en groupes
de conditionnement d?air. De plus, certains locaux techniques de la navigation
aérienne contiennent du matériel (serveurs informatiques) qui a besoin d?être
refroidi pour fonctionner nominalement.
Pour s?adapter à cette demande énergétique croissante, des projets tels que des
aérogares bioclimatiques voient le jour, comme sur l?aéroport de Roland-Garros de
l?île de LaRéunion. Grâce à la ventilation naturelle dans l?aérogare, les besoins
de climatisation se limiteront aux zones fermées recevant la plus forte densité de
public. D?autres méthodes comme les stores et les ombrages extérieurs peuvent
également être utilisés pour ne pas accentuer la dépendance vis-à-vis de la clima-
tisation. La désartificialisation et la végétalisation des sols des zones publiques
peuvent également atténuer l?effet îlot de chaleur.
Enfin, les vagues de chaleur pourraient dégrader les performances de certaines
installations électriques aéroportuaires dont le fonctionnement est essentiel pour
l?exploitation (passerelles, tracteurs, balisage lumineux?).
Personnels
Certains agents, notamment les fonctions liées à l?escale de l?avion sur l?aire de
trafic, sont directement exposés aux vagues de chaleur. Outre une baisse de per-
formance, la pénibilité du travail dans ces conditions, en particulier aux heures
les plus chaudes de la journée, pourrait induire un taux d?absentéisme important
qui limitera en conséquence l?exploitation.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
119
Figure C 46: Agent d?escale en
fonction.
Source : © Richard MetzgerR, DGAC/
STAC.
Des rotations d?équipes plus fréquentes ou une réduction des efforts physiques
par de l?assistance mécanique pourraient par exemple limiter l?exposition aux
chaleurs et donc contenir cet impact en diminuant les risques sanitaires des tra-
vailleurs exposés
Demandes passagers
Dans un contexte de changement climatique, les vagues de chaleur pourraient à
terme entraîner une modification durable des destinations touristiques et donc
des lignes aériennes et flux aériens.
Environnement
La sécheresse induite par les vagues de chaleur sur une longue durée pourrait
augmenter le risque de feux de forêts. Outre le risque d?incendie sur des plate-
formes situées en bordure de massifs forestiers, cela pourrait avoir des réper-
cussions sur l?exploitation.
En effet :
? les fumées, réduisant la visibilité, peuvent
induire des perturbations de trafic ;
? certains aéroports peuvent devenir des
acteurs importants dans la gestion de crise
de la région, devant adapter leur exploitation
pour accueillir les aéronefs de surveillance et
de lutte d?incendies.
Figure C 47: Canadair en vol.
Source : © Sylvie ROLLAND, DGAC/STAC.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
120
Par exemple, les incendies en Gironde en juillet2022 ont conduit la navigation
aérienne à mettre en place plusieurs zones interdites temporaires (ZIT) interdi-
sant l?accès dans les espaces définis à tout aéronef sauf ceux assurant les mis-
sions d?assistance, de sécurité, de sauvetage et d?extinction d?incendie. Pendant
plusieurs jours, les atterrissages et les décollages étaient également interdits sur
un terrain, sauf pour les aéronefs autorisés par le directeur des vols.
De plus, durant ces vagues de chaleur :
? l?impact sonore et les émissions de CO2 sont plus importants en raison d?une
plus grande poussée pour le décollage de l?avion dans un air moins dense ;
? l?apparition des mirages chauds sur les chaussées pourrait altérer la visibilité,
et donc la fluidité et la sécurité du déroulement des manoeuvres ;
? la formation d?orages peut être plus fréquente sous certaines conditions, ayant
pour conséquence des retards de vols.
Par ailleurs, dans les Alpes-Maritimes, les restrictions préfectorales de consomma-
tion d?eau, dont la fréquence et la durée d?activation sont de plus en plus impor-
tantes, ont impacté l?aéroport de Nice pour ses espaces verts et pourraient à
terme interroger sur son système de climatisation qui repose sur cette ressource.
Enfin, dans un contexte de changement climatique, les modifications liées à la
température pourraient induire à terme des changements dans la présence aviaire
(types d?oiseaux, aires de répartition, périodes de migration) et donc dans la
gestion du risque animalier sur les plateformes.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
121
Impacts des vagues de chaleur sur la santé
Les canicules en France : impacts actuels et futurs
sur la santé, et coûts associés
Karine Laaidi, Mathilde Pascal, Robin Lagarrigue,
Lucie Adélaïde, Guillaume Boulanger, Sébastien Denys,
Santé publique France
Introduction
Le dernier rapport de l?Organisation météorologique mondiale sur l?état du climat
en2019 (WMO/OMM) montre que les signes de changement climatique et de ses
impacts ont augmenté sur la période2015-2019, qui est la période de5ans la
plus chaude jamais enregistrée. La température moyenne du globe a augmenté
de1,1oC depuis l?ère préindustrielle, et de0,2oC par rapport à la période2011-
2015 (IPCC AR6 WGI et World Meteorological Organization, 2022). Par ailleurs,
les8dernières années, 2022 inclus, sont en voie d?être les plus chaudes jamais
enregistrées selon un rapport provisoire de l?OMM, et le réchauffement se pour-
suit 1. Les récents rapports du GIEC mettent en avant des atteintes aux écosys-
tèmes marins et terrestres plus précoces et plus importants qu?anticipés, une
réduction des ressources en eau et en nourriture, des impacts sur la santé (mor-
talité, maladies émergentes, impact de la chaleur et de la pollution de l?air, etc.),
des événements extrêmes qui dépassent les capacités de résilience et d?adap-
tation de plusieurs systèmes naturels et humains. Ces effets sont irrémédiables,
même dans l?hypothèse d?une limitation de la hausse des températures à1,5oC
comme le prévoit l?accord de Paris. « Les éléments scientifiques sont sans équi-
voque : le changement climatique menace le bien-être de l?humanité et la santé
de la planète. Tout retard dans l?action mondiale concertée nous ferait perdre un
temps précieux et limité pour instaurer un avenir viable » 2.
Le programme des agences de santé publique s?intéresse largement à cette thé-
matique, principalement sur les événements climatiques extrêmes, les maladies
vectorielles, l?accès à l?alimentation, la sécheresse ou la pollution de l?air, mais
en pratique, la santé est très peu présente dans les projets d?adaptation et qua-
siment absente des politiques d?atténuation.
1. https://public.wmo.int/en/our-mandate/climate/wmo-statement-state-of-global-climate
2. https://public.wmo.int/fr/medias/communiqu%C3%A9s-de-presse/
changement-climatique-une-menace-pour-le-bien-%C3%AAtre-de-l%E2%80%99humanit%C3%A9-et-la.
https://public.wmo.int/fr/medias/communiqu%C3%A9s-de-presse/changement-climatique-une-menace-pour-le-bien-%C3%AAtre-de-l%E2%80%99humanit%C3%A9-et-la
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
122
Le tournant de 2003
La canicule d?août2003, qui a largement touché l?Europe et en particulier la France,
a certainement constitué un tournant dans la prise en compte de la santé dans
les plans d?adaptation au changement climatique. En août2003, pendant15jours
les températures ont été de10oC supérieures aux températures normales pour
cette période de l?année sur une grande partie de la France. Les températures
maximales ont dépassé 35oC sur une grande partie du territoire, et même 40oC
dans 15 % des stations météorologiques, y compris en Bretagne. Cette cani-
cule a le bilan sanitaire le plus important jamais observé en France, estimé à
prèsde15 000décès. Quatre-vingts pour cent des décès se sont concentrés sur
4jours, du11 au 14août 2003. Depuis1947, aucune canicule n?avait égalé la
durée et l?intensité de celle de2003. Les personnes de75ans et plus ont été
les plus touchées (60 % de surmortalité) mais les45-64ans ont également contri-
bué à cette surmortalité (30 % de surmortalité). Si quasiment toutes les régions
métropolitaines ont été touchées, l?Île-de-France et la région Centre ont été les
plus impactées, la première ayant contribué pour33 % à la surmortalité totale
(Hémon etal., 2003a).
Dans son rapport publié dès septembre2003 (Hémon etal., 2003b), l?INSERM a
mis en évidence les principales causes de mortalité pendant cette canicule excep-
tionnelle. Presque toutes ont augmenté, au premier rang desquelles les causes
directement attribuables à la chaleur que sont les hyperthermies et les déshy-
dratations, suivies par les maladies de l?appareil génito-urinaire et respiratoires.
Une étude cas témoin réalisée auprès des personnes de65ans et plus a mis
en évidence différents facteurs de risque au niveau individuel et environnemental
(Vandentorren etal., 2006). Ainsi, la perte d?autonomie était le principal facteur
de risque (avec un risque de décès multiplié par4à presque10 selon le degré
d?autonomie), suivi par le fait de dormir dans une chambre située sous les toits
(risque de décès multiplié par4), pièce généralement la plus chaude d?un bâtiment ;
le fait d?avoir une pathologie préexistante (cardiovasculaire, respiratoire ou psy-
chiatrique) multipliait le risque de décès par3,5à5. Inversement, le fait de vivre
dans un logement récent ou ancien mais bien isolé diminuait le risque de décès,
de même que les comportements adaptatifs (se vêtir légèrement, se rafraîchir).
Cette étude a été complétée par la prise en compte de données satellitaires afin
d?estimer le risque lié à la chaleur environnementale, et en particulier aux micro-
îlots de chaleurs urbains, de nuit et de jour (Laaidi etal., 2012b). Elle a montré
que le fait de vivre dans un quartier plus chaud d?un demi-degré la nuit doublait
le risque de décès si cette chaleur persistait pendant au moins une semaine.
La sévérité de la canicule de2003, son impact en termes de mortalité, l?absence
d?un cadre préétabli pour la gestion d?une telle crise 3, ainsi que les études menées
pour déterminer les personnes vulnérables et les facteurs de risques ont conduit à
mettre en place un plan national de prévention et de gestion des risques liés aux
3. https://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-info/i1091-t1.asp
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
123
canicules 4 (PNC : plan national canicule), prévoyant notamment un système d?alerte
canicule et santé (SACS). D?autres pays ayant souffert de la canicule d?août2003
ont également mis en place des mesures de surveillance, d?alerte, de prévention
et/ou de gestion à des degrés divers (World Health Organization, 2009).
Les impacts sanitaires en France depuis le plan canicule
? Mortalité
En France, les canicules sont les événements extrêmes avec l?impact le plus élevé
en termes de mortalité, totalisant plusde39 000décès en excès observés pendant
les canicules depuis1970. Cet impact est en augmentation malgré les efforts de
prévention et d?alerte : plusde9 900décès depuis la mise en place du plan canicule
en2004, 78 % de cet impact étant observé sur les années récentes (2015-2020) 5.
Le tableauC3 résume les excès de mortalité sur différentes périodes depuis les
années1970 (Pascal etal., 2021a).
Tableau C3 : Tendances historiques de la surmortalité pendant les vagues de chaleur en
France depuis1970 (Pascal etal., 2021a).
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1970?1979 50 515 5 0 1 273 943 6547
1980?1989 85 666 5 0 758 356 4113
1990?1999 76 681 2 0 717 511 3 111
2000?2009 96 2 130 1 0 5 991 3794 17 190
2003 96 1 267 - - 5 114 3154 15 257
2010?2019 95 2 859 1 11 2 676 2027 6 407
2015?2019 95 2 252 0 11 2 103 1717 5 700
(a) L?exposition cumulée est définie comme la population exprimée en millions d?habitants multipliée par la
part de la température exprimée en °C située au-dessus du seuil.
La première canicule de grande ampleur après la mise en place du PNC a eu lieu
en juillet2006, avec des records de chaleur battus à certains endroits malgré une
intensité globalement moindre par rapport à2003, et des durées d?un mois dans
certains départements du Sud-Est. Sur la période de canicule commune à l?en-
semble des départements touchés (11-28juillet), un excès de1 533décès a été
estimé (+6 %) (LeTertre etal., 2007). Cette canicule a été l?occasion de donner un
premier élément d?évaluation du PNC, en comparant la mortalité observée à celle
4. https://www.santepubliquefrance.fr/determinants-de-sante/climat/fortes-chaleurs-canicule/documents/
article/canicule-2004-mobilisation-generale-.-editorial
5. https://geodes.santepubliquefrance.fr/#c=indicator&i=canicules.surmortalite&s=2021&t=a02&view=map1
https://geodes.santepubliquefrance.fr/#c=indicator&i=canicules.surmortalite&s=2021&t=a02&view=map1
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
124
attendue selon un modèle de régression France entière fondé sur la période1975-
2003 (Fouillet etal., 2008), soit avant la mise en place du plan. Le modèle pré-
voyait plusde6 000décès en excès, la réalité a été bien en dessous de cette
estimation. Bien que ces chiffres bruts ne permettent pas de conclure quant aux
raisons de cette différence, plusieurs hypothèses ont été avancées : mise en place
du système d?alerte canicule et des mesures de prévention et de gestion du PNC,
meilleure prise de conscience des risques liés aux fortes chaleurs depuis2003,
ainsi que les caractéristiques intrinsèques de la vague de chaleur.
Des travaux récents (Pascal etal., 2022) portant sur l?évolution des risques de
mortalité liés à la chaleur en France entre1970 et 2015 ont par ailleurs mis en
évidence :
? une diminution progressive de ce risque depuis les années1980, probable-
ment liée à l?amélioration de l?état de santé de la population et de sa prise en
charge médicale ;
? une augmentation du risque de décès liés aux températures inhabituellement
chaudes pour une année donnée par rapport aux années précédentes ;
? une augmentation de la fraction de la mortalité attribuable aux températures
les plus chaudes (supérieures au percentile90).
Les étés suivants ont connu des canicules moins longues et moins intenses,
voire pas de canicule, et surtout moins étendues géographiquement, avec des
impacts sanitaires modérés. Cependant, depuis2015 les canicules se sont mul-
tipliées, elles ont touché des régions jusque-là épargnées comme la Bretagne,
la Normandie ou les Hauts-de-France, ont parfois battu des records de chaleur et
les premières vigilances rouges (niveau le plus élevé de la vigilance météorolo-
gique) ont été observées en2019, puis2020, et en2022 avec la vigilance rouge
la plus précoce mi-juin (figureC48).
Figure C 48: Les vigilances depuis la mise en place du plan canicule en 2004.
Sources : Météo-France et Santé publique France.
0
500
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1500
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2005 2010 2015 2020
RougeOrangeJaune
Niveau de vigilance canicule
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
125
Sur les étés récents, la surmortalité pendant les canicules a varié de200à près
de3 000décès en excès (tableauC4) 6.
L?impact le plus élevé a été observé en 2022 (Santé publique France, 2022),
avec2 816décès en excès (+16,7 %) lors des trois épisodes de canicule
(14-22/06, 9-27/07 et 29/07-14/08) dans les départements concernés. La
classe d?âge des plusde75ans a été la plus touchée (2 272décès en excès ;
+20,2 %) et l?excès de mortalité relatif observé dans les départements placés en
vigilance rouge (+19,9 %) a été plus important que celui des autres départements.
Sur les mêmes périodes et zones, 894décès liés à l?épidémie de Covid19 ont
été enregistrés. La Covid-19a pu augmenter la vulnérabilité à la chaleur pour
certaines personnes, et réciproquement. Sur toute la période de surveillance
estivale (1erjuin-15septembre), 10 420décès en excès toutes causes (+6,1 %)
ont été estimés en France métropolitaine : une part de cet excès de mortalité
estivale est vraisemblablement due à une exposition de la population à des
températures élevées mais n?atteignant pas les seuils canicule. L?estimation de
cette part attribuable fait l?objet de travaux d?étude par Santé publique France.
Tableau C4 : La surmortalité pendant les canicules de2015à 2022.
Année Surmortalité (nombre de décès en excès)
2021 239
2016 378
2017 474
2019 1 462
2018 1 641
2015 1 739
2020 1 924
2022 2 816
Source : Santé publique France.
? Morbidité
Les canicules s?accompagnent également d?une recrudescence des recours aux
soins d?urgences. Ainsi, pendant les étés2015à2021, plusde120 000pas-
sages aux urgences et plusde25 000consultations SOSMédecins ont été recen-
sés dans SurSaUD®7 pour la France métropolitaine, en ce qui concerne l?indicateur
composite suivi dans le cadre de la gestion sanitaire des vagues de chaleur 8 (iCa-
nicule), qui rassemble les coups de chaleur ou hyperthermies, les déshydratations
6. https://www.santepubliquefrance.fr/determinants-de-sante/climat/fortes-chaleurs-canicule/donnees/#tabs
7. SurSaUD® est un système de surveillance des urgences et des décès.
8. https://solidarites-sante.gouv.fr/sante-et-environnement/risques-climatiques/article/
la-gestion-sanitaire-des-vagues-de-chaleur
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
126
et les hyponatrémies (Santé publique France, 2019). Ce recours aux soins d?ur-
gences pour l?indicateur iCanicule est observé tout au long de l?été, y compris en
dehors des périodes de vigilance jaune, orange ou rouge canicule : ainsi sur les
années récentes, jusqu?à85 % des passages aux urgences, et jusqu?à80 % des
consultations SOSMédecins ont eu lieu en dehors des périodes de vigilance cani-
cule. Mais les pics de recours aux soins d?urgences pour iCanicule sont obser-
vés pendant les périodes où une large part de la population est concernée par
une vigilance canicule.
En2022, plusde20 000recours aux soins ont été observés durant toute la période
de surveillance pour l?indicateur sanitaire suivi (iCanicule, regroupant hyperther-
mies, déshydratations et hyponatrémies). Ces recours aux soins ont été multipliés
par deux aux urgences et par trois pour les consultations SOSMédecins durant
les canicules, par rapport aux périodes hors canicules.
? Données sur les travailleurs
La surveillance par Santé publique France de l?influence des vagues de chaleur
sur la santé des travailleurs (Iwatsubo etal., 2020) reposait, jusqu?en2017, sur
deux types de recueils en lien avec l?inspection médicale du travail et la direction
générale du travail (DGT) : un dispositif passif de signalement par les médecins
du travail (depuis2006) des incidents ou accidents de santé lié à la chaleur, et
une remontée de fiches d?enquête de décès de travailleurs survenant sur le lieu
du travail en lien possible avec la chaleur.
Du1erjuin au 31août 2015, 2016 et 2017, respectivement 33, 8 et 73signale-
ments d?événements sanitaires impliquant la chaleur chez des travailleurs ont ainsi
été remontés, et en2017 10décès liés à la chaleur dont7 pendant la canicule
du17 au 25juin. La première partie de ce dispositif peu réactif et non exhaustif
a été abandonnée en2018.
Une étude pilote de surveillance épidémiologique a été mise en place en2018
et 2019 sur les passages aux urgences en Île-de-France et les dossiers de régu-
lation SAMU en Provence-Alpes-Côte d?Azur, en lien avec la chaleur et le travail.
Si des augmentations ont pu être observées durant les périodes de canicule, un
meilleur déploiement national et codage des circonstances des nouveaux relevés
de passages aux urgences (RPU) et des systèmes d?information SAMU (SI-SAMU)
restent nécessaires pour pouvoir poursuivre la surveillance de la morbidité chez
les travailleurs.
Les données de décès ont quant à elle permis de remonter 8décès en lien pos-
sible avec la chaleur en2018, dont4 pendant la canicule de fin juillet-début août,
et 10décès en2019 dont9 pendant les périodes de canicule. Ces décès se pro-
duisent le plus souvent chez des hommes, dès la trentaine, et chez des travail-
leurs en extérieur (BTP, milieu agricole?). Par ailleurs, la DGT a reçu 112fiches
d?accidents du travail mortels pendant l?été2019. Les accidents du travail mortels
en lien possible avec la chaleur représentent ainsi 9 % de l?ensemble des acci-
dents du travail mortels survenus pendant cette période.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
127
En2020, douze accidents du travail mortels en lien possible avec la chaleur ont
été notifiés par l?inspection médicale du travail, dont cinq survenus durant les
vagues de chaleur. Il n?y en a eu aucun en2021 et sept en2022 9.
? Mortalité dans les territoires ultramarins
Le système d?alerte canicule et santé (SACS) a été élaboré en France métropoli-
taine, sur la base d?un indicateur biométéorologique double (moyenne sur3jours
consécutifs des températures minimales et moyenne sur3jours consécutifs des
températures maximales), associé à un seuil d?alerte minimal et maximal par dépar-
tement. Ce seuil local permet de tenir compte de l?adaptation des populations à
la chaleur, et correspond à un potentiel doublement de la mortalité en l?absence
de toute mesure de prévention et de gestion (Laaidi etal., 2012a). Si la question
se pose depuis plusieurs années d?une extension de ce système d?alerte aux ter-
ritoires ultramarins, des priorités sanitaires locales plus prégnantes, en particu-
lier infectieuses, de faibles variations des températures qui restent à un niveau
élevé tout au long de l?année, et une supposée bonne adaptation des populations
à la chaleur, n?ont pas conduit à cette extension. Cependant, plusieurs études
ont montré que, quelle que soit la région du globe, un effet de la température
peut être observé au-dessus d?une température de mortalité minimale, celle-ci se
situant autour du percentile 1060 de la distribution des températures en climat
tropical (Gasparrini etal., 2015).
Une étude a donc été menée dans les territoires ultramarins français (Guyane,
Guadeloupe continentale, Martinique, LaRéunion et Mayotte) entre2000 et 2015,
afin d?établir l?influence de la température sur la mortalité et par la suite de déter-
miner les besoins de prévention et d?adaptation à court et à moyen terme (Pascal
etal., 2021b). La relation température-mortalité a été modélisée, puis les résultats
ont été combinés dans une méta-analyse (à l?exception de Mayotte, par manque
de données disponibles). La forme générale de la relation température-morta-
lité et les ordres de grandeurs des risques relatifs (RR) calculés se sont avérés
cohérents avec ceux observés dans d?autres zones du monde et ont confirmé l?in-
fluence de la température sur la mortalité et une augmentation rapide du risque
de décès vers les températures les plus inhabituelles.
La méta-analyse a mis en évidence un risque relatif de décès cumulé sur0-10jours
suivant une exposition à une température au percentile99 de la distribution des
températures : il était de 1,20 (intervalle de confiance à 95 % [1,06 : 1,42], en
référence au percentile50). La prise en compte de l?humidité relative ne montre
pas d?influence significative. Sur l?ensemble des zones et de la période d?étude,
3 380décès [851 : 5 632] ont pu être attribués à des températures non optimales
9. https://www.santepubliquefrance.fr/determinants-de-sante/climat/fortes-chaleurs-canicule/donnees/#tabs
10. Un percentile est un paramètre statistique qui détermine où la valeur mesurée se situe par rapport à l?en-
semble des observations. Chaque percentile représente le centième de l?occurrence du paramètre mesuré
dans l?ensemble des observations. Dans le cas du percentile60, cela signifie que 60 % des températures
observées sont au-dessous de ce seuil.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
128
(supérieures ou inférieures à la température de mortalité minimale), principale-
ment chaudes, représentant 5 % de la mortalité totale. Les températures extrêmes
contribuaient à cette mortalité, avec979 [531 : 1 359] décès attribuables à des
températures dépassant le percentile90 (Pascal etal., 2022).
Le fardeau économique des effets sanitaires
des vagues de chaleur
Bien que les canicules soient les événements climatiques extrêmes les plus impor-
tants en termes de mortalité, et que la morbidité associée soit également consé-
quente comme on a pu le voir avec les données de passages aux urgences ou
de consultations SOSMédecins, ces événements sont souvent sous-représentés
dans les analyses économiques des événements climatiques extrêmes. Santé
publique France et le CNRS ont proposé une méthode pour estimer l?impact de la
mortalité, du recours aux soins et de la perte de bien-être associés aux canicules
en France (Adélaïde etal., 2021 ; Adélaïde etal., 2022). Pour le recours aux soins,
l?approche prend en compte les coûts médicaux directs (passages aux urgences,
consultations SOSMédecins, hospitalisations) et indirects (arrêts de travail). Le
consentement à payer pour réduire le risque d?un passage aux urgences ou d?une
hospitalisation est utilisé pour estimer les coûts des impacts intangibles (souf-
france, peur?). Pour la mortalité, les valeurs recommandées pour l?évaluation des
politiques publiques en France sont utilisées. Les estimations sont exprimées en
euros constants2017 (¤2017).
Au total, l?étude estime que la mortalité pendant les canicules représente 143mil-
liards¤2017 de coût pour l?ensemble de la période1974-2020, avec un impact
plus marqué pour les années marquées par un plus grand nombre de décès :
2003, 1976, 1983, 2006 et 2015-2020.
L?impact de la perte de bien-être, estimé uniquement pour les jours respectant
les critères de la vigilance rouge pendant lesquels des modifications importantes
d?activité sont nécessaires, représente 13milliards¤2017, dont93 % se concen-
trant sur les seules années2003, 2019 et2020.
Enfin, l?analyse sur le recours aux soins s?est concentrée sur la période2015-
2020 et sur un nombre limité de causes de recours. Les coûts estimés sont de
31millions¤2017 dont80 % associés à des hospitalisations.
Cette étude a permis de mieux objectiver l?impact économique de ces événements
climatiques extrêmes et a souligné l?importance et l?urgence de mesures d?action
permettant de renforcer l?adaptation aux canicules, dont la fréquence, la durée et
la sévérité devraient s?accroître avec le réchauffement climatique.
Impacts prévisibles des canicules à moyen et long termes
Depuis1947, aucune canicule n?a égalé la durée et l?intensité de celle de2003.
Dans un contexte de changement climatique, des événements aussi graves que
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
129
la canicule de2003 se produiront de plus en plus fréquemment. Si les émis-
sions de gaz à effet de serre, responsables de l?augmentation des températures,
ne sont pas réduites, des canicules plus intenses et d?une durée cinq fois plus
longue que celle de2003 pourraient survenir en France.
Selon Météo-France 11, l?augmentation de l?intensité et de la fréquence des vagues
de chaleur est déjà visible. Ainsi sur les43 qui ont été détectées depuis1947,
neuf ont eu lieu avant1989 contre33 entre1989 et 2022, 25d?entre elles, soit
plus de la moitié, ont eu lieu après2000 et il y en a eu19 depuis2010. Les pro-
jections climatiques réalisées sur la France métropolitaine indiquent une augmen-
tation globale de la fréquence et de l?intensité des vagues de chaleur au cours du
xxiesiècle : d?ici2050 elles devraient être deux fois plus nombreuses que sur la
période1976-2005, et en fin de siècle elles pourraient être bien plus fréquentes
qu?aujourd?hui mais aussi beaucoup plus sévères et plus longues. Elles pourraient
aussi être plus précoces ou plus tardives qu?actuellement. Ces prévisions dépen-
dront en partie des politiques de lutte contre le changement climatique.
L?impact du réchauffement climatique sur la santé est d?ores et déjà observable,
ainsi que l?a montré une étude sur43pays au cours de la période1991-2018
(Vicedo-Cabrera etal., 2021) : 37 % de la mortalité liée à la chaleur peut être attri-
buée au changement climatique anthropogénique, l?augmentation de la mortalité
est présente sur tous les continents, avec un fardeau variable au niveau géogra-
phique mais de l?ordre de douzaines à des centaines de morts par an dans de
nombreux endroits. À Shanghai, une modélisation de la relation température-mor-
talité selon deux scénarios d?évolution du climat a prédit une augmentation de
la mortalité de48 ou 53 % selon le scénario, à l?horizon2030-2059, et de148
ou 254 % selon le scénario, à l?horizon2070-2099 (Guo etal., 2012). Une étude
sur trois pays asiatiques (Japon, Corée et Chine) (He etal., 2022) a mis en évi-
dence un risque de mortalité plus élevé de50 % lors des nuits chaudes, dont la
fréquence devrait augmenter de30 % et l?intensité de50 % d?ici2100. La fraction
attribuable de la mortalité due à ces nuits chaudes serait de3,7 % selon un scé-
nario de contrôle strict des émissions de gaz à effet de serre, et de5,8 % selon
un scénario moyen de réduction.
En France, une étude sur18villes (Pascal etal., 2022) a été réalisée sur la
période1970-2015 afin d?estimer l?évolution temporelle de la mortalité. Les résul-
tats suggèrent une diminution des risques relatifs liés aux très fortes chaleurs
(percentiles99 et plus des températures), ce qui semble marquer une acclimata-
tion à la chaleur (pouvant résulter d?une adaptation de la population, des amélio-
rations socio-économiques et médicales et/ou d?une efficacité des mesures de
prévention organisées à partir de2004). Cependant, cette évolution à la baisse
n?est pas observée pour des percentiles moins élevés, pour lesquels les risques
relatifs augmentent régulièrement sur la période, sans rupture à partir de2004. De
plus, les risques liés aux températures inhabituellement chaudes pour une année
11. https://meteofrance.com/actualites-et-dossiers/actualites/climat/
changement-climatique-des-canicules-deux-fois-plus-frequentes
https://meteofrance.com/actualites-et-dossiers/actualites/climat/changement-climatique-des-canicules-deux-fois-plus-frequentes
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
130
donnée par rapport aux années précédentes augmentent depuis les années1970.
Par ailleurs la fraction de la mortalité attribuable aux températures les plus chaudes
(supérieures au percentile90) augmente, passe de0,11 % [0,08 : 0,13] de la mor-
talité dans les années1970à0,23 % [0,21 : 0,24] dans les années2010. Les
fractions attribuables reflètent le croisement entre un niveau de risque et une fré-
quence d?exposition. Malgré une diminution des risques relatifs liés aux tempé-
ratures élevées, l?augmentation du nombre de jours chauds conduit ainsi à une
augmentation de la fraction attribuable à la chaleur dans les années récentes et
donc à une augmentation des impacts de la chaleur.
Que faire pour prévenir les impacts sanitaires des canicules ?
Au cours des presque20années qui ont suivi la mise en place du plan canicule,
des éléments d?évaluation ont été mis en placerégulièrement (Laaidi etal., 2012a)
afin d?améliorer la prévention et la gestion des risques :
1.Avant l?été : des enquêtes sur la gestion du risque canicule par les acteurs
nationaux et locaux ont permis d?identifier les mesures prises, les difficultés ainsi
que des pistes d?amélioration (Laaidi etal., 2018 ; Laaidi etal., 2019). Celles-ci
concernent notamment :
? l?amélioration des capacités de thermorégulation individuelles, en favorisant la
pratique d?activité physique adaptée ;
? l?identification et la protection des personnes vulnérables (registres municipaux,
sans-abris) et des scolaires ;
? des actions sur les environnements pour réduire l?exposition (végétalisation,
matériaux, volets, isolation : en ville, à l?école, dans les bâtiments accueillant du
public?) ;
? la préparation de conduites à tenir en cas de canicule (modification des horaires
de travail et des activités scolaires?) ;
? la formation de la population et des professionnels aux bons gestes à adopter.
2.Pendant les canicules : le plan de gestion des risques définit les mesures pour
alerter, prendre soin des plus vulnérables, adapter les traitements médicamen-
teux si nécessaire, organiser l?offre de soins, diffuser les conseils de comporte-
ments (hydratation, diminution de l?activité physique, aération?), sensibiliser au
risque pour tous (spots télé et radio). Une enquête auprès de la population fran-
çaise métropolitaine a été menée en2015 sur les connaissances et pratiques
pendant les fortes chaleurs (Laaidi etal., 2019). Elle a montré que les adultes de
plusde18ans avaient une bonne connaissance des gestes de prévention et sui-
vaient bien les recommandations, mais que la perception de ses propres risques
était faible, y compris chez les personnes âgées (2 % des18-64ans se sentaient
très à risque pendant une canicule, et seulement4 % des65ans et plus). Par ail-
leurs le recours aux registres municipaux pour se signaler ou demander de l?aide
restait une pratique marginale alors que c?est un élément central de la prévention
au niveau local, qu?il semble donc nécessaire de faire évoluer.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
131
3.Après l?été : les retours d?expériences annuels entre les partenaires du plan
et du système d?alerte permettent de les faire évoluer si besoin. Par ailleurs une
étude qualitative a été réalisée en2019 (Verrier etal., 2022) afin d?évaluer les
freins à l?adoption des gestes de prévention chez les adultes résidant dans des
départements ayant été en vigilance canicule orange ou rouge. Les principaux
freins identifiés étaient la perception du risque pour soi, les conditions de travail
et la méconnaissance des dispositifs existants (cartographie de lieux frais, des
points d?eau potable?). Ces résultats ont mis en exergue la nécessité de renfor-
cer la communication sur les mesures existantes et d?étudier la faisabilité d?adap-
ter les conditions de travail par voie réglementaire.
Conclusion
Les impacts sanitaires de la chaleur, pendant et en dehors des périodes de cani-
cule, sont les plus importants de tous ceux associés à des événements clima-
tiques extrêmes. Ils ont déjà augmenté ces dernières années et ce phénomène
va s?accélérer à moyen et long terme avec l?augmentation des canicules en fré-
quence, durée, intensité et répartition spatiale, et avec l?extension temporelle des
périodes chaudes (de mai à octobre).
Malgré un large panel de mesures de prévention et de gestion mis en place, les
impacts restent importants et force est de constater que les mesures d?atténua-
tion et d?adaptation sont insuffisantes et devront être élargies et améliorées afin
de minimiser les impacts sanitaires du changement climatique, en particulier ceux
dus aux vagues de chaleur.
Parmi ces mesures, une meilleure évaluation des impacts pendant les canicules
permettrait de réagir plus rapidement et de façon plus ciblée. Ceci passe par une
amélioration du circuit des données de mortalité, en particulier via la certification
électronique des décès qui permet d?obtenir des données sous 24heures (contre
un mois actuellement avec les données INSEE).
Une fois l?alerte lancée, les mesures sont variées et intersectorielles : prévention
et protection de la population, en particulier mise à l?abri des plus vulnérables,
adaptation des conditions de travail, mesures renforcées de lutte contre les îlots
de chaleur urbains (végétalisation, revêtements absorbant peu la chaleur, etc.).
De manière plus large, en été il est important de mieux sensibiliser au risque,
pour les personnes âgées, les malades chroniques, les jeunes enfants, les per-
sonnes sans abri, mais aussi les travailleurs en ambiance chaude, les sportifs,
et plus largement toute la population lorsque la chaleur devient extrême et que
chacun est susceptible d?être affecté.
Par ailleurs Santé publique France s?est engagée dans une démarche de plaidoyer
afin de sensibiliser au risque et à ses impacts des partenaires hors du champ
de la santé : d?une part les urbanistes et les architectes afin qu?ils contribuent à
construire et rénover les bâtiments et les villes en prenant en compte le confort
thermique des habitants, et d?autre part les employeurs afin qu?ils améliorent la
protection de leurs employés contre la chaleur.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
132
Enfin, il est nécessaire d?évaluer les mesures prises en termes de réduction de
l?impact sanitaire, afin de les adapter et améliorer si besoin et ainsi réduire davan-
tage les impacts sanitaires des canicules, et les coûts économiques et sociaux
associés.
Encadré 3
Mission de Santé publique France
Les impacts sanitaires du changement climatique
sont une des priorités de la programmation de
Santé publique France depuis plusieurs années.
Les travaux de l?agence dans ce domaine s?arti-
culent autour de grands axes :
? promouvoir une meilleure prise en compte des
liens entre climat et santé, via l?organisation de rencontres scientifiques,
de partenariat (Météo-France, ADEME, INSERM notamment), de collabo-
ration entre agences de santé publiques ;
? analyser les connaissances et produire des outils et des indicateurs
pour mettre en évidence l?impact du changement climatique sur la santé
en France, mais également l?impact d?interventions sur des déterminants
favorables à la santé et au climat (par exemple, les mobilités douces, la
nature en ville) ;
? soutenir l?adaptation à la chaleur, via un corpus d?études épidémiolo-
giques, et la promotion de l?adaptation des populations à la chaleur à tra-
vers la définition et la mise en oeuvre d?une stratégie de plaidoyer ;
? optimiser et assurer la surveillance sanitaire dans le cadre du plan natio-
nal de gestion des vagues de chaleur ;
? répondre aux urgences sanitaires en lien avec le climat (événements
extrêmes, épidémies infectieuses?).
Ces travaux font l?objet de plusieurs publications sur le site de l?agence
(Changement climatique ? Santé publique France (santepubliquefrance.
fr)). L?agence est également active au niveau international via l?Associa-
tion internationale des agences de santé publique (IANPHI), qui s?est
dotée d?un comité permanent changement climatique et santé, et d?une
feuille de route dont les principales conclusions ont été récemment sou-
tenues par leG7.
Chapitre D
Politiques d?adaptation
aux vagues de chaleur
© Jérôme Duvernoy/ONERC.
Ce chapitre montre quelques exemples des politiques publiques qui prennent
en compte les vagues de chaleur et leurs impacts. Ainsi le premier article
décrit la partie de la réglementation environnementale, la RE2020, en vigueur
pour les constructions à partir du1erjuillet 2022, le second article parle de
l?extension aux vagues de chaleur du dispositif de vigilance météorologique.
Enfin, le troisième article décrit le plan vague de chaleur qui pourra compléter
le plan canicule sans se limiter à l?impact sanitaire des vagues de chaleur.
Politiques d?adaptation aux vagues de chaleur
135
La RE2020
Les récentes adaptations de la réglementation technique
de la construction face aux vagues de chaleur
Quentin Deslot, Sylvain Pradelle, Amandine Vernier,
Direction générale de l?Aménagement, du Logement et de la Nature (DGALN)
Introduction
Nous passons plus de 80 % de notre temps dans des lieux clos, et en grande
partie à l?intérieur des bâtiments. Nous y travaillons, nous y mangeons, nous y
dormons, et nous y faisons tant d?autres activités essentielles à notre vie. Les
articles précédents du chapitreA ont illustré que les vagues de chaleur seront de
plus en plus fréquentes et de plus en plus intenses à l?avenir. Il est donc essen-
tiel que nos environnements intérieurs s?adaptent afin de nous offrir des condi-
tions de vie toujours aussi satisfaisantes alors que le climat évolue. De nombreux
acteurs se mobilisent aujourd?hui afin de construire des bâtiments mieux conçus
et rénover les bâtiments existants. Il s?agit d?aller vers un meilleur confort dans
les bâtiments lors des vagues de chaleur, notion qui sera appelée par la suite
« confort d?été ».
De son côté, l?État dispose de plusieurs leviers afin d?accélérer cette transforma-
tion vers un meilleur confort d?été. En particulier, plusieurs réglementations tech-
niques régissent l?acte de construire et de rénover nos bâtiments. Ces dernières
années, la réglementation technique de la construction a connu plusieurs évolu-
tions notables en ce sens.
Constructions neuves : l?entrée en vigueur de la RE2020
incite à la conception bioclimatique des bâtiments
et prend en compte l?impact énergétique de la climatisation
Les bâtiments construits aujourd?hui feront partie du parc immobilier français
en2100 lorsque le climat aura changé. Il est donc essentiel d?assurer le confort
d?été dans ces bâtiments dès aujourd?hui. Or, les retours d?expérience sur les
constructions de la précédente décennie ont montré que la réglementation alors
en vigueur, c?est-à-dire la réglementation thermique2012 (RT2012), n?assurait
pas suffisamment le confort des occupants lors des fortes chaleurs estivales. La
nouvelle réglementation pour les constructions neuves, appelée réglementation
environnementale2020 (RE2020), intègre donc parmi ses trois enjeux prioritaires
le confort d?été au même titre que la réduction des consommations d?énergie ou
la prise en compte de l?impact sur le climat des constructions. Il s?agit donc bien
d?un défi majeur pour les constructions de la prochaine décennie.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
136
De manière pratique, la méthode de calcul de la RE2020 intègre dans ses scéna-
rios météorologiques une vague de chaleur pendant la période estivale. Celle-ci
est issue des données de la canicule de2003, puisque cette dernière est consi-
dérée aujourd?hui comme représentative des futures vagues de chaleur qui tou-
cheront la France en2050, voire en2100.
Sur la base de ces nouveaux scénarios, la RE2020a mis en place un nouvel
indicateur représentatif du confort du bâtiment en été, appelé indicateur
« degré.heure » (DH). Celui-ci permet de quantifier l?impact de la vague de chaleur
sur la température à l?intérieur du bâtiment. Plus concrètement, cet indicateur
s?apparente à un compteur qui cumule sur l?année, chaque degré inconfortable de
chaque heure. Il est central dans le fonctionnement de la réglementation puisque
deux seuils y sont adossés.
Afin de respecter la réglementation, il est interdit de dépasser un seuil haut, fixé
autour de 1 250DH, ce qui correspond à une durée de 25jours durant laquelle
le logement serait continument à30oC le jour et 28oC la nuit. En parallèle, un
second seuil bas est fixé autour de350DH, soit une semaine en continu à30oC
le jour et 28oC la nuit. En-dessous de ce seuil bas, la réglementation est satis-
faite sur ce volet du confort d?été. Au-dessus de ce seuil bas, des pénalités sont
appliquées dans le calcul de la performance énergétique pour tenir compte des
besoins potentiels en rafraîchissement du bâtiment.
Figure D 1 : Schéma de principe du calcul du confort d?été selon la RE2020.
Source : MTECT/DGALN.
Cette méthodologie s?impose désormais à tous les projets de construction sur le
territoire national, en commençant par les projets de construction de bâtiments d?ha-
bitation à partir du1erjanvier 2022, puis des bâtiments de bureaux et d?enseigne-
ment primaire et secondaire dès le1erjuillet 2022. Suivront ensuite les bâtiments
tertiaires plus spécifiques comme les hôtels, les restaurants, les commerces?
À travers ce nouvel indicateur, la RE2020 incitera fortement à la conception bio-
climatique des constructions neuves. Les leviers de construction passifs, c?est-
à-dire ceux qui ne consomment pas ou peu d?énergie, seront à privilégier : forme
du bâtiment, orientation, protections solaires, brasseurs d?air ou encore puits cli-
matiques? La RE2020 permettra également l?installation de solutions de climati-
sation pour les projets qui le nécessiteraient. Cependant, elle prendra en compte
Politiques d?adaptation aux vagues de chaleur
137
l?impact énergétique de cette climatisation, ce qui nécessitera la mise en oeuvre
de leviers complémentaires.
Logements existants : le diagnostic de performance
énergétique, nouveau baromètre de la performance
énergétique des logements, informe également du confort
estival dans votre logement
Au 1erjuillet 2021, une nouvelle version du diagnostic de performance énergétique
(DPE) des logements est entrée en vigueur. Le DPE est désormais plus fiable et
plus lisible, au bénéfice des usagers. La refonte du DPE en a fait l?outil de réfé-
rence des Français pour la rénovation des logements, au service notamment de
la lutte contre les passoires énergétiques.
La refonte du DPE a également permis d?indiquer des informations supplémen-
taires sur le document remis, dont une concernant le confort d?été.
Figure D 2 : Nouvel indicateur
de confort d?été dans le DPE.
Source : MTECT/DGALN.
Cet indicateur demeure simple. Il permet de classer le logement en trois caté-
gories de confort d?été : insuffisant, moyen ou bon. Ce classement est réalisé
grâce à la prise en compte de certaines caractéristiques constructives clés du
logement : l?aspect traversant du logement qui traduit la capacité à créer des
courants d?air permettant de rafraîchir le logement durant la nuit, son inertie qui
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
138
traduit sa capacité à conserver la fraîcheur le jour, la présence de protections
solaires couvrant les principales ouvertures du rayonnement solaire, l?isolation
des parties clés du logement? Cet indicateur ne prend pas en compte la clima-
tisation qui pourrait être installée dans le logement, et ce afin de privilégier, de
la même manière qu?en RE2020, les leviers passifs. Cependant, au contraire de
la RE2020 pour les constructions neuves, l?indicateur de confort d?été du DPE
demeure indicatif, c?est-à-dire qu?aucune obligation réglementaire à ce jour n?y est
adossée. Il s?agit uniquement de donner une première information qualitative au
futur acheteur ou locataire du comportement du logement face aux chaleurs esti-
vales afin qu?il puisse avoir une vision plus claire de la performance du logement.
Au-delà de cet indicateur, le DPE contient également des recommandations de
travaux permettant de corriger certains aspects importants du bâtiment. Par
exemple, le DPE affiché en figureD2 recommande l?installation de volets exté-
rieurs ou de brise-soleil sur certaines fenêtres ainsi que l?isolation de la toiture.
Cela permettra au futur acheteur de ce logement de connaître les travaux à réali-
ser avant de s?installer afin d?améliorer sa qualité de vie en période estivale. Enfin,
il contient des recommandations d?usage du logement qui visent à maintenir des
conditions de température satisfaisantes malgré ces événements.
Par ailleurs, afin de poursuivre dans son rôle d?information des particuliers, l?État
a mis en place diverses mesures de communication visant à améliorer le confort
des logements en été. Par exemple, des recommandations utiles sont données
par l?ADEME (ADEME, 2022) dans son guide : « Comment garder son logement
frais en été ? »
Conclusion
Une réglementation technique en évolution qui nécessitera des travaux de recherche
et des enquêtes de terrain afin de s?améliorer.
Le constat est clair, nous devons aller vers des bâtiments plus confortables en
été, que ce soit dans le flux de constructions neuves ou dans le stock de bâti-
ments existants. La réglementation technique pose de nouveaux jalons impor-
tants mais il convient dès aujourd?hui de prendre en compte ces aspects lors de
la construction ou la rénovation de nos bâtiments, en particulier lors de l?accueil
de publics sensibles. Il faudra s?attendre à voir ces sujets progresser dans les
prochaines années, notamment dans la réglementation technique mais aussi et
surtout au niveau de la connaissance générale et des pratiques sur le terrain.
Des travaux de recherche ou des enquêtes de terrain seront extrêmement utiles
pour dresser un diagnostic clair de la situation, en particulier en ce qui concerne
l?impact des vagues de chaleur sur la santé des occupants.
Politiques d?adaptation aux vagues de chaleur
139
La vigilance « canicule » de Météo-France
Un dispositif d?adaptation au changement climatique
Sylvain Mondon, Véronique Ducrocq,
Céline Jauffret, Michel Lambert, Christophe Landalle,
Météo-France
Au moment de la conception et de la mise en place du dispositif de vigilance
météorologique en2000 et 2001, les vagues de chaleurs n?ont pas fait partie des
phénomènes à prendre en compte (Lepape, 2004 ; Calmet, 2018). Leur impact
sur la population n?a été formellement établi qu?après l?occurrence de la cani-
cule de2003, entraînant une prise de conscience du caractère dangereux des
vagues de chaleur. Les études épidémiologistes conduites par l?Institut natio-
nal de veille sanitaire (InVS, aujourd?hui Santé publique France) ont en particulier
démontré la corrélation entre le phénomène physique de vague de chaleur et la
surmortalité, de plusde15 000personnes constatée à l?issue de l?événement
de2003, et confirmé ensuite lors des canicules de2006 et 2015 (Pascal etal.,
2015). Une analyse fine des temporalités relatives entre les paramètres météoro-
logiques (température quotidienne minimum et maximum) et la variation de mor-
talité a permis de mettre en évidence, au moyen d?une comparaison historique
sur13villes de référence, le caractère explicatif de l?indice biométéorologique
(IBM) qui vise à décrire l?effet cumulé sur3jours consécutifs des températures
élevées le jour et la nuit.
L?IBM se décline en deux composantes : la moyenne sur3jours consécutifs des
températures quotidiennes maximales (IBMx) et la moyenne sur3jours consécu-
tifs des températures quotidiennes minimales (IBMn). Les effets de la canicule
de2003 ont permis d?établir, pour chaque département, des couples de seuils
d?IBMx et d?IBMn au-delà desquels la surmortalité est significative (proche d?un
doublement de la mortalité habituelle). Il est ainsi possible d?évaluer un risque
de danger pour la population liée à la chaleur par le biais de la prévision des tem-
pératures sur les jours à venir et d?un dépassement des seuils pour les IBMx et
IBMn. Les prévisions de températures sont relativement fiables plusieurs jours à
l?avance, il est ainsi possible d?évaluer un risque sanitaire à venir.
À partir de l?objectivation de ces connaissances, une importante activité en matière
d?action publique a été engagée notamment sur 3dimensions complémentaires
structurées par le plan national canicule de2004 :
? le renforcement des dispositifs d?avertissement en temps réel, avec en par-
ticulier l?incorporation du phénomène « canicule » au dispositif de vigilance de
Météo-France ;
? la préparation des équipes gérant les situations d?urgence sanitaire et sociale
(ex. : formation, moyens, organisation) pour faire face, à court terme, aux pro-
chaines canicules dans de meilleures conditions ;
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
140
? la prévention des risques induits par les vagues de chaleur (ex. : sensibilisa-
tion, réglementation, référentiels de confort d?été) pour renforcer la résilience à
moyen et long terme des catégories de population les plus sensibles ou des pro-
fessions les plus exposées.
L?ensemble de ces trois axes matérialisant l?engagement d?une démarche volonta-
riste d?action publique sanitaire contribue à l?adaptation au changement climatique
dans un climat en transition où les vagues de chaleurs deviennent progressive-
ment plus intenses et plus fréquentes (IPCC, 2022). Bien entendu, les effets
des vagues de chaleur ne dépendent pas uniquement des politiques sanitaires,
les phénomènes d?îlots de chaleur urbains ou les problématiques de qualité de
l?air ou encore les modes de vie constituent des facteurs à intégrer dans l?ana-
lyse fine de la sensibilité à la chaleur des zones à forte densité de population et
donc des besoins d?adaptation au climat et à son évolution (Euzen etal., 2017).
Figure D 3 : Carte de vigilance émise par Météo-France le 16juillet 2022à 16h.
Source : Météo-France.
Politiques d?adaptation aux vagues de chaleur
141
Tableau D1 : Caractéristiques synthétiques des épisodes de vigilance canicule orange ou
rouge observés en France métropolitaine depuis2004.
Années
Nb épisodes
de vigilance
orange ou rouge
canicule*
Nb de jours
cumulés*
Nb de
départements
concernés par au
moins un jour*
Anomalie de
température en
moyenne estivale
(°C) référence
1991-2020*
Surmortalité**
2003 sans objet sans objet sans objet 2,7 15 257
2004 0 - - ? 0,2
2005 3 11 12 0,1
2006 3 28 67 0,7 1 048
2007 0 - - ? 1,1
2008 1 3 1 ? 0,8
2009 1 4 8 0,2
2010 2 5 5 ? 0,1
2011 1 6 12 ? 1,0
2012 1 7 33 ? 0,1
2013 1 4 2 0,0
2014 0 - - ? 0,6
2015 3 14 49 1,1 1 739
2016 2 9 48 0,1 378
2017 4 22 78 1,1 474
2018 3 21 73 1,5 1 641
2019 2 20 89 1,3 1 462
2020 2 11 65 0,6 1 924
2021 2 14 6 0,0 239
2022 3 33 93 2,3 2 816
Sources : * Météo-France ; ** Santé publique France .
Le tableauD1 récapitule les principales caractéristiques des vigilances canicule
et la surmortalité associée depuis2004. Le nombre d?épisodes et d?années n?est
pas suffisant pour tirer des conclusions statistiques robustes en matière d?évo-
lution de la sensibilité de la population française ni en matière de renforcement
de sa résilience. Cependant, il est légitime aujourd?hui de se préparer à traiter
une question que ne manquera pas de soulever l?accumulation des épisodes au
cours des prochaines années, et l?augmentation de leur sévérité, qui est celle de
l?efficacité du dispositif de la vigilance canicule et des critères de déclenchement
des niveaux de vigilance les plus élevés. L?évolution progressive des modes de
vie et du comportement des personnes s?adaptant à des températures élevées
ou la banalisation des vigilances orange ou rouge si elles deviennent fréquentes,
sont des facteurs à prendre en compte. Si, tous les ans, la majorité de la France
métropolitaine est placée en vigilance orange la moitié de l?été et qu?aucune
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
142
surmortalité significative n?est détectée, est-ce que le dispositif a encore un intérêt
sous cette forme ?
Il s?agira alors de définir la logique qui sera la plus utile pour protéger la population :
? conserver les référentiels de vigilance canicule calibrés sur la base des évé-
nements passés pour que chacun puisse comparer des événements courants et
futurs à partir d?un référentiel stable (les seuils d?IBMn/IBMx) ; ou bien :
? modifier les référentiels pour que les niveaux les plus élevés de vigilance conti-
nuent de véhiculer un signal de danger élevé (un niveau de surmortalité potentiel).
En matérialisant une relation concrète entre population, vague de chaleur et action
publique, la vigilance canicule contribue directement à l?effort de transition cli-
matique. Sur le plan institutionnel, cette matérialisation est portée principale-
ment par l?instruction du14juin 2021 relative au dispositif de vigilance (NOR :
INTE2114719J) et l?instruction du7mai 2021 relative à la gestion des vagues
de chaleur dans les plans ORSEC (NOR : SSAP2114388J). Bien entendu, tout dis-
positif d?avertissement aussi performant qu?il soit ne saurait suffire en matière
d?adaptation. En effet, même si son caractère évolutif maintient une utilité impor-
tante en temps réel, un dispositif d?avertissement ne saurait remplacer des actions
multidimensionnelles de prévention des risques pour protéger la population dura-
blement (Ostrom, 2014).
Politiques d?adaptation aux vagues de chaleur
143
Gérer des vagues de chaleur de plus en plus
extrêmes : des impacts sanitaires aux impacts
systémiques
Marie Carrega et Sarah Voirin,
Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (ONERC)
La surveillance sanitaire et environnementale
À la suite de la vague de chaleur sans précédent qui a généré une surmortalité
de l?ordre de15 000 1personnes en2003, la France s?est dotée en2004 d?un
premier plan national canicule afin de prévenir et réduire les conséquences sani-
taires des vagues de chaleur. Ce plan s?est accompagné de la mise en place
d?une surveillance sanitaire et environnementale comprenant un système de vigi-
lance météorologique et un système de surveillance et d?alerte canicule et santé.
? Vigilance météorologique
Le dispositif de vigilance météorologique permet d?identifier la survenue d?une
vague de chaleur susceptible d?avoir un impact sanitaire et d?alerter les autorités
et la population. Il concerne actuellement la France métropolitaine uniquement.
Ce dispositif repose sur la mesure et la prévision des températures minimales
et maximales sur3jours consécutifs, qui sont comparées à des seuils départe-
mentaux prédéfinis pour chaque département et réévalués en tant que de besoin.
Les vagues de chaleur sont prises en compte par le dispositif de vigilance météo-
rologique pendant la période qui s?étend du1erjuin au 15septembre de chaque
année. Cette période peut être avancée ou prolongée de quelques jours si les
conditions météorologiques l?exigent.
La vigilance météorologique se matérialise sous la forme d?une carte de France
métropolitaine qui signale si un danger météorologique menace un ou plusieurs
départements, à l?aide de quatre couleurs (vert, jaune, orange, rouge). En cas de
phénomène dangereux de forte intensité, la zone concernée apparaît en orange,
et en rouge en cas de phénomène très dangereux d?intensité exceptionnelle. Elle
est réactualisée 2fois par jour aminima, à 6h et 16h, et peut être réactualisée
à tout moment si un changement notable intervient. Elle est accessible à tous en
permanence sur le site Vigilance météorologique de Météo-France.
1. https://www.santepubliquefrance.fr
https://www.santepubliquefrance.fr
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
144
? Système de surveillance et d?alerte canicule et santé
Afin d?anticiper la survenue d?un phénomène épidémique de grande ampleur en
rapport avec une vague de chaleur, l?InVS a élaboré en juin2004, en collabora-
tion avec Météo-France, un système de surveillance et d?alerte biométéorologique.
Son but est d?alerter les autorités sanitaires, avec trois jours d?anticipation, et
de permettre la mise en oeuvre des actions prévues du1erjuin au 30septembre
par le plan canicule.
Le système de surveillance syndromique SurSaUD (Surveillance sanitaire des
urgences et des décès) est fondé sur une remontée informatisée de l?activité des
services d?urgence des établissements de santé, de certains SAMU et SMUR,
des services départementaux d?incendie et de secours (SDIS) et des associa-
tions comme SOSMédecins.
Le système d?alerte est fondé sur une veille quotidienne d?indicateurs météorolo-
giques et sanitaires qui ont été testés pour14villes pilotes 2 à partir des données
rétrospectives de1973à2003.
Les données météorologiques ont été fournies par Météo-France, les données
sanitaires par l?InVs et les données de mortalité par l?INSEE.
L?instruction interministérielle du7mai 2021 relative
à la gestion sanitaire des vagues de chaleur en France
métropolitaine
La survenue de canicules extrêmes, qui a nécessité l?activation du niveau rouge
de la vigilance météorologique canicule pour la première fois en2019, a révélé
la nécessité d?adapter le dispositif de préparation et de gestion des canicules en
mettant en avant l?implication des acteurs locaux. En conséquence, l?instruction
interministérielle de2021 précise les nouvelles orientations en matière de pré-
paration et de gestion sanitaire des vagues de chaleur, qui reposent dorénavant,
en plus du dispositif de vigilance et de surveillance sanitaire, sur une disposition
spécifique ORSEC 3 gestion sanitaire des vagues de chaleur et sur un dispositif
national d?appui et de conduite de crise sanitaire.
À l?échelle départementale, le préfet de département peut s?appuyer sur le guide
ORSEC départemental S6 : « Dispositions spécifiques gestion sanitaire des vagues
de chaleur », publié en mai2021 par le ministère de la Santé et des Solidarités, pour
organiser la mobilisation des services départementaux face aux vagues de chaleur.
2. Bordeaux, Dijon, Grenoble, LeHavre, Lille, Limoges, Lyon, Marseille, Nantes, Nice, Paris, Strasbourg,
Toulouse et Tours.
3. Le dispositif ORSEC (organisation de la réponse de sécurité civile) est un programme d?organisation des
secours à l?échelon départemental, en cas de catastrophe. Il permet une mise en oeuvre rapide et efficace
de tous les moyens nécessaires sous l?autorité du préfet. Ce dispositif prévoit des dispositions générales
applicables en toutes circonstances et des dispositions propres à certains risques particuliers ou liées au
fonctionnement d?installations déterminées.
Politiques d?adaptation aux vagues de chaleur
145
L?objectif de ce guide est de permettre aux préfets de département, ainsi qu?à
l?ensemble des acteurs territoriaux, d?assurer la protection non seulement des
populations vulnérables à la chaleur, mais aussi de l?ensemble des populations
exposées.
Ce guide propose troistypes de fiches pouvant être reprises dans les dispositifs
départementaux : les fiches de doctrine qui présentent le dispositif de gestion des
vagues de chaleur ; les fiches de gestion décrivant les mesures de gestion sani-
taire à mettre en oeuvre au niveau territorial, notamment pour le niveau rouge de
la vigilance météorologique ; les fiches opérationnelles par acteurs qui décrivent
les actions que doivent mener les préfectures dans le cadre de leurs travaux de
planification opérationnelle (préparation de la réponse collective), et les mesures
de gestion que chaque acteur peut être amené à mettre en oeuvre, en fonction
du contexte.
La fiche opérationnelle destinée au préfet de département indique qu?en cas de
survenue d?une canicule extrême correspondant au niveau rouge de vigilance
météorologique, il est possible par exemple d?interdire temporairement tout grand
rassemblement, y compris les manifestations sportives, les sorties des écoles ou
des centres aérés ainsi que le déroulement des chantiers et grands travaux ; de
fermer les services publics pendant les heures les plus chaudes de la journée,
si les locaux ne sont pas climatisés, ou de décaler leurs horaires d?ouverture ;
de réglementer la circulation des véhicules pendant les heures les plus chaudes
de la journée ; de prendre toute décision ou rendre tout arbitrage nécessaire au
maintien des activités des secteurs essentiels à la prise en charge sanitaire des
personnes, en soutien du dispositif ORSAN 4 piloté par l?ARS (permanence des
soins de ville, continuité du service public hospitalier, coopération entre les sec-
teurs hospitalier et médico-social, disponibilité et capacités des transporteurs
sanitaires et des opérateurs funéraires) ; etc.
À l?échelle communale, le maire peut s?appuyer sur le guide « Faire face aux vagues
de chaleur avec votre plan communal de sauvegarde 5 ?Recommandations et
bonne pratiques », publié en juin2021 par le ministère de l?Intérieur, pour organi-
ser la mobilisation des services communaux face aux vagues de chaleur. L?objectif
de ce guide est d?aider les maires et leurs services à :
? organiser la veille et le suivi de la vigilance météorologique ;
4. Le dispositif ORSAN (organisation de la réponse du système de santé en situations sanitaires exception-
nelles) est un dispositif d?organisation des soins qui date de2014. Avant2014, le dispositif de réponse à
ce type de situations exceptionnelles s?appuyait principalement sur les établissements de santé avec les
dispositifs « plans blancs ». Le dispositif ORSAN formalise une coordination régionale des dispositifs exis-
tants dans les 3secteurs sanitaires (secteurs ambulatoire, hospitalier et médico-social), organise et adapte
les soins en situation sanitaire exceptionnelle afin de prendre toutes les mesures nécessaires pour que les
personnes malades puissent bénéficier des soins appropriés.
5. Le plan communal de sauvegarde (PCS) est un outil à disposition du maire depuis2004 lui permettant
d?organiser la mobilisation des services communaux au profit d?une réponse communale face à la survenue
d?un événement. Le PCS n?est pas obligatoire dans toutes les communes mais seulement dans celles sou-
mises à un risque particulier.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
146
? développer le registre nominatif communal 6 ;
? anticiper et hiérarchiser les mesures à prendre pour faire face aux vagues de
chaleur ;
? structurer la diffusion des recommandations de protection contre les vagues
de chaleur.
Les recommandations de ce guide s?appuient sur des pratiques déjà mises en
place dans certaines communes. Dans le domaine de la mise à disposition de
locaux rafraichis et de la distribution d?équipement, des communes ont par exemple
mis en place les actions suivantes : maraudes avec des bénévoles à destination
des SDF ; appel à la solidarité des grandes surfaces ; distribution de colis alimen-
taires et d?eau ; installation d?un camion-douche ; mise à disposition d?une pièce
rafraichie de10h à17h via une convention entre la commune et une résidence
de personnes âgées ; etc.
Vers un plan national de gestion de tous les impacts
des vagues de chaleur
? Bilan du dispositif de gestion des impacts sanitaires des vagues de chaleur
Alors qu?avec le changement climatique les vagues de chaleur sont devenues plus
précoces, plus fréquentes et plus intenses depuis la mise en place du premier plan
national canicule en2004, la surmortalité liée aux vagues de chaleur a diminué
dans le même temps, passant de plusde15 257décès en2003à2 816décès
en2022 7. Si les vagues de chaleur continuent d?entraîner systématiquement un
excès de morbidité et de mortalité, le dispositif de préparation et de gestion des
vagues de chaleur a donc contribué depuis sa mise en place en2004à réduire
les impacts sanitaires des vagues de chaleur par rapport au bilan de2003.
Des études publiées par Santé publique France en2019 (Laaidi etal., 2019) et
en2021 (Verrier etal., 2021) montrent que l?absence de perception du risque pour
soi est le principal obstacle à l?adoption de gestes de prévention par les citoyens.
En effet, les personnes qui se jugent bien portantes ne se sentent pas concer-
nées, associent le risque lié aux fortes chaleurs à l?âge ou l?état de santé et non
à une surexposition à la chaleur. Cette distanciation a pu être favorisée par le dis-
positif de prévention public qui jusqu?en2019 était centré sur une communication
d?urgence avec des outils non différenciés pour l?ensemble de la population. Le
6. Le registre nominatif communal est un outil à disposition du maire pour recueillir les éléments relatifs
à l?identité, à l?âge et au domicile des personnes âgées et des personnes handicapées qui en ont fait la
demande afin de favoriser l?intervention des services sociaux et sanitaires. Ces données sont notamment
utilisées par les services susmentionnés pour organiser un contact périodique avec les personnes réperto-
riées lorsque le plan d?alerte et d?urgence est mis en oeuvre. Le maire peut également procéder à ce recueil
à la demande d?un tiers à la condition que la personne concernée, ou son représentant légal, ne s?y soit
pas opposée (cf. articleL.121-6-1 du code de l?action sociale et des familles, modifié par l?article1er de la
loi no2004-626 du 30juin 2004 relative à la solidarité pour l?autonomie des personnes âgées et des per-
sonnes handicapées).
7. https://www.santepubliquefrance.fr
Politiques d?adaptation aux vagues de chaleur
147
dispositif de marketing social, mis en place par la suite, met en scène plusieurs
populations (enfants, travailleurs, sportifs, personnes âgées) dans des situations
de la vie courante afin d?accroître la perception du risque pour soi.
Travailler en période de forte chaleur peut également présenter un risque pour la
santé. L?Institut national de recherche et de sécurité (INRS) considère en effet
qu?au-delà de30oC pour un salarié sédentaire, et 28oC pour un travail nécessi-
tant une activité physique, la chaleur peut constituer un risque pour les salariés.
Certaines dispositions du code du travail prévoient des mesures contribuant à la
protection des salariés en cas de forte chaleur : évaluation des risques pour la
santé et la sécurité des travailleurs liés à l?ambiance thermique 8, renouvellement
régulier de l?air et évitement des élévations exagérées de température 9, aménage-
ment des postes de travail pour protéger les salariés contre les conditions atmos-
phériques 10, mise à disposition de chaque salarié d?au moins trois litres d?eau
par jour sur les chantiers du BTP 11, arrêt de chantier si les températures extrêmes
rendent l?accomplissement du travail dangereux ou impossible 12, interdiction d?af-
fecter les jeunes travailleurs de moinsde18ans à des travaux qui les exposeraient
à une température extrême susceptible de nuire à la santé 13. La norme interna-
tionale NFX35-203/ISO7730 relative au confort thermique 14 complète ces dispo-
sitions légales en précisant des seuils de température permettant de prévenir les
risques pour la santé. Les plages qui sont préconisées dépendent de la saison
et d?autres paramètres tels que l?humidité relative mais aussi l?usage et l?envi-
ronnement (murs, plafond?). Par exemple, une température de23,5à25,5oC
est préconisée l?été dans un bureau. Pour autant, la réglementation ne fixe pas
de seuil de température maximale au-delà duquel il serait interdit de travailler
afin de prévenir les dangers liés aux vagues de chaleur. Malgré une mobilisation
importante des directions régionales du ministère en charge du Travail avec des
contrôles, notamment dans le BTP, le rappel des consignes de prévention, la dif-
fusion et le relais des messages nationaux, dixaccidents mortels du travail ont
ainsi été recensés pendant les épisodes caniculaires de2019.
8. ArticleR.4121-1 du code du travail, en application de l?articleL.4121-3, modifié par l?article3 de la loi
no2021-1018 du 2août 2021 pour renforcer la prévention en santé au travail.
9. ArticleR.4222-1 du code du travail, créé par le décret no2008-244 du 7mars 2008 relatif au code du travail.
10. ArticleR.4225-1 du code du travail, créé par le décret no2008-244 du 7mars 2008 relatif au code
du travail.
11. ArticleR.4534-143 du code du travail, créé par le décret no2008-244 du 7mars 2008 relatif au code
du travail.
12. ArticleL.5424-9 du code du travail, modifié par l?article4 de l?ordonnance no2017-1386 du 22sep-
tembre 2017 relative à la nouvelle organisation du dialogue social et économique dans l?entreprise et favo-
risant l?exercice et la valorisation des responsabilités syndicales.
13. ArticleD.4153-36 du code du travail, modifié par l?article4 du décret no2009-289 du 13mars 2009
rectifiant certaines dispositions du code du travail.
14. NFX35-203/ISO7730 relative au confort thermique « Ergonomie des ambiances thermiques ?Détermination
analytique et interprétation du confort thermique par le calcul des indices PMV et PPD et par des critères
de confort thermique local ».
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
148
? Les impacts non sanitaires des vagues de chaleur
Les deux épisodes de canicule de l?été2019, remarquables tous deux par leur
intensité et, pour l?un par sa précocité (dès le 24juin), pour l?autre par son
étendue géographique (20départements du Nord en vigilance rouge), ont par ail-
leurs impacté l?ensemble de la population et ont eu des conséquences majeures
dans de nombreux domaines : fermeture de classes et de crèches, report d?exa-
mens scolaires, annulation de manifestations sportives et culturelles, pertur-
bations dans les transports en commun et grande pénibilité pour les usagers,
mortalité animale, assèchement des cours d?eau et difficultés d?approvisionne-
ment en eau potable, feux de récolte, tensions sur le cycle de refroidissement
des centrales nucléaires, etc.
À la suite de ces constats, des travaux ont été initiés pour compléter le disposi-
tif de gestion des canicules (limité aux impacts sanitaires) par un plan national
de gestion des vagues de chaleur pour lutter contre l?ensemble des impacts des
vagues de chaleur sur la vie quotidienne des Français, la continuité des services
publics essentiels et de la vie économique, ainsi que la protection des milieux et
ressources naturels. Des travaux, coordonnés par le ministère en charge de la
Transition écologique ont permis d?identifier les mesures concrètes à mettre en
oeuvre dans le cadre de ce nouveau plan d?actions, sur la base des propositions
issues d?un retour d?expérience interministériel.
Le plan national de gestion des vagues de chaleur, actuellement en phase de
finalisation, a pour objectifs de se préparer de façon systématique en amont de
la période estivale puis d?anticiper l?arrivée prévue d?une vague de chaleur et de
définir les actions à mettre en oeuvre aux niveaux national et local pour en préve-
nir et en limiter les impacts non sanitaires. Certaines de ses actions seront mises
en oeuvre tous les ans, en amont des périodes favorables aux vagues de chaleur.
D?autres actions ont vocation à être mises en oeuvre lorsqu?une vague de chaleur
est annoncée ou en cours. En effet, les épisodes de forte chaleur sont bien prévus
une semaine environ avant leur survenue, grâce aux modèles de prévision météo-
rologique de Météo-France. Ce délai peut être mis à profit pour alerter les diffé-
rents acteurs de la prévention et de la gestion des risques.
Ces actions sont mises en oeuvre par les ministères concernés 15, en lien le cas
échéant avec le ministère de l?Intérieur en fonction de la situation. Elles viennent
compléter le dispositif national d?appui et de conduite de crise sanitaire piloté par
le ministère chargé de la Santé décrit par l?instruction interministérielle de2021
et par les guides à destination des préfets dans le cadre du plan ORSEC départe-
mental et des maires dans le cadre du plan communal de sauvegarde.
Lorsqu?il sera publié, le plan national de gestion des vagues de chaleur devrait
s?appuyer sur le dispositif de vigilance météorologique spécifique à ce phénomène
(cf. chapitreD : La vigilance canicule de Météo-France).
15. Ministères en charge de l?Agriculture, de la Biodiversité, du Climat, de la Cohésion des territoires, de
l?Eau, de l?Économie, de l?Éducation nationale, de l?Élevage, de l?Énergie, de la Forêt, des Outre-mer, de la
Santé, des Sports, de la Transition écologique, des Transports, du Travail.
Chapitre E
Les outils pour la mise
en oeuvre de l?adaptation
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Te
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a.
Ce chapitre est consacré aux quelques outils qui sont à la disposition des
différents acteurs de l?adaptation (élus locaux, techniciens des collectivités,
acteurs économiques, bureaux d?études, particuliers), pour la mise en oeuvre
des mesures d?adaptation. Cette liste, qui n?a pas vocation à être exhaus-
tive, comprend le Centre de ressources pour l?adaptation au changement
climatique, Drias les futurs du climat et ClimatHD, Bat-ADAPT et les guides
de l?ADEME. Le dernier article résume une publication d?I4CE qui a dressé
en 2022 un premier état des lieux consolidés des besoins de financement
des mesures d?adaptation.
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
151
Le Centre de ressources pour l?adaptation
au changement climatique
Vincent Bourcier et Jérôme Duvernoy,
Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (ONERC)
Le climat change : quels en sont les effets concrets ? Est-il possible d?anticiper,
et comment s?adapter au changement climatique ? Quelles sont les bonnes expé-
riences à connaître, et les acteurs de l?adaptation au changement climatique ?
Pour apporter des réponses concrètes, le Centre de ressources pour l?adaptation
au changement climatique 1 a été mis en ligne en décembre2020. Développé
dans le cadre du deuxième plan national d?adaptation au changement climatique,
il est le fruit d?un partenariat entre le ministère de la Transition écologique et de
la Cohésion des territoires (DGEC/SCEE/ONERC), le CEREMA, l?ADEME et Météo-
France. Ce centre de ressources a pour objectif de faciliter l?accès aux informa-
tions pertinentes pour l?adaptation des territoires au changement climatique, pour
différents types d?acteurs.
Il a été conçu pour mieux faire connaître la réalité du changement climatique,
mais aussi pour outiller tous les acteurs de l?adaptation et les mettre en capacité
d?agir. Ainsi, ce centre propose des parcours adaptés aux différents utilisateurs :
élus, techniciens des collectivités, acteurs économiques, bureaux d?études, parti-
culiers. Un sixième parcours pour les enseignants est en cours d?élaboration. Une
entrée par région est également disponible, pour découvrir les acteurs locaux du
changement climatique, ainsi que des ressources variées portant sur les enjeux
spécifiques de chaque région.
Les ressources proposées sont sélectionnées pour leur pertinence, validées et
éprouvées afin que le parcours des utilisateurs réponde au mieux à leur besoin.
Une recherche sur la thématique des canicules permet ainsi de découvrir à ce
jour pas moins de87pages dédiées à cette thématique :
Des sélections plus fines sont alors possibles soit par type de public visé (techni-
cien de collectivité, bureau d?études, acteur économique, particulier, enseignant
ou élu), soit par thématique (parmi les vingt disponibles), soit par type de res-
sources parmi les seize disponibles.
Ainsi, par exemple, sélectionner « élu » comme type de public et ajouter un filtre sur
« Information/sensibilisation » permet de visualiser, entre autres, deux lettres aux
élus de l?ONERC « Le Climat change, agissons », consacrées à ce sujet. La lettre
no21 2 traite de la climatisation et des systèmes de rafraîchissement. Lalettre
1. https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/
2. https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/ONERC_lettre_21.pdf
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/ONERC_lettre_21.pdf
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
152
no32 3 est quant à elle dédiée exclusivement aux canicules. On trouvera en outre
des actualités ou des événements en lien directs avec cette thématique, un outil
numérique pour lutter contre l?îlot de chaleur urbain, un recensement d?initiatives
locales inspirantes, des fiches techniques et des formations spécifiques.
Figure E 1 : Copie d?écran de la recherche thématique sur les canicules.
Source : Centre de ressources pour l?adaptation au changement climatique 4.
3. https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/ONERC_Lettre_32.pdf
4. https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
153
Drias les futurs du climat, Climat HD
Maryvonne Kerdoncuff,
Météo-France
Mesure phare du premier plan national d?adaptation au changement climatique
(PNACC-1), le portail Drias les futurs du climat a ouvert le 24juillet 2012. Il s?agit
du premier service climatique mis à disposition gratuitement. Il est issu du projet
Drias (Donner accès aux scénarios climatiques régionalisés français pour l?im-
pact et l?adaptation de nos sociétés et environnement) financé par le programme
Gestion et impact du changement climatique (GICC) du ministère de la Transition
écologique (MTE) et il répond à un important besoin exprimé par l?ensemble des
acteurs concernés par le changement climatique, de disposer aisément d?infor-
mations et d?aides pour étudier les impacts et décider de mesures d?adaptation
au changement climatique.
Plus récemment, l?application web ClimatHD propose une vision intégrée de l?évo-
lution du climat passé et futur, aux plans national et régional. ClimatHD synthé-
tise ainsi de manière plus simplifiée les derniers travaux des climatologues et
les mets à disposition de tous. Des messages clés et des graphiques sont éga-
lement disponibles pour que chacun puisse mieux appréhender le changement
climatique et ses impacts.
Drias les futurs du climat
Le portail Drias les futurs du climat 1 est le portail pour l?accès aux projections
climatiques de référence pour la France, et plus récemment aux données du jeu
Drias-2020. Il met ainsi librement à disposition un grand nombre d?informations
permettant de qualifier les vagues de chaleur et les événements de températures
extrêmes en climat futur.
Ce sont en particulier des indicateurs climatiques disponibles dans l?espace
Découverte (en mode visualisation interactive) et dans l?espace Données et pro-
duits (téléchargement de données numériques).
Les indicateurs climatiques (définition au standard ETCDDI 2) permettant de qua-
lifier ces événements de températures extrêmes sont les suivants :
? nombre de jours de vague de chaleur : nombre de jours avec une température
maximale supérieure (?) de plusde5oC à la température maximale quotidienne
de référence sur la période1976-2005 pendant une séquence de plusde5jours
consécutifs ;
1. www.drias-climat.fr
2. http://etccdi.pacificclimate.org/list_27_indices.shtml
http://etccdi.pacificclimate.org/list_27_indices.shtml
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
154
? nombre de jours de forte chaleur : nombre de jours avec une température maxi-
male supérieure (>) 35oC ;
? nombre de jours (nuits) anormalement chauds : nombre de jours (nuits)
avec une température maximale (minimale) quotidienne supérieure (?) de
plusde5oC à la température maximale (minimale) quotidienne de référence sur
la période1976-2005 ;
? nombre de nuits tropicales : nombre de jours avec une température minimale
quotidienne supérieure (>) à20oC.
Ces indicateurs sont déclinés à différentes fréquences temporelles :
? saisonnière en séries chronologiques ;
? annuelle en séries chronologiques ;
? mensuelle par horizon temporel de 30ans ;
? saisonnière par horizon temporel de 30ans ;
? annuelle par horizon temporel de 30ans.
Par ailleurs ils sont disponibles modèle par modèle (couple GCM/RCM), mais
aussi en quantiles de la distribution de l?ensemble multimodèle (ensemble Drias-
2020 de12couples GCM/RCM). Un diagnostic issu de ces données est notam-
ment disponible dans le rapport Drias-2020 (Soubeyroux etal, 2021).
Dans l?espace Découverte, seuls les indicateurs par horizon temporel sont
visualisables.
À noter que courant2023, un nouveau jeu d?indicateurs sur les vagues de chaleur
pourra être ajouté selon la définition événementielle telle que décrite dans l?en-
cadré1 de ce rapport.
Figure E 2 : Copie d?écran du site Drias les futurs du climat.
Source : Drias les futurs du climat 3.
3. www.drias-climat.fr
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
155
Dans l?espace Données et produits, toutes les fréquences temporelles sont
disponibles.
Figure E 3 : Copie d?écran du site Drias les futurs du climat.
Source : Drias les futurs du climat, https://www.drias-climat.fr
ClimatHD
L?application ClimatHD 4 propose une vision intégrée à l?échelle régionale de l?évo-
lution du climat passé (jusqu?à nos jours) et du climat futur.
Les territoires disponibles dans ClimatHD sont la Métropole, LaRéunion et les
Antilles. Des travaux sont en cours (projet CLIPSSA) pour l?élaboration de projec-
tions climatiques sur le Pacifique. Cela permettra à terme d?intégrer les territoires
de la Polynésie française et de la Nouvelle-Calédonie.
Concernant le diagnostic sur les vagues de chaleur, il faut se rendre dans la
rubrique « Phénomènes ».
En climat passé on y trouve aussi bien pour la Métropole que chaque région métro-
politaine (ancien découpage) et l?île de LaRéunion, une présentation des vagues
de chaleur passées sous forme de graphique « à bulles », avec l?axe des ordon-
nées pour l?intensité de la vague de chaleur et l?axe des ordonnées pour la durée
de la vague de chaleur.
Un curseur permet de modifier la fenêtre temporelle d?intérêt.
4. https://meteofrance.com/climathd
https://meteofrance.com/climathd
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
156
Figure E 4 : Copie d?écran de l?application web ClimatHD.
Source : Météo-France/ClimatHD 5.
Un commentaire accompagne chaque graphique, mettant en exergue les caracté-
ristiques de l?évolution des vagues de chaleur sur les dernières décennies et en
particulier le fait qu?elles sont de plus en plus nombreuses.
En climat futur on trouve également dans la rubrique « Phénomènes » un diagnos-
tic d?évolution des vagues de chaleur, mais à ce jour uniquement pour le terri-
toire de la Métropole.
Il s?agit d?un graphique « à bulles » du même type que celui présenté en climat
passé. Cependant il y a des possibilités supplémentaires de sélection interac-
tive pour mettre en évidence le comportement des vagues de chaleurs dans diffé-
rents contextes d?évolution du climat : scénario RCP2.6 ou 8.5, horizon temporel
proche (2021-2050) ou éloigné (2071-2100).
Un commentaire accompagne également le graphe pour préciser l?évolution de
ces vagues de chaleur dans le futur, aussi bien pour les aspects intensité, durée
que sévérité.
Perspectives
À ce jour il n?y a pas dans ClimatHD de diagnostic d?évolution des vagues de chaleur
en climat futur pour les territoires d?outre-mer. Des études complémentaires sont
nécessaires pour préciser les critères d?identification de ces phénomènes pour
5. https://meteofrance.com/climathd
https://meteofrance.com/climathd
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
157
ces territoires, aux climats tropicaux insulaires, connaissant une typologie des
événements de vague de chaleur très différente à celle de la Métropole.
Par ailleurs des travaux sont en cours pour enrichir le diagnostic sur les vagues
de chaleur dans ClimatHD. Ainsi il est prévu :
? d?ajouter plusieurs indicateurs, notamment le nombre annuel de jours en vague
de chaleur (qui sera décliné à l?échelle nationale et régionale), ainsi qu?un indica-
teur sur le calendrier annuel des occurrences (échelle nationale uniquement). Ce
dernier indicateur permet notamment de voir la façon dont la période potentielle
en vagues de chaleur s?étend au printemps et en automne ;
? la présentation sous forme de graphes à bulles sera déclinée à l?échelle régio-
nale, permettant ainsi un diagnostic plus fin à l?échelle régionale.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
158
Bat-ADAPT
Sakina Pen Point,
Observatoire de l?immobilier durable
Bat-ADAPT est un outil d?adaptation au changement climatique à destination des
acteurs de l?immobilier, qui a pour vocation de mettre à disposition une analyse
des risques climatiques et des préconisations pour adapter les bâtiments au
changement climatique.
Un outil d?adaptation au changement climatique
dans le secteur de l?immobilier
Les acteurs du secteur de l?immobilier sont particulièrement concernés par les
enjeux du changement climatique car ils ont la charge de la construction ou la
gestion de systèmes évoluant sur un temps long : les bâtiments ont une durée
de vie conventionnelle de50ans. Le changement climatique atteindra donc lour-
dement les constructions actuelles, et encore davantage celles qui ne sont qu?à
l?état de projet en2022.
Par ailleurs, le secteur est à la fois responsable d?une grande part des émissions
carbone de la France (23 % en2021 1), et a l?opportunité de mettre en place des
mesures d?adaptation peu carbonées, en prenant notamment exemple sur les
méthodes architecturales traditionnelles. Ces mesures sont d?autant plus essen-
tielles que la fonction première des constructions immobilières est d?abriter l?usa-
ger et les occupations du lieu, ce qui sous-tend un impératif de protection face
aux aléas extérieurs tels que ceux du changement climatique.
Dans ce contexte, les professionnels de l?immobilier ont exprimé le besoin de
monter en compétence sur la compréhension des risques climatiques, et de dis-
poser d?un outil permettant une analyse rapide et détaillée. C?est l?objectif auquel
l?outil Bat-ADAPT répond, s?inscrivant dans un cadre plus général de la résilience,
avec la plateforme Resilience for Real Estate (R4RE).
Exposition aux risques climatiques des bâtiments
Les aléas climatiques tels que les vagues de chaleur sont exacerbés par le chan-
gement climatique, lui-même dépendant des émissions de gaz à effet de serre. Il
est donc primordial de réduire ces émissions à l?échelle mondiale afin de limiter
le réchauffement. Notre capacité à opérer ces réductions est conditionnée par
1. Site du ministère de la Transition écologique,
https://www.ecologie.gouv.fr/construction-et-performance-environnementale-du-batiment
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
159
des choix pertinents en termes de modèles de société. Les scénarios climatiques
modélisés par le GIEC permettent d?envisager le climat selon des augmentations
de températures maintenues en deçà de seuils de température allant de+1,5oC
à +5oC. Les risques climatiques pour les aléas concernant les bâtiments varient
donc selon ces divers scénarios.
? Scénarios ambitieux (SSP1-2.6), intermédiaire (SSP2-4.5)
ou Business as Usual (SSP5-8.5)
L?outil Bat-ADAPT s?appuie sur les scénarios du GIEC et met à disposition les
données de risques climatiques pour les scénarios suivants :
? un scénario ambitieux, impliquant une politique climatique visant à diminuer les
émissions de CO2. Les risques du scénario ambitieux s?appuient sur les données
des scénarios du GIEC RCP2.6 ou SSP1-2.6 ;
? un scénario intermédiaire, impliquant une politique climatique visant à stabili-
ser les concentrations de CO2. Les risques du scénario intermédiaire s?appuient
sur les données des scénarios du GIEC RCP4.5 ou SSP2-4.5 ;
? un scénario Business-as-Usual, sans politique climatique. Les risques du scé-
nario intermédiaire s?appuient sur les données des scénarios du GIEC RCP8.5
ou SSP5-8.5.
Cartographies sur le périmètre de la France ou de l?Europe
Bat-ADAPT propose des périmètres géographiques et horizons temporels adaptés
aux besoins des acteurs de l?immobilier :
? les cartographies de risques à l?échelle européenne sont déclinées aux hori-
zons proche, moyen et long terme. La maille de la cartographie est de100km,
la précision est donc moyenne, mais cette cartographie assure une comparabi-
lité entre des bâtiments situés partout en Europe ;
? les cartographies de risques à l?échelle française sont déclinées aux hori-
zons2020, 2030, 2050, 2070 et 2090. La maille de la cartographie est de8km,
la précision est donc meilleure, cependant cette cartographie n?assure une com-
parabilité qu?entre des bâtiments situés en France.
Indicateurs pour l?évaluation de l?exposition aux chaleurs
Pour évaluer l?exposition au risque de chaleurs, il convient de considérer, à l?adresse
du bâtiment, des indicateurs traduisant la durée et fréquence des vagues de
chaleur, leur intensité, mais aussi les indicateurs traduisant une modification du
climat existant. Tous les indicateurs décrits ci-dessous s?appuient sur les modé-
lisations du GIEC.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
160
Scénario SSP5-8.5 (Business-as-Usual)
Horizon proche (2030)
Scénario SSP5-8.5 (Business-as-Usual)
Horizon lointain (2090)
Figure E 5 : Nombre de jours de vagues de chaleur/an.
Source : Données Drias les futurs du climat ; traitement : Bat-ADAPT.
Cet indicateur traduit des fréquences et/ou durées de périodes chaudes de plus
en plus importantes, et donc une dégradation du confort thermique. Toute la moitié
sud de l?Europe est très concernée par la variation de cet indicateur.
D?autres indicateurs sont mis à disposition de l?utilisateur, tels que : le change-
ment dans les températures maximales (oC), l?anomalie des maximums des tem-
pératures maximales (oC), le nombre de nuits anormalement chaudes, le nombre
de jours de vague de chaleur?
Cette évaluation de l?exposition des risques climatiques, à l?aide de plusieurs indi-
cateurs, est complétée par la prise en compte des phénomènes d?îlots de chaleur
urbain, sur42métropoles de France, et dont les données issues du projet MApUCE,
coordonné par le Centre national de recherche météorologique.
À chaque adresse, un indice de risque est déterminé à partir de ces indicateurs,
afin de permettre de comparer le niveau d?exposition au risque à une adresse par
rapport aux autres zones. Ces analyses sont notamment utilisées par les acteurs
de l?immobilier dans le cadre de processus d?acquisition.
Vulnérabilité des bâtiments face à l?aléa chaleurs
Afin de connaître le risque réel encouru, l?analyse d?exposition au risque est com-
plétée par une analyse de vulnérabilité du bâtiment, qui tient compte des caractéris-
tiques techniques et d?usage des bâtiments étudiés. L?outil Bat-ADAPT propose de
répondre à des questions relatives à ces caractéristiques et utilise ces informations
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
161
pour déterminer la vulnérabilité. Les questions concernent l?enveloppe du bâti-
ment (inertie thermique, isolation et types d?ouvertures), ses capacités de venti-
lation et rafraîchissement, ses espaces artificialisés et/ou verts et ses usages.
En croisant exposition au risque et vulnérabilité face à l?aléa chaleurs, une nota-
tion de1à5 est attribuée à chaque bâtiment, permettant ainsi, au sein d?un parc
immobilier, de prioriser les bâtiments à risque fort, et d?appliquer une stratégie
d?adaptation basée sur la réduction de la vulnérabilité des bâtiments.
Les actions d?adaptation au changement climatique
pour préserver le confort thermique
En fonction du profil de risque des bâtiments, les stratégies d?adaptation sont
variables. Des actions à prioriser seront proposées à l?occasion des prochaines
mises à jour de l?outil, parmi une liste non exhaustive présentée dans le Guide
des actions adaptatives au changement climatique de l?Observatoire de l?immo-
bilier durable. Parmi la liste de ces actions à mettre en place sur les bâtiments
exposés à de fortes chaleurs, sont citées les choix de revêtements clairs pour
les façades, toitures, et voiries, la végétalisation des mêmes surfaces, l?amé-
lioration de l?isolation, inertie, ventilation et rafraîchissement, la protection des
ouvertures, la prévention, communication et gestion des risques ainsi que la flexi-
bilisation des pratiques.
Au service des acteurs de l?immobilier
Les acteurs de l?immobilier ayant un parc à gérer peuvent, sous réserve d?adhé-
sion à l?association, accéder à un espace professionnel. Cet espace permet de
disposer d?une base de données comportant les informations d?identification, tech-
niques, et de risques climatiques pour tous les bâtiments importés. Une synthèse
de patrimoine permettra également d?évaluer l?état de risque climatique d?un patri-
moine immobilier dans son ensemble. Ces informations sont notamment essen-
tielles pour répondre aux exigences de la Taxinomie européenne.
Perspectives de Bat-ADAPT au sein de la plateforme
Resilience for Real Estate (R4RE)
Bat-ADAPT est disponible gratuitement sur la plateforme Resilience for Real Estate
(R4RE), qui a pour objectif de fournir aux acteurs de l?immobilier des informations
sur les divers volets de la résilience. Ceux-ci incluent le changement climatique,
mais également la biodiversité, avec un outil à paraître fin2022 : BIODI-Bat.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
162
Guides de l?ADEME
Élodie Briche,
Agence de la transition écologique (ADEME)
Introduction
Le changement climatique est de plus en plus central dans les transformations et
la gestion des territoires, en particulier des territoires urbains. La hausse globale
des températures et l?intensification des aléas climatiques extrêmes, tels que les
canicules (en intensité, durée et fréquence) auxquelles s?ajoute l?effet d?îlot de
chaleur urbain, rendent les villes, leurs infrastructures et leurs populations, parti-
culièrement vulnérables. Les villes, qui concentrent une population toujours plus
nombreuse, tentent de lutter contre la surchauffe urbaine afin de maintenir ou amé-
liorer les conditions de vie tout en réduisant leur empreinte écologique (ADEME,
2021a). Ces dernières années, plusieurs études nationales et internationales
ont été réalisées à l?ADEME concernant les solutions de rafraîchissement urbain.
Le rafraîchissement est un levier majeur pour les villes dans un contexte de
changement climatique et notamment d?intensification des canicules (ADEME,
2020). Les collectivités s?engagent de manière croissante, et ce partout dans le
monde, dans la mise en oeuvre de projets d?aménagement en lien avec la tran-
sition écologique des villes. La prise en compte de l?atténuation et de l?adapta-
tion au changement climatique dans les documents de planification et dans les
projets d?aménagement opérationnel reste néanmoins sommaire partout dans le
monde. Les collectivités s?interrogent sur ce phénomène de surchauffe urbaine et
mettent en oeuvre des solutions de rafraîchissement dont certaines contribuent à
l?adaptation au changement climatique. En effet, les retours d?expérience présen-
tés dans le recueil montrent que les solutions vertes mises en oeuvre sont des
solutions d?adaptation fondées sur la nature (SAfN). Les territoires s?adaptent aux
effets du changement climatique en limitant leurs vulnérabilités. L?aménagement
est un levier d?adaptation aux risques climatiques, tels que les inondations, qui
peuvent évoluer avec le climat futur. À titre d?exemple, l?aménagement des berges
d?un cours d?eau peut à la fois lutter contre le risque d?inondation et également
contribuer au rafraîchissement urbain actuel et futur. Certaines solutions sont
mises en place rapidement pour pallier l?urgence climatique et ne sont pas forcé-
ment réfléchies en termes de durabilité, en cohérence avec les temporalités cli-
matiques. Par exemple, le recours massif au végétal peut être dans certains cas
contradictoire avec l?augmentation des périodes de sécheresse et la raréfaction
de la ressource en eau.
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
163
Les types de solutions de rafraîchissement urbain
(ADEME, 2021b)
Selon l?Agence européenne de l?environnement (AEE), la grande variété de solu-
tions rafraîchissantes existantes peut être classée de la façon suivante (classi-
fication de2013) :
? les solutions vertes et bleues ;
? les solutions grises ;
? les solutions douces : elles désignent l?accompagnement des changements de
comportement, d?usages et de pratiques de l?humain en ville (non développées
ici). Ces solutions invitent à mener une réflexion sur leur utilisation optimale à
travers le monde en fonction notamment des diversités climatiques. Leur effica-
cité dépend en effet grandement des contextes climatiques, géographiques et
topographiques dans lesquels elles sont implantées. Certains dispositifs rafraî-
chissants reconnus comme efficaces dans les zones tempérées ne sont ainsi
pas adaptés dans des territoires au climat plus chaud et aride (ADEME, 2021a).
? La végétalisation
La végétalisation est une solution de rafraîchissement régulièrement utilisée dans
les projets d?aménagement urbain. Elle fonctionne grâce à l?action conjointe de
deux phénomènes : l?évapotranspiration et l?ombrage.
Figure E 6 : Mécanismes phy-
siques en jeu : évapotranspi-
ration, ombrage, absorption du
rayonnement solaire.
Source : ©TRIBU/ADEME.
L?évapotranspiration désigne un phénomène physique de changement d?état de l?eau
liquide présente dans les végétaux, qui s?évapore au contact de l?air en passant
par les feuilles et le sol. Ce phénomène de changement d?état entraîne la diminu-
tion de la température ambiante. Un arbre mature peut transpirer jusqu?à450litres
par jour (Johnston et Newton, 2004). L?ombrage offert par les végétaux permet
quant à lui de créer des espaces de fraîcheur pour les urbains, puisque la canopée
capte entre60 et 98 % de l?énergie solaire (Giguère, 2009). Couplé au rafraî-
chissement créé par l?évapotranspiration, il a un effet bénéfique sur le confort
thermique et sur la diminution de la température ambiante. La combinaison de
différentes strates de végétation maximise le potentiel rafraîchissant et diversifie
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
164
les cobénéfices pour la biodiversité. On peut par exemple considérer la combi-
naison de trois strates végétales : herbacée, arbustive et arborée, qui agiront en
synergie pour le rafraîchissement.
Points forts et points de vigilance
La végétalisation des espaces urbains est une solution très intéressante puisque,
outre sa qualité d?agrément des villes, elle permet de nombreux cobénéfices. On
retrouve parmi eux l?augmentation du bien-être des urbains (Reeves-Latour, 2017)
et des effets bénéfiques sur leur santé (Beaudoin et Levasseur, 2017), la sauve-
garde de la biodiversité (Clergeau, 2018), la séquestration du carbone et la limi-
tation de la pollution avec la filtration de prèsde85 % des particules polluantes
dans l?atmosphère (Johnston et Newton, 2004). Tous ces cobénéfices confèrent
à la végétalisation une place importante dans les opérations d?aménagement. Il
faut cependant conserver une vigilance quant à l?opportunité de son application
dans les différents contextes climatiques. Le type de climat, actuel comme futur,
a un impact important sur la capacité des végétaux à se développer et à résis-
ter. De plus, les plantes les plus résistantes aux épisodes de sécheresse sont
les moins efficaces dans la lutte contre la surchauffe urbaine, puisqu?elles trans-
pirent peu. C?est par exemple le cas des plantes grasses, particulièrement résis-
tantes aux climats chauds et arides puisqu?elles stockent l?eau et transpirent très
peu. Il s?agit alors de bien déterminer les essences plantées afin de garantir leur
survie et leur bon développement pour les années à venir. L?état des sols enfin,
est un paramètre déterminant du succès d?une opération de végétalisation, car
il ne permet pas toujours aux végétaux d?absorber les nutriments nécessaires à
leur croissance (ADEME, 2021a).
? Les solutions bleues
La gestion de l?eau en ville, ou hydrologie urbaine, constitue un ensemble de solu-
tions au fort potentiel rafraîchissant. Le cycle naturel de l?eau est perturbé par
les activités anthropiques, et notamment par l?urbanisation et l?imperméabilisa-
tion des sols. Il s?agit alors de réintroduire ce cycle dans nos espaces urbains,
pour permettre le phénomène d?évaporation responsable de l?effet rafraîchissant.
Figure E 7 : Mécanismes
physiques en jeu : évapo-
ration, vents, absorption
du rayonnement solaire.
Source : © Tribu/ADEME.
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
165
Au contact des rayonnements solaires, l?eau liquide présente dans les cours d?eau,
les plans d?eau, les fontaines et les sols s?évapore. L?énergie consommée durant
ce changement d?état fait baisser la température ambiante (Volker etal., 2013).
L?effet rafraîchissant est ressenti aux abords des espaces aquatiques, c?est pour-
quoi il est intéressant d?aménager ou de réhabiliter leurs rives afin de permettre
aux urbains de fréquenter ces espaces frais (ASTEE, 2020). Le rafraîchissement
permis par la (ré) introduction de l?eau dans la ville est parfois un objectif secondaire
des opérations urbaines. Les aménagements de gestion du risque inondation par
exemple, sont susceptibles d?avoir pour cobénéfice un effet sur le rafraîchissement.
Points forts et points de vigilance
Comme la végétalisation, la présence d?eau en ville est vectrice de nombreux cobé-
néfices liés à la qualité des espaces. De plus, les solutions bleues se conjuguent
aux solutions vertes et grises de manière intéressante : la présence d?eau encourage
l?évapotranspiration des végétaux, l?arrosage des surfaces de voirie est une méthode
japonaise ancestrale de rafraîchissement (Solcerova etal., 2018), et le potentiel rafraî-
chissant de la ventilation naturelle est maximisé par la présence de masses d?eau.
L?utilisation de solutions bleues pour rafraîchir la ville est cependant grandement
conditionnée au contexte hydro-climatique de chaque territoire. Si le potentiel rafraî-
chissant de l?eau est élevé dans les villes au climat sec, son utilisation est coûteuse
en ressources. Le recours à un apport d?eau extérieur doit être limité, et la valorisa-
tion de l?existant encouragée. La présence naturelle de cours d?eau et la proximité du
littoral sont également des facteurs déterminants. Enfin, il est important de noter les
risques sanitaires liés à la présence d?étendues d?eau stagnante qui peuvent être vec-
trices de maladies et d?espèces nuisibles, comme le moustique tigre (GRAIE, 2013).
? Les solutions grises
Les solutions grises pour le rafraîchissement urbain regroupent l?action sur les
matériaux utilisés dans la construction de la voirie et des bâtiments, ainsi que
les questions de typomorphologie (l?analyse des formes urbaines, de la trame
viaire 1, des volumes et de l?implantation du bâti? (ADEUS, 2014)). Les maté-
riaux utilisés dans les villes sont en grande partie responsables du phénomène
d?ICU. Dans nombre de villes modernes, les revêtements des routes sont noirs et
asphaltés, et les toitures couvertes de matériaux sombres (Gilbert etal., 2017).
Le comportement des matériaux dépend de leurs propriétés thermiques et de leur
couleur. En cas de forte émissivité, ils peuvent contribuer à augmenter significa-
tivement les températures ambiantes, notamment la nuit (Akbari etal., 2009).
Dans un objectif de rafraîchissement, il s?agit alors d?étudier les propriétés des
matériaux face au soleil. L?albédo est un premier indicateur incontournable. Il cor-
respond à la part d?énergie solaire réfléchie vers l?espace quand elle atteint une
surface. Plus il est élevé, plus la surface est réfléchissante, moins elle absorbe
de rayonnement solaire et moins elle émet de chaleur.
1. Le réseau viaire est le réseau formé par toutes les voies de circulation qui desservent une ville, des auto-
routes urbaines aux venelles, rues privées, impasses, en passant par tous les types de rues.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
166
Figure E 8 : Le revêtement
« cool » (1, à gauche) renvoie
le rayonnement solaire (albédo
élevé) et l?asphalte (2, à droite)
absorbe le rayonnement solaire
(albédo faible).
Source : © Tribu/ADEME.
L?organisation de l?espace urbain bâti et nonbâti et l?étude de la typomorphologie
ont un impact sur la température des villes. La densité des volumes bâtis et leur
distribution sur la trame viaire peuvent bloquer la circulation de l?air, entraînant
des effets canyon et la surchauffe des rues. En adoptant une réflexion multisca-
laire afin d?imbriquer les échelles de l?aménagement du territoire, de la ville, du
quartier et de chaque îlot, il est possible d?agir pour le rafraîchissement de la ville
(Akbari, 1999). Il s?agit alors d?étudier l?orientation de la trame viaire pour favoriser
la ventilation naturelle de la ville, et protéger les rues d?un trop fort ensoleillement.
Points de vigilance
Agir sur la typomorphologie des villes et sur les matériaux utilisés pour leur
construction peut s?avérer délicat. Dans les pays grandement urbanisés, la ville
de demain est déjà construite en grande partie, et il est difficile d?agir dessus. Il
est en revanche possible d?agir sur les revêtements pour améliorer les propriétés
thermiques des matériaux. Il est possible d?installer des solutions grises pour le
rafraîchissement dans tous les types de climat, même si leur efficacité varie légè-
rement en fonction du contexte. La ventilation facilitée par les formes urbaines
par exemple est grandement conditionnée par l?existence de brises naturelles, la
présence de masses végétales et de plans d?eau. Les revêtements frais, à albédo
élevé, sont quant à eux, efficaces dans les villes au climat chaud et à fort enso-
leillement. Enfin, l?aménagement qui modifie les typomorphologies et les maté-
riaux des villes n?est pas anodin pour leur apparence. Le changement de couleur
des surfaces notamment peut avoir un impact esthétique important, ainsi que
sur le confort visuel des urbains. Les surfaces nonhorizontales peuvent réfléchir
les rayonnements solaires sur d?autres surfaces de la ville, et ainsi uniquement
déplacer le problème. La question des usages des espaces traités par les revête-
ments frais notamment est primordiale. Les grands parkings urbains qui ne sont
pas utilisés en continu, comme les parkings de zones commerciales, stades ou
centres des congrès sont des candidats idéaux (Chester etal., 2015). Comme le
revêtement blanc des espaces publics qui peut prendre plusieurs formes, l?uti-
lisation de la typomorphologie à des fins rafraîchissantes passe également par
plusieurs canaux :
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
167
? l?action sur les trames aérauliques 2 et sur l?emprise au sol pour favoriser la
circulation de l?air à l?échelle de l?îlot (fiches LaPossession, Zenata, Bruxelles,
Bouéni, ADEME, 2021b) ;
? l?action sur l?orientation de la trame viaire pour protéger de l?ensoleillement
(fiches Dakar, Tétouan, LaPossession, Zenata, ADEME, 2021b) ; Les toitures
blanches, à albédo élevé ou « cool roofs » (fiches Ahmedabad, Penrith, ADEME,
2021b) ;
? les revêtements à l?albédo élevé sur les voiries ou « cool pavements » (fiche
LosAngeles, ADEME, 2021b).
L?utilisation de matériaux à forte inertie thermique dans les bâtiments (fiches
Dakar, Tétouan, ADEME, 2021b) fréquentés par des piéton(ne) s peut induire des
effets pervers. Outre l?éblouissement mentionné plus tôt, il peut diminuer le confort
thermique en augmentant la température corporelle des passants. Ces derniers
absorbent en effet les rayonnements réfléchis par le sol (Middel et Turner, 2020).
Applications et phénomènes en jeu
suivant les solutions possibles
La grille de lecture (figureE9) présente de façon simplifiée si les solutions pro-
posées sont applicables à l?échelle de la ville, de l?espace public ou du bâtiment.
La figureE9 présente également quels phénomènes entrent en jeu lors de l?uti-
lisation de telles ou telles solutions.
Par exemple, la mise en oeuvre d?une toiture ou d?une façade végétalisée est pos-
sible à l?échelle du bâtiment. La toiture végétalisée va chercher à améliorer l?iner-
tie thermique, l?ombrage et l?évaporation alors que la façade végétalisée ne va
agir que sur l?ombrage et l?évaporation.
2. Par analogie avec la trame d?une étoffe, la trame aéraulique désigne le réseau et le maillage d?écoule-
ments d?air identifiables dans une ville. L?étude de la trame aéraulique permet de comprendre les écoule-
ments d?air dans la ville et ainsi les potentiels rafraîchissants de la ventilation naturelle.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
168
Figure E 9 : Applications et phénomènes en jeu suivant les solutions possibles.
Source : © Tribu/ADEME.
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
169
Efficacité des solutions de rafraîchissement urbain
La grille de lecture (figureE10) décrit l?effet de rafraîchissement de chaque solu-
tion. Elle résulte d?une analyse croisée de l?ensemble des résultats des études
et des publications.
Figure E 10 : Efficacité, à l?échelle de la ville et à l?échelle du piéton, des solutions
proposées.
Source : © Tribu/ADEME.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
170
Conclusion
Du fait des vagues de chaleur de plus en plus nombreuses, les collectivités et
les acteurs opérationnels (maîtres d?ouvrage, maîtres d?oeuvre?) s?engagent de
plus en plus vers des actions de rafraîchissement urbain.
Par ailleurs, il n?existe pas de solution ou de combinaisons de solutions de rafraî-
chissement systématiquement applicables à l?ensemble des situations. Les résul-
tats espérés de chaque solution sur le climat urbain diffèrent selon le contexte
urbain dans lequel ils s?insèrent. Aussi, une analyse fine du contexte, des enjeux
et des impacts attendus de chaque projet reste indispensable pour choisir les
solutions de rafraîchissement les mieux adaptées.
Enfin, la prise en compte des cobénéfices et des effets indirects de chaque solu-
tion, en plus de son impact climatique, permet d?assurer un meilleur bilan global
en faveur de la transition écologique.
Si de nombreux travaux de recherche ont été menés ces dernières années, il reste
encore difficile de quantifier l?efficacité de ces solutions. Il convient donc encore
de multiplier les expérimentations et les démarches d?évaluation, et de capitali-
ser des données chiffrées qui permettront de consolider les connaissances pour
les villes et les climats français.
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
171
Adapter la France au changement climatique :
decombien parle-t-on ?
Guillaume Dolques et Vivian Dépoues,
Institut de l?économie pour le climat (I4CE)
Introduction
Des politiques d?adaptation au changement climatique et de prévention et de
gestion des risques existent déjà en France et de premières mesures ont déjà
été prises pour répondre aux impacts du changement climatique dans plusieurs
secteurs. Parmi les plus récentes, il est possible de citer non exhaustivement les
Assises de l?eau, les Assises de la forêt, l?annonce d?un fond de renaturation des
villes, la réforme de l?assurance agricole? Ces dynamiques s?inscrivent notam-
ment dans le cadre des plans nationaux d?adaptation au changement climatique
(PNACC1 et 2) et peuvent s?appuyer sur un solide socle de connaissances et de
méthodologies développé depuis plus de vingt ans notamment sous l?impulsion du
fonds de recherche GICC (Gestion et impacts du changement climatique) démarré
en1999 et rendu depuis accessible grâce au Centre national de ressources pour
l?adaptation au changement climatique (CRACC).
Cependant, mettre pleinement en oeuvre ces politiques et aller au-delà d?actions
réactives et incrémentales nécessite de mobiliser des moyens, financiers et humains,
à la hauteur des enjeux. L?Institut de l?économie pour le climat (I4CE), association
experte de l?économie et de la finance dont la mission est de faire avancer l?ac-
tion contre les changements climatiques, a dressé en2022 un premier état des
lieux consolidés de ces besoins (I4CE, 2022). Parmi les onze grands « chantiers
de l?adaptation » sur lesquels revient ce rapport, plusieurs visent directement à
mieux anticiper les futures vagues de chaleur. Il s?agit notamment de l?adaptation
des bâtiments à des vagues de chaleur plus longues, du renforcement de la robus-
tesse des infrastructures de transport ou d?énergie pour en assurer la résilience
dans un contexte de plus grande variabilité climatique, ou encore de la transfor-
mation des espaces urbains pour diminuer l?effet d?îlot de chaleur.
Ce chapitre revient sur les montants associés aux principales mesures en lien
avec les vagues de chaleur à mettre en place dès maintenant pour mieux se pré-
parer et sur les éléments de chiffrages disponibles permettant de mieux organi-
ser les discussions sur les choix collectifs qui restent à faire sur les trajectoires
d?adaptation à suivre.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
172
Figure E 11 : Se donner les moyens de s?adapter aux conséquences du changement climatique
en France : de combien parle-t-on ?
Source : I4CE.
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
173
Des premières mesures à mettre en oeuvre dès aujourd?hui
Tous chantiers d?adaptation confondus (relatifs aux principaux domaines d?actions
affectés par différents impacts du changement climatique dont, mais pas seu-
lement, les vagues de chaleur), I4CE propose un ensemble de dix-huit mesures
budgétaires nationales qui pourraient être prises dès à présent pour un montant
cumulé additionnel de 2,3Md¤/an.
Ces mesures ont vocation à répondre à trois objectifs :
Répondre aux urgences déjà constatées, en proposant des actions ciblées, par
exemple pour traiter les points critiques de vulnérabilité sur les transports de
réseaux lors des périodes de fortes chaleurs, ou renforcer la prise en compte
des vagues de chaleur dans la construction neuve et la rénovation des bâtiments.
S?assurer que les décisions d?investissements publics prises à partir de maintenant
tiennent bien compte du contexte d?évolution du climat. Notamment parce que
ces investissements concernent souvent des actifs à longue durée de vie et que ne
pas prendre en compte le changement climatique c?est prendre le risque de péren-
niser ou de renforcer des vulnérabilités, voire devoir réinvestir plus tôt que prévu.
Préparer des transformations plus structurelles, car dans certaines situations,
les effets du changement climatique obligeront à aller au-delà de simples ajuste-
ments ou adaptations incrémentales. Des transformations plus profondes devront
alors être envisagées.
En ce qui concerne la préparation aux vagues de chaleur, ces mesures immédiates
et sans regret correspondent à deux principaux types de dépensesessentielles :
? Financer l?animation, l?ingénierie et le pilotage des politiques d?adaptation
Les précédents travaux d?I4CE (I4CE, 2021 ; I4CE et Ramboll, 2022) ont démontré
que c?est souvent la difficulté à dédier les moyens humains nécessaires qui est blo-
quante pour prendre en compte l?adaptation de manière systématique. Ces besoins
représentent des montants relativement faibles, pourtant ils sont paradoxalement
très insuffisamment engagés aujourd?hui. Il s?agit alors de rapidement améliorer l?ani-
mation et le pilotage de la politique d?adaptation en France, avec des besoins à la
fois de gouvernance transverse mais aussi des besoins spécifiques à chaque chan-
tier et politique publique pour que la question de l?adaptation ne soit plus oubliée.
En matière de gouvernance transverse, des moyens sont nécessaires à tous
les niveaux de l?action publique car ils ont tous un rôle à jouer. Au niveau natio-
nal, avec le renforcement des équipes dédiées à la politique de l?État et de ses
relais dans les administrations déconcentrées mais aussi via l?appui des opéra-
teurs techniques, tels que l?ADEME, Météo-France, Santé publique France, l?OFB,
le CEREMA, etc. Au sein des collectivités, car l?élaboration d?une stratégie, puis
sa mise en oeuvre requièrent des moyens humains importants, notamment parce
que c?est un sujet très transversal qui concerne de multiples services (ex. ; eau,
urbanisme, espaces verts, affaires sociales?), ce qui demande de la coordina-
tion et la mobilisation des différentes directions métiers.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
174
Des besoins plus spécifiques sont également nécessaires pour accompagner cer-
taines évolutions de pratique vers une meilleure intégration de l?adaptation dans
des domaines d?activité variés. Il s?agit par exemple de donner aux gestionnaires
d?infrastructure des moyens de connaître leurs vulnérabilités et de piloter l?adap-
tation, de renforcer les réseaux d?animation préexistants sur la thématique de
l?adaptation des bâtiments aux vagues de chaleur, ou encore d?équiper les pro-
grammes de renouvellement urbain existant de moyens d?ingénierie leur permet-
tant d?intégrer l?adaptation à la conception des opérations qu?ils soutiennent.
Tableau E1 : exemples de mesures concernant les besoins d?ingénierie,
de capacité d?animation et des moyens humains.
Piloter et animer les politiques d?adaptation aux niveaux national, régional et local
Proposition Budget associé
(en M¤/an)
Acteurs concernés identifiés
à ce stade
Se doter de réelles capacités d?animation et de
pilotage de la politique d?adaptation aux niveaux
national, régional et local.
113 État et ses opérateurs (ONERC,
ADEME, DREAL?), régions et
acteurs régionaux, EPCI
Créer un dispositif de mutualisation des moyens
pour le développement et l?animation des
services climatiques
10 État, Météo-France et acteurs de
la recherche
Anticiper et prévenir les effets du changement climatique sur la santé
Financer un programme national de santé
publique pour anticiper et prévenir les risques
climatiques (recherche, campagnes de
prévention, renforcement de la veille sanitaire)
2,5 État, Santé publique France,
professionnels de santé, ARS
Repenser les villes pour lutter contre l?effet d?îlot de chaleur urbain
Équiper les programmes de renouvellement
urbain existant de moyens d?ingénierie leur
permettant d?intégrer l?adaptation à la conception
des opérations qu?ils soutiennent
18 ANCT, ANRU, Banque des
territoires
Tenir compte du climat futur lors de la construction et la rénovation des bâtiments
Renforcer les moyens d?animation, de
sensibilisation et de recherche appliquée en
matière d?adaptation des bâtiments notamment
aux vagues de chaleurs
31 État, ADEME, Plan et Réseau
bâtiment durable
Garantir la résilience des réseaux et infrastructures d?importance vitale: transport, eau, énergie
Doter les gestionnaires d?infrastructures et leurs
autorités régulatrices des moyens de connaître
leurs vulnérabilités et de piloter l?adaptation,
notamment au sein de la gestion patrimoniale
des réseaux
15 État, régions et gestionnaires
d?infrastructures
Mettre en place et animer une instance de
coordination des gestionnaires d?infrastructures
1,7 État, régions et gestionnaires
d?infrastructures
Source : I4CE (2022).
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
175
? Mettre à disposition des premières enveloppes dédiées
à généraliser les meilleures pratiques d?adaptation
Sur certains territoires et sur certains enjeux, il existe des stratégies d?adaptation
déjà avancées et des bonnes pratiques en place. La diffusion de ces initiatives
doit pouvoir être accompagnée et financée par la mise en oeuvre d?enveloppes
ou de fonds dédiés.
Il s?agit par exemple d?accompagner les collectivités à la mise en oeuvre d?ac-
tions visant à réduire l?effet d?îlot de chaleur urbain (ICU) et à garantir des villes
plus vivables pendant les périodes de forte chaleur via leur politique de végétali-
sation ou d?aménagement d?espaces de fraîcheur ; d?interventions pour renforcer
la présence de l?eau en ville (fontaines, noues, brumisateurs?)ou de désimper-
méabilisation des surfaces.
Il s?agit également, de renforcer la prise en compte de l?évolution du climat ?et
notamment des températures? dans la construction et la rénovation des bâtiments
pour les rendre mieux exploitables et vivables lors des périodes de forte chaleur,
en soutenant l?intégration de ces exigences dans les cahiers des charges de la
commande publique ?au titre de l?exemplarité de cette dépense? avant d?être,
à terme, généralisées dans la réglementation.
Il s?agit enfin de financer certaines opérations ciblées, telles que les opérations
permettant de rattraper les retards d?investissement et de résorber les princi-
paux « points chauds » de vulnérabilité des infrastructures de transport déjà bien
connus des gestionnaires.
Tableau E2 : Exemples de mesures concernant les premières enveloppes dédiées
àdiffuser les pratiques d?adaptation de la France aux vagues de chaleur.
Repenser les villes pour lutter contre l?effet d?îlot de chaleur urbain
Proposition Budget associé
(en M¤/an)
Acteurs concernés identifiés
à ce stade
Pérenniser une enveloppe annuelle de soutien à
l?extension des bonnes pratiques d?adaptation
en ville
500 État, Banque des territoires,
EPCI
Tenir compte du climat futur lors de la construction et la rénovation des bâtiments
Prendre en charge le surcoût pour renforcer
les exigences en matière de constructions
durables et adaptées aux chaleurs futures dans
la construction des bâtiments d?enseignement
et de recherche.
500 État, collectivités
Garantir la résilience des réseaux et infrastructures d?importance vitale: transport, eau, énergie
Prévoir une première enveloppe pour financer des
actions ciblées pour traiter les points critiques
de vulnérabilité sur les réseaux de transport
325
État, régions et
gestionnaires
d?infrastructures
Source : I4CE (2022).
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
176
Des besoins totaux qui dépendent de choix encore à faire
L?adaptation ne pourra pas se limiter aux mesures listées dans la section précé-
dente, et des mesures complémentaires, éventuellement plus ambitieuses, voire
des transformations plus radicales devront aussi être considérées. Parce qu?elles
ont possiblement un impact budgétaire plus fort, mais aussi parce qu?elles peuvent
être le reflet de différentes attitudes possibles à adopter face à l?évolution du
risque climatique, ces actions-là doivent d?abord faire l?objet de priorisation et
d?arbitrages politiques. Il s?agit donc d?ouvrir la discussion démocratique sur des
sujets aussi fondamentaux que le niveau de risque que l?on est collectivement
prêt à accepter lorsqu?un nouvel aménagement est décidé ; sur les activités ou les
territoires que l?on souhaite protéger et ceux que l?on accepte de voir se transfor-
mer ou encore sur le niveau de solidarité entre territoires plus ou moins exposés.
? Quel niveau de robustesse rechercher ?
Le cas des infrastructures
Objectiver et intégrer explicitement la préoccupation d?adaptation au sein de la
conception d?actifs à longue durée de vie (infrastructures, bâtiments, équipe-
ments, etc.) doit aminima permettre de garantir que les investissements publics
déjà décidés n?augmentent pas la vulnérabilité et de gérer le risque.
Différentes options peuvent néanmoins se proposer pour faire encore mieux en
faisant de ces investissements des opportunités pour renforcer proactivement
la robustesse des infrastructures (de transport par exemple). Cela passe alors
par des choix de conception (ex. : emplacement, tracé) ou des choix techniques
(ex. : matériaux, technologie) efficaces dans une plus large gamme de conditions
climatiques et par exemple capables de résister à des températures plus élevées.
Ces choix peuvent présenter des surcoûts à mettre en perspective au cas par cas
des enjeux (par exemple, des pertes d?exploitation qu?ils permettraient d?éviter, ou,
dans le cas d?investissements publics, de dommages socio-économiques qu?ils per-
mettraient de minimiser) et du niveau de risque jugé acceptable ?qui peut être très
différent d?un contexte à l?autre et faire l?objet de débats. S?il est par exemple rai-
sonnable de faire en sorte qu?un nouvel EPR soit résilient (c?est-à-dire qu?il puisse
résister et redémarrer) à toutes les éventualités, même les moins probables et peu
importe le surcoût associé, il peut être envisageable d?accepter qu?un axe de trans-
port puisse être occasionnellement coupé si une alternative existe.
Tableau E 3 : Questions à se poser et arbitrages à faire selon le type de chantier (extrait).
Chantier Questions à se poser ? arbitrages à faire
Infrastructures, réseaux de
transport et réseaux électriques
Quel niveau d?investissement pour quel niveau de
robustesse ? Quel niveau de service minimum garanti, y
compris dans des situations extrêmes ? Quelle (s) situation
(s) de service dégradé peuvent être acceptables dans certains
contextes ? À quelles conditions ?
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
177
? Quelle(s) trajectoire(s) envisager ?
Dans certains cas, il ne sera à terme pas possible de se contenter d?ajustements
à la marge et des transformations plus profondes devront être considérées. Dans
de nombreux domaines, l?adaptation doit encore être mise en discussion pour que
l?on s?accorde sur la forme des trajectoires d?adaptation à privilégier et le rythme
de mise en oeuvre des changements. Ces choix dépendront autant du niveau de
changement climatique anticipé que de l?attitude que l?on choisira collectivement
de privilégier face au risque : que choisit-on de conserver, quelles filières, quels
territoires préfère-t-on transformer ? Chacune de ces questions est très politique
et souvent, plusieurs alternatives sont possibles.
Le cas de la transformation urbaine
Il n?existe pas de définition univoque de ce que serait une ville adaptée au chan-
gement climatique. Pour lutter contre la chaleur, il existe une multitude de trajec-
toires envisageables. Il est par exemple possible d?investir massivement dans des
solutions fondées sur la nature (végétalisation, cours d?eau) ou à l?inverse soute-
nir le déploiement des technologies de climatisation, chacune de ces trajectoires
ayant des implications très différentes. Dans tous les cas, les espaces urbains
devront connaître des transformations profondes pour rester vivables avec l?évo-
lution prévue des températures, impliquant possiblement des reconfigurations
complètes d?espaces urbains. Certains équipements essentiels (par exemple de
transport urbain) pourraient avoir à être modifiés en profondeur pour rester utili-
sables dans un contexte de changement climatique. Ces transformations pourraient
représenter des investissements très élevés ?notamment lorsque la question de
la prise en charge du coût du foncier se posera.
Tableau E 4 : Questions à se poser et arbitrages à faire selon les transformations
àaccompagner (extrait).
Transformations à accompagner Questions à se poser ? arbitrages à faire
Transformations des espaces urbains pour
garantir l?habitabilité et l?attractivité des
villes
Quelles sont les vulnérabilités précises de chaque
territoire ? Quel niveau de risque accepter ? Des zones
à repenser entièrement ? Des activités à relocaliser ?
Conclusion
La définition de l?ambition mais aussi de la forme de telles transformations ne
pourra qu?être le résultat de discussions et d?arbitrages politiques en fonction
de multiples objectifs (ex. : accès au logement, transition énergétique, attracti-
vité économique), parmi lesquels l?adaptation au changement climatique ne doit
pas être oubliée.
Chapitre F
Exemples de solutions
d?adaptation
aux vagues de chaleur
© Frédéric Schafferer/ONERC.
Des exemples de solutions sont présentés dans ce chapitre. Sans être
exhaustifs, ils couvrent des domaines divers allant des revêtements clairs
de bâtiments jusqu?à des réflexions au niveau des villes : sur un quartier
en banlieue de Grenoble (Échirolles, 38) et d?un arrondissement de Paris
(le13e). Les stratégies d?adaptation du secteur des transports sont égale-
ment décrites dans le dernier article.
D?autres exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur sont
accessibles en consultant le Centre de Ressources pour l?Adaptation au
Changement Climatique présenté dans le chapitre précédent.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
181
Les revêtements clairs
Élodie Briche,
Agence de la transition écologique (ADEME)
Les revêtements à albédo élevé tels que les toits blancs se caractérisent par le
fait qu?ils réfléchissent fortement la lumière du soleil.
Ces revêtements sont souvent de couleur claire, pas systématiquement blancs.
Ce sont des revêtements innovants dits « cool » avec un albédo 1 supérieur à0,7,
tels que des peintures réfléchissantes et thermochromiques (ADEME, 2021).
Dans un souci d?empreinte écologique, la composition de ces peintures doit être
évaluée en amont d?un déploiement sur les toitures.
Cette solution de rafraîchissement urbain, relativement facile à mettre en oeuvre,
peut être combinée à d?autres solutions telles que les solutions vertes, bleues et
douces, et même à d?autres solutions grises davantage centrées sur les formes
urbaines. Elle peut s?avérer intéressante sur des zones industrielles lorsque les
toitures sont en zinc ou à l?échelle des bâtiments d?entreprises avec des toitures
foncées car elle permet une baisse de la température de surface de la toiture mais
également un rafraîchissement de la température à l?intérieur des bâtiments, per-
mettant de limiter les dépenses énergétiques en climatisation. La mise en place
de cette solution grise de rafraîchissement doit être pensée également en fonc-
tion du contexte climatique : par exemple, dans des types de climats plus frais,
différent du climat méditerranéen, un toit blanc peut entraîner une perte de chaleur
compensée par des dépenses énergétiques en chauffage à l?automne. Cette solu-
tion peut être intéressante pour des bâtiments dont le besoin en climatisation est
supérieur au besoin en chauffage, étant donné que les gains énergétiques sont
relatifs à la saison d?été seulement.
L?entretien d?un toit blanc, d?un pavé blanc doit être également régulier et bien
pensé dans le coût global de cette solution : en effet, l?effet réfléchissant peut
rapidement diminuer si la peinture est sale, poussiéreuse, etc. Pour le sol, il est
davantage préconisé des mosaïques de pavés drainants de différentes couleurs
claires pour faciliter l?entretien des rues, etc.
1. Fraction de la lumière que réfléchit ou diffuse un corps non lumineux. Un corps noir possède un albédo
nul. L?albédo de la Terre est de0,3.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
182
Plus fraîche ma ville
Élodie Briche,
Agence de la transition écologique (ADEME)
Le rapport du deuxième groupe du GIEC (2022) concernant l?adaptation au chan-
gement climatique confirme des craintes déjà établies : lescanicules estivales
seront plus fréquentes, longues et intenseset vont être le risque majeur en ville
pour les décennies futures. Ces canicules présentent des enjeux à court terme en
ville : sociosanitaires, notamment en termes de confort d?été/supportabilité, éco-
nomiques, environnementaux ; mais aussi à long terme, avec des défis immenses
à l?horizon 2050en termes d?atténuation et/ou adaptation au changement clima-
tique, sachant qu?il faudra composer avec une ville de demain déjà construite en
grande partie. Ces canicules intensifient le phénomène d?îlot de chaleur urbain
(ICU, chapitreB) (considéré comme la différence de température entre le centre-
ville et la campagne environnante) mais aussi la surchauffe urbaine (incluant les
températures de surfaces très élevées de certains matériaux mais aussi l?incon-
fort thermique pour les individus).
Or, l?investigation menée durant l?été2022 par l?ADEME et l?incubateur de ser-
vices publics numériques beta.gouv 1 confirme que les décisions politiques prises
dans les collectivités en termes de lutte contre le phénomène d?îlot de chaleur
urbain sont aujourd?hui peu éclairées notamment en ce qui concerne les mesures
de rafraîchissement urbain, avec des actifs échoués : végétalisation desséchée,
coûts d?entretiens élevés, solutions inadaptées au climat local, mal-adaptation,
un manque de solutions (baignade dans les fontaines publiques car absence
d?îlot de fraîcheur), une surconsommation de climatisation incompatible avec la
transition écologique.
