Financement des services publics d'eau potable et d'assainissement
Auteur moral
France. Ministère de la transition écologique et solidaire
Auteur secondaire
Résumé
La présente brochure vise à dresser la synthèse de l'étude Récupération des coûts, menée par les bureaux d'études Ireedd et Espelia entre 2018 et 2019, pilotée par la direction de l'eau et de la biodiversité du ministère de la Transition écologique et l'Office français de la biodiversité dans le cadre des états des lieux établis au titre du troisième cycle de gestion de la directive-cadre sur l'eau. Les conclusions de cette note ne reflètent pas nécessairement la position de l'administration.
Descripteur Urbamet
service public
Descripteur écoplanete
assainissement collectif
;assainissement et traitement des eaux usées
Thème
Administration publique
Texte intégral
FINANCEMENT
DES SERVICES PUBLICS
D?EAU POTABLE ET
D?ASSAINISSEMENT
NOIR PANTONE
288 C
MAGENTA JAUNECYAN
30-34 Rue du Chemin Vert 75011 Paris
+33 (0)1 85 56 97 00 www.carrenoir.com
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Date : 03/10/2019
Financement des services publics d?eau potable et d?assainissement 3
Sommaire
Propos liminaires
1. Les services publics
d?eau et d?assainissement
sont essentiellement financés
par les recettes issues
de la tarification de l?eau
2. Des recettes issues
de la facturation des
SPEA en augmentation
et principalement
destinées aux dépenses
d?exploitation
3. Des recettes à conforter
pour répondre à des
besoins d?investissements
croissants
PA
G
E
7
PA
G
E
5
PA
G
E
3
PA
G
E
10
PA
G
E
9
PA
G
E
9
La présente brochure vise à dresser la synthèse
de l?étude Récupération des coûts, menée par les bureau
d?études Ireedd et Espelia entre 2018 et 2019, pilotée
par la direction de l?eau et de la biodiversité
du ministère de la Transition écologique et
l?Office français de la biodiversité dans le cadre
des états des lieux établis au titre du troisième
cycle de gestion de la directive-cadre sur l?eau.
Les conclusions de cette note ne reflètent pas
nécessairement la position de l?administration.
L?étude évalue les flux financiers annuels liés aux
utilisations de l?eau sur la période 2013-2016.
S?agissant des services publics d?eau et d?assainissement,
ces flux comprennent les recettes destinées à la
production et distribution d?eau potable, à la collecte
et au traitement des eaux usées. Ces flux comprennent
également les recettes des autres services qui ne
transitent pas par la facture d?eau, tels que les
raccordements des usagers aux réseaux ainsi que les
subventions accordées par les collectivités aux services.
Rédacteurs : Maylis Castaignet (agence de l?eau Seine- Normandie), Julien Gauthey (Office français de la biodiversité), Fady
Hamadé (bureau d?études IREEDD), Guillaume Monaco (agence de l?eau Rhin-Meuse), Timothée Monsaingeon (direction de
l?eau et de la biodiversité, ministère de la Transition écologique), Bruno Pénisson (agence de l?eau Artois-Picardie), Marc Pero
(agence de l?eau Rhône-Méditerranée Corse), Stéphane Robichon (agence de l?eau Adour-Garonne).
Personnes consultées pour avis et relecture : Anaïs Bailly, Christophe Venturini, Laure Souliac et Amélie Coantic (direction
de l?eau et de la biodiversité, ministère de la Transition écologique), Marine Favre (Commissariat général au développement
durable, ministère de la Transition écologique)
Crédits photos : Pixabay, L. Mignaux, B. Suard/Terra - Infographie et schémas : Dicom - Publication : Décembre 2020 - Conception et
réalisation : Dicom-DGALN/BRO/20174
4. Garantir la durabilité
des services publics
d?eau et d?assainissement
en conciliant leur
équilibre économique
avec des considérations
environnementales
et sociales
5. Les enjeux croissants
du grand cycle
de l?eau sur le coût
des SPEA
6. Un modèle de
financement
de l?eau en évolution
Propos liminaires
4 Financement des services publics d?eau potable et d?assainissement Financement des services publics d?eau potable et d?assainissement 5
Figure 1
FLUX FINANCIERS
ANNUELS SUR LA
PÉRIODE 2013-2016
Services publics
d?eau et d?assainisse-
ment
Institutions
de collectes des
redevances eau
Autres financeurs
publics (État, collectivi-
tés territoriales, Union
européenne)
1. Dont budget de
fonctionnement des
agences et des offices
de l?eau
2. Le prélèvement moyen
annuel de l?État sur
le budget des agences
de l?eau est calculé sur
la période d?analyse de
4 ans, même si l?année
2013 n?est pas concernée
par cette ponction.
