Actes de la journée des paysages du 26 novembre 2019. Paysages d'ici et d'ailleurs : regard croisés sur quelques démarches paysagères à différentes échelles, de part et d'autre des frontières
Auteur moral
France. Ministère de la transition écologique et solidaire
Auteur secondaire
Résumé
D'après la Convention européenne du paysage du Conseil de l'Europe, les paysages revêtent pour chacun d'entre nous une importance à bien des égards. Ils méritent que l'on en prenne soin localement. Ils méritent que nous les estimions au niveau régional et national. Ils méritent enfin une attention particulière au-delà des fronières nationales. Nous devons préserver leurs caractéristiques particulières de chaque côté des frontières ce pour quoi de smesures frontalières doivent être gérées depart et d'autre. De telles implications et impacts transfrontaliers nécessitent effectivement que le paysage soit effectivement pris en compte au niveau international.
Descripteur Urbamet
paysage
;agroforesterie
Descripteur écoplanete
Thème
Environnement - Paysage
Texte intégral
Journée des paysages
26 novembre 2019
Paysages d?ici et d?ailleurs
Regards croisés sur quelques démarches paysagères
à différentes échelles, de part et d?autre des frontières
À propos
du document
Coordination
du projet
Actes de la journée des paysages - 26 novembre 2019
Actes de la journée des paysages du 26 novembre 2019
Le Ministère de la transition écologique et solidaire de la France partenariat avec
le Conseil de l?Europe ? Secrétariat de la Convention européenne du paysage,
Direction de la participation démocratique ?, le Collectif Paysages de l?après-pétrole
et le Parc naturel régional des Vosges du Nord, dans le cadre du Programme de
travail de la Convention européenne du paysage.
Merci à l?ensemble des personnes suivantes (citées ici par ordre alphabétique, et non
d?intervention) pour les présentations effectuées au cours de la « journée des paysages » du
26 novembre 2019 (ou les informations transmises a posteriori), ainsi que pour la relecture
des parties les concernant dans le présent document : Armelle ANDRIEU, Romy BAGDHADI,
Gabriella BATTAINI-DRAGONI, Caroline BIGOT, Éric CIROU, Mireille DECONINCK, Maguelonne
DEJEANT-PONS, Julien DELFOSSE, Corentin FONTAINE, Thibaut GABORIT, Caroline GUITTET,
Mathilde KEMPF, Krisztina KINCSES, Armelle LAGADEC, Dorine LAVILLE, Odile MARCEL,
Matthieu RAEMY, Sylvie ROCQ, Gilles RUDAZ, Jean-Pierre THIBAULT.
Les « journées des paysages » organisées par le bureau des paysages et de la publicité du
ministère chargé de l?environnement sont des journées à caractère national, destinées à un
large public d?acteurs de l?aménagement : agents des services de l?État et des collectivités
territoriales, élus, partenaires associatifs, chercheurs, paysagistes? Elles visent à débattre des
outils et méthodes des politiques paysagères et, plus généralement, à questionner la place du
paysage dans les autres politiques publiques. Leur mise en place mobilise toujours un partenaire
« extérieur » (autre direction générale du ministère, autre ministère, établissement public,
collectivité, université / laboratoire de recherche, association?) pour favoriser l?ouverture et
la rencontre avec d?autres acteurs et réseaux.
Le présent document ne constitue pas une restitution exhaustive du prononcé. Des révisions
ou compléments ont pu être proposés, y compris sur la base d?informations intervenues
postérieurement à la tenue de la journée. Les illustrations et photographies des pages intérieures
du présent document sont issues à titre principal des supports présentés par les différents
intervenants, et restent la propriété de leurs auteurs respectifs.
Groupe d?action locale « Pays des Tiges et Chavées », Belgique ©
Intervenants
et relecteurs
Troisième journée internationale du paysage
Regards croisés sur quelques démarches paysagères
à différentes échelles, de part et d?autre des frontières
Photographie
de couverture
Journée des paysages 26 novembre 2019 ? Paysages d?ici et d?ailleurs ? Regards croisés sur
quelques démarches paysagères à différentes échelles, de part et d?autre des frontières
PROGRAMME
(et pagination des actes)
9h45 Discours d?ouverture (page3)
Gabriella BATTAINI-DRAGONI, Secrétaire Général Adjointe du Conseil de l?Europe
Dorine LAVILLE, cheffe du bureau des paysages et de la publicité, MTES (Ministère de la Transition
Écologique et Solidaire), France
Krisztina KINCSES, Présidente de la Conférence du Conseil de l?Europe sur la Convention européenne
du paysage, Représentante nationale pour la mise en oeuvre de la Convention européenne du paysage,
Ministère de l?agriculture, Hongrie
Odile MARCEL, Présidente du Collectif Paysages de l?après-pétrole
Introduction (page7)
Maguelonne DEJEANT-PONS, Cheffe de la Division Paysage et Journées européennes du Patrimoine,
Secrétaire exécutive de la Convention européenne du paysage, Conseil de l?Europe
La mise en oeuvre de la Convention européenne du paysage en France
Julien TRANSY, Chargé de mission paysages, Représentant national pour la mise en oeuvre de la
Convention européenne du paysage, Bureau des Paysages et de la Publicité du MTES
---
Au cours des séquences suivantes, incluant des temps d?échanges avec la salle, Mathilde KEMPF et
Armelle LAGADEC, Architectes urbanistes, Membres du Collectif Paysages de l?après-pétrole,
interviendront ponctuellement pour mettre ces présentations et témoignages en perspective avec l?étude
de cas européens « Paysages et transitions, réponses à travers l'Europe ? À la rencontre des acteurs qui
ont engagé leur territoire dans une nouvelle dynamique à partir de leurs paysages» réalisée par le
Collectif.
10h15 Tisser des liens entre paysage et agriculture(page15)
Les Stratégies nationales de la Suisse et de la Hongrie pour le paysage : éléments concernant la
contribution de l?agriculture à la qualité des paysages
Gilles RUDAZ, Collaborateur scientifique, OFEV (Office fédéral de l?environnement), Vice-Président de la
Conférence du Conseil de l?Europe sur la Convention européenne du paysage et Matthieu RAEMY,
Secteur Paiements directs, Programmes, OFAG (Office fédéral de l?agriculture), Suisse
Krisztina KINCSES, Représentante nationale pour la mise en oeuvre de la Convention européenne du
paysage en Hongrie, Ministère de l?agriculture, Hongrie, Présidente de la Conférence du Conseil de
l?Europe sur la Convention européenne du paysage
Définir des outils de politique agro-sylvo-paysagère, croiser paysage et agroforesterie : enjeux et
expériences en France
Jean-Pierre THIBAULT, Inspecteur Général du CGEDD (Conseil Général de l?Environnement et du
Développement Durable), MTES, et Sylvie ROCQ, Ingénieure générale du CGAAER (Conseil Général de
l?Alimentation, de l?Agriculture et des Espaces Ruraux, Ministère de l?Agriculture et de l?Alimentation
(MAA), France
Caroline BIGOT, Paysagiste-conseil de l?État auprès de la DDT (Direction départementale des territoires)
de la Charente-Maritime, Chargée d?une mission pilote auprès de la DRAAF (Direction Régionale de
l?Alimentation, de l?Agriculture et de la Forêt) de la Nouvelle-Aquitaine, MAA, et Éric CIROU, Chargé de
mission, Chambre d?Agriculture de Charente-Maritime, France
14h30 Mettre en réseau les acteurs du paysage (page36)
De la plateforme paysage de Wallonie à l?action locale et communale en faveur des paysages
Mireille DECONINCK, Attachée, Service Public de Wallonie, Belgique, Corentin FONTAINE, Chargé
de mission paysages, Groupe d?action locale «Pays des Tiges et Chavées», Belgique, Julien
DELFOSSE, Echevin d?Assesse, en charge de la participation, de la ruralité, du Plan communal de
développement rural, de l?économie, de la communication et de l?alimentation durable, Belgique
De la mise en réseau régional à l?organisation d?ateliers intercommunaux pour favoriser les
approches paysagères dans l?aménagement du territoire: l?exemple de la Bretagne
Caroline GUITTET, Cheffe de projet, pôle paysage de l?OEB (Observatoire de l?environnement en
Bretagne, Thibaut GABORIT, Responsable du service des espaces naturels du Conseil départemental
d?Ille-et-Vilaine, et Armelle ANDRIEU, Chargée de mission espaces naturels et paysages, Conseil
départemental d?Ille-et-Vilaine
17h00 Séquence conclusive (page52)
Pour élargir la focale, Mathilde KEMPF et Armelle LAGADEC s?appuieront sur les regards croisés des
différents territoires étudiés par le Collectif Paysages de l?après-pétrole pour en dégager des
enseignements thématiques, et Mme Maguelonne DEJEANT-PONS présentera les grandes lignes du
programme de travail du Conseil de l?Europe relatif à la mise en oeuvre de la Convention européenne du
paysage pour la période 2020-2021.
Présentation par Romy BAGDHADI, Chargée de mission Paysage et Transitions au sein du Parc naturel
régional des Vosges du Nord, de la visite d?étude organisée sur le territoire du Parc le lendemain,
mercredi 27 novembre 2019.
2
DISCOURS D?OUVERTURE
GABRIELLA BATTAINI-DRAGONI
SECRÉTAIRE GÉNÉRALE ADJOINTE DU CONSEIL DE L ?EUROPE
Mesdames et Messieurs,
Je suis très heureuse de participer à cette journée de travail, qui conclut les nombreuses activités de la
délégation française auprès du Conseil de l?Europe et marque la fin des six mois de présidence
française du Comité des Ministres. Simultanément, se tient à Paris une réunion des Ministres de
l?Éducation sur la manière de développer la citoyenneté au travers de l?éducation en Europe.
Je suis très heureuse d?ouvrir les travaux de ces Journées nationales sur la mise en oeuvre de la
Convention européenne du paysage en France. Je remercie vivement le Ministère français de la
Transition Écologique et Solidaire pour son grand intérêt pour les travaux en faveur de la mise en
oeuvre de la Convention européenne du paysage et de son constant soutien aux travaux entrepris.
Premier traité international exclusivement consacré à
l?ensemble des dimensions du paysage, la Convention est à
présent ratifiée par 39États membres du Conseil de l?Europe
sur 471.
Cette Convention répond aux enjeux du Conseil de l?Europe en
matière de droit de l?homme, de démocratie et d?état de droit,
dans une perspective de développement durable. Les États
signataires se sont en effet déclarés «soucieux de parvenir à un
développement durable fondé sur un équilibre harmonieux entre
les besoins sociaux, l?économie et l?environnement».
La France a joué un rôle pionnier en matière de paysages et les politiques publiques qu?elle a
développées depuis plusieurs années sont connues et reconnues au niveau international. La France a
par ailleurs inscrit en 2016 dans sa législation la définition donnée au paysage par la Convention. Nous
mesurons le travail accompli afin de promouvoir des politiques publiques soucieuses de la qualité du
cadre de vie.
Le Secrétariat du Conseil de l?Europe chargé de la Convention se réjouit ainsi d?avoir collaboré avec
vous à la préparation du programme de cette journée. Nous remercions tout particulièrement
DorineLaville, représentante du Ministère de la Transition Écologique et Solidaire ainsi que
JulienTransy, Représentant national pour la mise en oeuvre de la Convention au sein de ce ministère,
pour leur coopération.
Nos remerciements vont également aux représentants du Parc naturel régional des Vosges du Nord et
du Collectif Paysages de l?Après-Pétrole, qui oeuvrent aux côtés du ministère pour que cette journée
soit un succès.
Nous souhaitons également la bienvenue aux orateurs ainsi qu?aux participants, qui viennent de
plusieurs pays européens.
Le sous-titre de cette rencontre, «Paysages d?ici et d?ailleurs: regards croisés sur quelques
démarches paysagères à différentes échelles de part et d?autre des frontières», est évocateur. Dans
l?organisation intergouvernementale qui est la nôtre, il s?agit effectivement de croiser les regards, de
connaître les politiques et les pratiques développées dans d?autres États et de promouvoir la
coopération internationale, afin de promouvoir des politiques publiques susceptibles de répondre aux
aspirations des populations quant à des paysages de qualité. Tel est le rôle des travaux menés dans le
cadre du programme de travail de la Convention européenne du paysage, qui vous sera présenté par
MaguelonneDéjeant-Pons.
1 Depuis la tenue de ce?e journée (précisément le 11 dcéembre 2019), la Représenta?on Permanente de l?Islande a transmis à la Secrétaire
Générale du Conseil de l?Europe l?instrument de ra?fica?on de la Conven?on européenne du paysage (STE 176). L?Islande est ainsi devenue le 40ème
Etat Par?e à la Conven?on.
3
Logo dessiné par Alberto Floridi
Deux recommandations fondamentales contribuant à la mise en oeuvre de la Convention adoptées par
le Comité des Ministres le 16 octobre 2019 seront tout particulièrement évoquées. L?une a trait au
devenir du paysage dans les territoires ruraux en transition énergétique, agricole et démographique,
l?autre à la participation du public, en considérant les liens étroits existant et se manifestant entre les
questions du paysage et la démocratie.
La Convention européenne du paysage est à présent bien connue et des avancées notables ont été
réalisées dans le cadre des politiques publiques afin de prendre en compte ses dispositions. Ce travail,
qui s?inscrit dans la durée, contribue à apporter des réponses aux grandes préoccupations qui
mobilisent de plus en plus nos sociétés, comme la problématique de l?expansion urbaine, l?exode rural,
qualité de l?environnement, l?alimentation saine, l?érosion de la biodiversité ou encore la qualité du
cadre de vue dans ses dimensions naturelles et culturelles. Cette journée permettra d?entendre des
présentations du Ministère français de la Transition Écologique et Solidaire sur la mise en oeuvre de la
Convention, mais aussi des interventions d?orateurs de Suisse et de Hongrie sur les stratégies
nationales mises en oeuvre en faveur du paysage, ainsi que d?autres intervenants français présentant
les outils des politiques agro-sylvo-paysagères.
La mise en relation des acteurs de paysage étant essentielle, nous serons également très intéressés à
mieux connaître les expériences menées en Belgique, et particulièrement en Région wallonne, qui
seront mises en perspective avec d?autres expériences françaises en la matière. Par ailleurs, nous
remercions par avance les représentants du Parc naturel régional des Vosges du Nord de leur intérêt à
vous faire part de leur grande expérience en matière de protection, gestion et aménagement du
paysage.
DORINELAVILLE
CHEFFE DU BUREAU DES PAYSAGES ET DE LA PUBLICITÉ, MINISTÈRE DE LA TRANSIT ION ÉCOLOGIQUE
ET SOLIDAIRE , FRANCE
Je tiens avant tout à remercier le Conseil de l?Europe pour sa mobilisation et son implication dans
l?organisation de cette journée.
Aborder la question des paysages dans le cadre de cette institution dont l?une des vocations historique
est «de rechercher des solutions aux grands problèmes de société», c?est reconnaître d?une certaine
manière le paysage comme un levier, comme un objet de politique publique capable d?améliorer et de
contribuer à la qualité de vie dans les territoires et capable aussi de répondre aux défis de transition qui
nous attendent. Je remercie le Conseil de l?Europe pour ce signal fort donné aux paysages.
J?ai récemment pris mes fonctions au bureau des paysages et de la publicité du Ministère de la
Transition Écologique et Solidaire (MTES) et ce qui m?a d?abord interpelé à travers la politique du
paysage que nous mettons en oeuvre, c?est cette transversalité qui permet une lecture intégrée des
enjeux d?un territoire, mais c?est aussi et surtout cette diversité d?acteurs. L?utilisation du paysage
comme outil d?aménagement, et c?est bien notre objectif au ministère, suppose en effet de travailler
avec des collectivités, des associations, des citoyens, des professionnels de l?aménagement, de la
nature? Cela nous apprend à travailler ensemble et à prendre en compte toutes les spécificités d?un
paysage: ses ressources, son aménagement, son économie, sa démographie?Et d?ailleurs vous
l?avez bien compris puisque la Convention européenne du paysage est suivie par une grande variété
d?acteurs: ministères de l?agriculture, de la culture, de l?économie, de l?environnement?
Transversalité, diversité, mais aussi mobilisation: à ce jour, 39États membres sur 47 ont signé la
Convention européenne du paysage. J?y vois là encore un très beau signal, même si nous savons tous
qu?il reste du chemin à faire, des freins à lever, notamment dans le domaine de la formation au
paysage, ou de la sensibilisation des élus aux démarches paysagères. En France, le ministère chargé
de l?environnement a pleine conscience des potentialités offertes par l?approche paysagère comme
solution pour les transitions à venir, qu?elles soient écologiques, démographiques ou encore
économiques.
La vision que nous portons est celle d?un paysage permettant de penser les territoires autrement, de
proposer des solutions d?aménagement équilibrées et adaptées aux spécificités d?un territoire. Ainsi,
nous accompagnons les collectivités à mettre en oeuvre des plans de paysage, qui permettent au
travers de problématiques de mobilité, d?énergie ou encore d?aménagement de penser un projet, une
solution à travers la notion de paysage, ce qui amène à interroger les usages, les besoins, les fonctions
4
et les sensibilités d?un paysage donné. Cette approche s?appuie sur la Convention européenne du
paysage, dont les principes et les objectifs guident la politique du paysage en France.
Je forme donc le voeu que ces politiques se déploient, se pérennisent et puissent devenir la norme pour
l?aménagement de nos territoires.
L?année2019 est une année importante pour le Conseil de l?Europe, qui a fêté ses soixante-dix ans
d?action en faveur de la démocratie et du progrès social. L?organisation de cette journée en ces murs,
et en cette veille de fin de la présidence française du Conseil de l?Europe, représente donc un beau
symbole.
Je tiens aussi à remercier tous les intervenants, dont la diversité des profils constitue un témoin de
cette belle synergie qui nous anime, ainsi que tous les participants pour leur présence.
KRISZTINA KINCSES
PRÉSIDENTE DE LA CONFÉRENCE DU CONSEIL DE L ?EUROPE SUR LA CONVENTION EUROPÉENNE DU
PAYSAGE , REPRÉSENTANTE NATIONALE POUR LA MISE EN OEUVRE DE LA CONVENTION EUROPÉENNE DU
PAYSAGE , MINISTÈRE DE L ?AGRICULTURE, HONGRIE
Mesdames et messieurs, chers collègues. J?adresse d?abord un bienvenu chaleureux aux participants
de cette journée, ainsi qu?à tous ses organisateurs.
Nous célébrons donc aujourd?hui le paysage, que la Convention de Florence définit comme une
«partie de territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de l?action de
facteurs naturels et/ou humains et de leurs interrelations».
Permettez-moi de citer Count Pál Teleki, un géographe ayant introduit l?importance du paysage d?une
manière facile à comprendre, nous laissant l?opportunité d?en faire notre propre interprétation: «Le
paysage n?est pas simplement une image en tant qu?apparence visuelle. Le paysage caractérise la vie,
formant montagnes, végétation, homme, corps, âme, pensée, sentiment, travail. ? Il crée de nouvelles
choses, enrichit le monde, rend notre vie unique» (Count Pál Teleki, 1937).
D?après la Convention européenne du paysage du Conseil de l?Europe, les paysages revêtent pour
chacun d?entre nous une importance à bien des égards. Ils méritent que l?on en prenne soin
localement. Ils méritent que nous les estimions au niveau régional et national. Ils méritent enfin une
attention particulière au-delà des frontières nationales. Nous devons préserver leurs caractéristiques
particulières de chaque côté des frontières, ce pourquoi les mesures transfrontalières doivent être
gérées de part et d?autre. De telles implications et impacts transfrontaliers nécessitent effectivement
que le paysage soit également pris en compte au niveau international.
Les enjeux liés aux paysages sont liés les uns aux autres et nécessitent une approche intersectorielle.
Ne pas les aborder de manière globale serait non seulement inefficace et non durable, mais aussi
potentiellement contre-productif.
Les évolutions qui bouleversent nos paysages, comme celles qui bouleversent le monde, se sont
accélérées. C?est la qualité de nos paysages européens qui est en jeu, de même que notre qualité de
vie.
Il me semble crucial de viser à intégrer la protection, la gestion et la planification du paysage dans des
documents stratégiques permettant de traiter ensemble la question de l?état du paysage, des
responsabilités et des leviers permettant d?agir sur les différents facteurs de changements identifiés.
Je suis convaincue que cette journée sera utile et productive en ce sens, et vous souhaite un plein
succès dans vos travaux et engagements futurs pour ce faire.
ODILE MARCEL
PRÉSIDENTE DU COLLECTIF PAYSAGES DE L ?APRÈS-PÉTROLE
La tradition veut, depuis que Pétrarque a gravi le Mont Ventoux, que le paysage relève d?une posture
contemplative et d?une idée d?éternisation. Ce malentendu pèse sur l?idée d?un paysage étroitement
connecté aux enjeux du développement durable. Nous projetons cette éternisation contemplative sur le
paysage en imaginant que celui-ci est éternel, alors qu?il n?en est rien. En effet, le paysage est pris
dans le temps et l?action humaine.
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Nous avons fondé le Collectif Paysages de l?après-pétrole pour nous insérer dans cette situation
sociale complexe où le paysage se trouve quelque peu ravi, annexé par une attitude conservatrice. Ce
Collectif a été fondé en 2015 à partir d?un noyau de professionnels
habitués de longue date à travailler ensemble. Sa grande diversité de
profils (professionnels de l?aménagement, paysagistes, agronomes,
urbanistes, architectes, botanistes, chercheurs, politiques ou encore
philosophes) permet d?appréhender le paysage dans toutes ses
dimensions. Notre objectif consiste à faire monter en puissance cette
compréhension afin qu?elle impacte le développement social.
L?interaction entre l?énergie et le développement social constitue un
aspect fondamental, particulièrement depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il en résulte un
mode de développement qui a favorisé l?individualisme et une forme d?opulence, mais dont les modes
de mise en oeuvre sont assez critiquables, en ce sens qu?ils ont moins été orientés par des savoir-faire
que par le faire, avec la prévalence d?un souci d?efficacité et de fonctionnalisme. Il en résulte un bilan
fort alarmant sur les plans économique, social et environnemental.
Il importe par conséquent de retrouver des modalités pratiques de l?aménagement, renouant avec des
compétences traditionnelles que la possibilité de réaliser ici et là des aménagements sans grande
réflexion avait fini par balayer.
Notre méthodologie consiste à identifier des territoires où existent déjà des pratiques incarnant cette
durabilité et qui promeuvent des modèles de développement social nous paraissant devoir être
favorisés. Nous avons identifié ces territoires en fonction de critères qui pourraient se résumer comme
suit: «aménager, c?est partir des ressources naturelles et humaines locales, imaginer des
aménagements répondant à plusieurs fonctions, croiser les regards pour porter une vision d?ensemble,
impliquer les habitants dans l?élaboration des projets et travailler à la beauté du territoire et du cadre
devie».
6
INTRODUCTION
MAGUELONNE DEJEANT-PONS
CHEFFE DE LA DIVIS ION PAYSAGE ET JOURNÉES EUROPÉENNES DU PATRIMOINE , SECRÉTAIRE
EXÉCUTIVE DE LA CONVENTION EUROPÉENNE DU PAYSAGE
Je souhaite remercier à mon tour tout particulièrement le Ministère de la Transition Écologique et
Solidaire de la France, pour sa collaboration particulièrement appréciée dans la préparation de ces
Journées nationales sur la mise en oeuvre de la Convention européenne du paysage en France, et
notamment ses représentants DorineLaville, cheffe du bureau des paysages et de la publicité de la
Direction générale de l?Aménagement, du Logement et de la Nature, ainsi que JulienTransy, chargé de
mission paysages au sein de ce bureau, et Représentant de la France pour la mise en oeuvre de la
Convention.
Mes remerciements vont également à KrisztinaKinces, Présidente de la Conférence du Conseil de
l?Europe sur la Convention européenne du paysage, Représentante nationale pour la mise en oeuvre
de la Convention européenne du paysage, Ministère de l?Agriculture de la Hongrie, à OdileMarcel,
Présidente du Collectif Paysages de l?après-pétrole, à MichaëlWeber, Président du Parc Naturel
Régional des Vosges du Nord et Président de la Fédération nationale des Parcs Naturels Régionaux,
ainsi qu?aux orateurs et participants qui ont bien voulu prendre part à ces journées afin de partager
leurs connaissances et expériences.
Nous sommes aussi très honorés d?accueillir dans cette salle d?éminentes personnalités en matière de
paysage, et nous les remercions bien vivement de leur présence.
Quelques mots sur la Convention européenne du paysage du Conseil de l?Europe.
Un grand nombre d?États a désormais ratifié cette Convention qui apporte une contribution majeure à la
mise en oeuvre des objectifs du Conseil de l?Europe en insérant la dimension territoriale des droits de
l?homme et de la démocratie dans ses priorités.
La Convention s?inscrit en effet dans la lignée des textes fondamentaux du Conseil de l?Europe en
appréhendant la place et le devenir de l?être humain et des sociétés en relation avec l?espace de vie,
ainsi que la responsabilité qui leur incombe d?en prendre soin.
Des avancées importantes se poursuivent: des stratégies et plans d?action concernant le paysage sont
adoptés aux échelles nationale, régionale et locale; de nouvelles législations, outils et instruments
institutionnels et financiers sont mis en place; et des formes innovantes de collaboration horizontales,
verticales et transversales apparaissent. Ces approches sont essentielles en ce qu?elles permettent de
promouvoir des moyens d?intervention appropriés, favorables à la prise en compte de la dimension
paysagère à échelle humaine.
Le Conseil de l?Europe poursuit avec attention le travail développé
dans le cadre du Système d?information sur la mise en oeuvre de la
Convention, présenté sur le site du Conseil de l?Europe, en tant
qu?Observatoire de la Convention.
La très belle collection des sélections nationales au Prix du Paysage
représente par ailleurs des exemples remarquables de réalisations
effectuées, de par l?Europe, en faveur de la qualité du cadre de vie, et
je vous invite à les découvrir, également sur le site de la Convention,
dans le cadre de l?Alliance du Prix du paysage du Conseil de l?Europe.
Le Comité des Ministres du Conseil de l?Europe a reconnu leur grande
valeur, décidant de les faire connaître à un vaste public en tant que
source d?inspiration.
Quelques mots enfin sur le Protocole d?amendement de la Convention
qui permettra, lorsqu?il entrera en vigueur, à des États non européens
d?adhérer à la Convention. Il s?agit bien de considérer le caractère
universel de la dimension paysagère des droits de l?homme et de la
démocratie ainsi que son apport à la mise en oeuvre de l?Agenda2030 des Nations Unies pour le
développement durable.
7
LA MISE EN OEUVRE DE LA CONVENTION EUROPÉENNE DU PAYSAGE EN FRANCE
JULIEN TRANSY
CHARGE DE MISS ION, BUREAU DES PAYSAGES ET DE LA PUBLICITÉ DU MTES
Les séquences qui suivront mon intervention seront toutes sous-tendues par un jeu de va-et-vient entre
expériences étrangères et françaises se faisant écho, à un titre ou à un autre. Il nous a toutefois
semblé nécessaire, avant d?entrer dans cette logique, de fournir à chacun d?entre vous des éléments de
repère ou de rappel quant à la mise en oeuvre de la Convention européenne du paysage en France.
Bien que cette Convention ait été ratifiée en France en 2006, commençons par nous projeter très
précisément un siècle auparavant, avec la loi du 21 avril 1906 disposant que certains «monuments
naturels» (que l?on qualifierait peut-être aujourd?hui avec la Convention d?«éléments de paysage)
revêtent un caractère emblématique ou remarquable tel que leur protection relève de l?intérêt général.
Ce caractère exceptionnel se fonde sur cinq critères ? artistique, historique, scientifique, légendaire ou
pittoresque ? dont on peut dire qu?ils préfigurent d?une certain manière la volonté affichée par la
Convention de Florence d?appréhender les paysages dans toute leur épaisseur et toute la diversité de
leurs composantes.
Ce?e poli?que d?inscrip?on et de classement de sites, qui peut être considérée comme la première
pierre de la politique des paysages en France, concourt donc aujourd?hui à la mise en
oeuvre de la Convention, au-delà même d?ailleurs du seul volet «protection» à
l?intérieur duquel on pourrait intuitivement la cantonner. Je la présente en effet sur ma
diapositive comme un socle historique toujours actif, dans la mesure où l?on continue à
ce jour de classer des sites au titre de la loi du 2 mai 1930 (qui a donné sa forme définitive à la loi de
1906). Mais la principale dynamique a trait à la gestion quotidienne de tous les sites existants, par le
biais d?un régime d?autorisations spécifiques visant à faire en sorte que les aménagements ayant
vocation à intervenir sur ces territoires vivants n?altèrent pas la qualité des lieux. Les modalités
d?intervention couvrent donc l?ensemble du spectre évoqué par la Convention (protection, gestion,
aménagement des paysages), mais sur des territoires très ciblés: plus d?un siècle après sa mise en
place, et même si elle concerne aujourd?hui autant des éléments ponctuels que des ensembles
paysagers plus vastes, cette politique de classement de sites concerne un peu moins de 2% du
territoire national.
D?autres approches sont venues compléter cette première pierre: les Grands Sites de
France, qui incluent sur une partie significative de leur territoire des sites classés,
mobilisent ainsi l?approche paysagère pour construire un développement territorial
harmonieux, autant pour les visiteurs (ces espaces faisant l?objet d?une forte
fréquentation touristique, dont la gestion est l?un des enjeux de la démarche) que pour
ceux qui font et vivent le territoire au quotidien, c?est-à-dire pour «les populations»,
selon la propre terminologie de la Convention. Le Réseau des Grands Sites de France
(RGSF) a d?ailleurs produit un film intitulé «Portraits de paysage», dont la philosophie («montrer les
visages derrière le paysage») reflète celle portée par la Convention, que ces Grands Sites contribuent
à leur échelle à mettre en oeuvre.
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Dates-clés de la politique du paysage en France, d?après Adrien HEGY. Sources : PERIGORD Michel, DONADIEU Pierre, 2012 et DILA, 2016
D?autres instruments et territoires ont contribué à dessiner une politique du paysage en France, avant
même l?adoption de la Convention de Florence: création des parcs nationaux et parcs naturels
régionaux, création du Conservatoire du littoral? L?implication des parcs naturels régionaux (PNR)
en la matière sera particulièrement perceptible demain, lors de la visite d?étude que nous remercions le
PNR des Vosges du Nord d?avoir organisé. L?un de ses anciens directeurs a d?ailleurs eu l?occasion
voilà quelques années d?évoquer le paysage en des termes qui me paraissent rejoindre l?esprit, si ce
n?est la lettre, de la définition fournie par la Convention européenne du paysage: «les préoccupations
paysagères ont toujours été au coeur de la démarche et du projet des Parcs, puisqu?il leur revient
d?organiser la rencontre entre un terroir, une nature et une communauté humaine pétrie d?histoire, un
savoir-faire et une culture. Telle est précisément la définition du paysage»2.
Pour autant ces différentes formes de protection ou de valorisation d?espaces, même superposées,
restent loin de couvrir l?intégralité du territoire national. Ce n?est d?ailleurs pas leur vocation, et c?est en
ce sens que l?adoption de la Convention européenne du paysage prend toute sa valeur, en invitant les
Etats signataires à porter une égale attention à l?ensemble des paysages qui composent leur territoire.
Cela passe notamment par une politique de connaissance étendue à toute cette diversité de paysages
(article6C de la Convention), politique déclinée en France au travers des
Atlas de paysages, qui bénéficient d?une forme de reconnaissance juridique
depuisla loi pour la Reconquête de la Biodiversité, de la Nature et des
Paysages (RBNP) de 2016, même s?il s?agit de démarches amorcées bien
avant cette date. Cette loi de 2016, qui s?appuie fortement sur l?article 6 C de
la Convention pour définir le contenu et les finalités de ces documents,
dispose qu?un atlas «est élaboré dans chaque département, conjointement
par l?État et les collectivités territoriales», ce qui favorise le développement de
maîtrises d?oeuvre partenariales impliquant aussi l?échelon intercommunal, au-
delà des conseils départementaux qui restent les premiers interlocuteurs de
l?État en la matière. Cette implication des intercommunalités est intéressante
en ce qu?elle permet de faire le lien avec les démarches de projet visées à
l?article6D de la Convention, à travers les Objectifs de Qualité Paysagère
(OQP). Les OQP ont également fait l?objet d?une traduction juridique en France, dans le code de
l?urbanisme en 2014, puis dans le code de l?environnement en 2016, cette double traduction témoignant
à nouveau de la capacité du paysage à agir comme un trait d?union.
2 Marc HOFFSESS, Directeur du Parc des Vosges du Nord - Actes congrès des Parcs 2008, cité dans le guide "La part du paysage dans les Parcs
naturels régionaux Après 20 ans de loi Paysage", avril 2013, FPNRF.
9
Mais au-delà de la dimension juridique, c?est avant tout une forme d?accompagnement méthodologique
et financier que le MTES propose aux
collectivités intéressées, à travers l?appel à
projet plan de paysage. Outil non
réglementaire et non contraignant
juridiquement, le plan de paysage est une
démarche volontaire qui permet aux
collectivités de construire un projet de
territoire par le biais du paysage. L?appel à
projet désormais annualisé permet de
soutenir à chaque édition 15 territoires
lauréats, rejoignant un «Club Plans de
paysage» composé à ce jour de 92
collectivités lauréates (107 après la tenue, le
2 décembre 2019, du séminaire d?accueil
des nouveaux lauréats). Cet appel à projet
volontairement ouvert et non thématisé
permet aux collectivités de se saisir des enjeux, problématiques, et sujets qui leur sont propres, la force
de l?approche paysagère consistant précisément à inscrire des questions parfois très circonscrites dans
une réflexion plus globale, permettant de dépasser les limites des politiques sectorielles.
Les Observatoires Photographiques du Paysage (OPP), qui
célèbrent cette année leur trentenaire, constituent un autre outil
ayant le potentiel pour faire le lien entre démarches de
connaissance et de projet. En s?appuyant sur une logique de re-
photographie à l?identique d?un certain nombre de points de vue
définis collectivement sur un territoire donné, ils visent à analyser
les permanences ou les évolutions
des paysages aux fins d?orienter
l?action en conséquence. La
définition qui en a été donnée dans
une communication en conseil des
ministres du 22 novembre 1989
reflète bien cette double vocation de
connaissance / analyse au service
d?un objectif3. Un article est paru sur
le site internet du ministère le 22
novembre dernier, soit trente ans
jour pour jour après cette
communication, pour annoncer le principe d?une campagne de
valorisation numérique de trente OPP parmi la centaine recensée sur le
territoire national, afin de célébrer cet anniversaire tout au long de
l?année 2020. Une journée des paysages entièrement dédiée à cette
problématique a par ailleurs été organisée à Valence le 4 juillet de cette
année4.
L?article11 de la Convention s?est traduit quant à lui, en France, par la création du Grand Prix national
du Paysage (GPNP), dont le lauréat représente la France lors du Prix du paysage du Conseil de
l?Europe. Le GPNP récompense une réalisation concrète, fruit d?une collaboration étroite entre une
maîtrise d?ouvrage porteuse d?une volonté territoriale ambitieuse et une équipe de maîtrise d?oeuvre
inventive et créative dans laquelle le rôle du paysagiste est central et prépondérant.
L?article 6 B de la Convention vise notamment la formation de ces professionnels que sont les
paysagistes. En France, six écoles supérieures délivrent un diplôme d?Etat de paysagiste. La tutelle de
ces écoles est assurée par les ministères de l?agriculture, de la culture ou de l?enseignement supérieur
3 « Cons?tuer un fonds de séries photographiques qui perme?e d?analyser les mécanismes et les facteurs de transforma?ons des espaces ainsi que
les rôles des différents acteurs qui en sont la cause de façon à orienter favorablement l?évolu?on du paysage »
4Les actes de ce?e journée organisée en partenariat avec Valence Romans Agglo sont accessibles en ligne :
h?ps://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/files/Actes_journee_des_paysages_4_juillet_2019.pdf.pdf
10
(ce qui témoigne à nouveau de la dimension transversale du paysage), mais le bureau des paysages
du MTES s?investit fortement dans leur mise en réseau à travers un certain nombre d?événements
(ateliers inter-écoles, journées doctorales, groupe de travail sur la recherche en paysage?).
