Rapport d'enquête simplifié : Explosion à bord du navire de plaisance CHICHI le 8 avril 2017 devant Bandol (7 personnes blessées)
Auteur moral
France. Bureau d'enquêtes sur les événements de mer
Auteur secondaire
Résumé
Le présent rapport d'enquête simplifié a été établi par le bureau d'enquête sur les événements de Mer (BEAmer). Il porte sur<br />l'explosion survenue le 8 avril 2017 à bord du navire de plaisance CHICHI. Cet accident a fait sept blessés. Le BEAmer recommande d'entamer une démarche de modification de la norme EN ISO 9094:2017.
Editeur
BEAmer
Descripteur Urbamet
accident
;explosion
;incendie
;sécurité
Descripteur écoplanete
risques
Thème
Transports
Texte intégral
Rapport d'enquête
Explosion à bord du navire de plaisance CHICHI le 8 avril 2017 devant Bandol (7 personnes blessées)
Rapport publié : novembre 2017
Explosion à bord du navire de plaisance CHICHI, le 8 avril 2017 devant Bandol (7 personnes blessées) Le navire Le CHICHI est un navire de plaisance à moteur inbord essence modèle BAVARIA 32 SPORT. Les faits Le 8 avril 2017, vers 14h00, le navire de plaisance CHICHI, quitte le port de La Ciotat pour aller mouiller devant Bandol. Vers 17h30, le propriétaire quitte son mouillage pour aller faire le plein d'essence à Bandol. Le plein fait, le navire repart en longeant la côte à faible vitesse, de l'ordre de 3 à 4 noeuds. Vers 18h30, entre le port des Engraviers (ou port Athena) et l'île Rousse soit à 1,5 milles de Bandol, une explosion se produit dans le compartiment des moteurs, alors que le navire se situe à environ 100 mètres de la côte. L'explosion provoque l'arrachement du panneau fermant le compartiment moteur ainsi qu'un début d'incendie. Trois passagers se retrouvent à la mer. Le skipper coupe immédiatement l'arrivée d'essence (électrovanne) et il percute un extincteur à poudre de 5 litres qui se trouve à proximité du poste de pilotage. Par ailleurs, l'extinction fixe à poudre se déclenche automatiquement dans le compartiment moteur. L'incendie est maitrisé en moins de 30 secondes. Sur les trois passagers tombés à l'eau, deux regagnent la côte à la nage et la troisième est récupérée à bord. L'alerte est transmise par un témoin à terre et les secours interviennent rapidement. La SNSM a mis en oeuvre deux moyens : le semi rigide SNS665 qui a apporté les premiers soins aux victimes et la vedette SNS265 SAINT ELME. Voie d'eau Pendant son remorquage par la SNS265 vers le port des Engraviers, une voie d'eau est constatée sur l'arrière. Le navire est ensuite échoué sur la cale de mise à l'eau pour éviter qu'il ne coule.
Caractéristiques principales du navire : Immatriculation Longueur hors-tout Largeur Moteurs Volvo Penta essence Puissance des moteurs Année construction Catégorie de conception (CE) Module de vérification : : : : : : : : C50409 ; 10,20 m ; 3,20 m ; 2; 235 ,52 kW ; 2003 ; B; A bis.
Le réservoir et les deux moteurs sont situés dans un même compartiment, ainsi que différents auxiliaires (batteries, caisse à eau noire,...). L'espace libre est d'environ 2 m3. Le manuel de l'utilisateur des moteurs Volvo Penta comporte des consignes de ventilation pour se prémunir d'un risque d'explosion en cas de fuite d'essence (cf. en annexe). L'équipage Neuf personnes étaient présentes à bord, dont le skipper qui est le propriétaire.
Conséquences Conséquences sur le navire : Le souffle de l'explosion a été suffisamment puissant pour soulever le capot dont le vérin sur l'avant et les charnières sur l'arrière ont été arrachés. Le capot a été projeté à l'eau. Le cadre de la porte d'accès à la cabine a été enfoncé par le souffle et le pont s'est décollé de la coque sur l'arrière. L'explosion a également provoqué l'arrachage de du passe-coque pour l'évacuation des eaux noires, ce qui a entrainé une entrée d'eau par un orifice d'un diamètre de 5 cm, situé sur tribord arrière. Les gaines de ventilation ont brûlé mais les gaines électriques ont peu souffert des flammes. La peinture des moteurs est intacte. Conséquences sur les personnes : Sept des neuf personnes présentes à bord, ont été victimes de brûlures et de traumatismes divers. Les deux passagers sur l'avant n'ont pas été blessés. Parmi les sept personnes qui étaient sur l'arrière, deux ont été sérieusement brûlées. Leur état a nécessité un séjour prolongé à l'hôpital, l'une en est sortie le 20 avril, l'autre le 30 avril. Observations : Météo : Vent de SSW force 2, mer 2, température de l'air : 16°, température de l'eau de mer : 15°. Analyses : Élément humain : Le propriétaire skipper du navire affirme avoir respecté les consignes de ventilation avant le premier démarrage. Il semblerait, par contre, qu'il n'ait pas ouvert le panneau d'accès aux moteurs après avoir fait le plein d'essence. Le skipper a confirmé qu'il n'a détecté aucune odeur d'essence avant l'accident. À la suite de l'explosion, il a parfaitement réagi pour lutter contre le départ de feu.