2
En France, sur la période 2013-
2016, les recettes moyennes
annuelles des services publics
d?eau potable et d?assainisse-
ment (SPEA) s?élèvent à
16,49 Md¤ toutes taxes
comprises. Parmi les usagers
de ces services figurent les
ménages, les entreprises, les
administrations publiques
(écoles, hôpitaux, etc.). Ces
recettes se répartissent de la
manière suivante.
13,6 Md¤ hors taxes
abondent le budget des
services publics d?eau potable
et d?assainissement (7,5 Md¤
hors taxes pour les services en
régie et 6,1 Md¤ hors taxes
pour les services en déléga-
tion).
1,97 Md¤
de redevances des agences et
des offices de l?eau sont
perçues au titre des atteintes
portées aux ressources en
eau, au milieu marin et à la
biodiversité. Ces recettes sont
utilisées pour financer les
actions des collectivités, des
agriculteurs, des industriels et
des associations en faveur de
la qualité de l?eau et des
milieux naturels (1,85 Md¤) et
pour alimenter le budget de
l?État (0,12 Md¤). Leurs taux
sont encadrés par le Parle-
ment puis fixés par les
conseils d?administration des
agences et des offices de
l?eau.
0,92 Md¤
supplémentaires abondent le
budget général de l?État au
titre des recettes de la TVA
(893 M¤) et de la taxe hydrau-
lique perçue pour le compte
de Voies navigables de France
(22 M¤). Le budget de l?État est
ainsi alimenté en moyenne à
hauteur de 1,04 Md¤ par an.
En complément des recettes
issues de la facture d?eau, les
collectivités organisatrices des
services d?eau et d?assainisse-
ment, maîtres d?ouvrage des
infrastructures, perçoivent
environ 1,8 Md¤ de subven-
tions ou d?équivalents subven-
tions.
1,06 Md¤
des agences et des offices de
l?eau.
0,74 Md¤
issus des autres financeurs
publics : 0,44 Md¤ de l?Europe,
des Départements et des
Régions, 0,3 Md¤ de subven-
tions d?exploitation issus des
budgets propres des collectivi-
tés de moins de 3 000 habi-
tants et 3 M¤ de subventions
d?investissement de l?État.
Le schéma suivant retrace
l?ensemble des flux financiers
annuels moyens entrant et
sortant de ces services.
1. La plupart des montant présentés
dans cette note ont pour origine
l?étude nationale de récupération des
coûts réalisée en 2018-2019 par
l?IREEDD pour le compte de l?OFB et de
la DEB dans le cadre de l?état des lieux
du 3e cycle de la directive-cadre sur
l?eau.
2. Cela ne touche qu?une part
minoritaire des services, le principe de
base étant que ces services se doivent
d?avoir un budget en équilibre (voir les
articles L. 2224-1 et L. 2224-2 du CGCT
sur l?obligation d?avoir des budgets en
équilibre et l?interdiction pour les
communes de « prendre en charge
dans leur budget propre des dépenses
au titre des services publics visés à
l?article L. 2224-1» à l?exception pour les
communes/EPCI de moins de 3 000
habitants.)