Ces professionnels, une fois formés, supposent d?être bien identifiés et reconnus par les acteurs
susceptibles de les mobiliser. C?est notamment ce qui a motivé la création d?un titre de paysagiste-
concepteur, dont le principe avait été posé par loi RBNP de 2016, et dont le dispositif de délivrance
nationale est désormais opérationnel.
Je tenais à conclure en mettant l?accent sur les actions de sensibilisation (article6 A de la
Convention), d?abord parce que cette journée s?inscrit dans un cycle de journées des paysages qui
entrent dans ce champ5, mais aussi parce que les initiatives les plus récentes portées par le bureau
des paysages, qui restent encore du coup à faire connaître et à consolider, relèvent de ce même
champ. Deux partenariats ont en effet été mis en place au cours de l?année 2018, dans des domaines
volontairement éloignés afin de toucher un public varié:
Le Printemps des Paysages vise à croiser les interventions de poètes, de professionnels du paysage et
d?acteurs du territoire afin de mettre des mots sur les paysages, et changer ainsi notre manière de les
appréhender au quotidien.
Le Tour de France des sites et paysages vise à fournir au public des informations portant sur les sites
et paysages des secteurs traversés par chacune des étapes du Tour de France cycliste, des études
ayant démontré que les téléspectateurs étaient nombreux à suivre l?épreuve autant pour la course que
pour les paysages.
Ce panorama des actions qui concourent à la mise en oeuvre de la Convention européenne du
paysage est loin d?être exhaustif, en particulier sur ce dernier volet «sensibilisation», à propos duquel
les actions portées par le ministère ne reflètent pas nécessairement toute la richesse et diversité de
celles qui peuvent être mises en oeuvre par une grande diversité d?acteurs. C?est d?ailleurs aussi l?une
des raisons pour lesquelles je tenais à terminer par cette dimension, pour insister sur l?idée suivante: il
existe certes, dans chaque État signataire, un ministère chef de file pour la mise en oeuvre de la
Convention européenne du paysage, mais tous les acteurs, privés ou publics, peuvent s?impliquer à
leur niveau et leur échelle en faveur de cette mise en oeuvre.
5 Les actes de ces journées sont accessibles en ligne au sein de la rubrique dédiée du site MTES :
h?ps://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/poli?que-des-paysages#e8
11
«PAYSAGES ET TRANSITIONS: RÉPONSES À TRAVERS L?EUROPE»
JULIEN TRANSY
Vous aurez noté que le programme fait mention, à propos des séquences qui vont suivre, d?interven-
tions ponctuelles de Mathilde KEMPF et Armelle LAGADEC destinées à mettre les présentations et té-
moignages en perspective avec l?étude de cas européens réalisée par le Collectif Paysages de l?après-
pétrole. Je leur propose de commencer par nous présenter les grands principes de cette étude.
MATHILDEKEMPF
ARCHITECTE-URBANISTE, MEMBRE DU COLLECTIF PAYSAGES DE L ?APRÈS-PÉTROLE
L?étude Paysages et transitions: réponses à travers l?Europe menée sous l?égide du Collectif Paysages
de l?après-pétrole a bénéficié du soutien du Ministère de la Transition Écologique et Solidaire, via le
bureau des paysages que nous remercions pour sa collaboration, ainsi que de la Fondation pour le
Progrès de l?Homme.
ARMELLELAGADEC
ARCHITECTE-URBANISTE, MEMBRE DU COLLECTIF PAYSAGES DE L ?APRÈS-PÉTROLE
L?objectif de cette étude consistait à découvrir une diversité de pratiques au sein d?une diversité de
pays d?Europe, ainsi qu?à rencontrer les acteurs de ces changements chez eux afin de comprendre les
actions engagées.
MATHILDEKEMPF
Il s?agissait aussi d?illustrer les principes des paysages de l?après-pétrole, sous trois angles différents:
L?association et l?implication des habitants ainsi que la notion de progrès social constituent un point
commun fondamental entre les situations étudiées.
ARMELLELAGADEC
Nous avons voulu croiser les regards afin d?identifier les invariants et les spécificités des territoires
considérés. Il s?agit de montrer que la mobilisation autour du paysage peut être un facilitateur des
transitions.
MATHILDEKEMPF
Nous avons retenu sept territoires dans sept pays européens différents, inscrits de longue date dans un
processus de transition à diverses échelles ? sociétale, énergétique, écologique, environnementale ?
en se souciant des paysages et de l?ancrage au territoire.
12
Un urbanisme soucieux du
territoire et du bien-vivre
Des économies et des
innovations énergétiques
Une mise en oeuvre de
l?agroécologie
Ces territoires ont été visités afin de rencontrer le maximum d?acteurs locaux ayant participé et
continuant de participer à ces transitions.
Ces expériences ne sont toutefois pas toujours emblématiques de l?action menée dans les pays. Il
s?agit d?exemples dont on ne saurait tirer une généralité, simplement repérés par différentes sources
d?information et apportant une contribution intéressante sur les questions de transitions et de paysages.
ARMELLELAGADEC
Ces territoires ont été choisis dans des contextes variés:
MATHILDEKEMPF
De la même manière, l?échelle de ces territoires est très variable ? commune, intercommunalité, région
ou même groupement volontaires d?acteurs locaux ou de collectivités indépendantes d?une
administration autour d?un paysage identitaire.
13
Rural Péri-urbain Urbain
Armelle Lagadec & Mathilde Kempf
ARMELLELAGADEC
Les portages sont également très divers. Certaines des expériences recensées sont portées par des
collectivités, d?autres par des entreprises privées, la société civile ou un partenariat entre les acteurs.
MATHILDEKEMPF
Il importe enfin de remarquer que tous les acteurs ne se revendiquent pas explicitement du paysage,
mais que tous en parlent constamment. Dans toutes les expériences étudiées, il joue un rôle
absolument fondateur dans le déclenchement du processus d?action et de transition et sa mise en
oeuvre.
Comme indiqué, des extraits de cette étude ponctueront donc la journée afin d?apporter un éclairage
complémentaire aux différentes présentations.
14
TISSER DES LIENS ENTRE PAYSAGE ET AGRICULTURE
LA STRATÉGIE NATIONALE DE LA SUISSE POUR LE PAYSAGE: ÉLÉMENTS
CONCERNANT LA CONTRIBUTION DE L?AGRICULTURE À LA QUALITÉ DES PAYSAGES
GILLESRUDAZ
COLLABORATEUR SCIENTIFIQUE , OFFICE FÉDÉRAL DE L ?ENVIRONNEMENT, SUISSE , V ICE-PRÉSIDENT DE
LA CONFÉRENCE DU CONSEIL DE L ?EUROPE SUR LA CONVENTION EUROPÉENNE DU PAYSAGE
Les pouvoirs publics suisses disposent de deux instruments originaux en matière de politiques relatives
au paysage: la Conception Paysage suisse, dont je vais vous présenter les grandes lignes, et les
Projets de qualité du paysage que vous présentera Matthieu RAEMY.
La Conception Paysage suisse (CPS), adoptée en1997, est un
instrument de planification de la Confédération de premier ordre pour
le paysage et la nature. Une «Conception» part du principe que tout
axe sectoriel ayant une influence forte sur le territoire suppose une
coordination à l?échelle de la Confédération, ainsi qu?une coordination
de ses objectifs avec la politique globale d?aménagement du territoire.
Cette Conception présente une valeur contraignante pour les
différents ministères et services de la Confédération dans toutes leurs
activités ayant trait à la nature ou au paysage. Ce principe vaut
également pour les cantons dès lors qu?ils effectuent des tâches dites
fédérales ou qu'ils reçoivent des subventions à ce titre.
La Conception Paysage suisse ne présente pas d?une couche
législative supplémentaire. Elle s?appuie sur l?article2 de la Loi sur la
protection de la nature et du paysage disposant que la Confédération
doit prendre en compte le paysage dans l?accomplissement de ses
tâches. Cette disposition fait écho à la recommandation contenue
dans l?article5d de la Convention européenne du paysage, qui
souligne bien que le paysage ne relève pas seulement d?un ministère
spécifiquement constitué, fut-il désigné responsable de sa mise en oeuvre.
La création de cette Conception n?a pas non plus entraîné de nouvelle répartition des compétences.
L?ambition consiste à définir le cadre d?un développement cohérent et axé sur la qualité du paysage en
tant qu?habitat, c?est-à-dire un espace dans lequel la biodiversité peut se développer, en tant que cadre
de vie et de travail, de détente, de mouvement ou encore comme source d?identité. Il s?agit donc de
dépasser la pensée en silos entre les différents secteurs, et de faire prendre conscience à tous les
acteurs de l?influence qui peut être la leur sur le paysage, afin qu?ils la prennent en compte. Elle a
vocation à orienter le développement du paysage et du territoire vers la qualité et de favoriser le travail
en relation avec les autres politiques sectorielles.
Nous avons reçu le mandat du Conseil Fédéral d?actualiser la CPS. Dans cette perspective, nous
travaillons depuis 2018 en partenariat avec les différents offices fédéraux afin de déterminer dans
quelle mesure les objectifs formulés en 1997 demeurent d?actualité malgré l?évolution du contexte
(transition énergétique, par exemple). Nous oeuvrons également avec les cantons et les plateformes
intercantonales (groupements de cantons sur des thèmes spécifiques). Par ailleurs, la consultation que
nous avons lancée a permis de recueillir 148prises de position. Forts de ces bases, nous retournons
vers les différents offices fédéraux afin de finaliser le document, dans la perspective d?une approbation
de cette actualisation par le Conseil Fédéral en avril2020.
La CPS porte une vision, des objectifs stratégiques et des principes régissant l?aménagement du
territoire en se fondant sur le dialogue et dans le souci de la recherche d?un juste équilibre entre les
besoins et les attentes des différents acteurs. La révision de la CPS tient également compte de
l?évolution des différents thèmes abordés depuis 1997, avec une attention renforcée sur la biodiversité
; elle intègre également de nouveaux thèmes, comme le concept de «culture du bâti».
15
Les objectifs stratégiques consistent à gérer l?évolution du paysage au moyen d?une politique basée sur
la qualité, à intégrer les quatorze objectifs de la CPS (dont sept généraux et sept pour chaque typologie
de paysage). Des objectifs de qualité paysagère sont formulés pour treize politiques sectorielles pour
lesquels des mesures sont énoncées.
La vision portée par la CPS est la suivante: «la beauté et la diversité des paysages suisses, avec
leurs particularités régionales, naturelles et culturelles, offrent aux générations actuelles et futures une
qualité de vie et du site [Standort en allemand] élevée.»
Pour tendre vers cette vision, le principe qui guide l?action consiste à orienter la politique du paysage
vers l?atteinte d?objectifs de qualité paysagère en relation avec toutes les politiques sectorielles et les
acteurs dont l?action présente un impact sur le paysage. Il s?agit par ailleurs d?accroître la sensibilisation
de ces acteurs, qui ne sont pas nécessairement conscients de leurs effets sur le paysage, et de
renforcer l?expertise.
Les objectifs de qualité paysagère2040 se déclinent comme suit:
?Encourager la diversité des paysages en Suisse;
?Renforcer le paysage en tant que facteur d?implantation;
?Aménager l?utilisation du sol de manière adaptée au site;
?Réaliser les interventions avec soin, en visant la qualité;
?Reconnaître le paysage à titre de patrimoine culturel;
?Conserver et mettre en réseau les milieux naturels de grande valeur écologique;
?Laisser libre cours à la dynamique naturelle.
En parallèle, les sept objectifs propres à chaque typologie de paysage se résument ainsi:
?Paysages urbains: densifier en visant la qualité et en garantissant les espaces verts;
?Paysages périurbains: arrêter la progression du mitage, aménager les franges urbaines;
?Paysages à dominante rurale: accorder la priorité à l?utilisation adaptée au site;
?Paysages de haute montagne: conserver le caractère naturel;
?Paysages principalement utilisés par l?agriculture; conserver les terres agricoles et en
accroître la qualité écologique;
?Paysages marqués par le tourisme: conserver et valoriser les qualités paysagères,
architecturales et culturelles;
?Paysages remarquables: valoriser l?identité régionale du paysage.
La CPS a un caractère contraignant pour les autorités dans l?application et la mise en oeuvre, ce qui
suppose de concilier les points de vue. À ce jour toutefois, peu de dissensions insurmontables sont à
noter.
16
Systéma?que de la Concep?on Paysage suisse actualisée
L?éventail des objectifs négociés pour les treize politiques sectorielles concernées a été revu et corrigé
depuis 1997. La santé a ainsi été identifiée comme thématique à part entière, au regard de l?importance
du paysage comme composante de la qualité de vie. Au sein de ce panel figurent également la
promotion de la biodiversité ou encore la prise en compte des bâtiments et installations agricoles dans
le paysage, dimension permettant de faire le lien avec l?intervention qui va suivre.
MATTHIEURAEMY
SECTEUR PAIEMENTS DIRECTS ? PROGRAMMES, OFFICE FÉDÉRAL DE L ?AGRICULTURE, SUISSE
Les trois régions géographiques de la
Suisse (Jura, Plateau, Alpes) aux
caractéristiques paysagères très différentes
conduisent l?agriculture vers des modes de
production spécifiques à chacune des
régions: le Plateau et le Jura comprennent
la majeure partie de la surface agricole
utile, alors que les régions montagneuses
des Alpes comportent la majorité des
pâturages d?estivages.
La surface agricole utile représente à elle
seule un quart du territoire environ, et se
divise comme suit: 71% d?herbages, 14%
de céréales, 13% de cultures maraîchères
ou spéciales et 2% de cultures pérennes. Les surfaces d?estivages représentent quant à elles 13% du
territoire. Par conséquent, environ un tiers du territoire suisse est consacré à l?agriculture.
La Constitution suisse attribue à l?agriculture des tâches très importantes, telles que la sécurité de
l?approvisionnement de la population. La production de denrées alimentaires doit répondre à la fois aux
exigences du marché et à celles du développement durable. La Constitution suisse attribue également
à l?agriculture des tâches ayant un impact paysager conséquent, telles que l?occupation décentralisée
du territoire, la préservation des terres agricoles et l?entretien du paysage rural.
Pour remplir les tâches attribuées à l?agriculture par la Constitution fédérale, les politiques agricoles ont
développé depuis1993 plusieurs instruments, dont les améliorations foncières et les contributions
fédérales versées pour des activités spécifiques d?intérêt public.
Les améliorations foncières facilitent la production de denrées alimentaires par l?amélioration de la
rationalisation du travail agricole (remaniements parcellaires, chemins agricoles, drainages), valorisent
et améliorent les éléments écologiques (revitalisation de cours d?eau, plantation d?éléments
écologiques, etc.), et mettent en oeuvre des mesures d?intérêt public (coordination avec les plans
d?aménagements locaux).
Des contributions fédérales pour des activités spécifiques d?intérêt public peuvent être versées aux
agriculteurs qui remplissent les six «prestations écologiques requises» (PER): afin d?avoir accès aux
différentes contributions fédérales, les agriculteurs doivent ainsi respecter une rotation à quatre cultures
(au minimum), mettre en oeuvre des mesures contre l?érosion des sols et pour la protection des eaux,
avoir au minimum 7% de surfaces de promotion de la biodiversité, respecter les dispositions des lois et
ordonnances sur le bien-être animal, utiliser de manière spécifique et ciblée les produits phytosanitaires
et avoir un bilan de fumure équilibré (azote, phosphore). Une fois ces 6 critères remplis, les agriculteurs
ont accès aux différentes contributions fédérales, notamment celles versées pour des activités ayant
une incidence particulière sur le paysage (activités spécifiques au paysage cultivé, activités liées à la
biodiversité et activités améliorant la qualité du paysage).
Les activités agricoles maintenant un paysage ouvert (en particulier dans les régions de montagnes),
l?exploitation des surfaces en pente et la promotion de la mise à l?alpage permettent de maintenir
l?exploitation agricole dans des surfaces où la dynamique de fermeture (principalement par
l?embuissonnement et la forêt) est très importante.
17
Dans la mesure où les régions agricoles contiennent une part importante de biodiversité, et où celle-ci
a un impact visuel considérable sur le paysage, des contributions spécifiques sont également versées
pour maintenir et améliorer la diversité des espèces et des habitats.
Enfin le maintien, la promotion et le développement des caractéristiques régionales paysagères
spécifiques permettent le maintien d?un paysage diversifié dans le cadre de projets de qualité du
paysage.
Alors que les caractéristiques du paysage suisse sont très différentes d?une région à l?autre, la
rationalisation et la mécanisation ont en effet conduit à la simplification et à l?homogénéisation des
paysages cultivés, comme en témoigne par exemple la série chronophotographique ci-dessous.
Afin de contrer cette perte en diversité du paysage, des mesures spécifiques sont mises en place par
les agriculteurs sur leur propre exploitation, dans le cadre de projets «qualité du paysage».
Ces projets sont initiés et élaborés par les agriculteurs en collaboration avec des spécialistes du
paysage, les autorités communales et cantonales, ainsi que la population et des associations. Ces
projets rapportent l?état initial du paysage cultivé, ses caractéristiques paysagères particulières, les
menaces spécifiques à cette région et définissent ensuite des objectifs et des mesures pour préserver
et améliorer les spécificités du paysage en question. Le projet est ensuite validé par l?Office fédéral de
l?agriculture et l?Office fédéral de l?environnement (sous réserve de modifications devant être apportées
audit projet). Les agriculteurs s?engagent alors à mettre en oeuvre pour la durée du projet (huit ans), les
mesures qui conviennent à leur exploitation. Afin de les aider dans la mise en oeuvre des mesures, des
contributions fédérales leur sont octroyées annuellement. Les autorités cantonales sont chargées du
18
contrôle des mesures annoncées par chaque agriculteur et appliquent des sanctions si les mesures ne
sont pas mises en oeuvre correctement.
Des contributions à la qualité du paysage peuvent ainsi être versées pour des mesures telles que
l?entretien des dolines, le maintien des allées d?arbres, la restauration de murs en pierres sèches, la
culture de vignes sous pergola en pierres ou les cultures en terrasses.
La Suisse compte actuellement 138projets, qui couvrent l?intégralité des surfaces agricoles et des
estivages. La participation des agriculteurs s?élève à 73%. À la fin de chaque projet, un rapport final
évaluera l?atteinte des objectifs initialement fixés, la participation des agriculteurs et de la population,
l?impact des mesures sur le paysage, les facteurs de succès, ainsi que les problèmes rencontrés et les
solutions pour y remédier.
Le paysage suisse est certes fortement marqué par l?agriculture et celle-ci a un rôle important à jouer
pour la préservation et le développement du paysage. Toutefois, le paysage suisse devra relever de
graves défis, tels que le mitage du territoire, l?augmentation de la population ou le réchauffement
climatique.
De plus amples informations sur les différents projets sont disponibles sur le site www.blw.ch.
LA STRATÉGIE NATIONALE DE LA HONGRIE POUR LE PAYSAGE: ÉLÉMENTS
CONCERNANT LA CONTRIBUTION DE L?AGRICULTURE À LA QUALITÉ DES PAYSAGES
KRISZTINAKINCSES
La Stratégie nationale hongroise 2017-2026 pour le paysage a été approuvée par le gouvernement en
2017. L?ensemble du territoire, incluant les secteurs d?implantation humaine jusqu?aux plans d?eau, est
considéré comme faisant partie du patrimoine paysager du pays conformément à la Convention
européenne du paysage.
Cette Stratégie nationale reflète les processus de formation du paysage hongrois du passé jusqu?à nos
jours, en identifiant les principaux facteurs à l?oeuvre dans ce processus. Elle examine l?évolution de la
politique hongroise du paysage et expose la manière dont la Hongrie répond aux attentes
internationales à cet égard. Elle identifie les leviers qui aident à déterminer l?état des paysages
hongrois ainsi que la qualité du paysage national.
Près de la moitié des paysages hongrois peuvent être qualifiés de paysages du quotidien. Environ un
quart de ces paysages font l?objet d?usages intensifs et sont souvent représentés comme dégradés. Le
quart restant est composé de paysages semi-naturels qui, bien que parfois sujets à des cultures
extensives, offrent une perception plus positive, et produisent des effets psychologiques généralement
favorables principalement associés aux plantes et à l?eau, avec des vues, des sons, des couleurs et
autres sensations au caractère plaisant.
Au cours des 25 dernières années, la taille globale des secteurs spécifiquement dédiés à l?agriculture a
diminué d?environ 1,2 million d?hectares. Cependant la Hongrie figure toujours parmi les leaders en
termes de proportion nationale de terres agricoles en Europe.
Les cultures arables dominent l?agriculture hongroise, la principale production étant les céréales,
principalement le blé, le maïs et le tournesol.
19
La diversification est faible dans l?agriculture pratiquée à grande échelle. Près de 90% des petites
exploitations agricoles sont engagées dans la production d?un maximum de trois types de cultures et
près de la moitié d?entre elles n?en cultivent qu?une.
L?utilisation traditionnelle des terres (pâturage, viticulture, production de fruits et légumes, ferme
familiale) diminue, et le paysage perd par conséquent son schéma de patchwork traditionnel, et ce à
une échelle croissante.
Bien que l?élevage ait considérablement diminué, il existe
toujours une forte concentration de ce type d?agriculture
en Hongrie, même si ses formes ont évolué: le pâturage
a diminué, la stabulation en enclos s?opère généralement
loin des terres arables.
Il est toutefois important de noter qu?une agriculture
respectueuse des caractéristiques d?un paysage donné,
ainsi que le développement de chaînes alimentaires
courtes peuvent garantir une alimentation plus saine tout
en ouvrant de nouvelles opportunités pour le lancement
de produits à grande valeur ajoutée.
Entre 10 et 15% des terres arables sont désormais plus
souvent sujettes aux inondations. Cette augmentation des
inondations est en partie due à la dégradation de la structure
du sol sur plusieurs décennies, causée par une culture du sol
inadéquate, le manque de labour profond et le relâchement
du sous-sol, ou le manque de cultures permanentes.
Soutien financier, renforcement de l'agriculture verte,
utilisation durable des terres et meilleure gestion du paysage
(par exemple, pratiques agricoles respectueuses du climat et
de l'environnement ? pratiques agricoles vertes, mesures
agroenvironnementales) motivent et permettent aux
agriculteurs d?utiliser des méthodes de production agricole
durable, et de contribuer à une utilisation efficace et intelligente du paysage et des ressources
naturelles.
La Politique Agricole Commune (PAC), grâce aux fonds mis à la disposition des agriculteurs, est en
mesure de susciter des changements bénéfiques dans l'utilisation des terres agricoles, en particulier au
sein des paysages ruraux, où des exigences contraignantes liées aux paiements engagent les
agriculteurs dans des actions ciblées.
Les agriculteurs bénéficiant de ces fonds s?engagent à préserver les tumulus cumaniens (tumulii), à
conserver certains puits traditionnels avec bras de levage, groupes d?arbres et d?arbustes, ainsi qu?à
maintenir d?autres caractéristiques telles que les berges des rivières et des lacs. L?impact de ces fonds
européens est déjà perceptible.
Une plus grande diversification des cultures est relevée depuis 2015, à la suite de la dernière réforme
de la PAC, de même que la conservation de prairies permanentes et d?autres éléments paysagers
importants, représentatifs du modèle de mosaïque traditionnel du paysage hongrois. Les pratiques
20
agricoles vertes les plus importantes concernent donc la diversification des cultures, l?entretien des
prairies permanentes et l?identification de zones d?intérêt écologique.
Cependant cet important développement du réseau d?infrastructures vertes nécessite une plus grande
coordination.
La Stratégie repose sur une double vision: elle dresse des perspectives pour les paysages hongrois de
demain, et dresse une vision de la politique hongroise du paysage, qui s?appuie notamment sur un
principe d?utilisation des terres basée sur la configuration et les atouts spécifiques du paysage
concerné. Une bonne gestion du paysage basée sur le respect de ses caractéristiques s?avère une
bonne garantie pour faire en sorte que les intérêts environnementaux, économiques et sociaux
contribuent de manière substantielle à notre bien-être.
Pour atteindre cet objectif global, la mise en oeuvre de la Stratégie nationale du paysage doit s?appuyer
sur les principes fondamentaux suivants:
?Protection générale des ressources naturelles et du patrimoine culturel;
?Utilisation intelligente et rationnelle des espaces;
?Atténuation des impacts du changement climatique et adaptation à ce changement.
Pour atteindre ces objectifs généraux, trois grandes cibles sont fixées par la stratégie:
?Jeter les bases d?une utilisation des terres respectueuse de la configuration et des atouts du
paysage concerné;
?Paysage habitable ? implantations habitables ? utilisation intelligente des terres;
?Renforcer l?identité du paysage.
La stratégie nationale du paysage définit 97 actions regroupées en sous-objectifs pour le
gouvernement, les gouvernements locaux, les organisations civiles, les universités et instituts de
recherche. Le gouvernement national constitue l?acteur principal de cette architecture, en termes de
financement comme par le biais des différentes politiques sectorielles concernées.
Sous-objectif I.1 : Jeter les bases d?une utilisation des terres respectueuse de la configuration et des
atouts du paysage concerné
Les registres contenant les données relatives à la caractérisation des paysages et à la planification
doivent être développés, par le biais d?enquête de terrain comme par le biais de méthodes
automatisées. Ce développement doit concerner autant la mise à jour des bases de données
existantes que l?identification et la création de structures de données spatiales manquantes. Les
actions correspondantes sont formulées ainsi:
?Amélioration du registre des sols (cartes et bases de données des sols), en portant une
attention particulière aux facteurs typiques de l?utilisation des sols et aux caractéristiques de la
zone de production (par exemple: mise à jour des données agronomiques influençant la fertilité
du sol);
?Amélioration du registre des zones de production fruitière (entre autres numérisation des
cartes du registre);
?Engager une enquête et réévaluer le potentiel agro-écologique.
21
Sous-objectif I.3 : intégrer, dans la prise de décision, le principe d?une utilisation des terres
respectueuse de la configuration et des atouts du paysage concerné
Ce principe doit faire l?objet de traductions dans les documents stratégiques et de planification ainsi que
dans la réglementation. Les mesures de soutien financier et autres formes d?incitations économiques
doivent aussi en tenir compte autant que possible.
Il doit en être de même des appels à propositions liés à des activités modifiant de manière significative
l?occupation des sols, dès lors que cette option est incluse dans le programme de l?UE et qu?elle ne
représente pas des coûts déraisonnables pour les agriculteurs.
Enfin les ministères et les acteurs des secteurs concernés devraient renforcer leur coopération en vue
de gérer la complexité des processus provoquant des changements de paysage.
Sous-objectif II.3: Fonctions de production basées sur la configuration et les atouts du paysage
concerné
L?agriculture et la gestion forestière doivent s?adapter aux caractéristiques et atouts locaux, tout en te-
nant compte des exigences de durabilité, de sécurité et de sûreté de l?approvisionnement alimentaire
national.
Pour s?adapter au changement climatique, l?agriculture devra investir dans l?utilisation de cultivars plus
diversifiés. La gestion forestière devrait également adopter un système en mosaïque. L?agriculture et la
gestion des forêts ont un rôle clé à jouer en termes d?évolution climatique. L?objectif est par conséquent
de maintenir en permanence des zones végétalisées, afin d?améliorer l'équilibre eau / chaleur. Il est né-
cessaire de créer un paysage caractérisé une diversité de motifs, afin de produire des aliments plus
sains et des produits à haute valeur ajoutée.
En conclusion, la Stratégie nationale du paysage ne pourra réussir à garantir une approche globale que
si l?approche paysagère qui la sous-tend et les actions qu?elle prévoit sont intégrées à d?autres
politiques stratégiques lors de sa prochaine révision.
22
TISSER DES LIENS ENTRE PAYSAGE ET AGRICULTURE: LES EXEMPLES DU
PRIORAT ET DE SUD-MILAN
JULIENTRANSY
Les interventions suisse et hongroise ont permis, à partir de la question agricole, d?illustrer l?apport de
stratégies nationales pour le paysage. Changeons d?échelle pour voir la manière dont cette même
question agricole a pu nourrir les transitions à l?oeuvre au sein de deux territoires étudiés par le Collectif
Paysages de l?après-pétrole.
LE PRIORAT (ESPAGNE)
MATHILDEKEMPF
Le Priorat, territoire de Catalogne naguère en totale déprise, s?est reconstruit à
partir de ses paysages, de sa géologie et de ses habitants. Cette expérience est
portée par la mobilisation citoyenne, un collectif d?habitants, en liaison avec les
collectivités et les acteurs locaux.
ARMELLELAGADEC
Avant l?ère du pétrole, le Priorat était une zone de moyenne montagne méditerranéenne aux reliefs
marqués portant une forte culture sarrasine, puis chrétienne, et vivant d?une économie vivrière de
proximité. Au XXe siècle, l?industrialisation est inadaptable à la géographie trop complexe du territoire,
qui se vide de ses habitants et de ses activités. À présent, de jeunes viticulteurs font le pari réussi de
créer du vin de qualité en s?appuyant sur les savoir-faire et les paysages locaux. La société civile
s?empare de ce mouvement pour définir collectivement les valeurs du territoire.
MATHILDEKEMPF
Le renouvellement est parti d?un choc
paysager et viticole. Quatre viticulteurs se
sont en effet mis à penser qu?il était possible
de produire du vin de qualité en s?appuyant
sur les techniques traditionnelles. Ce
renouveau a débouché sur la création de
nouveaux paysages agricoles de terrasses. Il
en résulte un total renouvellement du
paysage, qui conserve cependant l?esprit du
paysage antérieur.
L?applica?on de dénomina?ons d?origine a assis la
valorisation des produits. Les démarches citoyenne, paysagère, agricole et économique s?imbriquent.
23
Avant pétrole Pétrole Après pétrole
Armelle Lagadec & Mathilde Kempf
SUD-MILAN (ITALIE)
MATHILDEKEMPF
L?agglomération de Milan figure parmi les plus grandes agglomérations d?Europe
méridionale. Dans le sud de ce territoire, une expérience est portée par la
province de Milan, devenue Agglomération de Milan, au travers d?un outil
législatif ? le parc agricole ? et d?une dynamique citoyenne, avec une forte
implication d?agriculteurs.
ARMELLELAGADEC
Avant l?ère du pétrole, la ville était ceinturée par des remparts. La partie nord des abords de la ville était
cultivée par de petits propriétaires alors que la partie sud, plus fertile et irriguée, se composait de
grands domaines. Au XXe siècle la ville, carrefour européen, accueille toujours plus d?habitants et
d?activités. Les terres du nord sont urbanisées, tandis que celles du sud restent agricoles grâce à leur
grande fertilité, mais sont intensifiées et perdent en multifonctionnalité. À présent, un règlement
draconien protège les terres fertiles du sud. Parallèlement, citadins et agriculteurs nouent des pactes et
redonnent une valeur sociale, culturelle et productive à ces espaces périurbains.
MATHILDEKEMPF
Il en a résulté la création du Parc agricole sud de Milan pour la nature, l?agriculture, la culture et le
temps libre, qui a mis un coup d?arrêt à l?urbanisation au sud de la ville. Les parcs agricoles sont régis
par des règles draconiennes en matière de protection des activités agricoles, des paysages et du
patrimoine bâti. En réaction à cette logique descendante et
à ces règles subies, des collectifs d?agriculteurs et de
citadins se sont constitués autour de parcs agricoles
citoyens. Par exemple, le Parc des rizières et ses cascine
illustre un pacte entre agriculteurs et citadins, avec la
volonté de connaissance mutuelle et de mise en place de
circuits courts, retissant ainsi des liens entre mondes
agricole et urbain qui n?existaient guère précédemment.
Grâce à ce rapprochement, des citadins qui partaient
parfois en week-end au loin restent désormais plus
volontiers aux abords de la ville, ce qui traduit une forme de
réappropriation.
Les ini?a?ves portent également sur la préserva?on et la mise en
valeur de lieux agricoles délaissés. Dans ce cadre a été créé le MUSA,
un espace au croisement de la culture, de la formation et du
tourisme.
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Avant pé- Après pétrolePétrole
Parco delle Risaie © Lucia Fedeli (en haut)
www.parcodellerisaie.it (en bas à gauche)
www.museosalterio.it (en bas à droite)
Armelle Lagadec & Mathilde Kempf
DISCUSSION
DE LA SALLE
Ma question s?adresse à GillesRudaz. Votre travail de mise à jour des textes suisses intègre-t-il une
réflexion sur les questions transfrontalières, en lien notamment avec les accords bilatéraux conclus
avec la France? À ma connaissance, ceux-ci ont produit des effets sur l?étalement urbain côté français.
Par ailleurs, les institutions locales suisses et françaises travaillent ensemble autour de ces sujets.
GILLES RUDAZ
Les réflexions que nous menons autour de la Conception Paysage Sisse portent sur notre politique
nationale, et n?incluent donc pas cette dimension, aussi importante et intéressante soit-elle en effet.
JEAN-PIERREPIOGER
DÉLÉGUÉ TERRITORIAL, AGENCE DES ESPACES VERTS, CONSEIL RÉGIONAL D?ILE-DE-FRANCE
Avez-vous mesuré le bénéfice procuré par les sommes dépensées pour la préservation et l?entretien
d?éléments de paysages (prévention du risque d?inondation par l?entretien des terrasses de culture, par
exemple)? Sans éléments de cette nature à verser au débat, il peut paraître effectivement paradoxal
de devoir payer pour préserver des paysages existants.
MATTHIEURAEMY
L?une des grandes critiques à la mise en place de ces paiements a justement porté sur le fait qu?ils
soient versés au titre d?éléments existants, plutôt que pour des opérations de restaurations par
exemple. Or, il s?avère que lesdits éléments tendraient à disparaître rapidement s?ils n?étaient plus
exploités de la même manière. Ainsi, en bien des lieux, les terrasses de cultures ont ainsi été aplanies
sous l?effet de la mécanisation.
En parallèle de l?entretien de l?existant, un autre volet de nos politiques consiste à recréer ce qui a été
perdu, par exemple à travers la replantation d?arbres ou de haies, non pas pour revenir vers un idéal,
mais pour maintenir les spécificités régionales.
GILLESRUDAZ
Il est vrai que, malgré l?argument de la qualité de vie, l?action en faveur du paysage peut n?être
appréhendée par certains que sous l?angle du coût plutôt que du bénéfice.
DE LA SALLE
En Suisse comme en France, et en tous points du territoire, les paysages ont considérablement évolué
depuis soixante-dix ans. Or, la mémoire des paysages tels qu?ils étaient dans les années1930 s?est
perdue, y compris parfois chez ceux, élus ou habitants, se revendiquant pourtant d?une forme de
ruralité dont ils ne connaissent plus les caractéristiques. Ce constat soulève la question de la référence
qui guide l?action et la projection dans l?avenir.
MATTHIEURAEMY
Des études montrent que la population suisse est très attachée à l?image d?Épinal du paysage agricole,
avec son village, ses arbres et ses cultures, malgré l?expansion urbaine et l?évolution des structures et
des pratiques agraires. Pour autant, les habitants réalisent depuis quelques années le fossé qui s?est
creusé entre l?espace tel qu?ils le vivent réellement et les paysages tels qu?ils se les représentent.
S?il n?est pas envisageable de revenir au paysage des années1930, il paraît souhaitable en revanche
de maintenir une certaine diversité des paysages. Cette action passe notamment par la correction de
pratiques issues de politiques agricoles de la seconde moitié du XXe siècle. Nous favorisons ainsi le
retour à une plus grande diversité agricole. Nous tentons également de développer une subvention
fédérale en faveur de l?agroforesterie. La plantation de haies et d?arbres fruitiers constitue en effet un
pas vers la mise en oeuvre d?une vision agroécologique, conciliant préservation ou restauration
d?éléments perdus et prise en compte des enjeux de demain.
25
DE LA SALLE
Ma question concerne la vision du paysage sous-tendant ces réflexions: le paysage semble ici abordé
principalement sous l?angle visuel alors qu?il est essentiel de l?entendre en tant que ressource fournis-
sant des services écosystémiques. Existe-t-il des financements liés au paysage et prenant en compte
ces services écosystémiques (qualité des sols, de l?eau) à propos desquels agriculteurs et autres ges-
tionnaires ruraux ont un rôle majeur à jouer?
