Effets de la rénovation urbaine sur le développement économique et l'emploi
Auteur moral
France. Commissariat général à l'égalité des territoires
Auteur secondaire
Résumé
Douze ans après le commencement du PNRU, le CGET a souhaité lancer une étude sur les effets de la rénovation urbaine sur le développement économique et l'emploi. Objectif : apporter un éclairage empirique sur la situation des<br />
;quartiers concernés par la rénovation urbaine au niveau du développement de l'activité économique induite, directement ou indirectement, par le PNRU et sur ses répercussions en termes d'emploi.
Editeur
Commissariat général à l'égalité des territoires
Descripteur Urbamet
développement économique
;emploi
;rénovation
Descripteur écoplanete
Thème
Aménagement urbain
Texte intégral
En détail
Effets de la
rénovation urbaine
sur le développement
économique
et l?emploi
Synthèse
Directeur de publication :
Jean-Michel Thornary
Responsable de collection :
Jean-Christophe Baudouin
Auteurs :
étude réalisée par les cabinets Geste et Pluricité (Nicolas
Desquinabo, Nicolas Subileau). Au sein du CGET, le bureau de
l?Évaluation (Damien Kacza) et le bureau du Développement
économique et de l?Emploi (Sabine Thibaud) ont encadré les travaux
et contribué à la rédaction de la synthèse. Des représentants de
l?Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru) et de l?Union
sociale pour l?habitat (USH) ont participé au comité de pilotage.
Secrétariat de rédaction et suivi d?édition : Nesma Kharbache
Mise en page : Hugo Vanmalle
Responsable de la communication : Corinne Gonthier
corinne.gonthier@cget.gouv.fr ; Tél. : 01 85 58 60 49
Crédits photos : Stéphanie Tetu / Picturetank (couverture et p. 16);
Michel Compagnon / CIT?images (p. 13) ; Didier Nadeau (p. 14) ;
Sébastien Gaudard / CIT?images (p. 20).
Impression : CGET
Dépôt légal : novembre 2016
ISBN : 978-2-11-139266-3
ISSN : 978-2-11-129918-4
« En détail » est une publication du Commissariat général
à l?égalité des territoires (CGET), qui porte sur les études,
analyses et réflexions conduites ou soutenues par le CGET.
Elle peut être consultée en ligne sur www.cget.gouv.fr
Effets de la
rénovation urbaine
sur le développement
économique
et l?emploi
Synthèse
4
Sommaire
Avant-propos 5
1 ? Contexte : rénovation urbaine,
développement économique et emploi 7
2 ? Principaux résultats de l?étude 10
> Le développement économique des quartiers : les effets limités mais
encourageants de la rénovation urbaine sur l?installation d?entreprises
et de commerces 11
> L?emploi dans les quartiers : les effets d?entraînement des clauses d?insertion 15
> Perspectives 19
> Conclusion 21
3 ? Les nouveaux principes du NPNRU
sur le développement économique et l?emploi 22
> Le développement économique : une priorité du NPNRU 23
> Le renforcement des ambitions en matière d?insertion 24
5
Le programme national de rénovation urbaine (PNRU), lancé en 2003, entendait
lutter contre ce qui était identifié comme les principaux dysfonctionnements des
quartiers de grands ensembles : leur caractère monolithique, monofonctionnel
et le manque de diversité, à la fois sociale et urbaine. Afin de remédier à ces
maux, le PNRU a mobilisé plus de 40 milliards d?euros dans près de 600 quartiers
dans le but de conduire des opérations de restructuration urbaine, centrées sur
la question de l?habitat, mais prenant appui sur des projets urbains globaux.
Ce programme était conçu comme complémentaire aux actions déjà mises en
oeuvre par la politique de la ville et les dispositifs de droit commun, notamment
en matière d?emploi et de développement économique.
En effet, le principal outil de développement économique des quartiers de la
politique de la ville utilisé avant le lancement du PNRU était celui des exonérations
fiscales et sociales dans les zones franches urbaines (ZFU)1, au nombre de
100. Compte tenu de la situation économique difficile des quartiers visés par
la rénovation urbaine, l?Agence nationale de rénovation urbaine (Anru) avait
prévu, dès 2003, des mesures pour favoriser le développement économique et
l?insertion des habitants des quartiers dans le marché du travail.
Douze ans après le commencement du PNRU, le CGET a souhaité lancer une
étude sur les effets de la rénovation urbaine sur le développement économique
et l?emploi. Objectif : apporter un éclairage empirique sur la situation des
quartiers concernés par la rénovation urbaine au niveau du développement de
l?activité économique induite, directement ou indirectement, par le PNRU et sur
ses répercussions en termes d?emploi.
Lancée en 2015 et confiée au groupement Geste et Pluricité, l?étude a été basée
sur dix sites, retenus pour leur caractère représentatif de la rénovation urbaine sur
le territoire national2. Sur chacun d?eux, des visites et des entretiens individuels
auprès de 155 acteurs impliqués dans les projets de rénovation urbaine et/ou
dans le développement économique et l?emploi ont été réalisés. En outre, une
enquête sur les impacts de la rénovation urbaine sur l?emploi a été menée auprès
d?un panel de 89 entreprises du BTP, qui ont intégré une clause d?insertion dans
des chantiers menés dans le cadre d?un projet de rénovation urbaine, ainsi
qu?auprès de 87 anciens bénéficiaires des clauses d?insertion.
Avant-propos
6
Ces analyses ont abouti à la formalisation des principaux facteurs contribuant
à la réussite des projets de rénovation urbaine en matière de développement
économique et d?emploi. Elles ont aussi permis de formuler des préconisations
destinées aux acteurs locaux et nationaux impliqués dans les projets, notamment
dans le cadre du lancement du nouveau programme national de renouvellement
urbain (2014-2024).
Cette synthèse propose une présentation des résultats prédominants de l?étude.
1. Précisées par la loi du 14 novembre 1996 relative à la mise en oeuvre du pacte de relance
pour la ville.
2. Les quartiers nord de Bourges (Centre-Val de Loire) - ZFU ; les Hauts de Chambéry (Auvergne-
Rhône-Alpes) ; la Croix-Petit à Cergy (Île-de-France) ; les Tarterêts à Corbeil-Essonnes (Île-
de-France) - ZFU ; les quartiers nord du Havre (Normandie) - ZFU ; les Hauts-Champs à
Hem-Lys-Roubaix (Hauts-de-France) - ZFU ; Kervenanec à Lorient (Bretagne) ; les quartiers
est de Montauban (Occitanie) ; la ville nouvelle à Rillieux-la-Pape (Auvergne-Rhône-Alpes) -
ZFU ; Pré-Génie-Saint-Éloi à Woippy (Grand Est) - ZFU.
7
1
Contexte :
rénovation
urbaine,
développement
économique
et emploi
8
Les opérations de développement économique
et les clauses d?insertion mises en oeuvre par les
acteurs locaux des projets de rénovation urbaine
(collectivités locales, organismes HLM?) s?inscrivent
dans une histoire des politiques de développement
économique et d?emploi dont les acteurs et les
outils ont fortement évolué depuis trente ans. Dans
un contexte général de territorialisation progressive
des politiques de développement économique de
l?État, le rôle des collectivités locales en la matière
s?est amplifié. Cette évolution a conduit au dévelop-
pement de nombreuses zones d?activité ? com-
merciales ou industrielles ? et à la multiplication des
aides aux entreprises et des dispositifs de soutien
à l?activité économique (plus de 5 000 aides et plus
de 7 000 dispositifs dénombrés en 2012)3.