Quelles sont les dépenses
des SPEA et leur évolution
Au niveau national, les dépenses des SPEA sont
constituées des dépenses d?exploitation et d?investisse-
ment ainsi que de leurs frais financiers. Les dépenses
d?exploitation annuelles des SPEA sont maîtrisées,
passant de 8,54 Md¤ en 2009 à 8,86 Md¤ sur la période
2013-2016 (+4 %). Dans le même temps, les dépenses
d?investissement passent de 6,69 Md¤ en 2009 à
6,15 Md¤ sur la période 2013-2016, ce qui constitue une
baisse significative (-8 %). Par ailleurs, les frais financiers,
liés au remboursement de sommes empruntées par
certains services pour couvrir leurs dépenses, s?élèvent
à 0,67 Md¤ (contre 0,62 Md¤ sur la période 2009-2012).
Comment les ressources
des SPEA ont évolué
Les trois sources de financement des SPEA (recettes
issues de la facturation du service rendu, subventions
publiques et recours à l?emprunt) ont évolué différem-
ment entre 2009 et la période 2013-2016.
Recettes de facturation du service rendu
Les recettes moyennes annuelles hors taxes issues de la
facturation ont progressé de 13 % entre l?année 2009
(12,07 Md¤) et la période 2013-2016 (13,60 Md¤). Elles
permettent de couvrir aisément les 8,86 Md¤ de
dépenses de fonctionnement de ces services, mais
restent insuffisantes pour couvrir la totalité des
Les services publics d?eau et
d?assainissement sont essentiellement
financés par les recettes issues
de la tarification de l?eau
Des recettes des SPEA
en augmentation et
principalement destinées aux
dépenses d?exploitation
1
13,6 Md ¤ HT
Part des recettes des SPEA finançant
les dépenses des services publics d?eau
et d?assainissement
16,49 Md¤ TTC
Recettes totales collectées
annuellement par les services
publics d?eau et d?assainissement
1,04 Md¤
Part des recettes
des SPEA affectée
au budget général
de l?État (dont TVA)
COLLECTIVITÉS
Budget propre
CT<3 000 hab.
300 M¤
TVA
890 M¤
Aides
1,06 Md¤
Actions en
faveur de la
préservation et
de la restauration
des milieux
aquatiques
VNF
20 M¤
AGENCES,
OFFICES
DE L?EAU 1
Prélèvement État
120 M¤ 2
7,50 Md¤ HT
collectés par les
collectivités locales
(alimentent leur
budget annexe eau
et assainissement)
6,10 Md¤ HT
collectés
par les
délégataires
ÉTAT
(Fonctionnement
général)
3 M¤
1,85 Md ¤
Part des recettes
des SPEA affectée
au budget des
agences et
des offices
de l?eau
Redevances
1,97 Md¤
OFB
AUTRES
SUBVENTIONS
PUBLIQUES
(départements,
régions, Europe)
400 Md¤
6 Financement des services publics d?eau potable et d?assainissement Financement des services publics d?eau potable et d?assainissement 7
dépenses (15,68 Md¤, somme des dépenses de
fonctionnement, des 6,15 Md¤ de dépenses d?investis-
sement et des 0,67 Md¤ de frais financiers). Le taux de
recouvrement des dépenses d?investissement s?est
toutefois amélioré entre les deux périodes, passant de
43 % en 2009 à 66 % sur la période 2013-20163. Toute-
fois, il est à noter que l?amélioration du recouvrement
des dépenses d?investissement est en partie liée à la
baisse significative de ces dernières (- 8 %).
Subventions publiques
À l?exception des départements d?outre-mer, les
subventions perçues (investissement et fonctionne-
ment) ont baissé de 23 %, passant de 2,35 à 1,80 Md¤
par an entre les deux périodes. En 2013-2016, elles
proviennent des agences et des offices de l?eau
(environ 1 Md¤) ainsi que de l?Union européenne, des
collectivités territoriales et de l?État (environ 0,8 Md¤).
Leur part dans les ressources des services a diminué,
passant de 16 % à 12 %, essentiellement en raison de
la baisse des subventions aux investissements (-27 %)
passées de 1,76 à 1,28 Md¤ et dans une moindre
mesure des subventions de fonctionnement (-10 %)
passées de 0,58 à 0,52 Md¤.