Élément matériel : Le navire était en bon état. Aucun problème n'avait été détecté avant l'accident concernant la propulsion. Le moteur était entretenu par un mécanicien spécialisé. La dernière intervention avait été effectuée le 21 octobre 2016. Le 12 novembre 2015, les pompes d'alimentation des moteurs avaient été déposées et remplacées. Hypothèse de l'origine de l'explosion : L'état intact des moteurs et du réservoir d'essence démontrent que l'explosion s'est produite dans l'espace libre du compartiment. Le seul produit ayant pu entrainer une accumulation de vapeurs explosives dans cet espace confiné, et donc une déflagration, est l'essence (carburant des moteurs). La concentration de vapeur d'essence a atteint le seuil d'explosivité. Les limites d'explosivité des vapeurs d'essence dans l'air sont situées entre 1,4 et 8,7 % du volume. Le volume du compartiment moteur étant de 2 m3 environ, cela représente entre 28 et 148 litres de vapeur d'essence. Ce qui correspond à une quantité d'essence liquide comprise entre 0,17 et 1 litre. Si le point éclair de l'essence est de -40° C, sa température d'auto-inflammation est comprise entre 280 et 400 °C selon l'indice d'octane, mais il suffisait d'une étincelle pour déclencher l'explosion. Considérant l'état intact du réservoir et du circuit d'alimentation jusqu'aux pompes à combustible, la cause la plus probable de la fuite, serait un desserrage de l'écrou de la tuyauterie de retour de la pompe à essence du moteur bâbord. Le raccord côté alimentation est oxydé, ce qui n'est pas le cas de celui côté retour. Cependant, une autre hypothèse serait une fuite lors du remplissage du réservoir. Mais l'examen visuel des parties accessibles du réservoir et du circuit de remplissage n'a pas mis en évidence d'anomalie.
L'explosion a dû être déclenchée par une étincelle dans le compartiment moteur, dont l'origine n'est pas identifiée. Le manuel du constructeur précise que : « les composants du système électrique et du système
d'alimentation équipant les moteurs Volvo Penta sont conçus et fabriqués en vue de minimiser les risques d'explosion et d'incendie. »
Conclusions L'accumulation de vapeur d'essence pour atteindre la valeur d'explosivité a été rendue possible par l'arrêt de la ventilation mécanique. Seule subsistait la ventilation naturelle, réellement efficace lorsque la vitesse du navire atteint une dizaine de noeuds. La ventilation mécanique n'est préconisée par le constructeur que quelques minutes avant le démarrage, pour se prémunir justement d'une accumulation de vapeurs d'essence. En cas d'absence de ventilateur de cale, il est préconisé d'ouvrir le panneau d'accès au compartiment moteur afin de permettre la dispersion d'éventuelles vapeurs d'essence. Une fuite d'essence dans l'espace confiné du compartiment des moteurs d'un navire de plaisance a entrainé l'accumulation de vapeurs pour atteindre un mélange explosif. Cette fuite est probablement due au desserrement d'un écrou sur le circuit de retour de carburant du moteur bâbord. L'explosion s'est produite lorsque le navire était en route à faible allure, limitant l'efficacité de la ventilation naturelle. Des passagers ont été blessés dont deux présentant des brûlures nécessitant une hospitalisation.
Enseignement
1. 2017-E-31 : Les préconisations des constructeurs de moteur essence in-bord doivent être suivies avec attention, notamment celles sur la ventilation mécanique ou naturelle des espaces confinés susceptibles d'accumuler des vapeurs explosives. Outre la ventilation, l'ouverture du capot permet aussi une inspection visuelle et olfactive du compartiment à risque. Les phases demandant le plus de vigilance restant le démarrage des moteurs et le remplissage des réservoirs.
Recommandation
À l'administration : 1. 2017-R-21 : Entamer une démarche de modification de la norme EN ISO 9094:2017, de manière à équiper, les compartiments moteurs à essence des navires de plaisance, de détecteur de vapeur d'essence avec renvoi de l'alarme au poste de pilotage.
Fiche technique constructeur BAVARIA
Manuel de l'utilisateur des moteurs VOLVO PENTA
Carte
Ministère de la Transition écologique et solidaire
Bureau d'enquêtes sur les évènements de mer
Arche sud - 92055 La Défense cedex téléphone : +33 (0) 1 40 81 38 24 bea-mer@developpement-durable.gouv.fr www.bea-mer.developpement-durable.gouv.fr