Des dispositifs visant spécifiquement les quartiers
prioritaires de la politique de la ville se sont dévelop-
pés, en particulier à partir de la loi du 4 février 1995
d?orientation pour l?aménagement et le développe-
ment du territoire. En lien avec l?utilisation croissante
des outils d?exonérations fiscales et sociales
dans les politiques publiques en général et dans les
politiques de l?emploi en particulier, diverses exonéra-
tions de cotisations sociales et d?impôts, spécifiques
aux quartiers prioritaires, ont été mises en oeuvre à
partir de 1996 (les ZFU, zones franches urbaines).
Ces exonérations sont complétées par la volonté de
ciblage de dispositifs de droits communs (en par-
ticulier, les divers contrats aidés) rendue effective par
la convention ministérielle d?objectifs signée avec le
ministère de l?Emploi en 2013 et par quelques outils
spécifiques de soutien au commerce (en parti-
culier, l?intervention de l?établissement public national
d?aménagement et de restructuration des espaces
commerciaux et artisanaux, l?Épareca) ou de sou-
tien à la création d?entreprises (mobilisation des
réseaux d?accompagnement à la création et mise en
place par la Caisse des dépôts du service d?amor-
çage des projets, devenu CitésLab en 2009).
Au lancement du PNRU, les politiques de dévelop-
pement économique et d?emploi dans les quartiers
prioritaires n?avaient pas permis de réduire significa-
tivement les écarts de développement économique
entre ces quartiers et les autres territoires. En 2003,
le taux de chômage moyen en zones urbaines sen-
sibles (Zus) s?élevait à 22 % contre 8,5 % en France
métropolitaine, et le nombre d?établissements éco-
nomiques par habitant restait environ deux fois infé-
rieur à la moyenne nationale.
C?est dans ce contexte que les projets de rénova-
tion urbaine ont été mis en oeuvre. Avec l?ambition
de contribuer au développement économique
durable des quartiers concernés et avec l?inten-
tion d?utiliser les investissements déployés pour
faciliter l?insertion dans l?emploi des habitants.
L?Anru a précisé dans son règlement général que
les mesures prises pour favoriser le développement
économique font partie des « actions nécessaires
à la réussite du projet »4. L?Agence a prévu, à ce titre,
une subvention « d?équilibre » (complétant les autres
aides publiques) aux opérations de création ou
de rénovation de locaux d?activité économique
(commerces, services, bureaux?), dans le cadre des
projets de rénovation urbaine.
3. Les aides des collectivités territoriales au développement économique, Cour des Comptes, 2008.
4. Règlement général de l?Anru, Titre 1er, article 3.3.
DÉFINITION
Un établissement économique est, selon l?In-
see, une unité de production géographique-
ment individualisée, mais juridiquement dépen-
dante de l?entreprise. Il produit des biens ou des
services : ce peut être une usine, une boulan-
gerie, un magasin de vêtements, un des hôtels
d?une chaîne hôtelière, la « boutique » d?un répa-
rateur de matériel informatique?
L?établissement, unité de production, constitue
le niveau le mieux adapté à une approche géo-
graphique de l?économie.
Par ailleurs, l?investissement financier du PNRU a
constitué une commande publique majeure à
destination du monde économique. En premier
lieu, pour le secteur du bâtiment et des travaux
publics (BTP), qui représente bien souvent un secteur
économique important, implanté dans les quartiers
Contexte : rénovation urbaine, développement économique et emploi
9
LE DÉVELOPPEMENT
ÉCONOMIQUE DANS LE PNRU
Au titre du développement économique, l?Anru
peut verser une subvention « d?équilibre » qui
complète les autres aides publiques.
Elle concerne les investissements suivants :
? travaux de création de centres commer-
ciaux et de restructuration de centres com-
merciaux dégradés pouvant nécessiter
démolitions et reconstructions ;
? travaux de création ou de rénovation de cel-
lules commerciales ou artisanales, menés
dans le cadre d?une opération d?ensemble
sur une structure commerciale ;
? relocalisation des commerces situés en
pied d?immeubles, restructurés ou voués à la
démolition et financés par l?Agence ;
? opérations de création ou de restructuration
de locaux destinés à l?accueil d?entreprises
ou d?activités libérales, de services publics
ou d?associations dans le cadre de change-
ment d?usage par exemple (ex : maison plu-
ridisciplinaire de santé du quartier du Neuhof
à Strasbourg, centre d?affaires du quartier
Vand?Est à Vandoeuvre-lès-Nancy?).
Pour financer ces projets de développement du
commerce, de locaux commerciaux et d?affaires
et d?entreprises, la Caisse des dépôts (CDC) est
mobilisée, parfois en partenariat avec l?Épareca
(qui intervient, depuis 1996, principalement sur
la restructuration des espaces commerciaux).
La CDC disposait d?une enveloppe de 100 mil-
lions d?euros, entre 2008 et 2013.
5. Extrait de la charte nationale d?insertion, Anru, 2005.
6. Bilan sur l?insertion, Anru, 30/06/2015.
7. Consolider la dimension économique des territoires en
rénovation urbaine, Anru. Guide pratique construit à partir
du retour d?expérience en matière de développement éco-
nomique sur 20 sites en rénovation urbaine.
LA CHARTE NATIONALE
D?INSERTION DE 2005
Une charte nationale d?insertion a été adoptée, en
février 2005, par le conseil d?administration de l?Anru.
C?est le premier document à imposer nationalement
une obligation de résultat en matière d?insertion.
L?Anru oblige ainsi les maîtres d?ouvrage subven-
tionnés à réserver à l?insertion professionnelle
des habitants des Zus au minimum :
? 5 % des heures travaillées dans le cadre des
investissements financés par l?Anru ;
? 10 % des embauches effectuées dans le cadre
de la gestion urbaine de proximité et de la
gestion des équipements financés par l?Anru.
Cette charte se décline dans chaque projet de réno-
vation urbaine par la signature d?un plan local d?ap-
plication de la charte nationale d?insertion (Placi).
« Les investissements menés sur ces territoires
doivent (?) améliorer les conditions de vie et
d?emploi de leurs habitants, et l?ambition du pro-
gramme national de rénovation urbaine doit se
traduire par un effet de levier majeur pour l?inser-
tion professionnelle des habitants des zones
urbaines sensibles.
Les possibilités offertes par le cadre de la com-
mande publique (articles 14 et 30 du code des
marchés publics, loi Sapin du 29 janvier 1993
pour les organismes privés d?HLM) doivent être
exploitées par les maîtres d?ouvrage pour per-
mettre aux personnes en recherche d?emploi des
zones urbaines sensibles d?accéder à des
emplois durables de qualité »5.
de la politique de la ville (les entreprises du secteur
de la construction représentaient 15,0 % des établis-
sements en activité dans les Zus au 1er janvier 2014
contre 10,3 % dans les unités urbaines hors Zus). Si
la commande publique générée par la rénovation
urbaine était susceptible de bénéficier substan-
tiellement aux entreprises locales, notamment aux
petites et moyennes entreprises, les retombées pour
le tissu économique local ont été contrastées, et lar-
gement dépendantes de la mise en oeuvre de la
commande par les maîtres d?ouvrage.
Enfin, la mise en place de chantiers de rénovation
urbaine très importants au sein même des quartiers
représentait une opportunité d?emplois potentiel-
lement accessibles aux personnes peu quali-
fiées vivant dans ces quartiers. L?Anru a traduit
Contexte : rénovation urbaine, développement économique et emploi
cette opportunité en mettant en place des clauses
d?insertion, précisées en 2005 dans la charte natio-
nale d?insertion. Celle-ci a obligé les maîtres d?ou-
vrage subventionnés par l?Agence à réserver, au
minimum, 5 % des heures travaillées à l?insertion
professionnelle des habitants des Zus, dans le cadre
des investissements financés par l?Anru. De même,
10 % des emplois créés pour la gestion du quartier et
des équipements devaient être réservés à l?insertion.