Recours à l?emprunt
Sur la période 2013-2016, la facture d?eau a permis de
dégager 13,6 Md¤ de recettes annuelles complétées
par 1,80 Md¤ de subventions publiques, soit une
ressource de 15,40 Md¤, qui reste insuffisante pour
couvrir l?ensemble des coûts de ces services
(15,68 Md¤). Du fait de l?obligation des SPEA de voter
leur budget à l?équilibre, les collectivités ont eu
recours à l?emprunt (qui génère des frais financiers
et augmente donc le niveau global des dépenses
des SPEA) et se sont endettées de près de 0,30 Md¤
par an. Cet endettement annuel est cependant
en forte baisse (- 81 %) par rapport à celui constaté
en 2009 (1,4 Md¤).
Perspectives
La baisse des subventions publiques oblige ces
services à augmenter, en moyenne, le prix supporté
par les usagers, à programmer moins d?investisse-
ments pour diminuer les dépenses ou à augmenter
le volume de l?emprunt. La capacité d?endettement
du service concerné doit alors être prise en compte.
La capacité de désendettement des services collectifs
(pour les communes de plus de 10 000 habitants et
les EPCI de plus de 50 000 habitants) est de 2,7 ans
pour les services d?eau potable et de 7,1 ans pour les
services d?assainissement . Elle s?explique par le
rythme peu soutenu du renouvellement des réseaux
d?eau potable et d?assainissement. Dans les deux cas,
cette durée d?extinction de la dette apparaît relative-
ment courte en raison des subventions publiques
historiques accordées à ces réseaux.
3. Taux de recouvrement des dépenses d?investissement = capacité
d?autofinancement (hors subventions d?exploitation) / dépenses
d?investissement. 4. Rapport FP2E/BIPE (6e édition) ? octobre 2015 -
Les services publics d?eau et d?assainissement en France, Données
économiques, sociales et environnementales.
Figure 2
ECART MOYEN ANNUEL ENTRE LES EMPLOIS
ET LES RESSOURCES DES SPEA (MONTANTS
ANNUELS MOYENS SUR LA PÉRIODE 2013-2016)
Sources : données DGFIP et données INSEE / moyenne
annuelle 2013-2016
Les résultats précédents indiquent la nécessité pour les
SPEA de recourir à l?emprunt pour financer leurs
investissements. Or, ces investissements couvrent-ils les
besoins de renouvellement des infrastructures ?
La valeur à neuf du parc d?équipements en service est
estimée à 214 Md¤ pour l?eau potable et à 234 Md¤
pour l?assainissement, soit près de 450 Md¤ au total, ce
qui représente près du double de la valeur du parc des
routes nationales et autoroutes (estimée à 250 Md¤ ).
L?approche utilisée par l?étude nationale de récupéra-
tion des coûts réalisée en 2018-2019 pour estimer les
besoins de renouvellement du patrimoine sur la
période 2013-2016 repose notamment sur l?estimation
de l?usure du patrimoine (consommation de capital
fixe), fonction de la durée de vie de ce dernier.
Sur la période 2013-2016, les besoins annuels de
renouvellement du patrimoine des SPEA sont estimés
entre 6,4 et 10,9 Md¤ : entre 2,9 et 4,9 Md¤ par an pour
l?eau potable (alors que le renouvellement effectif
annuel est de 2,5 Md¤) et entre 3,5 et 6 Md¤ par an
pour l?assainissement collectif (alors que le renouvelle-
ment effectif annuel est de 3,6 Md¤). Dans le même
temps, le rythme annuel des investissements réalisés
sur la période 2013-2016, qui s?élève à 6,1 Md¤, est
inférieur aux besoins annuels minimum de renouvelle-
ment (6,4 Md¤). Pour assurer un renouvellement
durable du patrimoine, il faudrait donc investir entre
0,3 et 4,8 Md¤ supplémentaires par an.