? La start-up d?État « Plus fraîche ma ville » portée par l?ADEME au sein de son
incubateur« L?Accélérateur de la transition écologique » et soutenue par l?Asso-
ciation des maires de France a donc pour objectif d?accompagner les collectivités
dans leurs choix de solutions pérennes et durables de rafraîchissement urbain.
1. https://beta.gouv.fr/startups/rafraichir.les.villes.html
https://plusfraichemaville.fr/
https://presse.ademe.fr/2023/01/canicules-ilot-de-chaleur-urbain-lancement-de-la-start-up-detat-plus-
fraiche-ma-ville-pour-eclairer-les-decideurs.html
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
183
Figure F 1 : Copie d?écran du site plusfraichemaville.fr.
Source : https://plusfraichemaville.fr/
Un produit numérique est en cours de coconstruction avec les collectivités et sera
disponible dès le printemps2023 afin d?aider à la décision concernant les solu-
tions de rafraîchissement urbain.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
184
L?architecture bioclimatique
et les constructions traditionnelles
Des leviers pour s?adapter au changement climatique
Marie Andrieux,
Observatoire de l?immobilier durable
Parmi les diverses approches préconisées pour faire face aux enjeux du change-
ment climatique, l?architecture bioclimatique est présentée comme une solution
avantageuse. Cette conception architecturale accorde une importance centrale
à l?environnement immédiat du bâtiment, grand oublié des périodes modernes
de construction. Par ailleurs, la réappropriation des savoirs traditionnels limite la
standardisation des constructions et constitue un bon levier d?action. Des liens
existent donc entre conception bioclimatique et architecture traditionnelle, toutes
deux sources d?inspiration pour faire face au changement climatique.
L?architecture bioclimatique : de quoi parle-t-on ?
Un bâtiment à architecture bioclimatique est un bâtiment dont l?implantation et
la conception prennent en compte le climat et l?environnement immédiat, afin de
réduire les besoins en énergie et d?être mieux adapté aux risques climatiques.
L?architecture bioclimatique vise également à utiliser le moins possible des moyens
techniques mécanisés et de l?énergie extérieure au site.
Une architecture est considérée comme bioclimatique si elle remplit plusieurs de
ces critères :
? L?orientation du site a été pensée afin de préserver le confort thermique d?hiver
comme d?été, pour le climat d?aujourd?hui et des années à venir.
? Les matériaux utilisés pour la construction ou réhabilitation/rénovation sont
de source naturelle (bois, paille, terre crue ou cuite, chanvre?).
? Des sources d?énergies renouvelables sont incorporées au bâtiment.
? Les risques climatiques sont pris en compte et le bâtiment y est adapté, avec
une projection selon les scénarios du GIEC.
? Les moyens de chauffage et de rafraîchissement sont le plus sobres possible.
Face aux enjeux de l?adaptation au changement climatique, il est essentiel de
renouveler nos méthodes de construction et de réhabilitation/rénovation, et l?ar-
chitecture bioclimatique fait partie des solutions pertinentes.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
185
Pourquoi l?architecture bioclimatique ?
L?architecture et le mode de vie modernes dépendent de nombreux systèmes tels
que la climatisation, et de matériaux comme le béton, l?asphalte ou le verre. Mais,
ces matériaux ne sont pas adaptés aux fortes chaleurs, et de tels systèmes de
rafraîchissement sont eux-mêmes source d?émissions de gaz à effet de serre,
entraînant des boucles de rétroaction aggravant l?impact du changement clima-
tique sur le bâtiment.
L?architecture bioclimatique, un concept pas si nouveau
Les maisons bretonnes avec leurs murs de pierres et leurs toits adaptés aux pluies
et aux vents, les maisons savoyardes et leurs isolations contre les durs hivers,
ou encore les maisons méditerranéennes pensées pour résister aux chaleurs
sont autant d?exemples d?architectures adaptées aux microclimats régionaux. Les
maisons traditionnelles ne manquent pas de techniques et de ressources qui sont
des sources d?inspiration utiles au développement de l?architecture bioclimatique.
Assurer le confort des habitants
L?un des objectifs principaux de l?architecture bioclimatique est d?assurer un confort
thermique aux occupants du bâtiment, avec des techniques les plus sobres pos-
sibles. Ces objectifs sont atteints au travers de choix architecturaux spécifiques,
et en utilisant des énergies renouvelables et des matériaux disponibles à proxi-
mité du site d?implantation du bâtiment. Pour maximiser le confort à l?intérieur
du bâtiment, tout en préservant au mieux son environnement immédiat, plusieurs
paramètres doivent être pris en compte au moment de la conception :
? L?orientation du bâtiment, qui doit particulièrement être considérée, afin d?ex-
ploiter au mieux l?énergie solaire.
? Le choix de l?emplacement du bâtiment, en fonction de la topographie, de la
pollution sonore, de la proximité de ressources naturelles, ou du microclimat local.
? Les paramètres techniques tels que la surface vitrée, la mise en place de pro-
tections solaires, le type de matériaux utilisé ou encore la compacité du bâti.
L?optimisation de l?orientation climatique
et les protections solaires extérieures
Le soleil d?hiver, dans l?hémisphère nord, se lève au sud-est et se couche au sud-
ouest et reste bas dans le ciel, avec un angle de22°au solstice d?hiver. En été,
l?angle change. Le soleil se lève alors au nord-est et se couche au sud-ouest, en
montant très haut durant la journée (un angle de78°au solstice d?été).
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
186
? Les façades qui reçoivent le plus de rayons solaires l?été sont les façades et
la toiture à l?est le matin, et les façades et la toiture à l?ouest le soir.
? l?installation de protections solaires verticales protège du rayonnement
solaire, car l?angle d?incidence des rayons solaires y est bas ;
? l?augmentation de l?opacité des surfaces vitrées (avec des volets ou des
filtres opaques sur le vitrage), ou l?ombrage d?une végétation caduque consti-
tuent également des protections contre la chaleur estivale.
? Les façades au sud du bâtiment restent fortement ensoleillées au cours de
la journée, avec un angle d?incidence élevé des rayons solaires.
? la protection des façades exposées au sud permet de lutter efficacement
contre le réchauffement induit. Cette protection est assurée par des instal-
lations horizontales en débord, aux dimensions cohérentes pour bloquer le
rayonnement solaire.
Figure F 2 : Angles d?incidence du soleil en été et en hiver.
Source : Flickr/Michèle Turbin.
L?installation de protections solaires assure donc le confort thermique dans le
bâtiment tout en diminuant le besoin de rafraîchissement comme de chauffage.
? La végétalisation
Le végétal a une place centrale dans la conception bioclimatique des bâtiments.
La végétalisation environnante au bâtiment produit un effet de fraîcheur grâce
aux phénomènes d?évapotranspiration des plantes et de transpiration du subs-
trat. Dans un contexte urbain dense, ces mécanismes favoriseront l?apparition
d?îlots de fraîcheur.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
187
Figure F 3 : Écran végétal déporté
du bâtiment.
Source : © Arnaud Bouissou/Terra.
Par ailleurs, le végétal peut être utilisé dans le cadre de protections solaires exté-
rieures, telles que les écrans ou murs végétaux déportés par rapport au bâtiment,
qui permettent de filtrer les rayons solaires. La protection des façades grâce à
de la végétation caduque installée près du bâtiment permet de laisser passer le
soleil en hiver et ainsi de réchauffer le bâtiment à un moment de l?année où son
rayonnement n?est plus délétère.
Des styles architecturaux adaptés aux risques climatiques
L?architecture bioclimatique permet de concevoir des bâtiments les plus adaptés
possible à leur environnement microlocal. Les diversités de bâtiments retrouvées
dans différentes régions ou pays en Europe rendent compte de traditions archi-
tecturales multiples ainsi que d?innovations techniques permettant de s?adapter
aux conditions locales changeantes.
? Les maisons méditerranéennes face aux chaleurs
Dans certaines régions soumises à de fortes chaleurs, notamment dans le bassin
méditerranéen, les bâtiments sont conçus pour lutter contre les longues chaleurs
estivales. Les maisons peuvent par exemple être recouvertes de chaux blanche
afin de conserver au mieux la fraîcheur (cf.figure F4). En effet, la couleur blanche
réfléchit la lumière, évite d?emmagasiner de l?énergie, rendant les maisons plus
fraîches plus longtemps.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
188
Figure F 4 : Maison blanche
en Méditerranée.
Source : © Anaïs Duvernoy.
En Provence, les maisons sont équipées de volets extérieurs, que les habitants
ouvrent et ferment selon l?ensoleillement pour limiter le réchauffement. Par ail-
leurs, les mas provençaux (cf.figure F5) ont une taille de fenêtre réduite, rédui-
sant ainsi le ratio de surface vitrée, ce qui permet de limiter le réchauffement
induit par l?impact des rayons solaires.
Figure F 5 : Mas provençal
aux fenêtres étroites.
Source : © Florence Duvernoy.
Une autre méthode utilisée de longue date pour réguler la température intérieure
des bâtiments est la construction de murs épais à partir de matériaux ayant une
forte inertie thermique. L?architecte autrichien Dietmar Eberle a repris ce principe
pour concevoir des bureaux dans lesquels la température oscille entre22 et 26oC,
quelle que soit la température extérieure (cf.figure F6). Les murs extérieurs sont
maçonnés de blocs de terre cuite et sont épais de80cm. Cette caractéristique
confère au bâti une forte inertie thermique, capable de stocker la chaleur ou la
fraîcheur pour les restituer ensuite. Les apports de chaleur sont fournis par les
occupants, les équipements de bureautique et les apports solaires. Ce bâtiment
n?a pas de système de chauffage ou de rafraîchissement mécanisé. La consom-
mation d?énergie est donc diminuée, en régulant de manière efficace la tempéra-
ture à l?intérieur du bâtiment, assurant ainsi le confort des habitants.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
189
Figure F 6 : bâtiment2226 conçu
par D.Eberle.
Source : © WikimédiaCommons.
? Des systèmes de ventilation sobres et performants
L?utilisation de techniques dédiées au rafraîchissement passif des bâtiments
permet d?assurer le confort thermique en cas de forte chaleur en même temps
que de garantir une consommation d?énergie minimale.
Dans des pays très chauds comme l?Iran ou l?Égypte, des constructions tradition-
nelles présentent des bâdgirs (cf.figure F7) ou attrape-vents depuis plusieurs
millénaires. Ces tourelles à vent sont une forme de climatisation écologique
adaptée au climat aride et très efficace, et dont le dimensionnement dépend de
la taille du bâtiment. Le vent s?engouffre par les ouvertures de la tour et descend
le long du conduit jusqu?à la partie la plus basse (et la plus fraîche) du bâtiment.
Ce conduit peut être équipé de jarres poreuses remplies d?eau, au travers des-
quelles passe le flux d?air, se rafraîchissant ainsi progressivement. L?air chaud,
qui est plus léger, remonte en sens inverse au travers d?un deuxième conduit de
la cheminée. Ce système est parfois complété d?un bassin d?eau situé à la base,
ce qui baisse davantage la température de l?air.
Figure F 7 : Un bâdgir : système
de refroidissement naturel typique
du désert iranien.
Source : © Flickr/dynamosquito.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
190
Cette méthode traditionnelle de rafraîchissement de bâtiment est réutilisée dans
l?architecture moderne, et de nombreux bâtiments construits en Europe reprennent
ce principe de tours à vent tels que l?université de Lanchester en Angleterre ou
l?école Jaer en Norvège. Un exemple récent de construction s?appuyant sur le prin-
cipe du tirage thermique
Conclusion
Le développement de l?approche bioclimatique en architecture permet de renou-
veler le regard sur les constructions traditionnelles. L?architecture bioclimatique
intègre dans ses choix techniques des informations concernant les apports éner-
gétiques issus du climat local, l?évaluation des risques climatiques et de leur
évolution, ainsi que les conditions de l?environnement extralocal au bâti. La réap-
propriation des savoirs traditionnels permet de limiter la standardisation des
constructions qui n?intègre pas les variations locales relatives aux lieux d?implan-
tation des bâtiments. L?un des écueils à éviter dans la reproduction des choix
architecturaux traditionnels est de négliger la variation climatique future. Il est
important d?intégrer les prévisions climatiques, car les risques de mal-adaptation,
notion mise en avant dans le dernier rapport du GIEC, se font sentir lorsque sont
appliquées des techniques architecturales ancestrales dans des lieux où le climat
est en forte évolution. Les changements à venir doivent conditionner l?utilisation
de techniques originaires de régions dont le climat correspond au climat à venir,
plutôt que de techniques provenant de régions dont le climat ne ressemble qu?à
la réalité immédiate. Il est ainsi intéressant de construire dès aujourd?hui avec
les techniques traditionnelles méditerranéennes dans des latitudes plus hautes,
pour se protéger de la chaleur.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
191
L?îlot de fraîcheur urbain, un exemple à Échirolles (38)
Des solutions d?adaptation fondées sur la nature :
l?exemple de la transformation de la cour et les abords
de l?école Marcel-David en îlot de fraîcheur urbain,
Échirolles (38).
Christophe Romero,
Directeur adjoint Ville durable, ville d?Échirolles
Éléments de contexte
Située en fond de vallée, au coeur de la métropole grenobloise, Échirolles (37 000habi-
tants) est particulièrement exposée au réchauffement climatique, deux fois plus
rapide dans les Alpes qu?ailleurs en Europe, avec pour conséquences :
? la multiplication et l?intensification des épisodes de surchauffe estivale ;
? l?aggravation des phénomènes d?îlot de chaleur urbain (ICU) ;
? l?érosion progressive de la biodiversité (faune et flore) et des ressources en eau ;
? la détérioration des conditions de vie et de santé des habitants, particulière-
ment des publics les plus vulnérables (personnes âgées, malades, etc.).
Engagée de longue date dans une politique ambitieuse de transition écologique,
la ville a entrepris, dès2019, d?identifier et de caractériser avec l?aide d?un géo-
graphe climatologue les phénomènes d?îlot de chaleur urbain (ICU) et de surchauffe
estivale à l?oeuvre sur son territoire, pour s?adapter aux évolutions climatiques.
Un réseau de mesure, constitué d?une trentaine de capteurs couplés à deux sta-
tions météorologiques semi-professionnelles, a ainsi été déployé sur l?ensemble
de la commune. L?analyse des données recueillies a permis d?établir une carto-
graphie précise de l?ICU, et de déterminer les secteurs les plus exposés, en vue
d?engager des actions prioritaires d?adaptation.
Parmi ces secteurs figure le quartier de la Ponatière, caractérisé par une forte
minéralisation des sols, une faible fraction de végétation, ainsi qu?une grande fer-
meture du tissu urbain générant un important effet de « canyon », qui empêche la
circulation des vents et contribue, avec les matériaux de sols, à piéger le rayon-
nement infrarouge.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
192
Figure F 8 : Carte de l?îlot de chaleur urbain à Échirolles (été2020).
Source : © Xavier Foissard/ville d?Échirolles.
Figure F 9 : L?îlot Marcel-David avant les travaux en2020.
Source : © Ville d?Échirolles.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
193
Au coeur de la Ponatière, l?îlot formé par la cour de l?école élémentaire Marcel-David
et ses abords (terrain de sport, pourtour d?un gymnase) a été identifié comme
un site offrant, de par ses caractéristiques (superficie de8 300m² environ, pro-
priété de la ville), un terrain propice à l?expérimentation de solutions d?adaptation
fondées sur la nature, susceptibles d?influer sur les phénomènes de surchauffe
estivale et d?ICU observés àl?échelle du quartier.
Le projet de transformation de la cour
et de ses abords en îlot de fraîcheur urbain
Lauréat en2022 des premiers trophées de l?adaptation au changement clima-
tique Life ARTISAN, le projet a pour objectif la transformation de la cour de l?école
Marcel-David et de ses abords en un îlot de fraîcheur urbain de proximité.
Figure F 10 : Projet d?aménagement de la cour et des abords de l?école Marcel-David ?plan
de masse.
Source : © Romain Allimant paysagiste/ville d?Échirolles.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
194
Répondant à des enjeux à la fois environnementaux, urbains, pédagogiques, mais
aussi professionnels, l?opération a consisté à :
? désimperméabiliser les sols, en ramenant la part de surfaces minérales de95 %
à27 %, l?enrobé originel étant remplacé par différents revêtements (sablé naturel,
gazon, pavés enherbés, copeaux de bois) qui facilitent la captation et l?infiltra-
tion naturelle de l?intégralité des eaux de pluie (toitures et sol) pour limiter l?ac-
cumulation de chaleur mais aussi les apports et la consommation d?eau pour les
végétaux. Les eaux de pluie récupérées en toiture de deux préaux permettent éga-
lement d?alimenter une mare pédagogique ainsi qu?une cuve de stockage desti-
née à l?arrosage de jardins potagers ;
? renaturer très fortement les espaces avec une vingtaine d?essences diversifiées
et adaptées à l?évolution du climat (érables, chênes, cyprès, aulnes, orangers des
Osages, arbres de Judée, mûriers blancs, etc.), et préserver la trentaine d?arbres
existants, afin d?offrir un lieu refuge pour la faune et la flore, avec :
? la plantation de 90arbres (hautes tiges et cépées), devant offrir à maturité un
couvert végétal d?environ4 600m² (soit 55 % de la superficie totale de l?îlot) ;
? la plantation de 875arbustes, pour constituer des haies notamment le long
des clôtures ;
? l?aménagement de1 650m2 de pelouses et 875m2 de surface en copeaux
de bois ;
? la création de nouveaux habitats pour la faune : une mare de60m², une
dizaine de nichoirs à oiseaux, un nichoir à chauves-souris, ainsi que deux hôtels
à insectes ;
Figure F 11 : Chantier de plan-
tation avec les enfants de
l?école ?novembre2021.
Source : © Ville d?Échirolles.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
195
? sensibiliser les différents publics et usagers de l?école et plus largement du
quartier (élèves, parents, habitants) aux enjeux du réchauffement climatique, de
la préservation des ressources en eau et de la biodiversité, avec :
? l?installation, sur la clôture extérieure ceinturant l?îlot scolaire et pendant toute
la durée des travaux, d?une exposition présentant le projet, accompagnée d?un
parcours et d?un livret d?énigmes pour les enfants ;
? des activités éducatives, accompagnées pendant deux années scolaires par
France Nature environnement Isère, qui ont touché 200enfants chaque année ;
? un chantier de plantation d?arbres, arbustes et vivaces par les enfants, encadré
par les entreprises et le service des espaces verts de la ville ;
? l?aménagement d?un espace pour apprendre à jardiner ;
? la création d?une mare pour observer la faune et la flore aquatiques ;
? la constitution, enfin, d?un arboretum, pour valoriser le patrimoine arboré.
? proposer des aménagements bénéficiant à un large public, en ouvrant davan-
tage l?îlot sur son quartier, tout en créant, après un travail sur les usages, une
distinction entre des espaces contrôlés (cour d?école), des espaces semi-ouverts
(terrain de sport, accessible aux élèves mais aussi aux habitants en dehors des
temps scolaires), et des espaces totalement ouverts (allée et placette plantées) ;
? faire évoluer les pratiques professionnelles de conception et de gestion des
espaces publics.
Figure F 12 : Mare pédagogique.
Source : © Ville d?Échirolles.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
196
Conduite du projet et facteurs de réussite
Cette action concrète et intégrée, au service d?une stratégie globale d?adaptation
au réchauffement climatique, a fait dès le départ l?objet d?un large consensus, d?un
portage politique fort et d?une mobilisation constante des services communaux.
Sa réussite tient à la fois à :
? son inscription dans la « feuille de route » que constitue le plan climat air énergie
territorial 2020-2026 de la commune (volet « adaptation ») ;
? l?implication des équipes pédagogiques dans la conception du projet ;
? un pilotage technique en mode projet, avec la constitution d?une équipe dédiée
réunissant différents services communaux concernés : directions de la ville durable
(pilote du projet), des services techniques, de l?éducation, de la prévention et de
la sécurité ;
? la mobilisation de prestataires apportant des compétences complémentaires :
paysagiste-concepteur (Romain Allimant), agence spécialisée dans les démarches
de concertation et de communication (WZA), association de protection de la nature
et de l?environnement pour l?accompagnement pédagogique(France Nature envi-
ronnement Isère) ;
? la mobilisation de plusieurs sources de financement : Agence de l?eau Rhône-
Méditerranée-Corse à travers l?appel à projets « Aménagez un coin de verdure pour
la pluie » (projet lauréat en2020), et l?État à travers le Plan de relance.
Suivi et évaluation du projet
Une évaluation de l?opération sur la durée va être conduite par l?équipe projet,
portant sur :
? la pérennité et la facilité d?entretien des différents revêtements de sols, des
mobiliers urbains mis en place, des espèces végétales implantées, etc. ;
? l?impact des aménagements sur l?intensité des phénomènes de surchauffe esti-
vale et d?îlot de chaleur, avec la poursuite des mesures de température et l?ana-
lyse à intervalles réguliers des données recueillies ;
? les actions pédagogiques et d?animation en lien avec la biodiversité et le chan-
gement climatique ;
? les besoins d?ajustement en cas d?aggravation du phénomène d?îlot de chaleur :
augmentation de la surface végétalisée du fait de la réversibilité de certains amé-
nagements (plateau sportif).
Les résultats escomptés : à terme, les travaux réalisés doivent permettre d?abais-
ser l?intensité de l?îlot de chaleur urbain, aujourd?hui à un niveau élevé (pics à
+3,4oC par rapport au point de référence), à un niveau modéré (entre +1,8
et +2,2oC), beaucoup plus tolérable pour les habitants. Les aménagements
doivent également favoriser le développement de la biodiversité, par la création
d?un îlot fortement végétalisé : le site doit progressivement offrir un lieu de vie à
différentes espèces (oiseaux, insectes, grenouilles et crapauds, chauves-souris)
et un espace de transition vers l?un des plus grands parcs de la ville, distant de
quelques centaines de mètres. Le couvert végétal doit fournir à terme de l?ombre
et de la fraîcheur aux habitants.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
197
Figure F 13 : La cour de l?école transformée en îlot de fraîcheur.
Source : © Ville d?Échirolles.
Figure F 14 : Vue aérienne de l?îlot Marcel-David après les travaux (juin2022).
Source : © C.Weller/ville d?Échirolles.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
198
D?ores et déjà, les aménagements ont permis d?ouvrir davantage l?îlot « scolaire »
sur le quartier, autorisant une plus grande variété d?usages par différents publics
et contribuant à faire de ce lieu un refuge de proximité pendant les épisodes de
forte chaleur. Très bien accueillis par les enfants, leurs parents et les riverains,
ils contribuent à l?amélioration du cadre de vie mais également à la revalorisa-
tion de l?image du quartier.
Le « démonstrateur » que constitue cette opération doit servir à la définition d?une
stratégie de réplication progressive à d?autres cours d?écoles particulièrement
exposées aux phénomènes de surchauffe estivale et d?îlot de chaleur urbain.
? Chiffres clés :
Calendrier de réalisation :
? études de cadrage/préopérationnelles : 2019-2020 ;
? études de maîtrise d?oeuvre : 2020-2021 ;
? travaux d?aménagement : début juillet2021-mars2022.
Surface traitée : 8 340m² environ.
Budget : 1 100 000¤ (TTC).
Subventions : agence de l?eau(413 191¤) et État(218 750¤).
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
199
Paris face aux vagues de chaleur
Les vulnérabilités et robustesses du 13earrondissement
face aux vagues de chaleur
Pauline Calvier, Justine Guérin,
Esther Loiseleur,
Ville de Paris
Alexandre Florentin,
Conseiller municipal de Paris
Étudier la résilience du 13earrondissement de Paris
aux vagues de chaleur
La ville de Paris vit déjà les conséquences du changement climatique, avec une
vulnérabilité particulière aux vagues de chaleur. D?après le diagnostic climat publié
en2021 par la ville, le climat de Paris pourrait devenir l?équivalent de celui de Séville
en2050 1. Dans les décennies à venir, les vagues de chaleur vont se multiplier et
atteindre des intensités inédites 2. Ces vagues de chaleur d?une ampleur inconnue
jusqu?alors représentent un risque sanitaire, économique et social majeur, aux
implications systémiques : mortalité accrue des personnes vulnérables, risques en
cascade sur les activités économiques et les infrastructures critiques (télécoms,
électricité, eau?). De plus, ces épisodes sont aggravés dans les zones d?îlot de
chaleur urbain (ICU), caractérisé par un moindre niveau de refroidissement noc-
turne en période de très forte chaleur, principalement dans les zones urbaines for-
tement minéralisées. Il existe un consensus parmi les experts sur le fait que les
vagues de chaleur représentent l?aléa climatique le moins bien anticipé au niveau
de la ville de Paris : à terme, c?est l?habitabilité même de certaines parties de la
ville qui pourrait être remise en cause par ces épisodes extrêmes. Cette situation
d?impréparation fait écho à celle de nombreux autres territoires, et souligne l?ur-
gence de penser des plans d?adaptation aux risques liés aux extrêmes de chaleur.
1. Paris face aux changements climatiques, 2021 https://www.paris.fr/pages/
paris-s-adapte-au-changement-climatique-18541
2. Dans un scénario de réchauffement intermédiaire, en2085, les Parisien.ne.s devraient connaître, par
année, environ34jours avec une température supérieure à30oC, soit une augmentation de prèsde20jours
par an par rapport aux années2010.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
200
? Méthodologie
L?étude résumée ici 3 se concentre sur le 13earrondissement de Paris, un arron-
dissement choisi pour sa taille 4 ainsi que sa diversité socioculturelle et archi-
tecturale, qui offrent une image assez représentative des enjeux pour la ville de
Paris. Cette enquête a permis de tirer plusieurs leçons sur l?urgence à s?empa-
rer, à l?échelle des villes et des quartiers, de la question de la préparation aux
extrêmes de chaleur.
Ce travail s?inscrit dans la continuité du diagnostic de vulnérabilités et de robus-
tesses de Paris face aux changements climatiques, publié par la ville de Paris
en septembre2021. Il vise à établir un diagnostic spécifique sur les vagues de
chaleur, à la fois localisé et centré sur les retours d?expérience de terrain. Une
méthodologie basée sur des entretiens semi-directifs a été retenue afin d?iden-
tifier le niveau de résilience du 13earrondissement face aux vagues de chaleur.
Cette méthode permet à la fois de collecter des retours d?expérience et d?appré-
hender le niveau de compréhension des enjeux d?acteurs locaux publics (RATP,
écoles?) et privés (EHPAD, commerçants?). Les entretiens ont été réalisés à
l?automne2021 par les trois auteurs principaux de l?étude. Cette étape de dia-
gnostic est fondamentale pour mener, dans un second temps, une réflexion per-
tinente sur l?adaptation du 13earrondissement de Paris ?et, plus largement, des
grandes villes face aux vagues de chaleur et épisodes caniculaires.
? Les grandes leçons du rapport : vulnérabilités et robustesses
du 13earrondissement face aux vagues de chaleur
Le rapport a permis de dégager cinq grands enseignements quant à la préparation
du 13earrondissement aux vagues de chaleur. Nous proposons ici de les aborder
de manière synthétique, tout en illustrant nos propos à travers des exemples issus
de l?enquête (menée, rappelons-le, avant l?été2022).
? Les canicules précédentes, notamment celle de2003, ont déjà changé les
pratiques de plusieurs acteurs, mais le référentiel d?action reste fondé sur des
épisodes passés et non sur les projections des canicules futures
Il est certain que, depuis2003, la capacité à gérer les canicules, à l?échelle de la
capitale, s?est améliorée. Depuis cet épisode, un plan canicule national a été créé
avec la mise en place à Paris du fichier « REFLEX » 5, qui permet de recenser et
de venir en aide aux personnes vulnérables sur le territoire parisien. Néanmoins,
3. « Vulnérabilités et robustesses du 13earrondissement face aux vagues de chaleur ». Parution prévue en2023.
4. Le treizième arrondissement. est l?un des plus grands arrondissements de Paris avec ses 715hectares
(8,2 % du territoire parisien). Il abrite 180 635habitants, soit 8,3 % de la population parisienne en2018.
5. https://www.paris.fr/pages/en-ligne-avec-les-personnes-fragiles-pendant-la-canicule-8156
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
201
dans la pratique, ce type de dispositif semble encore difficilement atteindre les
publics vulnérables 6.
Plusieurs acteurs restent persuadés que nous ne revivrons plus, à Paris, une cani-
cule aux conséquences de même ampleur que celle de l?été2003, alors que ce
type de canicule jugée extrême risque de devenir une nouvelle norme pour les
étés parisiens 7. On peut alors s?interroger sur la durabilité de tels dispositifs
de crise, si les canicules comme celle de2003 en viennent à devenir un phéno-
mène quasi annuel pour la capitale d?après les projections du dernier diagnos-
tic climat de la ville de Paris. Plus généralement, la tendance actuelle à fonder
les politiques d?adaptation sur l?expérience des épisodes passés de vagues de
chaleur et de canicules nous semble une démarche questionnable, au vu des ten-
dances actuelles.
? Une conscience diffuse des risques liés aux vagues de chaleur futures,
mais sans réelle capacité de projection
Tous les acteurs interrogés semblent conscients du fait que le climat va évoluer
en raison du changement climatique ; toutefois, peu d?entre eux parviennent à
se projeter dans ce nouveau régime climatique. Certains remarquent déjà que le
climat change, et que dès lors, de nombreux acteurs font face à des situations
inédites. De plus, tous les acteurs semblent avertis de l?augmentation de la fré-
quence et de l?intensité des vagues de chaleur. Ainsi, un enquêté de la gare
d?Austerlitz indiquait que certaines mesures seraient probablement revues si les
épisodes caniculaires venaient à se multiplier.
Lorsqu?un exercice de projection avec un scénario de dôme de chaleur similaire à
celui qu?a subi l?Ouest canadien l?été dernier, avec des températures atteignant
les50oC et une durée exceptionnelle a été conduit, aucun n?a remis en cause
l?éventualité que la ville de Paris connaisse ce type de températures dans les pro-
chaines années. Néanmoins, un certain nombre d?acteurs interrogés ont montré
une difficulté, parfois émotionnelle, à se projeter dans des scénarios de ce type.
? Un manque d?anticipation généralisé des effets de seuil
et des risques en cascade
L?enquête a révélé que les effets de seuil liés aux températures restaient encore
méconnus et trop peu pris en compte. Parfois, les températures seuils sont connues
des professionnels, mais, en raison d?un manque d?information, de temps, de
moyens ou de capacité de projection dans le climat futur, aucun protocole de
réponse n?est prévu en cas de franchissement de ces températures. Par exemple,
6. D?après les chiffres transmis par les services de la mairie du 13earrondissement, même avant la pan-
démie, le nombre maximum de personnes accueillies simultanément montait à quatre (essentiellement des
seniors), alors que la mairie avait à cette époque une capacité d?accueil d?une quarantaine de personnes
dans ces salles rafraîchies.
7. Voir Paris face aux changements climatiques, 2021 (op. cit.).
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
202
la plupart des acteurs n?ont pas le réflexe de mesurer la température dans leurs
locaux lors d?épisodes caniculaires 8. Plusieurs opérateurs de réseaux semblent
ne pas avoir intégré cette pratique : ainsi, il n?existe pas de relevés de la tem-
pérature ni dans les rames ni dans la gare d?Austerlitz. S?agissant d?un hôpital
privé, aucun plan de continuité d?activité n?a été prévu en cas de dépassement
de la température maximale supportée par les groupes froids, situés en extérieur.
De plus, les effets systémiques ainsi que les effets en cascade (ou « effets
dominos ») engendrés par la canicule sont insuffisamment pris en compte : la fer-
meture d?écoles et de crèches, dysfonctionnements du réseau de transports en
commun? La question du travail en extérieur (BTP, entretien, propreté, espaces
verts, encombrants?) reste également peu prise en considération. Des travaux
en extérieur pourraient être limités (par exemple, report au lendemain matin du
déblaiement du marché) voire reportés, ce qui pourrait s?avérer problématique
en cas de canicule longue. Les services enquêtés ne semblaient pas prendre en
compte dans leurs plannings de travaux les conséquences des fortes chaleurs
sur des périodes prolongées.
? Des acteurs souvent démunis face à des canicules
à la fois plus longues et plus précoces
Selon beaucoup d?acteurs interrogés, la durée de la canicule et le moment où
elle se produit sont des facteurs déterminants pour apprécier le niveau de risque
de l?événement. En effet, pour le corps humain, les bâtiments ou les réseaux
électriques, plus la chaleur dure, plus la vulnérabilité augmente. Si l?on prend
l?exemple des bâtiments, les solutions de rafraîchissement passives ne sont effi-
caces que sur des épisodes caniculaires d?une durée inférieure à quinze jours :
au-delà, la climatisation deviendra une nécessité pour atteindre des tempéra-
tures de confort. À partir d?une moyenne de3jours à plusde30oC en journée
et 20oC la nuit, le réseau électrique est sous tension du fait de l?accumulation
de la chaleur dans le sol.
De plus, certains acteurs ont insisté sur la prise en considération de la période à
laquelle la canicule était susceptible de survenir. En effet, si la vague de chaleur
arrive au mois de juin, de septembre ou en plein mois d?août, les impacts ne seront
pas les mêmes. Ainsi dans les EHPAD, les vagues de chaleur précoces, dès le
mois de juin, posent des problématiques de ressources humaines. De même, une
canicule précoce dès le mois de juin, avant les vacances d?été, pourrait s?avérer
éminemment problématique pour les établissements scolaires : on se rappelle les
conditions de passage du baccalauréat2022, avec des salles à35oC. D?après
notre enquête, aucun protocole n?existe actuellement à l?échelle de l?Éducation
nationale ou de la ville de Paris pour faire face aux vagues de chaleur, pourtant
amenées à se multiplier.
8. Parmi les acteurs interrogés, seuls les EHPAD, les crèches et les commerces d?alimentation pratiquent
des relevés de température de manière systématique.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
203
? La dépendance à l?électricité, un enjeu vital en partie maîtrisé
Lors des entretiens, l?une des craintes récurrentes était celle d?une défaillance du
réseau électrique. Toutefois, celle-ci semble en partie maîtrisée par les acteurs de
l?énergie (RTE et Enedis) à l?échelle locale. Aujourd?hui, à Paris, le fonctionnement
du réseau froid, du réseau d?eau, des réseaux de transport ou de télécommuni-
cation repose sur l?énergie électrique. D?autres acteurs, comme la RATP, tendent
à devenir de plus en plus dépendants de l?électricité avec le plan d?électrification
des bus à l?horizon2030. De plus, de nombreux équipements publics, parapu-
blics et privés viendraient à être impactés par des défaillances du réseau élec-
trique, comme les missions funéraires, les piscines ou les hôpitaux et EHPAD 9.
Enfin, les commerçants seraient contraints de fermer boutique en cas de ruptures
d?approvisionnement en électricité, en raison de leurs besoins en climatisation
comme des besoins spécifiques à l?activité. Pour les restaurants, par exemple,
la fermeture serait inévitable en cas de défaillances.
Toutefois, des entretiens avec des acteurs locaux de RTE et Enedis révèlent leur
confiance dans les capacités de résilience du réseau face aux vagues de chaleur
actuelles. Enedis, par exemple, est doté d?un plan d?adaptation lui permettant
d?assurer une continuité d?activité en cas de canicules comme celles que nous
connaissons jusqu?à présent, y compris en modélisant une hausse de la demande
en énergie liée à la climatisation. Toutefois, la question de la résilience du réseau
face à des canicules longues (3à 4semaines) avec des chaleurs extrêmes
(40-50oC) ne semblait pas avoir fait l?objet d?un travail spécifique. La question
des étiages semble aussi sous-estimée, ce qui est un problème au niveau natio-
nal confirmé par les événements de l?été2022.
Encadré 4
Recommandations : travailler collectivement à différentes échelles
pour renforcer les mesures d?adaptation aux canicules :
1. Acculturer les citoyens et les responsables politiques à la gestion de crise
Une des principales explications du manque d?anticipation et de préparation
face à ce nouveau régime climatique pourrait venir du fait que la culture de
la gestion de crise, notamment relative aux événements climatiques, n?est
pas suffisamment intégrée à Paris et, plus généralement, en France. De
même, le personnel politique et les services de la ville se sont avérés peu
acculturés aux conséquences du changement climatique, et notamment sur
leur dimension exponentielle et nonlinéaire. La conscience des efforts à
mener en matière d?atténuation des émissions de gaz à effet de serre, de
mieux en mieux intégrée, ne peut pas remplacer une culture de l?adaptation
et de la gestion de crise. Il existe un réel besoin de formation et d?informa-
tion si l?on veut faire face aux extrêmes de chaleur à venir.
9. Il faut toutefois rappeler que les EHPAD et les hôpitaux disposent de groupes électrogènes et sont consi-
dérés comme des clients sensibles par Enedis.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
204
Jusqu?à présent, aucun exercice de gestion de crise sur les vagues de cha-
leur n?avait été mis en oeuvre par la ville, contrairement à d?autres sujets
comme les crues et inondations, qui avaient fait l?objet par exemple de
l?exercice de gestion de crise « Sequana 15/18 » 10. Un premier exercice
« Paris à50degrés » est prévu pour deux quartiers de Paris 11 le 13octobre
2023. Cet exercice fera suite à la mission d?information et d?évaluation
(MIE) « Paris à50degrés », en cours, qui donnera suite à des recomman-
dations votées au consensus par les élus de la ville.
2. Un nécessaire travail d?anticipation impliquant les acteurs de manière
systémique, du local au national :
Alors que l?enquête révèle une volonté de la majorité des acteurs d?agir
pour s?adapter aux canicules, il s?agit désormais d?impulser un travail
collectif, afin d?organiser une réponse plus efficace face à ces extrêmes
plus intenses et fréquents. De nombreux acteurs, comme les EHPAD, le
secteur du bâtiment ou la RATP, soulignaient également leur volonté de
s?impliquer dans un travail de réflexion collective systémique, en lien avec
la mairie du 13earrondissement, ainsi que leur envie de participer à de
futurs exercices de gestion de crise dédiés au risque canicule. Ainsi, tout
un travail d?anticipation et de sensibilisation des citoyens et des différents
corps professionnels reste à mettre en oeuvre. Un employé d?une école
primaire soulignait par exemple le manque d?un plan de prévention cani-
cule à l?échelle de l?Éducation nationale pour les personnels scolaires 12.
3. Capitaliser sur les solutions existantes et mettre en place des processus
de sensibilisation et des espaces de délibération citoyenne :
De nombreuses solutions 13 existent déjà pour rendre le territoire plus rési-
lient face aux canicules : végétalisation et solutions fondées sur la nature,
revêtements antichaleur, ombrières et mobilier urbain innovant, isolation
des bâtiments mettant l?accent sur le confort d?été à l?échelle du loge-
ment ainsi qu?à la préservation de brises thermiques à l?échelle d?un bloc
de logements ou d?un quartier? Ainsi, des mesures fortes seront implé-
mentées dans le futur PLU bioclimatique de Paris, avec une ambition ren-
forcée sur la gestion du risque canicule grâce à la mission d?information
et d?évaluation « Paris à50degrés ». Elles devront ensuite être traduites
10. https://www.prefectures-regions.gouv.fr/ile-de-france/Documents-publications/
Pref-Actualites/2018/19-decembre/Exercice-Sequana-15-18-anticiper-la-gestion-d-une-crue-majeure
11. https://www.sortiraparis.com/actualites/a-paris/articles/282393-rechauffement-climatique-bientot-un-
exercice-de-crise-paris-50-degres
12. Une journée d?auditions « L?école à50degrés » a été organisée par l?Assemblée nationale le
14décembre2022.
13. Voir par exemple les cahiers de l?APUR sur l?îlot de chaleur urbain à Paris ainsi que la publication de
l?ADEME « Rafraîchir les villes : des solutions variées » (2021).
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
205
en actions concrètes à l?échelle des arrondissements. L?adaptation des
modes de vie et l?acculturation des citoyens aux bons gestes à adopter
en périodes de fortes chaleurs sont également un enjeu clé. Tout comme
la concertation démocratique, qu?il faudrait mettre en place pour débattre
des mesures à privilégier à l?échelle d?un bâtiment, d?une rue ou d?un quar-
tier, à l?image de la consultation « Paris agit pour le climat » ou des consul-
tations organisées par la ville de Paris autour du futur PLU bioclimatique.
Comme le révèle cette étude de cas, la puissance publique a un rôle crucial à
jouer, de l?échelle locale d?un arrondissement à l?échelle étatique, en passant par
celle de la ville, de la région ou de la métropole. Pour augmenter la résilience de
nos territoires face aux vagues de chaleur à venir, il n?existe qu?une seule solu-
tion viable : anticiper, et planifier la résilience de la ville de demain en fonction
des évolutions du climat futur ?et non d?un climat passé stable, qui appartient
à un temps déjà révolu.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
206
Stratégies d?adaptation des transports
aux impacts des vagues de chaleur
Teodora Popescu,
Direction générale des infrastructures,
des transports et des mobilités (DGITM)
Grâce aux contributions de :
David Courteille, Régis Coene,
Régie autonome des transports parisiens (RATP)
Valérie Darmaillacq, Clément Philippe, Christelle Mary,
SNCF Voyageurs
Et de :
SNCF Réseau
Société du Grand Paris
Voies navigables de France
DGITM
CEREMA
Études de vulnérabilité pour cartographier les risques
La première étape avant l?établissement d?une stratégie d?adaptation est la réa-
lisation d?une étude de vulnérabilité de l?infrastructure de transport considérée.
Le CEREMA a élaboré en2015 et mis à jour en2019 une méthodologie d?ana-
lyse des vulnérabilités au changement climatique des infrastructures de trans-
port. Plusieurs acteurs du transport (SNCF Réseau, la Société du Grand Paris, des
acteurs routiers tels que la direction interdépartementale des routes sur la zone
méditerranéenne, des grands ports maritimes) ont appliqué cette méthodologie
pour cartographier les risques présents sur leur infrastructure. Dans le cas de
SNCF Réseau et des gestionnaires routiers, les études sont effectuées à l?échelle
de zones géographiques. La RATP a également effectué plusieurs études de vul-
nérabilité à l?échelle du bassin francilien. Toutes ces études prennent en compte
l?impact de plusieurs aléas sur l?infrastructure, dont les risques liés à la hausse
de la fréquence et de l?intensité des vagues de chaleur.
Actions d?adaptation pour les transports ferroviaires et guidés
? Adaptation du réseau
Adaptation au phénomène de dilatation des rails
Pour limiter le phénomène de dilatation des rails, plusieurs solutions sont pos-
sibles. Il est par exemple possible de modifier la mise en oeuvre du rail afin d?aug-
menter la température maximale supportée par celui-ci avant que sa dilatation ne
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
207
représente un risque. C?est ce qu?a fait SNCF Réseau sur les rails de type longs
rails soudés depuis la canicule de2003. Une autre solution est de remplacer les
traverses en bois par des traverses en béton de classe supérieure sur les zones
aériennes. C?est la solution privilégiée par la RATP aujourd?hui. La même approche
a été adoptée par la Société du Grand Paris (SGP) dans la construction du Grand
Paris Express. SNCF Réseau a également remplacé les traverses en bois par des
traverses en béton sur de nombreuses portions du réseau.
Depuis2019, la RATP a également mis en place des modèles prédictifs de la
température du rail, qui permettent d?estimer précisément sur quelle portion du
réseau des limitations de vitesse doivent être mises en oeuvre. Ces modèles se
basent sur des relevés de température effectués par des capteurs connectés
installés sur le rail en différents points du réseau. SNCF Réseau a également
équipé certaines portions de voies de capteurs connectés pour prévoir les limi-
tations de vitesse.
Puisqu?un risque de dilatation des rails subsiste même avec les limitations de
vitesse préventives, une surveillance accrue des voies, via des tournées de contrôle,
est également nécessaire pendant les périodes de fortes chaleurs. Ainsi, la RATP
a mis en place des tournées de maintenance spécifiques pour détecter à pied
d?oeuvre d?éventuelles déformations des voies aériennes ou prévenir leur appa-
rition. Les « tournées chaleur » mises en oeuvre par SNCF Réseau poursuivent le
même objectif.
Figure F 15 : Voie ferrée avec traverses en béton.
Source : © Arnaud Bouissou/Terra.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
208
Prévention du phénomène de dilatation des caténaires
Comme pour la dilatation des rails, la prévention du phénomène de dilatation
des caténaires se fait grâce à une surveillance accrue du réseau en périodes de
fortes chaleurs. Ainsi, les « tournées chaleurs » effectuées à pied par des agents
SNCF Réseau permettent aussi de vérifier l?état des caténaires. Des solutions
plus modernes, à base de détection informatisée des risques d?incidents, existent
également. Par exemple, un projet d?expérimentation de la détection basse des
contrepoids de caténaire, permettant de détecter à distance la distension des
fils de contact en cas de forte chaleur, a été mené par la RATP. Une vingtaine de
capteurs ont été installés et permettent désormais de suivre les zones les plus
sensibles.
? Prévention des risques sur les ouvrages
La surveillance est un moyen privilégié de prévenir les risques encourus par les
ouvrages en terre du fait des fortes chaleurs. Par exemple, la RATP a affiné son
système de surveillance de ses ouvrages en terre, aboutissant aujourd?hui à une
automatisation de l?analyse des données de surveillance par interférométrie radar
satellitaire grâce à de l?intelligence artificielle. En outre, la RATP a instrumenté
avec des capteurs connectés des ouvrages en terre identifiés comme sensibles,
avec un système de suivi de mesures avec transmission d?alertes. Par ailleurs,
il peut également être mentionné que la RATP a lancé des études avec l?Institut
national de la recherche agronomique (INRAE) pour identifier les dispositifs de
végétalisation les moins sensibles à la sécheresse, afin de limiter les risques
d?instabilités superficielles de talus.
Sur les ouvrages d?art, la prévention des risques dus aux fortes chaleurs passe
par un dimensionnement adapté. Par exemple, en réponse au risque de dégra-
dation des performances des appareils d?appui sur les ouvrages d?art, la RATP
prend désormais en compte des températures maximales plus élevées dans le
dimensionnement des appareils d?appui.
? Adaptation des gares
L?adaptation au changement climatique des gares peut s?effectuer par une prise
en compte du changement climatique au moment de la conception des bâti-
ments ou du renouvellement des équipements. Plusieurs exemples d?adaptation
peuvent être cités dans les gares françaises. Par exemple, la RATP intègre, dans
ses marchés de renouvellement d?équipement, des prescriptions d?adaptation au
changement climatique qui prennent en compte les évolutions de températures
projetées à l?échelle du bassin francilien. La Société du Grand Paris agit sur les
bâtiments des gares dès leur conception, via l?installation d?un filtre solaire sur
les façades, l?isolation et la végétalisation des toitures ainsi que le choix d?un
revêtement de sol à faible effet pour maintenir le confort thermique des usagers.
Les locaux techniques du Grand Paris Express sont également climatisés pour
garantir le bon fonctionnement des équipements informatiques.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
209
? Prévention du risque incendie
En conception, la prévention du risque incendie liée aux fortes chaleurs et séche-
resses passe par des actions telles que le recul des parcelles herbées par rapport
aux voies. En exploitation et maintenance, l?action principale de prévention est
le débroussaillage des abords des voies, qui est par exemple pratiqué par SNCF
Réseau. La Société du Grand Paris (SGP) prévoit également le débroussaillage
des abords des voies et la définition d?une hauteur limite des essences plantées
à proximité, à partir d?un cahier des charges élaboré par la SGP pour le futur main-
teneur RATP-GI.
Cependant, bien que des solutions existent, le groupe SNCF note le défi que
représente le traitement de l?aléa incendie puisque cela nécessite de conjuguer
un débroussaillage des abords des voies pour y éviter la propagation des incen-
dies avec les contraintes réglementaires liées à la préservation de la biodiversité.
? Adaptation du matériel roulant ferroviaire
Installation de climatisation et aérations
En période de fortes chaleurs, le matériel roulant doit être adapté pour assurer le
confort thermique des voyageurs.
Aujourd?hui, 61,5 % des rames de matériel roulant ferroviaire RATP sont pour-
vues de ventilation réfrigérée (i. e.de climatisation). Cela correspond à 36 % des
métros, 100 % des tramways, 100 % des matériels RERA et 80 % des matériels
RERB.Ces chiffres devraient être amenés à 100 % des RER climatisés en2025
et 70 % des métros en2030. Afin d?améliorer le confort des voyageurs dans les
bus en période de fortes chaleurs, la RATP indique que le parc de bus sera clima-
tisé à hauteur de 60 % d?ici 2025.
Le Grand Paris Express sera également équipé de climatisation et de circuits natu-
rels de refroidissement de l?air, qui auront également pour effets bénéfiques une
ventilation propice à la limitation des risques sanitaires.
Sur le parc SNCF Voyageurs, 96 % des TER sont équipés de climatisation, ainsi
que 100 % des TGV, des OUIGO et des Intercités. L?enjeu, pour SNCF Voyageurs,
est à la fois d?installer la climatisation dans les matériels qui n?en sont pas encore
pourvus et d?améliorer la performance de la climatisation et l?évolution du cahier
des charges.
Évolution des cahiers des charges
Pour le transport ferroviaire longue distance, les cahiers des charges pour le
confort thermique ont évolué à la suite de la révision de la norme européenne
de confort thermique sur les trains grandes lignes en2016. SNCF Voyageurs est
allé plus loin que les exigences européennes pour un pays comme la France, en
prenant en compte le climat du sud de la France, plus chaud que le climat moyen
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
210
français, ainsi que les évolutions attendues du climat. Ainsi, la température exté-
rieure à partir de laquelle la climatisation doit être en mesure de fonctionner à
pleine capacité, tout en tolérant un niveau d?encrassement de certains organes
(filtres et échangeurs), est égale à celle exigée pour l?Espagne dans la norme euro-
péenne, soit45oC. De même la température extérieure en condition de limite
d?exploitation, à partir de laquelle l?installation de climatisation peut fonctionner
en mode réduit, est portée à50oC (égale à celle exigée pour l?Espagne dans la
norme européenne). Ce nouveau cahier des charges a vocation à être appliqué
sur tout type de matériel roulant du parc SNCF Voyageurs, au fur et à mesure des
renouvellements.
Opérations de maintenance et de fiabilisation spécifiques
Pour prévenir les problèmes de climatisation dans les trains, SNCF Voyageurs a
mis en place des opérations de maintenance spécifiques à la climatisation en
période estivale, ainsi qu?une hotline spéciale pour le dépannage à distance de
problèmes de climatisation. Le résultat sur l?été2022a été une amélioration du
comportement de la climatisation par rapport aux années précédentes. La RATP a
également mis en place une maintenance anticipée de la climatisation sur certains
matériels métro (lignes2, 5 et 9) sur la période de mars à mai. La maintenance
de la climatisation sur les métros n?est donc plus lissée sur l?année. Des cycles
de maintenance préventifs sont aussi effectués sur le matériel roulant du tramway.
Un travail de fiabilisation du matériel roulant en période caniculaire est égale-
ment engagé par la RATP et inscrit dans le plan canicule2023 du groupeSNCF.
Sur les modèles de métro ferré, les analyses récurrentes de fiabilité effectuées
par la RATP, ainsi que la réalisation au plus tôt de plans d?action ont déjà porté
leurs fruits, ayant notamment permis de passer la dernière période estivale sans
dégradation de la fiabilité.
Enfin, pour le matériel roulant du tramway, la RATP prévoit également un appro-
visionnement en composants plus robustes à la chaleur dans les ateliers de
maintenance.
? Amélioration du confort des voyageurs durant les fortes chaleurs
À bord des trains et en gare, des actions de distribution d?eau sont organisées
en période de fortes chaleurs pour éviter la déshydratation des voyageurs. Les
équipes SNCF Voyageurs distribuent de l?eau gratuitement en période de canicule
dès1heure de retard si la climatisation ne fonctionne pas et dès2heures de
retard si celle-ci fonctionne. Ainsi, durant l?été2022, 70 000bouteilles d?eau ont
été distribuées dans les TER et 270 000 dans les TGV et Intercités. Pour amélio-
rer le confort des voyageurs par temps de canicule, SNCF Gares et Connexions a
également mis en place le dispositif Renfort Eau, dans 24gares, permettant aux
voyageurs de retirer gratuitement une bouteille d?eau dans les Relay. La RATP,
quant à elle, a distribué 100 000bouteilles d?eau entre le12 et le18juillet 2022,
dans une trentaine de gares et stations. Une distribution d?éventails a également
eu lieu sur la ligne5à la même période.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
211
Figure F 16 : Sticker indiquant qu?un RER est équipé de climatisation.
Source : © Arnaud Bouissou/Terra.
Pour éviter aux voyageurs les désagréments liés à la canicule, le plan canicule2023
du groupe SNCF prévoit également de continuer à inviter au report du voyage en
cas de canicule, éventuellement en ciblant certaines catégories de voyageurs,
tels que ceux dont le voyage doit avoir lieu sur une ligne non climatisée ou les
personnes vulnérables.
Figure F 17 : Agents RATP distribuant des bouteilles d?eau et des éventails en gare de
Vincennes pendant l?épisode caniculaire de juillet2022.
Source : © Arnaud Bouissou/Terra.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
212
Actions d?adaptation des routes
Plusieurs solutions existent pour faire face aux impacts des fortes chaleurs sur
l?infrastructure routière. Il existe par exemple des gammes de bitumes adaptés
aux différents climats. Il est donc possible de modifier progressivement les formu-
lations lors du renouvellement des couches de roulement, qui a lieu environ tous
les15ans. Une autre solution est d?utiliser des chaussées de couleur claire, qui
absorbent moins le rayonnement solaire et ainsi chauffent moins. Cela nécessite
un liant clair (bitume dépigmenté, liant biosourcé ou liant hydraulique) et des gra-
nulats clairs. La difficulté est que ces derniers ne sont pas forcément disponibles
partout. D?autres difficultés pratiques se posent lors de l?utilisation de chaussées
de couleurs claires : risque de noircissement de la chaussée en cas de trafic auto-
mobile significatif, risque d?inconfort pour les usagers voire d?atteinte à la sécurité
routière (risque d?éblouissement, manque de contraste par rapport au marquage
au sol). Ainsi, les chaussées claires sont aujourd?hui privilégiées en milieu urbain
pour réduire les îlots de chaleur, notamment pour les trottoirs, espaces publics,
voies piétonnes ou peu circulées et pistes cyclables. Actuellement, il n?y a pas de
perspective de les développer à grande échelle sur les routes. Une solution tem-
poraire, pratiquée par certaines collectivités pour éviter le ressuage, demeure le
blanchissement de la route au lait de chaux. Il s?agit d?un traitement temporaire
qui n?est efficace que pendant quelques jours. Cela a par exemple été pratiqué
en Ille-et-Vilaine durant l?été2022.
Dans son rapport de2020 sur le retour d?expérience sur la canicule de2019, le
CEREMA a également identifié l?exploitation des relevés lidar permettant de déter-
miner la qualité des routes (effectués dans le cadre de la démarche « indice qualité
des routes nationales » ou IQRN) comme un moyen d?identifier et de suivre cer-
taines déformations de la chaussée causées par les fortes chaleurs.
Sur les ouvrages d?art, le CEREMA préconise une surveillance accrue des appa-
reils d?appui lors des conditions de températures extrêmes, conduisant, si néces-
saire, au remplacement préventif de ceux-ci, selon les exigences européennes
(Eurocodes), qui imposent un dimensionnement plus contraignant que les règle-
ments français.
Enfin, il convient de noter que durant les fortes chaleurs, les règlements intérieurs
des directions interdépartementales des routes prévoient des organisations adap-
tées des travaux (décalage le matin, notamment) ainsi que des pauses et la dis-
tribution d?eau. Des casquettes sont aussi prévues pour les agents.
213
Conclusions et perspectives
Conclusions et perspectives
Les conditions météorologiques rencontrées l?été2022 et leurs impacts sur tous
les aspects de notre société et de la nature doivent nous rappeler l?urgence d?agir
sur les deux volets de la lutte contre le changement climatique. Premièrement,
il est aujourd?hui très clair que l?adaptation au changement climatique est indis-
pensable et que nous devons préparer comment vivre le mieux possible dans
le climat futur. Deuxièmement, on n?insistera jamais assez sur la nécessité de
limiter l?impact des activités humaines sur le climat, en réduisant drastiquement
les émissions mondiales de GES de façon à limiter l?ampleur du réchauffement
climatique futur.
Puisque le risque climatique est le produit de trois facteurs, les politiques d?adap-
tation doivent jouer sur les trois tableaux. Bien sûr, il est parfois difficile de classer
telle ou telle mesure dans une seule des composantes du risque : aléa, vulnérabi-
lité ou exposition (figureA3), puis il existe un certain recouvrement. La réduction
de la vulnérabilité, de l?exposition et/ou de l?aléa peut être obtenue par différents
choix de politiques et d?actions au fil du temps.
Les actions de réduction de l?aléa
Les dernières observations et les projections climatiques montrent clairement que
les épisodes caniculaires vont se multiplier d?ici2050. Ils ne seront pour la très
grande majorité d?entre eux pas plus forts en intensité, en durée ou en sévérité
qu?en2003, mais il est possible qu?ils s?en rapprochent ou même les dépassent
dans certaines régions, comme en Bretagne cette année où des records de tem-
pérature ont été battus. Les canicules précoces comme celle de juin2019 ou
juin2022 seront quatre fois plus probables à l?horizon2040, celle de juillet six
fois plus (chapitreB).
Dans le cas de la trajectoire socio-économique parmi celles utilisées par le GIEC
dans ses derniers rapports, la plus sévère (SSP5-8.5), les épisodes de fortes cha-
leurs se multiplieront, auront une intensité bien supérieure, seront plus longs et
dureront tout l?été (90jours).
Réussir à atteindre les objectifs de l?accord de Paris sur le climat par des mesures
d?atténuation et donc limiter la hausse mondiale des températures bien en dessous
de2oC d?ici la fin du siècle, tout en poursuivant les efforts pour ne pas dépas-
ser1,5oC, c?est aussi réduire l?occurrence de vagues de chaleur plus sévères.
Au-delà des mesures d?atténuation qui, en réduisant les causes du changement
climatique, en limitent les conséquences à long terme, la réduction de l?aléa peut
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
214
provenir d?actions d?adaptation, nécessaires sur le court et moyen terme. Ainsi, la
lutte contre les îlots de chaleur urbains tels que décrits dans le chapitreB permet
de limiter les températures extrêmes, réelles et ressenties, notamment en privi-
légiant des solutions d?adaptation fondées sur la nature. Il convient néanmoins
de rappeler que ces dernières ne fonctionnent qu?avec une nature préservée ou
restaurée et à condition que le réchauffement ne soit pas trop fort.
La réduction de la vulnérabilité
Une des façons d?agir pour réduire la vulnérabilité de la population aux vagues
de chaleur est d?étendre les mesures de prévention déjà existantes, au moyen
d?informations répétées sur les bons réflexes à avoir, mais aussi d?alerter le
plus tôt possible de manière que la population prenne les mesures nécessaires
à la réduction de leur vulnérabilité. Ces mesures peuvent être prises également
par les autorités compétentes qui pourront, selon le cas, décider d?interdire une
manifestation sportive ou bien de faciliter le recours au télétravail. Les mesures
préventives peuvent également être des mesures nécessitant un certain investis-
sement dans l?adaptation des structures telles que la mise en place d?aumoins
une pièce rafraîchie dans chaque maison de retraite et logement foyer pour per-
sonnes âgées, tels que prévus dans le plan national canicule de mai2004. Des
mesures similaires sont à étendre par exemple pour les conducteurs de bus ou
de train, lors du renouvellement du matériel roulant.
La réduction de l?exposition
Enfin, les actions d?adaptation peuvent chercher à réduire l?exposition. Par exemple,
il est possible de la diminuer en mettant à jour les différents référentiels techniques
comme il a été fait pour la réglementation régissant les constructions nouvelles.
Ainsi, la RE2020 impose aux futures constructions un niveau de confort thermique
minimum en cas de vagues de chaleur du niveau de celle de2003 (chapitreD).
L?élaboration d?un plan vague de chaleur interministériel permettra de compléter
le plan national canicule jusqu?alors consacré aux impacts sanitaires de manière
à lutter contre l?impact des vagues de chaleur sur la vie quotidienne des Français,
la continuité des services publics essentiels et de la vie économique, ainsi que
la protection des milieux et ressources naturels, tout en gardant les acquis du
plan canicule actuel.
215
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Bibliographie
Rapport d?activité
del?Observatoire
Créé par la loi du 19février 2001, l?ONERC matérialise la volonté du Parlement
et du Gouvernement d?intégrer les effets du changement climatique dans les
politiques publiques environnementales en France métropolitaine et d?outre-
mer. L?ONERC est rattaché au ministère de la Transition écologique et de
la Cohésion des territoires (MTECT) et au ministère de la Transition éner-
gétique (MTE) via le service climat et efficacité énergétique de la direction
générale de l?énergie et du climat (DGEC).
L?orientation de l?action de l?ONERC est assurée depuis2017 (décret no2017-
211 du 20février 2017) par une commission spécialisée dédiée du Conseil
national de la transition écologique présidée par M.Ronan Dantec, séna-
teur de la Loire-Atlantique (arrêté du 14avril 2017). L?ONERC est dirigé par
M.Laurent Michel, directeur général de l?énergie et du climat. Le secréta-
riat général est assuré par M.Éric Brun, assisté de cinq chargés de mission,
dont une adjointe au secrétaire général. L?équipe de l?ONERC a été appuyée
sur la période couverte par ce rapport par une chargée de mission vacataire
et a accueilli plusieurs stagiaires.
L?ONERC a pour missions principales de collecter et diffuser les informa-
tions sur les risques liés au réchauffement climatique et de formuler des
recommandations sur les mesures d?adaptation à envisager pour limiter les
impacts du changement climatique. Il assure également, depuis sa création,
la fonction de point focal de la France au sein du Groupe d?experts intergou-
vernemental sur l?évolution du climat (GIEC).
Au sein du service climat et efficacité énergétique, l?ONERC constitue le « pôle
Adaptation au changement climatique » de la DGEC, en charge de la coordi-
nation de la politique nationale d?adaptation.
Cette annexe, sans être exhaustive, présente les principales actions de
l?ONERC entre octobre2021 et décembre2022.
Table des matières
Action internationale ............................................................................... 231
Politique d?adaptation au changement climatique .......................... 240
Information, formation et communication ....................................... 243
231
Rapport d?activité del?Observatoire
Action internationale
La fonction de point focal du GIEC pour la France a occupé une large part des
activités internationales de l?observatoire sur la période couverte par le présent
rapport d?activité. En outre, l?ONERC a intensifié sa participation régulière aux
autres travaux internationaux, notamment au niveau de l?Union européenne (contri-
bution aux missions de la présidence française du Conseil de l?Union européenne
du 1erjanvier 2022 au 30juin 2022) et de la Convention-cadre des Nations unies
sur les changements climatiques (CCNUCC). L?ONERC a de surcroît développé des
relations multilatérales et bilatérales avec les services en charge des politiques
publiques d?adaptation dans plusieurs pays.
Groupe d?experts intergouvernemental
sur l?évolution du climat (GIEC)
Depuis plus de30ans, le GIEC évalue l?état des connaissances sur l?évolution du
climat, ses causes, ses impacts. Il identifie également les possibilités de limiter
l?ampleur du réchauffement et la gravité de ses impacts et de s?adapter aux chan-
gements attendus. Les rapports du GIEC fournissent un état des lieux régulier des
connaissances les plus avancées. Cette production scientifique est au coeur des
négociations internationales sur le climat. Elle est aussi fondamentale en tant que
source scientifique sur laquelle s?appuie le gouvernement français pour définir sa poli-
tique climatique ainsi que pour informer et alerter les décideurs et la société civile.
6ecycle d?évaluation du GIEC
Le 6ecycle GIEC a débuté en octobre2015 et se terminera d?ici fin juillet 2023
avec l?élection d?un nouveau bureau.
Trois rapports spéciaux ont déjà été produits au cours de ce 6ecycle :
? un premier rapport spécial sur l?impact d?un réchauffement global de1,5oC au-
dessus des niveaux préindustriels et sur les trajectoires d?émission de gaz à effet
de serre correspondantes a été publié le8octobre 2018 ;
? le 8août 2019, un deuxième rapport spécial sur les liens entre le changement
climatique, la désertification, la dégradation des terres, la gestion durable des
terres, la sécurité alimentaire et les flux de gaz à effet de serre dans les écosys-
tèmes terrestres a été publié ;
? le 25septembre 2019, un troisième rapport spécial sur les liens entre le chan-
gement climatique, les océans et la cryosphère a été publié.
En mai2019, a également été produite une mise à jour du guide méthodologique
sur les inventaires nationaux d?émissions de gaz à effet de serre datant de2006.
Le GIEC a déjà publié les 3volumes de son 6erapport d?évaluation (AR6) :
Volume1 : les bases physiques du changement climatique, publié en août2021 ;
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
232
Volume2 : les impacts, les risques, l?adaptation et la vulnérabilité au changement
climatique, publié en février2022 (cf. encadré4, ci-après) ;
Volume3 : l?atténuation du changement climatique, publié en avril2022 (cf.
encadré5, ci-après).
Le 6ecycle du GIEC se conclura par la publication de son rapport de synthèse
(SYR) qui sera publié en mars2023. Le résumé pour décideurs du rapport de syn-
thèse est le produit phare concluant un cycle.
L?AR6 du GIEC sera en outre l?intrant scientifique principal du premier bilan mondial
de l?accord de Paris qui sera établi en2023.
Encadré 4
Volume2 du 6erapport d?évaluation du GIEC
« changement climatique : impacts, adaptation et vulnérabilité »
Le Groupe d?experts intergouvernemental sur l?évolution du climat (GIEC) a
publié en février2022 le deuxième volume de son 6e rapport d?évaluation.
Ce rapport est le fruit d?une collaboration internationale de300auteurs
scientifiques (dont5 travaillent en France) issus de67pays, ainsi que
d?un long processus transparent et inclusif d?expertise collective. Ainsi
plus de62 000commentaires de gouvernements et d?experts ont été exa-
minés par les auteurs et ont tous reçu une réponse.
Dans ce deuxième volume, le GIEC atteste d?une augmentation des risques
(vagues de chaleur, précipitations extrêmes, sécheresses, fonte de la
cryosphère, changement du comportement de nombreuses espèces?)
pour un même niveau de réchauffement par rapport au 5erapport d?éva-
luation de2014. Le changement climatique impacte de plus en plus les
écosystèmes, la sécurité de l?accès à l?eau et à l?alimentation, les infras-
tructures, la santé et le bien-être, ainsi que l?économie et la culture. Avec
l?augmentation du réchauffement, les risques vont s?aggraver dans toutes
les régions du monde, en particulier dans les plus vulnérables.
Ce volume fait également le point sur les politiques d?adaptation déjà
engagées et identifie celles qui doivent être mises en oeuvre pour faire
face à l?augmentation des risques. Le nombre de mesures d?adaptation a
ainsi considérablement augmenté depuis le 5erapport, mais la plupart se
focalisent sur les ressources en eau (cette insécurité concerne la moitié
de la population mondiale) et leurs effets sont encore mal évalués. Plus
inquiétant, le GIEC identifie des seuils de réchauffement provoquant des
impacts irréversibles sur la perte de la biodiversité et pointe le fait que
certaines limites d?adaptation ont déjà été atteintes. De manière géné-
rale, les experts soulignent que le fait de retarder les politiques d?adap-
tation compromet leur efficacité et en augmente le coût.
Rapport d?activité del?Observatoire
233
Encadré 5
Volume 3 du 6e rapport d?évaluation du GIEC
« atténuation du changement climatique »
Le Groupe d?experts intergouvernemental sur l?évolution du climat (GIEC)
a publié en avril2022 le troisième volume de son 6erapport d?évaluation.
Ce rapport est le fruit d?une collaboration internationale de278auteurs
scientifiques (dont5 travaillent en France) issus de65pays, ainsi que
d?un long processus transparent et inclusif d?expertise collective. Ainsi
plus de59 000commentaires de gouvernements et d?experts ont été exa-
minés par les auteurs et ont tous reçu une réponse.
Le troisième et dernier volume du 6erapport d?évaluation du GIEC fait le
point sur l?atténuation, c?est-à-dire les mesures de réduction des émis-
sions de gaz à effet de serre (GES). Selon cette nouvelle évaluation, les
émissions mondiales ont continué à augmenter fortement au cours de la
dernière décennie, mais moins vite que lors de la décennie précédente.
Autre constat, même si le coût des énergies renouvelables a considéra-
blement baissé et si leur déploiement s?est accéléré, cela n?a pas permis
de réduire les émissions venant des combustibles fossiles. Plus large-
ment, les experts alertent : même si les contributions déterminées au
niveau national (CDN) dans le cadre de l?Accord de Paris sont respectées
d?ici2030, l?objectif de réchauffement global de1,5oC qui fait partie de
l?objectif de température de cet accord est probablement hors de portée
et celui de rester bien en dessous de2oC, qui en fait également partie,
nécessitera des réductions d?émissions très fortes après2030. Les poli-
tiques actuelles des pays conduiraient à un réchauffement global de3,2oC
d?ici la fin du siècle, par rapport au niveau préindustriel.
Limiter le réchauffement à1,5oC nécessite d?atteindre le « zéro émission
nette » de CO2à l?échelle mondiale en2050. Cela ne sera possible que
si tous les secteurs font leur transition : bâtiments, transports, énergie,
industrie, agriculture, etc. Le rapport du GIEC détaille les solutions pour
parvenir à réduire drastiquement les émissions de GES.
Réunions plénières et du bureau du GIEC
En coordination avec les ministères en charge de la Recherche (MESR) et des
Affaires étrangères (MEAE), l?ONERC, en tant que point focal du GIEC pour la
France, assure la représentation permanente de la France au sein des organes
de gouvernance du GIEC.
Sur la période couverte par ce rapport, l?ONERC a ainsi participé à3réunions du
bureau du GIEC et à trois réunions plénières du GIEC.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
234
Les 55e et 56eréunions plénières du GIEC (IPCC-55 du14 au 24février 2022 et
IPCC-56 du21mars au 4avril 2022) ont permis d?approuver le rapport du Groupe
de travail2 et le rapport du Groupe de travail3 (cf. encadrés4 et 5). En raison de
la pandémie, le processus d?approbation de ces deux volumes a été tenu entiè-
rement en virtuel.
La 57eréunion plénière du GIEC (IPCC-57) s?est tenue en Suisse, à Genève, du27
au 30septembre 2022. Elle visait principalement à préparer les conditions d?ins-
tallation (en particulier la composition et la tenue des élections) du futur bureau
du GIEC en vue du prochain cycle de travail (7e). Cette première réunion en pré-
sentiel depuis IPCC-52 (février2020) a notamment permis de programmer le
calendrier des élections pour l?installation du prochain bureau du GIEC, étape
nécessaire pour lancer les travaux de recherche du prochain cycle. Ces élections
se tiendront d?ici fin juillet2023.
6ecycle en France
Sur la période d?octobre2021à décembre2022, l?ONERC a organisé, en coor-
dination avec le MEAE et le MESR, les dernières revues gouvernementales du
résumé à l?intention des décideurs des volumes2 et 3 du 6eRapport d?évaluation
du GIEC ainsi que la revue par le gouvernement français de la première version
du Rapport de synthèse (SYR). Ces revues se sont appuyées principalement sur
l?expertise des services des ministères représentés dans l?équipe interministé-
rielle de négociations sur le climat, et sur l?expertise du MESR et d?organismes
scientifiques et techniques.
Les ultimes revues des volumes2 et 3 ne concernaient que le résumé pour déci-
deurs et ont été menées par l?ONERC respectivement du1eroctobre au 26novembre
2021 et du29novembre 2021 au 30janvier 2022. 456commentaires pour le
volume2 et 496 pour le volume3 ont été transmis au GIEC, à la suite d?une large
mobilisation d?environ une trentaine de services étatiques et d?organismes scien-
tifiques et techniques, comprenant au total une soixantaine de relecteurs. À la
suite de ces dernières revues, les sessions de négociations ont abouti à la publi-
cation des volumes2 et 3 en février et avril2022.
Parallèlement, la première revue gouvernementale du rapport de synthèse s?est
tenue du10janvier au 20mars 2022, mobilisant 19organismes et aboutissant à
l?envoi de397commentaires. La deuxième revue se s?est tenue du21novembre
2022 au 15janvier 2023 pour une publication le 20mars 2023 qui achèvera la
production scientifique du 6ecycle du GIEC.
Rapport d?activité del?Observatoire
235
Figure 1:Revues gouvernementales du 6erapport d?évaluation du GIEC entre octobre2019
et mars2022. Nombre de commentaires soumis par la France lors des revues de la deuxième
version (SOD) et de la dernière version (FGD) des différents projets de rapports constituant
les volumes1, 2 et 3 ainsi que le rapport de synthèse.
Figure 2:Nombre de relecteurs et d?organismes contributeurs aux revues gouvernementales
de la France entre octobre2019 et mars2022. Revue de la deuxième version (SOD) et de la
dernière version (FGD) des différents projets de rapports.
955
240
3709
456
1950
496 397
No
m
br
e
de
c
om
m
en
ta
ire
s
0
500
1000
1500
2000
2500
3000
3500
4000
SOD FGD SOD FGD SOD FGD SOD
AR6 WG2 AR6 WG3 AR6 SYRAR6 WG1
Commentaires soumis lors de l?AR6
47
74
209
62
150
60
3027 32 26 30 32
19
Relecteurs Organismes
Relecteurs et organismes sollicités lors de l'AR6
No
m
br
e
de
re
le
ct
eu
rs
/o
rg
an
is
m
es
0
50
100
150
200
250
SOD FGD SOD FGD SOD FGD SOD
AR6 WG1 AR6 WG2 AR6 WG3 AR6 SYR
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
236
Enfin, sur toute la période du 6ecycle du GIEC, le financement de l?unité d?appui
technique (en anglais Technical Support Unit ?TSU) du Groupe de travail1 du
GIEC est assuré par la France. Le suivi du financement et des activités de cette
TSU est assuré par l?ONERC, le MESR et le MEAE. L?ONERC a de plus coordonné
le versement de la contribution française2019, 2020, 2021 et 2022 au budget
central de fonctionnement du GIEC.
Rencontres entre experts français de l?IPBES et du GIEC
Des rencontres entre experts français de l?IPBES et du GIEC sont organisées régu-
lièrement par la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB), qui assure
le secrétariat scientifique du Comité français pour l?IPBES, et l?ONERC. Elles sont
à destination des experts français qui participent ou seraient amenés à partici-
per aux travaux des plateformes intergouvernementales scientifiques et politiques
de l?IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique pour la bio-
diversité et les services écosystémiques) et du GIEC (Groupe d?experts intergou-
vernemental sur l?évolution du climat).
L?objectif principal de cet événement est l?échange d?expérience, au sein et entre
les communautés de recherche sur la biodiversité et le climat. Les décideurs,
par exemple les ministères ou institutions qui représentent la France à l?IPBES,
au GIEC, mais aussi auprès des accords multilatéraux environnementaux, ou les
décideurs à d?autres échelons (collectivités, entreprises, etc.), sont également
invités en tant qu?acteurs clés à l?interface science-politique.
L?édition2022, organisée le 1erjuin et accueillie par la Caisse des dépôts et consi-
gnations (CDC), a été introduite par Éric Lombard (directeur général de la CDC),
Hélène Soubelet (directrice de la FRB) et Éric Brun (secrétaire général de l?ONERC).
Puis, les participants (environ 50personnes) ont été conviés à plusieurs sessions
de tables rondes sur les sujets suivants :
1. l?implication des parties prenantes en tant qu?experts dans les travaux de
l?IPBES et du GIEC ;
2. l?optimisation des processus de relecture des rapports de l?IPBES et du GIEC ;
3. l?expérience en tant qu?auteur d?une évaluation IPBES ou GIEC ;
4. le traitement des enjeux de gouvernance dans les évaluations IPBES et GIEC.
Convention-cadre des Nations unies sur les changements
climatiques (CCNUCC)
Dans le cadre de l?appui aux négociations climatiques mondiales, l?ONERC parti-
cipe également, avec le département de la lutte contre l?effet de serre du minis-
tère de la Transition énergétique, au groupe informel d?experts européens consacré
aux sujets scientifiques ayant pour objectif de construire une vision commune sur
ces sujets au sein des États membres de l?Union européenne.
Rapport d?activité del?Observatoire
237
L?année2022a marqué la reprise des grands rendez-vous de négociations clima-
tiques en présentiel où l?ONERC s?est fortement impliqué pour appuyer les efforts
de l?Union européenne en faveur des résultats du GIEC, combinant son rôle durant
la présidence française de l?Union européenne avec celui de point focal du GIEC.
La sortie, en début d?année2022, des rapports des groupes de travail du GIEC
sur l?adaptation et l?atténuation a suscité un vif intérêt des Parties à la CCNUCC.
Leurs auteurs ont présenté les travaux de manière détaillée lors d?événements
spécifiques et informé de nombreux points à l?agenda des négociations (atténua-
tion, adaptation, pertes et dommages, les soutiens à la mise en oeuvre et le bilan
mondial p.ex.). À la COP27, en novembre2022, l?ONERC a continué à soutenir
l?équipe de négociation française sur les sujets scientifiques.
Task force sur l?adaptation au changement climatique
de l?OCDE
L?ONERC est le point focal de la task force établie depuis février2020 et qui
informe les travaux du comité de politiques environnementales de l?OCDE. Les
réunions thématiques de la task force en2022 ont couvert un champ de plus en
plus large : les pertes et dommages dans le contexte du changement climatique,
les systèmes de suivi et évaluation des actions d?adaptation, les villes résilientes
et, liées, les solutions fondées sur la nature par exemple. Cela répond à un intérêt
croissant, tant au niveau national des pays membres que dans les forums inter-
nationaux. Ces travaux permettent la mise en réseau et l?échange de connais-
sances techniques entre acteurs d?adaptation, informent les efforts de la France
pour s?adapter au changement climatique et vice versa. L?ONERC continue en
conséquence à faciliter la coopération entre la France et l?OCDE dans ce domaine.
Espace européen
? Présidence française du Conseil de l?Union européenne
Du 1erjanvier au 30juin 2022, la France a assuré la présidence du Conseil de
l?Union européenne (PFUE). Cette présidence, située à mi-parcours du mandat de
la Commission qui a fait du Pacte vert européen la pierre angulaire de sa feuille
de route, a été marquée par la sortie de crise liée à la pandémie de Covid-19.
Au nom de la DGEC, l?ONERC a assuré la présidence du groupe d?experts euro-
péens chargé de formuler la position de l?Union européenne concernant les sujets
scientifiques débattus sous la Convention-cadre des Nations unies sur le change-
ment climatique (CCNUCC). Il a également présidé ce groupe de l?UE pendant les
négociations climatiques à Bonn enjuin. L?ONERC a par ailleurs organisé la pre-
mière réunion de coordination hybride de ce groupe depuis le début de la pandémie.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
238
Encadré 6
Évènement PFUE sur l?adaptation au changement climatique
Dans le cadre de la Conférence ministérielle pour le climat, organisée par
le ministère en charge de la Transition écologique, l?ONERC a organisé un
atelier d?échanges entre experts européens sur l?adaptation au change-
ment climatique le 8mars 2022. Cet atelier a été introduit par une pré-
sentation des principales conclusions du rapport du groupe de travailII
du GIEC sur les impacts, l?adaptation et la vulnérabilité au changement
climatique par ses coprésidents ainsi que par un focus sur les impacts
et l?adaptation dans les petites îles et les États insulaires. L?atelier s?est
articulé autour de trois tables rondes. La première table ronde sur la gou-
vernance de la politique d?adaptation a réuni l?ambassadeur climat de la
France et des représentants de la direction générale de l?Office espagnol
du changement climatique, de la direction générale en charge du Climat
de la Commission européenne et des associations Climate Alliance et
Climate Chance avec pour objectif de questionner le rôle respectif de l?Eu-
rope, des États et des territoires. La deuxième table ronde a réuni des
experts de Météo-France, du CEREMA, de la direction des services cli-
matiques des Pays-Bas, du programme d?observation de la Terre de l?UE
Copernicus, de l?observatoire pyrénéen du changement climatique et d?Ac-
climaTerra pour présenter les outils à disposition des territoires européens
pour s?adapter au changement climatique. La troisième table ronde a réuni
des experts de la direction générale de la Politique régionale et urbaine
de la Commission européenne, du ministère de l?Enseignement supérieur,
de la Recherche et de l?Innovation, de la fondation italienne de recherche
CIMA, de la direction de la transition énergétique et des territoires de la
région Sud et de l?EPTB Seine Grands Lacs pour présenter les disposi-
tifs et aides financières à la disposition des territoires pour s?adapter au
changement climatique.
Représentant la DGEC, l?ONERC siège pour la France au sein du groupe de travail
mis en place par la direction générale Climat de la Commission européenne pour
le suivi de la stratégie européenne d?adaptation adoptée en2013 et révisée
en2021. Dans le cadre de la gouvernance de l?union de l?énergie, l?ONERC met
à jour tous les deux ans, depuis mars2021, les informations concernant la poli-
tique et les actions d?adaptation en France sur l?outil dédié de rapportage. Ces
informations sont ensuite diffusées sur la plate-forme d?échange Climate Adapt 1
par l?Agence européenne de l?environnement (AEE). L?ONERC soutient également
les équipes en charge de la mise à jour du plan national énergie climat qui est
en préparation pour2023.
1. http://climate-adapt.eea.europa.eu/
Rapport d?activité del?Observatoire
239
Sous la coordination du CGDD/SDES du ministère, l?ONERC fait partie du groupe
de travail fédéré dans le réseau Eionet rassemblant les correspondants de l?Agence
européenne de leEnvironnement (AEE) intéressés par les problématiques d?obser-
vation des effets du changement climatique et de l?adaptation. À ce titre, l?ONERC
a participé à l?atelier annuel sur les impacts du changement climatique, la vulné-
rabilité et l?adaptation en septembre2022à l?AEE. Par ailleurs, l?ONERC contri-
bue aux différentes publications de l?AEE sur les sujets d?adaptation tels que
les coûts de l?inaction et de l?adaptation, les impacts des sécheresses sur les
écosystèmes, le rafraîchissement durable des bâtiments, le statut des actions
d?adaptation nationales en Europe ou bien le lien entre changement climatique
et santé par exemple.
L?Observatoire pyrénéen sur le changement climatique (OPCC) a invité l?ONERC à
faire partie de son comité de pilotage. Le colloque final du projet ADAPYR et des
autres programmes associés (ACCLIMAFOR, FLORAPYR Avance et ADNPyr) orga-
nisé à Bilbao les19 et 20mai 2022a été l?occasion pour l?ONERC de présen-
ter le Centre de ressources sur l?adaptation au changement climatique lors de la
table ronde sur les plateformes de ressources climatiques accessibles sur le ter-
ritoire pyrénéen.
L?ONERC participe, en tant que pilote de certaines actions et bénéficiaire associé,
au projet ARTISAN coordonné par l?Agence française pour la biodiversité. Ce projet,
retenu par la Commission européenne au titre des projets LIFE intégrés, vise à
généraliser le recours aux solutions fondées sur la nature pour l?adaptation au
changement climatique.
Initiatives multilatérales et bilatérales
Dans une logique de collaboration transfrontalière, l?ONERC a eu l?occasion de
participer à plusieurs échanges bilatéraux formels et informels avec ses homolo-
gues de la plupart des pays voisins de la France métropolitaine (groupe Science,
IG CCA, Convention alpine, etc.) ainsi que quelques pays plus éloignés afin de
partager les idées et les pratiques en matière d?adaptation au changement clima-
tique (Chine, Groupe Visegrad, Inde).
Dans le cadre de l?Atelier « Adaptation des communes au changement climatique
en France et en Allemagne », organisé à Cologne les23 et 24mai 2022 par Dfi,
l?Institut franco-allemand de Ludwigsburg, l?ONERC est intervenu pour présenter
les outils existants en France pour sensibiliser les acteurs locaux à l?adaptation
au changement climatique.
Dans le cadre de l?évaluation des performances environnementales de l?Allemagne
conduite par l?OCDE (2022-2023), l?ONERC a participé à une mission de revue
par les pairs des politiques environnementales allemandes en tant qu?expert des
politiques d?adaptation au changement climatique et de solutions fondées sur la
nature du10 au 14octobre 2022à Berlin.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
240
La commission de normalisation de l?AFNOR sur l?environnement et le changement
climatique, dont l?ONERC est membre, a suivi les travaux de l?ISO, menant à la
publication de la série de normes sur l?adaptation au changement climatique. À ce
jour sept normes ont été publiées : les normes ISO14090 (juin2019), ISO14091
(février2021), ISO14092 (mai2020), ISO14097 (septembre 2021), ISO14093
(juin2022) et ISO14030-3 (septembre2022) et ISO14100 (octobre2022).
L?ONERC est enfin régulièrement sollicité pour participer à des travaux en lien avec
les problématiques du changement climatique et de ses enjeux. Les quelques
exemples ci-après visent à illustrer la variété et la diversité de ces activités :
? de mai2021à février2022, l?ONERC a participé à l?équipe projet du Varenne
de l?eau agricole et de l?adaptation au changement climatique ;
? l?ONERC a également participé aux travaux d?élaboration du 4eplan national
santé-environnement ;
? depuis octobre2021, l?ONERC participe au comité interministériel de suivi des
Assises de la forêt et du bois et est en charge du suivi de l?action des Assises
relative à l?appel à projet2022 du RMT-Aforce sur l?adaptation au changement
climatique pour le MTECT depuis mars2022 ;
? participation aux travaux du CGDD pour l?élaboration d?un guide sur la prise en
compte de la vulnérabilité au changement climatique dans les évaluations envi-
ronnementales (fin2022) ;
? participation au comité de pilotage de l?étude Quanti-Adapt de I4CE.
Politique d?adaptation au changement climatique
Rattaché à la direction générale de l?énergie et du climat (DGEC), au sein du
ministère en charge de l?Environnement, l?ONERC coordonne la politique natio-
nale d?adaptation au changement climatique.
La France a développé une stratégie nationale d?adaptation en2006. Sur cette
base, le premier plan national d?adaptation au changement climatique (PNACC-1)
a été mis en oeuvre à partir de2011 et le deuxième plan national d?adaptation
au changement climatique (PNACC-2) a été publié fin2018.
Le PNACC-2 comporte 4priorités : la territorialisation de la politique d?adaptation,
l?implication des filières économiques, le recours aux solutions fondées sur la
nature et les outre-mer. Il comprend 58actions réparties en 6domaines : gouver-
nance, prévention et résilience, nature et milieux, filières économiques, connais-
sance et information, et international.
Le programme de travail annuel et le bilan de l?avancement effectif des actions
programmées ont été présentés à la commission spécialisée du Conseil national
de la transition écologique chargé de suivre l?avancement du PNACC-2. La com-
mission a préparé l?avis annuel du Conseil national de la transition écologique
relatif à l?avancement du PNACC-2.
Rapport d?activité del?Observatoire
241
Parution de l?évaluation à mi-parcours du deuxième plan national
d?adaptation au changement climatique
L?évaluation à mi-parcours du deuxième plan national d?adaptation au chan-
gement climatique (PNACC-2) a été présentée à la commission spéciali-
sée du Conseil national de la transition écologique en charge de son suivi,
le16décembre 2021. Cette évaluation a été mise en ligne le11mars
2022 avec son texte intégral et sa synthèse. Elle dresse un premier bilan
de la mise en oeuvre de ce plan depuis son adoption en2018.
Ce bilan montre qu?à fin2021, la quasi-totalité des actions du PNACC-2,
soit53 des58actions, ont été lancées. Ces actions se déclinent de
manière opérationnelle en389sous-actions. Sur ces389sous-actions,
106 étaient déjà terminées, 225 étaient en cours de mise en oeuvre et
58 n?avaient pas encore démarré.
Au fur et à mesure de la mise en oeuvre du PNACC-2, de nouvelles sous-
actions sont apparues nécessaires et le budget dédié a en conséquence
augmenté. Par exemple, les pilotes et contributeurs du domaine d?action
Nature et Milieux se sont fortement mobilisés pour répondre aux objec-
tifs du PNACC-2 en mettant en oeuvre plusde170sous-actions en2021.
De2019à2021, le budget total du PNACC-2 est ainsi passé d?environ
300M¤ à8,2Md¤.
Quelques actions phares ont été menées depuis 2018 : la modélisa-
tion des impacts du changement climatique dans le scénario qui sous-
tend la SNBC-2 (chauffage/climatisation, agriculture, forêt), la publication
de4normes ISO sur le changement climatique dont 3spécifiquement sur
l?adaptation, l?extension de la campagne de communication pour la pré-
vention des feux de forêts à l?ensemble du territoire métropolitain et à
tous les végétaux, le lancement du projet LIFE ARTISAN sur les solutions
d?adaptation fondées sur la nature, etc.
Des indicateurs ont été développés par les pilotes à la demande des
membres et personnalités qualifiées de la commission spécialisée afin
d?évaluer les progrès effectués dans la mise en oeuvre des actions du
PNACC-2. Au deuxième semestre2021, seulement66 des100 indica-
teurs de suivi ont pu être renseignés. En complément de ces indicateurs
de suivi des actions du PNACC-2, l?ONERC a développé des indicateurs
de contexte et d?impacts pour différents secteurs. Ces trois types d?indi-
cateurs ont été rassemblés dans une publication accompagnant celle de
l?évaluation à mi-parcours du PNACC-2.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
242
Figure 3:Extrait de la « Synthèse des indicateurs du PNACC-2 » 2.
© ONERC.
En prévision des travaux d?élaboration du troisième plan national d?adaptation
au changement climatique, le MTECT a missionné l?inspection générale de l?en-
vironnement et du développement durable pour réaliser une étude comparative
des efforts d?adaptation entre plusieurs pays (Allemagne, Autriche, Japon, Pays-
Bas, Royaume-Uni, Suisse p.ex.). L?ONERC a fourni de nombreuses ressources
à la mission.
Lancement de la stratégie française énergie-climat
La stratégie française énergie-climat (SFEC) est la feuille de route de la France
pour atteindre la neutralité carbone en2050 et pour assurer l?adaptation effec-
tive de la France au climat futur. Elle sera constituée de la loi de programmation
énergie climat (LPEC), de la stratégie nationale bas-carbone (SNBC-3), du plan
national d?adaptation au changement climatique (PNACC-3) et de la programma-
tion pluriannuelle de l?énergie (PPE2024-2033). C?est la loi relative à l?énergie
et au climat (LEC) de novembre2019 (I de l?articleL.100-1A) qui stipule qu?une
LPEC devra être promulguée avant le 1erjuillet 2023. La SNBC-3 et la PPE2024-
2033 devront être compatibles avec la LPEC et être adoptées par décrets dans
l?année qui suit. Pour renforcer l?articulation entre les politiques d?atténuation et
2. https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/Synthese_indicateurs_PNACC-2.pdf
Rapport d?activité del?Observatoire
243
d?adaptation au changement climatique, le PNACC-3a été intégré dans ce proces-
sus. Dans ce cadre, l?ONERC a animé deux groupes de travail qui se sont réunis
une fois par mois depuismars2022 pour alimenter le volet adaptation au chan-
gement climatique de la SFEC. Un groupe de travail a été consacré au partage
des dernières connaissances à jour sur les impacts du changement climatique en
France, les coûts économiques de ces impacts et les coûts des mesures d?adap-
tation nécessaires pour y faire face. Cet état des connaissances a été mené afin
de déterminer une trajectoire d?adaptation au changement climatique de référence
pour la France et la décliner dans toutes les politiques publiques sectorielles, la
réglementation, les règlements techniques, les documents d?aménagement? Un
autre groupe de travail a été dédié à la proposition de mesures permettant de
renforcer durablement l?action des collectivités en matière d?adaptation au chan-
gement climatique et d?améliorer la gouvernance de la politique d?adaptation aux
différentes échelles de mise en oeuvre. Les résultats de ces deux groupes de
travail ont été présentés à la commission spécialisée du CNTE en charge du suivi
du PNACC-2 en octobre2022.
Lancement de l?étude ARTISAN sur l?intégration
de l?adaptation et la biodiversité dans les politiques publiques
Dans le cadre du projet LIFE Intégré ARTISAN qui vise la mise en oeuvre du PNACC-2
et du plan biodiversité à travers le déploiement à toutes les échelles de solutions
d?adaptation au changement climatique fondées sur la nature (SafN), l?ONERC
et l?OFB ont lancé en janvier2022 une étude pour analyser la manière dont les
enjeux d?adaptation et de protection de la biodiversité sont intégrés dans les poli-
tiques nationales et territoriales françaises. Cette étude contribue à alimenter les
travaux de la SFEC par l?identification de dispositions législatives qui pourraient
être introduites dans la LPEC pour améliorer la mise oeuvre d?actions d?adaptation
au changement climatique en France et renforcer le recours aux SafN.
Information, formation et communication
L?ONERC assure ses missions d?information et de communication en étroite colla-
boration avec la direction de la communication (DICOM) des ministères en charge
de l?Écologie, de l?Énergie et des Territoires (MTECT/MTE). Ces actions visent tous
les publics par l?intermédiaire de différents supports dont certains sont présen-
tés ci-après. L?ONERC apporte son soutien en matière de réalisation de supports
d?information sur l?adaptation au changement climatique pour différents orga-
nismes (services déconcentrés du MTECT, administrations centrales y compris
hors MTECT, communication interne au MTECT/MTE, établissements publics, orga-
nisations non gouvernementales, presse, associations).
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
244
Dans la période couverte par le présent rapport, l?ONERC a poursuivi ses activi-
tés de communication en parallèle des travaux de mise en oeuvre du deuxième
plan national d?adaptation au changement climatique (PNACC-2), de la présidence
française de l?Union européenne et de ses activités de point focal du GIEC pour
la France.
Site web
La diffusion sur le site web du ministère de la Transition écologique et de la
Cohésion des territoires des informations présentées par l?ONERC permet à tous
les publics d?appréhender les enjeux liés au changement climatique au travers
des pages sur les impacts, la connaissance, la démarche d?adaptation, les publi-
cations et des bases de données.
Ainsi, aux informations concernant l?Observatoire s?ajoutent les pages dédiées
aux indicateurs du changement climatique. De plus, la démarche d?adaptation
au changement climatique, engagée au niveau national, européen et internatio-
nal est présentée selon ces trois axes. Enfin, l?information sur le GIEC permet de
mieux comprendre son fonctionnement et de consulter et de suivre ses travaux.
Le contenu des pages est régulièrement mis à jour ainsi que leur présentation
afin de s?adapter aux nouveaux standards de communication et de faciliter l?accès
à l?information.
Figure 4:Site web du ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires.
Source : ONERC, https://www.ecologie.gouv.fr/observatoire-national-sur-effets-du-rechauffement-climatique-onerc
Rapport d?activité del?Observatoire
245
Rapports annuels
Le rapport La Prospective au service de l?adaptation au changement climatique a
été publié au mois de mars2022 et diffusé directement à plusde1 50 destina-
taires. Il s?agit du 13erapport de l?ONERC au Premier ministre et au Parlement. Ce
rapport est constitué des contributions de68auteurs répartis dans plusde40orga-
nismes (instituts de recherche, universités, collectivités territoriales, ministères
et acteurs du secteur privé).
La prospective permet de répondre aux interrogations des acteurs publics et
privés (ministère, territoire, commune, entreprise, citoyen?) face à la complexité
des solutions à mettre en oeuvre pour limiter les impacts du changement clima-
tique. Elle permet aussi de développer des pistes d?actions adaptées à chaque
cas. Un grand nombre d?exemples de cas pratiques traduisent cette matière en
exemples concrets.
Les exemples du rapport vont de l?administration centrale, avec l?adaptation des
activités de la sécurité civile au ministère de l?Intérieur, aux communes, en passant
par des acteurs tels que les régions, la ville de Paris ou encore les agences de
l?eau et le projet ADAMONT qui intègre, entre autres, les acteurs du secteur
privé en moyenne montagne. Le rapport explore ensuite les filières économiques
telles que celles du vin, du lait ou des grandes infrastructures, du bâtiment et
du secteur financier et explore des pistes existantes et les défis à surmonter. Ce
rapport a été présenté à plusieurs reprises notammentauprès des membres du
groupe BPCE dans le cadre d?une matinale « climat » organisée par la direction
des risques de la BPCE.
Figure 5:Rapport La Prospective
au service de l?adaptation au
changement climatique, mars2022,
publié à LaDocumentation française.
© La Documentation française.
.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
246
Lettre d?information aux élus
La lettre de l?ONERC aux élus Le climat change, agissons ! est publiée depuis
décembre2009. Elle est diffusée à plusde5 000destinataires.
Elle a pour objectif de sensibiliser les élus locaux sur la réalité du changement cli-
matique, de promouvoir des moyens d?action et de partager des initiatives locales
en matière d?adaptation et d?atténuation.
Chaque numéro de la lettre aux élus est accompagné d?un encart sur un indica-
teur du changement climatique afin d?illustrer le thème traité par des données et
des témoignages d?experts.
Une enquête de lectorat, réalisée en2021, va permettre à l?ONERC, en étroite
collaboration avec la direction de la communication du ministère, de faire évoluer
cette publication afin de continuer à répondre au mieux aux attentes des lecteurs.
Sélection d?informations thématiques
(lettre de veille technique)
La lettre de veille technique contient une sélection d?une vingtaine de liens web
classés selon les catégories « actualités », « publications » et « manifestations »,
ainsi que quelques informations relatives à l?Observatoire. Ces informations ciblées
sont diffusées, tous les deux mois, à plus de900abonnés volontaires (contre
une cinquantaine seulement jusqu?en2012).
Centre de ressources sur l?adaptation
au changement climatique
Parmi les principales actions du PNACC-2 figure le développement d?un centre
de ressources sur l?adaptation au changement climatique exploitant au mieux
les nouvelles technologies pour faciliter le partage d?expériences et l?accès
aux bonnes pratiques et présentant une cartographie d?acteurs, en particulier à
l?échelle territoriale.
Ce Centre de ressources 3 a été conçu pour mieux faire connaître la réalité du
changement climatique, mais aussi pour outiller tous les acteurs et les mettre
en capacité d?agir.
3. https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr
Rapport d?activité del?Observatoire
247
Figure 6:Centre de ressources sur l?adaptation au changement climatique.
Source : ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires.
Cinq parcours utilisateurs (élu, technicien de collectivité, acteur économique,
bureau d?études, particulier) permettent ainsi d?accéder à des informations per-
sonnalisées sur la réglementation en vigueur, les impacts du changement clima-
tique sur tous les secteurs (santé, agriculture, tourisme, finances, etc.) et tous
les milieux (forêt, mer et littoral, montagne, etc.) et à des solutions d?adaptation.
Un sixième parcours pour les enseignants est en cours d?élaboration.
Ce portail présente aussi une cartographie des initiatives locales, un répertoire
des acteurs, des appels à projets en cours, une base de données des projets de
recherche et des formations. Une nouvelle rubrique dédiée aux « Solutions d?adap-
tation fondées sur la nature » lancée en septembre2022 permet aux utilisateurs
d?aborder la thématique selon les axes suivants : comprendre, agir, focus terrain,
autres exemples d?actions, pour aller plus loin.
Le développement de ce centre de ressources sur l?adaptation au changement cli-
matique a été confié au CEREMA, en partenariat avec l?ADEME et Météo-France.
Interventions, actions de formation et séminaires
Dans la période couverte par le présent rapport, l?ONERC est intervenu à de nom-
breuses reprises à l?occasion de conférences nationales ou internationales.
Ci-après quelques exemples d?interventions.
L?ONERC intervient également lors des formations « Nature en ville » et « Eau et
changement climatique », organisées par le ministère de la Transition écologique
et de la Cohésion des territoires, formations ouvertes aux collectivités territoriales.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
248
Plusieurs actions de formation au sein d?établissements d?enseignement supé-
rieur sont régulièrement assurées par l?ONERC (AgroParisTech, École nationale
de la météorologie, École normale supérieure, Centre de formation sur l?environ-
nement et la société, SciencesPo Paris, IUT de Cergy-Pontoise, AUE École des
ponts, etc.). L?ONERC est également intervenu dans une formation à destination
d?une vingtaine de professeurs du secondaire de différentes disciplines intitulée
« Des risques extrêmes au changement climatique : enseigner un monde en tran-
sition » pour l?académie de Créteil en mars2022.
L?ONERC a aussi réalisé une session de formation sur le changement climatique,
ses problématiques et ses enjeux pour les journalistes météo du groupe France
télévisions et animé des ateliers de la Fresque du climat dans le cadre du projet
DGEC en transition. Ces fresques ont ainsi permis de sensibiliser des personnes
en interne à la DGEC et dans d?autres directions du ministère.
Enfin, l?ONERC a préparé une formation des élus sur l?adaptation au change-
ment climatique. Deux sessions tests de cette formation ont eu lieu dans l?Indre
le27septembre 2022, permettant de former 250élus. Sur un format de3heures,
cette formation présente de manière très simplifiée les concepts de base autour
du changement climatique (effet de serre, variabilité du climat?) et les variations
passées et futur du climat (du global au local), et fait intervenir des acteurs locaux
qui ont commencé à travailler sur ces sujets pour partager les bonnes pratiques.
En mai2022, l?ONERC a participé à la conférence de présentation du dossier
« En quête de demain » avec51titres de la presse quotidienne régionale.
L?ONERC a participé au premier forum de la mission sur l?adaptation au changement
climatique, organisé par la Commission européenne le 7juin 2022à Bruxelles.
L?ONERC a participé au colloque « Anticiper le changement climatique dans les
territoires en transition » organisé par le réseau de recherche Futurs-Act les16et
17juin 2022 et y a présenté les travaux de la stratégie française énergie-climat
(SFEC) sur l?adaptation au changement climatique et a participé à l?organisation
des ateliers de travail consacrés à la contribution de Futurs-Act à la SFEC.
L?ONERC a présenté les principaux résultats des derniers rapports du GIEC aux
rencontres de l?ingénierie maritime en juin2022 et aux préfets de Bretagne en
juillet2022.
L?ONERC a également participé à la journée d?études du CITEPA du30septembre
2022 sur les systèmes de suivi et d?évaluation des politiques d?adaptation au
changement climatique dans le monde et a présenté le système de suivi et d?éva-
luation du PNACC-2.
Entreoctobre et novembre2022, l?ONERC est intervenu 3fois devant les direc-
teurs de SDIS dans le cadre de leur formation de maintien et de perfectionne-
ment des acquis.
Rapport d?activité del?Observatoire
249
L?ONERC est intervenu au Salon des maires le 22novembre 2022 aux côtés de
la présidente-directrice générale de Météo-France, Virginie Schwarz, et du séna-
teur Ronan Dantec pour le lancement d?un nouveau service climatique intitulé
ClimaDiag Communes 4. Développé par Météo-France, ce service permet aux maires
d?accéder gratuitement aux projections climatiques détaillées sur leur commune.
Le même jour, l?ONERC est également intervenu au festival Médias en Seine.
Expositions pédagogiques itinérantes
Les deux expositions itinérantes 5 ?l?une (exposition scientifique) visant un public
averti à des fins d?explication des phénomènes et l?autre visant un public le plus
large possible à des fins de sensibilisation? ont été présentées au sein d?établis-
sements scolaires, d?entreprises, d?associations et de collectivités territoriales.
Sur la période octobre2021-décembre2022, les expositions ONERC ont été
fortement sollicitées (72demandes d?informations traitées), en très nette
progression par rapport aux années précédentes (20demandes par an en moyenne
depuis2015).
Afin de répondre positivement aux multiples
demandes de prêt à des dates similaires
(notamment pour les périodes juin-juillet et
septembre-octobre 2022), un grand nombre
de demandes a été redirigé vers les DREAL
(disposant de jeux d?expositions) et les
supports digitaux (fichiers PDF au format
imprimeur). Au final, les lots d?expositions
ONERC ont été beaucoup plus réservés sur
la période octobre2021-décembre2022
(623jours) qu?en moyenne depuis2015
(434jours en moyenne par an depuis2015).
Cette forte progression des demandes de
prêt des lots d?expositions ONERC, de la
mise à disposition des fichiers PDF impri-
meurs et de lots d?expositions en région
(via les DREAL et DEAL) a contribué à faire
largement progresser la diffusion des infor-
mations relatives au changement clima-
tique en2022.
4. https://meteofrance.com/climadiag-commune
5. https://www.ecologie.gouv.fr/observatoire-national-sur-effets-du-rechauffement-climatique-onerc#scroll-nav__7
Figure 7:Journal de l?exposition
itinérante Le climat change.
© ONERC.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
250
Des journaux de présentation des deux expositions sont en outre régulièrement dif-
fusés, plus particulièrement aux bibliothèques des établissements d?enseignement
supérieur ainsi qu?à une sélection de contacts au sein de collectivités territoriales.
Les indicateurs du changement climatique
Vingt-neuf indicateurs décrivant l?état du climat et ses impacts sont présentés sur
la page internet de l?ONERC. Grâce aux contributeurs et partenaires de l?ONERC, les
mises à jour des indicateurs sont faites régulièrement. Cela a permis de disposer en
novembre2022 de80 % d?indicateurs intégrant des données de moins de cinq ans.
L?ONERC a entamé des discussions avec de nouveaux partenaires pour mettre à
jour d?anciens indicateurs ou pour en proposer de nouveaux.
La démarche de l?ONERC de mise à disposition du public, sur le site web du minis-
tère, des indicateurs du changement climatique et de ses impacts, reste inno-
vante au niveau international, car peu de pays se sont investis dans ce type de
publication avec une actualisation suivie.
Figure 8 : Exposition des populations aux canicules.
Source : Santé Publique France.
https://www.ecologie.gouv.fr/impacts-du-changement-climatique-sante-et-societe#scroll-nav__5
Année
19
74
19
83
19
90
19
95
20
00
20
04
20
09
20
13
20
18
20
22
0
10
20
30
40
50
60
70
M
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c
an
ic
ul
e
Population exposée aux canicules - France métropolitaine
Rapport d?activité del?Observatoire
251
Dans le cadre du suivi du deuxième plan national d?adaptation au changement cli-
matique (PNACC-2, voir cette rubrique), un tableau de bord a été développé afin
de rendre plus lisible l?ensemble des indicateurs. Ce tableau de bord utilise les
indicateurs de l?ONERC comme indicateurs d?impacts ou de contexte.
Ce tableau de bord a été très bien accueilli par les membres de la commission
spécialisée du CNTE mais également à l?étranger lors des diverses présentations
sur la politique d?adaptation au changement climatique de la France, notamment
dans le cadre du projet TRATOLOW 6.
L?indicateur sur « l?exposition des populations aux canicules » développé grâce à
Santé publique France en janvier2021 montre l?impact grandissant des canicules
sur la population française. La canicule de juillet2022a particulièrement touché
les populations les plus à l?ouest de la Bretagne.
6. https://www.tratolownetwork.eu/
https://www.tratolownetwork.eu/
Annexes
Annexes
255
Annexe 1
CONTRIBUTEURS 1 ET REMERCIEMENTS
Cet ouvrage a été réalisé sous la direction de Laurent Michel, directeur de l?Obser-
vatoire national sur les effets du réchauffement climatique et d?Éric Brun, secré-
taire général.
Auteurs
Lucie Adélaïde, Santé publique France
Sam Anderson, University of British Columbia
Marie Andrieux, Observatoire de l?immobilier durable
Constance Anelli, direction générale de l?aviation civile
James F.Booth, City College of New York, City University of New York ?The
Graduate Center
Guillaume Boulanger, Santé publique France
Vincent Bourcier, Observatoire national sur les effets du réchauffement clima-
tique (ONERC)
Ginni Braich, University of British Columbia
Elodie Briche, Agence de la transition écologique (ADEME)
Pauline Calvier, Ville de Paris
Chloé Carbonne, Sorbonne Université, CNRS, Laboratoire d?océanographie de
Villefranche
Marie Carrega, Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique
(ONERC)
Régis Coene, RATP
David Courteille, RATP
Valérie Darmaillacq, SNCF Voyageurs
Sébastien Denys, Santé publique France
Vivian Dépoues, Institut de l?économie pour le climat (I4CE)
Quentin Deslot, chef du bureau de la qualité technique et de la réglementation
technique de la construction, DGALN
1. Les contributions constitutives de cet ouvrage n?engagent que la responsabilité de leurs auteurs ou de
leurs organismes.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
256
Guillaume Dolques, Institut de l?économie pour le climat (I4CE)
Christina Draeger, University of British Columbia
Laurent Dubus, Réseau de transport d?électricité (RTE)
Jérôme Duvernoy, Observatoire national sur les effets du réchauffement clima-
tique (ONERC)
Cuiyi Fei, University of British Columbia
Alexandre Florentin, conseiller municipal de Paris
Justine Guérin, ville de Paris
Catherine Halbwachs, Électricité de France (EDF)
Christopher D.G.Harley, University of British Columbia
Sarah B.Henderson, University of British Columbia, British Columbia Centre for
Disease Control
Matthias Jakob, University of British Columbia, BGC Engineering Inc.
Étienne Kapikian, Météo-France
Maryvonne Kerdoncuff, Météo-France
Karine Laaidi, Santé publique France
Robin Lagarrigue, Santé publique France
Carie-Ann Lau, University of British Columbia
Catherine Lelong, Réseau de transport d?électricité (RTE)
Frédéric Levrault, expert « Agriculture et changement climatique » chambres d?agri-
culture, CRA Nouvelle-Aquitaine
Esther Loiseleur, ville de Paris
Valéry Masson, Météo-France
Lualawi Mareshet Admasu, University of British Columbia
Christelle Mary, SNCF Voyageurs
Veeshan Narinesingh, NOAA Geophysical Fluid Dynamics Laboratory ; Department
of Natural Sciences and Mathematics, Sarah Lawrence College
Sylvie Parey, EDF
Mathilde Pascal, Santé publique France
Sakina Pen Point, Observatoire de l?immobilier durable
Clément Philippe, SNCF Voyageurs
Teodora Popescu, direction générale des infrastructures, des transports et des
mobilités (MTECT/DGITM)
Sylvain Pradelle, direction générale de l?aménagement, du logement et de la nature
(MTECT/DGALN)
Aurélien Ribes, Météo-France/CNRS, université de Toulouse,
Annexes
257
Pierre René, association Moraine
Christopher Rodell, University of British Columbia
Eliott Roocroft, University of British Columbia
Christophe Romero, directeur adjoint Ville durable ?ville d?Échirolles
Jean-Michel Soubeyroux, Météo-France
Núria Teixidó, Sorbonne Université, CNRS, Laboratoire d?océanographie de
Villefranche, Stazione zoologica Anton Dohrn, Italie.
Amandine Vernier, direction générale de l?aménagement, du logement et de la
nature (MTECT/DGALN)
Sarah Voirin, Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique
(ONERC)
Kate R.Weinberger, University of British Columbia
Greg West, University of British Columbia, BC Hydro
Rachel H.White, University of British Columbia
Personnes ayant contribué à la relecture
Lisa Bostvironnois, Observatoire national sur les effets du réchauffement clima-
tique (ONERC)
Éric Brun, Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (ONERC)
Romain Cailleton, direction générale de l?énergie et du climat (MTECT/DGEC/SCEE)
Marie Carrega, Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique
(ONERC)
Olivier David, direction générale de l?énergie et du climat (MTECT/DGEC/SCEE)
Frédéric Schafferer, Observatoire national sur les effets du réchauffement clima-
tique (ONERC)
Sarah Voirin, Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique
(ONERC)
Remerciements
L?ONERC remercie vivement les auteurs, les personnes ayant contribué au contenu
des articles, ainsi que les relecteurs de cet ouvrage. L?ONERC tient également
à remercier les personnes ayant fourni les photographies illustrant ce rapport.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
258
Annexe 2
SIGLES ET ACRONYMES
ADEME Agence de la transition écologique
ADEUS Agence de développement de l?urbanisme de l?agglomération strasbourgeoise
AFNOR Association française de normalisation
AEE Agence européenne de l?environnement
ARS Agence régionale de santé
CAEP Committee on Aviation Environmental Protection
CEREMA Centre d?études et d?expertise sur les risques, l?environnement, la mobilité et
l?aménagement
C3S Copernicus Climate Change Service
CCNUCC Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques
CDC Caisse des dépôts et consignations
CGAAER Conseil général de l?agriculture, de l?alimentation et des espaces ruraux
CGDD Commissariat général au développement durable
CGEDD Conseil général de l?environnement et du développement durable
CNPE Centre nucléaire de production électrique
CNRM Centre national de recherches météorologiques
CNTE Conseil national de la transition écologique
CNRS Centre national de la recherche scientifique
CRACC Centre de ressources pour l?adaptation au changement climatique
DGAC Direction générale de l?aviation civile
DGALN Direction générale de l?aménagement, du logement et de la nature
DGEC Direction générale de l?énergie et du climat
DGITM Direction générale des infrastructures, des transports et des mobilités
DGT Direction générale du travail
DH Degré-heure
DHUP Direction de l?habitat, de l?urbanisme et des paysages
DICOM Direction de la communication
DIR Direction interdépartementale des routes
DPE Diagnostic de performance énergétique
DPNT Direction du parc nucléaire et thermique
DREAL Direction régionale de l?environnement, de l?aménagement et du logement
DSAC Direction de la sécurité de l?aviation civile
Annexes
259
ENEDIS Énergie et distribution
EDF Électricité de France
EHPAD Établissement d?hébergement pour personnes âgées dépendantes
EPTB Établissement public territorial de bassin
ETCCDI Expert Team on Climate Change Detection and Indices
FRB Fondation pour la recherche sur la biodiversité
GCM/RCM Global climate models/regional climate Models
GES Gaz à effet de serre
GICC Gestion et impacts du changement climatique
GIEC Groupe d?experts intergouvernemental sur l?évolution du climat
GRAIE Groupe de recherche, animation technique et information sur l?eau
HTA Haute tension A ou moyenne tension, entre 1 kV et 50 kV
I4CE Institut de l?économie pour le climat
IBM Indice biométéorologique
ICU Îlot de chaleur urbain
IDELE Institut de l?élevage
INRAE Institut national de recherche pour l?agriculture, l?alimentation et l?environnement
INRS Institut national de recherche et de sécurité
INVS Institut national de veille sanitaire
IPBES Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services
IPCC Intergovernmental Panel on Climate Change
IPSL Institut Pierre-Simon-Laplace
ISO International Organization for Standardization
LEC Loi énergie et climat
LIFE L?Instrument financier pour l?environnement
LPO Ligue pour la protection des oiseaux
LTV Limitation temporaire de vitesse
MAA Ministère de l?Agriculture et de l?Alimentation
MEAE Ministère de l?Europe et des Affaires étrangères
MESR Ministère de l?Enseignement supérieur et de la Recherche
MIE Mission d?information et d?évaluation
MTECT Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires
MTE Ministère de la Transition énergétique
OCDE Organisation de coopération et de développement économiques
OFB Office français de la biodiversité
OLD Obligations légales de débroussaillement
OMM Organisation mondiale de la météorologie
OMS Organisation mondiale de la santé
ONDE Observatoire national des données sur les étiages
ONERC Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
260
OPCC Observatoire pyrénéen du changement climatique
PCAET Plan climat air énergie territorial
PCS Plan communal de sauvegarde
PFUE Présidence française de l?Union européenne
PMV Panneau à messages variables
PNACC Plan national d?adaptation au changement climatique
PNC Plan national canicule
PPE Programmations pluriannuelles de l?énergie
RATP Régie autonome des transports parisiens
RCP Representative Concentration Pathway
RER Réseau express régional
RTE Réseau de transport d?électricité
SACS Système d?alerte canicule et santé
SAFN Solution d?adaptation fondée sur la nature
SAMU Service d?Aide médicale urgente
SCOT Schéma de cohérence territoriale
SDF Sans domicile fixe
SDIS Services départementaux d?incendie et de secours
SFEC Stratégie française énergie-climat
SFN Solution fondée sur la nature
SMUR Structure mobile d?urgence et de réanimation
SNBC Stratégie nationale bas carbone
SNCF Société nationale des chemins de fer français
SPF Santé publique France
SPM Summary for Policy Makers
SRADDET Schéma régional d?aménagement de développement durable et d?égalité des
territoires
SROCC Special Report on the Ocean and Cryosphere in a Changing Climate
SSP Shared Socio-economic Pathway
STAC Service technique de l?aviation civile
SurSaUD Surveillance sanitaire des urgences et des décès
SYR Synthesis Report
TGV Train à grande vitesse
TSU Technical Support Unit
UE Union européenne
L?année 2022 a été une année hors norme, à la fois exceptionnellement chaude,
ensoleillée et peu arrosée. Si trois vagues de chaleur ont ponctué l?été, la France a
également connu des épisodes de chaleur successifs du printemps, du 15 au 23mai,
jusqu?en automne avec un pic de chaleur du 12 au 14 septembre et un épisode de
chaleur tardif du 15 au 31 octobre.
Ces vagues de chaleur ont eu des conséquences parfois inédites sur la nature
et les activités humaines. En particulier, plus de 66 000 hectares de forêt ont été
réduits en cendres jusque dans des régions auparavant épargnées comme la
Bretagne. Avec 2 816 décès en surmortalité, le bilan sanitaire des canicules souligne
la nécessité de rester vigilant, et ce malgré les résultats encourageants des politiques
mises en place après la canicule tragique de 2003. Une fois de plus, les épisodes de
canicule ont eu également de lourdes conséquences sur les conditions de travail
en extérieur, sur la productivité agricole avec des conséquences accentuées par la
sécheresse, sur les activités sportives et de loisirs, sur les écosystèmes terrestres
et marins ainsi que sur la fonte des glaciers alpins et pyrénéens.
Avec l?accroissement inévitable dans le futur du nombre et de la sévérité
des vagues de chaleur, les politiques nationales, locales et sectorielles doivent
être renforcées, ainsi que leur mise en oeuvre concrète. Des outils toujours plus
innovants et plus performants doivent être mis à disposition des multiples acteurs
de l?adaptation. Ils permettront de mieux anticiper les futures vagues de chaleur
et de limiter ainsi leurs impacts.
Cet ouvrage aborde la problématique des vagues de chaleur dans de nombreux
secteurs, tant du point de vue de leurs impacts que de celui des solutions concrètes
pour s?en protéger.
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MINISTÈRE
DE LA TRANSITION
ÉCOLOGIQUE
ET DE LA COHÉSION
DES TERRITOIRES
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Direction de l?information légale et administrative
La Documentation française
https://www.vie-publique.fr/publications
Ouvrage non vendu
https://www.vie-publique.fr/publications
Sommaire
Mot du président de la commission spécialisée du CNTE
Résumé
Chapitre A - Les vagues de chaleur, s?adapter à un risque croissant
Introduction
Concepts associés aux vagues de chaleur et développés dans le rapport
Chapitre B - Vagues de chaleur dans le climat passé, présent et futur. Attribution et îlots de chaleur urbains
Tendances futures du changement climatique sur les vagues de chaleur et les canicules
L?îlot de chaleur urbain
Spécificités urbaines : connaissances concernant l?îlot de chaleur urbain
Attribution des vagues de chaleur à l?influence humaine
Chapitre C - Impacts sectoriels et sur les milieux naturels des vagues de chaleur
La vague de chaleur au Canada en juin 2021
La vague de chaleur sans précédent du Nord-Ouest Pacifique en juin 2021
La vague de chaleur en Chine au cours de l?été 2022
Une vague de chaleur sans précédent
Impact des vagues de chaleur sur les glaciers
Impact des vagues de chaleur sur les glaciers des Pyrénées
Une fonte record en 2022
Impacts des vagues de chaleur sur la biodiversité
Impacts des vagues de chaleur sur la biodiversité marine
Impacts des vagues de chaleur sur l?agriculture française
Impacts des vagues de chaleur sur la production d?énergie électrique
Impacts des vagues de chaleur sur le réseau électrique
Impacts des vagues de chaleur sur les transports et infrastructures de transport
Impacts des vagues de chaleur sur la santé
Les canicules en France : impacts actuels et futurs sur la santé, et coûts associés
Chapitre D - Politiques d?adaptation aux vagues de chaleur
La RE2020
Les récentes adaptations de la réglementation technique de la construction face aux vagues de chaleur
La vigilance « canicule » de Météo-France
Un dispositif d?adaptation au changement climatique
Gérer des vagues de chaleur de plus en plus extrêmes : des impacts sanitaires aux impacts systémiques
Chapitre E - Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
Le Centre de ressources pour l?adaptation au changement climatique
Drias les futurs du climat, Climat HD
Bat-ADAPT
Guides de l?ADEME
Adapter la France au changement climatique : de combien parle-t-on ?
Chapitre F - Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
Les revêtements clairs
Plus fraîche ma ville
L?architecture bioclimatique et les constructions traditionnelles
Des leviers pour s?adapter au changement climatique
L?îlot de fraîcheur urbain, un exemple à Échirolles (38)
Des solutions d?adaptation fondées sur la nature :l?exemple de la transformation de la cour et les abords de l?école Marcel-David en îlot de fraîcheur urbain, Échirolles (38).
Paris face aux vagues de chaleur
Les vulnérabilités et robustesses du 13 arrondissement face aux vagues de chaleur
Stratégies d?adaptation des transports aux impacts des vagues de chaleur
Conclusions et perspectives
Bibliographie
Rapport d?activité de l?Observatoire
Annexes
Annexe 1 - CONTRIBUTEURS ET REMERCIEMENTS
Annexe 2 - SIGLES ET ACRONYMES
(ATTENTION: OPTION x naturels des vagues dechaleur
51
Figure C 2: Indice feux de forêt météorologique (IFM) estimé par le modèle avant (à gauche)
et immédiatement après (à droite) la vague de chaleur.
Source : White et al. (2022).
La majorité des nouveaux incendies survenus pendant la canicule étaient d?origine
naturelle, les coups de foudre provenant de nuages pyrocumulonimbus flammage-
nitus (CbFg) se formant au-dessus de feux de friches déjà allumés contribuant
de manière significative à l?allumage de nouveaux feux de friches. Dans la soirée
du30juin, environ120 800coups de foudre ont été enregistrés (Vagasky, 2022),
et le CIFFC a signalé au moins 127nouveaux incendies de forêt déclenchés par
la foudre entre le 30juin et le 2juillet. La zone de haute pression associée à la
vague de chaleur a commencé à se désagréger vers le 30juin, entraînant de nou-
velles conditions chaudes, sèches, et maintenant venteuses et instables, per-
mettant une croissance rapide des incendies de forêt. L?effondrement continu de
la dorsale (axe de haute pression) et le passage d?un front froid ont donné lieu
à davantage de nuages d?orage (CbFg) et d?éclairs, avec peu de précipitations.
Ce cycle s?est produit chaque après-midi pendant la première semaine de juillet
et a déclenché en moyenne plus de 40nouveaux feux de forêt chaque jour en
Colombie-Britannique.
Rendements agricoles
La canicule a eu des effets prononcés sur l?agriculture en Colombie-Britannique
et en Alberta, notamment pendant les phases cruciales de croissance de nom-
breuses cultures. En comparant les rendements de2021 aux valeurs prédites (à
partir de régressions linéaires), nous constatons que, pour 26cultures de plein
champ, de fruits et de légumes pour lesquelles des données sont disponibles,
24 présentent des diminutions par rapport au rendement prédit en 2021, dont7
affichent des baisses de rendement supérieures à2écarts-types (raisins, prunes,
framboises, cerises douces, citrouilles, radis et tomates) et 12autres des réduc-
tions comprises entre 1 et 2écarts types (orge, canola, blé de printemps, pommes,
nectarines, pêches, poires, choux de Bruxelles, laitue, pois verts, courges et cour-
gettes). Il est extrêmement difficile d?isoler les effets d?un événement particulier
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
52
sur les données de rendement annuel, et ces baisses ne peuvent pas nécessai-
rement être attribuées uniquement à la canicule de juin. En utilisant un indice de
végétation par différence normalisée (NDVI) dérivé d?un satellite à résolution heb-
domadaire pour analyser la chronologie des changements de l?état de verdure des
cultures en fonction du déroulement de la canicule, nous avons constaté que,
dans 6 des 8zones agricoles de la Colombie-Britannique, une baisse notable
du NDVI s?est produite pendant la période de la canicule, indiquant des réduc-
tions de l?état de verdure des plantes, et donc une réduction de la croissance,
des dommages aux tissus végétaux ou une réduction de la densité des plantes.
Le moment où ces baisses sont survenues suggère que la canicule a probable-
ment joué un rôle important dans les baisses de rendement annuelles enregis-
trées. En outre, les rapports des agriculteurs en cours de saison, rapportés dans
les journaux locaux, confirment l?impact de la canicule sur les cultures de fruits
et légumes (CTV News 7, CBC News 2021 8).
Fonte des glaciers et des neiges
La vague de chaleur a eu une influence prononcée sur la cryosphère et l?hydro-
logie de la région, tant pendant l?événement que pendant les mois qui ont suivi.
Les températures exceptionnellement élevées et le ciel dégagé ont entraîné une
fonte rapide de la glace et de la neige, ce qui a considérablement augmenté le
débit des cours d?eau dans les bassins où la neige ou la glace pouvait fondre.
Dans de nombreux cas, des débits quotidiens records ont été observés, et cer-
tains records de tous les temps ont été battus. L?augmentation rapide du débit
des cours d?eau a entraîné des alertes d?inondation pour plusieurs communautés
en aval et un ordre d?évacuation dans la vallée de Pemberton. Les précipitations
des1er et 2juillet dans les montagnes Rocheuses, près de la frontière entre la
Colombie-Britannique et l?Alberta, ont aggravé les inondations et les dommages
(BC River Forecast Centre, 2021), entraînant des dégâts importants dans le parc
provincial du Mont Robson en Colombie-Britannique et l?évacuation des randon-
neurs par hélicoptère (Roffel etal., 2021).
Alors que les bassins sans couverture glaciaire importante ont connu des débits
inférieurs à la normale dans les semaines et les mois qui ont suivi la canicule, l?af-
flux d?eau de fonte des glaciers dans les bassins glaciaires a entraîné des débits
de fin d?été similaires à la moyenne historique, malgré la perte substantielle du
manteau neigeux pendant la canicule. La capacité des glaciers à maintenir des
débits normaux est remarquable compte tenu de la nature sans précédent de la
canicule, et s?est faite au prix d?une perte de masse substantielle des glaciers
(Menounos etal., 2021). La capacité des glaciers à compenser de tels événe-
ments extrêmes devrait diminuer à l?avenir avec la poursuite du changement cli-
matique (Clarke etal., 2015).