GILLESRUDAZ
Cette notion de services écosystémiques existe effectivement en Suisse; elle est prise en compte par
l?Office Fédéral de l?Environnement, mais se rattache plus directement aux politiques et programmes
développés en matière de biodiversité, avec lesquels nous entretenons des liens étroits. Tout dépend
ceci étant de la manière dont le paysage est considéré, entre dimensions naturelle et culturelle. Nous
avons développé un concept à partir de celui de services écosystémiques, mais il vise plus à mettre en
avant la dimension culturelle des services écosystémiques.
MATTHIEURAEMY
J?ai indiqué au début de mon intervention que les agriculteurs devaient respecter certains critères avant
de pouvoir bénéficier de contributions fédérales, qui interviennent ensuite pour permettre la
construction d?un projet de qualité, allant au-delà de cette seule dimension. Le respect de ces critères
est une obligation. Il ne donne pas lieu à rémunération.
DÉFINIR DES OUTILS DE POLITIQUE AGRO-SYLVO-PAYSAGÈRE, CROISER PAYSAGE
ET AGROFORESTERIE: ENJEUX ET EXPÉRIENCES EN FRANCE
LA DÉMARCHE PAYSAGÈRE ACCÉLÉRATRICE DE LA TRANSITION AGRO-ÉCOLOGIQUE
JEAN-PIERRETHIBAULT
INSPECTEUR GÉNÉRAL DU CGEDD (CONSEIL GÉNÉRAL DE L ?ENVIRONNEMENT ET DU DÉVELOPPEMENT
DURABLE), MINISTÈRE DE LA TRANSIT ION ÉCOLOGIQUE ET SOLIDAIRE, FRANCE
Notre intervention vise à vous présenter les grandes lignes du rapport conjoint que les inspections
générales de l?environnement et de l?agriculture viennent de remettre au deux ministres concernés le
22 novembre dernier, et dont nous espérons la publication en ligne d?ici quelques semaines.
Ce rapport s?inscrit dans le cadre de l?article5D de la Convention européenne du paysage, relatif à la
dimension paysagère des politiques publiques sectorielles, au titre desquelles l?agriculture est
nommément citée. Or, un précédent rapport du CGEDD intitulé «Démarches paysagères en Europe.
Éléments de parangonnage pour les politiques publiques françaises», remis en décembre 2017 et
rédigé par Marie-ChristineSoulié, Jean-Luc Cabrit et moi-même, avait mis en lumière le fait que la
dimension paysagère était encore trop faiblement intégrée aux politiques publiques, agricoles et
forestières notamment, alors même que la moitié de l?Hexagone est couverte par des terres agricoles
et 30% par des zones forestières.
Ce constat a conduit à proposer en décembre2019 aux ministres respectivement chargés de
l?agriculture et de l?écologie d?engager une mission conjointe de leurs inspections générales, en vue de
l?élaboration d?un plan d?action agriculture et paysage visant une gestion qualitative de l?espace agricole
et sa bonne complémentarité avec l?espace urbanisé. Notre visite en territoire suisse, où une politique
agropaysagère est désormais bien ancrée, mais aussi nos investigations dans sept autres pays
européens ont nourri nos réflexions, ce qui explique aujourd?hui la programmation de notre intervention
au cours de cette même séquence.
Le paysage rural a considérablement évolué depuis le début du XXe siècle. En trente ans, le territoire a
perdu 500000kilomètres de haies, la taille des parcelles a été doublée en quinze ans alors que la taille
des exploitations a augmenté de 19 à 55hectares en moyenne entre1970 et2010; de son côté,
occupant les territoires agricoles en déprise, la surface des forêts a doublé depuis1900. En somme, et
au-delà des changements significatifs et immédiats comme la construction d?une autoroute, le paysage
rural a changé «en silence», et les indicateurs écologiques s?y sont dégradés. Ce mouvement a été
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fortement favorisé par les politiques agricoles menées depuis l?après-guerre, visant à la mécanisation
et à l?intensification de la production.
SYLVIEROCQ
INGÉNIEURE GÉNÉRALE DU CGAAER (CONSEIL GÉNÉRAL DE L ?ALIMENTATION , DE L ?AGRICULTURE ET
DES ESPACES RURAUX, MINISTÈRE DE L ?AGRICULTURE ET DE L ?ALIMENTATION, FRANCE
Avant de construire pour nos ministères respectifs une proposition de plan d?action en faveur de
l?évolution des politiques actuelles vers des politiques agro-sylvo-paysagères dans une perspective
d?agroécologie, il convenait de faire le point sur les facteurs ayant conduit à la situation existante, en
étudiant les conséquences socio-économiques des politiques agricoles des Trente Glorieuses.
Le modèle agricole de la Politique Agricole Commune (PAC) de 1962 a été animé par la recherche de
la sécurité alimentaire et de la recherche du moindre coût. Elle a promu dans cette optique un modèle
unique et descendant de production intensive. Les organisations de l?État, de la profession agricole et
des filières économiques ont toutes été profondément modifiées afin de servir cet objectif. Ce modèle
s?est notamment traduit dans l?espace par la spécialisation de la production par bassins et par une
modification sociologique profonde, avec un isolement croissant des agriculteurs, un désancrage lié à
la spécialisation et l?affirmation d?une séparation entre ville et campagne.
Le monde forestier a évolué en contrepoint, avec une politique intensive de production de bois et de
pâte à papier poussant à la monoculture.
La recherche de rentabilité a de surcroît entraîné une déprise dans certaines zones agricoles, dont une
conséquence a été la forte extension des zones forestières sur le territoire français et la fermeture de
vallées.
Depuis les années 1980-90, les
politiques agricoles ont toutefois
évolué tandis que les démarches
paysagères et d?agroécologie
sont parallèlement montées en
puissance.
La PAC de1992 marque une
inflexion, avec les premières
mesures agroenvironnementales
et la notion d?entretien du
paysage. En 1993, la loi dite
Paysage donne un statut au
paysage du quotidien. Puis,
en1999, la loi d?orientation
agricole, en liaison avec la PAC,
est orientée vers la préservation
de la biodiversité et l?entretien des
paysages. La loi d?avenir pour
l?agriculture et la forêt est adoptée
27
en 2014. La PAC2014-2020 est une nouvelle fois infléchie avec la définition du concept d?agroécologie
et de surfaces d?intérêt économique (SIE), la conditionnalité des subventions.
Dans ce contexte, la problématique qui sous-tend la réflexion menée dans le cadre de cette mission a
consisté à définir comment la démarche paysagère pouvait favoriser la démarche agroécologique. La
différence entre «politique» et «démarche» revêt ici toute son importance. Alors que la politique est
par nature descendante, les démarches impliquent une notion d?adaptation locale aux contextes
géographiques et humains.
La grille d?analyse de ces complémentarités entre démarche paysagère et démarche agroécologique
retenue pour notre analyse se résume par le triptyque suivant:
1) La prise en compte affirmée des liens humains entre agriculteurs, forestiers et autres acteurs
duterritoire;
2) Un ancrage territorial intégrant les spécificités locales, que ce soit dans le domaine
agronomique, sylvicole, géographique, économique ou en matière de gouvernance;
3) Une démarche de projet ascendant élaborée par les acteurs de ces territoires pour favoriser le
changement des pratiques et de leurs conséquences sur le paysage.
La toute première préconisation qui résulte de ces travaux consiste à accompagner et à former les
acteurs. Il s?agit d?accompagner les agriculteurs et les territoires, de promouvoir la formation initiale et
continue des agriculteurs, des forestiers, des urbanistes, des paysages et des agronomes. Pour que
cette démarche de formation puisse être réalisée à grande échelle, il importe de mobiliser différents
outils d?accompagnement afin de conserver une diversité de l?offre. Les Chambres d?Agriculture et les
syndicats, les DDT, les DRAAF et le CNFPT ont un tous rôle à jouer dans ce dispositif.
En matière d?accompagnement des agriculteurs, il s?agit de lier de manière explicite agroécologie et
paysage, notamment dans les contrats d?objectif et de performance de l?APCA et dans le PNDAR;
d?intégrer des paysagistes dans les postes d?ingénieurs territoriaux (paysagistes-concepteurs) ou en
DRAAF (paysagistes-conseils). En matière de formation, il s?agit de rendre obligatoire dans les cursus
respectifs des métiers de l?agriculture et du paysage une période minimale de formation croisée.
S?agissant de l?enseignement supérieur, il serait par ailleurs nécessaire que les paysagistes aient des
notions d?agronomie, et les agronomes, une sensibilisation à l?approche paysagère.
L?accompagnement financier de la transition agroécologique constitue un autre enjeu fort. Le rapport
préconise de construire la PAC post-2020 en faisant en sorte qu?elle favorise la création, le maintien et
l?entretien de structures paysagères via l?écoconditionnalité, une localisation pertinente des
infrastructures agroécologiques, la rémunération des agriculteurs pour des paiements pour services
environnementaux ou des mesures agroenvironnementales et climatiques?
Il conviendra aussi de faire évoluer la certification des produits et des activités agricoles. En matière de
certification environnementale, le rapport préconise l?élargissement de la gouvernance des comités
nationaux de l?INAO aux ONG environnementales, l?accélération de la certification HVE et le
renforcement de son impact agroécologique et paysager.
Le rapport promeut enfin les modes de gestion coordonnée du foncier. Il recommande de valoriser les
retours d?expérience et de promouvoir, en lien avec les collectivités, les outils tels que les associations
foncières agricoles (AFA), les baux à clauses environnementales, les obligations réelles
environnementales et la mise en commun d?assolement. Il préconise aussi l?étude de l?impact de la
sous-traitance et de la délégation intégrale des cultures sur les pratiques agroécologiques.
JEAN-PIERRETHIBAULT
Au-delà de ces aspects généraux, il importe de traduire dans l?espace les projets agro-sylvo-paysagers.
Il s?agit, d?une part, de donner du sens aux espaces non bâtis ? qu?ils soient agricoles ou non ? et
d?autre part, de tisser des liens entre les acteurs des territoires. En effet, la politique consistant à mettre
un coup de frein à la consommation d?espace n?a de sens que si l?on donne, dans le même temps, une
valeur aux espaces non bâtis, en mettant l?accent sur le potentiel agronomique, l?approvisionnement en
bois ou la valeur des espaces naturels, ce qui nous renvoie au triptyque entre l?ancrage territorial de
l?activité agricole, les liens humains et la notion de projet ascendant émanant des acteurs locaux, qu?ils
soient agriculteurs, forestiers ? ou néo-ruraux. La mise en place d?instruments de planification spatiale
28
communs, ou au moins coordonnés, entre ces acteurs permettrait de faire reculer le phénomène d?agri-
bashing et la perte de confiance dramatique de la société envers le monde agricole.
Pour ce faire, plusieurs outils sont à disposition, comme les
périmètres de protection et de mise en valeur des espaces agricoles
et naturels périurbains (PAEN), les projets alimentaires territoriaux
(PAT) ainsi que les schémas de cohérence territoriale (SCoT). Un
colloque commun aux acteurs de PAT et des SCoT permettrait sans
doute de nouer le dialogue entre ces deux sphères.
Plus précisément, le rapport préconise d?introduire des sous-
zonages dans les périmètres de protection et de mise en valeur des
espaces agricoles et naturels périurbains (PAEN) en les assortissant
d?un programme d?actions établi selon la démarche paysagère et en
faveur de la transition agroécologique. Il préconise aussi d?étudier
une modification législative faisant des PAT, une fois ceux-ci
labellisés, des documents annexés aux SCoT et de définir dans ces
derniers des structures paysagères à vocation de protection agricole
et forestière qui permettent l?optimisation de cette production.
Les chartes forestières de territoire, les chartes de parcs naturels régionaux et les plans de paysage
sont autant d?autres outils sur lesquels s?appuyer pour traduire dans l?espace les projets agro-sylvo-
paysagers.
Le rapport préconise de promouvoir l?approche paysagère dans l?écriture concernée des chartes
forestières de territoires, de favoriser la constitution des groupements d?intérêts économiques et
écologiques forestiers (GIEEF), étudier l?allègement des procédures relatives au défrichement quand
celui-ci est effectué en vue d?une réouverture du paysage par le pastoralisme. Il recommande aussi
d?intégrer dans les chartes de Parcs naturels régionaux le périmètre des territoires agricoles et
forestiers et de les doter d?une politique agro-sylvo-paysagère de territoire en transition agroécologique.
Il recommande enfin de cibler, dans le cadre du prochain appel à projet annuel «plans de paysage»,
la thématique du paysage agricole en transition agroécologique et forêt durable.
Le rapport préconise enfin de susciter ou reconnaître des projets démonstrateurs. Il invite à lancer, en
partenariat avec le réseau des CAUE et avec l?appui de l?APCA, un appel à manifestation d?intérêt sur
la «transition agroécologique par l?approche paysagère» qui permettrait de recenser et de promouvoir
des initiatives ayant valeur démonstrative de la vertu facilitatrice de l?approche paysagère dans ce
processus de transition. La mise en oeuvre de cette action très concrète ? ayant aussi l?avantage d?être
la plus facile à mettre en oeuvre rapidement ? supposerait une dépense relativement modeste de la
part du Ministère de l?Agriculture et de l?Alimentation (environ60000euros), d?un point de vue coût /
avantages. Elle pourrait avoir valeur de premier test permettant d?apprécier si les préconisations du
rapport reflètent les réalités du terrain.
Précisons d?ailleurs que ces recommandations n?ont pas été imaginées ex nihilo. Elles s?appuient en
effet sur des actions déjà menées sur les territoires, dont l?intervention à deux voix qui va suivre fournit
une illustration concrète.
PAYSAGE ET AGROFORESTERIE : UNE MISSION PILOTE EN NOUVELLE AQUITAINE
CAROLINEBIGOT
PAYSAGISTE-CONSEIL DE L ?ÉTAT AUPRÈS DE LA DDT DE LA CHARENTE-MARITIME, CHARGÉE D?UNE
MISSION P ILOTE AUPRÈS DE LA DRAAF DE LA NOUVELLE-AQUITAINE
La mission pilote dont nous allons vous parler suppose de premiers éléments d?explication ou de rappel
sur le rôle des paysagistes-conseils de l?Etat (PCE), paysages-concepteurs indépendants déployés26
à 40jours par an dans les services de l?État en régions (DREAL) et dans les départements (DDT et
DDTM). Les PCE soutiennent la prise en compte du paysage dans les projets environnementaux,
patrimoniaux, urbains et architecturaux par l?intermédiaire de conseils, d?avis, de sensibilisations ou
encore de formations. Ils sont déployés dans un territoire durant six à huit ans au maximum avant
d?être redéployés ailleurs afin de conserver un regard le plus objectif possible. Ils ne peuvent être
mobilisés dans les départements où ils exercent leur activité professionnelle à titre individuel.
29
Le lancement d?une mission pilote mobilisant les compétences d?un ou d?une PCE sur la thématique de
l?agroforesterie a été acté par le Ministère de l?Agriculture et de l?Alimentation (MAA) et le Ministère de
la Transition Écologique et Solidaire (MTES) en avril2018.
Il a été proposé que la Direction Départementale des Territoires et de la Mer (DDTM) de Charente-
Maritime, où j?interviens en tant que PCE, accueille cette initiative dans la mesure où des expériences
d?agroforesterie s?y déroulent déjà. La mission a réellement débuté en juillet2018. Plusieurs temps forts
se sont succédé depuis. J?ai ainsi pris part, en décembre2018, à la journée nationale de
l?agroforesterie et au concours national des pratiques d?agroforesterie. J?ai présenté la démarche dans
le cadre du comité de pilotage de la politique paysagère réuni par le MTES en mars2019, ainsi que
lors du comité du Plan de développement de l?agroforesterie en juillet2019.
Les principaux axes retenus pour la mission en 2019 portaient sur la confirmation du partenariat avec la
Chambre d?Agricultureet la poursuite de l?identification des potentiels d?agroforesterie, en particulier en
anticipation des projets d?urbanisme. Nous avons par ailleurs reçu un appui supplémentaire du MTES
via l?association d?une deuxième paysagiste-conseil de l?État positionnée en administration centrale, qui
a travaillé avec moi sur les outils d?évaluation des aspects paysagers des projets agroforestiers et sur
la révision de la grille d?analyse de la qualité paysagère dans le cadre du concours.
ÉRICCIROU
CHARGÉ DE MISSION , CHAMBRE D ?AGRICULTURE DE CHARENTE-MARITIME
L?engagement de la Chambre d?Agriculture de Charente-
Maritime dans des projets d?agroforesterie remonte à une
trentaine d?années, au moment où le monde agricole a
commencé à se préoccuper de l?évolution des politiques
agricoles. L?engagement précoce dans cette voie en Charente-
Maritime a été favorisé par la présence de parcelles
agroforestières en grande culture parmi les plus anciennes en
dehors d?un cadre expérimental. Pour autant, toutes les
Chambres d?Agriculture ne font pas encore preuve du même
degré d?investissement en faveur de cette dynamique; pour
l?heure, l?investissement le plus fort reste fourni par les
Chambres de l?ouest de la France.
CAROLINEBIGOT
les 41exploitations agroforestières recensées sur le territoire
de la Charente-Maritime s?inscrivent dans une grande variété
de milieux, comme en témoigne la superposition de leur
localisation avec la carte des unités paysagères du
département.
ÉRICCIROU
Nous travaillons autour de quatre axes.
Le premier d?entre eux est constitué par la recherche et le développement: il s?agit de trouver des
passerelles entre les agriculteurs, qui s?interrogent sur la rentabilité des exploitations agroforestières, et
la recherche. Nous travaillons depuis plusieurs années sur des programmes nationaux ou européens
afin d?apporter des réponses quant aux connaissances techniques de ces systèmes et afin de déployer
des outils d?aide à la décision.
Le deuxième axe porte sur l?accompagnement et la formation des acteurs ? agriculteurs, syndicats,
producteurs d?eau potable ou collectivités ? ou futurs acteurs ? futurs agriculteurs, par exemple ?
intéressés par ces démarches, de la conception à la réalisation du projet.
Le troisième axe concerne la communication. Il s?agit en effet de mieux mettre en valeur et de mieux
faire connaître au grand public ce que l?agriculture «sait bien faire» et dans quelle mesure elle peut
relever les défis de demain.
30
Un quatrième axe a trait à l?animation de réseaux. Il s?agit notamment de se pencher sur les difficultés
des agriculteurs, de lever les freins et de faire en sorte que ces difficultés soient prises en compte dans
la PAC. Il s?agit aussi de valoriser les agroforestiers, notamment dans le cadre du Concours général
agricole.
Il importe de noter que les projets s?appuient toujours sur les objectifs du porteur, même s?il est souvent
nécessaire de les prioriser, car il n?est pas toujours possible de répondre à toutes les ambitions. L?on se
penche ensuite sur la faisabilité au regard de la réglementation et des contraintes agronomiques. Il
apparaît malheureusement que l?aspect paysager intervient souvent de façon tardive, et reste perçu
comme une contrainte supplémentaire. Sa prise en compte plus en amont permettrait de changer le
regard à ce propos.
CAROLINEBIGOT
Je précise que je n?avais aucune connaissance particulière en matière d?agroforesterie avant de
m?engager dans ce projet.
Nous sommes donc convenus de constituer un atelier expérimental. Plutôt que d?énoncer apriori des
méthodes et des théories, nous avons pris le parti de tester ensemble différentes méthodes dans le
cadre de projets construits en partenariat avec deux exploitations.
ÉRICCIROU
La ferme Bonnin présente une surface agricole utile de
101hectares, orientée vers les grandes cultures et les
herbivores, avec un élevage bovin.
L?objectif du projet mené a consisté à améliorer le
paysage et le cadre de vie de l?exploitation en
réintroduisant des arbres à proximité de l?exploitation et
en installant des milieux favorables au développement
des auxiliaires de cultures dans la continuité des haies
existantes sur l?exploitation.
De manière générale, il s?avère que les agriculteurs sont
très sensibles à l?amélioration du cadre de vie, qui est
également le leur.
CAROLINEBIGOT
Le projet initial purement agroforestier a été amendé
sous mon regard de paysagiste, sans remettre en cause
les lignes guides de l?aspect agroforestier (écartement
des arbres, etc.), mais en portant l?attention sur le
paysage en lui-même et le dialogue avec l?horizon.
L?amendement a également porté sur l?amélioration des
abords de la ferme. L?agriculteur vend des produits en direct de la ferme et a donc besoin d?un cadre
d?accueil et de vie de meilleure qualité. Il en a résulté l?aménagement d?une aire d?accueil et de
stationnement ponctuée d?arbres aux essences différentes pour accueillir les visiteurs. J?ai également
proposé d?aménager une séquence jardinée afin de faire le lien entre la ferme Bonnin et celle des
parents.
31
Photographies Eric Cirou
Contrairement à la temporalité de bien des projets de paysage, la mise en oeuvre est ici intervenue très
rapidement, ce qui confère à cette mission un caractère très gratifiant. Dès mars 2019, des plantations
avaient été réalisées. Toutes n?avaient toutefois pas encore été mises en oeuvre, parce que l?agriculteur
n?avait pas nécessairement compris ou adhéré à l?ensemble des aspects, si bien qu?il a temporisé. Mais
le dialogue s?est poursuivi, et l?exécution du projet s?est prolongée après ma rencontre avec lui.
De façon générale, l?approche paysagère dans les projets agroforestiers suppose d?aller au-delà du
site, pour prendre en compte son environnement au sens large et chercher à dialoguer avec le
développement urbain. Les projets sont aussi confrontés à la cartographie des réservoirs de
biodiversité.
Je me suis également employée à
rechercher si d?autres projets
agroforestiers étaient menés ou
envisagés dans les alentours, dans le
souci de les faire dialoguer et
d?organiser un schéma de cohérence
paysagère. Dans les faits, les
parcelles sont le plus souvent choisies
au préalable, sur la base de
paramètres autres que paysagers. Je
n?ai pas identifié de levier à ce jour
permettant d?orienter un tel choix,
d?autant que les agriculteurs sont très
rarement propriétaires de toutes les
parcelles qu?ils exploitent.
ÉRICCIROU
Un autre projet a impliqué la ferme des Soeurs du Maine. Cette exploitation de 92,89hectares de
surface agricole utile orientée vers les grandes cultures et la viticulture, engagée dans la conversion en
32
Cartographie Eric Cirou et Caroline Bigot
Cartographie Caroline Bigot
agriculture biologique pour une partie de l?atelier «grandes cultures», a souhaité s?engager dans un
projet global agroforestier.
Les objectifs du projet étaient de trois ordres. Il s?agissait, d?une part,
d?installer des milieux favorables au développement des auxiliaires de
culture, d?autre part d?aboutir à une diversification des revenus issus de
la production arborée sous forme de jus de fruits (pomme, poire) et de
sève de bouleau, et enfin d?améliorer le cadre de vie.
CAROLINEBIGOT
Nous avons eu la chance d?être associés plus en amont du processus,
la Chambre d?Agriculture n?avait pas établi sa proposition
agroforestière. Pour autant, les étudiants de Bordeaux Sciences Agro
avaient déjà réfléchi à un projet dans le cadre d?un groupe de travail. Là
encore, nous pouvons toutefois considérer que je suis intervenue un
peu trop tard; il aurait en effet été intéressant que je puisse être
associée à leurs réflexions dès l?origine.
À partir de propositions des agronomes et après des rencontres avec
l?agricultrice, je suis simplement intervenue pour amender les
propositions initiales et y intégrer des composantes paysagères. J?ai par exemple proposé d?installer
deux arbres au bord du chemin pour y amener la dimension agroforestière, d?interrompre les haies
lorsqu?apparaissent en arrière-plan des lisières boisées, ou encore que les lignes de bouleaux suivent
le cours du ruisseau. De façon générale, il s?agissait de mieux jouer avec le paysage et les éléments
qui le composent. Dans un souci de prise en compte du site large, nous nous sommes penchés sur des
cartes anciennes afin d?identifier l?évolution du paysage. En identifiant trames vertes et bleues,
continuité forestière, trame bocagère et espaces urbanisés, nous avons abouti à un projet de paysage
et d?agroforesterie en travaillant notamment sur les lisières du bâti et en nous appuyant sur ce que
nous avions fait pour les fermes du Maine.
33
Photographie Eric Cirou
Cartographie Caroline Bigot
À la lueur de ces deux expériences, nous sommes en mesure d?énoncer le potentiel du projet de
paysage dans les projets d?agroforesterie, avec la possibilité de mener des projets divers et d?engager
des démarches prospectives pour sortir de la répétition des modèles.
Il importe d?abord de tenir compte de la relation entre le territoire du projet et les espaces voisins, les
implantations villageoises, les morphologies spatiales et matérielles du paysage et ses structures
propres (action du relief, ruptures de pente, etc.).
Il convient par ailleurs de ne pas considérer les projets isolément, mais d?imaginer de quelles façons ils
peuvent dialoguer et se compléter les uns et les autres dans une perspective de transformation
d?ensemble. Nous tâcherons de mettre les différents projets en réseau avec des dispositifs composites.
Afin d?éviter la répétition des projets, nous nous efforçons de prendre en compte le contexte, avec,
dans la mesure du possible, un choix des parcelles en amont en croisant critères agricoles et urbains,
en s?intéressant à la relation entre ville et campagne et en articulant les échelles. Il convient de même
d?intégrer la trame verte et bleue, la protection des captages et des ressources en eau.
Il importe aussi de dépasser les compétences, en essayant de faire travailler ensemble les
exploitations ou encore les villages entre eux, et de mettre en exergue ce que ces projets apportent à
l?espace commun.
Nous devons aussi composer avec le vivant en tenant compte de la temporalité de la croissance et du
renouvellement des plantations, et anticiper l?évolution du climat. De même, nous pouvons nous
interroger sur l?hybridation des pratiques agricoles avec des pratiques horticoles, voire ornementales.
Enfin, la composition devra tenir compte d?une variété de rythme des compositions (alignements,
bosquets, vergers).
En conclusion il nous semble intéressant d?étendre l?action des paysagistes-conseils de l?État en les
disposant par exemple auprès des conseillers agroforestiers ou des DRAAF. Ils pourraient participer à
la rédaction du nouveau plan de développement de l?agroforesterie et de documents d?information
didactiques, accompagner les conseillers agroforestiers et mener des actions de formation. Nous avons
aussi songé à la formation d?un comité de pilotage Paysages et Agroforesterie sur le modèle des
CDNPS (commissions départementales de la nature, des paysages et des sites). Ce comité, formé par
la DRAAF, rassemblerait des conseillers en agroforesterie ainsi que des compétences en agronomie,
écologie et paysage.
Les paysagistes-conseils de l?État pourraient aussi participer à la révision de la grille d?analyse des
qualités paysagères des exploitations candidates au Concours national d?agroforesterie. Ces travaux
ont été lancés, mais n?ont pas encore abouti; l?appui d?autres exemples permettrait en effet d?affiner
encore cette grille.
Enfin, pour faire concourir ces différents projets entre eux, il importe de croiser ces démarches avec les
plans de paysage et les SCoT. Ce croisement pourrait aboutir à des SCoPA ? «schémas de
cohérence paysagère et agricole» ? ou des PPA ? «plans de paysages agroforestiers». Il s?agit bien
sûr ici de formules visant à stimuler la réflexion. L?objectif n?est pas de créer des couches nouvelles,
mais d?enrichir des dispositifs existants afin d?y intégrer mieux le paysage et l?agroforesterie.
ÉRICCIROU
L?intérêt de l?approche paysagère et de ces regards croisés réside dans le fait d?amener chacun à sortir
davantage sur le terrain. Elle permet aussi de remettre l?agriculteur-paysan au coeur du paysage, de
donner du sens, de la lisibilité aux aménagements, de créer du lien et de donner des arguments de
communication et de valorisation des produits.
Ce bilan indéniablement positif n?empêche pas de ma part l?expression d?un certain nombre de points
de vigilance. Il importe tout d?abord de ne pas ajouter, ou même seulement de ne pas donner le
sentiment d?ajouter des contraintes réglementaires. Il convient ensuite de former et d?impliquer les
conseillers agroforestiers, en intégrant aux formations initiales et continues l?aspect paysager. Il importe
enfin d?intégrer tous les systèmes agricoles, dans un contexte marqué par leur cloisonnement
réglementaire.
34
DISCUSSION
DE LA SALLE
Les interventions ont mis en exergue l?intérêt des liens entre paysagistes et agronomes en ce qui
concerne l?agroforesterie.
ÉricCIROU, en tant que conseiller en agroforesterie, quelles sont vos relations avec vos collègues
conseillers agricoles et conseillers en développement? Les agronomes seraient-ils prêts à réfléchir
avec vous pour prendre en compte des approches spatiales et paysagères ne tenant pas seulement
compte de l?arbre, mais aussi d?autres aspects comme la taille des parcelles ou l?organisation du
parcellaire dans la perspective de la construction de véritables systèmes agro-écologiques?
ÉRICCIROU
Voici vingt ans, les conseillers en agroforesterie étaient encore considérés comme des ovnis dans les
Chambres d?Agriculture. La donne change depuis une dizaine d?années, sous le prisme de
l?agroécologie et du besoin de s?adapter. L?arbre revêt toute son importance dans ces aménagements.
Cette approche est plus développée dans certaines filières que d?autres; déjà bien intégrée dans
certaines comme les grandes cultures, elle émerge tout juste dans d?autres comme les exploitations
viticoles. Les premiers prescripteurs sont, à l?heure actuelle, les conseillers en production.
Pour autant, nous n?en sommes pas encore au stade d?envisager dans la réflexion des aspects tels que
la réduction des parcelles. Le contexte économique actuel, qui conduit à ce que bien des agriculteurs
exploitant 120hectares de terres en grande culture soient en proie à d?importantes difficultés
financières, n?est pas de nature à favoriser ce type de démarche. Il importe de faire preuve
d?accompagnement et de pédagogie pour que les perceptions évoluent et que les techniciens
s?engagent également dans cette voie.
De façon générale, il reste beaucoup de progrès à accomplir, mais je suis plutôt optimiste.
CAROLINEBIGOT
L?évolution des mentalités représente un enjeu crucial. Le groupe de travail entre agronomes et
paysagistes me semble constituer un élément important pour y contribuer. Peut-être faudrait-il que les
élèves agriculteurs viennent également travailler avec nous.
Faire évoluer les mentalités suppose toutefois un travail de longue haleine. De la même manière qu?il
faut du temps aux arbres pour grandir, il faudra nécessairement du temps pour que la démarche se
développe.
***
Liens vers le film «Un paysage durable et partage: la ferme de Vernand», Prix spécial du Jury du
Grand Prix national du Paysage de la France (2016), dont une projection était prévue dans le
programme initial, afin de clore cette séquence: https://www.youtube.com/watch?v=doEc2lzkIHw ou
https://www.dailymotion.com/video/x6x6e9d
35
METTRE EN RÉSEAU LES ACTEURS DU PAYSAGE
DE LA PLATEFORME PAYSAGE DE WALLONIE À L?ACTION LOCALE ET COMMUNALE
EN FAVEUR DES PAYSAGES
LA PLATEFORME PAYSAGE DE WALLONIE
MIREILLEDECONINCK
ATTACHÉE, SERVICE PUBLIC DE WALLONIE , BELGIQUE
Rappel du contexte institutionnel et du cadre géographique
Depuis les lois spéciales de réformes institutionnelles de 1980, la Belgique est régie par trois niveaux
de pouvoirs: l?État fédéral, les Régions et les Communautés.
La plupart des compétences concernant directement ou indirectement le paysage sont aujourd?hui du
ressort régional. Il s?agit notamment de l?aménagement du territoire et de l?urbanisme, du patrimoine, de
l?environnement et de la conservation de la nature, des richesses naturelles, de la politique de l?eau et
de l?énergie, des travaux publics, des transports, du logement, de la politique agricole, du tourisme. En
revanche, les compétences de l?enseignement et de la culture dépendent des Communautés de langue
(Française et Germanophone pour la Wallonie).
Occupant une position relativement centrale en Europe de l?Ouest, à proximité de Bruxelles, la Région
wallonne ? ou Wallonie ? constitue la partie sud de la Belgique. Elle couvre une superficie de 16.844
km², soit plus de la moitié de la Belgique.
La Wallonie a une population d?environ 3.550.000 habitants, répartie inégalement au sein de 262
communes. La densité moyenne de 209 hab/km², est supérieure à la moyenne européenne, mais reste
inférieure à celle rencontrée dans les régions voisine s (Flandre et Pays-Bas notamment).
Enfin, il convient de signaler que le territoire wallon se caractérise par son ouverture par rapport aux
régions et pays voisins: absence de réelles barrières physiques, prolongement de ses caractéristiques
géographiques au-delà des frontières dans toutes les directions.
La plateforme paysage
La Région wallonne a ratifié la Convention européenne du paysage le 20 décembre 2001. La
Convention est en vigueur en Belgique depuis le 1er février 2005.
Suite à cette ratification par la Région wallonne, de nombreux acteurs locaux ont souhaité développer
un projet paysager en partenariat avec l?Administration. Les structures qui portent ces projets sont de
36
différentes natures: parc naturel, contrat de rivière, groupe d?action locale (GAL)? et les sources de
financement sont également variées: Interreg, Leader, subventions ?
La multiplication des initiatives a incité l?Administration à mettre en place une plateforme d?échanges
d?informations et de mise en cohérence des activités de ces structures.
L?objectif principal de cette plateforme paysage est double:
?Veiller à ce que toutes les initiatives développées en Région wallonne s?inscrivent dans la
philosophie de l?action régionale en matière de paysage: c?est le principe de cohérence.
?Favoriser les échanges d?expériences pour une meilleure synergie, complémentarité et mise
en réseau des actions financées par les pouvoirs publics; c?est le principe d?utilisation
rationnelle des moyens humains et budgétaires, ou principe de bonne gouvernance.
La plateforme paysage rassemble une vingtaine de participants et se réunit deux fois par an. Chaque
structure partenaire accueille tour à tour les réunions. Les représentants de ces partenariats locaux, de
la Conférence Permanente du Développement Territorial (CPDT), et de l?Administration se retrouvent
pour échanger des informations, des manières de faire et des conseils sur des actions qui ont réussi
(ou pas et pourquoi).
Pour en savoir plus : www.plateformepaysagedewallonie.be
MISE EN OEUVRE DE LA CONVENTION EUROPÉENNE DU PAYSAGE AU NIVEAU LOCAL :
L ?EXEMPLE DU GAL « PAYS DES TIGES ET CHAVÉES »
CORENTINFONTAINE
CHARGÉ DE MISSION PAYSAGES , GROUPE D ?ACTION LOCALE « PAYS DES TIGES ET CHAVÉES »,
BELGIQUE
Le Groupement d?Action Locale «Pays des Tiges et Chavées» (ci-après GAL PTC) est une ASBL,
association sans but lucratif alliant pouvoirs locaux et forces vives locales, menant depuis 15 ans des
projets de développement durable sur les territoires des communes rurales d?Assesse, Gesves et Ohey
(20.000 habitants, 20.000 hectares au sud-est de Namur; partenaire numéro 20 sur la carte descriptive
de la plateforme paysage de Wallonie présentée ci-dessus).
Ces réalisations concrètes dans des domaines variés (maillage vert, activités et production agricoles,
tourisme, éducation permanente, culture, cohésion sociale, etc.) ne sont possible que grâce à une
participation significative des fonds LEADER de l?Union européenne et de la Wallonie (90% du
37
budget), complétés par une part communale (10%). À titre d?exemple, pour la période 2014-2020, le
budget total engagé dans le GAL Pays des Tiges et Chavées ASBL (GAL PTC) est proche de deux
millions d?euros pour soutenir 9 thématiques6, dont la valorisation du patrimoine paysager.
Le projet «paysages» vise clairement à préserver les aménités territoriales locales qui sont l?une des
richesses importantes des communes du GAL PTC et qui sont perceptibles à travers la qualité de ses
paysages. Ce territoire est principalement localisé en Condroz, un ensemble de territoires paysagers
typique de Wallonie et caractérisé par une succession de sommets grèseux (tiges) et de dépressions
calcaires (chavées) parallèles sur plusieurs dizaines de kilomètres, succession rappelant la forme d?une
tôle ondulée et présentant une diversité et une qualité de paysages très appréciés des citoyens et
touristes.