La figure 3 ci-dessous souligne une évolution défavo-
rable, entre 2009 et la période 2013-2016, des investis-
sements réalisés relatifs aux besoins de renouvelle-
ment. En effet, les investissements réalisés en 2009
étaient supérieurs de 1,3 Md¤ aux besoins annuels
minimum de renouvellement.
Des recettes à conforter
pour répondre à des
besoins d?investissement
croissants3
LA CAPACITÉ DE DÉSENDETTEMENT5 est un ratio d?analyse financière des collectivités
locales qui mesure [?] la solvabilité financière des collectivités locales. Il permet de déterminer le
nombre d?années nécessaires pour rembourser intégralement le capital de la dette. En moyenne,
une collectivité emprunte sur 15 années. Ainsi, une collectivité qui a une capacité de désendette-
ment supérieure ou égale à 15 ans est déjà en situation critique. On considère généralement que
le seuil critique de la capacité de remboursement se situe à 11-12 ans. Passé ce seuil, les difficultés
de couverture budgétaire du remboursement de la dette se profilent en général pour les années
futures. Mais plus que la valeur de ce seuil, il faut regarder son évolution. Une collectivité qui a une
capacité de désendettement de 9 ans parait en bonne situation, mais si l?année précédente sa
capacité de désendettement était de 6 années par exemple, alors la situation est peut-être déjà
critique. Il est paradoxalement plus dangereux d?avoir une capacité de désendettement en
progression, quand bien même on serait en dessous des seuils d?alerte, que d?avoir une capacité
de désendettement élevée mais stabilisée.
5. Source : www.exfilo.fr/la-capacite-de-desendettement
Figure 3
ÉVOLUTION DES
INVESTISSEMENTS
RÉALISÉS ET
DES BESOINS DE
RENOUVELLEMENT
(ENTRE 2009 ET LA
PÉRIODE 2013-2016)
2009 (Md¤)
12 000
10 000
8 000
6 000
4 000
2 000
0
6,7
Inv. réalisés Besoins renouv.
min
Besoins renouv.
max
5,4
9,6
2013-2016 (Md¤)
12 000
10 000
8 000
6 000
4 000
2 000
0
Inv. réalisés Besoins renouv.
min
Besoins renouv.
max
6,2 6,3
11
EMPLOIS
Frais
financiers
0,7 Md ¤
Dépenses
d?investis-
sement
6,1 Md ¤
Dépenses
d?exploitation
8,9 Md ¤
16
15
14
13
12
11
10
9
8
7
6
5
4
3
2
RESSOURCES
Endettement
Subventions de
fonctionnement
0,3 Md ¤
Subventions
d?investisse-
ment
1,3 Md ¤
Recettes
13,6 Md ¤
15,5
15
14,5
14
13,5
13
12,5
12
11,5
11
0,5 Md ¤
8 Financement des services publics d?eau potable et d?assainissement Financement des services publics d?eau potable et d?assainissement 9
4
À l?échelle nationale et sur la période 2012-2016, les
SPEA augmentent progressivement les tarifs de l?eau
potable et de l?assainissement. En effet, le prix moyen
TTC du service d?eau et d?assainissement collectif est
passé, pour une consommation de référence de
120 m3 d?eau par an, de 3,78 ¤/m3 en 2012 à 4,04 ¤/m3
au 1er janvier 2016. Il s?agit d?une hausse de près de 7%
en 4 ans, soit près du double de l?inflation (3,4 % sur la
période 2012-2016 ). Cette hausse du prix des SPEA ne
s?accompagne pas nécessairement d?une hausse des
recettes générées car on observe, en parallèle, une
baisse des volumes facturés aux ménages et aux
acteurs économiques.
Par ailleurs, sur la même période, la part de la facture
d?eau sur le revenu disponible moyen par ménage
s?élevait à 1,23 % en 2012 contre 1,33 % en 2016.
