Rapport d'enquête technique : accident sur le chalutier André-Jean survenu le 04 mai 2004 dans l'Ouest des îles Scilly

Auteur moral
France. Bureau d'enquêtes sur les événements de mer
Auteur secondaire
Résumé
Le présent rapport d'enquête technique a été établi conformément aux dispositions du Code des transports. Il porte sur l'accident sur le chalutier André-Jean survenu le 04 mai 2004 dans l'Ouest des îles Scilly. Ce rapport expose les conclusions auxquelles sont parvenues les enquêteurs du BEAmer sur les circonstances et les causes de l'événement analysé et propose des recommandations de sécurité.
Editeur
BEAmer
Descripteur Urbamet
accident ; sécurité ; prévention des risques
Descripteur écoplanete
Thème
Transports
Texte intégral
Rapport d'enquête technique ANDRÉ-JEAN 2 Rapport d'enquête technique ACCIDENT SUR LE CHALUTIER ANDRE-JEAN SURVENU LE 04 MAI 2004 DANS L'OUEST DES ILES SCILLY Page 1 sur 24 Avertissement Le présent rapport a été établi conformément aux dispositions du titre III de la loi n°.2002-3 du 3 janvier 2002 et du décret n°.2004-85 du 26 janvier 2004 relatifs aux enquêtes techniques après événement de mer, accident ou incident de transport terrestre, ainsi qu'à celles du "Code pour la conduite des enquêtes sur les accidents et incidents de mer" Résolutions A. 849 (20) et A . 884 (21) de l'Organisation Maritime Internationale (OMI) des 27/11/97 et 25/11/99. Il exprime les conclusions auxquelles sont parvenus les enquêteurs du BEAmer sur les circonstances et les causes de l'événement analysé. Conformément aux dispositions susvisées, l'analyse de cet événement n'a pas été conduite de façon à établir ou attribuer des fautes à caractère pénal ou encore à évaluer des responsabilités individuelles ou collectives à caractère civil. Son seul objectif a été d'en tirer des enseignements susceptibles de prévenir de futurs sinistres du même type. En conséquence, l'utilisation de ce rapport à d'autres fins que la prévention pourrait conduire à des interprétations erronées. Page 2 sur 24 PLAN DU RAPPORT 1 2 3 4 5 6 7 8 CIRCONSTANCES CONTEXTE NAVIRES EQUIPAGE CHRONOLOGIE FACTEURS DU SINISTRE SYNTHESE RECOMMANDATIONS Page 5 Page 5 Page 6 Page 6 Page 7 Page 8 Page 10 Page 10 ANNEXES A. B. C. D. Décision d'enquête Dossier navire Cartographie Conditions météorologiques Page 3 sur 24 Liste des abréviations BEAmer : : : : : : : : Bureau d'enquêtes sur les évènements de mer Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage Dispositif de Séparation du Trafic Heure Prévue d'Arrivée Kilowatt Contrôle par l'Etat du port Sauvegarde de la vie humaine en mer Ondes métriques CROSS DST HPA kW PSC SOLAS VHF Page 4 sur 24 1 CIRCONSTANCES Le 04 mai 2004, le chalutier lorientais LA TOUR D'AUVERGNE est victime d'une panne de moteur à laquelle l'équipage ne peut remédier. Le patron sollicite un remorquage. Un autre chalutier lorientais, l'ANDRE-JEAN, qui se trouve à deux heures de route et en fin de marée, accepte d'effectuer cette assistance. Lors des opérations de prise de remorquage, qui se déroulent par mer très forte, les deux navires s'entrechoquent violemment et l'un des matelots de l'ANDRE-JEAN est mortellement blessé. Le remorquage est repris quelques heures plus tard et les deux navires parviennent à Loctudy le 06 mai au soir. 2 CONTEXTE L' ANDRE-JEAN et LA.TOUR.D'AUVERGNE sont deux chalutiers hauturiers de pêche artisanale, armés au port de Lorient. A cette époque de l'année, ils effectuent des marées d'environ 14 