7. https://bc.ctvnews.ca/scorching-temperatures-cripple-crops-in-b-c-s-fraser-valley-1.5492713
8. https://www.cbc.ca/news/canada/british-columbia/heat-fruit-crops-okanagan-fraser-valley-1.6092155
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
53
Glissements de terrain
Les feux de forêt peuvent entraîner des risques accrus d?inondation, d?érosion et
de glissement de terrain, en raison des impacts sur la végétation et le sol (Jordan,
2009), ainsi des centaines de laves torrentielles (coulées de débris) postérieures
aux feux de forêt ont été déclenchées par les pluies torrentielles de l?été et de
l?automne2021 dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique. L?un des plus
grands incendies associés à cette vague de chaleur a été le Lytton Creek Fire,
qui a débuté au sud du village de Lytton et a brûlé environ84 000hectares (BC
Wildfire Service, 2021), entraînant des dommages importants dans les réserves
de Lytton et de la Réserve autochtone de Lytton. Les coulées de boue qui ont suivi
le feu de forêt ont affecté les infrastructures ferroviaires et routières, notamment
à la suite de plusieurs régimes de rivière atmosphérique (courants atmosphé-
riques) extrêmes dans lesquelles des quantités importantes de vapeur d?eau sont
transportées par l?atmosphère, conduisant à des pluies intenses et survenus en
novembre2021. En novembre2021, des coulées de débris et des débordements
ont compromis trois bretelles d?accès par pont à l?autoroute Transcanadienne,
entraînant l?effondrement d?un pont et nécessitant des réparations sur un autre,
et ont sectionné des infrastructures ferroviaires et routières (ponts et remblais)
à neuf autres endroits (Lau etal., 2022). Les inondations et les glissements de
terrain ont probablement entraîné la catastrophe naturelle la plus coûteuse de
l?histoire du Canada, avec des millions de dollars de dommages le long des auto-
routes et des voies ferrées du sud-ouest de la Colombie-Britannique, les ponts,
les voies ferrées et les remblais des autoroutes s?étant effondrés.
Conclusion
La vague de chaleur sans précédent qui s?est abattue dans la région du Nord-Ouest
Pacifique en juin2021a été l?un des événements de chaleur extrême régionaux
les plus anormaux survenus sur Terre depuis que l?on enregistre les températures
(Thompson, 2022). Bien que des informations prévisionnelles aient été dispo-
nibles et que des efforts aient été déployés pour communiquer sur la gravité de
l?événement et réduire la mortalité due à la chaleur, des centaines de décès liés
à la chaleur se sont tout de même produits, ainsi que d?autres impacts humains
et écologiques. La nature sans précédent de cet événement a rendu difficile l?an-
ticipation et l?atténuation de ces impacts. L?étude aposteriori et ainsi la meilleure
compréhension de ces impacts peuvent aider les communautés du monde entier
à mieux se préparer aux événements de chaleur extrême qui battent des records
et qui devraient se produire de plus en plus fréquemment à mesure que le climat
continue de se réchauffer (Fischer, 2021).
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
54
La vague de chaleur en Chine au cours de l?été2022
Une vague de chaleur sans précédent
Étienne Kapikian,
Météo-France
Une grande partie centrale, orientale et méridionale de la Chine a connu, au cours
de l?été 2022, une vague de chaleur exceptionnelle, dont la combinaison entre
durée, intensité et étendue géographique est sans équivalent depuis le début
des mesures vers1960 (cf. pages suivantes). De nombreuses grandes villes ont
battu leur record absolu de température maximale, avec un mercure dépassant
souvent les40°C et atteignant jusqu?à45°C, mais aussi de température mini-
male nocturne élevée, parfois au-dessus de30°C. L?été2022 est ainsi de loin
le plus chaud jamais observé en Chine (figureC3).
Figure C 3 : À gauche, régions du monde ayant observé un trimestre juin-juillet-août
exceptionnellement chaud (niveau record en rouge foncé, recouvrant notamment une bonne
partie de la Chine). À droite, graphique1850-2022 montrant l?été météorologique2022
de loin le plus chaud en Chine depuis le début des mesures, battant de plus de0,5oC le
précédent record de l?été2018. Même si la China Meteorological Administration (CMA) ne
considère que les données plus complètes post-1961, les données compilées par Berkeley
Earth depuis1850 montrent qu?un tel été est inédit sur toute la période moderne.
Source: Berkeley Earth,https://berkeleyearth.org/august-2022-temperature-update/
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
55
Figure C 4: Anomalies normalisées du géopotentiel à500hPa (à gauche) et de la température
à850hPa (à droite) par rapport à la moyenne1991-2020 sur le trimestre juin-juillet-
août2022 selon la réanalyse ERA5 du CEPMMT. Une vaste portion de la Chine a été concernée
par des anomalies dépassant 2 écarts types (en rouge foncé).
Source: Météo-France.
En lien avec la présence récurrente de hauts géopotentiels subtropicaux sur la
Chine, dont les effets ont probablement été amplifiés par l?épisode LaNiña en
cours et la présence d?eaux remarquablement chaudes sur l?ouest du Pacifique (le
tout étant aussi exacerbé par la tendance de fond du réchauffement global), l?épi-
sode de chaleur intense, combiné à un important déficit pluviométrique, a débuté
officiellement le 13juin, a perduré en juillet avant d?atteindre son paroxysme au
cours du mois d?août2022, pour se terminer le 31août. Selon les critères de
vague de chaleur d?échelle nationale du service météorologique chinois (CMA), cet
épisode a donc duré au total 79jours, un nouveau record dépassant les 62jours
de la vague de chaleur de l?été2013.
Plus de300 parmi les 2 420stations météorologiques du réseau de mesure
national chinois ont battu leur record absolu historique de température maximale.
15stations ont atteint ou dépassé la barre des44°C. Une alerte canicule natio-
nale de niveau rouge a été émise pour la première fois par la CMA. La tempéra-
ture a dépassé les40°C dans au moins une station de Chine tous les jours entre
le 4juillet et le 30août inclus, soit pendant 58jours consécutifs. Sur la période
du21juillet au 30août, une superficie inédite de1,4million de km2 du territoire
chinois a observé des températures dépassant ponctuellement les40°C, affec-
tant au total une population de300millions de personnes 1).
De nombreuses provinces ont été concernées par des températures dépassant
les seuils de canicule: Hebei, Sichuan, Chongqing, Hubei, Anhui, Henan, Jiangsu,
Zhejiang, Shaanxi, Fujian, Guangdong, Guizhou, Hunan, Jiangxi, Qinghai, Xinjiang.
1. Source : https://twitter.com/yangyubin1998/status/1564943693957582848
https://twitter.com/yangyubin1998/status/1564943693957582848
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
56
Figure C 5: À gauche, carte des températures maximales atteintes sur la période du1er au
30août 2022 montrant la superficie record concernée par des valeurs supérieures à40oC ;
à droite, écart à la normale des températures maximales sur cette même période, atteignant
localement +6oC sur le secteur de Chongqing.
Source: North Microel Electronics, www.nmc.cn.
Si des records absolus de chaleur sont tombés dès juin ou juillet, c?est surtout au
mois d?août2022 que le plus grand nombre de records a été observé. Certaines
stations ont dépassé de multiples fois leur précédent record absolu de chaleur
tous mois confondus, parfois plusde10 voire 20fois?
Figure C 6: Exemple de températures maximales observées le 19août 2022, incluant les45oC
à Beibei atteints 2jours consécutifs.
Source: National Meteorological Center, CMA, http://www.nmc.cn/; traitement : É. Kapikian avec ogimet.com.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
57
Les records absolus de température maximale de plusieurs provinces ont été battus:
? municipalité de Chongqing: 45,0°C à Beibei les18 et 19août (ancien record
provincial: 44,5°C). Les45,0°C mesurés à Beibei sont non seulement un record
absolu pour la municipalité de Chongqing mais aussi la plus haute température
fiable 2 jamais mesurée en Chine en dehors de la région désertique du nord-ouest
du pays dans la province du Xinjiang, où les records absolus locaux sont de l?ordre
de 49-50°C (région de Turpan);
? province duHubei: 44,6°C à Zhushan le 13août;
? province du Sichuan: 44,0°C à Qu le 24août (ancien record provincial: 43,5°C
en 2011);
? province du Guizhou: 43,5°C à Chishui le 23août;
? province du Jiangxi: 42,6°C à Xiushui le 23août;
? province du Jiangsu: 42,2°C à Yixing le 15août.
Exemples de records absolus observés sur quelques stations (les anciens records
ont souvent été dépassés plusieurs fois):
? 44,4°C à Fengjie (Chongqing) le 15/08/2022, ancien record: 42,4°C le
17/08/2019;
? 44,4°C à Tongnan (Chongqing) le 17/08/2022, ancien record: 42,2°C le
15/08/2006;
? 43,8°C à Neijiang/Dongxing (Sichuan) le 23/08/2022, ancien record: 40,7°C
le 4/08/2021;
? 43,7°C à la station de référence Chongqing-Shapingba le 19/08/2022, ancien
record: 43,0°C le 15/08/2006.
On notera aussi la minimale nocturne record de 34,9°C ce même 19août, la
plus haute jamais mesurée en août en Chine! La température moyenne quoti-
dienne du 19août atteint ainsi 38,9°C, de loin un record absolu pour la station
où les mesures ont débuté en1933, et situé plusde2°C au-dessus du précé-
dent record de température moyenne quotidienne. Le top15 des jours les plus
chauds, en température moyenne, appartient désormais exclusivement à2022.
À Chongqing, la température est restée sans discontinuer au-dessus de30°C,
jour et nuit, du 6août au 29août, soit sur une durée de 22 jours et 19 heures.
Au cours du seul été2022, la température minimale nocturne à Chongqing a été
supérieure au seuil des30°C au cours de33nuits: c?est autant de fois que
pendant les 65étés cumulés de1951à 2015! La température moyenne men-
suelle d?août2022 atteint un record de35,3°C à Chongqing, la plus haute tem-
pérature moyenne mensuelle jamais mesurée en août parmi toutes les stations
de Chine.
2. La notion de record «fiable» est importante ici: en effet, il existe d?anciens relevés légèrement supérieurs
à 45°C dans un passé lointain, en particulier 45,2°C à Xi?an (Shaanxi) en juillet1934, mais la fiabilité de
ces anciens relevés est mise en doute et ces mesures anciennes ne sont pas retenues comme officielles
par le service météorologique chinois, qui se limite, pour la plupart des stations, aux données postérieures
à1960, avec quelques exceptions pour des stations de référence qui avaient des mesures fiables avant.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
58
Figure C 7: Températures à Chongqing du1er au 28août 2022; On y voit la période de
plusde22jours continuellement au-dessus de30°C, même la nuit, ou encore la journée
exceptionnelle du19août avec une minimale de34,9°C et une maximale de43,7°C.
Source: Compte weibo d?un météorologue chinois, weatherman_xinxin.
En août 2022 de nombreux records de températures ont été battu en Chine. Ainsi,
le 21 août, la température à Jianyang (Sichuan) a atteint 43,4 °C. L?ancien record
absolu dans cette station, qui était de 40,3 °C (12/08/2006), a été dépassé plus
de 10 fois pendant l?été 2022.
Or, il avait déjà fait très chaud les mois précédents, avec par exemple, jusqu?à
44,2 °C les 25 et 26 juin dans la province du Hebei, ou 40,9 °C le 13 juillet à
Shanghai?Xujiahui (station climatique de référence de Shanghai, où le début des
mesures remonte à 1873), égalant le record absolu du 21 juillet 2017.
Source: https://twitter.com/extremetemps/status/1560225323387699202
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
59
Impact des vagues de chaleur sur les glaciers
Jérôme Duvernoy,
Observatoire national sur les effets
du réchauffement climatique (ONERC)
Introduction
Les glaciers sont essentiels pour permettre la vie sur Terre. En effet, les glaciers,
stocks d?eau solide permanents à l?échelle humaine, agissent comme des réser-
voirs d?eau douce et fournissent de l?eau potable pour la consommation humaine.
Sauf pour l?Antartique qui représente à lui seul 70 % de l?eau douce mondiale, l?eau
libérée par la fonte des glaces permet, par exemple, en alimentant les fleuves
et les rivières, d?irriguer les cultures et les champs. Outre les bénéfices directe-
ment appréciables par l?homme, les glaciers sont cruciaux pour le cycle hydrolo-
gique car ils ont un rôle central dans la régulation du changement climatique. Ils
constituent donc des outils de choix pour l?étude du climat. Leurs modifications
reflètent, de façon très visuelle, l?évolution des paramètres atmosphériques (tem-
pératures, précipitations?). Ces modifications sont des signaux d?alerte.
Le graphique de la variation de la masse des glaciers à l?échelle mondiale
(cf.figureC8) montre le bilan annuel estimé pour un ensemble de glaciers de
référence mondiaux ayant plus de30années d?observation continue pour la
période1949/50-2020/21. Les valeurs globales sont calculées en utilisant une
seule valeur (moyenne) pour chacune des19régions montagneuses afin d?évi-
ter un biais vers les régions bien observées. Au cours des années hydrologiques
2019/20 et 2020/21, les glaciers de référence observés ont subi une perte de
glace de0,98m hauteur équivalente en eau (meter water equivalent m. w. e.ou
mètre d?eau 1) et de0,77md?eau, respectivement. Avec cela, huit des dix années
de bilan de masse les plus négatives ont été enregistrées après2010.
1. Une valeur de ?1mètred?eau (meter water equivalent ou m. w. e.) par an représente une perte de masse
de1 000kg par mètre carré de couverture de glace ou une perte annuelle d?épaisseur de glace à l?échelle
du glacier d?environ 1,1m par an, la densité de la glace n?étant que de 0,9fois celle de l?eau.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
60
Figure C 8: Bilan de masse cumulé des glaciers de référence. Les valeurs cumulées par rapport
à1970 sont indiquées sur l?axe des ordonnées en unité mètre d?eau équivalent (meter water
equivalent). Depuis le milieu des années1970, le changement de masse cumulé des glaciers de
référence mondiaux, tel qu?il est présenté dans le graphique ci-dessus, est estimé à plusde24m
w. e.Les glaciers observés étaient proches d?un état stable pendant les années1960, suivi
d?une perte de glace de plus en plus importante jusqu?à aujourd?hui. La forte augmentation
des taux de perte de glace au cours de chaque décennie jusqu?à aujourd?hui (sur des surfaces
de glacier en diminution) ne laisse aucun doute sur le changement climatique en cours et le
forçage soutenu, même si une partie de la tendance à l?accélération observée est susceptible
d?être causée par un processus de rétroaction positive (par exemple, l?abaissement de la
surface, la désintégration des glaciers).
Source : Données : https://wgms.ch/global-glacier-state/ ; traitement : ONERC.
Entre1992 et 2017, les calottes glaciaires du Groenland et de l?Antarctique ont
perdu ensemble 6 400gigatonnes (Gt) de glace, entraînant une élévation du niveau
mondial de la mer de près de2centimètres (État européen du climat Rapport,
2019 2). Le taux de perte de la calotte glaciaire du Groenland a augmenté de façon
exponentielle au fil du temps, près de la moitié de la glace perdue entre1992 et
2018 s?étant produite entre2006 et 2012. Quant à la calotte glaciaire de l?Antarc-
tique, elle perd maintenant de la glace plus rapidement que jamais. Avant2012,
l?Antarctique perdait de la glace à un rythme constant de76Gt par an. Cependant,
il y a eu depuis une multiplication par trois, plus de la moitié de la perte totale de
glace des28dernières années se produisant entre2012 et 2017. De l?Himalaya
à l?Arctique, la fonte des glaciers de la planète, provoquée par le réchauffement
2. https://climate.copernicus.eu/ESOTC/2019
-29,5
-24,5
-14,5
-9,5
-4,5
0,5
5,5
Bi
la
n
de
m
as
se
c
um
ul
é
(m
èt
re
d
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au
)
-19,5
1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020
Temps (année)
Bilan de masse cumulé (référence 1970)
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
61
climatique, s?est encore accélérée ces 20dernières années. La fonte de ces
glaces a contribué à la hausse du niveau de la mer, à hauteur de21 %, au rythme
de0,74mm par an. Depuis2000, ils ont perdu en moyenne 267milliards de
tonnes de glace chaque année. La fonte complète des glaciers ferait augmenter
le niveau des océans de40cm. (Hugonnet etal., 2021)
Au niveau européen, le constat est équivalent. Ainsi, depuis1997, on estime que
les glaciers surveillés en Europe ont perdu entre9 et 26mètresd?eau (m. w. e.)
de masse, ce qui correspond à entre10 et 29mètres de perte d?épaisseur de
glace (figureC9).
Figure C 9: Changements de masse cumulés en Europe de 1967à 2021 pour les glaciers
avec des enregistrements à long terme dans neuf régions différentes. Les valeurs du bilan
massique sont données dans l?unité « mètre d?eau (m. w. e.) » par rapport à1997.
Sources : Données : WGMS (2021, mise à jour) ; traitement : C3S/WGMS.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
62
Impact des vagues de chaleur
sur les glaciers des Pyrénées
Une fonte record en 2022
Pierre René,
Association Moraine 1
Évolution des glaciers des Pyrénées depuis1850
Tandis que l?existence de glaciers dans les Alpes est connue de tous, leur pré-
sence dans les Pyrénées est quelque peu confidentielle. En effet, leur surface
globale est mille fois plus réduite ! Avec aujourd?hui une vingtaine de glaciers pour
environ2km² (200ha) d?englacement, les glaciers pyrénéens sont particulière-
ment modestes et vulnérables.
Depuis1850 (fin du Petit Âge glaciaire), les troisquarts des glaces pyrénéennes
et 90 % de leur surface ont disparu (?50 % dans les Alpes). Présents depuis des
milliers d?années, nous assistons aujourd?hui à leur extinction (figureC10).
Figure C 10: Évolution de la surface englacée des Pyrénées (France + Espagne).
Source : Association Moraine.
1. Association Moraine 31 110 Luchon, http://asso.moraine.free.fr
23km2
12,8km2
2km2
1850 1875 1900 1925 1950 1975 2000 2025 2050
Temps (année)
0
5
10
15
20
25
Su
rf
ac
e
(k
m
2)
Évolution de la surface englacée des Pyrénées (France et Espagne)
1850-2022
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
63
Face à la rapidité du réchauffement climatique, les conditions d?existence de gla-
ciers ne sont plus réunies. La fonte record de l?année2022 est une illustration
de cette tendance lourde.
Zoom sur le glacier d?Ossoue
(Vignemale, Pyrénées françaises) depuis2000
Avec 25ha, le glacier d?Ossoue (figureC11 et figureC12) est le plus grand et le
plus documenté des Pyrénées françaises. Il reflète le mieux le climat car contrai-
rement à ses voisins, il ne bénéficie pas d?un environnement topographique biai-
sant son comportement (cirque rocheux important entraînant une suraccumulation
neigeuse par les avalanches en hiver et une protection solaire en été). Il ne doit
son existence qu?à sa haute altitude (3 070m en moyenne).
Depuis 2000, les différents paramètres mesurés de ce glacier révèlent la perte de :
? 250m de longueur (soit 12m/an) auxquels on peut ajouter 400m si l?on ne
considère plus le lambeau de glace inférieur détaché en2022 ;
? 31ha de surface (soit 1,5ha/an), soit plus de50 % en 22ans, associée à un
morcellement ;
? 40m d?épaisseur (soit 1,8m/an) et 4,5m en 2022 !
Figure C 11: Glacier d?Ossoue (Vignemale, Pyrénées) en 2000 (à gauche) et 2022 (à droite).
Source : Association Moraine.
Fonte des glaciers en 2022
En 2022, les glaciers pyrénéens ont subi une régression record comme en témoignent
les paramètres mesurés (longueur, surface, volume). Au-delà des chiffres, plu-
sieurs glaciers se sont morcelés et d?autres sont devenus trop réduits pour être
comptabilisés à l?avenir. L?année glaciaire2022 est la plus déficitaire depuis au
moins 2002 (date du début des mesures systématiques), mais très certainement
depuis bien plus longtemps.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
64
Figure C 12: Bilan de masse cumulé de deux glaciers pyrénéens.
Source : Association Moraine et Spesa Ingenieria SA.
Avec ?4,5m d?épaisseur, le glacier d?Ossoue perd 2,5fois plus que sa moyenne
(?1,8 m). Le glacier de la Maladeta (Pyrénées espagnoles) enregistre également un
record de fonte avec ?3,3m d?épaisseur contre?0,9m en moyenne (figureC12).
Cette fonte record 2022 est la conséquence de conditions météorologiques défa-
vorables aux glaciers :
? une accumulation neigeuse hivernale médiocre (inférieure à la moyenne) ;
? des apports significatifs de sables sahariens accélérant la fonte par diminu-
tion de l?albédo ;
? des vagues de chaleurs précoces et répétées au cours de l?été.
1990
Temps (années)
1995 2000 2005 2010 2015 2020
-40
-35
-30
-25
-20
-15
-10
-5
0
5
Bi
la
n
cu
m
ul
é
(m
d
'e
au
)
Ossoue (Asso Moraine)
Maladeta (Ingenieria SA)
Bilan de masse cumulé de deux glaciers des Pyrénées
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
65
Impacts des vagues de chaleur sur la biodiversité
Jérôme Duvernoy,
Observatoire national sur les effets
du réchauffement climatique (ONERC)
Introduction
Le volume2 du sixième rapport d?évaluation du GIEC (GIEC, 2022) nous rap-
pelle que le réchauffement à court terme et l?augmentation de la fréquence, de
la gravité et de la durée des vagues de chaleur impactent de nombreux écosys-
tèmes terrestres, d?eau douce, côtiers et marins et risquent d?occasionner des
pertes élevées ou très élevées de biodiversité.
Selon la région et les écosystèmes, les risques à court terme (2021-2040) de
perte de biodiversité sont de modérés à élevés notamment dans les écosystèmes
forestiers. De plus, l?élévation continue et accélérée du niveau de la mer empié-
tera sur les habitats côtiers et exposera les écosystèmes littoraux et de faible
altitude à la submersion et à la perte.
Sur le plus long terme (2041-2100), la perte et la dégradation de la biodiversité,
qui sont déjà observées pour toutes les régions en raison du réchauffement cli-
matique passé, continueront à s?aggraver dans des proportions qui dépendent du
niveau de réchauffement atteint.
TableauC1 : Dans les écosystèmes terrestres, pourcentage des espèces évaluées
qui seront probablement confrontées à un risque très élevé d?extinction
selon le niveau de réchauffement.
Pourcentage des espèces confrontées
à une extinction Valeur du réchauffement global
3 à 14 % 1,5 °C
3 à 18 % 2 °C
3 à 29 % 3 °C
3 à 39 % 4 °C
3 à 48 % 5 °C
Le tableauC1 nous montre que plus le réchauffement mondial augmente, plus
la part d?espèces menacées d?extinction augmente. Cette augmentation n?étant
pas linéaire, il est d?autant plus important de limiter le réchauffement climatique.
En France métropolitaine, les vagues de chaleur, et même les canicules, se suc-
cèdent de plus en plus vite d?années en années. En effet, alors qu?elles étaient
occasionnelles une fois tous les5à 10ans, elles se rencontrent maintenant tous
les étés depuis2015 (à l?exception de2021). La France a connu 45vagues de
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
66
chaleur en France métropolitaine depuis1947 selon un rythme qui ne fait que
s?accélérer. Sur les35dernières années, les vagues de chaleur ont ainsi été trois
fois plus nombreuses que sur les35années précédentes. Et le nombre de jours
de vagues de chaleur a été multiplié par9. Certains étés comme 2017 ou 2022
ont même connu aumoins3événements de canicule.
Cependant, comme ces événements météorologiques extrêmes sont souvent
associés à des périodes de sécheresse prolongées, il est souvent difficile d?iso-
ler les effets à court terme des canicules, des effets à long terme de la séche-
resse sur la biodiversité. Les conséquences biologiques d?épisodes climatiques
extrêmes (mortalités, réductions de populations, perte de biodiversité, etc.) sont
rarement immédiates et détectables, ne se révélant parfois qu?après plusieurs
années d?affaiblissement des milieux impactés.
De plus, la faune et la flore sauvages sont sous la pression de changements
globaux. La plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la bio-
diversité et les services écosystémiques (IPBES, Intergovernmental Science-Policy
Platform on Biodiversity and Ecosystem Services) classe ainsi les causes d?érosion
de la biodiversité en cinq facteurs majeurs : les changements d?usage des sols
et des mers, l?exploitation directe des ressources, les changements climatiques,
les pollutions, et les espèces exotiques envahissantes. L?augmentation de la fré-
quence et de l?intensité des épisodes de canicule n?est donc qu?un facteur aggra-
vant parmi beaucoup d?autres.
Impacts sur la faune
Pendant une période de canicule, les animaux souffrent comme les humains, et
peinent à trouver des lieux pour s?hydrater ou se rafraîchir. Quand les tempéra-
tures restent élevées pendant plusieurs jours consécutifs, y compris la nuit, le
risque de mortalité augmente fortement. Toutes les espèces sont concernées,
même celles qui vivent dans l?eau.
? Les coups de chaleur
Les périodes de canicule précoces correspondent à la période cruciale de nidifi-
cation des oiseaux, qui sont, selon la Ligue de protection des oiseaux, fortement
touchés par les fortes chaleurs. Les jeunes, sujets à suffocation à cause de la
chaleur sous les toits (figureC13), se rapprochent du bord du nid afin de cher-
cher de l?air et peuvent tomber au sol. Ainsi, la LPO assure avoir accueilli de nom-
breux volatiles en période de canicule, notamment des individus encore au nid.
Dans leurs centres de soins 1, les espèces qui rentrent énormément sont les mar-
tinets ou les hirondelles car ils nichent sous les toitures, dans des petites cavités.
S?il fait plus de 40oC à l?extérieur, la température peut dépasser les 50oC dans
le nid. Donc les jeunes ont tendance à s?avancer vers le bord pour aller chercher
1. https://www.lpo.fr/la-lpo-en-actions/agir-pour-la-faune-en-detresse
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
67
un peu d?air frais à l?extérieur, et tombent. Les chauves-souris comme les pipis-
trelles peuvent fuir les toitures devenues brûlantes, en plein jour. Chez les hiron-
delles, les adultes peuvent abandonner le nid et les jeunes, si les conditions
météorologiques deviennent extrêmes.
Plus généralement, la précocité des épisodes caniculaires, comme ceux du15
au 19juin 2022 est particulièrement dangereuse pour les animaux sauvages qui
sont à cette époque de l?année encore en pleine période de reproduction et de
nourrissage des jeunes.
Figure C 13: Jeune hirondelle
rustique (Hirundo rustica) au
bord du nid.
Source : © Thierry Degen/Terra.
? La déshydratation
Le manque d?eau en période de canicule est un problème qui touche toutes les
espèces animales sans distinction. Avec l?assèchement des points d?eau, la faune
peut parcourir de nombreux kilomètres à la recherche d?une flaque ou d?une mare
et ainsi mourir de fatigue (LPO, 2022).
La baisse rapide des niveaux due aux températures extrêmes s?ajoute au manque
d?eau chronique dû à la sécheresse. Cela peut rendre certains obstacles infran-
chissables, supprimer des connexions entre plusieurs parties d?un cours d?eau
ou restreindre l?accès aux milieux annexes. Cette fragmentation des milieux
peut empêcher la mobilité des espèces comme les poissons ou les amphibiens.
L?assèchement complet d?une partie du linéaire de la rivière, provoque directe-
ment la mort de toutes les espèces peu mobiles et incapables de survivre au
manque d?eau.
Les plus vulnérables sont principalement les espèces d?insectes ou de batraciens
inféodés aux petites mares temporaires ou situées dans la tourbe qui sont à sec
depuis un bon moment. Souvent associé aux épisodes caniculaires, le déficit de
précipitations empêche les nappes de se recharger correctement et certains cours
d?eau douce français sont ainsi à des niveaux exceptionnellement bas, voire tota-
lement à sec, poussant les animaux à s?aventurer ailleurs pour s?abreuver.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
68
Par ailleurs, le manque d?eau a des conséquences sur la végétation et peut
impacter les herbivores, comme le chevreuil, qui se nourrissent principalement
de bourgeons. Avec une production de bourgeons qui est plus faible à cause de
la sécheresse et des vagues de chaleur précoces, la disponibilité alimentaire se
retrouve réduite notamment pour les cervidés.
? Destruction des habitats
Les fortes, et même très fortes températures, provoquent un dessèchement des
plantes, des herbes et de toute autre nourriture végétale, bouleversant ainsi les
écosystèmes qui en dépendent. À cette hausse des températures s?associent
également les nombreux incendies, qui peuvent détruire des écosystèmes entiers
dans certaines régions.
Les oiseaux sont, eux aussi, particulièrement exposés aux conditions météoro-
logiques. Certaines espèces des champs ne font pas de deuxième couvée si les
conditions ne sont pas favorables. C?est par exemple le cas de l?alouette des
champs, dont les effectifs sont en constante diminution (?25 % en 18ans) en
raison des pratiques intensives agricoles (source : alouette des champs, Vigie-
nature). Un épisode de fortes chaleurs est une variable qui s?ajoute aux autres
facteurs de disparition de l?espèce, une mauvaise météo réduisant la producti-
vité des couvées.
En cas de canicule, les routes deviennent de véritables menaces mortelles pour
la faune. En effet, le bitume peut monter à des températures telles qu?il provoque
des brûlures graves chez les animaux obligés de traverser : hérisson d?Europe,
amphibiens, reptiles? Les mammifères, pour ceux qui sont nocturnes, se pro-
tègent cependant de la chaleur dans leurs terriers durant la journée.
Au contraire, certains insectes semblent proliférer, y compris dans des régions
nouvelles pour eux : arrivée du moustique-tigre (figureC15) dans le Loiret et
en Meurthe-et-Moselle, frelons asiatiques dans la Manche et le Finistère, à la
recherche de températures un peu plus tempérées. Ce phénomène, lié principa-
lement à l?augmentation des températures moyennes, s?amplifie avec l?augmen-
tation du nombre de vagues de chaleur.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
69
Figure C 14: Départements de métropole où la présence de moustique tigre (Aedes albopictus)
est connue au 1erjanvier 2022.
Source : Santé publique France 2.
Faune aquatique
Le graphique reprend sur les quelques dernières années les assecs (figureC15)
pendant les mois de juin à septembre. En effet, les dernières années ont connu
des sécheresses et des vagues de chaleur à répétition (2017, 2019 et 2022).
Associées à une forte diminution des niveaux d?eau à cause d?un manque de pré-
cipitation, les vagues de chaleur à répétition provoquent une augmentation anor-
male de la température de l?eau qui, elle-même, entraîne la mortalité des poissons
d?eau douce et des mollusques. L?oxygène (O2) dissous dans l?eau diminue, le
milieu devient eutrophe 3 : il est plus riche en éléments organiques, les algues
pullulent et les bactéries anaérobiques 4 prolifèrent, provoquant l?appauvrisse-
ment, puis la mort de l?écosystème aquatique qui ne bénéficie plus de suffisam-
ment d?oxygène.
2. https://solidarites-sante.gouv.fr/sante-et-environnement/risques-microbiologiques-physiques-et-chimiques/
especes-nuisibles-et-parasites/article/cartes-de-presence-du-moustique-tigre-aedes-albopictus-en-france-
metropolitaine
3. Eutrophe : milieu riche en éléments organiques, pauvre en oxygène. Ex. : eaux dormantes.
4. Anaérobie : organisme qui se développe en l?absence d?oxygène (O2). Ex. : bactéries.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
70
Figure C 15: Pourcentage des observations pour les stations de métropole pour 2017à2022.
Les stations observées en assec sont en bleu. On notera une forte proportion de stations en
assec lors des mois de juillet et août2022.
Source : Données : réseau ONDE ; traitement : ONERC.
Pour ne citer qu?un exemple, dans la zone Natura2000 du marais Breton, des
centaines de truites sont mortes fin juillet2022à cause de la température trop
élevée de leur habitat. Une conséquence directe de la vague de chaleur de cette
période (chapitreD, La vigilance « canicule » de Météo-France).
Pour éviter la mort des poissons certaines solutions existent. Par exemple le
Service public de l?assainissement francilien (SIAAP 5) surveille le taux d?oxy-
gène dissous dans la Seine et, si besoin, diffuse de l?oxygène dans des « îlots de
survie » où les poissons peuvent respirer.
La diminution des populations autochtones, associée à une hausse des tempé-
ratures, sont autant d?opportunité pour les espèces invasives, comme la jussiée
ou certaines écrevisses américaines, qui trouvent ainsi des conditions favorables
pour se développer.
La flore
La flore est sensible aux épisodes de sécheresse prolongée et de canicule. Ces
phénomènes, aujourd?hui plus fréquents, entraînent chez les plantes et les arbres
5. https://www.siaap.fr/
0 %
10 %
20 %
30 %
40 %
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Absence de données
Observation impossible
Écoulement non visible
Écoulement visible
Assec
Observations des assecs de 2017 à 2022
Ob
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(
%
)
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
71
un stress hydrique 6 qui se traduit de différentes façons. Les arbres perdent leurs
feuilles, comme en automne, pour limiter la consommation d?eau. En effet, c?est
par les feuilles qu?intervient le phénomène d?évapotranspiration lié à la photo-
synthèse. Lorsqu?il fait trop chaud et sec, l?arbre doit réduire sa consommation
en eau. Les feuilles jaunissent et tombent, il s?agit d?une adaptation de l?arbre.
Mais si les canicules se répètent trop souvent ou sont trop rapprochées, certains
arbres risquent de s?épuiser et de ne pas survivre.
Les épisodes de canicule qui interviennent au printemps agissent également sur
le cycle de floraison. Les plantes fleurissent et fanent plus tôt. Il peut y avoir un
décalage entre le cycle de la plante et celui des insectes qui, pour certains, sont
étroitement liés pour la pollinisation et/ou la reproduction (espèces symbiotiques 7).
Feux de forêts
Les forêts sont non seulement des socioécosystèmes essentiels pour les sociétés
humaines mais aussi pour la biodiversité. En effet, elles abriteraient près de80 %
de la biodiversité terrestre mondiale. Cet été2022 et un peu partout en France,
le risque d?incendie était à son plus haut niveau. Les fortes températures fragi-
lisent les forêts qui souffrent déjà des sécheresses répétées.
90 % des départs de feux de forêt ont pour origine les activités humaines, selon
différentes causes :
? accidentelles : lignes électriques, chemin de fer, véhicules, dépôt d?ordures ;
? intentionnelles : malveillance ;
? involontaires dues aux travaux : travaux forestiers, travaux agricoles, travaux
industriels et publics ;
? involontaires dues aux particuliers : travaux, loisirs, jets d?objets incandescents.
Et un départ de feux dans une forêt desséchée pourra avoir des conséquences
dramatiques jusqu?aux méga-feux.
La figureC16 ci-après, établie à partir de la base de données EFFIS, représente
les surfaces de forêts brûlées dejuin à novembre2022 en France métropolitaine.
Au total, plus de 66 000hectares de forêts ont brûlé cet été, soit six fois plus
que la moyenne des15dernières années. Presque 300feux ont été recensés.
Même si une étude plus approfondie pourrait être nécessaire, le graphique montre
clairement une certaine corrélation entre les surfaces brûlées et les différentes
canicules. En effet, les températures importantes de l?air et du sol sont des fac-
teurs qui viennent aggraver des conditions déjà très propices aux feux de forêts.
6. Stress hydrique (ou stress osmotique ou stress abiotique ou pénurie d?eau) : état d?une espèce végé-
tale qui, placée dans un environnement, l?amène à libérer davantage d?eau que la quantité qu?elle absorbe.
7. Symbiotique : association étroite, durable et obligatoire entre deux espèces à leur bénéfice mutuel.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
72
Figure C 16: Surface de forêt brûlée en France métropolitaine en2022. Les rectangles orange
représentent les 3canicules.
Source : Données EFFIS ; traitement : ONERC.
Alors que le rapport interministériel de2010 (MEDDEM, 2010) prévoyait l?ex-
tension des zones propices aux feux de forêts dans un futur de2030-2050, la
réalité a malheureusement rattrapé les prévisions. En effet, pendant l?été2022
en Bretagne, le feu a ravagé presque3 000hectares (figureC17). Des records de
température dans36 des44 stations météo en Bretagne (40oC dans le Finistère
Nord, 41,6oC enregistré en Ille-et-Vilaine) associés à une saison très sèche ont
été propices aux feux de forêts qui n?avaient jamais été observés avec une telle
ampleur en Bretagne.
Surface brûlée
0
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Surface brûlée
Période de canicule
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ha
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Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
73
Figure C 17: Surface brûlée en Bretagne depuis2000.
Sources : Données : EFFIS 8 ; traitement : ONERC.
Les bilans actuels en termes de surfaces brûlées et de dégâts, pourtant déjà très
importants, vont s?aggraver avec les effets du changement global en France. Ces
effets vont tous dans le sens d?une aggravation du risque :
? changement climatique conduisant à une multiplication des conditions météo-
rologiques propices au feu (combinaison de températures élevées, d?une humi-
dité de l?air faible) et à une extension des zones menacées ;
? urbanisation croissante des interfaces homme-nature ;
? modification/abandon de pratiques agricoles conduisant à la fermeture du milieu
donnant une continuité des massifs arborés et boisés.
Sans parler de méga-feux, des événements exceptionnels/extrêmes, c?est-à-dire
hors de nos références habituelles en termes d?intensité, de vitesse de propaga-
tion, ou d?importance et de longueurs des sautes de feu, sont donc appelés à se
multiplier dans les années qui viennent.
Pour faire face à la nouvelle ampleur prise par les feux de forêt cette année, le
Gouvernement a annoncé une nouvelle stratégie de lutte contre les incendies.
Cette stratégie est articulée autour de trois grands axes.
Le premier axe repose sur la prévention. Pour faire face aux incendies, dont9
sur10 sont d?origine humaine, des campagnes de sensibilisation seront lancées
8. https://effis.jrc.ec.europa.eu/applications/data-and-services
0
500
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22
Surface brûlée en Bretagne
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
74
et les obligations légales de débroussaillement (OLD) seront renforcées. Ainsi, la
puissance publique pourrait se substituer rapidement aux propriétaires défaillants.
Un inventaire des modèles de forêts et de leur entretien devrait également être
réalisé. Plusieurs outils devraient également être mis en place, tels qu?une carte
nationale recensant les zones particulièrement vulnérables, une météo des forêts
et une météo des feux de forêt pour informer sur les risques et les départs de
feu, à l?image de ce qui se fait déjà dans le bassin méditerranéen.
Le deuxième axe est celui de la lutte. Les moyens de lutte seront modernisés et
accrus d?ici2027. Le nombre de Canadair en France sera augmenté à16 dans
les cinq prochaines années, contre12 aujourd?hui, au sein d?un plan global de
« réarmement aérien d?urgence » contre les feux de forêt de250millions d?euros.
Deux hélicoptères lourds devraient aussi venir renforcer la flotte prochainement.
Troisième volet de la stratégie annoncée par le Président de la République, le
reboisement et la gestion durable des forêts. Le Gouvernement a ainsi promis
« la plantation d?un milliard d?arbres » sur le territoire français d?ici à la fin de la
décennie. C?est-à-dire le renouvellement de10 % des forêts françaises avec des
espèces plus résilientes. L?objectif est de compenser les pertes dues aux incen-
dies mais aussi de fixer le carbone et préserver la biodiversité. Pour arriver à
cet objectif, des financements publics seront dédiés mais le Gouvernement sou-
haite également un travail collectif avec les élus, les agents de l?Office national
des forêts, de l?Observatoire du littoral mais également la participation de jeunes
dans un chantier, écologique, environnemental et d?aménagement des territoires.
Conclusion
Il ressort des projections de Météo-France que les épisodes de vagues de chaleur,
tels que ceux de ces dernières années (2019, 2022) vont se multiplier dans les
années futures.
Les vagues de chaleur sont souvent couplées avec des épisodes plus longs de
sécheresse. Les impacts d?une forte baisse des précipitations conjugués à de la
hausse de l?évapotranspiration correspondent à une baisse importante de l?hu-
midité des sols, des niveaux d?étiage et des débits des cours d?eau. Il est très
difficile de connaître leurs effets à long terme sur la faune, la flore et les milieux,
mais il est vraisemblable que leurs conséquences ne pourront être qu?importantes.
Avec l?augmentation des températures moyennes, mais aussi des températures
extrêmes, les impacts ne vont aller qu?en s?aggravant dans les années futures et
vont concerner une part du territoire de plus en plus étendue et jusque-là préservée.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
75
Impacts des vagues de chaleur
sur la biodiversité marine
Núria Teixidó,
Sorbonne Université, CNRS,
laboratoire d?océanographie de Villefranche
Stazione zoologica Anton Dohrn, Italie
Chloé Carbonne,
Sorbonne Université, CNRS,
laboratoire d?océanographie de Villefranche
Introduction
Outre le réchauffement progressif et à long terme de l?océan, une augmenta-
tion significative de la fréquence et de l?intensité des événements climatiques
extrêmes tels que les vagues de chaleur marines (MHW) est constatée (Smale
etal., 2019 ; Oliver etal., 2021). Ces périodes d?eau chaude exceptionnelles, défi-
nies comme étant des températures de l?eau de mer dépassant un seuil, généra-
lement fixé au90ecentile de la moyenne climatologique, pendant au moins cinq
jours consécutifs (Hobday etal., 2016). Au cours des vingt dernières années, les
MHW ont globalement doublé en fréquence et sont devenues plus durables, plus
intenses et plus étendues et ont eu des impacts significatifs sur la biodiversité
marine (Olivier etal., 2021). Le Groupe intergouvernemental d?experts sur l?évo-
lution du climat (GIEC) prévoit des vagues de chaleur marines plus fréquentes,
plus intenses et plus longues d?ici le milieu du xxiesiècle dans tous les scéna-
rios futurs d?émissions de CO2. Les impacts écologiques se traduisent généra-
lement par des efflorescences algales nuisibles, des déplacements d?espèces,
des événements de mortalité massive (MME) d?espèces marines et le blanchi-
ment massif des coraux qui dure de quelques semaines à plusieurs années. Il en
résulte une perte de biodiversité marine altérant le fonctionnement des écosys-
tèmes marins avec des impacts importants sur l?approvisionnement en biens et
services liés à la pêche et aux moyens de subsistance, à la protection des côtes,
au cycle des nutriments, à la séquestration du carbone et aux opportunités cultu-
relles et récréatives. Même si la méthode est perfectible, ces pertes se chiffrent
en milliards de dollars pour l?humanité (Hughes etal., 2017, Smith etal., 2021).
Le réchauffement affecte la physiologie et la phénologie des organismes marins,
ainsi que leur potentiel de dispersion, induisant des changements d?aire de répar-
tition par l?expansion ou la contraction de la distribution des espèces. Les orga-
nismes vivants fonctionnent entre certaines limites de température déterminées
par la gamme de conditions thermiques qu?ils ont connues au cours de leur évo-
lution (autrement dit, la niche thermique de l?espèce). Au-delà de ces limites,
leur performance diminue et, sans mesures d?atténuation, cela peut mener à la
mort. Des impacts de MHW à l?échelle de l?écosystème ont été constatés dans
un certain nombre de régions où des espèces marines fondatrices qui soutiennent
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
76
une large gamme de biodiversité associée ont été affectées, notamment avec
la perte de forêts de laminaires dans le nord-est et le sud-ouest du Pacifique et
le sud-est de l?océan Indien (Arafeh-Dalmau etal., 2019), le blanchiment massif
des coraux dans l?Indo-Pacifique et le sud-ouest de l?océan Indien (Hughes etal.,
2018), les prairies sous-marines (Arias-Ortiz etal., 2018), et la mortalité générali-
sée des macrophytes (macro-algues et herbiers marins) et des invertébrés en mer
Méditerranée (Garrabou etal., 2022). Dans cet article, nous nous concentrons
sur les impacts des MHW sur les coraux tropicaux et sur les espèces marines de
la mer Méditerranée. Ces deux écosystèmes marins ont en commun la présence
d?espèces marines fondatrices, qui sont essentielles à la structuration d?un éco-
système et qui modulent les flux de nutriments et d?énergie dans l?écosystème
qu?elles définissent. Les espèces fondatrices sont essentielles au maintien de
la biodiversité, et leur disparition aura des répercussions sur les autres espèces.
Figure C 18: Principaux événements liés aux vagues de chaleur marines au cours des deux
dernières décennies. La figure du haut montre les anomalies de température de surface de
l?océan qui se sont produites autour du globe, causées par le forçage atmosphérique et/ou
les processus océaniques. La figure du bas montre les propriétés des principales vagues de
chaleur marines historiques avec leur intensité (axe des y), leur durée (axe des x) et leur
catégorie (modérée, forte, sévère, extrême).
Source : Olivier etal. (2021).
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
77
Stress thermique et blanchiment des coraux
dans les récifs coralliens tropicaux
Les récifs coralliens sont l?un des écosystèmes marins les plus diversifiés, les
plus productifs et les plus climato-sensibles sur la planète. Ils représentent
moinsde1 % de la surface des fonds océaniques, mais ils abritent plusde25 %
de la vie marine. En outre, les récifs coralliens représentent des sources de
revenus et de ressources essentielles grâce à leur rôle dans le tourisme, la pêche
et la protection des côtes, et constituent une source primordiale de protéines de
subsistance et de revenus pour de nombreuses petites communautés locales et
nations qui sont en phase de développement rapide. Environ400millions de per-
sonnes dépendent des récifs pour leur sécurité alimentaire et pour leurs moyens
de subsistance, notamment grâce au tourisme lié aux récifs coralliens. La biodi-
versité des récifs est menacée par le réchauffement, car les océans devraient se
réchauffer de1à5oC en moyenne d?ici la fin du siècle, et par l?augmentation de
la fréquence et de la gravité des vagues de chaleur marines (IPCC, 2019).
La limite physiologique de la plupart des coraux se situe entre~18 et ~28oC.
Avec le réchauffement de l?océan, certaines régions pourraient dépasser cette
limite physiologique supérieure (>28oC) et devenir moins propices aux coraux,
tandis que d?autres régions pourraient augmenter leur température minimale et
devenir plus propices au développement des coraux. Les récifs coralliens seront
également affectés par l?augmentation des concentrations de CO2 dans l?atmos-
phère, ce qui entraîne une baisse de la calcification due à l?acidification de l?océan,
compromettant ainsi le maintien et la croissance de la structure récifale en car-
bonate de calcium.
La plupart des coraux des récifs tropicaux peu profonds réalisent une symbiose
intracellulaire avec des algues dinoflagellées du genre Symbiodimium, qui vivent
dans les tissus du corail (Davy etal., 2012).Le principe de cette symbiose est
que le corail fournit aux algues unicellulaires un environnement protégé et les
composés dont elles ont besoin pour la photosynthèse, tandis que les symbiotes
produisent l?oxygène et les produits carbonés fixes de la photosynthèse (Weis,
2008 ; Davy etal., 2012). Environ90 % de la matière organique produite par pho-
tosynthèse par les symbiontes est transférée au tissu du corail hôte. Lorsque les
coraux subissent un stress environnemental, les polypes expulsent leurs sym-
biontes et la colonie prend une apparence d?un blanc éclatant. Ce phénomène
est communément appelé « blanchiment du corail ». Si les polypes restent trop
longtemps sans les symbiontes, le blanchiment du corail peut entraîner la mort
du corail car les coraux blanchis ne peuvent pas satisfaire leurs besoins méta-
boliques, la plupart des besoins en carbone étant obtenus à partir des produits
photosynthétiques transférés par les symbiotes.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
78
Figure C 19: Ces photos illustrent la même communauté corallienne avant (décembre2014)
et après (février2015) un blanchiment corallien lié à un stress thermique dans les Samoa
américaines. Les symbiontes d?algues unicellulaires fournissent aux coraux leur pigmentation.
À gauche, un récif corallien sain et à droite, le même récif corallien qui a perdu ses symbiontes
et arbore une apparence blanchie. Si les coraux sont privés de leurs symbiotes pendant une
longue période, ils meurent.
Source : © Catlin Seaview Survey.
Au cours des30dernières années, le réchauffement de la température de la surface
de la mer et les vagues de chaleur marines ont déclenché un nombre croissant de
blanchiments massifs de coraux, notamment quatre événements de blanchiments
massifs pan tropicaux en1997-1998, 2010, 2015-2017 et 2019-2020 (Heron
etal., 2016 ; Hughes etal., 2018). Le déclin des coraux entraîne un changement
radical dans la composition et le fonctionnement de l?écosystème des assem-
blages coralliens, y compris des centaines de récifs individuels, transformant de
grandes zones d?assemblages matures et très diversifiés en un écosystème marin
très altéré et dégradé. Il est important de noter que les récifs coralliens mettent
généralement au moins dix ans à se rétablir après des épisodes de blanchiment
massif. Les épisodes répétés de blanchiment réduisent la capacité de récupéra-
tion des coraux, ce qui entraîne à son tour un déclin de la couverture corallienne
et une perte de biodiversité.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
79
Vagues de chaleur marines et mortalités massives récurrentes
en mer Méditerranée
La région méditerranéenne a connu une évolution continue des activités humaines
au cours de plusieurs millénaires. Elle abrite aujourd?hui plusde500millions de per-
sonnes avec une forte concentration d?établissements urbains et d?infrastructures
industrielles à proximité du littoral. La région est la première destination touristique
au monde et l?une des routes maritimes les plus fréquentées. La mer Méditerranée
est une mer semi-fermée de latitude moyenne, entourée de montagnes et de litto-
raux fortement urbanisés qui affectent les facteurs atmosphériques, océaniques et
hydrologiques. Le bassin, situé à la frontière entre deux régimes climatiques (le climat
aride de l?Afrique du Nord et le climat tempéré et pluvieux de l?Europe centrale), est
considéré comme un point particulier (hot-spot) du changement climatique : la
Méditerranée se réchauffe actuellement à un rythme 20 % plus rapide que le reste
du globe (Lionello et Scarascia, 2018). La température de surface de la mer a déjà
augmenté (selon les régions) de0,29oC à0,44oC par décennie (période entre1982
et 2015), et un réchauffement de0,8oC à3,8oC est projeté pour la fin du siècle en
raison de la variabilité régionale (Darmaraki etal., 2019).
Figure C 20: Tendances des vagues de chaleur marines (VCM) et des catégories à travers
la mer Méditerranée pendant la période de2015à2019. La mer Méditerranée connaît une
augmentation de la fréquence et de l?intensité des vagues de chaleur marines, ce qui entraîne
une mortalité massive des organismes benthiques. La mer Égée et les mers du Levant sont les
régions les plus impactées par les vagues de chaleur marines, tandis que le plateau tunisien
est la région qui présente la plus faible augmentation.
Source : Garrabou etal. (2022).
Outre les schémas de réchauffement général et progressif, les périodes de tem-
pératures extrêmes ont eu des conséquences négatives à grande échelle sur la
biodiversité marine méditerranéenne. Des événements de mortalité massive sans
précédent, qui ont affecté environ25espèces, se sont produits pendant les
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
80
étés1999 et 2003 sur des centaines de kilomètres de côtes dans le nord-ouest
de la Méditerranée (Cerrano etal., 2000 ; Garrabou etal., 2009 ; Perez etal.,
2000). Ces MHW étaient soit de courtes périodes (environ5jours en2003) de
températures élevées de la mer (27oC), soit des périodes plus longues (30à40jours)
de températures relativement élevées (24oC en1999). Des impacts sur les orga-
nismes marins ont été rapportés en réponse à ces conditions extrêmes : morta-
lité des macro-algues et des invertébrés, mortalité des pousses et floraison
anormale des herbiers marins (Garrabou etal., 2009 ; Marbà et Duarte, 2010).
Figure C 21: Impacts écologiques des événements de mortalité massive de2015-2019.
a)La colonie de gorgone rouge Paramuricea clavata présentant une mortalité partielle (zones
brunes envahies par les épibiontes) contrastant avec les tissus vivants ; b) une colonie du
corail Cladocora caespitosa présentant des signes de mortalité partielle (squelette nu au
niveau des zones blanches) contrastant avec les tissus vivants ; c) une colonie du bryozoaire
Myriapora truncata présentant une mortalité (parties blanches envahies par les épibiontes ;
d) un individu du mollusque Spondylus gaederopus atteint de mortalité (blanc) ; e) l?éponge
massive Agelas oroides présentant une mortalité (réseau spongieux brun exempt de matériel
cellulaire) contrastant avec le tissu orange vivant ; f) un individu pratiquement mort de
Spongia officinalis présentant un réseau spongieux brun exempt de matériel cellulaire ;
g) le rhodophyte Mesophyllum sp. partiellement mort ; h) l?oursin Arbacia lixula présentant
une mortalité avec la perte des épines.
Source : Garrabou etal. (2022).
Une étude publiée récemment a établi que les températures enregistrées en mer
Méditerranée sur la période2015-2019 étaient les plus élevées depuis le début des
enregistrements en1982 (Garrabou etal., 2022). Sur la base de plusde900relevés
de terrain effectués, les chercheurs ont constaté que 58 % d?entre eux contenaient
des preuves bien réelles que la mortalité massive de la vie marine était liée aux
périodes de chaleur extrême. Les populations de50espèces (dont des macro-algues,
des coraux et des éponges, entre autres) ont été affectées par ces événements
sur des milliers de kilomètres de côtes méditerranéennes, de la mer d?Alboran aux
côtes du bassin oriental, de la surface à45m de profondeur (Garrabou etal., 2022).
Certaines des espèces les plus touchées sont essentielles au maintien de la bio-
diversité et au fonctionnement des habitats côtiers. Parmi ces espèces figurent les
herbiers de Posidonia oceanica et les assemblages de gorgones, deux des habitats
les plus emblématiques et les plus diversifiés de la mer Méditerranée.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
81
Vagues de chaleur marines pendant l?été2022
en mer Méditerranée
La mer Méditerranée a connu une importante vague de chaleur marine avec des
températures de surface de la mer dans les parties occidentales de la Méditerranée
de4-5oC supérieures à la moyenne le long des côtes françaises et italiennes au
cours de l?été2002.
Les températures ont été supérieures à la moyenne pendant des périodes prolon-
gées depuis le début du mois de mai. La température moyenne à la surface de la
mer était supérieure de1,3oC à2,6oC à la moyenne à long terme (1982-2011),
avec des températures maximales mesurées localement à30,8oC du31juillet
au13août dans le nord-ouest de la mer Méditerranée (Guinaldo etal., 2022).
Des impacts sur la biodiversité marine ont déjà été observés dans différents sites
de cette région. Ainsi, de graves mortalités de masse ont été observées sur les
coraux, les éponges et les bryozoaires le long des côtes françaises, notamment
dans le parc national des Calanques, le parc national de Port-Cros et le parc marin
de la Côte Bleue (http://www.calanques-parcnational.fr/fr/actualites/episode-de-
mortalite-de-gorgones-en-mediterranee). Les premiers signes de mortalité ont été
observés entre le18 et le19juillet 2022 entre12 et 30m de profondeur. La
vague de chaleur marine vraisemblablement dévastatrice de cette année2022
ne fera que renforcer la coordination scientifique et la coopération technique aux
niveaux régional, national et international
Figure C 22: Impacts de la forte vague de chaleur marine sur la gorgone Paramuricea clavata
de15m à30m de profondeur au Parc national des Calanques. Les colonies présentent une
mortalité presque totale (squelette blanc) contrastant avec des tissus vivants de couleur rouge.
Source : © Patrick Bonhomme, Parc national des Calanques.
Il faut également espérer que les impacts observés contribueront à la prise de
conscience collective et ainsi à l?élaboration de politiques d?atténuation et d?adap-
tation plus efficaces pour faire face à l?urgence climatique actuelle.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
82
Impacts des vagues de chaleur
sur l?agriculture française
Frédéric Levrault,
Chambre régionale d?agriculture de Nouvelle-Aquitaine
Introduction
Sous l?effet du changement climatique, l?agriculture française est confrontée ces
dernières années à des températures particulièrement élevées, avec des durées de
retour, des extensions géographiques et des intensités qui paraissaient inenvisa-
geables il y a quelques décennies à peine. Si ces hautes températures accélèrent
l?apparition des sécheresses agricoles, elles ont par ailleurs un effet purement ther-
mique ?objet de ce rapport? pouvant être sévère sur les cultures et les animaux
d?élevage. L?ampleur des impacts thermiques déjà constatés ces dernières années
sur notre agriculture et attendus au cours des prochaines décennies doit nous
conduire à considérer ces vagues de chaleur comme un déterminant important de
l?activité agricole en France au xxiesiècle. On s?intéresse ici à rappeler les prin-
cipaux effets des vagues de chaleur sur les productions agricoles végétales et
animales en France métropolitaine, ainsi que les voies majeures d?adaptation.
Principaux impacts sur l?agriculture et l?élevage
et voies d?adaptation
? Lien entre température et croissance : un principe commun
à toutes les espèces végétales
La croissance des espèces végétales ?cultivées ou non? est liée à la tempéra-
ture suivant une courbe en cloche dont les caractéristiques découlent de l?origine
géographique de chaque espèce. Ainsi, les plantes d?origine intertropicale ?par
exemple maïs, sorgho, ou tournesol? possèdent un optimum de croissance (le
point haut de la courbe) correspondant à des températures plus élevées compa-
rativement à des espèces d?origine plus septentrionale ou australe (par exemple
blé, colza, ou prairie). Ces espèces à optimum thermique plus élevé sont dites
« thermophiles ».
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
83
Figure C 23: Réponse de la croissance de
différentes lignées de maïs à la température.
Source : Parent et Tardieu (2012).
Cela a deux incidences majeures pour l?agriculture française. D?une part, toute
espèce cultivée voyant sa croissance pénalisée (même en conditions hydriques
favorables) lorsque la température dépasse son optimum thermique de croissance,
l?accentuation des vagues de chaleur que nous connaissons a déjà un effet glo-
balement délétère sur les productions végétales dans notre pays. D?autre part,
les espèces non thermophiles subissant une réduction de leur croissance au-delà
de seuils moins hauts que dans le cas des espèces thermophiles, les pertes de
production liées aux températures élevées sont (et seront) plus marquées dans
notre pays pour les premières que pour les secondes.
? Vagues de chaleur : une accélération qui inquiète la communauté
agricole française
La vitesse à laquelle ces vagues de chaleur s?amplifient dans notre pays (cf.articles
précédents) n?est pas sans inquiéter la communauté agricole française. Le simple
examen de l?évolution du nombre de jours chauds (TX ?25oC) ou très chauds
(TX ?30oC) ?indicateurs mieux compris par les agriculteurs que la sévérité? au
cours des50dernières années rend compte de la vitesse à laquelle ces phéno-
mènes chauds montent en puissance.
Figure C 24 : Augmentation décennale du
nombre de jours par an dépassant 25 oC
(en jaune) ou 30oC (en orange) constatée
entre1970 et 2022 dans cinq grandes régions
agricoles françaises. Unité : jour par décennie.
Source : Infoclimat. Données : Météo-France.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
84
? Impacts sur les cultures annuelles
Le blé tendre est une des espèces cultivées les mieux documentées quant à l?effet
des températures élevées. C?est notamment le processus de remplissage des
grains en fin de cycle cultural, qui est affecté dès que la température dépasse
25oC, et commence à être nettement pénalisé au-delà de32à35oC ; on parle
alors d?échaudage thermique. Ce phénomène a particulièrement affecté la pro-
duction française lors des campagnes de2005, 2006, 2017, 2019, 2020 et
2022. L?accentuation tendancielle du nombre de jours chauds (voire très chauds)
constatée en fin de cycle cultural du blé (approximativement entre début juin et
mi-juillet) explique pour moitié environ le plafonnement du rendement du blé tendre
apparu dans l?ensemble de la France à partir du milieu des années1990 (Brisson
etal., 2010). En2022, dans les départements touchés par la vague de chaleur
apparue fin juin, les rendements du blé tendre ont été particulièrement bas, équi-
valents à ceux du milieu des années1980.
Figure C 25 : Rendement
moyen départemental du blé
tendre en Charente-Maritime
de1961à2022.
Sources : Données : DRAAF/
SRISE ; traitement : ORACLE
Nouvelle-Aquitaine.
Les vagues de chaleur affectent également les espèces thermophiles. Ainsi chez
le maïs, les processus de croissance commencent à être ralentis au-dessus de
32oC, des impacts plus sévères apparaissant à des températures supérieures :
arrêt de la croissance et de la pollinisation à partir de 40oC, éclatement des cel-
lules à partir de 44oC. Le tournesol voit lui aussi sa croissance affectée à partir
de 31oC, mais sa résistance aux températures supérieures à 35oC apparaît meil-
leure que celle du maïs.
À l?échelle nationale, l?effet d?une canicule sur la production végétale est difficile
à dissocier des effets hydriques. Cependant, et à titre indicatif, on pourra noter
que la canicule de2019 aurait réduit d?environ 10 % la production française de
blé tendre et de maïs (source : ministère de l?Agriculture).
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
85
? Quelques adaptations en cultures annuelles
L?utilisation de variétés plus « précoces » ?c?est-à-dire à cycle plus court? déplace
un peu plus tôt dans l?année la phase de sensibilité aux températures élevées
(par exemple la phase de remplissage des grains), à un moment où la probabi-
lité d?apparition d?une vague de chaleur est plus réduite. Cette adaptation ?dite
« d?esquive »? est déjà adoptée par bon nombre de céréaliers, en Champagne, par
exemple, où l?on observe depuis quelques années la quasi-disparition des varié-
tés de blé tendre à épiaison très tardive (4,5) ou tardive (5).
Figure C 26: Évolution du choix de variétés de blé tendre chez un panel de céréaliers de
Champagne entre2005 et 2020. L?échelle de précocité concerne l?épiaison. Projet FARMSTAR.
Source : Arvalis ?Institut du végétal.
Cette voie d?adaptation est pertinente pour les cultures annuelles récoltées en fin
de printemps ou en début d?été, compte tenu du cycle thermique annuel (vagues de
chaleur plus probables en juillet et août). En revanche, pour les cultures annuelles
récoltées en fin d?été ou en automne, ce mode d?action est apriori non pertinent
puisqu?il augmente la probabilité d?apparition de vagues de chaleur au stade
cultural sensible. Sur le plan hydrique, les conclusions ne sont pas les mêmes.
La sélection variétale constitue une autre voie d?adaptation. Elle vise à mettre au
point des variétés ayant de bonnes aptitudes de croissance ?on parle de tolé-
rance à la chaleur? dans une plage plus haute de températures, quitte à avoir un
rendement un peu moins élevé à l?optimum thermique. Des travaux de recherche
sur ce type de tolérance sont en cours, portés par INRAE et Arvalis ?Institut du
végétal et impliquant des plateformes expérimentales assez lourdes. Un site de
test, spécifiquement dédié aux stress thermiques des céréales, est en place
à Gréoux-les-Bains. L?évaluation des premières variétés tolérantes nécessitera
quelques années, et devra être maintenue durant plusieurs décennies compte
tenu de la dynamique de réchauffement attendue dans notre pays.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
86
Figure C 27 : À Gréoux-
les-Bains (04) une
plateforme expérimentale
pilotée par Arvalis a été
mise en place pour tester
des variétés de blé plus
résistantes à la chaleur.
Source : © Perspectives
agricoles.
Par ailleurs, la protection des cultures contre les températures élevées peut être
recherchée par des effets d?ombrage. Si les ombrages artificiels (voir plus loin)
concernent principalement les cultures pérennes, les arbres isolés, l?agrofores-
terie ou encore les haies peuvent constituer les vecteurs d?ombrages ?donc de
rafraîchissement? intéressants. Cependant, les bénéfices strictement thermiques
de ces « parasols » naturels sont à ce stade peu évalués, les diagnostics ayant
principalement porté sur la biodiversité, l?érosion des sols, et l?effet brise-vent.
Enfin, il ne faut pas oublier que les arbres ?eux aussi? peuvent souffrir de tem-
pératures très élevées. Dans nombre de régions de grande culture françaises,
l?association « arbre-culture » ne fait pas l?objet à ce jour d?une adoption massive
par les agriculteurs (concurrence entre arbres et culture pour la lumière, l?eau et
les éléments minéraux, gêne aux engins mécaniques, valorisation des arbres).
Le déplacement géographique des cultures (remontée vers le nord) au sein de
l?Hexagone apparaît d?une faible utilité face aux vagues de chaleur, compte tenu de
l?extension géographique de ces phénomènes pouvant dès à présent ?et encore
plus à l?avenir? toucher la quasi-totalité de notre territoire. Quant au changement
d?espèces cultivées, au bénéfice d?espèces thermophiles, il est toujours pos-
sible, mais pose à la fois la question du maintien des filières dans notre pays, et
la question de l?évolution des rotations culturales dans les parcelles et de leurs
effets agronomiques (structure du sol, pression de maladies).
? Impacts sur les cultures ligneuses pérennes
En viticulture, les fortes chaleurs se traduisent notamment par des phénomènes
de dessèchement des feuilles puis des baies (on parle de « grillures »), accentués
par les situations de sécheresse. Ces lésions irréversibles peuvent apparaître en
quelques heures et découlent de l?éclatement des cellules soumises à des ten-
sions osmotiques trop fortes.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
87
Figure C 28 : Pied de
vigne grillé par la chaleur
à Estagel (66) lors de la
canicule de juin2019.
Source : ©France Bleu
Roussillon.
Dans les cas les plus sévères, les pertes de production à l?échelle d?un vignoble
peuvent être conséquentes, comme ce fut le cas par exemple pour les appella-
tions Banyuls et Collioure (64) qui perdirent environ 40 % de leur production en
raison de la canicule de juin2019.
En arboriculture fruitière, les fortes chaleurs impactent principalement les fruits,
avec des phénomènes de brûlure, l?éclairage direct jouant également un rôle dans
ces dégradations.
Figure C 29 : Pommes
a b î m é e s p a r d e s
températures trop élevées.
Source : © Daily Science.
? Quelques adaptations en cultures pérennes
En diminuant l?éclairage direct, l?ombrage artificiel permet de réduire la tempéra-
ture à laquelle sont exposées les plantes cultivées. Dans le cas le plus simple,
cet ombrage peut être obtenu au moyen de filets, tendus verticalement le long du
feuillage dans le cas de la vigne, ou horizontalement au-dessus du feuillage dans
le cas des arbres fruitiers. Pour ne pas limiter le rayonnement solaire lorsque cela
n?est pas souhaité (perte d?activité photosynthétique) ?ces filets doivent être aisé-
ment repliables. Le rôle de ces filets peut être double avec un usage de protection
contre la grêle. Ils constituent cependant des investissements non négligeables,
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
88
difficiles à amortir sur des cultures à faible valeur ajoutée, et dont l?efficacité vis-
à-vis des hautes températures est en cours d?évaluation.
Figure C 30 : Filets d?ombrage
dans un vignoble du sud-ouest
de la France.
Source : ©IFV.
Beaucoup plus complexes et onéreuses, les installations agrivoltaïques délivrent
également cet effet rafraîchissant lié à l?ombrage. Les panneaux photovoltaïques,
mobiles et plus espacés que dans une installation classique, sont pilotés pour
optimiser l?ensemble du microclimat de la culture qu?ils surplombent (tempéra-
tures basses, températures hautes, luminosité, hygrométrie), la production d?élec-
tricité n?étant généralement pas prioritaire sur la finalité agricole. Nécessitant des
investissements lourds, ces installations s?appuient sur des contractualisations
multiannuelles entre l?agriculteur et l?énergéticien. Leur évaluation se précise,
tandis que les installations expérimentales commencent à se multiplier en France.
Figure C 31: Le démonstrateur
agrivoltaïque de Piolenc (84)
permet d ?évaluer ce type
d?installation en viticulture.
Source : ©Sun?R.
En viticulture, le rafraîchissement par ombrage peut aussi être obtenu au moyen
d?arbres implantés entre les rangs de vigne. Là encore des plateformes d?évalua-
tion sont en phase de test, les questions de concurrence entre arbres et ceps
devant être maîtrisées. D?ores et déjà, certains vignobles à forte dimension patri-
moniale (Bourgogne, Bordelais, Loire, Champagne?) affichent une très forte réti-
cence à une telle modification de leur paysage viticole historique.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
89
Figure C 32 : Expérimentation
d?agroforesterie en viticulture
dans le Gers.
Source : © IFV.
Le rafraîchissement des cultures peut également être obtenu au moyen de l?irriga-
tion par aspersion, grâce au transfert d?énergie que permet l?évapotranspiration.
Cependant, en viticulture comme en arboriculture, l?irrigation se fait principale-
ment au moyen du goutte-à-goutte. De plus, les périodes de forte chaleur sont le
plus souvent des périodes de sécheresse pendant lesquelles l?usage de l?irriga-
tion en journée est très fortement contingenté voire interdit.
Enfin, dans les zones avec relief, le changement d?exposition peut également
constituer un moyen de protection contre les températures élevées, par l?utili-
sation des versants exposés au nord ou au nord-est. Encore faut-il que de tels
versants soient présents et exploitables dans la zone de production ou dans l?ex-
ploitation concernée. Ainsi, en Bourgogne des mouvements de ce type se mani-
festent, mais de façon très limitée compte tenu de l?exposition générale (est
sud-est) de ce vignoble.
? Impacts sur les animaux d?élevage
Comme les végétaux cultivés, les animaux d?élevage ont une activité physiolo-
gique qui dépend de la température ambiante. Cette sensibilité à la température
recouvre deux dimensions. D?une part, celle du bien-être animal, correspondant au
confort ou à l?inconfort thermique ressenti par les animaux, cet inconfort pouvant
être sévère voire létal lorsque les températures sont extrêmement élevées. D?autre
part, une dimension économique liée au fait que si la température augmente, un
animal d?élevage consacre davantage d?énergie métabolique à la régulation de
sa température, ce qui entraîne une baisse de sa productivité en lait et/ou en
viande, ainsi que de sa fertilité. Évidemment, c?est lorsqu?un animal est dans sa
zone de confort thermique que sa productivité est la plus élevée.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
90
Figure C 33 : Lorsqu?un
animal d?élevage est
exposé à une chaleur
excessive il souffre d?in-
confort et sa productivité
diminue.
Source : © Euronews.
En première approche, on considère généralement qu?une température ambiante de
23à 27oC est la plage au-delà de laquelle le confort et la productivité d?une majo-
rité d?espèces élevées en France commencent à se dégrader. Évidemment, plus
la température s?élève au-dessus de cette plage, plus les animaux sont impactés.
Les éleveurs « bovin-lait » font depuis longtemps le constat de baisses de produc-
tion de lait de leurs vaches lors d?épisodes de chaleur. Pour la seule année2020
par exemple, il est estimé (source : ITK 1) que la baisse de production de lait de
vache en France liée aux vagues de chaleur a avoisiné 4millions de litres.
Figure C 34: Valeurs de l?indice « température humidité » en fonction de ces deux paramètres,
et niveaux de stress associés pour les vaches laitières.
Source : IDELE.
1. ITK est une entreprise d?innovation agronomique : www.itk.fr
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
91
Plus précisément, c?est la combinaison entre température et humidité qui ?comme
pour l?homme? va déterminer à quel point les animaux d?élevage sont affectés.
Pour les principales espèces d?élevage (bovins, ovins, caprins?) des indicateurs
de confort thermique ?basés sur ces deux paramètres? sont établis, qui ren-
seignent sur l?intensité du stress subi par les animaux.
On remarque que le stress thermique se manifeste assez vite. Dans le cas des
vaches laitières par exemple, le stress « modéré à majeur » est atteint dès 36oC
pour une humidité relative supérieure ou égale à 20 %. On comprend dès lors que
la multiplication des jours à plusde35oC, voire 40oC, constatée et attendue en
France, pèse et va peser de plus en plus fortement sur les animaux d?élevage en
France. Il reste à savoir si les jours à températures très élevées pourront s?ac-
compagner à l?avenir d?humidités relatives supérieures à 40 ou 50 %, auquel cas
la vie des animaux d?élevage pourra être menacée. Dans son dispositif national
de gestion des vagues de chaleur (ministère de l?Agriculture et de l?Alimentation/
CGAER, 2020), le ministère de l?Agriculture et de la Souveraineté alimentaire sou-
ligne que « sans une réponse adaptée aux besoins physiologiques des animaux
d?élevage, le taux de mortalité [des animaux] peut être préoccupant ».
? Quelques adaptations en élevage
Pour les animaux qui pâturent (c?est-à-dire qui s?alimentent en extérieur), l?om-
brage est un levier efficace, les animaux s?abritant spontanément à l?ombre par
forte chaleur. À cette fin, on pourra multiplier les arbres au sein des prairies, les
contraintes d?espace liées aux engins agricoles étant moins prégnantes qu?en
cultures annuelles. Les haies en bordures de prairies peuvent également être pré-
servées voire replantées, en veillant à ce qu?elles comportent des arbres dits « de
haut jet », c?est-à-dire suffisamment hauts pour projeter au sol une ombre signifi-
cative, notamment lorsque le soleil est haut dans le ciel. Dans les élevages peu
arborés, des ombrages artificiels (au moyen d?une toile par exemple) peuvent
être mis en place.
Lorsque cela est possible, l?affouragement (apport de fourrage aux animaux lorsque
les prairies sont trop asséchées) en sous-bois permet aux animaux de bénéficier
de conditions nettement plus fraîches notamment en milieu de journée.
L?abreuvement des animaux est à surveiller attentivement lors des fortes chaleurs,
les besoins en eau des animaux s?accroissant nettement, d?environ 50 % dans le
cas des bovins par exemple. La brumisation, à l?intérieur des bâtiments d?élevage
ou en périphérie de ceux-ci, est une technique qui se développe en France métro-
politaine. Autrefois limitée aux pays chauds, elle s?avère thermiquement très effi-
cace et peu consommatrice d?eau.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
92
Figure C 35: La brumisa-
tion est un moyen efficace
pour rafraîchir les animaux
d?élevage en période de
forte chaleur.
Source : © Natura-Sciences.
En zone de montagne, l?estive (montée en altitude des animaux) pratiquée histo-
riquement pour la valorisation des prairies d?altitude, est un levier très efficace
d?adaptation aux températures chaudes : environ 6oC de baisse de température
sont obtenus pour une élévation de1 000m.
Enfin, en période de canicule, le ministère de l?Agriculture et de la Souveraineté
alimentaire restreint le transport des animaux vertébrés.
? Impacts sur les travailleurs agricoles et adaptations
En agriculture, de nombreuses tâches sont effectuées en extérieur par les exploi-
tants agricoles eux-mêmes ou par leurs salariés(soin des troupeaux, déplacement
de matériels, récoltes manuelles?), à des périodes de l?année où les vagues
de chaleur peuvent apparaître. L?exposition des personnes à ces conditions ther-
miques difficiles entraîne des risques pour la santé, ainsi qu?une baisse de la
productivité. L?Office international du travail estime qu?un travailleur moyen perd
50 % de ses capacités à33-34oC.
Le code du travail(décret du 19décembre 2018 complété par l?instruction du
31mai 2022) impose à l?employeur de protéger ses salariés face à ces phé-
nomènes : modification de l?organisation du travail incluant le changement des
horaires, mise à disposition d?eau fraîche, ventilation des bâtiments pour les
travaux en intérieur.
Lors des périodes de fortes chaleurs, les organismes de conseil agricole de même
que la presse agricole multiplient les messages d?alerte et les recommandations
pour limiter tant que faire se peut l?exposition à ces fortes températures des
femmes et des hommes qui travaillent dans les entreprises agricoles.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
93
Figure C 36: Site Internet du journal LaFrance agricole lors de la canicule de juillet2022.
Source : LaFrance agricole.
Conclusion et perspectives
Le rythme auquel les vagues de chaleur se multiplient et s?intensifient dans notre
pays constitue un véritable défi pour l?agriculture française, et ceci d?autant plus
que les travaux les plus récents (Ribes etal., 2022) suggèrent une accélération
possible de ces phénomènes en France, au-delà des trajectoires préalablement
envisagées par les climatologues. Il ne faut donc pas sous-estimer le challenge
que vont représenter, pour l?agriculture de l?Hexagone, l?identification et la mise
en oeuvre d?adaptations à des phénomènes climatiques d?une telle ampleur. De
fait, la question de l?adaptation aux vagues de chaleur ?après avoir été quelque
peu occultée par le sujet jugé prioritaire des sécheresses? semble intéresser
davantage la communauté agricole française.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
94
Les pistes d?adaptations ?déjà éprouvées ou encore à l?étude? se multiplient,
permettant d?envisager de réelles marges de manoeuvre pour les agriculteurs et
éleveurs. En termes d?efficacité, c?est généralement un cortège de solutions d?adap-
tations qu?il faut mettre en oeuvre pour parvenir à un niveau d?efficacité satisfai-
sant (par exemple : amélioration génétique etpratiques culturales). La multiplicité
de ces adaptations, la difficulté technique ou financière de leur mise en oeuvre et
la complexité de leur évaluation appellent de la part des organismes de conseil
un effort ?déjà entamé mais majeur? de montée en compétences des agents et
d?accompagnement des agriculteurs et des éleveurs.
Si l?adaptation est une nécessité déjà vitale, la maîtrise ?à hauteur nécessaire?
des émissions mondiales de GES demeure le levier incontournable pour que ces
vagues de chaleur n?atteignent pas ?durant la seconde moitié de ce siècle? des
niveaux que l?agriculture et l?élevage français seraient difficilement en capacité
de gérer.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
95
Impacts des vagues de chaleur
sur la production d?énergie électrique
Catherine Halbwachs et Sylvie Parey,
Électricité de France (EDF)
Malgré un été2022 exceptionnellement chaud et sec, le parc de production EDF
a répondu à la demande. Il était préparé à travers la prise en compte des retours
d?expérience de la tempête de1999 et de la canicule de2003, les plans aléas
climatiques et grands chauds et une politique d?anticipation continue.
Un été2022 exceptionnel : précocité, durée, sévérité
L?été2022a été le plus chaud après2003. Il se caractérise 1 :
? par sa précocité : dès le début du mois de mai, certains records saisonniers
étaient approchés ;
? par sa durée : trois vagues de chaleur du15 au 19juin, du12 au 25juillet
puis du31juillet au 13août et des températures en moyenne de1à3oC au-des-
sus des valeurs saisonnières ; 36,2oC de température maximale moyenne sur la
France le 18juin et 37,6oC le 18juillet ;
? par sa sévérité : le déficit pluviométrique combiné aux fortes chaleurs a provo-
qué des périodes de sécheresse importantes. Les cumuls de précipitations défici-
taires de40à60 % sur une grande partie du territoire et de 60 % sur le Nord-Ouest
et l?Occitanie. L?été2022 se situe dans les 10étés les plus secs en France.
Il a aussi été marqué par un épisode orageux extrême le 18août en Corse, avec
des rafales de vent localement supérieures à200km/h.
Un système électrique résilient
Les mesures techniques et réglementaires issues notamment du retour d?expé-
rience de la canicule de2003 ont montré la résilience de l?ensemble du système
électrique.
1. Source : Bilan climatique de l?été 2022, Météo-France.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
96
Figure C 37 : Vue exté-
rieure de la Centrale de
Cattenom (Lorraine)
rivière La Moselle.
Source : © Natura-Sciences.
? Au niveau technique, des investissements avaient été réalisés en particulier
sur la production de froid, le changement des échangeurs eau ou air pour amé-
liorer le rendement et la résilience, le durcissement de matériels sensibles?
? Au niveau réglementaire, fin juillet2022, plusieurs limites d?échauffement des
fleuves étaient atteintes et la direction du parc nucléaire et thermique (DPNT)
a sollicité la mise en oeuvre de mécanismes dérogatoires :
. sur requis (demande) du gestionnaire du Réseau de transport d?électricité
français (RTE) (ex. : besoin Golfech pour le Sud-Ouest) accompagné d?une sur-
veillance environnementale renforcée ;
. sur autorisation ministérielle, un dispositif mis en place suite au retour d?ex-
périence2003 pour répondre aux situations exceptionnelles et jamais utilisé
jusqu?alors.
Ces demandes étaient renforcées par la réponse à la demande des pouvoirs publics
de privilégier le recours au nucléaire pour sauvegarder les réserves de gaz et pré-
server l?hydraulique en préparation de l?hiver prochain. Les dérogations données
jusqu?au 11septembre ont finalement été peu utilisées.
L?été2022a aussi permis de montrer le caractère systémique du dérèglement
climatique et de ses conséquences.
La prise en compte du dérèglement climatique
Le nombre de vagues de chaleur en France a augmenté depuis1989. Quelle que
soit la trajectoire d?émissions de gaz à effet de serre et aérosols, les projections
climatiques indiquent la poursuite de ce phénomène et une intensification des
événements.
À EDF, même si les travaux de recherche sur le changement climatique remontent au
début des années1990, la canicule de2003a occasionné une prise de conscience
des conséquences du dérèglement. Elle a amené à vérifier l?adaptation du parc
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
97
nucléaire en exploitation à l?occurrence de températures extrêmes chaudes de
l?air et de l?eau plus élevées que celles observées dans le passé sur lesquels la
conception avait été basée.
Le groupe EDF s?est doté d?un service climatique regroupant des projections cli-
matiques issues des exercices internationaux et des outils à l?état de l?art per-
mettant d?en décliner les résultats à l?échelle de ses activités.
Un nouveau référentiel, dit « grands chauds » a été mis en place. Les tempéra-
tures extrêmes chaudes ont été estimées à partir des séries de températures
observées aux stations Météo-France de référence des centres nucléaires de
production d?électricité (CNPE) 2. La méthodologie étant basée sur l?extrapola-
tion de tendances récentes, des mises à jour régulières sont prévues. Avec l?ex-
périence acquise sur l?application des extensions de la théorie statistique des
valeurs extrêmes, elles ont conduit à des ajustements. Ainsi le seuil de sélec-
tion des extrêmes observés évolue avec le temps. La dernière mise à jour date
de2019, et les canicules de2022 n?ont pas occasionné de dépassements des
valeurs estimées alors.
Avec la programmation de nouveaux réacteurs, la nécessité d?estimer des valeurs
extrêmes possibles en fin de siècle en tenant compte du changement climatique
s?est aussi imposée. Une thèse 3 a permis de mieux comprendre les liens entre
les évolutions de moyenne, de variance et des extrêmes de la température de l?air,
et de proposer une méthode pour estimer des extrêmes futurs. Cette méthode
repose sur la construction d?une variable dont les extrêmes peuvent être considérés
comme stationnaires, à partir de laquelle on estime le niveau de retour souhaité 4.
Outre des températures très élevées, les canicules occasionnent des débits des
fleuves et rivières plus bas. Ainsi, la mise en place du projet ADAPT au sein de
la direction de la production nucléaire et thermique d?EDF s?accompagne de la
nécessité d?anticiper les événements de canicule et d?étiage les plus sévères
susceptibles de survenir à l?horizon2050. La méthodologie repose sur la généra-
tion stochastique d?un grand nombre de séries temporelles de température et de
précipitations équivalentes aux séries observées ou projetées, à l?aide de géné-
rateurs de temps. Ces séries constituent les données d?entrée du modèle hydro-
logique MORDOR, qui produit le même nombre de séries temporelles de débit,
à partir desquelles il est possible de faire des statistiques robustes. Un nombre
limité de scénarios possibles d?évolution du climat, représenté par des couples
modèle climatique/scénario d?émissions de gaz à effet de serre et aérosols, pro-
duisant des projections contrastées, est sélectionné dans l?ensemble de projec-
tions. Cette méthodologie permet également d?estimer l?évolution de fréquences
2. La méthode a été publiée dans le journal Climatic Change en2007 et son adaptation pour les tempéra-
tures de l?eau dans Natural Hazards Earth System Sciences en2008. Elle a également fait l?objet d?une vali-
dation par Météo-France à la demande spécifique d?EDF.
3. Thèse coencadrée avec le professeur Dacunha-Castelle du laboratoire de mathématiques de l?univer-
sité d?Orsay.
4. La consolidation de cette méthode a été publiée dans Natural Hazards en2019.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
98
d?événements observés à l?horizon2050. À titre d?exemple, cette approche a
permis d?estimer les évolutions de fréquence d?un événement caniculaire du type
de celui de juin2022à l?horizon2050 pour l?un de nos sites.
Un épisode est défini comme un nombre de jours au cours desquels la tempéra-
ture moyenne journalière dépasse le quantile98 % de la distribution des tempé-
ratures moyennes journalières en été sur la période1981-2010. Son intensité
est la somme des écarts à ce seuil sur la durée de l?épisode et le maximum est
la température maximale atteinte au cours de l?épisode.
Tableau C2 : Évolution de fréquence d?un événement caniculaire.
En termes d?intensité En termes de maximum
Actuellement (1981-2010) = tous les 10ans = tous les 20ans
2050 scénatio bas = tous les 5ans = tous les 10ans
2050 scénatios intermédiaires = tous les 2ans = tous les 5 à 7ans
2050 scénatio haut = 3x par an = 2x par an
Source : EDF R&D ?Service climatique.
Par ailleurs, une étude publiée en 2021 (Parey and Marty, 2021) a permis d?ana-
lyser les évolutions à l?horizon2050 pour cinq aléas majeurs impactant le réseau
de distribution d?électricité, dont les canicules et les feux de forêt. Elle montre qu?il
faut se préparer à des températures extrêmes chaudes plus élevées de5à10oC
selon les modèles climatiques considérés et à une extension à la fois de la saison
et de la zone à risque de feux de forêt.
Les études réalisées ont démontré la robustesse du parc de production du groupe
EDF, tout en identifiant les points à surveiller. Si le changement climatique, mais
aussi les autres changements anthropiques sont source supplémentaire d?in-
certitudes à prendre en compte dans les évaluations, le principe d?un réexamen
tous les dix ans de la sûreté des ouvrages nucléaires et hydrauliques constitue
un pilier fondamental de la robustesse sur le long terme (Burtin et Parey, 2022).
Poursuivre et accélérer les dynamiques d?adaptation
Le retour d?expérience de l?été2022 amène à s?interroger sur :
? la prise en compte du dérèglement dans les choix d?investissement dès main-
tenant et les études sur les marges techniques ;
? le partage de l?eau entre les différents usages avec un changement de para-
digme dans le cadre d?une analyse systémique de l?impact du dérèglement clima-
tique sur la résilience des territoires ;
? une analyse approfondie sur les seuils de température des cours d?eau en
vigueur et la prise en compte du retour d?expérience et des données recueillies
selon le milieu considéré ;
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
99
? un travail par la distribution, notamment sur le remplacement des éléments
sensibles à la chaleur (câble papier imprégné) et le passage de câbles aériens à
souterrains dans les zones boisées.
Pour prendre en compte à la fois le caractère systémique et évolutif du dérègle-
ment climatique et l?évolution de la demande d?électricité, le secteur a besoin
de pouvoir compter sur des moyens de production pilotables et très bas carbone
pour assurer la sûreté et la résilience des systèmes électriques et contribuer à
l?habitabilité des territoires.
Le groupe EDF a dans ce but publié en mars2022 son plan de transition clima-
tique 5, articulé autour de trois axes, complétés d?un volet gouvernance répon-
dant aux meilleures pratiques préconisées par la TCFD 6 :
? Réduire les émissions de gaz à effet de serre du groupe.
? Adapter les installations du groupe au changement climatique.
? Développer les usages de l?électricité décarbonée.
Adapter les installations du groupe au changement climatique
Avec des ouvrages dont la durée de vie technique dépasse potentiellement 40ans,
le groupeEDF doit adapter ses installations aux conséquences physiques du chan-
gement climatique. Dès la publication du premier rapport du GIEC en1990, le
groupeEDF a mis en oeuvre des projets de recherche sur le changement clima-
tique, en collaboration avec le Laboratoire de météorologie dynamique (LMD) et
une des premières versions du modèle climatique du LMD a été utilisée à EDF
pour des études de sensibilité. Àpartir de1995, le modèle ARPEGE-Climat de
Météo-France a également été utilisé. Dès2004, le groupeEDF s?est doté d?un
plan « Aléas climatiques », puis d?une stratégie d?adaptation au changement clima-
tique en2010. En2014, il a mis en place un service climatique, unique parmi les
grands électriciens, pour appuyer les entités du groupe dans la prise en compte de
l?impact du changement climatique. Le risque climatique est inscrit depuis2018
comme risque prioritaire à l?échelle du groupeEDF, une cotation confortée par les
conclusions du rapport sur les impacts, l?adaptation et la vulnérabilité du change-
ment climatique publié par le GIEC en février2022.
? Définir la politique d?adaptation des installations
Le plan de transition climatique du groupe EDF intègre un volet adaptation, aux
termes duquel le groupe s?engage notamment à évaluer les impacts du change-
ment climatique selon les hypothèses d?évolution du climat, à adapter les instal-
lations existantes pour les rendre moins sensibles aux conditions climatiques et
résilientes aux situations extrêmes, et à intégrer ces projections dans la concep-
tion des nouvelles installations.
5. https://www.edf.fr/sites/groupe/files/2022-03/2022-03-14-plan-transition-climatique-groupe-edf.pdf
6. Taskforce on Climate-related Financial Disclosure.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
100
? Les phénomènes extrêmes et le passage de l?été
En2003, certaines centrales avaient dû réduire leur production afin d?éviter de
contribuer au réchauffement de l?eau des rivières, entraînant une perte de pro-
duction équivalente à1 % de la production d?EDF. Le plan « Grand Chaud » a par
la suite conduit EDF à procéder à l?amélioration de l?efficacité du refroidissement
de certaines de ses centrales et à renforcer l?électronique des bâtiments réac-
teurs afin de pouvoir supporter des températures supérieures à50oC. Les cen-
trales en cours de construction du groupeEDF ont toutes été dimensionnées en
intégrant les scénarios climatiques les plus récents.
? Adapter les installations de tous les grands métiers du groupe
Le groupe a lancé le programme ADAPT en vue d?analyser le niveau d?adaptation
du parc nucléaire existant au dérèglement climatique. Une étude détaillée est
menée à Chooz, qui permet de produire une analyse en grandeur nature de l?en-
semble des fragilités potentielles au regard des conséquences du dérèglement
climatique, puis de proposer un plan d?actions. Afin de renforcer la résilience des
ouvrages hydrauliques aux aléas climatiques extrêmes et aux risques liés à l?af-
flux massif d?eau dans les réservoirs, le groupe procède à une réévaluation régu-
lière des débits de crues extrêmes ?afin de s?assurer du maintien de la capacité
des ouvrages à évacuer ces crues? et a développé et installé sur certains de
ses ouvrages une technologie innovante dite « Piano Key Weir 7 » qui permet le
déversement d?une quantité d?eau plus importante, sans pour autant accroître
les dimensions des barrages. Pour réduire la vulnérabilité des réseaux de distri-
bution, Enedis travaille à l?enfouissement des réseaux HTA aériens et a créé une
force d?intervention rapide (FIRE) qui permet de repositionner, sur l?ensemble du
territoire, des moyens et des hommes afin de rétablir au plus tôt l?alimentation
électrique. La FIRE est un dispositif clé du groupeEDF vis-à--vis des risques cli-
matiques extrêmes.
? Renforcer l?action menée grâce aux nouveaux plans d?adaptation
Au-delà de ces actions engagées de longue date par le groupe, de nouveaux plans
d?adaptation au changement climatique sont aujourd?hui déployés afin de renfor-
cer les actions menées au plus près des entités du groupe exposées aux risques
physiques du changement climatique.
7. Ces déversoirs de crue en forme de touches de piano (« Piano Key Weir ») sont constitués de bacs d?ali-
mentation et d?évacuation. Leur forme en créneau offre une plus grande surface pour l?écoulement de l?eau,
tout en occupant un espace réduit, un avantage pour les barrages encaissés dans des lieux étroits.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
101
Impacts des vagues de chaleur sur le réseau électrique
Laurent Dubus et Catherine Lelong,
Réseau de Transport d?Électricité (RTE)
RTE est le gestionnaire du réseau de transport d?électricité français. En sa qualité
d?entreprise de service public, RTE a pour mission l?exploitation, la maintenance
et le développement du réseau à haute et très haute tension et garantit le bon
fonctionnement et la sûreté du système électrique.
Celui-ci est dépendant des conditions météorologiques à toutes les échelles de
temps (WMO, 2017). La température de l?air et des rivières, les précipitations,
le vent, l?ensoleillement? ont en effet des impacts tant sur la consommation
d?électricité que sa production, mais aussi sur le fonctionnement du réseau lui-
même. Le changement climatique va par ailleurs modifier substantiellement ces
dépendances.
Les canicules et les vagues de chaleur impactent
la consommation et la production d?électricité
La consommation d?électricité en France est historiquement sensible aux tem-
pératures froides en hiver, en raison du développement du chauffage électrique.
La dépendance aux températures chaudes en été est plus récente ; elle est due
d?une part au développement des systèmes de climatisation dans les bâtiments
mais aussi au besoin croissant de froid industriel. Les vagues de chaleur ont donc
de plus en plus d?impact sur la consommation, en raison de l?augmentation du
nombre d?installations de froid et du nombre et de l?intensité des vagues de chaleur.
La plupart des moyens de production sont également impactés par les vagues
de chaleur :
? La production thermique subit des pertes de rendement en raison de la dimi-
nution de l?écart de température avec l?air extérieur (rendement des cycles de
Carnot), le phénomène étant encore accentué si l?air est sec.
? Le refroidissement des centrales électriques thermiques (classiques et
nucléaires) est contraint par des réglementations visant à protéger les écosys-
tèmes. La capacité de refroidissement peut être réduite aussi bien pour les
installations en circuit fermé (avec tours aéroréfrigérantes) qu?en circuit ouvert
(par prélèvement d?eau de rivière ou de mer) du fait de l?augmentation de la
température d?eau et de la baisse du débit éventuellement associée en période
de sécheresse.
? La production éolienne peut-être réduite car l?air chaud est moins dense, ce
qui diminue le rendement des pales des turbines.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
102
? Le rendement des panneaux solaires diminue pour des températures d?air
supérieures à environ 25oC.
? La production hydroélectrique n?est pas directement impactée par les vagues
de chaleur, mais elle peut l?être indirectement puisque les canicules sont souvent
associées à des périodes de sécheresse, et donc de diminution des débits
des cours d?eau. Les fortes chaleurs contribuent par ailleurs à une évaporation
accrue des lacs de retenue des barrages, diminuant d?autant les stocks d?eau.
Les vagues de chaleur et les canicules ont donc tendance à augmenter la consom-
mation d?électricité, et à limiter la production disponible. Toutefois, ces épisodes
interviennent encore essentiellement entre juin et août, lorsque la consomma-
tion est plus réduite. À ce stade, elles n?ont donc pas posé de difficulté majeure
au système électrique.
Les vagues de chaleur impactent aussi le réseau électrique
Le réseau électrique lui-même est également impacté par les vagues de chaleur
et les canicules :
? L?échauffement des lignes aériennes entraîne la dilatation des câbles qui
se rapprochent alors du sol avec une possible dégradation du matériel sur les
ouvrages anciens. Il convient alors de réduire le transit du courant sur certaines
lignes anciennes pour assurer la sécurité des personnes et des biens. Cette
réduction de la capacité de transit du réseau a de possibles impacts sur les
schémas d?exploitation du réseau et peut engendrer une désoptimisation coû-
teuse du mix électrique. Les matériels anciens peuvent par ailleurs être endom-
magés (notamment par dégradation des huiles qu?ils contiennent).
? L?augmentation des températures dans les bâtiments de postes électriques
peut endommager des matériels (dont l?électronique), en particulier en cas de
panne des ventilations/climatisations concomitantes avec une vague de chaleur.
Ces dommages peuvent entraîner des coûts de réparation ou de remplacement.
? Il existe des risques de dommages sur certains matériels anciens, comme
les jonctions de câbles oléostatiques (câbles sous pression d?huile) du réseau
enterré. Toutefois, depuis la canicule de2003, cette technologie ancienne de
câbles fragiles à la température est progressivement remplacée (toutes les ins-
tallations concernées devraient être sécurisées d?ici2030).
? Les périodes de canicule, en particulier lorsqu?elles sont couplées avec la
sécheresse, sont propices aux incendies. Pour permettre l?intervention des pom-
piers, les liaisons aériennes doivent alors être mises hors tension, ce qui peut
conduire à perturber l?alimentation de poches de consommations. Plusieurs
liaisons ont ainsi dû être mises hors tension pendant l?été2022à la demande
des pompiers.
? Le risque d?incendie provoqué par l?amorçage d?une ligne en période de forte
chaleur est étroitement lié à la politique de gestion de la végétation du ges-
tionnaire de réseau. Le gestionnaire de réseau de transport Californien Pacific
Gas and Electric Company a ainsi été accusé d?avoir provoqué des incendies
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
103
en2018 et 2020 par son défaut d?élagage et de débroussaillage sous ses liai-
sons aériennes. Cela a provoqué sa mise en faillite.
? Les chaleurs extrêmes présentent par ailleurs des risques sur la santé des
équipes d?exploitation et de maintenance.
Le réseau électrique, essentiellement construit en extérieur, est donc fortement
soumis aux conditions climatiques et à leur évolution. La hausse des tempéra-
tures extrêmes chaudes représente des risques d?augmentation des contraintes
de transit (pouvant conduire à des coupures) et d?augmentation des coûts de répa-
ration ou de remplacement des matériels.
Figure C 38: Réseau électrique
aérien traversant le Rhône.
Crédits : © Arnaud Bouissou/Terra.
.
Des solutions techniques et des besoins de recherche
et développement
Des solutions techniques existent déjà ou sont envisageables pour limiter ou sup-
primer les impacts sur les matériels neufs ou existants, mais elles ont un coût,
qu?il convient d?optimiser sur la base des connaissances disponibles relatives aux
conditions climatiques actuelles et futures. L?optimisation économique dépend de
l?intensité des phénomènes possibles pris en compte dans le dimensionnement
des ouvrages, du niveau de risque acceptable et de la durée de vie ou de la fré-
quence de remise à niveau des installations et des équipements
Dans le cadre incertain lié à l?évolution du climat, le besoin en projections à dif-
férents horizons temporels est important. Ces horizons sont ceux des grandes
décisions d?orientation du secteur, et des cycles d?investissement, le tout devant
être éclairé autant que possible par une vision à long terme, c?est-à-dire la fin de
siècle, correspondant à la durée de vie la plus longue des éléments du système
constitué par les grandes centrales et le réseau de grand transport principalement.
Les derniers étés ont montré de façon très nette le besoin toujours très important de
la science et des services climatiques pour venir informer et éclairer les décisions.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
104
En particulier, les extrêmes de température de l?été2022 dépassent déjà nette-
ment certaines projections climatiques effectuées pour2050, y compris selon le
pire scénario d?émissions de gaz à effet de serre (RCP8.5). Des travaux récents
tendent également à montrer que les modèles climatiques, y compris régionaux,
simulent sur les50-70dernières années des tendances sur les extrêmes inférieures
à celles observées, d?un facteur1,5à2 (Vautard etal., 2020 ; VanOldenborgh
etal., 2022). Des progrès sont donc encore nécessaires en modélisation du climat
pour réduire les erreurs des modèles.
Il y a donc un besoin très fort de développer les connaissances scientifiques pour
comprendre les limites des modèles climatiques et y remédier, et de continuer
à développer les services climatiques pour apporter des réponses concrètes aux
acteurs économiques. Pour cela, la collaboration entre les scientifiques et les ges-
tionnaires du système électrique doit être encore renforcée, afin d?apporter les
meilleures réponses possibles, compte tenu de l?état des connaissances. Des
choix stratégiques de long terme doivent être faits de manière urgente pour anti-
ciper le changement climatique et ne pas prendre de retard dans l?adaptation.
RTE mène des études liées à la météorologie et au climat, actuel et futur, et à
leurs impacts sur le réseau électrique et le fonctionnement global du système
français et européen (Lelong et Dubus, 2022). Ces études se font en partie en
partenariat avec Météo-France ou encore l?Institut Pierre-Simon-Laplace, mais
aussi avec le programme européen COPERNICUS Climate Change Service. Le
changement climatique a ainsi été intégré dans l?étude prospective « Futurs éner-
gétiques2050 » 1 qui a montré que la transformation du système électrique doit
intégrer dès à présent les conséquences probables du changement climatique,
notamment sur les ressources en eau, les vagues de chaleur ou les régimes de
vent. RTE mène également des études sur les impacts du changement climatique
sur les éléments du réseau lui-même ; les canicules font l?objet d?une attention
particulière dans le projet RÉSILIENCE 2.
1. https://assets.rte-france.com/prod/public/2021-10/Futurs-Energetiques-2050-principaux-resultats_0.pdf
2. https://www.rte-france.com/rte-en-bref/nos-engagements/laction-de-rte-face-au-changement-climatique
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
105
Impacts des vagues de chaleur sur les transports
et infrastructures de transport
Cet article traite des impacts directs des vagues de chaleur (températures extrêmes)
mais aussi des impacts indirects tels que les incendies de forêt et de broussailles
sur les transports et les infrastructures de transport ferroviaires, routiers, por-
tuaires (port et aéroports) et aériens. Il est composé de deux parties distinctes
provenant de deux directions du ministère (DGITM et DGAC).
Impact des vagues de chaleur sur les transports ferroviaires,
routiers et maritimes
Teodora Popescu,
Direction générale des infrastructures,
des transports et des mobilités (DGITM)
Grâce aux contributions de:
David Courteille, Régis Coene,
RATP
Valérie Darmaillacq, Clément Philippe,
Christelle Mary,
SNCF Voyageurs
Et de :
SNCF Réseau
Société du Grand Paris
Voies navigables de France
DGITM
CEREMA
? Impacts des vagues de chaleur sur le transport ferroviaire et guidé
Une baisse de la régularité à5minutes (i. e.du nombre de trains avec
moinsde5minutes de retard) a été observée chez les transporteurs de SNCF
Voyageurs durant l?été2022, en particulier sur les voyages longue distance. Ainsi,
sur la période estivale, les TGV et Intercités ont affiché une régularité d?environ3 %
inférieure à l?objectif affiché pour2022 et une perte en régularité de4à4,5 % par
rapport à2021 sur les mois de juillet et août. Les fortes chaleurs de l?été2022
sont responsables au moins partiellement de cette perte de performance, puisque
les journées avec les épisodes alertes rouges canicules ont concentré à elles
seules le tiers des minutes perdues par les trains opérés par SNCF Voyageurs.
Plus généralement, SNCF Voyageurs note une baisse de la régularité dès que la
température extérieure dépasse 28oC.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
106
Cette baisse de régularité est le résultat des impacts des vagues de chaleur sur
l?infrastructure ferroviaire et sur le matériel roulant.
Figure C 39 : Termes reve-
nant le plus souvent dans
les commentaires des voya-
geurs SNCF sur la période
mai-octobre2022.
Source : www.voixduclientsncf.fr
Impacts des vagues de chaleur sur les infrastructures du réseau ferroviaire
SNCFRéseau comptait 8 500incidents dus aux fortes chaleurs touchant l?infrastruc-
ture entre le19mars et le9septembre2022. Ceux-ci ont conduit à8 500trains
supprimés et 142 000minutes perdues. Les minutes perdues sont estimées à
environ2,8milliards d?euros de pertes socio-économiques par SNCFRéseau. La
performance du réseau semble tout de même meilleure qu?en2019, où les seuls
épisodes caniculaires avaient été responsables de149 100minutes perdues sur
le réseau ferroviaire. Les perturbations ont été plus limitées au niveau de l?Île-de-
France sur le réseau RATP.
Les incidents observés sur le réseau ferroviaire sont dus à plusieurs impacts des
vagues de chaleur.
Dilatation des rails
L?impact le plus important des vagues de chaleur sur le réseau ferroviaire est la
dilatation des rails au-delà d?une certaine température. La déformation de la voie
provoquée par cette dilatation peut endommager le rail et conduire à un risque
de déraillement des trains circulant sur l?infrastructure. C?est pourquoi des limi-
tations temporaires de vitesse (LTV) sont imposées sur le réseau ferroviaire par
temps de fortes chaleurs. Par exemple, sur le réseau aérien RATP, celles-ci sont
appliquées dès que la température des rails se maintient au-dessus de 57oC.
Ces limitations de vitesse peuvent être assez importantes : sur le réseau RATP,
elles réduisent de près de50 % la vitesse des métros et RER par rapport à leur
vitesse maximale.
SNCF Réseau estime qu?entre2011 et 2021, les limitations de vitesse ont
constitué près de la moitié des incidents dus aux fortes chaleurs sur le réseau
ferroviaire. En2022, les seules LTV liées à la chaleur ont par exemple causé
plusde5 000minutes perdues sur les trains opérés par Intercités, soit
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
107
plusde88heures, entre mai et septembre, avec un pic atteint en juillet. Sur le
réseau RATP, les LTV appliquées pendant 2heures le 19juillet 2022 pour cause
de fortes chaleurs ont impacté 68 000voyageurs sur la ligneA et causé un certain
nombre de tours perdus (i. e.d?aller-retour non effectués sur une ligne) sur les
métros, en particulier la ligne6 (25tours perdus) et la ligne13 (8tours perdus).
Il convient également de souligner que le risque physique de dilatation des rails
subsiste malgré la mise en place des limitations de vitesse préventives. Sur
les10dernières années, les défauts de géométrie de la voie relevés sur le réseau
SNCF correspondent à plusde10 % des incidents imputables aux fortes chaleurs.
Sur le réseau RATP, les phénomènes observés restent généralement assez loca-
lisés sans impact notable sur l?exploitation (3incidents relevés en2022).
Figure C 40 : Déformation de
la voie sous l?effet de fortes
chaleurs.
Source : © SNCF Réseau.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
108
Impacts sur les équipements électriques
L?autre infrastructure ferroviaire la plus sujette à dilatation en cas de fortes cha-
leurs est la caténaire. Le risque est alors un arrachement de celle-ci par le panto-
graphe, dû au fait que les câbles ne sont plus rectilignes. Les vagues de chaleur
peuvent également causer la surchauffe de composants électriques, utilisés pour
l?alimentation des voies ou pour le fonctionnement de la signalisation.
Sur les10dernières années, les incidents sur les caténaires représentent 5 % des
incidents dus aux fortes chaleurs sur le réseau SNCF, tandis que les dysfonction-
nements des installations de signalisation représentent plusde10 % de ces inci-
dents. Sur le réseau RATP, peu d?incidents électriques ont été relevés en2022.
Le plus significatif n?était pas directement lié aux fortes chaleurs, mais aux mouve-
ments de terrain liés à la sécheresse, qui ont causé l?endommagement de câbles
enterrés connectés au poste de redressement de Créteil-Préfecture, ayant conduit
à une fragilité du réseau d?alimentation se traduisant par une quinzaine de tours
perdus sur la ligne8 début septembre2022. Concernant la signalisation, la RATP
n?a identifié aucun lien de causalité entre les incidents techniques sur la signali-
sation et les vagues de chaleur. En effet, les équipements utilisés pour la signa-
lisation sont conçus pour fonctionner dans une plage comprise entre ?25oC et
+70oC, qui est suffisamment importante par rapport aux températures obser-
vées en Île-de-France. Les systèmes informatiques récents permettant de piloter
la signalisation peuvent être plus sensibles, mais ils sont dans la grande majo-
rité des cas situés dans des locaux techniques, moins soumis aux élévations de
température, et climatisés au besoin.
Incendies
De fortes chaleurs associées à la sécheresse augmentent le risque d?incen-
die, qui peut être provoqué par les étincelles de freinage des trains eux-mêmes,
notamment les trains de marchandises. Sur le réseau ferroviaire, si les incendies
n?ont causé que 4 % des incidents dus aux fortes chaleurs sur les10dernières
années, il doit cependant être noté que le nombre d?incidents dus aux incendies
durant l?été2022a augmenté de 50 % par rapport à l?été2019. Sur les réseaux
de type métro, l?exposition est moindre car les sections aériennes sont limitées.
Impacts à plus long terme
Des impacts à plus long terme des vagues de chaleur sur les infrastructures ferro-
viaires méritent également d?être signalés. Sur les ouvrages en terre (talus, rem-
blais, déblais?), des vagues de chaleur répétées pourraient être à l?origine d?une
augmentation des dégradations mécaniques pouvant conduire à des tassements
localisés (dus à l?évapotranspiration) ou encore à des instabilités superficielles de
talus liées au phénomène de retrait ou à l?engazonnement moins efficace en cas
de sécheresse. Sur les ouvrages d?art, elles pourraient se traduire par une dégra-
dation des performances de fonctionnement des appareils d?appui des ouvrages
aériens (viaducs, ponts?).
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
109
Enfin, les vagues de chaleur répétées, qui se traduisent déjà, selon la RATP, par une
augmentation du taux de pannes et une diminution de la disponibilité de certains
équipements en gare (escaliers mécaniques, ascenseurs, trottoirs roulants, ins-
tallations de climatisation de locaux techniques ou sociaux?), pourraient conduire
à un vieillissement prématuré de certains sous-composants de ces équipements.
Impacts sur le matériel roulant ferroviaire
Les fortes chaleurs peuvent provoquer la surchauffe des composants électriques
embarqués dans le matériel roulant, ce qui peut notamment causer des défail-
lances de la climatisation. Un tel impact est observé à la fois sur le parc de
SNCFVoyageurs et celui de la RATP. Par ailleurs, la climatisation du matériel
roulant est dimensionnée pour fonctionner de manière réduite au-delà d?une cer-
taine température.
En dehors de la climatisation, d?autres fonctionnalités peuvent aussi être tou-
chées par la chaleur, avec une sensibilité variable selon le modèle de matériel
roulant considéré. Le RERB est particulièrement touché par les variations bru-
tales des températures mais pas nécessairement par des épisodes longs et régu-
liers de chaleurs caniculaires. Au contraire, aucune corrélation n?a été observée
entre le nombre d?incidents relevés sur le RERA et les variations de température.
Le matériel roulant tramway est, quant à lui, touché par les variations de tempé-
rature, en particulier sur les fonctions de freinage et de traction. La RATP note
également un impact relatif des vagues de chaleur sur le métro, principalement
limité aux modèles de métro pneumatique (dysfonctionnement des pneumatiques
porteurs et des équipements électroniques dès qu?ils atteignent une tempéra-
ture de55oC). Les modèles de métro pneumatique les plus récents sont ceux
qui voient le plus la fiabilité de leurs équipements diminuer en période de fortes
chaleurs. Cela peut s?expliquer par leur plus grand nombre de fonctionnalités, en
particulier leur niveau d?automatisation croissant, qui, tout en améliorant la per-
formance des lignes, peut avoir un impact négatif sur la fiabilité globale des sys-
tèmes en cas de vagues de chaleur.
En plus des impacts directement observés en période de fortes chaleurs, la RATP
signale qu?il pourrait y avoir des impacts à plus long terme des vagues de chaleur
sur le matériel roulant, notamment sur la durée de vie de certains sous-ensembles
embarqués sur le matériel roulant. Ces phénomènes de dégradation accélérée
concerneraient en particulier les équipements électroniques de puissance, qui sont
généralement conçus pour fonctionner sous une température ambiante de40oC
maximum (qui est atteinte lors des pics de chaleur) et les équipements électro-
pneumatiques ou hydrauliques. Les études de fiabilité à venir par la RATP permet-
tront de confirmer ou non cette possibilité. À ce jour, la RATP n?a pas détecté de
précurseurs nous permettant d?établir ces vieillissements dus aux fortes chaleurs.
Impacts sur les voyageurs
Les pannes ou l?absence de climatisation peuvent conduire à l?insatisfaction des
voyageurs. SNCFVoyageurs constate d?ailleurs que les mots-clés « chaleur » et
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
110
« canicule » sont ceux qui reviennent le plus souvent dans les commentaires des
voyageurs sur la période estivale. Les commentaires des voyageurs sur les malaises
liés à la chaleur dans les trains restent marginaux (80commentaires sur5 000).
Cependant, l?activité Intercités (dont les temps de trajets sont les plus longs)
note une augmentation du nombre de malaises voyageurs en période de canicule.
Les mesures de satisfaction client de l?activité TGV montrent également une
hausse du nombre de voyageurs insatisfaits de la température à bord en été,
principalement en cas de voyage dans une rame sujette à une avarie matérielle.
Cependant, le pic mesuré en2022 reste modéré, avec seulement5 % de clients
insatisfaits. Cela est cependant peut-être à nuancer par le nombre de répondants
aux enquêtes de satisfaction client.
Impacts sur les bus
L?un des impacts notables des vagues de chaleur sur les bus est l?augmentation
de la température, d?autant plus que tous les bus ne sont pas pourvus de clima-
tisation. Par exemple, moins d?un quart des bus du parc RATP sont équipés de
climatisation. En2019, des températures suffocantes dans les bus, estimées
à55oC, ont conduit à l?exercice du droit de retrait de64machinistes (conduc-
teurs de bus) et au malaise de21machinistes sur le réseau RATP. La situation
semble s?être améliorée en2022, puisque aucun droit de retrait n?a été exercé, et
seulement6malaises de machinistes ont été relevés. Ceci s?explique d?une part
par le renouvellement du parc de bus depuis2019, qui a permis d?améliorer le
confort machiniste et les équipements de climatisation embarquée. D?autre part,
le résultat peut être nuancé par le fait que le trafic n?est pas revenu à la normale
depuis la crise Covid, le trafic sur les mois de juillet et août2022 ne correspon-
dant qu?à72 % du trafic sur les mois de juillet et août2019.
De plus, sur l?ensemble de l?été2022, de juin à septembre plus d?un million de
kilomètres commerciaux contractualisés n?ont pas pu être parcourus. Cela cor-
respond à une baisse de1,8 % de l?offre de référence.
? Impacts observés sur les routes
Dommages sur l?infrastructure routière
Le CEREMA a détaillé dans son retour d?expérience sur la canicule de2019
les différents impacts que les fortes chaleurs peuvent avoir sur les routes. Des
ornières peuvent se former à cause de la déformation de la structure routière ou
de la chaussée (aussi appelée « fluage »). Lorsque la température de surface de
la chaussée est trop importante, le bitume peut aussi devenir visqueux, voire se
déplacer au sein des matériaux sous la pression du trafic. Ce phénomène, appelé
« ressuage », se traduit par des taches brillantes et glissantes sur la chaussée, qui
constituent un risque pour les automobilistes en raison de la perte d?adhérence
occasionnée. Enfin, les dalles qui constituent la chaussée peuvent se dilater et
entrer en confrontation les unes avec les autres, générant des bourrelets trans-
versaux. En plus de l?impact direct sur la circulation, ce phénomène occasionne
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
111
également des dégâts dans la structure routière, qui peuvent causer la destruc-
tion locale de la chaussée à plus long terme. Enfin, il doit être noté que ce sont
surtout les variations de température importantes qui ont une conséquence néfaste
sur les chaussées. Ainsi, les périodes de canicule impliquant à la fois de fortes
chaleurs de jour et de nuit ne constituent pas le risque thermique le plus impor-
tant pour les chaussées.
Des dégâts ponctuels avaient été relevés lors des vagues de chaleur de2019
d?après le rapport du CEREMA, à la fois sur le réseau routier national (déformations
ponctuelles et fissures), sur les réseaux départementaux (ressuage, fissures et
bourrelets relevés dans deux départements) et sur certains réseaux urbains (bour-
relets massifs apparus devant les giratoires et les arrêts de bus). En2022, les
directions interdépartementales des routes (DIR) n?ont pas fait remonter de dégâts
particuliers suite aux fortes chaleurs ou aux périodes de canicule. Concernant les
réseaux départementaux, quelques remontées ponctuelles de phénomènes liés
aux vagues de chaleur de2022 ont été faites au CEREMA.
Un autre impact des vagues de chaleur est la surchauffe des composants élec-
troniques de certains éléments faisant partie de l?infrastructure routière, en par-
ticulier les panneaux à messages variables (PMV) ou les caméras. Le rapport du
Conseil général à l?environnement et au développement durable (CGEDD) sur le
retour d?expérience sur la canicule de2019 mentionnait notamment la mise en
veille automatique de PMV au-delà d?une certaine température. Aucune remontée
notable n?a été effectuée au niveau national sur ce sujet depuis2019.
Incendies
Les vagues de chaleur peuvent aggraver une sécheresse déjà en cours et ainsi
favoriser les incendies. Durant les fortes chaleurs de l?été2019, les incendies en
période de canicule et sécheresse ont constitué la cause principale de coupure
des routes. En2022, les incendies ont également provoqué des interruptions de
trafic. Une mesure particulièrement importante qui peut être citée est la coupure
d?une portion de l?autorouteA63 du mercredi 10août au vendredi 12août 20h00
du fait de la proximité d?un incendie. L?axe Bordeaux-Bayonne (et Espagne) a
donc été coupé, faisant l?objet de déviations. Aux mêmes dates, les incendies
en Gironde et dans les Landes ont également occasionné des coupures et res-
trictions de trafic sur les réseaux locaux (13routes départementales coupées en
Gironde, 6routes départementales coupées dans les Landes et 6routes dépar-
tementales avec des restrictions poids lourds dans les Landes).
Ouvrages d?art
L?effet du changement climatique sur les ouvrages d?art a été détaillé par le
CEREMA dans une note d?information en2021. Les impacts principaux de l?aug-
mentation de la température sur les ouvrages d?art étant la dilatation de l?acier et
du béton constituant les ouvrages d?art et la dilatation des joints de chaussées.
Mais les risques demeurent limités, d?après le CEREMA, et sont maîtrisables par
la surveillance et l?adaptation de certains équipements (appareils d?appui, joints
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
112
de chaussée). En France, aucun désordre récent lié à une augmentation des tem-
pératures du fait du changement climatique n?a été relevé sur les ouvrages d?art
routiers.
? Impacts observés sur les infrastructures portuaires
Le rapport du CGEDD sur le retour d?expérience de la canicule de2019a mis en
évidence quelques impacts de celle-ci sur les ports, à savoir l?accélération de l?ap-
parition de fissures sur des rails de grue, sur des structures de bâtiments et sur
la voirie. Cependant, depuis2019, les ports n?ont fait aucune remontée particu-
lière relative à l?impact des vagues de chaleur sur leurs infrastructures.
Étant donné le peu d?impacts observés, un enjeu est donc la prévision des impacts
futurs des fortes chaleurs sur les ports. En effet, les fortes chaleurs induisent plu-
sieurs risques sur les ports, pouvant affecter à la fois les infrastructures physiques
et le fonctionnement de l?activité portuaire. Par exemple, dans l?étude de vulné-
rabilité menée en2018 par le CEREMA sur le Grand Port maritime de Bordeaux,
l?impact sanitaire et économique des canicules avait été identifié comme le troi-
sième risque le plus important derrière les dégradations dues aux submersions et
inondations et les changements induits par la hausse du niveau marin. Plusieurs
risques liés aux canicules ont été identifiés : un inconfort et des risques sanitaires
au travail pour les salariés, des risques de feux de forêt, un dysfonctionnement
possible des systèmes électriques/électroniques des rails desservant le port, un
risque d?interruption des circulations terrestres desservant le port, une dégrada-
tion de certains stocks, une usure plus rapide des maçonneries, ainsi qu?un risque
de modification des profondeurs d?eau dans le chenal. Il convient de noter que
ces phénomènes ne sont pas spécifiques au port de Bordeaux. Les autres ports
pourraient être sujets à des risques similaires, avec cependant quelques varia-
tions possibles en fonction de leur localisation géographique. Des précisions sur
les risques encourus par les différents ports français à cause du réchauffement
climatique pourront être apportées grâce aux études de vulnérabilité qui sont en
cours dans de nombreux grands ports maritimes.
? Impacts observés sur le réseau des voies navigables
Les vagues de chaleur, associées à la baisse des débits qu?elles génèrent, pro-
voquent une augmentation de la température de l?eau. Celle-ci peut avoir des
conséquences négatives sur l?activité de gestion de l?eau par le gestionnaire du
réseau de voies navigables. En effet, le seuil de25oC constitue la limite maxi-
male pour certains usages (alimentation en eau potable notamment, nécessitant
des dérogations préfectorales en cas de dépassement). De plus, pour une telle
température, la teneur en oxygène de l?eau diminue, ce qui peut engendrer une
mortalité accrue de la faune piscicole si le taux d?oxygène dissous dans l?eau
diminue en dessous de6mg/L. Enfin, l?augmentation de la température de l?eau
entraîne également des pollutions et peut favoriser le développement des cyano-
bactéries et des espèces invasives. À titre d?exemple, une forte augmentation des
cyanobactéries présentes sur le réseau de Voies navigables de France (VNF) a été
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
113
observée en2022. Pour VNF, ces impacts ne sont pas anodins, car la gestion
de l?eau de son réseau joue un rôle central pour son activité. En effet, VNF est le
deuxième plus grand distributeur d?eau en France.
L?augmentation de la température extérieure a également un impact direct sur les
conditions de navigation, qui peuvent être rendues plus pénibles, en particulier
dans les canaux où les systèmes de voûtes arborées disparaissent. Les ouvrages
peuvent également présenter un risque de dysfonctionnement, en cas de sur-
chauffe des automates ou systèmes informatiques permettant de les piloter à dis-
tance, et qui ne sont pas toujours installés dans des locaux techniques climatisés.
Les vagues de chaleur pouvant aggraver les sécheresses, la diminution de la res-
source en eau et la régulation fine de celle-ci peuvent avoir d?autres impacts sur
le réseau de Voies navigables de France. Les périodes de restriction ou d?arrêt
de la navigation peuvent devenir plus fréquentes si la ressource en eau devient
inférieure aux besoins, dans un contexte de partage de la ressource pour divers
usages. Plus largement, la diminution des niveaux d?eau rend plus difficile la
gestion hydraulique du réseau des voies navigables, ce qui peut affecter de nom-
breuses activités : distribution d?eau potable, irrigation, activités industrielles,
activités de loisir? Pour les canaux qui nécessitent des prélèvements en rivière
respectant les débits réservés, les autorisations de prélèvements diminuent et
les barrages réservoirs peinent à assurer le relais. Les rivières, dont les niveaux
d?eau sont tenus par les barrages de navigation, sont moins sensibles que les
canaux mais doivent assurer le maintien de débits minimums. Les sécheresses
prolongées peuvent également fragiliser les digues par un phénomène de vieillis-
sement prématuré des matériaux qui les constituent.
Enfin, même en cas de restriction et d?arrêt de la navigation, les activités de main-
tenance et de gestion hydraulique du réseau mobilisent des agents de VNF dans
des conditions de travail difficiles pendant les vagues de chaleur.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
114
Impact des vagues de chaleur sur le transport aérien
Constance Anelli,
Direction générale de l?aviation civile (DGAC)
? Domaine transport aérien
L?ensemble des acteurs du secteur aérien (compagnies aériennes, constructeurs
aéronautiques, exploitants aéroportuaires, service de la navigation aérienne, etc.)
est concerné directement ou indirectement par les vagues de chaleur. Dans un
contexte de changement climatique qui intensifie ces vagues et les rend plus fré-
quentes, identifier les vulnérabilités de chaque acteur et les interconnexions entre
elles est une étape fondamentale pour la résilience du secteur.
Figure C 41: Vue aérienne d?un seuil de piste.
Source : © Richard METZGER, DGAC/STAC.
Le transport aérien fait partie des modes de transports inclus dans les plans
nationaux d?adaptation au changement climatique (PNACC), dont une révision est
prévue avant le 1erjuillet 2024.
La DGAC (direction générale de l?aviation civile) est impliquée dans les PNACC
depuis leur création. Dans ce cadre, le STAC (service technique de l?aviation civile)
a développé l?outil VULCLIM 1 pour évaluer les vulnérabilités des aéroports face
au changement climatique.
1. Demande d?accès à l?outil VULCLIM du STAC :
https://www.stac.aviation-civile.gouv.fr/fr/outil-devaluation-vulnerabilite-au-changement-climatique
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
115
En2022, des ateliers et séminaires ont été organisés pour les aéroports, avec
l?Union des aéroports français et francophones associés (UAF&FA) et l?association
PROAVIA, sur le sujet de l?adaptation face au changement climatique. À ces occa-
sions, Météo-France a fait un point sur les évolutions météorologiques à prévoir
et certaines plateformes ont présenté leurs retours d?expérience sur la gestion
de phénomènes extrêmes.
Par ailleurs, le STAC est impliqué dans des groupes de travail internationaux trai-
tant de cette problématique, tels que le Committee on Aviation Environmental
Protection (CAEP).
Enfin, la DSAC (direction de la sécurité de l?aviation civile) a rédigé une informa-
tion sécurité dont l?objectif est d?appeler l?attention des pilotes sur les menaces
de l?exploitation des aéronefs par forte chaleur en leur fournissant une liste de
recommandations 2.
Le tableau des impacts potentiels ou avérés pour le transport aérien est dressé
ci-après par thématique.
Performances avions
Figure C 42: Airbus A319
au décollage.
Source : © Richard
METZGER, DGAC/STAC.
Lors des vagues de chaleur, les performances des avions sont dégradées. Cela
peut avoir des conséquences sur les distances de décollage et d?atterrissage,
ainsi que sur les capacités en montée et lors des remises de gaz.
Ces conséquences physiques, qui sont plus importantes sur des plateformes
situées en altitude, peuvent avoir des répercussions importantes sur l?exploita-
tion des aéroports et des compagnies aériennes.
2. Info Sécurité no2022/03 Maîtrise des risques associés aux conditions météorologiques de forte chaleur :
https://www.ecologie.gouv.fr/info-securite-dgac
https://www.ecologie.gouv.fr/info-securite-dgac
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
116
En effet, il est possible que :
? des limitations d?emport de fret ou passager soient nécessaires ;
? sans allongement de piste ou modification des obstacles, certains types d?aéronefs
ne puissent plus être exploités sur des plateformes ;
? les cadences au décollage de certains aéroports soient diminuées ;
? des procédures, reposant notamment sur des contraintes d?atteinte de niveaux
de vol à des points précis, nécessitent une vigilance particulière, les profils de
vols pouvant être modifiés.
Les évolutions techniques sur la performance des moteurs et sur la masse des maté-
riaux utilisés par les constructeurs pourraient néanmoins limiter ces conséquences.
Par ailleurs, chaque type avion a une plage de températures pour lequel il est cer-
tifié. Il est possible que certains types ne puissent plus opérer ponctuellement
pendant des pics de températures trop élevées, notamment sur des terrains en
altitude.
Le cas de l?aéroport de Phoenix en2017 illustre le cas extrême de ces impacts.
En effet, une cinquantaine de vols ont été annulés à cause des températures avoi-
sinant les120oF (?49oC).
En France, des compagnies aériennes sont déjà confrontées à des limitations d?em-
port sur des terrains tels que des îles grecques ou en Corse durant les vagues
de chaleur. À terme, cela pourrait devenir plus fréquent, et d?autres terrains pour-
raient devenir limitatifs.
Chaussées aéroportuaires
Une augmentation de la fréquence et de l?intensité des journées chaudes peut
induire un endommagement accéléré des chaussées aéronautiques impliquant
un risque de diminution des durées de vie et d?augmentation de la fréquence
d?entretien. En effet, les températures dans le corps de chaussée ont un impact
direct sur la rigidité des matériaux bitumineux et l?augmentation des tempéra-
tures accroît par conséquent les risques de formation d?ornières, tandis que les
gradients thermiques dans les dalles béton ont une incidence directe sur le com-
portement des chaussées rigides.