Les SPEA évoluent aujourd?hui dans un contexte où
l?eau de qualité et en quantité suffisante est une
nécessité pour des raisons sanitaires et environnemen-
tales (faire face notamment aux pollutions émergentes
de l?eau brute, par exemple). Pour obtenir de l?eau
potable, des traitements de l?eau brute sont de plus en
plus nécessaires. Pour avoir une eau respectueuse de la
réglementation sanitaire, il convient par ailleurs de
s?assurer du respect des exigences de traitement des
eaux usées par les services d?assainissement avant rejet
dans le milieu. Lorsque la qualité de l?eau se dégrade,
ces services doivent consentir de nouveaux investisse-
ments pour y répondre. L?état des eaux dans son milieu
naturel impacte donc les coûts des SPEA.
LE COÛT SUPPLÉMENTAIRE de traitement
pour la production d?eau potable des SPEA
imputable à l?épuration tertiaire de l?azote agricole
est compris dans une fourchette allant de 0,4 à
0,6 ¤ par m3. De plus, les coûts supplémentaires de
traitement supportés par les SPEA, qu?ils soient
générés par l?utilisation de produits phytosani-
taires (entre 260 et 360 M¤ par an) ou liés à la
dépollution des nitrates agricoles (entre 280 et
610 M¤ par an), s?élèvent annuellement à un
montant compris entre 0,54 et 0,97 Md¤ .
Une insuffisante prise en compte des enjeux du grand
cycle de l?eau en amont (surexploitation des nappes et
mauvaise qualité de l?eau brute pour l?alimentation en
eau potable) et en aval (maîtrise de la qualité des rejets
de l?assainissement) expose ces services à une double
contrainte : augmenter leurs dépenses (pour préserver
et traiter la pollution de l?eau brute) et recourir à de
nouvelles ressources financières (augmentation du prix
du service et des subventions publiques ou recours à
l?emprunt).
À travers les redevances des agences et des offices de
l?eau perçues sur la facture d?eau des SPEA, les usagers
des SPEA contribuent aux actions de maintien et à la
restauration des milieux aquatiques et de la biodiversi-
té dont ces services dépendent (0,9 Md¤ issu du seul
système « aide redevance » des agences et des offices
de l?eau). Toutefois, l?essentiel des investissements
réalisés visent des actions curatives et les investisse-
ments en faveur de la préservation des milieux restent
encore insuffisants.
9. Observatoire des SPEA ? Synthèse ? Édition de septembre 2018 ?
Données 2015. 10. Source : Insee, indices des prix à la consommation
11. Rapport FP2E/BIPE (6e édition) ? octobre 2015 - Les services publics
d?eau et d?assainissement en France Données économiques, sociales
et environnementales 12. Montant annuel moyen de la facture d?eau :
453,60 ¤en 2012 et 484,80 ¤ en 2016 (base de consommation de
120m3/an/ménage). 13. Revenu disponible moyen par ménage 2012
et 2016 : Sources : Insee-DGI, enquêtes Revenus fiscaux et sociaux
rétropolées 1996 à 2004 ; Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, enquêtes
Revenus fiscaux et sociaux 2005 à 2016 : www.insee.fr/fr/statistiques/
fichier/3672017/irsocerfs2016_TRD01.xls
Garantir la durabilité des services publics
d?eau et d?assainissement en conciliant
leur équilibre économique avec des
considérations environnementales et sociales
Les enjeux croissants
du grand cycle de l?eau
sur le coût des SPEA5
LA PREMIÈRE SÉQUENCE DES
ASSISES DE L?EAU était consacrée
à la relance des investissements pour
préserver à long terme la qualité des
services d?eau et d?assainissement.
Les 17 mesures qui en découlent visent
à renforcer le renouvellement des
installations d?eau et d?assainissement
en accélérant le renouvellement des
canalisations. L?objectif est de relan-
cer les investissements (usines d?eau
potable ou d?assainissement, canali-
sations?) en les portant à 41 Md¤ sur
la période 2019-2024 (contre 36 Md¤
prévus avant les Assises sur la même
période), soit plus de 6,8 Md¤ par an
sur cette période.