L?Anru assure un suivi et une publication annuelle des
résultats de l?insertion dans les projets de rénovation
urbaine (bénéficiaires, structures opérationnelles
pilotes?)6. De même, elle a capitalisé les bonnes pra-
tiques liées à la mise en oeuvre du développement
économique dans les projets de rénovation urbaine
en publiant un guide pratique en 20137.
10
2
Principaux
résultats
de l?étude
11
Sous la conjugaison des différentes politiques de
droit commun (notamment les aides à la création
d?entreprises), de la mobilisation des réseaux d?ac-
compagnement, des aides spécifiques à la poli-
tique de la ville (notamment les ZFU et l?Épareca) et
des réalisations des projets de rénovation urbaine
(construction de locaux d?activité et commerciaux),
l?activité économique dans les quartiers concernés
par le PNRU a progressé ces dix dernières années.
Elle a amené, dans la majorité des cas, une diminu-
tion des écarts d?implantation d?entreprises entre les
quartiers et leur agglomération environnante : dans
les dix sites de l?étude, le taux d?implantation8 moyen
atteint 25,3 % entre 2003 et 2013 contre 18,2 % dans
leurs communes de référence.
Des opérations qui favorisent
l?implantation d?entreprises dans
les quartiers
Le bilan quantitatif dans ce domaine est plutôt posi-
tif : l?offre de locaux d?activité financée par les
projets de rénovation urbaine est relativement
importante au regard de l?offre initiale dans les
quartiers, en particulier pour les locaux tertiaires.
Ainsi, en 2013, on compte 425 opérations de déve-
loppement d?activités économiques dans les
projets de rénovation urbaine. Et ce, alors qu?elles
ont représenté des montants limités (1,6 % des inves-
tissements totaux du PNRU, soit 760 millions d?euros
d?investissements, soutenus par l?Anru à hauteur de
157 millions d?euros9) et qu?elles étaient peu évo-
quées comme objectif opérationnel des projets.
En revanche, dans un contexte général de crise du
commerce de proximité, les opérations commer-
ciales financées ont principalement été des trans-
ferts d?activité ou réhabilitations de locaux et n?ont
accru l?offre commerciale que de manière limitée.
L?enjeu commercial dans les quartiers a souvent
reposé sur une approche qualitative, afin d?améliorer
l?accessibilité et l?attractivité des pôles commerciaux.
Ces opérations s?inscrivent, pour les quartiers, dans
des dynamiques globales d?implantation d?entre-
prises souvent positives, reposant principalement
sur la création du statut d?autoentrepreneur et sur
l?effet des ZFU.
La rénovation urbaine prend toute sa place dans
ces dynamiques : dans un tiers des quartiers, la
moitié de l?augmentation du nombre d?établis-
sements observée entre 2003 et 2013 est due à
la production d?immobilier économique dans le
cadre des projets de rénovation urbaine.
Douze ans après la loi de rénovation urbaine, le CGET a souhaité réaliser un
bilan des effets du PNRU sur le développement économique et l?emploi dans les
quartiers concernés. L?enjeu : déterminer si les actions économiques entreprises
dans le cadre des projets de rénovation urbaine ont produit les effets escomptés
et définir les facteurs essentiels pour leur réussite.
Le développement économique
des quartiers : les effets limités
mais encourageants de la rénovation
urbaine sur l?installation d?entreprises
et de commerces
Principaux résultats de l?étude
8. Moyenne sur la période du nombre d?établissements sup-
plémentaires chaque année (créations + reprises + trans-
ferts, hors fermetures) sur le nombre total d?établissements.
Source : Insee.
9. Consolider la dimension économique des territoires en
rénovation urbaine, Anru. Guide pratique construit à partir
du retour d?expérience en matière de développement éco-
nomique sur 20 sites en rénovation urbaine (p.11).
12
Une réussite variable
des opérations d?activité
économique
Au début du PNRU, la question du commerce
et des services de proximité était une priorité
de nombreux porteurs de projets, soucieux du
maintien d?une offre minimale dans les quartiers.
La construction de locaux d?activité économique
ou la restructuration de polarités commerciales
dans les quartiers constituaient souvent un pari
à l?origine. Les risques étaient réels de situation
de vacance face à la crainte supposée des
entrepreneurs d?investir dans ces quartiers « qui
font peur » ou l?impossibilité, pour un commer-
çant, de faire un chiffre d?affaires suffisant auprès
d?une population paupérisée. Or, les résultats
de l?enquête montrent qu?une grande majorité
des opérations économiques lancées dans le
cadre des projets de rénovation urbaine ont
rencontré un succès, avec cependant des diffé-
rences selon les contextes et les types d?activité. Il
est à noter que les opérations de restructuration
de polarités commerciales sont caractérisées
par une forte complexité au plan opérationnel,
car les structures sont souvent des copropriétés,
parfois liées à de l?habitation voire du tertiaire, ce
qui rend toute intervention sur le bâti coûteuse et
compliquée.
Les locaux d?activité financés par les projets de
rénovation urbaine ? sous la forme de pépinières,
d?hôtels d?entreprises, d?espaces en location ou à
la vente? ? sont pour la plupart occupés (les taux
d?occupation varient de 80 % à 100 % dans 9 sites
sur 10).
Par exemple à Bourges, un immeuble de bureaux
de 900 m² livrés fin 2012 atteignait 80 % d?occu-
pation en 2015, par des entreprises de conseil et
des professionnels libéraux. Au Havre, le change-
ment d?usage en 2012 de 19 logements en « pôle
médical » dans le quartier Mont-Gaillard atteint
95 % d?occupation (dont 1 pharmacie et 17 profes-
sionnels de santé).
Ces réussites s?expliquent principalement par la
forte rénovation des quartiers et l?amélioration, en
parallèle, de leur accessibilité. Dans les cas où
la rénovation urbaine se déploie dans un quar-
tier classé en zone franche urbaine, l?installation
de nombreuses entreprises est facilitée par les
exonérations fiscales. Par ailleurs, les politiques
de soutien à la création d?entreprises jouent un
rôle plutôt limité sur les nouvelles implantations,
hormis dans les cas où des moyens importants et
coordonnés ont été mis en place par les acteurs
locaux (collectivités, organismes HLM, structures
d?aide à la création d?entreprises?).
Évolution du nombre d?établissements économiques dans les 10 quartiers de l?étude (2004-2013)
Source : Insee.
Principaux résultats de l?étude
700
0
100
200
300
400
500
600
Bourges Chambéry Cergy Corbeil-Essonne Le Havre Hem-Lys-Roubaix Lorient Montauban Rillieux-la-Pape Woippy
Nombre d?établissements
économiques
en 2004
Nombre d?établissements
économiques créés entre 2004
et 2013
+x% Pourcentage d?augmentation du nombre
d?établissements économiques
pour 1 000 habitants entre 2004 et 2013
+58 %
+30 %
+130 %
+95 %
+62 %
+109 %
+6 % +40 %
+106 %
+15 %
13
En ce qui concerne le commerce, les taux
d?occupation des opérations comprenant de
petites cellules commerciales sont proches de
100 %. Par exemple, à Corbeil-Essonnes, un nou-
veau centre commercial a été créé aux abords
de la RN7 en 2009 ; son taux d?occupation est
de 100 %. Ce résultat s?explique principalement
par le type et le dimensionnement limités de ces
opérations. En effet, la plupart d?entre elles sont
des réhabilitations ou des réimplantations dans
des cellules neuves de commerces et services
qui occupaient auparavant les mêmes cellules
ou des cellules démolies à proximité. Dans la
majorité des cas, les surfaces proposées sont
équivalentes à la situation antérieure, moins fré-
quemment inférieures à l?offre précédente, mais
avec une qualité, une accessibilité et une attracti-
vité retrouvées. Dans les grandes agglomérations,
certaines de ces opérations ont été portées par
des investisseurs privés, faisant le pari d?un gain
d?attractivité dans les quartiers en rénovation
urbaine. Elles ont souvent contribué à la recon-
quête de leur image d?ensemble.