Par ailleurs, les chaussées, tout comme les bâtiments, pourraient être détério-
rées (fissures longitudinales ou déformations) par le phénomène de retrait-gonfle-
ment des sols argileux faisant suite à une période de sécheresse. Ce phénomène
est d?autant plus possible si le drainage n?est pas bon.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
117
Ces événements peuvent avoir des conséquences
directes sur l?exploitation des plateformes.
L?arrêt temporaire du trafic survenu en août2022à
l?aéroport de Luton à Londres, lorsque la hausse
des températures a provoqué le soulèvement
d?une petite section de l?asphalte, illustre ce type
d?impact. À titre d?exemple sans conséquence
sur l?exploitation, le bitume de l?aire de station-
nement d?un aéroport du sud de la France a souf-
fert de déformations modérées en2022 malgré
un revêtement neuf (travaux achevés en2020).
Figure C 43: Dégradation de chaussée.
Source : © Richard METZGER, DGAC/STAC.
Une étude est en cours au sein du STAC pour évaluer les effets du réchauffement
climatique sur la portance des chaussées aéronautiques et leur résistance en
fatigue, à l?aide du suivi des températures dans le corps.
Cette étude s?appuie sur les données de la planche instrumentée du STAC
construite en 2009 3 qui est équipée de capteurs permettant d?assurer, depuis
la fin de la construction, un suivi en continu des températures dans la chaussée
pour l?ensemble des infrastructures aéronautiques qui la composent (chaussées
souples et rigides).
Bâtiments et installations
Les vagues de chaleur et l?évolution de celles-ci dans le contexte du changement
climatique ont pour conséquence une augmentation de la demande en énergie pour
refroidir les bâtiments (besoins plus importants et plus fréquents). L?assurance de
la disponibilité de celle-ci est nécessaire pour maintenir une exploitation nominale.
3. https://www.stac.aviation-civile.gouv.fr/fr/chaussees-aeronautiques/recherche-developpement/
planches-dessais
https://www.stac.aviation-civile.gouv.fr/fr/chaussees-aeronautiques/recherche-developpement/planches-dessais
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
118
Figure C 44 : Aérogare passagers.
Source : © Richard METZGER, DGAC/STAC.
Figure C 45 : Installations avion en escale.
Source : © Richard METZGER, DGAC/STAC.
En effet, accueillant du public (passagers, agents aéroportuaires), les aérogares
et passerelles doivent être maintenues à une température correcte. C?est éga-
lement le cas dans les tours de contrôle (contrôleurs aériens) presque entière-
ment vitrées, ainsi que dans les avions sur l?aire de trafic (passagers, personnels
navigants) dont la climatisation repose sur l?équipement des escales en groupes
de conditionnement d?air. De plus, certains locaux techniques de la navigation
aérienne contiennent du matériel (serveurs informatiques) qui a besoin d?être
refroidi pour fonctionner nominalement.
Pour s?adapter à cette demande énergétique croissante, des projets tels que des
aérogares bioclimatiques voient le jour, comme sur l?aéroport de Roland-Garros de
l?île de LaRéunion. Grâce à la ventilation naturelle dans l?aérogare, les besoins
de climatisation se limiteront aux zones fermées recevant la plus forte densité de
public. D?autres méthodes comme les stores et les ombrages extérieurs peuvent
également être utilisés pour ne pas accentuer la dépendance vis-à-vis de la clima-
tisation. La désartificialisation et la végétalisation des sols des zones publiques
peuvent également atténuer l?effet îlot de chaleur.
Enfin, les vagues de chaleur pourraient dégrader les performances de certaines
installations électriques aéroportuaires dont le fonctionnement est essentiel pour
l?exploitation (passerelles, tracteurs, balisage lumineux?).
Personnels
Certains agents, notamment les fonctions liées à l?escale de l?avion sur l?aire de
trafic, sont directement exposés aux vagues de chaleur. Outre une baisse de per-
formance, la pénibilité du travail dans ces conditions, en particulier aux heures
les plus chaudes de la journée, pourrait induire un taux d?absentéisme important
qui limitera en conséquence l?exploitation.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
119
Figure C 46: Agent d?escale en
fonction.
Source : © Richard MetzgerR, DGAC/
STAC.
Des rotations d?équipes plus fréquentes ou une réduction des efforts physiques
par de l?assistance mécanique pourraient par exemple limiter l?exposition aux
chaleurs et donc contenir cet impact en diminuant les risques sanitaires des tra-
vailleurs exposés
Demandes passagers
Dans un contexte de changement climatique, les vagues de chaleur pourraient à
terme entraîner une modification durable des destinations touristiques et donc
des lignes aériennes et flux aériens.
Environnement
La sécheresse induite par les vagues de chaleur sur une longue durée pourrait
augmenter le risque de feux de forêts. Outre le risque d?incendie sur des plate-
formes situées en bordure de massifs forestiers, cela pourrait avoir des réper-
cussions sur l?exploitation.
En effet :
? les fumées, réduisant la visibilité, peuvent
induire des perturbations de trafic ;
? certains aéroports peuvent devenir des
acteurs importants dans la gestion de crise
de la région, devant adapter leur exploitation
pour accueillir les aéronefs de surveillance et
de lutte d?incendies.
Figure C 47: Canadair en vol.
Source : © Sylvie ROLLAND, DGAC/STAC.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
120
Par exemple, les incendies en Gironde en juillet2022 ont conduit la navigation
aérienne à mettre en place plusieurs zones interdites temporaires (ZIT) interdi-
sant l?accès dans les espaces définis à tout aéronef sauf ceux assurant les mis-
sions d?assistance, de sécurité, de sauvetage et d?extinction d?incendie. Pendant
plusieurs jours, les atterrissages et les décollages étaient également interdits sur
un terrain, sauf pour les aéronefs autorisés par le directeur des vols.
De plus, durant ces vagues de chaleur :
? l?impact sonore et les émissions de CO2 sont plus importants en raison d?une
plus grande poussée pour le décollage de l?avion dans un air moins dense ;
? l?apparition des mirages chauds sur les chaussées pourrait altérer la visibilité,
et donc la fluidité et la sécurité du déroulement des manoeuvres ;
? la formation d?orages peut être plus fréquente sous certaines conditions, ayant
pour conséquence des retards de vols.
Par ailleurs, dans les Alpes-Maritimes, les restrictions préfectorales de consomma-
tion d?eau, dont la fréquence et la durée d?activation sont de plus en plus impor-
tantes, ont impacté l?aéroport de Nice pour ses espaces verts et pourraient à
terme interroger sur son système de climatisation qui repose sur cette ressource.
Enfin, dans un contexte de changement climatique, les modifications liées à la
température pourraient induire à terme des changements dans la présence aviaire
(types d?oiseaux, aires de répartition, périodes de migration) et donc dans la
gestion du risque animalier sur les plateformes.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
121
Impacts des vagues de chaleur sur la santé
Les canicules en France : impacts actuels et futurs
sur la santé, et coûts associés
Karine Laaidi, Mathilde Pascal, Robin Lagarrigue,
Lucie Adélaïde, Guillaume Boulanger, Sébastien Denys,
Santé publique France
Introduction
Le dernier rapport de l?Organisation météorologique mondiale sur l?état du climat
en2019 (WMO/OMM) montre que les signes de changement climatique et de ses
impacts ont augmenté sur la période2015-2019, qui est la période de5ans la
plus chaude jamais enregistrée. La température moyenne du globe a augmenté
de1,1oC depuis l?ère préindustrielle, et de0,2oC par rapport à la période2011-
2015 (IPCC AR6 WGI et World Meteorological Organization, 2022). Par ailleurs,
les8dernières années, 2022 inclus, sont en voie d?être les plus chaudes jamais
enregistrées selon un rapport provisoire de l?OMM, et le réchauffement se pour-
suit 1. Les récents rapports du GIEC mettent en avant des atteintes aux écosys-
tèmes marins et terrestres plus précoces et plus importants qu?anticipés, une
réduction des ressources en eau et en nourriture, des impacts sur la santé (mor-
talité, maladies émergentes, impact de la chaleur et de la pollution de l?air, etc.),
des événements extrêmes qui dépassent les capacités de résilience et d?adap-
tation de plusieurs systèmes naturels et humains. Ces effets sont irrémédiables,
même dans l?hypothèse d?une limitation de la hausse des températures à1,5oC
comme le prévoit l?accord de Paris. « Les éléments scientifiques sont sans équi-
voque : le changement climatique menace le bien-être de l?humanité et la santé
de la planète. Tout retard dans l?action mondiale concertée nous ferait perdre un
temps précieux et limité pour instaurer un avenir viable » 2.
Le programme des agences de santé publique s?intéresse largement à cette thé-
matique, principalement sur les événements climatiques extrêmes, les maladies
vectorielles, l?accès à l?alimentation, la sécheresse ou la pollution de l?air, mais
en pratique, la santé est très peu présente dans les projets d?adaptation et qua-
siment absente des politiques d?atténuation.
1. https://public.wmo.int/en/our-mandate/climate/wmo-statement-state-of-global-climate
2. https://public.wmo.int/fr/medias/communiqu%C3%A9s-de-presse/
changement-climatique-une-menace-pour-le-bien-%C3%AAtre-de-l%E2%80%99humanit%C3%A9-et-la.
https://public.wmo.int/fr/medias/communiqu%C3%A9s-de-presse/changement-climatique-une-menace-pour-le-bien-%C3%AAtre-de-l%E2%80%99humanit%C3%A9-et-la
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
122
Le tournant de 2003
La canicule d?août2003, qui a largement touché l?Europe et en particulier la France,
a certainement constitué un tournant dans la prise en compte de la santé dans
les plans d?adaptation au changement climatique. En août2003, pendant15jours
les températures ont été de10oC supérieures aux températures normales pour
cette période de l?année sur une grande partie de la France. Les températures
maximales ont dépassé 35oC sur une grande partie du territoire, et même 40oC
dans 15 % des stations météorologiques, y compris en Bretagne. Cette cani-
cule a le bilan sanitaire le plus important jamais observé en France, estimé à
prèsde15 000décès. Quatre-vingts pour cent des décès se sont concentrés sur
4jours, du11 au 14août 2003. Depuis1947, aucune canicule n?avait égalé la
durée et l?intensité de celle de2003. Les personnes de75ans et plus ont été
les plus touchées (60 % de surmortalité) mais les45-64ans ont également contri-
bué à cette surmortalité (30 % de surmortalité). Si quasiment toutes les régions
métropolitaines ont été touchées, l?Île-de-France et la région Centre ont été les
plus impactées, la première ayant contribué pour33 % à la surmortalité totale
(Hémon etal., 2003a).
Dans son rapport publié dès septembre2003 (Hémon etal., 2003b), l?INSERM a
mis en évidence les principales causes de mortalité pendant cette canicule excep-
tionnelle. Presque toutes ont augmenté, au premier rang desquelles les causes
directement attribuables à la chaleur que sont les hyperthermies et les déshy-
dratations, suivies par les maladies de l?appareil génito-urinaire et respiratoires.
Une étude cas témoin réalisée auprès des personnes de65ans et plus a mis
en évidence différents facteurs de risque au niveau individuel et environnemental
(Vandentorren etal., 2006). Ainsi, la perte d?autonomie était le principal facteur
de risque (avec un risque de décès multiplié par4à presque10 selon le degré
d?autonomie), suivi par le fait de dormir dans une chambre située sous les toits
(risque de décès multiplié par4), pièce généralement la plus chaude d?un bâtiment ;
le fait d?avoir une pathologie préexistante (cardiovasculaire, respiratoire ou psy-
chiatrique) multipliait le risque de décès par3,5à5. Inversement, le fait de vivre
dans un logement récent ou ancien mais bien isolé diminuait le risque de décès,
de même que les comportements adaptatifs (se vêtir légèrement, se rafraîchir).
Cette étude a été complétée par la prise en compte de données satellitaires afin
d?estimer le risque lié à la chaleur environnementale, et en particulier aux micro-
îlots de chaleurs urbains, de nuit et de jour (Laaidi etal., 2012b). Elle a montré
que le fait de vivre dans un quartier plus chaud d?un demi-degré la nuit doublait
le risque de décès si cette chaleur persistait pendant au moins une semaine.
La sévérité de la canicule de2003, son impact en termes de mortalité, l?absence
d?un cadre préétabli pour la gestion d?une telle crise 3, ainsi que les études menées
pour déterminer les personnes vulnérables et les facteurs de risques ont conduit à
mettre en place un plan national de prévention et de gestion des risques liés aux
3. https://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-info/i1091-t1.asp
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
123
canicules 4 (PNC : plan national canicule), prévoyant notamment un système d?alerte
canicule et santé (SACS). D?autres pays ayant souffert de la canicule d?août2003
ont également mis en place des mesures de surveillance, d?alerte, de prévention
et/ou de gestion à des degrés divers (World Health Organization, 2009).
Les impacts sanitaires en France depuis le plan canicule
? Mortalité
En France, les canicules sont les événements extrêmes avec l?impact le plus élevé
en termes de mortalité, totalisant plusde39 000décès en excès observés pendant
les canicules depuis1970. Cet impact est en augmentation malgré les efforts de
prévention et d?alerte : plusde9 900décès depuis la mise en place du plan canicule
en2004, 78 % de cet impact étant observé sur les années récentes (2015-2020) 5.
Le tableauC3 résume les excès de mortalité sur différentes périodes depuis les
années1970 (Pascal etal., 2021a).
Tableau C3 : Tendances historiques de la surmortalité pendant les vagues de chaleur en
France depuis1970 (Pascal etal., 2021a).
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1970?1979 50 515 5 0 1 273 943 6547
1980?1989 85 666 5 0 758 356 4113
1990?1999 76 681 2 0 717 511 3 111
2000?2009 96 2 130 1 0 5 991 3794 17 190
2003 96 1 267 - - 5 114 3154 15 257
2010?2019 95 2 859 1 11 2 676 2027 6 407
2015?2019 95 2 252 0 11 2 103 1717 5 700
(a) L?exposition cumulée est définie comme la population exprimée en millions d?habitants multipliée par la
part de la température exprimée en °C située au-dessus du seuil.
La première canicule de grande ampleur après la mise en place du PNC a eu lieu
en juillet2006, avec des records de chaleur battus à certains endroits malgré une
intensité globalement moindre par rapport à2003, et des durées d?un mois dans
certains départements du Sud-Est. Sur la période de canicule commune à l?en-
semble des départements touchés (11-28juillet), un excès de1 533décès a été
estimé (+6 %) (LeTertre etal., 2007). Cette canicule a été l?occasion de donner un
premier élément d?évaluation du PNC, en comparant la mortalité observée à celle
4. https://www.santepubliquefrance.fr/determinants-de-sante/climat/fortes-chaleurs-canicule/documents/
article/canicule-2004-mobilisation-generale-.-editorial
5. https://geodes.santepubliquefrance.fr/#c=indicator&i=canicules.surmortalite&s=2021&t=a02&view=map1
https://geodes.santepubliquefrance.fr/#c=indicator&i=canicules.surmortalite&s=2021&t=a02&view=map1
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
124
attendue selon un modèle de régression France entière fondé sur la période1975-
2003 (Fouillet etal., 2008), soit avant la mise en place du plan. Le modèle pré-
voyait plusde6 000décès en excès, la réalité a été bien en dessous de cette
estimation. Bien que ces chiffres bruts ne permettent pas de conclure quant aux
raisons de cette différence, plusieurs hypothèses ont été avancées : mise en place
du système d?alerte canicule et des mesures de prévention et de gestion du PNC,
meilleure prise de conscience des risques liés aux fortes chaleurs depuis2003,
ainsi que les caractéristiques intrinsèques de la vague de chaleur.
Des travaux récents (Pascal etal., 2022) portant sur l?évolution des risques de
mortalité liés à la chaleur en France entre1970 et 2015 ont par ailleurs mis en
évidence :
? une diminution progressive de ce risque depuis les années1980, probable-
ment liée à l?amélioration de l?état de santé de la population et de sa prise en
charge médicale ;
? une augmentation du risque de décès liés aux températures inhabituellement
chaudes pour une année donnée par rapport aux années précédentes ;
? une augmentation de la fraction de la mortalité attribuable aux températures
les plus chaudes (supérieures au percentile90).
Les étés suivants ont connu des canicules moins longues et moins intenses,
voire pas de canicule, et surtout moins étendues géographiquement, avec des
impacts sanitaires modérés. Cependant, depuis2015 les canicules se sont mul-
tipliées, elles ont touché des régions jusque-là épargnées comme la Bretagne,
la Normandie ou les Hauts-de-France, ont parfois battu des records de chaleur et
les premières vigilances rouges (niveau le plus élevé de la vigilance météorolo-
gique) ont été observées en2019, puis2020, et en2022 avec la vigilance rouge
la plus précoce mi-juin (figureC48).
Figure C 48: Les vigilances depuis la mise en place du plan canicule en 2004.
Sources : Météo-France et Santé publique France.
0
500
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2005 2010 2015 2020
RougeOrangeJaune
Niveau de vigilance canicule
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
125
Sur les étés récents, la surmortalité pendant les canicules a varié de200à près
de3 000décès en excès (tableauC4) 6.
L?impact le plus élevé a été observé en 2022 (Santé publique France, 2022),
avec2 816décès en excès (+16,7 %) lors des trois épisodes de canicule
(14-22/06, 9-27/07 et 29/07-14/08) dans les départements concernés. La
classe d?âge des plusde75ans a été la plus touchée (2 272décès en excès ;
+20,2 %) et l?excès de mortalité relatif observé dans les départements placés en
vigilance rouge (+19,9 %) a été plus important que celui des autres départements.
Sur les mêmes périodes et zones, 894décès liés à l?épidémie de Covid19 ont
été enregistrés. La Covid-19a pu augmenter la vulnérabilité à la chaleur pour
certaines personnes, et réciproquement. Sur toute la période de surveillance
estivale (1erjuin-15septembre), 10 420décès en excès toutes causes (+6,1 %)
ont été estimés en France métropolitaine : une part de cet excès de mortalité
estivale est vraisemblablement due à une exposition de la population à des
températures élevées mais n?atteignant pas les seuils canicule. L?estimation de
cette part attribuable fait l?objet de travaux d?étude par Santé publique France.
Tableau C4 : La surmortalité pendant les canicules de2015à 2022.
Année Surmortalité (nombre de décès en excès)
2021 239
2016 378
2017 474
2019 1 462
2018 1 641
2015 1 739
2020 1 924
2022 2 816
Source : Santé publique France.
? Morbidité
Les canicules s?accompagnent également d?une recrudescence des recours aux
soins d?urgences. Ainsi, pendant les étés2015à2021, plusde120 000pas-
sages aux urgences et plusde25 000consultations SOSMédecins ont été recen-
sés dans SurSaUD®7 pour la France métropolitaine, en ce qui concerne l?indicateur
composite suivi dans le cadre de la gestion sanitaire des vagues de chaleur 8 (iCa-
nicule), qui rassemble les coups de chaleur ou hyperthermies, les déshydratations
6. https://www.santepubliquefrance.fr/determinants-de-sante/climat/fortes-chaleurs-canicule/donnees/#tabs
7. SurSaUD® est un système de surveillance des urgences et des décès.
8. https://solidarites-sante.gouv.fr/sante-et-environnement/risques-climatiques/article/
la-gestion-sanitaire-des-vagues-de-chaleur
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
126
et les hyponatrémies (Santé publique France, 2019). Ce recours aux soins d?ur-
gences pour l?indicateur iCanicule est observé tout au long de l?été, y compris en
dehors des périodes de vigilance jaune, orange ou rouge canicule : ainsi sur les
années récentes, jusqu?à85 % des passages aux urgences, et jusqu?à80 % des
consultations SOSMédecins ont eu lieu en dehors des périodes de vigilance cani-
cule. Mais les pics de recours aux soins d?urgences pour iCanicule sont obser-
vés pendant les périodes où une large part de la population est concernée par
une vigilance canicule.
En2022, plusde20 000recours aux soins ont été observés durant toute la période
de surveillance pour l?indicateur sanitaire suivi (iCanicule, regroupant hyperther-
mies, déshydratations et hyponatrémies). Ces recours aux soins ont été multipliés
par deux aux urgences et par trois pour les consultations SOSMédecins durant
les canicules, par rapport aux périodes hors canicules.
? Données sur les travailleurs
La surveillance par Santé publique France de l?influence des vagues de chaleur
sur la santé des travailleurs (Iwatsubo etal., 2020) reposait, jusqu?en2017, sur
deux types de recueils en lien avec l?inspection médicale du travail et la direction
générale du travail (DGT) : un dispositif passif de signalement par les médecins
du travail (depuis2006) des incidents ou accidents de santé lié à la chaleur, et
une remontée de fiches d?enquête de décès de travailleurs survenant sur le lieu
du travail en lien possible avec la chaleur.
Du1erjuin au 31août 2015, 2016 et 2017, respectivement 33, 8 et 73signale-
ments d?événements sanitaires impliquant la chaleur chez des travailleurs ont ainsi
été remontés, et en2017 10décès liés à la chaleur dont7 pendant la canicule
du17 au 25juin. La première partie de ce dispositif peu réactif et non exhaustif
a été abandonnée en2018.
Une étude pilote de surveillance épidémiologique a été mise en place en2018
et 2019 sur les passages aux urgences en Île-de-France et les dossiers de régu-
lation SAMU en Provence-Alpes-Côte d?Azur, en lien avec la chaleur et le travail.
Si des augmentations ont pu être observées durant les périodes de canicule, un
meilleur déploiement national et codage des circonstances des nouveaux relevés
de passages aux urgences (RPU) et des systèmes d?information SAMU (SI-SAMU)
restent nécessaires pour pouvoir poursuivre la surveillance de la morbidité chez
les travailleurs.
Les données de décès ont quant à elle permis de remonter 8décès en lien pos-
sible avec la chaleur en2018, dont4 pendant la canicule de fin juillet-début août,
et 10décès en2019 dont9 pendant les périodes de canicule. Ces décès se pro-
duisent le plus souvent chez des hommes, dès la trentaine, et chez des travail-
leurs en extérieur (BTP, milieu agricole?). Par ailleurs, la DGT a reçu 112fiches
d?accidents du travail mortels pendant l?été2019. Les accidents du travail mortels
en lien possible avec la chaleur représentent ainsi 9 % de l?ensemble des acci-
dents du travail mortels survenus pendant cette période.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
127
En2020, douze accidents du travail mortels en lien possible avec la chaleur ont
été notifiés par l?inspection médicale du travail, dont cinq survenus durant les
vagues de chaleur. Il n?y en a eu aucun en2021 et sept en2022 9.
? Mortalité dans les territoires ultramarins
Le système d?alerte canicule et santé (SACS) a été élaboré en France métropoli-
taine, sur la base d?un indicateur biométéorologique double (moyenne sur3jours
consécutifs des températures minimales et moyenne sur3jours consécutifs des
températures maximales), associé à un seuil d?alerte minimal et maximal par dépar-
tement. Ce seuil local permet de tenir compte de l?adaptation des populations à
la chaleur, et correspond à un potentiel doublement de la mortalité en l?absence
de toute mesure de prévention et de gestion (Laaidi etal., 2012a). Si la question
se pose depuis plusieurs années d?une extension de ce système d?alerte aux ter-
ritoires ultramarins, des priorités sanitaires locales plus prégnantes, en particu-
lier infectieuses, de faibles variations des températures qui restent à un niveau
élevé tout au long de l?année, et une supposée bonne adaptation des populations
à la chaleur, n?ont pas conduit à cette extension. Cependant, plusieurs études
ont montré que, quelle que soit la région du globe, un effet de la température
peut être observé au-dessus d?une température de mortalité minimale, celle-ci se
situant autour du percentile 1060 de la distribution des températures en climat
tropical (Gasparrini etal., 2015).
Une étude a donc été menée dans les territoires ultramarins français (Guyane,
Guadeloupe continentale, Martinique, LaRéunion et Mayotte) entre2000 et 2015,
afin d?établir l?influence de la température sur la mortalité et par la suite de déter-
miner les besoins de prévention et d?adaptation à court et à moyen terme (Pascal
etal., 2021b). La relation température-mortalité a été modélisée, puis les résultats
ont été combinés dans une méta-analyse (à l?exception de Mayotte, par manque
de données disponibles). La forme générale de la relation température-morta-
lité et les ordres de grandeurs des risques relatifs (RR) calculés se sont avérés
cohérents avec ceux observés dans d?autres zones du monde et ont confirmé l?in-
fluence de la température sur la mortalité et une augmentation rapide du risque
de décès vers les températures les plus inhabituelles.
La méta-analyse a mis en évidence un risque relatif de décès cumulé sur0-10jours
suivant une exposition à une température au percentile99 de la distribution des
températures : il était de 1,20 (intervalle de confiance à 95 % [1,06 : 1,42], en
référence au percentile50). La prise en compte de l?humidité relative ne montre
pas d?influence significative. Sur l?ensemble des zones et de la période d?étude,
3 380décès [851 : 5 632] ont pu être attribués à des températures non optimales
9. https://www.santepubliquefrance.fr/determinants-de-sante/climat/fortes-chaleurs-canicule/donnees/#tabs
10. Un percentile est un paramètre statistique qui détermine où la valeur mesurée se situe par rapport à l?en-
semble des observations. Chaque percentile représente le centième de l?occurrence du paramètre mesuré
dans l?ensemble des observations. Dans le cas du percentile60, cela signifie que 60 % des températures
observées sont au-dessous de ce seuil.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
128
(supérieures ou inférieures à la température de mortalité minimale), principale-
ment chaudes, représentant 5 % de la mortalité totale. Les températures extrêmes
contribuaient à cette mortalité, avec979 [531 : 1 359] décès attribuables à des
températures dépassant le percentile90 (Pascal etal., 2022).
Le fardeau économique des effets sanitaires
des vagues de chaleur
Bien que les canicules soient les événements climatiques extrêmes les plus impor-
tants en termes de mortalité, et que la morbidité associée soit également consé-
quente comme on a pu le voir avec les données de passages aux urgences ou
de consultations SOSMédecins, ces événements sont souvent sous-représentés
dans les analyses économiques des événements climatiques extrêmes. Santé
publique France et le CNRS ont proposé une méthode pour estimer l?impact de la
mortalité, du recours aux soins et de la perte de bien-être associés aux canicules
en France (Adélaïde etal., 2021 ; Adélaïde etal., 2022). Pour le recours aux soins,
l?approche prend en compte les coûts médicaux directs (passages aux urgences,
consultations SOSMédecins, hospitalisations) et indirects (arrêts de travail). Le
consentement à payer pour réduire le risque d?un passage aux urgences ou d?une
hospitalisation est utilisé pour estimer les coûts des impacts intangibles (souf-
france, peur?). Pour la mortalité, les valeurs recommandées pour l?évaluation des
politiques publiques en France sont utilisées. Les estimations sont exprimées en
euros constants2017 (¤2017).
Au total, l?étude estime que la mortalité pendant les canicules représente 143mil-
liards¤2017 de coût pour l?ensemble de la période1974-2020, avec un impact
plus marqué pour les années marquées par un plus grand nombre de décès :
2003, 1976, 1983, 2006 et 2015-2020.
L?impact de la perte de bien-être, estimé uniquement pour les jours respectant
les critères de la vigilance rouge pendant lesquels des modifications importantes
d?activité sont nécessaires, représente 13milliards¤2017, dont93 % se concen-
trant sur les seules années2003, 2019 et2020.
Enfin, l?analyse sur le recours aux soins s?est concentrée sur la période2015-
2020 et sur un nombre limité de causes de recours. Les coûts estimés sont de
31millions¤2017 dont80 % associés à des hospitalisations.
Cette étude a permis de mieux objectiver l?impact économique de ces événements
climatiques extrêmes et a souligné l?importance et l?urgence de mesures d?action
permettant de renforcer l?adaptation aux canicules, dont la fréquence, la durée et
la sévérité devraient s?accroître avec le réchauffement climatique.
Impacts prévisibles des canicules à moyen et long termes
Depuis1947, aucune canicule n?a égalé la durée et l?intensité de celle de2003.
Dans un contexte de changement climatique, des événements aussi graves que
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
129
la canicule de2003 se produiront de plus en plus fréquemment. Si les émis-
sions de gaz à effet de serre, responsables de l?augmentation des températures,
ne sont pas réduites, des canicules plus intenses et d?une durée cinq fois plus
longue que celle de2003 pourraient survenir en France.
Selon Météo-France 11, l?augmentation de l?intensité et de la fréquence des vagues
de chaleur est déjà visible. Ainsi sur les43 qui ont été détectées depuis1947,
neuf ont eu lieu avant1989 contre33 entre1989 et 2022, 25d?entre elles, soit
plus de la moitié, ont eu lieu après2000 et il y en a eu19 depuis2010. Les pro-
jections climatiques réalisées sur la France métropolitaine indiquent une augmen-
tation globale de la fréquence et de l?intensité des vagues de chaleur au cours du
xxiesiècle : d?ici2050 elles devraient être deux fois plus nombreuses que sur la
période1976-2005, et en fin de siècle elles pourraient être bien plus fréquentes
qu?aujourd?hui mais aussi beaucoup plus sévères et plus longues. Elles pourraient
aussi être plus précoces ou plus tardives qu?actuellement. Ces prévisions dépen-
dront en partie des politiques de lutte contre le changement climatique.
L?impact du réchauffement climatique sur la santé est d?ores et déjà observable,
ainsi que l?a montré une étude sur43pays au cours de la période1991-2018
(Vicedo-Cabrera etal., 2021) : 37 % de la mortalité liée à la chaleur peut être attri-
buée au changement climatique anthropogénique, l?augmentation de la mortalité
est présente sur tous les continents, avec un fardeau variable au niveau géogra-
phique mais de l?ordre de douzaines à des centaines de morts par an dans de
nombreux endroits. À Shanghai, une modélisation de la relation température-mor-
talité selon deux scénarios d?évolution du climat a prédit une augmentation de
la mortalité de48 ou 53 % selon le scénario, à l?horizon2030-2059, et de148
ou 254 % selon le scénario, à l?horizon2070-2099 (Guo etal., 2012). Une étude
sur trois pays asiatiques (Japon, Corée et Chine) (He etal., 2022) a mis en évi-
dence un risque de mortalité plus élevé de50 % lors des nuits chaudes, dont la
fréquence devrait augmenter de30 % et l?intensité de50 % d?ici2100. La fraction
attribuable de la mortalité due à ces nuits chaudes serait de3,7 % selon un scé-
nario de contrôle strict des émissions de gaz à effet de serre, et de5,8 % selon
un scénario moyen de réduction.
En France, une étude sur18villes (Pascal etal., 2022) a été réalisée sur la
période1970-2015 afin d?estimer l?évolution temporelle de la mortalité. Les résul-
tats suggèrent une diminution des risques relatifs liés aux très fortes chaleurs
(percentiles99 et plus des températures), ce qui semble marquer une acclimata-
tion à la chaleur (pouvant résulter d?une adaptation de la population, des amélio-
rations socio-économiques et médicales et/ou d?une efficacité des mesures de
prévention organisées à partir de2004). Cependant, cette évolution à la baisse
n?est pas observée pour des percentiles moins élevés, pour lesquels les risques
relatifs augmentent régulièrement sur la période, sans rupture à partir de2004. De
plus, les risques liés aux températures inhabituellement chaudes pour une année
11. https://meteofrance.com/actualites-et-dossiers/actualites/climat/
changement-climatique-des-canicules-deux-fois-plus-frequentes
https://meteofrance.com/actualites-et-dossiers/actualites/climat/changement-climatique-des-canicules-deux-fois-plus-frequentes
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
130
donnée par rapport aux années précédentes augmentent depuis les années1970.
Par ailleurs la fraction de la mortalité attribuable aux températures les plus chaudes
(supérieures au percentile90) augmente, passe de0,11 % [0,08 : 0,13] de la mor-
talité dans les années1970à0,23 % [0,21 : 0,24] dans les années2010. Les
fractions attribuables reflètent le croisement entre un niveau de risque et une fré-
quence d?exposition. Malgré une diminution des risques relatifs liés aux tempé-
ratures élevées, l?augmentation du nombre de jours chauds conduit ainsi à une
augmentation de la fraction attribuable à la chaleur dans les années récentes et
donc à une augmentation des impacts de la chaleur.
Que faire pour prévenir les impacts sanitaires des canicules ?
Au cours des presque20années qui ont suivi la mise en place du plan canicule,
des éléments d?évaluation ont été mis en placerégulièrement (Laaidi etal., 2012a)
afin d?améliorer la prévention et la gestion des risques :
1.Avant l?été : des enquêtes sur la gestion du risque canicule par les acteurs
nationaux et locaux ont permis d?identifier les mesures prises, les difficultés ainsi
que des pistes d?amélioration (Laaidi etal., 2018 ; Laaidi etal., 2019). Celles-ci
concernent notamment :
? l?amélioration des capacités de thermorégulation individuelles, en favorisant la
pratique d?activité physique adaptée ;
? l?identification et la protection des personnes vulnérables (registres municipaux,
sans-abris) et des scolaires ;
? des actions sur les environnements pour réduire l?exposition (végétalisation,
matériaux, volets, isolation : en ville, à l?école, dans les bâtiments accueillant du
public?) ;
? la préparation de conduites à tenir en cas de canicule (modification des horaires
de travail et des activités scolaires?) ;
? la formation de la population et des professionnels aux bons gestes à adopter.
2.Pendant les canicules : le plan de gestion des risques définit les mesures pour
alerter, prendre soin des plus vulnérables, adapter les traitements médicamen-
teux si nécessaire, organiser l?offre de soins, diffuser les conseils de comporte-
ments (hydratation, diminution de l?activité physique, aération?), sensibiliser au
risque pour tous (spots télé et radio). Une enquête auprès de la population fran-
çaise métropolitaine a été menée en2015 sur les connaissances et pratiques
pendant les fortes chaleurs (Laaidi etal., 2019). Elle a montré que les adultes de
plusde18ans avaient une bonne connaissance des gestes de prévention et sui-
vaient bien les recommandations, mais que la perception de ses propres risques
était faible, y compris chez les personnes âgées (2 % des18-64ans se sentaient
très à risque pendant une canicule, et seulement4 % des65ans et plus). Par ail-
leurs le recours aux registres municipaux pour se signaler ou demander de l?aide
restait une pratique marginale alors que c?est un élément central de la prévention
au niveau local, qu?il semble donc nécessaire de faire évoluer.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
131
3.Après l?été : les retours d?expériences annuels entre les partenaires du plan
et du système d?alerte permettent de les faire évoluer si besoin. Par ailleurs une
étude qualitative a été réalisée en2019 (Verrier etal., 2022) afin d?évaluer les
freins à l?adoption des gestes de prévention chez les adultes résidant dans des
départements ayant été en vigilance canicule orange ou rouge. Les principaux
freins identifiés étaient la perception du risque pour soi, les conditions de travail
et la méconnaissance des dispositifs existants (cartographie de lieux frais, des
points d?eau potable?). Ces résultats ont mis en exergue la nécessité de renfor-
cer la communication sur les mesures existantes et d?étudier la faisabilité d?adap-
ter les conditions de travail par voie réglementaire.
Conclusion
Les impacts sanitaires de la chaleur, pendant et en dehors des périodes de cani-
cule, sont les plus importants de tous ceux associés à des événements clima-
tiques extrêmes. Ils ont déjà augmenté ces dernières années et ce phénomène
va s?accélérer à moyen et long terme avec l?augmentation des canicules en fré-
quence, durée, intensité et répartition spatiale, et avec l?extension temporelle des
périodes chaudes (de mai à octobre).
Malgré un large panel de mesures de prévention et de gestion mis en place, les
impacts restent importants et force est de constater que les mesures d?atténua-
tion et d?adaptation sont insuffisantes et devront être élargies et améliorées afin
de minimiser les impacts sanitaires du changement climatique, en particulier ceux
dus aux vagues de chaleur.
Parmi ces mesures, une meilleure évaluation des impacts pendant les canicules
permettrait de réagir plus rapidement et de façon plus ciblée. Ceci passe par une
amélioration du circuit des données de mortalité, en particulier via la certification
électronique des décès qui permet d?obtenir des données sous 24heures (contre
un mois actuellement avec les données INSEE).
Une fois l?alerte lancée, les mesures sont variées et intersectorielles : prévention
et protection de la population, en particulier mise à l?abri des plus vulnérables,
adaptation des conditions de travail, mesures renforcées de lutte contre les îlots
de chaleur urbains (végétalisation, revêtements absorbant peu la chaleur, etc.).
De manière plus large, en été il est important de mieux sensibiliser au risque,
pour les personnes âgées, les malades chroniques, les jeunes enfants, les per-
sonnes sans abri, mais aussi les travailleurs en ambiance chaude, les sportifs,
et plus largement toute la population lorsque la chaleur devient extrême et que
chacun est susceptible d?être affecté.
Par ailleurs Santé publique France s?est engagée dans une démarche de plaidoyer
afin de sensibiliser au risque et à ses impacts des partenaires hors du champ
de la santé : d?une part les urbanistes et les architectes afin qu?ils contribuent à
construire et rénover les bâtiments et les villes en prenant en compte le confort
thermique des habitants, et d?autre part les employeurs afin qu?ils améliorent la
protection de leurs employés contre la chaleur.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
132
Enfin, il est nécessaire d?évaluer les mesures prises en termes de réduction de
l?impact sanitaire, afin de les adapter et améliorer si besoin et ainsi réduire davan-
tage les impacts sanitaires des canicules, et les coûts économiques et sociaux
associés.
Encadré 3
Mission de Santé publique France
Les impacts sanitaires du changement climatique
sont une des priorités de la programmation de
Santé publique France depuis plusieurs années.
Les travaux de l?agence dans ce domaine s?arti-
culent autour de grands axes :
? promouvoir une meilleure prise en compte des
liens entre climat et santé, via l?organisation de rencontres scientifiques,
de partenariat (Météo-France, ADEME, INSERM notamment), de collabo-
ration entre agences de santé publiques ;
? analyser les connaissances et produire des outils et des indicateurs
pour mettre en évidence l?impact du changement climatique sur la santé
en France, mais également l?impact d?interventions sur des déterminants
favorables à la santé et au climat (par exemple, les mobilités douces, la
nature en ville) ;
? soutenir l?adaptation à la chaleur, via un corpus d?études épidémiolo-
giques, et la promotion de l?adaptation des populations à la chaleur à tra-
vers la définition et la mise en oeuvre d?une stratégie de plaidoyer ;
? optimiser et assurer la surveillance sanitaire dans le cadre du plan natio-
nal de gestion des vagues de chaleur ;
? répondre aux urgences sanitaires en lien avec le climat (événements
extrêmes, épidémies infectieuses?).
Ces travaux font l?objet de plusieurs publications sur le site de l?agence
(Changement climatique ? Santé publique France (santepubliquefrance.
fr)). L?agence est également active au niveau international via l?Associa-
tion internationale des agences de santé publique (IANPHI), qui s?est
dotée d?un comité permanent changement climatique et santé, et d?une
feuille de route dont les principales conclusions ont été récemment sou-
tenues par leG7.
Chapitre D
Politiques d?adaptation
aux vagues de chaleur
© Jérôme Duvernoy/ONERC.
Ce chapitre montre quelques exemples des politiques publiques qui prennent
en compte les vagues de chaleur et leurs impacts. Ainsi le premier article
décrit la partie de la réglementation environnementale, la RE2020, en vigueur
pour les constructions à partir du1erjuillet 2022, le second article parle de
l?extension aux vagues de chaleur du dispositif de vigilance météorologique.
Enfin, le troisième article décrit le plan vague de chaleur qui pourra compléter
le plan canicule sans se limiter à l?impact sanitaire des vagues de chaleur.
Politiques d?adaptation aux vagues de chaleur
135
La RE2020
Les récentes adaptations de la réglementation technique
de la construction face aux vagues de chaleur
Quentin Deslot, Sylvain Pradelle, Amandine Vernier,
Direction générale de l?Aménagement, du Logement et de la Nature (DGALN)
Introduction
Nous passons plus de 80 % de notre temps dans des lieux clos, et en grande
partie à l?intérieur des bâtiments. Nous y travaillons, nous y mangeons, nous y
dormons, et nous y faisons tant d?autres activités essentielles à notre vie. Les
articles précédents du chapitreA ont illustré que les vagues de chaleur seront de
plus en plus fréquentes et de plus en plus intenses à l?avenir. Il est donc essen-
tiel que nos environnements intérieurs s?adaptent afin de nous offrir des condi-
tions de vie toujours aussi satisfaisantes alors que le climat évolue. De nombreux
acteurs se mobilisent aujourd?hui afin de construire des bâtiments mieux conçus
et rénover les bâtiments existants. Il s?agit d?aller vers un meilleur confort dans
les bâtiments lors des vagues de chaleur, notion qui sera appelée par la suite
« confort d?été ».
De son côté, l?État dispose de plusieurs leviers afin d?accélérer cette transforma-
tion vers un meilleur confort d?été. En particulier, plusieurs réglementations tech-
niques régissent l?acte de construire et de rénover nos bâtiments. Ces dernières
années, la réglementation technique de la construction a connu plusieurs évolu-
tions notables en ce sens.
Constructions neuves : l?entrée en vigueur de la RE2020
incite à la conception bioclimatique des bâtiments
et prend en compte l?impact énergétique de la climatisation
Les bâtiments construits aujourd?hui feront partie du parc immobilier français
en2100 lorsque le climat aura changé. Il est donc essentiel d?assurer le confort
d?été dans ces bâtiments dès aujourd?hui. Or, les retours d?expérience sur les
constructions de la précédente décennie ont montré que la réglementation alors
en vigueur, c?est-à-dire la réglementation thermique2012 (RT2012), n?assurait
pas suffisamment le confort des occupants lors des fortes chaleurs estivales. La
nouvelle réglementation pour les constructions neuves, appelée réglementation
environnementale2020 (RE2020), intègre donc parmi ses trois enjeux prioritaires
le confort d?été au même titre que la réduction des consommations d?énergie ou
la prise en compte de l?impact sur le climat des constructions. Il s?agit donc bien
d?un défi majeur pour les constructions de la prochaine décennie.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
136
De manière pratique, la méthode de calcul de la RE2020 intègre dans ses scéna-
rios météorologiques une vague de chaleur pendant la période estivale. Celle-ci
est issue des données de la canicule de2003, puisque cette dernière est consi-
dérée aujourd?hui comme représentative des futures vagues de chaleur qui tou-
cheront la France en2050, voire en2100.
Sur la base de ces nouveaux scénarios, la RE2020a mis en place un nouvel
indicateur représentatif du confort du bâtiment en été, appelé indicateur
« degré.heure » (DH). Celui-ci permet de quantifier l?impact de la vague de chaleur
sur la température à l?intérieur du bâtiment. Plus concrètement, cet indicateur
s?apparente à un compteur qui cumule sur l?année, chaque degré inconfortable de
chaque heure. Il est central dans le fonctionnement de la réglementation puisque
deux seuils y sont adossés.
Afin de respecter la réglementation, il est interdit de dépasser un seuil haut, fixé
autour de 1 250DH, ce qui correspond à une durée de 25jours durant laquelle
le logement serait continument à30oC le jour et 28oC la nuit. En parallèle, un
second seuil bas est fixé autour de350DH, soit une semaine en continu à30oC
le jour et 28oC la nuit. En-dessous de ce seuil bas, la réglementation est satis-
faite sur ce volet du confort d?été. Au-dessus de ce seuil bas, des pénalités sont
appliquées dans le calcul de la performance énergétique pour tenir compte des
besoins potentiels en rafraîchissement du bâtiment.
Figure D 1 : Schéma de principe du calcul du confort d?été selon la RE2020.
Source : MTECT/DGALN.
Cette méthodologie s?impose désormais à tous les projets de construction sur le
territoire national, en commençant par les projets de construction de bâtiments d?ha-
bitation à partir du1erjanvier 2022, puis des bâtiments de bureaux et d?enseigne-
ment primaire et secondaire dès le1erjuillet 2022. Suivront ensuite les bâtiments
tertiaires plus spécifiques comme les hôtels, les restaurants, les commerces?
À travers ce nouvel indicateur, la RE2020 incitera fortement à la conception bio-
climatique des constructions neuves. Les leviers de construction passifs, c?est-
à-dire ceux qui ne consomment pas ou peu d?énergie, seront à privilégier : forme
du bâtiment, orientation, protections solaires, brasseurs d?air ou encore puits cli-
matiques? La RE2020 permettra également l?installation de solutions de climati-
sation pour les projets qui le nécessiteraient. Cependant, elle prendra en compte
Politiques d?adaptation aux vagues de chaleur
137
l?impact énergétique de cette climatisation, ce qui nécessitera la mise en oeuvre
de leviers complémentaires.
Logements existants : le diagnostic de performance
énergétique, nouveau baromètre de la performance
énergétique des logements, informe également du confort
estival dans votre logement
Au 1erjuillet 2021, une nouvelle version du diagnostic de performance énergétique
(DPE) des logements est entrée en vigueur. Le DPE est désormais plus fiable et
plus lisible, au bénéfice des usagers. La refonte du DPE en a fait l?outil de réfé-
rence des Français pour la rénovation des logements, au service notamment de
la lutte contre les passoires énergétiques.
La refonte du DPE a également permis d?indiquer des informations supplémen-
taires sur le document remis, dont une concernant le confort d?été.
Figure D 2 : Nouvel indicateur
de confort d?été dans le DPE.
Source : MTECT/DGALN.
Cet indicateur demeure simple. Il permet de classer le logement en trois caté-
gories de confort d?été : insuffisant, moyen ou bon. Ce classement est réalisé
grâce à la prise en compte de certaines caractéristiques constructives clés du
logement : l?aspect traversant du logement qui traduit la capacité à créer des
courants d?air permettant de rafraîchir le logement durant la nuit, son inertie qui
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
138
traduit sa capacité à conserver la fraîcheur le jour, la présence de protections
solaires couvrant les principales ouvertures du rayonnement solaire, l?isolation
des parties clés du logement? Cet indicateur ne prend pas en compte la clima-
tisation qui pourrait être installée dans le logement, et ce afin de privilégier, de
la même manière qu?en RE2020, les leviers passifs. Cependant, au contraire de
la RE2020 pour les constructions neuves, l?indicateur de confort d?été du DPE
demeure indicatif, c?est-à-dire qu?aucune obligation réglementaire à ce jour n?y est
adossée. Il s?agit uniquement de donner une première information qualitative au
futur acheteur ou locataire du comportement du logement face aux chaleurs esti-
vales afin qu?il puisse avoir une vision plus claire de la performance du logement.
Au-delà de cet indicateur, le DPE contient également des recommandations de
travaux permettant de corriger certains aspects importants du bâtiment. Par
exemple, le DPE affiché en figureD2 recommande l?installation de volets exté-
rieurs ou de brise-soleil sur certaines fenêtres ainsi que l?isolation de la toiture.
Cela permettra au futur acheteur de ce logement de connaître les travaux à réali-
ser avant de s?installer afin d?améliorer sa qualité de vie en période estivale. Enfin,
il contient des recommandations d?usage du logement qui visent à maintenir des
conditions de température satisfaisantes malgré ces événements.
Par ailleurs, afin de poursuivre dans son rôle d?information des particuliers, l?État
a mis en place diverses mesures de communication visant à améliorer le confort
des logements en été. Par exemple, des recommandations utiles sont données
par l?ADEME (ADEME, 2022) dans son guide : « Comment garder son logement
frais en été ? »
Conclusion
Une réglementation technique en évolution qui nécessitera des travaux de recherche
et des enquêtes de terrain afin de s?améliorer.
Le constat est clair, nous devons aller vers des bâtiments plus confortables en
été, que ce soit dans le flux de constructions neuves ou dans le stock de bâti-
ments existants. La réglementation technique pose de nouveaux jalons impor-
tants mais il convient dès aujourd?hui de prendre en compte ces aspects lors de
la construction ou la rénovation de nos bâtiments, en particulier lors de l?accueil
de publics sensibles. Il faudra s?attendre à voir ces sujets progresser dans les
prochaines années, notamment dans la réglementation technique mais aussi et
surtout au niveau de la connaissance générale et des pratiques sur le terrain.
Des travaux de recherche ou des enquêtes de terrain seront extrêmement utiles
pour dresser un diagnostic clair de la situation, en particulier en ce qui concerne
l?impact des vagues de chaleur sur la santé des occupants.
Politiques d?adaptation aux vagues de chaleur
139
La vigilance « canicule » de Météo-France
Un dispositif d?adaptation au changement climatique
Sylvain Mondon, Véronique Ducrocq,
Céline Jauffret, Michel Lambert, Christophe Landalle,
Météo-France
Au moment de la conception et de la mise en place du dispositif de vigilance
météorologique en2000 et 2001, les vagues de chaleurs n?ont pas fait partie des
phénomènes à prendre en compte (Lepape, 2004 ; Calmet, 2018). Leur impact
sur la population n?a été formellement établi qu?après l?occurrence de la cani-
cule de2003, entraînant une prise de conscience du caractère dangereux des
vagues de chaleur. Les études épidémiologistes conduites par l?Institut natio-
nal de veille sanitaire (InVS, aujourd?hui Santé publique France) ont en particulier
démontré la corrélation entre le phénomène physique de vague de chaleur et la
surmortalité, de plusde15 000personnes constatée à l?issue de l?événement
de2003, et confirmé ensuite lors des canicules de2006 et 2015 (Pascal etal.,
2015). Une analyse fine des temporalités relatives entre les paramètres météoro-
logiques (température quotidienne minimum et maximum) et la variation de mor-
talité a permis de mettre en évidence, au moyen d?une comparaison historique
sur13villes de référence, le caractère explicatif de l?indice biométéorologique
(IBM) qui vise à décrire l?effet cumulé sur3jours consécutifs des températures
élevées le jour et la nuit.
L?IBM se décline en deux composantes : la moyenne sur3jours consécutifs des
températures quotidiennes maximales (IBMx) et la moyenne sur3jours consécu-
tifs des températures quotidiennes minimales (IBMn). Les effets de la canicule
de2003 ont permis d?établir, pour chaque département, des couples de seuils
d?IBMx et d?IBMn au-delà desquels la surmortalité est significative (proche d?un
doublement de la mortalité habituelle). Il est ainsi possible d?évaluer un risque
de danger pour la population liée à la chaleur par le biais de la prévision des tem-
pératures sur les jours à venir et d?un dépassement des seuils pour les IBMx et
IBMn. Les prévisions de températures sont relativement fiables plusieurs jours à
l?avance, il est ainsi possible d?évaluer un risque sanitaire à venir.
À partir de l?objectivation de ces connaissances, une importante activité en matière
d?action publique a été engagée notamment sur 3dimensions complémentaires
structurées par le plan national canicule de2004 :
? le renforcement des dispositifs d?avertissement en temps réel, avec en par-
ticulier l?incorporation du phénomène « canicule » au dispositif de vigilance de
Météo-France ;
? la préparation des équipes gérant les situations d?urgence sanitaire et sociale
(ex. : formation, moyens, organisation) pour faire face, à court terme, aux pro-
chaines canicules dans de meilleures conditions ;
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
140
? la prévention des risques induits par les vagues de chaleur (ex. : sensibilisa-
tion, réglementation, référentiels de confort d?été) pour renforcer la résilience à
moyen et long terme des catégories de population les plus sensibles ou des pro-
fessions les plus exposées.
L?ensemble de ces trois axes matérialisant l?engagement d?une démarche volonta-
riste d?action publique sanitaire contribue à l?adaptation au changement climatique
dans un climat en transition où les vagues de chaleurs deviennent progressive-
ment plus intenses et plus fréquentes (IPCC, 2022). Bien entendu, les effets
des vagues de chaleur ne dépendent pas uniquement des politiques sanitaires,
les phénomènes d?îlots de chaleur urbains ou les problématiques de qualité de
l?air ou encore les modes de vie constituent des facteurs à intégrer dans l?ana-
lyse fine de la sensibilité à la chaleur des zones à forte densité de population et
donc des besoins d?adaptation au climat et à son évolution (Euzen etal., 2017).
Figure D 3 : Carte de vigilance émise par Météo-France le 16juillet 2022à 16h.
Source : Météo-France.
Politiques d?adaptation aux vagues de chaleur
141
Tableau D1 : Caractéristiques synthétiques des épisodes de vigilance canicule orange ou
rouge observés en France métropolitaine depuis2004.
Années
Nb épisodes
de vigilance
orange ou rouge
canicule*
Nb de jours
cumulés*
Nb de
départements
concernés par au
moins un jour*
Anomalie de
température en
moyenne estivale
(°C) référence
1991-2020*
Surmortalité**
2003 sans objet sans objet sans objet 2,7 15 257
2004 0 - - ? 0,2
2005 3 11 12 0,1
2006 3 28 67 0,7 1 048
2007 0 - - ? 1,1
2008 1 3 1 ? 0,8
2009 1 4 8 0,2
2010 2 5 5 ? 0,1
2011 1 6 12 ? 1,0
2012 1 7 33 ? 0,1
2013 1 4 2 0,0
2014 0 - - ? 0,6
2015 3 14 49 1,1 1 739
2016 2 9 48 0,1 378
2017 4 22 78 1,1 474
2018 3 21 73 1,5 1 641
2019 2 20 89 1,3 1 462
2020 2 11 65 0,6 1 924
2021 2 14 6 0,0 239
2022 3 33 93 2,3 2 816
Sources : * Météo-France ; ** Santé publique France .
Le tableauD1 récapitule les principales caractéristiques des vigilances canicule
et la surmortalité associée depuis2004. Le nombre d?épisodes et d?années n?est
pas suffisant pour tirer des conclusions statistiques robustes en matière d?évo-
lution de la sensibilité de la population française ni en matière de renforcement
de sa résilience. Cependant, il est légitime aujourd?hui de se préparer à traiter
une question que ne manquera pas de soulever l?accumulation des épisodes au
cours des prochaines années, et l?augmentation de leur sévérité, qui est celle de
l?efficacité du dispositif de la vigilance canicule et des critères de déclenchement
des niveaux de vigilance les plus élevés. L?évolution progressive des modes de
vie et du comportement des personnes s?adaptant à des températures élevées
ou la banalisation des vigilances orange ou rouge si elles deviennent fréquentes,
sont des facteurs à prendre en compte. Si, tous les ans, la majorité de la France
métropolitaine est placée en vigilance orange la moitié de l?été et qu?aucune
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
142
surmortalité significative n?est détectée, est-ce que le dispositif a encore un intérêt
sous cette forme ?
Il s?agira alors de définir la logique qui sera la plus utile pour protéger la population :
? conserver les référentiels de vigilance canicule calibrés sur la base des évé-
nements passés pour que chacun puisse comparer des événements courants et
futurs à partir d?un référentiel stable (les seuils d?IBMn/IBMx) ; ou bien :
? modifier les référentiels pour que les niveaux les plus élevés de vigilance conti-
nuent de véhiculer un signal de danger élevé (un niveau de surmortalité potentiel).
En matérialisant une relation concrète entre population, vague de chaleur et action
publique, la vigilance canicule contribue directement à l?effort de transition cli-
matique. Sur le plan institutionnel, cette matérialisation est portée principale-
ment par l?instruction du14juin 2021 relative au dispositif de vigilance (NOR :
INTE2114719J) et l?instruction du7mai 2021 relative à la gestion des vagues
de chaleur dans les plans ORSEC (NOR : SSAP2114388J). Bien entendu, tout dis-
positif d?avertissement aussi performant qu?il soit ne saurait suffire en matière
d?adaptation. En effet, même si son caractère évolutif maintient une utilité impor-
tante en temps réel, un dispositif d?avertissement ne saurait remplacer des actions
multidimensionnelles de prévention des risques pour protéger la population dura-
blement (Ostrom, 2014).
Politiques d?adaptation aux vagues de chaleur
143
Gérer des vagues de chaleur de plus en plus
extrêmes : des impacts sanitaires aux impacts
systémiques
Marie Carrega et Sarah Voirin,
Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (ONERC)
La surveillance sanitaire et environnementale
À la suite de la vague de chaleur sans précédent qui a généré une surmortalité
de l?ordre de15 000 1personnes en2003, la France s?est dotée en2004 d?un
premier plan national canicule afin de prévenir et réduire les conséquences sani-
taires des vagues de chaleur. Ce plan s?est accompagné de la mise en place
d?une surveillance sanitaire et environnementale comprenant un système de vigi-
lance météorologique et un système de surveillance et d?alerte canicule et santé.
? Vigilance météorologique
Le dispositif de vigilance météorologique permet d?identifier la survenue d?une
vague de chaleur susceptible d?avoir un impact sanitaire et d?alerter les autorités
et la population. Il concerne actuellement la France métropolitaine uniquement.
Ce dispositif repose sur la mesure et la prévision des températures minimales
et maximales sur3jours consécutifs, qui sont comparées à des seuils départe-
mentaux prédéfinis pour chaque département et réévalués en tant que de besoin.
Les vagues de chaleur sont prises en compte par le dispositif de vigilance météo-
rologique pendant la période qui s?étend du1erjuin au 15septembre de chaque
année. Cette période peut être avancée ou prolongée de quelques jours si les
conditions météorologiques l?exigent.
La vigilance météorologique se matérialise sous la forme d?une carte de France
métropolitaine qui signale si un danger météorologique menace un ou plusieurs
départements, à l?aide de quatre couleurs (vert, jaune, orange, rouge). En cas de
phénomène dangereux de forte intensité, la zone concernée apparaît en orange,
et en rouge en cas de phénomène très dangereux d?intensité exceptionnelle. Elle
est réactualisée 2fois par jour aminima, à 6h et 16h, et peut être réactualisée
à tout moment si un changement notable intervient. Elle est accessible à tous en
permanence sur le site Vigilance météorologique de Météo-France.
1. https://www.santepubliquefrance.fr
https://www.santepubliquefrance.fr
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
144
? Système de surveillance et d?alerte canicule et santé
Afin d?anticiper la survenue d?un phénomène épidémique de grande ampleur en
rapport avec une vague de chaleur, l?InVS a élaboré en juin2004, en collabora-
tion avec Météo-France, un système de surveillance et d?alerte biométéorologique.
Son but est d?alerter les autorités sanitaires, avec trois jours d?anticipation, et
de permettre la mise en oeuvre des actions prévues du1erjuin au 30septembre
par le plan canicule.
Le système de surveillance syndromique SurSaUD (Surveillance sanitaire des
urgences et des décès) est fondé sur une remontée informatisée de l?activité des
services d?urgence des établissements de santé, de certains SAMU et SMUR,
des services départementaux d?incendie et de secours (SDIS) et des associa-
tions comme SOSMédecins.
Le système d?alerte est fondé sur une veille quotidienne d?indicateurs météorolo-
giques et sanitaires qui ont été testés pour14villes pilotes 2 à partir des données
rétrospectives de1973à2003.
Les données météorologiques ont été fournies par Météo-France, les données
sanitaires par l?InVs et les données de mortalité par l?INSEE.
L?instruction interministérielle du7mai 2021 relative
à la gestion sanitaire des vagues de chaleur en France
métropolitaine
La survenue de canicules extrêmes, qui a nécessité l?activation du niveau rouge
de la vigilance météorologique canicule pour la première fois en2019, a révélé
la nécessité d?adapter le dispositif de préparation et de gestion des canicules en
mettant en avant l?implication des acteurs locaux. En conséquence, l?instruction
interministérielle de2021 précise les nouvelles orientations en matière de pré-
paration et de gestion sanitaire des vagues de chaleur, qui reposent dorénavant,
en plus du dispositif de vigilance et de surveillance sanitaire, sur une disposition
spécifique ORSEC 3 gestion sanitaire des vagues de chaleur et sur un dispositif
national d?appui et de conduite de crise sanitaire.
À l?échelle départementale, le préfet de département peut s?appuyer sur le guide
ORSEC départemental S6 : « Dispositions spécifiques gestion sanitaire des vagues
de chaleur », publié en mai2021 par le ministère de la Santé et des Solidarités, pour
organiser la mobilisation des services départementaux face aux vagues de chaleur.
2. Bordeaux, Dijon, Grenoble, LeHavre, Lille, Limoges, Lyon, Marseille, Nantes, Nice, Paris, Strasbourg,
Toulouse et Tours.
3. Le dispositif ORSEC (organisation de la réponse de sécurité civile) est un programme d?organisation des
secours à l?échelon départemental, en cas de catastrophe. Il permet une mise en oeuvre rapide et efficace
de tous les moyens nécessaires sous l?autorité du préfet. Ce dispositif prévoit des dispositions générales
applicables en toutes circonstances et des dispositions propres à certains risques particuliers ou liées au
fonctionnement d?installations déterminées.
Politiques d?adaptation aux vagues de chaleur
145
L?objectif de ce guide est de permettre aux préfets de département, ainsi qu?à
l?ensemble des acteurs territoriaux, d?assurer la protection non seulement des
populations vulnérables à la chaleur, mais aussi de l?ensemble des populations
exposées.
Ce guide propose troistypes de fiches pouvant être reprises dans les dispositifs
départementaux : les fiches de doctrine qui présentent le dispositif de gestion des
vagues de chaleur ; les fiches de gestion décrivant les mesures de gestion sani-
taire à mettre en oeuvre au niveau territorial, notamment pour le niveau rouge de
la vigilance météorologique ; les fiches opérationnelles par acteurs qui décrivent
les actions que doivent mener les préfectures dans le cadre de leurs travaux de
planification opérationnelle (préparation de la réponse collective), et les mesures
de gestion que chaque acteur peut être amené à mettre en oeuvre, en fonction
du contexte.
La fiche opérationnelle destinée au préfet de département indique qu?en cas de
survenue d?une canicule extrême correspondant au niveau rouge de vigilance
météorologique, il est possible par exemple d?interdire temporairement tout grand
rassemblement, y compris les manifestations sportives, les sorties des écoles ou
des centres aérés ainsi que le déroulement des chantiers et grands travaux ; de
fermer les services publics pendant les heures les plus chaudes de la journée,
si les locaux ne sont pas climatisés, ou de décaler leurs horaires d?ouverture ;
de réglementer la circulation des véhicules pendant les heures les plus chaudes
de la journée ; de prendre toute décision ou rendre tout arbitrage nécessaire au
maintien des activités des secteurs essentiels à la prise en charge sanitaire des
personnes, en soutien du dispositif ORSAN 4 piloté par l?ARS (permanence des
soins de ville, continuité du service public hospitalier, coopération entre les sec-
teurs hospitalier et médico-social, disponibilité et capacités des transporteurs
sanitaires et des opérateurs funéraires) ; etc.
À l?échelle communale, le maire peut s?appuyer sur le guide « Faire face aux vagues
de chaleur avec votre plan communal de sauvegarde 5 ?Recommandations et
bonne pratiques », publié en juin2021 par le ministère de l?Intérieur, pour organi-
ser la mobilisation des services communaux face aux vagues de chaleur. L?objectif
de ce guide est d?aider les maires et leurs services à :
? organiser la veille et le suivi de la vigilance météorologique ;
4. Le dispositif ORSAN (organisation de la réponse du système de santé en situations sanitaires exception-
nelles) est un dispositif d?organisation des soins qui date de2014. Avant2014, le dispositif de réponse à
ce type de situations exceptionnelles s?appuyait principalement sur les établissements de santé avec les
dispositifs « plans blancs ». Le dispositif ORSAN formalise une coordination régionale des dispositifs exis-
tants dans les 3secteurs sanitaires (secteurs ambulatoire, hospitalier et médico-social), organise et adapte
les soins en situation sanitaire exceptionnelle afin de prendre toutes les mesures nécessaires pour que les
personnes malades puissent bénéficier des soins appropriés.
5. Le plan communal de sauvegarde (PCS) est un outil à disposition du maire depuis2004 lui permettant
d?organiser la mobilisation des services communaux au profit d?une réponse communale face à la survenue
d?un événement. Le PCS n?est pas obligatoire dans toutes les communes mais seulement dans celles sou-
mises à un risque particulier.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
146
? développer le registre nominatif communal 6 ;
? anticiper et hiérarchiser les mesures à prendre pour faire face aux vagues de
chaleur ;
? structurer la diffusion des recommandations de protection contre les vagues
de chaleur.
Les recommandations de ce guide s?appuient sur des pratiques déjà mises en
place dans certaines communes. Dans le domaine de la mise à disposition de
locaux rafraichis et de la distribution d?équipement, des communes ont par exemple
mis en place les actions suivantes : maraudes avec des bénévoles à destination
des SDF ; appel à la solidarité des grandes surfaces ; distribution de colis alimen-
taires et d?eau ; installation d?un camion-douche ; mise à disposition d?une pièce
rafraichie de10h à17h via une convention entre la commune et une résidence
de personnes âgées ; etc.
Vers un plan national de gestion de tous les impacts
des vagues de chaleur
? Bilan du dispositif de gestion des impacts sanitaires des vagues de chaleur
Alors qu?avec le changement climatique les vagues de chaleur sont devenues plus
précoces, plus fréquentes et plus intenses depuis la mise en place du premier plan
national canicule en2004, la surmortalité liée aux vagues de chaleur a diminué
dans le même temps, passant de plusde15 257décès en2003à2 816décès
en2022 7. Si les vagues de chaleur continuent d?entraîner systématiquement un
excès de morbidité et de mortalité, le dispositif de préparation et de gestion des
vagues de chaleur a donc contribué depuis sa mise en place en2004à réduire
les impacts sanitaires des vagues de chaleur par rapport au bilan de2003.
Des études publiées par Santé publique France en2019 (Laaidi etal., 2019) et
en2021 (Verrier etal., 2021) montrent que l?absence de perception du risque pour
soi est le principal obstacle à l?adoption de gestes de prévention par les citoyens.
En effet, les personnes qui se jugent bien portantes ne se sentent pas concer-
nées, associent le risque lié aux fortes chaleurs à l?âge ou l?état de santé et non
à une surexposition à la chaleur. Cette distanciation a pu être favorisée par le dis-
positif de prévention public qui jusqu?en2019 était centré sur une communication
d?urgence avec des outils non différenciés pour l?ensemble de la population. Le
6. Le registre nominatif communal est un outil à disposition du maire pour recueillir les éléments relatifs
à l?identité, à l?âge et au domicile des personnes âgées et des personnes handicapées qui en ont fait la
demande afin de favoriser l?intervention des services sociaux et sanitaires. Ces données sont notamment
utilisées par les services susmentionnés pour organiser un contact périodique avec les personnes réperto-
riées lorsque le plan d?alerte et d?urgence est mis en oeuvre. Le maire peut également procéder à ce recueil
à la demande d?un tiers à la condition que la personne concernée, ou son représentant légal, ne s?y soit
pas opposée (cf. articleL.121-6-1 du code de l?action sociale et des familles, modifié par l?article1er de la
loi no2004-626 du 30juin 2004 relative à la solidarité pour l?autonomie des personnes âgées et des per-
sonnes handicapées).
7. https://www.santepubliquefrance.fr
Politiques d?adaptation aux vagues de chaleur
147
dispositif de marketing social, mis en place par la suite, met en scène plusieurs
populations (enfants, travailleurs, sportifs, personnes âgées) dans des situations
de la vie courante afin d?accroître la perception du risque pour soi.
Travailler en période de forte chaleur peut également présenter un risque pour la
santé. L?Institut national de recherche et de sécurité (INRS) considère en effet
qu?au-delà de30oC pour un salarié sédentaire, et 28oC pour un travail nécessi-
tant une activité physique, la chaleur peut constituer un risque pour les salariés.
Certaines dispositions du code du travail prévoient des mesures contribuant à la
protection des salariés en cas de forte chaleur : évaluation des risques pour la
santé et la sécurité des travailleurs liés à l?ambiance thermique 8, renouvellement
régulier de l?air et évitement des élévations exagérées de température 9, aménage-
ment des postes de travail pour protéger les salariés contre les conditions atmos-
phériques 10, mise à disposition de chaque salarié d?au moins trois litres d?eau
par jour sur les chantiers du BTP 11, arrêt de chantier si les températures extrêmes
rendent l?accomplissement du travail dangereux ou impossible 12, interdiction d?af-
fecter les jeunes travailleurs de moinsde18ans à des travaux qui les exposeraient
à une température extrême susceptible de nuire à la santé 13. La norme interna-
tionale NFX35-203/ISO7730 relative au confort thermique 14 complète ces dispo-
sitions légales en précisant des seuils de température permettant de prévenir les
risques pour la santé. Les plages qui sont préconisées dépendent de la saison
et d?autres paramètres tels que l?humidité relative mais aussi l?usage et l?envi-
ronnement (murs, plafond?). Par exemple, une température de23,5à25,5oC
est préconisée l?été dans un bureau. Pour autant, la réglementation ne fixe pas
de seuil de température maximale au-delà duquel il serait interdit de travailler
afin de prévenir les dangers liés aux vagues de chaleur. Malgré une mobilisation
importante des directions régionales du ministère en charge du Travail avec des
contrôles, notamment dans le BTP, le rappel des consignes de prévention, la dif-
fusion et le relais des messages nationaux, dixaccidents mortels du travail ont
ainsi été recensés pendant les épisodes caniculaires de2019.
8. ArticleR.4121-1 du code du travail, en application de l?articleL.4121-3, modifié par l?article3 de la loi
no2021-1018 du 2août 2021 pour renforcer la prévention en santé au travail.
9. ArticleR.4222-1 du code du travail, créé par le décret no2008-244 du 7mars 2008 relatif au code du travail.
10. ArticleR.4225-1 du code du travail, créé par le décret no2008-244 du 7mars 2008 relatif au code
du travail.
11. ArticleR.4534-143 du code du travail, créé par le décret no2008-244 du 7mars 2008 relatif au code
du travail.
12. ArticleL.5424-9 du code du travail, modifié par l?article4 de l?ordonnance no2017-1386 du 22sep-
tembre 2017 relative à la nouvelle organisation du dialogue social et économique dans l?entreprise et favo-
risant l?exercice et la valorisation des responsabilités syndicales.
13. ArticleD.4153-36 du code du travail, modifié par l?article4 du décret no2009-289 du 13mars 2009
rectifiant certaines dispositions du code du travail.
14. NFX35-203/ISO7730 relative au confort thermique « Ergonomie des ambiances thermiques ?Détermination
analytique et interprétation du confort thermique par le calcul des indices PMV et PPD et par des critères
de confort thermique local ».
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
148
? Les impacts non sanitaires des vagues de chaleur
Les deux épisodes de canicule de l?été2019, remarquables tous deux par leur
intensité et, pour l?un par sa précocité (dès le 24juin), pour l?autre par son
étendue géographique (20départements du Nord en vigilance rouge), ont par ail-
leurs impacté l?ensemble de la population et ont eu des conséquences majeures
dans de nombreux domaines : fermeture de classes et de crèches, report d?exa-
mens scolaires, annulation de manifestations sportives et culturelles, pertur-
bations dans les transports en commun et grande pénibilité pour les usagers,
mortalité animale, assèchement des cours d?eau et difficultés d?approvisionne-
ment en eau potable, feux de récolte, tensions sur le cycle de refroidissement
des centrales nucléaires, etc.
À la suite de ces constats, des travaux ont été initiés pour compléter le disposi-
tif de gestion des canicules (limité aux impacts sanitaires) par un plan national
de gestion des vagues de chaleur pour lutter contre l?ensemble des impacts des
vagues de chaleur sur la vie quotidienne des Français, la continuité des services
publics essentiels et de la vie économique, ainsi que la protection des milieux et
ressources naturels. Des travaux, coordonnés par le ministère en charge de la
Transition écologique ont permis d?identifier les mesures concrètes à mettre en
oeuvre dans le cadre de ce nouveau plan d?actions, sur la base des propositions
issues d?un retour d?expérience interministériel.
Le plan national de gestion des vagues de chaleur, actuellement en phase de
finalisation, a pour objectifs de se préparer de façon systématique en amont de
la période estivale puis d?anticiper l?arrivée prévue d?une vague de chaleur et de
définir les actions à mettre en oeuvre aux niveaux national et local pour en préve-
nir et en limiter les impacts non sanitaires. Certaines de ses actions seront mises
en oeuvre tous les ans, en amont des périodes favorables aux vagues de chaleur.
D?autres actions ont vocation à être mises en oeuvre lorsqu?une vague de chaleur
est annoncée ou en cours. En effet, les épisodes de forte chaleur sont bien prévus
une semaine environ avant leur survenue, grâce aux modèles de prévision météo-
rologique de Météo-France. Ce délai peut être mis à profit pour alerter les diffé-
rents acteurs de la prévention et de la gestion des risques.
Ces actions sont mises en oeuvre par les ministères concernés 15, en lien le cas
échéant avec le ministère de l?Intérieur en fonction de la situation. Elles viennent
compléter le dispositif national d?appui et de conduite de crise sanitaire piloté par
le ministère chargé de la Santé décrit par l?instruction interministérielle de2021
et par les guides à destination des préfets dans le cadre du plan ORSEC départe-
mental et des maires dans le cadre du plan communal de sauvegarde.
Lorsqu?il sera publié, le plan national de gestion des vagues de chaleur devrait
s?appuyer sur le dispositif de vigilance météorologique spécifique à ce phénomène
(cf. chapitreD : La vigilance canicule de Météo-France).
15. Ministères en charge de l?Agriculture, de la Biodiversité, du Climat, de la Cohésion des territoires, de
l?Eau, de l?Économie, de l?Éducation nationale, de l?Élevage, de l?Énergie, de la Forêt, des Outre-mer, de la
Santé, des Sports, de la Transition écologique, des Transports, du Travail.
Chapitre E
Les outils pour la mise
en oeuvre de l?adaptation
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Ce chapitre est consacré aux quelques outils qui sont à la disposition des
différents acteurs de l?adaptation (élus locaux, techniciens des collectivités,
acteurs économiques, bureaux d?études, particuliers), pour la mise en oeuvre
des mesures d?adaptation. Cette liste, qui n?a pas vocation à être exhaus-
tive, comprend le Centre de ressources pour l?adaptation au changement
climatique, Drias les futurs du climat et ClimatHD, Bat-ADAPT et les guides
de l?ADEME. Le dernier article résume une publication d?I4CE qui a dressé
en 2022 un premier état des lieux consolidés des besoins de financement
des mesures d?adaptation.
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
151
Le Centre de ressources pour l?adaptation
au changement climatique
Vincent Bourcier et Jérôme Duvernoy,
Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (ONERC)
Le climat change : quels en sont les effets concrets ? Est-il possible d?anticiper,
et comment s?adapter au changement climatique ? Quelles sont les bonnes expé-
riences à connaître, et les acteurs de l?adaptation au changement climatique ?
Pour apporter des réponses concrètes, le Centre de ressources pour l?adaptation
au changement climatique 1 a été mis en ligne en décembre2020. Développé
dans le cadre du deuxième plan national d?adaptation au changement climatique,
il est le fruit d?un partenariat entre le ministère de la Transition écologique et de
la Cohésion des territoires (DGEC/SCEE/ONERC), le CEREMA, l?ADEME et Météo-
France. Ce centre de ressources a pour objectif de faciliter l?accès aux informa-
tions pertinentes pour l?adaptation des territoires au changement climatique, pour
différents types d?acteurs.
Il a été conçu pour mieux faire connaître la réalité du changement climatique,
mais aussi pour outiller tous les acteurs de l?adaptation et les mettre en capacité
d?agir. Ainsi, ce centre propose des parcours adaptés aux différents utilisateurs :
élus, techniciens des collectivités, acteurs économiques, bureaux d?études, parti-
culiers. Un sixième parcours pour les enseignants est en cours d?élaboration. Une
entrée par région est également disponible, pour découvrir les acteurs locaux du
changement climatique, ainsi que des ressources variées portant sur les enjeux
spécifiques de chaque région.
Les ressources proposées sont sélectionnées pour leur pertinence, validées et
éprouvées afin que le parcours des utilisateurs réponde au mieux à leur besoin.
Une recherche sur la thématique des canicules permet ainsi de découvrir à ce
jour pas moins de87pages dédiées à cette thématique :
Des sélections plus fines sont alors possibles soit par type de public visé (techni-
cien de collectivité, bureau d?études, acteur économique, particulier, enseignant
ou élu), soit par thématique (parmi les vingt disponibles), soit par type de res-
sources parmi les seize disponibles.
Ainsi, par exemple, sélectionner « élu » comme type de public et ajouter un filtre sur
« Information/sensibilisation » permet de visualiser, entre autres, deux lettres aux
élus de l?ONERC « Le Climat change, agissons », consacrées à ce sujet. La lettre
no21 2 traite de la climatisation et des systèmes de rafraîchissement. Lalettre
1. https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/
2. https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/ONERC_lettre_21.pdf
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/ONERC_lettre_21.pdf
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
152
no32 3 est quant à elle dédiée exclusivement aux canicules. On trouvera en outre
des actualités ou des événements en lien directs avec cette thématique, un outil
numérique pour lutter contre l?îlot de chaleur urbain, un recensement d?initiatives
locales inspirantes, des fiches techniques et des formations spécifiques.
Figure E 1 : Copie d?écran de la recherche thématique sur les canicules.
Source : Centre de ressources pour l?adaptation au changement climatique 4.
3. https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/ONERC_Lettre_32.pdf
4. https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
153
Drias les futurs du climat, Climat HD
Maryvonne Kerdoncuff,
Météo-France
Mesure phare du premier plan national d?adaptation au changement climatique
(PNACC-1), le portail Drias les futurs du climat a ouvert le 24juillet 2012. Il s?agit
du premier service climatique mis à disposition gratuitement. Il est issu du projet
Drias (Donner accès aux scénarios climatiques régionalisés français pour l?im-
pact et l?adaptation de nos sociétés et environnement) financé par le programme
Gestion et impact du changement climatique (GICC) du ministère de la Transition
écologique (MTE) et il répond à un important besoin exprimé par l?ensemble des
acteurs concernés par le changement climatique, de disposer aisément d?infor-
mations et d?aides pour étudier les impacts et décider de mesures d?adaptation
au changement climatique.
Plus récemment, l?application web ClimatHD propose une vision intégrée de l?évo-
lution du climat passé et futur, aux plans national et régional. ClimatHD synthé-
tise ainsi de manière plus simplifiée les derniers travaux des climatologues et
les mets à disposition de tous. Des messages clés et des graphiques sont éga-
lement disponibles pour que chacun puisse mieux appréhender le changement
climatique et ses impacts.
Drias les futurs du climat
Le portail Drias les futurs du climat 1 est le portail pour l?accès aux projections
climatiques de référence pour la France, et plus récemment aux données du jeu
Drias-2020. Il met ainsi librement à disposition un grand nombre d?informations
permettant de qualifier les vagues de chaleur et les événements de températures
extrêmes en climat futur.
Ce sont en particulier des indicateurs climatiques disponibles dans l?espace
Découverte (en mode visualisation interactive) et dans l?espace Données et pro-
duits (téléchargement de données numériques).
Les indicateurs climatiques (définition au standard ETCDDI 2) permettant de qua-
lifier ces événements de températures extrêmes sont les suivants :
? nombre de jours de vague de chaleur : nombre de jours avec une température
maximale supérieure (?) de plusde5oC à la température maximale quotidienne
de référence sur la période1976-2005 pendant une séquence de plusde5jours
consécutifs ;
1. www.drias-climat.fr
2. http://etccdi.pacificclimate.org/list_27_indices.shtml
http://etccdi.pacificclimate.org/list_27_indices.shtml
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
154
? nombre de jours de forte chaleur : nombre de jours avec une température maxi-
male supérieure (>) 35oC ;
? nombre de jours (nuits) anormalement chauds : nombre de jours (nuits)
avec une température maximale (minimale) quotidienne supérieure (?) de
plusde5oC à la température maximale (minimale) quotidienne de référence sur
la période1976-2005 ;
? nombre de nuits tropicales : nombre de jours avec une température minimale
quotidienne supérieure (>) à20oC.
Ces indicateurs sont déclinés à différentes fréquences temporelles :
? saisonnière en séries chronologiques ;
? annuelle en séries chronologiques ;
? mensuelle par horizon temporel de 30ans ;
? saisonnière par horizon temporel de 30ans ;
? annuelle par horizon temporel de 30ans.
Par ailleurs ils sont disponibles modèle par modèle (couple GCM/RCM), mais
aussi en quantiles de la distribution de l?ensemble multimodèle (ensemble Drias-
2020 de12couples GCM/RCM). Un diagnostic issu de ces données est notam-
ment disponible dans le rapport Drias-2020 (Soubeyroux etal, 2021).
Dans l?espace Découverte, seuls les indicateurs par horizon temporel sont
visualisables.
À noter que courant2023, un nouveau jeu d?indicateurs sur les vagues de chaleur
pourra être ajouté selon la définition événementielle telle que décrite dans l?en-
cadré1 de ce rapport.
Figure E 2 : Copie d?écran du site Drias les futurs du climat.
Source : Drias les futurs du climat 3.
3. www.drias-climat.fr
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
155
Dans l?espace Données et produits, toutes les fréquences temporelles sont
disponibles.
Figure E 3 : Copie d?écran du site Drias les futurs du climat.
Source : Drias les futurs du climat, https://www.drias-climat.fr
ClimatHD
L?application ClimatHD 4 propose une vision intégrée à l?échelle régionale de l?évo-
lution du climat passé (jusqu?à nos jours) et du climat futur.
Les territoires disponibles dans ClimatHD sont la Métropole, LaRéunion et les
Antilles. Des travaux sont en cours (projet CLIPSSA) pour l?élaboration de projec-
tions climatiques sur le Pacifique. Cela permettra à terme d?intégrer les territoires
de la Polynésie française et de la Nouvelle-Calédonie.
Concernant le diagnostic sur les vagues de chaleur, il faut se rendre dans la
rubrique « Phénomènes ».
En climat passé on y trouve aussi bien pour la Métropole que chaque région métro-
politaine (ancien découpage) et l?île de LaRéunion, une présentation des vagues
de chaleur passées sous forme de graphique « à bulles », avec l?axe des ordon-
nées pour l?intensité de la vague de chaleur et l?axe des ordonnées pour la durée
de la vague de chaleur.
Un curseur permet de modifier la fenêtre temporelle d?intérêt.
4. https://meteofrance.com/climathd
https://meteofrance.com/climathd
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
156
Figure E 4 : Copie d?écran de l?application web ClimatHD.
Source : Météo-France/ClimatHD 5.
Un commentaire accompagne chaque graphique, mettant en exergue les caracté-
ristiques de l?évolution des vagues de chaleur sur les dernières décennies et en
particulier le fait qu?elles sont de plus en plus nombreuses.
En climat futur on trouve également dans la rubrique « Phénomènes » un diagnos-
tic d?évolution des vagues de chaleur, mais à ce jour uniquement pour le terri-
toire de la Métropole.
Il s?agit d?un graphique « à bulles » du même type que celui présenté en climat
passé. Cependant il y a des possibilités supplémentaires de sélection interac-
tive pour mettre en évidence le comportement des vagues de chaleurs dans diffé-
rents contextes d?évolution du climat : scénario RCP2.6 ou 8.5, horizon temporel
proche (2021-2050) ou éloigné (2071-2100).
Un commentaire accompagne également le graphe pour préciser l?évolution de
ces vagues de chaleur dans le futur, aussi bien pour les aspects intensité, durée
que sévérité.
Perspectives
À ce jour il n?y a pas dans ClimatHD de diagnostic d?évolution des vagues de chaleur
en climat futur pour les territoires d?outre-mer. Des études complémentaires sont
nécessaires pour préciser les critères d?identification de ces phénomènes pour
5. https://meteofrance.com/climathd
https://meteofrance.com/climathd
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
157
ces territoires, aux climats tropicaux insulaires, connaissant une typologie des
événements de vague de chaleur très différente à celle de la Métropole.
Par ailleurs des travaux sont en cours pour enrichir le diagnostic sur les vagues
de chaleur dans ClimatHD. Ainsi il est prévu :
? d?ajouter plusieurs indicateurs, notamment le nombre annuel de jours en vague
de chaleur (qui sera décliné à l?échelle nationale et régionale), ainsi qu?un indica-
teur sur le calendrier annuel des occurrences (échelle nationale uniquement). Ce
dernier indicateur permet notamment de voir la façon dont la période potentielle
en vagues de chaleur s?étend au printemps et en automne ;
? la présentation sous forme de graphes à bulles sera déclinée à l?échelle régio-
nale, permettant ainsi un diagnostic plus fin à l?échelle régionale.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
158
Bat-ADAPT
Sakina Pen Point,
Observatoire de l?immobilier durable
Bat-ADAPT est un outil d?adaptation au changement climatique à destination des
acteurs de l?immobilier, qui a pour vocation de mettre à disposition une analyse
des risques climatiques et des préconisations pour adapter les bâtiments au
changement climatique.
Un outil d?adaptation au changement climatique
dans le secteur de l?immobilier
Les acteurs du secteur de l?immobilier sont particulièrement concernés par les
enjeux du changement climatique car ils ont la charge de la construction ou la
gestion de systèmes évoluant sur un temps long : les bâtiments ont une durée
de vie conventionnelle de50ans. Le changement climatique atteindra donc lour-
dement les constructions actuelles, et encore davantage celles qui ne sont qu?à
l?état de projet en2022.
Par ailleurs, le secteur est à la fois responsable d?une grande part des émissions
carbone de la France (23 % en2021 1), et a l?opportunité de mettre en place des
mesures d?adaptation peu carbonées, en prenant notamment exemple sur les
méthodes architecturales traditionnelles. Ces mesures sont d?autant plus essen-
tielles que la fonction première des constructions immobilières est d?abriter l?usa-
ger et les occupations du lieu, ce qui sous-tend un impératif de protection face
aux aléas extérieurs tels que ceux du changement climatique.
Dans ce contexte, les professionnels de l?immobilier ont exprimé le besoin de
monter en compétence sur la compréhension des risques climatiques, et de dis-
poser d?un outil permettant une analyse rapide et détaillée. C?est l?objectif auquel
l?outil Bat-ADAPT répond, s?inscrivant dans un cadre plus général de la résilience,
avec la plateforme Resilience for Real Estate (R4RE).
Exposition aux risques climatiques des bâtiments
Les aléas climatiques tels que les vagues de chaleur sont exacerbés par le chan-
gement climatique, lui-même dépendant des émissions de gaz à effet de serre. Il
est donc primordial de réduire ces émissions à l?échelle mondiale afin de limiter
le réchauffement. Notre capacité à opérer ces réductions est conditionnée par
1. Site du ministère de la Transition écologique,
https://www.ecologie.gouv.fr/construction-et-performance-environnementale-du-batiment
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
159
des choix pertinents en termes de modèles de société. Les scénarios climatiques
modélisés par le GIEC permettent d?envisager le climat selon des augmentations
de températures maintenues en deçà de seuils de température allant de+1,5oC
à +5oC. Les risques climatiques pour les aléas concernant les bâtiments varient
donc selon ces divers scénarios.
? Scénarios ambitieux (SSP1-2.6), intermédiaire (SSP2-4.5)
ou Business as Usual (SSP5-8.5)
L?outil Bat-ADAPT s?appuie sur les scénarios du GIEC et met à disposition les
données de risques climatiques pour les scénarios suivants :
? un scénario ambitieux, impliquant une politique climatique visant à diminuer les
émissions de CO2. Les risques du scénario ambitieux s?appuient sur les données
des scénarios du GIEC RCP2.6 ou SSP1-2.6 ;
? un scénario intermédiaire, impliquant une politique climatique visant à stabili-
ser les concentrations de CO2. Les risques du scénario intermédiaire s?appuient
sur les données des scénarios du GIEC RCP4.5 ou SSP2-4.5 ;
? un scénario Business-as-Usual, sans politique climatique. Les risques du scé-
nario intermédiaire s?appuient sur les données des scénarios du GIEC RCP8.5
ou SSP5-8.5.
Cartographies sur le périmètre de la France ou de l?Europe
Bat-ADAPT propose des périmètres géographiques et horizons temporels adaptés
aux besoins des acteurs de l?immobilier :
? les cartographies de risques à l?échelle européenne sont déclinées aux hori-
zons proche, moyen et long terme. La maille de la cartographie est de100km,
la précision est donc moyenne, mais cette cartographie assure une comparabi-
lité entre des bâtiments situés partout en Europe ;
? les cartographies de risques à l?échelle française sont déclinées aux hori-
zons2020, 2030, 2050, 2070 et 2090. La maille de la cartographie est de8km,
la précision est donc meilleure, cependant cette cartographie n?assure une com-
parabilité qu?entre des bâtiments situés en France.
Indicateurs pour l?évaluation de l?exposition aux chaleurs
Pour évaluer l?exposition au risque de chaleurs, il convient de considérer, à l?adresse
du bâtiment, des indicateurs traduisant la durée et fréquence des vagues de
chaleur, leur intensité, mais aussi les indicateurs traduisant une modification du
climat existant. Tous les indicateurs décrits ci-dessous s?appuient sur les modé-
lisations du GIEC.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
160
Scénario SSP5-8.5 (Business-as-Usual)
Horizon proche (2030)
Scénario SSP5-8.5 (Business-as-Usual)
Horizon lointain (2090)
Figure E 5 : Nombre de jours de vagues de chaleur/an.
Source : Données Drias les futurs du climat ; traitement : Bat-ADAPT.
Cet indicateur traduit des fréquences et/ou durées de périodes chaudes de plus
en plus importantes, et donc une dégradation du confort thermique. Toute la moitié
sud de l?Europe est très concernée par la variation de cet indicateur.
D?autres indicateurs sont mis à disposition de l?utilisateur, tels que : le change-
ment dans les températures maximales (oC), l?anomalie des maximums des tem-
pératures maximales (oC), le nombre de nuits anormalement chaudes, le nombre
de jours de vague de chaleur?
Cette évaluation de l?exposition des risques climatiques, à l?aide de plusieurs indi-
cateurs, est complétée par la prise en compte des phénomènes d?îlots de chaleur
urbain, sur42métropoles de France, et dont les données issues du projet MApUCE,
coordonné par le Centre national de recherche météorologique.
À chaque adresse, un indice de risque est déterminé à partir de ces indicateurs,
afin de permettre de comparer le niveau d?exposition au risque à une adresse par
rapport aux autres zones. Ces analyses sont notamment utilisées par les acteurs
de l?immobilier dans le cadre de processus d?acquisition.
Vulnérabilité des bâtiments face à l?aléa chaleurs
Afin de connaître le risque réel encouru, l?analyse d?exposition au risque est com-
plétée par une analyse de vulnérabilité du bâtiment, qui tient compte des caractéris-
tiques techniques et d?usage des bâtiments étudiés. L?outil Bat-ADAPT propose de
répondre à des questions relatives à ces caractéristiques et utilise ces informations
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
161
pour déterminer la vulnérabilité. Les questions concernent l?enveloppe du bâti-
ment (inertie thermique, isolation et types d?ouvertures), ses capacités de venti-
lation et rafraîchissement, ses espaces artificialisés et/ou verts et ses usages.
En croisant exposition au risque et vulnérabilité face à l?aléa chaleurs, une nota-
tion de1à5 est attribuée à chaque bâtiment, permettant ainsi, au sein d?un parc
immobilier, de prioriser les bâtiments à risque fort, et d?appliquer une stratégie
d?adaptation basée sur la réduction de la vulnérabilité des bâtiments.
Les actions d?adaptation au changement climatique
pour préserver le confort thermique
En fonction du profil de risque des bâtiments, les stratégies d?adaptation sont
variables. Des actions à prioriser seront proposées à l?occasion des prochaines
mises à jour de l?outil, parmi une liste non exhaustive présentée dans le Guide
des actions adaptatives au changement climatique de l?Observatoire de l?immo-
bilier durable. Parmi la liste de ces actions à mettre en place sur les bâtiments
exposés à de fortes chaleurs, sont citées les choix de revêtements clairs pour
les façades, toitures, et voiries, la végétalisation des mêmes surfaces, l?amé-
lioration de l?isolation, inertie, ventilation et rafraîchissement, la protection des
ouvertures, la prévention, communication et gestion des risques ainsi que la flexi-
bilisation des pratiques.
Au service des acteurs de l?immobilier
Les acteurs de l?immobilier ayant un parc à gérer peuvent, sous réserve d?adhé-
sion à l?association, accéder à un espace professionnel. Cet espace permet de
disposer d?une base de données comportant les informations d?identification, tech-
niques, et de risques climatiques pour tous les bâtiments importés. Une synthèse
de patrimoine permettra également d?évaluer l?état de risque climatique d?un patri-
moine immobilier dans son ensemble. Ces informations sont notamment essen-
tielles pour répondre aux exigences de la Taxinomie européenne.
Perspectives de Bat-ADAPT au sein de la plateforme
Resilience for Real Estate (R4RE)
Bat-ADAPT est disponible gratuitement sur la plateforme Resilience for Real Estate
(R4RE), qui a pour objectif de fournir aux acteurs de l?immobilier des informations
sur les divers volets de la résilience. Ceux-ci incluent le changement climatique,
mais également la biodiversité, avec un outil à paraître fin2022 : BIODI-Bat.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
162
Guides de l?ADEME
Élodie Briche,
Agence de la transition écologique (ADEME)
Introduction
Le changement climatique est de plus en plus central dans les transformations et
la gestion des territoires, en particulier des territoires urbains. La hausse globale
des températures et l?intensification des aléas climatiques extrêmes, tels que les
canicules (en intensité, durée et fréquence) auxquelles s?ajoute l?effet d?îlot de
chaleur urbain, rendent les villes, leurs infrastructures et leurs populations, parti-
culièrement vulnérables. Les villes, qui concentrent une population toujours plus
nombreuse, tentent de lutter contre la surchauffe urbaine afin de maintenir ou amé-
liorer les conditions de vie tout en réduisant leur empreinte écologique (ADEME,
2021a). Ces dernières années, plusieurs études nationales et internationales
ont été réalisées à l?ADEME concernant les solutions de rafraîchissement urbain.
Le rafraîchissement est un levier majeur pour les villes dans un contexte de
changement climatique et notamment d?intensification des canicules (ADEME,
2020). Les collectivités s?engagent de manière croissante, et ce partout dans le
monde, dans la mise en oeuvre de projets d?aménagement en lien avec la tran-
sition écologique des villes. La prise en compte de l?atténuation et de l?adapta-
tion au changement climatique dans les documents de planification et dans les
projets d?aménagement opérationnel reste néanmoins sommaire partout dans le
monde. Les collectivités s?interrogent sur ce phénomène de surchauffe urbaine et
mettent en oeuvre des solutions de rafraîchissement dont certaines contribuent à
l?adaptation au changement climatique. En effet, les retours d?expérience présen-
tés dans le recueil montrent que les solutions vertes mises en oeuvre sont des
solutions d?adaptation fondées sur la nature (SAfN). Les territoires s?adaptent aux
effets du changement climatique en limitant leurs vulnérabilités. L?aménagement
est un levier d?adaptation aux risques climatiques, tels que les inondations, qui
peuvent évoluer avec le climat futur. À titre d?exemple, l?aménagement des berges
d?un cours d?eau peut à la fois lutter contre le risque d?inondation et également
contribuer au rafraîchissement urbain actuel et futur. Certaines solutions sont
mises en place rapidement pour pallier l?urgence climatique et ne sont pas forcé-
ment réfléchies en termes de durabilité, en cohérence avec les temporalités cli-
matiques. Par exemple, le recours massif au végétal peut être dans certains cas
contradictoire avec l?augmentation des périodes de sécheresse et la raréfaction
de la ressource en eau.
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
163
Les types de solutions de rafraîchissement urbain
(ADEME, 2021b)
Selon l?Agence européenne de l?environnement (AEE), la grande variété de solu-
tions rafraîchissantes existantes peut être classée de la façon suivante (classi-
fication de2013) :
? les solutions vertes et bleues ;
? les solutions grises ;
? les solutions douces : elles désignent l?accompagnement des changements de
comportement, d?usages et de pratiques de l?humain en ville (non développées
ici). Ces solutions invitent à mener une réflexion sur leur utilisation optimale à
travers le monde en fonction notamment des diversités climatiques. Leur effica-
cité dépend en effet grandement des contextes climatiques, géographiques et
topographiques dans lesquels elles sont implantées. Certains dispositifs rafraî-
chissants reconnus comme efficaces dans les zones tempérées ne sont ainsi
pas adaptés dans des territoires au climat plus chaud et aride (ADEME, 2021a).
? La végétalisation
La végétalisation est une solution de rafraîchissement régulièrement utilisée dans
les projets d?aménagement urbain. Elle fonctionne grâce à l?action conjointe de
deux phénomènes : l?évapotranspiration et l?ombrage.
Figure E 6 : Mécanismes phy-
siques en jeu : évapotranspi-
ration, ombrage, absorption du
rayonnement solaire.
Source : ©TRIBU/ADEME.
L?évapotranspiration désigne un phénomène physique de changement d?état de l?eau
liquide présente dans les végétaux, qui s?évapore au contact de l?air en passant
par les feuilles et le sol. Ce phénomène de changement d?état entraîne la diminu-
tion de la température ambiante. Un arbre mature peut transpirer jusqu?à450litres
par jour (Johnston et Newton, 2004). L?ombrage offert par les végétaux permet
quant à lui de créer des espaces de fraîcheur pour les urbains, puisque la canopée
capte entre60 et 98 % de l?énergie solaire (Giguère, 2009). Couplé au rafraî-
chissement créé par l?évapotranspiration, il a un effet bénéfique sur le confort
thermique et sur la diminution de la température ambiante. La combinaison de
différentes strates de végétation maximise le potentiel rafraîchissant et diversifie
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
164
les cobénéfices pour la biodiversité. On peut par exemple considérer la combi-
naison de trois strates végétales : herbacée, arbustive et arborée, qui agiront en
synergie pour le rafraîchissement.
Points forts et points de vigilance
La végétalisation des espaces urbains est une solution très intéressante puisque,
outre sa qualité d?agrément des villes, elle permet de nombreux cobénéfices. On
retrouve parmi eux l?augmentation du bien-être des urbains (Reeves-Latour, 2017)
et des effets bénéfiques sur leur santé (Beaudoin et Levasseur, 2017), la sauve-
garde de la biodiversité (Clergeau, 2018), la séquestration du carbone et la limi-
tation de la pollution avec la filtration de prèsde85 % des particules polluantes
dans l?atmosphère (Johnston et Newton, 2004). Tous ces cobénéfices confèrent
à la végétalisation une place importante dans les opérations d?aménagement. Il
faut cependant conserver une vigilance quant à l?opportunité de son application
dans les différents contextes climatiques. Le type de climat, actuel comme futur,
a un impact important sur la capacité des végétaux à se développer et à résis-
ter. De plus, les plantes les plus résistantes aux épisodes de sécheresse sont
les moins efficaces dans la lutte contre la surchauffe urbaine, puisqu?elles trans-
pirent peu. C?est par exemple le cas des plantes grasses, particulièrement résis-
tantes aux climats chauds et arides puisqu?elles stockent l?eau et transpirent très
peu. Il s?agit alors de bien déterminer les essences plantées afin de garantir leur
survie et leur bon développement pour les années à venir. L?état des sols enfin,
est un paramètre déterminant du succès d?une opération de végétalisation, car
il ne permet pas toujours aux végétaux d?absorber les nutriments nécessaires à
leur croissance (ADEME, 2021a).
? Les solutions bleues
La gestion de l?eau en ville, ou hydrologie urbaine, constitue un ensemble de solu-
tions au fort potentiel rafraîchissant. Le cycle naturel de l?eau est perturbé par
les activités anthropiques, et notamment par l?urbanisation et l?imperméabilisa-
tion des sols. Il s?agit alors de réintroduire ce cycle dans nos espaces urbains,
pour permettre le phénomène d?évaporation responsable de l?effet rafraîchissant.
Figure E 7 : Mécanismes
physiques en jeu : évapo-
ration, vents, absorption
du rayonnement solaire.
Source : © Tribu/ADEME.
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
165
Au contact des rayonnements solaires, l?eau liquide présente dans les cours d?eau,
les plans d?eau, les fontaines et les sols s?évapore. L?énergie consommée durant
ce changement d?état fait baisser la température ambiante (Volker etal., 2013).
L?effet rafraîchissant est ressenti aux abords des espaces aquatiques, c?est pour-
quoi il est intéressant d?aménager ou de réhabiliter leurs rives afin de permettre
aux urbains de fréquenter ces espaces frais (ASTEE, 2020). Le rafraîchissement
permis par la (ré) introduction de l?eau dans la ville est parfois un objectif secondaire
des opérations urbaines. Les aménagements de gestion du risque inondation par
exemple, sont susceptibles d?avoir pour cobénéfice un effet sur le rafraîchissement.
Points forts et points de vigilance
Comme la végétalisation, la présence d?eau en ville est vectrice de nombreux cobé-
néfices liés à la qualité des espaces. De plus, les solutions bleues se conjuguent
aux solutions vertes et grises de manière intéressante : la présence d?eau encourage
l?évapotranspiration des végétaux, l?arrosage des surfaces de voirie est une méthode
japonaise ancestrale de rafraîchissement (Solcerova etal., 2018), et le potentiel rafraî-
chissant de la ventilation naturelle est maximisé par la présence de masses d?eau.
L?utilisation de solutions bleues pour rafraîchir la ville est cependant grandement
conditionnée au contexte hydro-climatique de chaque territoire. Si le potentiel rafraî-
chissant de l?eau est élevé dans les villes au climat sec, son utilisation est coûteuse
en ressources. Le recours à un apport d?eau extérieur doit être limité, et la valorisa-
tion de l?existant encouragée. La présence naturelle de cours d?eau et la proximité du
littoral sont également des facteurs déterminants. Enfin, il est important de noter les
risques sanitaires liés à la présence d?étendues d?eau stagnante qui peuvent être vec-
trices de maladies et d?espèces nuisibles, comme le moustique tigre (GRAIE, 2013).
? Les solutions grises
Les solutions grises pour le rafraîchissement urbain regroupent l?action sur les
matériaux utilisés dans la construction de la voirie et des bâtiments, ainsi que
les questions de typomorphologie (l?analyse des formes urbaines, de la trame
viaire 1, des volumes et de l?implantation du bâti? (ADEUS, 2014)). Les maté-
riaux utilisés dans les villes sont en grande partie responsables du phénomène
d?ICU. Dans nombre de villes modernes, les revêtements des routes sont noirs et
asphaltés, et les toitures couvertes de matériaux sombres (Gilbert etal., 2017).
Le comportement des matériaux dépend de leurs propriétés thermiques et de leur
couleur. En cas de forte émissivité, ils peuvent contribuer à augmenter significa-
tivement les températures ambiantes, notamment la nuit (Akbari etal., 2009).
Dans un objectif de rafraîchissement, il s?agit alors d?étudier les propriétés des
matériaux face au soleil. L?albédo est un premier indicateur incontournable. Il cor-
respond à la part d?énergie solaire réfléchie vers l?espace quand elle atteint une
surface. Plus il est élevé, plus la surface est réfléchissante, moins elle absorbe
de rayonnement solaire et moins elle émet de chaleur.
1. Le réseau viaire est le réseau formé par toutes les voies de circulation qui desservent une ville, des auto-
routes urbaines aux venelles, rues privées, impasses, en passant par tous les types de rues.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
166
Figure E 8 : Le revêtement
« cool » (1, à gauche) renvoie
le rayonnement solaire (albédo
élevé) et l?asphalte (2, à droite)
absorbe le rayonnement solaire
(albédo faible).
Source : © Tribu/ADEME.
L?organisation de l?espace urbain bâti et nonbâti et l?étude de la typomorphologie
ont un impact sur la température des villes. La densité des volumes bâtis et leur
distribution sur la trame viaire peuvent bloquer la circulation de l?air, entraînant
des effets canyon et la surchauffe des rues. En adoptant une réflexion multisca-
laire afin d?imbriquer les échelles de l?aménagement du territoire, de la ville, du
quartier et de chaque îlot, il est possible d?agir pour le rafraîchissement de la ville
(Akbari, 1999). Il s?agit alors d?étudier l?orientation de la trame viaire pour favoriser
la ventilation naturelle de la ville, et protéger les rues d?un trop fort ensoleillement.
Points de vigilance
Agir sur la typomorphologie des villes et sur les matériaux utilisés pour leur
construction peut s?avérer délicat. Dans les pays grandement urbanisés, la ville
de demain est déjà construite en grande partie, et il est difficile d?agir dessus. Il
est en revanche possible d?agir sur les revêtements pour améliorer les propriétés
thermiques des matériaux. Il est possible d?installer des solutions grises pour le
rafraîchissement dans tous les types de climat, même si leur efficacité varie légè-
rement en fonction du contexte. La ventilation facilitée par les formes urbaines
par exemple est grandement conditionnée par l?existence de brises naturelles, la
présence de masses végétales et de plans d?eau. Les revêtements frais, à albédo
élevé, sont quant à eux, efficaces dans les villes au climat chaud et à fort enso-
leillement. Enfin, l?aménagement qui modifie les typomorphologies et les maté-
riaux des villes n?est pas anodin pour leur apparence. Le changement de couleur
des surfaces notamment peut avoir un impact esthétique important, ainsi que
sur le confort visuel des urbains. Les surfaces nonhorizontales peuvent réfléchir
les rayonnements solaires sur d?autres surfaces de la ville, et ainsi uniquement
déplacer le problème. La question des usages des espaces traités par les revête-
ments frais notamment est primordiale. Les grands parkings urbains qui ne sont
pas utilisés en continu, comme les parkings de zones commerciales, stades ou
centres des congrès sont des candidats idéaux (Chester etal., 2015). Comme le
revêtement blanc des espaces publics qui peut prendre plusieurs formes, l?uti-
lisation de la typomorphologie à des fins rafraîchissantes passe également par
plusieurs canaux :
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
167
? l?action sur les trames aérauliques 2 et sur l?emprise au sol pour favoriser la
circulation de l?air à l?échelle de l?îlot (fiches LaPossession, Zenata, Bruxelles,
Bouéni, ADEME, 2021b) ;
? l?action sur l?orientation de la trame viaire pour protéger de l?ensoleillement
(fiches Dakar, Tétouan, LaPossession, Zenata, ADEME, 2021b) ; Les toitures
blanches, à albédo élevé ou « cool roofs » (fiches Ahmedabad, Penrith, ADEME,
2021b) ;
? les revêtements à l?albédo élevé sur les voiries ou « cool pavements » (fiche
LosAngeles, ADEME, 2021b).
L?utilisation de matériaux à forte inertie thermique dans les bâtiments (fiches
Dakar, Tétouan, ADEME, 2021b) fréquentés par des piéton(ne) s peut induire des
effets pervers. Outre l?éblouissement mentionné plus tôt, il peut diminuer le confort
thermique en augmentant la température corporelle des passants. Ces derniers
absorbent en effet les rayonnements réfléchis par le sol (Middel et Turner, 2020).
Applications et phénomènes en jeu
suivant les solutions possibles
La grille de lecture (figureE9) présente de façon simplifiée si les solutions pro-
posées sont applicables à l?échelle de la ville, de l?espace public ou du bâtiment.
La figureE9 présente également quels phénomènes entrent en jeu lors de l?uti-
lisation de telles ou telles solutions.
Par exemple, la mise en oeuvre d?une toiture ou d?une façade végétalisée est pos-
sible à l?échelle du bâtiment. La toiture végétalisée va chercher à améliorer l?iner-
tie thermique, l?ombrage et l?évaporation alors que la façade végétalisée ne va
agir que sur l?ombrage et l?évaporation.
2. Par analogie avec la trame d?une étoffe, la trame aéraulique désigne le réseau et le maillage d?écoule-
ments d?air identifiables dans une ville. L?étude de la trame aéraulique permet de comprendre les écoule-
ments d?air dans la ville et ainsi les potentiels rafraîchissants de la ventilation naturelle.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
168
Figure E 9 : Applications et phénomènes en jeu suivant les solutions possibles.
Source : © Tribu/ADEME.
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
169
Efficacité des solutions de rafraîchissement urbain
La grille de lecture (figureE10) décrit l?effet de rafraîchissement de chaque solu-
tion. Elle résulte d?une analyse croisée de l?ensemble des résultats des études
et des publications.
Figure E 10 : Efficacité, à l?échelle de la ville et à l?échelle du piéton, des solutions
proposées.
Source : © Tribu/ADEME.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
170
Conclusion
Du fait des vagues de chaleur de plus en plus nombreuses, les collectivités et
les acteurs opérationnels (maîtres d?ouvrage, maîtres d?oeuvre?) s?engagent de
plus en plus vers des actions de rafraîchissement urbain.
Par ailleurs, il n?existe pas de solution ou de combinaisons de solutions de rafraî-
chissement systématiquement applicables à l?ensemble des situations. Les résul-
tats espérés de chaque solution sur le climat urbain diffèrent selon le contexte
urbain dans lequel ils s?insèrent. Aussi, une analyse fine du contexte, des enjeux
et des impacts attendus de chaque projet reste indispensable pour choisir les
solutions de rafraîchissement les mieux adaptées.
Enfin, la prise en compte des cobénéfices et des effets indirects de chaque solu-
tion, en plus de son impact climatique, permet d?assurer un meilleur bilan global
en faveur de la transition écologique.
Si de nombreux travaux de recherche ont été menés ces dernières années, il reste
encore difficile de quantifier l?efficacité de ces solutions. Il convient donc encore
de multiplier les expérimentations et les démarches d?évaluation, et de capitali-
ser des données chiffrées qui permettront de consolider les connaissances pour
les villes et les climats français.
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
171
Adapter la France au changement climatique :
decombien parle-t-on ?
Guillaume Dolques et Vivian Dépoues,
Institut de l?économie pour le climat (I4CE)
Introduction
Des politiques d?adaptation au changement climatique et de prévention et de
gestion des risques existent déjà en France et de premières mesures ont déjà
été prises pour répondre aux impacts du changement climatique dans plusieurs
secteurs. Parmi les plus récentes, il est possible de citer non exhaustivement les
Assises de l?eau, les Assises de la forêt, l?annonce d?un fond de renaturation des
villes, la réforme de l?assurance agricole? Ces dynamiques s?inscrivent notam-
ment dans le cadre des plans nationaux d?adaptation au changement climatique
(PNACC1 et 2) et peuvent s?appuyer sur un solide socle de connaissances et de
méthodologies développé depuis plus de vingt ans notamment sous l?impulsion du
fonds de recherche GICC (Gestion et impacts du changement climatique) démarré
en1999 et rendu depuis accessible grâce au Centre national de ressources pour
l?adaptation au changement climatique (CRACC).
Cependant, mettre pleinement en oeuvre ces politiques et aller au-delà d?actions
réactives et incrémentales nécessite de mobiliser des moyens, financiers et humains,
à la hauteur des enjeux. L?Institut de l?économie pour le climat (I4CE), association
experte de l?économie et de la finance dont la mission est de faire avancer l?ac-
tion contre les changements climatiques, a dressé en2022 un premier état des
lieux consolidés de ces besoins (I4CE, 2022). Parmi les onze grands « chantiers
de l?adaptation » sur lesquels revient ce rapport, plusieurs visent directement à
mieux anticiper les futures vagues de chaleur. Il s?agit notamment de l?adaptation
des bâtiments à des vagues de chaleur plus longues, du renforcement de la robus-
tesse des infrastructures de transport ou d?énergie pour en assurer la résilience
dans un contexte de plus grande variabilité climatique, ou encore de la transfor-
mation des espaces urbains pour diminuer l?effet d?îlot de chaleur.
Ce chapitre revient sur les montants associés aux principales mesures en lien
avec les vagues de chaleur à mettre en place dès maintenant pour mieux se pré-
parer et sur les éléments de chiffrages disponibles permettant de mieux organi-
ser les discussions sur les choix collectifs qui restent à faire sur les trajectoires
d?adaptation à suivre.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
172
Figure E 11 : Se donner les moyens de s?adapter aux conséquences du changement climatique
en France : de combien parle-t-on ?
Source : I4CE.
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
173
Des premières mesures à mettre en oeuvre dès aujourd?hui
Tous chantiers d?adaptation confondus (relatifs aux principaux domaines d?actions
affectés par différents impacts du changement climatique dont, mais pas seu-
lement, les vagues de chaleur), I4CE propose un ensemble de dix-huit mesures
budgétaires nationales qui pourraient être prises dès à présent pour un montant
cumulé additionnel de 2,3Md¤/an.
Ces mesures ont vocation à répondre à trois objectifs :
Répondre aux urgences déjà constatées, en proposant des actions ciblées, par
exemple pour traiter les points critiques de vulnérabilité sur les transports de
réseaux lors des périodes de fortes chaleurs, ou renforcer la prise en compte
des vagues de chaleur dans la construction neuve et la rénovation des bâtiments.
S?assurer que les décisions d?investissements publics prises à partir de maintenant
tiennent bien compte du contexte d?évolution du climat. Notamment parce que
ces investissements concernent souvent des actifs à longue durée de vie et que ne
pas prendre en compte le changement climatique c?est prendre le risque de péren-
niser ou de renforcer des vulnérabilités, voire devoir réinvestir plus tôt que prévu.
Préparer des transformations plus structurelles, car dans certaines situations,
les effets du changement climatique obligeront à aller au-delà de simples ajuste-
ments ou adaptations incrémentales. Des transformations plus profondes devront
alors être envisagées.
En ce qui concerne la préparation aux vagues de chaleur, ces mesures immédiates
et sans regret correspondent à deux principaux types de dépensesessentielles :
? Financer l?animation, l?ingénierie et le pilotage des politiques d?adaptation
Les précédents travaux d?I4CE (I4CE, 2021 ; I4CE et Ramboll, 2022) ont démontré
que c?est souvent la difficulté à dédier les moyens humains nécessaires qui est blo-
quante pour prendre en compte l?adaptation de manière systématique. Ces besoins
représentent des montants relativement faibles, pourtant ils sont paradoxalement
très insuffisamment engagés aujourd?hui. Il s?agit alors de rapidement améliorer l?ani-
mation et le pilotage de la politique d?adaptation en France, avec des besoins à la
fois de gouvernance transverse mais aussi des besoins spécifiques à chaque chan-
tier et politique publique pour que la question de l?adaptation ne soit plus oubliée.
En matière de gouvernance transverse, des moyens sont nécessaires à tous
les niveaux de l?action publique car ils ont tous un rôle à jouer. Au niveau natio-
nal, avec le renforcement des équipes dédiées à la politique de l?État et de ses
relais dans les administrations déconcentrées mais aussi via l?appui des opéra-
teurs techniques, tels que l?ADEME, Météo-France, Santé publique France, l?OFB,
le CEREMA, etc. Au sein des collectivités, car l?élaboration d?une stratégie, puis
sa mise en oeuvre requièrent des moyens humains importants, notamment parce
que c?est un sujet très transversal qui concerne de multiples services (ex. ; eau,
urbanisme, espaces verts, affaires sociales?), ce qui demande de la coordina-
tion et la mobilisation des différentes directions métiers.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
174
Des besoins plus spécifiques sont également nécessaires pour accompagner cer-
taines évolutions de pratique vers une meilleure intégration de l?adaptation dans
des domaines d?activité variés. Il s?agit par exemple de donner aux gestionnaires
d?infrastructure des moyens de connaître leurs vulnérabilités et de piloter l?adap-
tation, de renforcer les réseaux d?animation préexistants sur la thématique de
l?adaptation des bâtiments aux vagues de chaleur, ou encore d?équiper les pro-
grammes de renouvellement urbain existant de moyens d?ingénierie leur permet-
tant d?intégrer l?adaptation à la conception des opérations qu?ils soutiennent.
Tableau E1 : exemples de mesures concernant les besoins d?ingénierie,
de capacité d?animation et des moyens humains.
Piloter et animer les politiques d?adaptation aux niveaux national, régional et local
Proposition Budget associé
(en M¤/an)
Acteurs concernés identifiés
à ce stade
Se doter de réelles capacités d?animation et de
pilotage de la politique d?adaptation aux niveaux
national, régional et local.
113 État et ses opérateurs (ONERC,
ADEME, DREAL?), régions et
acteurs régionaux, EPCI
Créer un dispositif de mutualisation des moyens
pour le développement et l?animation des
services climatiques
10 État, Météo-France et acteurs de
la recherche
Anticiper et prévenir les effets du changement climatique sur la santé
Financer un programme national de santé
publique pour anticiper et prévenir les risques
climatiques (recherche, campagnes de
prévention, renforcement de la veille sanitaire)
2,5 État, Santé publique France,
professionnels de santé, ARS
Repenser les villes pour lutter contre l?effet d?îlot de chaleur urbain
Équiper les programmes de renouvellement
urbain existant de moyens d?ingénierie leur
permettant d?intégrer l?adaptation à la conception
des opérations qu?ils soutiennent
18 ANCT, ANRU, Banque des
territoires
Tenir compte du climat futur lors de la construction et la rénovation des bâtiments
Renforcer les moyens d?animation, de
sensibilisation et de recherche appliquée en
matière d?adaptation des bâtiments notamment
aux vagues de chaleurs
31 État, ADEME, Plan et Réseau
bâtiment durable
Garantir la résilience des réseaux et infrastructures d?importance vitale: transport, eau, énergie
Doter les gestionnaires d?infrastructures et leurs
autorités régulatrices des moyens de connaître
leurs vulnérabilités et de piloter l?adaptation,
notamment au sein de la gestion patrimoniale
des réseaux
15 État, régions et gestionnaires
d?infrastructures
Mettre en place et animer une instance de
coordination des gestionnaires d?infrastructures
1,7 État, régions et gestionnaires
d?infrastructures
Source : I4CE (2022).
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
175
? Mettre à disposition des premières enveloppes dédiées
à généraliser les meilleures pratiques d?adaptation
Sur certains territoires et sur certains enjeux, il existe des stratégies d?adaptation
déjà avancées et des bonnes pratiques en place. La diffusion de ces initiatives
doit pouvoir être accompagnée et financée par la mise en oeuvre d?enveloppes
ou de fonds dédiés.
Il s?agit par exemple d?accompagner les collectivités à la mise en oeuvre d?ac-
tions visant à réduire l?effet d?îlot de chaleur urbain (ICU) et à garantir des villes
plus vivables pendant les périodes de forte chaleur via leur politique de végétali-
sation ou d?aménagement d?espaces de fraîcheur ; d?interventions pour renforcer
la présence de l?eau en ville (fontaines, noues, brumisateurs?)ou de désimper-
méabilisation des surfaces.
Il s?agit également, de renforcer la prise en compte de l?évolution du climat ?et
notamment des températures? dans la construction et la rénovation des bâtiments
pour les rendre mieux exploitables et vivables lors des périodes de forte chaleur,
en soutenant l?intégration de ces exigences dans les cahiers des charges de la
commande publique ?au titre de l?exemplarité de cette dépense? avant d?être,
à terme, généralisées dans la réglementation.
Il s?agit enfin de financer certaines opérations ciblées, telles que les opérations
permettant de rattraper les retards d?investissement et de résorber les princi-
paux « points chauds » de vulnérabilité des infrastructures de transport déjà bien
connus des gestionnaires.
Tableau E2 : Exemples de mesures concernant les premières enveloppes dédiées
àdiffuser les pratiques d?adaptation de la France aux vagues de chaleur.
Repenser les villes pour lutter contre l?effet d?îlot de chaleur urbain
Proposition Budget associé
(en M¤/an)
Acteurs concernés identifiés
à ce stade
Pérenniser une enveloppe annuelle de soutien à
l?extension des bonnes pratiques d?adaptation
en ville
500 État, Banque des territoires,
EPCI
Tenir compte du climat futur lors de la construction et la rénovation des bâtiments
Prendre en charge le surcoût pour renforcer
les exigences en matière de constructions
durables et adaptées aux chaleurs futures dans
la construction des bâtiments d?enseignement
et de recherche.
500 État, collectivités
Garantir la résilience des réseaux et infrastructures d?importance vitale: transport, eau, énergie
Prévoir une première enveloppe pour financer des
actions ciblées pour traiter les points critiques
de vulnérabilité sur les réseaux de transport
325
État, régions et
gestionnaires
d?infrastructures
Source : I4CE (2022).
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
176
Des besoins totaux qui dépendent de choix encore à faire
L?adaptation ne pourra pas se limiter aux mesures listées dans la section précé-
dente, et des mesures complémentaires, éventuellement plus ambitieuses, voire
des transformations plus radicales devront aussi être considérées. Parce qu?elles
ont possiblement un impact budgétaire plus fort, mais aussi parce qu?elles peuvent
être le reflet de différentes attitudes possibles à adopter face à l?évolution du
risque climatique, ces actions-là doivent d?abord faire l?objet de priorisation et
d?arbitrages politiques. Il s?agit donc d?ouvrir la discussion démocratique sur des
sujets aussi fondamentaux que le niveau de risque que l?on est collectivement
prêt à accepter lorsqu?un nouvel aménagement est décidé ; sur les activités ou les
territoires que l?on souhaite protéger et ceux que l?on accepte de voir se transfor-
mer ou encore sur le niveau de solidarité entre territoires plus ou moins exposés.
? Quel niveau de robustesse rechercher ?
Le cas des infrastructures
Objectiver et intégrer explicitement la préoccupation d?adaptation au sein de la
conception d?actifs à longue durée de vie (infrastructures, bâtiments, équipe-
ments, etc.) doit aminima permettre de garantir que les investissements publics
déjà décidés n?augmentent pas la vulnérabilité et de gérer le risque.
Différentes options peuvent néanmoins se proposer pour faire encore mieux en
faisant de ces investissements des opportunités pour renforcer proactivement
la robustesse des infrastructures (de transport par exemple). Cela passe alors
par des choix de conception (ex. : emplacement, tracé) ou des choix techniques
(ex. : matériaux, technologie) efficaces dans une plus large gamme de conditions
climatiques et par exemple capables de résister à des températures plus élevées.
Ces choix peuvent présenter des surcoûts à mettre en perspective au cas par cas
des enjeux (par exemple, des pertes d?exploitation qu?ils permettraient d?éviter, ou,
dans le cas d?investissements publics, de dommages socio-économiques qu?ils per-
mettraient de minimiser) et du niveau de risque jugé acceptable ?qui peut être très
différent d?un contexte à l?autre et faire l?objet de débats. S?il est par exemple rai-
sonnable de faire en sorte qu?un nouvel EPR soit résilient (c?est-à-dire qu?il puisse
résister et redémarrer) à toutes les éventualités, même les moins probables et peu
importe le surcoût associé, il peut être envisageable d?accepter qu?un axe de trans-
port puisse être occasionnellement coupé si une alternative existe.
Tableau E 3 : Questions à se poser et arbitrages à faire selon le type de chantier (extrait).
Chantier Questions à se poser ? arbitrages à faire
Infrastructures, réseaux de
transport et réseaux électriques
Quel niveau d?investissement pour quel niveau de
robustesse ? Quel niveau de service minimum garanti, y
compris dans des situations extrêmes ? Quelle (s) situation
(s) de service dégradé peuvent être acceptables dans certains
contextes ? À quelles conditions ?
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
177
? Quelle(s) trajectoire(s) envisager ?
Dans certains cas, il ne sera à terme pas possible de se contenter d?ajustements
à la marge et des transformations plus profondes devront être considérées. Dans
de nombreux domaines, l?adaptation doit encore être mise en discussion pour que
l?on s?accorde sur la forme des trajectoires d?adaptation à privilégier et le rythme
de mise en oeuvre des changements. Ces choix dépendront autant du niveau de
changement climatique anticipé que de l?attitude que l?on choisira collectivement
de privilégier face au risque : que choisit-on de conserver, quelles filières, quels
territoires préfère-t-on transformer ? Chacune de ces questions est très politique
et souvent, plusieurs alternatives sont possibles.
Le cas de la transformation urbaine
Il n?existe pas de définition univoque de ce que serait une ville adaptée au chan-
gement climatique. Pour lutter contre la chaleur, il existe une multitude de trajec-
toires envisageables. Il est par exemple possible d?investir massivement dans des
solutions fondées sur la nature (végétalisation, cours d?eau) ou à l?inverse soute-
nir le déploiement des technologies de climatisation, chacune de ces trajectoires
ayant des implications très différentes. Dans tous les cas, les espaces urbains
devront connaître des transformations profondes pour rester vivables avec l?évo-
lution prévue des températures, impliquant possiblement des reconfigurations
complètes d?espaces urbains. Certains équipements essentiels (par exemple de
transport urbain) pourraient avoir à être modifiés en profondeur pour rester utili-
sables dans un contexte de changement climatique. Ces transformations pourraient
représenter des investissements très élevés ?notamment lorsque la question de
la prise en charge du coût du foncier se posera.
Tableau E 4 : Questions à se poser et arbitrages à faire selon les transformations
àaccompagner (extrait).
Transformations à accompagner Questions à se poser ? arbitrages à faire
Transformations des espaces urbains pour
garantir l?habitabilité et l?attractivité des
villes
Quelles sont les vulnérabilités précises de chaque
territoire ? Quel niveau de risque accepter ? Des zones
à repenser entièrement ? Des activités à relocaliser ?
Conclusion
La définition de l?ambition mais aussi de la forme de telles transformations ne
pourra qu?être le résultat de discussions et d?arbitrages politiques en fonction
de multiples objectifs (ex. : accès au logement, transition énergétique, attracti-
vité économique), parmi lesquels l?adaptation au changement climatique ne doit
pas être oubliée.
Chapitre F
Exemples de solutions
d?adaptation
aux vagues de chaleur
© Frédéric Schafferer/ONERC.
Des exemples de solutions sont présentés dans ce chapitre. Sans être
exhaustifs, ils couvrent des domaines divers allant des revêtements clairs
de bâtiments jusqu?à des réflexions au niveau des villes : sur un quartier
en banlieue de Grenoble (Échirolles, 38) et d?un arrondissement de Paris
(le13e). Les stratégies d?adaptation du secteur des transports sont égale-
ment décrites dans le dernier article.
D?autres exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur sont
accessibles en consultant le Centre de Ressources pour l?Adaptation au
Changement Climatique présenté dans le chapitre précédent.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
181
Les revêtements clairs
Élodie Briche,
Agence de la transition écologique (ADEME)
Les revêtements à albédo élevé tels que les toits blancs se caractérisent par le
fait qu?ils réfléchissent fortement la lumière du soleil.
Ces revêtements sont souvent de couleur claire, pas systématiquement blancs.
Ce sont des revêtements innovants dits « cool » avec un albédo 1 supérieur à0,7,
tels que des peintures réfléchissantes et thermochromiques (ADEME, 2021).
Dans un souci d?empreinte écologique, la composition de ces peintures doit être
évaluée en amont d?un déploiement sur les toitures.