L?augmentation des besoins d?investissements et le
sous-investissement constaté des SPEA s?expliquent par
les baisses significatives des investissements annuels et
de l?agrandissement du parc d?équipement. Parmi les
causes possibles, figurent le choix fait par certaines
collectivités de ne pas augmenter les tarifs de leurs
services (ou de les augmenter de façon insuffisante) afin
de tenir compte des enjeux socio-économiques de leur
territoire. La baisse des subventions publiques et les
conditions d?octroi plus contraignantes des prêts par les
banques constituent une autre cause possible.
Ce constat doit être mis en regard avec les défis
auxquels doivent répondre les SPEA : obligations
réglementaires (protection et restauration de la qualité
des milieux aquatiques et de la ressource en eau,
performance des services), accroissement de la popula-
tion, obligation d?engager des actions d?adaptation aux
effets du changement climatique, etc.
6. Besoins de renouvellement du patrimoine : ici, cette notion
recouvre les investissements à réaliser liés à l?usure du patrimoine
ainsi qu?à l?extension des réseaux et aux achats de nouveaux
équipements. 7. État de la route en France ? Union routière de France
? février 2017. 8. Selon les hypothèses retenues par l?étude nationale
de récupération des coûts
1. Installations de traitement des eaux usées de la station d?épuration de Honfleur 2. Bassin de décantation et de traitement des eaux usées
3. Fosse toutes-eaux dans une installation d?assainissement.
1
2 3
10 Financement des services publics d?eau potable et d?assainissement Financement des services publics d?eau potable et d?assainissement 11
L?eau
une ressource
précieuse
IN
FI
LT
R
A
T
IO
N
captage eaux
de surface
A
CONDENSATION
C
O
N
DE
NSATION
captage eaux
souterraines
A
usine de
traitement
d?eau
potable
B
épandage de boues
d?épuration
PRÉC
IPITATIONS
PRÉCI
PITATIONS
RUISSELLEMENT
D station
de traitement
des eaux usées
ÉV
A
PO
R
A
T
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N
É
V
A
P
O
R
A
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N
château
d?eau
C
assainissement
non collectif
D
TR
A
N
SP
IR
A
T
IO
N
D
ES
V
ÉG
ÉT
A
U
X
En France, sous l?impulsion de la directive-cadre sur
l?eau et avec l?aide des directives eaux résiduaires
urbaines et eau potable, la mise en oeuvre de la
politique de l?eau s?est focalisée au cours des
dernières années sur l?atteinte du bon état des eaux
de surface et souterraines. Cependant, les enjeux
liés au maintien du bon état et à l?adaptation au
changement climatique ne pourront être relevés
qu?avec l?implication de tous les acteurs. Cela
concerne ainsi les SPEA et, à travers eux, leur parc
d?équipement en bon état de fonctionnement et
correctement renouvelé, voire, si nécessaire,
bénéficiant des dernières innovations.
Dans ce contexte, l?étude permet de mettre en
évidence un certain nombre de recommandations.
En matière de gouvernance
S?agissant du pilotage des services, les SPEA sont
encouragés à faire évoluer leurs modalités
d?organisation (en définissant l?échelle la plus
efficiente par rapport au périmètre d?action
du service) et à exploiter pleinement les autres
sources de financement externes aux services
(subventions, emprunts, etc.) S?agissant de la
tarification, il est suggéré d?amorcer une réflexion
sur le prix de l?eau, sa composition et sa ventilation
tout en s?assurant que le coût des services reste
acceptable socialement, et de s?appuyer, au besoin,
sur le développement de tarifications sociales.
Les réflexions en cours sur la tarification incitative
en faveur des économies d?eau doivent par ailleurs
être poursuivies.