Des opérations parfois
concurrencées par l?offre
de proximité, notamment
dans le cas de moyennes
surfaces alimentaires
Dans la plupart des sites, la principale raison évo-
quée pour expliquer la limitation du nombre des
opérations économiques et commerciales, leur
dimensionnement réduit ou leur faible occupa-
tion est la présence d?une offre de proximité déjà
importante, qu?il s?agisse de commerces ou de
locaux tertiaires. En effet, le succès des opéra-
tions de développement économique et com-
mercial dans les quartiers dépend, en grande
partie, de la maîtrise des effets de concur-
rence territoriale, qui conditionne l?effet levier de
l?investissement public sur les initiatives privées.
Depuis 2008, la crise économique persistante a
conduit à une suroffre de locaux tertiaires et com-
merciaux dans de nombreux territoires. Or, dans
les quartiers étudiés, la programmation écono-
mique et commerciale des projets de rénovation
urbaine a été, le plus souvent, faite indépendam-
ment des réflexions stratégiques conduites par
les intercommunalités, ce qui a occasionné par
endroits des difficultés.
Les opérations portant sur des moyennes sur-
faces alimentaires sont celles qui ont connu le
plus de difficultés, du fait notamment de l?exis-
tence de grandes zones commerciales en péri-
phérie directe des quartiers et/ou de concurrents
aux prix peu élevés. Seule la restructuration impor-
tante de l?espace commercial semble avoir facilité
le maintien de l?activité dans quelques cas, mal-
gré un contexte général récessif. Un phénomène
souvent observé est celui de la forte présence
de commerces alimentaires « discount », qui ne
contribuent que modérément à la diversification
de l?offre commerciale et au développement
d?une offre plus qualitative.
Le maintien des commerces de proximité est indispensable
aux habitants des quartiers.
Principaux résultats de l?étude
14
Des retombées des chantiers
sur l?économie locale
limitées aux marchés divisés
en « lots réduits »
Le programme national de rénovation urbaine
représente un investissement d?argent public
considérable, avec des projets locaux d?environ
120 millions d?euros chacun, en moyenne10. Cette
importante manne financière, essentiellement diri-
gée vers le secteur du BTP, aurait pu être en partie
captée par l?activité économique présente dans
les quartiers ou leurs alentours, où le secteur du
BTP est bien implanté.
Or, les retombées économiques de la mise en
oeuvre des chantiers de rénovation urbaine n?ont
pas donné lieu à la définition d?objectifs nationaux
ou locaux ou à des dispositifs permettant d?en
concentrer les effets pour les entreprises situées
dans les quartiers concernés par la rénovation
urbaine. On constate ainsi une faible participation
des entreprises de BTP des quartiers (pourtant
nombreuses) aux chantiers de rénovation urbaine,
principalement en raison de la préférence des
maîtres d?ouvrage pour l?attribution de marchés
en lot global (ou de taille importante), que seuls les
majors et généralistes du BTP peuvent remporter.
Dans la plupart des cas, une part majoritaire des
Principaux résultats de l?étude
Le BTP, un secteur bien implanté dans les quartiers.
marchés a même été attribuée à des entreprises
situées en dehors de l?agglomération, en particu-
lier pour le gros oeuvre.
En revanche, dans les sites (un tiers des cas)
où une stratégie de « lots réduits » a été mise
en oeuvre, la grande majorité ? voire la quasi-
totalité ? des marchés a été remportée par
des entreprises de l?agglomération, souvent
des PME ou des TPE.
Le faible impact des opérations
de développement économique
sur l?emploi des habitants
des quartiers
Les nouveaux établissements économiques
créés dans le cadre des projets de rénovation
urbaine emploient généralement peu d?habi-
tants des quartiers, en particulier lorsqu?il s?agit
QUELQUES EXEMPLES
DE STRATÉGIES FAVORABLES AUX
ENTREPRISES LOCALES
? À Lorient (56), une stratégie de « lots réduits»
a été utilisée par le principal organisme HLM
pour ces marchés de rénovation. L?objectif
était de maintenir un tissu local d?entreprises
et garantir une concurrence lors des appels
d?offres afin de limiter les risques d?appel
d?offres infructueux ainsi que les risques de
dérives sur les prix.
? À Chambéry (73), le principal organisme HLM
et la communauté d?agglomération ont porté
une attention particulière sur la constitution
de lots réduits et la limitation de la publicité
de leurs appels d?offre à l?échelle départe-
mentale, hormis dans les cas où le tissu local
était estimé insuffisant (principalement pour
les opérations de démolition).
? À Hem-Lys-Roubaix (59), la participation des
entreprises locales au projet de rénovation
urbaine a été favorisée par un travail initié
avec la Fédération française du bâtiment
(FFB) et les chambres consulaires visant à
former les entreprises locales sur la réponse
aux marchés publics et sur les clauses
d?insertion.
10. Rapport d?activité 2014, Anru.
15
de transferts de professions libérales. Ce constat
est identique à celui formulé dans les évaluations
des zones franches urbaines. Les implantations
apportant le plus d?emplois aux habitants sont
les créations de petits commerces et les implan-
tations de grands commerces ou d?entreprises
du BTP. Par exemple au Havre, l?implantation d?un
grand centre commercial au coeur d?un quartier
a permis le recrutement de plus de 75 habitants
du quartier.
On a pu également constater un effet levier des
projets de rénovation sur le développement de
l?entreprenariat dans les domaines de l?artisanat
et du tertiaire, des autoentrepreneurs ayant pu
mener à bien leur création d?entreprise grâce à la
présence de locaux abordables et à l?accompa-
gnement des acteurs de l?emploi et de l?insertion.
Sur les chantiers, les recrutements (hors clauses
d?insertion) de salariés issus des quartiers ont
été rares, principalement en raison du manque
d?activité du secteur du BTP sur la période de
déploiement du PNRU, ce qui n?a pas permis
de nouveaux recrutements, ni de conserver une
partie des nouveaux salariés. L?obligation de
recrutement d?une part de leur personnel via des
clauses d?insertion a donc représenté l?outil prin-
cipal de promotion des habitants des quartiers
vers l?emploi.
Principaux résultats de l?étude
L?emploi dans les quartiers : les effets
d?entraînement des clauses d?insertion
Dans un contexte de chômage massif, la mise
en place de chantiers de rénovation urbaine très
importants, au sein même des quartiers de la
politique de la ville, représentait une opportunité
d?emplois potentiellement accessibles aux per-
sonnes peu qualifiées. Cette opportunité a été tra-
duite par l?Anru par la mise en place de « clauses
d?insertion ». Cette obligation a été largement res-
pectée, entraînant de fortes mobilisations locales.