jours, pour la capture du poisson de fond et de la langoustine dans le Sud Irlande et sur les bancs de Small dans le canal Saint Georges. Ils vendent leur pêche soit à la criée de Loctudy (Sud-Finistère), soit à celle de Lorient. Les deux navires sont la propriété, totale ou partielle, du patron embarqué. Page 5 sur 24 3 NAVIRES Les deux chalutiers sont des navires à coque en acier dont les principales caractéristiques sont les suivantes : · ANDRE-JEAN Longueur H.T Jauge brute Propulsion · LA TOUR D'AUVERGNE Longueur H.T Jauge brute Propulsion : 18,00 m ; : 91,00 U.M.S : 20,25 m ; : 112,26 : 331 kW. U.M.S ; ; : 324 kW. Ils possèdent l'un et l'autre un permis de navigation de 2ème catégorie et sont à jour de leur visite de sécurité. En ce qui concerne LA TOUR D'AUVERGNE qui a été victime de l'avarie de machine, irréparable par le bord, il convient de noter que le moteur avait été remplacé deux mois auparavant. 4 EQUIPAGES Les deux navires sont armés à la pêche au large avec un effectif de six hommes pour l'ANDRE-JEAN et de cinq pour LA TOUR D'AUVERGNE. · ANDRE-JEAN Le patron est âgé de 43 ans ; il est titulaire du certificat de capacité, du PCM, du brevet de patron à la pêche côtière et du certificat restreint d'opérateur. C'est un patron expérimenté qui commande le navire depuis plusieurs années. N'ayant pas le brevet de patron de pêche, il a bénéficié depuis l'acquisition du navire d'une dérogation de commandement renouvelée régulièrement dont la dernière en date expirait le 22 novembre 2003. Page 6 sur 24 La victime de l'accident, marin également expérimenté, est âgée de 39 ans. · LA TOUR D'AUVERGNE Le patron est âgé de 43 ans, et commande à la pêche au large depuis plusieurs années ; il est titulaire du certificat de capacité, donc également dérogataire. Il a été constaté sur les deux navires que plusieurs hommes d'équipage n'étaient pas à jour de leur visite médicale d'aptitude. Cette situation, que les marins expliquent, à tort ou à raison, par la difficulté d'obtenir des rendez-vous auprès du service concerné, a maintes fois été relevée. Il serait opportun qu'une attention spéciale soit portée à ce sujet. 5 CHRONOLOGIE Le 04 mai 2004, LA TOUR D'AUVERGNE fait route pour changer de parages ; à midi, le moteur stoppe après déclenchement de l'alarme de pression d'huile. Les tentatives de réparation par le bord, après contact radio avec l'installateur du moteur, s'avèrent infructueuses. Le patron se voit contraint de demander assistance. Il contacte l'ANDRE-JEAN qui se trouve dans les parages en fin de marée et dont le patron accepte d'effectuer le remorquage. A 15h40, les deux navires sont à proximité l'un de l'autre et se préparent pour le passage de la remorque. La position se situe à 64 milles dans l'Ouest des îles Scilly. A ce moment, les conditions météorologiques sont très mauvaises : vent Ouest-NordOuest, force 8/9, mer très forte à grosse, creux de 8 à 9 mètres. L'ANDRE-JEAN se présente au vent du navire en panne et prend une route parallèle, le temps que la touline lancée par un homme placé à l'avant sur le pont supérieur soit récupérée par l'équipage de LA TOUR D'AUVERGNE. A cet instant, deux fortes lames déportent l'ANDRE-JEAN sur tribord et les deux navires se heurtent violemment, l'étrave de LA TOUR D'AUVERGNE venant percuter le côté tribord de l'ANDRE-JEAN à hauteur du pavois du pont supérieur sur l'arrière de la timonerie. L'homme d'équipage qui se trouvait à cet endroit est coincé et son corps écrasé par la tôle du pavois déformée sous le choc. Page 7 sur 24 Le patron de l'ANDRE-JEAN arrête sa manoeuvre, se rend auprès du marin et constate qu'il a cessé de vivre, son pouls étant arrêté. La désincarcération du corps durera jusqu'à 18h30. A 21h30, l'ANDRE-JEAN se présente à nouveau auprès de LA.TOUR.D'AUVERGNE et parvient à passer la remorque. Dans des conditions éprouvantes, la remorque s'étant cassée à deux reprises, le convoi fait route vers Loctudy où il arrive le 06 mai 2004 à 17h00. 