Tous les 6 ans, les GAL doivent élaborer un nouveau «programme de développement stratégique»
afin de construire un dossier de candidature qui démontre une coordination d?actions répondant à des
besoins réels de citoyens, d?autres associations, de professionnels et d?administrations locales.
L?objectif général est l?amélioration du bien-être des citoyens des communes concernées tant sur le
plan environnemental, qu?économique et social. Le dossier est soumis à évaluation par les organes
compétents du Service Public de Wallonie, sans garantie de financement du programme.
La méthodologie choisie par le GAL PTC est largement participative et transparente puisque l?appel au
grand public et aux forces vives du territoire pour des réflexions en groupes de travail sont au coeur du
processus.
Deux étapes préalables permettent de guider ce travail de diagnostic dit «chaud»: un diagnostic
territorial dit «froid» (compilation de statistiques socio-économiques, démographiques, spatiales, etc.)
et une identification d?enjeux et de thématiques prioritaires pour l?assemblée générale de l?ASBL. Le
processus se termine par une double passe sur le diagnostic territorial affiné par la synthèse des idées
et axes de développement à considérer selon les réflexions participatives: une première nomination de
projets s?opère sur base de critères objectifs, suivie d?une sélection définitive des projets considérés par
l?assemblée générale de l?ASBL comme les plus stratégiques et les plus aboutis, notamment dans leurs
dimensions touchant à l?innovation et à la pérennisation des actions à entreprendre (critères importants
pour le financement du programme). Le choix tient également compte des moyens financiers dont le
GAL pourra potentiellement disposer. Certains projets non retenus en l?état, mais dont l?intérêt est
avéré, restent à l?étude pour être introduit le cas échéant dans d?autres programmes de financement.
Parmi les 9 thèmes retenus par le GAL PTC pour son programme de développement stratégique, la
fiche-projet «paysages» tient une place de choix, non seulement parce qu?elle peut s?inscrire en
synergie avec les autres fiches (logement, agriculture, filière bois, etc.) mais également parce que le
6 Synthèse complète des projets repris dans ce?e plaque?e :
h?p://www.?ges-chavees.be/sites/default/files/plaque?e_projets_gal_2014-2020.pdf
38
paysage en est un vecteur fédérateur, notamment en matière de communication avec des publics
variés.
Fiche-projet «paysages»
L?ambition du GAL PTC dans cette fiche-projet est d?utiliser l?interprétation paysagère comme levier de
(ré)appropriation citoyenne de leur espace de vie et comme révélateur d?une identité territoriale forte.
La piste de l?interprétation des paysages est issue d?une réflexion du groupe de travail «Éducation à
l?environnement» organisé par le GAL le 22 avril 2014. L?analyse paysagère était alors apparue
comme une grille de lecture permettant de comprendre l?évolution du territoire par rapport aux
différentes thématiques abordées par le GAL: l?agriculture, les forêts, le logement?
Le projet est motivé par un besoin de maîtrise locale de clefs de compréhension de la dynamique
territoriale qui façonne les espaces de vie et dont les marqueurs perdurent dans les paysages. Ce
besoin est partagé par différents groupes cibles actifs sur le territoire: les «professionnels»
(administrations et pouvoirs locaux en charge de l?urbanisme et de l?aménagement du territoire), les
commissions citoyennes locales (CCATM, CLDR, PCDN), les enseignants du 3e degré fondamental,
les guides touristiques professionnels, les associations culturelles et artistiques, les citoyens à titre
individuel.
Les actions entreprises sont donc déclinées en fonction de ces publics cibles, afin d?adapter au mieux
leurs expériences paysagères et de garantir au mieux la diffusion de la connaissance partagée et le
réemploi des supports développés. In fine, les actions proposées en termes d?aménagement du
territoire et de valorisation des paysages, incluant la mise en valeur du patrimoine culturel, naturel et
identitaire local, permettent d?entretenir et de consolider une forme de bien-être des habitants, en
préservant le caractère rural du territoire.
Mise en oeuvre de la fiche-projet «paysages»
Les actions visées par la fiche-projet «paysages», déclinées selon différents publics cibles
(gestionnaires du territoire, citoyens, public scolaire, touristes?), sont distinguées selon deux mises en
oeuvre complémentaires: l?expérience sensible et la mise en média, adaptée aux publics cibles.
L?expérience sensible des paysages consiste à organiser des activités qui permettent aux participants
de suivre et de vivre en direct une analyse paysagère de manière à prendre conscience qu?il y a
quelque chose à voir «au-delà du contemplatif». À côté de la participation spontanée de certains
d?entre eux aux activités «grand public» (telle que des balades «transect»), le GAL PTC a proposé
aux élus locaux des journées d?initiation à l?analyse paysagère et des ateliers cartographiques sur
l?évolution et les formes de densité du bâti. Pour les autres publics, relevons en particulier des jeux
d?observation et d?orientation pour les écoles primaires, des formations pratiques sur le terrain pour
guides professionnels, etc.
La mise en média des paysages consiste à développer des supports adaptés pour transmettre et
diffuser de l?information nécessaire à l?analyse paysagère et à la compréhension de l?évolution
territoriale (évolution de la mobilité et impacts sur les activités agricoles, par exemple). Cet aspect
nécessite d?adjoindre à l?«ici et maintenant» d?autres échelles d?analyse et d?autres dimensions
temporelles, fort peu maîtrisées par les élus locaux. In fine, les supports développés pour un public-
cible sont reversés aux actions entreprises avec d?autres, pour un résultat tout aussi satisfaisant, telle
que cette brochure de sensibilisation à l?impact paysager de nouvelles constructions:
https://www.tiges-chavees.be/construirelespaysagesdedemain/.
39
Ces deux ensembles d?actions sont renforcés par:
?Un axe de travail scientifique de terrain consistant à
cartographier des unités paysagères locales selon leurs
caractéristiques observables ou telles que rapportées par les
habitants
?Un axe de travail de soutien aux initiatives locales
consistant à fournir des contenus «paysages» adaptés, tels
qu?une guidance lors d?une manifestation villageoise ou des
panneaux d?interprétation paysagère pour un circuit de
valorisation du petit patrimoine. Là encore, l?objectif est de
rencontrer au plus près une demande concrète sur le terrain.
Le projet Paysages s?articule bien entendu avec d?autres projets et
bon nombre des actions mises en oeuvre n?auraient pas pu se
concrétiser sans l?appui des collègues travaillant sur d?autres champs
(autonomie en fourrage pour l?élevage, filière bois, etc.) ni sans la
collaboration des citoyens, des administrations, des élus ou encore
des associations. Soulignons aussi que ces travaux n?auraient pas pu
être accomplis dans les mêmes conditions sans la collaboration avec
d?autres structures GAL et parcs naturels appartenant à la plateforme paysage de Wallonie. Je tiens à
ce propos à remercier MireilleDeconinck pour son appui précieux.
EXPÉRIENCE CONCRÈTE D?UN ÉLU LOCAL : L ?EXEMPLE D?ASSESSE
JULIENDELFOSSE
ÉCHEVIN D?ASSESSE, CHARGÉ DE LA PARTICIPATION, DE LA RURALITÉ , DU PLAN COMMUNAL DE
DÉVELOPPEMENT RURAL, DE L ?ÉCONOMIE , DE LA COMMUNICATION ET DE L ?ALIMENTATION DURABLE ,
BELGIQUE
Mon témoignage sera d?une double nature, dans la mesure où j?ai d?abord pu profiter de l?appui du GAL
PTC comme citoyen engagé avant de devenir échevin (adjoint au maire) d?Assesse en2018.
J?ai donc bénéficié de ce sou?en lorsque je m?inves?ssais auprès de la Commission communale d?aménagement du
territoire et de la mobilité (CCATM). Ce?e commission doit se réunir périodiquement afin d?analyser les dossiers
urbanis?ques, et notamment les demandes de permis de construire ou de travaux émanant des citoyens ou
des entreprises. Dans ce cadre, le GAL, avec sa fiche projet Paysages, a
accompagné tous les acteurs des CCATM des trois communes
couvertes. Ces derniers ont pu bénéficier d?ateliers et de formations, et
tirer des enseignements de la plaquette éditée. Ces éclairages leur
donnent des clés afin de mieux analyser les dossiers urbanistiques en
vue de rendre un avis ? certes consultatif, mais largement écouté par les
pouvoirs locaux ? plus éclairé.
Les sorties de terrain ont permis de mieux comprendre l?origine du bâti de
nos villages, l?implantation de telle ferme et leur orientation, ou encore les
types d?huisseries. Ces enseignements ont conféré une forme d?expertise
aux membres des CCATM, même s?ils n?en sont pas devenus des
professionnels pour autant. Des cycles de formation réguliers sont
organisés pour les différentes Commissions de sorte à conférer à leurs
membres des clés d?analyse de leur paysage. Cette connaissance leur
permet de mieux apprécier la pertinence de tel projet, par exemple en
fonction de la géologie, de la topographie et de l?histoire locale.
J?ai pris part également au réseau de «paysa-guides» lancé par le GAL
avec la Maison du Tourisme. Ce réseau rassemble des personnes
investies et disposées à proposer des promenades dans leur terroir, afin
d?en expliquer les grandes composantes aux habitants et aux visiteurs du
Condroz.
40
Dans ce cadre, j?ai bénéficié de formations à la lecture de cartes afin de pouvoir construire des circuits
touristiques. J?ai également suivi des modules complémentaires afin de mieux comprendre le rythme de
l?agriculture. La rencontre avec les agriculteurs a favorisé une meilleure connaissance de leurs réalités
et de leurs difficultés. Enfin, un module avec les agents de la nature et la forêt en charge de la gestion
des différents bois communaux a permis de mieux comprendre la vie de la forêt et la manière dont elle
peut façonner l?aménagement du territoire.
En conclusion et résumé, la présence du GAL PTC sur le territoire communal de la commune
d?Assesse lui permet de bénéficier d?un ensemble d?actions qu?elle n?aurait pu engager isolément, faute
de moyens humains, puisque les chargé·e·s de missions du GAL PTC sont spécialisés dans les
matières qu?elles/ils traitent.
En synergie avec d?autres thématiques territoriales spécifiques au territoire, telles que l?agriculture
céréalière, l?élevage et la foresterie forts développés, les actions menées par le GAL PTC dans le cadre
de la fiche-projet «paysages» développent des outils de compréhension utiles et nécessaires pour
aider la commune (1) dans sa gestion des permis d?urbanisme et de l?aménagement du territoire au
sens large, (2) à la sensibilisation des citoyens aux spécificités locales et au respect des activités
rurales, et (3) à la promotion touristique de son patrimoine culturel et paysager, permettant ainsi de
développer une série d?activités génératrices d?emplois et de revenus, à côté du secteur primaire
traditionnellement présent en territoire rural.
Dans cette perspective, le GAL PTC devient un partenaire actif et un relais utile dans la co-construction
du vivre ensemble.
DISCUSSION
SOPHIE GERIN
CHARGÉE DE MISSION PAYSAGE, DREAL HAUTS-DE-FRANCE
Quel public les balades commentées parviennent-elles à drainer? À quel moment sont-elles
organisées pour fédérer le plus large public?
CORENTINFONTAINE
Le GAL existe depuis une quinzaine d?années, si bien qu?il est de mieux en mieux connu sur le
territoire. Un site Internet et des fascicules permettent de relayer l?information. De plus, j?ai diffusé
l?information auprès de personnes ou de groupes que je savais potentiellement intéressés par la
problématique des paysages. Les écoles ou les CCATM constituent ainsi des relais de l?information.
Nous misons donc assez largement sur le bouche-à-oreille. Ces actions ont permis d?attirer une
trentaine de personnes dans le cadre des balades, ainsi qu?une cinquantaine s?agissant des deux
conférences.
La Maison du Tourisme relaie également les manifestations organisées par le GAL, via ses propres
canaux de diffusion. Le festival de balades qu?elle organise le dernier dimanche de septembre draine
facilement 700 à 800personnes qui découvrent ou redécouvrent ainsi notre territoire. De façon
générale, la Maison du Tourisme a été d?une aide précieuse pour identifier encore d?autres relais de
diffusion.
Le public type attiré par les balades commentées est composé de personnes de 35 à 65ans. Il s?avère
que ce sont souvent les mêmes individus qui se déplacent, même s?ils ne participent pas à toutes les
balades. Nous constatons à ce propos que bien des personnes intéressées par les balades
commentées rechignent à parcourir de longs déplacements pour y prendre part, ce qui démontre
l?importance de la plus grande proximité. Il importe d?aller à la rencontre du public.
41
DE LA MISE EN RÉSEAU RÉGIONAL À L?ORGANISATION D?ATELIERS
INTERCOMMUNAUX POUR FAVORISER LES APPROCHES PAYSAGÈRES DANS
L?AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE: L?EXEMPLE DE LA BRETAGNE
JULIENTRANSY
En France comme en Wallonie, la mise en réseau constitue un élément fort au service de la mise en
oeuvre de la Convention européenne du paysage. En France l?échelon régional apparaît
particulièrement pertinent pour structurer une telle dynamique, dans la mesure où il permet d?atteindre
une masse critique d?acteurs, d?expériences, de connaissances et de projets à faire dialoguer.
Les Directions Régionales de l?Environnement, de l?Aménagement et du Logement (DREAL)
s?impliquent, aux côtés d?une diversité de partenaires, dans la constitution et l?animation de tels
réseaux, avec des démarches pionnières souvent citées en exemples (le Réseau Paysage Midi-
Pyrénées aujourd?hui devenu Réseau Paysage Occitanie), et de récentes relances ou mises en place
d?initiative prometteuses (en Nouvelle-Aquitaine, Auvergne-Rhône-Alpes?).
Ce schéma n?empêche pas la mise en réseau de niveau départemental, ces démarches pouvant se
nourrir mutuellement: pour faire écho à la présentation wallonne structurée autour de trois prises de
parole illustrant trois échelles d?interventions, Caroline Guittet, Thibaut Gaborit et Armelle Andrieu vous
présenteront le réseau régional de Bretagne, en mettant aussi en exergue l?articulation entre les
échelles régionale, départementale et locale.
CAROLINEGUITTET
CHEFFE DE PROJET , PÔLE PAYSAGES DE L ?OBSERVATOIRE DE L ?ENVIRONNEMENT EN BRETAGNE,
FRANCE
Dans le contexte qui vient d?être exposé, l?objectif de mon intervention sera de vous montrer comment
le réseau breton s?est constitué et comment il perdure. La mise en réseau est double: la mise en
réseau des acteurs de la connaissance paysagère et la mise en réseau des données paysagères.
Le réseau d?acteurs à l?oeuvre en Bretagne est en voie de consolidation depuis quinze ans. Cette
consolidation est confortée par un contexte juridique favorable, avec notamment la loi Paysage
de1993, puis la Convention européenne du paysage de2000, les lois Grenelle de2009 et2010 puis la
loi pour la Reconquête de la Biodiversité, de la Nature et des Paysages de2016.
Dès 2005, l?État et la Région ont impulsé une politique paysagère très active et volontariste. Elle
favorise la rencontre des différents acteurs autour des questions paysagères. En parallèle, l?État et la
Région travaillent avec le monde de la recherche scientifique, en particulier avec le laboratoire ESO
Rennes, sur l?identification et la qualification des paysages.
Le projet POPP-Breizh, la plateforme des Observatoires Photographiques du Paysage de Bretagne, né
en 2011, a concouru à fédérer les acteurs du paysage en Bretagne.
La POPP Breizh
Le territoire de la Bretagne comprend, en 2011, 4OPP. L?objectif premier de
la POPP-Breizh consiste à mutualiser les moyens et les compétences pour
développer un outil commun visant à rendre accessible les séries
photographiques de tous les OPP de Bretagne. Il s?agit également de faciliter
l'exploitation des corpus photographiques qui deviennent de plus en plus
abondants au fil du temps.
En France, la méthode pour concevoir un OPP a été formalisée par le
ministère chargé de l?environnement en 2008: le comité de pilotage,
composé d?élus, d?associations et de professionnels, choisit et définit des problématiques paysagères
en fonction desquelles un photographe professionnel ou un chargé de mission réalise des campagnes
photographiques «mitraillette» sur le territoire. Des photos anciennes peuvent également être
récoltées. Le comité de pilotage se réunit ensuite une seconde fois dans le but de sélectionner des
points de vue amenés à être rephotographiés dans le temps et dans les mêmes conditions de
production (même cadrage, etc.).
42
La prise répétée de photos à partir de mêmes points de vue
permet de prendre conscience de l?impact de chaque action
d?aménagement, même individuelle, sur le paysage et le cadre
de vie.
La POPP-Breizh permet au grand public d?avoir accès à
l?ensemble des photographies. Il est possible d?y effectuer des
recherches thématiques; à titre d?exemple, l?utilisateur peut ainsi
sélectionner toutes les photographies présentant des haies,
voire toutes celles ou ces mêmes haies ont disparu. Chaque
porteur y dispose d?un espace dédié et y verse ses
photographies. L?outil comprend en outre un volet sonore et un
volet participatif.
Ce projet, qui découle d?une initiative conjointe entre l?État, la
Région et le Laboratoire ESO Rennes, a impliqué une
cinquantaine d?institutions, dont des acteurs bretons et d?autres
régions (Occitanie) voire d?autres pays (Observatoire de la
Catalogne en Espagne, le South Devon au Royaume-Uni, etc.).
Ce projet, certes coûteux ? environ 300000euros, coûts de
conception, temps de développement, réunion d?harmonisation,
création, financement de thèse, etc. ?, constitue néanmoins un
véritable booster d?OPP, puisque le nombre d?OPP en cours ou en projet sur le territoire est passé de 4
en 2011 à 25 en 2019.
L?Observatoire de l?Environnement en Bretagne (OEB) a été missionné par l?État et la Région afin
d?animer la plateforme. Dans ce cadre, un pôle Paysages, que je représente, a été créé avec l?objectif
de récolter toutes les données paysagères, de les structurer, de les analyser, puis de les diffuser.
La plateforme fédère actuellement 15 OPP, qui y ont versé un corpus conséquent de 537séries de
photographies, soit 2546clichés. Dès 2020, la plateforme devrait héberger environ 700séries
photographiques.
Faire vivre la POPP-Breizh, c?est avant tout faire vivre un réseau. Il s?agit en effet d?apporter un appui
technique auprès des cinquante utilisateurs. J?organise aminima deux ateliers par an autour des OPP:
atelier «initiation à la POPP-Breizh», atelier «exploitation des OPP», atelier «valorisation des OPP»,
etc. En fonction des besoins, nous mettons en oeuvre des développements informatiques. Année après
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année, de nouveaux partenariats émergent avec les communautés de communes, les associations, les
musées et écomusées. La POPP-Breizh comprend non seulement un volet opérationnel, mais
également un volet social, avec la volonté de faire participer les habitants.
La prochaine étape consiste à centraliser les données paysagères, au-delà des OPP. La Région
Bretagne est couverte par quatre Atlas de paysage, dont trois (Morbihan, Ille-et-Vilaine, Finistère)
prennent déjà la forme de sites Internet et de documents PDF. Un autre est en cours de réalisation.
L?analyse des données s?appuie sur les séries photographiques et les dix plans de paysage. Une base
de données paysagères, comprenant une base de données interactive, est mise au service des
collectivités locales afin de leur faciliter les diagnostics en matière de paysage.
Les données sont centralisées. Elles sont également exploitées pour donner à comprendre les
dynamiques paysagères. Pour exemple, une analyse globale de la POPP-Breizh est réalisée chaque
année. Divers articles sont co-écrits avec les acteurs de la connaissance paysagère pour alimenter le
site web de l'OEB. Des vidéos de courte durée sont créées pour valoriser la démarche OPP.
Nous travaillons aussi sur des indicateurs de paysage, dans le but de fournir des outils pour les
politiques publiques et les citoyens. Les indicateurs ont pour but de mesurer les évolutions du paysage
dans une perspective de maintien, voire d?amélioration de la santé des paysages. Ce nouveau champ
d?investigation répond aux besoins régionaux et infrarégionaux tout en garantissant un haut niveau
d?exigence scientifique. Nous nous sommes en effet aperçus que les collectivités s?appropriaient la
POPP-Breizh dès lors qu?elle était légitimée par une démarche scientifique. Une équipe projet se réunit
régulièrement pour développer ces indicateurs en s?inspirant des travaux déjà à l?oeuvre à
l?international. À titre d?exemple, l?évolution des émissions lumineuse est un sujet traité par l?équipe
projet et est en réponse aux prescriptions de la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et
des paysages.
Nous produisons et fournissons également des
ressources en faveur de la connaissance et de
l?action paysagère. Nous valorisons les actions
des territoires par le biais d?articles et
d?infographies. Dans le même temps, nous
recensons les productions des acteurs du
territoire (outils, chartes, études, etc.). Nous
publions cette année un dossier thématique sur
l?état actuel des paysages bretons, dossier à
destination du grand public. En complément,
nous produisons un dépliant intitulé «la
démarche paysagère à l?échelle locale: quelles
étapes?» qui recense l'ensemble des
ressources disponibles en Bretagne pour la
conception de diagnostics paysagers. Ce document technique est, quant à lui, à destination des
collectivités territoriales.
Tous nos différents supports d?information sont accessibles en ligne.
Consolider le réseau implique des rencontres régulières entre les différents acteurs du paysage. Pour
exemple, une rencontre sur deux jours est prévue cette année entre les porteurs d'OPP. L?évènement
s?intitule «Il était une fois dans l?Ouest, les OPP bretons». À ce jour, 234 acteurs très divers sont
référencés dans le réseau. Consolider ce réseau, c?est aussi communiquer: 4 newsletters sont
envoyées aux acteurs du paysage et 25 posts sont publiés dans les réseaux sociaux en 2019.
Pour conclure, les forces d?un réseau sont de trois ordres:
1) Des projets collaboratifs dans un cadre juridique structurant, avec des exigences scientifiques et en
réponse à des besoins régionaux et infrarégionaux;
2) Des moyens: une animation dédiée et en continu, des compétences paysagères, mais aussi en
informatique, en communication, etc., et un financement collégial;
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3) L?ouverture vers l?extérieur, qui se matérialise par des partenariats avec la DREAL Occitanie ou
encore le Parc naturel régional des Vosges du Nord, ainsi que par le passage d?une vision en silo à une
vision transversale des questions environnementales.
THIBAUTGABORIT
RESPONSABLE DU SERVICE DES ESPACES NATURELS DU CONSEIL DÉPARTEMENTAL D ?ILLE-ET-VILAINE ,
FRANCE
En préambule, je tiens à remercier le Conseil de l?Europe et le Ministère de la Transition Écologique et
solidaire de nous avoir invités, ce qui représente pour nous une forme de reconnaissance et un
encouragement.
L?Atlas des paysages d?Ille-et-Vilaine s?insère dans la politique départementale relative aux espaces
naturels sensibles. Dans son articleL.142-1, le Code de l?urbanisme prévoit que les conseils
départementaux (ci-après Départements) soient compétents pour élaborer et mettre en oeuvre une
politique en faveur de la préservation des sites, des paysages et des espaces naturels. À l?heure
actuelle, presque tous les Départements portent une politique volontariste en matière de biodiversité et
en faveur de la préservation des espaces naturels, mais tous ? loin de là ? ne portent pas encore une
politique en faveur des paysages, même si celles-ci commencent à se diffuser progressivement. Le
Département d?Ille-et-Vilaine pour sa part s?est engagé dans cette voie en régie depuis une dizaine
d?années. Par ailleurs, la loi pour la Reconquête de la Biodiversité, de la Nature et des Paysages
de2016 retient l?échelle départementale comme la plus pertinente pour développer des Atlas des
Paysages, ce qui légitime davantage encore l?action des Départements en la matière.
Mis en ligne en2014 (https://paysages.ille-et-vilaine.fr/), l?Atlas des Paysages d?Ille-et-Vilaine a été
élaboré en maîtrise d?ouvrage partagée
avec les services de l?État. Il est a priori le
premier en France à avoir intégré dans son
cahier des charges un volet sociologique
et la prise en compte de la perception du
territoire et des paysages par les habitants,
en lien direct avec la Convention
européenne du paysage. Pour ce qui nous
concerne, cette prise en compte s?est
matérialisée par des rencontres et des
entretiens avec la population, la diffusion
de questionnaires et un appel à recueil de
photographies anciennes. Cette démarche
a permis de confronter la perception des
paysages par les habitants au regard de
paysagistes experts afin d?identifier
différentes unités de paysage et de définir
des enjeux. La constitution de l?Atlas
résulte d?un projet concerté et
multipartenarial associant services de
l?État, monde de la recherche, élus et
collectivités territoriales, acteurs locaux ou
encore paysagistes et sociologues.
L?Atlas en ligne, très complet, est assorti
d?un livret de synthèse des paysages d?Ille-
et-Vilaine, en réponse à une demande
exprimée en ce sens par le comité de
pilotage du projet.
Le département d?Ille-et-Vilaine comporte
29unités de paysages différentes,
traduisant la grande diversité du territoire. Les limites administratives du département s?effacent
derrière les limites des unités paysagères, afin de mettre en exergue la continuité de ces unités sur les
territoires voisins.
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Trois Observatoires photographiques du Paysage (OPP) ont été mis en place sur le territoire
départemental.
Le premier se place à l?échelle des Espaces naturels sensibles. Créé en 2016, il a vocation à mettre en
évidence l?évolution de ces espaces gérés et entretenus en régie, et sur lesquels nous pouvons être
amenés à effectuer des travaux de restauration ou à mettre en oeuvre des aménagements destinés à
remplir l?obligation d?accueil du public.
Ce suivi sera peut-être de nature à faire évoluer les pratiques de gestion à l?échelle d?un espace naturel
au fil du temps. Les photographies sont réalisées en régie par des agents du Département,
généralement des écologues. Cette mobilisation directe présente la vertu de les sensibiliser à la
question du paysage, qui ne représente généralement pas leur coeur de métier au départ, et de leur
permettre de parler du paysage au cours de leurs différentes réunions et rencontres.
Le deuxième OPP se situe à l?échelle du Département, directement en lien avec l?Atlas des Paysages
d?Ille-et-Vilaine. Il a pour vocation d?assurer un suivi de l?évolution des différentes unités de paysage
dans le temps, au travers de clichés pris par un photographe professionnel dans un contexte de forte
dynamique démographique (10000 à 12000habitants supplémentaires par an dans le département).
Les séries photographiques ont pour objectif de mettre en lumière les enjeux identifiés pour chaque
unité de paysage dans le cadre de l?Atlas. Les photographies font volontairement apparaître l?activité
humaine.
Par exemple, les enjeux mis en exergue par les photographies ont trait à la lisibilité des cours d?eaux,
au bocage et aux franges urbaines.
Enfin, un observatoire participatif à l?échelle du Département vise à impliquer les habitants sous forme
d?un appel à photographies, organisé dans le cadre d?un concours autour de trois thématiques:
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Etang de l?Abbaye ? Paimpont 2016 ? 2017 - 2018
Rôle de la main d?oeuvre saisonnière dans les cultures légumières, Roz-sur-Couesnon
«paysage en danger», «paysage familier» et «paysage insolite». Il a été demandé aux
contributeurs de s?engager à reconduire leur photographie de sorte à constituer un observatoire au sein
duquel les habitants eux-mêmes suivront l?évolution du paysage.
Une fois l?Atlas constitué, le comité de pilotage a par ailleurs souhaité aller plus loin pour mieux animer
et valoriser cet outil: l?intervention suivante a pour objet de vous présenter les réflexions et actions
associées.
ARMELLE ANDRIEU
CHARGÉE DE MISSION , ESPACES NATURELS ET PAYSAGES, DÉPARTEMENT D?ILLE-ET-VILAINE
Les réflexions menées ont permis de constituer un programme d?actions assez proche de celui proposé
par le GAL Pays des Tiges et Chavées en Wallonie, programme en faveur duquel nous avons déposé
une demande de fonds auprès du FEDER.
Ce programme d?actions vise à vulgariser les informations contenues dans l?Atlas et à faire en sorte
qu?elles soient mieux appréhendées non seulement par les habitants, mais aussi par les collectivités
locales, dans une perspective d?aménagement du territoire.
Le premier volet de ce plan consiste en la diffusion auprès du grand public de la
connaissance sur les paysages d?Ille-et-Vilaine. Une première action consiste à
modifier le site internet actuel de l?atlas des paysages [https://paysages.ille-et-
vilaine.fr] pour y inclure une plateforme d?échanges de documents (photothèque,
ressources, ressources pédagogiques?). Afin de favoriser une meilleure
appropriation de la thématique du paysage par le grand public, des animations
paysages ont été proposées dans le programme départemental d?animation des
espaces naturels sensibles. Au total, 15 animations à destination du grand public
et des publics scolaires ont été organisées en 2019. Toujours dans le cadre de
vulgarisation du contenu de l'atlas des paysages, le comité de pilotage a souhaité
proposer un outil numérique innovant en développant une application numérique
présentant les paysages bretilliens de manière immersive (réalité virtuelle et
augmentée). Pour le développement de cette application, nous prendrons
exemple sur l?application e-patrimoine créée par la communauté de communes
du Briançonnais. Par ailleurs, une exposition sur les paysages sera lancée en
2020-2021; elle présentera l?évolution des paysages observés à travers les premières séries de l?OPP.
Le deuxième volet de ce plan se focalise sur l?aide à la décision
pour les collectivités et les acteurs socioprofessionnels. Dans ce
cadre, le comité de pilotage a souhaité proposer des formations
et des ateliers techniques destinés aux élus locaux et aux
techniciens des collectivités territoriales chargés de l?urbanisme,
de la rédaction des documents de planification, du
développement économique ou encore des continuités
écologiques, mais aussi des entreprises et des opérateurs
économiques. Ces ateliers s?organisaient autour de trois temps
consacrés à trois thématiques: notion de paysage et documents
de planification territoriale, lecture des paysages sur les six
enjeux de l?atlas de paysages, application des connaissances
pour l?action opérationnelle et utilisation de la «boîte à outils Paysages» développée par le bureau
d?études partenaire. De façon générale, l?objectif consiste à concourir à la meilleure prise en compte
des enjeux du paysage dans les documents d?urbanisme.
Six ateliers ont été organisés à destination des Communes, des Communautés de Communes, des
opérateurs économiques (aménageurs, lotisseurs, Chambre d?Agriculture, etc.) tout au long du mois de
juin2019. Plus de 80personnes s?étaient inscrites à ces journées ayant pour objet de sensibiliser les
participants à la prise en compte des enjeux posés par l?Atlas des Paysages, de sorte qu?ils soient
mieux intégrés aux projets d?aménagement, en leur donnant des clés pour ce faire (présentation des
outils juridiques et réglementaires ainsi que de la boîte à outils Paysages notamment). Un septième
atelier a été organisé pour les agents du Département, dans un souci d?exemplarité interne. La boîte à
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outils Paysages a été mise à disposition de toutes les communes et communautés de communes afin
qu?elles puissent se l?approprier.
Par ailleurs, des conventions de
partenariat ont été nouées avec
l?Université de Rennes1 pour réaliser
un teaser d?engagement à destination
des élus sous forme d?une vidéo de
deux à trois minutes, ainsi que d?une
étude de cas balayant tous les
aspects transdimensionnels des
paysages. Ces travaux sont en cours
de finalisation. Dans le cadre de ce
partenariat, nous ambitionnons de constituer un module d?autoformation qui sera disponible sur le site
Internet consacré à l?Atlas des Paysages.
Enfin, un second partenariat a été noué dans le cadre d?une convention avec le laboratoire ESO de
l?université de Rennes2, à propos d?une thèse sur l?intégration des paysages dans le cadre des
documents d?urbanisme. Nous travaillons en relation avec les chercheurs afin de proposer des
documents d?accompagnement et des outils à destination des collectivités, pour leur donner des clés
de lecture les aidant dans leurs prises de décisions.
THIBAUTGABORIT
En guise de conclusion et ouverture, différentes perspectives ont été identifiées pour prolonger toutes
les actions déjà entreprises:
?Par l?intermédiaire des OPP: poursuivre l?analyse des dynamiques et des pressions qui
modifient les paysages, en lien avec les décisions d?aménagement pour leur meilleure
préservation (indicateurs régionaux du paysage). Ces OPP pourraient contribuer à la mise en
oeuvre de la vision des élus récemment adoptée sous le vocable «Ille-et-Vilaine2035», en
permettant de suivre l?évolution des paysages et de vérifier dans quelle mesure elle répond ?
ou non ? à ces objectifs;
?Accompagner les collectivités dans la prise en compte des paysages dans la planification
territoriale, par le renforcement de l?ingénierie territoriale auprès des collectivités locales en
matière de biodiversité et de conseil relatif au paysage;
?Mieux identifier les facteurs influençant l?intégration du paysage à l?échelle communale et
intercommunale, et agir sur ces mécanismes.
DISCUSSION
JEAN-PIERRE THIBAULT
Les différentes interventions que nous venons d?entendre ont mis en lumière d?excellents outillages et
de belles opérations de formation et de sensibilisation de l?ensemble des acteurs locaux au paysage. Il
reste cependant beaucoup à faire en la matière; nous pouvons en effet constater que même en Ille-et-
Vilaine, de nombreux documents d?urbanisme restent fidèles aux schémas anciens. Alors que
l?outillage est depuis assez longtemps perfectionné pour les parties bâties du territoire, les parties non
bâties demeuraient jusqu?à récemment assez peu documentées. Un important travail est encore à
réaliser en la matière, mais je reste optimiste sur notre capacité collective à y parvenir.
ODILE MARCEL
Serait-il envisageable de s?orienter à l?avenir vers des OPP vivants, retranscrivant de manière animée
les paysages et rendant compte du paysage sonore?
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CAROLINEGUITTET
La POPP-Breizh permet de mettre à disposition des enregistrements sonores du paysage et des
témoignages sonores d?habitants.
THIBAUTGABORIT
Dans notre démarche d?observatoire départemental, nous avons souhaité expérimenter des
observatoires photographiques nocturnes ou encore des observatoires photographiques cinétiques.
Ainsi, un photographe s?est employé à prendre des clichés depuis le TGV tout au long du trajet. Nous
expérimentons aussi l?idée un observatoire macrophotographique, avec une articulation entre de très
gros plans et des plans moins rapprochés. À titre d?exemple, il s?agit de photographier un bâtiment
traditionnel de loin, puis en plan plus serré et enfin en gros plan pour mettre en évidence le matériau
traditionnel de construction, qui contribue à l?identité paysagère du territoire.
CAROLINEGUITTET
Le Parc naturel régional du Morbihan, pour sa part, a souhaité mettre en évidence, au travers de
photographies prises toutes les quinze minutes, le mouvement des marées et les activités qui
s?exercent au gré de ses fluctuations (pêche à pied, par exemple), ce dont une succession de photos
uniques prises à un an d?intervalle ne peut rendre compte.
NICOLASSANAA
AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE, FPNRF
Parmi les 54 parcs naturels régionaux, une trentaine compte actuellement un OPP; une dizaine
d?autres sont en projet. Un projet de thèse impliquant certains de ces parcs autour des OPP et de leurs
usages est également à l?étude, faisant de cette thématique une question belle et bien vivante.
De notre point de vue, la question prégnante à propos des OPP porte sur leur utilité dans une
perspective de planification, ce qui rejoint l?approche évoquée lors de précédentes interventions,
consistant à se demander en quoi le paysage peut contribuer à l?urbanisme. Les parcs du Pilat ou des
Vosges du Nord constituent deux expériences parmi les plus avancées dans ce domaine. Les OPP y
sont mobilisés comme des outils d?aide à la décision en matière d?urbanisme et de choix urbains.
Nous avons par ailleurs organisé cette année un voyage dans le Vorarlberg où le cadre de vie est
véritablement un projet de paysage; la question de l?habitat, de la filière bois et de l?économie circulaire
y est très importante. Je profite de ma prise de parole et de la présence de la représentante hongroise
pour la mise en oeuvre de la Convention européenne du paysage pour faire savoir que nous souhaitons
organiser à l?avenir un voyage en Hongrie, centré sur la thématique de l?habitat vernaculaire ancien et
du paysage.