Le PNRU a fortement contribué
au développement quantitatif
des clauses d?insertion
dans les territoires
L?objectif d?insertion de 5 % des heures travaillées
est largement atteint : au 30 juin 2015, plus de
58000 personnes ont réalisé plus de 23mil-
lions d?heures d?insertion11, principalement réali-
sées en intérim (d?insertion surtout) et, pour environ
un quart en embauches directes, principalement
en CDD et alternance12. Pour la majorité des pro-
jets, le nombre d?heures effectuées est supérieur
au nombre d?heures prévu dans les marchés lan-
cés13. De plus, le public concerné est constitué de
personnes éloignées de l?emploi, majoritairement
jeunes (moins de 26 ans), sans qualification et sans
expérience pour 39 %, et pour près du tiers de
demandeurs d?emploi de longue durée14.
Pourtant, à l?origine des projets de rénovation
urbaine, un certain nombre d?acteurs se sont
montrés sceptiques. Ils ont exprimé des craintes
sur la mise en oeuvre des clauses d?insertion,
que ce soit les acteurs locaux en charge des
projets de rénovation urbaine ou les entreprises
attributaires des marchés. La mise en oeuvre des
clauses, dans le cadre des projets de rénovation
urbaine, a ainsi débuté par une dimension péda-
gogique et de mise en dynamique.
11. Bilan sur l?insertion, Anru, 30/06/2015
12. IGF/Igas, p. 345-350.
13. Bilan sur l?insertion, Anru, 30/06/2015.
14. Bilan sur l?insertion, Anru, 30/06/2015.
16
En effet, les acteurs rencontrés dans le cadre de
l?étude indiquent que la préoccupation initiale était
de rassurer les différents intervenants, notam-
ment les entreprises ou les services juridiques et
techniques des maîtres d?ouvrage. Dans divers
sites étudiés, le fait que les premières clauses
se soient bien déroulées a permis de lever ces
craintes et le scepticisme des maîtres d?ouvrage
et des entreprises attributaires des marchés.
La mise en oeuvre des clauses d?insertion a repré-
senté un important travail partenarial dans la
mesure où la majorité des territoires n?avait pas
d?expérience antérieure en matière de clause d?in-
sertion avant le PNRU. Les déclinaisons locales de
la charte nationale d?insertion ont permis de mobi-
liser les acteurs locaux et de faire de l?insertion
un sujet partenarial. Des comités de pilotage ont
été créés réunissant autour d?un porteur de projet
(maire ou président de l?agglomération) à la fois
des représentants des entreprises, des acteurs
de l?insertion professionnelle, du service public de
l?emploi, les services de l?État déconcentré et des
maîtres d?ouvrage. Ce travail de mise en lien des
acteurs de l?insertion, des acteurs économiques
et des acteurs publics a pu favoriser l?émergence
d?une concertation territoriale appliquée à l?inser-
tion professionnelle.
Ce partenariat, combiné à un portage opération-
nel par une structure dédiée, a permis, dans l?en-
semble des territoires en rénovation urbaine, un
dépassement des objectifs quantitatifs. Rendu
possible grâce aux recrutements de bénéficiaires
sur des périodes longues, ce dépassement a été
facilité par la possibilité de mutualiser des heures
entre plusieurs marchés (notamment à l?échelle
intercommunale) et d?utiliser des contrats de pro-
fessionnalisation, notamment via les groupements
d?employeurs pour l?insertion et la qualification
(GEIQ).
5 % des heures travaillées sur les chantiers financés par
l?Anru sont consacrés à l?insertion professionnelle.
Principaux résultats de l?étude
Réalisation des heures d?insertion dans les 10 sites de l?étude
Source : données transmises par les acteurs interrogés lors de l?étude (hors Montauban ; données manquantes).
700
0
100
200
300
400
500
600
Bourges Chambéry Cergy Corbeil-Essonne Le Havre Hem-Lys-Roubaix Lorient Rillieux-la-Pape Woippy
Nombre de bénéficiaires
des clauses d?insertion
91 %
136 %
98 %
110 %
119 %
125 % 167 %
ND
116 %
x% Pourcentage d?atteinte de l?objectif
du nombre d?heure d?insertion
en 2015
17
Des difficultés pour travailler
de manière qualitative
sur les clauses
L?application stricte des clauses d?insertion a par-
fois donné l?impression d?une affectation quanti-
tative d?heures de travail plutôt qu?une recherche
de parcours d?insertion et de réels débouchés
pour les personnes bénéficiaires. Conscients de
cet écueil, la plupart des acteurs locaux ont
voulu travailler de manière plus qualitative
dans la mise en oeuvre des objectifs d?inser-
tion. Bien souvent, cet objectif qualitatif s?est affiné
à l?épreuve de la pratique : la « réussite » des pre-
mières embauches grâce aux clauses d?insertion
a rapidement convaincu de la nécessité de rele-
ver l?objectif vers la réalisation de parcours profes-
sionnels de qualité.
De plus, l?orientation des clauses d?insertion sur
des marchés de travaux a fortement influé sur
les publics concernés : les femmes ne repré-
sentent que 5,5 % des bénéficiaires15, ce qui ren-
force la nécessité de travailler sur la diversité des
marchés.
Travailler de manière plus qualitative exige de défi-
nir de façon partagée une stratégie d?utilisation
des clauses d?insertion. Elle vise à déterminer :
? les publics à privilégier ;
? la manière de toucher ces publics ;
? les combinaisons d?actions à déployer ;
? l?accompagnement à mettre en place pour
bâtir de réels parcours d?insertion.
Première condition
Le repérage des publics doit être basé sur des
diagnostics fins. Quelques territoires ont réa-
lisé un travail mettant en relief la nature de la
demande d?emploi sur le territoire et permet-
tant de détecter, de quantifier et de différencier
les publics, avant de confronter ces caractéris-
tiques aux besoins des entreprises concernées
par les chantiers.
Dans la majorité des sites, ce travail de diagnos-
tic a été peu formalisé au regard de l?ampleur
Principaux résultats de l?étude
et de l?urgence des besoins, ce qui a nui aux
velléités d?adaptation des parcours aux profils
des bénéficiaires.
Deuxième condition
Les modalités d?application des clauses
d?insertion (caractéristiques du marché public)
doivent permettre le développement de par-
cours qualifiants. Les clauses réalisées dans
le cadre des projets de rénovation urbaine ont
été essentiellement effectuées selon l?article 14
du code des marchés publics, via de l?intérim
et de l?embauche directe. Cette option permet
de réaliser un nombre important d?heures de
travail et de toucher un nombre conséquent
de bénéficiaires, mais elle ne garantit pas un
accompagnement spécifique des bénéficiaires.
Les actions de préqualification, voire de for-
mations, en amont des bénéficiaires ont été
rares, réduisant le plus souvent les bénéficiaires
à effectuer des tâches nécessitant peu de
qualifications.
La majorité des sites ont mis en place, pour
quelques marchés de leurs projets de rénova-
tion urbaine, un dispositif renforcé d?insertion, via
l?utilisation des articles 30 ou 53 du code des
marchés publics. Ces articles permettent un
accompagnement renforcé des bénéficiaires
et d?accroître les exigences en matière d?appli-
cation des clauses afin de favoriser l?insertion
professionnelle durable des publics.