En matière de protection
de la ressource en eau
Tendre vers un système permettant de limiter les
impacts des utilisations de l?eau sur les milieux
naturels bénéficiera aux SPEA. Il s?agit de traiter les
enjeux quantitatifs et qualitatifs de l?eau, des milieux
et de la biodiversité, la prévention des inondations
et la protection du littoral, essentiels pour améliorer
la résilience des territoires. Ils nécessitent eux aussi
des investissements conséquents. Il est recommandé
de privilégier des actions préventives, c?est-à-dire des
mécanismes et instruments qui limitent les impacts
des activités et usages de l?eau à l?origine de la
dégradation des ressources et des surcoûts
importants. En parallèle, de prendre une part plus
importante dans l?élaboration des documents de
planification du territoire, opposables aux projets
susceptibles de porter atteinte à la ressource en eau.
En matière de renouvellement,
il est encouragé de mettre en place une politique
de renouvellement des équipements et des
infrastructures plus soutenue pour éviter les
défaillances techniques et faciliter l?atteinte du
bon état.
Suites de la première séquence des Assises de
l?eau
> MOBILISATION DES AIDES FINANCIÈRES des
agences de l?eau principalement à destination
des territoires ruraux qui ne parviennent plus
à investir pour améliorer leurs services d?eau
et d?assainissement.
Mesure n° 1 : 2 Md¤ pour les territoires ruraux
qui font face à des difficultés d?investissement
pour renouveler leurs installations d?eau potable
et d?assainissement.
Mesure n° 4 : 1,5 Md¤ au travers de contrats de
progrès pour des collectivités de taille moyenne
qui disposent d?une capacité d?autofinancement
réelle, mais qui font face à un retard
d?investissement trop lourd.
Mesure n° 5 : 1 Md¤ pour accompagner
notamment la gestion des eaux pluviales dès
lors qu?un enjeu de pollution pour le milieu a été
identifié.
Mesure n° 6 : 50 M¤ pour aider les collectivités
à acquérir une meilleure connaissance de leur
patrimoine d?eau potable et d?assainissement.
> AMÉLIORATION DES CONDITIONS D?EMPRUNT
DES COLLECTIVITÉS en créant de nouvelles offres
spécifiques aux besoins du secteur de l?eau.
Les conditions financières de l?accès au crédit
pour les collectivités ont en effet été identifiées
comme une des clés permettant la relance
des investissements. La Caisse des dépôts et
consignations interviendra à nouveau dans l?eau
et consacrera 2 Md¤ sur 5 ans.
> GÉNÉRALISATION DU PRINCIPE D?UNE
TARIFICATION SOCIALE de l?eau et accélération
de la mise en place par les collectivités
volontaires de dispositifs garantissant un
meilleur accès à l?eau pour les plus démunis. Ils
peuvent se traduire par la gratuité des premiers
mètres cubes, la mise en place de tarifs réduits
ou d?une tarification progressive.
En parallèle, un travail important de communication et
de pédagogie est à poursuivre pour expliquer le
fonctionnement des services publics d?eau et
d?assainissement, la nécessité de protéger la qualité de
l?eau et des milieux aquatiques et de prendre en
compte les enjeux du grand cycle de l?eau. En effet, la
tarification contribue à améliorer la qualité de l?eau et
des milieux aquatiques au travers des redevances des
agences et des offices de l?eau (qui se traduisent par
des aides visant la protection de la qualité) mais aussi
des redevances pour service rendu eau potable et
assainissement qui permettent d?assurer le
fonctionnement optimal des infrastructures et des
équipements de ces services.
Enfin, il est à souligner l?intérêt de disposer d?une
bonne connaissance des flux financiers liés à la facture
d?eau. Pour cela, il serait opportun de se doter d?un
système d?information qui retrace plus fidèlement les
flux financiers des principaux financeurs de ces services
d?eau et d?assainissement (par exemple, un nouveau
module ad hoc dans l?outil Sispea).
6 Un modèle de financement
de l?eau en évolution
Figure 4
CYCLE DE L?EAU
Eaux brutes
Eau potable
Eaux usées
Assainissement
non collectif
En savoir plus
www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/18189_infog_cycle-eau_web.pdf
http://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/18189_infog_cycle-eau_web.pdf