BECKERICH (LUXEMBOURG) ET MONT-SOLEIL MONT-CROSIN (SUISSE): DEUX
EXEMPLES EUROPÉENS ILLUSTRANT LA MISE EN RÉSEAU DES ACTEURS
BECKERICH (LUXEMBOURG)
MATHILDEKEMPF
Beckerich, au Luxembourg, est une commune rurale souhaitant retrouver une
autonomie énergétique, qui s?appuie sur son patrimoine et co-construit son
développement avec les habitants.
ARMELLELAGADEC
Avant l?ère du pétrole, ce territoire rural vallonné, productif et riche en ressources est habité et travaillé
de longue date. À partir de 1860, Beckerich perd son caractère exclusivement rural et développe des
carrières, la vannerie puis le chemin de fer qui permet à la commune d?accueillir des ouvriers travaillant
dans la sidérurgie. Après-guerre, une période de déclin s?entame, avec un exode rural important,
accentué par la fermeture des lignes ferrées. L?agriculture recule, les habitants ne travaillent plus sur
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place, la voiture domine, les infrastructures se dégradent. La commune perd progressivement son
caractère.
Actuellement la commune redevient dynamique grâce à la valorisation de ses ressources propres,
notamment l?eau minérale. Les villages et les espaces publics sont réinvestis, restaurés et retrouvent
une qualité. L?adhésion à l?Alliance internationale pour le Climat et la volonté d?atteindre une autonomie
énergétique amènent la commune à se développer autour des thématiques du développement durable.
De nouvelles économies émergent, des paysages agricoles et bâtis contemporains sont créés avec
une participation active des habitants. Ce dynamisme retrouvé attire une population sensible à ces
enjeux de société.
MathildeKEMPF Le processus de réflexion, de décision et
de mise en oeuvre a été favorisé par l?existence de com-
missions consultatives. Ce dispositif, commun au Luxem-
bourg, a favorisé une large implication des habitants et la
création d?un foisonnement d?initiatives. Des groupes d?ha-
bitants se sont mobilisés autour de huit thématiques diffé-
rentes dans le cadre de ces commissions, auxquelles parti-
cipait chaque fois un élu afin d?assurer le lien avec les poli-
tiques communales. Les parties prenantes interrogées ont
estimé unanimement que c?est ce mode de gouvernance
qui a permis à Beckerich d?être l?une des communes les
plus en pointe dans le développement durable, reconnue
comme telle à l?échelle européenne.
La dynamique engagée a par exemple abouti à la constitution d?installations solaires en copropriété
entre communes, entreprises et habitants, au service du recouvrement de l?autonomie énergétique. Par
ailleurs, un moulin a été écorénové pour abriter un lieu de rencontres et d?accueil culturel et touristique.
MONT-CROSIN (SUISSE)
Sur le territoire de Mont-Soleil Mont-Crosin, le projet énergétique, qui prédomine,
est devenu le prétexte à des actions plus larges.
ARMELLELAGADEC
Le territoire de Mont-Soleil Mont-Crosin est un territoire de moyenne montagne
caractéristique du Jura plissé. Avant l?ère du pétrole, le paysage comprend des habitats et des activités
en plaine, des boisements sur les versants et des hauteurs pâturées en été.
Au XXe siècle, une économie touristique se développe sur les hauteurs pour profiter de la vue, des
paysages et de la qualité de l?air. L?urbanisation et l?activité industrielle (mécanique de précision) se
développent en demeurant denses, préservant l?agriculture, qui s?intensifie. Les liaisons ferrées sont
maintenues.
À l?heure actuelle, un opérateur énergétique implante, en partenariat avec les collectivités, les acteurs
économiques locaux et les habitants, un parc solaire expérimental, puis un parc éolien construit en
concertation et en tenant compte des spécificités paysagères. La dynamique énergétique devient le
support de développement local et de tourisme.
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Avant pétrole Après pétrolePétrole
Moulin d?Millen - Beng Architectes associés
Armelle Lagadec & Mathilde Kempf
MATHILDEKEMPF
Des actions pédagogiques sont proposées par l?Espace Découverte Énergie pour tous les publics. Ces
opérations sont financées par l?opérateur énergétique BKW, qui est l?un des seuls de Suisse demeurant
bénéficiaire malgré ces financements.
Des temps forts d?accueil du grand public sont organisés pour se rencontrer, découvrir et questionner
l?implantation des éoliennes. Ces rencontres permettent le débat, y compris avec les détracteurs des
éoliennes, quand bien même leur organisation est également financée par l?opérateur. Une étude
paysagère assez poussée a été menée pour guider l?implantation des éoliennes et le développement
touristique est développé autour de ces dernières.
Dans cet exemple, l?installation des éoliennes et le paysage n?entrent pas en conflit mais en résonance,
puisqu?une étude paysagère assez poussée avait été menée afin de définir l?implantation et le nombre
des éoliennes que le site pouvait accueillir. De plus, des aménagements sont mis en oeuvre pour ouvrir
le site aux pratiques de loisir et de promenades, ce qui permet de concilier paysage, développement
touristique, découverte et ouverture du débat. Enfin, l?opérateur réfléchit avec les acteurs locaux à des
opérations de compensation telles que la création de sentiers de randonnée ou la restauration de
murets en pierres sèches, si bien que les paysages s?améliorent et que leur accessibilité progresse tant
pour les habitants que pour les autres visiteurs.
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© A la découverte de nos centrales, BKW
SÉQUENCE CONCLUSIVE
Pour élargir la focale, le programme prévoyait que Mathilde KEMPF et Armelle LAGADEC s?appuient
sur les regards croisés des différents territoires étudiés par le Collectif Paysages de l?après-pétrole
pour en dégager des enseignements thématiques, et que Maguelonne DEJEANT-PONS présente les
grandes lignes du programme de travail du Conseil de l?Europe relatif à la mise en oeuvre de la
Convention européenne du paysage pour la période 2020-2021.
Les contraintes horaires n?ont pas permis à Maguelonne DEJEANT-PONS d?assurer cette présenta-
tion, dont les supports sont en revanche accessibles sur le site du Conseil de l?Europe: HTTPS://
RM.COE.INT/168098FBAD (document rédigé) et HTTPS://RM.COE.INT/CONSEIL-DE-L-EUROPE-CONVENTION-
EUROPEENNE-DU-PAYSAGE-JOURNEES-NATIONAL/1680990933 (diaporama).
MATHILDEKEMPF ET ARMELLE LAGADEC
L?analyse de sept expériences paysagères européennes,
dont certaines ont été présentées tout au long de cette
journée, avait pour but d?identifier les actions mises en
oeuvre en un lieu donné, marqué par une culture, un
contexte et une réglementation particuliers, et de
déterminer les enseignements que nous pouvions en tirer
sur le plan des éléments de méthode relatifs aux
processus de développement local durable
reproductibles en d?autres lieux. Il nous intéressait aussi
de porter un regard croisé sur ces sept expériences (bien
qu?elles ne soient pas directement comparables les unes
aux autres puisque menées à des échelles différentes et
avec une grande variété d?acteurs), afin d?en retirer des
éléments communs. Il s?agissait enfin d?identifier les
apports de l?angle du paysage sur les processus de
transition.
Il résulte de cette analyse que la notion de paysage
porte, en plus du développement local durable, une dimension sensible, affective et liée au vécu. Elle
change la façon d?appréhender un territoire. L?entrée par le paysage permet également de redonner
une place aux notions de beauté, d?esthétique et de plaisir, qui ne trouvent pas réellement leur place
dans les approches sectorielles plus
techniques. L?étude montre aussi des
connexions entre le lieu, la façon dont il
est habité et les enjeux planétaires, en
partant du réel et du concret, en
agissant sur des éléments qui se
perçoivent au quotidien.
Par ailleurs, le paysage est révélateur
des ressources identitaires et
matérielles locales, qui sont
susceptibles de redevenir des supports
de développement local, avec une
réelle plus-value économique, au-delà
de la plus-value esthétique.
L?approche par le paysage s?avère être une méthode pour porter un regard transversal sur le territoire
et dans les actions. Cette transversalité crée une complexité, notion qu?il convient de bien distinguer de
la complication. La peur de cette complexité a pu engendrer des actions sectorielles au détriment des
liens, des connexions et des interactions, qui constituent pourtant une vraie richesse. Avec l?entrée
paysagère, la connexion entre tous les domaines devient plus évidente, car elle est plus visible dans le
territoire et rendue compréhensible au travers des expériences de terrain.
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Nous avons également relevé que des personnes qui s?ignorent habituellement vont se rencontrer et
travailler ensemble, dépasser les apriori pour mieux se comprendre. Le croisement des regards
amène aux solutions les plus simples, les plus économes et les plus utiles à différents niveaux.
Tous les différents cas étudiés
montrent aussi que l?implication et
l?appropriation des projets par tous
sont facilitées par l?approche
paysagère, qui fait prendre
conscience aux habitants et aux élus
qu?ils vivent dans un espace
particulier. Elle permet aussi à tous
les habitants, quelles que soient
leurs compétences, leur niveau de
culture, leur âge ou leur statut, de
contribuer au débat et parler des
paysages dans lesquels ils vivent.
Le changement de système se
construit progressivement. Chaque
étape montre la volonté, la ténacité et la fermeté des décideurs. Les notions de responsabilisation, de
valeurs, de fierté et de bien commun sont apparues systématiquement comme des aspects centraux et
défendus par les différents acteurs. Le processus change les rapports de pouvoir. Les rôles de tous
sont toujours bien identifiés et toujours complémentaires. Les sept expériences examinées se
caractérisent encore par la responsabilité de l?initiative, la responsabilisation et l?autonomie de chacun
des acteurs, ancrés sur le territoire.
Nous avons relevé que les règles sont construites sur mesures par les acteurs locaux en fonction des
besoins réels du territoire, de ses spécificités, des ressources humaines et physiques disponibles
localement.
Les politiques régionales ou nationales s?inspirent ensuite des règles ainsi créées parce qu?elles ont fait
leurs preuves concrètes en conduisant la réalisation d?actions. Elles viennent ensuite les conforter, les
appuyer, les démultiplier et leur donner des outils, sans pour autant se substituer à elles. La logique est
donc celle d?une coopération et
non pas celle d?un schéma
descendant: les initiatives locales
nourrissent les politiques
régionales et nationales dans un
rapport équilibré.
Les départs par la très petite
échelle rendent les initiatives très
accessibles et très convaincantes.
Ils permettent d?aller pas à pas
vers des projets de plus grande
envergure. Tous les territoires
examinés fonctionnent dans une
logique de réseaux à des échelles
très variables, qui se construisent
en fonction des projets et qui ne sont donc pas figés.
Enfin, l?approche par le paysage agit comme une accélératrice de nouvelles ambitions au service du
bien commun. Les initiatives naissent toujours à des échelles très modestes avant de se développer.
Cette boucle vertueuse ne cesse de s?amplifier et de mobiliser de plus en plus de personnes.
Nous avons relevé dans chacun de ces territoires une très grande modestie. Rien n?est jamais abouti,
parfait ou absolu. Le parcours se construit et s?invente sans cesse, dans une dynamique de
progression continue.
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Ces expériences prouvent en outre que les notions de frugalité, d?utilité, de bon sens et de simplicité
sont toujours au coeur de projets. Contrairement aux idées reçues, l?approche par le paysage n?est
donc pas factrice de surcoût.
Il apparaît aussi que l?implication des différents acteurs contribue à redonner un sens commun aux
actions et aux projets. Leur participation suscite du bien-être et du plaisir. Les actions suscitent par
ailleurs le respect. La convivialité revêt ainsi une grande importance dans ces expériences.
Soulignons enfin qu?aucun de ces territoires n?était prédestiné à l?excellence, ce qui prouve que ces
initiatives peuvent naître partout. Tous ces territoires s?appuient fortement sur le paysage, qui joue un
rôle fédérateur et facilitateur évident dans l?action. Ces expériences font également pleinement
confiance à l?humain, et remettent ce dernier au centre de tous les processus, même s?ils s?appuient
sur de l?expertise technique et des outils. De telles expériences sont loin d?être anecdotiques. Elles
fleurissent un peu partout dans différents territoires.
Nous avons organisé l?an passé un colloque dans le bassin minier du Pas-de-Calais (qui constituait
notre territoire d?étude français), visant à faire se rencontrer des représentants de ces sept territoires, et
à mettre en perspective ces expériences afin de nourrir les réflexions en France.
De plus amples informations sur cette étude de cas européens sont disponibles sur www.paysages-
apres-petrole.org/etude-de-cas-europeens. Celle-ci devrait parallèlement faire l?objet d?une publication
prochaine. Le site donne également une vision plus large de toutes les actions du Collectif.
PRÉSENTATION DE LA VISITE D?ÉTUDE ORGANISÉE SUR LE TERRITOIRE DU PARC
NATUREL RÉGIONAL DES VOSGES DU NORD DU 27NOVEMBRE2019
ROMYBAGDHADI
CHARGÉE DE MISS ION PAYSAGE ET TRANSIT IONS AU SEIN DU PARC NATUREL RÉGIONAL DES VOSGES
DU NORD
Cette présentation synthétique a vocation à donner un aperçu des enjeux et du contenu de la visite de
demain, notamment à l?attention de ceux qui n?auront pas l?occasion d?y participer.
Nous vous donnons rendez-vous par ailleurs dès ce soir dans les locaux du CAUE du Bas-Rhin, que
vous soyez inscrits ou non à la visite de demain, pour l?inauguration de l?exposition consacrée à l?OPP
du Parc naturel régional des Vosges du Nord, en présence du photographe Thierry GIRARD.
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L?objectif de cette visite d?étude consiste avant tout à faire connaissance avec les spécificités
paysagères, les activités et le bâti caractéristique des différentes unités paysagères dont se compose
le Parc naturel régional des Vosges du Nord: le piémont, aux limites de la plaine et des massifs
gréseux, le plateau ouvert, constitué de l?Alsace bossue et le Pays de Bitche, le massif boisé, qui
couvre 70% du territoire du Parc.
À 9h30, nous nous arrêterons à Neuwiller-lès-Saverne pour
étudier les silhouettes villageoises et la rénovation du patrimoine bâti.
Un groupe se concentrera sur la filière pierre (le grès rose des
Vosges) à l?abbatiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul tandis que l?autre se
penchera sur la filière biosourcée pour l?écorénovation, dans une
maison à pans de bois en cours de rénovation, en compagnie d?une
chargée de mission du Parc et de deux entreprises locales.
Les participants se retrouveront ensuite à la Grange aux Paysages
de Lorentzen, qui héberge une structure d?initiation à
l?environnement dédiée aux paysages.
Une présentation en sera effectuée par les équipes, avant que des
chargés de mission du Parc évoquent l?Observatoire Photographique
et ses différents usages, les résidences de paysage et d?architecture
portées au cours des dernières années, ainsi que le Plan Paysage
du GR53, pour lequel le Parc a été lauréat 2019 de l?appel à projet
porté par le MTES.
Nous serons alors rejoints par
Michaël WEBER, Président du
Parc naturel des Vosges du
Nord et Président de la fédération nationale des Parcs naturels
régionaux, dont une allocution est prévue.
Pour le déjeuner, les participants «mangeront les paysages
d?Alsace Bossue», grâce à un buffet composé de produits locaux
préparé par l?ESAT de Diemeringen. Ils auront également
l?occasion d?échanger avec le photographe ThierryGirard et de le
voir à l?oeuvre dans la réalisation de prises de vue à Lorentzen.
Nous rejoindrons en début d?après-midi le musée du sabotier à
Soucht, où un zoom sera effectué sur la filière bois locale et les
actions engagées dans le cadre de la Charte forestière de
territoire. L?on montrera notamment comment les choix sylvicoles
dessinent non seulement le paysage forestier, mais encore un
paysage d?emploi local.
Enfin, la journée se conclura par une présentation de la filière
Verre, incarnée par des sites de production historique et le Centre
international d?art verrier de Meisenthal.
55
Direction générale de l?Aménagement,
du Logement et de la Nature
Tour Séquoia
92055 La Défense cedex
Tél. : +33 (0)1 40 81 21 22
www.ecologique-solidaire.gouv.fr/
Mise en page couverture : Jean Etienne Malaisé/
(ATTENTION: OPTION ments
qui le composent. Dans un souci de prise en compte du site large, nous nous sommes penchés sur des
cartes anciennes afin d?identifier l?évolution du paysage. En identifiant trames vertes et bleues,
continuité forestière, trame bocagère et espaces urbanisés, nous avons abouti à un projet de paysage
et d?agroforesterie en travaillant notamment sur les lisières du bâti et en nous appuyant sur ce que
nous avions fait pour les fermes du Maine.
33
Photographie Eric Cirou
Cartographie Caroline Bigot
À la lueur de ces deux expériences, nous sommes en mesure d?énoncer le potentiel du projet de
paysage dans les projets d?agroforesterie, avec la possibilité de mener des projets divers et d?engager
des démarches prospectives pour sortir de la répétition des modèles.
Il importe d?abord de tenir compte de la relation entre le territoire du projet et les espaces voisins, les
implantations villageoises, les morphologies spatiales et matérielles du paysage et ses structures
propres (action du relief, ruptures de pente, etc.).
Il convient par ailleurs de ne pas considérer les projets isolément, mais d?imaginer de quelles façons ils
peuvent dialoguer et se compléter les uns et les autres dans une perspective de transformation
d?ensemble. Nous tâcherons de mettre les différents projets en réseau avec des dispositifs composites.
Afin d?éviter la répétition des projets, nous nous efforçons de prendre en compte le contexte, avec,
dans la mesure du possible, un choix des parcelles en amont en croisant critères agricoles et urbains,
en s?intéressant à la relation entre ville et campagne et en articulant les échelles. Il convient de même
d?intégrer la trame verte et bleue, la protection des captages et des ressources en eau.
Il importe aussi de dépasser les compétences, en essayant de faire travailler ensemble les
exploitations ou encore les villages entre eux, et de mettre en exergue ce que ces projets apportent à
l?espace commun.
Nous devons aussi composer avec le vivant en tenant compte de la temporalité de la croissance et du
renouvellement des plantations, et anticiper l?évolution du climat. De même, nous pouvons nous
interroger sur l?hybridation des pratiques agricoles avec des pratiques horticoles, voire ornementales.
Enfin, la composition devra tenir compte d?une variété de rythme des compositions (alignements,
bosquets, vergers).
En conclusion il nous semble intéressant d?étendre l?action des paysagistes-conseils de l?État en les
disposant par exemple auprès des conseillers agroforestiers ou des DRAAF. Ils pourraient participer à
la rédaction du nouveau plan de développement de l?agroforesterie et de documents d?information
didactiques, accompagner les conseillers agroforestiers et mener des actions de formation. Nous avons
aussi songé à la formation d?un comité de pilotage Paysages et Agroforesterie sur le modèle des
CDNPS (commissions départementales de la nature, des paysages et des sites). Ce comité, formé par
la DRAAF, rassemblerait des conseillers en agroforesterie ainsi que des compétences en agronomie,
écologie et paysage.
Les paysagistes-conseils de l?État pourraient aussi participer à la révision de la grille d?analyse des
qualités paysagères des exploitations candidates au Concours national d?agroforesterie. Ces travaux
ont été lancés, mais n?ont pas encore abouti; l?appui d?autres exemples permettrait en effet d?affiner
encore cette grille.
Enfin, pour faire concourir ces différents projets entre eux, il importe de croiser ces démarches avec les
plans de paysage et les SCoT. Ce croisement pourrait aboutir à des SCoPA ? «schémas de
cohérence paysagère et agricole» ? ou des PPA ? «plans de paysages agroforestiers». Il s?agit bien
sûr ici de formules visant à stimuler la réflexion. L?objectif n?est pas de créer des couches nouvelles,
mais d?enrichir des dispositifs existants afin d?y intégrer mieux le paysage et l?agroforesterie.
ÉRICCIROU
L?intérêt de l?approche paysagère et de ces regards croisés réside dans le fait d?amener chacun à sortir
davantage sur le terrain. Elle permet aussi de remettre l?agriculteur-paysan au coeur du paysage, de
donner du sens, de la lisibilité aux aménagements, de créer du lien et de donner des arguments de
communication et de valorisation des produits.
Ce bilan indéniablement positif n?empêche pas de ma part l?expression d?un certain nombre de points
de vigilance. Il importe tout d?abord de ne pas ajouter, ou même seulement de ne pas donner le
sentiment d?ajouter des contraintes réglementaires. Il convient ensuite de former et d?impliquer les
conseillers agroforestiers, en intégrant aux formations initiales et continues l?aspect paysager. Il importe
enfin d?intégrer tous les systèmes agricoles, dans un contexte marqué par leur cloisonnement
réglementaire.
34
DISCUSSION
DE LA SALLE
Les interventions ont mis en exergue l?intérêt des liens entre paysagistes et agronomes en ce qui
concerne l?agroforesterie.
ÉricCIROU, en tant que conseiller en agroforesterie, quelles sont vos relations avec vos collègues
conseillers agricoles et conseillers en développement? Les agronomes seraient-ils prêts à réfléchir
avec vous pour prendre en compte des approches spatiales et paysagères ne tenant pas seulement
compte de l?arbre, mais aussi d?autres aspects comme la taille des parcelles ou l?organisation du
parcellaire dans la perspective de la construction de véritables systèmes agro-écologiques?
ÉRICCIROU
Voici vingt ans, les conseillers en agroforesterie étaient encore considérés comme des ovnis dans les
Chambres d?Agriculture. La donne change depuis une dizaine d?années, sous le prisme de
l?agroécologie et du besoin de s?adapter. L?arbre revêt toute son importance dans ces aménagements.
Cette approche est plus développée dans certaines filières que d?autres; déjà bien intégrée dans
certaines comme les grandes cultures, elle émerge tout juste dans d?autres comme les exploitations
viticoles. Les premiers prescripteurs sont, à l?heure actuelle, les conseillers en production.
Pour autant, nous n?en sommes pas encore au stade d?envisager dans la réflexion des aspects tels que
la réduction des parcelles. Le contexte économique actuel, qui conduit à ce que bien des agriculteurs
exploitant 120hectares de terres en grande culture soient en proie à d?importantes difficultés
financières, n?est pas de nature à favoriser ce type de démarche. Il importe de faire preuve
d?accompagnement et de pédagogie pour que les perceptions évoluent et que les techniciens
s?engagent également dans cette voie.
De façon générale, il reste beaucoup de progrès à accomplir, mais je suis plutôt optimiste.
CAROLINEBIGOT
L?évolution des mentalités représente un enjeu crucial. Le groupe de travail entre agronomes et
paysagistes me semble constituer un élément important pour y contribuer. Peut-être faudrait-il que les
élèves agriculteurs viennent également travailler avec nous.
Faire évoluer les mentalités suppose toutefois un travail de longue haleine. De la même manière qu?il
faut du temps aux arbres pour grandir, il faudra nécessairement du temps pour que la démarche se
développe.
***
Liens vers le film «Un paysage durable et partage: la ferme de Vernand», Prix spécial du Jury du
Grand Prix national du Paysage de la France (2016), dont une projection était prévue dans le
programme initial, afin de clore cette séquence: https://www.youtube.com/watch?v=doEc2lzkIHw ou
https://www.dailymotion.com/video/x6x6e9d
35
METTRE EN RÉSEAU LES ACTEURS DU PAYSAGE
DE LA PLATEFORME PAYSAGE DE WALLONIE À L?ACTION LOCALE ET COMMUNALE
EN FAVEUR DES PAYSAGES
LA PLATEFORME PAYSAGE DE WALLONIE
MIREILLEDECONINCK
ATTACHÉE, SERVICE PUBLIC DE WALLONIE , BELGIQUE
Rappel du contexte institutionnel et du cadre géographique
Depuis les lois spéciales de réformes institutionnelles de 1980, la Belgique est régie par trois niveaux
de pouvoirs: l?État fédéral, les Régions et les Communautés.
La plupart des compétences concernant directement ou indirectement le paysage sont aujourd?hui du
ressort régional. Il s?agit notamment de l?aménagement du territoire et de l?urbanisme, du patrimoine, de
l?environnement et de la conservation de la nature, des richesses naturelles, de la politique de l?eau et
de l?énergie, des travaux publics, des transports, du logement, de la politique agricole, du tourisme. En
revanche, les compétences de l?enseignement et de la culture dépendent des Communautés de langue
(Française et Germanophone pour la Wallonie).
Occupant une position relativement centrale en Europe de l?Ouest, à proximité de Bruxelles, la Région
wallonne ? ou Wallonie ? constitue la partie sud de la Belgique. Elle couvre une superficie de 16.844
km², soit plus de la moitié de la Belgique.
La Wallonie a une population d?environ 3.550.000 habitants, répartie inégalement au sein de 262
communes. La densité moyenne de 209 hab/km², est supérieure à la moyenne européenne, mais reste
inférieure à celle rencontrée dans les régions voisine s (Flandre et Pays-Bas notamment).
Enfin, il convient de signaler que le territoire wallon se caractérise par son ouverture par rapport aux
régions et pays voisins: absence de réelles barrières physiques, prolongement de ses caractéristiques
géographiques au-delà des frontières dans toutes les directions.
La plateforme paysage
La Région wallonne a ratifié la Convention européenne du paysage le 20 décembre 2001. La
Convention est en vigueur en Belgique depuis le 1er février 2005.
Suite à cette ratification par la Région wallonne, de nombreux acteurs locaux ont souhaité développer
un projet paysager en partenariat avec l?Administration. Les structures qui portent ces projets sont de
36
différentes natures: parc naturel, contrat de rivière, groupe d?action locale (GAL)? et les sources de
financement sont également variées: Interreg, Leader, subventions ?
La multiplication des initiatives a incité l?Administration à mettre en place une plateforme d?échanges
d?informations et de mise en cohérence des activités de ces structures.
L?objectif principal de cette plateforme paysage est double:
?Veiller à ce que toutes les initiatives développées en Région wallonne s?inscrivent dans la
philosophie de l?action régionale en matière de paysage: c?est le principe de cohérence.
?Favoriser les échanges d?expériences pour une meilleure synergie, complémentarité et mise
en réseau des actions financées par les pouvoirs publics; c?est le principe d?utilisation
rationnelle des moyens humains et budgétaires, ou principe de bonne gouvernance.
La plateforme paysage rassemble une vingtaine de participants et se réunit deux fois par an. Chaque
structure partenaire accueille tour à tour les réunions. Les représentants de ces partenariats locaux, de
la Conférence Permanente du Développement Territorial (CPDT), et de l?Administration se retrouvent
pour échanger des informations, des manières de faire et des conseils sur des actions qui ont réussi
(ou pas et pourquoi).
Pour en savoir plus : www.plateformepaysagedewallonie.be
MISE EN OEUVRE DE LA CONVENTION EUROPÉENNE DU PAYSAGE AU NIVEAU LOCAL :
L ?EXEMPLE DU GAL « PAYS DES TIGES ET CHAVÉES »
CORENTINFONTAINE
CHARGÉ DE MISSION PAYSAGES , GROUPE D ?ACTION LOCALE « PAYS DES TIGES ET CHAVÉES »,
BELGIQUE
Le Groupement d?Action Locale «Pays des Tiges et Chavées» (ci-après GAL PTC) est une ASBL,
association sans but lucratif alliant pouvoirs locaux et forces vives locales, menant depuis 15 ans des
projets de développement durable sur les territoires des communes rurales d?Assesse, Gesves et Ohey
(20.000 habitants, 20.000 hectares au sud-est de Namur; partenaire numéro 20 sur la carte descriptive
de la plateforme paysage de Wallonie présentée ci-dessus).
Ces réalisations concrètes dans des domaines variés (maillage vert, activités et production agricoles,
tourisme, éducation permanente, culture, cohésion sociale, etc.) ne sont possible que grâce à une
participation significative des fonds LEADER de l?Union européenne et de la Wallonie (90% du
37
budget), complétés par une part communale (10%). À titre d?exemple, pour la période 2014-2020, le
budget total engagé dans le GAL Pays des Tiges et Chavées ASBL (GAL PTC) est proche de deux
millions d?euros pour soutenir 9 thématiques6, dont la valorisation du patrimoine paysager.
Le projet «paysages» vise clairement à préserver les aménités territoriales locales qui sont l?une des
richesses importantes des communes du GAL PTC et qui sont perceptibles à travers la qualité de ses
paysages. Ce territoire est principalement localisé en Condroz, un ensemble de territoires paysagers
typique de Wallonie et caractérisé par une succession de sommets grèseux (tiges) et de dépressions
calcaires (chavées) parallèles sur plusieurs dizaines de kilomètres, succession rappelant la forme d?une
tôle ondulée et présentant une diversité et une qualité de paysages très appréciés des citoyens et
touristes.
Tous les 6 ans, les GAL doivent élaborer un nouveau «programme de développement stratégique»
afin de construire un dossier de candidature qui démontre une coordination d?actions répondant à des
besoins réels de citoyens, d?autres associations, de professionnels et d?administrations locales.
L?objectif général est l?amélioration du bien-être des citoyens des communes concernées tant sur le
plan environnemental, qu?économique et social. Le dossier est soumis à évaluation par les organes
compétents du Service Public de Wallonie, sans garantie de financement du programme.
La méthodologie choisie par le GAL PTC est largement participative et transparente puisque l?appel au
grand public et aux forces vives du territoire pour des réflexions en groupes de travail sont au coeur du
processus.
Deux étapes préalables permettent de guider ce travail de diagnostic dit «chaud»: un diagnostic
territorial dit «froid» (compilation de statistiques socio-économiques, démographiques, spatiales, etc.)
et une identification d?enjeux et de thématiques prioritaires pour l?assemblée générale de l?ASBL. Le
processus se termine par une double passe sur le diagnostic territorial affiné par la synthèse des idées
et axes de développement à considérer selon les réflexions participatives: une première nomination de
projets s?opère sur base de critères objectifs, suivie d?une sélection définitive des projets considérés par
l?assemblée générale de l?ASBL comme les plus stratégiques et les plus aboutis, notamment dans leurs
dimensions touchant à l?innovation et à la pérennisation des actions à entreprendre (critères importants
pour le financement du programme). Le choix tient également compte des moyens financiers dont le
GAL pourra potentiellement disposer. Certains projets non retenus en l?état, mais dont l?intérêt est
avéré, restent à l?étude pour être introduit le cas échéant dans d?autres programmes de financement.
Parmi les 9 thèmes retenus par le GAL PTC pour son programme de développement stratégique, la
fiche-projet «paysages» tient une place de choix, non seulement parce qu?elle peut s?inscrire en
synergie avec les autres fiches (logement, agriculture, filière bois, etc.) mais également parce que le
6 Synthèse complète des projets repris dans ce?e plaque?e :
h?p://www.?ges-chavees.be/sites/default/files/plaque?e_projets_gal_2014-2020.pdf
38
paysage en est un vecteur fédérateur, notamment en matière de communication avec des publics
variés.
Fiche-projet «paysages»
L?ambition du GAL PTC dans cette fiche-projet est d?utiliser l?interprétation paysagère comme levier de
(ré)appropriation citoyenne de leur espace de vie et comme révélateur d?une identité territoriale forte.
La piste de l?interprétation des paysages est issue d?une réflexion du groupe de travail «Éducation à
l?environnement» organisé par le GAL le 22 avril 2014. L?analyse paysagère était alors apparue
comme une grille de lecture permettant de comprendre l?évolution du territoire par rapport aux
différentes thématiques abordées par le GAL: l?agriculture, les forêts, le logement?
Le projet est motivé par un besoin de maîtrise locale de clefs de compréhension de la dynamique
territoriale qui façonne les espaces de vie et dont les marqueurs perdurent dans les paysages. Ce
besoin est partagé par différents groupes cibles actifs sur le territoire: les «professionnels»
(administrations et pouvoirs locaux en charge de l?urbanisme et de l?aménagement du territoire), les
commissions citoyennes locales (CCATM, CLDR, PCDN), les enseignants du 3e degré fondamental,
les guides touristiques professionnels, les associations culturelles et artistiques, les citoyens à titre
individuel.
Les actions entreprises sont donc déclinées en fonction de ces publics cibles, afin d?adapter au mieux
leurs expériences paysagères et de garantir au mieux la diffusion de la connaissance partagée et le
réemploi des supports développés. In fine, les actions proposées en termes d?aménagement du
territoire et de valorisation des paysages, incluant la mise en valeur du patrimoine culturel, naturel et
identitaire local, permettent d?entretenir et de consolider une forme de bien-être des habitants, en
préservant le caractère rural du territoire.
Mise en oeuvre de la fiche-projet «paysages»
Les actions visées par la fiche-projet «paysages», déclinées selon différents publics cibles
(gestionnaires du territoire, citoyens, public scolaire, touristes?), sont distinguées selon deux mises en
oeuvre complémentaires: l?expérience sensible et la mise en média, adaptée aux publics cibles.
L?expérience sensible des paysages consiste à organiser des activités qui permettent aux participants
de suivre et de vivre en direct une analyse paysagère de manière à prendre conscience qu?il y a
quelque chose à voir «au-delà du contemplatif». À côté de la participation spontanée de certains
d?entre eux aux activités «grand public» (telle que des balades «transect»), le GAL PTC a proposé
aux élus locaux des journées d?initiation à l?analyse paysagère et des ateliers cartographiques sur
l?évolution et les formes de densité du bâti. Pour les autres publics, relevons en particulier des jeux
d?observation et d?orientation pour les écoles primaires, des formations pratiques sur le terrain pour
guides professionnels, etc.
La mise en média des paysages consiste à développer des supports adaptés pour transmettre et
diffuser de l?information nécessaire à l?analyse paysagère et à la compréhension de l?évolution
territoriale (évolution de la mobilité et impacts sur les activités agricoles, par exemple). Cet aspect
nécessite d?adjoindre à l?«ici et maintenant» d?autres échelles d?analyse et d?autres dimensions
temporelles, fort peu maîtrisées par les élus locaux. In fine, les supports développés pour un public-
cible sont reversés aux actions entreprises avec d?autres, pour un résultat tout aussi satisfaisant, telle
que cette brochure de sensibilisation à l?impact paysager de nouvelles constructions:
https://www.tiges-chavees.be/construirelespaysagesdedemain/.
39
Ces deux ensembles d?actions sont renforcés par:
?Un axe de travail scientifique de terrain consistant à
cartographier des unités paysagères locales selon leurs
caractéristiques observables ou telles que rapportées par les
habitants
?Un axe de travail de soutien aux initiatives locales
consistant à fournir des contenus «paysages» adaptés, tels
qu?une guidance lors d?une manifestation villageoise ou des
panneaux d?interprétation paysagère pour un circuit de
valorisation du petit patrimoine. Là encore, l?objectif est de
rencontrer au plus près une demande concrète sur le terrain.
Le projet Paysages s?articule bien entendu avec d?autres projets et
bon nombre des actions mises en oeuvre n?auraient pas pu se
concrétiser sans l?appui des collègues travaillant sur d?autres champs
(autonomie en fourrage pour l?élevage, filière bois, etc.) ni sans la
collaboration des citoyens, des administrations, des élus ou encore
des associations. Soulignons aussi que ces travaux n?auraient pas pu
être accomplis dans les mêmes conditions sans la collaboration avec
d?autres structures GAL et parcs naturels appartenant à la plateforme paysage de Wallonie. Je tiens à
ce propos à remercier MireilleDeconinck pour son appui précieux.
EXPÉRIENCE CONCRÈTE D?UN ÉLU LOCAL : L ?EXEMPLE D?ASSESSE
JULIENDELFOSSE
ÉCHEVIN D?ASSESSE, CHARGÉ DE LA PARTICIPATION, DE LA RURALITÉ , DU PLAN COMMUNAL DE
DÉVELOPPEMENT RURAL, DE L ?ÉCONOMIE , DE LA COMMUNICATION ET DE L ?ALIMENTATION DURABLE ,
BELGIQUE
Mon témoignage sera d?une double nature, dans la mesure où j?ai d?abord pu profiter de l?appui du GAL
PTC comme citoyen engagé avant de devenir échevin (adjoint au maire) d?Assesse en2018.
J?ai donc bénéficié de ce sou?en lorsque je m?inves?ssais auprès de la Commission communale d?aménagement du
territoire et de la mobilité (CCATM). Ce?e commission doit se réunir périodiquement afin d?analyser les dossiers
urbanis?ques, et notamment les demandes de permis de construire ou de travaux émanant des citoyens ou
des entreprises. Dans ce cadre, le GAL, avec sa fiche projet Paysages, a
accompagné tous les acteurs des CCATM des trois communes
couvertes. Ces derniers ont pu bénéficier d?ateliers et de formations, et
tirer des enseignements de la plaquette éditée. Ces éclairages leur
donnent des clés afin de mieux analyser les dossiers urbanistiques en
vue de rendre un avis ? certes consultatif, mais largement écouté par les
pouvoirs locaux ? plus éclairé.