Troisième condition
Le suivi et l?accompagnement des bénéfi-
ciaires pendant et après les clauses d?insertion
constituent un enjeu majeur pour leur insertion
durable dans l?emploi. Dans la majorité des
sites étudiés, le pilotage des clauses d?inser-
tion n?a pas prévu de modalités systématisées
d?accompagnement des bénéficiaires après la
réalisation de la période d?insertion. Or, le suivi
des bénéficiaires dans le temps constitue un
enjeu majeur des dispositifs d?insertion pour
construire de réels parcours vers l?emploi. L?Anru
15. Bilan sur l?insertion, Anru, 30/06/2015
18
explique que les parcours post-insertion n?ont
cessé de s?améliorer au fur et à mesure de
l?avancement des projets. Ainsi, en 2015, sur un
échantillon de plus de 34 000 bénéficiaires dont
la situation est connue 6 mois après leur entrée
dans le dispositif, seuls 23 % sont demandeurs
d?emploi, les autres poursuivant des parcours
d?insertion, d?intérim, de formation ou bénéficiant
d?embauches directes16.
Quatrième condition
Le travail de diagnostic, la mise en oeuvre des
modalités juridiques et le suivi et l?accompagne-
ment des bénéficiaires nécessitent une ingé-
nierie locale dédiée, du type « facilitateurs » ou
« coordonnateurs » de clauses d?insertion, dont
les postes ont été en partie soutenus financiè-
rement par l?Anru.
Des effets globalement positifs
pour les bénéficiaires
et les partenaires locaux
Malgré certains écueils, le PNRU a permis de
développer très fortement les clauses d?insertion
dans les territoires concernés : il a mobilisé les
acteurs économiques et de l?emploi, afin d?offrir
à des publics éloignés de l?emploi une opportu-
nité de travailler et de bénéficier, dans un certain
nombre de cas, d?un accompagnement socio-
professionnel ou d?un accès privilégié à des
formations.
Ces nombreuses réalisations ont généré des
effets sur les partenariats locaux entre les dif-
férents acteurs économiques (entreprises,
chambres consulaires, branches profession-
nelles?) et les acteurs de l?emploi (Pôle emploi,
plans locaux d?insertion, missions locales?).
Malgré la possibilité ouverte par le code des mar-
chés publics (depuis 1993) d?utiliser des clauses
d?insertion, les interlocuteurs rencontrés sont una-
nimes pour dire que, sans l?obligation de mise
en place de clauses d?insertion dans les mar-
chés publics relatifs aux projets de rénova-
tion urbaine, les pratiques seraient sans doute
demeurées moins structurées et basées sur
le volontariat. Plusieurs collectivités territoriales
et bailleurs sociaux se sont d?ailleurs engagés
à poursuivre l?utilisation des clauses d?insertion
dans la commande publique au-delà de leurs
projets de rénovation urbaine ; d?autres l?envi-
sagent désormais.
Concernant les bénéficiaires, les acteurs locaux
insistent sur les divers atouts de la clause
d?insertion :
? c?est souvent une première expérience profes-
sionnelle pour les jeunes concernés et un nou-
veau départ vers l?emploi pour les plus âgés ;
? un temps d?apprentissage des codes de l?en-
treprise ;
? l?opportunité de bénéficier de contrats de tra-
vail pour des personnes qui sont éloignées de
l?emploi, avec des contacts en direct avec les
entreprises.
La majorité des bénéficiaires interrogés dans
le cadre de l?étude ont des perceptions plutôt
positives de leur expérience sur les chantiers
de rénovation urbaine, même si leur devenir
après cette expérience est hétérogène.
Au total, selon l?Anru, sur un échantillon de 25 847
bénéficiaires recensés à 12 mois après leur entrée
dans le dispositif d?insertion, 72 % des bénéfi-
ciaires ont une solution d?emploi (intérim, contrat
d?insertion, contrat aidé, embauche directe en
CDD ou CDI) ou de formation (dont alternance)
douze mois après la fin de leur contrat17.
Principaux résultats de l?étude
16. Bilan sur l?insertion, Anru, 30/06/2015. 17. Bilan sur l?insertion, Anru, 30/06/2015.
19Principaux résultats de l?étude
Alors que le bilan économique du premier pro-
gramme de rénovation urbaine est jugé limité,
mais encourageant, par la majorité des acteurs
de la politique de la ville, le nouveau programme
de renouvellement urbain, lancé en 2014, dans
216 quartiers d?intérêt national entend amplifier les
effets des projets sur le développement écono-
mique, au profit des habitants des quartiers.
Pour cela, plusieurs éléments de mise en oeuvre
des projets peuvent être adaptés ; tel est l?objet des
pistes de recommandations présentées ci-après.
Intégrer les objectifs et
opérations économiques
des projets de rénovation
urbaine dans des stratégies
intercommunales
Le développement économique est une compé-
tence portée, au niveau local, par les intercom-
munalités. Or, les projets de rénovation urbaine
ont souvent été pensés et conduits à l?échelle
des quartiers, sans réelle prise en compte des
réflexions stratégiques menées plus globalement.
Cette lacune a conduit au développement d?une
concurrence territoriale, qui a nui au succès de
plusieurs opérations prévues dans le cadre de
projets de rénovation urbaine.
Les bénéficiaires des clauses d?insertion jugent les apports des chantiers du PNRU
Source : enquête auprès de 87 anciens bénéficiaires de clauses d?insertion.
L?intégration des projets de rénovation urbaine aux
stratégies d?agglomération s?entend aussi pour l?en-
jeu de l?amélioration de l?accessibilité des quar-
tiers et de leurs liens avec les zones d?activité.
Perspectives
CLÉ DU SUCCÈS
Seule une planification stratégique à l?échelle
de l?agglomération des zones de développe-
ment économique et commerciale permettrait
d?anticiper les mises sur le marché de locaux
ciblant la même clientèle et d?éviter une suroffre,
source potentielle de vacance. Cette planifica-
tion doit se faire dans une logique de
complémentarité.
Enfin, une dernière piste concerne l?ingénierie :
lors de la conception des projets de renouvel-
lement urbain, les conditions de réussite des
opérations de type économique et commercial
devraient être un élément central de la concep-
CLÉ DU SUCCÈS
Les succès économiques les plus manifestes
observés dans les quartiers en rénovation
urbaine ont été obtenus grâce à une améliora-
tion sensible de la desserte des quartiers, via
notamment la mise en place de transport en
site propre.
Expériences
et formations
Salaire,
travail
Confiance Découverte
du métier
Envie de reprendre
des études
Être
embauché
Rien
45 %
42 %
13 %
11 %
7 %
4 %
1 %
20
tion du projet, et non pas la résultante d?un dessin
d?architecte.
La Caisse des dépôts accompagne les collecti-
vités dans la mise en place de stratégie de déve-
loppement économique, soit par l?intervention
d?experts, soit par une participation technique et
financière à l?ingénierie de projet. Par ailleurs, plus
de 60 villes ont été accompagnées en 2014-2015
pour la réalisation de diagnostics approfondis des
dispositifs de création d?entreprises en quartiers
prioritaires afin de compléter l?offre locale et la
rendre accessible au plus grand nombre.
Trois pistes pour privilégier
les activités porteuses
d?emploi local
Le développement économique dans les quar-
tiers prioritaires de la politique de la ville (QPV)
devrait avoir, pour partie, comme objectif de
fournir des opportunités d?emploi pour les habi-
tants, qui souffrent d?un taux de chômage élevé.
Afin de réaliser cet objectif, plusieurs pistes sont
possibles.
1. Tout d?abord, les concepteurs des projets de
renouvellement urbain pourraient orienter les
choix stratégiques en fonction des besoins
des activités déjà représentées dans les
quartiers (entreprises, commerces, artisans,
porteurs de projet, services à la personne?). En
effet, l?activité économique dans les QPV n?est
pas absente, même si elle s?avère souvent fra-
gile et changeante. Un des objectifs des pro-
jets pourrait être de la soutenir via, notamment,
la construction de locaux accessibles finan-
cièrement, adaptés, visibles et bien desservis
CLÉ DU SUCCÈS
Pour les équipes de maîtrise d?oeuvre, il s?agirait
de concevoir et de mettre en oeuvre les opéra-
tions sur les locaux d?activité en lien avec les
équipes des collectivités accompagnant la
création d?entreprises, ainsi qu?avec le tissu
local d?entrepreneurs, afin de faciliter le déve-
loppement et la création d?entreprises et de
commerces dans les quartiers.