6 DÉTERMINATION & DISCUSSION FACTEURS DU SINISTRE La méthode retenue pour cette détermination a été celle utilisée par le DES BEAmer pour l'ensemble de ses enquêtes, conformément à la résolution OMI A.849.(20) modifiée par la résolution A.884.(21). Les facteurs en cause ont été classés dans les catégories suivantes : · · · facteurs naturels ; facteurs matériels ; facteur humain. BEAmer Dans chacune de ces catégories, les enquêteurs du ont répertorié les facteurs possibles et tenté de les qualifier par rapport à leur caractère : · · · certain, probable ou hypothétique, déterminant ou aggravant, conjoncturel ou structurel, avec pour objectif d'écarter, après examen, les facteurs sans influence sur le cours des événements et de ne retenir que ceux qui pourraient, avec un degré de probabilité appréciable, avoir pesé sur le déroulement des faits. Ils sont conscients, ce faisant, de ne pas répondre à toutes les questions suscitées par ce sinistre. Leur objectif étant d'éviter le renouvellement de ce type d'accident, ils ont privilégié, sans aucun a priori, l'analyse inductive des facteurs qui avaient, par leur caractère structurel, un risque de récurrence notable. Page 8 sur 24 6.1 Facteurs naturels Les situations d'assistance et de remorquage entre navires de pêche sont fréquentes, même par mauvais temps. Dans le cas présent, les conditions météorologiques étaient particulièrement difficiles avec un vent de force 8/9 et des creux de 9 mètres, ce qui rendait l'opération de passage de la remorque dangereuse. L'état de la mer est par conséquent un facteur certain, conjoncturel et aggravant de cet accident. 6.2 Facteurs matériels La panne de moteur de LA TOUR D'AUVERGNE à l'origine de la demande d'assistance est un facteur de l'accident, fut-il indirect, qui peut également être considéré comme certain, déterminant et conjoncturel. On peut s'étonner qu'un moteur neuf, installé depuis peu, soit l'objet d'une panne telle que l'équipage ne soit pas en mesure de le relancer, même avec les conseils prodigués depuis la terre par l'installateur. Il est clair qu'une panne de propulsion dans de telles circonstances de mer fait courir au navire un risque de perte totale. 6.3 Facteur humain En ce qui concerne LA TOUR D'AUVERGNE, du fait de l'avarie de moteur, le patron n'avait d'autre alternative que de solliciter une assistance rapide. N'étant pas maître de sa manoeuvre, il ne pouvait en aucune façon intervenir dans le déroulement des opérations. Le patron de l'ANDRE-JEAN, habitué aux manoeuvres en situation rapprochée par la pratique du chalutage "en boeufs", était seul à pouvoir agir. Il a de toute évidence été surpris par les deux lames successives qui ont projeté les deux navires l'un contre l'autre. Page 9 sur 24 La présentation au vent du navire assisté avait pour but de faciliter le jet de la touline, mais impliquait de pouvoir s'écarter aussitôt, ce que l'état de la mer n'a pas permis. Avec un déplacement voisin de 200 tonnes et très peu