Les sorties de terrain ont permis de mieux comprendre l?origine du bâti de
nos villages, l?implantation de telle ferme et leur orientation, ou encore les
types d?huisseries. Ces enseignements ont conféré une forme d?expertise
aux membres des CCATM, même s?ils n?en sont pas devenus des
professionnels pour autant. Des cycles de formation réguliers sont
organisés pour les différentes Commissions de sorte à conférer à leurs
membres des clés d?analyse de leur paysage. Cette connaissance leur
permet de mieux apprécier la pertinence de tel projet, par exemple en
fonction de la géologie, de la topographie et de l?histoire locale.
J?ai pris part également au réseau de «paysa-guides» lancé par le GAL
avec la Maison du Tourisme. Ce réseau rassemble des personnes
investies et disposées à proposer des promenades dans leur terroir, afin
d?en expliquer les grandes composantes aux habitants et aux visiteurs du
Condroz.
40
Dans ce cadre, j?ai bénéficié de formations à la lecture de cartes afin de pouvoir construire des circuits
touristiques. J?ai également suivi des modules complémentaires afin de mieux comprendre le rythme de
l?agriculture. La rencontre avec les agriculteurs a favorisé une meilleure connaissance de leurs réalités
et de leurs difficultés. Enfin, un module avec les agents de la nature et la forêt en charge de la gestion
des différents bois communaux a permis de mieux comprendre la vie de la forêt et la manière dont elle
peut façonner l?aménagement du territoire.
En conclusion et résumé, la présence du GAL PTC sur le territoire communal de la commune
d?Assesse lui permet de bénéficier d?un ensemble d?actions qu?elle n?aurait pu engager isolément, faute
de moyens humains, puisque les chargé·e·s de missions du GAL PTC sont spécialisés dans les
matières qu?elles/ils traitent.
En synergie avec d?autres thématiques territoriales spécifiques au territoire, telles que l?agriculture
céréalière, l?élevage et la foresterie forts développés, les actions menées par le GAL PTC dans le cadre
de la fiche-projet «paysages» développent des outils de compréhension utiles et nécessaires pour
aider la commune (1) dans sa gestion des permis d?urbanisme et de l?aménagement du territoire au
sens large, (2) à la sensibilisation des citoyens aux spécificités locales et au respect des activités
rurales, et (3) à la promotion touristique de son patrimoine culturel et paysager, permettant ainsi de
développer une série d?activités génératrices d?emplois et de revenus, à côté du secteur primaire
traditionnellement présent en territoire rural.
Dans cette perspective, le GAL PTC devient un partenaire actif et un relais utile dans la co-construction
du vivre ensemble.
DISCUSSION
SOPHIE GERIN
CHARGÉE DE MISSION PAYSAGE, DREAL HAUTS-DE-FRANCE
Quel public les balades commentées parviennent-elles à drainer? À quel moment sont-elles
organisées pour fédérer le plus large public?
CORENTINFONTAINE
Le GAL existe depuis une quinzaine d?années, si bien qu?il est de mieux en mieux connu sur le
territoire. Un site Internet et des fascicules permettent de relayer l?information. De plus, j?ai diffusé
l?information auprès de personnes ou de groupes que je savais potentiellement intéressés par la
problématique des paysages. Les écoles ou les CCATM constituent ainsi des relais de l?information.
Nous misons donc assez largement sur le bouche-à-oreille. Ces actions ont permis d?attirer une
trentaine de personnes dans le cadre des balades, ainsi qu?une cinquantaine s?agissant des deux
conférences.
La Maison du Tourisme relaie également les manifestations organisées par le GAL, via ses propres
canaux de diffusion. Le festival de balades qu?elle organise le dernier dimanche de septembre draine
facilement 700 à 800personnes qui découvrent ou redécouvrent ainsi notre territoire. De façon
générale, la Maison du Tourisme a été d?une aide précieuse pour identifier encore d?autres relais de
diffusion.
Le public type attiré par les balades commentées est composé de personnes de 35 à 65ans. Il s?avère
que ce sont souvent les mêmes individus qui se déplacent, même s?ils ne participent pas à toutes les
balades. Nous constatons à ce propos que bien des personnes intéressées par les balades
commentées rechignent à parcourir de longs déplacements pour y prendre part, ce qui démontre
l?importance de la plus grande proximité. Il importe d?aller à la rencontre du public.
41
DE LA MISE EN RÉSEAU RÉGIONAL À L?ORGANISATION D?ATELIERS
INTERCOMMUNAUX POUR FAVORISER LES APPROCHES PAYSAGÈRES DANS
L?AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE: L?EXEMPLE DE LA BRETAGNE
JULIENTRANSY
En France comme en Wallonie, la mise en réseau constitue un élément fort au service de la mise en
oeuvre de la Convention européenne du paysage. En France l?échelon régional apparaît
particulièrement pertinent pour structurer une telle dynamique, dans la mesure où il permet d?atteindre
une masse critique d?acteurs, d?expériences, de connaissances et de projets à faire dialoguer.
Les Directions Régionales de l?Environnement, de l?Aménagement et du Logement (DREAL)
s?impliquent, aux côtés d?une diversité de partenaires, dans la constitution et l?animation de tels
réseaux, avec des démarches pionnières souvent citées en exemples (le Réseau Paysage Midi-
Pyrénées aujourd?hui devenu Réseau Paysage Occitanie), et de récentes relances ou mises en place
d?initiative prometteuses (en Nouvelle-Aquitaine, Auvergne-Rhône-Alpes?).
Ce schéma n?empêche pas la mise en réseau de niveau départemental, ces démarches pouvant se
nourrir mutuellement: pour faire écho à la présentation wallonne structurée autour de trois prises de
parole illustrant trois échelles d?interventions, Caroline Guittet, Thibaut Gaborit et Armelle Andrieu vous
présenteront le réseau régional de Bretagne, en mettant aussi en exergue l?articulation entre les
échelles régionale, départementale et locale.
CAROLINEGUITTET
CHEFFE DE PROJET , PÔLE PAYSAGES DE L ?OBSERVATOIRE DE L ?ENVIRONNEMENT EN BRETAGNE,
FRANCE
Dans le contexte qui vient d?être exposé, l?objectif de mon intervention sera de vous montrer comment
le réseau breton s?est constitué et comment il perdure. La mise en réseau est double: la mise en
réseau des acteurs de la connaissance paysagère et la mise en réseau des données paysagères.
Le réseau d?acteurs à l?oeuvre en Bretagne est en voie de consolidation depuis quinze ans. Cette
consolidation est confortée par un contexte juridique favorable, avec notamment la loi Paysage
de1993, puis la Convention européenne du paysage de2000, les lois Grenelle de2009 et2010 puis la
loi pour la Reconquête de la Biodiversité, de la Nature et des Paysages de2016.
Dès 2005, l?État et la Région ont impulsé une politique paysagère très active et volontariste. Elle
favorise la rencontre des différents acteurs autour des questions paysagères. En parallèle, l?État et la
Région travaillent avec le monde de la recherche scientifique, en particulier avec le laboratoire ESO
Rennes, sur l?identification et la qualification des paysages.
Le projet POPP-Breizh, la plateforme des Observatoires Photographiques du Paysage de Bretagne, né
en 2011, a concouru à fédérer les acteurs du paysage en Bretagne.
La POPP Breizh
Le territoire de la Bretagne comprend, en 2011, 4OPP. L?objectif premier de
la POPP-Breizh consiste à mutualiser les moyens et les compétences pour
développer un outil commun visant à rendre accessible les séries
photographiques de tous les OPP de Bretagne. Il s?agit également de faciliter
l'exploitation des corpus photographiques qui deviennent de plus en plus
abondants au fil du temps.
En France, la méthode pour concevoir un OPP a été formalisée par le
ministère chargé de l?environnement en 2008: le comité de pilotage,
composé d?élus, d?associations et de professionnels, choisit et définit des problématiques paysagères
en fonction desquelles un photographe professionnel ou un chargé de mission réalise des campagnes
photographiques «mitraillette» sur le territoire. Des photos anciennes peuvent également être
récoltées. Le comité de pilotage se réunit ensuite une seconde fois dans le but de sélectionner des
points de vue amenés à être rephotographiés dans le temps et dans les mêmes conditions de
production (même cadrage, etc.).
42
La prise répétée de photos à partir de mêmes points de vue
permet de prendre conscience de l?impact de chaque action
d?aménagement, même individuelle, sur le paysage et le cadre
de vie.
La POPP-Breizh permet au grand public d?avoir accès à
l?ensemble des photographies. Il est possible d?y effectuer des
recherches thématiques; à titre d?exemple, l?utilisateur peut ainsi
sélectionner toutes les photographies présentant des haies,
voire toutes celles ou ces mêmes haies ont disparu. Chaque
porteur y dispose d?un espace dédié et y verse ses
photographies. L?outil comprend en outre un volet sonore et un
volet participatif.
Ce projet, qui découle d?une initiative conjointe entre l?État, la
Région et le Laboratoire ESO Rennes, a impliqué une
cinquantaine d?institutions, dont des acteurs bretons et d?autres
régions (Occitanie) voire d?autres pays (Observatoire de la
Catalogne en Espagne, le South Devon au Royaume-Uni, etc.).
Ce projet, certes coûteux ? environ 300000euros, coûts de
conception, temps de développement, réunion d?harmonisation,
création, financement de thèse, etc. ?, constitue néanmoins un
véritable booster d?OPP, puisque le nombre d?OPP en cours ou en projet sur le territoire est passé de 4
en 2011 à 25 en 2019.
L?Observatoire de l?Environnement en Bretagne (OEB) a été missionné par l?État et la Région afin
d?animer la plateforme. Dans ce cadre, un pôle Paysages, que je représente, a été créé avec l?objectif
de récolter toutes les données paysagères, de les structurer, de les analyser, puis de les diffuser.
La plateforme fédère actuellement 15 OPP, qui y ont versé un corpus conséquent de 537séries de
photographies, soit 2546clichés. Dès 2020, la plateforme devrait héberger environ 700séries
photographiques.
Faire vivre la POPP-Breizh, c?est avant tout faire vivre un réseau. Il s?agit en effet d?apporter un appui
technique auprès des cinquante utilisateurs. J?organise aminima deux ateliers par an autour des OPP:
atelier «initiation à la POPP-Breizh», atelier «exploitation des OPP», atelier «valorisation des OPP»,
etc. En fonction des besoins, nous mettons en oeuvre des développements informatiques. Année après
43
année, de nouveaux partenariats émergent avec les communautés de communes, les associations, les
musées et écomusées. La POPP-Breizh comprend non seulement un volet opérationnel, mais
également un volet social, avec la volonté de faire participer les habitants.
La prochaine étape consiste à centraliser les données paysagères, au-delà des OPP. La Région
Bretagne est couverte par quatre Atlas de paysage, dont trois (Morbihan, Ille-et-Vilaine, Finistère)
prennent déjà la forme de sites Internet et de documents PDF. Un autre est en cours de réalisation.
L?analyse des données s?appuie sur les séries photographiques et les dix plans de paysage. Une base
de données paysagères, comprenant une base de données interactive, est mise au service des
collectivités locales afin de leur faciliter les diagnostics en matière de paysage.
Les données sont centralisées. Elles sont également exploitées pour donner à comprendre les
dynamiques paysagères. Pour exemple, une analyse globale de la POPP-Breizh est réalisée chaque
année. Divers articles sont co-écrits avec les acteurs de la connaissance paysagère pour alimenter le
site web de l'OEB. Des vidéos de courte durée sont créées pour valoriser la démarche OPP.
Nous travaillons aussi sur des indicateurs de paysage, dans le but de fournir des outils pour les
politiques publiques et les citoyens. Les indicateurs ont pour but de mesurer les évolutions du paysage
dans une perspective de maintien, voire d?amélioration de la santé des paysages. Ce nouveau champ
d?investigation répond aux besoins régionaux et infrarégionaux tout en garantissant un haut niveau
d?exigence scientifique. Nous nous sommes en effet aperçus que les collectivités s?appropriaient la
POPP-Breizh dès lors qu?elle était légitimée par une démarche scientifique. Une équipe projet se réunit
régulièrement pour développer ces indicateurs en s?inspirant des travaux déjà à l?oeuvre à
l?international. À titre d?exemple, l?évolution des émissions lumineuse est un sujet traité par l?équipe
projet et est en réponse aux prescriptions de la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et
des paysages.
Nous produisons et fournissons également des
ressources en faveur de la connaissance et de
l?action paysagère. Nous valorisons les actions
des territoires par le biais d?articles et
d?infographies. Dans le même temps, nous
recensons les productions des acteurs du
territoire (outils, chartes, études, etc.). Nous
publions cette année un dossier thématique sur
l?état actuel des paysages bretons, dossier à
destination du grand public. En complément,
nous produisons un dépliant intitulé «la
démarche paysagère à l?échelle locale: quelles
étapes?» qui recense l'ensemble des
ressources disponibles en Bretagne pour la
conception de diagnostics paysagers. Ce document technique est, quant à lui, à destination des
collectivités territoriales.
Tous nos différents supports d?information sont accessibles en ligne.
Consolider le réseau implique des rencontres régulières entre les différents acteurs du paysage. Pour
exemple, une rencontre sur deux jours est prévue cette année entre les porteurs d'OPP. L?évènement
s?intitule «Il était une fois dans l?Ouest, les OPP bretons». À ce jour, 234 acteurs très divers sont
référencés dans le réseau. Consolider ce réseau, c?est aussi communiquer: 4 newsletters sont
envoyées aux acteurs du paysage et 25 posts sont publiés dans les réseaux sociaux en 2019.
Pour conclure, les forces d?un réseau sont de trois ordres:
1) Des projets collaboratifs dans un cadre juridique structurant, avec des exigences scientifiques et en
réponse à des besoins régionaux et infrarégionaux;
2) Des moyens: une animation dédiée et en continu, des compétences paysagères, mais aussi en
informatique, en communication, etc., et un financement collégial;
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3) L?ouverture vers l?extérieur, qui se matérialise par des partenariats avec la DREAL Occitanie ou
encore le Parc naturel régional des Vosges du Nord, ainsi que par le passage d?une vision en silo à une
vision transversale des questions environnementales.
THIBAUTGABORIT
RESPONSABLE DU SERVICE DES ESPACES NATURELS DU CONSEIL DÉPARTEMENTAL D ?ILLE-ET-VILAINE ,
FRANCE
En préambule, je tiens à remercier le Conseil de l?Europe et le Ministère de la Transition Écologique et
solidaire de nous avoir invités, ce qui représente pour nous une forme de reconnaissance et un
encouragement.
L?Atlas des paysages d?Ille-et-Vilaine s?insère dans la politique départementale relative aux espaces
naturels sensibles. Dans son articleL.142-1, le Code de l?urbanisme prévoit que les conseils
départementaux (ci-après Départements) soient compétents pour élaborer et mettre en oeuvre une
politique en faveur de la préservation des sites, des paysages et des espaces naturels. À l?heure
actuelle, presque tous les Départements portent une politique volontariste en matière de biodiversité et
en faveur de la préservation des espaces naturels, mais tous ? loin de là ? ne portent pas encore une
politique en faveur des paysages, même si celles-ci commencent à se diffuser progressivement. Le
Département d?Ille-et-Vilaine pour sa part s?est engagé dans cette voie en régie depuis une dizaine
d?années. Par ailleurs, la loi pour la Reconquête de la Biodiversité, de la Nature et des Paysages
de2016 retient l?échelle départementale comme la plus pertinente pour développer des Atlas des
Paysages, ce qui légitime davantage encore l?action des Départements en la matière.
Mis en ligne en2014 (https://paysages.ille-et-vilaine.fr/), l?Atlas des Paysages d?Ille-et-Vilaine a été
élaboré en maîtrise d?ouvrage partagée
avec les services de l?État. Il est a priori le
premier en France à avoir intégré dans son
cahier des charges un volet sociologique
et la prise en compte de la perception du
territoire et des paysages par les habitants,
en lien direct avec la Convention
européenne du paysage. Pour ce qui nous
concerne, cette prise en compte s?est
matérialisée par des rencontres et des
entretiens avec la population, la diffusion
de questionnaires et un appel à recueil de
photographies anciennes. Cette démarche
a permis de confronter la perception des
paysages par les habitants au regard de
paysagistes experts afin d?identifier
différentes unités de paysage et de définir
des enjeux. La constitution de l?Atlas
résulte d?un projet concerté et
multipartenarial associant services de
l?État, monde de la recherche, élus et
collectivités territoriales, acteurs locaux ou
encore paysagistes et sociologues.
L?Atlas en ligne, très complet, est assorti
d?un livret de synthèse des paysages d?Ille-
et-Vilaine, en réponse à une demande
exprimée en ce sens par le comité de
pilotage du projet.
Le département d?Ille-et-Vilaine comporte
29unités de paysages différentes,
traduisant la grande diversité du territoire. Les limites administratives du département s?effacent
derrière les limites des unités paysagères, afin de mettre en exergue la continuité de ces unités sur les
territoires voisins.
45
Trois Observatoires photographiques du Paysage (OPP) ont été mis en place sur le territoire
départemental.
Le premier se place à l?échelle des Espaces naturels sensibles. Créé en 2016, il a vocation à mettre en
évidence l?évolution de ces espaces gérés et entretenus en régie, et sur lesquels nous pouvons être
amenés à effectuer des travaux de restauration ou à mettre en oeuvre des aménagements destinés à
remplir l?obligation d?accueil du public.
Ce suivi sera peut-être de nature à faire évoluer les pratiques de gestion à l?échelle d?un espace naturel
au fil du temps. Les photographies sont réalisées en régie par des agents du Département,
généralement des écologues. Cette mobilisation directe présente la vertu de les sensibiliser à la
question du paysage, qui ne représente généralement pas leur coeur de métier au départ, et de leur
permettre de parler du paysage au cours de leurs différentes réunions et rencontres.
Le deuxième OPP se situe à l?échelle du Département, directement en lien avec l?Atlas des Paysages
d?Ille-et-Vilaine. Il a pour vocation d?assurer un suivi de l?évolution des différentes unités de paysage
dans le temps, au travers de clichés pris par un photographe professionnel dans un contexte de forte
dynamique démographique (10000 à 12000habitants supplémentaires par an dans le département).
Les séries photographiques ont pour objectif de mettre en lumière les enjeux identifiés pour chaque
unité de paysage dans le cadre de l?Atlas. Les photographies font volontairement apparaître l?activité
humaine.
Par exemple, les enjeux mis en exergue par les photographies ont trait à la lisibilité des cours d?eaux,
au bocage et aux franges urbaines.
Enfin, un observatoire participatif à l?échelle du Département vise à impliquer les habitants sous forme
d?un appel à photographies, organisé dans le cadre d?un concours autour de trois thématiques:
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Etang de l?Abbaye ? Paimpont 2016 ? 2017 - 2018
Rôle de la main d?oeuvre saisonnière dans les cultures légumières, Roz-sur-Couesnon
«paysage en danger», «paysage familier» et «paysage insolite». Il a été demandé aux
contributeurs de s?engager à reconduire leur photographie de sorte à constituer un observatoire au sein
duquel les habitants eux-mêmes suivront l?évolution du paysage.
Une fois l?Atlas constitué, le comité de pilotage a par ailleurs souhaité aller plus loin pour mieux animer
et valoriser cet outil: l?intervention suivante a pour objet de vous présenter les réflexions et actions
associées.
ARMELLE ANDRIEU
CHARGÉE DE MISSION , ESPACES NATURELS ET PAYSAGES, DÉPARTEMENT D?ILLE-ET-VILAINE
Les réflexions menées ont permis de constituer un programme d?actions assez proche de celui proposé
par le GAL Pays des Tiges et Chavées en Wallonie, programme en faveur duquel nous avons déposé
une demande de fonds auprès du FEDER.
Ce programme d?actions vise à vulgariser les informations contenues dans l?Atlas et à faire en sorte
qu?elles soient mieux appréhendées non seulement par les habitants, mais aussi par les collectivités
locales, dans une perspective d?aménagement du territoire.
Le premier volet de ce plan consiste en la diffusion auprès du grand public de la
connaissance sur les paysages d?Ille-et-Vilaine. Une première action consiste à
modifier le site internet actuel de l?atlas des paysages [https://paysages.ille-et-
vilaine.fr] pour y inclure une plateforme d?échanges de documents (photothèque,
ressources, ressources pédagogiques?). Afin de favoriser une meilleure
appropriation de la thématique du paysage par le grand public, des animations
paysages ont été proposées dans le programme départemental d?animation des
espaces naturels sensibles. Au total, 15 animations à destination du grand public
et des publics scolaires ont été organisées en 2019. Toujours dans le cadre de
vulgarisation du contenu de l'atlas des paysages, le comité de pilotage a souhaité
proposer un outil numérique innovant en développant une application numérique
présentant les paysages bretilliens de manière immersive (réalité virtuelle et
augmentée). Pour le développement de cette application, nous prendrons
exemple sur l?application e-patrimoine créée par la communauté de communes
du Briançonnais. Par ailleurs, une exposition sur les paysages sera lancée en
2020-2021; elle présentera l?évolution des paysages observés à travers les premières séries de l?OPP.
Le deuxième volet de ce plan se focalise sur l?aide à la décision
pour les collectivités et les acteurs socioprofessionnels. Dans ce
cadre, le comité de pilotage a souhaité proposer des formations
et des ateliers techniques destinés aux élus locaux et aux
techniciens des collectivités territoriales chargés de l?urbanisme,
de la rédaction des documents de planification, du
développement économique ou encore des continuités
écologiques, mais aussi des entreprises et des opérateurs
économiques. Ces ateliers s?organisaient autour de trois temps
consacrés à trois thématiques: notion de paysage et documents
de planification territoriale, lecture des paysages sur les six
enjeux de l?atlas de paysages, application des connaissances
pour l?action opérationnelle et utilisation de la «boîte à outils Paysages» développée par le bureau
d?études partenaire. De façon générale, l?objectif consiste à concourir à la meilleure prise en compte
des enjeux du paysage dans les documents d?urbanisme.
Six ateliers ont été organisés à destination des Communes, des Communautés de Communes, des
opérateurs économiques (aménageurs, lotisseurs, Chambre d?Agriculture, etc.) tout au long du mois de
juin2019. Plus de 80personnes s?étaient inscrites à ces journées ayant pour objet de sensibiliser les
participants à la prise en compte des enjeux posés par l?Atlas des Paysages, de sorte qu?ils soient
mieux intégrés aux projets d?aménagement, en leur donnant des clés pour ce faire (présentation des
outils juridiques et réglementaires ainsi que de la boîte à outils Paysages notamment). Un septième
atelier a été organisé pour les agents du Département, dans un souci d?exemplarité interne. La boîte à
47
outils Paysages a été mise à disposition de toutes les communes et communautés de communes afin
qu?elles puissent se l?approprier.
Par ailleurs, des conventions de
partenariat ont été nouées avec
l?Université de Rennes1 pour réaliser
un teaser d?engagement à destination
des élus sous forme d?une vidéo de
deux à trois minutes, ainsi que d?une
étude de cas balayant tous les
aspects transdimensionnels des
paysages. Ces travaux sont en cours
de finalisation. Dans le cadre de ce
partenariat, nous ambitionnons de constituer un module d?autoformation qui sera disponible sur le site
Internet consacré à l?Atlas des Paysages.
Enfin, un second partenariat a été noué dans le cadre d?une convention avec le laboratoire ESO de
l?université de Rennes2, à propos d?une thèse sur l?intégration des paysages dans le cadre des
documents d?urbanisme. Nous travaillons en relation avec les chercheurs afin de proposer des
documents d?accompagnement et des outils à destination des collectivités, pour leur donner des clés
de lecture les aidant dans leurs prises de décisions.
THIBAUTGABORIT
En guise de conclusion et ouverture, différentes perspectives ont été identifiées pour prolonger toutes
les actions déjà entreprises:
?Par l?intermédiaire des OPP: poursuivre l?analyse des dynamiques et des pressions qui
modifient les paysages, en lien avec les décisions d?aménagement pour leur meilleure
préservation (indicateurs régionaux du paysage). Ces OPP pourraient contribuer à la mise en
oeuvre de la vision des élus récemment adoptée sous le vocable «Ille-et-Vilaine2035», en
permettant de suivre l?évolution des paysages et de vérifier dans quelle mesure elle répond ?
ou non ? à ces objectifs;
?Accompagner les collectivités dans la prise en compte des paysages dans la planification
territoriale, par le renforcement de l?ingénierie territoriale auprès des collectivités locales en
matière de biodiversité et de conseil relatif au paysage;
?Mieux identifier les facteurs influençant l?intégration du paysage à l?échelle communale et
intercommunale, et agir sur ces mécanismes.
DISCUSSION
JEAN-PIERRE THIBAULT
Les différentes interventions que nous venons d?entendre ont mis en lumière d?excellents outillages et
de belles opérations de formation et de sensibilisation de l?ensemble des acteurs locaux au paysage. Il
reste cependant beaucoup à faire en la matière; nous pouvons en effet constater que même en Ille-et-
Vilaine, de nombreux documents d?urbanisme restent fidèles aux schémas anciens. Alors que
l?outillage est depuis assez longtemps perfectionné pour les parties bâties du territoire, les parties non
bâties demeuraient jusqu?à récemment assez peu documentées. Un important travail est encore à
réaliser en la matière, mais je reste optimiste sur notre capacité collective à y parvenir.
ODILE MARCEL
Serait-il envisageable de s?orienter à l?avenir vers des OPP vivants, retranscrivant de manière animée
les paysages et rendant compte du paysage sonore?
48
CAROLINEGUITTET
La POPP-Breizh permet de mettre à disposition des enregistrements sonores du paysage et des
témoignages sonores d?habitants.
THIBAUTGABORIT
Dans notre démarche d?observatoire départemental, nous avons souhaité expérimenter des
observatoires photographiques nocturnes ou encore des observatoires photographiques cinétiques.
Ainsi, un photographe s?est employé à prendre des clichés depuis le TGV tout au long du trajet. Nous
expérimentons aussi l?idée un observatoire macrophotographique, avec une articulation entre de très
gros plans et des plans moins rapprochés. À titre d?exemple, il s?agit de photographier un bâtiment
traditionnel de loin, puis en plan plus serré et enfin en gros plan pour mettre en évidence le matériau
traditionnel de construction, qui contribue à l?identité paysagère du territoire.
CAROLINEGUITTET
Le Parc naturel régional du Morbihan, pour sa part, a souhaité mettre en évidence, au travers de
photographies prises toutes les quinze minutes, le mouvement des marées et les activités qui
s?exercent au gré de ses fluctuations (pêche à pied, par exemple), ce dont une succession de photos
uniques prises à un an d?intervalle ne peut rendre compte.
NICOLASSANAA
AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE, FPNRF
Parmi les 54 parcs naturels régionaux, une trentaine compte actuellement un OPP; une dizaine
d?autres sont en projet. Un projet de thèse impliquant certains de ces parcs autour des OPP et de leurs
usages est également à l?étude, faisant de cette thématique une question belle et bien vivante.
De notre point de vue, la question prégnante à propos des OPP porte sur leur utilité dans une
perspective de planification, ce qui rejoint l?approche évoquée lors de précédentes interventions,
consistant à se demander en quoi le paysage peut contribuer à l?urbanisme. Les parcs du Pilat ou des
Vosges du Nord constituent deux expériences parmi les plus avancées dans ce domaine. Les OPP y
sont mobilisés comme des outils d?aide à la décision en matière d?urbanisme et de choix urbains.
Nous avons par ailleurs organisé cette année un voyage dans le Vorarlberg où le cadre de vie est
véritablement un projet de paysage; la question de l?habitat, de la filière bois et de l?économie circulaire
y est très importante. Je profite de ma prise de parole et de la présence de la représentante hongroise
pour la mise en oeuvre de la Convention européenne du paysage pour faire savoir que nous souhaitons
organiser à l?avenir un voyage en Hongrie, centré sur la thématique de l?habitat vernaculaire ancien et
du paysage.
BECKERICH (LUXEMBOURG) ET MONT-SOLEIL MONT-CROSIN (SUISSE): DEUX
EXEMPLES EUROPÉENS ILLUSTRANT LA MISE EN RÉSEAU DES ACTEURS
BECKERICH (LUXEMBOURG)
MATHILDEKEMPF
Beckerich, au Luxembourg, est une commune rurale souhaitant retrouver une
autonomie énergétique, qui s?appuie sur son patrimoine et co-construit son
développement avec les habitants.
ARMELLELAGADEC
Avant l?ère du pétrole, ce territoire rural vallonné, productif et riche en ressources est habité et travaillé
de longue date. À partir de 1860, Beckerich perd son caractère exclusivement rural et développe des
carrières, la vannerie puis le chemin de fer qui permet à la commune d?accueillir des ouvriers travaillant
dans la sidérurgie. Après-guerre, une période de déclin s?entame, avec un exode rural important,
accentué par la fermeture des lignes ferrées. L?agriculture recule, les habitants ne travaillent plus sur
49
place, la voiture domine, les infrastructures se dégradent. La commune perd progressivement son
caractère.
Actuellement la commune redevient dynamique grâce à la valorisation de ses ressources propres,
notamment l?eau minérale. Les villages et les espaces publics sont réinvestis, restaurés et retrouvent
une qualité. L?adhésion à l?Alliance internationale pour le Climat et la volonté d?atteindre une autonomie
énergétique amènent la commune à se développer autour des thématiques du développement durable.
De nouvelles économies émergent, des paysages agricoles et bâtis contemporains sont créés avec
une participation active des habitants. Ce dynamisme retrouvé attire une population sensible à ces
enjeux de société.
MathildeKEMPF Le processus de réflexion, de décision et
de mise en oeuvre a été favorisé par l?existence de com-
missions consultatives. Ce dispositif, commun au Luxem-
bourg, a favorisé une large implication des habitants et la
création d?un foisonnement d?initiatives. Des groupes d?ha-
bitants se sont mobilisés autour de huit thématiques diffé-
rentes dans le cadre de ces commissions, auxquelles parti-
cipait chaque fois un élu afin d?assurer le lien avec les poli-
tiques communales. Les parties prenantes interrogées ont
estimé unanimement que c?est ce mode de gouvernance
qui a permis à Beckerich d?être l?une des communes les
plus en pointe dans le développement durable, reconnue
comme telle à l?échelle européenne.
La dynamique engagée a par exemple abouti à la constitution d?installations solaires en copropriété
entre communes, entreprises et habitants, au service du recouvrement de l?autonomie énergétique. Par
ailleurs, un moulin a été écorénové pour abriter un lieu de rencontres et d?accueil culturel et touristique.
MONT-CROSIN (SUISSE)
Sur le territoire de Mont-Soleil Mont-Crosin, le projet énergétique, qui prédomine,
est devenu le prétexte à des actions plus larges.
ARMELLELAGADEC
Le territoire de Mont-Soleil Mont-Crosin est un territoire de moyenne montagne
caractéristique du Jura plissé. Avant l?ère du pétrole, le paysage comprend des habitats et des activités
en plaine, des boisements sur les versants et des hauteurs pâturées en été.
Au XXe siècle, une économie touristique se développe sur les hauteurs pour profiter de la vue, des
paysages et de la qualité de l?air. L?urbanisation et l?activité industrielle (mécanique de précision) se
développent en demeurant denses, préservant l?agriculture, qui s?intensifie. Les liaisons ferrées sont
maintenues.
À l?heure actuelle, un opérateur énergétique implante, en partenariat avec les collectivités, les acteurs
économiques locaux et les habitants, un parc solaire expérimental, puis un parc éolien construit en
concertation et en tenant compte des spécificités paysagères. La dynamique énergétique devient le
support de développement local et de tourisme.
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Avant pétrole Après pétrolePétrole
Moulin d?Millen - Beng Architectes associés
Armelle Lagadec & Mathilde Kempf
MATHILDEKEMPF
Des actions pédagogiques sont proposées par l?Espace Découverte Énergie pour tous les publics. Ces
opérations sont financées par l?opérateur énergétique BKW, qui est l?un des seuls de Suisse demeurant
bénéficiaire malgré ces financements.
Des temps forts d?accueil du grand public sont organisés pour se rencontrer, découvrir et questionner
l?implantation des éoliennes. Ces rencontres permettent le débat, y compris avec les détracteurs des
éoliennes, quand bien même leur organisation est également financée par l?opérateur. Une étude
paysagère assez poussée a été menée pour guider l?implantation des éoliennes et le développement
touristique est développé autour de ces dernières.
Dans cet exemple, l?installation des éoliennes et le paysage n?entrent pas en conflit mais en résonance,
puisqu?une étude paysagère assez poussée avait été menée afin de définir l?implantation et le nombre
des éoliennes que le site pouvait accueillir. De plus, des aménagements sont mis en oeuvre pour ouvrir
le site aux pratiques de loisir et de promenades, ce qui permet de concilier paysage, développement
touristique, découverte et ouverture du débat. Enfin, l?opérateur réfléchit avec les acteurs locaux à des
opérations de compensation telles que la création de sentiers de randonnée ou la restauration de
murets en pierres sèches, si bien que les paysages s?améliorent et que leur accessibilité progresse tant
pour les habitants que pour les autres visiteurs.
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© A la découverte de nos centrales, BKW
SÉQUENCE CONCLUSIVE
Pour élargir la focale, le programme prévoyait que Mathilde KEMPF et Armelle LAGADEC s?appuient
sur les regards croisés des différents territoires étudiés par le Collectif Paysages de l?après-pétrole
pour en dégager des enseignements thématiques, et que Maguelonne DEJEANT-PONS présente les
grandes lignes du programme de travail du Conseil de l?Europe relatif à la mise en oeuvre de la
Convention européenne du paysage pour la période 2020-2021.
Les contraintes horaires n?ont pas permis à Maguelonne DEJEANT-PONS d?assurer cette présenta-
tion, dont les supports sont en revanche accessibles sur le site du Conseil de l?Europe: HTTPS://
RM.COE.INT/168098FBAD (document rédigé) et HTTPS://RM.COE.INT/CONSEIL-DE-L-EUROPE-CONVENTION-
EUROPEENNE-DU-PAYSAGE-JOURNEES-NATIONAL/1680990933 (diaporama).
MATHILDEKEMPF ET ARMELLE LAGADEC
L?analyse de sept expériences paysagères européennes,
dont certaines ont été présentées tout au long de cette
journée, avait pour but d?identifier les actions mises en
oeuvre en un lieu donné, marqué par une culture, un
contexte et une réglementation particuliers, et de
déterminer les enseignements que nous pouvions en tirer
sur le plan des éléments de méthode relatifs aux
processus de développement local durable
reproductibles en d?autres lieux. Il nous intéressait aussi
de porter un regard croisé sur ces sept expériences (bien
qu?elles ne soient pas directement comparables les unes
aux autres puisque menées à des échelles différentes et
avec une grande variété d?acteurs), afin d?en retirer des
éléments communs. Il s?agissait enfin d?identifier les
apports de l?angle du paysage sur les processus de
transition.
Il résulte de cette analyse que la notion de paysage
porte, en plus du développement local durable, une dimension sensible, affective et liée au vécu. Elle
change la façon d?appréhender un territoire. L?entrée par le paysage permet également de redonner
une place aux notions de beauté, d?esthétique et de plaisir, qui ne trouvent pas réellement leur place
dans les approches sectorielles plus
techniques. L?étude montre aussi des
connexions entre le lieu, la façon dont il
est habité et les enjeux planétaires, en
partant du réel et du concret, en
agissant sur des éléments qui se
perçoivent au quotidien.
Par ailleurs, le paysage est révélateur
des ressources identitaires et
matérielles locales, qui sont
susceptibles de redevenir des supports
de développement local, avec une
réelle plus-value économique, au-delà
de la plus-value esthétique.
L?approche par le paysage s?avère être une méthode pour porter un regard transversal sur le territoire
et dans les actions. Cette transversalité crée une complexité, notion qu?il convient de bien distinguer de
la complication. La peur de cette complexité a pu engendrer des actions sectorielles au détriment des
liens, des connexions et des interactions, qui constituent pourtant une vraie richesse. Avec l?entrée
paysagère, la connexion entre tous les domaines devient plus évidente, car elle est plus visible dans le
territoire et rendue compréhensible au travers des expériences de terrain.