Cette solution de rafraîchissement urbain, relativement facile à mettre en oeuvre,
peut être combinée à d?autres solutions telles que les solutions vertes, bleues et
douces, et même à d?autres solutions grises davantage centrées sur les formes
urbaines. Elle peut s?avérer intéressante sur des zones industrielles lorsque les
toitures sont en zinc ou à l?échelle des bâtiments d?entreprises avec des toitures
foncées car elle permet une baisse de la température de surface de la toiture mais
également un rafraîchissement de la température à l?intérieur des bâtiments, per-
mettant de limiter les dépenses énergétiques en climatisation. La mise en place
de cette solution grise de rafraîchissement doit être pensée également en fonc-
tion du contexte climatique : par exemple, dans des types de climats plus frais,
différent du climat méditerranéen, un toit blanc peut entraîner une perte de chaleur
compensée par des dépenses énergétiques en chauffage à l?automne. Cette solu-
tion peut être intéressante pour des bâtiments dont le besoin en climatisation est
supérieur au besoin en chauffage, étant donné que les gains énergétiques sont
relatifs à la saison d?été seulement.
L?entretien d?un toit blanc, d?un pavé blanc doit être également régulier et bien
pensé dans le coût global de cette solution : en effet, l?effet réfléchissant peut
rapidement diminuer si la peinture est sale, poussiéreuse, etc. Pour le sol, il est
davantage préconisé des mosaïques de pavés drainants de différentes couleurs
claires pour faciliter l?entretien des rues, etc.
1. Fraction de la lumière que réfléchit ou diffuse un corps non lumineux. Un corps noir possède un albédo
nul. L?albédo de la Terre est de0,3.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
182
Plus fraîche ma ville
Élodie Briche,
Agence de la transition écologique (ADEME)
Le rapport du deuxième groupe du GIEC (2022) concernant l?adaptation au chan-
gement climatique confirme des craintes déjà établies : lescanicules estivales
seront plus fréquentes, longues et intenseset vont être le risque majeur en ville
pour les décennies futures. Ces canicules présentent des enjeux à court terme en
ville : sociosanitaires, notamment en termes de confort d?été/supportabilité, éco-
nomiques, environnementaux ; mais aussi à long terme, avec des défis immenses
à l?horizon 2050en termes d?atténuation et/ou adaptation au changement clima-
tique, sachant qu?il faudra composer avec une ville de demain déjà construite en
grande partie. Ces canicules intensifient le phénomène d?îlot de chaleur urbain
(ICU, chapitreB) (considéré comme la différence de température entre le centre-
ville et la campagne environnante) mais aussi la surchauffe urbaine (incluant les
températures de surfaces très élevées de certains matériaux mais aussi l?incon-
fort thermique pour les individus).
Or, l?investigation menée durant l?été2022 par l?ADEME et l?incubateur de ser-
vices publics numériques beta.gouv 1 confirme que les décisions politiques prises
dans les collectivités en termes de lutte contre le phénomène d?îlot de chaleur
urbain sont aujourd?hui peu éclairées notamment en ce qui concerne les mesures
de rafraîchissement urbain, avec des actifs échoués : végétalisation desséchée,
coûts d?entretiens élevés, solutions inadaptées au climat local, mal-adaptation,
un manque de solutions (baignade dans les fontaines publiques car absence
d?îlot de fraîcheur), une surconsommation de climatisation incompatible avec la
transition écologique.
? La start-up d?État « Plus fraîche ma ville » portée par l?ADEME au sein de son
incubateur« L?Accélérateur de la transition écologique » et soutenue par l?Asso-
ciation des maires de France a donc pour objectif d?accompagner les collectivités
dans leurs choix de solutions pérennes et durables de rafraîchissement urbain.
1. https://beta.gouv.fr/startups/rafraichir.les.villes.html
https://plusfraichemaville.fr/
https://presse.ademe.fr/2023/01/canicules-ilot-de-chaleur-urbain-lancement-de-la-start-up-detat-plus-
fraiche-ma-ville-pour-eclairer-les-decideurs.html
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
183
Figure F 1 : Copie d?écran du site plusfraichemaville.fr.
Source : https://plusfraichemaville.fr/
Un produit numérique est en cours de coconstruction avec les collectivités et sera
disponible dès le printemps2023 afin d?aider à la décision concernant les solu-
tions de rafraîchissement urbain.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
184
L?architecture bioclimatique
et les constructions traditionnelles
Des leviers pour s?adapter au changement climatique
Marie Andrieux,
Observatoire de l?immobilier durable
Parmi les diverses approches préconisées pour faire face aux enjeux du change-
ment climatique, l?architecture bioclimatique est présentée comme une solution
avantageuse. Cette conception architecturale accorde une importance centrale
à l?environnement immédiat du bâtiment, grand oublié des périodes modernes
de construction. Par ailleurs, la réappropriation des savoirs traditionnels limite la
standardisation des constructions et constitue un bon levier d?action. Des liens
existent donc entre conception bioclimatique et architecture traditionnelle, toutes
deux sources d?inspiration pour faire face au changement climatique.
L?architecture bioclimatique : de quoi parle-t-on ?
Un bâtiment à architecture bioclimatique est un bâtiment dont l?implantation et
la conception prennent en compte le climat et l?environnement immédiat, afin de
réduire les besoins en énergie et d?être mieux adapté aux risques climatiques.
L?architecture bioclimatique vise également à utiliser le moins possible des moyens
techniques mécanisés et de l?énergie extérieure au site.
Une architecture est considérée comme bioclimatique si elle remplit plusieurs de
ces critères :
? L?orientation du site a été pensée afin de préserver le confort thermique d?hiver
comme d?été, pour le climat d?aujourd?hui et des années à venir.
? Les matériaux utilisés pour la construction ou réhabilitation/rénovation sont
de source naturelle (bois, paille, terre crue ou cuite, chanvre?).
? Des sources d?énergies renouvelables sont incorporées au bâtiment.
? Les risques climatiques sont pris en compte et le bâtiment y est adapté, avec
une projection selon les scénarios du GIEC.
? Les moyens de chauffage et de rafraîchissement sont le plus sobres possible.
Face aux enjeux de l?adaptation au changement climatique, il est essentiel de
renouveler nos méthodes de construction et de réhabilitation/rénovation, et l?ar-
chitecture bioclimatique fait partie des solutions pertinentes.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
185
Pourquoi l?architecture bioclimatique ?
L?architecture et le mode de vie modernes dépendent de nombreux systèmes tels
que la climatisation, et de matériaux comme le béton, l?asphalte ou le verre. Mais,
ces matériaux ne sont pas adaptés aux fortes chaleurs, et de tels systèmes de
rafraîchissement sont eux-mêmes source d?émissions de gaz à effet de serre,
entraînant des boucles de rétroaction aggravant l?impact du changement clima-
tique sur le bâtiment.
L?architecture bioclimatique, un concept pas si nouveau
Les maisons bretonnes avec leurs murs de pierres et leurs toits adaptés aux pluies
et aux vents, les maisons savoyardes et leurs isolations contre les durs hivers,
ou encore les maisons méditerranéennes pensées pour résister aux chaleurs
sont autant d?exemples d?architectures adaptées aux microclimats régionaux. Les
maisons traditionnelles ne manquent pas de techniques et de ressources qui sont
des sources d?inspiration utiles au développement de l?architecture bioclimatique.
Assurer le confort des habitants
L?un des objectifs principaux de l?architecture bioclimatique est d?assurer un confort
thermique aux occupants du bâtiment, avec des techniques les plus sobres pos-
sibles. Ces objectifs sont atteints au travers de choix architecturaux spécifiques,
et en utilisant des énergies renouvelables et des matériaux disponibles à proxi-
mité du site d?implantation du bâtiment. Pour maximiser le confort à l?intérieur
du bâtiment, tout en préservant au mieux son environnement immédiat, plusieurs
paramètres doivent être pris en compte au moment de la conception :
? L?orientation du bâtiment, qui doit particulièrement être considérée, afin d?ex-
ploiter au mieux l?énergie solaire.
? Le choix de l?emplacement du bâtiment, en fonction de la topographie, de la
pollution sonore, de la proximité de ressources naturelles, ou du microclimat local.
? Les paramètres techniques tels que la surface vitrée, la mise en place de pro-
tections solaires, le type de matériaux utilisé ou encore la compacité du bâti.
L?optimisation de l?orientation climatique
et les protections solaires extérieures
Le soleil d?hiver, dans l?hémisphère nord, se lève au sud-est et se couche au sud-
ouest et reste bas dans le ciel, avec un angle de22°au solstice d?hiver. En été,
l?angle change. Le soleil se lève alors au nord-est et se couche au sud-ouest, en
montant très haut durant la journée (un angle de78°au solstice d?été).
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
186
? Les façades qui reçoivent le plus de rayons solaires l?été sont les façades et
la toiture à l?est le matin, et les façades et la toiture à l?ouest le soir.
? l?installation de protections solaires verticales protège du rayonnement
solaire, car l?angle d?incidence des rayons solaires y est bas ;
? l?augmentation de l?opacité des surfaces vitrées (avec des volets ou des
filtres opaques sur le vitrage), ou l?ombrage d?une végétation caduque consti-
tuent également des protections contre la chaleur estivale.
? Les façades au sud du bâtiment restent fortement ensoleillées au cours de
la journée, avec un angle d?incidence élevé des rayons solaires.
? la protection des façades exposées au sud permet de lutter efficacement
contre le réchauffement induit. Cette protection est assurée par des instal-
lations horizontales en débord, aux dimensions cohérentes pour bloquer le
rayonnement solaire.
Figure F 2 : Angles d?incidence du soleil en été et en hiver.
Source : Flickr/Michèle Turbin.
L?installation de protections solaires assure donc le confort thermique dans le
bâtiment tout en diminuant le besoin de rafraîchissement comme de chauffage.
? La végétalisation
Le végétal a une place centrale dans la conception bioclimatique des bâtiments.
La végétalisation environnante au bâtiment produit un effet de fraîcheur grâce
aux phénomènes d?évapotranspiration des plantes et de transpiration du subs-
trat. Dans un contexte urbain dense, ces mécanismes favoriseront l?apparition
d?îlots de fraîcheur.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
187
Figure F 3 : Écran végétal déporté
du bâtiment.
Source : © Arnaud Bouissou/Terra.
Par ailleurs, le végétal peut être utilisé dans le cadre de protections solaires exté-
rieures, telles que les écrans ou murs végétaux déportés par rapport au bâtiment,
qui permettent de filtrer les rayons solaires. La protection des façades grâce à
de la végétation caduque installée près du bâtiment permet de laisser passer le
soleil en hiver et ainsi de réchauffer le bâtiment à un moment de l?année où son
rayonnement n?est plus délétère.
Des styles architecturaux adaptés aux risques climatiques
L?architecture bioclimatique permet de concevoir des bâtiments les plus adaptés
possible à leur environnement microlocal. Les diversités de bâtiments retrouvées
dans différentes régions ou pays en Europe rendent compte de traditions archi-
tecturales multiples ainsi que d?innovations techniques permettant de s?adapter
aux conditions locales changeantes.
? Les maisons méditerranéennes face aux chaleurs
Dans certaines régions soumises à de fortes chaleurs, notamment dans le bassin
méditerranéen, les bâtiments sont conçus pour lutter contre les longues chaleurs
estivales. Les maisons peuvent par exemple être recouvertes de chaux blanche
afin de conserver au mieux la fraîcheur (cf.figure F4). En effet, la couleur blanche
réfléchit la lumière, évite d?emmagasiner de l?énergie, rendant les maisons plus
fraîches plus longtemps.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
188
Figure F 4 : Maison blanche
en Méditerranée.
Source : © Anaïs Duvernoy.
En Provence, les maisons sont équipées de volets extérieurs, que les habitants
ouvrent et ferment selon l?ensoleillement pour limiter le réchauffement. Par ail-
leurs, les mas provençaux (cf.figure F5) ont une taille de fenêtre réduite, rédui-
sant ainsi le ratio de surface vitrée, ce qui permet de limiter le réchauffement
induit par l?impact des rayons solaires.
Figure F 5 : Mas provençal
aux fenêtres étroites.
Source : © Florence Duvernoy.
Une autre méthode utilisée de longue date pour réguler la température intérieure
des bâtiments est la construction de murs épais à partir de matériaux ayant une
forte inertie thermique. L?architecte autrichien Dietmar Eberle a repris ce principe
pour concevoir des bureaux dans lesquels la température oscille entre22 et 26oC,
quelle que soit la température extérieure (cf.figure F6). Les murs extérieurs sont
maçonnés de blocs de terre cuite et sont épais de80cm. Cette caractéristique
confère au bâti une forte inertie thermique, capable de stocker la chaleur ou la
fraîcheur pour les restituer ensuite. Les apports de chaleur sont fournis par les
occupants, les équipements de bureautique et les apports solaires. Ce bâtiment
n?a pas de système de chauffage ou de rafraîchissement mécanisé. La consom-
mation d?énergie est donc diminuée, en régulant de manière efficace la tempéra-
ture à l?intérieur du bâtiment, assurant ainsi le confort des habitants.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
189
Figure F 6 : bâtiment2226 conçu
par D.Eberle.
Source : © WikimédiaCommons.
? Des systèmes de ventilation sobres et performants
L?utilisation de techniques dédiées au rafraîchissement passif des bâtiments
permet d?assurer le confort thermique en cas de forte chaleur en même temps
que de garantir une consommation d?énergie minimale.
Dans des pays très chauds comme l?Iran ou l?Égypte, des constructions tradition-
nelles présentent des bâdgirs (cf.figure F7) ou attrape-vents depuis plusieurs
millénaires. Ces tourelles à vent sont une forme de climatisation écologique
adaptée au climat aride et très efficace, et dont le dimensionnement dépend de
la taille du bâtiment. Le vent s?engouffre par les ouvertures de la tour et descend
le long du conduit jusqu?à la partie la plus basse (et la plus fraîche) du bâtiment.
Ce conduit peut être équipé de jarres poreuses remplies d?eau, au travers des-
quelles passe le flux d?air, se rafraîchissant ainsi progressivement. L?air chaud,
qui est plus léger, remonte en sens inverse au travers d?un deuxième conduit de
la cheminée. Ce système est parfois complété d?un bassin d?eau situé à la base,
ce qui baisse davantage la température de l?air.
Figure F 7 : Un bâdgir : système
de refroidissement naturel typique
du désert iranien.
Source : © Flickr/dynamosquito.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
190
Cette méthode traditionnelle de rafraîchissement de bâtiment est réutilisée dans
l?architecture moderne, et de nombreux bâtiments construits en Europe reprennent
ce principe de tours à vent tels que l?université de Lanchester en Angleterre ou
l?école Jaer en Norvège. Un exemple récent de construction s?appuyant sur le prin-
cipe du tirage thermique
Conclusion
Le développement de l?approche bioclimatique en architecture permet de renou-
veler le regard sur les constructions traditionnelles. L?architecture bioclimatique
intègre dans ses choix techniques des informations concernant les apports éner-
gétiques issus du climat local, l?évaluation des risques climatiques et de leur
évolution, ainsi que les conditions de l?environnement extralocal au bâti. La réap-
propriation des savoirs traditionnels permet de limiter la standardisation des
constructions qui n?intègre pas les variations locales relatives aux lieux d?implan-
tation des bâtiments. L?un des écueils à éviter dans la reproduction des choix
architecturaux traditionnels est de négliger la variation climatique future. Il est
important d?intégrer les prévisions climatiques, car les risques de mal-adaptation,
notion mise en avant dans le dernier rapport du GIEC, se font sentir lorsque sont
appliquées des techniques architecturales ancestrales dans des lieux où le climat
est en forte évolution. Les changements à venir doivent conditionner l?utilisation
de techniques originaires de régions dont le climat correspond au climat à venir,
plutôt que de techniques provenant de régions dont le climat ne ressemble qu?à
la réalité immédiate. Il est ainsi intéressant de construire dès aujourd?hui avec
les techniques traditionnelles méditerranéennes dans des latitudes plus hautes,
pour se protéger de la chaleur.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
191
L?îlot de fraîcheur urbain, un exemple à Échirolles (38)
Des solutions d?adaptation fondées sur la nature :
l?exemple de la transformation de la cour et les abords
de l?école Marcel-David en îlot de fraîcheur urbain,
Échirolles (38).
Christophe Romero,
Directeur adjoint Ville durable, ville d?Échirolles
Éléments de contexte
Située en fond de vallée, au coeur de la métropole grenobloise, Échirolles (37 000habi-
tants) est particulièrement exposée au réchauffement climatique, deux fois plus
rapide dans les Alpes qu?ailleurs en Europe, avec pour conséquences :
? la multiplication et l?intensification des épisodes de surchauffe estivale ;
? l?aggravation des phénomènes d?îlot de chaleur urbain (ICU) ;
? l?érosion progressive de la biodiversité (faune et flore) et des ressources en eau ;
? la détérioration des conditions de vie et de santé des habitants, particulière-
ment des publics les plus vulnérables (personnes âgées, malades, etc.).
Engagée de longue date dans une politique ambitieuse de transition écologique,
la ville a entrepris, dès2019, d?identifier et de caractériser avec l?aide d?un géo-
graphe climatologue les phénomènes d?îlot de chaleur urbain (ICU) et de surchauffe
estivale à l?oeuvre sur son territoire, pour s?adapter aux évolutions climatiques.
Un réseau de mesure, constitué d?une trentaine de capteurs couplés à deux sta-
tions météorologiques semi-professionnelles, a ainsi été déployé sur l?ensemble
de la commune. L?analyse des données recueillies a permis d?établir une carto-
graphie précise de l?ICU, et de déterminer les secteurs les plus exposés, en vue
d?engager des actions prioritaires d?adaptation.
Parmi ces secteurs figure le quartier de la Ponatière, caractérisé par une forte
minéralisation des sols, une faible fraction de végétation, ainsi qu?une grande fer-
meture du tissu urbain générant un important effet de « canyon », qui empêche la
circulation des vents et contribue, avec les matériaux de sols, à piéger le rayon-
nement infrarouge.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
192
Figure F 8 : Carte de l?îlot de chaleur urbain à Échirolles (été2020).
Source : © Xavier Foissard/ville d?Échirolles.
Figure F 9 : L?îlot Marcel-David avant les travaux en2020.
Source : © Ville d?Échirolles.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
193
Au coeur de la Ponatière, l?îlot formé par la cour de l?école élémentaire Marcel-David
et ses abords (terrain de sport, pourtour d?un gymnase) a été identifié comme
un site offrant, de par ses caractéristiques (superficie de8 300m² environ, pro-
priété de la ville), un terrain propice à l?expérimentation de solutions d?adaptation
fondées sur la nature, susceptibles d?influer sur les phénomènes de surchauffe
estivale et d?ICU observés àl?échelle du quartier.
Le projet de transformation de la cour
et de ses abords en îlot de fraîcheur urbain
Lauréat en2022 des premiers trophées de l?adaptation au changement clima-
tique Life ARTISAN, le projet a pour objectif la transformation de la cour de l?école
Marcel-David et de ses abords en un îlot de fraîcheur urbain de proximité.
Figure F 10 : Projet d?aménagement de la cour et des abords de l?école Marcel-David ?plan
de masse.
Source : © Romain Allimant paysagiste/ville d?Échirolles.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
194
Répondant à des enjeux à la fois environnementaux, urbains, pédagogiques, mais
aussi professionnels, l?opération a consisté à :
? désimperméabiliser les sols, en ramenant la part de surfaces minérales de95 %
à27 %, l?enrobé originel étant remplacé par différents revêtements (sablé naturel,
gazon, pavés enherbés, copeaux de bois) qui facilitent la captation et l?infiltra-
tion naturelle de l?intégralité des eaux de pluie (toitures et sol) pour limiter l?ac-
cumulation de chaleur mais aussi les apports et la consommation d?eau pour les
végétaux. Les eaux de pluie récupérées en toiture de deux préaux permettent éga-
lement d?alimenter une mare pédagogique ainsi qu?une cuve de stockage desti-
née à l?arrosage de jardins potagers ;
? renaturer très fortement les espaces avec une vingtaine d?essences diversifiées
et adaptées à l?évolution du climat (érables, chênes, cyprès, aulnes, orangers des
Osages, arbres de Judée, mûriers blancs, etc.), et préserver la trentaine d?arbres
existants, afin d?offrir un lieu refuge pour la faune et la flore, avec :
? la plantation de 90arbres (hautes tiges et cépées), devant offrir à maturité un
couvert végétal d?environ4 600m² (soit 55 % de la superficie totale de l?îlot) ;
? la plantation de 875arbustes, pour constituer des haies notamment le long
des clôtures ;
? l?aménagement de1 650m2 de pelouses et 875m2 de surface en copeaux
de bois ;
? la création de nouveaux habitats pour la faune : une mare de60m², une
dizaine de nichoirs à oiseaux, un nichoir à chauves-souris, ainsi que deux hôtels
à insectes ;
Figure F 11 : Chantier de plan-
tation avec les enfants de
l?école ?novembre2021.
Source : © Ville d?Échirolles.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
195
? sensibiliser les différents publics et usagers de l?école et plus largement du
quartier (élèves, parents, habitants) aux enjeux du réchauffement climatique, de
la préservation des ressources en eau et de la biodiversité, avec :
? l?installation, sur la clôture extérieure ceinturant l?îlot scolaire et pendant toute
la durée des travaux, d?une exposition présentant le projet, accompagnée d?un
parcours et d?un livret d?énigmes pour les enfants ;
? des activités éducatives, accompagnées pendant deux années scolaires par
France Nature environnement Isère, qui ont touché 200enfants chaque année ;
? un chantier de plantation d?arbres, arbustes et vivaces par les enfants, encadré
par les entreprises et le service des espaces verts de la ville ;
? l?aménagement d?un espace pour apprendre à jardiner ;
? la création d?une mare pour observer la faune et la flore aquatiques ;
? la constitution, enfin, d?un arboretum, pour valoriser le patrimoine arboré.
? proposer des aménagements bénéficiant à un large public, en ouvrant davan-
tage l?îlot sur son quartier, tout en créant, après un travail sur les usages, une
distinction entre des espaces contrôlés (cour d?école), des espaces semi-ouverts
(terrain de sport, accessible aux élèves mais aussi aux habitants en dehors des
temps scolaires), et des espaces totalement ouverts (allée et placette plantées) ;
? faire évoluer les pratiques professionnelles de conception et de gestion des
espaces publics.
Figure F 12 : Mare pédagogique.
Source : © Ville d?Échirolles.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
196
Conduite du projet et facteurs de réussite
Cette action concrète et intégrée, au service d?une stratégie globale d?adaptation
au réchauffement climatique, a fait dès le départ l?objet d?un large consensus, d?un
portage politique fort et d?une mobilisation constante des services communaux.
Sa réussite tient à la fois à :
? son inscription dans la « feuille de route » que constitue le plan climat air énergie
territorial 2020-2026 de la commune (volet « adaptation ») ;
? l?implication des équipes pédagogiques dans la conception du projet ;
? un pilotage technique en mode projet, avec la constitution d?une équipe dédiée
réunissant différents services communaux concernés : directions de la ville durable
(pilote du projet), des services techniques, de l?éducation, de la prévention et de
la sécurité ;
? la mobilisation de prestataires apportant des compétences complémentaires :
paysagiste-concepteur (Romain Allimant), agence spécialisée dans les démarches
de concertation et de communication (WZA), association de protection de la nature
et de l?environnement pour l?accompagnement pédagogique(France Nature envi-
ronnement Isère) ;
? la mobilisation de plusieurs sources de financement : Agence de l?eau Rhône-
Méditerranée-Corse à travers l?appel à projets « Aménagez un coin de verdure pour
la pluie » (projet lauréat en2020), et l?État à travers le Plan de relance.
Suivi et évaluation du projet
Une évaluation de l?opération sur la durée va être conduite par l?équipe projet,
portant sur :
? la pérennité et la facilité d?entretien des différents revêtements de sols, des
mobiliers urbains mis en place, des espèces végétales implantées, etc. ;
? l?impact des aménagements sur l?intensité des phénomènes de surchauffe esti-
vale et d?îlot de chaleur, avec la poursuite des mesures de température et l?ana-
lyse à intervalles réguliers des données recueillies ;
? les actions pédagogiques et d?animation en lien avec la biodiversité et le chan-
gement climatique ;
? les besoins d?ajustement en cas d?aggravation du phénomène d?îlot de chaleur :
augmentation de la surface végétalisée du fait de la réversibilité de certains amé-
nagements (plateau sportif).
Les résultats escomptés : à terme, les travaux réalisés doivent permettre d?abais-
ser l?intensité de l?îlot de chaleur urbain, aujourd?hui à un niveau élevé (pics à
+3,4oC par rapport au point de référence), à un niveau modéré (entre +1,8
et +2,2oC), beaucoup plus tolérable pour les habitants. Les aménagements
doivent également favoriser le développement de la biodiversité, par la création
d?un îlot fortement végétalisé : le site doit progressivement offrir un lieu de vie à
différentes espèces (oiseaux, insectes, grenouilles et crapauds, chauves-souris)
et un espace de transition vers l?un des plus grands parcs de la ville, distant de
quelques centaines de mètres. Le couvert végétal doit fournir à terme de l?ombre
et de la fraîcheur aux habitants.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
197
Figure F 13 : La cour de l?école transformée en îlot de fraîcheur.
Source : © Ville d?Échirolles.
Figure F 14 : Vue aérienne de l?îlot Marcel-David après les travaux (juin2022).
Source : © C.Weller/ville d?Échirolles.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
198
D?ores et déjà, les aménagements ont permis d?ouvrir davantage l?îlot « scolaire »
sur le quartier, autorisant une plus grande variété d?usages par différents publics
et contribuant à faire de ce lieu un refuge de proximité pendant les épisodes de
forte chaleur. Très bien accueillis par les enfants, leurs parents et les riverains,
ils contribuent à l?amélioration du cadre de vie mais également à la revalorisa-
tion de l?image du quartier.
Le « démonstrateur » que constitue cette opération doit servir à la définition d?une
stratégie de réplication progressive à d?autres cours d?écoles particulièrement
exposées aux phénomènes de surchauffe estivale et d?îlot de chaleur urbain.
? Chiffres clés :
Calendrier de réalisation :
? études de cadrage/préopérationnelles : 2019-2020 ;
? études de maîtrise d?oeuvre : 2020-2021 ;
? travaux d?aménagement : début juillet2021-mars2022.
Surface traitée : 8 340m² environ.
Budget : 1 100 000¤ (TTC).
Subventions : agence de l?eau(413 191¤) et État(218 750¤).
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
199
Paris face aux vagues de chaleur
Les vulnérabilités et robustesses du 13earrondissement
face aux vagues de chaleur
Pauline Calvier, Justine Guérin,
Esther Loiseleur,
Ville de Paris
Alexandre Florentin,
Conseiller municipal de Paris
Étudier la résilience du 13earrondissement de Paris
aux vagues de chaleur
La ville de Paris vit déjà les conséquences du changement climatique, avec une
vulnérabilité particulière aux vagues de chaleur. D?après le diagnostic climat publié
en2021 par la ville, le climat de Paris pourrait devenir l?équivalent de celui de Séville
en2050 1. Dans les décennies à venir, les vagues de chaleur vont se multiplier et
atteindre des intensités inédites 2. Ces vagues de chaleur d?une ampleur inconnue
jusqu?alors représentent un risque sanitaire, économique et social majeur, aux
implications systémiques : mortalité accrue des personnes vulnérables, risques en
cascade sur les activités économiques et les infrastructures critiques (télécoms,
électricité, eau?). De plus, ces épisodes sont aggravés dans les zones d?îlot de
chaleur urbain (ICU), caractérisé par un moindre niveau de refroidissement noc-
turne en période de très forte chaleur, principalement dans les zones urbaines for-
tement minéralisées. Il existe un consensus parmi les experts sur le fait que les
vagues de chaleur représentent l?aléa climatique le moins bien anticipé au niveau
de la ville de Paris : à terme, c?est l?habitabilité même de certaines parties de la
ville qui pourrait être remise en cause par ces épisodes extrêmes. Cette situation
d?impréparation fait écho à celle de nombreux autres territoires, et souligne l?ur-
gence de penser des plans d?adaptation aux risques liés aux extrêmes de chaleur.
1. Paris face aux changements climatiques, 2021 https://www.paris.fr/pages/
paris-s-adapte-au-changement-climatique-18541
2. Dans un scénario de réchauffement intermédiaire, en2085, les Parisien.ne.s devraient connaître, par
année, environ34jours avec une température supérieure à30oC, soit une augmentation de prèsde20jours
par an par rapport aux années2010.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
200
? Méthodologie
L?étude résumée ici 3 se concentre sur le 13earrondissement de Paris, un arron-
dissement choisi pour sa taille 4 ainsi que sa diversité socioculturelle et archi-
tecturale, qui offrent une image assez représentative des enjeux pour la ville de
Paris. Cette enquête a permis de tirer plusieurs leçons sur l?urgence à s?empa-
rer, à l?échelle des villes et des quartiers, de la question de la préparation aux
extrêmes de chaleur.
Ce travail s?inscrit dans la continuité du diagnostic de vulnérabilités et de robus-
tesses de Paris face aux changements climatiques, publié par la ville de Paris
en septembre2021. Il vise à établir un diagnostic spécifique sur les vagues de
chaleur, à la fois localisé et centré sur les retours d?expérience de terrain. Une
méthodologie basée sur des entretiens semi-directifs a été retenue afin d?iden-
tifier le niveau de résilience du 13earrondissement face aux vagues de chaleur.
Cette méthode permet à la fois de collecter des retours d?expérience et d?appré-
hender le niveau de compréhension des enjeux d?acteurs locaux publics (RATP,
écoles?) et privés (EHPAD, commerçants?). Les entretiens ont été réalisés à
l?automne2021 par les trois auteurs principaux de l?étude. Cette étape de dia-
gnostic est fondamentale pour mener, dans un second temps, une réflexion per-
tinente sur l?adaptation du 13earrondissement de Paris ?et, plus largement, des
grandes villes face aux vagues de chaleur et épisodes caniculaires.
? Les grandes leçons du rapport : vulnérabilités et robustesses
du 13earrondissement face aux vagues de chaleur
Le rapport a permis de dégager cinq grands enseignements quant à la préparation
du 13earrondissement aux vagues de chaleur. Nous proposons ici de les aborder
de manière synthétique, tout en illustrant nos propos à travers des exemples issus
de l?enquête (menée, rappelons-le, avant l?été2022).
? Les canicules précédentes, notamment celle de2003, ont déjà changé les
pratiques de plusieurs acteurs, mais le référentiel d?action reste fondé sur des
épisodes passés et non sur les projections des canicules futures
Il est certain que, depuis2003, la capacité à gérer les canicules, à l?échelle de la
capitale, s?est améliorée. Depuis cet épisode, un plan canicule national a été créé
avec la mise en place à Paris du fichier « REFLEX » 5, qui permet de recenser et
de venir en aide aux personnes vulnérables sur le territoire parisien. Néanmoins,
3. « Vulnérabilités et robustesses du 13earrondissement face aux vagues de chaleur ». Parution prévue en2023.
4. Le treizième arrondissement. est l?un des plus grands arrondissements de Paris avec ses 715hectares
(8,2 % du territoire parisien). Il abrite 180 635habitants, soit 8,3 % de la population parisienne en2018.
5. https://www.paris.fr/pages/en-ligne-avec-les-personnes-fragiles-pendant-la-canicule-8156
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
201
dans la pratique, ce type de dispositif semble encore difficilement atteindre les
publics vulnérables 6.
Plusieurs acteurs restent persuadés que nous ne revivrons plus, à Paris, une cani-
cule aux conséquences de même ampleur que celle de l?été2003, alors que ce
type de canicule jugée extrême risque de devenir une nouvelle norme pour les
étés parisiens 7. On peut alors s?interroger sur la durabilité de tels dispositifs
de crise, si les canicules comme celle de2003 en viennent à devenir un phéno-
mène quasi annuel pour la capitale d?après les projections du dernier diagnos-
tic climat de la ville de Paris. Plus généralement, la tendance actuelle à fonder
les politiques d?adaptation sur l?expérience des épisodes passés de vagues de
chaleur et de canicules nous semble une démarche questionnable, au vu des ten-
dances actuelles.
? Une conscience diffuse des risques liés aux vagues de chaleur futures,
mais sans réelle capacité de projection
Tous les acteurs interrogés semblent conscients du fait que le climat va évoluer
en raison du changement climatique ; toutefois, peu d?entre eux parviennent à
se projeter dans ce nouveau régime climatique. Certains remarquent déjà que le
climat change, et que dès lors, de nombreux acteurs font face à des situations
inédites. De plus, tous les acteurs semblent avertis de l?augmentation de la fré-
quence et de l?intensité des vagues de chaleur. Ainsi, un enquêté de la gare
d?Austerlitz indiquait que certaines mesures seraient probablement revues si les
épisodes caniculaires venaient à se multiplier.
Lorsqu?un exercice de projection avec un scénario de dôme de chaleur similaire à
celui qu?a subi l?Ouest canadien l?été dernier, avec des températures atteignant
les50oC et une durée exceptionnelle a été conduit, aucun n?a remis en cause
l?éventualité que la ville de Paris connaisse ce type de températures dans les pro-
chaines années. Néanmoins, un certain nombre d?acteurs interrogés ont montré
une difficulté, parfois émotionnelle, à se projeter dans des scénarios de ce type.
? Un manque d?anticipation généralisé des effets de seuil
et des risques en cascade
L?enquête a révélé que les effets de seuil liés aux températures restaient encore
méconnus et trop peu pris en compte. Parfois, les températures seuils sont connues
des professionnels, mais, en raison d?un manque d?information, de temps, de
moyens ou de capacité de projection dans le climat futur, aucun protocole de
réponse n?est prévu en cas de franchissement de ces températures. Par exemple,
6. D?après les chiffres transmis par les services de la mairie du 13earrondissement, même avant la pan-
démie, le nombre maximum de personnes accueillies simultanément montait à quatre (essentiellement des
seniors), alors que la mairie avait à cette époque une capacité d?accueil d?une quarantaine de personnes
dans ces salles rafraîchies.
7. Voir Paris face aux changements climatiques, 2021 (op. cit.).
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
202
la plupart des acteurs n?ont pas le réflexe de mesurer la température dans leurs
locaux lors d?épisodes caniculaires 8. Plusieurs opérateurs de réseaux semblent
ne pas avoir intégré cette pratique : ainsi, il n?existe pas de relevés de la tem-
pérature ni dans les rames ni dans la gare d?Austerlitz. S?agissant d?un hôpital
privé, aucun plan de continuité d?activité n?a été prévu en cas de dépassement
de la température maximale supportée par les groupes froids, situés en extérieur.
De plus, les effets systémiques ainsi que les effets en cascade (ou « effets
dominos ») engendrés par la canicule sont insuffisamment pris en compte : la fer-
meture d?écoles et de crèches, dysfonctionnements du réseau de transports en
commun? La question du travail en extérieur (BTP, entretien, propreté, espaces
verts, encombrants?) reste également peu prise en considération. Des travaux
en extérieur pourraient être limités (par exemple, report au lendemain matin du
déblaiement du marché) voire reportés, ce qui pourrait s?avérer problématique
en cas de canicule longue. Les services enquêtés ne semblaient pas prendre en
compte dans leurs plannings de travaux les conséquences des fortes chaleurs
sur des périodes prolongées.
? Des acteurs souvent démunis face à des canicules
à la fois plus longues et plus précoces
Selon beaucoup d?acteurs interrogés, la durée de la canicule et le moment où
elle se produit sont des facteurs déterminants pour apprécier le niveau de risque
de l?événement. En effet, pour le corps humain, les bâtiments ou les réseaux
électriques, plus la chaleur dure, plus la vulnérabilité augmente. Si l?on prend
l?exemple des bâtiments, les solutions de rafraîchissement passives ne sont effi-
caces que sur des épisodes caniculaires d?une durée inférieure à quinze jours :
au-delà, la climatisation deviendra une nécessité pour atteindre des tempéra-
tures de confort. À partir d?une moyenne de3jours à plusde30oC en journée
et 20oC la nuit, le réseau électrique est sous tension du fait de l?accumulation
de la chaleur dans le sol.
De plus, certains acteurs ont insisté sur la prise en considération de la période à
laquelle la canicule était susceptible de survenir. En effet, si la vague de chaleur
arrive au mois de juin, de septembre ou en plein mois d?août, les impacts ne seront
pas les mêmes. Ainsi dans les EHPAD, les vagues de chaleur précoces, dès le
mois de juin, posent des problématiques de ressources humaines. De même, une
canicule précoce dès le mois de juin, avant les vacances d?été, pourrait s?avérer
éminemment problématique pour les établissements scolaires : on se rappelle les
conditions de passage du baccalauréat2022, avec des salles à35oC. D?après
notre enquête, aucun protocole n?existe actuellement à l?échelle de l?Éducation
nationale ou de la ville de Paris pour faire face aux vagues de chaleur, pourtant
amenées à se multiplier.
8. Parmi les acteurs interrogés, seuls les EHPAD, les crèches et les commerces d?alimentation pratiquent
des relevés de température de manière systématique.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
203
? La dépendance à l?électricité, un enjeu vital en partie maîtrisé
Lors des entretiens, l?une des craintes récurrentes était celle d?une défaillance du
réseau électrique. Toutefois, celle-ci semble en partie maîtrisée par les acteurs de
l?énergie (RTE et Enedis) à l?échelle locale. Aujourd?hui, à Paris, le fonctionnement
du réseau froid, du réseau d?eau, des réseaux de transport ou de télécommuni-
cation repose sur l?énergie électrique. D?autres acteurs, comme la RATP, tendent
à devenir de plus en plus dépendants de l?électricité avec le plan d?électrification
des bus à l?horizon2030. De plus, de nombreux équipements publics, parapu-
blics et privés viendraient à être impactés par des défaillances du réseau élec-
trique, comme les missions funéraires, les piscines ou les hôpitaux et EHPAD 9.
Enfin, les commerçants seraient contraints de fermer boutique en cas de ruptures
d?approvisionnement en électricité, en raison de leurs besoins en climatisation
comme des besoins spécifiques à l?activité. Pour les restaurants, par exemple,
la fermeture serait inévitable en cas de défaillances.
Toutefois, des entretiens avec des acteurs locaux de RTE et Enedis révèlent leur
confiance dans les capacités de résilience du réseau face aux vagues de chaleur
actuelles. Enedis, par exemple, est doté d?un plan d?adaptation lui permettant
d?assurer une continuité d?activité en cas de canicules comme celles que nous
connaissons jusqu?à présent, y compris en modélisant une hausse de la demande
en énergie liée à la climatisation. Toutefois, la question de la résilience du réseau
face à des canicules longues (3à 4semaines) avec des chaleurs extrêmes
(40-50oC) ne semblait pas avoir fait l?objet d?un travail spécifique. La question
des étiages semble aussi sous-estimée, ce qui est un problème au niveau natio-
nal confirmé par les événements de l?été2022.
Encadré 4
Recommandations : travailler collectivement à différentes échelles
pour renforcer les mesures d?adaptation aux canicules :
1. Acculturer les citoyens et les responsables politiques à la gestion de crise
Une des principales explications du manque d?anticipation et de préparation
face à ce nouveau régime climatique pourrait venir du fait que la culture de
la gestion de crise, notamment relative aux événements climatiques, n?est
pas suffisamment intégrée à Paris et, plus généralement, en France. De
même, le personnel politique et les services de la ville se sont avérés peu
acculturés aux conséquences du changement climatique, et notamment sur
leur dimension exponentielle et nonlinéaire. La conscience des efforts à
mener en matière d?atténuation des émissions de gaz à effet de serre, de
mieux en mieux intégrée, ne peut pas remplacer une culture de l?adaptation
et de la gestion de crise. Il existe un réel besoin de formation et d?informa-
tion si l?on veut faire face aux extrêmes de chaleur à venir.
9. Il faut toutefois rappeler que les EHPAD et les hôpitaux disposent de groupes électrogènes et sont consi-
dérés comme des clients sensibles par Enedis.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
204
Jusqu?à présent, aucun exercice de gestion de crise sur les vagues de cha-
leur n?avait été mis en oeuvre par la ville, contrairement à d?autres sujets
comme les crues et inondations, qui avaient fait l?objet par exemple de
l?exercice de gestion de crise « Sequana 15/18 » 10. Un premier exercice
« Paris à50degrés » est prévu pour deux quartiers de Paris 11 le 13octobre
2023. Cet exercice fera suite à la mission d?information et d?évaluation
(MIE) « Paris à50degrés », en cours, qui donnera suite à des recomman-
dations votées au consensus par les élus de la ville.
2. Un nécessaire travail d?anticipation impliquant les acteurs de manière
systémique, du local au national :
Alors que l?enquête révèle une volonté de la majorité des acteurs d?agir
pour s?adapter aux canicules, il s?agit désormais d?impulser un travail
collectif, afin d?organiser une réponse plus efficace face à ces extrêmes
plus intenses et fréquents. De nombreux acteurs, comme les EHPAD, le
secteur du bâtiment ou la RATP, soulignaient également leur volonté de
s?impliquer dans un travail de réflexion collective systémique, en lien avec
la mairie du 13earrondissement, ainsi que leur envie de participer à de
futurs exercices de gestion de crise dédiés au risque canicule. Ainsi, tout
un travail d?anticipation et de sensibilisation des citoyens et des différents
corps professionnels reste à mettre en oeuvre. Un employé d?une école
primaire soulignait par exemple le manque d?un plan de prévention cani-
cule à l?échelle de l?Éducation nationale pour les personnels scolaires 12.
3. Capitaliser sur les solutions existantes et mettre en place des processus
de sensibilisation et des espaces de délibération citoyenne :
De nombreuses solutions 13 existent déjà pour rendre le territoire plus rési-
lient face aux canicules : végétalisation et solutions fondées sur la nature,
revêtements antichaleur, ombrières et mobilier urbain innovant, isolation
des bâtiments mettant l?accent sur le confort d?été à l?échelle du loge-
ment ainsi qu?à la préservation de brises thermiques à l?échelle d?un bloc
de logements ou d?un quartier? Ainsi, des mesures fortes seront implé-
mentées dans le futur PLU bioclimatique de Paris, avec une ambition ren-
forcée sur la gestion du risque canicule grâce à la mission d?information
et d?évaluation « Paris à50degrés ». Elles devront ensuite être traduites
10. https://www.prefectures-regions.gouv.fr/ile-de-france/Documents-publications/
Pref-Actualites/2018/19-decembre/Exercice-Sequana-15-18-anticiper-la-gestion-d-une-crue-majeure
11. https://www.sortiraparis.com/actualites/a-paris/articles/282393-rechauffement-climatique-bientot-un-
exercice-de-crise-paris-50-degres
12. Une journée d?auditions « L?école à50degrés » a été organisée par l?Assemblée nationale le
14décembre2022.
13. Voir par exemple les cahiers de l?APUR sur l?îlot de chaleur urbain à Paris ainsi que la publication de
l?ADEME « Rafraîchir les villes : des solutions variées » (2021).
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
205
en actions concrètes à l?échelle des arrondissements. L?adaptation des
modes de vie et l?acculturation des citoyens aux bons gestes à adopter
en périodes de fortes chaleurs sont également un enjeu clé. Tout comme
la concertation démocratique, qu?il faudrait mettre en place pour débattre
des mesures à privilégier à l?échelle d?un bâtiment, d?une rue ou d?un quar-
tier, à l?image de la consultation « Paris agit pour le climat » ou des consul-
tations organisées par la ville de Paris autour du futur PLU bioclimatique.
Comme le révèle cette étude de cas, la puissance publique a un rôle crucial à
jouer, de l?échelle locale d?un arrondissement à l?échelle étatique, en passant par
celle de la ville, de la région ou de la métropole. Pour augmenter la résilience de
nos territoires face aux vagues de chaleur à venir, il n?existe qu?une seule solu-
tion viable : anticiper, et planifier la résilience de la ville de demain en fonction
des évolutions du climat futur ?et non d?un climat passé stable, qui appartient
à un temps déjà révolu.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
206
Stratégies d?adaptation des transports
aux impacts des vagues de chaleur
Teodora Popescu,
Direction générale des infrastructures,
des transports et des mobilités (DGITM)
Grâce aux contributions de :
David Courteille, Régis Coene,
Régie autonome des transports parisiens (RATP)
Valérie Darmaillacq, Clément Philippe, Christelle Mary,
SNCF Voyageurs
Et de :
SNCF Réseau
Société du Grand Paris
Voies navigables de France
DGITM
CEREMA
Études de vulnérabilité pour cartographier les risques
La première étape avant l?établissement d?une stratégie d?adaptation est la réa-
lisation d?une étude de vulnérabilité de l?infrastructure de transport considérée.
Le CEREMA a élaboré en2015 et mis à jour en2019 une méthodologie d?ana-
lyse des vulnérabilités au changement climatique des infrastructures de trans-
port. Plusieurs acteurs du transport (SNCF Réseau, la Société du Grand Paris, des
acteurs routiers tels que la direction interdépartementale des routes sur la zone
méditerranéenne, des grands ports maritimes) ont appliqué cette méthodologie
pour cartographier les risques présents sur leur infrastructure. Dans le cas de
SNCF Réseau et des gestionnaires routiers, les études sont effectuées à l?échelle
de zones géographiques. La RATP a également effectué plusieurs études de vul-
nérabilité à l?échelle du bassin francilien. Toutes ces études prennent en compte
l?impact de plusieurs aléas sur l?infrastructure, dont les risques liés à la hausse
de la fréquence et de l?intensité des vagues de chaleur.
Actions d?adaptation pour les transports ferroviaires et guidés
? Adaptation du réseau
Adaptation au phénomène de dilatation des rails
Pour limiter le phénomène de dilatation des rails, plusieurs solutions sont pos-
sibles. Il est par exemple possible de modifier la mise en oeuvre du rail afin d?aug-
menter la température maximale supportée par celui-ci avant que sa dilatation ne
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
207
représente un risque. C?est ce qu?a fait SNCF Réseau sur les rails de type longs
rails soudés depuis la canicule de2003. Une autre solution est de remplacer les
traverses en bois par des traverses en béton de classe supérieure sur les zones
aériennes. C?est la solution privilégiée par la RATP aujourd?hui. La même approche
a été adoptée par la Société du Grand Paris (SGP) dans la construction du Grand
Paris Express. SNCF Réseau a également remplacé les traverses en bois par des
traverses en béton sur de nombreuses portions du réseau.
Depuis2019, la RATP a également mis en place des modèles prédictifs de la
température du rail, qui permettent d?estimer précisément sur quelle portion du
réseau des limitations de vitesse doivent être mises en oeuvre. Ces modèles se
basent sur des relevés de température effectués par des capteurs connectés
installés sur le rail en différents points du réseau. SNCF Réseau a également
équipé certaines portions de voies de capteurs connectés pour prévoir les limi-
tations de vitesse.
Puisqu?un risque de dilatation des rails subsiste même avec les limitations de
vitesse préventives, une surveillance accrue des voies, via des tournées de contrôle,
est également nécessaire pendant les périodes de fortes chaleurs. Ainsi, la RATP
a mis en place des tournées de maintenance spécifiques pour détecter à pied
d?oeuvre d?éventuelles déformations des voies aériennes ou prévenir leur appa-
rition. Les « tournées chaleur » mises en oeuvre par SNCF Réseau poursuivent le
même objectif.
Figure F 15 : Voie ferrée avec traverses en béton.
Source : © Arnaud Bouissou/Terra.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
208
Prévention du phénomène de dilatation des caténaires
Comme pour la dilatation des rails, la prévention du phénomène de dilatation
des caténaires se fait grâce à une surveillance accrue du réseau en périodes de
fortes chaleurs. Ainsi, les « tournées chaleurs » effectuées à pied par des agents
SNCF Réseau permettent aussi de vérifier l?état des caténaires. Des solutions
plus modernes, à base de détection informatisée des risques d?incidents, existent
également. Par exemple, un projet d?expérimentation de la détection basse des
contrepoids de caténaire, permettant de détecter à distance la distension des
fils de contact en cas de forte chaleur, a été mené par la RATP. Une vingtaine de
capteurs ont été installés et permettent désormais de suivre les zones les plus
sensibles.
? Prévention des risques sur les ouvrages
La surveillance est un moyen privilégié de prévenir les risques encourus par les
ouvrages en terre du fait des fortes chaleurs. Par exemple, la RATP a affiné son
système de surveillance de ses ouvrages en terre, aboutissant aujourd?hui à une
automatisation de l?analyse des données de surveillance par interférométrie radar
satellitaire grâce à de l?intelligence artificielle. En outre, la RATP a instrumenté
avec des capteurs connectés des ouvrages en terre identifiés comme sensibles,
avec un système de suivi de mesures avec transmission d?alertes. Par ailleurs,
il peut également être mentionné que la RATP a lancé des études avec l?Institut
national de la recherche agronomique (INRAE) pour identifier les dispositifs de
végétalisation les moins sensibles à la sécheresse, afin de limiter les risques
d?instabilités superficielles de talus.
Sur les ouvrages d?art, la prévention des risques dus aux fortes chaleurs passe
par un dimensionnement adapté. Par exemple, en réponse au risque de dégra-
dation des performances des appareils d?appui sur les ouvrages d?art, la RATP
prend désormais en compte des températures maximales plus élevées dans le
dimensionnement des appareils d?appui.
? Adaptation des gares
L?adaptation au changement climatique des gares peut s?effectuer par une prise
en compte du changement climatique au moment de la conception des bâti-
ments ou du renouvellement des équipements. Plusieurs exemples d?adaptation
peuvent être cités dans les gares françaises. Par exemple, la RATP intègre, dans
ses marchés de renouvellement d?équipement, des prescriptions d?adaptation au
changement climatique qui prennent en compte les évolutions de températures
projetées à l?échelle du bassin francilien. La Société du Grand Paris agit sur les
bâtiments des gares dès leur conception, via l?installation d?un filtre solaire sur
les façades, l?isolation et la végétalisation des toitures ainsi que le choix d?un
revêtement de sol à faible effet pour maintenir le confort thermique des usagers.
Les locaux techniques du Grand Paris Express sont également climatisés pour
garantir le bon fonctionnement des équipements informatiques.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
209
? Prévention du risque incendie
En conception, la prévention du risque incendie liée aux fortes chaleurs et séche-
resses passe par des actions telles que le recul des parcelles herbées par rapport
aux voies. En exploitation et maintenance, l?action principale de prévention est
le débroussaillage des abords des voies, qui est par exemple pratiqué par SNCF
Réseau. La Société du Grand Paris (SGP) prévoit également le débroussaillage
des abords des voies et la définition d?une hauteur limite des essences plantées
à proximité, à partir d?un cahier des charges élaboré par la SGP pour le futur main-
teneur RATP-GI.
Cependant, bien que des solutions existent, le groupe SNCF note le défi que
représente le traitement de l?aléa incendie puisque cela nécessite de conjuguer
un débroussaillage des abords des voies pour y éviter la propagation des incen-
dies avec les contraintes réglementaires liées à la préservation de la biodiversité.
? Adaptation du matériel roulant ferroviaire
Installation de climatisation et aérations
En période de fortes chaleurs, le matériel roulant doit être adapté pour assurer le
confort thermique des voyageurs.
Aujourd?hui, 61,5 % des rames de matériel roulant ferroviaire RATP sont pour-
vues de ventilation réfrigérée (i. e.de climatisation). Cela correspond à 36 % des
métros, 100 % des tramways, 100 % des matériels RERA et 80 % des matériels
RERB.Ces chiffres devraient être amenés à 100 % des RER climatisés en2025
et 70 % des métros en2030. Afin d?améliorer le confort des voyageurs dans les
bus en période de fortes chaleurs, la RATP indique que le parc de bus sera clima-
tisé à hauteur de 60 % d?ici 2025.
Le Grand Paris Express sera également équipé de climatisation et de circuits natu-
rels de refroidissement de l?air, qui auront également pour effets bénéfiques une
ventilation propice à la limitation des risques sanitaires.
Sur le parc SNCF Voyageurs, 96 % des TER sont équipés de climatisation, ainsi
que 100 % des TGV, des OUIGO et des Intercités. L?enjeu, pour SNCF Voyageurs,
est à la fois d?installer la climatisation dans les matériels qui n?en sont pas encore
pourvus et d?améliorer la performance de la climatisation et l?évolution du cahier
des charges.
Évolution des cahiers des charges
Pour le transport ferroviaire longue distance, les cahiers des charges pour le
confort thermique ont évolué à la suite de la révision de la norme européenne
de confort thermique sur les trains grandes lignes en2016. SNCF Voyageurs est
allé plus loin que les exigences européennes pour un pays comme la France, en
prenant en compte le climat du sud de la France, plus chaud que le climat moyen
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
210
français, ainsi que les évolutions attendues du climat. Ainsi, la température exté-
rieure à partir de laquelle la climatisation doit être en mesure de fonctionner à
pleine capacité, tout en tolérant un niveau d?encrassement de certains organes
(filtres et échangeurs), est égale à celle exigée pour l?Espagne dans la norme euro-
péenne, soit45oC. De même la température extérieure en condition de limite
d?exploitation, à partir de laquelle l?installation de climatisation peut fonctionner
en mode réduit, est portée à50oC (égale à celle exigée pour l?Espagne dans la
norme européenne). Ce nouveau cahier des charges a vocation à être appliqué
sur tout type de matériel roulant du parc SNCF Voyageurs, au fur et à mesure des
renouvellements.
Opérations de maintenance et de fiabilisation spécifiques
Pour prévenir les problèmes de climatisation dans les trains, SNCF Voyageurs a
mis en place des opérations de maintenance spécifiques à la climatisation en
période estivale, ainsi qu?une hotline spéciale pour le dépannage à distance de
problèmes de climatisation. Le résultat sur l?été2022a été une amélioration du
comportement de la climatisation par rapport aux années précédentes. La RATP a
également mis en place une maintenance anticipée de la climatisation sur certains
matériels métro (lignes2, 5 et 9) sur la période de mars à mai. La maintenance
de la climatisation sur les métros n?est donc plus lissée sur l?année. Des cycles
de maintenance préventifs sont aussi effectués sur le matériel roulant du tramway.
Un travail de fiabilisation du matériel roulant en période caniculaire est égale-
ment engagé par la RATP et inscrit dans le plan canicule2023 du groupeSNCF.
Sur les modèles de métro ferré, les analyses récurrentes de fiabilité effectuées
par la RATP, ainsi que la réalisation au plus tôt de plans d?action ont déjà porté
leurs fruits, ayant notamment permis de passer la dernière période estivale sans
dégradation de la fiabilité.
Enfin, pour le matériel roulant du tramway, la RATP prévoit également un appro-
visionnement en composants plus robustes à la chaleur dans les ateliers de
maintenance.
? Amélioration du confort des voyageurs durant les fortes chaleurs
À bord des trains et en gare, des actions de distribution d?eau sont organisées
en période de fortes chaleurs pour éviter la déshydratation des voyageurs. Les
équipes SNCF Voyageurs distribuent de l?eau gratuitement en période de canicule
dès1heure de retard si la climatisation ne fonctionne pas et dès2heures de
retard si celle-ci fonctionne. Ainsi, durant l?été2022, 70 000bouteilles d?eau ont
été distribuées dans les TER et 270 000 dans les TGV et Intercités. Pour amélio-
rer le confort des voyageurs par temps de canicule, SNCF Gares et Connexions a
également mis en place le dispositif Renfort Eau, dans 24gares, permettant aux
voyageurs de retirer gratuitement une bouteille d?eau dans les Relay. La RATP,
quant à elle, a distribué 100 000bouteilles d?eau entre le12 et le18juillet 2022,
dans une trentaine de gares et stations. Une distribution d?éventails a également
eu lieu sur la ligne5à la même période.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
211
Figure F 16 : Sticker indiquant qu?un RER est équipé de climatisation.
Source : © Arnaud Bouissou/Terra.
Pour éviter aux voyageurs les désagréments liés à la canicule, le plan canicule2023
du groupe SNCF prévoit également de continuer à inviter au report du voyage en
cas de canicule, éventuellement en ciblant certaines catégories de voyageurs,
tels que ceux dont le voyage doit avoir lieu sur une ligne non climatisée ou les
personnes vulnérables.
Figure F 17 : Agents RATP distribuant des bouteilles d?eau et des éventails en gare de
Vincennes pendant l?épisode caniculaire de juillet2022.
Source : © Arnaud Bouissou/Terra.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
212
Actions d?adaptation des routes
Plusieurs solutions existent pour faire face aux impacts des fortes chaleurs sur
l?infrastructure routière. Il existe par exemple des gammes de bitumes adaptés
aux différents climats. Il est donc possible de modifier progressivement les formu-
lations lors du renouvellement des couches de roulement, qui a lieu environ tous
les15ans. Une autre solution est d?utiliser des chaussées de couleur claire, qui
absorbent moins le rayonnement solaire et ainsi chauffent moins. Cela nécessite
un liant clair (bitume dépigmenté, liant biosourcé ou liant hydraulique) et des gra-
nulats clairs. La difficulté est que ces derniers ne sont pas forcément disponibles
partout. D?autres difficultés pratiques se posent lors de l?utilisation de chaussées
de couleurs claires : risque de noircissement de la chaussée en cas de trafic auto-
mobile significatif, risque d?inconfort pour les usagers voire d?atteinte à la sécurité
routière (risque d?éblouissement, manque de contraste par rapport au marquage
au sol). Ainsi, les chaussées claires sont aujourd?hui privilégiées en milieu urbain
pour réduire les îlots de chaleur, notamment pour les trottoirs, espaces publics,
voies piétonnes ou peu circulées et pistes cyclables. Actuellement, il n?y a pas de
perspective de les développer à grande échelle sur les routes. Une solution tem-
poraire, pratiquée par certaines collectivités pour éviter le ressuage, demeure le
blanchissement de la route au lait de chaux. Il s?agit d?un traitement temporaire
qui n?est efficace que pendant quelques jours. Cela a par exemple été pratiqué
en Ille-et-Vilaine durant l?été2022.
Dans son rapport de2020 sur le retour d?expérience sur la canicule de2019, le
CEREMA a également identifié l?exploitation des relevés lidar permettant de déter-
miner la qualité des routes (effectués dans le cadre de la démarche « indice qualité
des routes nationales » ou IQRN) comme un moyen d?identifier et de suivre cer-
taines déformations de la chaussée causées par les fortes chaleurs.
Sur les ouvrages d?art, le CEREMA préconise une surveillance accrue des appa-
reils d?appui lors des conditions de températures extrêmes, conduisant, si néces-
saire, au remplacement préventif de ceux-ci, selon les exigences européennes
(Eurocodes), qui imposent un dimensionnement plus contraignant que les règle-
ments français.
Enfin, il convient de noter que durant les fortes chaleurs, les règlements intérieurs
des directions interdépartementales des routes prévoient des organisations adap-
tées des travaux (décalage le matin, notamment) ainsi que des pauses et la dis-
tribution d?eau. Des casquettes sont aussi prévues pour les agents.
213
Conclusions et perspectives
Conclusions et perspectives
Les conditions météorologiques rencontrées l?été2022 et leurs impacts sur tous
les aspects de notre société et de la nature doivent nous rappeler l?urgence d?agir
sur les deux volets de la lutte contre le changement climatique. Premièrement,
il est aujourd?hui très clair que l?adaptation au changement climatique est indis-
pensable et que nous devons préparer comment vivre le mieux possible dans
le climat futur. Deuxièmement, on n?insistera jamais assez sur la nécessité de
limiter l?impact des activités humaines sur le climat, en réduisant drastiquement
les émissions mondiales de GES de façon à limiter l?ampleur du réchauffement
climatique futur.
Puisque le risque climatique est le produit de trois facteurs, les politiques d?adap-
tation doivent jouer sur les trois tableaux. Bien sûr, il est parfois difficile de classer
telle ou telle mesure dans une seule des composantes du risque : aléa, vulnérabi-
lité ou exposition (figureA3), puis il existe un certain recouvrement. La réduction
de la vulnérabilité, de l?exposition et/ou de l?aléa peut être obtenue par différents
choix de politiques et d?actions au fil du temps.
Les actions de réduction de l?aléa
Les dernières observations et les projections climatiques montrent clairement que
les épisodes caniculaires vont se multiplier d?ici2050. Ils ne seront pour la très
grande majorité d?entre eux pas plus forts en intensité, en durée ou en sévérité
qu?en2003, mais il est possible qu?ils s?en rapprochent ou même les dépassent
dans certaines régions, comme en Bretagne cette année où des records de tem-
pérature ont été battus. Les canicules précoces comme celle de juin2019 ou
juin2022 seront quatre fois plus probables à l?horizon2040, celle de juillet six
fois plus (chapitreB).
Dans le cas de la trajectoire socio-économique parmi celles utilisées par le GIEC
dans ses derniers rapports, la plus sévère (SSP5-8.5), les épisodes de fortes cha-
leurs se multiplieront, auront une intensité bien supérieure, seront plus longs et
dureront tout l?été (90jours).
Réussir à atteindre les objectifs de l?accord de Paris sur le climat par des mesures
d?atténuation et donc limiter la hausse mondiale des températures bien en dessous
de2oC d?ici la fin du siècle, tout en poursuivant les efforts pour ne pas dépas-
ser1,5oC, c?est aussi réduire l?occurrence de vagues de chaleur plus sévères.
Au-delà des mesures d?atténuation qui, en réduisant les causes du changement
climatique, en limitent les conséquences à long terme, la réduction de l?aléa peut
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
214
provenir d?actions d?adaptation, nécessaires sur le court et moyen terme. Ainsi, la
lutte contre les îlots de chaleur urbains tels que décrits dans le chapitreB permet
de limiter les températures extrêmes, réelles et ressenties, notamment en privi-
légiant des solutions d?adaptation fondées sur la nature. Il convient néanmoins
de rappeler que ces dernières ne fonctionnent qu?avec une nature préservée ou
restaurée et à condition que le réchauffement ne soit pas trop fort.
La réduction de la vulnérabilité
Une des façons d?agir pour réduire la vulnérabilité de la population aux vagues
de chaleur est d?étendre les mesures de prévention déjà existantes, au moyen
d?informations répétées sur les bons réflexes à avoir, mais aussi d?alerter le
plus tôt possible de manière que la population prenne les mesures nécessaires
à la réduction de leur vulnérabilité. Ces mesures peuvent être prises également
par les autorités compétentes qui pourront, selon le cas, décider d?interdire une
manifestation sportive ou bien de faciliter le recours au télétravail. Les mesures
préventives peuvent également être des mesures nécessitant un certain investis-
sement dans l?adaptation des structures telles que la mise en place d?aumoins
une pièce rafraîchie dans chaque maison de retraite et logement foyer pour per-
sonnes âgées, tels que prévus dans le plan national canicule de mai2004. Des
mesures similaires sont à étendre par exemple pour les conducteurs de bus ou
de train, lors du renouvellement du matériel roulant.
La réduction de l?exposition
Enfin, les actions d?adaptation peuvent chercher à réduire l?exposition. Par exemple,
il est possible de la diminuer en mettant à jour les différents référentiels techniques
comme il a été fait pour la réglementation régissant les constructions nouvelles.
Ainsi, la RE2020 impose aux futures constructions un niveau de confort thermique
minimum en cas de vagues de chaleur du niveau de celle de2003 (chapitreD).
L?élaboration d?un plan vague de chaleur interministériel permettra de compléter
le plan national canicule jusqu?alors consacré aux impacts sanitaires de manière
à lutter contre l?impact des vagues de chaleur sur la vie quotidienne des Français,
la continuité des services publics essentiels et de la vie économique, ainsi que
la protection des milieux et ressources naturels, tout en gardant les acquis du
plan canicule actuel.
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Bibliographie
Rapport d?activité
del?Observatoire
Créé par la loi du 19février 2001, l?ONERC matérialise la volonté du Parlement
et du Gouvernement d?intégrer les effets du changement climatique dans les
politiques publiques environnementales en France métropolitaine et d?outre-
mer. L?ONERC est rattaché au ministère de la Transition écologique et de
la Cohésion des territoires (MTECT) et au ministère de la Transition éner-
gétique (MTE) via le service climat et efficacité énergétique de la direction
générale de l?énergie et du climat (DGEC).
L?orientation de l?action de l?ONERC est assurée depuis2017 (décret no2017-
211 du 20février 2017) par une commission spécialisée dédiée du Conseil
national de la transition écologique présidée par M.Ronan Dantec, séna-
teur de la Loire-Atlantique (arrêté du 14avril 2017). L?ONERC est dirigé par
M.Laurent Michel, directeur général de l?énergie et du climat. Le secréta-
riat général est assuré par M.Éric Brun, assisté de cinq chargés de mission,
dont une adjointe au secrétaire général. L?équipe de l?ONERC a été appuyée
sur la période couverte par ce rapport par une chargée de mission vacataire
et a accueilli plusieurs stagiaires.
L?ONERC a pour missions principales de collecter et diffuser les informa-
tions sur les risques liés au réchauffement climatique et de formuler des
recommandations sur les mesures d?adaptation à envisager pour limiter les
impacts du changement climatique. Il assure également, depuis sa création,
la fonction de point focal de la France au sein du Groupe d?experts intergou-
vernemental sur l?évolution du climat (GIEC).
Au sein du service climat et efficacité énergétique, l?ONERC constitue le « pôle
Adaptation au changement climatique » de la DGEC, en charge de la coordi-
nation de la politique nationale d?adaptation.
Cette annexe, sans être exhaustive, présente les principales actions de
l?ONERC entre octobre2021 et décembre2022.
Table des matières
Action internationale ............................................................................... 231
Politique d?adaptation au changement climatique .......................... 240
Information, formation et communication ....................................... 243
231
Rapport d?activité del?Observatoire
Action internationale
La fonction de point focal du GIEC pour la France a occupé une large part des
activités internationales de l?observatoire sur la période couverte par le présent
rapport d?activité. En outre, l?ONERC a intensifié sa participation régulière aux
autres travaux internationaux, notamment au niveau de l?Union européenne (contri-
bution aux missions de la présidence française du Conseil de l?Union européenne
du 1erjanvier 2022 au 30juin 2022) et de la Convention-cadre des Nations unies
sur les changements climatiques (CCNUCC). L?ONERC a de surcroît développé des
relations multilatérales et bilatérales avec les services en charge des politiques
publiques d?adaptation dans plusieurs pays.
Groupe d?experts intergouvernemental
sur l?évolution du climat (GIEC)
Depuis plus de30ans, le GIEC évalue l?état des connaissances sur l?évolution du
climat, ses causes, ses impacts. Il identifie également les possibilités de limiter
l?ampleur du réchauffement et la gravité de ses impacts et de s?adapter aux chan-
gements attendus. Les rapports du GIEC fournissent un état des lieux régulier des
connaissances les plus avancées. Cette production scientifique est au coeur des
négociations internationales sur le climat. Elle est aussi fondamentale en tant que
source scientifique sur laquelle s?appuie le gouvernement français pour définir sa poli-
tique climatique ainsi que pour informer et alerter les décideurs et la société civile.
6ecycle d?évaluation du GIEC
Le 6ecycle GIEC a débuté en octobre2015 et se terminera d?ici fin juillet 2023
avec l?élection d?un nouveau bureau.
Trois rapports spéciaux ont déjà été produits au cours de ce 6ecycle :
? un premier rapport spécial sur l?impact d?un réchauffement global de1,5oC au-
dessus des niveaux préindustriels et sur les trajectoires d?émission de gaz à effet
de serre correspondantes a été publié le8octobre 2018 ;
? le 8août 2019, un deuxième rapport spécial sur les liens entre le changement
climatique, la désertification, la dégradation des terres, la gestion durable des
terres, la sécurité alimentaire et les flux de gaz à effet de serre dans les écosys-
tèmes terrestres a été publié ;
? le 25septembre 2019, un troisième rapport spécial sur les liens entre le chan-
gement climatique, les océans et la cryosphère a été publié.
En mai2019, a également été produite une mise à jour du guide méthodologique
sur les inventaires nationaux d?émissions de gaz à effet de serre datant de2006.
Le GIEC a déjà publié les 3volumes de son 6erapport d?évaluation (AR6) :
Volume1 : les bases physiques du changement climatique, publié en août2021 ;
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
232
Volume2 : les impacts, les risques, l?adaptation et la vulnérabilité au changement
climatique, publié en février2022 (cf. encadré4, ci-après) ;
Volume3 : l?atténuation du changement climatique, publié en avril2022 (cf.
encadré5, ci-après).
Le 6ecycle du GIEC se conclura par la publication de son rapport de synthèse
(SYR) qui sera publié en mars2023. Le résumé pour décideurs du rapport de syn-
thèse est le produit phare concluant un cycle.
L?AR6 du GIEC sera en outre l?intrant scientifique principal du premier bilan mondial
de l?accord de Paris qui sera établi en2023.
Encadré 4
Volume2 du 6erapport d?évaluation du GIEC
« changement climatique : impacts, adaptation et vulnérabilité »
Le Groupe d?experts intergouvernemental sur l?évolution du climat (GIEC) a
publié en février2022 le deuxième volume de son 6e rapport d?évaluation.
Ce rapport est le fruit d?une collaboration internationale de300auteurs
scientifiques (dont5 travaillent en France) issus de67pays, ainsi que
d?un long processus transparent et inclusif d?expertise collective. Ainsi
plus de62 000commentaires de gouvernements et d?experts ont été exa-
minés par les auteurs et ont tous reçu une réponse.
Dans ce deuxième volume, le GIEC atteste d?une augmentation des risques
(vagues de chaleur, précipitations extrêmes, sécheresses, fonte de la
cryosphère, changement du comportement de nombreuses espèces?)
pour un même niveau de réchauffement par rapport au 5erapport d?éva-
luation de2014. Le changement climatique impacte de plus en plus les
écosystèmes, la sécurité de l?accès à l?eau et à l?alimentation, les infras-
tructures, la santé et le bien-être, ainsi que l?économie et la culture. Avec
l?augmentation du réchauffement, les risques vont s?aggraver dans toutes
les régions du monde, en particulier dans les plus vulnérables.
Ce volume fait également le point sur les politiques d?adaptation déjà
engagées et identifie celles qui doivent être mises en oeuvre pour faire
face à l?augmentation des risques. Le nombre de mesures d?adaptation a
ainsi considérablement augmenté depuis le 5erapport, mais la plupart se
focalisent sur les ressources en eau (cette insécurité concerne la moitié
de la population mondiale) et leurs effets sont encore mal évalués. Plus
inquiétant, le GIEC identifie des seuils de réchauffement provoquant des
impacts irréversibles sur la perte de la biodiversité et pointe le fait que
certaines limites d?adaptation ont déjà été atteintes. De manière géné-
rale, les experts soulignent que le fait de retarder les politiques d?adap-
tation compromet leur efficacité et en augmente le coût.
Rapport d?activité del?Observatoire
233
Encadré 5
Volume 3 du 6e rapport d?évaluation du GIEC
« atténuation du changement climatique »
Le Groupe d?experts intergouvernemental sur l?évolution du climat (GIEC)
a publié en avril2022 le troisième volume de son 6erapport d?évaluation.
Ce rapport est le fruit d?une collaboration internationale de278auteurs
scientifiques (dont5 travaillent en France) issus de65pays, ainsi que
d?un long processus transparent et inclusif d?expertise collective. Ainsi
plus de59 000commentaires de gouvernements et d?experts ont été exa-
minés par les auteurs et ont tous reçu une réponse.
Le troisième et dernier volume du 6erapport d?évaluation du GIEC fait le
point sur l?atténuation, c?est-à-dire les mesures de réduction des émis-
sions de gaz à effet de serre (GES). Selon cette nouvelle évaluation, les
émissions mondiales ont continué à augmenter fortement au cours de la
dernière décennie, mais moins vite que lors de la décennie précédente.
Autre constat, même si le coût des énergies renouvelables a considéra-
blement baissé et si leur déploiement s?est accéléré, cela n?a pas permis
de réduire les émissions venant des combustibles fossiles. Plus large-
ment, les experts alertent : même si les contributions déterminées au
niveau national (CDN) dans le cadre de l?Accord de Paris sont respectées
d?ici2030, l?objectif de réchauffement global de1,5oC qui fait partie de
l?objectif de température de cet accord est probablement hors de portée
et celui de rester bien en dessous de2oC, qui en fait également partie,
nécessitera des réductions d?émissions très fortes après2030. Les poli-
tiques actuelles des pays conduiraient à un réchauffement global de3,2oC
d?ici la fin du siècle, par rapport au niveau préindustriel.
Limiter le réchauffement à1,5oC nécessite d?atteindre le « zéro émission
nette » de CO2à l?échelle mondiale en2050. Cela ne sera possible que
si tous les secteurs font leur transition : bâtiments, transports, énergie,
industrie, agriculture, etc. Le rapport du GIEC détaille les solutions pour
parvenir à réduire drastiquement les émissions de GES.
Réunions plénières et du bureau du GIEC
En coordination avec les ministères en charge de la Recherche (MESR) et des
Affaires étrangères (MEAE), l?ONERC, en tant que point focal du GIEC pour la
France, assure la représentation permanente de la France au sein des organes
de gouvernance du GIEC.
Sur la période couverte par ce rapport, l?ONERC a ainsi participé à3réunions du
bureau du GIEC et à trois réunions plénières du GIEC.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
234
Les 55e et 56eréunions plénières du GIEC (IPCC-55 du14 au 24février 2022 et
IPCC-56 du21mars au 4avril 2022) ont permis d?approuver le rapport du Groupe
de travail2 et le rapport du Groupe de travail3 (cf. encadrés4 et 5). En raison de
la pandémie, le processus d?approbation de ces deux volumes a été tenu entiè-
rement en virtuel.
La 57eréunion plénière du GIEC (IPCC-57) s?est tenue en Suisse, à Genève, du27
au 30septembre 2022. Elle visait principalement à préparer les conditions d?ins-
tallation (en particulier la composition et la tenue des élections) du futur bureau
du GIEC en vue du prochain cycle de travail (7e). Cette première réunion en pré-
sentiel depuis IPCC-52 (février2020) a notamment permis de programmer le
calendrier des élections pour l?installation du prochain bureau du GIEC, étape
nécessaire pour lancer les travaux de recherche du prochain cycle. Ces élections
se tiendront d?ici fin juillet2023.
6ecycle en France
Sur la période d?octobre2021à décembre2022, l?ONERC a organisé, en coor-
dination avec le MEAE et le MESR, les dernières revues gouvernementales du
résumé à l?intention des décideurs des volumes2 et 3 du 6eRapport d?évaluation
du GIEC ainsi que la revue par le gouvernement français de la première version
du Rapport de synthèse (SYR). Ces revues se sont appuyées principalement sur
l?expertise des services des ministères représentés dans l?équipe interministé-
rielle de négociations sur le climat, et sur l?expertise du MESR et d?organismes
scientifiques et techniques.
Les ultimes revues des volumes2 et 3 ne concernaient que le résumé pour déci-
deurs et ont été menées par l?ONERC respectivement du1eroctobre au 26novembre
2021 et du29novembre 2021 au 30janvier 2022. 456commentaires pour le
volume2 et 496 pour le volume3 ont été transmis au GIEC, à la suite d?une large
mobilisation d?environ une trentaine de services étatiques et d?organismes scien-
tifiques et techniques, comprenant au total une soixantaine de relecteurs. À la
suite de ces dernières revues, les sessions de négociations ont abouti à la publi-
cation des volumes2 et 3 en février et avril2022.
Parallèlement, la première revue gouvernementale du rapport de synthèse s?est
tenue du10janvier au 20mars 2022, mobilisant 19organismes et aboutissant à
l?envoi de397commentaires. La deuxième revue se s?est tenue du21novembre
2022 au 15janvier 2023 pour une publication le 20mars 2023 qui achèvera la
production scientifique du 6ecycle du GIEC.
Rapport d?activité del?Observatoire
235
Figure 1:Revues gouvernementales du 6erapport d?évaluation du GIEC entre octobre2019
et mars2022. Nombre de commentaires soumis par la France lors des revues de la deuxième
version (SOD) et de la dernière version (FGD) des différents projets de rapports constituant
les volumes1, 2 et 3 ainsi que le rapport de synthèse.
Figure 2:Nombre de relecteurs et d?organismes contributeurs aux revues gouvernementales
de la France entre octobre2019 et mars2022. Revue de la deuxième version (SOD) et de la
dernière version (FGD) des différents projets de rapports.
955
240
3709
456
1950
496 397
No
m
br
e
de
c
om
m
en
ta
ire
s
0
500
1000
1500
2000
2500
3000
3500
4000
SOD FGD SOD FGD SOD FGD SOD
AR6 WG2 AR6 WG3 AR6 SYRAR6 WG1
Commentaires soumis lors de l?AR6
47
74
209
62
150
60
3027 32 26 30 32
19
Relecteurs Organismes
Relecteurs et organismes sollicités lors de l'AR6
No
m
br
e
de
re
le
ct
eu
rs
/o
rg
an
is
m
es
0
50
100
150
200
250
SOD FGD SOD FGD SOD FGD SOD
AR6 WG1 AR6 WG2 AR6 WG3 AR6 SYR
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
236
Enfin, sur toute la période du 6ecycle du GIEC, le financement de l?unité d?appui
technique (en anglais Technical Support Unit ?TSU) du Groupe de travail1 du
GIEC est assuré par la France. Le suivi du financement et des activités de cette
TSU est assuré par l?ONERC, le MESR et le MEAE. L?ONERC a de plus coordonné
le versement de la contribution française2019, 2020, 2021 et 2022 au budget
central de fonctionnement du GIEC.
Rencontres entre experts français de l?IPBES et du GIEC
Des rencontres entre experts français de l?IPBES et du GIEC sont organisées régu-
lièrement par la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB), qui assure
le secrétariat scientifique du Comité français pour l?IPBES, et l?ONERC. Elles sont
à destination des experts français qui participent ou seraient amenés à partici-
per aux travaux des plateformes intergouvernementales scientifiques et politiques
de l?IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique pour la bio-
diversité et les services écosystémiques) et du GIEC (Groupe d?experts intergou-
vernemental sur l?évolution du climat).
L?objectif principal de cet événement est l?échange d?expérience, au sein et entre
les communautés de recherche sur la biodiversité et le climat. Les décideurs,
par exemple les ministères ou institutions qui représentent la France à l?IPBES,
au GIEC, mais aussi auprès des accords multilatéraux environnementaux, ou les
décideurs à d?autres échelons (collectivités, entreprises, etc.), sont également
invités en tant qu?acteurs clés à l?interface science-politique.
L?édition2022, organisée le 1erjuin et accueillie par la Caisse des dépôts et consi-
gnations (CDC), a été introduite par Éric Lombard (directeur général de la CDC),
Hélène Soubelet (directrice de la FRB) et Éric Brun (secrétaire général de l?ONERC).
Puis, les participants (environ 50personnes) ont été conviés à plusieurs sessions
de tables rondes sur les sujets suivants :
1. l?implication des parties prenantes en tant qu?experts dans les travaux de
l?IPBES et du GIEC ;
2. l?optimisation des processus de relecture des rapports de l?IPBES et du GIEC ;
3. l?expérience en tant qu?auteur d?une évaluation IPBES ou GIEC ;
4. le traitement des enjeux de gouvernance dans les évaluations IPBES et GIEC.
Convention-cadre des Nations unies sur les changements
climatiques (CCNUCC)
Dans le cadre de l?appui aux négociations climatiques mondiales, l?ONERC parti-
cipe également, avec le département de la lutte contre l?effet de serre du minis-
tère de la Transition énergétique, au groupe informel d?experts européens consacré
aux sujets scientifiques ayant pour objectif de construire une vision commune sur
ces sujets au sein des États membres de l?Union européenne.
Rapport d?activité del?Observatoire
237
L?année2022a marqué la reprise des grands rendez-vous de négociations clima-
tiques en présentiel où l?ONERC s?est fortement impliqué pour appuyer les efforts
de l?Union européenne en faveur des résultats du GIEC, combinant son rôle durant
la présidence française de l?Union européenne avec celui de point focal du GIEC.
La sortie, en début d?année2022, des rapports des groupes de travail du GIEC
sur l?adaptation et l?atténuation a suscité un vif intérêt des Parties à la CCNUCC.
Leurs auteurs ont présenté les travaux de manière détaillée lors d?événements
spécifiques et informé de nombreux points à l?agenda des négociations (atténua-
tion, adaptation, pertes et dommages, les soutiens à la mise en oeuvre et le bilan
mondial p.ex.). À la COP27, en novembre2022, l?ONERC a continué à soutenir
l?équipe de négociation française sur les sujets scientifiques.
Task force sur l?adaptation au changement climatique
de l?OCDE
L?ONERC est le point focal de la task force établie depuis février2020 et qui
informe les travaux du comité de politiques environnementales de l?OCDE. Les
réunions thématiques de la task force en2022 ont couvert un champ de plus en
plus large : les pertes et dommages dans le contexte du changement climatique,
les systèmes de suivi et évaluation des actions d?adaptation, les villes résilientes
et, liées, les solutions fondées sur la nature par exemple. Cela répond à un intérêt
croissant, tant au niveau national des pays membres que dans les forums inter-
nationaux. Ces travaux permettent la mise en réseau et l?échange de connais-
sances techniques entre acteurs d?adaptation, informent les efforts de la France
pour s?adapter au changement climatique et vice versa. L?ONERC continue en
conséquence à faciliter la coopération entre la France et l?OCDE dans ce domaine.
Espace européen
? Présidence française du Conseil de l?Union européenne
Du 1erjanvier au 30juin 2022, la France a assuré la présidence du Conseil de
l?Union européenne (PFUE). Cette présidence, située à mi-parcours du mandat de
la Commission qui a fait du Pacte vert européen la pierre angulaire de sa feuille
de route, a été marquée par la sortie de crise liée à la pandémie de Covid-19.
Au nom de la DGEC, l?ONERC a assuré la présidence du groupe d?experts euro-
péens chargé de formuler la position de l?Union européenne concernant les sujets
scientifiques débattus sous la Convention-cadre des Nations unies sur le change-
ment climatique (CCNUCC). Il a également présidé ce groupe de l?UE pendant les
négociations climatiques à Bonn enjuin. L?ONERC a par ailleurs organisé la pre-
mière réunion de coordination hybride de ce groupe depuis le début de la pandémie.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
238
Encadré 6
Évènement PFUE sur l?adaptation au changement climatique
Dans le cadre de la Conférence ministérielle pour le climat, organisée par
le ministère en charge de la Transition écologique, l?ONERC a organisé un
atelier d?échanges entre experts européens sur l?adaptation au change-
ment climatique le 8mars 2022. Cet atelier a été introduit par une pré-
sentation des principales conclusions du rapport du groupe de travailII
du GIEC sur les impacts, l?adaptation et la vulnérabilité au changement
climatique par ses coprésidents ainsi que par un focus sur les impacts
et l?adaptation dans les petites îles et les États insulaires. L?atelier s?est
articulé autour de trois tables rondes. La première table ronde sur la gou-
vernance de la politique d?adaptation a réuni l?ambassadeur climat de la
France et des représentants de la direction générale de l?Office espagnol
du changement climatique, de la direction générale en charge du Climat
de la Commission européenne et des associations Climate Alliance et
Climate Chance avec pour objectif de questionner le rôle respectif de l?Eu-
rope, des États et des territoires. La deuxième table ronde a réuni des
experts de Météo-France, du CEREMA, de la direction des services cli-
matiques des Pays-Bas, du programme d?observation de la Terre de l?UE
Copernicus, de l?observatoire pyrénéen du changement climatique et d?Ac-
climaTerra pour présenter les outils à disposition des territoires européens
pour s?adapter au changement climatique. La troisième table ronde a réuni
des experts de la direction générale de la Politique régionale et urbaine
de la Commission européenne, du ministère de l?Enseignement supérieur,
de la Recherche et de l?Innovation, de la fondation italienne de recherche
CIMA, de la direction de la transition énergétique et des territoires de la
région Sud et de l?EPTB Seine Grands Lacs pour présenter les disposi-
tifs et aides financières à la disposition des territoires pour s?adapter au
changement climatique.
Représentant la DGEC, l?ONERC siège pour la France au sein du groupe de travail
mis en place par la direction générale Climat de la Commission européenne pour
le suivi de la stratégie européenne d?adaptation adoptée en2013 et révisée
en2021. Dans le cadre de la gouvernance de l?union de l?énergie, l?ONERC met
à jour tous les deux ans, depuis mars2021, les informations concernant la poli-
tique et les actions d?adaptation en France sur l?outil dédié de rapportage. Ces
informations sont ensuite diffusées sur la plate-forme d?échange Climate Adapt 1
par l?Agence européenne de l?environnement (AEE). L?ONERC soutient également
les équipes en charge de la mise à jour du plan national énergie climat qui est
en préparation pour2023.
1. http://climate-adapt.eea.europa.eu/
Rapport d?activité del?Observatoire
239
Sous la coordination du CGDD/SDES du ministère, l?ONERC fait partie du groupe
de travail fédéré dans le réseau Eionet rassemblant les correspondants de l?Agence
européenne de leEnvironnement (AEE) intéressés par les problématiques d?obser-
vation des effets du changement climatique et de l?adaptation. À ce titre, l?ONERC
a participé à l?atelier annuel sur les impacts du changement climatique, la vulné-
rabilité et l?adaptation en septembre2022à l?AEE. Par ailleurs, l?ONERC contri-
bue aux différentes publications de l?AEE sur les sujets d?adaptation tels que
les coûts de l?inaction et de l?adaptation, les impacts des sécheresses sur les
écosystèmes, le rafraîchissement durable des bâtiments, le statut des actions
d?adaptation nationales en Europe ou bien le lien entre changement climatique
et santé par exemple.
L?Observatoire pyrénéen sur le changement climatique (OPCC) a invité l?ONERC à
faire partie de son comité de pilotage. Le colloque final du projet ADAPYR et des
autres programmes associés (ACCLIMAFOR, FLORAPYR Avance et ADNPyr) orga-
nisé à Bilbao les19 et 20mai 2022a été l?occasion pour l?ONERC de présen-
ter le Centre de ressources sur l?adaptation au changement climatique lors de la
table ronde sur les plateformes de ressources climatiques accessibles sur le ter-
ritoire pyrénéen.
L?ONERC participe, en tant que pilote de certaines actions et bénéficiaire associé,
au projet ARTISAN coordonné par l?Agence française pour la biodiversité. Ce projet,
retenu par la Commission européenne au titre des projets LIFE intégrés, vise à
généraliser le recours aux solutions fondées sur la nature pour l?adaptation au
changement climatique.
Initiatives multilatérales et bilatérales
Dans une logique de collaboration transfrontalière, l?ONERC a eu l?occasion de
participer à plusieurs échanges bilatéraux formels et informels avec ses homolo-
gues de la plupart des pays voisins de la France métropolitaine (groupe Science,
IG CCA, Convention alpine, etc.) ainsi que quelques pays plus éloignés afin de
partager les idées et les pratiques en matière d?adaptation au changement clima-
tique (Chine, Groupe Visegrad, Inde).
Dans le cadre de l?Atelier « Adaptation des communes au changement climatique
en France et en Allemagne », organisé à Cologne les23 et 24mai 2022 par Dfi,
l?Institut franco-allemand de Ludwigsburg, l?ONERC est intervenu pour présenter
les outils existants en France pour sensibiliser les acteurs locaux à l?adaptation
au changement climatique.
Dans le cadre de l?évaluation des performances environnementales de l?Allemagne
conduite par l?OCDE (2022-2023), l?ONERC a participé à une mission de revue
par les pairs des politiques environnementales allemandes en tant qu?expert des
politiques d?adaptation au changement climatique et de solutions fondées sur la
nature du10 au 14octobre 2022à Berlin.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
240
La commission de normalisation de l?AFNOR sur l?environnement et le changement
climatique, dont l?ONERC est membre, a suivi les travaux de l?ISO, menant à la
publication de la série de normes sur l?adaptation au changement climatique. À ce
jour sept normes ont été publiées : les normes ISO14090 (juin2019), ISO14091
(février2021), ISO14092 (mai2020), ISO14097 (septembre 2021), ISO14093
(juin2022) et ISO14030-3 (septembre2022) et ISO14100 (octobre2022).
L?ONERC est enfin régulièrement sollicité pour participer à des travaux en lien avec
les problématiques du changement climatique et de ses enjeux. Les quelques
exemples ci-après visent à illustrer la variété et la diversité de ces activités :
? de mai2021à février2022, l?ONERC a participé à l?équipe projet du Varenne
de l?eau agricole et de l?adaptation au changement climatique ;
? l?ONERC a également participé aux travaux d?élaboration du 4eplan national
santé-environnement ;
? depuis octobre2021, l?ONERC participe au comité interministériel de suivi des
Assises de la forêt et du bois et est en charge du suivi de l?action des Assises
relative à l?appel à projet2022 du RMT-Aforce sur l?adaptation au changement
climatique pour le MTECT depuis mars2022 ;
? participation aux travaux du CGDD pour l?élaboration d?un guide sur la prise en
compte de la vulnérabilité au changement climatique dans les évaluations envi-
ronnementales (fin2022) ;
? participation au comité de pilotage de l?étude Quanti-Adapt de I4CE.
Politique d?adaptation au changement climatique
Rattaché à la direction générale de l?énergie et du climat (DGEC), au sein du
ministère en charge de l?Environnement, l?ONERC coordonne la politique natio-
nale d?adaptation au changement climatique.
La France a développé une stratégie nationale d?adaptation en2006. Sur cette
base, le premier plan national d?adaptation au changement climatique (PNACC-1)
a été mis en oeuvre à partir de2011 et le deuxième plan national d?adaptation
au changement climatique (PNACC-2) a été publié fin2018.
Le PNACC-2 comporte 4priorités : la territorialisation de la politique d?adaptation,
l?implication des filières économiques, le recours aux solutions fondées sur la
nature et les outre-mer. Il comprend 58actions réparties en 6domaines : gouver-
nance, prévention et résilience, nature et milieux, filières économiques, connais-
sance et information, et international.
Le programme de travail annuel et le bilan de l?avancement effectif des actions
programmées ont été présentés à la commission spécialisée du Conseil national
de la transition écologique chargé de suivre l?avancement du PNACC-2. La com-
mission a préparé l?avis annuel du Conseil national de la transition écologique
relatif à l?avancement du PNACC-2.
Rapport d?activité del?Observatoire
241
Parution de l?évaluation à mi-parcours du deuxième plan national
d?adaptation au changement climatique
L?évaluation à mi-parcours du deuxième plan national d?adaptation au chan-
gement climatique (PNACC-2) a été présentée à la commission spéciali-
sée du Conseil national de la transition écologique en charge de son suivi,
le16décembre 2021. Cette évaluation a été mise en ligne le11mars
2022 avec son texte intégral et sa synthèse. Elle dresse un premier bilan
de la mise en oeuvre de ce plan depuis son adoption en2018.
Ce bilan montre qu?à fin2021, la quasi-totalité des actions du PNACC-2,
soit53 des58actions, ont été lancées. Ces actions se déclinent de
manière opérationnelle en389sous-actions. Sur ces389sous-actions,
106 étaient déjà terminées, 225 étaient en cours de mise en oeuvre et
58 n?avaient pas encore démarré.
Au fur et à mesure de la mise en oeuvre du PNACC-2, de nouvelles sous-
actions sont apparues nécessaires et le budget dédié a en conséquence
augmenté. Par exemple, les pilotes et contributeurs du domaine d?action
Nature et Milieux se sont fortement mobilisés pour répondre aux objec-
tifs du PNACC-2 en mettant en oeuvre plusde170sous-actions en2021.
De2019à2021, le budget total du PNACC-2 est ainsi passé d?environ
300M¤ à8,2Md¤.
Quelques actions phares ont été menées depuis 2018 : la modélisa-
tion des impacts du changement climatique dans le scénario qui sous-
tend la SNBC-2 (chauffage/climatisation, agriculture, forêt), la publication
de4normes ISO sur le changement climatique dont 3spécifiquement sur
l?adaptation, l?extension de la campagne de communication pour la pré-
vention des feux de forêts à l?ensemble du territoire métropolitain et à
tous les végétaux, le lancement du projet LIFE ARTISAN sur les solutions
d?adaptation fondées sur la nature, etc.
Des indicateurs ont été développés par les pilotes à la demande des
membres et personnalités qualifiées de la commission spécialisée afin
d?évaluer les progrès effectués dans la mise en oeuvre des actions du
PNACC-2. Au deuxième semestre2021, seulement66 des100 indica-
teurs de suivi ont pu être renseignés. En complément de ces indicateurs
de suivi des actions du PNACC-2, l?ONERC a développé des indicateurs
de contexte et d?impacts pour différents secteurs. Ces trois types d?indi-
cateurs ont été rassemblés dans une publication accompagnant celle de
l?évaluation à mi-parcours du PNACC-2.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
242
Figure 3:Extrait de la « Synthèse des indicateurs du PNACC-2 » 2.
© ONERC.
En prévision des travaux d?élaboration du troisième plan national d?adaptation
au changement climatique, le MTECT a missionné l?inspection générale de l?en-
vironnement et du développement durable pour réaliser une étude comparative
des efforts d?adaptation entre plusieurs pays (Allemagne, Autriche, Japon, Pays-
Bas, Royaume-Uni, Suisse p.ex.). L?ONERC a fourni de nombreuses ressources
à la mission.
Lancement de la stratégie française énergie-climat
La stratégie française énergie-climat (SFEC) est la feuille de route de la France
pour atteindre la neutralité carbone en2050 et pour assurer l?adaptation effec-
tive de la France au climat futur. Elle sera constituée de la loi de programmation
énergie climat (LPEC), de la stratégie nationale bas-carbone (SNBC-3), du plan
national d?adaptation au changement climatique (PNACC-3) et de la programma-
tion pluriannuelle de l?énergie (PPE2024-2033). C?est la loi relative à l?énergie
et au climat (LEC) de novembre2019 (I de l?articleL.100-1A) qui stipule qu?une
LPEC devra être promulguée avant le 1erjuillet 2023. La SNBC-3 et la PPE2024-
2033 devront être compatibles avec la LPEC et être adoptées par décrets dans
l?année qui suit. Pour renforcer l?articulation entre les politiques d?atténuation et
2. https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/Synthese_indicateurs_PNACC-2.pdf
Rapport d?activité del?Observatoire
243
d?adaptation au changement climatique, le PNACC-3a été intégré dans ce proces-
sus. Dans ce cadre, l?ONERC a animé deux groupes de travail qui se sont réunis
une fois par mois depuismars2022 pour alimenter le volet adaptation au chan-
gement climatique de la SFEC. Un groupe de travail a été consacré au partage
des dernières connaissances à jour sur les impacts du changement climatique en
France, les coûts économiques de ces impacts et les coûts des mesures d?adap-
tation nécessaires pour y faire face. Cet état des connaissances a été mené afin
de déterminer une trajectoire d?adaptation au changement climatique de référence
pour la France et la décliner dans toutes les politiques publiques sectorielles, la
réglementation, les règlements techniques, les documents d?aménagement? Un
autre groupe de travail a été dédié à la proposition de mesures permettant de
renforcer durablement l?action des collectivités en matière d?adaptation au chan-
gement climatique et d?améliorer la gouvernance de la politique d?adaptation aux
différentes échelles de mise en oeuvre. Les résultats de ces deux groupes de
travail ont été présentés à la commission spécialisée du CNTE en charge du suivi
du PNACC-2 en octobre2022.
Lancement de l?étude ARTISAN sur l?intégration
de l?adaptation et la biodiversité dans les politiques publiques
Dans le cadre du projet LIFE Intégré ARTISAN qui vise la mise en oeuvre du PNACC-2
et du plan biodiversité à travers le déploiement à toutes les échelles de solutions
d?adaptation au changement climatique fondées sur la nature (SafN), l?ONERC
et l?OFB ont lancé en janvier2022 une étude pour analyser la manière dont les
enjeux d?adaptation et de protection de la biodiversité sont intégrés dans les poli-
tiques nationales et territoriales françaises. Cette étude contribue à alimenter les
travaux de la SFEC par l?identification de dispositions législatives qui pourraient
être introduites dans la LPEC pour améliorer la mise oeuvre d?actions d?adaptation
au changement climatique en France et renforcer le recours aux SafN.
Information, formation et communication
L?ONERC assure ses missions d?information et de communication en étroite colla-
boration avec la direction de la communication (DICOM) des ministères en charge
de l?Écologie, de l?Énergie et des Territoires (MTECT/MTE). Ces actions visent tous
les publics par l?intermédiaire de différents supports dont certains sont présen-
tés ci-après. L?ONERC apporte son soutien en matière de réalisation de supports
d?information sur l?adaptation au changement climatique pour différents orga-
nismes (services déconcentrés du MTECT, administrations centrales y compris
hors MTECT, communication interne au MTECT/MTE, établissements publics, orga-
nisations non gouvernementales, presse, associations).
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
244
Dans la période couverte par le présent rapport, l?ONERC a poursuivi ses activi-
tés de communication en parallèle des travaux de mise en oeuvre du deuxième
plan national d?adaptation au changement climatique (PNACC-2), de la présidence
française de l?Union européenne et de ses activités de point focal du GIEC pour
la France.
Site web
La diffusion sur le site web du ministère de la Transition écologique et de la
Cohésion des territoires des informations présentées par l?ONERC permet à tous
les publics d?appréhender les enjeux liés au changement climatique au travers
des pages sur les impacts, la connaissance, la démarche d?adaptation, les publi-
cations et des bases de données.
Ainsi, aux informations concernant l?Observatoire s?ajoutent les pages dédiées
aux indicateurs du changement climatique. De plus, la démarche d?adaptation
au changement climatique, engagée au niveau national, européen et internatio-
nal est présentée selon ces trois axes. Enfin, l?information sur le GIEC permet de
mieux comprendre son fonctionnement et de consulter et de suivre ses travaux.
Le contenu des pages est régulièrement mis à jour ainsi que leur présentation
afin de s?adapter aux nouveaux standards de communication et de faciliter l?accès
à l?information.
Figure 4:Site web du ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires.
Source : ONERC, https://www.ecologie.gouv.fr/observatoire-national-sur-effets-du-rechauffement-climatique-onerc
Rapport d?activité del?Observatoire
245
Rapports annuels
Le rapport La Prospective au service de l?adaptation au changement climatique a
été publié au mois de mars2022 et diffusé directement à plusde1 50 destina-
taires. Il s?agit du 13erapport de l?ONERC au Premier ministre et au Parlement. Ce
rapport est constitué des contributions de68auteurs répartis dans plusde40orga-
nismes (instituts de recherche, universités, collectivités territoriales, ministères
et acteurs du secteur privé).
La prospective permet de répondre aux interrogations des acteurs publics et
privés (ministère, territoire, commune, entreprise, citoyen?) face à la complexité
des solutions à mettre en oeuvre pour limiter les impacts du changement clima-
tique. Elle permet aussi de développer des pistes d?actions adaptées à chaque
cas. Un grand nombre d?exemples de cas pratiques traduisent cette matière en
exemples concrets.
Les exemples du rapport vont de l?administration centrale, avec l?adaptation des
activités de la sécurité civile au ministère de l?Intérieur, aux communes, en passant
par des acteurs tels que les régions, la ville de Paris ou encore les agences de
l?eau et le projet ADAMONT qui intègre, entre autres, les acteurs du secteur
privé en moyenne montagne. Le rapport explore ensuite les filières économiques
telles que celles du vin, du lait ou des grandes infrastructures, du bâtiment et
du secteur financier et explore des pistes existantes et les défis à surmonter. Ce
rapport a été présenté à plusieurs reprises notammentauprès des membres du
groupe BPCE dans le cadre d?une matinale « climat » organisée par la direction
des risques de la BPCE.
Figure 5:Rapport La Prospective
au service de l?adaptation au
changement climatique, mars2022,
publié à LaDocumentation française.
© La Documentation française.
.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
246
Lettre d?information aux élus
La lettre de l?ONERC aux élus Le climat change, agissons ! est publiée depuis
décembre2009. Elle est diffusée à plusde5 000destinataires.
Elle a pour objectif de sensibiliser les élus locaux sur la réalité du changement cli-
matique, de promouvoir des moyens d?action et de partager des initiatives locales
en matière d?adaptation et d?atténuation.
Chaque numéro de la lettre aux élus est accompagné d?un encart sur un indica-
teur du changement climatique afin d?illustrer le thème traité par des données et
des témoignages d?experts.
Une enquête de lectorat, réalisée en2021, va permettre à l?ONERC, en étroite
collaboration avec la direction de la communication du ministère, de faire évoluer
cette publication afin de continuer à répondre au mieux aux attentes des lecteurs.
Sélection d?informations thématiques
(lettre de veille technique)
La lettre de veille technique contient une sélection d?une vingtaine de liens web
classés selon les catégories « actualités », « publications » et « manifestations »,
ainsi que quelques informations relatives à l?Observatoire. Ces informations ciblées
sont diffusées, tous les deux mois, à plus de900abonnés volontaires (contre
une cinquantaine seulement jusqu?en2012).
Centre de ressources sur l?adaptation
au changement climatique
Parmi les principales actions du PNACC-2 figure le développement d?un centre
de ressources sur l?adaptation au changement climatique exploitant au mieux
les nouvelles technologies pour faciliter le partage d?expériences et l?accès
aux bonnes pratiques et présentant une cartographie d?acteurs, en particulier à
l?échelle territoriale.
Ce Centre de ressources 3 a été conçu pour mieux faire connaître la réalité du
changement climatique, mais aussi pour outiller tous les acteurs et les mettre
en capacité d?agir.
3. https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr
Rapport d?activité del?Observatoire
247
Figure 6:Centre de ressources sur l?adaptation au changement climatique.
Source : ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires.
Cinq parcours utilisateurs (élu, technicien de collectivité, acteur économique,
bureau d?études, particulier) permettent ainsi d?accéder à des informations per-
sonnalisées sur la réglementation en vigueur, les impacts du changement clima-
tique sur tous les secteurs (santé, agriculture, tourisme, finances, etc.) et tous
les milieux (forêt, mer et littoral, montagne, etc.) et à des solutions d?adaptation.
Un sixième parcours pour les enseignants est en cours d?élaboration.
Ce portail présente aussi une cartographie des initiatives locales, un répertoire
des acteurs, des appels à projets en cours, une base de données des projets de
recherche et des formations. Une nouvelle rubrique dédiée aux « Solutions d?adap-
tation fondées sur la nature » lancée en septembre2022 permet aux utilisateurs
d?aborder la thématique selon les axes suivants : comprendre, agir, focus terrain,
autres exemples d?actions, pour aller plus loin.
Le développement de ce centre de ressources sur l?adaptation au changement cli-
matique a été confié au CEREMA, en partenariat avec l?ADEME et Météo-France.
Interventions, actions de formation et séminaires
Dans la période couverte par le présent rapport, l?ONERC est intervenu à de nom-
breuses reprises à l?occasion de conférences nationales ou internationales.
Ci-après quelques exemples d?interventions.
L?ONERC intervient également lors des formations « Nature en ville » et « Eau et
changement climatique », organisées par le ministère de la Transition écologique
et de la Cohésion des territoires, formations ouvertes aux collectivités territoriales.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
248
Plusieurs actions de formation au sein d?établissements d?enseignement supé-
rieur sont régulièrement assurées par l?ONERC (AgroParisTech, École nationale
de la météorologie, École normale supérieure, Centre de formation sur l?environ-
nement et la société, SciencesPo Paris, IUT de Cergy-Pontoise, AUE École des
ponts, etc.). L?ONERC est également intervenu dans une formation à destination
d?une vingtaine de professeurs du secondaire de différentes disciplines intitulée
« Des risques extrêmes au changement climatique : enseigner un monde en tran-
sition » pour l?académie de Créteil en mars2022.
L?ONERC a aussi réalisé une session de formation sur le changement climatique,
ses problématiques et ses enjeux pour les journalistes météo du groupe France
télévisions et animé des ateliers de la Fresque du climat dans le cadre du projet
DGEC en transition. Ces fresques ont ainsi permis de sensibiliser des personnes
en interne à la DGEC et dans d?autres directions du ministère.
Enfin, l?ONERC a préparé une formation des élus sur l?adaptation au change-
ment climatique. Deux sessions tests de cette formation ont eu lieu dans l?Indre
le27septembre 2022, permettant de former 250élus. Sur un format de3heures,
cette formation présente de manière très simplifiée les concepts de base autour
du changement climatique (effet de serre, variabilité du climat?) et les variations
passées et futur du climat (du global au local), et fait intervenir des acteurs locaux
qui ont commencé à travailler sur ces sujets pour partager les bonnes pratiques.
En mai2022, l?ONERC a participé à la conférence de présentation du dossier
« En quête de demain » avec51titres de la presse quotidienne régionale.
L?ONERC a participé au premier forum de la mission sur l?adaptation au changement
climatique, organisé par la Commission européenne le 7juin 2022à Bruxelles.
L?ONERC a participé au colloque « Anticiper le changement climatique dans les
territoires en transition » organisé par le réseau de recherche Futurs-Act les16et
17juin 2022 et y a présenté les travaux de la stratégie française énergie-climat
(SFEC) sur l?adaptation au changement climatique et a participé à l?organisation
des ateliers de travail consacrés à la contribution de Futurs-Act à la SFEC.
L?ONERC a présenté les principaux résultats des derniers rapports du GIEC aux
rencontres de l?ingénierie maritime en juin2022 et aux préfets de Bretagne en
juillet2022.
L?ONERC a également participé à la journée d?études du CITEPA du30septembre
2022 sur les systèmes de suivi et d?évaluation des politiques d?adaptation au
changement climatique dans le monde et a présenté le système de suivi et d?éva-
luation du PNACC-2.
Entreoctobre et novembre2022, l?ONERC est intervenu 3fois devant les direc-
teurs de SDIS dans le cadre de leur formation de maintien et de perfectionne-
ment des acquis.
Rapport d?activité del?Observatoire
249
L?ONERC est intervenu au Salon des maires le 22novembre 2022 aux côtés de
la présidente-directrice générale de Météo-France, Virginie Schwarz, et du séna-
teur Ronan Dantec pour le lancement d?un nouveau service climatique intitulé
ClimaDiag Communes 4. Développé par Météo-France, ce service permet aux maires
d?accéder gratuitement aux projections climatiques détaillées sur leur commune.
Le même jour, l?ONERC est également intervenu au festival Médias en Seine.
Expositions pédagogiques itinérantes
Les deux expositions itinérantes 5 ?l?une (exposition scientifique) visant un public
averti à des fins d?explication des phénomènes et l?autre visant un public le plus
large possible à des fins de sensibilisation? ont été présentées au sein d?établis-
sements scolaires, d?entreprises, d?associations et de collectivités territoriales.
Sur la période octobre2021-décembre2022, les expositions ONERC ont été
fortement sollicitées (72demandes d?informations traitées), en très nette
progression par rapport aux années précédentes (20demandes par an en moyenne
depuis2015).
Afin de répondre positivement aux multiples
demandes de prêt à des dates similaires
(notamment pour les périodes juin-juillet et
septembre-octobre 2022), un grand nombre
de demandes a été redirigé vers les DREAL
(disposant de jeux d?expositions) et les
supports digitaux (fichiers PDF au format
imprimeur). Au final, les lots d?expositions
ONERC ont été beaucoup plus réservés sur
la période octobre2021-décembre2022
(623jours) qu?en moyenne depuis2015
(434jours en moyenne par an depuis2015).
Cette forte progression des demandes de
prêt des lots d?expositions ONERC, de la
mise à disposition des fichiers PDF impri-
meurs et de lots d?expositions en région
(via les DREAL et DEAL) a contribué à faire
largement progresser la diffusion des infor-
mations relatives au changement clima-
tique en2022.
4. https://meteofrance.com/climadiag-commune
5. https://www.ecologie.gouv.fr/observatoire-national-sur-effets-du-rechauffement-climatique-onerc#scroll-nav__7
Figure 7:Journal de l?exposition
itinérante Le climat change.
© ONERC.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
250
Des journaux de présentation des deux expositions sont en outre régulièrement dif-
fusés, plus particulièrement aux bibliothèques des établissements d?enseignement
supérieur ainsi qu?à une sélection de contacts au sein de collectivités territoriales.
Les indicateurs du changement climatique
Vingt-neuf indicateurs décrivant l?état du climat et ses impacts sont présentés sur
la page internet de l?ONERC. Grâce aux contributeurs et partenaires de l?ONERC, les
mises à jour des indicateurs sont faites régulièrement. Cela a permis de disposer en
novembre2022 de80 % d?indicateurs intégrant des données de moins de cinq ans.
L?ONERC a entamé des discussions avec de nouveaux partenaires pour mettre à
jour d?anciens indicateurs ou pour en proposer de nouveaux.
La démarche de l?ONERC de mise à disposition du public, sur le site web du minis-
tère, des indicateurs du changement climatique et de ses impacts, reste inno-
vante au niveau international, car peu de pays se sont investis dans ce type de
publication avec une actualisation suivie.
Figure 8 : Exposition des populations aux canicules.
Source : Santé Publique France.
https://www.ecologie.gouv.fr/impacts-du-changement-climatique-sante-et-societe#scroll-nav__5
Année
19
74
19
83
19
90
19
95
20
00
20
04
20
09
20
13
20
18
20
22
0
10
20
30
40
50
60
70
M
ill
io
ns
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au
m
oi
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c
an
ic
ul
e
Population exposée aux canicules - France métropolitaine
Rapport d?activité del?Observatoire
251
Dans le cadre du suivi du deuxième plan national d?adaptation au changement cli-
matique (PNACC-2, voir cette rubrique), un tableau de bord a été développé afin
de rendre plus lisible l?ensemble des indicateurs. Ce tableau de bord utilise les
indicateurs de l?ONERC comme indicateurs d?impacts ou de contexte.
Ce tableau de bord a été très bien accueilli par les membres de la commission
spécialisée du CNTE mais également à l?étranger lors des diverses présentations
sur la politique d?adaptation au changement climatique de la France, notamment
dans le cadre du projet TRATOLOW 6.
L?indicateur sur « l?exposition des populations aux canicules » développé grâce à
Santé publique France en janvier2021 montre l?impact grandissant des canicules
sur la population française. La canicule de juillet2022a particulièrement touché
les populations les plus à l?ouest de la Bretagne.
6. https://www.tratolownetwork.eu/
https://www.tratolownetwork.eu/
Annexes
Annexes
255
Annexe 1
CONTRIBUTEURS 1 ET REMERCIEMENTS
Cet ouvrage a été réalisé sous la direction de Laurent Michel, directeur de l?Obser-
vatoire national sur les effets du réchauffement climatique et d?Éric Brun, secré-
taire général.
Auteurs
Lucie Adélaïde, Santé publique France
Sam Anderson, University of British Columbia
Marie Andrieux, Observatoire de l?immobilier durable
Constance Anelli, direction générale de l?aviation civile
James F.Booth, City College of New York, City University of New York ?The
Graduate Center
Guillaume Boulanger, Santé publique France
Vincent Bourcier, Observatoire national sur les effets du réchauffement clima-
tique (ONERC)
Ginni Braich, University of British Columbia
Elodie Briche, Agence de la transition écologique (ADEME)
Pauline Calvier, Ville de Paris
Chloé Carbonne, Sorbonne Université, CNRS, Laboratoire d?océanographie de
Villefranche
Marie Carrega, Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique
(ONERC)
Régis Coene, RATP
David Courteille, RATP
Valérie Darmaillacq, SNCF Voyageurs
Sébastien Denys, Santé publique France
Vivian Dépoues, Institut de l?économie pour le climat (I4CE)
Quentin Deslot, chef du bureau de la qualité technique et de la réglementation
technique de la construction, DGALN
1. Les contributions constitutives de cet ouvrage n?engagent que la responsabilité de leurs auteurs ou de
leurs organismes.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
256
Guillaume Dolques, Institut de l?économie pour le climat (I4CE)
Christina Draeger, University of British Columbia
Laurent Dubus, Réseau de transport d?électricité (RTE)
Jérôme Duvernoy, Observatoire national sur les effets du réchauffement clima-
tique (ONERC)
Cuiyi Fei, University of British Columbia
Alexandre Florentin, conseiller municipal de Paris
Justine Guérin, ville de Paris
Catherine Halbwachs, Électricité de France (EDF)
Christopher D.G.Harley, University of British Columbia
Sarah B.Henderson, University of British Columbia, British Columbia Centre for
Disease Control
Matthias Jakob, University of British Columbia, BGC Engineering Inc.
Étienne Kapikian, Météo-France
Maryvonne Kerdoncuff, Météo-France
Karine Laaidi, Santé publique France
Robin Lagarrigue, Santé publique France
Carie-Ann Lau, University of British Columbia
Catherine Lelong, Réseau de transport d?électricité (RTE)
Frédéric Levrault, expert « Agriculture et changement climatique » chambres d?agri-
culture, CRA Nouvelle-Aquitaine
Esther Loiseleur, ville de Paris
Valéry Masson, Météo-France
Lualawi Mareshet Admasu, University of British Columbia
Christelle Mary, SNCF Voyageurs
Veeshan Narinesingh, NOAA Geophysical Fluid Dynamics Laboratory ; Department
of Natural Sciences and Mathematics, Sarah Lawrence College
Sylvie Parey, EDF
Mathilde Pascal, Santé publique France
Sakina Pen Point, Observatoire de l?immobilier durable
Clément Philippe, SNCF Voyageurs
Teodora Popescu, direction générale des infrastructures, des transports et des
mobilités (MTECT/DGITM)
Sylvain Pradelle, direction générale de l?aménagement, du logement et de la nature
(MTECT/DGALN)
Aurélien Ribes, Météo-France/CNRS, université de Toulouse,
Annexes
257
Pierre René, association Moraine
Christopher Rodell, University of British Columbia
Eliott Roocroft, University of British Columbia
Christophe Romero, directeur adjoint Ville durable ?ville d?Échirolles
Jean-Michel Soubeyroux, Météo-France
Núria Teixidó, Sorbonne Université, CNRS, Laboratoire d?océanographie de
Villefranche, Stazione zoologica Anton Dohrn, Italie.
Amandine Vernier, direction générale de l?aménagement, du logement et de la
nature (MTECT/DGALN)
Sarah Voirin, Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique
(ONERC)
Kate R.Weinberger, University of British Columbia
Greg West, University of British Columbia, BC Hydro
Rachel H.White, University of British Columbia
Personnes ayant contribué à la relecture
Lisa Bostvironnois, Observatoire national sur les effets du réchauffement clima-
tique (ONERC)
Éric Brun, Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (ONERC)
Romain Cailleton, direction générale de l?énergie et du climat (MTECT/DGEC/SCEE)
Marie Carrega, Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique
(ONERC)
Olivier David, direction générale de l?énergie et du climat (MTECT/DGEC/SCEE)
Frédéric Schafferer, Observatoire national sur les effets du réchauffement clima-
tique (ONERC)
Sarah Voirin, Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique
(ONERC)
Remerciements
L?ONERC remercie vivement les auteurs, les personnes ayant contribué au contenu
des articles, ainsi que les relecteurs de cet ouvrage. L?ONERC tient également
à remercier les personnes ayant fourni les photographies illustrant ce rapport.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
258
Annexe 2
SIGLES ET ACRONYMES
ADEME Agence de la transition écologique
ADEUS Agence de développement de l?urbanisme de l?agglomération strasbourgeoise
AFNOR Association française de normalisation
AEE Agence européenne de l?environnement
ARS Agence régionale de santé
CAEP Committee on Aviation Environmental Protection
CEREMA Centre d?études et d?expertise sur les risques, l?environnement, la mobilité et
l?aménagement
C3S Copernicus Climate Change Service
CCNUCC Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques
CDC Caisse des dépôts et consignations
CGAAER Conseil général de l?agriculture, de l?alimentation et des espaces ruraux
CGDD Commissariat général au développement durable
CGEDD Conseil général de l?environnement et du développement durable
CNPE Centre nucléaire de production électrique
CNRM Centre national de recherches météorologiques
CNTE Conseil national de la transition écologique
CNRS Centre national de la recherche scientifique
CRACC Centre de ressources pour l?adaptation au changement climatique
DGAC Direction générale de l?aviation civile
DGALN Direction générale de l?aménagement, du logement et de la nature
DGEC Direction générale de l?énergie et du climat
DGITM Direction générale des infrastructures, des transports et des mobilités
DGT Direction générale du travail
DH Degré-heure
DHUP Direction de l?habitat, de l?urbanisme et des paysages
DICOM Direction de la communication
DIR Direction interdépartementale des routes
DPE Diagnostic de performance énergétique
DPNT Direction du parc nucléaire et thermique
DREAL Direction régionale de l?environnement, de l?aménagement et du logement
DSAC Direction de la sécurité de l?aviation civile
Annexes
259
ENEDIS Énergie et distribution
EDF Électricité de France
EHPAD Établissement d?hébergement pour personnes âgées dépendantes
EPTB Établissement public territorial de bassin
ETCCDI Expert Team on Climate Change Detection and Indices
FRB Fondation pour la recherche sur la biodiversité
GCM/RCM Global climate models/regional climate Models
GES Gaz à effet de serre
GICC Gestion et impacts du changement climatique
GIEC Groupe d?experts intergouvernemental sur l?évolution du climat
GRAIE Groupe de recherche, animation technique et information sur l?eau
HTA Haute tension A ou moyenne tension, entre 1 kV et 50 kV
I4CE Institut de l?économie pour le climat
IBM Indice biométéorologique
ICU Îlot de chaleur urbain
IDELE Institut de l?élevage
INRAE Institut national de recherche pour l?agriculture, l?alimentation et l?environnement
INRS Institut national de recherche et de sécurité
INVS Institut national de veille sanitaire
IPBES Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services
IPCC Intergovernmental Panel on Climate Change
IPSL Institut Pierre-Simon-Laplace
ISO International Organization for Standardization
LEC Loi énergie et climat
LIFE L?Instrument financier pour l?environnement
LPO Ligue pour la protection des oiseaux
LTV Limitation temporaire de vitesse
MAA Ministère de l?Agriculture et de l?Alimentation
MEAE Ministère de l?Europe et des Affaires étrangères
MESR Ministère de l?Enseignement supérieur et de la Recherche
MIE Mission d?information et d?évaluation
MTECT Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires
MTE Ministère de la Transition énergétique
OCDE Organisation de coopération et de développement économiques
OFB Office français de la biodiversité
OLD Obligations légales de débroussaillement
OMM Organisation mondiale de la météorologie
OMS Organisation mondiale de la santé
ONDE Observatoire national des données sur les étiages
ONERC Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
260
OPCC Observatoire pyrénéen du changement climatique
PCAET Plan climat air énergie territorial
PCS Plan communal de sauvegarde
PFUE Présidence française de l?Union européenne
PMV Panneau à messages variables
PNACC Plan national d?adaptation au changement climatique
PNC Plan national canicule
PPE Programmations pluriannuelles de l?énergie
RATP Régie autonome des transports parisiens
RCP Representative Concentration Pathway
RER Réseau express régional
RTE Réseau de transport d?électricité
SACS Système d?alerte canicule et santé
SAFN Solution d?adaptation fondée sur la nature
SAMU Service d?Aide médicale urgente
SCOT Schéma de cohérence territoriale
SDF Sans domicile fixe
SDIS Services départementaux d?incendie et de secours
SFEC Stratégie française énergie-climat
SFN Solution fondée sur la nature
SMUR Structure mobile d?urgence et de réanimation
SNBC Stratégie nationale bas carbone
SNCF Société nationale des chemins de fer français
SPF Santé publique France
SPM Summary for Policy Makers
SRADDET Schéma régional d?aménagement de développement durable et d?égalité des
territoires
SROCC Special Report on the Ocean and Cryosphere in a Changing Climate
SSP Shared Socio-economic Pathway
STAC Service technique de l?aviation civile
SurSaUD Surveillance sanitaire des urgences et des décès
SYR Synthesis Report
TGV Train à grande vitesse
TSU Technical Support Unit
UE Union européenne
L?année 2022 a été une année hors norme, à la fois exceptionnellement chaude,
ensoleillée et peu arrosée. Si trois vagues de chaleur ont ponctué l?été, la France a
également connu des épisodes de chaleur successifs du printemps, du 15 au 23mai,
jusqu?en automne avec un pic de chaleur du 12 au 14 septembre et un épisode de
chaleur tardif du 15 au 31 octobre.
Ces vagues de chaleur ont eu des conséquences parfois inédites sur la nature
et les activités humaines. En particulier, plus de 66 000 hectares de forêt ont été
réduits en cendres jusque dans des régions auparavant épargnées comme la
Bretagne. Avec 2 816 décès en surmortalité, le bilan sanitaire des canicules souligne
la nécessité de rester vigilant, et ce malgré les résultats encourageants des politiques
mises en place après la canicule tragique de 2003. Une fois de plus, les épisodes de
canicule ont eu également de lourdes conséquences sur les conditions de travail
en extérieur, sur la productivité agricole avec des conséquences accentuées par la
sécheresse, sur les activités sportives et de loisirs, sur les écosystèmes terrestres
et marins ainsi que sur la fonte des glaciers alpins et pyrénéens.
Avec l?accroissement inévitable dans le futur du nombre et de la sévérité
des vagues de chaleur, les politiques nationales, locales et sectorielles doivent
être renforcées, ainsi que leur mise en oeuvre concrète. Des outils toujours plus
innovants et plus performants doivent être mis à disposition des multiples acteurs
de l?adaptation. Ils permettront de mieux anticiper les futures vagues de chaleur
et de limiter ainsi leurs impacts.
Cet ouvrage aborde la problématique des vagues de chaleur dans de nombreux
secteurs, tant du point de vue de leurs impacts que de celui des solutions concrètes
pour s?en protéger.
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MINISTÈRE
DE LA TRANSITION
ÉCOLOGIQUE
ET DE LA COHÉSION
DES TERRITOIRES
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Direction de l?information légale et administrative
La Documentation française
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Ouvrage non vendu
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Sommaire
Mot du président de la commission spécialisée du CNTE
Résumé
Chapitre A - Les vagues de chaleur, s?adapter à un risque croissant
Introduction
Concepts associés aux vagues de chaleur et développés dans le rapport
Chapitre B - Vagues de chaleur dans le climat passé, présent et futur. Attribution et îlots de chaleur urbains
Tendances futures du changement climatique sur les vagues de chaleur et les canicules
L?îlot de chaleur urbain
Spécificités urbaines : connaissances concernant l?îlot de chaleur urbain
Attribution des vagues de chaleur à l?influence humaine
Chapitre C - Impacts sectoriels et sur les milieux naturels des vagues de chaleur
La vague de chaleur au Canada en juin 2021
La vague de chaleur sans précédent du Nord-Ouest Pacifique en juin 2021
La vague de chaleur en Chine au cours de l?été 2022
Une vague de chaleur sans précédent
Impact des vagues de chaleur sur les glaciers
Impact des vagues de chaleur sur les glaciers des Pyrénées
Une fonte record en 2022
Impacts des vagues de chaleur sur la biodiversité
Impacts des vagues de chaleur sur la biodiversité marine
Impacts des vagues de chaleur sur l?agriculture française
Impacts des vagues de chaleur sur la production d?énergie électrique
Impacts des vagues de chaleur sur le réseau électrique
Impacts des vagues de chaleur sur les transports et infrastructures de transport
Impacts des vagues de chaleur sur la santé
Les canicules en France : impacts actuels et futurs sur la santé, et coûts associés
Chapitre D - Politiques d?adaptation aux vagues de chaleur
La RE2020
Les récentes adaptations de la réglementation technique de la construction face aux vagues de chaleur
La vigilance « canicule » de Météo-France
Un dispositif d?adaptation au changement climatique
Gérer des vagues de chaleur de plus en plus extrêmes : des impacts sanitaires aux impacts systémiques
Chapitre E - Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
Le Centre de ressources pour l?adaptation au changement climatique
Drias les futurs du climat, Climat HD
Bat-ADAPT
Guides de l?ADEME
Adapter la France au changement climatique : de combien parle-t-on ?
Chapitre F - Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
Les revêtements clairs
Plus fraîche ma ville
L?architecture bioclimatique et les constructions traditionnelles
Des leviers pour s?adapter au changement climatique
L?îlot de fraîcheur urbain, un exemple à Échirolles (38)
Des solutions d?adaptation fondées sur la nature :l?exemple de la transformation de la cour et les abords de l?école Marcel-David en îlot de fraîcheur urbain, Échirolles (38).
Paris face aux vagues de chaleur
Les vulnérabilités et robustesses du 13 arrondissement face aux vagues de chaleur
Stratégies d?adaptation des transports aux impacts des vagues de chaleur
Conclusions et perspectives
Bibliographie
Rapport d?activité de l?Observatoire
Annexes
Annexe 1 - CONTRIBUTEURS ET REMERCIEMENTS
Annexe 2 - SIGLES ET ACRONYMES
INVALIDE) (ATTENTION: OPTION : White et al. (2022).
La majorité des nouveaux incendies survenus pendant la canicule étaient d?origine
naturelle, les coups de foudre provenant de nuages pyrocumulonimbus flammage-
nitus (CbFg) se formant au-dessus de feux de friches déjà allumés contribuant
de manière significative à l?allumage de nouveaux feux de friches. Dans la soirée
du30juin, environ120 800coups de foudre ont été enregistrés (Vagasky, 2022),
et le CIFFC a signalé au moins 127nouveaux incendies de forêt déclenchés par
la foudre entre le 30juin et le 2juillet. La zone de haute pression associée à la
vague de chaleur a commencé à se désagréger vers le 30juin, entraînant de nou-
velles conditions chaudes, sèches, et maintenant venteuses et instables, per-
mettant une croissance rapide des incendies de forêt. L?effondrement continu de
la dorsale (axe de haute pression) et le passage d?un front froid ont donné lieu
à davantage de nuages d?orage (CbFg) et d?éclairs, avec peu de précipitations.
Ce cycle s?est produit chaque après-midi pendant la première semaine de juillet
et a déclenché en moyenne plus de 40nouveaux feux de forêt chaque jour en
Colombie-Britannique.
Rendements agricoles
La canicule a eu des effets prononcés sur l?agriculture en Colombie-Britannique
et en Alberta, notamment pendant les phases cruciales de croissance de nom-
breuses cultures. En comparant les rendements de2021 aux valeurs prédites (à
partir de régressions linéaires), nous constatons que, pour 26cultures de plein
champ, de fruits et de légumes pour lesquelles des données sont disponibles,
24 présentent des diminutions par rapport au rendement prédit en 2021, dont7
affichent des baisses de rendement supérieures à2écarts-types (raisins, prunes,
framboises, cerises douces, citrouilles, radis et tomates) et 12autres des réduc-
tions comprises entre 1 et 2écarts types (orge, canola, blé de printemps, pommes,
nectarines, pêches, poires, choux de Bruxelles, laitue, pois verts, courges et cour-
gettes). Il est extrêmement difficile d?isoler les effets d?un événement particulier
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
52
sur les données de rendement annuel, et ces baisses ne peuvent pas nécessai-
rement être attribuées uniquement à la canicule de juin. En utilisant un indice de
végétation par différence normalisée (NDVI) dérivé d?un satellite à résolution heb-
domadaire pour analyser la chronologie des changements de l?état de verdure des
cultures en fonction du déroulement de la canicule, nous avons constaté que,
dans 6 des 8zones agricoles de la Colombie-Britannique, une baisse notable
du NDVI s?est produite pendant la période de la canicule, indiquant des réduc-
tions de l?état de verdure des plantes, et donc une réduction de la croissance,
des dommages aux tissus végétaux ou une réduction de la densité des plantes.