d'erre, le navire était moins manoeuvrant et le risque de collision accru. L'homme d'équipage de l'ANDRE-JEAN, mortellement blessé lors du choc, qui se trouvait sur le pont supérieur pour aider au filage de la touline, n'a pas eu le temps de se réfugier à l'arrière du point d'impact de l'étrave de LA TOUR D'AUVERGNE, le patron de l'ANDREJEAN concentré sur sa manoeuvre, ne s'étant pas aperçu de sa présence à cet endroit. Les deux navires étant équipés d'un lance-amarre pyrotechnique, il aurait sans doute été moins dangereux d'utiliser cet appareil ou de recourir à la méthode de la bouée dérivante. La manoeuvre engagée, liée au facteur humain peut donc être considérée comme ayant eu un effet certain et aggravant. 7 SYNTHESE En conclusion, le sinistre ayant coûté la vie au matelot de l'ANDRE-JEAN est essentiellement la conséquence d'un concours de circonstances lors d'une manoeuvre rendue dangereuse par l'état de la mer. 8 8.1 RECOMMANDATIONS Les manoeuvres de remorquage et d'assistance, fréquentes entre navires de pêche, présentent, en cas de mauvais temps, des risques importants ; elles nécessitent une préparation et une exécution rigoureuses. Elles devraient faire l'objet d'un enseignement particulier dispensé par d'anciens patrons, à l'aide d'exemples concrets. 8.2 Le BEAmer recommande aux patrons d'intégrer, dans la préparation des manoeuvres, l'utilisation de tous les moyens et méthodes à leur disposition pour réduire le niveau de risque (lance-amarre, méthode de la bouée dérivante...). Page 10 sur 24 LISTE DES ANNEXES A. B. C. D. Décision d'enquête Dossier navire Cartographie Conditions météorologiques Page 11 sur 24 Annexe A Décision d'enquête Page 12 sur 24 Page 13 sur 24 Annexe B Dossier navire Page 14 sur 24 Chalutiers ANDRÉ-JEAN et TOUR D'AUVERGNE arrivant à Loctudy à la remorque. Vue extérieure du panneau de protection de la coursive du pont supérieur. L'aluminium est plié vers la timonerie. La partie découpée (40 cm de large et 90.cm de haut) correspond à l'emplacement du corps coincé sous le métal plié. Page 15 sur 24 Autre photographie prise de l'extérieur. Le point de choc a vraisemblablement eu lieu à l'endroit de la découpe puisque l'échelle en face, fixée sur la timonerie, est également pliée à la hauteur de la lisse. Vue rapprochée des parties découpées. Il a fallu tronçonner plusieurs parties de la tôle pour dégager le corps (on ne distinguait plus que la tête et l'épaule gauche). Vue rapprochée des parties pliées et du secteur découpé pour désincarcérer le corps du matelot (vue de l'échelle). Page 16 sur 24 Partie enfoncée et redressée de l'avant vers l'arrière (longueur : 4,80 mètres). Vue prise de la partie arrière tribord du pont inférieur (écrasement de la tôle à la jointure du pont supérieur). Page 17 sur 24 Étrave du chalutier Tour d'Auvergne (les traces se situent sous les initiales et à côté sur tribord). Chalutier TOUR D'AUVERGNE à quai. Page 18 sur 24 Annexe C Cartographie Page 19 sur 24 Accident entre le ANDRÉ-JEAN et le TOUR D'AUVERGNE. Page 20 sur 24 Annexe D Conditions météorologiques Page 21 sur 24 Situation météorologique du 4 mai 2004. Page 22 sur 24 Page 23 sur 24 Page 24 sur 24 Ministère des Transports, de l'Equipement, du Tourisme et de la Mer Bureau d'enquêtes sur les évènements de mer Tour Pascal B 92055 LA DEFENSE CEDEX T : + 33 (0) 140 813 824 / F : +33 (0) 140 813 842 Bea-Mer@equipement.gouv.fr www.beamer-france.org

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