52
Nous avons également relevé que des personnes qui s?ignorent habituellement vont se rencontrer et
travailler ensemble, dépasser les apriori pour mieux se comprendre. Le croisement des regards
amène aux solutions les plus simples, les plus économes et les plus utiles à différents niveaux.
Tous les différents cas étudiés
montrent aussi que l?implication et
l?appropriation des projets par tous
sont facilitées par l?approche
paysagère, qui fait prendre
conscience aux habitants et aux élus
qu?ils vivent dans un espace
particulier. Elle permet aussi à tous
les habitants, quelles que soient
leurs compétences, leur niveau de
culture, leur âge ou leur statut, de
contribuer au débat et parler des
paysages dans lesquels ils vivent.
Le changement de système se
construit progressivement. Chaque
étape montre la volonté, la ténacité et la fermeté des décideurs. Les notions de responsabilisation, de
valeurs, de fierté et de bien commun sont apparues systématiquement comme des aspects centraux et
défendus par les différents acteurs. Le processus change les rapports de pouvoir. Les rôles de tous
sont toujours bien identifiés et toujours complémentaires. Les sept expériences examinées se
caractérisent encore par la responsabilité de l?initiative, la responsabilisation et l?autonomie de chacun
des acteurs, ancrés sur le territoire.
Nous avons relevé que les règles sont construites sur mesures par les acteurs locaux en fonction des
besoins réels du territoire, de ses spécificités, des ressources humaines et physiques disponibles
localement.
Les politiques régionales ou nationales s?inspirent ensuite des règles ainsi créées parce qu?elles ont fait
leurs preuves concrètes en conduisant la réalisation d?actions. Elles viennent ensuite les conforter, les
appuyer, les démultiplier et leur donner des outils, sans pour autant se substituer à elles. La logique est
donc celle d?une coopération et
non pas celle d?un schéma
descendant: les initiatives locales
nourrissent les politiques
régionales et nationales dans un
rapport équilibré.
Les départs par la très petite
échelle rendent les initiatives très
accessibles et très convaincantes.
Ils permettent d?aller pas à pas
vers des projets de plus grande
envergure. Tous les territoires
examinés fonctionnent dans une
logique de réseaux à des échelles
très variables, qui se construisent
en fonction des projets et qui ne sont donc pas figés.
Enfin, l?approche par le paysage agit comme une accélératrice de nouvelles ambitions au service du
bien commun. Les initiatives naissent toujours à des échelles très modestes avant de se développer.
Cette boucle vertueuse ne cesse de s?amplifier et de mobiliser de plus en plus de personnes.
Nous avons relevé dans chacun de ces territoires une très grande modestie. Rien n?est jamais abouti,
parfait ou absolu. Le parcours se construit et s?invente sans cesse, dans une dynamique de
progression continue.
53
Ces expériences prouvent en outre que les notions de frugalité, d?utilité, de bon sens et de simplicité
sont toujours au coeur de projets. Contrairement aux idées reçues, l?approche par le paysage n?est
donc pas factrice de surcoût.
Il apparaît aussi que l?implication des différents acteurs contribue à redonner un sens commun aux
actions et aux projets. Leur participation suscite du bien-être et du plaisir. Les actions suscitent par
ailleurs le respect. La convivialité revêt ainsi une grande importance dans ces expériences.
Soulignons enfin qu?aucun de ces territoires n?était prédestiné à l?excellence, ce qui prouve que ces
initiatives peuvent naître partout. Tous ces territoires s?appuient fortement sur le paysage, qui joue un
rôle fédérateur et facilitateur évident dans l?action. Ces expériences font également pleinement
confiance à l?humain, et remettent ce dernier au centre de tous les processus, même s?ils s?appuient
sur de l?expertise technique et des outils. De telles expériences sont loin d?être anecdotiques. Elles
fleurissent un peu partout dans différents territoires.
Nous avons organisé l?an passé un colloque dans le bassin minier du Pas-de-Calais (qui constituait
notre territoire d?étude français), visant à faire se rencontrer des représentants de ces sept territoires, et
à mettre en perspective ces expériences afin de nourrir les réflexions en France.
De plus amples informations sur cette étude de cas européens sont disponibles sur www.paysages-
apres-petrole.org/etude-de-cas-europeens. Celle-ci devrait parallèlement faire l?objet d?une publication
prochaine. Le site donne également une vision plus large de toutes les actions du Collectif.
PRÉSENTATION DE LA VISITE D?ÉTUDE ORGANISÉE SUR LE TERRITOIRE DU PARC
NATUREL RÉGIONAL DES VOSGES DU NORD DU 27NOVEMBRE2019
ROMYBAGDHADI
CHARGÉE DE MISS ION PAYSAGE ET TRANSIT IONS AU SEIN DU PARC NATUREL RÉGIONAL DES VOSGES
DU NORD
Cette présentation synthétique a vocation à donner un aperçu des enjeux et du contenu de la visite de
demain, notamment à l?attention de ceux qui n?auront pas l?occasion d?y participer.
Nous vous donnons rendez-vous par ailleurs dès ce soir dans les locaux du CAUE du Bas-Rhin, que
vous soyez inscrits ou non à la visite de demain, pour l?inauguration de l?exposition consacrée à l?OPP
du Parc naturel régional des Vosges du Nord, en présence du photographe Thierry GIRARD.
54
L?objectif de cette visite d?étude consiste avant tout à faire connaissance avec les spécificités
paysagères, les activités et le bâti caractéristique des différentes unités paysagères dont se compose
le Parc naturel régional des Vosges du Nord: le piémont, aux limites de la plaine et des massifs
gréseux, le plateau ouvert, constitué de l?Alsace bossue et le Pays de Bitche, le massif boisé, qui
couvre 70% du territoire du Parc.
À 9h30, nous nous arrêterons à Neuwiller-lès-Saverne pour
étudier les silhouettes villageoises et la rénovation du patrimoine bâti.
Un groupe se concentrera sur la filière pierre (le grès rose des
Vosges) à l?abbatiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul tandis que l?autre se
penchera sur la filière biosourcée pour l?écorénovation, dans une
maison à pans de bois en cours de rénovation, en compagnie d?une
chargée de mission du Parc et de deux entreprises locales.
Les participants se retrouveront ensuite à la Grange aux Paysages
de Lorentzen, qui héberge une structure d?initiation à
l?environnement dédiée aux paysages.
Une présentation en sera effectuée par les équipes, avant que des
chargés de mission du Parc évoquent l?Observatoire Photographique
et ses différents usages, les résidences de paysage et d?architecture
portées au cours des dernières années, ainsi que le Plan Paysage
du GR53, pour lequel le Parc a été lauréat 2019 de l?appel à projet
porté par le MTES.
Nous serons alors rejoints par
Michaël WEBER, Président du
Parc naturel des Vosges du
Nord et Président de la fédération nationale des Parcs naturels
régionaux, dont une allocution est prévue.
Pour le déjeuner, les participants «mangeront les paysages
d?Alsace Bossue», grâce à un buffet composé de produits locaux
préparé par l?ESAT de Diemeringen. Ils auront également
l?occasion d?échanger avec le photographe ThierryGirard et de le
voir à l?oeuvre dans la réalisation de prises de vue à Lorentzen.
Nous rejoindrons en début d?après-midi le musée du sabotier à
Soucht, où un zoom sera effectué sur la filière bois locale et les
actions engagées dans le cadre de la Charte forestière de
territoire. L?on montrera notamment comment les choix sylvicoles
dessinent non seulement le paysage forestier, mais encore un
paysage d?emploi local.
Enfin, la journée se conclura par une présentation de la filière
Verre, incarnée par des sites de production historique et le Centre
international d?art verrier de Meisenthal.
55
Direction générale de l?Aménagement,
du Logement et de la Nature
Tour Séquoia
92055 La Défense cedex
Tél. : +33 (0)1 40 81 21 22
www.ecologique-solidaire.gouv.fr/
Mise en page couverture : Jean Etienne Malaisé/
INVALIDE) (ATTENTION: OPTION rtes et bleues,
continuité forestière, trame bocagère et espaces urbanisés, nous avons abouti à un projet de paysage
et d?agroforesterie en travaillant notamment sur les lisières du bâti et en nous appuyant sur ce que
nous avions fait pour les fermes du Maine.
33
Photographie Eric Cirou
Cartographie Caroline Bigot
À la lueur de ces deux expériences, nous sommes en mesure d?énoncer le potentiel du projet de
paysage dans les projets d?agroforesterie, avec la possibilité de mener des projets divers et d?engager
des démarches prospectives pour sortir de la répétition des modèles.
Il importe d?abord de tenir compte de la relation entre le territoire du projet et les espaces voisins, les
implantations villageoises, les morphologies spatiales et matérielles du paysage et ses structures
propres (action du relief, ruptures de pente, etc.).
Il convient par ailleurs de ne pas considérer les projets isolément, mais d?imaginer de quelles façons ils
peuvent dialoguer et se compléter les uns et les autres dans une perspective de transformation
d?ensemble. Nous tâcherons de mettre les différents projets en réseau avec des dispositifs composites.
Afin d?éviter la répétition des projets, nous nous efforçons de prendre en compte le contexte, avec,
dans la mesure du possible, un choix des parcelles en amont en croisant critères agricoles et urbains,
en s?intéressant à la relation entre ville et campagne et en articulant les échelles. Il convient de même
d?intégrer la trame verte et bleue, la protection des captages et des ressources en eau.
Il importe aussi de dépasser les compétences, en essayant de faire travailler ensemble les
exploitations ou encore les villages entre eux, et de mettre en exergue ce que ces projets apportent à
l?espace commun.
Nous devons aussi composer avec le vivant en tenant compte de la temporalité de la croissance et du
renouvellement des plantations, et anticiper l?évolution du climat. De même, nous pouvons nous
interroger sur l?hybridation des pratiques agricoles avec des pratiques horticoles, voire ornementales.
Enfin, la composition devra tenir compte d?une variété de rythme des compositions (alignements,
bosquets, vergers).
En conclusion il nous semble intéressant d?étendre l?action des paysagistes-conseils de l?État en les
disposant par exemple auprès des conseillers agroforestiers ou des DRAAF. Ils pourraient participer à
la rédaction du nouveau plan de développement de l?agroforesterie et de documents d?information
didactiques, accompagner les conseillers agroforestiers et mener des actions de formation. Nous avons
aussi songé à la formation d?un comité de pilotage Paysages et Agroforesterie sur le modèle des
CDNPS (commissions départementales de la nature, des paysages et des sites). Ce comité, formé par
la DRAAF, rassemblerait des conseillers en agroforesterie ainsi que des compétences en agronomie,
écologie et paysage.
Les paysagistes-conseils de l?État pourraient aussi participer à la révision de la grille d?analyse des
qualités paysagères des exploitations candidates au Concours national d?agroforesterie. Ces travaux
ont été lancés, mais n?ont pas encore abouti; l?appui d?autres exemples permettrait en effet d?affiner
encore cette grille.
Enfin, pour faire concourir ces différents projets entre eux, il importe de croiser ces démarches avec les
plans de paysage et les SCoT. Ce croisement pourrait aboutir à des SCoPA ? «schémas de
cohérence paysagère et agricole» ? ou des PPA ? «plans de paysages agroforestiers». Il s?agit bien
sûr ici de formules visant à stimuler la réflexion. L?objectif n?est pas de créer des couches nouvelles,
mais d?enrichir des dispositifs existants afin d?y intégrer mieux le paysage et l?agroforesterie.
ÉRICCIROU
L?intérêt de l?approche paysagère et de ces regards croisés réside dans le fait d?amener chacun à sortir
davantage sur le terrain. Elle permet aussi de remettre l?agriculteur-paysan au coeur du paysage, de
donner du sens, de la lisibilité aux aménagements, de créer du lien et de donner des arguments de
communication et de valorisation des produits.
Ce bilan indéniablement positif n?empêche pas de ma part l?expression d?un certain nombre de points
de vigilance. Il importe tout d?abord de ne pas ajouter, ou même seulement de ne pas donner le
sentiment d?ajouter des contraintes réglementaires. Il convient ensuite de former et d?impliquer les
conseillers agroforestiers, en intégrant aux formations initiales et continues l?aspect paysager. Il importe
enfin d?intégrer tous les systèmes agricoles, dans un contexte marqué par leur cloisonnement
réglementaire.
34
DISCUSSION
DE LA SALLE
Les interventions ont mis en exergue l?intérêt des liens entre paysagistes et agronomes en ce qui
concerne l?agroforesterie.
ÉricCIROU, en tant que conseiller en agroforesterie, quelles sont vos relations avec vos collègues
conseillers agricoles et conseillers en développement? Les agronomes seraient-ils prêts à réfléchir
avec vous pour prendre en compte des approches spatiales et paysagères ne tenant pas seulement
compte de l?arbre, mais aussi d?autres aspects comme la taille des parcelles ou l?organisation du
parcellaire dans la perspective de la construction de véritables systèmes agro-écologiques?
ÉRICCIROU
Voici vingt ans, les conseillers en agroforesterie étaient encore considérés comme des ovnis dans les
Chambres d?Agriculture. La donne change depuis une dizaine d?années, sous le prisme de
l?agroécologie et du besoin de s?adapter. L?arbre revêt toute son importance dans ces aménagements.
Cette approche est plus développée dans certaines filières que d?autres; déjà bien intégrée dans
certaines comme les grandes cultures, elle émerge tout juste dans d?autres comme les exploitations
viticoles. Les premiers prescripteurs sont, à l?heure actuelle, les conseillers en production.
Pour autant, nous n?en sommes pas encore au stade d?envisager dans la réflexion des aspects tels que
la réduction des parcelles. Le contexte économique actuel, qui conduit à ce que bien des agriculteurs
exploitant 120hectares de terres en grande culture soient en proie à d?importantes difficultés
financières, n?est pas de nature à favoriser ce type de démarche. Il importe de faire preuve
d?accompagnement et de pédagogie pour que les perceptions évoluent et que les techniciens
s?engagent également dans cette voie.
De façon générale, il reste beaucoup de progrès à accomplir, mais je suis plutôt optimiste.
CAROLINEBIGOT
L?évolution des mentalités représente un enjeu crucial. Le groupe de travail entre agronomes et
paysagistes me semble constituer un élément important pour y contribuer. Peut-être faudrait-il que les
élèves agriculteurs viennent également travailler avec nous.
Faire évoluer les mentalités suppose toutefois un travail de longue haleine. De la même manière qu?il
faut du temps aux arbres pour grandir, il faudra nécessairement du temps pour que la démarche se
développe.
***
Liens vers le film «Un paysage durable et partage: la ferme de Vernand», Prix spécial du Jury du
Grand Prix national du Paysage de la France (2016), dont une projection était prévue dans le
programme initial, afin de clore cette séquence: https://www.youtube.com/watch?v=doEc2lzkIHw ou
https://www.dailymotion.com/video/x6x6e9d
35
METTRE EN RÉSEAU LES ACTEURS DU PAYSAGE
DE LA PLATEFORME PAYSAGE DE WALLONIE À L?ACTION LOCALE ET COMMUNALE
EN FAVEUR DES PAYSAGES
LA PLATEFORME PAYSAGE DE WALLONIE
MIREILLEDECONINCK
ATTACHÉE, SERVICE PUBLIC DE WALLONIE , BELGIQUE
Rappel du contexte institutionnel et du cadre géographique
Depuis les lois spéciales de réformes institutionnelles de 1980, la Belgique est régie par trois niveaux
de pouvoirs: l?État fédéral, les Régions et les Communautés.
La plupart des compétences concernant directement ou indirectement le paysage sont aujourd?hui du
ressort régional. Il s?agit notamment de l?aménagement du territoire et de l?urbanisme, du patrimoine, de
l?environnement et de la conservation de la nature, des richesses naturelles, de la politique de l?eau et
de l?énergie, des travaux publics, des transports, du logement, de la politique agricole, du tourisme. En
revanche, les compétences de l?enseignement et de la culture dépendent des Communautés de langue
(Française et Germanophone pour la Wallonie).
Occupant une position relativement centrale en Europe de l?Ouest, à proximité de Bruxelles, la Région
wallonne ? ou Wallonie ? constitue la partie sud de la Belgique. Elle couvre une superficie de 16.844
km², soit plus de la moitié de la Belgique.
La Wallonie a une population d?environ 3.550.000 habitants, répartie inégalement au sein de 262
communes. La densité moyenne de 209 hab/km², est supérieure à la moyenne européenne, mais reste
inférieure à celle rencontrée dans les régions voisine s (Flandre et Pays-Bas notamment).
Enfin, il convient de signaler que le territoire wallon se caractérise par son ouverture par rapport aux
régions et pays voisins: absence de réelles barrières physiques, prolongement de ses caractéristiques
géographiques au-delà des frontières dans toutes les directions.
La plateforme paysage
La Région wallonne a ratifié la Convention européenne du paysage le 20 décembre 2001. La
Convention est en vigueur en Belgique depuis le 1er février 2005.
Suite à cette ratification par la Région wallonne, de nombreux acteurs locaux ont souhaité développer
un projet paysager en partenariat avec l?Administration. Les structures qui portent ces projets sont de
36
différentes natures: parc naturel, contrat de rivière, groupe d?action locale (GAL)? et les sources de
financement sont également variées: Interreg, Leader, subventions ?
La multiplication des initiatives a incité l?Administration à mettre en place une plateforme d?échanges
d?informations et de mise en cohérence des activités de ces structures.
L?objectif principal de cette plateforme paysage est double:
?Veiller à ce que toutes les initiatives développées en Région wallonne s?inscrivent dans la
philosophie de l?action régionale en matière de paysage: c?est le principe de cohérence.
?Favoriser les échanges d?expériences pour une meilleure synergie, complémentarité et mise
en réseau des actions financées par les pouvoirs publics; c?est le principe d?utilisation
rationnelle des moyens humains et budgétaires, ou principe de bonne gouvernance.
La plateforme paysage rassemble une vingtaine de participants et se réunit deux fois par an. Chaque
structure partenaire accueille tour à tour les réunions. Les représentants de ces partenariats locaux, de
la Conférence Permanente du Développement Territorial (CPDT), et de l?Administration se retrouvent
pour échanger des informations, des manières de faire et des conseils sur des actions qui ont réussi
(ou pas et pourquoi).
Pour en savoir plus : www.plateformepaysagedewallonie.be
MISE EN OEUVRE DE LA CONVENTION EUROPÉENNE DU PAYSAGE AU NIVEAU LOCAL :
L ?EXEMPLE DU GAL « PAYS DES TIGES ET CHAVÉES »
CORENTINFONTAINE
CHARGÉ DE MISSION PAYSAGES , GROUPE D ?ACTION LOCALE « PAYS DES TIGES ET CHAVÉES »,
BELGIQUE
Le Groupement d?Action Locale «Pays des Tiges et Chavées» (ci-après GAL PTC) est une ASBL,
association sans but lucratif alliant pouvoirs locaux et forces vives locales, menant depuis 15 ans des
projets de développement durable sur les territoires des communes rurales d?Assesse, Gesves et Ohey
(20.000 habitants, 20.000 hectares au sud-est de Namur; partenaire numéro 20 sur la carte descriptive
de la plateforme paysage de Wallonie présentée ci-dessus).
Ces réalisations concrètes dans des domaines variés (maillage vert, activités et production agricoles,
tourisme, éducation permanente, culture, cohésion sociale, etc.) ne sont possible que grâce à une
participation significative des fonds LEADER de l?Union européenne et de la Wallonie (90% du
37
budget), complétés par une part communale (10%). À titre d?exemple, pour la période 2014-2020, le
budget total engagé dans le GAL Pays des Tiges et Chavées ASBL (GAL PTC) est proche de deux
millions d?euros pour soutenir 9 thématiques6, dont la valorisation du patrimoine paysager.
Le projet «paysages» vise clairement à préserver les aménités territoriales locales qui sont l?une des
richesses importantes des communes du GAL PTC et qui sont perceptibles à travers la qualité de ses
paysages. Ce territoire est principalement localisé en Condroz, un ensemble de territoires paysagers
typique de Wallonie et caractérisé par une succession de sommets grèseux (tiges) et de dépressions
calcaires (chavées) parallèles sur plusieurs dizaines de kilomètres, succession rappelant la forme d?une
tôle ondulée et présentant une diversité et une qualité de paysages très appréciés des citoyens et
touristes.
Tous les 6 ans, les GAL doivent élaborer un nouveau «programme de développement stratégique»
afin de construire un dossier de candidature qui démontre une coordination d?actions répondant à des
besoins réels de citoyens, d?autres associations, de professionnels et d?administrations locales.
L?objectif général est l?amélioration du bien-être des citoyens des communes concernées tant sur le
plan environnemental, qu?économique et social. Le dossier est soumis à évaluation par les organes
compétents du Service Public de Wallonie, sans garantie de financement du programme.
La méthodologie choisie par le GAL PTC est largement participative et transparente puisque l?appel au
grand public et aux forces vives du territoire pour des réflexions en groupes de travail sont au coeur du
processus.
Deux étapes préalables permettent de guider ce travail de diagnostic dit «chaud»: un diagnostic
territorial dit «froid» (compilation de statistiques socio-économiques, démographiques, spatiales, etc.)
et une identification d?enjeux et de thématiques prioritaires pour l?assemblée générale de l?ASBL. Le
processus se termine par une double passe sur le diagnostic territorial affiné par la synthèse des idées
et axes de développement à considérer selon les réflexions participatives: une première nomination de
projets s?opère sur base de critères objectifs, suivie d?une sélection définitive des projets considérés par
l?assemblée générale de l?ASBL comme les plus stratégiques et les plus aboutis, notamment dans leurs
dimensions touchant à l?innovation et à la pérennisation des actions à entreprendre (critères importants
pour le financement du programme). Le choix tient également compte des moyens financiers dont le
GAL pourra potentiellement disposer. Certains projets non retenus en l?état, mais dont l?intérêt est
avéré, restent à l?étude pour être introduit le cas échéant dans d?autres programmes de financement.
Parmi les 9 thèmes retenus par le GAL PTC pour son programme de développement stratégique, la
fiche-projet «paysages» tient une place de choix, non seulement parce qu?elle peut s?inscrire en
synergie avec les autres fiches (logement, agriculture, filière bois, etc.) mais également parce que le
6 Synthèse complète des projets repris dans ce?e plaque?e :
h?p://www.?ges-chavees.be/sites/default/files/plaque?e_projets_gal_2014-2020.pdf
38
paysage en est un vecteur fédérateur, notamment en matière de communication avec des publics
variés.
Fiche-projet «paysages»
L?ambition du GAL PTC dans cette fiche-projet est d?utiliser l?interprétation paysagère comme levier de
(ré)appropriation citoyenne de leur espace de vie et comme révélateur d?une identité territoriale forte.
La piste de l?interprétation des paysages est issue d?une réflexion du groupe de travail «Éducation à
l?environnement» organisé par le GAL le 22 avril 2014. L?analyse paysagère était alors apparue
comme une grille de lecture permettant de comprendre l?évolution du territoire par rapport aux
différentes thématiques abordées par le GAL: l?agriculture, les forêts, le logement?
Le projet est motivé par un besoin de maîtrise locale de clefs de compréhension de la dynamique
territoriale qui façonne les espaces de vie et dont les marqueurs perdurent dans les paysages. Ce
besoin est partagé par différents groupes cibles actifs sur le territoire: les «professionnels»
(administrations et pouvoirs locaux en charge de l?urbanisme et de l?aménagement du territoire), les
commissions citoyennes locales (CCATM, CLDR, PCDN), les enseignants du 3e degré fondamental,
les guides touristiques professionnels, les associations culturelles et artistiques, les citoyens à titre
individuel.
Les actions entreprises sont donc déclinées en fonction de ces publics cibles, afin d?adapter au mieux
leurs expériences paysagères et de garantir au mieux la diffusion de la connaissance partagée et le
réemploi des supports développés. In fine, les actions proposées en termes d?aménagement du
territoire et de valorisation des paysages, incluant la mise en valeur du patrimoine culturel, naturel et
identitaire local, permettent d?entretenir et de consolider une forme de bien-être des habitants, en
préservant le caractère rural du territoire.
Mise en oeuvre de la fiche-projet «paysages»
Les actions visées par la fiche-projet «paysages», déclinées selon différents publics cibles
(gestionnaires du territoire, citoyens, public scolaire, touristes?), sont distinguées selon deux mises en
oeuvre complémentaires: l?expérience sensible et la mise en média, adaptée aux publics cibles.
L?expérience sensible des paysages consiste à organiser des activités qui permettent aux participants
de suivre et de vivre en direct une analyse paysagère de manière à prendre conscience qu?il y a
quelque chose à voir «au-delà du contemplatif». À côté de la participation spontanée de certains
d?entre eux aux activités «grand public» (telle que des balades «transect»), le GAL PTC a proposé
aux élus locaux des journées d?initiation à l?analyse paysagère et des ateliers cartographiques sur
l?évolution et les formes de densité du bâti. Pour les autres publics, relevons en particulier des jeux
d?observation et d?orientation pour les écoles primaires, des formations pratiques sur le terrain pour
guides professionnels, etc.
La mise en média des paysages consiste à développer des supports adaptés pour transmettre et
diffuser de l?information nécessaire à l?analyse paysagère et à la compréhension de l?évolution
territoriale (évolution de la mobilité et impacts sur les activités agricoles, par exemple). Cet aspect
nécessite d?adjoindre à l?«ici et maintenant» d?autres échelles d?analyse et d?autres dimensions
temporelles, fort peu maîtrisées par les élus locaux. In fine, les supports développés pour un public-
cible sont reversés aux actions entreprises avec d?autres, pour un résultat tout aussi satisfaisant, telle
que cette brochure de sensibilisation à l?impact paysager de nouvelles constructions:
https://www.tiges-chavees.be/construirelespaysagesdedemain/.
39
Ces deux ensembles d?actions sont renforcés par:
?Un axe de travail scientifique de terrain consistant à
cartographier des unités paysagères locales selon leurs
caractéristiques observables ou telles que rapportées par les
habitants
?Un axe de travail de soutien aux initiatives locales
consistant à fournir des contenus «paysages» adaptés, tels
qu?une guidance lors d?une manifestation villageoise ou des
panneaux d?interprétation paysagère pour un circuit de
valorisation du petit patrimoine. Là encore, l?objectif est de
rencontrer au plus près une demande concrète sur le terrain.
Le projet Paysages s?articule bien entendu avec d?autres projets et
bon nombre des actions mises en oeuvre n?auraient pas pu se
concrétiser sans l?appui des collègues travaillant sur d?autres champs
(autonomie en fourrage pour l?élevage, filière bois, etc.) ni sans la
collaboration des citoyens, des administrations, des élus ou encore
des associations. Soulignons aussi que ces travaux n?auraient pas pu
être accomplis dans les mêmes conditions sans la collaboration avec
d?autres structures GAL et parcs naturels appartenant à la plateforme paysage de Wallonie. Je tiens à
ce propos à remercier MireilleDeconinck pour son appui précieux.
EXPÉRIENCE CONCRÈTE D?UN ÉLU LOCAL : L ?EXEMPLE D?ASSESSE
JULIENDELFOSSE
ÉCHEVIN D?ASSESSE, CHARGÉ DE LA PARTICIPATION, DE LA RURALITÉ , DU PLAN COMMUNAL DE
DÉVELOPPEMENT RURAL, DE L ?ÉCONOMIE , DE LA COMMUNICATION ET DE L ?ALIMENTATION DURABLE ,
BELGIQUE
Mon témoignage sera d?une double nature, dans la mesure où j?ai d?abord pu profiter de l?appui du GAL
PTC comme citoyen engagé avant de devenir échevin (adjoint au maire) d?Assesse en2018.
J?ai donc bénéficié de ce sou?en lorsque je m?inves?ssais auprès de la Commission communale d?aménagement du
territoire et de la mobilité (CCATM). Ce?e commission doit se réunir périodiquement afin d?analyser les dossiers
urbanis?ques, et notamment les demandes de permis de construire ou de travaux émanant des citoyens ou
des entreprises. Dans ce cadre, le GAL, avec sa fiche projet Paysages, a
accompagné tous les acteurs des CCATM des trois communes
couvertes. Ces derniers ont pu bénéficier d?ateliers et de formations, et
tirer des enseignements de la plaquette éditée. Ces éclairages leur
donnent des clés afin de mieux analyser les dossiers urbanistiques en
vue de rendre un avis ? certes consultatif, mais largement écouté par les
pouvoirs locaux ? plus éclairé.
Les sorties de terrain ont permis de mieux comprendre l?origine du bâti de
nos villages, l?implantation de telle ferme et leur orientation, ou encore les
types d?huisseries. Ces enseignements ont conféré une forme d?expertise
aux membres des CCATM, même s?ils n?en sont pas devenus des
professionnels pour autant. Des cycles de formation réguliers sont
organisés pour les différentes Commissions de sorte à conférer à leurs
membres des clés d?analyse de leur paysage. Cette connaissance leur
permet de mieux apprécier la pertinence de tel projet, par exemple en
fonction de la géologie, de la topographie et de l?histoire locale.
J?ai pris part également au réseau de «paysa-guides» lancé par le GAL
avec la Maison du Tourisme. Ce réseau rassemble des personnes
investies et disposées à proposer des promenades dans leur terroir, afin
d?en expliquer les grandes composantes aux habitants et aux visiteurs du
Condroz.
40
Dans ce cadre, j?ai bénéficié de formations à la lecture de cartes afin de pouvoir construire des circuits
touristiques. J?ai également suivi des modules complémentaires afin de mieux comprendre le rythme de
l?agriculture. La rencontre avec les agriculteurs a favorisé une meilleure connaissance de leurs réalités
et de leurs difficultés. Enfin, un module avec les agents de la nature et la forêt en charge de la gestion
des différents bois communaux a permis de mieux comprendre la vie de la forêt et la manière dont elle
peut façonner l?aménagement du territoire.
En conclusion et résumé, la présence du GAL PTC sur le territoire communal de la commune
d?Assesse lui permet de bénéficier d?un ensemble d?actions qu?elle n?aurait pu engager isolément, faute
de moyens humains, puisque les chargé·e·s de missions du GAL PTC sont spécialisés dans les
matières qu?elles/ils traitent.
En synergie avec d?autres thématiques territoriales spécifiques au territoire, telles que l?agriculture
céréalière, l?élevage et la foresterie forts développés, les actions menées par le GAL PTC dans le cadre
de la fiche-projet «paysages» développent des outils de compréhension utiles et nécessaires pour
aider la commune (1) dans sa gestion des permis d?urbanisme et de l?aménagement du territoire au
sens large, (2) à la sensibilisation des citoyens aux spécificités locales et au respect des activités
rurales, et (3) à la promotion touristique de son patrimoine culturel et paysager, permettant ainsi de
développer une série d?activités génératrices d?emplois et de revenus, à côté du secteur primaire
traditionnellement présent en territoire rural.
Dans cette perspective, le GAL PTC devient un partenaire actif et un relais utile dans la co-construction
du vivre ensemble.
DISCUSSION
SOPHIE GERIN
CHARGÉE DE MISSION PAYSAGE, DREAL HAUTS-DE-FRANCE
Quel public les balades commentées parviennent-elles à drainer? À quel moment sont-elles
organisées pour fédérer le plus large public?
CORENTINFONTAINE
Le GAL existe depuis une quinzaine d?années, si bien qu?il est de mieux en mieux connu sur le
territoire. Un site Internet et des fascicules permettent de relayer l?information. De plus, j?ai diffusé
l?information auprès de personnes ou de groupes que je savais potentiellement intéressés par la
problématique des paysages. Les écoles ou les CCATM constituent ainsi des relais de l?information.
Nous misons donc assez largement sur le bouche-à-oreille. Ces actions ont permis d?attirer une
trentaine de personnes dans le cadre des balades, ainsi qu?une cinquantaine s?agissant des deux
conférences.
La Maison du Tourisme relaie également les manifestations organisées par le GAL, via ses propres
canaux de diffusion. Le festival de balades qu?elle organise le dernier dimanche de septembre draine
facilement 700 à 800personnes qui découvrent ou redécouvrent ainsi notre territoire. De façon
générale, la Maison du Tourisme a été d?une aide précieuse pour identifier encore d?autres relais de
diffusion.
Le public type attiré par les balades commentées est composé de personnes de 35 à 65ans. Il s?avère
que ce sont souvent les mêmes individus qui se déplacent, même s?ils ne participent pas à toutes les
balades. Nous constatons à ce propos que bien des personnes intéressées par les balades
commentées rechignent à parcourir de longs déplacements pour y prendre part, ce qui démontre
l?importance de la plus grande proximité. Il importe d?aller à la rencontre du public.
41
DE LA MISE EN RÉSEAU RÉGIONAL À L?ORGANISATION D?ATELIERS
INTERCOMMUNAUX POUR FAVORISER LES APPROCHES PAYSAGÈRES DANS
L?AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE: L?EXEMPLE DE LA BRETAGNE
JULIENTRANSY
En France comme en Wallonie, la mise en réseau constitue un élément fort au service de la mise en
oeuvre de la Convention européenne du paysage. En France l?échelon régional apparaît
particulièrement pertinent pour structurer une telle dynamique, dans la mesure où il permet d?atteindre
une masse critique d?acteurs, d?expériences, de connaissances et de projets à faire dialoguer.
Les Directions Régionales de l?Environnement, de l?Aménagement et du Logement (DREAL)
s?impliquent, aux côtés d?une diversité de partenaires, dans la constitution et l?animation de tels
réseaux, avec des démarches pionnières souvent citées en exemples (le Réseau Paysage Midi-
Pyrénées aujourd?hui devenu Réseau Paysage Occitanie), et de récentes relances ou mises en place
d?initiative prometteuses (en Nouvelle-Aquitaine, Auvergne-Rhône-Alpes?).
Ce schéma n?empêche pas la mise en réseau de niveau départemental, ces démarches pouvant se
nourrir mutuellement: pour faire écho à la présentation wallonne structurée autour de trois prises de
parole illustrant trois échelles d?interventions, Caroline Guittet, Thibaut Gaborit et Armelle Andrieu vous
présenteront le réseau régional de Bretagne, en mettant aussi en exergue l?articulation entre les
échelles régionale, départementale et locale.
CAROLINEGUITTET
CHEFFE DE PROJET , PÔLE PAYSAGES DE L ?OBSERVATOIRE DE L ?ENVIRONNEMENT EN BRETAGNE,
FRANCE
Dans le contexte qui vient d?être exposé, l?objectif de mon intervention sera de vous montrer comment
le réseau breton s?est constitué et comment il perdure. La mise en réseau est double: la mise en
réseau des acteurs de la connaissance paysagère et la mise en réseau des données paysagères.
Le réseau d?acteurs à l?oeuvre en Bretagne est en voie de consolidation depuis quinze ans. Cette
consolidation est confortée par un contexte juridique favorable, avec notamment la loi Paysage
de1993, puis la Convention européenne du paysage de2000, les lois Grenelle de2009 et2010 puis la
loi pour la Reconquête de la Biodiversité, de la Nature et des Paysages de2016.
Dès 2005, l?État et la Région ont impulsé une politique paysagère très active et volontariste. Elle
favorise la rencontre des différents acteurs autour des questions paysagères. En parallèle, l?État et la
Région travaillent avec le monde de la recherche scientifique, en particulier avec le laboratoire ESO
Rennes, sur l?identification et la qualification des paysages.
Le projet POPP-Breizh, la plateforme des Observatoires Photographiques du Paysage de Bretagne, né
en 2011, a concouru à fédérer les acteurs du paysage en Bretagne.
La POPP Breizh
Le territoire de la Bretagne comprend, en 2011, 4OPP. L?objectif premier de
la POPP-Breizh consiste à mutualiser les moyens et les compétences pour
développer un outil commun visant à rendre accessible les séries
photographiques de tous les OPP de Bretagne. Il s?agit également de faciliter
l'exploitation des corpus photographiques qui deviennent de plus en plus
abondants au fil du temps.