Le moment où ces baisses sont survenues suggère que la canicule a probable-
ment joué un rôle important dans les baisses de rendement annuelles enregis-
trées. En outre, les rapports des agriculteurs en cours de saison, rapportés dans
les journaux locaux, confirment l?impact de la canicule sur les cultures de fruits
et légumes (CTV News 7, CBC News 2021 8).
Fonte des glaciers et des neiges
La vague de chaleur a eu une influence prononcée sur la cryosphère et l?hydro-
logie de la région, tant pendant l?événement que pendant les mois qui ont suivi.
Les températures exceptionnellement élevées et le ciel dégagé ont entraîné une
fonte rapide de la glace et de la neige, ce qui a considérablement augmenté le
débit des cours d?eau dans les bassins où la neige ou la glace pouvait fondre.
Dans de nombreux cas, des débits quotidiens records ont été observés, et cer-
tains records de tous les temps ont été battus. L?augmentation rapide du débit
des cours d?eau a entraîné des alertes d?inondation pour plusieurs communautés
en aval et un ordre d?évacuation dans la vallée de Pemberton. Les précipitations
des1er et 2juillet dans les montagnes Rocheuses, près de la frontière entre la
Colombie-Britannique et l?Alberta, ont aggravé les inondations et les dommages
(BC River Forecast Centre, 2021), entraînant des dégâts importants dans le parc
provincial du Mont Robson en Colombie-Britannique et l?évacuation des randon-
neurs par hélicoptère (Roffel etal., 2021).
Alors que les bassins sans couverture glaciaire importante ont connu des débits
inférieurs à la normale dans les semaines et les mois qui ont suivi la canicule, l?af-
flux d?eau de fonte des glaciers dans les bassins glaciaires a entraîné des débits
de fin d?été similaires à la moyenne historique, malgré la perte substantielle du
manteau neigeux pendant la canicule. La capacité des glaciers à maintenir des
débits normaux est remarquable compte tenu de la nature sans précédent de la
canicule, et s?est faite au prix d?une perte de masse substantielle des glaciers
(Menounos etal., 2021). La capacité des glaciers à compenser de tels événe-
ments extrêmes devrait diminuer à l?avenir avec la poursuite du changement cli-
matique (Clarke etal., 2015).
7. https://bc.ctvnews.ca/scorching-temperatures-cripple-crops-in-b-c-s-fraser-valley-1.5492713
8. https://www.cbc.ca/news/canada/british-columbia/heat-fruit-crops-okanagan-fraser-valley-1.6092155
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
53
Glissements de terrain
Les feux de forêt peuvent entraîner des risques accrus d?inondation, d?érosion et
de glissement de terrain, en raison des impacts sur la végétation et le sol (Jordan,
2009), ainsi des centaines de laves torrentielles (coulées de débris) postérieures
aux feux de forêt ont été déclenchées par les pluies torrentielles de l?été et de
l?automne2021 dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique. L?un des plus
grands incendies associés à cette vague de chaleur a été le Lytton Creek Fire,
qui a débuté au sud du village de Lytton et a brûlé environ84 000hectares (BC
Wildfire Service, 2021), entraînant des dommages importants dans les réserves
de Lytton et de la Réserve autochtone de Lytton. Les coulées de boue qui ont suivi
le feu de forêt ont affecté les infrastructures ferroviaires et routières, notamment
à la suite de plusieurs régimes de rivière atmosphérique (courants atmosphé-
riques) extrêmes dans lesquelles des quantités importantes de vapeur d?eau sont
transportées par l?atmosphère, conduisant à des pluies intenses et survenus en
novembre2021. En novembre2021, des coulées de débris et des débordements
ont compromis trois bretelles d?accès par pont à l?autoroute Transcanadienne,
entraînant l?effondrement d?un pont et nécessitant des réparations sur un autre,
et ont sectionné des infrastructures ferroviaires et routières (ponts et remblais)
à neuf autres endroits (Lau etal., 2022). Les inondations et les glissements de
terrain ont probablement entraîné la catastrophe naturelle la plus coûteuse de
l?histoire du Canada, avec des millions de dollars de dommages le long des auto-
routes et des voies ferrées du sud-ouest de la Colombie-Britannique, les ponts,
les voies ferrées et les remblais des autoroutes s?étant effondrés.
Conclusion
La vague de chaleur sans précédent qui s?est abattue dans la région du Nord-Ouest
Pacifique en juin2021a été l?un des événements de chaleur extrême régionaux
les plus anormaux survenus sur Terre depuis que l?on enregistre les températures
(Thompson, 2022). Bien que des informations prévisionnelles aient été dispo-
nibles et que des efforts aient été déployés pour communiquer sur la gravité de
l?événement et réduire la mortalité due à la chaleur, des centaines de décès liés
à la chaleur se sont tout de même produits, ainsi que d?autres impacts humains
et écologiques. La nature sans précédent de cet événement a rendu difficile l?an-
ticipation et l?atténuation de ces impacts. L?étude aposteriori et ainsi la meilleure
compréhension de ces impacts peuvent aider les communautés du monde entier
à mieux se préparer aux événements de chaleur extrême qui battent des records
et qui devraient se produire de plus en plus fréquemment à mesure que le climat
continue de se réchauffer (Fischer, 2021).
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
54
La vague de chaleur en Chine au cours de l?été2022
Une vague de chaleur sans précédent
Étienne Kapikian,
Météo-France
Une grande partie centrale, orientale et méridionale de la Chine a connu, au cours
de l?été 2022, une vague de chaleur exceptionnelle, dont la combinaison entre
durée, intensité et étendue géographique est sans équivalent depuis le début
des mesures vers1960 (cf. pages suivantes). De nombreuses grandes villes ont
battu leur record absolu de température maximale, avec un mercure dépassant
souvent les40°C et atteignant jusqu?à45°C, mais aussi de température mini-
male nocturne élevée, parfois au-dessus de30°C. L?été2022 est ainsi de loin
le plus chaud jamais observé en Chine (figureC3).
Figure C 3 : À gauche, régions du monde ayant observé un trimestre juin-juillet-août
exceptionnellement chaud (niveau record en rouge foncé, recouvrant notamment une bonne
partie de la Chine). À droite, graphique1850-2022 montrant l?été météorologique2022
de loin le plus chaud en Chine depuis le début des mesures, battant de plus de0,5oC le
précédent record de l?été2018. Même si la China Meteorological Administration (CMA) ne
considère que les données plus complètes post-1961, les données compilées par Berkeley
Earth depuis1850 montrent qu?un tel été est inédit sur toute la période moderne.
Source: Berkeley Earth,https://berkeleyearth.org/august-2022-temperature-update/
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
55
Figure C 4: Anomalies normalisées du géopotentiel à500hPa (à gauche) et de la température
à850hPa (à droite) par rapport à la moyenne1991-2020 sur le trimestre juin-juillet-
août2022 selon la réanalyse ERA5 du CEPMMT. Une vaste portion de la Chine a été concernée
par des anomalies dépassant 2 écarts types (en rouge foncé).
Source: Météo-France.
En lien avec la présence récurrente de hauts géopotentiels subtropicaux sur la
Chine, dont les effets ont probablement été amplifiés par l?épisode LaNiña en
cours et la présence d?eaux remarquablement chaudes sur l?ouest du Pacifique (le
tout étant aussi exacerbé par la tendance de fond du réchauffement global), l?épi-
sode de chaleur intense, combiné à un important déficit pluviométrique, a débuté
officiellement le 13juin, a perduré en juillet avant d?atteindre son paroxysme au
cours du mois d?août2022, pour se terminer le 31août. Selon les critères de
vague de chaleur d?échelle nationale du service météorologique chinois (CMA), cet
épisode a donc duré au total 79jours, un nouveau record dépassant les 62jours
de la vague de chaleur de l?été2013.
Plus de300 parmi les 2 420stations météorologiques du réseau de mesure
national chinois ont battu leur record absolu historique de température maximale.
15stations ont atteint ou dépassé la barre des44°C. Une alerte canicule natio-
nale de niveau rouge a été émise pour la première fois par la CMA. La tempéra-
ture a dépassé les40°C dans au moins une station de Chine tous les jours entre
le 4juillet et le 30août inclus, soit pendant 58jours consécutifs. Sur la période
du21juillet au 30août, une superficie inédite de1,4million de km2 du territoire
chinois a observé des températures dépassant ponctuellement les40°C, affec-
tant au total une population de300millions de personnes 1).
De nombreuses provinces ont été concernées par des températures dépassant
les seuils de canicule: Hebei, Sichuan, Chongqing, Hubei, Anhui, Henan, Jiangsu,
Zhejiang, Shaanxi, Fujian, Guangdong, Guizhou, Hunan, Jiangxi, Qinghai, Xinjiang.
1. Source : https://twitter.com/yangyubin1998/status/1564943693957582848
https://twitter.com/yangyubin1998/status/1564943693957582848
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
56
Figure C 5: À gauche, carte des températures maximales atteintes sur la période du1er au
30août 2022 montrant la superficie record concernée par des valeurs supérieures à40oC ;
à droite, écart à la normale des températures maximales sur cette même période, atteignant
localement +6oC sur le secteur de Chongqing.
Source: North Microel Electronics, www.nmc.cn.
Si des records absolus de chaleur sont tombés dès juin ou juillet, c?est surtout au
mois d?août2022 que le plus grand nombre de records a été observé. Certaines
stations ont dépassé de multiples fois leur précédent record absolu de chaleur
tous mois confondus, parfois plusde10 voire 20fois?
Figure C 6: Exemple de températures maximales observées le 19août 2022, incluant les45oC
à Beibei atteints 2jours consécutifs.
Source: National Meteorological Center, CMA, http://www.nmc.cn/; traitement : É. Kapikian avec ogimet.com.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
57
Les records absolus de température maximale de plusieurs provinces ont été battus:
? municipalité de Chongqing: 45,0°C à Beibei les18 et 19août (ancien record
provincial: 44,5°C). Les45,0°C mesurés à Beibei sont non seulement un record
absolu pour la municipalité de Chongqing mais aussi la plus haute température
fiable 2 jamais mesurée en Chine en dehors de la région désertique du nord-ouest
du pays dans la province du Xinjiang, où les records absolus locaux sont de l?ordre
de 49-50°C (région de Turpan);
? province duHubei: 44,6°C à Zhushan le 13août;
? province du Sichuan: 44,0°C à Qu le 24août (ancien record provincial: 43,5°C
en 2011);
? province du Guizhou: 43,5°C à Chishui le 23août;
? province du Jiangxi: 42,6°C à Xiushui le 23août;
? province du Jiangsu: 42,2°C à Yixing le 15août.
Exemples de records absolus observés sur quelques stations (les anciens records
ont souvent été dépassés plusieurs fois):
? 44,4°C à Fengjie (Chongqing) le 15/08/2022, ancien record: 42,4°C le
17/08/2019;
? 44,4°C à Tongnan (Chongqing) le 17/08/2022, ancien record: 42,2°C le
15/08/2006;
? 43,8°C à Neijiang/Dongxing (Sichuan) le 23/08/2022, ancien record: 40,7°C
le 4/08/2021;
? 43,7°C à la station de référence Chongqing-Shapingba le 19/08/2022, ancien
record: 43,0°C le 15/08/2006.
On notera aussi la minimale nocturne record de 34,9°C ce même 19août, la
plus haute jamais mesurée en août en Chine! La température moyenne quoti-
dienne du 19août atteint ainsi 38,9°C, de loin un record absolu pour la station
où les mesures ont débuté en1933, et situé plusde2°C au-dessus du précé-
dent record de température moyenne quotidienne. Le top15 des jours les plus
chauds, en température moyenne, appartient désormais exclusivement à2022.
À Chongqing, la température est restée sans discontinuer au-dessus de30°C,
jour et nuit, du 6août au 29août, soit sur une durée de 22 jours et 19 heures.
Au cours du seul été2022, la température minimale nocturne à Chongqing a été
supérieure au seuil des30°C au cours de33nuits: c?est autant de fois que
pendant les 65étés cumulés de1951à 2015! La température moyenne men-
suelle d?août2022 atteint un record de35,3°C à Chongqing, la plus haute tem-
pérature moyenne mensuelle jamais mesurée en août parmi toutes les stations
de Chine.
2. La notion de record «fiable» est importante ici: en effet, il existe d?anciens relevés légèrement supérieurs
à 45°C dans un passé lointain, en particulier 45,2°C à Xi?an (Shaanxi) en juillet1934, mais la fiabilité de
ces anciens relevés est mise en doute et ces mesures anciennes ne sont pas retenues comme officielles
par le service météorologique chinois, qui se limite, pour la plupart des stations, aux données postérieures
à1960, avec quelques exceptions pour des stations de référence qui avaient des mesures fiables avant.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
58
Figure C 7: Températures à Chongqing du1er au 28août 2022; On y voit la période de
plusde22jours continuellement au-dessus de30°C, même la nuit, ou encore la journée
exceptionnelle du19août avec une minimale de34,9°C et une maximale de43,7°C.
Source: Compte weibo d?un météorologue chinois, weatherman_xinxin.
En août 2022 de nombreux records de températures ont été battu en Chine. Ainsi,
le 21 août, la température à Jianyang (Sichuan) a atteint 43,4 °C. L?ancien record
absolu dans cette station, qui était de 40,3 °C (12/08/2006), a été dépassé plus
de 10 fois pendant l?été 2022.
Or, il avait déjà fait très chaud les mois précédents, avec par exemple, jusqu?à
44,2 °C les 25 et 26 juin dans la province du Hebei, ou 40,9 °C le 13 juillet à
Shanghai?Xujiahui (station climatique de référence de Shanghai, où le début des
mesures remonte à 1873), égalant le record absolu du 21 juillet 2017.
Source: https://twitter.com/extremetemps/status/1560225323387699202
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
59
Impact des vagues de chaleur sur les glaciers
Jérôme Duvernoy,
Observatoire national sur les effets
du réchauffement climatique (ONERC)
Introduction
Les glaciers sont essentiels pour permettre la vie sur Terre. En effet, les glaciers,
stocks d?eau solide permanents à l?échelle humaine, agissent comme des réser-
voirs d?eau douce et fournissent de l?eau potable pour la consommation humaine.
Sauf pour l?Antartique qui représente à lui seul 70 % de l?eau douce mondiale, l?eau
libérée par la fonte des glaces permet, par exemple, en alimentant les fleuves
et les rivières, d?irriguer les cultures et les champs. Outre les bénéfices directe-
ment appréciables par l?homme, les glaciers sont cruciaux pour le cycle hydrolo-
gique car ils ont un rôle central dans la régulation du changement climatique. Ils
constituent donc des outils de choix pour l?étude du climat. Leurs modifications
reflètent, de façon très visuelle, l?évolution des paramètres atmosphériques (tem-
pératures, précipitations?). Ces modifications sont des signaux d?alerte.
Le graphique de la variation de la masse des glaciers à l?échelle mondiale
(cf.figureC8) montre le bilan annuel estimé pour un ensemble de glaciers de
référence mondiaux ayant plus de30années d?observation continue pour la
période1949/50-2020/21. Les valeurs globales sont calculées en utilisant une
seule valeur (moyenne) pour chacune des19régions montagneuses afin d?évi-
ter un biais vers les régions bien observées. Au cours des années hydrologiques
2019/20 et 2020/21, les glaciers de référence observés ont subi une perte de
glace de0,98m hauteur équivalente en eau (meter water equivalent m. w. e.ou
mètre d?eau 1) et de0,77md?eau, respectivement. Avec cela, huit des dix années
de bilan de masse les plus négatives ont été enregistrées après2010.
1. Une valeur de ?1mètred?eau (meter water equivalent ou m. w. e.) par an représente une perte de masse
de1 000kg par mètre carré de couverture de glace ou une perte annuelle d?épaisseur de glace à l?échelle
du glacier d?environ 1,1m par an, la densité de la glace n?étant que de 0,9fois celle de l?eau.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
60
Figure C 8: Bilan de masse cumulé des glaciers de référence. Les valeurs cumulées par rapport
à1970 sont indiquées sur l?axe des ordonnées en unité mètre d?eau équivalent (meter water
equivalent). Depuis le milieu des années1970, le changement de masse cumulé des glaciers de
référence mondiaux, tel qu?il est présenté dans le graphique ci-dessus, est estimé à plusde24m
w. e.Les glaciers observés étaient proches d?un état stable pendant les années1960, suivi
d?une perte de glace de plus en plus importante jusqu?à aujourd?hui. La forte augmentation
des taux de perte de glace au cours de chaque décennie jusqu?à aujourd?hui (sur des surfaces
de glacier en diminution) ne laisse aucun doute sur le changement climatique en cours et le
forçage soutenu, même si une partie de la tendance à l?accélération observée est susceptible
d?être causée par un processus de rétroaction positive (par exemple, l?abaissement de la
surface, la désintégration des glaciers).
Source : Données : https://wgms.ch/global-glacier-state/ ; traitement : ONERC.
Entre1992 et 2017, les calottes glaciaires du Groenland et de l?Antarctique ont
perdu ensemble 6 400gigatonnes (Gt) de glace, entraînant une élévation du niveau
mondial de la mer de près de2centimètres (État européen du climat Rapport,
2019 2). Le taux de perte de la calotte glaciaire du Groenland a augmenté de façon
exponentielle au fil du temps, près de la moitié de la glace perdue entre1992 et
2018 s?étant produite entre2006 et 2012. Quant à la calotte glaciaire de l?Antarc-
tique, elle perd maintenant de la glace plus rapidement que jamais. Avant2012,
l?Antarctique perdait de la glace à un rythme constant de76Gt par an. Cependant,
il y a eu depuis une multiplication par trois, plus de la moitié de la perte totale de
glace des28dernières années se produisant entre2012 et 2017. De l?Himalaya
à l?Arctique, la fonte des glaciers de la planète, provoquée par le réchauffement
2. https://climate.copernicus.eu/ESOTC/2019
-29,5
-24,5
-14,5
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-19,5
1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020
Temps (année)
Bilan de masse cumulé (référence 1970)
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
61
climatique, s?est encore accélérée ces 20dernières années. La fonte de ces
glaces a contribué à la hausse du niveau de la mer, à hauteur de21 %, au rythme
de0,74mm par an. Depuis2000, ils ont perdu en moyenne 267milliards de
tonnes de glace chaque année. La fonte complète des glaciers ferait augmenter
le niveau des océans de40cm. (Hugonnet etal., 2021)
Au niveau européen, le constat est équivalent. Ainsi, depuis1997, on estime que
les glaciers surveillés en Europe ont perdu entre9 et 26mètresd?eau (m. w. e.)
de masse, ce qui correspond à entre10 et 29mètres de perte d?épaisseur de
glace (figureC9).
Figure C 9: Changements de masse cumulés en Europe de 1967à 2021 pour les glaciers
avec des enregistrements à long terme dans neuf régions différentes. Les valeurs du bilan
massique sont données dans l?unité « mètre d?eau (m. w. e.) » par rapport à1997.
Sources : Données : WGMS (2021, mise à jour) ; traitement : C3S/WGMS.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
62
Impact des vagues de chaleur
sur les glaciers des Pyrénées
Une fonte record en 2022
Pierre René,
Association Moraine 1
Évolution des glaciers des Pyrénées depuis1850
Tandis que l?existence de glaciers dans les Alpes est connue de tous, leur pré-
sence dans les Pyrénées est quelque peu confidentielle. En effet, leur surface
globale est mille fois plus réduite ! Avec aujourd?hui une vingtaine de glaciers pour
environ2km² (200ha) d?englacement, les glaciers pyrénéens sont particulière-
ment modestes et vulnérables.
Depuis1850 (fin du Petit Âge glaciaire), les troisquarts des glaces pyrénéennes
et 90 % de leur surface ont disparu (?50 % dans les Alpes). Présents depuis des
milliers d?années, nous assistons aujourd?hui à leur extinction (figureC10).
Figure C 10: Évolution de la surface englacée des Pyrénées (France + Espagne).
Source : Association Moraine.
1. Association Moraine 31 110 Luchon, http://asso.moraine.free.fr
23km2
12,8km2
2km2
1850 1875 1900 1925 1950 1975 2000 2025 2050
Temps (année)
0
5
10
15
20
25
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(k
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2)
Évolution de la surface englacée des Pyrénées (France et Espagne)
1850-2022
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
63
Face à la rapidité du réchauffement climatique, les conditions d?existence de gla-
ciers ne sont plus réunies. La fonte record de l?année2022 est une illustration
de cette tendance lourde.
Zoom sur le glacier d?Ossoue
(Vignemale, Pyrénées françaises) depuis2000
Avec 25ha, le glacier d?Ossoue (figureC11 et figureC12) est le plus grand et le
plus documenté des Pyrénées françaises. Il reflète le mieux le climat car contrai-
rement à ses voisins, il ne bénéficie pas d?un environnement topographique biai-
sant son comportement (cirque rocheux important entraînant une suraccumulation
neigeuse par les avalanches en hiver et une protection solaire en été). Il ne doit
son existence qu?à sa haute altitude (3 070m en moyenne).
Depuis 2000, les différents paramètres mesurés de ce glacier révèlent la perte de :
? 250m de longueur (soit 12m/an) auxquels on peut ajouter 400m si l?on ne
considère plus le lambeau de glace inférieur détaché en2022 ;
? 31ha de surface (soit 1,5ha/an), soit plus de50 % en 22ans, associée à un
morcellement ;
? 40m d?épaisseur (soit 1,8m/an) et 4,5m en 2022 !
Figure C 11: Glacier d?Ossoue (Vignemale, Pyrénées) en 2000 (à gauche) et 2022 (à droite).
Source : Association Moraine.
Fonte des glaciers en 2022
En 2022, les glaciers pyrénéens ont subi une régression record comme en témoignent
les paramètres mesurés (longueur, surface, volume). Au-delà des chiffres, plu-
sieurs glaciers se sont morcelés et d?autres sont devenus trop réduits pour être
comptabilisés à l?avenir. L?année glaciaire2022 est la plus déficitaire depuis au
moins 2002 (date du début des mesures systématiques), mais très certainement
depuis bien plus longtemps.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
64
Figure C 12: Bilan de masse cumulé de deux glaciers pyrénéens.
Source : Association Moraine et Spesa Ingenieria SA.
Avec ?4,5m d?épaisseur, le glacier d?Ossoue perd 2,5fois plus que sa moyenne
(?1,8 m). Le glacier de la Maladeta (Pyrénées espagnoles) enregistre également un
record de fonte avec ?3,3m d?épaisseur contre?0,9m en moyenne (figureC12).
Cette fonte record 2022 est la conséquence de conditions météorologiques défa-
vorables aux glaciers :
? une accumulation neigeuse hivernale médiocre (inférieure à la moyenne) ;
? des apports significatifs de sables sahariens accélérant la fonte par diminu-
tion de l?albédo ;
? des vagues de chaleurs précoces et répétées au cours de l?été.
1990
Temps (années)
1995 2000 2005 2010 2015 2020
-40
-35
-30
-25
-20
-15
-10
-5
0
5
Bi
la
n
cu
m
ul
é
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au
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Ossoue (Asso Moraine)
Maladeta (Ingenieria SA)
Bilan de masse cumulé de deux glaciers des Pyrénées
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
65
Impacts des vagues de chaleur sur la biodiversité
Jérôme Duvernoy,
Observatoire national sur les effets
du réchauffement climatique (ONERC)
Introduction
Le volume2 du sixième rapport d?évaluation du GIEC (GIEC, 2022) nous rap-
pelle que le réchauffement à court terme et l?augmentation de la fréquence, de
la gravité et de la durée des vagues de chaleur impactent de nombreux écosys-
tèmes terrestres, d?eau douce, côtiers et marins et risquent d?occasionner des
pertes élevées ou très élevées de biodiversité.
Selon la région et les écosystèmes, les risques à court terme (2021-2040) de
perte de biodiversité sont de modérés à élevés notamment dans les écosystèmes
forestiers. De plus, l?élévation continue et accélérée du niveau de la mer empié-
tera sur les habitats côtiers et exposera les écosystèmes littoraux et de faible
altitude à la submersion et à la perte.
Sur le plus long terme (2041-2100), la perte et la dégradation de la biodiversité,
qui sont déjà observées pour toutes les régions en raison du réchauffement cli-
matique passé, continueront à s?aggraver dans des proportions qui dépendent du
niveau de réchauffement atteint.
TableauC1 : Dans les écosystèmes terrestres, pourcentage des espèces évaluées
qui seront probablement confrontées à un risque très élevé d?extinction
selon le niveau de réchauffement.
Pourcentage des espèces confrontées
à une extinction Valeur du réchauffement global
3 à 14 % 1,5 °C
3 à 18 % 2 °C
3 à 29 % 3 °C
3 à 39 % 4 °C
3 à 48 % 5 °C
Le tableauC1 nous montre que plus le réchauffement mondial augmente, plus
la part d?espèces menacées d?extinction augmente. Cette augmentation n?étant
pas linéaire, il est d?autant plus important de limiter le réchauffement climatique.
En France métropolitaine, les vagues de chaleur, et même les canicules, se suc-
cèdent de plus en plus vite d?années en années. En effet, alors qu?elles étaient
occasionnelles une fois tous les5à 10ans, elles se rencontrent maintenant tous
les étés depuis2015 (à l?exception de2021). La France a connu 45vagues de
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
66
chaleur en France métropolitaine depuis1947 selon un rythme qui ne fait que
s?accélérer. Sur les35dernières années, les vagues de chaleur ont ainsi été trois
fois plus nombreuses que sur les35années précédentes. Et le nombre de jours
de vagues de chaleur a été multiplié par9. Certains étés comme 2017 ou 2022
ont même connu aumoins3événements de canicule.
Cependant, comme ces événements météorologiques extrêmes sont souvent
associés à des périodes de sécheresse prolongées, il est souvent difficile d?iso-
ler les effets à court terme des canicules, des effets à long terme de la séche-
resse sur la biodiversité. Les conséquences biologiques d?épisodes climatiques
extrêmes (mortalités, réductions de populations, perte de biodiversité, etc.) sont
rarement immédiates et détectables, ne se révélant parfois qu?après plusieurs
années d?affaiblissement des milieux impactés.
De plus, la faune et la flore sauvages sont sous la pression de changements
globaux. La plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la bio-
diversité et les services écosystémiques (IPBES, Intergovernmental Science-Policy
Platform on Biodiversity and Ecosystem Services) classe ainsi les causes d?érosion
de la biodiversité en cinq facteurs majeurs : les changements d?usage des sols
et des mers, l?exploitation directe des ressources, les changements climatiques,
les pollutions, et les espèces exotiques envahissantes. L?augmentation de la fré-
quence et de l?intensité des épisodes de canicule n?est donc qu?un facteur aggra-
vant parmi beaucoup d?autres.
Impacts sur la faune
Pendant une période de canicule, les animaux souffrent comme les humains, et
peinent à trouver des lieux pour s?hydrater ou se rafraîchir. Quand les tempéra-
tures restent élevées pendant plusieurs jours consécutifs, y compris la nuit, le
risque de mortalité augmente fortement. Toutes les espèces sont concernées,
même celles qui vivent dans l?eau.
? Les coups de chaleur
Les périodes de canicule précoces correspondent à la période cruciale de nidifi-
cation des oiseaux, qui sont, selon la Ligue de protection des oiseaux, fortement
touchés par les fortes chaleurs. Les jeunes, sujets à suffocation à cause de la
chaleur sous les toits (figureC13), se rapprochent du bord du nid afin de cher-
cher de l?air et peuvent tomber au sol. Ainsi, la LPO assure avoir accueilli de nom-
breux volatiles en période de canicule, notamment des individus encore au nid.
Dans leurs centres de soins 1, les espèces qui rentrent énormément sont les mar-
tinets ou les hirondelles car ils nichent sous les toitures, dans des petites cavités.
S?il fait plus de 40oC à l?extérieur, la température peut dépasser les 50oC dans
le nid. Donc les jeunes ont tendance à s?avancer vers le bord pour aller chercher
1. https://www.lpo.fr/la-lpo-en-actions/agir-pour-la-faune-en-detresse
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
67
un peu d?air frais à l?extérieur, et tombent. Les chauves-souris comme les pipis-
trelles peuvent fuir les toitures devenues brûlantes, en plein jour. Chez les hiron-
delles, les adultes peuvent abandonner le nid et les jeunes, si les conditions
météorologiques deviennent extrêmes.
Plus généralement, la précocité des épisodes caniculaires, comme ceux du15
au 19juin 2022 est particulièrement dangereuse pour les animaux sauvages qui
sont à cette époque de l?année encore en pleine période de reproduction et de
nourrissage des jeunes.
Figure C 13: Jeune hirondelle
rustique (Hirundo rustica) au
bord du nid.
Source : © Thierry Degen/Terra.
? La déshydratation
Le manque d?eau en période de canicule est un problème qui touche toutes les
espèces animales sans distinction. Avec l?assèchement des points d?eau, la faune
peut parcourir de nombreux kilomètres à la recherche d?une flaque ou d?une mare
et ainsi mourir de fatigue (LPO, 2022).
La baisse rapide des niveaux due aux températures extrêmes s?ajoute au manque
d?eau chronique dû à la sécheresse. Cela peut rendre certains obstacles infran-
chissables, supprimer des connexions entre plusieurs parties d?un cours d?eau
ou restreindre l?accès aux milieux annexes. Cette fragmentation des milieux
peut empêcher la mobilité des espèces comme les poissons ou les amphibiens.
L?assèchement complet d?une partie du linéaire de la rivière, provoque directe-
ment la mort de toutes les espèces peu mobiles et incapables de survivre au
manque d?eau.
Les plus vulnérables sont principalement les espèces d?insectes ou de batraciens
inféodés aux petites mares temporaires ou situées dans la tourbe qui sont à sec
depuis un bon moment. Souvent associé aux épisodes caniculaires, le déficit de
précipitations empêche les nappes de se recharger correctement et certains cours
d?eau douce français sont ainsi à des niveaux exceptionnellement bas, voire tota-
lement à sec, poussant les animaux à s?aventurer ailleurs pour s?abreuver.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
68
Par ailleurs, le manque d?eau a des conséquences sur la végétation et peut
impacter les herbivores, comme le chevreuil, qui se nourrissent principalement
de bourgeons. Avec une production de bourgeons qui est plus faible à cause de
la sécheresse et des vagues de chaleur précoces, la disponibilité alimentaire se
retrouve réduite notamment pour les cervidés.
? Destruction des habitats
Les fortes, et même très fortes températures, provoquent un dessèchement des
plantes, des herbes et de toute autre nourriture végétale, bouleversant ainsi les
écosystèmes qui en dépendent. À cette hausse des températures s?associent
également les nombreux incendies, qui peuvent détruire des écosystèmes entiers
dans certaines régions.
Les oiseaux sont, eux aussi, particulièrement exposés aux conditions météoro-
logiques. Certaines espèces des champs ne font pas de deuxième couvée si les
conditions ne sont pas favorables. C?est par exemple le cas de l?alouette des
champs, dont les effectifs sont en constante diminution (?25 % en 18ans) en
raison des pratiques intensives agricoles (source : alouette des champs, Vigie-
nature). Un épisode de fortes chaleurs est une variable qui s?ajoute aux autres
facteurs de disparition de l?espèce, une mauvaise météo réduisant la producti-
vité des couvées.
En cas de canicule, les routes deviennent de véritables menaces mortelles pour
la faune. En effet, le bitume peut monter à des températures telles qu?il provoque
des brûlures graves chez les animaux obligés de traverser : hérisson d?Europe,
amphibiens, reptiles? Les mammifères, pour ceux qui sont nocturnes, se pro-
tègent cependant de la chaleur dans leurs terriers durant la journée.
Au contraire, certains insectes semblent proliférer, y compris dans des régions
nouvelles pour eux : arrivée du moustique-tigre (figureC15) dans le Loiret et
en Meurthe-et-Moselle, frelons asiatiques dans la Manche et le Finistère, à la
recherche de températures un peu plus tempérées. Ce phénomène, lié principa-
lement à l?augmentation des températures moyennes, s?amplifie avec l?augmen-
tation du nombre de vagues de chaleur.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
69
Figure C 14: Départements de métropole où la présence de moustique tigre (Aedes albopictus)
est connue au 1erjanvier 2022.
Source : Santé publique France 2.
Faune aquatique
Le graphique reprend sur les quelques dernières années les assecs (figureC15)
pendant les mois de juin à septembre. En effet, les dernières années ont connu
des sécheresses et des vagues de chaleur à répétition (2017, 2019 et 2022).
Associées à une forte diminution des niveaux d?eau à cause d?un manque de pré-
cipitation, les vagues de chaleur à répétition provoquent une augmentation anor-
male de la température de l?eau qui, elle-même, entraîne la mortalité des poissons
d?eau douce et des mollusques. L?oxygène (O2) dissous dans l?eau diminue, le
milieu devient eutrophe 3 : il est plus riche en éléments organiques, les algues
pullulent et les bactéries anaérobiques 4 prolifèrent, provoquant l?appauvrisse-
ment, puis la mort de l?écosystème aquatique qui ne bénéficie plus de suffisam-
ment d?oxygène.
2. https://solidarites-sante.gouv.fr/sante-et-environnement/risques-microbiologiques-physiques-et-chimiques/
especes-nuisibles-et-parasites/article/cartes-de-presence-du-moustique-tigre-aedes-albopictus-en-france-
metropolitaine
3. Eutrophe : milieu riche en éléments organiques, pauvre en oxygène. Ex. : eaux dormantes.
4. Anaérobie : organisme qui se développe en l?absence d?oxygène (O2). Ex. : bactéries.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
70
Figure C 15: Pourcentage des observations pour les stations de métropole pour 2017à2022.
Les stations observées en assec sont en bleu. On notera une forte proportion de stations en
assec lors des mois de juillet et août2022.
Source : Données : réseau ONDE ; traitement : ONERC.
Pour ne citer qu?un exemple, dans la zone Natura2000 du marais Breton, des
centaines de truites sont mortes fin juillet2022à cause de la température trop
élevée de leur habitat. Une conséquence directe de la vague de chaleur de cette
période (chapitreD, La vigilance « canicule » de Météo-France).
Pour éviter la mort des poissons certaines solutions existent. Par exemple le
Service public de l?assainissement francilien (SIAAP 5) surveille le taux d?oxy-
gène dissous dans la Seine et, si besoin, diffuse de l?oxygène dans des « îlots de
survie » où les poissons peuvent respirer.
La diminution des populations autochtones, associée à une hausse des tempé-
ratures, sont autant d?opportunité pour les espèces invasives, comme la jussiée
ou certaines écrevisses américaines, qui trouvent ainsi des conditions favorables
pour se développer.
La flore
La flore est sensible aux épisodes de sécheresse prolongée et de canicule. Ces
phénomènes, aujourd?hui plus fréquents, entraînent chez les plantes et les arbres
5. https://www.siaap.fr/
0 %
10 %
20 %
30 %
40 %
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Absence de données
Observation impossible
Écoulement non visible
Écoulement visible
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Observations des assecs de 2017 à 2022
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Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
71
un stress hydrique 6 qui se traduit de différentes façons. Les arbres perdent leurs
feuilles, comme en automne, pour limiter la consommation d?eau. En effet, c?est
par les feuilles qu?intervient le phénomène d?évapotranspiration lié à la photo-
synthèse. Lorsqu?il fait trop chaud et sec, l?arbre doit réduire sa consommation
en eau. Les feuilles jaunissent et tombent, il s?agit d?une adaptation de l?arbre.
Mais si les canicules se répètent trop souvent ou sont trop rapprochées, certains
arbres risquent de s?épuiser et de ne pas survivre.
Les épisodes de canicule qui interviennent au printemps agissent également sur
le cycle de floraison. Les plantes fleurissent et fanent plus tôt. Il peut y avoir un
décalage entre le cycle de la plante et celui des insectes qui, pour certains, sont
étroitement liés pour la pollinisation et/ou la reproduction (espèces symbiotiques 7).
Feux de forêts
Les forêts sont non seulement des socioécosystèmes essentiels pour les sociétés
humaines mais aussi pour la biodiversité. En effet, elles abriteraient près de80 %
de la biodiversité terrestre mondiale. Cet été2022 et un peu partout en France,
le risque d?incendie était à son plus haut niveau. Les fortes températures fragi-
lisent les forêts qui souffrent déjà des sécheresses répétées.
90 % des départs de feux de forêt ont pour origine les activités humaines, selon
différentes causes :
? accidentelles : lignes électriques, chemin de fer, véhicules, dépôt d?ordures ;
? intentionnelles : malveillance ;
? involontaires dues aux travaux : travaux forestiers, travaux agricoles, travaux
industriels et publics ;
? involontaires dues aux particuliers : travaux, loisirs, jets d?objets incandescents.
Et un départ de feux dans une forêt desséchée pourra avoir des conséquences
dramatiques jusqu?aux méga-feux.
La figureC16 ci-après, établie à partir de la base de données EFFIS, représente
les surfaces de forêts brûlées dejuin à novembre2022 en France métropolitaine.
Au total, plus de 66 000hectares de forêts ont brûlé cet été, soit six fois plus
que la moyenne des15dernières années. Presque 300feux ont été recensés.
Même si une étude plus approfondie pourrait être nécessaire, le graphique montre
clairement une certaine corrélation entre les surfaces brûlées et les différentes
canicules. En effet, les températures importantes de l?air et du sol sont des fac-
teurs qui viennent aggraver des conditions déjà très propices aux feux de forêts.
6. Stress hydrique (ou stress osmotique ou stress abiotique ou pénurie d?eau) : état d?une espèce végé-
tale qui, placée dans un environnement, l?amène à libérer davantage d?eau que la quantité qu?elle absorbe.
7. Symbiotique : association étroite, durable et obligatoire entre deux espèces à leur bénéfice mutuel.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
72
Figure C 16: Surface de forêt brûlée en France métropolitaine en2022. Les rectangles orange
représentent les 3canicules.
Source : Données EFFIS ; traitement : ONERC.
Alors que le rapport interministériel de2010 (MEDDEM, 2010) prévoyait l?ex-
tension des zones propices aux feux de forêts dans un futur de2030-2050, la
réalité a malheureusement rattrapé les prévisions. En effet, pendant l?été2022
en Bretagne, le feu a ravagé presque3 000hectares (figureC17). Des records de
température dans36 des44 stations météo en Bretagne (40oC dans le Finistère
Nord, 41,6oC enregistré en Ille-et-Vilaine) associés à une saison très sèche ont
été propices aux feux de forêts qui n?avaient jamais été observés avec une telle
ampleur en Bretagne.
Surface brûlée
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Surface brûlée
Période de canicule
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Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
73
Figure C 17: Surface brûlée en Bretagne depuis2000.
Sources : Données : EFFIS 8 ; traitement : ONERC.
Les bilans actuels en termes de surfaces brûlées et de dégâts, pourtant déjà très
importants, vont s?aggraver avec les effets du changement global en France. Ces
effets vont tous dans le sens d?une aggravation du risque :
? changement climatique conduisant à une multiplication des conditions météo-
rologiques propices au feu (combinaison de températures élevées, d?une humi-
dité de l?air faible) et à une extension des zones menacées ;
? urbanisation croissante des interfaces homme-nature ;
? modification/abandon de pratiques agricoles conduisant à la fermeture du milieu
donnant une continuité des massifs arborés et boisés.
Sans parler de méga-feux, des événements exceptionnels/extrêmes, c?est-à-dire
hors de nos références habituelles en termes d?intensité, de vitesse de propaga-
tion, ou d?importance et de longueurs des sautes de feu, sont donc appelés à se
multiplier dans les années qui viennent.
Pour faire face à la nouvelle ampleur prise par les feux de forêt cette année, le
Gouvernement a annoncé une nouvelle stratégie de lutte contre les incendies.
Cette stratégie est articulée autour de trois grands axes.
Le premier axe repose sur la prévention. Pour faire face aux incendies, dont9
sur10 sont d?origine humaine, des campagnes de sensibilisation seront lancées
8. https://effis.jrc.ec.europa.eu/applications/data-and-services
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Surface brûlée en Bretagne
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
74
et les obligations légales de débroussaillement (OLD) seront renforcées. Ainsi, la
puissance publique pourrait se substituer rapidement aux propriétaires défaillants.
Un inventaire des modèles de forêts et de leur entretien devrait également être
réalisé. Plusieurs outils devraient également être mis en place, tels qu?une carte
nationale recensant les zones particulièrement vulnérables, une météo des forêts
et une météo des feux de forêt pour informer sur les risques et les départs de
feu, à l?image de ce qui se fait déjà dans le bassin méditerranéen.
Le deuxième axe est celui de la lutte. Les moyens de lutte seront modernisés et
accrus d?ici2027. Le nombre de Canadair en France sera augmenté à16 dans
les cinq prochaines années, contre12 aujourd?hui, au sein d?un plan global de
« réarmement aérien d?urgence » contre les feux de forêt de250millions d?euros.
Deux hélicoptères lourds devraient aussi venir renforcer la flotte prochainement.
Troisième volet de la stratégie annoncée par le Président de la République, le
reboisement et la gestion durable des forêts. Le Gouvernement a ainsi promis
« la plantation d?un milliard d?arbres » sur le territoire français d?ici à la fin de la
décennie. C?est-à-dire le renouvellement de10 % des forêts françaises avec des
espèces plus résilientes. L?objectif est de compenser les pertes dues aux incen-
dies mais aussi de fixer le carbone et préserver la biodiversité. Pour arriver à
cet objectif, des financements publics seront dédiés mais le Gouvernement sou-
haite également un travail collectif avec les élus, les agents de l?Office national
des forêts, de l?Observatoire du littoral mais également la participation de jeunes
dans un chantier, écologique, environnemental et d?aménagement des territoires.
Conclusion
Il ressort des projections de Météo-France que les épisodes de vagues de chaleur,
tels que ceux de ces dernières années (2019, 2022) vont se multiplier dans les
années futures.
Les vagues de chaleur sont souvent couplées avec des épisodes plus longs de
sécheresse. Les impacts d?une forte baisse des précipitations conjugués à de la
hausse de l?évapotranspiration correspondent à une baisse importante de l?hu-
midité des sols, des niveaux d?étiage et des débits des cours d?eau. Il est très
difficile de connaître leurs effets à long terme sur la faune, la flore et les milieux,
mais il est vraisemblable que leurs conséquences ne pourront être qu?importantes.
Avec l?augmentation des températures moyennes, mais aussi des températures
extrêmes, les impacts ne vont aller qu?en s?aggravant dans les années futures et
vont concerner une part du territoire de plus en plus étendue et jusque-là préservée.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
75
Impacts des vagues de chaleur
sur la biodiversité marine
Núria Teixidó,
Sorbonne Université, CNRS,
laboratoire d?océanographie de Villefranche
Stazione zoologica Anton Dohrn, Italie
Chloé Carbonne,
Sorbonne Université, CNRS,
laboratoire d?océanographie de Villefranche
Introduction
Outre le réchauffement progressif et à long terme de l?océan, une augmenta-
tion significative de la fréquence et de l?intensité des événements climatiques
extrêmes tels que les vagues de chaleur marines (MHW) est constatée (Smale
etal., 2019 ; Oliver etal., 2021). Ces périodes d?eau chaude exceptionnelles, défi-
nies comme étant des températures de l?eau de mer dépassant un seuil, généra-
lement fixé au90ecentile de la moyenne climatologique, pendant au moins cinq
jours consécutifs (Hobday etal., 2016). Au cours des vingt dernières années, les
MHW ont globalement doublé en fréquence et sont devenues plus durables, plus
intenses et plus étendues et ont eu des impacts significatifs sur la biodiversité
marine (Olivier etal., 2021). Le Groupe intergouvernemental d?experts sur l?évo-
lution du climat (GIEC) prévoit des vagues de chaleur marines plus fréquentes,
plus intenses et plus longues d?ici le milieu du xxiesiècle dans tous les scéna-
rios futurs d?émissions de CO2. Les impacts écologiques se traduisent généra-
lement par des efflorescences algales nuisibles, des déplacements d?espèces,
des événements de mortalité massive (MME) d?espèces marines et le blanchi-
ment massif des coraux qui dure de quelques semaines à plusieurs années. Il en
résulte une perte de biodiversité marine altérant le fonctionnement des écosys-
tèmes marins avec des impacts importants sur l?approvisionnement en biens et
services liés à la pêche et aux moyens de subsistance, à la protection des côtes,
au cycle des nutriments, à la séquestration du carbone et aux opportunités cultu-
relles et récréatives. Même si la méthode est perfectible, ces pertes se chiffrent
en milliards de dollars pour l?humanité (Hughes etal., 2017, Smith etal., 2021).
Le réchauffement affecte la physiologie et la phénologie des organismes marins,
ainsi que leur potentiel de dispersion, induisant des changements d?aire de répar-
tition par l?expansion ou la contraction de la distribution des espèces. Les orga-
nismes vivants fonctionnent entre certaines limites de température déterminées
par la gamme de conditions thermiques qu?ils ont connues au cours de leur évo-
lution (autrement dit, la niche thermique de l?espèce). Au-delà de ces limites,
leur performance diminue et, sans mesures d?atténuation, cela peut mener à la
mort. Des impacts de MHW à l?échelle de l?écosystème ont été constatés dans
un certain nombre de régions où des espèces marines fondatrices qui soutiennent
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
76
une large gamme de biodiversité associée ont été affectées, notamment avec
la perte de forêts de laminaires dans le nord-est et le sud-ouest du Pacifique et
le sud-est de l?océan Indien (Arafeh-Dalmau etal., 2019), le blanchiment massif
des coraux dans l?Indo-Pacifique et le sud-ouest de l?océan Indien (Hughes etal.,
2018), les prairies sous-marines (Arias-Ortiz etal., 2018), et la mortalité générali-
sée des macrophytes (macro-algues et herbiers marins) et des invertébrés en mer
Méditerranée (Garrabou etal., 2022). Dans cet article, nous nous concentrons
sur les impacts des MHW sur les coraux tropicaux et sur les espèces marines de
la mer Méditerranée. Ces deux écosystèmes marins ont en commun la présence
d?espèces marines fondatrices, qui sont essentielles à la structuration d?un éco-
système et qui modulent les flux de nutriments et d?énergie dans l?écosystème
qu?elles définissent. Les espèces fondatrices sont essentielles au maintien de
la biodiversité, et leur disparition aura des répercussions sur les autres espèces.
Figure C 18: Principaux événements liés aux vagues de chaleur marines au cours des deux
dernières décennies. La figure du haut montre les anomalies de température de surface de
l?océan qui se sont produites autour du globe, causées par le forçage atmosphérique et/ou
les processus océaniques. La figure du bas montre les propriétés des principales vagues de
chaleur marines historiques avec leur intensité (axe des y), leur durée (axe des x) et leur
catégorie (modérée, forte, sévère, extrême).
Source : Olivier etal. (2021).
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
77
Stress thermique et blanchiment des coraux
dans les récifs coralliens tropicaux
Les récifs coralliens sont l?un des écosystèmes marins les plus diversifiés, les
plus productifs et les plus climato-sensibles sur la planète. Ils représentent
moinsde1 % de la surface des fonds océaniques, mais ils abritent plusde25 %
de la vie marine. En outre, les récifs coralliens représentent des sources de
revenus et de ressources essentielles grâce à leur rôle dans le tourisme, la pêche
et la protection des côtes, et constituent une source primordiale de protéines de
subsistance et de revenus pour de nombreuses petites communautés locales et
nations qui sont en phase de développement rapide. Environ400millions de per-
sonnes dépendent des récifs pour leur sécurité alimentaire et pour leurs moyens
de subsistance, notamment grâce au tourisme lié aux récifs coralliens. La biodi-
versité des récifs est menacée par le réchauffement, car les océans devraient se
réchauffer de1à5oC en moyenne d?ici la fin du siècle, et par l?augmentation de
la fréquence et de la gravité des vagues de chaleur marines (IPCC, 2019).
La limite physiologique de la plupart des coraux se situe entre~18 et ~28oC.
Avec le réchauffement de l?océan, certaines régions pourraient dépasser cette
limite physiologique supérieure (>28oC) et devenir moins propices aux coraux,
tandis que d?autres régions pourraient augmenter leur température minimale et
devenir plus propices au développement des coraux. Les récifs coralliens seront
également affectés par l?augmentation des concentrations de CO2 dans l?atmos-
phère, ce qui entraîne une baisse de la calcification due à l?acidification de l?océan,
compromettant ainsi le maintien et la croissance de la structure récifale en car-
bonate de calcium.
La plupart des coraux des récifs tropicaux peu profonds réalisent une symbiose
intracellulaire avec des algues dinoflagellées du genre Symbiodimium, qui vivent
dans les tissus du corail (Davy etal., 2012).Le principe de cette symbiose est
que le corail fournit aux algues unicellulaires un environnement protégé et les
composés dont elles ont besoin pour la photosynthèse, tandis que les symbiotes
produisent l?oxygène et les produits carbonés fixes de la photosynthèse (Weis,
2008 ; Davy etal., 2012). Environ90 % de la matière organique produite par pho-
tosynthèse par les symbiontes est transférée au tissu du corail hôte. Lorsque les
coraux subissent un stress environnemental, les polypes expulsent leurs sym-
biontes et la colonie prend une apparence d?un blanc éclatant. Ce phénomène
est communément appelé « blanchiment du corail ». Si les polypes restent trop
longtemps sans les symbiontes, le blanchiment du corail peut entraîner la mort
du corail car les coraux blanchis ne peuvent pas satisfaire leurs besoins méta-
boliques, la plupart des besoins en carbone étant obtenus à partir des produits
photosynthétiques transférés par les symbiotes.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
78
Figure C 19: Ces photos illustrent la même communauté corallienne avant (décembre2014)
et après (février2015) un blanchiment corallien lié à un stress thermique dans les Samoa
américaines. Les symbiontes d?algues unicellulaires fournissent aux coraux leur pigmentation.
À gauche, un récif corallien sain et à droite, le même récif corallien qui a perdu ses symbiontes
et arbore une apparence blanchie. Si les coraux sont privés de leurs symbiotes pendant une
longue période, ils meurent.
Source : © Catlin Seaview Survey.
Au cours des30dernières années, le réchauffement de la température de la surface
de la mer et les vagues de chaleur marines ont déclenché un nombre croissant de
blanchiments massifs de coraux, notamment quatre événements de blanchiments
massifs pan tropicaux en1997-1998, 2010, 2015-2017 et 2019-2020 (Heron
etal., 2016 ; Hughes etal., 2018). Le déclin des coraux entraîne un changement
radical dans la composition et le fonctionnement de l?écosystème des assem-
blages coralliens, y compris des centaines de récifs individuels, transformant de
grandes zones d?assemblages matures et très diversifiés en un écosystème marin
très altéré et dégradé. Il est important de noter que les récifs coralliens mettent
généralement au moins dix ans à se rétablir après des épisodes de blanchiment
massif. Les épisodes répétés de blanchiment réduisent la capacité de récupéra-
tion des coraux, ce qui entraîne à son tour un déclin de la couverture corallienne
et une perte de biodiversité.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
79
Vagues de chaleur marines et mortalités massives récurrentes
en mer Méditerranée
La région méditerranéenne a connu une évolution continue des activités humaines
au cours de plusieurs millénaires. Elle abrite aujourd?hui plusde500millions de per-
sonnes avec une forte concentration d?établissements urbains et d?infrastructures
industrielles à proximité du littoral. La région est la première destination touristique
au monde et l?une des routes maritimes les plus fréquentées. La mer Méditerranée
est une mer semi-fermée de latitude moyenne, entourée de montagnes et de litto-
raux fortement urbanisés qui affectent les facteurs atmosphériques, océaniques et
hydrologiques. Le bassin, situé à la frontière entre deux régimes climatiques (le climat
aride de l?Afrique du Nord et le climat tempéré et pluvieux de l?Europe centrale), est
considéré comme un point particulier (hot-spot) du changement climatique : la
Méditerranée se réchauffe actuellement à un rythme 20 % plus rapide que le reste
du globe (Lionello et Scarascia, 2018). La température de surface de la mer a déjà
augmenté (selon les régions) de0,29oC à0,44oC par décennie (période entre1982
et 2015), et un réchauffement de0,8oC à3,8oC est projeté pour la fin du siècle en
raison de la variabilité régionale (Darmaraki etal., 2019).
Figure C 20: Tendances des vagues de chaleur marines (VCM) et des catégories à travers
la mer Méditerranée pendant la période de2015à2019. La mer Méditerranée connaît une
augmentation de la fréquence et de l?intensité des vagues de chaleur marines, ce qui entraîne
une mortalité massive des organismes benthiques. La mer Égée et les mers du Levant sont les
régions les plus impactées par les vagues de chaleur marines, tandis que le plateau tunisien
est la région qui présente la plus faible augmentation.
Source : Garrabou etal. (2022).
Outre les schémas de réchauffement général et progressif, les périodes de tem-
pératures extrêmes ont eu des conséquences négatives à grande échelle sur la
biodiversité marine méditerranéenne. Des événements de mortalité massive sans
précédent, qui ont affecté environ25espèces, se sont produits pendant les
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
80
étés1999 et 2003 sur des centaines de kilomètres de côtes dans le nord-ouest
de la Méditerranée (Cerrano etal., 2000 ; Garrabou etal., 2009 ; Perez etal.,
2000). Ces MHW étaient soit de courtes périodes (environ5jours en2003) de
températures élevées de la mer (27oC), soit des périodes plus longues (30à40jours)
de températures relativement élevées (24oC en1999). Des impacts sur les orga-
nismes marins ont été rapportés en réponse à ces conditions extrêmes : morta-
lité des macro-algues et des invertébrés, mortalité des pousses et floraison
anormale des herbiers marins (Garrabou etal., 2009 ; Marbà et Duarte, 2010).
Figure C 21: Impacts écologiques des événements de mortalité massive de2015-2019.
a)La colonie de gorgone rouge Paramuricea clavata présentant une mortalité partielle (zones
brunes envahies par les épibiontes) contrastant avec les tissus vivants ; b) une colonie du
corail Cladocora caespitosa présentant des signes de mortalité partielle (squelette nu au
niveau des zones blanches) contrastant avec les tissus vivants ; c) une colonie du bryozoaire
Myriapora truncata présentant une mortalité (parties blanches envahies par les épibiontes ;
d) un individu du mollusque Spondylus gaederopus atteint de mortalité (blanc) ; e) l?éponge
massive Agelas oroides présentant une mortalité (réseau spongieux brun exempt de matériel
cellulaire) contrastant avec le tissu orange vivant ; f) un individu pratiquement mort de
Spongia officinalis présentant un réseau spongieux brun exempt de matériel cellulaire ;
g) le rhodophyte Mesophyllum sp. partiellement mort ; h) l?oursin Arbacia lixula présentant
une mortalité avec la perte des épines.
Source : Garrabou etal. (2022).
Une étude publiée récemment a établi que les températures enregistrées en mer
Méditerranée sur la période2015-2019 étaient les plus élevées depuis le début des
enregistrements en1982 (Garrabou etal., 2022). Sur la base de plusde900relevés
de terrain effectués, les chercheurs ont constaté que 58 % d?entre eux contenaient
des preuves bien réelles que la mortalité massive de la vie marine était liée aux
périodes de chaleur extrême. Les populations de50espèces (dont des macro-algues,
des coraux et des éponges, entre autres) ont été affectées par ces événements
sur des milliers de kilomètres de côtes méditerranéennes, de la mer d?Alboran aux
côtes du bassin oriental, de la surface à45m de profondeur (Garrabou etal., 2022).
Certaines des espèces les plus touchées sont essentielles au maintien de la bio-
diversité et au fonctionnement des habitats côtiers. Parmi ces espèces figurent les
herbiers de Posidonia oceanica et les assemblages de gorgones, deux des habitats
les plus emblématiques et les plus diversifiés de la mer Méditerranée.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
81
Vagues de chaleur marines pendant l?été2022
en mer Méditerranée
La mer Méditerranée a connu une importante vague de chaleur marine avec des
températures de surface de la mer dans les parties occidentales de la Méditerranée
de4-5oC supérieures à la moyenne le long des côtes françaises et italiennes au
cours de l?été2002.
Les températures ont été supérieures à la moyenne pendant des périodes prolon-
gées depuis le début du mois de mai. La température moyenne à la surface de la
mer était supérieure de1,3oC à2,6oC à la moyenne à long terme (1982-2011),
avec des températures maximales mesurées localement à30,8oC du31juillet
au13août dans le nord-ouest de la mer Méditerranée (Guinaldo etal., 2022).
Des impacts sur la biodiversité marine ont déjà été observés dans différents sites
de cette région. Ainsi, de graves mortalités de masse ont été observées sur les
coraux, les éponges et les bryozoaires le long des côtes françaises, notamment
dans le parc national des Calanques, le parc national de Port-Cros et le parc marin
de la Côte Bleue (http://www.calanques-parcnational.fr/fr/actualites/episode-de-
mortalite-de-gorgones-en-mediterranee). Les premiers signes de mortalité ont été
observés entre le18 et le19juillet 2022 entre12 et 30m de profondeur. La
vague de chaleur marine vraisemblablement dévastatrice de cette année2022
ne fera que renforcer la coordination scientifique et la coopération technique aux
niveaux régional, national et international
Figure C 22: Impacts de la forte vague de chaleur marine sur la gorgone Paramuricea clavata
de15m à30m de profondeur au Parc national des Calanques. Les colonies présentent une
mortalité presque totale (squelette blanc) contrastant avec des tissus vivants de couleur rouge.
Source : © Patrick Bonhomme, Parc national des Calanques.
Il faut également espérer que les impacts observés contribueront à la prise de
conscience collective et ainsi à l?élaboration de politiques d?atténuation et d?adap-
tation plus efficaces pour faire face à l?urgence climatique actuelle.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
82
Impacts des vagues de chaleur
sur l?agriculture française
Frédéric Levrault,
Chambre régionale d?agriculture de Nouvelle-Aquitaine
Introduction
Sous l?effet du changement climatique, l?agriculture française est confrontée ces
dernières années à des températures particulièrement élevées, avec des durées de
retour, des extensions géographiques et des intensités qui paraissaient inenvisa-
geables il y a quelques décennies à peine. Si ces hautes températures accélèrent
l?apparition des sécheresses agricoles, elles ont par ailleurs un effet purement ther-
mique ?objet de ce rapport? pouvant être sévère sur les cultures et les animaux
d?élevage. L?ampleur des impacts thermiques déjà constatés ces dernières années
sur notre agriculture et attendus au cours des prochaines décennies doit nous
conduire à considérer ces vagues de chaleur comme un déterminant important de
l?activité agricole en France au xxiesiècle. On s?intéresse ici à rappeler les prin-
cipaux effets des vagues de chaleur sur les productions agricoles végétales et
animales en France métropolitaine, ainsi que les voies majeures d?adaptation.
Principaux impacts sur l?agriculture et l?élevage
et voies d?adaptation
? Lien entre température et croissance : un principe commun
à toutes les espèces végétales
La croissance des espèces végétales ?cultivées ou non? est liée à la tempéra-
ture suivant une courbe en cloche dont les caractéristiques découlent de l?origine
géographique de chaque espèce. Ainsi, les plantes d?origine intertropicale ?par
exemple maïs, sorgho, ou tournesol? possèdent un optimum de croissance (le
point haut de la courbe) correspondant à des températures plus élevées compa-
rativement à des espèces d?origine plus septentrionale ou australe (par exemple
blé, colza, ou prairie). Ces espèces à optimum thermique plus élevé sont dites
« thermophiles ».
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
83
Figure C 23: Réponse de la croissance de
différentes lignées de maïs à la température.
Source : Parent et Tardieu (2012).
Cela a deux incidences majeures pour l?agriculture française. D?une part, toute
espèce cultivée voyant sa croissance pénalisée (même en conditions hydriques
favorables) lorsque la température dépasse son optimum thermique de croissance,
l?accentuation des vagues de chaleur que nous connaissons a déjà un effet glo-
balement délétère sur les productions végétales dans notre pays. D?autre part,
les espèces non thermophiles subissant une réduction de leur croissance au-delà
de seuils moins hauts que dans le cas des espèces thermophiles, les pertes de
production liées aux températures élevées sont (et seront) plus marquées dans
notre pays pour les premières que pour les secondes.
? Vagues de chaleur : une accélération qui inquiète la communauté
agricole française
La vitesse à laquelle ces vagues de chaleur s?amplifient dans notre pays (cf.articles
précédents) n?est pas sans inquiéter la communauté agricole française. Le simple
examen de l?évolution du nombre de jours chauds (TX ?25oC) ou très chauds
(TX ?30oC) ?indicateurs mieux compris par les agriculteurs que la sévérité? au
cours des50dernières années rend compte de la vitesse à laquelle ces phéno-
mènes chauds montent en puissance.
Figure C 24 : Augmentation décennale du
nombre de jours par an dépassant 25 oC
(en jaune) ou 30oC (en orange) constatée
entre1970 et 2022 dans cinq grandes régions
agricoles françaises. Unité : jour par décennie.
Source : Infoclimat. Données : Météo-France.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
84
? Impacts sur les cultures annuelles
Le blé tendre est une des espèces cultivées les mieux documentées quant à l?effet
des températures élevées. C?est notamment le processus de remplissage des
grains en fin de cycle cultural, qui est affecté dès que la température dépasse
25oC, et commence à être nettement pénalisé au-delà de32à35oC ; on parle
alors d?échaudage thermique. Ce phénomène a particulièrement affecté la pro-
duction française lors des campagnes de2005, 2006, 2017, 2019, 2020 et
2022. L?accentuation tendancielle du nombre de jours chauds (voire très chauds)
constatée en fin de cycle cultural du blé (approximativement entre début juin et
mi-juillet) explique pour moitié environ le plafonnement du rendement du blé tendre
apparu dans l?ensemble de la France à partir du milieu des années1990 (Brisson
etal., 2010). En2022, dans les départements touchés par la vague de chaleur
apparue fin juin, les rendements du blé tendre ont été particulièrement bas, équi-
valents à ceux du milieu des années1980.
Figure C 25 : Rendement
moyen départemental du blé
tendre en Charente-Maritime
de1961à2022.
Sources : Données : DRAAF/
SRISE ; traitement : ORACLE
Nouvelle-Aquitaine.
Les vagues de chaleur affectent également les espèces thermophiles. Ainsi chez
le maïs, les processus de croissance commencent à être ralentis au-dessus de
32oC, des impacts plus sévères apparaissant à des températures supérieures :
arrêt de la croissance et de la pollinisation à partir de 40oC, éclatement des cel-
lules à partir de 44oC. Le tournesol voit lui aussi sa croissance affectée à partir
de 31oC, mais sa résistance aux températures supérieures à 35oC apparaît meil-
leure que celle du maïs.
À l?échelle nationale, l?effet d?une canicule sur la production végétale est difficile
à dissocier des effets hydriques. Cependant, et à titre indicatif, on pourra noter
que la canicule de2019 aurait réduit d?environ 10 % la production française de
blé tendre et de maïs (source : ministère de l?Agriculture).
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
85
? Quelques adaptations en cultures annuelles
L?utilisation de variétés plus « précoces » ?c?est-à-dire à cycle plus court? déplace
un peu plus tôt dans l?année la phase de sensibilité aux températures élevées
(par exemple la phase de remplissage des grains), à un moment où la probabi-
lité d?apparition d?une vague de chaleur est plus réduite. Cette adaptation ?dite
« d?esquive »? est déjà adoptée par bon nombre de céréaliers, en Champagne, par
exemple, où l?on observe depuis quelques années la quasi-disparition des varié-
tés de blé tendre à épiaison très tardive (4,5) ou tardive (5).
Figure C 26: Évolution du choix de variétés de blé tendre chez un panel de céréaliers de
Champagne entre2005 et 2020. L?échelle de précocité concerne l?épiaison. Projet FARMSTAR.
Source : Arvalis ?Institut du végétal.
Cette voie d?adaptation est pertinente pour les cultures annuelles récoltées en fin
de printemps ou en début d?été, compte tenu du cycle thermique annuel (vagues de
chaleur plus probables en juillet et août). En revanche, pour les cultures annuelles
récoltées en fin d?été ou en automne, ce mode d?action est apriori non pertinent
puisqu?il augmente la probabilité d?apparition de vagues de chaleur au stade
cultural sensible. Sur le plan hydrique, les conclusions ne sont pas les mêmes.
La sélection variétale constitue une autre voie d?adaptation. Elle vise à mettre au
point des variétés ayant de bonnes aptitudes de croissance ?on parle de tolé-
rance à la chaleur? dans une plage plus haute de températures, quitte à avoir un
rendement un peu moins élevé à l?optimum thermique. Des travaux de recherche
sur ce type de tolérance sont en cours, portés par INRAE et Arvalis ?Institut du
végétal et impliquant des plateformes expérimentales assez lourdes. Un site de
test, spécifiquement dédié aux stress thermiques des céréales, est en place
à Gréoux-les-Bains. L?évaluation des premières variétés tolérantes nécessitera
quelques années, et devra être maintenue durant plusieurs décennies compte
tenu de la dynamique de réchauffement attendue dans notre pays.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
86
Figure C 27 : À Gréoux-
les-Bains (04) une
plateforme expérimentale
pilotée par Arvalis a été
mise en place pour tester
des variétés de blé plus
résistantes à la chaleur.
Source : © Perspectives
agricoles.
Par ailleurs, la protection des cultures contre les températures élevées peut être
recherchée par des effets d?ombrage. Si les ombrages artificiels (voir plus loin)
concernent principalement les cultures pérennes, les arbres isolés, l?agrofores-
terie ou encore les haies peuvent constituer les vecteurs d?ombrages ?donc de
rafraîchissement? intéressants. Cependant, les bénéfices strictement thermiques
de ces « parasols » naturels sont à ce stade peu évalués, les diagnostics ayant
principalement porté sur la biodiversité, l?érosion des sols, et l?effet brise-vent.
Enfin, il ne faut pas oublier que les arbres ?eux aussi? peuvent souffrir de tem-
pératures très élevées. Dans nombre de régions de grande culture françaises,
l?association « arbre-culture » ne fait pas l?objet à ce jour d?une adoption massive
par les agriculteurs (concurrence entre arbres et culture pour la lumière, l?eau et
les éléments minéraux, gêne aux engins mécaniques, valorisation des arbres).
Le déplacement géographique des cultures (remontée vers le nord) au sein de
l?Hexagone apparaît d?une faible utilité face aux vagues de chaleur, compte tenu de
l?extension géographique de ces phénomènes pouvant dès à présent ?et encore
plus à l?avenir? toucher la quasi-totalité de notre territoire. Quant au changement
d?espèces cultivées, au bénéfice d?espèces thermophiles, il est toujours pos-
sible, mais pose à la fois la question du maintien des filières dans notre pays, et
la question de l?évolution des rotations culturales dans les parcelles et de leurs
effets agronomiques (structure du sol, pression de maladies).
? Impacts sur les cultures ligneuses pérennes
En viticulture, les fortes chaleurs se traduisent notamment par des phénomènes
de dessèchement des feuilles puis des baies (on parle de « grillures »), accentués
par les situations de sécheresse. Ces lésions irréversibles peuvent apparaître en
quelques heures et découlent de l?éclatement des cellules soumises à des ten-
sions osmotiques trop fortes.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
87
Figure C 28 : Pied de
vigne grillé par la chaleur
à Estagel (66) lors de la
canicule de juin2019.
Source : ©France Bleu
Roussillon.
Dans les cas les plus sévères, les pertes de production à l?échelle d?un vignoble
peuvent être conséquentes, comme ce fut le cas par exemple pour les appella-
tions Banyuls et Collioure (64) qui perdirent environ 40 % de leur production en
raison de la canicule de juin2019.
En arboriculture fruitière, les fortes chaleurs impactent principalement les fruits,
avec des phénomènes de brûlure, l?éclairage direct jouant également un rôle dans
ces dégradations.
Figure C 29 : Pommes
a b î m é e s p a r d e s
températures trop élevées.
Source : © Daily Science.
? Quelques adaptations en cultures pérennes
En diminuant l?éclairage direct, l?ombrage artificiel permet de réduire la tempéra-
ture à laquelle sont exposées les plantes cultivées. Dans le cas le plus simple,
cet ombrage peut être obtenu au moyen de filets, tendus verticalement le long du
feuillage dans le cas de la vigne, ou horizontalement au-dessus du feuillage dans
le cas des arbres fruitiers. Pour ne pas limiter le rayonnement solaire lorsque cela
n?est pas souhaité (perte d?activité photosynthétique) ?ces filets doivent être aisé-
ment repliables. Le rôle de ces filets peut être double avec un usage de protection
contre la grêle. Ils constituent cependant des investissements non négligeables,
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
88
difficiles à amortir sur des cultures à faible valeur ajoutée, et dont l?efficacité vis-
à-vis des hautes températures est en cours d?évaluation.
Figure C 30 : Filets d?ombrage
dans un vignoble du sud-ouest
de la France.
Source : ©IFV.
Beaucoup plus complexes et onéreuses, les installations agrivoltaïques délivrent
également cet effet rafraîchissant lié à l?ombrage. Les panneaux photovoltaïques,
mobiles et plus espacés que dans une installation classique, sont pilotés pour
optimiser l?ensemble du microclimat de la culture qu?ils surplombent (tempéra-
tures basses, températures hautes, luminosité, hygrométrie), la production d?élec-
tricité n?étant généralement pas prioritaire sur la finalité agricole. Nécessitant des
investissements lourds, ces installations s?appuient sur des contractualisations
multiannuelles entre l?agriculteur et l?énergéticien. Leur évaluation se précise,
tandis que les installations expérimentales commencent à se multiplier en France.
Figure C 31: Le démonstrateur
agrivoltaïque de Piolenc (84)
permet d ?évaluer ce type
d?installation en viticulture.
Source : ©Sun?R.
En viticulture, le rafraîchissement par ombrage peut aussi être obtenu au moyen
d?arbres implantés entre les rangs de vigne. Là encore des plateformes d?évalua-
tion sont en phase de test, les questions de concurrence entre arbres et ceps
devant être maîtrisées. D?ores et déjà, certains vignobles à forte dimension patri-
moniale (Bourgogne, Bordelais, Loire, Champagne?) affichent une très forte réti-
cence à une telle modification de leur paysage viticole historique.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
89
Figure C 32 : Expérimentation
d?agroforesterie en viticulture
dans le Gers.
Source : © IFV.
Le rafraîchissement des cultures peut également être obtenu au moyen de l?irriga-
tion par aspersion, grâce au transfert d?énergie que permet l?évapotranspiration.
Cependant, en viticulture comme en arboriculture, l?irrigation se fait principale-
ment au moyen du goutte-à-goutte. De plus, les périodes de forte chaleur sont le
plus souvent des périodes de sécheresse pendant lesquelles l?usage de l?irriga-
tion en journée est très fortement contingenté voire interdit.
Enfin, dans les zones avec relief, le changement d?exposition peut également
constituer un moyen de protection contre les températures élevées, par l?utili-
sation des versants exposés au nord ou au nord-est. Encore faut-il que de tels
versants soient présents et exploitables dans la zone de production ou dans l?ex-
ploitation concernée. Ainsi, en Bourgogne des mouvements de ce type se mani-
festent, mais de façon très limitée compte tenu de l?exposition générale (est
sud-est) de ce vignoble.
? Impacts sur les animaux d?élevage
Comme les végétaux cultivés, les animaux d?élevage ont une activité physiolo-
gique qui dépend de la température ambiante. Cette sensibilité à la température
recouvre deux dimensions. D?une part, celle du bien-être animal, correspondant au
confort ou à l?inconfort thermique ressenti par les animaux, cet inconfort pouvant
être sévère voire létal lorsque les températures sont extrêmement élevées. D?autre
part, une dimension économique liée au fait que si la température augmente, un
animal d?élevage consacre davantage d?énergie métabolique à la régulation de
sa température, ce qui entraîne une baisse de sa productivité en lait et/ou en
viande, ainsi que de sa fertilité. Évidemment, c?est lorsqu?un animal est dans sa
zone de confort thermique que sa productivité est la plus élevée.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
90
Figure C 33 : Lorsqu?un
animal d?élevage est
exposé à une chaleur
excessive il souffre d?in-
confort et sa productivité
diminue.
Source : © Euronews.
En première approche, on considère généralement qu?une température ambiante de
23à 27oC est la plage au-delà de laquelle le confort et la productivité d?une majo-
rité d?espèces élevées en France commencent à se dégrader. Évidemment, plus
la température s?élève au-dessus de cette plage, plus les animaux sont impactés.
Les éleveurs « bovin-lait » font depuis longtemps le constat de baisses de produc-
tion de lait de leurs vaches lors d?épisodes de chaleur. Pour la seule année2020
par exemple, il est estimé (source : ITK 1) que la baisse de production de lait de
vache en France liée aux vagues de chaleur a avoisiné 4millions de litres.
Figure C 34: Valeurs de l?indice « température humidité » en fonction de ces deux paramètres,
et niveaux de stress associés pour les vaches laitières.
Source : IDELE.
1. ITK est une entreprise d?innovation agronomique : www.itk.fr
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
91
Plus précisément, c?est la combinaison entre température et humidité qui ?comme
pour l?homme? va déterminer à quel point les animaux d?élevage sont affectés.
Pour les principales espèces d?élevage (bovins, ovins, caprins?) des indicateurs
de confort thermique ?basés sur ces deux paramètres? sont établis, qui ren-
seignent sur l?intensité du stress subi par les animaux.
On remarque que le stress thermique se manifeste assez vite. Dans le cas des
vaches laitières par exemple, le stress « modéré à majeur » est atteint dès 36oC
pour une humidité relative supérieure ou égale à 20 %. On comprend dès lors que
la multiplication des jours à plusde35oC, voire 40oC, constatée et attendue en
France, pèse et va peser de plus en plus fortement sur les animaux d?élevage en
France. Il reste à savoir si les jours à températures très élevées pourront s?ac-
compagner à l?avenir d?humidités relatives supérieures à 40 ou 50 %, auquel cas
la vie des animaux d?élevage pourra être menacée. Dans son dispositif national
de gestion des vagues de chaleur (ministère de l?Agriculture et de l?Alimentation/
CGAER, 2020), le ministère de l?Agriculture et de la Souveraineté alimentaire sou-
ligne que « sans une réponse adaptée aux besoins physiologiques des animaux
d?élevage, le taux de mortalité [des animaux] peut être préoccupant ».
? Quelques adaptations en élevage
Pour les animaux qui pâturent (c?est-à-dire qui s?alimentent en extérieur), l?om-
brage est un levier efficace, les animaux s?abritant spontanément à l?ombre par
forte chaleur. À cette fin, on pourra multiplier les arbres au sein des prairies, les
contraintes d?espace liées aux engins agricoles étant moins prégnantes qu?en
cultures annuelles. Les haies en bordures de prairies peuvent également être pré-
servées voire replantées, en veillant à ce qu?elles comportent des arbres dits « de
haut jet », c?est-à-dire suffisamment hauts pour projeter au sol une ombre signifi-
cative, notamment lorsque le soleil est haut dans le ciel. Dans les élevages peu
arborés, des ombrages artificiels (au moyen d?une toile par exemple) peuvent
être mis en place.
Lorsque cela est possible, l?affouragement (apport de fourrage aux animaux lorsque
les prairies sont trop asséchées) en sous-bois permet aux animaux de bénéficier
de conditions nettement plus fraîches notamment en milieu de journée.
L?abreuvement des animaux est à surveiller attentivement lors des fortes chaleurs,
les besoins en eau des animaux s?accroissant nettement, d?environ 50 % dans le
cas des bovins par exemple. La brumisation, à l?intérieur des bâtiments d?élevage
ou en périphérie de ceux-ci, est une technique qui se développe en France métro-
politaine. Autrefois limitée aux pays chauds, elle s?avère thermiquement très effi-
cace et peu consommatrice d?eau.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
92
Figure C 35: La brumisa-
tion est un moyen efficace
pour rafraîchir les animaux
d?élevage en période de
forte chaleur.
Source : © Natura-Sciences.
En zone de montagne, l?estive (montée en altitude des animaux) pratiquée histo-
riquement pour la valorisation des prairies d?altitude, est un levier très efficace
d?adaptation aux températures chaudes : environ 6oC de baisse de température
sont obtenus pour une élévation de1 000m.
Enfin, en période de canicule, le ministère de l?Agriculture et de la Souveraineté
alimentaire restreint le transport des animaux vertébrés.
? Impacts sur les travailleurs agricoles et adaptations
En agriculture, de nombreuses tâches sont effectuées en extérieur par les exploi-
tants agricoles eux-mêmes ou par leurs salariés(soin des troupeaux, déplacement
de matériels, récoltes manuelles?), à des périodes de l?année où les vagues
de chaleur peuvent apparaître. L?exposition des personnes à ces conditions ther-
miques difficiles entraîne des risques pour la santé, ainsi qu?une baisse de la
productivité. L?Office international du travail estime qu?un travailleur moyen perd
50 % de ses capacités à33-34oC.
Le code du travail(décret du 19décembre 2018 complété par l?instruction du
31mai 2022) impose à l?employeur de protéger ses salariés face à ces phé-
nomènes : modification de l?organisation du travail incluant le changement des
horaires, mise à disposition d?eau fraîche, ventilation des bâtiments pour les
travaux en intérieur.
Lors des périodes de fortes chaleurs, les organismes de conseil agricole de même
que la presse agricole multiplient les messages d?alerte et les recommandations
pour limiter tant que faire se peut l?exposition à ces fortes températures des
femmes et des hommes qui travaillent dans les entreprises agricoles.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
93
Figure C 36: Site Internet du journal LaFrance agricole lors de la canicule de juillet2022.
Source : LaFrance agricole.
Conclusion et perspectives
Le rythme auquel les vagues de chaleur se multiplient et s?intensifient dans notre
pays constitue un véritable défi pour l?agriculture française, et ceci d?autant plus
que les travaux les plus récents (Ribes etal., 2022) suggèrent une accélération
possible de ces phénomènes en France, au-delà des trajectoires préalablement
envisagées par les climatologues. Il ne faut donc pas sous-estimer le challenge
que vont représenter, pour l?agriculture de l?Hexagone, l?identification et la mise
en oeuvre d?adaptations à des phénomènes climatiques d?une telle ampleur. De
fait, la question de l?adaptation aux vagues de chaleur ?après avoir été quelque
peu occultée par le sujet jugé prioritaire des sécheresses? semble intéresser
davantage la communauté agricole française.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
94
Les pistes d?adaptations ?déjà éprouvées ou encore à l?étude? se multiplient,
permettant d?envisager de réelles marges de manoeuvre pour les agriculteurs et
éleveurs. En termes d?efficacité, c?est généralement un cortège de solutions d?adap-
tations qu?il faut mettre en oeuvre pour parvenir à un niveau d?efficacité satisfai-
sant (par exemple : amélioration génétique etpratiques culturales). La multiplicité
de ces adaptations, la difficulté technique ou financière de leur mise en oeuvre et
la complexité de leur évaluation appellent de la part des organismes de conseil
un effort ?déjà entamé mais majeur? de montée en compétences des agents et
d?accompagnement des agriculteurs et des éleveurs.
Si l?adaptation est une nécessité déjà vitale, la maîtrise ?à hauteur nécessaire?
des émissions mondiales de GES demeure le levier incontournable pour que ces
vagues de chaleur n?atteignent pas ?durant la seconde moitié de ce siècle? des
niveaux que l?agriculture et l?élevage français seraient difficilement en capacité
de gérer.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
95
Impacts des vagues de chaleur
sur la production d?énergie électrique
Catherine Halbwachs et Sylvie Parey,
Électricité de France (EDF)
Malgré un été2022 exceptionnellement chaud et sec, le parc de production EDF
a répondu à la demande. Il était préparé à travers la prise en compte des retours
d?expérience de la tempête de1999 et de la canicule de2003, les plans aléas
climatiques et grands chauds et une politique d?anticipation continue.
Un été2022 exceptionnel : précocité, durée, sévérité
L?été2022a été le plus chaud après2003. Il se caractérise 1 :
? par sa précocité : dès le début du mois de mai, certains records saisonniers
étaient approchés ;
? par sa durée : trois vagues de chaleur du15 au 19juin, du12 au 25juillet
puis du31juillet au 13août et des températures en moyenne de1à3oC au-des-
sus des valeurs saisonnières ; 36,2oC de température maximale moyenne sur la
France le 18juin et 37,6oC le 18juillet ;
? par sa sévérité : le déficit pluviométrique combiné aux fortes chaleurs a provo-
qué des périodes de sécheresse importantes. Les cumuls de précipitations défici-
taires de40à60 % sur une grande partie du territoire et de 60 % sur le Nord-Ouest
et l?Occitanie. L?été2022 se situe dans les 10étés les plus secs en France.
Il a aussi été marqué par un épisode orageux extrême le 18août en Corse, avec
des rafales de vent localement supérieures à200km/h.
Un système électrique résilient
Les mesures techniques et réglementaires issues notamment du retour d?expé-
rience de la canicule de2003 ont montré la résilience de l?ensemble du système
électrique.
1. Source : Bilan climatique de l?été 2022, Météo-France.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
96
Figure C 37 : Vue exté-
rieure de la Centrale de
Cattenom (Lorraine)
rivière La Moselle.
Source : © Natura-Sciences.
? Au niveau technique, des investissements avaient été réalisés en particulier
sur la production de froid, le changement des échangeurs eau ou air pour amé-
liorer le rendement et la résilience, le durcissement de matériels sensibles?
? Au niveau réglementaire, fin juillet2022, plusieurs limites d?échauffement des
fleuves étaient atteintes et la direction du parc nucléaire et thermique (DPNT)
a sollicité la mise en oeuvre de mécanismes dérogatoires :
. sur requis (demande) du gestionnaire du Réseau de transport d?électricité
français (RTE) (ex. : besoin Golfech pour le Sud-Ouest) accompagné d?une sur-
veillance environnementale renforcée ;
. sur autorisation ministérielle, un dispositif mis en place suite au retour d?ex-
périence2003 pour répondre aux situations exceptionnelles et jamais utilisé
jusqu?alors.
Ces demandes étaient renforcées par la réponse à la demande des pouvoirs publics
de privilégier le recours au nucléaire pour sauvegarder les réserves de gaz et pré-
server l?hydraulique en préparation de l?hiver prochain. Les dérogations données
jusqu?au 11septembre ont finalement été peu utilisées.
L?été2022a aussi permis de montrer le caractère systémique du dérèglement
climatique et de ses conséquences.
La prise en compte du dérèglement climatique
Le nombre de vagues de chaleur en France a augmenté depuis1989. Quelle que
soit la trajectoire d?émissions de gaz à effet de serre et aérosols, les projections
climatiques indiquent la poursuite de ce phénomène et une intensification des
événements.
À EDF, même si les travaux de recherche sur le changement climatique remontent au
début des années1990, la canicule de2003a occasionné une prise de conscience
des conséquences du dérèglement. Elle a amené à vérifier l?adaptation du parc
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
97
nucléaire en exploitation à l?occurrence de températures extrêmes chaudes de
l?air et de l?eau plus élevées que celles observées dans le passé sur lesquels la
conception avait été basée.
Le groupe EDF s?est doté d?un service climatique regroupant des projections cli-
matiques issues des exercices internationaux et des outils à l?état de l?art per-
mettant d?en décliner les résultats à l?échelle de ses activités.
Un nouveau référentiel, dit « grands chauds » a été mis en place. Les tempéra-
tures extrêmes chaudes ont été estimées à partir des séries de températures
observées aux stations Météo-France de référence des centres nucléaires de
production d?électricité (CNPE) 2. La méthodologie étant basée sur l?extrapola-
tion de tendances récentes, des mises à jour régulières sont prévues. Avec l?ex-
périence acquise sur l?application des extensions de la théorie statistique des
valeurs extrêmes, elles ont conduit à des ajustements. Ainsi le seuil de sélec-
tion des extrêmes observés évolue avec le temps. La dernière mise à jour date
de2019, et les canicules de2022 n?ont pas occasionné de dépassements des
valeurs estimées alors.
Avec la programmation de nouveaux réacteurs, la nécessité d?estimer des valeurs
extrêmes possibles en fin de siècle en tenant compte du changement climatique
s?est aussi imposée. Une thèse 3 a permis de mieux comprendre les liens entre
les évolutions de moyenne, de variance et des extrêmes de la température de l?air,
et de proposer une méthode pour estimer des extrêmes futurs. Cette méthode
repose sur la construction d?une variable dont les extrêmes peuvent être considérés
comme stationnaires, à partir de laquelle on estime le niveau de retour souhaité 4.
Outre des températures très élevées, les canicules occasionnent des débits des
fleuves et rivières plus bas. Ainsi, la mise en place du projet ADAPT au sein de
la direction de la production nucléaire et thermique d?EDF s?accompagne de la
nécessité d?anticiper les événements de canicule et d?étiage les plus sévères
susceptibles de survenir à l?horizon2050. La méthodologie repose sur la généra-
tion stochastique d?un grand nombre de séries temporelles de température et de
précipitations équivalentes aux séries observées ou projetées, à l?aide de géné-
rateurs de temps. Ces séries constituent les données d?entrée du modèle hydro-
logique MORDOR, qui produit le même nombre de séries temporelles de débit,
à partir desquelles il est possible de faire des statistiques robustes. Un nombre
limité de scénarios possibles d?évolution du climat, représenté par des couples
modèle climatique/scénario d?émissions de gaz à effet de serre et aérosols, pro-
duisant des projections contrastées, est sélectionné dans l?ensemble de projec-
tions. Cette méthodologie permet également d?estimer l?évolution de fréquences
2. La méthode a été publiée dans le journal Climatic Change en2007 et son adaptation pour les tempéra-
tures de l?eau dans Natural Hazards Earth System Sciences en2008. Elle a également fait l?objet d?une vali-
dation par Météo-France à la demande spécifique d?EDF.
3. Thèse coencadrée avec le professeur Dacunha-Castelle du laboratoire de mathématiques de l?univer-
sité d?Orsay.
4. La consolidation de cette méthode a été publiée dans Natural Hazards en2019.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
98
d?événements observés à l?horizon2050. À titre d?exemple, cette approche a
permis d?estimer les évolutions de fréquence d?un événement caniculaire du type
de celui de juin2022à l?horizon2050 pour l?un de nos sites.
Un épisode est défini comme un nombre de jours au cours desquels la tempéra-
ture moyenne journalière dépasse le quantile98 % de la distribution des tempé-
ratures moyennes journalières en été sur la période1981-2010. Son intensité
est la somme des écarts à ce seuil sur la durée de l?épisode et le maximum est
la température maximale atteinte au cours de l?épisode.
Tableau C2 : Évolution de fréquence d?un événement caniculaire.
En termes d?intensité En termes de maximum
Actuellement (1981-2010) = tous les 10ans = tous les 20ans
2050 scénatio bas = tous les 5ans = tous les 10ans
2050 scénatios intermédiaires = tous les 2ans = tous les 5 à 7ans
2050 scénatio haut = 3x par an = 2x par an
Source : EDF R&D ?Service climatique.
Par ailleurs, une étude publiée en 2021 (Parey and Marty, 2021) a permis d?ana-
lyser les évolutions à l?horizon2050 pour cinq aléas majeurs impactant le réseau
de distribution d?électricité, dont les canicules et les feux de forêt. Elle montre qu?il
faut se préparer à des températures extrêmes chaudes plus élevées de5à10oC
selon les modèles climatiques considérés et à une extension à la fois de la saison
et de la zone à risque de feux de forêt.
Les études réalisées ont démontré la robustesse du parc de production du groupe
EDF, tout en identifiant les points à surveiller. Si le changement climatique, mais
aussi les autres changements anthropiques sont source supplémentaire d?in-
certitudes à prendre en compte dans les évaluations, le principe d?un réexamen
tous les dix ans de la sûreté des ouvrages nucléaires et hydrauliques constitue
un pilier fondamental de la robustesse sur le long terme (Burtin et Parey, 2022).
Poursuivre et accélérer les dynamiques d?adaptation
Le retour d?expérience de l?été2022 amène à s?interroger sur :
? la prise en compte du dérèglement dans les choix d?investissement dès main-
tenant et les études sur les marges techniques ;
? le partage de l?eau entre les différents usages avec un changement de para-
digme dans le cadre d?une analyse systémique de l?impact du dérèglement clima-
tique sur la résilience des territoires ;
? une analyse approfondie sur les seuils de température des cours d?eau en
vigueur et la prise en compte du retour d?expérience et des données recueillies
selon le milieu considéré ;
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
99
? un travail par la distribution, notamment sur le remplacement des éléments
sensibles à la chaleur (câble papier imprégné) et le passage de câbles aériens à
souterrains dans les zones boisées.
Pour prendre en compte à la fois le caractère systémique et évolutif du dérègle-
ment climatique et l?évolution de la demande d?électricité, le secteur a besoin
de pouvoir compter sur des moyens de production pilotables et très bas carbone
pour assurer la sûreté et la résilience des systèmes électriques et contribuer à
l?habitabilité des territoires.
Le groupe EDF a dans ce but publié en mars2022 son plan de transition clima-
tique 5, articulé autour de trois axes, complétés d?un volet gouvernance répon-
dant aux meilleures pratiques préconisées par la TCFD 6 :
? Réduire les émissions de gaz à effet de serre du groupe.
? Adapter les installations du groupe au changement climatique.
? Développer les usages de l?électricité décarbonée.
Adapter les installations du groupe au changement climatique
Avec des ouvrages dont la durée de vie technique dépasse potentiellement 40ans,
le groupeEDF doit adapter ses installations aux conséquences physiques du chan-
gement climatique. Dès la publication du premier rapport du GIEC en1990, le
groupeEDF a mis en oeuvre des projets de recherche sur le changement clima-
tique, en collaboration avec le Laboratoire de météorologie dynamique (LMD) et
une des premières versions du modèle climatique du LMD a été utilisée à EDF
pour des études de sensibilité. Àpartir de1995, le modèle ARPEGE-Climat de
Météo-France a également été utilisé. Dès2004, le groupeEDF s?est doté d?un
plan « Aléas climatiques », puis d?une stratégie d?adaptation au changement clima-
tique en2010. En2014, il a mis en place un service climatique, unique parmi les
grands électriciens, pour appuyer les entités du groupe dans la prise en compte de
l?impact du changement climatique. Le risque climatique est inscrit depuis2018
comme risque prioritaire à l?échelle du groupeEDF, une cotation confortée par les
conclusions du rapport sur les impacts, l?adaptation et la vulnérabilité du change-
ment climatique publié par le GIEC en février2022.
? Définir la politique d?adaptation des installations
Le plan de transition climatique du groupe EDF intègre un volet adaptation, aux
termes duquel le groupe s?engage notamment à évaluer les impacts du change-
ment climatique selon les hypothèses d?évolution du climat, à adapter les instal-
lations existantes pour les rendre moins sensibles aux conditions climatiques et
résilientes aux situations extrêmes, et à intégrer ces projections dans la concep-
tion des nouvelles installations.
5. https://www.edf.fr/sites/groupe/files/2022-03/2022-03-14-plan-transition-climatique-groupe-edf.pdf
6. Taskforce on Climate-related Financial Disclosure.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
100
? Les phénomènes extrêmes et le passage de l?été
En2003, certaines centrales avaient dû réduire leur production afin d?éviter de
contribuer au réchauffement de l?eau des rivières, entraînant une perte de pro-
duction équivalente à1 % de la production d?EDF. Le plan « Grand Chaud » a par
la suite conduit EDF à procéder à l?amélioration de l?efficacité du refroidissement
de certaines de ses centrales et à renforcer l?électronique des bâtiments réac-
teurs afin de pouvoir supporter des températures supérieures à50oC. Les cen-
trales en cours de construction du groupeEDF ont toutes été dimensionnées en
intégrant les scénarios climatiques les plus récents.
? Adapter les installations de tous les grands métiers du groupe
Le groupe a lancé le programme ADAPT en vue d?analyser le niveau d?adaptation
du parc nucléaire existant au dérèglement climatique. Une étude détaillée est
menée à Chooz, qui permet de produire une analyse en grandeur nature de l?en-
semble des fragilités potentielles au regard des conséquences du dérèglement
climatique, puis de proposer un plan d?actions. Afin de renforcer la résilience des
ouvrages hydrauliques aux aléas climatiques extrêmes et aux risques liés à l?af-
flux massif d?eau dans les réservoirs, le groupe procède à une réévaluation régu-
lière des débits de crues extrêmes ?afin de s?assurer du maintien de la capacité
des ouvrages à évacuer ces crues? et a développé et installé sur certains de
ses ouvrages une technologie innovante dite « Piano Key Weir 7 » qui permet le
déversement d?une quantité d?eau plus importante, sans pour autant accroître
les dimensions des barrages. Pour réduire la vulnérabilité des réseaux de distri-
bution, Enedis travaille à l?enfouissement des réseaux HTA aériens et a créé une
force d?intervention rapide (FIRE) qui permet de repositionner, sur l?ensemble du
territoire, des moyens et des hommes afin de rétablir au plus tôt l?alimentation
électrique. La FIRE est un dispositif clé du groupeEDF vis-à--vis des risques cli-
matiques extrêmes.
? Renforcer l?action menée grâce aux nouveaux plans d?adaptation
Au-delà de ces actions engagées de longue date par le groupe, de nouveaux plans
d?adaptation au changement climatique sont aujourd?hui déployés afin de renfor-
cer les actions menées au plus près des entités du groupe exposées aux risques
physiques du changement climatique.
7. Ces déversoirs de crue en forme de touches de piano (« Piano Key Weir ») sont constitués de bacs d?ali-
mentation et d?évacuation. Leur forme en créneau offre une plus grande surface pour l?écoulement de l?eau,
tout en occupant un espace réduit, un avantage pour les barrages encaissés dans des lieux étroits.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
101
Impacts des vagues de chaleur sur le réseau électrique
Laurent Dubus et Catherine Lelong,
Réseau de Transport d?Électricité (RTE)
RTE est le gestionnaire du réseau de transport d?électricité français. En sa qualité
d?entreprise de service public, RTE a pour mission l?exploitation, la maintenance
et le développement du réseau à haute et très haute tension et garantit le bon
fonctionnement et la sûreté du système électrique.
Celui-ci est dépendant des conditions météorologiques à toutes les échelles de
temps (WMO, 2017). La température de l?air et des rivières, les précipitations,
le vent, l?ensoleillement? ont en effet des impacts tant sur la consommation
d?électricité que sa production, mais aussi sur le fonctionnement du réseau lui-
même. Le changement climatique va par ailleurs modifier substantiellement ces
dépendances.
Les canicules et les vagues de chaleur impactent
la consommation et la production d?électricité
La consommation d?électricité en France est historiquement sensible aux tem-
pératures froides en hiver, en raison du développement du chauffage électrique.
La dépendance aux températures chaudes en été est plus récente ; elle est due
d?une part au développement des systèmes de climatisation dans les bâtiments
mais aussi au besoin croissant de froid industriel. Les vagues de chaleur ont donc
de plus en plus d?impact sur la consommation, en raison de l?augmentation du
nombre d?installations de froid et du nombre et de l?intensité des vagues de chaleur.
La plupart des moyens de production sont également impactés par les vagues
de chaleur :
? La production thermique subit des pertes de rendement en raison de la dimi-
nution de l?écart de température avec l?air extérieur (rendement des cycles de
Carnot), le phénomène étant encore accentué si l?air est sec.
? Le refroidissement des centrales électriques thermiques (classiques et
nucléaires) est contraint par des réglementations visant à protéger les écosys-
tèmes. La capacité de refroidissement peut être réduite aussi bien pour les
installations en circuit fermé (avec tours aéroréfrigérantes) qu?en circuit ouvert
(par prélèvement d?eau de rivière ou de mer) du fait de l?augmentation de la
température d?eau et de la baisse du débit éventuellement associée en période
de sécheresse.
? La production éolienne peut-être réduite car l?air chaud est moins dense, ce
qui diminue le rendement des pales des turbines.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
102
? Le rendement des panneaux solaires diminue pour des températures d?air
supérieures à environ 25oC.
? La production hydroélectrique n?est pas directement impactée par les vagues
de chaleur, mais elle peut l?être indirectement puisque les canicules sont souvent
associées à des périodes de sécheresse, et donc de diminution des débits
des cours d?eau. Les fortes chaleurs contribuent par ailleurs à une évaporation
accrue des lacs de retenue des barrages, diminuant d?autant les stocks d?eau.
Les vagues de chaleur et les canicules ont donc tendance à augmenter la consom-
mation d?électricité, et à limiter la production disponible. Toutefois, ces épisodes
interviennent encore essentiellement entre juin et août, lorsque la consomma-
tion est plus réduite. À ce stade, elles n?ont donc pas posé de difficulté majeure
au système électrique.
Les vagues de chaleur impactent aussi le réseau électrique
Le réseau électrique lui-même est également impacté par les vagues de chaleur
et les canicules :
? L?échauffement des lignes aériennes entraîne la dilatation des câbles qui
se rapprochent alors du sol avec une possible dégradation du matériel sur les
ouvrages anciens. Il convient alors de réduire le transit du courant sur certaines
lignes anciennes pour assurer la sécurité des personnes et des biens. Cette
réduction de la capacité de transit du réseau a de possibles impacts sur les
schémas d?exploitation du réseau et peut engendrer une désoptimisation coû-
teuse du mix électrique. Les matériels anciens peuvent par ailleurs être endom-
magés (notamment par dégradation des huiles qu?ils contiennent).
? L?augmentation des températures dans les bâtiments de postes électriques
peut endommager des matériels (dont l?électronique), en particulier en cas de
panne des ventilations/climatisations concomitantes avec une vague de chaleur.
Ces dommages peuvent entraîner des coûts de réparation ou de remplacement.
? Il existe des risques de dommages sur certains matériels anciens, comme
les jonctions de câbles oléostatiques (câbles sous pression d?huile) du réseau
enterré. Toutefois, depuis la canicule de2003, cette technologie ancienne de
câbles fragiles à la température est progressivement remplacée (toutes les ins-
tallations concernées devraient être sécurisées d?ici2030).
? Les périodes de canicule, en particulier lorsqu?elles sont couplées avec la
sécheresse, sont propices aux incendies. Pour permettre l?intervention des pom-
piers, les liaisons aériennes doivent alors être mises hors tension, ce qui peut
conduire à perturber l?alimentation de poches de consommations. Plusieurs
liaisons ont ainsi dû être mises hors tension pendant l?été2022à la demande
des pompiers.
? Le risque d?incendie provoqué par l?amorçage d?une ligne en période de forte
chaleur est étroitement lié à la politique de gestion de la végétation du ges-
tionnaire de réseau. Le gestionnaire de réseau de transport Californien Pacific
Gas and Electric Company a ainsi été accusé d?avoir provoqué des incendies
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
103
en2018 et 2020 par son défaut d?élagage et de débroussaillage sous ses liai-
sons aériennes. Cela a provoqué sa mise en faillite.
? Les chaleurs extrêmes présentent par ailleurs des risques sur la santé des
équipes d?exploitation et de maintenance.
Le réseau électrique, essentiellement construit en extérieur, est donc fortement
soumis aux conditions climatiques et à leur évolution. La hausse des tempéra-
tures extrêmes chaudes représente des risques d?augmentation des contraintes
de transit (pouvant conduire à des coupures) et d?augmentation des coûts de répa-
ration ou de remplacement des matériels.
Figure C 38: Réseau électrique
aérien traversant le Rhône.
Crédits : © Arnaud Bouissou/Terra.
.
Des solutions techniques et des besoins de recherche
et développement
Des solutions techniques existent déjà ou sont envisageables pour limiter ou sup-
primer les impacts sur les matériels neufs ou existants, mais elles ont un coût,
qu?il convient d?optimiser sur la base des connaissances disponibles relatives aux
conditions climatiques actuelles et futures. L?optimisation économique dépend de
l?intensité des phénomènes possibles pris en compte dans le dimensionnement
des ouvrages, du niveau de risque acceptable et de la durée de vie ou de la fré-
quence de remise à niveau des installations et des équipements
Dans le cadre incertain lié à l?évolution du climat, le besoin en projections à dif-
férents horizons temporels est important. Ces horizons sont ceux des grandes
décisions d?orientation du secteur, et des cycles d?investissement, le tout devant
être éclairé autant que possible par une vision à long terme, c?est-à-dire la fin de
siècle, correspondant à la durée de vie la plus longue des éléments du système
constitué par les grandes centrales et le réseau de grand transport principalement.
Les derniers étés ont montré de façon très nette le besoin toujours très important de
la science et des services climatiques pour venir informer et éclairer les décisions.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
104
En particulier, les extrêmes de température de l?été2022 dépassent déjà nette-
ment certaines projections climatiques effectuées pour2050, y compris selon le
pire scénario d?émissions de gaz à effet de serre (RCP8.5). Des travaux récents
tendent également à montrer que les modèles climatiques, y compris régionaux,
simulent sur les50-70dernières années des tendances sur les extrêmes inférieures
à celles observées, d?un facteur1,5à2 (Vautard etal., 2020 ; VanOldenborgh
etal., 2022). Des progrès sont donc encore nécessaires en modélisation du climat
pour réduire les erreurs des modèles.
Il y a donc un besoin très fort de développer les connaissances scientifiques pour
comprendre les limites des modèles climatiques et y remédier, et de continuer
à développer les services climatiques pour apporter des réponses concrètes aux
acteurs économiques. Pour cela, la collaboration entre les scientifiques et les ges-
tionnaires du système électrique doit être encore renforcée, afin d?apporter les
meilleures réponses possibles, compte tenu de l?état des connaissances. Des
choix stratégiques de long terme doivent être faits de manière urgente pour anti-
ciper le changement climatique et ne pas prendre de retard dans l?adaptation.
RTE mène des études liées à la météorologie et au climat, actuel et futur, et à
leurs impacts sur le réseau électrique et le fonctionnement global du système
français et européen (Lelong et Dubus, 2022). Ces études se font en partie en
partenariat avec Météo-France ou encore l?Institut Pierre-Simon-Laplace, mais
aussi avec le programme européen COPERNICUS Climate Change Service. Le
changement climatique a ainsi été intégré dans l?étude prospective « Futurs éner-
gétiques2050 » 1 qui a montré que la transformation du système électrique doit
intégrer dès à présent les conséquences probables du changement climatique,
notamment sur les ressources en eau, les vagues de chaleur ou les régimes de
vent. RTE mène également des études sur les impacts du changement climatique
sur les éléments du réseau lui-même ; les canicules font l?objet d?une attention
particulière dans le projet RÉSILIENCE 2.
1. https://assets.rte-france.com/prod/public/2021-10/Futurs-Energetiques-2050-principaux-resultats_0.pdf
2. https://www.rte-france.com/rte-en-bref/nos-engagements/laction-de-rte-face-au-changement-climatique
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
105
Impacts des vagues de chaleur sur les transports
et infrastructures de transport
Cet article traite des impacts directs des vagues de chaleur (températures extrêmes)
mais aussi des impacts indirects tels que les incendies de forêt et de broussailles
sur les transports et les infrastructures de transport ferroviaires, routiers, por-
tuaires (port et aéroports) et aériens. Il est composé de deux parties distinctes
provenant de deux directions du ministère (DGITM et DGAC).
Impact des vagues de chaleur sur les transports ferroviaires,
routiers et maritimes
Teodora Popescu,
Direction générale des infrastructures,
des transports et des mobilités (DGITM)
Grâce aux contributions de:
David Courteille, Régis Coene,
RATP
Valérie Darmaillacq, Clément Philippe,
Christelle Mary,
SNCF Voyageurs
Et de :
SNCF Réseau
Société du Grand Paris
Voies navigables de France
DGITM
CEREMA
? Impacts des vagues de chaleur sur le transport ferroviaire et guidé
Une baisse de la régularité à5minutes (i. e.du nombre de trains avec
moinsde5minutes de retard) a été observée chez les transporteurs de SNCF
Voyageurs durant l?été2022, en particulier sur les voyages longue distance. Ainsi,
sur la période estivale, les TGV et Intercités ont affiché une régularité d?environ3 %
inférieure à l?objectif affiché pour2022 et une perte en régularité de4à4,5 % par
rapport à2021 sur les mois de juillet et août. Les fortes chaleurs de l?été2022
sont responsables au moins partiellement de cette perte de performance, puisque
les journées avec les épisodes alertes rouges canicules ont concentré à elles
seules le tiers des minutes perdues par les trains opérés par SNCF Voyageurs.
Plus généralement, SNCF Voyageurs note une baisse de la régularité dès que la
température extérieure dépasse 28oC.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
106
Cette baisse de régularité est le résultat des impacts des vagues de chaleur sur
l?infrastructure ferroviaire et sur le matériel roulant.
Figure C 39 : Termes reve-
nant le plus souvent dans
les commentaires des voya-
geurs SNCF sur la période
mai-octobre2022.
Source : www.voixduclientsncf.fr
Impacts des vagues de chaleur sur les infrastructures du réseau ferroviaire
SNCFRéseau comptait 8 500incidents dus aux fortes chaleurs touchant l?infrastruc-
ture entre le19mars et le9septembre2022. Ceux-ci ont conduit à8 500trains
supprimés et 142 000minutes perdues. Les minutes perdues sont estimées à
environ2,8milliards d?euros de pertes socio-économiques par SNCFRéseau. La
performance du réseau semble tout de même meilleure qu?en2019, où les seuls
épisodes caniculaires avaient été responsables de149 100minutes perdues sur
le réseau ferroviaire. Les perturbations ont été plus limitées au niveau de l?Île-de-
France sur le réseau RATP.
Les incidents observés sur le réseau ferroviaire sont dus à plusieurs impacts des
vagues de chaleur.
Dilatation des rails
L?impact le plus important des vagues de chaleur sur le réseau ferroviaire est la
dilatation des rails au-delà d?une certaine température. La déformation de la voie
provoquée par cette dilatation peut endommager le rail et conduire à un risque
de déraillement des trains circulant sur l?infrastructure. C?est pourquoi des limi-
tations temporaires de vitesse (LTV) sont imposées sur le réseau ferroviaire par
temps de fortes chaleurs. Par exemple, sur le réseau aérien RATP, celles-ci sont
appliquées dès que la température des rails se maintient au-dessus de 57oC.
Ces limitations de vitesse peuvent être assez importantes : sur le réseau RATP,
elles réduisent de près de50 % la vitesse des métros et RER par rapport à leur
vitesse maximale.
SNCF Réseau estime qu?entre2011 et 2021, les limitations de vitesse ont
constitué près de la moitié des incidents dus aux fortes chaleurs sur le réseau
ferroviaire. En2022, les seules LTV liées à la chaleur ont par exemple causé
plusde5 000minutes perdues sur les trains opérés par Intercités, soit
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
107
plusde88heures, entre mai et septembre, avec un pic atteint en juillet. Sur le
réseau RATP, les LTV appliquées pendant 2heures le 19juillet 2022 pour cause
de fortes chaleurs ont impacté 68 000voyageurs sur la ligneA et causé un certain
nombre de tours perdus (i. e.d?aller-retour non effectués sur une ligne) sur les
métros, en particulier la ligne6 (25tours perdus) et la ligne13 (8tours perdus).
Il convient également de souligner que le risque physique de dilatation des rails
subsiste malgré la mise en place des limitations de vitesse préventives. Sur
les10dernières années, les défauts de géométrie de la voie relevés sur le réseau
SNCF correspondent à plusde10 % des incidents imputables aux fortes chaleurs.
Sur le réseau RATP, les phénomènes observés restent généralement assez loca-
lisés sans impact notable sur l?exploitation (3incidents relevés en2022).
Figure C 40 : Déformation de
la voie sous l?effet de fortes
chaleurs.
Source : © SNCF Réseau.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
108
Impacts sur les équipements électriques
L?autre infrastructure ferroviaire la plus sujette à dilatation en cas de fortes cha-
leurs est la caténaire. Le risque est alors un arrachement de celle-ci par le panto-
graphe, dû au fait que les câbles ne sont plus rectilignes. Les vagues de chaleur
peuvent également causer la surchauffe de composants électriques, utilisés pour
l?alimentation des voies ou pour le fonctionnement de la signalisation.
Sur les10dernières années, les incidents sur les caténaires représentent 5 % des
incidents dus aux fortes chaleurs sur le réseau SNCF, tandis que les dysfonction-
nements des installations de signalisation représentent plusde10 % de ces inci-
dents. Sur le réseau RATP, peu d?incidents électriques ont été relevés en2022.
Le plus significatif n?était pas directement lié aux fortes chaleurs, mais aux mouve-
ments de terrain liés à la sécheresse, qui ont causé l?endommagement de câbles
enterrés connectés au poste de redressement de Créteil-Préfecture, ayant conduit
à une fragilité du réseau d?alimentation se traduisant par une quinzaine de tours
perdus sur la ligne8 début septembre2022. Concernant la signalisation, la RATP
n?a identifié aucun lien de causalité entre les incidents techniques sur la signali-
sation et les vagues de chaleur. En effet, les équipements utilisés pour la signa-
lisation sont conçus pour fonctionner dans une plage comprise entre ?25oC et
+70oC, qui est suffisamment importante par rapport aux températures obser-
vées en Île-de-France. Les systèmes informatiques récents permettant de piloter
la signalisation peuvent être plus sensibles, mais ils sont dans la grande majo-
rité des cas situés dans des locaux techniques, moins soumis aux élévations de
température, et climatisés au besoin.
Incendies
De fortes chaleurs associées à la sécheresse augmentent le risque d?incen-
die, qui peut être provoqué par les étincelles de freinage des trains eux-mêmes,
notamment les trains de marchandises. Sur le réseau ferroviaire, si les incendies
n?ont causé que 4 % des incidents dus aux fortes chaleurs sur les10dernières
années, il doit cependant être noté que le nombre d?incidents dus aux incendies
durant l?été2022a augmenté de 50 % par rapport à l?été2019. Sur les réseaux
de type métro, l?exposition est moindre car les sections aériennes sont limitées.
Impacts à plus long terme
Des impacts à plus long terme des vagues de chaleur sur les infrastructures ferro-
viaires méritent également d?être signalés. Sur les ouvrages en terre (talus, rem-
blais, déblais?), des vagues de chaleur répétées pourraient être à l?origine d?une
augmentation des dégradations mécaniques pouvant conduire à des tassements
localisés (dus à l?évapotranspiration) ou encore à des instabilités superficielles de
talus liées au phénomène de retrait ou à l?engazonnement moins efficace en cas
de sécheresse. Sur les ouvrages d?art, elles pourraient se traduire par une dégra-
dation des performances de fonctionnement des appareils d?appui des ouvrages
aériens (viaducs, ponts?).
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
109
Enfin, les vagues de chaleur répétées, qui se traduisent déjà, selon la RATP, par une
augmentation du taux de pannes et une diminution de la disponibilité de certains
équipements en gare (escaliers mécaniques, ascenseurs, trottoirs roulants, ins-
tallations de climatisation de locaux techniques ou sociaux?), pourraient conduire
à un vieillissement prématuré de certains sous-composants de ces équipements.
Impacts sur le matériel roulant ferroviaire
Les fortes chaleurs peuvent provoquer la surchauffe des composants électriques
embarqués dans le matériel roulant, ce qui peut notamment causer des défail-
lances de la climatisation. Un tel impact est observé à la fois sur le parc de
SNCFVoyageurs et celui de la RATP. Par ailleurs, la climatisation du matériel
roulant est dimensionnée pour fonctionner de manière réduite au-delà d?une cer-
taine température.
En dehors de la climatisation, d?autres fonctionnalités peuvent aussi être tou-
chées par la chaleur, avec une sensibilité variable selon le modèle de matériel
roulant considéré. Le RERB est particulièrement touché par les variations bru-
tales des températures mais pas nécessairement par des épisodes longs et régu-
liers de chaleurs caniculaires. Au contraire, aucune corrélation n?a été observée
entre le nombre d?incidents relevés sur le RERA et les variations de température.
Le matériel roulant tramway est, quant à lui, touché par les variations de tempé-
rature, en particulier sur les fonctions de freinage et de traction. La RATP note
également un impact relatif des vagues de chaleur sur le métro, principalement
limité aux modèles de métro pneumatique (dysfonctionnement des pneumatiques
porteurs et des équipements électroniques dès qu?ils atteignent une tempéra-
ture de55oC). Les modèles de métro pneumatique les plus récents sont ceux
qui voient le plus la fiabilité de leurs équipements diminuer en période de fortes
chaleurs. Cela peut s?expliquer par leur plus grand nombre de fonctionnalités, en
particulier leur niveau d?automatisation croissant, qui, tout en améliorant la per-
formance des lignes, peut avoir un impact négatif sur la fiabilité globale des sys-
tèmes en cas de vagues de chaleur.
En plus des impacts directement observés en période de fortes chaleurs, la RATP
signale qu?il pourrait y avoir des impacts à plus long terme des vagues de chaleur
sur le matériel roulant, notamment sur la durée de vie de certains sous-ensembles
embarqués sur le matériel roulant. Ces phénomènes de dégradation accélérée
concerneraient en particulier les équipements électroniques de puissance, qui sont
généralement conçus pour fonctionner sous une température ambiante de40oC
maximum (qui est atteinte lors des pics de chaleur) et les équipements électro-
pneumatiques ou hydrauliques. Les études de fiabilité à venir par la RATP permet-
tront de confirmer ou non cette possibilité. À ce jour, la RATP n?a pas détecté de
précurseurs nous permettant d?établir ces vieillissements dus aux fortes chaleurs.
Impacts sur les voyageurs
Les pannes ou l?absence de climatisation peuvent conduire à l?insatisfaction des
voyageurs. SNCFVoyageurs constate d?ailleurs que les mots-clés « chaleur » et
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
110
« canicule » sont ceux qui reviennent le plus souvent dans les commentaires des
voyageurs sur la période estivale. Les commentaires des voyageurs sur les malaises
liés à la chaleur dans les trains restent marginaux (80commentaires sur5 000).
Cependant, l?activité Intercités (dont les temps de trajets sont les plus longs)
note une augmentation du nombre de malaises voyageurs en période de canicule.
Les mesures de satisfaction client de l?activité TGV montrent également une
hausse du nombre de voyageurs insatisfaits de la température à bord en été,
principalement en cas de voyage dans une rame sujette à une avarie matérielle.
Cependant, le pic mesuré en2022 reste modéré, avec seulement5 % de clients
insatisfaits. Cela est cependant peut-être à nuancer par le nombre de répondants
aux enquêtes de satisfaction client.
Impacts sur les bus
L?un des impacts notables des vagues de chaleur sur les bus est l?augmentation
de la température, d?autant plus que tous les bus ne sont pas pourvus de clima-
tisation. Par exemple, moins d?un quart des bus du parc RATP sont équipés de
climatisation. En2019, des températures suffocantes dans les bus, estimées
à55oC, ont conduit à l?exercice du droit de retrait de64machinistes (conduc-
teurs de bus) et au malaise de21machinistes sur le réseau RATP. La situation
semble s?être améliorée en2022, puisque aucun droit de retrait n?a été exercé, et
seulement6malaises de machinistes ont été relevés. Ceci s?explique d?une part
par le renouvellement du parc de bus depuis2019, qui a permis d?améliorer le
confort machiniste et les équipements de climatisation embarquée. D?autre part,
le résultat peut être nuancé par le fait que le trafic n?est pas revenu à la normale
depuis la crise Covid, le trafic sur les mois de juillet et août2022 ne correspon-
dant qu?à72 % du trafic sur les mois de juillet et août2019.
De plus, sur l?ensemble de l?été2022, de juin à septembre plus d?un million de
kilomètres commerciaux contractualisés n?ont pas pu être parcourus. Cela cor-
respond à une baisse de1,8 % de l?offre de référence.
? Impacts observés sur les routes
Dommages sur l?infrastructure routière
Le CEREMA a détaillé dans son retour d?expérience sur la canicule de2019
les différents impacts que les fortes chaleurs peuvent avoir sur les routes. Des
ornières peuvent se former à cause de la déformation de la structure routière ou
de la chaussée (aussi appelée « fluage »). Lorsque la température de surface de
la chaussée est trop importante, le bitume peut aussi devenir visqueux, voire se
déplacer au sein des matériaux sous la pression du trafic. Ce phénomène, appelé
« ressuage », se traduit par des taches brillantes et glissantes sur la chaussée, qui
constituent un risque pour les automobilistes en raison de la perte d?adhérence
occasionnée. Enfin, les dalles qui constituent la chaussée peuvent se dilater et
entrer en confrontation les unes avec les autres, générant des bourrelets trans-
versaux. En plus de l?impact direct sur la circulation, ce phénomène occasionne
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
111
également des dégâts dans la structure routière, qui peuvent causer la destruc-
tion locale de la chaussée à plus long terme. Enfin, il doit être noté que ce sont
surtout les variations de température importantes qui ont une conséquence néfaste
sur les chaussées. Ainsi, les périodes de canicule impliquant à la fois de fortes
chaleurs de jour et de nuit ne constituent pas le risque thermique le plus impor-
tant pour les chaussées.
Des dégâts ponctuels avaient été relevés lors des vagues de chaleur de2019
d?après le rapport du CEREMA, à la fois sur le réseau routier national (déformations
ponctuelles et fissures), sur les réseaux départementaux (ressuage, fissures et
bourrelets relevés dans deux départements) et sur certains réseaux urbains (bour-
relets massifs apparus devant les giratoires et les arrêts de bus). En2022, les
directions interdépartementales des routes (DIR) n?ont pas fait remonter de dégâts
particuliers suite aux fortes chaleurs ou aux périodes de canicule. Concernant les
réseaux départementaux, quelques remontées ponctuelles de phénomènes liés
aux vagues de chaleur de2022 ont été faites au CEREMA.
Un autre impact des vagues de chaleur est la surchauffe des composants élec-
troniques de certains éléments faisant partie de l?infrastructure routière, en par-
ticulier les panneaux à messages variables (PMV) ou les caméras. Le rapport du
Conseil général à l?environnement et au développement durable (CGEDD) sur le
retour d?expérience sur la canicule de2019 mentionnait notamment la mise en
veille automatique de PMV au-delà d?une certaine température. Aucune remontée
notable n?a été effectuée au niveau national sur ce sujet depuis2019.
Incendies
Les vagues de chaleur peuvent aggraver une sécheresse déjà en cours et ainsi
favoriser les incendies. Durant les fortes chaleurs de l?été2019, les incendies en
période de canicule et sécheresse ont constitué la cause principale de coupure
des routes. En2022, les incendies ont également provoqué des interruptions de
trafic. Une mesure particulièrement importante qui peut être citée est la coupure
d?une portion de l?autorouteA63 du mercredi 10août au vendredi 12août 20h00
du fait de la proximité d?un incendie. L?axe Bordeaux-Bayonne (et Espagne) a
donc été coupé, faisant l?objet de déviations. Aux mêmes dates, les incendies
en Gironde et dans les Landes ont également occasionné des coupures et res-
trictions de trafic sur les réseaux locaux (13routes départementales coupées en
Gironde, 6routes départementales coupées dans les Landes et 6routes dépar-
tementales avec des restrictions poids lourds dans les Landes).
Ouvrages d?art
L?effet du changement climatique sur les ouvrages d?art a été détaillé par le
CEREMA dans une note d?information en2021. Les impacts principaux de l?aug-
mentation de la température sur les ouvrages d?art étant la dilatation de l?acier et
du béton constituant les ouvrages d?art et la dilatation des joints de chaussées.
Mais les risques demeurent limités, d?après le CEREMA, et sont maîtrisables par
la surveillance et l?adaptation de certains équipements (appareils d?appui, joints
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
112
de chaussée). En France, aucun désordre récent lié à une augmentation des tem-
pératures du fait du changement climatique n?a été relevé sur les ouvrages d?art
routiers.
? Impacts observés sur les infrastructures portuaires
Le rapport du CGEDD sur le retour d?expérience de la canicule de2019a mis en
évidence quelques impacts de celle-ci sur les ports, à savoir l?accélération de l?ap-
parition de fissures sur des rails de grue, sur des structures de bâtiments et sur
la voirie. Cependant, depuis2019, les ports n?ont fait aucune remontée particu-
lière relative à l?impact des vagues de chaleur sur leurs infrastructures.
Étant donné le peu d?impacts observés, un enjeu est donc la prévision des impacts
futurs des fortes chaleurs sur les ports. En effet, les fortes chaleurs induisent plu-
sieurs risques sur les ports, pouvant affecter à la fois les infrastructures physiques
et le fonctionnement de l?activité portuaire. Par exemple, dans l?étude de vulné-
rabilité menée en2018 par le CEREMA sur le Grand Port maritime de Bordeaux,
l?impact sanitaire et économique des canicules avait été identifié comme le troi-
sième risque le plus important derrière les dégradations dues aux submersions et
inondations et les changements induits par la hausse du niveau marin. Plusieurs
risques liés aux canicules ont été identifiés : un inconfort et des risques sanitaires
au travail pour les salariés, des risques de feux de forêt, un dysfonctionnement
possible des systèmes électriques/électroniques des rails desservant le port, un
risque d?interruption des circulations terrestres desservant le port, une dégrada-
tion de certains stocks, une usure plus rapide des maçonneries, ainsi qu?un risque
de modification des profondeurs d?eau dans le chenal. Il convient de noter que
ces phénomènes ne sont pas spécifiques au port de Bordeaux. Les autres ports
pourraient être sujets à des risques similaires, avec cependant quelques varia-
tions possibles en fonction de leur localisation géographique. Des précisions sur
les risques encourus par les différents ports français à cause du réchauffement
climatique pourront être apportées grâce aux études de vulnérabilité qui sont en
cours dans de nombreux grands ports maritimes.
? Impacts observés sur le réseau des voies navigables
Les vagues de chaleur, associées à la baisse des débits qu?elles génèrent, pro-
voquent une augmentation de la température de l?eau. Celle-ci peut avoir des
conséquences négatives sur l?activité de gestion de l?eau par le gestionnaire du
réseau de voies navigables. En effet, le seuil de25oC constitue la limite maxi-
male pour certains usages (alimentation en eau potable notamment, nécessitant
des dérogations préfectorales en cas de dépassement). De plus, pour une telle
température, la teneur en oxygène de l?eau diminue, ce qui peut engendrer une
mortalité accrue de la faune piscicole si le taux d?oxygène dissous dans l?eau
diminue en dessous de6mg/L. Enfin, l?augmentation de la température de l?eau
entraîne également des pollutions et peut favoriser le développement des cyano-
bactéries et des espèces invasives. À titre d?exemple, une forte augmentation des
cyanobactéries présentes sur le réseau de Voies navigables de France (VNF) a été
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
113
observée en2022. Pour VNF, ces impacts ne sont pas anodins, car la gestion
de l?eau de son réseau joue un rôle central pour son activité. En effet, VNF est le
deuxième plus grand distributeur d?eau en France.
L?augmentation de la température extérieure a également un impact direct sur les
conditions de navigation, qui peuvent être rendues plus pénibles, en particulier
dans les canaux où les systèmes de voûtes arborées disparaissent. Les ouvrages
peuvent également présenter un risque de dysfonctionnement, en cas de sur-
chauffe des automates ou systèmes informatiques permettant de les piloter à dis-
tance, et qui ne sont pas toujours installés dans des locaux techniques climatisés.
Les vagues de chaleur pouvant aggraver les sécheresses, la diminution de la res-
source en eau et la régulation fine de celle-ci peuvent avoir d?autres impacts sur
le réseau de Voies navigables de France. Les périodes de restriction ou d?arrêt
de la navigation peuvent devenir plus fréquentes si la ressource en eau devient
inférieure aux besoins, dans un contexte de partage de la ressource pour divers
usages. Plus largement, la diminution des niveaux d?eau rend plus difficile la
gestion hydraulique du réseau des voies navigables, ce qui peut affecter de nom-
breuses activités : distribution d?eau potable, irrigation, activités industrielles,
activités de loisir? Pour les canaux qui nécessitent des prélèvements en rivière
respectant les débits réservés, les autorisations de prélèvements diminuent et
les barrages réservoirs peinent à assurer le relais. Les rivières, dont les niveaux
d?eau sont tenus par les barrages de navigation, sont moins sensibles que les
canaux mais doivent assurer le maintien de débits minimums. Les sécheresses
prolongées peuvent également fragiliser les digues par un phénomène de vieillis-
sement prématuré des matériaux qui les constituent.
Enfin, même en cas de restriction et d?arrêt de la navigation, les activités de main-
tenance et de gestion hydraulique du réseau mobilisent des agents de VNF dans
des conditions de travail difficiles pendant les vagues de chaleur.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
114
Impact des vagues de chaleur sur le transport aérien
Constance Anelli,
Direction générale de l?aviation civile (DGAC)
? Domaine transport aérien
L?ensemble des acteurs du secteur aérien (compagnies aériennes, constructeurs
aéronautiques, exploitants aéroportuaires, service de la navigation aérienne, etc.)
est concerné directement ou indirectement par les vagues de chaleur. Dans un
contexte de changement climatique qui intensifie ces vagues et les rend plus fré-
quentes, identifier les vulnérabilités de chaque acteur et les interconnexions entre
elles est une étape fondamentale pour la résilience du secteur.
Figure C 41: Vue aérienne d?un seuil de piste.
Source : © Richard METZGER, DGAC/STAC.
Le transport aérien fait partie des modes de transports inclus dans les plans
nationaux d?adaptation au changement climatique (PNACC), dont une révision est
prévue avant le 1erjuillet 2024.
La DGAC (direction générale de l?aviation civile) est impliquée dans les PNACC
depuis leur création. Dans ce cadre, le STAC (service technique de l?aviation civile)
a développé l?outil VULCLIM 1 pour évaluer les vulnérabilités des aéroports face
au changement climatique.
1. Demande d?accès à l?outil VULCLIM du STAC :
https://www.stac.aviation-civile.gouv.fr/fr/outil-devaluation-vulnerabilite-au-changement-climatique
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
115
En2022, des ateliers et séminaires ont été organisés pour les aéroports, avec
l?Union des aéroports français et francophones associés (UAF&FA) et l?association
PROAVIA, sur le sujet de l?adaptation face au changement climatique. À ces occa-
sions, Météo-France a fait un point sur les évolutions météorologiques à prévoir
et certaines plateformes ont présenté leurs retours d?expérience sur la gestion
de phénomènes extrêmes.
Par ailleurs, le STAC est impliqué dans des groupes de travail internationaux trai-
tant de cette problématique, tels que le Committee on Aviation Environmental
Protection (CAEP).
Enfin, la DSAC (direction de la sécurité de l?aviation civile) a rédigé une informa-
tion sécurité dont l?objectif est d?appeler l?attention des pilotes sur les menaces
de l?exploitation des aéronefs par forte chaleur en leur fournissant une liste de
recommandations 2.
Le tableau des impacts potentiels ou avérés pour le transport aérien est dressé
ci-après par thématique.
Performances avions
Figure C 42: Airbus A319
au décollage.
Source : © Richard
METZGER, DGAC/STAC.