(espaces clos, modulables et évolutifs, pépi-
nières, centres d?affaire des quartiers, espaces
de coworking), le changement d?usage ou la
reconfiguration des locaux existants (en parti-
culier, les locaux commerciaux) pour s?adapter
aux pratiques actuelles et aux nouvelles formes
de commerces (e-commerce?). Les choix
stratégiques en matière de développement
économique doivent également prendre en
compte les besoins des habitants et des usa-
gers du quartier et de son environnement, ce
qui permet d?ouvrir le champ des services à la
personne et de l?économie sociale et solidaire
(projets d?agriculture urbaine, organisation de
circuits courts?).
2. Pour les opérations plus importantes, il
semble nécessaire de privilégier les pro-
jets de locaux ciblant les activités les plus
denses en emploi local en fonction du dia-
gnostic des besoins locaux, ces activités étant
généralement de type artisanal ou relevant de
secteurs accueillant des personnels faiblement
qualifiés, comme le BTP.
Il peut également s?agir de répondre aux besoins
d?acteurs spécifiques comme les associations
de proximité et les entreprises d?insertion, qui
peuvent avoir besoin de locaux adaptés à l?ac-
cueil du public et qui créent souvent des liens
importants avec les habitants des quartiers où
ils sont installés.
L?artisanat développe l?emploi local.
Principaux résultats de l?étude
21
3. En complément, il est recommandé d?inci-
ter les maîtres d?ouvrage du NPNRU (bailleurs
sociaux, communes, intercommunalités?) à
utiliser des lots réduits dans leurs appels
d?offre, afin de favoriser la participation des
entreprises locales aux chantiers. L?efficacité
de cette modalité d?intervention est attestée de
manière très robuste sur l?ensemble des sites
où elle a été mise en place dans le cadre du
PNRU. L?ordonnance du 23 juillet 2015 sur les
marchés publics et son décret d?application
étendent d?ailleurs le principe de l?allotissement
à l?ensemble des acheteurs publics.
Développer les parcours
qualifiants d?insertion
L?acquis qu?a constitué le développement des
clauses d?insertion dans les projets de rénova-
tion urbaine permet d?accroître les objectifs d?une
approche plus qualitative de l?insertion.
Une première piste pour encourager cette orien-
tation plus qualitative pourrait être de valoriser,
dans les objectifs et le calcul du nombre
d?heures d?insertion, les contrats longs, les
formations et le recours à l?article 30 du code
des marchés publics18, ces modalités permet-
tant des parcours qualitativement très supérieurs
aux parcours classiques d?insertion. Le décret du
25 mars 2016 relatif aux marchés publics réforme
le dispositif des clauses : les marchés réservés
s?ouvrent désormais à l?économie sociale et soli-
daire et aux structures d?insertion par l?activité
économique.
Une autre piste pourrait être de limiter ou de sous-
valoriser le recours à l?intérim « classique » (dont
les durées, les accompagnements et les possibili-
tés de formation sont généralement limités).
Enfin, une source importante de qualification des
bénéficiaires serait celle de la création de chan-
tiers d?insertion dans les marchés non urgents
ou peu techniques des projets de rénovation
urbaine, dans la mesure où l?absence d?entre-
prises d?insertion spécialisées dans le BTP sur
certains territoires est un frein fréquemment cité
pour développer des actions d?insertion plus
qualitatives.
18. L?article 30 du code des marchés publics permet de faire de la prestation d?insertion professionnelle l?objet même du marché
public.
Conclusion
Les effets du programme national de rénovation
urbaine en matière de développement écono-
mique et d?emploi sont encourageants. De réels
progrès sont observés dans les quartiers
concernés par le PNRU : l?activité économique
et commerciale, qu?elle soit nouvelle ou transfé-
rée, y a trouvé sa place, même de manière limi-
tée ; et les clauses d?insertion déployées dans le
cadre de la rénovation urbaine ont prouvé qu?une
mobilisation de l?ensemble des partenaires sur
un objectif précis produit des résultats tangibles.
Ces appréciations positives sont cependant à
moduler selon les sites. En fonction des volon-
tés, des contextes et des moyens locaux, les
résultats peuvent varier considérablement. Ainsi,
l?économie ne se décrète pas, mais appelle une
action publique organisée et forte, à l?échelle de
l?agglomération, qui s?appuie sur les ressources
et révèle les potentiels endogènes des quartiers
en rénovation urbaine, et de leur environnement.
Ces constats invitent ? au commencement du
nouveau programme national de renouvelle-
ment urbain ? à ce que l?ensemble des acteurs
soit particulièrement attentif à faire du déve-
loppement économique et de l?emploi une
priorité des futurs projets, afin d?amplifier leurs
effets au profit des habitants des quartiers.
Principaux résultats de l?étude
22
3
Les nouveaux
principes du
NPNRU sur le
développement
économique et
l?emploi
23
Le développement économique et le développe-
ment de la mixité fonctionnelle constituent un des
« objectifs incontournables » des projets de renouvel-
lement urbain20. L?Anru accorde ainsi des subventions
« aux opérations de création et de réorganisation
d?espaces d?activité économique et commerciale
et, le cas échéant, sur les espaces communs
des copropriétés commerciales pour répondre à
des stratégies ambitieuses de requalification »21.
Le caractère d?« excellence »22 des opérations sur
le développement économique pourra permettre
à certains projets de bénéficier d?une majoration
des aides de l?Anru (jusqu?à 15 % des financements
accordés).
Le NPNRU apporte une nouveauté : le temps du
protocole de préfiguration et des études qui en
découlent. En amont de l?élaboration des projets de
renouvellement urbain, l?Anru demande aux porteurs
de projets de mener à bien des études stratégiques
sur les thématiques traitées dans le cadre des projets.
Ce programme de travail est formalisé au sein d?un
protocole de préfiguration. Il s?agit de construire un
diagnostic complet du territoire dans son environne-
ment élargi, proposer des orientations stratégiques,
identifier des premières pistes opérationnelles et s?as-
surer de leur cohérence avec les documents straté-
giques locaux (contrat de ville, plan local d?urbanisme,
schéma de cohérence territoriale?).
Le développement économique :
une priorité du NPNRU
L?objectif : vérifier l?opportunité et la faisabilité des
opérations prévues sur l?immobilier à vocation éco-
nomique et commerciale et leur cohérence avec
la stratégie de développement économique et le
schéma d?organisation commerciale de l?intercom-
munalité. Cette phase d?étude devra donc garantir la
pertinence des opérations à vocation économique
dans les PRU, notamment au vu du marché local et
des effets de concurrence territoriale.
19. Règlement général de l?Anru pour le NPNRU, préambule.
20. Règlement général de l?Anru pour le NPNRU, titre 1er, article 3.2.
21. Règlement général de l?Anru pour le NPNRU, titre 2, article 2.3.
22. Règlement général de l?Anru pour le NPNRU, titre 2, article 3.2.
Le nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU) a été lancé
par la loi du 21 février 2014 de programmation pour la ville et la cohésion urbaine.