En France, la méthode pour concevoir un OPP a été formalisée par le
ministère chargé de l?environnement en 2008: le comité de pilotage,
composé d?élus, d?associations et de professionnels, choisit et définit des problématiques paysagères
en fonction desquelles un photographe professionnel ou un chargé de mission réalise des campagnes
photographiques «mitraillette» sur le territoire. Des photos anciennes peuvent également être
récoltées. Le comité de pilotage se réunit ensuite une seconde fois dans le but de sélectionner des
points de vue amenés à être rephotographiés dans le temps et dans les mêmes conditions de
production (même cadrage, etc.).
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La prise répétée de photos à partir de mêmes points de vue
permet de prendre conscience de l?impact de chaque action
d?aménagement, même individuelle, sur le paysage et le cadre
de vie.
La POPP-Breizh permet au grand public d?avoir accès à
l?ensemble des photographies. Il est possible d?y effectuer des
recherches thématiques; à titre d?exemple, l?utilisateur peut ainsi
sélectionner toutes les photographies présentant des haies,
voire toutes celles ou ces mêmes haies ont disparu. Chaque
porteur y dispose d?un espace dédié et y verse ses
photographies. L?outil comprend en outre un volet sonore et un
volet participatif.
Ce projet, qui découle d?une initiative conjointe entre l?État, la
Région et le Laboratoire ESO Rennes, a impliqué une
cinquantaine d?institutions, dont des acteurs bretons et d?autres
régions (Occitanie) voire d?autres pays (Observatoire de la
Catalogne en Espagne, le South Devon au Royaume-Uni, etc.).
Ce projet, certes coûteux ? environ 300000euros, coûts de
conception, temps de développement, réunion d?harmonisation,
création, financement de thèse, etc. ?, constitue néanmoins un
véritable booster d?OPP, puisque le nombre d?OPP en cours ou en projet sur le territoire est passé de 4
en 2011 à 25 en 2019.
L?Observatoire de l?Environnement en Bretagne (OEB) a été missionné par l?État et la Région afin
d?animer la plateforme. Dans ce cadre, un pôle Paysages, que je représente, a été créé avec l?objectif
de récolter toutes les données paysagères, de les structurer, de les analyser, puis de les diffuser.
La plateforme fédère actuellement 15 OPP, qui y ont versé un corpus conséquent de 537séries de
photographies, soit 2546clichés. Dès 2020, la plateforme devrait héberger environ 700séries
photographiques.
Faire vivre la POPP-Breizh, c?est avant tout faire vivre un réseau. Il s?agit en effet d?apporter un appui
technique auprès des cinquante utilisateurs. J?organise aminima deux ateliers par an autour des OPP:
atelier «initiation à la POPP-Breizh», atelier «exploitation des OPP», atelier «valorisation des OPP»,
etc. En fonction des besoins, nous mettons en oeuvre des développements informatiques. Année après
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année, de nouveaux partenariats émergent avec les communautés de communes, les associations, les
musées et écomusées. La POPP-Breizh comprend non seulement un volet opérationnel, mais
également un volet social, avec la volonté de faire participer les habitants.
La prochaine étape consiste à centraliser les données paysagères, au-delà des OPP. La Région
Bretagne est couverte par quatre Atlas de paysage, dont trois (Morbihan, Ille-et-Vilaine, Finistère)
prennent déjà la forme de sites Internet et de documents PDF. Un autre est en cours de réalisation.
L?analyse des données s?appuie sur les séries photographiques et les dix plans de paysage. Une base
de données paysagères, comprenant une base de données interactive, est mise au service des
collectivités locales afin de leur faciliter les diagnostics en matière de paysage.
Les données sont centralisées. Elles sont également exploitées pour donner à comprendre les
dynamiques paysagères. Pour exemple, une analyse globale de la POPP-Breizh est réalisée chaque
année. Divers articles sont co-écrits avec les acteurs de la connaissance paysagère pour alimenter le
site web de l'OEB. Des vidéos de courte durée sont créées pour valoriser la démarche OPP.
Nous travaillons aussi sur des indicateurs de paysage, dans le but de fournir des outils pour les
politiques publiques et les citoyens. Les indicateurs ont pour but de mesurer les évolutions du paysage
dans une perspective de maintien, voire d?amélioration de la santé des paysages. Ce nouveau champ
d?investigation répond aux besoins régionaux et infrarégionaux tout en garantissant un haut niveau
d?exigence scientifique. Nous nous sommes en effet aperçus que les collectivités s?appropriaient la
POPP-Breizh dès lors qu?elle était légitimée par une démarche scientifique. Une équipe projet se réunit
régulièrement pour développer ces indicateurs en s?inspirant des travaux déjà à l?oeuvre à
l?international. À titre d?exemple, l?évolution des émissions lumineuse est un sujet traité par l?équipe
projet et est en réponse aux prescriptions de la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et
des paysages.
Nous produisons et fournissons également des
ressources en faveur de la connaissance et de
l?action paysagère. Nous valorisons les actions
des territoires par le biais d?articles et
d?infographies. Dans le même temps, nous
recensons les productions des acteurs du
territoire (outils, chartes, études, etc.). Nous
publions cette année un dossier thématique sur
l?état actuel des paysages bretons, dossier à
destination du grand public. En complément,
nous produisons un dépliant intitulé «la
démarche paysagère à l?échelle locale: quelles
étapes?» qui recense l'ensemble des
ressources disponibles en Bretagne pour la
conception de diagnostics paysagers. Ce document technique est, quant à lui, à destination des
collectivités territoriales.
Tous nos différents supports d?information sont accessibles en ligne.
Consolider le réseau implique des rencontres régulières entre les différents acteurs du paysage. Pour
exemple, une rencontre sur deux jours est prévue cette année entre les porteurs d'OPP. L?évènement
s?intitule «Il était une fois dans l?Ouest, les OPP bretons». À ce jour, 234 acteurs très divers sont
référencés dans le réseau. Consolider ce réseau, c?est aussi communiquer: 4 newsletters sont
envoyées aux acteurs du paysage et 25 posts sont publiés dans les réseaux sociaux en 2019.
Pour conclure, les forces d?un réseau sont de trois ordres:
1) Des projets collaboratifs dans un cadre juridique structurant, avec des exigences scientifiques et en
réponse à des besoins régionaux et infrarégionaux;
2) Des moyens: une animation dédiée et en continu, des compétences paysagères, mais aussi en
informatique, en communication, etc., et un financement collégial;
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3) L?ouverture vers l?extérieur, qui se matérialise par des partenariats avec la DREAL Occitanie ou
encore le Parc naturel régional des Vosges du Nord, ainsi que par le passage d?une vision en silo à une
vision transversale des questions environnementales.
THIBAUTGABORIT
RESPONSABLE DU SERVICE DES ESPACES NATURELS DU CONSEIL DÉPARTEMENTAL D ?ILLE-ET-VILAINE ,
FRANCE
En préambule, je tiens à remercier le Conseil de l?Europe et le Ministère de la Transition Écologique et
solidaire de nous avoir invités, ce qui représente pour nous une forme de reconnaissance et un
encouragement.
L?Atlas des paysages d?Ille-et-Vilaine s?insère dans la politique départementale relative aux espaces
naturels sensibles. Dans son articleL.142-1, le Code de l?urbanisme prévoit que les conseils
départementaux (ci-après Départements) soient compétents pour élaborer et mettre en oeuvre une
politique en faveur de la préservation des sites, des paysages et des espaces naturels. À l?heure
actuelle, presque tous les Départements portent une politique volontariste en matière de biodiversité et
en faveur de la préservation des espaces naturels, mais tous ? loin de là ? ne portent pas encore une
politique en faveur des paysages, même si celles-ci commencent à se diffuser progressivement. Le
Département d?Ille-et-Vilaine pour sa part s?est engagé dans cette voie en régie depuis une dizaine
d?années. Par ailleurs, la loi pour la Reconquête de la Biodiversité, de la Nature et des Paysages
de2016 retient l?échelle départementale comme la plus pertinente pour développer des Atlas des
Paysages, ce qui légitime davantage encore l?action des Départements en la matière.
Mis en ligne en2014 (https://paysages.ille-et-vilaine.fr/), l?Atlas des Paysages d?Ille-et-Vilaine a été
élaboré en maîtrise d?ouvrage partagée
avec les services de l?État. Il est a priori le
premier en France à avoir intégré dans son
cahier des charges un volet sociologique
et la prise en compte de la perception du
territoire et des paysages par les habitants,
en lien direct avec la Convention
européenne du paysage. Pour ce qui nous
concerne, cette prise en compte s?est
matérialisée par des rencontres et des
entretiens avec la population, la diffusion
de questionnaires et un appel à recueil de
photographies anciennes. Cette démarche
a permis de confronter la perception des
paysages par les habitants au regard de
paysagistes experts afin d?identifier
différentes unités de paysage et de définir
des enjeux. La constitution de l?Atlas
résulte d?un projet concerté et
multipartenarial associant services de
l?État, monde de la recherche, élus et
collectivités territoriales, acteurs locaux ou
encore paysagistes et sociologues.
L?Atlas en ligne, très complet, est assorti
d?un livret de synthèse des paysages d?Ille-
et-Vilaine, en réponse à une demande
exprimée en ce sens par le comité de
pilotage du projet.
Le département d?Ille-et-Vilaine comporte
29unités de paysages différentes,
traduisant la grande diversité du territoire. Les limites administratives du département s?effacent
derrière les limites des unités paysagères, afin de mettre en exergue la continuité de ces unités sur les
territoires voisins.
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Trois Observatoires photographiques du Paysage (OPP) ont été mis en place sur le territoire
départemental.
Le premier se place à l?échelle des Espaces naturels sensibles. Créé en 2016, il a vocation à mettre en
évidence l?évolution de ces espaces gérés et entretenus en régie, et sur lesquels nous pouvons être
amenés à effectuer des travaux de restauration ou à mettre en oeuvre des aménagements destinés à
remplir l?obligation d?accueil du public.
Ce suivi sera peut-être de nature à faire évoluer les pratiques de gestion à l?échelle d?un espace naturel
au fil du temps. Les photographies sont réalisées en régie par des agents du Département,
généralement des écologues. Cette mobilisation directe présente la vertu de les sensibiliser à la
question du paysage, qui ne représente généralement pas leur coeur de métier au départ, et de leur
permettre de parler du paysage au cours de leurs différentes réunions et rencontres.
Le deuxième OPP se situe à l?échelle du Département, directement en lien avec l?Atlas des Paysages
d?Ille-et-Vilaine. Il a pour vocation d?assurer un suivi de l?évolution des différentes unités de paysage
dans le temps, au travers de clichés pris par un photographe professionnel dans un contexte de forte
dynamique démographique (10000 à 12000habitants supplémentaires par an dans le département).
Les séries photographiques ont pour objectif de mettre en lumière les enjeux identifiés pour chaque
unité de paysage dans le cadre de l?Atlas. Les photographies font volontairement apparaître l?activité
humaine.
Par exemple, les enjeux mis en exergue par les photographies ont trait à la lisibilité des cours d?eaux,
au bocage et aux franges urbaines.
Enfin, un observatoire participatif à l?échelle du Département vise à impliquer les habitants sous forme
d?un appel à photographies, organisé dans le cadre d?un concours autour de trois thématiques:
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Etang de l?Abbaye ? Paimpont 2016 ? 2017 - 2018
Rôle de la main d?oeuvre saisonnière dans les cultures légumières, Roz-sur-Couesnon
«paysage en danger», «paysage familier» et «paysage insolite». Il a été demandé aux
contributeurs de s?engager à reconduire leur photographie de sorte à constituer un observatoire au sein
duquel les habitants eux-mêmes suivront l?évolution du paysage.
Une fois l?Atlas constitué, le comité de pilotage a par ailleurs souhaité aller plus loin pour mieux animer
et valoriser cet outil: l?intervention suivante a pour objet de vous présenter les réflexions et actions
associées.
ARMELLE ANDRIEU
CHARGÉE DE MISSION , ESPACES NATURELS ET PAYSAGES, DÉPARTEMENT D?ILLE-ET-VILAINE
Les réflexions menées ont permis de constituer un programme d?actions assez proche de celui proposé
par le GAL Pays des Tiges et Chavées en Wallonie, programme en faveur duquel nous avons déposé
une demande de fonds auprès du FEDER.
Ce programme d?actions vise à vulgariser les informations contenues dans l?Atlas et à faire en sorte
qu?elles soient mieux appréhendées non seulement par les habitants, mais aussi par les collectivités
locales, dans une perspective d?aménagement du territoire.
Le premier volet de ce plan consiste en la diffusion auprès du grand public de la
connaissance sur les paysages d?Ille-et-Vilaine. Une première action consiste à
modifier le site internet actuel de l?atlas des paysages [https://paysages.ille-et-
vilaine.fr] pour y inclure une plateforme d?échanges de documents (photothèque,
ressources, ressources pédagogiques?). Afin de favoriser une meilleure
appropriation de la thématique du paysage par le grand public, des animations
paysages ont été proposées dans le programme départemental d?animation des
espaces naturels sensibles. Au total, 15 animations à destination du grand public
et des publics scolaires ont été organisées en 2019. Toujours dans le cadre de
vulgarisation du contenu de l'atlas des paysages, le comité de pilotage a souhaité
proposer un outil numérique innovant en développant une application numérique
présentant les paysages bretilliens de manière immersive (réalité virtuelle et
augmentée). Pour le développement de cette application, nous prendrons
exemple sur l?application e-patrimoine créée par la communauté de communes
du Briançonnais. Par ailleurs, une exposition sur les paysages sera lancée en
2020-2021; elle présentera l?évolution des paysages observés à travers les premières séries de l?OPP.
Le deuxième volet de ce plan se focalise sur l?aide à la décision
pour les collectivités et les acteurs socioprofessionnels. Dans ce
cadre, le comité de pilotage a souhaité proposer des formations
et des ateliers techniques destinés aux élus locaux et aux
techniciens des collectivités territoriales chargés de l?urbanisme,
de la rédaction des documents de planification, du
développement économique ou encore des continuités
écologiques, mais aussi des entreprises et des opérateurs
économiques. Ces ateliers s?organisaient autour de trois temps
consacrés à trois thématiques: notion de paysage et documents
de planification territoriale, lecture des paysages sur les six
enjeux de l?atlas de paysages, application des connaissances
pour l?action opérationnelle et utilisation de la «boîte à outils Paysages» développée par le bureau
d?études partenaire. De façon générale, l?objectif consiste à concourir à la meilleure prise en compte
des enjeux du paysage dans les documents d?urbanisme.
Six ateliers ont été organisés à destination des Communes, des Communautés de Communes, des
opérateurs économiques (aménageurs, lotisseurs, Chambre d?Agriculture, etc.) tout au long du mois de
juin2019. Plus de 80personnes s?étaient inscrites à ces journées ayant pour objet de sensibiliser les
participants à la prise en compte des enjeux posés par l?Atlas des Paysages, de sorte qu?ils soient
mieux intégrés aux projets d?aménagement, en leur donnant des clés pour ce faire (présentation des
outils juridiques et réglementaires ainsi que de la boîte à outils Paysages notamment). Un septième
atelier a été organisé pour les agents du Département, dans un souci d?exemplarité interne. La boîte à
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outils Paysages a été mise à disposition de toutes les communes et communautés de communes afin
qu?elles puissent se l?approprier.
Par ailleurs, des conventions de
partenariat ont été nouées avec
l?Université de Rennes1 pour réaliser
un teaser d?engagement à destination
des élus sous forme d?une vidéo de
deux à trois minutes, ainsi que d?une
étude de cas balayant tous les
aspects transdimensionnels des
paysages. Ces travaux sont en cours
de finalisation. Dans le cadre de ce
partenariat, nous ambitionnons de constituer un module d?autoformation qui sera disponible sur le site
Internet consacré à l?Atlas des Paysages.
Enfin, un second partenariat a été noué dans le cadre d?une convention avec le laboratoire ESO de
l?université de Rennes2, à propos d?une thèse sur l?intégration des paysages dans le cadre des
documents d?urbanisme. Nous travaillons en relation avec les chercheurs afin de proposer des
documents d?accompagnement et des outils à destination des collectivités, pour leur donner des clés
de lecture les aidant dans leurs prises de décisions.
THIBAUTGABORIT
En guise de conclusion et ouverture, différentes perspectives ont été identifiées pour prolonger toutes
les actions déjà entreprises:
?Par l?intermédiaire des OPP: poursuivre l?analyse des dynamiques et des pressions qui
modifient les paysages, en lien avec les décisions d?aménagement pour leur meilleure
préservation (indicateurs régionaux du paysage). Ces OPP pourraient contribuer à la mise en
oeuvre de la vision des élus récemment adoptée sous le vocable «Ille-et-Vilaine2035», en
permettant de suivre l?évolution des paysages et de vérifier dans quelle mesure elle répond ?
ou non ? à ces objectifs;
?Accompagner les collectivités dans la prise en compte des paysages dans la planification
territoriale, par le renforcement de l?ingénierie territoriale auprès des collectivités locales en
matière de biodiversité et de conseil relatif au paysage;
?Mieux identifier les facteurs influençant l?intégration du paysage à l?échelle communale et
intercommunale, et agir sur ces mécanismes.
DISCUSSION
JEAN-PIERRE THIBAULT
Les différentes interventions que nous venons d?entendre ont mis en lumière d?excellents outillages et
de belles opérations de formation et de sensibilisation de l?ensemble des acteurs locaux au paysage. Il
reste cependant beaucoup à faire en la matière; nous pouvons en effet constater que même en Ille-et-
Vilaine, de nombreux documents d?urbanisme restent fidèles aux schémas anciens. Alors que
l?outillage est depuis assez longtemps perfectionné pour les parties bâties du territoire, les parties non
bâties demeuraient jusqu?à récemment assez peu documentées. Un important travail est encore à
réaliser en la matière, mais je reste optimiste sur notre capacité collective à y parvenir.
ODILE MARCEL
Serait-il envisageable de s?orienter à l?avenir vers des OPP vivants, retranscrivant de manière animée
les paysages et rendant compte du paysage sonore?
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CAROLINEGUITTET
La POPP-Breizh permet de mettre à disposition des enregistrements sonores du paysage et des
témoignages sonores d?habitants.
THIBAUTGABORIT
Dans notre démarche d?observatoire départemental, nous avons souhaité expérimenter des
observatoires photographiques nocturnes ou encore des observatoires photographiques cinétiques.
Ainsi, un photographe s?est employé à prendre des clichés depuis le TGV tout au long du trajet. Nous
expérimentons aussi l?idée un observatoire macrophotographique, avec une articulation entre de très
gros plans et des plans moins rapprochés. À titre d?exemple, il s?agit de photographier un bâtiment
traditionnel de loin, puis en plan plus serré et enfin en gros plan pour mettre en évidence le matériau
traditionnel de construction, qui contribue à l?identité paysagère du territoire.
CAROLINEGUITTET
Le Parc naturel régional du Morbihan, pour sa part, a souhaité mettre en évidence, au travers de
photographies prises toutes les quinze minutes, le mouvement des marées et les activités qui
s?exercent au gré de ses fluctuations (pêche à pied, par exemple), ce dont une succession de photos
uniques prises à un an d?intervalle ne peut rendre compte.
NICOLASSANAA
AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE, FPNRF
Parmi les 54 parcs naturels régionaux, une trentaine compte actuellement un OPP; une dizaine
d?autres sont en projet. Un projet de thèse impliquant certains de ces parcs autour des OPP et de leurs
usages est également à l?étude, faisant de cette thématique une question belle et bien vivante.
De notre point de vue, la question prégnante à propos des OPP porte sur leur utilité dans une
perspective de planification, ce qui rejoint l?approche évoquée lors de précédentes interventions,
consistant à se demander en quoi le paysage peut contribuer à l?urbanisme. Les parcs du Pilat ou des
Vosges du Nord constituent deux expériences parmi les plus avancées dans ce domaine. Les OPP y
sont mobilisés comme des outils d?aide à la décision en matière d?urbanisme et de choix urbains.
Nous avons par ailleurs organisé cette année un voyage dans le Vorarlberg où le cadre de vie est
véritablement un projet de paysage; la question de l?habitat, de la filière bois et de l?économie circulaire
y est très importante. Je profite de ma prise de parole et de la présence de la représentante hongroise
pour la mise en oeuvre de la Convention européenne du paysage pour faire savoir que nous souhaitons
organiser à l?avenir un voyage en Hongrie, centré sur la thématique de l?habitat vernaculaire ancien et
du paysage.
BECKERICH (LUXEMBOURG) ET MONT-SOLEIL MONT-CROSIN (SUISSE): DEUX
EXEMPLES EUROPÉENS ILLUSTRANT LA MISE EN RÉSEAU DES ACTEURS
BECKERICH (LUXEMBOURG)
MATHILDEKEMPF
Beckerich, au Luxembourg, est une commune rurale souhaitant retrouver une
autonomie énergétique, qui s?appuie sur son patrimoine et co-construit son
développement avec les habitants.
ARMELLELAGADEC
Avant l?ère du pétrole, ce territoire rural vallonné, productif et riche en ressources est habité et travaillé
de longue date. À partir de 1860, Beckerich perd son caractère exclusivement rural et développe des
carrières, la vannerie puis le chemin de fer qui permet à la commune d?accueillir des ouvriers travaillant
dans la sidérurgie. Après-guerre, une période de déclin s?entame, avec un exode rural important,
accentué par la fermeture des lignes ferrées. L?agriculture recule, les habitants ne travaillent plus sur
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place, la voiture domine, les infrastructures se dégradent. La commune perd progressivement son
caractère.
Actuellement la commune redevient dynamique grâce à la valorisation de ses ressources propres,
notamment l?eau minérale. Les villages et les espaces publics sont réinvestis, restaurés et retrouvent
une qualité. L?adhésion à l?Alliance internationale pour le Climat et la volonté d?atteindre une autonomie
énergétique amènent la commune à se développer autour des thématiques du développement durable.
De nouvelles économies émergent, des paysages agricoles et bâtis contemporains sont créés avec
une participation active des habitants. Ce dynamisme retrouvé attire une population sensible à ces
enjeux de société.
MathildeKEMPF Le processus de réflexion, de décision et
de mise en oeuvre a été favorisé par l?existence de com-
missions consultatives. Ce dispositif, commun au Luxem-
bourg, a favorisé une large implication des habitants et la
création d?un foisonnement d?initiatives. Des groupes d?ha-
bitants se sont mobilisés autour de huit thématiques diffé-
rentes dans le cadre de ces commissions, auxquelles parti-
cipait chaque fois un élu afin d?assurer le lien avec les poli-
tiques communales. Les parties prenantes interrogées ont
estimé unanimement que c?est ce mode de gouvernance
qui a permis à Beckerich d?être l?une des communes les
plus en pointe dans le développement durable, reconnue
comme telle à l?échelle européenne.
La dynamique engagée a par exemple abouti à la constitution d?installations solaires en copropriété
entre communes, entreprises et habitants, au service du recouvrement de l?autonomie énergétique. Par
ailleurs, un moulin a été écorénové pour abriter un lieu de rencontres et d?accueil culturel et touristique.
MONT-CROSIN (SUISSE)
Sur le territoire de Mont-Soleil Mont-Crosin, le projet énergétique, qui prédomine,
est devenu le prétexte à des actions plus larges.
ARMELLELAGADEC
Le territoire de Mont-Soleil Mont-Crosin est un territoire de moyenne montagne
caractéristique du Jura plissé. Avant l?ère du pétrole, le paysage comprend des habitats et des activités
en plaine, des boisements sur les versants et des hauteurs pâturées en été.
Au XXe siècle, une économie touristique se développe sur les hauteurs pour profiter de la vue, des
paysages et de la qualité de l?air. L?urbanisation et l?activité industrielle (mécanique de précision) se
développent en demeurant denses, préservant l?agriculture, qui s?intensifie. Les liaisons ferrées sont
maintenues.
À l?heure actuelle, un opérateur énergétique implante, en partenariat avec les collectivités, les acteurs
économiques locaux et les habitants, un parc solaire expérimental, puis un parc éolien construit en
concertation et en tenant compte des spécificités paysagères. La dynamique énergétique devient le
support de développement local et de tourisme.
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Avant pétrole Après pétrolePétrole
Moulin d?Millen - Beng Architectes associés
Armelle Lagadec & Mathilde Kempf
MATHILDEKEMPF
Des actions pédagogiques sont proposées par l?Espace Découverte Énergie pour tous les publics. Ces
opérations sont financées par l?opérateur énergétique BKW, qui est l?un des seuls de Suisse demeurant
bénéficiaire malgré ces financements.
Des temps forts d?accueil du grand public sont organisés pour se rencontrer, découvrir et questionner
l?implantation des éoliennes. Ces rencontres permettent le débat, y compris avec les détracteurs des
éoliennes, quand bien même leur organisation est également financée par l?opérateur. Une étude
paysagère assez poussée a été menée pour guider l?implantation des éoliennes et le développement
touristique est développé autour de ces dernières.
Dans cet exemple, l?installation des éoliennes et le paysage n?entrent pas en conflit mais en résonance,
puisqu?une étude paysagère assez poussée avait été menée afin de définir l?implantation et le nombre
des éoliennes que le site pouvait accueillir. De plus, des aménagements sont mis en oeuvre pour ouvrir
le site aux pratiques de loisir et de promenades, ce qui permet de concilier paysage, développement
touristique, découverte et ouverture du débat. Enfin, l?opérateur réfléchit avec les acteurs locaux à des
opérations de compensation telles que la création de sentiers de randonnée ou la restauration de
murets en pierres sèches, si bien que les paysages s?améliorent et que leur accessibilité progresse tant
pour les habitants que pour les autres visiteurs.
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© A la découverte de nos centrales, BKW
SÉQUENCE CONCLUSIVE
Pour élargir la focale, le programme prévoyait que Mathilde KEMPF et Armelle LAGADEC s?appuient
sur les regards croisés des différents territoires étudiés par le Collectif Paysages de l?après-pétrole
pour en dégager des enseignements thématiques, et que Maguelonne DEJEANT-PONS présente les
grandes lignes du programme de travail du Conseil de l?Europe relatif à la mise en oeuvre de la
Convention européenne du paysage pour la période 2020-2021.
Les contraintes horaires n?ont pas permis à Maguelonne DEJEANT-PONS d?assurer cette présenta-
tion, dont les supports sont en revanche accessibles sur le site du Conseil de l?Europe: HTTPS://
RM.COE.INT/168098FBAD (document rédigé) et HTTPS://RM.COE.INT/CONSEIL-DE-L-EUROPE-CONVENTION-
EUROPEENNE-DU-PAYSAGE-JOURNEES-NATIONAL/1680990933 (diaporama).
MATHILDEKEMPF ET ARMELLE LAGADEC
L?analyse de sept expériences paysagères européennes,
dont certaines ont été présentées tout au long de cette
journée, avait pour but d?identifier les actions mises en
oeuvre en un lieu donné, marqué par une culture, un
contexte et une réglementation particuliers, et de
déterminer les enseignements que nous pouvions en tirer
sur le plan des éléments de méthode relatifs aux
processus de développement local durable
reproductibles en d?autres lieux. Il nous intéressait aussi
de porter un regard croisé sur ces sept expériences (bien
qu?elles ne soient pas directement comparables les unes
aux autres puisque menées à des échelles différentes et
avec une grande variété d?acteurs), afin d?en retirer des
éléments communs. Il s?agissait enfin d?identifier les
apports de l?angle du paysage sur les processus de
transition.
Il résulte de cette analyse que la notion de paysage
porte, en plus du développement local durable, une dimension sensible, affective et liée au vécu. Elle
change la façon d?appréhender un territoire. L?entrée par le paysage permet également de redonner
une place aux notions de beauté, d?esthétique et de plaisir, qui ne trouvent pas réellement leur place
dans les approches sectorielles plus
techniques. L?étude montre aussi des
connexions entre le lieu, la façon dont il
est habité et les enjeux planétaires, en
partant du réel et du concret, en
agissant sur des éléments qui se
perçoivent au quotidien.
Par ailleurs, le paysage est révélateur
des ressources identitaires et
matérielles locales, qui sont
susceptibles de redevenir des supports
de développement local, avec une
réelle plus-value économique, au-delà
de la plus-value esthétique.
L?approche par le paysage s?avère être une méthode pour porter un regard transversal sur le territoire
et dans les actions. Cette transversalité crée une complexité, notion qu?il convient de bien distinguer de
la complication. La peur de cette complexité a pu engendrer des actions sectorielles au détriment des
liens, des connexions et des interactions, qui constituent pourtant une vraie richesse. Avec l?entrée
paysagère, la connexion entre tous les domaines devient plus évidente, car elle est plus visible dans le
territoire et rendue compréhensible au travers des expériences de terrain.
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Nous avons également relevé que des personnes qui s?ignorent habituellement vont se rencontrer et
travailler ensemble, dépasser les apriori pour mieux se comprendre. Le croisement des regards
amène aux solutions les plus simples, les plus économes et les plus utiles à différents niveaux.
Tous les différents cas étudiés
montrent aussi que l?implication et
l?appropriation des projets par tous
sont facilitées par l?approche
paysagère, qui fait prendre
conscience aux habitants et aux élus
qu?ils vivent dans un espace
particulier. Elle permet aussi à tous
les habitants, quelles que soient
leurs compétences, leur niveau de
culture, leur âge ou leur statut, de
contribuer au débat et parler des
paysages dans lesquels ils vivent.
Le changement de système se
construit progressivement. Chaque
étape montre la volonté, la ténacité et la fermeté des décideurs. Les notions de responsabilisation, de
valeurs, de fierté et de bien commun sont apparues systématiquement comme des aspects centraux et
défendus par les différents acteurs. Le processus change les rapports de pouvoir. Les rôles de tous
sont toujours bien identifiés et toujours complémentaires. Les sept expériences examinées se
caractérisent encore par la responsabilité de l?initiative, la responsabilisation et l?autonomie de chacun
des acteurs, ancrés sur le territoire.
Nous avons relevé que les règles sont construites sur mesures par les acteurs locaux en fonction des
besoins réels du territoire, de ses spécificités, des ressources humaines et physiques disponibles
localement.
Les politiques régionales ou nationales s?inspirent ensuite des règles ainsi créées parce qu?elles ont fait
leurs preuves concrètes en conduisant la réalisation d?actions. Elles viennent ensuite les conforter, les
appuyer, les démultiplier et leur donner des outils, sans pour autant se substituer à elles. La logique est
donc celle d?une coopération et
non pas celle d?un schéma
descendant: les initiatives locales
nourrissent les politiques
régionales et nationales dans un
rapport équilibré.
Les départs par la très petite
échelle rendent les initiatives très
accessibles et très convaincantes.
Ils permettent d?aller pas à pas
vers des projets de plus grande
envergure. Tous les territoires
examinés fonctionnent dans une
logique de réseaux à des échelles
très variables, qui se construisent
en fonction des projets et qui ne sont donc pas figés.
Enfin, l?approche par le paysage agit comme une accélératrice de nouvelles ambitions au service du
bien commun. Les initiatives naissent toujours à des échelles très modestes avant de se développer.
Cette boucle vertueuse ne cesse de s?amplifier et de mobiliser de plus en plus de personnes.
Nous avons relevé dans chacun de ces territoires une très grande modestie. Rien n?est jamais abouti,
parfait ou absolu. Le parcours se construit et s?invente sans cesse, dans une dynamique de
progression continue.
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Ces expériences prouvent en outre que les notions de frugalité, d?utilité, de bon sens et de simplicité
sont toujours au coeur de projets. Contrairement aux idées reçues, l?approche par le paysage n?est
donc pas factrice de surcoût.
Il apparaît aussi que l?implication des différents acteurs contribue à redonner un sens commun aux
actions et aux projets. Leur participation suscite du bien-être et du plaisir. Les actions suscitent par
ailleurs le respect. La convivialité revêt ainsi une grande importance dans ces expériences.
Soulignons enfin qu?aucun de ces territoires n?était prédestiné à l?excellence, ce qui prouve que ces
initiatives peuvent naître partout. Tous ces territoires s?appuient fortement sur le paysage, qui joue un
rôle fédérateur et facilitateur évident dans l?action. Ces expériences font également pleinement
confiance à l?humain, et remettent ce dernier au centre de tous les processus, même s?ils s?appuient
sur de l?expertise technique et des outils. De telles expériences sont loin d?être anecdotiques. Elles
fleurissent un peu partout dans différents territoires.
Nous avons organisé l?an passé un colloque dans le bassin minier du Pas-de-Calais (qui constituait
notre territoire d?étude français), visant à faire se rencontrer des représentants de ces sept territoires, et
à mettre en perspective ces expériences afin de nourrir les réflexions en France.
De plus amples informations sur cette étude de cas européens sont disponibles sur www.paysages-
apres-petrole.org/etude-de-cas-europeens. Celle-ci devrait parallèlement faire l?objet d?une publication
prochaine. Le site donne également une vision plus large de toutes les actions du Collectif.
PRÉSENTATION DE LA VISITE D?ÉTUDE ORGANISÉE SUR LE TERRITOIRE DU PARC
NATUREL RÉGIONAL DES VOSGES DU NORD DU 27NOVEMBRE2019
ROMYBAGDHADI
CHARGÉE DE MISS ION PAYSAGE ET TRANSIT IONS AU SEIN DU PARC NATUREL RÉGIONAL DES VOSGES
DU NORD
Cette présentation synthétique a vocation à donner un aperçu des enjeux et du contenu de la visite de
demain, notamment à l?attention de ceux qui n?auront pas l?occasion d?y participer.
Nous vous donnons rendez-vous par ailleurs dès ce soir dans les locaux du CAUE du Bas-Rhin, que
vous soyez inscrits ou non à la visite de demain, pour l?inauguration de l?exposition consacrée à l?OPP
du Parc naturel régional des Vosges du Nord, en présence du photographe Thierry GIRARD.
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L?objectif de cette visite d?étude consiste avant tout à faire connaissance avec les spécificités
paysagères, les activités et le bâti caractéristique des différentes unités paysagères dont se compose
le Parc naturel régional des Vosges du Nord: le piémont, aux limites de la plaine et des massifs
gréseux, le plateau ouvert, constitué de l?Alsace bossue et le Pays de Bitche, le massif boisé, qui
couvre 70% du territoire du Parc.
À 9h30, nous nous arrêterons à Neuwiller-lès-Saverne pour
étudier les silhouettes villageoises et la rénovation du patrimoine bâti.
Un groupe se concentrera sur la filière pierre (le grès rose des
Vosges) à l?abbatiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul tandis que l?autre se
penchera sur la filière biosourcée pour l?écorénovation, dans une
maison à pans de bois en cours de rénovation, en compagnie d?une
chargée de mission du Parc et de deux entreprises locales.
Les participants se retrouveront ensuite à la Grange aux Paysages
de Lorentzen, qui héberge une structure d?initiation à
l?environnement dédiée aux paysages.
Une présentation en sera effectuée par les équipes, avant que des
chargés de mission du Parc évoquent l?Observatoire Photographique
et ses différents usages, les résidences de paysage et d?architecture
portées au cours des dernières années, ainsi que le Plan Paysage
du GR53, pour lequel le Parc a été lauréat 2019 de l?appel à projet
porté par le MTES.
Nous serons alors rejoints par
Michaël WEBER, Président du
Parc naturel des Vosges du
Nord et Président de la fédération nationale des Parcs naturels
régionaux, dont une allocution est prévue.
Pour le déjeuner, les participants «mangeront les paysages
d?Alsace Bossue», grâce à un buffet composé de produits locaux
préparé par l?ESAT de Diemeringen. Ils auront également
l?occasion d?échanger avec le photographe ThierryGirard et de le
voir à l?oeuvre dans la réalisation de prises de vue à Lorentzen.
Nous rejoindrons en début d?après-midi le musée du sabotier à
Soucht, où un zoom sera effectué sur la filière bois locale et les
actions engagées dans le cadre de la Charte forestière de
territoire. L?on montrera notamment comment les choix sylvicoles
dessinent non seulement le paysage forestier, mais encore un
paysage d?emploi local.
Enfin, la journée se conclura par une présentation de la filière
Verre, incarnée par des sites de production historique et le Centre
international d?art verrier de Meisenthal.
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Direction générale de l?Aménagement,
du Logement et de la Nature
Tour Séquoia
92055 La Défense cedex
Tél. : +33 (0)1 40 81 21 22
www.ecologique-solidaire.gouv.fr/
Mise en page couverture : Jean Etienne Malaisé/
INVALIDE)