Lors des vagues de chaleur, les performances des avions sont dégradées. Cela
peut avoir des conséquences sur les distances de décollage et d?atterrissage,
ainsi que sur les capacités en montée et lors des remises de gaz.
Ces conséquences physiques, qui sont plus importantes sur des plateformes
situées en altitude, peuvent avoir des répercussions importantes sur l?exploita-
tion des aéroports et des compagnies aériennes.
2. Info Sécurité no2022/03 Maîtrise des risques associés aux conditions météorologiques de forte chaleur :
https://www.ecologie.gouv.fr/info-securite-dgac
https://www.ecologie.gouv.fr/info-securite-dgac
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
116
En effet, il est possible que :
? des limitations d?emport de fret ou passager soient nécessaires ;
? sans allongement de piste ou modification des obstacles, certains types d?aéronefs
ne puissent plus être exploités sur des plateformes ;
? les cadences au décollage de certains aéroports soient diminuées ;
? des procédures, reposant notamment sur des contraintes d?atteinte de niveaux
de vol à des points précis, nécessitent une vigilance particulière, les profils de
vols pouvant être modifiés.
Les évolutions techniques sur la performance des moteurs et sur la masse des maté-
riaux utilisés par les constructeurs pourraient néanmoins limiter ces conséquences.
Par ailleurs, chaque type avion a une plage de températures pour lequel il est cer-
tifié. Il est possible que certains types ne puissent plus opérer ponctuellement
pendant des pics de températures trop élevées, notamment sur des terrains en
altitude.
Le cas de l?aéroport de Phoenix en2017 illustre le cas extrême de ces impacts.
En effet, une cinquantaine de vols ont été annulés à cause des températures avoi-
sinant les120oF (?49oC).
En France, des compagnies aériennes sont déjà confrontées à des limitations d?em-
port sur des terrains tels que des îles grecques ou en Corse durant les vagues
de chaleur. À terme, cela pourrait devenir plus fréquent, et d?autres terrains pour-
raient devenir limitatifs.
Chaussées aéroportuaires
Une augmentation de la fréquence et de l?intensité des journées chaudes peut
induire un endommagement accéléré des chaussées aéronautiques impliquant
un risque de diminution des durées de vie et d?augmentation de la fréquence
d?entretien. En effet, les températures dans le corps de chaussée ont un impact
direct sur la rigidité des matériaux bitumineux et l?augmentation des tempéra-
tures accroît par conséquent les risques de formation d?ornières, tandis que les
gradients thermiques dans les dalles béton ont une incidence directe sur le com-
portement des chaussées rigides.
Par ailleurs, les chaussées, tout comme les bâtiments, pourraient être détério-
rées (fissures longitudinales ou déformations) par le phénomène de retrait-gonfle-
ment des sols argileux faisant suite à une période de sécheresse. Ce phénomène
est d?autant plus possible si le drainage n?est pas bon.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
117
Ces événements peuvent avoir des conséquences
directes sur l?exploitation des plateformes.
L?arrêt temporaire du trafic survenu en août2022à
l?aéroport de Luton à Londres, lorsque la hausse
des températures a provoqué le soulèvement
d?une petite section de l?asphalte, illustre ce type
d?impact. À titre d?exemple sans conséquence
sur l?exploitation, le bitume de l?aire de station-
nement d?un aéroport du sud de la France a souf-
fert de déformations modérées en2022 malgré
un revêtement neuf (travaux achevés en2020).
Figure C 43: Dégradation de chaussée.
Source : © Richard METZGER, DGAC/STAC.
Une étude est en cours au sein du STAC pour évaluer les effets du réchauffement
climatique sur la portance des chaussées aéronautiques et leur résistance en
fatigue, à l?aide du suivi des températures dans le corps.
Cette étude s?appuie sur les données de la planche instrumentée du STAC
construite en 2009 3 qui est équipée de capteurs permettant d?assurer, depuis
la fin de la construction, un suivi en continu des températures dans la chaussée
pour l?ensemble des infrastructures aéronautiques qui la composent (chaussées
souples et rigides).
Bâtiments et installations
Les vagues de chaleur et l?évolution de celles-ci dans le contexte du changement
climatique ont pour conséquence une augmentation de la demande en énergie pour
refroidir les bâtiments (besoins plus importants et plus fréquents). L?assurance de
la disponibilité de celle-ci est nécessaire pour maintenir une exploitation nominale.
3. https://www.stac.aviation-civile.gouv.fr/fr/chaussees-aeronautiques/recherche-developpement/
planches-dessais
https://www.stac.aviation-civile.gouv.fr/fr/chaussees-aeronautiques/recherche-developpement/planches-dessais
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
118
Figure C 44 : Aérogare passagers.
Source : © Richard METZGER, DGAC/STAC.
Figure C 45 : Installations avion en escale.
Source : © Richard METZGER, DGAC/STAC.
En effet, accueillant du public (passagers, agents aéroportuaires), les aérogares
et passerelles doivent être maintenues à une température correcte. C?est éga-
lement le cas dans les tours de contrôle (contrôleurs aériens) presque entière-
ment vitrées, ainsi que dans les avions sur l?aire de trafic (passagers, personnels
navigants) dont la climatisation repose sur l?équipement des escales en groupes
de conditionnement d?air. De plus, certains locaux techniques de la navigation
aérienne contiennent du matériel (serveurs informatiques) qui a besoin d?être
refroidi pour fonctionner nominalement.
Pour s?adapter à cette demande énergétique croissante, des projets tels que des
aérogares bioclimatiques voient le jour, comme sur l?aéroport de Roland-Garros de
l?île de LaRéunion. Grâce à la ventilation naturelle dans l?aérogare, les besoins
de climatisation se limiteront aux zones fermées recevant la plus forte densité de
public. D?autres méthodes comme les stores et les ombrages extérieurs peuvent
également être utilisés pour ne pas accentuer la dépendance vis-à-vis de la clima-
tisation. La désartificialisation et la végétalisation des sols des zones publiques
peuvent également atténuer l?effet îlot de chaleur.
Enfin, les vagues de chaleur pourraient dégrader les performances de certaines
installations électriques aéroportuaires dont le fonctionnement est essentiel pour
l?exploitation (passerelles, tracteurs, balisage lumineux?).
Personnels
Certains agents, notamment les fonctions liées à l?escale de l?avion sur l?aire de
trafic, sont directement exposés aux vagues de chaleur. Outre une baisse de per-
formance, la pénibilité du travail dans ces conditions, en particulier aux heures
les plus chaudes de la journée, pourrait induire un taux d?absentéisme important
qui limitera en conséquence l?exploitation.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
119
Figure C 46: Agent d?escale en
fonction.
Source : © Richard MetzgerR, DGAC/
STAC.
Des rotations d?équipes plus fréquentes ou une réduction des efforts physiques
par de l?assistance mécanique pourraient par exemple limiter l?exposition aux
chaleurs et donc contenir cet impact en diminuant les risques sanitaires des tra-
vailleurs exposés
Demandes passagers
Dans un contexte de changement climatique, les vagues de chaleur pourraient à
terme entraîner une modification durable des destinations touristiques et donc
des lignes aériennes et flux aériens.
Environnement
La sécheresse induite par les vagues de chaleur sur une longue durée pourrait
augmenter le risque de feux de forêts. Outre le risque d?incendie sur des plate-
formes situées en bordure de massifs forestiers, cela pourrait avoir des réper-
cussions sur l?exploitation.
En effet :
? les fumées, réduisant la visibilité, peuvent
induire des perturbations de trafic ;
? certains aéroports peuvent devenir des
acteurs importants dans la gestion de crise
de la région, devant adapter leur exploitation
pour accueillir les aéronefs de surveillance et
de lutte d?incendies.
Figure C 47: Canadair en vol.
Source : © Sylvie ROLLAND, DGAC/STAC.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
120
Par exemple, les incendies en Gironde en juillet2022 ont conduit la navigation
aérienne à mettre en place plusieurs zones interdites temporaires (ZIT) interdi-
sant l?accès dans les espaces définis à tout aéronef sauf ceux assurant les mis-
sions d?assistance, de sécurité, de sauvetage et d?extinction d?incendie. Pendant
plusieurs jours, les atterrissages et les décollages étaient également interdits sur
un terrain, sauf pour les aéronefs autorisés par le directeur des vols.
De plus, durant ces vagues de chaleur :
? l?impact sonore et les émissions de CO2 sont plus importants en raison d?une
plus grande poussée pour le décollage de l?avion dans un air moins dense ;
? l?apparition des mirages chauds sur les chaussées pourrait altérer la visibilité,
et donc la fluidité et la sécurité du déroulement des manoeuvres ;
? la formation d?orages peut être plus fréquente sous certaines conditions, ayant
pour conséquence des retards de vols.
Par ailleurs, dans les Alpes-Maritimes, les restrictions préfectorales de consomma-
tion d?eau, dont la fréquence et la durée d?activation sont de plus en plus impor-
tantes, ont impacté l?aéroport de Nice pour ses espaces verts et pourraient à
terme interroger sur son système de climatisation qui repose sur cette ressource.
Enfin, dans un contexte de changement climatique, les modifications liées à la
température pourraient induire à terme des changements dans la présence aviaire
(types d?oiseaux, aires de répartition, périodes de migration) et donc dans la
gestion du risque animalier sur les plateformes.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
121
Impacts des vagues de chaleur sur la santé
Les canicules en France : impacts actuels et futurs
sur la santé, et coûts associés
Karine Laaidi, Mathilde Pascal, Robin Lagarrigue,
Lucie Adélaïde, Guillaume Boulanger, Sébastien Denys,
Santé publique France
Introduction
Le dernier rapport de l?Organisation météorologique mondiale sur l?état du climat
en2019 (WMO/OMM) montre que les signes de changement climatique et de ses
impacts ont augmenté sur la période2015-2019, qui est la période de5ans la
plus chaude jamais enregistrée. La température moyenne du globe a augmenté
de1,1oC depuis l?ère préindustrielle, et de0,2oC par rapport à la période2011-
2015 (IPCC AR6 WGI et World Meteorological Organization, 2022). Par ailleurs,
les8dernières années, 2022 inclus, sont en voie d?être les plus chaudes jamais
enregistrées selon un rapport provisoire de l?OMM, et le réchauffement se pour-
suit 1. Les récents rapports du GIEC mettent en avant des atteintes aux écosys-
tèmes marins et terrestres plus précoces et plus importants qu?anticipés, une
réduction des ressources en eau et en nourriture, des impacts sur la santé (mor-
talité, maladies émergentes, impact de la chaleur et de la pollution de l?air, etc.),
des événements extrêmes qui dépassent les capacités de résilience et d?adap-
tation de plusieurs systèmes naturels et humains. Ces effets sont irrémédiables,
même dans l?hypothèse d?une limitation de la hausse des températures à1,5oC
comme le prévoit l?accord de Paris. « Les éléments scientifiques sont sans équi-
voque : le changement climatique menace le bien-être de l?humanité et la santé
de la planète. Tout retard dans l?action mondiale concertée nous ferait perdre un
temps précieux et limité pour instaurer un avenir viable » 2.
Le programme des agences de santé publique s?intéresse largement à cette thé-
matique, principalement sur les événements climatiques extrêmes, les maladies
vectorielles, l?accès à l?alimentation, la sécheresse ou la pollution de l?air, mais
en pratique, la santé est très peu présente dans les projets d?adaptation et qua-
siment absente des politiques d?atténuation.
1. https://public.wmo.int/en/our-mandate/climate/wmo-statement-state-of-global-climate
2. https://public.wmo.int/fr/medias/communiqu%C3%A9s-de-presse/
changement-climatique-une-menace-pour-le-bien-%C3%AAtre-de-l%E2%80%99humanit%C3%A9-et-la.
https://public.wmo.int/fr/medias/communiqu%C3%A9s-de-presse/changement-climatique-une-menace-pour-le-bien-%C3%AAtre-de-l%E2%80%99humanit%C3%A9-et-la
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
122
Le tournant de 2003
La canicule d?août2003, qui a largement touché l?Europe et en particulier la France,
a certainement constitué un tournant dans la prise en compte de la santé dans
les plans d?adaptation au changement climatique. En août2003, pendant15jours
les températures ont été de10oC supérieures aux températures normales pour
cette période de l?année sur une grande partie de la France. Les températures
maximales ont dépassé 35oC sur une grande partie du territoire, et même 40oC
dans 15 % des stations météorologiques, y compris en Bretagne. Cette cani-
cule a le bilan sanitaire le plus important jamais observé en France, estimé à
prèsde15 000décès. Quatre-vingts pour cent des décès se sont concentrés sur
4jours, du11 au 14août 2003. Depuis1947, aucune canicule n?avait égalé la
durée et l?intensité de celle de2003. Les personnes de75ans et plus ont été
les plus touchées (60 % de surmortalité) mais les45-64ans ont également contri-
bué à cette surmortalité (30 % de surmortalité). Si quasiment toutes les régions
métropolitaines ont été touchées, l?Île-de-France et la région Centre ont été les
plus impactées, la première ayant contribué pour33 % à la surmortalité totale
(Hémon etal., 2003a).
Dans son rapport publié dès septembre2003 (Hémon etal., 2003b), l?INSERM a
mis en évidence les principales causes de mortalité pendant cette canicule excep-
tionnelle. Presque toutes ont augmenté, au premier rang desquelles les causes
directement attribuables à la chaleur que sont les hyperthermies et les déshy-
dratations, suivies par les maladies de l?appareil génito-urinaire et respiratoires.
Une étude cas témoin réalisée auprès des personnes de65ans et plus a mis
en évidence différents facteurs de risque au niveau individuel et environnemental
(Vandentorren etal., 2006). Ainsi, la perte d?autonomie était le principal facteur
de risque (avec un risque de décès multiplié par4à presque10 selon le degré
d?autonomie), suivi par le fait de dormir dans une chambre située sous les toits
(risque de décès multiplié par4), pièce généralement la plus chaude d?un bâtiment ;
le fait d?avoir une pathologie préexistante (cardiovasculaire, respiratoire ou psy-
chiatrique) multipliait le risque de décès par3,5à5. Inversement, le fait de vivre
dans un logement récent ou ancien mais bien isolé diminuait le risque de décès,
de même que les comportements adaptatifs (se vêtir légèrement, se rafraîchir).
Cette étude a été complétée par la prise en compte de données satellitaires afin
d?estimer le risque lié à la chaleur environnementale, et en particulier aux micro-
îlots de chaleurs urbains, de nuit et de jour (Laaidi etal., 2012b). Elle a montré
que le fait de vivre dans un quartier plus chaud d?un demi-degré la nuit doublait
le risque de décès si cette chaleur persistait pendant au moins une semaine.
La sévérité de la canicule de2003, son impact en termes de mortalité, l?absence
d?un cadre préétabli pour la gestion d?une telle crise 3, ainsi que les études menées
pour déterminer les personnes vulnérables et les facteurs de risques ont conduit à
mettre en place un plan national de prévention et de gestion des risques liés aux
3. https://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-info/i1091-t1.asp
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
123
canicules 4 (PNC : plan national canicule), prévoyant notamment un système d?alerte
canicule et santé (SACS). D?autres pays ayant souffert de la canicule d?août2003
ont également mis en place des mesures de surveillance, d?alerte, de prévention
et/ou de gestion à des degrés divers (World Health Organization, 2009).
Les impacts sanitaires en France depuis le plan canicule
? Mortalité
En France, les canicules sont les événements extrêmes avec l?impact le plus élevé
en termes de mortalité, totalisant plusde39 000décès en excès observés pendant
les canicules depuis1970. Cet impact est en augmentation malgré les efforts de
prévention et d?alerte : plusde9 900décès depuis la mise en place du plan canicule
en2004, 78 % de cet impact étant observé sur les années récentes (2015-2020) 5.
Le tableauC3 résume les excès de mortalité sur différentes périodes depuis les
années1970 (Pascal etal., 2021a).
Tableau C3 : Tendances historiques de la surmortalité pendant les vagues de chaleur en
France depuis1970 (Pascal etal., 2021a).
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1970?1979 50 515 5 0 1 273 943 6547
1980?1989 85 666 5 0 758 356 4113
1990?1999 76 681 2 0 717 511 3 111
2000?2009 96 2 130 1 0 5 991 3794 17 190
2003 96 1 267 - - 5 114 3154 15 257
2010?2019 95 2 859 1 11 2 676 2027 6 407
2015?2019 95 2 252 0 11 2 103 1717 5 700
(a) L?exposition cumulée est définie comme la population exprimée en millions d?habitants multipliée par la
part de la température exprimée en °C située au-dessus du seuil.
La première canicule de grande ampleur après la mise en place du PNC a eu lieu
en juillet2006, avec des records de chaleur battus à certains endroits malgré une
intensité globalement moindre par rapport à2003, et des durées d?un mois dans
certains départements du Sud-Est. Sur la période de canicule commune à l?en-
semble des départements touchés (11-28juillet), un excès de1 533décès a été
estimé (+6 %) (LeTertre etal., 2007). Cette canicule a été l?occasion de donner un
premier élément d?évaluation du PNC, en comparant la mortalité observée à celle
4. https://www.santepubliquefrance.fr/determinants-de-sante/climat/fortes-chaleurs-canicule/documents/
article/canicule-2004-mobilisation-generale-.-editorial
5. https://geodes.santepubliquefrance.fr/#c=indicator&i=canicules.surmortalite&s=2021&t=a02&view=map1
https://geodes.santepubliquefrance.fr/#c=indicator&i=canicules.surmortalite&s=2021&t=a02&view=map1
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
124
attendue selon un modèle de régression France entière fondé sur la période1975-
2003 (Fouillet etal., 2008), soit avant la mise en place du plan. Le modèle pré-
voyait plusde6 000décès en excès, la réalité a été bien en dessous de cette
estimation. Bien que ces chiffres bruts ne permettent pas de conclure quant aux
raisons de cette différence, plusieurs hypothèses ont été avancées : mise en place
du système d?alerte canicule et des mesures de prévention et de gestion du PNC,
meilleure prise de conscience des risques liés aux fortes chaleurs depuis2003,
ainsi que les caractéristiques intrinsèques de la vague de chaleur.
Des travaux récents (Pascal etal., 2022) portant sur l?évolution des risques de
mortalité liés à la chaleur en France entre1970 et 2015 ont par ailleurs mis en
évidence :
? une diminution progressive de ce risque depuis les années1980, probable-
ment liée à l?amélioration de l?état de santé de la population et de sa prise en
charge médicale ;
? une augmentation du risque de décès liés aux températures inhabituellement
chaudes pour une année donnée par rapport aux années précédentes ;
? une augmentation de la fraction de la mortalité attribuable aux températures
les plus chaudes (supérieures au percentile90).
Les étés suivants ont connu des canicules moins longues et moins intenses,
voire pas de canicule, et surtout moins étendues géographiquement, avec des
impacts sanitaires modérés. Cependant, depuis2015 les canicules se sont mul-
tipliées, elles ont touché des régions jusque-là épargnées comme la Bretagne,
la Normandie ou les Hauts-de-France, ont parfois battu des records de chaleur et
les premières vigilances rouges (niveau le plus élevé de la vigilance météorolo-
gique) ont été observées en2019, puis2020, et en2022 avec la vigilance rouge
la plus précoce mi-juin (figureC48).
Figure C 48: Les vigilances depuis la mise en place du plan canicule en 2004.
Sources : Météo-France et Santé publique France.
0
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2005 2010 2015 2020
RougeOrangeJaune
Niveau de vigilance canicule
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
125
Sur les étés récents, la surmortalité pendant les canicules a varié de200à près
de3 000décès en excès (tableauC4) 6.
L?impact le plus élevé a été observé en 2022 (Santé publique France, 2022),
avec2 816décès en excès (+16,7 %) lors des trois épisodes de canicule
(14-22/06, 9-27/07 et 29/07-14/08) dans les départements concernés. La
classe d?âge des plusde75ans a été la plus touchée (2 272décès en excès ;
+20,2 %) et l?excès de mortalité relatif observé dans les départements placés en
vigilance rouge (+19,9 %) a été plus important que celui des autres départements.
Sur les mêmes périodes et zones, 894décès liés à l?épidémie de Covid19 ont
été enregistrés. La Covid-19a pu augmenter la vulnérabilité à la chaleur pour
certaines personnes, et réciproquement. Sur toute la période de surveillance
estivale (1erjuin-15septembre), 10 420décès en excès toutes causes (+6,1 %)
ont été estimés en France métropolitaine : une part de cet excès de mortalité
estivale est vraisemblablement due à une exposition de la population à des
températures élevées mais n?atteignant pas les seuils canicule. L?estimation de
cette part attribuable fait l?objet de travaux d?étude par Santé publique France.
Tableau C4 : La surmortalité pendant les canicules de2015à 2022.
Année Surmortalité (nombre de décès en excès)
2021 239
2016 378
2017 474
2019 1 462
2018 1 641
2015 1 739
2020 1 924
2022 2 816
Source : Santé publique France.
? Morbidité
Les canicules s?accompagnent également d?une recrudescence des recours aux
soins d?urgences. Ainsi, pendant les étés2015à2021, plusde120 000pas-
sages aux urgences et plusde25 000consultations SOSMédecins ont été recen-
sés dans SurSaUD®7 pour la France métropolitaine, en ce qui concerne l?indicateur
composite suivi dans le cadre de la gestion sanitaire des vagues de chaleur 8 (iCa-
nicule), qui rassemble les coups de chaleur ou hyperthermies, les déshydratations
6. https://www.santepubliquefrance.fr/determinants-de-sante/climat/fortes-chaleurs-canicule/donnees/#tabs
7. SurSaUD® est un système de surveillance des urgences et des décès.
8. https://solidarites-sante.gouv.fr/sante-et-environnement/risques-climatiques/article/
la-gestion-sanitaire-des-vagues-de-chaleur
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
126
et les hyponatrémies (Santé publique France, 2019). Ce recours aux soins d?ur-
gences pour l?indicateur iCanicule est observé tout au long de l?été, y compris en
dehors des périodes de vigilance jaune, orange ou rouge canicule : ainsi sur les
années récentes, jusqu?à85 % des passages aux urgences, et jusqu?à80 % des
consultations SOSMédecins ont eu lieu en dehors des périodes de vigilance cani-
cule. Mais les pics de recours aux soins d?urgences pour iCanicule sont obser-
vés pendant les périodes où une large part de la population est concernée par
une vigilance canicule.
En2022, plusde20 000recours aux soins ont été observés durant toute la période
de surveillance pour l?indicateur sanitaire suivi (iCanicule, regroupant hyperther-
mies, déshydratations et hyponatrémies). Ces recours aux soins ont été multipliés
par deux aux urgences et par trois pour les consultations SOSMédecins durant
les canicules, par rapport aux périodes hors canicules.
? Données sur les travailleurs
La surveillance par Santé publique France de l?influence des vagues de chaleur
sur la santé des travailleurs (Iwatsubo etal., 2020) reposait, jusqu?en2017, sur
deux types de recueils en lien avec l?inspection médicale du travail et la direction
générale du travail (DGT) : un dispositif passif de signalement par les médecins
du travail (depuis2006) des incidents ou accidents de santé lié à la chaleur, et
une remontée de fiches d?enquête de décès de travailleurs survenant sur le lieu
du travail en lien possible avec la chaleur.
Du1erjuin au 31août 2015, 2016 et 2017, respectivement 33, 8 et 73signale-
ments d?événements sanitaires impliquant la chaleur chez des travailleurs ont ainsi
été remontés, et en2017 10décès liés à la chaleur dont7 pendant la canicule
du17 au 25juin. La première partie de ce dispositif peu réactif et non exhaustif
a été abandonnée en2018.
Une étude pilote de surveillance épidémiologique a été mise en place en2018
et 2019 sur les passages aux urgences en Île-de-France et les dossiers de régu-
lation SAMU en Provence-Alpes-Côte d?Azur, en lien avec la chaleur et le travail.
Si des augmentations ont pu être observées durant les périodes de canicule, un
meilleur déploiement national et codage des circonstances des nouveaux relevés
de passages aux urgences (RPU) et des systèmes d?information SAMU (SI-SAMU)
restent nécessaires pour pouvoir poursuivre la surveillance de la morbidité chez
les travailleurs.
Les données de décès ont quant à elle permis de remonter 8décès en lien pos-
sible avec la chaleur en2018, dont4 pendant la canicule de fin juillet-début août,
et 10décès en2019 dont9 pendant les périodes de canicule. Ces décès se pro-
duisent le plus souvent chez des hommes, dès la trentaine, et chez des travail-
leurs en extérieur (BTP, milieu agricole?). Par ailleurs, la DGT a reçu 112fiches
d?accidents du travail mortels pendant l?été2019. Les accidents du travail mortels
en lien possible avec la chaleur représentent ainsi 9 % de l?ensemble des acci-
dents du travail mortels survenus pendant cette période.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
127
En2020, douze accidents du travail mortels en lien possible avec la chaleur ont
été notifiés par l?inspection médicale du travail, dont cinq survenus durant les
vagues de chaleur. Il n?y en a eu aucun en2021 et sept en2022 9.
? Mortalité dans les territoires ultramarins
Le système d?alerte canicule et santé (SACS) a été élaboré en France métropoli-
taine, sur la base d?un indicateur biométéorologique double (moyenne sur3jours
consécutifs des températures minimales et moyenne sur3jours consécutifs des
températures maximales), associé à un seuil d?alerte minimal et maximal par dépar-
tement. Ce seuil local permet de tenir compte de l?adaptation des populations à
la chaleur, et correspond à un potentiel doublement de la mortalité en l?absence
de toute mesure de prévention et de gestion (Laaidi etal., 2012a). Si la question
se pose depuis plusieurs années d?une extension de ce système d?alerte aux ter-
ritoires ultramarins, des priorités sanitaires locales plus prégnantes, en particu-
lier infectieuses, de faibles variations des températures qui restent à un niveau
élevé tout au long de l?année, et une supposée bonne adaptation des populations
à la chaleur, n?ont pas conduit à cette extension. Cependant, plusieurs études
ont montré que, quelle que soit la région du globe, un effet de la température
peut être observé au-dessus d?une température de mortalité minimale, celle-ci se
situant autour du percentile 1060 de la distribution des températures en climat
tropical (Gasparrini etal., 2015).
Une étude a donc été menée dans les territoires ultramarins français (Guyane,
Guadeloupe continentale, Martinique, LaRéunion et Mayotte) entre2000 et 2015,
afin d?établir l?influence de la température sur la mortalité et par la suite de déter-
miner les besoins de prévention et d?adaptation à court et à moyen terme (Pascal
etal., 2021b). La relation température-mortalité a été modélisée, puis les résultats
ont été combinés dans une méta-analyse (à l?exception de Mayotte, par manque
de données disponibles). La forme générale de la relation température-morta-
lité et les ordres de grandeurs des risques relatifs (RR) calculés se sont avérés
cohérents avec ceux observés dans d?autres zones du monde et ont confirmé l?in-
fluence de la température sur la mortalité et une augmentation rapide du risque
de décès vers les températures les plus inhabituelles.
La méta-analyse a mis en évidence un risque relatif de décès cumulé sur0-10jours
suivant une exposition à une température au percentile99 de la distribution des
températures : il était de 1,20 (intervalle de confiance à 95 % [1,06 : 1,42], en
référence au percentile50). La prise en compte de l?humidité relative ne montre
pas d?influence significative. Sur l?ensemble des zones et de la période d?étude,
3 380décès [851 : 5 632] ont pu être attribués à des températures non optimales
9. https://www.santepubliquefrance.fr/determinants-de-sante/climat/fortes-chaleurs-canicule/donnees/#tabs
10. Un percentile est un paramètre statistique qui détermine où la valeur mesurée se situe par rapport à l?en-
semble des observations. Chaque percentile représente le centième de l?occurrence du paramètre mesuré
dans l?ensemble des observations. Dans le cas du percentile60, cela signifie que 60 % des températures
observées sont au-dessous de ce seuil.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
128
(supérieures ou inférieures à la température de mortalité minimale), principale-
ment chaudes, représentant 5 % de la mortalité totale. Les températures extrêmes
contribuaient à cette mortalité, avec979 [531 : 1 359] décès attribuables à des
températures dépassant le percentile90 (Pascal etal., 2022).
Le fardeau économique des effets sanitaires
des vagues de chaleur
Bien que les canicules soient les événements climatiques extrêmes les plus impor-
tants en termes de mortalité, et que la morbidité associée soit également consé-
quente comme on a pu le voir avec les données de passages aux urgences ou
de consultations SOSMédecins, ces événements sont souvent sous-représentés
dans les analyses économiques des événements climatiques extrêmes. Santé
publique France et le CNRS ont proposé une méthode pour estimer l?impact de la
mortalité, du recours aux soins et de la perte de bien-être associés aux canicules
en France (Adélaïde etal., 2021 ; Adélaïde etal., 2022). Pour le recours aux soins,
l?approche prend en compte les coûts médicaux directs (passages aux urgences,
consultations SOSMédecins, hospitalisations) et indirects (arrêts de travail). Le
consentement à payer pour réduire le risque d?un passage aux urgences ou d?une
hospitalisation est utilisé pour estimer les coûts des impacts intangibles (souf-
france, peur?). Pour la mortalité, les valeurs recommandées pour l?évaluation des
politiques publiques en France sont utilisées. Les estimations sont exprimées en
euros constants2017 (¤2017).
Au total, l?étude estime que la mortalité pendant les canicules représente 143mil-
liards¤2017 de coût pour l?ensemble de la période1974-2020, avec un impact
plus marqué pour les années marquées par un plus grand nombre de décès :
2003, 1976, 1983, 2006 et 2015-2020.
L?impact de la perte de bien-être, estimé uniquement pour les jours respectant
les critères de la vigilance rouge pendant lesquels des modifications importantes
d?activité sont nécessaires, représente 13milliards¤2017, dont93 % se concen-
trant sur les seules années2003, 2019 et2020.
Enfin, l?analyse sur le recours aux soins s?est concentrée sur la période2015-
2020 et sur un nombre limité de causes de recours. Les coûts estimés sont de
31millions¤2017 dont80 % associés à des hospitalisations.
Cette étude a permis de mieux objectiver l?impact économique de ces événements
climatiques extrêmes et a souligné l?importance et l?urgence de mesures d?action
permettant de renforcer l?adaptation aux canicules, dont la fréquence, la durée et
la sévérité devraient s?accroître avec le réchauffement climatique.
Impacts prévisibles des canicules à moyen et long termes
Depuis1947, aucune canicule n?a égalé la durée et l?intensité de celle de2003.
Dans un contexte de changement climatique, des événements aussi graves que
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
129
la canicule de2003 se produiront de plus en plus fréquemment. Si les émis-
sions de gaz à effet de serre, responsables de l?augmentation des températures,
ne sont pas réduites, des canicules plus intenses et d?une durée cinq fois plus
longue que celle de2003 pourraient survenir en France.
Selon Météo-France 11, l?augmentation de l?intensité et de la fréquence des vagues
de chaleur est déjà visible. Ainsi sur les43 qui ont été détectées depuis1947,
neuf ont eu lieu avant1989 contre33 entre1989 et 2022, 25d?entre elles, soit
plus de la moitié, ont eu lieu après2000 et il y en a eu19 depuis2010. Les pro-
jections climatiques réalisées sur la France métropolitaine indiquent une augmen-
tation globale de la fréquence et de l?intensité des vagues de chaleur au cours du
xxiesiècle : d?ici2050 elles devraient être deux fois plus nombreuses que sur la
période1976-2005, et en fin de siècle elles pourraient être bien plus fréquentes
qu?aujourd?hui mais aussi beaucoup plus sévères et plus longues. Elles pourraient
aussi être plus précoces ou plus tardives qu?actuellement. Ces prévisions dépen-
dront en partie des politiques de lutte contre le changement climatique.
L?impact du réchauffement climatique sur la santé est d?ores et déjà observable,
ainsi que l?a montré une étude sur43pays au cours de la période1991-2018
(Vicedo-Cabrera etal., 2021) : 37 % de la mortalité liée à la chaleur peut être attri-
buée au changement climatique anthropogénique, l?augmentation de la mortalité
est présente sur tous les continents, avec un fardeau variable au niveau géogra-
phique mais de l?ordre de douzaines à des centaines de morts par an dans de
nombreux endroits. À Shanghai, une modélisation de la relation température-mor-
talité selon deux scénarios d?évolution du climat a prédit une augmentation de
la mortalité de48 ou 53 % selon le scénario, à l?horizon2030-2059, et de148
ou 254 % selon le scénario, à l?horizon2070-2099 (Guo etal., 2012). Une étude
sur trois pays asiatiques (Japon, Corée et Chine) (He etal., 2022) a mis en évi-
dence un risque de mortalité plus élevé de50 % lors des nuits chaudes, dont la
fréquence devrait augmenter de30 % et l?intensité de50 % d?ici2100. La fraction
attribuable de la mortalité due à ces nuits chaudes serait de3,7 % selon un scé-
nario de contrôle strict des émissions de gaz à effet de serre, et de5,8 % selon
un scénario moyen de réduction.
En France, une étude sur18villes (Pascal etal., 2022) a été réalisée sur la
période1970-2015 afin d?estimer l?évolution temporelle de la mortalité. Les résul-
tats suggèrent une diminution des risques relatifs liés aux très fortes chaleurs
(percentiles99 et plus des températures), ce qui semble marquer une acclimata-
tion à la chaleur (pouvant résulter d?une adaptation de la population, des amélio-
rations socio-économiques et médicales et/ou d?une efficacité des mesures de
prévention organisées à partir de2004). Cependant, cette évolution à la baisse
n?est pas observée pour des percentiles moins élevés, pour lesquels les risques
relatifs augmentent régulièrement sur la période, sans rupture à partir de2004. De
plus, les risques liés aux températures inhabituellement chaudes pour une année
11. https://meteofrance.com/actualites-et-dossiers/actualites/climat/
changement-climatique-des-canicules-deux-fois-plus-frequentes
https://meteofrance.com/actualites-et-dossiers/actualites/climat/changement-climatique-des-canicules-deux-fois-plus-frequentes
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
130
donnée par rapport aux années précédentes augmentent depuis les années1970.
Par ailleurs la fraction de la mortalité attribuable aux températures les plus chaudes
(supérieures au percentile90) augmente, passe de0,11 % [0,08 : 0,13] de la mor-
talité dans les années1970à0,23 % [0,21 : 0,24] dans les années2010. Les
fractions attribuables reflètent le croisement entre un niveau de risque et une fré-
quence d?exposition. Malgré une diminution des risques relatifs liés aux tempé-
ratures élevées, l?augmentation du nombre de jours chauds conduit ainsi à une
augmentation de la fraction attribuable à la chaleur dans les années récentes et
donc à une augmentation des impacts de la chaleur.
Que faire pour prévenir les impacts sanitaires des canicules ?
Au cours des presque20années qui ont suivi la mise en place du plan canicule,
des éléments d?évaluation ont été mis en placerégulièrement (Laaidi etal., 2012a)
afin d?améliorer la prévention et la gestion des risques :
1.Avant l?été : des enquêtes sur la gestion du risque canicule par les acteurs
nationaux et locaux ont permis d?identifier les mesures prises, les difficultés ainsi
que des pistes d?amélioration (Laaidi etal., 2018 ; Laaidi etal., 2019). Celles-ci
concernent notamment :
? l?amélioration des capacités de thermorégulation individuelles, en favorisant la
pratique d?activité physique adaptée ;
? l?identification et la protection des personnes vulnérables (registres municipaux,
sans-abris) et des scolaires ;
? des actions sur les environnements pour réduire l?exposition (végétalisation,
matériaux, volets, isolation : en ville, à l?école, dans les bâtiments accueillant du
public?) ;
? la préparation de conduites à tenir en cas de canicule (modification des horaires
de travail et des activités scolaires?) ;
? la formation de la population et des professionnels aux bons gestes à adopter.
2.Pendant les canicules : le plan de gestion des risques définit les mesures pour
alerter, prendre soin des plus vulnérables, adapter les traitements médicamen-
teux si nécessaire, organiser l?offre de soins, diffuser les conseils de comporte-
ments (hydratation, diminution de l?activité physique, aération?), sensibiliser au
risque pour tous (spots télé et radio). Une enquête auprès de la population fran-
çaise métropolitaine a été menée en2015 sur les connaissances et pratiques
pendant les fortes chaleurs (Laaidi etal., 2019). Elle a montré que les adultes de
plusde18ans avaient une bonne connaissance des gestes de prévention et sui-
vaient bien les recommandations, mais que la perception de ses propres risques
était faible, y compris chez les personnes âgées (2 % des18-64ans se sentaient
très à risque pendant une canicule, et seulement4 % des65ans et plus). Par ail-
leurs le recours aux registres municipaux pour se signaler ou demander de l?aide
restait une pratique marginale alors que c?est un élément central de la prévention
au niveau local, qu?il semble donc nécessaire de faire évoluer.
Impacts sectoriels etsurles milieux naturels des vagues dechaleur
131
3.Après l?été : les retours d?expériences annuels entre les partenaires du plan
et du système d?alerte permettent de les faire évoluer si besoin. Par ailleurs une
étude qualitative a été réalisée en2019 (Verrier etal., 2022) afin d?évaluer les
freins à l?adoption des gestes de prévention chez les adultes résidant dans des
départements ayant été en vigilance canicule orange ou rouge. Les principaux
freins identifiés étaient la perception du risque pour soi, les conditions de travail
et la méconnaissance des dispositifs existants (cartographie de lieux frais, des
points d?eau potable?). Ces résultats ont mis en exergue la nécessité de renfor-
cer la communication sur les mesures existantes et d?étudier la faisabilité d?adap-
ter les conditions de travail par voie réglementaire.
Conclusion
Les impacts sanitaires de la chaleur, pendant et en dehors des périodes de cani-
cule, sont les plus importants de tous ceux associés à des événements clima-
tiques extrêmes. Ils ont déjà augmenté ces dernières années et ce phénomène
va s?accélérer à moyen et long terme avec l?augmentation des canicules en fré-
quence, durée, intensité et répartition spatiale, et avec l?extension temporelle des
périodes chaudes (de mai à octobre).
Malgré un large panel de mesures de prévention et de gestion mis en place, les
impacts restent importants et force est de constater que les mesures d?atténua-
tion et d?adaptation sont insuffisantes et devront être élargies et améliorées afin
de minimiser les impacts sanitaires du changement climatique, en particulier ceux
dus aux vagues de chaleur.
Parmi ces mesures, une meilleure évaluation des impacts pendant les canicules
permettrait de réagir plus rapidement et de façon plus ciblée. Ceci passe par une
amélioration du circuit des données de mortalité, en particulier via la certification
électronique des décès qui permet d?obtenir des données sous 24heures (contre
un mois actuellement avec les données INSEE).
Une fois l?alerte lancée, les mesures sont variées et intersectorielles : prévention
et protection de la population, en particulier mise à l?abri des plus vulnérables,
adaptation des conditions de travail, mesures renforcées de lutte contre les îlots
de chaleur urbains (végétalisation, revêtements absorbant peu la chaleur, etc.).
De manière plus large, en été il est important de mieux sensibiliser au risque,
pour les personnes âgées, les malades chroniques, les jeunes enfants, les per-
sonnes sans abri, mais aussi les travailleurs en ambiance chaude, les sportifs,
et plus largement toute la population lorsque la chaleur devient extrême et que
chacun est susceptible d?être affecté.
Par ailleurs Santé publique France s?est engagée dans une démarche de plaidoyer
afin de sensibiliser au risque et à ses impacts des partenaires hors du champ
de la santé : d?une part les urbanistes et les architectes afin qu?ils contribuent à
construire et rénover les bâtiments et les villes en prenant en compte le confort
thermique des habitants, et d?autre part les employeurs afin qu?ils améliorent la
protection de leurs employés contre la chaleur.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
132
Enfin, il est nécessaire d?évaluer les mesures prises en termes de réduction de
l?impact sanitaire, afin de les adapter et améliorer si besoin et ainsi réduire davan-
tage les impacts sanitaires des canicules, et les coûts économiques et sociaux
associés.
Encadré 3
Mission de Santé publique France
Les impacts sanitaires du changement climatique
sont une des priorités de la programmation de
Santé publique France depuis plusieurs années.
Les travaux de l?agence dans ce domaine s?arti-
culent autour de grands axes :
? promouvoir une meilleure prise en compte des
liens entre climat et santé, via l?organisation de rencontres scientifiques,
de partenariat (Météo-France, ADEME, INSERM notamment), de collabo-
ration entre agences de santé publiques ;
? analyser les connaissances et produire des outils et des indicateurs
pour mettre en évidence l?impact du changement climatique sur la santé
en France, mais également l?impact d?interventions sur des déterminants
favorables à la santé et au climat (par exemple, les mobilités douces, la
nature en ville) ;
? soutenir l?adaptation à la chaleur, via un corpus d?études épidémiolo-
giques, et la promotion de l?adaptation des populations à la chaleur à tra-
vers la définition et la mise en oeuvre d?une stratégie de plaidoyer ;
? optimiser et assurer la surveillance sanitaire dans le cadre du plan natio-
nal de gestion des vagues de chaleur ;
? répondre aux urgences sanitaires en lien avec le climat (événements
extrêmes, épidémies infectieuses?).
Ces travaux font l?objet de plusieurs publications sur le site de l?agence
(Changement climatique ? Santé publique France (santepubliquefrance.
fr)). L?agence est également active au niveau international via l?Associa-
tion internationale des agences de santé publique (IANPHI), qui s?est
dotée d?un comité permanent changement climatique et santé, et d?une
feuille de route dont les principales conclusions ont été récemment sou-
tenues par leG7.
Chapitre D
Politiques d?adaptation
aux vagues de chaleur
© Jérôme Duvernoy/ONERC.
Ce chapitre montre quelques exemples des politiques publiques qui prennent
en compte les vagues de chaleur et leurs impacts. Ainsi le premier article
décrit la partie de la réglementation environnementale, la RE2020, en vigueur
pour les constructions à partir du1erjuillet 2022, le second article parle de
l?extension aux vagues de chaleur du dispositif de vigilance météorologique.
Enfin, le troisième article décrit le plan vague de chaleur qui pourra compléter
le plan canicule sans se limiter à l?impact sanitaire des vagues de chaleur.
Politiques d?adaptation aux vagues de chaleur
135
La RE2020
Les récentes adaptations de la réglementation technique
de la construction face aux vagues de chaleur
Quentin Deslot, Sylvain Pradelle, Amandine Vernier,
Direction générale de l?Aménagement, du Logement et de la Nature (DGALN)
Introduction
Nous passons plus de 80 % de notre temps dans des lieux clos, et en grande
partie à l?intérieur des bâtiments. Nous y travaillons, nous y mangeons, nous y
dormons, et nous y faisons tant d?autres activités essentielles à notre vie. Les
articles précédents du chapitreA ont illustré que les vagues de chaleur seront de
plus en plus fréquentes et de plus en plus intenses à l?avenir. Il est donc essen-
tiel que nos environnements intérieurs s?adaptent afin de nous offrir des condi-
tions de vie toujours aussi satisfaisantes alors que le climat évolue. De nombreux
acteurs se mobilisent aujourd?hui afin de construire des bâtiments mieux conçus
et rénover les bâtiments existants. Il s?agit d?aller vers un meilleur confort dans
les bâtiments lors des vagues de chaleur, notion qui sera appelée par la suite
« confort d?été ».
De son côté, l?État dispose de plusieurs leviers afin d?accélérer cette transforma-
tion vers un meilleur confort d?été. En particulier, plusieurs réglementations tech-
niques régissent l?acte de construire et de rénover nos bâtiments. Ces dernières
années, la réglementation technique de la construction a connu plusieurs évolu-
tions notables en ce sens.
Constructions neuves : l?entrée en vigueur de la RE2020
incite à la conception bioclimatique des bâtiments
et prend en compte l?impact énergétique de la climatisation
Les bâtiments construits aujourd?hui feront partie du parc immobilier français
en2100 lorsque le climat aura changé. Il est donc essentiel d?assurer le confort
d?été dans ces bâtiments dès aujourd?hui. Or, les retours d?expérience sur les
constructions de la précédente décennie ont montré que la réglementation alors
en vigueur, c?est-à-dire la réglementation thermique2012 (RT2012), n?assurait
pas suffisamment le confort des occupants lors des fortes chaleurs estivales. La
nouvelle réglementation pour les constructions neuves, appelée réglementation
environnementale2020 (RE2020), intègre donc parmi ses trois enjeux prioritaires
le confort d?été au même titre que la réduction des consommations d?énergie ou
la prise en compte de l?impact sur le climat des constructions. Il s?agit donc bien
d?un défi majeur pour les constructions de la prochaine décennie.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
136
De manière pratique, la méthode de calcul de la RE2020 intègre dans ses scéna-
rios météorologiques une vague de chaleur pendant la période estivale. Celle-ci
est issue des données de la canicule de2003, puisque cette dernière est consi-
dérée aujourd?hui comme représentative des futures vagues de chaleur qui tou-
cheront la France en2050, voire en2100.
Sur la base de ces nouveaux scénarios, la RE2020a mis en place un nouvel
indicateur représentatif du confort du bâtiment en été, appelé indicateur
« degré.heure » (DH). Celui-ci permet de quantifier l?impact de la vague de chaleur
sur la température à l?intérieur du bâtiment. Plus concrètement, cet indicateur
s?apparente à un compteur qui cumule sur l?année, chaque degré inconfortable de
chaque heure. Il est central dans le fonctionnement de la réglementation puisque
deux seuils y sont adossés.
Afin de respecter la réglementation, il est interdit de dépasser un seuil haut, fixé
autour de 1 250DH, ce qui correspond à une durée de 25jours durant laquelle
le logement serait continument à30oC le jour et 28oC la nuit. En parallèle, un
second seuil bas est fixé autour de350DH, soit une semaine en continu à30oC
le jour et 28oC la nuit. En-dessous de ce seuil bas, la réglementation est satis-
faite sur ce volet du confort d?été. Au-dessus de ce seuil bas, des pénalités sont
appliquées dans le calcul de la performance énergétique pour tenir compte des
besoins potentiels en rafraîchissement du bâtiment.
Figure D 1 : Schéma de principe du calcul du confort d?été selon la RE2020.
Source : MTECT/DGALN.
Cette méthodologie s?impose désormais à tous les projets de construction sur le
territoire national, en commençant par les projets de construction de bâtiments d?ha-
bitation à partir du1erjanvier 2022, puis des bâtiments de bureaux et d?enseigne-
ment primaire et secondaire dès le1erjuillet 2022. Suivront ensuite les bâtiments
tertiaires plus spécifiques comme les hôtels, les restaurants, les commerces?
À travers ce nouvel indicateur, la RE2020 incitera fortement à la conception bio-
climatique des constructions neuves. Les leviers de construction passifs, c?est-
à-dire ceux qui ne consomment pas ou peu d?énergie, seront à privilégier : forme
du bâtiment, orientation, protections solaires, brasseurs d?air ou encore puits cli-
matiques? La RE2020 permettra également l?installation de solutions de climati-
sation pour les projets qui le nécessiteraient. Cependant, elle prendra en compte
Politiques d?adaptation aux vagues de chaleur
137
l?impact énergétique de cette climatisation, ce qui nécessitera la mise en oeuvre
de leviers complémentaires.
Logements existants : le diagnostic de performance
énergétique, nouveau baromètre de la performance
énergétique des logements, informe également du confort
estival dans votre logement
Au 1erjuillet 2021, une nouvelle version du diagnostic de performance énergétique
(DPE) des logements est entrée en vigueur. Le DPE est désormais plus fiable et
plus lisible, au bénéfice des usagers. La refonte du DPE en a fait l?outil de réfé-
rence des Français pour la rénovation des logements, au service notamment de
la lutte contre les passoires énergétiques.
La refonte du DPE a également permis d?indiquer des informations supplémen-
taires sur le document remis, dont une concernant le confort d?été.
Figure D 2 : Nouvel indicateur
de confort d?été dans le DPE.
Source : MTECT/DGALN.
Cet indicateur demeure simple. Il permet de classer le logement en trois caté-
gories de confort d?été : insuffisant, moyen ou bon. Ce classement est réalisé
grâce à la prise en compte de certaines caractéristiques constructives clés du
logement : l?aspect traversant du logement qui traduit la capacité à créer des
courants d?air permettant de rafraîchir le logement durant la nuit, son inertie qui
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
138
traduit sa capacité à conserver la fraîcheur le jour, la présence de protections
solaires couvrant les principales ouvertures du rayonnement solaire, l?isolation
des parties clés du logement? Cet indicateur ne prend pas en compte la clima-
tisation qui pourrait être installée dans le logement, et ce afin de privilégier, de
la même manière qu?en RE2020, les leviers passifs. Cependant, au contraire de
la RE2020 pour les constructions neuves, l?indicateur de confort d?été du DPE
demeure indicatif, c?est-à-dire qu?aucune obligation réglementaire à ce jour n?y est
adossée. Il s?agit uniquement de donner une première information qualitative au
futur acheteur ou locataire du comportement du logement face aux chaleurs esti-
vales afin qu?il puisse avoir une vision plus claire de la performance du logement.
Au-delà de cet indicateur, le DPE contient également des recommandations de
travaux permettant de corriger certains aspects importants du bâtiment. Par
exemple, le DPE affiché en figureD2 recommande l?installation de volets exté-
rieurs ou de brise-soleil sur certaines fenêtres ainsi que l?isolation de la toiture.
Cela permettra au futur acheteur de ce logement de connaître les travaux à réali-
ser avant de s?installer afin d?améliorer sa qualité de vie en période estivale. Enfin,
il contient des recommandations d?usage du logement qui visent à maintenir des
conditions de température satisfaisantes malgré ces événements.
Par ailleurs, afin de poursuivre dans son rôle d?information des particuliers, l?État
a mis en place diverses mesures de communication visant à améliorer le confort
des logements en été. Par exemple, des recommandations utiles sont données
par l?ADEME (ADEME, 2022) dans son guide : « Comment garder son logement
frais en été ? »
Conclusion
Une réglementation technique en évolution qui nécessitera des travaux de recherche
et des enquêtes de terrain afin de s?améliorer.
Le constat est clair, nous devons aller vers des bâtiments plus confortables en
été, que ce soit dans le flux de constructions neuves ou dans le stock de bâti-
ments existants. La réglementation technique pose de nouveaux jalons impor-
tants mais il convient dès aujourd?hui de prendre en compte ces aspects lors de
la construction ou la rénovation de nos bâtiments, en particulier lors de l?accueil
de publics sensibles. Il faudra s?attendre à voir ces sujets progresser dans les
prochaines années, notamment dans la réglementation technique mais aussi et
surtout au niveau de la connaissance générale et des pratiques sur le terrain.
Des travaux de recherche ou des enquêtes de terrain seront extrêmement utiles
pour dresser un diagnostic clair de la situation, en particulier en ce qui concerne
l?impact des vagues de chaleur sur la santé des occupants.
Politiques d?adaptation aux vagues de chaleur
139
La vigilance « canicule » de Météo-France
Un dispositif d?adaptation au changement climatique
Sylvain Mondon, Véronique Ducrocq,
Céline Jauffret, Michel Lambert, Christophe Landalle,
Météo-France
Au moment de la conception et de la mise en place du dispositif de vigilance
météorologique en2000 et 2001, les vagues de chaleurs n?ont pas fait partie des
phénomènes à prendre en compte (Lepape, 2004 ; Calmet, 2018). Leur impact
sur la population n?a été formellement établi qu?après l?occurrence de la cani-
cule de2003, entraînant une prise de conscience du caractère dangereux des
vagues de chaleur. Les études épidémiologistes conduites par l?Institut natio-
nal de veille sanitaire (InVS, aujourd?hui Santé publique France) ont en particulier
démontré la corrélation entre le phénomène physique de vague de chaleur et la
surmortalité, de plusde15 000personnes constatée à l?issue de l?événement
de2003, et confirmé ensuite lors des canicules de2006 et 2015 (Pascal etal.,
2015). Une analyse fine des temporalités relatives entre les paramètres météoro-
logiques (température quotidienne minimum et maximum) et la variation de mor-
talité a permis de mettre en évidence, au moyen d?une comparaison historique
sur13villes de référence, le caractère explicatif de l?indice biométéorologique
(IBM) qui vise à décrire l?effet cumulé sur3jours consécutifs des températures
élevées le jour et la nuit.
L?IBM se décline en deux composantes : la moyenne sur3jours consécutifs des
températures quotidiennes maximales (IBMx) et la moyenne sur3jours consécu-
tifs des températures quotidiennes minimales (IBMn). Les effets de la canicule
de2003 ont permis d?établir, pour chaque département, des couples de seuils
d?IBMx et d?IBMn au-delà desquels la surmortalité est significative (proche d?un
doublement de la mortalité habituelle). Il est ainsi possible d?évaluer un risque
de danger pour la population liée à la chaleur par le biais de la prévision des tem-
pératures sur les jours à venir et d?un dépassement des seuils pour les IBMx et
IBMn. Les prévisions de températures sont relativement fiables plusieurs jours à
l?avance, il est ainsi possible d?évaluer un risque sanitaire à venir.
À partir de l?objectivation de ces connaissances, une importante activité en matière
d?action publique a été engagée notamment sur 3dimensions complémentaires
structurées par le plan national canicule de2004 :
? le renforcement des dispositifs d?avertissement en temps réel, avec en par-
ticulier l?incorporation du phénomène « canicule » au dispositif de vigilance de
Météo-France ;
? la préparation des équipes gérant les situations d?urgence sanitaire et sociale
(ex. : formation, moyens, organisation) pour faire face, à court terme, aux pro-
chaines canicules dans de meilleures conditions ;
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
140
? la prévention des risques induits par les vagues de chaleur (ex. : sensibilisa-
tion, réglementation, référentiels de confort d?été) pour renforcer la résilience à
moyen et long terme des catégories de population les plus sensibles ou des pro-
fessions les plus exposées.
L?ensemble de ces trois axes matérialisant l?engagement d?une démarche volonta-
riste d?action publique sanitaire contribue à l?adaptation au changement climatique
dans un climat en transition où les vagues de chaleurs deviennent progressive-
ment plus intenses et plus fréquentes (IPCC, 2022). Bien entendu, les effets
des vagues de chaleur ne dépendent pas uniquement des politiques sanitaires,
les phénomènes d?îlots de chaleur urbains ou les problématiques de qualité de
l?air ou encore les modes de vie constituent des facteurs à intégrer dans l?ana-
lyse fine de la sensibilité à la chaleur des zones à forte densité de population et
donc des besoins d?adaptation au climat et à son évolution (Euzen etal., 2017).
Figure D 3 : Carte de vigilance émise par Météo-France le 16juillet 2022à 16h.
Source : Météo-France.
Politiques d?adaptation aux vagues de chaleur
141
Tableau D1 : Caractéristiques synthétiques des épisodes de vigilance canicule orange ou
rouge observés en France métropolitaine depuis2004.
Années
Nb épisodes
de vigilance
orange ou rouge
canicule*
Nb de jours
cumulés*
Nb de
départements
concernés par au
moins un jour*
Anomalie de
température en
moyenne estivale
(°C) référence
1991-2020*
Surmortalité**
2003 sans objet sans objet sans objet 2,7 15 257
2004 0 - - ? 0,2
2005 3 11 12 0,1
2006 3 28 67 0,7 1 048
2007 0 - - ? 1,1
2008 1 3 1 ? 0,8
2009 1 4 8 0,2
2010 2 5 5 ? 0,1
2011 1 6 12 ? 1,0
2012 1 7 33 ? 0,1
2013 1 4 2 0,0
2014 0 - - ? 0,6
2015 3 14 49 1,1 1 739
2016 2 9 48 0,1 378
2017 4 22 78 1,1 474
2018 3 21 73 1,5 1 641
2019 2 20 89 1,3 1 462
2020 2 11 65 0,6 1 924
2021 2 14 6 0,0 239
2022 3 33 93 2,3 2 816
Sources : * Météo-France ; ** Santé publique France .
Le tableauD1 récapitule les principales caractéristiques des vigilances canicule
et la surmortalité associée depuis2004. Le nombre d?épisodes et d?années n?est
pas suffisant pour tirer des conclusions statistiques robustes en matière d?évo-
lution de la sensibilité de la population française ni en matière de renforcement
de sa résilience. Cependant, il est légitime aujourd?hui de se préparer à traiter
une question que ne manquera pas de soulever l?accumulation des épisodes au
cours des prochaines années, et l?augmentation de leur sévérité, qui est celle de
l?efficacité du dispositif de la vigilance canicule et des critères de déclenchement
des niveaux de vigilance les plus élevés. L?évolution progressive des modes de
vie et du comportement des personnes s?adaptant à des températures élevées
ou la banalisation des vigilances orange ou rouge si elles deviennent fréquentes,
sont des facteurs à prendre en compte. Si, tous les ans, la majorité de la France
métropolitaine est placée en vigilance orange la moitié de l?été et qu?aucune
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
142
surmortalité significative n?est détectée, est-ce que le dispositif a encore un intérêt
sous cette forme ?
Il s?agira alors de définir la logique qui sera la plus utile pour protéger la population :
? conserver les référentiels de vigilance canicule calibrés sur la base des évé-
nements passés pour que chacun puisse comparer des événements courants et
futurs à partir d?un référentiel stable (les seuils d?IBMn/IBMx) ; ou bien :
? modifier les référentiels pour que les niveaux les plus élevés de vigilance conti-
nuent de véhiculer un signal de danger élevé (un niveau de surmortalité potentiel).
En matérialisant une relation concrète entre population, vague de chaleur et action
publique, la vigilance canicule contribue directement à l?effort de transition cli-
matique. Sur le plan institutionnel, cette matérialisation est portée principale-
ment par l?instruction du14juin 2021 relative au dispositif de vigilance (NOR :
INTE2114719J) et l?instruction du7mai 2021 relative à la gestion des vagues
de chaleur dans les plans ORSEC (NOR : SSAP2114388J). Bien entendu, tout dis-
positif d?avertissement aussi performant qu?il soit ne saurait suffire en matière
d?adaptation. En effet, même si son caractère évolutif maintient une utilité impor-
tante en temps réel, un dispositif d?avertissement ne saurait remplacer des actions
multidimensionnelles de prévention des risques pour protéger la population dura-
blement (Ostrom, 2014).
Politiques d?adaptation aux vagues de chaleur
143
Gérer des vagues de chaleur de plus en plus
extrêmes : des impacts sanitaires aux impacts
systémiques
Marie Carrega et Sarah Voirin,
Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (ONERC)
La surveillance sanitaire et environnementale
À la suite de la vague de chaleur sans précédent qui a généré une surmortalité
de l?ordre de15 000 1personnes en2003, la France s?est dotée en2004 d?un
premier plan national canicule afin de prévenir et réduire les conséquences sani-
taires des vagues de chaleur. Ce plan s?est accompagné de la mise en place
d?une surveillance sanitaire et environnementale comprenant un système de vigi-
lance météorologique et un système de surveillance et d?alerte canicule et santé.
? Vigilance météorologique
Le dispositif de vigilance météorologique permet d?identifier la survenue d?une
vague de chaleur susceptible d?avoir un impact sanitaire et d?alerter les autorités
et la population. Il concerne actuellement la France métropolitaine uniquement.
Ce dispositif repose sur la mesure et la prévision des températures minimales
et maximales sur3jours consécutifs, qui sont comparées à des seuils départe-
mentaux prédéfinis pour chaque département et réévalués en tant que de besoin.
Les vagues de chaleur sont prises en compte par le dispositif de vigilance météo-
rologique pendant la période qui s?étend du1erjuin au 15septembre de chaque
année. Cette période peut être avancée ou prolongée de quelques jours si les
conditions météorologiques l?exigent.
La vigilance météorologique se matérialise sous la forme d?une carte de France
métropolitaine qui signale si un danger météorologique menace un ou plusieurs
départements, à l?aide de quatre couleurs (vert, jaune, orange, rouge). En cas de
phénomène dangereux de forte intensité, la zone concernée apparaît en orange,
et en rouge en cas de phénomène très dangereux d?intensité exceptionnelle. Elle
est réactualisée 2fois par jour aminima, à 6h et 16h, et peut être réactualisée
à tout moment si un changement notable intervient. Elle est accessible à tous en
permanence sur le site Vigilance météorologique de Météo-France.
1. https://www.santepubliquefrance.fr
https://www.santepubliquefrance.fr
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
144
? Système de surveillance et d?alerte canicule et santé
Afin d?anticiper la survenue d?un phénomène épidémique de grande ampleur en
rapport avec une vague de chaleur, l?InVS a élaboré en juin2004, en collabora-
tion avec Météo-France, un système de surveillance et d?alerte biométéorologique.
Son but est d?alerter les autorités sanitaires, avec trois jours d?anticipation, et
de permettre la mise en oeuvre des actions prévues du1erjuin au 30septembre
par le plan canicule.
Le système de surveillance syndromique SurSaUD (Surveillance sanitaire des
urgences et des décès) est fondé sur une remontée informatisée de l?activité des
services d?urgence des établissements de santé, de certains SAMU et SMUR,
des services départementaux d?incendie et de secours (SDIS) et des associa-
tions comme SOSMédecins.
Le système d?alerte est fondé sur une veille quotidienne d?indicateurs météorolo-
giques et sanitaires qui ont été testés pour14villes pilotes 2 à partir des données
rétrospectives de1973à2003.
Les données météorologiques ont été fournies par Météo-France, les données
sanitaires par l?InVs et les données de mortalité par l?INSEE.
L?instruction interministérielle du7mai 2021 relative
à la gestion sanitaire des vagues de chaleur en France
métropolitaine
La survenue de canicules extrêmes, qui a nécessité l?activation du niveau rouge
de la vigilance météorologique canicule pour la première fois en2019, a révélé
la nécessité d?adapter le dispositif de préparation et de gestion des canicules en
mettant en avant l?implication des acteurs locaux. En conséquence, l?instruction
interministérielle de2021 précise les nouvelles orientations en matière de pré-
paration et de gestion sanitaire des vagues de chaleur, qui reposent dorénavant,
en plus du dispositif de vigilance et de surveillance sanitaire, sur une disposition
spécifique ORSEC 3 gestion sanitaire des vagues de chaleur et sur un dispositif
national d?appui et de conduite de crise sanitaire.
À l?échelle départementale, le préfet de département peut s?appuyer sur le guide
ORSEC départemental S6 : « Dispositions spécifiques gestion sanitaire des vagues
de chaleur », publié en mai2021 par le ministère de la Santé et des Solidarités, pour
organiser la mobilisation des services départementaux face aux vagues de chaleur.
2. Bordeaux, Dijon, Grenoble, LeHavre, Lille, Limoges, Lyon, Marseille, Nantes, Nice, Paris, Strasbourg,
Toulouse et Tours.
3. Le dispositif ORSEC (organisation de la réponse de sécurité civile) est un programme d?organisation des
secours à l?échelon départemental, en cas de catastrophe. Il permet une mise en oeuvre rapide et efficace
de tous les moyens nécessaires sous l?autorité du préfet. Ce dispositif prévoit des dispositions générales
applicables en toutes circonstances et des dispositions propres à certains risques particuliers ou liées au
fonctionnement d?installations déterminées.
Politiques d?adaptation aux vagues de chaleur
145
L?objectif de ce guide est de permettre aux préfets de département, ainsi qu?à
l?ensemble des acteurs territoriaux, d?assurer la protection non seulement des
populations vulnérables à la chaleur, mais aussi de l?ensemble des populations
exposées.
Ce guide propose troistypes de fiches pouvant être reprises dans les dispositifs
départementaux : les fiches de doctrine qui présentent le dispositif de gestion des
vagues de chaleur ; les fiches de gestion décrivant les mesures de gestion sani-
taire à mettre en oeuvre au niveau territorial, notamment pour le niveau rouge de
la vigilance météorologique ; les fiches opérationnelles par acteurs qui décrivent
les actions que doivent mener les préfectures dans le cadre de leurs travaux de
planification opérationnelle (préparation de la réponse collective), et les mesures
de gestion que chaque acteur peut être amené à mettre en oeuvre, en fonction
du contexte.
La fiche opérationnelle destinée au préfet de département indique qu?en cas de
survenue d?une canicule extrême correspondant au niveau rouge de vigilance
météorologique, il est possible par exemple d?interdire temporairement tout grand
rassemblement, y compris les manifestations sportives, les sorties des écoles ou
des centres aérés ainsi que le déroulement des chantiers et grands travaux ; de
fermer les services publics pendant les heures les plus chaudes de la journée,
si les locaux ne sont pas climatisés, ou de décaler leurs horaires d?ouverture ;
de réglementer la circulation des véhicules pendant les heures les plus chaudes
de la journée ; de prendre toute décision ou rendre tout arbitrage nécessaire au
maintien des activités des secteurs essentiels à la prise en charge sanitaire des
personnes, en soutien du dispositif ORSAN 4 piloté par l?ARS (permanence des
soins de ville, continuité du service public hospitalier, coopération entre les sec-
teurs hospitalier et médico-social, disponibilité et capacités des transporteurs
sanitaires et des opérateurs funéraires) ; etc.
À l?échelle communale, le maire peut s?appuyer sur le guide « Faire face aux vagues
de chaleur avec votre plan communal de sauvegarde 5 ?Recommandations et
bonne pratiques », publié en juin2021 par le ministère de l?Intérieur, pour organi-
ser la mobilisation des services communaux face aux vagues de chaleur. L?objectif
de ce guide est d?aider les maires et leurs services à :
? organiser la veille et le suivi de la vigilance météorologique ;
4. Le dispositif ORSAN (organisation de la réponse du système de santé en situations sanitaires exception-
nelles) est un dispositif d?organisation des soins qui date de2014. Avant2014, le dispositif de réponse à
ce type de situations exceptionnelles s?appuyait principalement sur les établissements de santé avec les
dispositifs « plans blancs ». Le dispositif ORSAN formalise une coordination régionale des dispositifs exis-
tants dans les 3secteurs sanitaires (secteurs ambulatoire, hospitalier et médico-social), organise et adapte
les soins en situation sanitaire exceptionnelle afin de prendre toutes les mesures nécessaires pour que les
personnes malades puissent bénéficier des soins appropriés.
5. Le plan communal de sauvegarde (PCS) est un outil à disposition du maire depuis2004 lui permettant
d?organiser la mobilisation des services communaux au profit d?une réponse communale face à la survenue
d?un événement. Le PCS n?est pas obligatoire dans toutes les communes mais seulement dans celles sou-
mises à un risque particulier.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
146
? développer le registre nominatif communal 6 ;
? anticiper et hiérarchiser les mesures à prendre pour faire face aux vagues de
chaleur ;
? structurer la diffusion des recommandations de protection contre les vagues
de chaleur.
Les recommandations de ce guide s?appuient sur des pratiques déjà mises en
place dans certaines communes. Dans le domaine de la mise à disposition de
locaux rafraichis et de la distribution d?équipement, des communes ont par exemple
mis en place les actions suivantes : maraudes avec des bénévoles à destination
des SDF ; appel à la solidarité des grandes surfaces ; distribution de colis alimen-
taires et d?eau ; installation d?un camion-douche ; mise à disposition d?une pièce
rafraichie de10h à17h via une convention entre la commune et une résidence
de personnes âgées ; etc.
Vers un plan national de gestion de tous les impacts
des vagues de chaleur
? Bilan du dispositif de gestion des impacts sanitaires des vagues de chaleur
Alors qu?avec le changement climatique les vagues de chaleur sont devenues plus
précoces, plus fréquentes et plus intenses depuis la mise en place du premier plan
national canicule en2004, la surmortalité liée aux vagues de chaleur a diminué
dans le même temps, passant de plusde15 257décès en2003à2 816décès
en2022 7. Si les vagues de chaleur continuent d?entraîner systématiquement un
excès de morbidité et de mortalité, le dispositif de préparation et de gestion des
vagues de chaleur a donc contribué depuis sa mise en place en2004à réduire
les impacts sanitaires des vagues de chaleur par rapport au bilan de2003.
Des études publiées par Santé publique France en2019 (Laaidi etal., 2019) et
en2021 (Verrier etal., 2021) montrent que l?absence de perception du risque pour
soi est le principal obstacle à l?adoption de gestes de prévention par les citoyens.
En effet, les personnes qui se jugent bien portantes ne se sentent pas concer-
nées, associent le risque lié aux fortes chaleurs à l?âge ou l?état de santé et non
à une surexposition à la chaleur. Cette distanciation a pu être favorisée par le dis-
positif de prévention public qui jusqu?en2019 était centré sur une communication
d?urgence avec des outils non différenciés pour l?ensemble de la population. Le
6. Le registre nominatif communal est un outil à disposition du maire pour recueillir les éléments relatifs
à l?identité, à l?âge et au domicile des personnes âgées et des personnes handicapées qui en ont fait la
demande afin de favoriser l?intervention des services sociaux et sanitaires. Ces données sont notamment
utilisées par les services susmentionnés pour organiser un contact périodique avec les personnes réperto-
riées lorsque le plan d?alerte et d?urgence est mis en oeuvre. Le maire peut également procéder à ce recueil
à la demande d?un tiers à la condition que la personne concernée, ou son représentant légal, ne s?y soit
pas opposée (cf. articleL.121-6-1 du code de l?action sociale et des familles, modifié par l?article1er de la
loi no2004-626 du 30juin 2004 relative à la solidarité pour l?autonomie des personnes âgées et des per-
sonnes handicapées).
7. https://www.santepubliquefrance.fr
Politiques d?adaptation aux vagues de chaleur
147
dispositif de marketing social, mis en place par la suite, met en scène plusieurs
populations (enfants, travailleurs, sportifs, personnes âgées) dans des situations
de la vie courante afin d?accroître la perception du risque pour soi.
Travailler en période de forte chaleur peut également présenter un risque pour la
santé. L?Institut national de recherche et de sécurité (INRS) considère en effet
qu?au-delà de30oC pour un salarié sédentaire, et 28oC pour un travail nécessi-
tant une activité physique, la chaleur peut constituer un risque pour les salariés.
Certaines dispositions du code du travail prévoient des mesures contribuant à la
protection des salariés en cas de forte chaleur : évaluation des risques pour la
santé et la sécurité des travailleurs liés à l?ambiance thermique 8, renouvellement
régulier de l?air et évitement des élévations exagérées de température 9, aménage-
ment des postes de travail pour protéger les salariés contre les conditions atmos-
phériques 10, mise à disposition de chaque salarié d?au moins trois litres d?eau
par jour sur les chantiers du BTP 11, arrêt de chantier si les températures extrêmes
rendent l?accomplissement du travail dangereux ou impossible 12, interdiction d?af-
fecter les jeunes travailleurs de moinsde18ans à des travaux qui les exposeraient
à une température extrême susceptible de nuire à la santé 13. La norme interna-
tionale NFX35-203/ISO7730 relative au confort thermique 14 complète ces dispo-
sitions légales en précisant des seuils de température permettant de prévenir les
risques pour la santé. Les plages qui sont préconisées dépendent de la saison
et d?autres paramètres tels que l?humidité relative mais aussi l?usage et l?envi-
ronnement (murs, plafond?). Par exemple, une température de23,5à25,5oC
est préconisée l?été dans un bureau. Pour autant, la réglementation ne fixe pas
de seuil de température maximale au-delà duquel il serait interdit de travailler
afin de prévenir les dangers liés aux vagues de chaleur. Malgré une mobilisation
importante des directions régionales du ministère en charge du Travail avec des
contrôles, notamment dans le BTP, le rappel des consignes de prévention, la dif-
fusion et le relais des messages nationaux, dixaccidents mortels du travail ont
ainsi été recensés pendant les épisodes caniculaires de2019.
8. ArticleR.4121-1 du code du travail, en application de l?articleL.4121-3, modifié par l?article3 de la loi
no2021-1018 du 2août 2021 pour renforcer la prévention en santé au travail.
9. ArticleR.4222-1 du code du travail, créé par le décret no2008-244 du 7mars 2008 relatif au code du travail.
10. ArticleR.4225-1 du code du travail, créé par le décret no2008-244 du 7mars 2008 relatif au code
du travail.
11. ArticleR.4534-143 du code du travail, créé par le décret no2008-244 du 7mars 2008 relatif au code
du travail.
12. ArticleL.5424-9 du code du travail, modifié par l?article4 de l?ordonnance no2017-1386 du 22sep-
tembre 2017 relative à la nouvelle organisation du dialogue social et économique dans l?entreprise et favo-
risant l?exercice et la valorisation des responsabilités syndicales.
13. ArticleD.4153-36 du code du travail, modifié par l?article4 du décret no2009-289 du 13mars 2009
rectifiant certaines dispositions du code du travail.
14. NFX35-203/ISO7730 relative au confort thermique « Ergonomie des ambiances thermiques ?Détermination
analytique et interprétation du confort thermique par le calcul des indices PMV et PPD et par des critères
de confort thermique local ».
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
148
? Les impacts non sanitaires des vagues de chaleur
Les deux épisodes de canicule de l?été2019, remarquables tous deux par leur
intensité et, pour l?un par sa précocité (dès le 24juin), pour l?autre par son
étendue géographique (20départements du Nord en vigilance rouge), ont par ail-
leurs impacté l?ensemble de la population et ont eu des conséquences majeures
dans de nombreux domaines : fermeture de classes et de crèches, report d?exa-
mens scolaires, annulation de manifestations sportives et culturelles, pertur-
bations dans les transports en commun et grande pénibilité pour les usagers,
mortalité animale, assèchement des cours d?eau et difficultés d?approvisionne-
ment en eau potable, feux de récolte, tensions sur le cycle de refroidissement
des centrales nucléaires, etc.
À la suite de ces constats, des travaux ont été initiés pour compléter le disposi-
tif de gestion des canicules (limité aux impacts sanitaires) par un plan national
de gestion des vagues de chaleur pour lutter contre l?ensemble des impacts des
vagues de chaleur sur la vie quotidienne des Français, la continuité des services
publics essentiels et de la vie économique, ainsi que la protection des milieux et
ressources naturels. Des travaux, coordonnés par le ministère en charge de la
Transition écologique ont permis d?identifier les mesures concrètes à mettre en
oeuvre dans le cadre de ce nouveau plan d?actions, sur la base des propositions
issues d?un retour d?expérience interministériel.
Le plan national de gestion des vagues de chaleur, actuellement en phase de
finalisation, a pour objectifs de se préparer de façon systématique en amont de
la période estivale puis d?anticiper l?arrivée prévue d?une vague de chaleur et de
définir les actions à mettre en oeuvre aux niveaux national et local pour en préve-
nir et en limiter les impacts non sanitaires. Certaines de ses actions seront mises
en oeuvre tous les ans, en amont des périodes favorables aux vagues de chaleur.
D?autres actions ont vocation à être mises en oeuvre lorsqu?une vague de chaleur
est annoncée ou en cours. En effet, les épisodes de forte chaleur sont bien prévus
une semaine environ avant leur survenue, grâce aux modèles de prévision météo-
rologique de Météo-France. Ce délai peut être mis à profit pour alerter les diffé-
rents acteurs de la prévention et de la gestion des risques.
Ces actions sont mises en oeuvre par les ministères concernés 15, en lien le cas
échéant avec le ministère de l?Intérieur en fonction de la situation. Elles viennent
compléter le dispositif national d?appui et de conduite de crise sanitaire piloté par
le ministère chargé de la Santé décrit par l?instruction interministérielle de2021
et par les guides à destination des préfets dans le cadre du plan ORSEC départe-
mental et des maires dans le cadre du plan communal de sauvegarde.
Lorsqu?il sera publié, le plan national de gestion des vagues de chaleur devrait
s?appuyer sur le dispositif de vigilance météorologique spécifique à ce phénomène
(cf. chapitreD : La vigilance canicule de Météo-France).
15. Ministères en charge de l?Agriculture, de la Biodiversité, du Climat, de la Cohésion des territoires, de
l?Eau, de l?Économie, de l?Éducation nationale, de l?Élevage, de l?Énergie, de la Forêt, des Outre-mer, de la
Santé, des Sports, de la Transition écologique, des Transports, du Travail.
Chapitre E
Les outils pour la mise
en oeuvre de l?adaptation
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a.
Ce chapitre est consacré aux quelques outils qui sont à la disposition des
différents acteurs de l?adaptation (élus locaux, techniciens des collectivités,
acteurs économiques, bureaux d?études, particuliers), pour la mise en oeuvre
des mesures d?adaptation. Cette liste, qui n?a pas vocation à être exhaus-
tive, comprend le Centre de ressources pour l?adaptation au changement
climatique, Drias les futurs du climat et ClimatHD, Bat-ADAPT et les guides
de l?ADEME. Le dernier article résume une publication d?I4CE qui a dressé
en 2022 un premier état des lieux consolidés des besoins de financement
des mesures d?adaptation.
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
151
Le Centre de ressources pour l?adaptation
au changement climatique
Vincent Bourcier et Jérôme Duvernoy,
Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (ONERC)
Le climat change : quels en sont les effets concrets ? Est-il possible d?anticiper,
et comment s?adapter au changement climatique ? Quelles sont les bonnes expé-
riences à connaître, et les acteurs de l?adaptation au changement climatique ?
Pour apporter des réponses concrètes, le Centre de ressources pour l?adaptation
au changement climatique 1 a été mis en ligne en décembre2020. Développé
dans le cadre du deuxième plan national d?adaptation au changement climatique,
il est le fruit d?un partenariat entre le ministère de la Transition écologique et de
la Cohésion des territoires (DGEC/SCEE/ONERC), le CEREMA, l?ADEME et Météo-
France. Ce centre de ressources a pour objectif de faciliter l?accès aux informa-
tions pertinentes pour l?adaptation des territoires au changement climatique, pour
différents types d?acteurs.
Il a été conçu pour mieux faire connaître la réalité du changement climatique,
mais aussi pour outiller tous les acteurs de l?adaptation et les mettre en capacité
d?agir. Ainsi, ce centre propose des parcours adaptés aux différents utilisateurs :
élus, techniciens des collectivités, acteurs économiques, bureaux d?études, parti-
culiers. Un sixième parcours pour les enseignants est en cours d?élaboration. Une
entrée par région est également disponible, pour découvrir les acteurs locaux du
changement climatique, ainsi que des ressources variées portant sur les enjeux
spécifiques de chaque région.
Les ressources proposées sont sélectionnées pour leur pertinence, validées et
éprouvées afin que le parcours des utilisateurs réponde au mieux à leur besoin.
Une recherche sur la thématique des canicules permet ainsi de découvrir à ce
jour pas moins de87pages dédiées à cette thématique :
Des sélections plus fines sont alors possibles soit par type de public visé (techni-
cien de collectivité, bureau d?études, acteur économique, particulier, enseignant
ou élu), soit par thématique (parmi les vingt disponibles), soit par type de res-
sources parmi les seize disponibles.
Ainsi, par exemple, sélectionner « élu » comme type de public et ajouter un filtre sur
« Information/sensibilisation » permet de visualiser, entre autres, deux lettres aux
élus de l?ONERC « Le Climat change, agissons », consacrées à ce sujet. La lettre
no21 2 traite de la climatisation et des systèmes de rafraîchissement. Lalettre
1. https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/
2. https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/ONERC_lettre_21.pdf
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/ONERC_lettre_21.pdf
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
152
no32 3 est quant à elle dédiée exclusivement aux canicules. On trouvera en outre
des actualités ou des événements en lien directs avec cette thématique, un outil
numérique pour lutter contre l?îlot de chaleur urbain, un recensement d?initiatives
locales inspirantes, des fiches techniques et des formations spécifiques.
Figure E 1 : Copie d?écran de la recherche thématique sur les canicules.
Source : Centre de ressources pour l?adaptation au changement climatique 4.
3. https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/ONERC_Lettre_32.pdf
4. https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
153
Drias les futurs du climat, Climat HD
Maryvonne Kerdoncuff,
Météo-France
Mesure phare du premier plan national d?adaptation au changement climatique
(PNACC-1), le portail Drias les futurs du climat a ouvert le 24juillet 2012. Il s?agit
du premier service climatique mis à disposition gratuitement. Il est issu du projet
Drias (Donner accès aux scénarios climatiques régionalisés français pour l?im-
pact et l?adaptation de nos sociétés et environnement) financé par le programme
Gestion et impact du changement climatique (GICC) du ministère de la Transition
écologique (MTE) et il répond à un important besoin exprimé par l?ensemble des
acteurs concernés par le changement climatique, de disposer aisément d?infor-
mations et d?aides pour étudier les impacts et décider de mesures d?adaptation
au changement climatique.
Plus récemment, l?application web ClimatHD propose une vision intégrée de l?évo-
lution du climat passé et futur, aux plans national et régional. ClimatHD synthé-
tise ainsi de manière plus simplifiée les derniers travaux des climatologues et
les mets à disposition de tous. Des messages clés et des graphiques sont éga-
lement disponibles pour que chacun puisse mieux appréhender le changement
climatique et ses impacts.
Drias les futurs du climat
Le portail Drias les futurs du climat 1 est le portail pour l?accès aux projections
climatiques de référence pour la France, et plus récemment aux données du jeu
Drias-2020. Il met ainsi librement à disposition un grand nombre d?informations
permettant de qualifier les vagues de chaleur et les événements de températures
extrêmes en climat futur.
Ce sont en particulier des indicateurs climatiques disponibles dans l?espace
Découverte (en mode visualisation interactive) et dans l?espace Données et pro-
duits (téléchargement de données numériques).
Les indicateurs climatiques (définition au standard ETCDDI 2) permettant de qua-
lifier ces événements de températures extrêmes sont les suivants :
? nombre de jours de vague de chaleur : nombre de jours avec une température
maximale supérieure (?) de plusde5oC à la température maximale quotidienne
de référence sur la période1976-2005 pendant une séquence de plusde5jours
consécutifs ;
1. www.drias-climat.fr
2. http://etccdi.pacificclimate.org/list_27_indices.shtml
http://etccdi.pacificclimate.org/list_27_indices.shtml
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
154
? nombre de jours de forte chaleur : nombre de jours avec une température maxi-
male supérieure (>) 35oC ;
? nombre de jours (nuits) anormalement chauds : nombre de jours (nuits)
avec une température maximale (minimale) quotidienne supérieure (?) de
plusde5oC à la température maximale (minimale) quotidienne de référence sur
la période1976-2005 ;
? nombre de nuits tropicales : nombre de jours avec une température minimale
quotidienne supérieure (>) à20oC.
Ces indicateurs sont déclinés à différentes fréquences temporelles :
? saisonnière en séries chronologiques ;
? annuelle en séries chronologiques ;
? mensuelle par horizon temporel de 30ans ;
? saisonnière par horizon temporel de 30ans ;
? annuelle par horizon temporel de 30ans.
Par ailleurs ils sont disponibles modèle par modèle (couple GCM/RCM), mais
aussi en quantiles de la distribution de l?ensemble multimodèle (ensemble Drias-
2020 de12couples GCM/RCM). Un diagnostic issu de ces données est notam-
ment disponible dans le rapport Drias-2020 (Soubeyroux etal, 2021).
Dans l?espace Découverte, seuls les indicateurs par horizon temporel sont
visualisables.
À noter que courant2023, un nouveau jeu d?indicateurs sur les vagues de chaleur
pourra être ajouté selon la définition événementielle telle que décrite dans l?en-
cadré1 de ce rapport.
Figure E 2 : Copie d?écran du site Drias les futurs du climat.
Source : Drias les futurs du climat 3.
3. www.drias-climat.fr
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
155
Dans l?espace Données et produits, toutes les fréquences temporelles sont
disponibles.
Figure E 3 : Copie d?écran du site Drias les futurs du climat.
Source : Drias les futurs du climat, https://www.drias-climat.fr
ClimatHD
L?application ClimatHD 4 propose une vision intégrée à l?échelle régionale de l?évo-
lution du climat passé (jusqu?à nos jours) et du climat futur.
Les territoires disponibles dans ClimatHD sont la Métropole, LaRéunion et les
Antilles. Des travaux sont en cours (projet CLIPSSA) pour l?élaboration de projec-
tions climatiques sur le Pacifique. Cela permettra à terme d?intégrer les territoires
de la Polynésie française et de la Nouvelle-Calédonie.
Concernant le diagnostic sur les vagues de chaleur, il faut se rendre dans la
rubrique « Phénomènes ».
En climat passé on y trouve aussi bien pour la Métropole que chaque région métro-
politaine (ancien découpage) et l?île de LaRéunion, une présentation des vagues
de chaleur passées sous forme de graphique « à bulles », avec l?axe des ordon-
nées pour l?intensité de la vague de chaleur et l?axe des ordonnées pour la durée
de la vague de chaleur.
Un curseur permet de modifier la fenêtre temporelle d?intérêt.
4. https://meteofrance.com/climathd
https://meteofrance.com/climathd
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
156
Figure E 4 : Copie d?écran de l?application web ClimatHD.
Source : Météo-France/ClimatHD 5.
Un commentaire accompagne chaque graphique, mettant en exergue les caracté-
ristiques de l?évolution des vagues de chaleur sur les dernières décennies et en
particulier le fait qu?elles sont de plus en plus nombreuses.
En climat futur on trouve également dans la rubrique « Phénomènes » un diagnos-
tic d?évolution des vagues de chaleur, mais à ce jour uniquement pour le terri-
toire de la Métropole.
Il s?agit d?un graphique « à bulles » du même type que celui présenté en climat
passé. Cependant il y a des possibilités supplémentaires de sélection interac-
tive pour mettre en évidence le comportement des vagues de chaleurs dans diffé-
rents contextes d?évolution du climat : scénario RCP2.6 ou 8.5, horizon temporel
proche (2021-2050) ou éloigné (2071-2100).
Un commentaire accompagne également le graphe pour préciser l?évolution de
ces vagues de chaleur dans le futur, aussi bien pour les aspects intensité, durée
que sévérité.
Perspectives
À ce jour il n?y a pas dans ClimatHD de diagnostic d?évolution des vagues de chaleur
en climat futur pour les territoires d?outre-mer. Des études complémentaires sont
nécessaires pour préciser les critères d?identification de ces phénomènes pour
5. https://meteofrance.com/climathd
https://meteofrance.com/climathd
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
157
ces territoires, aux climats tropicaux insulaires, connaissant une typologie des
événements de vague de chaleur très différente à celle de la Métropole.
Par ailleurs des travaux sont en cours pour enrichir le diagnostic sur les vagues
de chaleur dans ClimatHD. Ainsi il est prévu :
? d?ajouter plusieurs indicateurs, notamment le nombre annuel de jours en vague
de chaleur (qui sera décliné à l?échelle nationale et régionale), ainsi qu?un indica-
teur sur le calendrier annuel des occurrences (échelle nationale uniquement). Ce
dernier indicateur permet notamment de voir la façon dont la période potentielle
en vagues de chaleur s?étend au printemps et en automne ;
? la présentation sous forme de graphes à bulles sera déclinée à l?échelle régio-
nale, permettant ainsi un diagnostic plus fin à l?échelle régionale.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
158
Bat-ADAPT
Sakina Pen Point,
Observatoire de l?immobilier durable
Bat-ADAPT est un outil d?adaptation au changement climatique à destination des
acteurs de l?immobilier, qui a pour vocation de mettre à disposition une analyse
des risques climatiques et des préconisations pour adapter les bâtiments au
changement climatique.
Un outil d?adaptation au changement climatique
dans le secteur de l?immobilier
Les acteurs du secteur de l?immobilier sont particulièrement concernés par les
enjeux du changement climatique car ils ont la charge de la construction ou la
gestion de systèmes évoluant sur un temps long : les bâtiments ont une durée
de vie conventionnelle de50ans. Le changement climatique atteindra donc lour-
dement les constructions actuelles, et encore davantage celles qui ne sont qu?à
l?état de projet en2022.
Par ailleurs, le secteur est à la fois responsable d?une grande part des émissions
carbone de la France (23 % en2021 1), et a l?opportunité de mettre en place des
mesures d?adaptation peu carbonées, en prenant notamment exemple sur les
méthodes architecturales traditionnelles. Ces mesures sont d?autant plus essen-
tielles que la fonction première des constructions immobilières est d?abriter l?usa-
ger et les occupations du lieu, ce qui sous-tend un impératif de protection face
aux aléas extérieurs tels que ceux du changement climatique.
Dans ce contexte, les professionnels de l?immobilier ont exprimé le besoin de
monter en compétence sur la compréhension des risques climatiques, et de dis-
poser d?un outil permettant une analyse rapide et détaillée. C?est l?objectif auquel
l?outil Bat-ADAPT répond, s?inscrivant dans un cadre plus général de la résilience,
avec la plateforme Resilience for Real Estate (R4RE).
Exposition aux risques climatiques des bâtiments
Les aléas climatiques tels que les vagues de chaleur sont exacerbés par le chan-
gement climatique, lui-même dépendant des émissions de gaz à effet de serre. Il
est donc primordial de réduire ces émissions à l?échelle mondiale afin de limiter
le réchauffement. Notre capacité à opérer ces réductions est conditionnée par
1. Site du ministère de la Transition écologique,
https://www.ecologie.gouv.fr/construction-et-performance-environnementale-du-batiment
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
159
des choix pertinents en termes de modèles de société. Les scénarios climatiques
modélisés par le GIEC permettent d?envisager le climat selon des augmentations
de températures maintenues en deçà de seuils de température allant de+1,5oC
à +5oC. Les risques climatiques pour les aléas concernant les bâtiments varient
donc selon ces divers scénarios.
? Scénarios ambitieux (SSP1-2.6), intermédiaire (SSP2-4.5)
ou Business as Usual (SSP5-8.5)
L?outil Bat-ADAPT s?appuie sur les scénarios du GIEC et met à disposition les
données de risques climatiques pour les scénarios suivants :
? un scénario ambitieux, impliquant une politique climatique visant à diminuer les
émissions de CO2. Les risques du scénario ambitieux s?appuient sur les données
des scénarios du GIEC RCP2.6 ou SSP1-2.6 ;
? un scénario intermédiaire, impliquant une politique climatique visant à stabili-
ser les concentrations de CO2. Les risques du scénario intermédiaire s?appuient
sur les données des scénarios du GIEC RCP4.5 ou SSP2-4.5 ;
? un scénario Business-as-Usual, sans politique climatique. Les risques du scé-
nario intermédiaire s?appuient sur les données des scénarios du GIEC RCP8.5
ou SSP5-8.5.
Cartographies sur le périmètre de la France ou de l?Europe
Bat-ADAPT propose des périmètres géographiques et horizons temporels adaptés
aux besoins des acteurs de l?immobilier :
? les cartographies de risques à l?échelle européenne sont déclinées aux hori-
zons proche, moyen et long terme. La maille de la cartographie est de100km,
la précision est donc moyenne, mais cette cartographie assure une comparabi-
lité entre des bâtiments situés partout en Europe ;
? les cartographies de risques à l?échelle française sont déclinées aux hori-
zons2020, 2030, 2050, 2070 et 2090. La maille de la cartographie est de8km,
la précision est donc meilleure, cependant cette cartographie n?assure une com-
parabilité qu?entre des bâtiments situés en France.
Indicateurs pour l?évaluation de l?exposition aux chaleurs
Pour évaluer l?exposition au risque de chaleurs, il convient de considérer, à l?adresse
du bâtiment, des indicateurs traduisant la durée et fréquence des vagues de
chaleur, leur intensité, mais aussi les indicateurs traduisant une modification du
climat existant. Tous les indicateurs décrits ci-dessous s?appuient sur les modé-
lisations du GIEC.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
160
Scénario SSP5-8.5 (Business-as-Usual)
Horizon proche (2030)
Scénario SSP5-8.5 (Business-as-Usual)
Horizon lointain (2090)
Figure E 5 : Nombre de jours de vagues de chaleur/an.
Source : Données Drias les futurs du climat ; traitement : Bat-ADAPT.
Cet indicateur traduit des fréquences et/ou durées de périodes chaudes de plus
en plus importantes, et donc une dégradation du confort thermique. Toute la moitié
sud de l?Europe est très concernée par la variation de cet indicateur.
D?autres indicateurs sont mis à disposition de l?utilisateur, tels que : le change-
ment dans les températures maximales (oC), l?anomalie des maximums des tem-
pératures maximales (oC), le nombre de nuits anormalement chaudes, le nombre
de jours de vague de chaleur?
Cette évaluation de l?exposition des risques climatiques, à l?aide de plusieurs indi-
cateurs, est complétée par la prise en compte des phénomènes d?îlots de chaleur
urbain, sur42métropoles de France, et dont les données issues du projet MApUCE,
coordonné par le Centre national de recherche météorologique.
À chaque adresse, un indice de risque est déterminé à partir de ces indicateurs,
afin de permettre de comparer le niveau d?exposition au risque à une adresse par
rapport aux autres zones. Ces analyses sont notamment utilisées par les acteurs
de l?immobilier dans le cadre de processus d?acquisition.
Vulnérabilité des bâtiments face à l?aléa chaleurs
Afin de connaître le risque réel encouru, l?analyse d?exposition au risque est com-
plétée par une analyse de vulnérabilité du bâtiment, qui tient compte des caractéris-
tiques techniques et d?usage des bâtiments étudiés. L?outil Bat-ADAPT propose de
répondre à des questions relatives à ces caractéristiques et utilise ces informations
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
161
pour déterminer la vulnérabilité. Les questions concernent l?enveloppe du bâti-
ment (inertie thermique, isolation et types d?ouvertures), ses capacités de venti-
lation et rafraîchissement, ses espaces artificialisés et/ou verts et ses usages.
En croisant exposition au risque et vulnérabilité face à l?aléa chaleurs, une nota-
tion de1à5 est attribuée à chaque bâtiment, permettant ainsi, au sein d?un parc
immobilier, de prioriser les bâtiments à risque fort, et d?appliquer une stratégie
d?adaptation basée sur la réduction de la vulnérabilité des bâtiments.
Les actions d?adaptation au changement climatique
pour préserver le confort thermique
En fonction du profil de risque des bâtiments, les stratégies d?adaptation sont
variables. Des actions à prioriser seront proposées à l?occasion des prochaines
mises à jour de l?outil, parmi une liste non exhaustive présentée dans le Guide
des actions adaptatives au changement climatique de l?Observatoire de l?immo-
bilier durable. Parmi la liste de ces actions à mettre en place sur les bâtiments
exposés à de fortes chaleurs, sont citées les choix de revêtements clairs pour
les façades, toitures, et voiries, la végétalisation des mêmes surfaces, l?amé-
lioration de l?isolation, inertie, ventilation et rafraîchissement, la protection des
ouvertures, la prévention, communication et gestion des risques ainsi que la flexi-
bilisation des pratiques.
Au service des acteurs de l?immobilier
Les acteurs de l?immobilier ayant un parc à gérer peuvent, sous réserve d?adhé-
sion à l?association, accéder à un espace professionnel. Cet espace permet de
disposer d?une base de données comportant les informations d?identification, tech-
niques, et de risques climatiques pour tous les bâtiments importés. Une synthèse
de patrimoine permettra également d?évaluer l?état de risque climatique d?un patri-
moine immobilier dans son ensemble. Ces informations sont notamment essen-
tielles pour répondre aux exigences de la Taxinomie européenne.
Perspectives de Bat-ADAPT au sein de la plateforme
Resilience for Real Estate (R4RE)
Bat-ADAPT est disponible gratuitement sur la plateforme Resilience for Real Estate
(R4RE), qui a pour objectif de fournir aux acteurs de l?immobilier des informations
sur les divers volets de la résilience. Ceux-ci incluent le changement climatique,
mais également la biodiversité, avec un outil à paraître fin2022 : BIODI-Bat.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
162
Guides de l?ADEME
Élodie Briche,
Agence de la transition écologique (ADEME)
Introduction
Le changement climatique est de plus en plus central dans les transformations et
la gestion des territoires, en particulier des territoires urbains. La hausse globale
des températures et l?intensification des aléas climatiques extrêmes, tels que les
canicules (en intensité, durée et fréquence) auxquelles s?ajoute l?effet d?îlot de
chaleur urbain, rendent les villes, leurs infrastructures et leurs populations, parti-
culièrement vulnérables. Les villes, qui concentrent une population toujours plus
nombreuse, tentent de lutter contre la surchauffe urbaine afin de maintenir ou amé-
liorer les conditions de vie tout en réduisant leur empreinte écologique (ADEME,
2021a). Ces dernières années, plusieurs études nationales et internationales
ont été réalisées à l?ADEME concernant les solutions de rafraîchissement urbain.
Le rafraîchissement est un levier majeur pour les villes dans un contexte de
changement climatique et notamment d?intensification des canicules (ADEME,
2020). Les collectivités s?engagent de manière croissante, et ce partout dans le
monde, dans la mise en oeuvre de projets d?aménagement en lien avec la tran-
sition écologique des villes. La prise en compte de l?atténuation et de l?adapta-
tion au changement climatique dans les documents de planification et dans les
projets d?aménagement opérationnel reste néanmoins sommaire partout dans le
monde. Les collectivités s?interrogent sur ce phénomène de surchauffe urbaine et
mettent en oeuvre des solutions de rafraîchissement dont certaines contribuent à
l?adaptation au changement climatique. En effet, les retours d?expérience présen-
tés dans le recueil montrent que les solutions vertes mises en oeuvre sont des
solutions d?adaptation fondées sur la nature (SAfN). Les territoires s?adaptent aux
effets du changement climatique en limitant leurs vulnérabilités. L?aménagement
est un levier d?adaptation aux risques climatiques, tels que les inondations, qui
peuvent évoluer avec le climat futur. À titre d?exemple, l?aménagement des berges
d?un cours d?eau peut à la fois lutter contre le risque d?inondation et également
contribuer au rafraîchissement urbain actuel et futur. Certaines solutions sont
mises en place rapidement pour pallier l?urgence climatique et ne sont pas forcé-
ment réfléchies en termes de durabilité, en cohérence avec les temporalités cli-
matiques. Par exemple, le recours massif au végétal peut être dans certains cas
contradictoire avec l?augmentation des périodes de sécheresse et la raréfaction
de la ressource en eau.
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
163
Les types de solutions de rafraîchissement urbain
(ADEME, 2021b)
Selon l?Agence européenne de l?environnement (AEE), la grande variété de solu-
tions rafraîchissantes existantes peut être classée de la façon suivante (classi-
fication de2013) :
? les solutions vertes et bleues ;
? les solutions grises ;
? les solutions douces : elles désignent l?accompagnement des changements de
comportement, d?usages et de pratiques de l?humain en ville (non développées
ici). Ces solutions invitent à mener une réflexion sur leur utilisation optimale à
travers le monde en fonction notamment des diversités climatiques. Leur effica-
cité dépend en effet grandement des contextes climatiques, géographiques et
topographiques dans lesquels elles sont implantées. Certains dispositifs rafraî-
chissants reconnus comme efficaces dans les zones tempérées ne sont ainsi
pas adaptés dans des territoires au climat plus chaud et aride (ADEME, 2021a).
? La végétalisation
La végétalisation est une solution de rafraîchissement régulièrement utilisée dans
les projets d?aménagement urbain. Elle fonctionne grâce à l?action conjointe de
deux phénomènes : l?évapotranspiration et l?ombrage.
Figure E 6 : Mécanismes phy-
siques en jeu : évapotranspi-
ration, ombrage, absorption du
rayonnement solaire.
Source : ©TRIBU/ADEME.
L?évapotranspiration désigne un phénomène physique de changement d?état de l?eau
liquide présente dans les végétaux, qui s?évapore au contact de l?air en passant
par les feuilles et le sol. Ce phénomène de changement d?état entraîne la diminu-
tion de la température ambiante. Un arbre mature peut transpirer jusqu?à450litres
par jour (Johnston et Newton, 2004). L?ombrage offert par les végétaux permet
quant à lui de créer des espaces de fraîcheur pour les urbains, puisque la canopée
capte entre60 et 98 % de l?énergie solaire (Giguère, 2009). Couplé au rafraî-
chissement créé par l?évapotranspiration, il a un effet bénéfique sur le confort
thermique et sur la diminution de la température ambiante. La combinaison de
différentes strates de végétation maximise le potentiel rafraîchissant et diversifie
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
164
les cobénéfices pour la biodiversité. On peut par exemple considérer la combi-
naison de trois strates végétales : herbacée, arbustive et arborée, qui agiront en
synergie pour le rafraîchissement.
Points forts et points de vigilance
La végétalisation des espaces urbains est une solution très intéressante puisque,
outre sa qualité d?agrément des villes, elle permet de nombreux cobénéfices. On
retrouve parmi eux l?augmentation du bien-être des urbains (Reeves-Latour, 2017)
et des effets bénéfiques sur leur santé (Beaudoin et Levasseur, 2017), la sauve-
garde de la biodiversité (Clergeau, 2018), la séquestration du carbone et la limi-
tation de la pollution avec la filtration de prèsde85 % des particules polluantes
dans l?atmosphère (Johnston et Newton, 2004). Tous ces cobénéfices confèrent
à la végétalisation une place importante dans les opérations d?aménagement. Il
faut cependant conserver une vigilance quant à l?opportunité de son application
dans les différents contextes climatiques. Le type de climat, actuel comme futur,
a un impact important sur la capacité des végétaux à se développer et à résis-
ter. De plus, les plantes les plus résistantes aux épisodes de sécheresse sont
les moins efficaces dans la lutte contre la surchauffe urbaine, puisqu?elles trans-
pirent peu. C?est par exemple le cas des plantes grasses, particulièrement résis-
tantes aux climats chauds et arides puisqu?elles stockent l?eau et transpirent très
peu. Il s?agit alors de bien déterminer les essences plantées afin de garantir leur
survie et leur bon développement pour les années à venir. L?état des sols enfin,
est un paramètre déterminant du succès d?une opération de végétalisation, car
il ne permet pas toujours aux végétaux d?absorber les nutriments nécessaires à
leur croissance (ADEME, 2021a).
? Les solutions bleues
La gestion de l?eau en ville, ou hydrologie urbaine, constitue un ensemble de solu-
tions au fort potentiel rafraîchissant. Le cycle naturel de l?eau est perturbé par
les activités anthropiques, et notamment par l?urbanisation et l?imperméabilisa-
tion des sols. Il s?agit alors de réintroduire ce cycle dans nos espaces urbains,
pour permettre le phénomène d?évaporation responsable de l?effet rafraîchissant.
Figure E 7 : Mécanismes
physiques en jeu : évapo-
ration, vents, absorption
du rayonnement solaire.
Source : © Tribu/ADEME.
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
165
Au contact des rayonnements solaires, l?eau liquide présente dans les cours d?eau,
les plans d?eau, les fontaines et les sols s?évapore. L?énergie consommée durant
ce changement d?état fait baisser la température ambiante (Volker etal., 2013).
L?effet rafraîchissant est ressenti aux abords des espaces aquatiques, c?est pour-
quoi il est intéressant d?aménager ou de réhabiliter leurs rives afin de permettre
aux urbains de fréquenter ces espaces frais (ASTEE, 2020). Le rafraîchissement
permis par la (ré) introduction de l?eau dans la ville est parfois un objectif secondaire
des opérations urbaines. Les aménagements de gestion du risque inondation par
exemple, sont susceptibles d?avoir pour cobénéfice un effet sur le rafraîchissement.
Points forts et points de vigilance
Comme la végétalisation, la présence d?eau en ville est vectrice de nombreux cobé-
néfices liés à la qualité des espaces. De plus, les solutions bleues se conjuguent
aux solutions vertes et grises de manière intéressante : la présence d?eau encourage
l?évapotranspiration des végétaux, l?arrosage des surfaces de voirie est une méthode
japonaise ancestrale de rafraîchissement (Solcerova etal., 2018), et le potentiel rafraî-
chissant de la ventilation naturelle est maximisé par la présence de masses d?eau.
L?utilisation de solutions bleues pour rafraîchir la ville est cependant grandement
conditionnée au contexte hydro-climatique de chaque territoire. Si le potentiel rafraî-
chissant de l?eau est élevé dans les villes au climat sec, son utilisation est coûteuse
en ressources. Le recours à un apport d?eau extérieur doit être limité, et la valorisa-
tion de l?existant encouragée. La présence naturelle de cours d?eau et la proximité du
littoral sont également des facteurs déterminants. Enfin, il est important de noter les
risques sanitaires liés à la présence d?étendues d?eau stagnante qui peuvent être vec-
trices de maladies et d?espèces nuisibles, comme le moustique tigre (GRAIE, 2013).
? Les solutions grises
Les solutions grises pour le rafraîchissement urbain regroupent l?action sur les
matériaux utilisés dans la construction de la voirie et des bâtiments, ainsi que
les questions de typomorphologie (l?analyse des formes urbaines, de la trame
viaire 1, des volumes et de l?implantation du bâti? (ADEUS, 2014)). Les maté-
riaux utilisés dans les villes sont en grande partie responsables du phénomène
d?ICU. Dans nombre de villes modernes, les revêtements des routes sont noirs et
asphaltés, et les toitures couvertes de matériaux sombres (Gilbert etal., 2017).
Le comportement des matériaux dépend de leurs propriétés thermiques et de leur
couleur. En cas de forte émissivité, ils peuvent contribuer à augmenter significa-
tivement les températures ambiantes, notamment la nuit (Akbari etal., 2009).
Dans un objectif de rafraîchissement, il s?agit alors d?étudier les propriétés des
matériaux face au soleil. L?albédo est un premier indicateur incontournable. Il cor-
respond à la part d?énergie solaire réfléchie vers l?espace quand elle atteint une
surface. Plus il est élevé, plus la surface est réfléchissante, moins elle absorbe
de rayonnement solaire et moins elle émet de chaleur.
1. Le réseau viaire est le réseau formé par toutes les voies de circulation qui desservent une ville, des auto-
routes urbaines aux venelles, rues privées, impasses, en passant par tous les types de rues.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
166
Figure E 8 : Le revêtement
« cool » (1, à gauche) renvoie
le rayonnement solaire (albédo
élevé) et l?asphalte (2, à droite)
absorbe le rayonnement solaire
(albédo faible).
Source : © Tribu/ADEME.
L?organisation de l?espace urbain bâti et nonbâti et l?étude de la typomorphologie
ont un impact sur la température des villes. La densité des volumes bâtis et leur
distribution sur la trame viaire peuvent bloquer la circulation de l?air, entraînant
des effets canyon et la surchauffe des rues. En adoptant une réflexion multisca-
laire afin d?imbriquer les échelles de l?aménagement du territoire, de la ville, du
quartier et de chaque îlot, il est possible d?agir pour le rafraîchissement de la ville
(Akbari, 1999). Il s?agit alors d?étudier l?orientation de la trame viaire pour favoriser
la ventilation naturelle de la ville, et protéger les rues d?un trop fort ensoleillement.
Points de vigilance
Agir sur la typomorphologie des villes et sur les matériaux utilisés pour leur
construction peut s?avérer délicat. Dans les pays grandement urbanisés, la ville
de demain est déjà construite en grande partie, et il est difficile d?agir dessus. Il
est en revanche possible d?agir sur les revêtements pour améliorer les propriétés
thermiques des matériaux. Il est possible d?installer des solutions grises pour le
rafraîchissement dans tous les types de climat, même si leur efficacité varie légè-
rement en fonction du contexte. La ventilation facilitée par les formes urbaines
par exemple est grandement conditionnée par l?existence de brises naturelles, la
présence de masses végétales et de plans d?eau. Les revêtements frais, à albédo
élevé, sont quant à eux, efficaces dans les villes au climat chaud et à fort enso-
leillement. Enfin, l?aménagement qui modifie les typomorphologies et les maté-
riaux des villes n?est pas anodin pour leur apparence. Le changement de couleur
des surfaces notamment peut avoir un impact esthétique important, ainsi que
sur le confort visuel des urbains. Les surfaces nonhorizontales peuvent réfléchir
les rayonnements solaires sur d?autres surfaces de la ville, et ainsi uniquement
déplacer le problème. La question des usages des espaces traités par les revête-
ments frais notamment est primordiale. Les grands parkings urbains qui ne sont
pas utilisés en continu, comme les parkings de zones commerciales, stades ou
centres des congrès sont des candidats idéaux (Chester etal., 2015). Comme le
revêtement blanc des espaces publics qui peut prendre plusieurs formes, l?uti-
lisation de la typomorphologie à des fins rafraîchissantes passe également par
plusieurs canaux :
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
167
? l?action sur les trames aérauliques 2 et sur l?emprise au sol pour favoriser la
circulation de l?air à l?échelle de l?îlot (fiches LaPossession, Zenata, Bruxelles,
Bouéni, ADEME, 2021b) ;
? l?action sur l?orientation de la trame viaire pour protéger de l?ensoleillement
(fiches Dakar, Tétouan, LaPossession, Zenata, ADEME, 2021b) ; Les toitures
blanches, à albédo élevé ou « cool roofs » (fiches Ahmedabad, Penrith, ADEME,
2021b) ;
? les revêtements à l?albédo élevé sur les voiries ou « cool pavements » (fiche
LosAngeles, ADEME, 2021b).
L?utilisation de matériaux à forte inertie thermique dans les bâtiments (fiches
Dakar, Tétouan, ADEME, 2021b) fréquentés par des piéton(ne) s peut induire des
effets pervers. Outre l?éblouissement mentionné plus tôt, il peut diminuer le confort
thermique en augmentant la température corporelle des passants. Ces derniers
absorbent en effet les rayonnements réfléchis par le sol (Middel et Turner, 2020).
Applications et phénomènes en jeu
suivant les solutions possibles
La grille de lecture (figureE9) présente de façon simplifiée si les solutions pro-
posées sont applicables à l?échelle de la ville, de l?espace public ou du bâtiment.
La figureE9 présente également quels phénomènes entrent en jeu lors de l?uti-
lisation de telles ou telles solutions.
Par exemple, la mise en oeuvre d?une toiture ou d?une façade végétalisée est pos-
sible à l?échelle du bâtiment. La toiture végétalisée va chercher à améliorer l?iner-
tie thermique, l?ombrage et l?évaporation alors que la façade végétalisée ne va
agir que sur l?ombrage et l?évaporation.
2. Par analogie avec la trame d?une étoffe, la trame aéraulique désigne le réseau et le maillage d?écoule-
ments d?air identifiables dans une ville. L?étude de la trame aéraulique permet de comprendre les écoule-
ments d?air dans la ville et ainsi les potentiels rafraîchissants de la ventilation naturelle.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
168
Figure E 9 : Applications et phénomènes en jeu suivant les solutions possibles.
Source : © Tribu/ADEME.
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
169
Efficacité des solutions de rafraîchissement urbain
La grille de lecture (figureE10) décrit l?effet de rafraîchissement de chaque solu-
tion. Elle résulte d?une analyse croisée de l?ensemble des résultats des études
et des publications.
Figure E 10 : Efficacité, à l?échelle de la ville et à l?échelle du piéton, des solutions
proposées.
Source : © Tribu/ADEME.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
170
Conclusion
Du fait des vagues de chaleur de plus en plus nombreuses, les collectivités et
les acteurs opérationnels (maîtres d?ouvrage, maîtres d?oeuvre?) s?engagent de
plus en plus vers des actions de rafraîchissement urbain.
Par ailleurs, il n?existe pas de solution ou de combinaisons de solutions de rafraî-
chissement systématiquement applicables à l?ensemble des situations. Les résul-
tats espérés de chaque solution sur le climat urbain diffèrent selon le contexte
urbain dans lequel ils s?insèrent. Aussi, une analyse fine du contexte, des enjeux
et des impacts attendus de chaque projet reste indispensable pour choisir les
solutions de rafraîchissement les mieux adaptées.
Enfin, la prise en compte des cobénéfices et des effets indirects de chaque solu-
tion, en plus de son impact climatique, permet d?assurer un meilleur bilan global
en faveur de la transition écologique.
Si de nombreux travaux de recherche ont été menés ces dernières années, il reste
encore difficile de quantifier l?efficacité de ces solutions. Il convient donc encore
de multiplier les expérimentations et les démarches d?évaluation, et de capitali-
ser des données chiffrées qui permettront de consolider les connaissances pour
les villes et les climats français.
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
171
Adapter la France au changement climatique :
decombien parle-t-on ?
Guillaume Dolques et Vivian Dépoues,
Institut de l?économie pour le climat (I4CE)
Introduction
Des politiques d?adaptation au changement climatique et de prévention et de
gestion des risques existent déjà en France et de premières mesures ont déjà
été prises pour répondre aux impacts du changement climatique dans plusieurs
secteurs. Parmi les plus récentes, il est possible de citer non exhaustivement les
Assises de l?eau, les Assises de la forêt, l?annonce d?un fond de renaturation des
villes, la réforme de l?assurance agricole? Ces dynamiques s?inscrivent notam-
ment dans le cadre des plans nationaux d?adaptation au changement climatique
(PNACC1 et 2) et peuvent s?appuyer sur un solide socle de connaissances et de
méthodologies développé depuis plus de vingt ans notamment sous l?impulsion du
fonds de recherche GICC (Gestion et impacts du changement climatique) démarré
en1999 et rendu depuis accessible grâce au Centre national de ressources pour
l?adaptation au changement climatique (CRACC).
Cependant, mettre pleinement en oeuvre ces politiques et aller au-delà d?actions
réactives et incrémentales nécessite de mobiliser des moyens, financiers et humains,
à la hauteur des enjeux. L?Institut de l?économie pour le climat (I4CE), association
experte de l?économie et de la finance dont la mission est de faire avancer l?ac-
tion contre les changements climatiques, a dressé en2022 un premier état des
lieux consolidés de ces besoins (I4CE, 2022). Parmi les onze grands « chantiers
de l?adaptation » sur lesquels revient ce rapport, plusieurs visent directement à
mieux anticiper les futures vagues de chaleur. Il s?agit notamment de l?adaptation
des bâtiments à des vagues de chaleur plus longues, du renforcement de la robus-
tesse des infrastructures de transport ou d?énergie pour en assurer la résilience
dans un contexte de plus grande variabilité climatique, ou encore de la transfor-
mation des espaces urbains pour diminuer l?effet d?îlot de chaleur.
Ce chapitre revient sur les montants associés aux principales mesures en lien
avec les vagues de chaleur à mettre en place dès maintenant pour mieux se pré-
parer et sur les éléments de chiffrages disponibles permettant de mieux organi-
ser les discussions sur les choix collectifs qui restent à faire sur les trajectoires
d?adaptation à suivre.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
172
Figure E 11 : Se donner les moyens de s?adapter aux conséquences du changement climatique
en France : de combien parle-t-on ?
Source : I4CE.
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
173
Des premières mesures à mettre en oeuvre dès aujourd?hui
Tous chantiers d?adaptation confondus (relatifs aux principaux domaines d?actions
affectés par différents impacts du changement climatique dont, mais pas seu-
lement, les vagues de chaleur), I4CE propose un ensemble de dix-huit mesures
budgétaires nationales qui pourraient être prises dès à présent pour un montant
cumulé additionnel de 2,3Md¤/an.
Ces mesures ont vocation à répondre à trois objectifs :
Répondre aux urgences déjà constatées, en proposant des actions ciblées, par
exemple pour traiter les points critiques de vulnérabilité sur les transports de
réseaux lors des périodes de fortes chaleurs, ou renforcer la prise en compte
des vagues de chaleur dans la construction neuve et la rénovation des bâtiments.
S?assurer que les décisions d?investissements publics prises à partir de maintenant
tiennent bien compte du contexte d?évolution du climat. Notamment parce que
ces investissements concernent souvent des actifs à longue durée de vie et que ne
pas prendre en compte le changement climatique c?est prendre le risque de péren-
niser ou de renforcer des vulnérabilités, voire devoir réinvestir plus tôt que prévu.
Préparer des transformations plus structurelles, car dans certaines situations,
les effets du changement climatique obligeront à aller au-delà de simples ajuste-
ments ou adaptations incrémentales. Des transformations plus profondes devront
alors être envisagées.
En ce qui concerne la préparation aux vagues de chaleur, ces mesures immédiates
et sans regret correspondent à deux principaux types de dépensesessentielles :
? Financer l?animation, l?ingénierie et le pilotage des politiques d?adaptation
Les précédents travaux d?I4CE (I4CE, 2021 ; I4CE et Ramboll, 2022) ont démontré
que c?est souvent la difficulté à dédier les moyens humains nécessaires qui est blo-
quante pour prendre en compte l?adaptation de manière systématique. Ces besoins
représentent des montants relativement faibles, pourtant ils sont paradoxalement
très insuffisamment engagés aujourd?hui. Il s?agit alors de rapidement améliorer l?ani-
mation et le pilotage de la politique d?adaptation en France, avec des besoins à la
fois de gouvernance transverse mais aussi des besoins spécifiques à chaque chan-
tier et politique publique pour que la question de l?adaptation ne soit plus oubliée.
En matière de gouvernance transverse, des moyens sont nécessaires à tous
les niveaux de l?action publique car ils ont tous un rôle à jouer. Au niveau natio-
nal, avec le renforcement des équipes dédiées à la politique de l?État et de ses
relais dans les administrations déconcentrées mais aussi via l?appui des opéra-
teurs techniques, tels que l?ADEME, Météo-France, Santé publique France, l?OFB,
le CEREMA, etc. Au sein des collectivités, car l?élaboration d?une stratégie, puis
sa mise en oeuvre requièrent des moyens humains importants, notamment parce
que c?est un sujet très transversal qui concerne de multiples services (ex. ; eau,
urbanisme, espaces verts, affaires sociales?), ce qui demande de la coordina-
tion et la mobilisation des différentes directions métiers.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
174
Des besoins plus spécifiques sont également nécessaires pour accompagner cer-
taines évolutions de pratique vers une meilleure intégration de l?adaptation dans
des domaines d?activité variés. Il s?agit par exemple de donner aux gestionnaires
d?infrastructure des moyens de connaître leurs vulnérabilités et de piloter l?adap-
tation, de renforcer les réseaux d?animation préexistants sur la thématique de
l?adaptation des bâtiments aux vagues de chaleur, ou encore d?équiper les pro-
grammes de renouvellement urbain existant de moyens d?ingénierie leur permet-
tant d?intégrer l?adaptation à la conception des opérations qu?ils soutiennent.
Tableau E1 : exemples de mesures concernant les besoins d?ingénierie,
de capacité d?animation et des moyens humains.
Piloter et animer les politiques d?adaptation aux niveaux national, régional et local
Proposition Budget associé
(en M¤/an)
Acteurs concernés identifiés
à ce stade
Se doter de réelles capacités d?animation et de
pilotage de la politique d?adaptation aux niveaux
national, régional et local.
113 État et ses opérateurs (ONERC,
ADEME, DREAL?), régions et
acteurs régionaux, EPCI
Créer un dispositif de mutualisation des moyens
pour le développement et l?animation des
services climatiques
10 État, Météo-France et acteurs de
la recherche
Anticiper et prévenir les effets du changement climatique sur la santé
Financer un programme national de santé
publique pour anticiper et prévenir les risques
climatiques (recherche, campagnes de
prévention, renforcement de la veille sanitaire)
2,5 État, Santé publique France,
professionnels de santé, ARS
Repenser les villes pour lutter contre l?effet d?îlot de chaleur urbain
Équiper les programmes de renouvellement
urbain existant de moyens d?ingénierie leur
permettant d?intégrer l?adaptation à la conception
des opérations qu?ils soutiennent
18 ANCT, ANRU, Banque des
territoires
Tenir compte du climat futur lors de la construction et la rénovation des bâtiments
Renforcer les moyens d?animation, de
sensibilisation et de recherche appliquée en
matière d?adaptation des bâtiments notamment
aux vagues de chaleurs
31 État, ADEME, Plan et Réseau
bâtiment durable
Garantir la résilience des réseaux et infrastructures d?importance vitale: transport, eau, énergie
Doter les gestionnaires d?infrastructures et leurs
autorités régulatrices des moyens de connaître
leurs vulnérabilités et de piloter l?adaptation,
notamment au sein de la gestion patrimoniale
des réseaux
15 État, régions et gestionnaires
d?infrastructures
Mettre en place et animer une instance de
coordination des gestionnaires d?infrastructures
1,7 État, régions et gestionnaires
d?infrastructures
Source : I4CE (2022).
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
175
? Mettre à disposition des premières enveloppes dédiées
à généraliser les meilleures pratiques d?adaptation
Sur certains territoires et sur certains enjeux, il existe des stratégies d?adaptation
déjà avancées et des bonnes pratiques en place. La diffusion de ces initiatives
doit pouvoir être accompagnée et financée par la mise en oeuvre d?enveloppes
ou de fonds dédiés.
Il s?agit par exemple d?accompagner les collectivités à la mise en oeuvre d?ac-
tions visant à réduire l?effet d?îlot de chaleur urbain (ICU) et à garantir des villes
plus vivables pendant les périodes de forte chaleur via leur politique de végétali-
sation ou d?aménagement d?espaces de fraîcheur ; d?interventions pour renforcer
la présence de l?eau en ville (fontaines, noues, brumisateurs?)ou de désimper-
méabilisation des surfaces.
Il s?agit également, de renforcer la prise en compte de l?évolution du climat ?et
notamment des températures? dans la construction et la rénovation des bâtiments
pour les rendre mieux exploitables et vivables lors des périodes de forte chaleur,
en soutenant l?intégration de ces exigences dans les cahiers des charges de la
commande publique ?au titre de l?exemplarité de cette dépense? avant d?être,
à terme, généralisées dans la réglementation.
Il s?agit enfin de financer certaines opérations ciblées, telles que les opérations
permettant de rattraper les retards d?investissement et de résorber les princi-
paux « points chauds » de vulnérabilité des infrastructures de transport déjà bien
connus des gestionnaires.
Tableau E2 : Exemples de mesures concernant les premières enveloppes dédiées
àdiffuser les pratiques d?adaptation de la France aux vagues de chaleur.
Repenser les villes pour lutter contre l?effet d?îlot de chaleur urbain
Proposition Budget associé
(en M¤/an)
Acteurs concernés identifiés
à ce stade
Pérenniser une enveloppe annuelle de soutien à
l?extension des bonnes pratiques d?adaptation
en ville
500 État, Banque des territoires,
EPCI
Tenir compte du climat futur lors de la construction et la rénovation des bâtiments
Prendre en charge le surcoût pour renforcer
les exigences en matière de constructions
durables et adaptées aux chaleurs futures dans
la construction des bâtiments d?enseignement
et de recherche.
500 État, collectivités
Garantir la résilience des réseaux et infrastructures d?importance vitale: transport, eau, énergie
Prévoir une première enveloppe pour financer des
actions ciblées pour traiter les points critiques
de vulnérabilité sur les réseaux de transport
325
État, régions et
gestionnaires
d?infrastructures
Source : I4CE (2022).
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
176
Des besoins totaux qui dépendent de choix encore à faire
L?adaptation ne pourra pas se limiter aux mesures listées dans la section précé-
dente, et des mesures complémentaires, éventuellement plus ambitieuses, voire
des transformations plus radicales devront aussi être considérées. Parce qu?elles
ont possiblement un impact budgétaire plus fort, mais aussi parce qu?elles peuvent
être le reflet de différentes attitudes possibles à adopter face à l?évolution du
risque climatique, ces actions-là doivent d?abord faire l?objet de priorisation et
d?arbitrages politiques. Il s?agit donc d?ouvrir la discussion démocratique sur des
sujets aussi fondamentaux que le niveau de risque que l?on est collectivement
prêt à accepter lorsqu?un nouvel aménagement est décidé ; sur les activités ou les
territoires que l?on souhaite protéger et ceux que l?on accepte de voir se transfor-
mer ou encore sur le niveau de solidarité entre territoires plus ou moins exposés.
? Quel niveau de robustesse rechercher ?
Le cas des infrastructures
Objectiver et intégrer explicitement la préoccupation d?adaptation au sein de la
conception d?actifs à longue durée de vie (infrastructures, bâtiments, équipe-
ments, etc.) doit aminima permettre de garantir que les investissements publics
déjà décidés n?augmentent pas la vulnérabilité et de gérer le risque.
Différentes options peuvent néanmoins se proposer pour faire encore mieux en
faisant de ces investissements des opportunités pour renforcer proactivement
la robustesse des infrastructures (de transport par exemple). Cela passe alors
par des choix de conception (ex. : emplacement, tracé) ou des choix techniques
(ex. : matériaux, technologie) efficaces dans une plus large gamme de conditions
climatiques et par exemple capables de résister à des températures plus élevées.
Ces choix peuvent présenter des surcoûts à mettre en perspective au cas par cas
des enjeux (par exemple, des pertes d?exploitation qu?ils permettraient d?éviter, ou,
dans le cas d?investissements publics, de dommages socio-économiques qu?ils per-
mettraient de minimiser) et du niveau de risque jugé acceptable ?qui peut être très
différent d?un contexte à l?autre et faire l?objet de débats. S?il est par exemple rai-
sonnable de faire en sorte qu?un nouvel EPR soit résilient (c?est-à-dire qu?il puisse
résister et redémarrer) à toutes les éventualités, même les moins probables et peu
importe le surcoût associé, il peut être envisageable d?accepter qu?un axe de trans-
port puisse être occasionnellement coupé si une alternative existe.
Tableau E 3 : Questions à se poser et arbitrages à faire selon le type de chantier (extrait).
Chantier Questions à se poser ? arbitrages à faire
Infrastructures, réseaux de
transport et réseaux électriques
Quel niveau d?investissement pour quel niveau de
robustesse ? Quel niveau de service minimum garanti, y
compris dans des situations extrêmes ? Quelle (s) situation
(s) de service dégradé peuvent être acceptables dans certains
contextes ? À quelles conditions ?
Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
177
? Quelle(s) trajectoire(s) envisager ?
Dans certains cas, il ne sera à terme pas possible de se contenter d?ajustements
à la marge et des transformations plus profondes devront être considérées. Dans
de nombreux domaines, l?adaptation doit encore être mise en discussion pour que
l?on s?accorde sur la forme des trajectoires d?adaptation à privilégier et le rythme
de mise en oeuvre des changements. Ces choix dépendront autant du niveau de
changement climatique anticipé que de l?attitude que l?on choisira collectivement
de privilégier face au risque : que choisit-on de conserver, quelles filières, quels
territoires préfère-t-on transformer ? Chacune de ces questions est très politique
et souvent, plusieurs alternatives sont possibles.
Le cas de la transformation urbaine
Il n?existe pas de définition univoque de ce que serait une ville adaptée au chan-
gement climatique. Pour lutter contre la chaleur, il existe une multitude de trajec-
toires envisageables. Il est par exemple possible d?investir massivement dans des
solutions fondées sur la nature (végétalisation, cours d?eau) ou à l?inverse soute-
nir le déploiement des technologies de climatisation, chacune de ces trajectoires
ayant des implications très différentes. Dans tous les cas, les espaces urbains
devront connaître des transformations profondes pour rester vivables avec l?évo-
lution prévue des températures, impliquant possiblement des reconfigurations
complètes d?espaces urbains. Certains équipements essentiels (par exemple de
transport urbain) pourraient avoir à être modifiés en profondeur pour rester utili-
sables dans un contexte de changement climatique. Ces transformations pourraient
représenter des investissements très élevés ?notamment lorsque la question de
la prise en charge du coût du foncier se posera.
Tableau E 4 : Questions à se poser et arbitrages à faire selon les transformations
àaccompagner (extrait).