Il concourt à la redynamisation des quartiers prioritaires, notamment « par une
politique d?insertion par l?activité économique, par le développement économique
dans ou à proximité immédiate du quartier, par le désenclavement propice à de
meilleures connexions avec les zones d?emploi de l?agglomération »19. Les par-
tenaires de l?Anru, dont notamment Action logement, font des questions écono-
miques et d?emploi des priorités.
Les nouveaux principes du NPNRU sur le développement économique et l?emploi
En outre, 600 millions d?euros sont prévus pour les
opérations immobilières visant les entreprises (ce
montant incluant les prêts de la Caisse des dépôts).
L?objectif principal des opérations visant les activités
économiques : contribuer à une plus grande mixité
des « fonctions urbaines » des quartiers et ainsi favo-
riser une meilleure attractivité. Un ciblage de ces opé-
rations immobilières sur les entreprises et créateurs
issus des quartiers est annoncé.
millions
d?euros600
prévus pour les opérations
immobilières visant les
entreprises, dans le NPNRU
24
En complément de ces opérations sur les locaux
d?activité, le règlement général du NPNRU souligne
l?importance du désenclavement des quartiers de
rénovation urbaine, notamment pour « mieux les
connecter aux principales zones d?emploi de l?ag-
glomération ». L?aide de l?Anru pourra ainsi être condi-
tionnée à l?engagement des porteurs de projets de
réaliser un transport en commun en site propre.
Enfin pour une partie des quartiers prioritaires de la
politique de la ville, le mécanisme des exonérations
fiscales est maintenu dans les ZFU, devenues « Terri-
toires Entrepreneurs » (voir carte ci-contre) :
? ces exonérations restent importantes en termes de
montants, même si elles sont plus limitées depuis
le 1er janvier 201523;
? elles intègrent une clause d?embauche locale
comparable à celle qui était associée à l?exonéra-
tion de cotisations sociales24;
? une nouvelle exonération des taxes locales25 est
instaurée, en complément, pour les petits com-
merces et services installés dans l?ensemble des
1 500 quartiers prioritaires de la politique de la ville.
23. Fermeture des exonérations des cotisations sociales et
plafonnement des exonérations d?impôts sur les sociétés
ou sur le revenu ramenées de 100 000 ¤/an à 50 000 ¤/an.
24. À partir du 2e salarié, au moins la moitié des salariés (au
total, ou ceux embauchés depuis l?implantation) doivent
être en CDI ou en CDD de plus d?un an et résider dans
un quartier prioritaire (cf. plus haut « Les spécificités des
politiques économiques dans les quartiers »).
25. Exonération de cotisation foncière des entreprises (CFE)
et de taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB) réser-
vée aux entreprises de moins de 10 salariés exerçant
une activité commerciale installée ou nouvellement
implantée dans ces quartiers entre le 1er janvier 2015 et le
31 décembre 2020.
26. Nouvelle charte nationale d?insertion 2014-2024, adoptée
par le conseil d?administration de l?Anru, le 24 mars 2015.
Le renforcement des ambitions
en matière d?insertion
Les nouveaux principes du NPNRU sur le développement économique et l?emploi
Pour que le NPNRU puisse être un levier pour dyna-
miser les parcours d?insertion sociale et profession-
nelle des habitants de ces quartiers où les taux de
chômage sont particulièrement élevés, une nou-
velle charte nationale d?insertion26 a été adoptée
sur le modèle de celle de 2005, mais avec plusieurs
modifications.
Tout d?abord, l?Anru oblige les maîtres d?ouvrage sub-
ventionnés à réserver au minimum 5 % des heures
travaillées dans le cadre des investissements finan-
cés par l?Anru à l?insertion professionnelle des habi-
tants de « l?ensemble des quartiers prioritaires de
la politique de la ville ». Il s?agit du même objectif
que celui fixé dans le PNRU. En revanche, la clause
de 10 % ne s?applique plus aux « embauches »
effectuées dans le cadre de la gestion urbaine de
proximité et de la gestion des équipements finan-
cés par l?Anru, mais aux « heures travaillées dans
le cadre des marchés » les concernant. De plus,
une « partie » des embauches liées à l?ingénierie
ou aux actions d?accompagnement est également
concernée par la clause d?insertion.
Du point de vue des objectifs, il est particulièrement
souligné qu?il s?agit de construire de réels parcours
professionnalisant pour les demandeurs d?emploi
des QPV, grâce à un travail fin de repérage et d?orien-
tation de ces publics, à la mutualisation des heures
d?insertion, à la diversification des marchés concer-
nés, à la construction d?un travail en amont et dans
la durée avec les entreprises et à la construction de
parcours d?une durée « suffisante » et intégrant des
formations. Il s?agit également de renforcer la diver-
sité des bénéficiaires des clauses et de favoriser leur
contribution à l?insertion des publics féminins.
S?agissant des modalités, leur définition est renvoyée
aux partenaires locaux, porteur de projet et maîtres
d?ouvrage, qui doivent préciser dans la convention
pluriannuelle de renouvellement urbain les objectifs
quantitatifs liés aux heures d?insertion à réaliser, mais
également construire des objectifs qualitatifs d?inser-
tion des publics. Ceux-ci pourront être exprimés « en
termes de formation, de part de contrats en alter-
nance, de durée des contrats, d?accompagnement
25Les nouveaux principes du NPNRU sur le développement économique et l?emploi
et de suivi des bénéficiaires les plus éloignés de
l?emploi ». De plus, les partenaires doivent préciser les
modalités de mises en oeuvre permettant d?atteindre
ces objectifs.
Enfin, la nouvelle charte d?insertion liée au NPNRU
insiste sur le fait que le dispositif d?insertion doit
s?inscrire dans la politique globale d?accès à
l?emploi et à la formation portée par le contrat de
ville. Elle insiste également sur l?enjeu de renforcer le
partenariat avec les entreprises et de construire une
politique de gestion territoriale des emplois et des
compétences à l?échelle de l?agglomération, dans
le cadre de la gouvernance partenariale de l?axe
emploi du contrat de ville.
26 Effets de la rénovation urbaine sur le développement économique et l?emploi
27Effets de la rénovation urbaine sur le développement économique et l?emploi
Le programme national de rénovation urbaine (PNRU),
lancé en 2003, entendait lutter contre le caractère mo-
nofonctionnel et le manque de diversité urbaine des
quartiers. Cette ambition passait par le développement
au sein des quartiers d?opérations à vocation écono-
mique et commerciale et par l?enclenchement d?un effet
de levier vertueux résultant des importants chantiers de
rénovation, au bénéfice du tissu économique local et
de l?insertion des habitants dans le marché du travail.
Douze ans après le lancement du PNRU, le Commissa-
riat général à l?égalité des territoires (CGET) a souhaité
commander une étude sur les effets de la rénovation
urbaine sur le développement économique et l?emploi.
De réels progrès sont observés dans les quartiers :
l?activité économique et commerciale ? qu?elle soit
nouvelle ou transférée ? y a trouvé sa place, même
de manière limitée ; les clauses d?insertion ont prouvé
qu?une mobilisation de l?ensemble des partenaires sur
un objectif précis produit des résultats tangibles.
Alors que commence le nouveau programme national
de renouvellement urbain, ces constats invitent à aller
plus loin en inscrivant le développement des quartiers
dans les stratégies d?agglomération et en s?appuyant
davantage sur les ressources et les potentiels de leurs
habitants.
Le Commissariat général à l?égalité des territoires (CGET) est un service du
Premier ministre. Sa mission consiste à promouvoir l?égalité des citoyens, à
assurer la continuité territoriale de la République et à développer les ter-
ritoires au bénéfice des habitants. Le CGET est mis à la disposition des
ministères en charge de la Ville et de l?Aménagement du territoire.