Transformations à accompagner Questions à se poser ? arbitrages à faire
Transformations des espaces urbains pour
garantir l?habitabilité et l?attractivité des
villes
Quelles sont les vulnérabilités précises de chaque
territoire ? Quel niveau de risque accepter ? Des zones
à repenser entièrement ? Des activités à relocaliser ?
Conclusion
La définition de l?ambition mais aussi de la forme de telles transformations ne
pourra qu?être le résultat de discussions et d?arbitrages politiques en fonction
de multiples objectifs (ex. : accès au logement, transition énergétique, attracti-
vité économique), parmi lesquels l?adaptation au changement climatique ne doit
pas être oubliée.
Chapitre F
Exemples de solutions
d?adaptation
aux vagues de chaleur
© Frédéric Schafferer/ONERC.
Des exemples de solutions sont présentés dans ce chapitre. Sans être
exhaustifs, ils couvrent des domaines divers allant des revêtements clairs
de bâtiments jusqu?à des réflexions au niveau des villes : sur un quartier
en banlieue de Grenoble (Échirolles, 38) et d?un arrondissement de Paris
(le13e). Les stratégies d?adaptation du secteur des transports sont égale-
ment décrites dans le dernier article.
D?autres exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur sont
accessibles en consultant le Centre de Ressources pour l?Adaptation au
Changement Climatique présenté dans le chapitre précédent.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
181
Les revêtements clairs
Élodie Briche,
Agence de la transition écologique (ADEME)
Les revêtements à albédo élevé tels que les toits blancs se caractérisent par le
fait qu?ils réfléchissent fortement la lumière du soleil.
Ces revêtements sont souvent de couleur claire, pas systématiquement blancs.
Ce sont des revêtements innovants dits « cool » avec un albédo 1 supérieur à0,7,
tels que des peintures réfléchissantes et thermochromiques (ADEME, 2021).
Dans un souci d?empreinte écologique, la composition de ces peintures doit être
évaluée en amont d?un déploiement sur les toitures.
Cette solution de rafraîchissement urbain, relativement facile à mettre en oeuvre,
peut être combinée à d?autres solutions telles que les solutions vertes, bleues et
douces, et même à d?autres solutions grises davantage centrées sur les formes
urbaines. Elle peut s?avérer intéressante sur des zones industrielles lorsque les
toitures sont en zinc ou à l?échelle des bâtiments d?entreprises avec des toitures
foncées car elle permet une baisse de la température de surface de la toiture mais
également un rafraîchissement de la température à l?intérieur des bâtiments, per-
mettant de limiter les dépenses énergétiques en climatisation. La mise en place
de cette solution grise de rafraîchissement doit être pensée également en fonc-
tion du contexte climatique : par exemple, dans des types de climats plus frais,
différent du climat méditerranéen, un toit blanc peut entraîner une perte de chaleur
compensée par des dépenses énergétiques en chauffage à l?automne. Cette solu-
tion peut être intéressante pour des bâtiments dont le besoin en climatisation est
supérieur au besoin en chauffage, étant donné que les gains énergétiques sont
relatifs à la saison d?été seulement.
L?entretien d?un toit blanc, d?un pavé blanc doit être également régulier et bien
pensé dans le coût global de cette solution : en effet, l?effet réfléchissant peut
rapidement diminuer si la peinture est sale, poussiéreuse, etc. Pour le sol, il est
davantage préconisé des mosaïques de pavés drainants de différentes couleurs
claires pour faciliter l?entretien des rues, etc.
1. Fraction de la lumière que réfléchit ou diffuse un corps non lumineux. Un corps noir possède un albédo
nul. L?albédo de la Terre est de0,3.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
182
Plus fraîche ma ville
Élodie Briche,
Agence de la transition écologique (ADEME)
Le rapport du deuxième groupe du GIEC (2022) concernant l?adaptation au chan-
gement climatique confirme des craintes déjà établies : lescanicules estivales
seront plus fréquentes, longues et intenseset vont être le risque majeur en ville
pour les décennies futures. Ces canicules présentent des enjeux à court terme en
ville : sociosanitaires, notamment en termes de confort d?été/supportabilité, éco-
nomiques, environnementaux ; mais aussi à long terme, avec des défis immenses
à l?horizon 2050en termes d?atténuation et/ou adaptation au changement clima-
tique, sachant qu?il faudra composer avec une ville de demain déjà construite en
grande partie. Ces canicules intensifient le phénomène d?îlot de chaleur urbain
(ICU, chapitreB) (considéré comme la différence de température entre le centre-
ville et la campagne environnante) mais aussi la surchauffe urbaine (incluant les
températures de surfaces très élevées de certains matériaux mais aussi l?incon-
fort thermique pour les individus).
Or, l?investigation menée durant l?été2022 par l?ADEME et l?incubateur de ser-
vices publics numériques beta.gouv 1 confirme que les décisions politiques prises
dans les collectivités en termes de lutte contre le phénomène d?îlot de chaleur
urbain sont aujourd?hui peu éclairées notamment en ce qui concerne les mesures
de rafraîchissement urbain, avec des actifs échoués : végétalisation desséchée,
coûts d?entretiens élevés, solutions inadaptées au climat local, mal-adaptation,
un manque de solutions (baignade dans les fontaines publiques car absence
d?îlot de fraîcheur), une surconsommation de climatisation incompatible avec la
transition écologique.
? La start-up d?État « Plus fraîche ma ville » portée par l?ADEME au sein de son
incubateur« L?Accélérateur de la transition écologique » et soutenue par l?Asso-
ciation des maires de France a donc pour objectif d?accompagner les collectivités
dans leurs choix de solutions pérennes et durables de rafraîchissement urbain.
1. https://beta.gouv.fr/startups/rafraichir.les.villes.html
https://plusfraichemaville.fr/
https://presse.ademe.fr/2023/01/canicules-ilot-de-chaleur-urbain-lancement-de-la-start-up-detat-plus-
fraiche-ma-ville-pour-eclairer-les-decideurs.html
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
183
Figure F 1 : Copie d?écran du site plusfraichemaville.fr.
Source : https://plusfraichemaville.fr/
Un produit numérique est en cours de coconstruction avec les collectivités et sera
disponible dès le printemps2023 afin d?aider à la décision concernant les solu-
tions de rafraîchissement urbain.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
184
L?architecture bioclimatique
et les constructions traditionnelles
Des leviers pour s?adapter au changement climatique
Marie Andrieux,
Observatoire de l?immobilier durable
Parmi les diverses approches préconisées pour faire face aux enjeux du change-
ment climatique, l?architecture bioclimatique est présentée comme une solution
avantageuse. Cette conception architecturale accorde une importance centrale
à l?environnement immédiat du bâtiment, grand oublié des périodes modernes
de construction. Par ailleurs, la réappropriation des savoirs traditionnels limite la
standardisation des constructions et constitue un bon levier d?action. Des liens
existent donc entre conception bioclimatique et architecture traditionnelle, toutes
deux sources d?inspiration pour faire face au changement climatique.
L?architecture bioclimatique : de quoi parle-t-on ?
Un bâtiment à architecture bioclimatique est un bâtiment dont l?implantation et
la conception prennent en compte le climat et l?environnement immédiat, afin de
réduire les besoins en énergie et d?être mieux adapté aux risques climatiques.
L?architecture bioclimatique vise également à utiliser le moins possible des moyens
techniques mécanisés et de l?énergie extérieure au site.
Une architecture est considérée comme bioclimatique si elle remplit plusieurs de
ces critères :
? L?orientation du site a été pensée afin de préserver le confort thermique d?hiver
comme d?été, pour le climat d?aujourd?hui et des années à venir.
? Les matériaux utilisés pour la construction ou réhabilitation/rénovation sont
de source naturelle (bois, paille, terre crue ou cuite, chanvre?).
? Des sources d?énergies renouvelables sont incorporées au bâtiment.
? Les risques climatiques sont pris en compte et le bâtiment y est adapté, avec
une projection selon les scénarios du GIEC.
? Les moyens de chauffage et de rafraîchissement sont le plus sobres possible.
Face aux enjeux de l?adaptation au changement climatique, il est essentiel de
renouveler nos méthodes de construction et de réhabilitation/rénovation, et l?ar-
chitecture bioclimatique fait partie des solutions pertinentes.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
185
Pourquoi l?architecture bioclimatique ?
L?architecture et le mode de vie modernes dépendent de nombreux systèmes tels
que la climatisation, et de matériaux comme le béton, l?asphalte ou le verre. Mais,
ces matériaux ne sont pas adaptés aux fortes chaleurs, et de tels systèmes de
rafraîchissement sont eux-mêmes source d?émissions de gaz à effet de serre,
entraînant des boucles de rétroaction aggravant l?impact du changement clima-
tique sur le bâtiment.
L?architecture bioclimatique, un concept pas si nouveau
Les maisons bretonnes avec leurs murs de pierres et leurs toits adaptés aux pluies
et aux vents, les maisons savoyardes et leurs isolations contre les durs hivers,
ou encore les maisons méditerranéennes pensées pour résister aux chaleurs
sont autant d?exemples d?architectures adaptées aux microclimats régionaux. Les
maisons traditionnelles ne manquent pas de techniques et de ressources qui sont
des sources d?inspiration utiles au développement de l?architecture bioclimatique.
Assurer le confort des habitants
L?un des objectifs principaux de l?architecture bioclimatique est d?assurer un confort
thermique aux occupants du bâtiment, avec des techniques les plus sobres pos-
sibles. Ces objectifs sont atteints au travers de choix architecturaux spécifiques,
et en utilisant des énergies renouvelables et des matériaux disponibles à proxi-
mité du site d?implantation du bâtiment. Pour maximiser le confort à l?intérieur
du bâtiment, tout en préservant au mieux son environnement immédiat, plusieurs
paramètres doivent être pris en compte au moment de la conception :
? L?orientation du bâtiment, qui doit particulièrement être considérée, afin d?ex-
ploiter au mieux l?énergie solaire.
? Le choix de l?emplacement du bâtiment, en fonction de la topographie, de la
pollution sonore, de la proximité de ressources naturelles, ou du microclimat local.
? Les paramètres techniques tels que la surface vitrée, la mise en place de pro-
tections solaires, le type de matériaux utilisé ou encore la compacité du bâti.
L?optimisation de l?orientation climatique
et les protections solaires extérieures
Le soleil d?hiver, dans l?hémisphère nord, se lève au sud-est et se couche au sud-
ouest et reste bas dans le ciel, avec un angle de22°au solstice d?hiver. En été,
l?angle change. Le soleil se lève alors au nord-est et se couche au sud-ouest, en
montant très haut durant la journée (un angle de78°au solstice d?été).
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
186
? Les façades qui reçoivent le plus de rayons solaires l?été sont les façades et
la toiture à l?est le matin, et les façades et la toiture à l?ouest le soir.
? l?installation de protections solaires verticales protège du rayonnement
solaire, car l?angle d?incidence des rayons solaires y est bas ;
? l?augmentation de l?opacité des surfaces vitrées (avec des volets ou des
filtres opaques sur le vitrage), ou l?ombrage d?une végétation caduque consti-
tuent également des protections contre la chaleur estivale.
? Les façades au sud du bâtiment restent fortement ensoleillées au cours de
la journée, avec un angle d?incidence élevé des rayons solaires.
? la protection des façades exposées au sud permet de lutter efficacement
contre le réchauffement induit. Cette protection est assurée par des instal-
lations horizontales en débord, aux dimensions cohérentes pour bloquer le
rayonnement solaire.
Figure F 2 : Angles d?incidence du soleil en été et en hiver.
Source : Flickr/Michèle Turbin.
L?installation de protections solaires assure donc le confort thermique dans le
bâtiment tout en diminuant le besoin de rafraîchissement comme de chauffage.
? La végétalisation
Le végétal a une place centrale dans la conception bioclimatique des bâtiments.
La végétalisation environnante au bâtiment produit un effet de fraîcheur grâce
aux phénomènes d?évapotranspiration des plantes et de transpiration du subs-
trat. Dans un contexte urbain dense, ces mécanismes favoriseront l?apparition
d?îlots de fraîcheur.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
187
Figure F 3 : Écran végétal déporté
du bâtiment.
Source : © Arnaud Bouissou/Terra.
Par ailleurs, le végétal peut être utilisé dans le cadre de protections solaires exté-
rieures, telles que les écrans ou murs végétaux déportés par rapport au bâtiment,
qui permettent de filtrer les rayons solaires. La protection des façades grâce à
de la végétation caduque installée près du bâtiment permet de laisser passer le
soleil en hiver et ainsi de réchauffer le bâtiment à un moment de l?année où son
rayonnement n?est plus délétère.
Des styles architecturaux adaptés aux risques climatiques
L?architecture bioclimatique permet de concevoir des bâtiments les plus adaptés
possible à leur environnement microlocal. Les diversités de bâtiments retrouvées
dans différentes régions ou pays en Europe rendent compte de traditions archi-
tecturales multiples ainsi que d?innovations techniques permettant de s?adapter
aux conditions locales changeantes.
? Les maisons méditerranéennes face aux chaleurs
Dans certaines régions soumises à de fortes chaleurs, notamment dans le bassin
méditerranéen, les bâtiments sont conçus pour lutter contre les longues chaleurs
estivales. Les maisons peuvent par exemple être recouvertes de chaux blanche
afin de conserver au mieux la fraîcheur (cf.figure F4). En effet, la couleur blanche
réfléchit la lumière, évite d?emmagasiner de l?énergie, rendant les maisons plus
fraîches plus longtemps.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
188
Figure F 4 : Maison blanche
en Méditerranée.
Source : © Anaïs Duvernoy.
En Provence, les maisons sont équipées de volets extérieurs, que les habitants
ouvrent et ferment selon l?ensoleillement pour limiter le réchauffement. Par ail-
leurs, les mas provençaux (cf.figure F5) ont une taille de fenêtre réduite, rédui-
sant ainsi le ratio de surface vitrée, ce qui permet de limiter le réchauffement
induit par l?impact des rayons solaires.
Figure F 5 : Mas provençal
aux fenêtres étroites.
Source : © Florence Duvernoy.
Une autre méthode utilisée de longue date pour réguler la température intérieure
des bâtiments est la construction de murs épais à partir de matériaux ayant une
forte inertie thermique. L?architecte autrichien Dietmar Eberle a repris ce principe
pour concevoir des bureaux dans lesquels la température oscille entre22 et 26oC,
quelle que soit la température extérieure (cf.figure F6). Les murs extérieurs sont
maçonnés de blocs de terre cuite et sont épais de80cm. Cette caractéristique
confère au bâti une forte inertie thermique, capable de stocker la chaleur ou la
fraîcheur pour les restituer ensuite. Les apports de chaleur sont fournis par les
occupants, les équipements de bureautique et les apports solaires. Ce bâtiment
n?a pas de système de chauffage ou de rafraîchissement mécanisé. La consom-
mation d?énergie est donc diminuée, en régulant de manière efficace la tempéra-
ture à l?intérieur du bâtiment, assurant ainsi le confort des habitants.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
189
Figure F 6 : bâtiment2226 conçu
par D.Eberle.
Source : © WikimédiaCommons.
? Des systèmes de ventilation sobres et performants
L?utilisation de techniques dédiées au rafraîchissement passif des bâtiments
permet d?assurer le confort thermique en cas de forte chaleur en même temps
que de garantir une consommation d?énergie minimale.
Dans des pays très chauds comme l?Iran ou l?Égypte, des constructions tradition-
nelles présentent des bâdgirs (cf.figure F7) ou attrape-vents depuis plusieurs
millénaires. Ces tourelles à vent sont une forme de climatisation écologique
adaptée au climat aride et très efficace, et dont le dimensionnement dépend de
la taille du bâtiment. Le vent s?engouffre par les ouvertures de la tour et descend
le long du conduit jusqu?à la partie la plus basse (et la plus fraîche) du bâtiment.
Ce conduit peut être équipé de jarres poreuses remplies d?eau, au travers des-
quelles passe le flux d?air, se rafraîchissant ainsi progressivement. L?air chaud,
qui est plus léger, remonte en sens inverse au travers d?un deuxième conduit de
la cheminée. Ce système est parfois complété d?un bassin d?eau situé à la base,
ce qui baisse davantage la température de l?air.
Figure F 7 : Un bâdgir : système
de refroidissement naturel typique
du désert iranien.
Source : © Flickr/dynamosquito.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
190
Cette méthode traditionnelle de rafraîchissement de bâtiment est réutilisée dans
l?architecture moderne, et de nombreux bâtiments construits en Europe reprennent
ce principe de tours à vent tels que l?université de Lanchester en Angleterre ou
l?école Jaer en Norvège. Un exemple récent de construction s?appuyant sur le prin-
cipe du tirage thermique
Conclusion
Le développement de l?approche bioclimatique en architecture permet de renou-
veler le regard sur les constructions traditionnelles. L?architecture bioclimatique
intègre dans ses choix techniques des informations concernant les apports éner-
gétiques issus du climat local, l?évaluation des risques climatiques et de leur
évolution, ainsi que les conditions de l?environnement extralocal au bâti. La réap-
propriation des savoirs traditionnels permet de limiter la standardisation des
constructions qui n?intègre pas les variations locales relatives aux lieux d?implan-
tation des bâtiments. L?un des écueils à éviter dans la reproduction des choix
architecturaux traditionnels est de négliger la variation climatique future. Il est
important d?intégrer les prévisions climatiques, car les risques de mal-adaptation,
notion mise en avant dans le dernier rapport du GIEC, se font sentir lorsque sont
appliquées des techniques architecturales ancestrales dans des lieux où le climat
est en forte évolution. Les changements à venir doivent conditionner l?utilisation
de techniques originaires de régions dont le climat correspond au climat à venir,
plutôt que de techniques provenant de régions dont le climat ne ressemble qu?à
la réalité immédiate. Il est ainsi intéressant de construire dès aujourd?hui avec
les techniques traditionnelles méditerranéennes dans des latitudes plus hautes,
pour se protéger de la chaleur.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
191
L?îlot de fraîcheur urbain, un exemple à Échirolles (38)
Des solutions d?adaptation fondées sur la nature :
l?exemple de la transformation de la cour et les abords
de l?école Marcel-David en îlot de fraîcheur urbain,
Échirolles (38).
Christophe Romero,
Directeur adjoint Ville durable, ville d?Échirolles
Éléments de contexte
Située en fond de vallée, au coeur de la métropole grenobloise, Échirolles (37 000habi-
tants) est particulièrement exposée au réchauffement climatique, deux fois plus
rapide dans les Alpes qu?ailleurs en Europe, avec pour conséquences :
? la multiplication et l?intensification des épisodes de surchauffe estivale ;
? l?aggravation des phénomènes d?îlot de chaleur urbain (ICU) ;
? l?érosion progressive de la biodiversité (faune et flore) et des ressources en eau ;
? la détérioration des conditions de vie et de santé des habitants, particulière-
ment des publics les plus vulnérables (personnes âgées, malades, etc.).
Engagée de longue date dans une politique ambitieuse de transition écologique,
la ville a entrepris, dès2019, d?identifier et de caractériser avec l?aide d?un géo-
graphe climatologue les phénomènes d?îlot de chaleur urbain (ICU) et de surchauffe
estivale à l?oeuvre sur son territoire, pour s?adapter aux évolutions climatiques.
Un réseau de mesure, constitué d?une trentaine de capteurs couplés à deux sta-
tions météorologiques semi-professionnelles, a ainsi été déployé sur l?ensemble
de la commune. L?analyse des données recueillies a permis d?établir une carto-
graphie précise de l?ICU, et de déterminer les secteurs les plus exposés, en vue
d?engager des actions prioritaires d?adaptation.
Parmi ces secteurs figure le quartier de la Ponatière, caractérisé par une forte
minéralisation des sols, une faible fraction de végétation, ainsi qu?une grande fer-
meture du tissu urbain générant un important effet de « canyon », qui empêche la
circulation des vents et contribue, avec les matériaux de sols, à piéger le rayon-
nement infrarouge.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
192
Figure F 8 : Carte de l?îlot de chaleur urbain à Échirolles (été2020).
Source : © Xavier Foissard/ville d?Échirolles.
Figure F 9 : L?îlot Marcel-David avant les travaux en2020.
Source : © Ville d?Échirolles.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
193
Au coeur de la Ponatière, l?îlot formé par la cour de l?école élémentaire Marcel-David
et ses abords (terrain de sport, pourtour d?un gymnase) a été identifié comme
un site offrant, de par ses caractéristiques (superficie de8 300m² environ, pro-
priété de la ville), un terrain propice à l?expérimentation de solutions d?adaptation
fondées sur la nature, susceptibles d?influer sur les phénomènes de surchauffe
estivale et d?ICU observés àl?échelle du quartier.
Le projet de transformation de la cour
et de ses abords en îlot de fraîcheur urbain
Lauréat en2022 des premiers trophées de l?adaptation au changement clima-
tique Life ARTISAN, le projet a pour objectif la transformation de la cour de l?école
Marcel-David et de ses abords en un îlot de fraîcheur urbain de proximité.
Figure F 10 : Projet d?aménagement de la cour et des abords de l?école Marcel-David ?plan
de masse.
Source : © Romain Allimant paysagiste/ville d?Échirolles.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
194
Répondant à des enjeux à la fois environnementaux, urbains, pédagogiques, mais
aussi professionnels, l?opération a consisté à :
? désimperméabiliser les sols, en ramenant la part de surfaces minérales de95 %
à27 %, l?enrobé originel étant remplacé par différents revêtements (sablé naturel,
gazon, pavés enherbés, copeaux de bois) qui facilitent la captation et l?infiltra-
tion naturelle de l?intégralité des eaux de pluie (toitures et sol) pour limiter l?ac-
cumulation de chaleur mais aussi les apports et la consommation d?eau pour les
végétaux. Les eaux de pluie récupérées en toiture de deux préaux permettent éga-
lement d?alimenter une mare pédagogique ainsi qu?une cuve de stockage desti-
née à l?arrosage de jardins potagers ;
? renaturer très fortement les espaces avec une vingtaine d?essences diversifiées
et adaptées à l?évolution du climat (érables, chênes, cyprès, aulnes, orangers des
Osages, arbres de Judée, mûriers blancs, etc.), et préserver la trentaine d?arbres
existants, afin d?offrir un lieu refuge pour la faune et la flore, avec :
? la plantation de 90arbres (hautes tiges et cépées), devant offrir à maturité un
couvert végétal d?environ4 600m² (soit 55 % de la superficie totale de l?îlot) ;
? la plantation de 875arbustes, pour constituer des haies notamment le long
des clôtures ;
? l?aménagement de1 650m2 de pelouses et 875m2 de surface en copeaux
de bois ;
? la création de nouveaux habitats pour la faune : une mare de60m², une
dizaine de nichoirs à oiseaux, un nichoir à chauves-souris, ainsi que deux hôtels
à insectes ;
Figure F 11 : Chantier de plan-
tation avec les enfants de
l?école ?novembre2021.
Source : © Ville d?Échirolles.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
195
? sensibiliser les différents publics et usagers de l?école et plus largement du
quartier (élèves, parents, habitants) aux enjeux du réchauffement climatique, de
la préservation des ressources en eau et de la biodiversité, avec :
? l?installation, sur la clôture extérieure ceinturant l?îlot scolaire et pendant toute
la durée des travaux, d?une exposition présentant le projet, accompagnée d?un
parcours et d?un livret d?énigmes pour les enfants ;
? des activités éducatives, accompagnées pendant deux années scolaires par
France Nature environnement Isère, qui ont touché 200enfants chaque année ;
? un chantier de plantation d?arbres, arbustes et vivaces par les enfants, encadré
par les entreprises et le service des espaces verts de la ville ;
? l?aménagement d?un espace pour apprendre à jardiner ;
? la création d?une mare pour observer la faune et la flore aquatiques ;
? la constitution, enfin, d?un arboretum, pour valoriser le patrimoine arboré.
? proposer des aménagements bénéficiant à un large public, en ouvrant davan-
tage l?îlot sur son quartier, tout en créant, après un travail sur les usages, une
distinction entre des espaces contrôlés (cour d?école), des espaces semi-ouverts
(terrain de sport, accessible aux élèves mais aussi aux habitants en dehors des
temps scolaires), et des espaces totalement ouverts (allée et placette plantées) ;
? faire évoluer les pratiques professionnelles de conception et de gestion des
espaces publics.
Figure F 12 : Mare pédagogique.
Source : © Ville d?Échirolles.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
196
Conduite du projet et facteurs de réussite
Cette action concrète et intégrée, au service d?une stratégie globale d?adaptation
au réchauffement climatique, a fait dès le départ l?objet d?un large consensus, d?un
portage politique fort et d?une mobilisation constante des services communaux.
Sa réussite tient à la fois à :
? son inscription dans la « feuille de route » que constitue le plan climat air énergie
territorial 2020-2026 de la commune (volet « adaptation ») ;
? l?implication des équipes pédagogiques dans la conception du projet ;
? un pilotage technique en mode projet, avec la constitution d?une équipe dédiée
réunissant différents services communaux concernés : directions de la ville durable
(pilote du projet), des services techniques, de l?éducation, de la prévention et de
la sécurité ;
? la mobilisation de prestataires apportant des compétences complémentaires :
paysagiste-concepteur (Romain Allimant), agence spécialisée dans les démarches
de concertation et de communication (WZA), association de protection de la nature
et de l?environnement pour l?accompagnement pédagogique(France Nature envi-
ronnement Isère) ;
? la mobilisation de plusieurs sources de financement : Agence de l?eau Rhône-
Méditerranée-Corse à travers l?appel à projets « Aménagez un coin de verdure pour
la pluie » (projet lauréat en2020), et l?État à travers le Plan de relance.
Suivi et évaluation du projet
Une évaluation de l?opération sur la durée va être conduite par l?équipe projet,
portant sur :
? la pérennité et la facilité d?entretien des différents revêtements de sols, des
mobiliers urbains mis en place, des espèces végétales implantées, etc. ;
? l?impact des aménagements sur l?intensité des phénomènes de surchauffe esti-
vale et d?îlot de chaleur, avec la poursuite des mesures de température et l?ana-
lyse à intervalles réguliers des données recueillies ;
? les actions pédagogiques et d?animation en lien avec la biodiversité et le chan-
gement climatique ;
? les besoins d?ajustement en cas d?aggravation du phénomène d?îlot de chaleur :
augmentation de la surface végétalisée du fait de la réversibilité de certains amé-
nagements (plateau sportif).
Les résultats escomptés : à terme, les travaux réalisés doivent permettre d?abais-
ser l?intensité de l?îlot de chaleur urbain, aujourd?hui à un niveau élevé (pics à
+3,4oC par rapport au point de référence), à un niveau modéré (entre +1,8
et +2,2oC), beaucoup plus tolérable pour les habitants. Les aménagements
doivent également favoriser le développement de la biodiversité, par la création
d?un îlot fortement végétalisé : le site doit progressivement offrir un lieu de vie à
différentes espèces (oiseaux, insectes, grenouilles et crapauds, chauves-souris)
et un espace de transition vers l?un des plus grands parcs de la ville, distant de
quelques centaines de mètres. Le couvert végétal doit fournir à terme de l?ombre
et de la fraîcheur aux habitants.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
197
Figure F 13 : La cour de l?école transformée en îlot de fraîcheur.
Source : © Ville d?Échirolles.
Figure F 14 : Vue aérienne de l?îlot Marcel-David après les travaux (juin2022).
Source : © C.Weller/ville d?Échirolles.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
198
D?ores et déjà, les aménagements ont permis d?ouvrir davantage l?îlot « scolaire »
sur le quartier, autorisant une plus grande variété d?usages par différents publics
et contribuant à faire de ce lieu un refuge de proximité pendant les épisodes de
forte chaleur. Très bien accueillis par les enfants, leurs parents et les riverains,
ils contribuent à l?amélioration du cadre de vie mais également à la revalorisa-
tion de l?image du quartier.
Le « démonstrateur » que constitue cette opération doit servir à la définition d?une
stratégie de réplication progressive à d?autres cours d?écoles particulièrement
exposées aux phénomènes de surchauffe estivale et d?îlot de chaleur urbain.
? Chiffres clés :
Calendrier de réalisation :
? études de cadrage/préopérationnelles : 2019-2020 ;
? études de maîtrise d?oeuvre : 2020-2021 ;
? travaux d?aménagement : début juillet2021-mars2022.
Surface traitée : 8 340m² environ.
Budget : 1 100 000¤ (TTC).
Subventions : agence de l?eau(413 191¤) et État(218 750¤).
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
199
Paris face aux vagues de chaleur
Les vulnérabilités et robustesses du 13earrondissement
face aux vagues de chaleur
Pauline Calvier, Justine Guérin,
Esther Loiseleur,
Ville de Paris
Alexandre Florentin,
Conseiller municipal de Paris
Étudier la résilience du 13earrondissement de Paris
aux vagues de chaleur
La ville de Paris vit déjà les conséquences du changement climatique, avec une
vulnérabilité particulière aux vagues de chaleur. D?après le diagnostic climat publié
en2021 par la ville, le climat de Paris pourrait devenir l?équivalent de celui de Séville
en2050 1. Dans les décennies à venir, les vagues de chaleur vont se multiplier et
atteindre des intensités inédites 2. Ces vagues de chaleur d?une ampleur inconnue
jusqu?alors représentent un risque sanitaire, économique et social majeur, aux
implications systémiques : mortalité accrue des personnes vulnérables, risques en
cascade sur les activités économiques et les infrastructures critiques (télécoms,
électricité, eau?). De plus, ces épisodes sont aggravés dans les zones d?îlot de
chaleur urbain (ICU), caractérisé par un moindre niveau de refroidissement noc-
turne en période de très forte chaleur, principalement dans les zones urbaines for-
tement minéralisées. Il existe un consensus parmi les experts sur le fait que les
vagues de chaleur représentent l?aléa climatique le moins bien anticipé au niveau
de la ville de Paris : à terme, c?est l?habitabilité même de certaines parties de la
ville qui pourrait être remise en cause par ces épisodes extrêmes. Cette situation
d?impréparation fait écho à celle de nombreux autres territoires, et souligne l?ur-
gence de penser des plans d?adaptation aux risques liés aux extrêmes de chaleur.
1. Paris face aux changements climatiques, 2021 https://www.paris.fr/pages/
paris-s-adapte-au-changement-climatique-18541
2. Dans un scénario de réchauffement intermédiaire, en2085, les Parisien.ne.s devraient connaître, par
année, environ34jours avec une température supérieure à30oC, soit une augmentation de prèsde20jours
par an par rapport aux années2010.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
200
? Méthodologie
L?étude résumée ici 3 se concentre sur le 13earrondissement de Paris, un arron-
dissement choisi pour sa taille 4 ainsi que sa diversité socioculturelle et archi-
tecturale, qui offrent une image assez représentative des enjeux pour la ville de
Paris. Cette enquête a permis de tirer plusieurs leçons sur l?urgence à s?empa-
rer, à l?échelle des villes et des quartiers, de la question de la préparation aux
extrêmes de chaleur.
Ce travail s?inscrit dans la continuité du diagnostic de vulnérabilités et de robus-
tesses de Paris face aux changements climatiques, publié par la ville de Paris
en septembre2021. Il vise à établir un diagnostic spécifique sur les vagues de
chaleur, à la fois localisé et centré sur les retours d?expérience de terrain. Une
méthodologie basée sur des entretiens semi-directifs a été retenue afin d?iden-
tifier le niveau de résilience du 13earrondissement face aux vagues de chaleur.
Cette méthode permet à la fois de collecter des retours d?expérience et d?appré-
hender le niveau de compréhension des enjeux d?acteurs locaux publics (RATP,
écoles?) et privés (EHPAD, commerçants?). Les entretiens ont été réalisés à
l?automne2021 par les trois auteurs principaux de l?étude. Cette étape de dia-
gnostic est fondamentale pour mener, dans un second temps, une réflexion per-
tinente sur l?adaptation du 13earrondissement de Paris ?et, plus largement, des
grandes villes face aux vagues de chaleur et épisodes caniculaires.
? Les grandes leçons du rapport : vulnérabilités et robustesses
du 13earrondissement face aux vagues de chaleur
Le rapport a permis de dégager cinq grands enseignements quant à la préparation
du 13earrondissement aux vagues de chaleur. Nous proposons ici de les aborder
de manière synthétique, tout en illustrant nos propos à travers des exemples issus
de l?enquête (menée, rappelons-le, avant l?été2022).
? Les canicules précédentes, notamment celle de2003, ont déjà changé les
pratiques de plusieurs acteurs, mais le référentiel d?action reste fondé sur des
épisodes passés et non sur les projections des canicules futures
Il est certain que, depuis2003, la capacité à gérer les canicules, à l?échelle de la
capitale, s?est améliorée. Depuis cet épisode, un plan canicule national a été créé
avec la mise en place à Paris du fichier « REFLEX » 5, qui permet de recenser et
de venir en aide aux personnes vulnérables sur le territoire parisien. Néanmoins,
3. « Vulnérabilités et robustesses du 13earrondissement face aux vagues de chaleur ». Parution prévue en2023.
4. Le treizième arrondissement. est l?un des plus grands arrondissements de Paris avec ses 715hectares
(8,2 % du territoire parisien). Il abrite 180 635habitants, soit 8,3 % de la population parisienne en2018.
5. https://www.paris.fr/pages/en-ligne-avec-les-personnes-fragiles-pendant-la-canicule-8156
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
201
dans la pratique, ce type de dispositif semble encore difficilement atteindre les
publics vulnérables 6.
Plusieurs acteurs restent persuadés que nous ne revivrons plus, à Paris, une cani-
cule aux conséquences de même ampleur que celle de l?été2003, alors que ce
type de canicule jugée extrême risque de devenir une nouvelle norme pour les
étés parisiens 7. On peut alors s?interroger sur la durabilité de tels dispositifs
de crise, si les canicules comme celle de2003 en viennent à devenir un phéno-
mène quasi annuel pour la capitale d?après les projections du dernier diagnos-
tic climat de la ville de Paris. Plus généralement, la tendance actuelle à fonder
les politiques d?adaptation sur l?expérience des épisodes passés de vagues de
chaleur et de canicules nous semble une démarche questionnable, au vu des ten-
dances actuelles.
? Une conscience diffuse des risques liés aux vagues de chaleur futures,
mais sans réelle capacité de projection
Tous les acteurs interrogés semblent conscients du fait que le climat va évoluer
en raison du changement climatique ; toutefois, peu d?entre eux parviennent à
se projeter dans ce nouveau régime climatique. Certains remarquent déjà que le
climat change, et que dès lors, de nombreux acteurs font face à des situations
inédites. De plus, tous les acteurs semblent avertis de l?augmentation de la fré-
quence et de l?intensité des vagues de chaleur. Ainsi, un enquêté de la gare
d?Austerlitz indiquait que certaines mesures seraient probablement revues si les
épisodes caniculaires venaient à se multiplier.
Lorsqu?un exercice de projection avec un scénario de dôme de chaleur similaire à
celui qu?a subi l?Ouest canadien l?été dernier, avec des températures atteignant
les50oC et une durée exceptionnelle a été conduit, aucun n?a remis en cause
l?éventualité que la ville de Paris connaisse ce type de températures dans les pro-
chaines années. Néanmoins, un certain nombre d?acteurs interrogés ont montré
une difficulté, parfois émotionnelle, à se projeter dans des scénarios de ce type.
? Un manque d?anticipation généralisé des effets de seuil
et des risques en cascade
L?enquête a révélé que les effets de seuil liés aux températures restaient encore
méconnus et trop peu pris en compte. Parfois, les températures seuils sont connues
des professionnels, mais, en raison d?un manque d?information, de temps, de
moyens ou de capacité de projection dans le climat futur, aucun protocole de
réponse n?est prévu en cas de franchissement de ces températures. Par exemple,
6. D?après les chiffres transmis par les services de la mairie du 13earrondissement, même avant la pan-
démie, le nombre maximum de personnes accueillies simultanément montait à quatre (essentiellement des
seniors), alors que la mairie avait à cette époque une capacité d?accueil d?une quarantaine de personnes
dans ces salles rafraîchies.
7. Voir Paris face aux changements climatiques, 2021 (op. cit.).
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
202
la plupart des acteurs n?ont pas le réflexe de mesurer la température dans leurs
locaux lors d?épisodes caniculaires 8. Plusieurs opérateurs de réseaux semblent
ne pas avoir intégré cette pratique : ainsi, il n?existe pas de relevés de la tem-
pérature ni dans les rames ni dans la gare d?Austerlitz. S?agissant d?un hôpital
privé, aucun plan de continuité d?activité n?a été prévu en cas de dépassement
de la température maximale supportée par les groupes froids, situés en extérieur.
De plus, les effets systémiques ainsi que les effets en cascade (ou « effets
dominos ») engendrés par la canicule sont insuffisamment pris en compte : la fer-
meture d?écoles et de crèches, dysfonctionnements du réseau de transports en
commun? La question du travail en extérieur (BTP, entretien, propreté, espaces
verts, encombrants?) reste également peu prise en considération. Des travaux
en extérieur pourraient être limités (par exemple, report au lendemain matin du
déblaiement du marché) voire reportés, ce qui pourrait s?avérer problématique
en cas de canicule longue. Les services enquêtés ne semblaient pas prendre en
compte dans leurs plannings de travaux les conséquences des fortes chaleurs
sur des périodes prolongées.
? Des acteurs souvent démunis face à des canicules
à la fois plus longues et plus précoces
Selon beaucoup d?acteurs interrogés, la durée de la canicule et le moment où
elle se produit sont des facteurs déterminants pour apprécier le niveau de risque
de l?événement. En effet, pour le corps humain, les bâtiments ou les réseaux
électriques, plus la chaleur dure, plus la vulnérabilité augmente. Si l?on prend
l?exemple des bâtiments, les solutions de rafraîchissement passives ne sont effi-
caces que sur des épisodes caniculaires d?une durée inférieure à quinze jours :
au-delà, la climatisation deviendra une nécessité pour atteindre des tempéra-
tures de confort. À partir d?une moyenne de3jours à plusde30oC en journée
et 20oC la nuit, le réseau électrique est sous tension du fait de l?accumulation
de la chaleur dans le sol.
De plus, certains acteurs ont insisté sur la prise en considération de la période à
laquelle la canicule était susceptible de survenir. En effet, si la vague de chaleur
arrive au mois de juin, de septembre ou en plein mois d?août, les impacts ne seront
pas les mêmes. Ainsi dans les EHPAD, les vagues de chaleur précoces, dès le
mois de juin, posent des problématiques de ressources humaines. De même, une
canicule précoce dès le mois de juin, avant les vacances d?été, pourrait s?avérer
éminemment problématique pour les établissements scolaires : on se rappelle les
conditions de passage du baccalauréat2022, avec des salles à35oC. D?après
notre enquête, aucun protocole n?existe actuellement à l?échelle de l?Éducation
nationale ou de la ville de Paris pour faire face aux vagues de chaleur, pourtant
amenées à se multiplier.
8. Parmi les acteurs interrogés, seuls les EHPAD, les crèches et les commerces d?alimentation pratiquent
des relevés de température de manière systématique.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
203
? La dépendance à l?électricité, un enjeu vital en partie maîtrisé
Lors des entretiens, l?une des craintes récurrentes était celle d?une défaillance du
réseau électrique. Toutefois, celle-ci semble en partie maîtrisée par les acteurs de
l?énergie (RTE et Enedis) à l?échelle locale. Aujourd?hui, à Paris, le fonctionnement
du réseau froid, du réseau d?eau, des réseaux de transport ou de télécommuni-
cation repose sur l?énergie électrique. D?autres acteurs, comme la RATP, tendent
à devenir de plus en plus dépendants de l?électricité avec le plan d?électrification
des bus à l?horizon2030. De plus, de nombreux équipements publics, parapu-
blics et privés viendraient à être impactés par des défaillances du réseau élec-
trique, comme les missions funéraires, les piscines ou les hôpitaux et EHPAD 9.
Enfin, les commerçants seraient contraints de fermer boutique en cas de ruptures
d?approvisionnement en électricité, en raison de leurs besoins en climatisation
comme des besoins spécifiques à l?activité. Pour les restaurants, par exemple,
la fermeture serait inévitable en cas de défaillances.
Toutefois, des entretiens avec des acteurs locaux de RTE et Enedis révèlent leur
confiance dans les capacités de résilience du réseau face aux vagues de chaleur
actuelles. Enedis, par exemple, est doté d?un plan d?adaptation lui permettant
d?assurer une continuité d?activité en cas de canicules comme celles que nous
connaissons jusqu?à présent, y compris en modélisant une hausse de la demande
en énergie liée à la climatisation. Toutefois, la question de la résilience du réseau
face à des canicules longues (3à 4semaines) avec des chaleurs extrêmes
(40-50oC) ne semblait pas avoir fait l?objet d?un travail spécifique. La question
des étiages semble aussi sous-estimée, ce qui est un problème au niveau natio-
nal confirmé par les événements de l?été2022.
Encadré 4
Recommandations : travailler collectivement à différentes échelles
pour renforcer les mesures d?adaptation aux canicules :
1. Acculturer les citoyens et les responsables politiques à la gestion de crise
Une des principales explications du manque d?anticipation et de préparation
face à ce nouveau régime climatique pourrait venir du fait que la culture de
la gestion de crise, notamment relative aux événements climatiques, n?est
pas suffisamment intégrée à Paris et, plus généralement, en France. De
même, le personnel politique et les services de la ville se sont avérés peu
acculturés aux conséquences du changement climatique, et notamment sur
leur dimension exponentielle et nonlinéaire. La conscience des efforts à
mener en matière d?atténuation des émissions de gaz à effet de serre, de
mieux en mieux intégrée, ne peut pas remplacer une culture de l?adaptation
et de la gestion de crise. Il existe un réel besoin de formation et d?informa-
tion si l?on veut faire face aux extrêmes de chaleur à venir.
9. Il faut toutefois rappeler que les EHPAD et les hôpitaux disposent de groupes électrogènes et sont consi-
dérés comme des clients sensibles par Enedis.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
204
Jusqu?à présent, aucun exercice de gestion de crise sur les vagues de cha-
leur n?avait été mis en oeuvre par la ville, contrairement à d?autres sujets
comme les crues et inondations, qui avaient fait l?objet par exemple de
l?exercice de gestion de crise « Sequana 15/18 » 10. Un premier exercice
« Paris à50degrés » est prévu pour deux quartiers de Paris 11 le 13octobre
2023. Cet exercice fera suite à la mission d?information et d?évaluation
(MIE) « Paris à50degrés », en cours, qui donnera suite à des recomman-
dations votées au consensus par les élus de la ville.
2. Un nécessaire travail d?anticipation impliquant les acteurs de manière
systémique, du local au national :
Alors que l?enquête révèle une volonté de la majorité des acteurs d?agir
pour s?adapter aux canicules, il s?agit désormais d?impulser un travail
collectif, afin d?organiser une réponse plus efficace face à ces extrêmes
plus intenses et fréquents. De nombreux acteurs, comme les EHPAD, le
secteur du bâtiment ou la RATP, soulignaient également leur volonté de
s?impliquer dans un travail de réflexion collective systémique, en lien avec
la mairie du 13earrondissement, ainsi que leur envie de participer à de
futurs exercices de gestion de crise dédiés au risque canicule. Ainsi, tout
un travail d?anticipation et de sensibilisation des citoyens et des différents
corps professionnels reste à mettre en oeuvre. Un employé d?une école
primaire soulignait par exemple le manque d?un plan de prévention cani-
cule à l?échelle de l?Éducation nationale pour les personnels scolaires 12.
3. Capitaliser sur les solutions existantes et mettre en place des processus
de sensibilisation et des espaces de délibération citoyenne :
De nombreuses solutions 13 existent déjà pour rendre le territoire plus rési-
lient face aux canicules : végétalisation et solutions fondées sur la nature,
revêtements antichaleur, ombrières et mobilier urbain innovant, isolation
des bâtiments mettant l?accent sur le confort d?été à l?échelle du loge-
ment ainsi qu?à la préservation de brises thermiques à l?échelle d?un bloc
de logements ou d?un quartier? Ainsi, des mesures fortes seront implé-
mentées dans le futur PLU bioclimatique de Paris, avec une ambition ren-
forcée sur la gestion du risque canicule grâce à la mission d?information
et d?évaluation « Paris à50degrés ». Elles devront ensuite être traduites
10. https://www.prefectures-regions.gouv.fr/ile-de-france/Documents-publications/
Pref-Actualites/2018/19-decembre/Exercice-Sequana-15-18-anticiper-la-gestion-d-une-crue-majeure
11. https://www.sortiraparis.com/actualites/a-paris/articles/282393-rechauffement-climatique-bientot-un-
exercice-de-crise-paris-50-degres
12. Une journée d?auditions « L?école à50degrés » a été organisée par l?Assemblée nationale le
14décembre2022.
13. Voir par exemple les cahiers de l?APUR sur l?îlot de chaleur urbain à Paris ainsi que la publication de
l?ADEME « Rafraîchir les villes : des solutions variées » (2021).
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
205
en actions concrètes à l?échelle des arrondissements. L?adaptation des
modes de vie et l?acculturation des citoyens aux bons gestes à adopter
en périodes de fortes chaleurs sont également un enjeu clé. Tout comme
la concertation démocratique, qu?il faudrait mettre en place pour débattre
des mesures à privilégier à l?échelle d?un bâtiment, d?une rue ou d?un quar-
tier, à l?image de la consultation « Paris agit pour le climat » ou des consul-
tations organisées par la ville de Paris autour du futur PLU bioclimatique.
Comme le révèle cette étude de cas, la puissance publique a un rôle crucial à
jouer, de l?échelle locale d?un arrondissement à l?échelle étatique, en passant par
celle de la ville, de la région ou de la métropole. Pour augmenter la résilience de
nos territoires face aux vagues de chaleur à venir, il n?existe qu?une seule solu-
tion viable : anticiper, et planifier la résilience de la ville de demain en fonction
des évolutions du climat futur ?et non d?un climat passé stable, qui appartient
à un temps déjà révolu.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
206
Stratégies d?adaptation des transports
aux impacts des vagues de chaleur
Teodora Popescu,
Direction générale des infrastructures,
des transports et des mobilités (DGITM)
Grâce aux contributions de :
David Courteille, Régis Coene,
Régie autonome des transports parisiens (RATP)
Valérie Darmaillacq, Clément Philippe, Christelle Mary,
SNCF Voyageurs
Et de :
SNCF Réseau
Société du Grand Paris
Voies navigables de France
DGITM
CEREMA
Études de vulnérabilité pour cartographier les risques
La première étape avant l?établissement d?une stratégie d?adaptation est la réa-
lisation d?une étude de vulnérabilité de l?infrastructure de transport considérée.
Le CEREMA a élaboré en2015 et mis à jour en2019 une méthodologie d?ana-
lyse des vulnérabilités au changement climatique des infrastructures de trans-
port. Plusieurs acteurs du transport (SNCF Réseau, la Société du Grand Paris, des
acteurs routiers tels que la direction interdépartementale des routes sur la zone
méditerranéenne, des grands ports maritimes) ont appliqué cette méthodologie
pour cartographier les risques présents sur leur infrastructure. Dans le cas de
SNCF Réseau et des gestionnaires routiers, les études sont effectuées à l?échelle
de zones géographiques. La RATP a également effectué plusieurs études de vul-
nérabilité à l?échelle du bassin francilien. Toutes ces études prennent en compte
l?impact de plusieurs aléas sur l?infrastructure, dont les risques liés à la hausse
de la fréquence et de l?intensité des vagues de chaleur.
Actions d?adaptation pour les transports ferroviaires et guidés
? Adaptation du réseau
Adaptation au phénomène de dilatation des rails
Pour limiter le phénomène de dilatation des rails, plusieurs solutions sont pos-
sibles. Il est par exemple possible de modifier la mise en oeuvre du rail afin d?aug-
menter la température maximale supportée par celui-ci avant que sa dilatation ne
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
207
représente un risque. C?est ce qu?a fait SNCF Réseau sur les rails de type longs
rails soudés depuis la canicule de2003. Une autre solution est de remplacer les
traverses en bois par des traverses en béton de classe supérieure sur les zones
aériennes. C?est la solution privilégiée par la RATP aujourd?hui. La même approche
a été adoptée par la Société du Grand Paris (SGP) dans la construction du Grand
Paris Express. SNCF Réseau a également remplacé les traverses en bois par des
traverses en béton sur de nombreuses portions du réseau.
Depuis2019, la RATP a également mis en place des modèles prédictifs de la
température du rail, qui permettent d?estimer précisément sur quelle portion du
réseau des limitations de vitesse doivent être mises en oeuvre. Ces modèles se
basent sur des relevés de température effectués par des capteurs connectés
installés sur le rail en différents points du réseau. SNCF Réseau a également
équipé certaines portions de voies de capteurs connectés pour prévoir les limi-
tations de vitesse.
Puisqu?un risque de dilatation des rails subsiste même avec les limitations de
vitesse préventives, une surveillance accrue des voies, via des tournées de contrôle,
est également nécessaire pendant les périodes de fortes chaleurs. Ainsi, la RATP
a mis en place des tournées de maintenance spécifiques pour détecter à pied
d?oeuvre d?éventuelles déformations des voies aériennes ou prévenir leur appa-
rition. Les « tournées chaleur » mises en oeuvre par SNCF Réseau poursuivent le
même objectif.
Figure F 15 : Voie ferrée avec traverses en béton.
Source : © Arnaud Bouissou/Terra.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
208
Prévention du phénomène de dilatation des caténaires
Comme pour la dilatation des rails, la prévention du phénomène de dilatation
des caténaires se fait grâce à une surveillance accrue du réseau en périodes de
fortes chaleurs. Ainsi, les « tournées chaleurs » effectuées à pied par des agents
SNCF Réseau permettent aussi de vérifier l?état des caténaires. Des solutions
plus modernes, à base de détection informatisée des risques d?incidents, existent
également. Par exemple, un projet d?expérimentation de la détection basse des
contrepoids de caténaire, permettant de détecter à distance la distension des
fils de contact en cas de forte chaleur, a été mené par la RATP. Une vingtaine de
capteurs ont été installés et permettent désormais de suivre les zones les plus
sensibles.
? Prévention des risques sur les ouvrages
La surveillance est un moyen privilégié de prévenir les risques encourus par les
ouvrages en terre du fait des fortes chaleurs. Par exemple, la RATP a affiné son
système de surveillance de ses ouvrages en terre, aboutissant aujourd?hui à une
automatisation de l?analyse des données de surveillance par interférométrie radar
satellitaire grâce à de l?intelligence artificielle. En outre, la RATP a instrumenté
avec des capteurs connectés des ouvrages en terre identifiés comme sensibles,
avec un système de suivi de mesures avec transmission d?alertes. Par ailleurs,
il peut également être mentionné que la RATP a lancé des études avec l?Institut
national de la recherche agronomique (INRAE) pour identifier les dispositifs de
végétalisation les moins sensibles à la sécheresse, afin de limiter les risques
d?instabilités superficielles de talus.
Sur les ouvrages d?art, la prévention des risques dus aux fortes chaleurs passe
par un dimensionnement adapté. Par exemple, en réponse au risque de dégra-
dation des performances des appareils d?appui sur les ouvrages d?art, la RATP
prend désormais en compte des températures maximales plus élevées dans le
dimensionnement des appareils d?appui.
? Adaptation des gares
L?adaptation au changement climatique des gares peut s?effectuer par une prise
en compte du changement climatique au moment de la conception des bâti-
ments ou du renouvellement des équipements. Plusieurs exemples d?adaptation
peuvent être cités dans les gares françaises. Par exemple, la RATP intègre, dans
ses marchés de renouvellement d?équipement, des prescriptions d?adaptation au
changement climatique qui prennent en compte les évolutions de températures
projetées à l?échelle du bassin francilien. La Société du Grand Paris agit sur les
bâtiments des gares dès leur conception, via l?installation d?un filtre solaire sur
les façades, l?isolation et la végétalisation des toitures ainsi que le choix d?un
revêtement de sol à faible effet pour maintenir le confort thermique des usagers.
Les locaux techniques du Grand Paris Express sont également climatisés pour
garantir le bon fonctionnement des équipements informatiques.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
209
? Prévention du risque incendie
En conception, la prévention du risque incendie liée aux fortes chaleurs et séche-
resses passe par des actions telles que le recul des parcelles herbées par rapport
aux voies. En exploitation et maintenance, l?action principale de prévention est
le débroussaillage des abords des voies, qui est par exemple pratiqué par SNCF
Réseau. La Société du Grand Paris (SGP) prévoit également le débroussaillage
des abords des voies et la définition d?une hauteur limite des essences plantées
à proximité, à partir d?un cahier des charges élaboré par la SGP pour le futur main-
teneur RATP-GI.
Cependant, bien que des solutions existent, le groupe SNCF note le défi que
représente le traitement de l?aléa incendie puisque cela nécessite de conjuguer
un débroussaillage des abords des voies pour y éviter la propagation des incen-
dies avec les contraintes réglementaires liées à la préservation de la biodiversité.
? Adaptation du matériel roulant ferroviaire
Installation de climatisation et aérations
En période de fortes chaleurs, le matériel roulant doit être adapté pour assurer le
confort thermique des voyageurs.
Aujourd?hui, 61,5 % des rames de matériel roulant ferroviaire RATP sont pour-
vues de ventilation réfrigérée (i. e.de climatisation). Cela correspond à 36 % des
métros, 100 % des tramways, 100 % des matériels RERA et 80 % des matériels
RERB.Ces chiffres devraient être amenés à 100 % des RER climatisés en2025
et 70 % des métros en2030. Afin d?améliorer le confort des voyageurs dans les
bus en période de fortes chaleurs, la RATP indique que le parc de bus sera clima-
tisé à hauteur de 60 % d?ici 2025.
Le Grand Paris Express sera également équipé de climatisation et de circuits natu-
rels de refroidissement de l?air, qui auront également pour effets bénéfiques une
ventilation propice à la limitation des risques sanitaires.
Sur le parc SNCF Voyageurs, 96 % des TER sont équipés de climatisation, ainsi
que 100 % des TGV, des OUIGO et des Intercités. L?enjeu, pour SNCF Voyageurs,
est à la fois d?installer la climatisation dans les matériels qui n?en sont pas encore
pourvus et d?améliorer la performance de la climatisation et l?évolution du cahier
des charges.
Évolution des cahiers des charges
Pour le transport ferroviaire longue distance, les cahiers des charges pour le
confort thermique ont évolué à la suite de la révision de la norme européenne
de confort thermique sur les trains grandes lignes en2016. SNCF Voyageurs est
allé plus loin que les exigences européennes pour un pays comme la France, en
prenant en compte le climat du sud de la France, plus chaud que le climat moyen
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
210
français, ainsi que les évolutions attendues du climat. Ainsi, la température exté-
rieure à partir de laquelle la climatisation doit être en mesure de fonctionner à
pleine capacité, tout en tolérant un niveau d?encrassement de certains organes
(filtres et échangeurs), est égale à celle exigée pour l?Espagne dans la norme euro-
péenne, soit45oC. De même la température extérieure en condition de limite
d?exploitation, à partir de laquelle l?installation de climatisation peut fonctionner
en mode réduit, est portée à50oC (égale à celle exigée pour l?Espagne dans la
norme européenne). Ce nouveau cahier des charges a vocation à être appliqué
sur tout type de matériel roulant du parc SNCF Voyageurs, au fur et à mesure des
renouvellements.
Opérations de maintenance et de fiabilisation spécifiques
Pour prévenir les problèmes de climatisation dans les trains, SNCF Voyageurs a
mis en place des opérations de maintenance spécifiques à la climatisation en
période estivale, ainsi qu?une hotline spéciale pour le dépannage à distance de
problèmes de climatisation. Le résultat sur l?été2022a été une amélioration du
comportement de la climatisation par rapport aux années précédentes. La RATP a
également mis en place une maintenance anticipée de la climatisation sur certains
matériels métro (lignes2, 5 et 9) sur la période de mars à mai. La maintenance
de la climatisation sur les métros n?est donc plus lissée sur l?année. Des cycles
de maintenance préventifs sont aussi effectués sur le matériel roulant du tramway.
Un travail de fiabilisation du matériel roulant en période caniculaire est égale-
ment engagé par la RATP et inscrit dans le plan canicule2023 du groupeSNCF.
Sur les modèles de métro ferré, les analyses récurrentes de fiabilité effectuées
par la RATP, ainsi que la réalisation au plus tôt de plans d?action ont déjà porté
leurs fruits, ayant notamment permis de passer la dernière période estivale sans
dégradation de la fiabilité.
Enfin, pour le matériel roulant du tramway, la RATP prévoit également un appro-
visionnement en composants plus robustes à la chaleur dans les ateliers de
maintenance.
? Amélioration du confort des voyageurs durant les fortes chaleurs
À bord des trains et en gare, des actions de distribution d?eau sont organisées
en période de fortes chaleurs pour éviter la déshydratation des voyageurs. Les
équipes SNCF Voyageurs distribuent de l?eau gratuitement en période de canicule
dès1heure de retard si la climatisation ne fonctionne pas et dès2heures de
retard si celle-ci fonctionne. Ainsi, durant l?été2022, 70 000bouteilles d?eau ont
été distribuées dans les TER et 270 000 dans les TGV et Intercités. Pour amélio-
rer le confort des voyageurs par temps de canicule, SNCF Gares et Connexions a
également mis en place le dispositif Renfort Eau, dans 24gares, permettant aux
voyageurs de retirer gratuitement une bouteille d?eau dans les Relay. La RATP,
quant à elle, a distribué 100 000bouteilles d?eau entre le12 et le18juillet 2022,
dans une trentaine de gares et stations. Une distribution d?éventails a également
eu lieu sur la ligne5à la même période.
Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
211
Figure F 16 : Sticker indiquant qu?un RER est équipé de climatisation.
Source : © Arnaud Bouissou/Terra.
Pour éviter aux voyageurs les désagréments liés à la canicule, le plan canicule2023
du groupe SNCF prévoit également de continuer à inviter au report du voyage en
cas de canicule, éventuellement en ciblant certaines catégories de voyageurs,
tels que ceux dont le voyage doit avoir lieu sur une ligne non climatisée ou les
personnes vulnérables.
Figure F 17 : Agents RATP distribuant des bouteilles d?eau et des éventails en gare de
Vincennes pendant l?épisode caniculaire de juillet2022.
Source : © Arnaud Bouissou/Terra.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
212
Actions d?adaptation des routes
Plusieurs solutions existent pour faire face aux impacts des fortes chaleurs sur
l?infrastructure routière. Il existe par exemple des gammes de bitumes adaptés
aux différents climats. Il est donc possible de modifier progressivement les formu-
lations lors du renouvellement des couches de roulement, qui a lieu environ tous
les15ans. Une autre solution est d?utiliser des chaussées de couleur claire, qui
absorbent moins le rayonnement solaire et ainsi chauffent moins. Cela nécessite
un liant clair (bitume dépigmenté, liant biosourcé ou liant hydraulique) et des gra-
nulats clairs. La difficulté est que ces derniers ne sont pas forcément disponibles
partout. D?autres difficultés pratiques se posent lors de l?utilisation de chaussées
de couleurs claires : risque de noircissement de la chaussée en cas de trafic auto-
mobile significatif, risque d?inconfort pour les usagers voire d?atteinte à la sécurité
routière (risque d?éblouissement, manque de contraste par rapport au marquage
au sol). Ainsi, les chaussées claires sont aujourd?hui privilégiées en milieu urbain
pour réduire les îlots de chaleur, notamment pour les trottoirs, espaces publics,
voies piétonnes ou peu circulées et pistes cyclables. Actuellement, il n?y a pas de
perspective de les développer à grande échelle sur les routes. Une solution tem-
poraire, pratiquée par certaines collectivités pour éviter le ressuage, demeure le
blanchissement de la route au lait de chaux. Il s?agit d?un traitement temporaire
qui n?est efficace que pendant quelques jours. Cela a par exemple été pratiqué
en Ille-et-Vilaine durant l?été2022.
Dans son rapport de2020 sur le retour d?expérience sur la canicule de2019, le
CEREMA a également identifié l?exploitation des relevés lidar permettant de déter-
miner la qualité des routes (effectués dans le cadre de la démarche « indice qualité
des routes nationales » ou IQRN) comme un moyen d?identifier et de suivre cer-
taines déformations de la chaussée causées par les fortes chaleurs.
Sur les ouvrages d?art, le CEREMA préconise une surveillance accrue des appa-
reils d?appui lors des conditions de températures extrêmes, conduisant, si néces-
saire, au remplacement préventif de ceux-ci, selon les exigences européennes
(Eurocodes), qui imposent un dimensionnement plus contraignant que les règle-
ments français.
Enfin, il convient de noter que durant les fortes chaleurs, les règlements intérieurs
des directions interdépartementales des routes prévoient des organisations adap-
tées des travaux (décalage le matin, notamment) ainsi que des pauses et la dis-
tribution d?eau. Des casquettes sont aussi prévues pour les agents.
213
Conclusions et perspectives
Conclusions et perspectives
Les conditions météorologiques rencontrées l?été2022 et leurs impacts sur tous
les aspects de notre société et de la nature doivent nous rappeler l?urgence d?agir
sur les deux volets de la lutte contre le changement climatique. Premièrement,
il est aujourd?hui très clair que l?adaptation au changement climatique est indis-
pensable et que nous devons préparer comment vivre le mieux possible dans
le climat futur. Deuxièmement, on n?insistera jamais assez sur la nécessité de
limiter l?impact des activités humaines sur le climat, en réduisant drastiquement
les émissions mondiales de GES de façon à limiter l?ampleur du réchauffement
climatique futur.
Puisque le risque climatique est le produit de trois facteurs, les politiques d?adap-
tation doivent jouer sur les trois tableaux. Bien sûr, il est parfois difficile de classer
telle ou telle mesure dans une seule des composantes du risque : aléa, vulnérabi-
lité ou exposition (figureA3), puis il existe un certain recouvrement. La réduction
de la vulnérabilité, de l?exposition et/ou de l?aléa peut être obtenue par différents
choix de politiques et d?actions au fil du temps.
Les actions de réduction de l?aléa
Les dernières observations et les projections climatiques montrent clairement que
les épisodes caniculaires vont se multiplier d?ici2050. Ils ne seront pour la très
grande majorité d?entre eux pas plus forts en intensité, en durée ou en sévérité
qu?en2003, mais il est possible qu?ils s?en rapprochent ou même les dépassent
dans certaines régions, comme en Bretagne cette année où des records de tem-
pérature ont été battus. Les canicules précoces comme celle de juin2019 ou
juin2022 seront quatre fois plus probables à l?horizon2040, celle de juillet six
fois plus (chapitreB).
Dans le cas de la trajectoire socio-économique parmi celles utilisées par le GIEC
dans ses derniers rapports, la plus sévère (SSP5-8.5), les épisodes de fortes cha-
leurs se multiplieront, auront une intensité bien supérieure, seront plus longs et
dureront tout l?été (90jours).
Réussir à atteindre les objectifs de l?accord de Paris sur le climat par des mesures
d?atténuation et donc limiter la hausse mondiale des températures bien en dessous
de2oC d?ici la fin du siècle, tout en poursuivant les efforts pour ne pas dépas-
ser1,5oC, c?est aussi réduire l?occurrence de vagues de chaleur plus sévères.
Au-delà des mesures d?atténuation qui, en réduisant les causes du changement
climatique, en limitent les conséquences à long terme, la réduction de l?aléa peut
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
214
provenir d?actions d?adaptation, nécessaires sur le court et moyen terme. Ainsi, la
lutte contre les îlots de chaleur urbains tels que décrits dans le chapitreB permet
de limiter les températures extrêmes, réelles et ressenties, notamment en privi-
légiant des solutions d?adaptation fondées sur la nature. Il convient néanmoins
de rappeler que ces dernières ne fonctionnent qu?avec une nature préservée ou
restaurée et à condition que le réchauffement ne soit pas trop fort.
La réduction de la vulnérabilité
Une des façons d?agir pour réduire la vulnérabilité de la population aux vagues
de chaleur est d?étendre les mesures de prévention déjà existantes, au moyen
d?informations répétées sur les bons réflexes à avoir, mais aussi d?alerter le
plus tôt possible de manière que la population prenne les mesures nécessaires
à la réduction de leur vulnérabilité. Ces mesures peuvent être prises également
par les autorités compétentes qui pourront, selon le cas, décider d?interdire une
manifestation sportive ou bien de faciliter le recours au télétravail. Les mesures
préventives peuvent également être des mesures nécessitant un certain investis-
sement dans l?adaptation des structures telles que la mise en place d?aumoins
une pièce rafraîchie dans chaque maison de retraite et logement foyer pour per-
sonnes âgées, tels que prévus dans le plan national canicule de mai2004. Des
mesures similaires sont à étendre par exemple pour les conducteurs de bus ou
de train, lors du renouvellement du matériel roulant.
La réduction de l?exposition
Enfin, les actions d?adaptation peuvent chercher à réduire l?exposition. Par exemple,
il est possible de la diminuer en mettant à jour les différents référentiels techniques
comme il a été fait pour la réglementation régissant les constructions nouvelles.
Ainsi, la RE2020 impose aux futures constructions un niveau de confort thermique
minimum en cas de vagues de chaleur du niveau de celle de2003 (chapitreD).
L?élaboration d?un plan vague de chaleur interministériel permettra de compléter
le plan national canicule jusqu?alors consacré aux impacts sanitaires de manière
à lutter contre l?impact des vagues de chaleur sur la vie quotidienne des Français,
la continuité des services publics essentiels et de la vie économique, ainsi que
la protection des milieux et ressources naturels, tout en gardant les acquis du
plan canicule actuel.
215
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Bibliographie
Rapport d?activité
del?Observatoire
Créé par la loi du 19février 2001, l?ONERC matérialise la volonté du Parlement
et du Gouvernement d?intégrer les effets du changement climatique dans les
politiques publiques environnementales en France métropolitaine et d?outre-
mer. L?ONERC est rattaché au ministère de la Transition écologique et de
la Cohésion des territoires (MTECT) et au ministère de la Transition éner-
gétique (MTE) via le service climat et efficacité énergétique de la direction
générale de l?énergie et du climat (DGEC).
L?orientation de l?action de l?ONERC est assurée depuis2017 (décret no2017-
211 du 20février 2017) par une commission spécialisée dédiée du Conseil
national de la transition écologique présidée par M.Ronan Dantec, séna-
teur de la Loire-Atlantique (arrêté du 14avril 2017). L?ONERC est dirigé par
M.Laurent Michel, directeur général de l?énergie et du climat. Le secréta-
riat général est assuré par M.Éric Brun, assisté de cinq chargés de mission,
dont une adjointe au secrétaire général. L?équipe de l?ONERC a été appuyée
sur la période couverte par ce rapport par une chargée de mission vacataire
et a accueilli plusieurs stagiaires.
L?ONERC a pour missions principales de collecter et diffuser les informa-
tions sur les risques liés au réchauffement climatique et de formuler des
recommandations sur les mesures d?adaptation à envisager pour limiter les
impacts du changement climatique. Il assure également, depuis sa création,
la fonction de point focal de la France au sein du Groupe d?experts intergou-
vernemental sur l?évolution du climat (GIEC).
Au sein du service climat et efficacité énergétique, l?ONERC constitue le « pôle
Adaptation au changement climatique » de la DGEC, en charge de la coordi-
nation de la politique nationale d?adaptation.
Cette annexe, sans être exhaustive, présente les principales actions de
l?ONERC entre octobre2021 et décembre2022.
Table des matières
Action internationale ............................................................................... 231
Politique d?adaptation au changement climatique .......................... 240
Information, formation et communication ....................................... 243
231
Rapport d?activité del?Observatoire
Action internationale
La fonction de point focal du GIEC pour la France a occupé une large part des
activités internationales de l?observatoire sur la période couverte par le présent
rapport d?activité. En outre, l?ONERC a intensifié sa participation régulière aux
autres travaux internationaux, notamment au niveau de l?Union européenne (contri-
bution aux missions de la présidence française du Conseil de l?Union européenne
du 1erjanvier 2022 au 30juin 2022) et de la Convention-cadre des Nations unies
sur les changements climatiques (CCNUCC). L?ONERC a de surcroît développé des
relations multilatérales et bilatérales avec les services en charge des politiques
publiques d?adaptation dans plusieurs pays.
Groupe d?experts intergouvernemental
sur l?évolution du climat (GIEC)
Depuis plus de30ans, le GIEC évalue l?état des connaissances sur l?évolution du
climat, ses causes, ses impacts. Il identifie également les possibilités de limiter
l?ampleur du réchauffement et la gravité de ses impacts et de s?adapter aux chan-
gements attendus. Les rapports du GIEC fournissent un état des lieux régulier des
connaissances les plus avancées. Cette production scientifique est au coeur des
négociations internationales sur le climat. Elle est aussi fondamentale en tant que
source scientifique sur laquelle s?appuie le gouvernement français pour définir sa poli-
tique climatique ainsi que pour informer et alerter les décideurs et la société civile.
6ecycle d?évaluation du GIEC
Le 6ecycle GIEC a débuté en octobre2015 et se terminera d?ici fin juillet 2023
avec l?élection d?un nouveau bureau.
Trois rapports spéciaux ont déjà été produits au cours de ce 6ecycle :
? un premier rapport spécial sur l?impact d?un réchauffement global de1,5oC au-
dessus des niveaux préindustriels et sur les trajectoires d?émission de gaz à effet
de serre correspondantes a été publié le8octobre 2018 ;
? le 8août 2019, un deuxième rapport spécial sur les liens entre le changement
climatique, la désertification, la dégradation des terres, la gestion durable des
terres, la sécurité alimentaire et les flux de gaz à effet de serre dans les écosys-
tèmes terrestres a été publié ;
? le 25septembre 2019, un troisième rapport spécial sur les liens entre le chan-
gement climatique, les océans et la cryosphère a été publié.
En mai2019, a également été produite une mise à jour du guide méthodologique
sur les inventaires nationaux d?émissions de gaz à effet de serre datant de2006.
Le GIEC a déjà publié les 3volumes de son 6erapport d?évaluation (AR6) :
Volume1 : les bases physiques du changement climatique, publié en août2021 ;
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
232
Volume2 : les impacts, les risques, l?adaptation et la vulnérabilité au changement
climatique, publié en février2022 (cf. encadré4, ci-après) ;
Volume3 : l?atténuation du changement climatique, publié en avril2022 (cf.
encadré5, ci-après).
Le 6ecycle du GIEC se conclura par la publication de son rapport de synthèse
(SYR) qui sera publié en mars2023. Le résumé pour décideurs du rapport de syn-
thèse est le produit phare concluant un cycle.
L?AR6 du GIEC sera en outre l?intrant scientifique principal du premier bilan mondial
de l?accord de Paris qui sera établi en2023.
Encadré 4
Volume2 du 6erapport d?évaluation du GIEC
« changement climatique : impacts, adaptation et vulnérabilité »
Le Groupe d?experts intergouvernemental sur l?évolution du climat (GIEC) a
publié en février2022 le deuxième volume de son 6e rapport d?évaluation.
Ce rapport est le fruit d?une collaboration internationale de300auteurs
scientifiques (dont5 travaillent en France) issus de67pays, ainsi que
d?un long processus transparent et inclusif d?expertise collective. Ainsi
plus de62 000commentaires de gouvernements et d?experts ont été exa-
minés par les auteurs et ont tous reçu une réponse.
Dans ce deuxième volume, le GIEC atteste d?une augmentation des risques
(vagues de chaleur, précipitations extrêmes, sécheresses, fonte de la
cryosphère, changement du comportement de nombreuses espèces?)
pour un même niveau de réchauffement par rapport au 5erapport d?éva-
luation de2014. Le changement climatique impacte de plus en plus les
écosystèmes, la sécurité de l?accès à l?eau et à l?alimentation, les infras-
tructures, la santé et le bien-être, ainsi que l?économie et la culture. Avec
l?augmentation du réchauffement, les risques vont s?aggraver dans toutes
les régions du monde, en particulier dans les plus vulnérables.
Ce volume fait également le point sur les politiques d?adaptation déjà
engagées et identifie celles qui doivent être mises en oeuvre pour faire
face à l?augmentation des risques. Le nombre de mesures d?adaptation a
ainsi considérablement augmenté depuis le 5erapport, mais la plupart se
focalisent sur les ressources en eau (cette insécurité concerne la moitié
de la population mondiale) et leurs effets sont encore mal évalués. Plus
inquiétant, le GIEC identifie des seuils de réchauffement provoquant des
impacts irréversibles sur la perte de la biodiversité et pointe le fait que
certaines limites d?adaptation ont déjà été atteintes. De manière géné-
rale, les experts soulignent que le fait de retarder les politiques d?adap-
tation compromet leur efficacité et en augmente le coût.
Rapport d?activité del?Observatoire
233
Encadré 5
Volume 3 du 6e rapport d?évaluation du GIEC
« atténuation du changement climatique »
Le Groupe d?experts intergouvernemental sur l?évolution du climat (GIEC)
a publié en avril2022 le troisième volume de son 6erapport d?évaluation.
Ce rapport est le fruit d?une collaboration internationale de278auteurs
scientifiques (dont5 travaillent en France) issus de65pays, ainsi que
d?un long processus transparent et inclusif d?expertise collective. Ainsi
plus de59 000commentaires de gouvernements et d?experts ont été exa-
minés par les auteurs et ont tous reçu une réponse.
Le troisième et dernier volume du 6erapport d?évaluation du GIEC fait le
point sur l?atténuation, c?est-à-dire les mesures de réduction des émis-
sions de gaz à effet de serre (GES). Selon cette nouvelle évaluation, les
émissions mondiales ont continué à augmenter fortement au cours de la
dernière décennie, mais moins vite que lors de la décennie précédente.
Autre constat, même si le coût des énergies renouvelables a considéra-
blement baissé et si leur déploiement s?est accéléré, cela n?a pas permis
de réduire les émissions venant des combustibles fossiles. Plus large-
ment, les experts alertent : même si les contributions déterminées au
niveau national (CDN) dans le cadre de l?Accord de Paris sont respectées
d?ici2030, l?objectif de réchauffement global de1,5oC qui fait partie de
l?objectif de température de cet accord est probablement hors de portée
et celui de rester bien en dessous de2oC, qui en fait également partie,
nécessitera des réductions d?émissions très fortes après2030. Les poli-
tiques actuelles des pays conduiraient à un réchauffement global de3,2oC
d?ici la fin du siècle, par rapport au niveau préindustriel.
Limiter le réchauffement à1,5oC nécessite d?atteindre le « zéro émission
nette » de CO2à l?échelle mondiale en2050. Cela ne sera possible que
si tous les secteurs font leur transition : bâtiments, transports, énergie,
industrie, agriculture, etc. Le rapport du GIEC détaille les solutions pour
parvenir à réduire drastiquement les émissions de GES.
Réunions plénières et du bureau du GIEC
En coordination avec les ministères en charge de la Recherche (MESR) et des
Affaires étrangères (MEAE), l?ONERC, en tant que point focal du GIEC pour la
France, assure la représentation permanente de la France au sein des organes
de gouvernance du GIEC.
Sur la période couverte par ce rapport, l?ONERC a ainsi participé à3réunions du
bureau du GIEC et à trois réunions plénières du GIEC.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
234
Les 55e et 56eréunions plénières du GIEC (IPCC-55 du14 au 24février 2022 et
IPCC-56 du21mars au 4avril 2022) ont permis d?approuver le rapport du Groupe
de travail2 et le rapport du Groupe de travail3 (cf. encadrés4 et 5). En raison de
la pandémie, le processus d?approbation de ces deux volumes a été tenu entiè-
rement en virtuel.
La 57eréunion plénière du GIEC (IPCC-57) s?est tenue en Suisse, à Genève, du27
au 30septembre 2022. Elle visait principalement à préparer les conditions d?ins-
tallation (en particulier la composition et la tenue des élections) du futur bureau
du GIEC en vue du prochain cycle de travail (7e). Cette première réunion en pré-
sentiel depuis IPCC-52 (février2020) a notamment permis de programmer le
calendrier des élections pour l?installation du prochain bureau du GIEC, étape
nécessaire pour lancer les travaux de recherche du prochain cycle. Ces élections
se tiendront d?ici fin juillet2023.
6ecycle en France
Sur la période d?octobre2021à décembre2022, l?ONERC a organisé, en coor-
dination avec le MEAE et le MESR, les dernières revues gouvernementales du
résumé à l?intention des décideurs des volumes2 et 3 du 6eRapport d?évaluation
du GIEC ainsi que la revue par le gouvernement français de la première version
du Rapport de synthèse (SYR). Ces revues se sont appuyées principalement sur
l?expertise des services des ministères représentés dans l?équipe interministé-
rielle de négociations sur le climat, et sur l?expertise du MESR et d?organismes
scientifiques et techniques.
Les ultimes revues des volumes2 et 3 ne concernaient que le résumé pour déci-
deurs et ont été menées par l?ONERC respectivement du1eroctobre au 26novembre
2021 et du29novembre 2021 au 30janvier 2022. 456commentaires pour le
volume2 et 496 pour le volume3 ont été transmis au GIEC, à la suite d?une large
mobilisation d?environ une trentaine de services étatiques et d?organismes scien-
tifiques et techniques, comprenant au total une soixantaine de relecteurs. À la
suite de ces dernières revues, les sessions de négociations ont abouti à la publi-
cation des volumes2 et 3 en février et avril2022.
Parallèlement, la première revue gouvernementale du rapport de synthèse s?est
tenue du10janvier au 20mars 2022, mobilisant 19organismes et aboutissant à
l?envoi de397commentaires. La deuxième revue se s?est tenue du21novembre
2022 au 15janvier 2023 pour une publication le 20mars 2023 qui achèvera la
production scientifique du 6ecycle du GIEC.
Rapport d?activité del?Observatoire
235
Figure 1:Revues gouvernementales du 6erapport d?évaluation du GIEC entre octobre2019
et mars2022. Nombre de commentaires soumis par la France lors des revues de la deuxième
version (SOD) et de la dernière version (FGD) des différents projets de rapports constituant
les volumes1, 2 et 3 ainsi que le rapport de synthèse.
Figure 2:Nombre de relecteurs et d?organismes contributeurs aux revues gouvernementales
de la France entre octobre2019 et mars2022. Revue de la deuxième version (SOD) et de la
dernière version (FGD) des différents projets de rapports.
955
240
3709
456
1950
496 397
No
m
br
e
de
c
om
m
en
ta
ire
s
0
500
1000
1500
2000
2500
3000
3500
4000
SOD FGD SOD FGD SOD FGD SOD
AR6 WG2 AR6 WG3 AR6 SYRAR6 WG1
Commentaires soumis lors de l?AR6
47
74
209
62
150
60
3027 32 26 30 32
19
Relecteurs Organismes
Relecteurs et organismes sollicités lors de l'AR6
No
m
br
e
de
re
le
ct
eu
rs
/o
rg
an
is
m
es
0
50
100
150
200
250
SOD FGD SOD FGD SOD FGD SOD
AR6 WG1 AR6 WG2 AR6 WG3 AR6 SYR
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
236
Enfin, sur toute la période du 6ecycle du GIEC, le financement de l?unité d?appui
technique (en anglais Technical Support Unit ?TSU) du Groupe de travail1 du
GIEC est assuré par la France. Le suivi du financement et des activités de cette
TSU est assuré par l?ONERC, le MESR et le MEAE. L?ONERC a de plus coordonné
le versement de la contribution française2019, 2020, 2021 et 2022 au budget
central de fonctionnement du GIEC.
Rencontres entre experts français de l?IPBES et du GIEC
Des rencontres entre experts français de l?IPBES et du GIEC sont organisées régu-
lièrement par la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB), qui assure
le secrétariat scientifique du Comité français pour l?IPBES, et l?ONERC. Elles sont
à destination des experts français qui participent ou seraient amenés à partici-
per aux travaux des plateformes intergouvernementales scientifiques et politiques
de l?IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique pour la bio-
diversité et les services écosystémiques) et du GIEC (Groupe d?experts intergou-
vernemental sur l?évolution du climat).
L?objectif principal de cet événement est l?échange d?expérience, au sein et entre
les communautés de recherche sur la biodiversité et le climat. Les décideurs,
par exemple les ministères ou institutions qui représentent la France à l?IPBES,
au GIEC, mais aussi auprès des accords multilatéraux environnementaux, ou les
décideurs à d?autres échelons (collectivités, entreprises, etc.), sont également
invités en tant qu?acteurs clés à l?interface science-politique.
L?édition2022, organisée le 1erjuin et accueillie par la Caisse des dépôts et consi-
gnations (CDC), a été introduite par Éric Lombard (directeur général de la CDC),
Hélène Soubelet (directrice de la FRB) et Éric Brun (secrétaire général de l?ONERC).
Puis, les participants (environ 50personnes) ont été conviés à plusieurs sessions
de tables rondes sur les sujets suivants :
1. l?implication des parties prenantes en tant qu?experts dans les travaux de
l?IPBES et du GIEC ;
2. l?optimisation des processus de relecture des rapports de l?IPBES et du GIEC ;
3. l?expérience en tant qu?auteur d?une évaluation IPBES ou GIEC ;
4. le traitement des enjeux de gouvernance dans les évaluations IPBES et GIEC.
Convention-cadre des Nations unies sur les changements
climatiques (CCNUCC)
Dans le cadre de l?appui aux négociations climatiques mondiales, l?ONERC parti-
cipe également, avec le département de la lutte contre l?effet de serre du minis-
tère de la Transition énergétique, au groupe informel d?experts européens consacré
aux sujets scientifiques ayant pour objectif de construire une vision commune sur
ces sujets au sein des États membres de l?Union européenne.
Rapport d?activité del?Observatoire
237
L?année2022a marqué la reprise des grands rendez-vous de négociations clima-
tiques en présentiel où l?ONERC s?est fortement impliqué pour appuyer les efforts
de l?Union européenne en faveur des résultats du GIEC, combinant son rôle durant
la présidence française de l?Union européenne avec celui de point focal du GIEC.
La sortie, en début d?année2022, des rapports des groupes de travail du GIEC
sur l?adaptation et l?atténuation a suscité un vif intérêt des Parties à la CCNUCC.
Leurs auteurs ont présenté les travaux de manière détaillée lors d?événements
spécifiques et informé de nombreux points à l?agenda des négociations (atténua-
tion, adaptation, pertes et dommages, les soutiens à la mise en oeuvre et le bilan
mondial p.ex.). À la COP27, en novembre2022, l?ONERC a continué à soutenir
l?équipe de négociation française sur les sujets scientifiques.
Task force sur l?adaptation au changement climatique
de l?OCDE
L?ONERC est le point focal de la task force établie depuis février2020 et qui
informe les travaux du comité de politiques environnementales de l?OCDE. Les
réunions thématiques de la task force en2022 ont couvert un champ de plus en
plus large : les pertes et dommages dans le contexte du changement climatique,
les systèmes de suivi et évaluation des actions d?adaptation, les villes résilientes
et, liées, les solutions fondées sur la nature par exemple. Cela répond à un intérêt
croissant, tant au niveau national des pays membres que dans les forums inter-
nationaux. Ces travaux permettent la mise en réseau et l?échange de connais-
sances techniques entre acteurs d?adaptation, informent les efforts de la France
pour s?adapter au changement climatique et vice versa. L?ONERC continue en
conséquence à faciliter la coopération entre la France et l?OCDE dans ce domaine.
Espace européen
? Présidence française du Conseil de l?Union européenne
Du 1erjanvier au 30juin 2022, la France a assuré la présidence du Conseil de
l?Union européenne (PFUE). Cette présidence, située à mi-parcours du mandat de
la Commission qui a fait du Pacte vert européen la pierre angulaire de sa feuille
de route, a été marquée par la sortie de crise liée à la pandémie de Covid-19.
Au nom de la DGEC, l?ONERC a assuré la présidence du groupe d?experts euro-
péens chargé de formuler la position de l?Union européenne concernant les sujets
scientifiques débattus sous la Convention-cadre des Nations unies sur le change-
ment climatique (CCNUCC). Il a également présidé ce groupe de l?UE pendant les
négociations climatiques à Bonn enjuin. L?ONERC a par ailleurs organisé la pre-
mière réunion de coordination hybride de ce groupe depuis le début de la pandémie.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
238
Encadré 6
Évènement PFUE sur l?adaptation au changement climatique
Dans le cadre de la Conférence ministérielle pour le climat, organisée par
le ministère en charge de la Transition écologique, l?ONERC a organisé un
atelier d?échanges entre experts européens sur l?adaptation au change-
ment climatique le 8mars 2022. Cet atelier a été introduit par une pré-
sentation des principales conclusions du rapport du groupe de travailII
du GIEC sur les impacts, l?adaptation et la vulnérabilité au changement
climatique par ses coprésidents ainsi que par un focus sur les impacts
et l?adaptation dans les petites îles et les États insulaires. L?atelier s?est
articulé autour de trois tables rondes. La première table ronde sur la gou-
vernance de la politique d?adaptation a réuni l?ambassadeur climat de la
France et des représentants de la direction générale de l?Office espagnol
du changement climatique, de la direction générale en charge du Climat
de la Commission européenne et des associations Climate Alliance et
Climate Chance avec pour objectif de questionner le rôle respectif de l?Eu-
rope, des États et des territoires. La deuxième table ronde a réuni des
experts de Météo-France, du CEREMA, de la direction des services cli-
matiques des Pays-Bas, du programme d?observation de la Terre de l?UE
Copernicus, de l?observatoire pyrénéen du changement climatique et d?Ac-
climaTerra pour présenter les outils à disposition des territoires européens
pour s?adapter au changement climatique. La troisième table ronde a réuni
des experts de la direction générale de la Politique régionale et urbaine
de la Commission européenne, du ministère de l?Enseignement supérieur,
de la Recherche et de l?Innovation, de la fondation italienne de recherche
CIMA, de la direction de la transition énergétique et des territoires de la
région Sud et de l?EPTB Seine Grands Lacs pour présenter les disposi-
tifs et aides financières à la disposition des territoires pour s?adapter au
changement climatique.
Représentant la DGEC, l?ONERC siège pour la France au sein du groupe de travail
mis en place par la direction générale Climat de la Commission européenne pour
le suivi de la stratégie européenne d?adaptation adoptée en2013 et révisée
en2021. Dans le cadre de la gouvernance de l?union de l?énergie, l?ONERC met
à jour tous les deux ans, depuis mars2021, les informations concernant la poli-
tique et les actions d?adaptation en France sur l?outil dédié de rapportage. Ces
informations sont ensuite diffusées sur la plate-forme d?échange Climate Adapt 1
par l?Agence européenne de l?environnement (AEE). L?ONERC soutient également
les équipes en charge de la mise à jour du plan national énergie climat qui est
en préparation pour2023.
1. http://climate-adapt.eea.europa.eu/
Rapport d?activité del?Observatoire
239
Sous la coordination du CGDD/SDES du ministère, l?ONERC fait partie du groupe
de travail fédéré dans le réseau Eionet rassemblant les correspondants de l?Agence
européenne de leEnvironnement (AEE) intéressés par les problématiques d?obser-
vation des effets du changement climatique et de l?adaptation. À ce titre, l?ONERC
a participé à l?atelier annuel sur les impacts du changement climatique, la vulné-
rabilité et l?adaptation en septembre2022à l?AEE. Par ailleurs, l?ONERC contri-
bue aux différentes publications de l?AEE sur les sujets d?adaptation tels que
les coûts de l?inaction et de l?adaptation, les impacts des sécheresses sur les
écosystèmes, le rafraîchissement durable des bâtiments, le statut des actions
d?adaptation nationales en Europe ou bien le lien entre changement climatique
et santé par exemple.
L?Observatoire pyrénéen sur le changement climatique (OPCC) a invité l?ONERC à
faire partie de son comité de pilotage. Le colloque final du projet ADAPYR et des
autres programmes associés (ACCLIMAFOR, FLORAPYR Avance et ADNPyr) orga-
nisé à Bilbao les19 et 20mai 2022a été l?occasion pour l?ONERC de présen-
ter le Centre de ressources sur l?adaptation au changement climatique lors de la
table ronde sur les plateformes de ressources climatiques accessibles sur le ter-
ritoire pyrénéen.
L?ONERC participe, en tant que pilote de certaines actions et bénéficiaire associé,
au projet ARTISAN coordonné par l?Agence française pour la biodiversité. Ce projet,
retenu par la Commission européenne au titre des projets LIFE intégrés, vise à
généraliser le recours aux solutions fondées sur la nature pour l?adaptation au
changement climatique.
Initiatives multilatérales et bilatérales
Dans une logique de collaboration transfrontalière, l?ONERC a eu l?occasion de
participer à plusieurs échanges bilatéraux formels et informels avec ses homolo-
gues de la plupart des pays voisins de la France métropolitaine (groupe Science,
IG CCA, Convention alpine, etc.) ainsi que quelques pays plus éloignés afin de
partager les idées et les pratiques en matière d?adaptation au changement clima-
tique (Chine, Groupe Visegrad, Inde).
Dans le cadre de l?Atelier « Adaptation des communes au changement climatique
en France et en Allemagne », organisé à Cologne les23 et 24mai 2022 par Dfi,
l?Institut franco-allemand de Ludwigsburg, l?ONERC est intervenu pour présenter
les outils existants en France pour sensibiliser les acteurs locaux à l?adaptation
au changement climatique.
Dans le cadre de l?évaluation des performances environnementales de l?Allemagne
conduite par l?OCDE (2022-2023), l?ONERC a participé à une mission de revue
par les pairs des politiques environnementales allemandes en tant qu?expert des
politiques d?adaptation au changement climatique et de solutions fondées sur la
nature du10 au 14octobre 2022à Berlin.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
240
La commission de normalisation de l?AFNOR sur l?environnement et le changement
climatique, dont l?ONERC est membre, a suivi les travaux de l?ISO, menant à la
publication de la série de normes sur l?adaptation au changement climatique. À ce
jour sept normes ont été publiées : les normes ISO14090 (juin2019), ISO14091
(février2021), ISO14092 (mai2020), ISO14097 (septembre 2021), ISO14093
(juin2022) et ISO14030-3 (septembre2022) et ISO14100 (octobre2022).
L?ONERC est enfin régulièrement sollicité pour participer à des travaux en lien avec
les problématiques du changement climatique et de ses enjeux. Les quelques
exemples ci-après visent à illustrer la variété et la diversité de ces activités :
? de mai2021à février2022, l?ONERC a participé à l?équipe projet du Varenne
de l?eau agricole et de l?adaptation au changement climatique ;
? l?ONERC a également participé aux travaux d?élaboration du 4eplan national
santé-environnement ;
? depuis octobre2021, l?ONERC participe au comité interministériel de suivi des
Assises de la forêt et du bois et est en charge du suivi de l?action des Assises
relative à l?appel à projet2022 du RMT-Aforce sur l?adaptation au changement
climatique pour le MTECT depuis mars2022 ;
? participation aux travaux du CGDD pour l?élaboration d?un guide sur la prise en
compte de la vulnérabilité au changement climatique dans les évaluations envi-
ronnementales (fin2022) ;
? participation au comité de pilotage de l?étude Quanti-Adapt de I4CE.
Politique d?adaptation au changement climatique
Rattaché à la direction générale de l?énergie et du climat (DGEC), au sein du
ministère en charge de l?Environnement, l?ONERC coordonne la politique natio-
nale d?adaptation au changement climatique.
La France a développé une stratégie nationale d?adaptation en2006. Sur cette
base, le premier plan national d?adaptation au changement climatique (PNACC-1)
a été mis en oeuvre à partir de2011 et le deuxième plan national d?adaptation
au changement climatique (PNACC-2) a été publié fin2018.
Le PNACC-2 comporte 4priorités : la territorialisation de la politique d?adaptation,
l?implication des filières économiques, le recours aux solutions fondées sur la
nature et les outre-mer. Il comprend 58actions réparties en 6domaines : gouver-
nance, prévention et résilience, nature et milieux, filières économiques, connais-
sance et information, et international.
Le programme de travail annuel et le bilan de l?avancement effectif des actions
programmées ont été présentés à la commission spécialisée du Conseil national
de la transition écologique chargé de suivre l?avancement du PNACC-2. La com-
mission a préparé l?avis annuel du Conseil national de la transition écologique
relatif à l?avancement du PNACC-2.
Rapport d?activité del?Observatoire
241
Parution de l?évaluation à mi-parcours du deuxième plan national
d?adaptation au changement climatique
L?évaluation à mi-parcours du deuxième plan national d?adaptation au chan-
gement climatique (PNACC-2) a été présentée à la commission spéciali-
sée du Conseil national de la transition écologique en charge de son suivi,
le16décembre 2021. Cette évaluation a été mise en ligne le11mars
2022 avec son texte intégral et sa synthèse. Elle dresse un premier bilan
de la mise en oeuvre de ce plan depuis son adoption en2018.
Ce bilan montre qu?à fin2021, la quasi-totalité des actions du PNACC-2,
soit53 des58actions, ont été lancées. Ces actions se déclinent de
manière opérationnelle en389sous-actions. Sur ces389sous-actions,
106 étaient déjà terminées, 225 étaient en cours de mise en oeuvre et
58 n?avaient pas encore démarré.
Au fur et à mesure de la mise en oeuvre du PNACC-2, de nouvelles sous-
actions sont apparues nécessaires et le budget dédié a en conséquence
augmenté. Par exemple, les pilotes et contributeurs du domaine d?action
Nature et Milieux se sont fortement mobilisés pour répondre aux objec-
tifs du PNACC-2 en mettant en oeuvre plusde170sous-actions en2021.
De2019à2021, le budget total du PNACC-2 est ainsi passé d?environ
300M¤ à8,2Md¤.
Quelques actions phares ont été menées depuis 2018 : la modélisa-
tion des impacts du changement climatique dans le scénario qui sous-
tend la SNBC-2 (chauffage/climatisation, agriculture, forêt), la publication
de4normes ISO sur le changement climatique dont 3spécifiquement sur
l?adaptation, l?extension de la campagne de communication pour la pré-
vention des feux de forêts à l?ensemble du territoire métropolitain et à
tous les végétaux, le lancement du projet LIFE ARTISAN sur les solutions
d?adaptation fondées sur la nature, etc.
Des indicateurs ont été développés par les pilotes à la demande des
membres et personnalités qualifiées de la commission spécialisée afin
d?évaluer les progrès effectués dans la mise en oeuvre des actions du
PNACC-2. Au deuxième semestre2021, seulement66 des100 indica-
teurs de suivi ont pu être renseignés. En complément de ces indicateurs
de suivi des actions du PNACC-2, l?ONERC a développé des indicateurs
de contexte et d?impacts pour différents secteurs. Ces trois types d?indi-
cateurs ont été rassemblés dans une publication accompagnant celle de
l?évaluation à mi-parcours du PNACC-2.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
242
Figure 3:Extrait de la « Synthèse des indicateurs du PNACC-2 » 2.
© ONERC.
En prévision des travaux d?élaboration du troisième plan national d?adaptation
au changement climatique, le MTECT a missionné l?inspection générale de l?en-
vironnement et du développement durable pour réaliser une étude comparative
des efforts d?adaptation entre plusieurs pays (Allemagne, Autriche, Japon, Pays-
Bas, Royaume-Uni, Suisse p.ex.). L?ONERC a fourni de nombreuses ressources
à la mission.
Lancement de la stratégie française énergie-climat
La stratégie française énergie-climat (SFEC) est la feuille de route de la France
pour atteindre la neutralité carbone en2050 et pour assurer l?adaptation effec-
tive de la France au climat futur. Elle sera constituée de la loi de programmation
énergie climat (LPEC), de la stratégie nationale bas-carbone (SNBC-3), du plan
national d?adaptation au changement climatique (PNACC-3) et de la programma-
tion pluriannuelle de l?énergie (PPE2024-2033). C?est la loi relative à l?énergie
et au climat (LEC) de novembre2019 (I de l?articleL.100-1A) qui stipule qu?une
LPEC devra être promulguée avant le 1erjuillet 2023. La SNBC-3 et la PPE2024-
2033 devront être compatibles avec la LPEC et être adoptées par décrets dans
l?année qui suit. Pour renforcer l?articulation entre les politiques d?atténuation et
2. https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/Synthese_indicateurs_PNACC-2.pdf
Rapport d?activité del?Observatoire
243
d?adaptation au changement climatique, le PNACC-3a été intégré dans ce proces-
sus. Dans ce cadre, l?ONERC a animé deux groupes de travail qui se sont réunis
une fois par mois depuismars2022 pour alimenter le volet adaptation au chan-
gement climatique de la SFEC. Un groupe de travail a été consacré au partage
des dernières connaissances à jour sur les impacts du changement climatique en
France, les coûts économiques de ces impacts et les coûts des mesures d?adap-
tation nécessaires pour y faire face. Cet état des connaissances a été mené afin
de déterminer une trajectoire d?adaptation au changement climatique de référence
pour la France et la décliner dans toutes les politiques publiques sectorielles, la
réglementation, les règlements techniques, les documents d?aménagement? Un
autre groupe de travail a été dédié à la proposition de mesures permettant de
renforcer durablement l?action des collectivités en matière d?adaptation au chan-
gement climatique et d?améliorer la gouvernance de la politique d?adaptation aux
différentes échelles de mise en oeuvre. Les résultats de ces deux groupes de
travail ont été présentés à la commission spécialisée du CNTE en charge du suivi
du PNACC-2 en octobre2022.
Lancement de l?étude ARTISAN sur l?intégration
de l?adaptation et la biodiversité dans les politiques publiques
Dans le cadre du projet LIFE Intégré ARTISAN qui vise la mise en oeuvre du PNACC-2
et du plan biodiversité à travers le déploiement à toutes les échelles de solutions
d?adaptation au changement climatique fondées sur la nature (SafN), l?ONERC
et l?OFB ont lancé en janvier2022 une étude pour analyser la manière dont les
enjeux d?adaptation et de protection de la biodiversité sont intégrés dans les poli-
tiques nationales et territoriales françaises. Cette étude contribue à alimenter les
travaux de la SFEC par l?identification de dispositions législatives qui pourraient
être introduites dans la LPEC pour améliorer la mise oeuvre d?actions d?adaptation
au changement climatique en France et renforcer le recours aux SafN.
Information, formation et communication
L?ONERC assure ses missions d?information et de communication en étroite colla-
boration avec la direction de la communication (DICOM) des ministères en charge
de l?Écologie, de l?Énergie et des Territoires (MTECT/MTE). Ces actions visent tous
les publics par l?intermédiaire de différents supports dont certains sont présen-
tés ci-après. L?ONERC apporte son soutien en matière de réalisation de supports
d?information sur l?adaptation au changement climatique pour différents orga-
nismes (services déconcentrés du MTECT, administrations centrales y compris
hors MTECT, communication interne au MTECT/MTE, établissements publics, orga-
nisations non gouvernementales, presse, associations).
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
244
Dans la période couverte par le présent rapport, l?ONERC a poursuivi ses activi-
tés de communication en parallèle des travaux de mise en oeuvre du deuxième
plan national d?adaptation au changement climatique (PNACC-2), de la présidence
française de l?Union européenne et de ses activités de point focal du GIEC pour
la France.
Site web
La diffusion sur le site web du ministère de la Transition écologique et de la
Cohésion des territoires des informations présentées par l?ONERC permet à tous
les publics d?appréhender les enjeux liés au changement climatique au travers
des pages sur les impacts, la connaissance, la démarche d?adaptation, les publi-
cations et des bases de données.
Ainsi, aux informations concernant l?Observatoire s?ajoutent les pages dédiées
aux indicateurs du changement climatique. De plus, la démarche d?adaptation
au changement climatique, engagée au niveau national, européen et internatio-
nal est présentée selon ces trois axes. Enfin, l?information sur le GIEC permet de
mieux comprendre son fonctionnement et de consulter et de suivre ses travaux.
Le contenu des pages est régulièrement mis à jour ainsi que leur présentation
afin de s?adapter aux nouveaux standards de communication et de faciliter l?accès
à l?information.
Figure 4:Site web du ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires.
Source : ONERC, https://www.ecologie.gouv.fr/observatoire-national-sur-effets-du-rechauffement-climatique-onerc
Rapport d?activité del?Observatoire
245
Rapports annuels
Le rapport La Prospective au service de l?adaptation au changement climatique a
été publié au mois de mars2022 et diffusé directement à plusde1 50 destina-
taires. Il s?agit du 13erapport de l?ONERC au Premier ministre et au Parlement. Ce
rapport est constitué des contributions de68auteurs répartis dans plusde40orga-
nismes (instituts de recherche, universités, collectivités territoriales, ministères
et acteurs du secteur privé).
La prospective permet de répondre aux interrogations des acteurs publics et
privés (ministère, territoire, commune, entreprise, citoyen?) face à la complexité
des solutions à mettre en oeuvre pour limiter les impacts du changement clima-
tique. Elle permet aussi de développer des pistes d?actions adaptées à chaque
cas. Un grand nombre d?exemples de cas pratiques traduisent cette matière en
exemples concrets.
Les exemples du rapport vont de l?administration centrale, avec l?adaptation des
activités de la sécurité civile au ministère de l?Intérieur, aux communes, en passant
par des acteurs tels que les régions, la ville de Paris ou encore les agences de
l?eau et le projet ADAMONT qui intègre, entre autres, les acteurs du secteur
privé en moyenne montagne. Le rapport explore ensuite les filières économiques
telles que celles du vin, du lait ou des grandes infrastructures, du bâtiment et
du secteur financier et explore des pistes existantes et les défis à surmonter. Ce
rapport a été présenté à plusieurs reprises notammentauprès des membres du
groupe BPCE dans le cadre d?une matinale « climat » organisée par la direction
des risques de la BPCE.
Figure 5:Rapport La Prospective
au service de l?adaptation au
changement climatique, mars2022,
publié à LaDocumentation française.
© La Documentation française.
.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
246
Lettre d?information aux élus
La lettre de l?ONERC aux élus Le climat change, agissons ! est publiée depuis
décembre2009. Elle est diffusée à plusde5 000destinataires.
Elle a pour objectif de sensibiliser les élus locaux sur la réalité du changement cli-
matique, de promouvoir des moyens d?action et de partager des initiatives locales
en matière d?adaptation et d?atténuation.
Chaque numéro de la lettre aux élus est accompagné d?un encart sur un indica-
teur du changement climatique afin d?illustrer le thème traité par des données et
des témoignages d?experts.
Une enquête de lectorat, réalisée en2021, va permettre à l?ONERC, en étroite
collaboration avec la direction de la communication du ministère, de faire évoluer
cette publication afin de continuer à répondre au mieux aux attentes des lecteurs.
Sélection d?informations thématiques
(lettre de veille technique)
La lettre de veille technique contient une sélection d?une vingtaine de liens web
classés selon les catégories « actualités », « publications » et « manifestations »,
ainsi que quelques informations relatives à l?Observatoire. Ces informations ciblées
sont diffusées, tous les deux mois, à plus de900abonnés volontaires (contre
une cinquantaine seulement jusqu?en2012).
Centre de ressources sur l?adaptation
au changement climatique
Parmi les principales actions du PNACC-2 figure le développement d?un centre
de ressources sur l?adaptation au changement climatique exploitant au mieux
les nouvelles technologies pour faciliter le partage d?expériences et l?accès
aux bonnes pratiques et présentant une cartographie d?acteurs, en particulier à
l?échelle territoriale.
Ce Centre de ressources 3 a été conçu pour mieux faire connaître la réalité du
changement climatique, mais aussi pour outiller tous les acteurs et les mettre
en capacité d?agir.
3. https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr
Rapport d?activité del?Observatoire
247
Figure 6:Centre de ressources sur l?adaptation au changement climatique.
Source : ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires.
Cinq parcours utilisateurs (élu, technicien de collectivité, acteur économique,
bureau d?études, particulier) permettent ainsi d?accéder à des informations per-
sonnalisées sur la réglementation en vigueur, les impacts du changement clima-
tique sur tous les secteurs (santé, agriculture, tourisme, finances, etc.) et tous
les milieux (forêt, mer et littoral, montagne, etc.) et à des solutions d?adaptation.
Un sixième parcours pour les enseignants est en cours d?élaboration.
Ce portail présente aussi une cartographie des initiatives locales, un répertoire
des acteurs, des appels à projets en cours, une base de données des projets de
recherche et des formations. Une nouvelle rubrique dédiée aux « Solutions d?adap-
tation fondées sur la nature » lancée en septembre2022 permet aux utilisateurs
d?aborder la thématique selon les axes suivants : comprendre, agir, focus terrain,
autres exemples d?actions, pour aller plus loin.
Le développement de ce centre de ressources sur l?adaptation au changement cli-
matique a été confié au CEREMA, en partenariat avec l?ADEME et Météo-France.
Interventions, actions de formation et séminaires
Dans la période couverte par le présent rapport, l?ONERC est intervenu à de nom-
breuses reprises à l?occasion de conférences nationales ou internationales.
Ci-après quelques exemples d?interventions.
L?ONERC intervient également lors des formations « Nature en ville » et « Eau et
changement climatique », organisées par le ministère de la Transition écologique
et de la Cohésion des territoires, formations ouvertes aux collectivités territoriales.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
248
Plusieurs actions de formation au sein d?établissements d?enseignement supé-
rieur sont régulièrement assurées par l?ONERC (AgroParisTech, École nationale
de la météorologie, École normale supérieure, Centre de formation sur l?environ-
nement et la société, SciencesPo Paris, IUT de Cergy-Pontoise, AUE École des
ponts, etc.). L?ONERC est également intervenu dans une formation à destination
d?une vingtaine de professeurs du secondaire de différentes disciplines intitulée
« Des risques extrêmes au changement climatique : enseigner un monde en tran-
sition » pour l?académie de Créteil en mars2022.
L?ONERC a aussi réalisé une session de formation sur le changement climatique,
ses problématiques et ses enjeux pour les journalistes météo du groupe France
télévisions et animé des ateliers de la Fresque du climat dans le cadre du projet
DGEC en transition. Ces fresques ont ainsi permis de sensibiliser des personnes
en interne à la DGEC et dans d?autres directions du ministère.
Enfin, l?ONERC a préparé une formation des élus sur l?adaptation au change-
ment climatique. Deux sessions tests de cette formation ont eu lieu dans l?Indre
le27septembre 2022, permettant de former 250élus. Sur un format de3heures,
cette formation présente de manière très simplifiée les concepts de base autour
du changement climatique (effet de serre, variabilité du climat?) et les variations
passées et futur du climat (du global au local), et fait intervenir des acteurs locaux
qui ont commencé à travailler sur ces sujets pour partager les bonnes pratiques.
En mai2022, l?ONERC a participé à la conférence de présentation du dossier
« En quête de demain » avec51titres de la presse quotidienne régionale.
L?ONERC a participé au premier forum de la mission sur l?adaptation au changement
climatique, organisé par la Commission européenne le 7juin 2022à Bruxelles.
L?ONERC a participé au colloque « Anticiper le changement climatique dans les
territoires en transition » organisé par le réseau de recherche Futurs-Act les16et
17juin 2022 et y a présenté les travaux de la stratégie française énergie-climat
(SFEC) sur l?adaptation au changement climatique et a participé à l?organisation
des ateliers de travail consacrés à la contribution de Futurs-Act à la SFEC.
L?ONERC a présenté les principaux résultats des derniers rapports du GIEC aux
rencontres de l?ingénierie maritime en juin2022 et aux préfets de Bretagne en
juillet2022.
L?ONERC a également participé à la journée d?études du CITEPA du30septembre
2022 sur les systèmes de suivi et d?évaluation des politiques d?adaptation au
changement climatique dans le monde et a présenté le système de suivi et d?éva-
luation du PNACC-2.
Entreoctobre et novembre2022, l?ONERC est intervenu 3fois devant les direc-
teurs de SDIS dans le cadre de leur formation de maintien et de perfectionne-
ment des acquis.
Rapport d?activité del?Observatoire
249
L?ONERC est intervenu au Salon des maires le 22novembre 2022 aux côtés de
la présidente-directrice générale de Météo-France, Virginie Schwarz, et du séna-
teur Ronan Dantec pour le lancement d?un nouveau service climatique intitulé
ClimaDiag Communes 4. Développé par Météo-France, ce service permet aux maires
d?accéder gratuitement aux projections climatiques détaillées sur leur commune.
Le même jour, l?ONERC est également intervenu au festival Médias en Seine.
Expositions pédagogiques itinérantes
Les deux expositions itinérantes 5 ?l?une (exposition scientifique) visant un public
averti à des fins d?explication des phénomènes et l?autre visant un public le plus
large possible à des fins de sensibilisation? ont été présentées au sein d?établis-
sements scolaires, d?entreprises, d?associations et de collectivités territoriales.
Sur la période octobre2021-décembre2022, les expositions ONERC ont été
fortement sollicitées (72demandes d?informations traitées), en très nette
progression par rapport aux années précédentes (20demandes par an en moyenne
depuis2015).
Afin de répondre positivement aux multiples
demandes de prêt à des dates similaires
(notamment pour les périodes juin-juillet et
septembre-octobre 2022), un grand nombre
de demandes a été redirigé vers les DREAL
(disposant de jeux d?expositions) et les
supports digitaux (fichiers PDF au format
imprimeur). Au final, les lots d?expositions
ONERC ont été beaucoup plus réservés sur
la période octobre2021-décembre2022
(623jours) qu?en moyenne depuis2015
(434jours en moyenne par an depuis2015).
Cette forte progression des demandes de
prêt des lots d?expositions ONERC, de la
mise à disposition des fichiers PDF impri-
meurs et de lots d?expositions en région
(via les DREAL et DEAL) a contribué à faire
largement progresser la diffusion des infor-
mations relatives au changement clima-
tique en2022.
4. https://meteofrance.com/climadiag-commune
5. https://www.ecologie.gouv.fr/observatoire-national-sur-effets-du-rechauffement-climatique-onerc#scroll-nav__7
Figure 7:Journal de l?exposition
itinérante Le climat change.
© ONERC.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
250
Des journaux de présentation des deux expositions sont en outre régulièrement dif-
fusés, plus particulièrement aux bibliothèques des établissements d?enseignement
supérieur ainsi qu?à une sélection de contacts au sein de collectivités territoriales.
Les indicateurs du changement climatique
Vingt-neuf indicateurs décrivant l?état du climat et ses impacts sont présentés sur
la page internet de l?ONERC. Grâce aux contributeurs et partenaires de l?ONERC, les
mises à jour des indicateurs sont faites régulièrement. Cela a permis de disposer en
novembre2022 de80 % d?indicateurs intégrant des données de moins de cinq ans.
L?ONERC a entamé des discussions avec de nouveaux partenaires pour mettre à
jour d?anciens indicateurs ou pour en proposer de nouveaux.
La démarche de l?ONERC de mise à disposition du public, sur le site web du minis-
tère, des indicateurs du changement climatique et de ses impacts, reste inno-
vante au niveau international, car peu de pays se sont investis dans ce type de
publication avec une actualisation suivie.
Figure 8 : Exposition des populations aux canicules.
Source : Santé Publique France.
https://www.ecologie.gouv.fr/impacts-du-changement-climatique-sante-et-societe#scroll-nav__5
Année
19
74
19
83
19
90
19
95
20
00
20
04
20
09
20
13
20
18
20
22
0
10
20
30
40
50
60
70
M
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c
an
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ul
e
Population exposée aux canicules - France métropolitaine
Rapport d?activité del?Observatoire
251
Dans le cadre du suivi du deuxième plan national d?adaptation au changement cli-
matique (PNACC-2, voir cette rubrique), un tableau de bord a été développé afin
de rendre plus lisible l?ensemble des indicateurs. Ce tableau de bord utilise les
indicateurs de l?ONERC comme indicateurs d?impacts ou de contexte.
Ce tableau de bord a été très bien accueilli par les membres de la commission
spécialisée du CNTE mais également à l?étranger lors des diverses présentations
sur la politique d?adaptation au changement climatique de la France, notamment
dans le cadre du projet TRATOLOW 6.
L?indicateur sur « l?exposition des populations aux canicules » développé grâce à
Santé publique France en janvier2021 montre l?impact grandissant des canicules
sur la population française. La canicule de juillet2022a particulièrement touché
les populations les plus à l?ouest de la Bretagne.
6. https://www.tratolownetwork.eu/
https://www.tratolownetwork.eu/
Annexes
Annexes
255
Annexe 1
CONTRIBUTEURS 1 ET REMERCIEMENTS
Cet ouvrage a été réalisé sous la direction de Laurent Michel, directeur de l?Obser-
vatoire national sur les effets du réchauffement climatique et d?Éric Brun, secré-
taire général.
Auteurs
Lucie Adélaïde, Santé publique France
Sam Anderson, University of British Columbia
Marie Andrieux, Observatoire de l?immobilier durable
Constance Anelli, direction générale de l?aviation civile
James F.Booth, City College of New York, City University of New York ?The
Graduate Center
Guillaume Boulanger, Santé publique France
Vincent Bourcier, Observatoire national sur les effets du réchauffement clima-
tique (ONERC)
Ginni Braich, University of British Columbia
Elodie Briche, Agence de la transition écologique (ADEME)
Pauline Calvier, Ville de Paris
Chloé Carbonne, Sorbonne Université, CNRS, Laboratoire d?océanographie de
Villefranche
Marie Carrega, Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique
(ONERC)
Régis Coene, RATP
David Courteille, RATP
Valérie Darmaillacq, SNCF Voyageurs
Sébastien Denys, Santé publique France
Vivian Dépoues, Institut de l?économie pour le climat (I4CE)
Quentin Deslot, chef du bureau de la qualité technique et de la réglementation
technique de la construction, DGALN
1. Les contributions constitutives de cet ouvrage n?engagent que la responsabilité de leurs auteurs ou de
leurs organismes.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
256
Guillaume Dolques, Institut de l?économie pour le climat (I4CE)
Christina Draeger, University of British Columbia
Laurent Dubus, Réseau de transport d?électricité (RTE)
Jérôme Duvernoy, Observatoire national sur les effets du réchauffement clima-
tique (ONERC)
Cuiyi Fei, University of British Columbia
Alexandre Florentin, conseiller municipal de Paris
Justine Guérin, ville de Paris
Catherine Halbwachs, Électricité de France (EDF)
Christopher D.G.Harley, University of British Columbia
Sarah B.Henderson, University of British Columbia, British Columbia Centre for
Disease Control
Matthias Jakob, University of British Columbia, BGC Engineering Inc.
Étienne Kapikian, Météo-France
Maryvonne Kerdoncuff, Météo-France
Karine Laaidi, Santé publique France
Robin Lagarrigue, Santé publique France
Carie-Ann Lau, University of British Columbia
Catherine Lelong, Réseau de transport d?électricité (RTE)
Frédéric Levrault, expert « Agriculture et changement climatique » chambres d?agri-
culture, CRA Nouvelle-Aquitaine
Esther Loiseleur, ville de Paris
Valéry Masson, Météo-France
Lualawi Mareshet Admasu, University of British Columbia
Christelle Mary, SNCF Voyageurs
Veeshan Narinesingh, NOAA Geophysical Fluid Dynamics Laboratory ; Department
of Natural Sciences and Mathematics, Sarah Lawrence College
Sylvie Parey, EDF
Mathilde Pascal, Santé publique France
Sakina Pen Point, Observatoire de l?immobilier durable
Clément Philippe, SNCF Voyageurs
Teodora Popescu, direction générale des infrastructures, des transports et des
mobilités (MTECT/DGITM)
Sylvain Pradelle, direction générale de l?aménagement, du logement et de la nature
(MTECT/DGALN)
Aurélien Ribes, Météo-France/CNRS, université de Toulouse,
Annexes
257
Pierre René, association Moraine
Christopher Rodell, University of British Columbia
Eliott Roocroft, University of British Columbia
Christophe Romero, directeur adjoint Ville durable ?ville d?Échirolles
Jean-Michel Soubeyroux, Météo-France
Núria Teixidó, Sorbonne Université, CNRS, Laboratoire d?océanographie de
Villefranche, Stazione zoologica Anton Dohrn, Italie.
Amandine Vernier, direction générale de l?aménagement, du logement et de la
nature (MTECT/DGALN)
Sarah Voirin, Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique
(ONERC)
Kate R.Weinberger, University of British Columbia
Greg West, University of British Columbia, BC Hydro
Rachel H.White, University of British Columbia
Personnes ayant contribué à la relecture
Lisa Bostvironnois, Observatoire national sur les effets du réchauffement clima-
tique (ONERC)
Éric Brun, Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (ONERC)
Romain Cailleton, direction générale de l?énergie et du climat (MTECT/DGEC/SCEE)
Marie Carrega, Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique
(ONERC)
Olivier David, direction générale de l?énergie et du climat (MTECT/DGEC/SCEE)
Frédéric Schafferer, Observatoire national sur les effets du réchauffement clima-
tique (ONERC)
Sarah Voirin, Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique
(ONERC)
Remerciements
L?ONERC remercie vivement les auteurs, les personnes ayant contribué au contenu
des articles, ainsi que les relecteurs de cet ouvrage. L?ONERC tient également
à remercier les personnes ayant fourni les photographies illustrant ce rapport.
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
258
Annexe 2
SIGLES ET ACRONYMES
ADEME Agence de la transition écologique
ADEUS Agence de développement de l?urbanisme de l?agglomération strasbourgeoise
AFNOR Association française de normalisation
AEE Agence européenne de l?environnement
ARS Agence régionale de santé
CAEP Committee on Aviation Environmental Protection
CEREMA Centre d?études et d?expertise sur les risques, l?environnement, la mobilité et
l?aménagement
C3S Copernicus Climate Change Service
CCNUCC Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques
CDC Caisse des dépôts et consignations
CGAAER Conseil général de l?agriculture, de l?alimentation et des espaces ruraux
CGDD Commissariat général au développement durable
CGEDD Conseil général de l?environnement et du développement durable
CNPE Centre nucléaire de production électrique
CNRM Centre national de recherches météorologiques
CNTE Conseil national de la transition écologique
CNRS Centre national de la recherche scientifique
CRACC Centre de ressources pour l?adaptation au changement climatique
DGAC Direction générale de l?aviation civile
DGALN Direction générale de l?aménagement, du logement et de la nature
DGEC Direction générale de l?énergie et du climat
DGITM Direction générale des infrastructures, des transports et des mobilités
DGT Direction générale du travail
DH Degré-heure
DHUP Direction de l?habitat, de l?urbanisme et des paysages
DICOM Direction de la communication
DIR Direction interdépartementale des routes
DPE Diagnostic de performance énergétique
DPNT Direction du parc nucléaire et thermique
DREAL Direction régionale de l?environnement, de l?aménagement et du logement
DSAC Direction de la sécurité de l?aviation civile
Annexes
259
ENEDIS Énergie et distribution
EDF Électricité de France
EHPAD Établissement d?hébergement pour personnes âgées dépendantes
EPTB Établissement public territorial de bassin
ETCCDI Expert Team on Climate Change Detection and Indices
FRB Fondation pour la recherche sur la biodiversité
GCM/RCM Global climate models/regional climate Models
GES Gaz à effet de serre
GICC Gestion et impacts du changement climatique
GIEC Groupe d?experts intergouvernemental sur l?évolution du climat
GRAIE Groupe de recherche, animation technique et information sur l?eau
HTA Haute tension A ou moyenne tension, entre 1 kV et 50 kV
I4CE Institut de l?économie pour le climat
IBM Indice biométéorologique
ICU Îlot de chaleur urbain
IDELE Institut de l?élevage
INRAE Institut national de recherche pour l?agriculture, l?alimentation et l?environnement
INRS Institut national de recherche et de sécurité
INVS Institut national de veille sanitaire
IPBES Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services
IPCC Intergovernmental Panel on Climate Change
IPSL Institut Pierre-Simon-Laplace
ISO International Organization for Standardization
LEC Loi énergie et climat
LIFE L?Instrument financier pour l?environnement
LPO Ligue pour la protection des oiseaux
LTV Limitation temporaire de vitesse
MAA Ministère de l?Agriculture et de l?Alimentation
MEAE Ministère de l?Europe et des Affaires étrangères
MESR Ministère de l?Enseignement supérieur et de la Recherche
MIE Mission d?information et d?évaluation
MTECT Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires
MTE Ministère de la Transition énergétique
OCDE Organisation de coopération et de développement économiques
OFB Office français de la biodiversité
OLD Obligations légales de débroussaillement
OMM Organisation mondiale de la météorologie
OMS Organisation mondiale de la santé
ONDE Observatoire national des données sur les étiages
ONERC Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique
Les vagues de chaleur dans un contexte dechangement climatique
260
OPCC Observatoire pyrénéen du changement climatique
PCAET Plan climat air énergie territorial
PCS Plan communal de sauvegarde
PFUE Présidence française de l?Union européenne
PMV Panneau à messages variables
PNACC Plan national d?adaptation au changement climatique
PNC Plan national canicule
PPE Programmations pluriannuelles de l?énergie
RATP Régie autonome des transports parisiens
RCP Representative Concentration Pathway
RER Réseau express régional
RTE Réseau de transport d?électricité
SACS Système d?alerte canicule et santé
SAFN Solution d?adaptation fondée sur la nature
SAMU Service d?Aide médicale urgente
SCOT Schéma de cohérence territoriale
SDF Sans domicile fixe
SDIS Services départementaux d?incendie et de secours
SFEC Stratégie française énergie-climat
SFN Solution fondée sur la nature
SMUR Structure mobile d?urgence et de réanimation
SNBC Stratégie nationale bas carbone
SNCF Société nationale des chemins de fer français
SPF Santé publique France
SPM Summary for Policy Makers
SRADDET Schéma régional d?aménagement de développement durable et d?égalité des
territoires
SROCC Special Report on the Ocean and Cryosphere in a Changing Climate
SSP Shared Socio-economic Pathway
STAC Service technique de l?aviation civile
SurSaUD Surveillance sanitaire des urgences et des décès
SYR Synthesis Report
TGV Train à grande vitesse
TSU Technical Support Unit
UE Union européenne
L?année 2022 a été une année hors norme, à la fois exceptionnellement chaude,
ensoleillée et peu arrosée. Si trois vagues de chaleur ont ponctué l?été, la France a
également connu des épisodes de chaleur successifs du printemps, du 15 au 23mai,
jusqu?en automne avec un pic de chaleur du 12 au 14 septembre et un épisode de
chaleur tardif du 15 au 31 octobre.
Ces vagues de chaleur ont eu des conséquences parfois inédites sur la nature
et les activités humaines. En particulier, plus de 66 000 hectares de forêt ont été
réduits en cendres jusque dans des régions auparavant épargnées comme la
Bretagne. Avec 2 816 décès en surmortalité, le bilan sanitaire des canicules souligne
la nécessité de rester vigilant, et ce malgré les résultats encourageants des politiques
mises en place après la canicule tragique de 2003. Une fois de plus, les épisodes de
canicule ont eu également de lourdes conséquences sur les conditions de travail
en extérieur, sur la productivité agricole avec des conséquences accentuées par la
sécheresse, sur les activités sportives et de loisirs, sur les écosystèmes terrestres
et marins ainsi que sur la fonte des glaciers alpins et pyrénéens.
Avec l?accroissement inévitable dans le futur du nombre et de la sévérité
des vagues de chaleur, les politiques nationales, locales et sectorielles doivent
être renforcées, ainsi que leur mise en oeuvre concrète. Des outils toujours plus
innovants et plus performants doivent être mis à disposition des multiples acteurs
de l?adaptation. Ils permettront de mieux anticiper les futures vagues de chaleur
et de limiter ainsi leurs impacts.
Cet ouvrage aborde la problématique des vagues de chaleur dans de nombreux
secteurs, tant du point de vue de leurs impacts que de celui des solutions concrètes
pour s?en protéger.
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MINISTÈRE
DE LA TRANSITION
ÉCOLOGIQUE
ET DE LA COHÉSION
DES TERRITOIRES
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Direction de l?information légale et administrative
La Documentation française
https://www.vie-publique.fr/publications
Ouvrage non vendu
https://www.vie-publique.fr/publications
Sommaire
Mot du président de la commission spécialisée du CNTE
Résumé
Chapitre A - Les vagues de chaleur, s?adapter à un risque croissant
Introduction
Concepts associés aux vagues de chaleur et développés dans le rapport
Chapitre B - Vagues de chaleur dans le climat passé, présent et futur. Attribution et îlots de chaleur urbains
Tendances futures du changement climatique sur les vagues de chaleur et les canicules
L?îlot de chaleur urbain
Spécificités urbaines : connaissances concernant l?îlot de chaleur urbain
Attribution des vagues de chaleur à l?influence humaine
Chapitre C - Impacts sectoriels et sur les milieux naturels des vagues de chaleur
La vague de chaleur au Canada en juin 2021
La vague de chaleur sans précédent du Nord-Ouest Pacifique en juin 2021
La vague de chaleur en Chine au cours de l?été 2022
Une vague de chaleur sans précédent
Impact des vagues de chaleur sur les glaciers
Impact des vagues de chaleur sur les glaciers des Pyrénées
Une fonte record en 2022
Impacts des vagues de chaleur sur la biodiversité
Impacts des vagues de chaleur sur la biodiversité marine
Impacts des vagues de chaleur sur l?agriculture française
Impacts des vagues de chaleur sur la production d?énergie électrique
Impacts des vagues de chaleur sur le réseau électrique
Impacts des vagues de chaleur sur les transports et infrastructures de transport
Impacts des vagues de chaleur sur la santé
Les canicules en France : impacts actuels et futurs sur la santé, et coûts associés
Chapitre D - Politiques d?adaptation aux vagues de chaleur
La RE2020
Les récentes adaptations de la réglementation technique de la construction face aux vagues de chaleur
La vigilance « canicule » de Météo-France
Un dispositif d?adaptation au changement climatique
Gérer des vagues de chaleur de plus en plus extrêmes : des impacts sanitaires aux impacts systémiques
Chapitre E - Les outils pour la mise en oeuvre de l?adaptation
Le Centre de ressources pour l?adaptation au changement climatique
Drias les futurs du climat, Climat HD
Bat-ADAPT
Guides de l?ADEME
Adapter la France au changement climatique : de combien parle-t-on ?
Chapitre F - Exemples de solutions d?adaptation aux vagues de chaleur
Les revêtements clairs
Plus fraîche ma ville
L?architecture bioclimatique et les constructions traditionnelles
Des leviers pour s?adapter au changement climatique
L?îlot de fraîcheur urbain, un exemple à Échirolles (38)
Des solutions d?adaptation fondées sur la nature :l?exemple de la transformation de la cour et les abords de l?école Marcel-David en îlot de fraîcheur urbain, Échirolles (38).
Paris face aux vagues de chaleur
Les vulnérabilités et robustesses du 13 arrondissement face aux vagues de chaleur
Stratégies d?adaptation des transports aux impacts des vagues de chaleur
Conclusions et perspectives
Bibliographie
Rapport d?activité de l?Observatoire
Annexes
Annexe 1 - CONTRIBUTEURS ET REMERCIEMENTS
Annexe 2 - SIGLES ET ACRONYMES
INVALIDE)