Rapport d'enquête technique : naufrage du chalutier Owen survenu le 11 juillet 2006 au large des Héaux de Bréhat
Auteur moral
France. Bureau d'enquêtes sur les événements de mer
Auteur secondaire
Résumé
Le présent rapport d'enquête technique a été établi conformément aux dispositions du Code des transports. Il porte sur le naufrage du chalutier Owen survenu le 11 juillet 2006 au large des Héaux de Bréhat. Ce rapport expose les conclusions auxquelles sont parvenues les enquêteurs du BEAmer sur les circonstances et les causes de l'événement analysé et propose des recommandations de sécurité.
Editeur
BEAmer
Descripteur Urbamet
accident
;sécurité
;prévention des risques
;NAUFRAGE
Descripteur écoplanete
Thème
Transports
Texte intégral
Rapport d'enquête technique
OWEN
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Rapport d'enquête technique
NAUFRAGE
DU CHALUTIER
OWEN
SURVENU LE 11 JUILLET 2006 AU LARGE DES HEAUX DE BREHAT
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Avertissement
Le présent rapport a été établi conformément aux dispositions du titre III de la loi n°.2002-3 du 3 janvier 2002 et du décret n°.2004-85 du 26 janvier 2004 relatifs aux enquêtes techniques après événement de mer, accident ou incident de transport terrestre, ainsi qu'à celles du "Code pour la conduite des enquêtes sur les accidents et incidents de mer" Résolutions n°.A.849.(20) et A.884(21) de l'Organisation Maritime Internationale (OMI) des 27/11/97 et 25/11/99. Il exprime les conclusions auxquelles sont parvenus les enquêteurs du les circonstances et les causes de l'événement analysé. Conformément aux dispositions susvisées, l'analyse de cet événement n'a pas été conduite de façon à établir ou attribuer des fautes à caractère pénal ou encore à évaluer des responsabilités individuelles ou collectives à caractère civil. Son seul objectif a été d'en tirer des enseignements susceptibles de prévenir de futurs sinistres du même type. En conséquence, l'utilisation de ce rapport à d'autres fins que la prévention pourrait conduire à des interprétations erronées.
BEAmer
sur
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PLAN DU RAPPORT
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CIRCONSTANCES CONTEXTE NAVIRE EQUIPAGE CHRONOLOGIE FACTEURS DU SINISTRE DISPOSITIONS PRISES RECOMMANDATIONS
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ANNEXES A. B. C. Décision d'enquête Dossier photographique Cartographie
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Liste des abréviations
BEAmer CRS GM VFI VHF
: : : : :
Bureau d'enquêtes sur les évènements de mer Commission Régionale de Sécurité Distance Métacentrique Vêtement à Flottabilité Intégrée Ondes métriques (Very High Frequency)
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CIRCONSTANCES
Dans la nuit du 10 au 11 juillet 2006, le chalutier OWEN (SB 425699) est en pêche au
chalut de fond dans le secteur des Héaux de Bréhat. Alors qu'il effectue son quatrième trait, le chalut croche sur le fond, le navire prend une forte gîte puis est envahi par l'arrière et sombre rapidement. Les deux hommes d'équipage, qui ont pu prendre place dans le radeau de sauvetage, sont recueillis sains et saufs quelques heures plus tard par un navire de pêche du quartier de Paimpol.
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CONTEXTE
L'OWEN est un navire de pêche artisanale dont le patron est propriétaire. Il pratique
essentiellement les arts traînants : dragues à coquilles Saint-Jacques l'hiver sur le gisement de la Baie de Saint-Brieuc et chalut de fond le reste de l'année sur une zone plus étendue. Les apports sont vendus à la criée de Saint-Quay-Portrieux. Au moment de l'accident, le vent était orienté à l'Ouest, force 5, la mer agitée avec une houle de Nord-Ouest et la visibilité de 3 milles environ. Il y a lieu de noter que l'événement s'est produit en période de vives eaux (coefficient 78) environ une heure après la basse mer, d'où un courant de flot, qui dans ce secteur peut atteindre plus de 3 noeuds.
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NAVIRE
L'OWEN est un navire à coque en bois, construit en 1978, dont les principales
caractéristiques sont les suivantes : Longueur hors tout Largeur Jauge brute : 12,00 m ; : 5,00 m ; : 9,94 tonneaux.
Il est propulsé par un moteur diesel d'une puissance de 161 kW.
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Il s'agit d'un navire de formes traditionnelles avec passerelle à l'avant puis la machine et la cale à poisson et à l'extrême arrière un portique muni d'un enrouleur à chalut à double bobine. Le navire a subi sa dernière visite annuelle le 30 juin 2006, toutefois, la validité du permis de navigation en 3ème catégorie a été limitée au 11 août 2006, certaines prescriptions restant à effectuer concernant notamment le renouvellement du certificat de franc-bord. Les conditions d'exploitation mentionnées sur le permis de navigation sont les suivantes : chalut : matériel de pêche 2,5 T - Pontée : 0,5 tonne ;
coquilles : matériel de pêche 2,1 T - Pontée : 1 tonne.
Il est en outre précisé sur ce document que les matériels de dragage et de chalutage ne peuvent être embarqués de façon concomitante. Ces conditions ont été fixées par la CRS de Bretagne à la suite d'une expérience de stabilité effectuée en Août 2002. Les résultats avaient donné un GM de 0,468 m en version coquillier et de 0,456 m en version chalut de fond (déplacement lège de 35,8 tonnes). (Incidemment, on notera qu'à l'origine, lors de son exploitation en Vendée, ce navire avait été autorisé à pratiquer le chalut pélagique, avec une pontée de 5.tonnes). En ce qui concerne la drome de sauvetage, l'OWEN est équipé d'un radeau pneumatique de sauvetage, placé provisoirement sur le pont derrière la passerelle (il s'agit en fait d'un engin de remplacement en attendant la livraison du radeau classe V nouveau modèle).
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EQUIPAGE
L'OWEN est armé à la petite pêche par un équipage de deux hommes : le patron, âgé de 29 ans, titulaire du certificat de capacité obtenu en 1999 ; il commande ce navire depuis six ans ; le matelot, âgé de 34 ans, ne possède pas de titre de formation professionnelle ; c'est néanmoins un marin-pêcheur confirmé, possédant plus de dix ans d'expérience .
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CHRONOLOGIE DES EVENEMENTS
Le 10 juillet 2006 A 17h00, l'OWEN appareille de Saint-Quay-Portrieux à destination de ses lieux de
pêche dans le secteur des Héaux de Bréhat ; c'est une zone difficile que le patron ne pratique pas régulièrement. Vers 19h00, le chalut est filé par une profondeur d'environ 50 mètres ; la longueur de fune (diamètre 16 mm) est de l'ordre de 140 mètres. S'agissant de fonds accidentés, le navire travaille avec un chalut dit « canadien », c'est à dire avec un bourrelet muni de gros diabolos à roulettes pour passer dans les roches ; la vitesse de traîne est d'environ 2 noeuds. Le 11 juillet 2006 Vers 03h00, au quatrième trait l'OWEN gouverne cap au Nord. Le patron décide de venir sur bâbord, pour reprendre en sens inverse la traîne qu'il vient d'effectuer, et en mettant un peu de gaz pour aider la giration. C'est à ce moment que le chalut croche sur le fond. Le navire gîte immédiatement sur bâbord, puis s'enfonce par l'arrière. La cale à poisson est envahie car le panneau de fermeture, non fixé, est tombé du fait de la gîte. L'OWEN sombre, sans que le patron, qui a perdu l'équilibre lors de la croche, ait pu actionner le signal de détresse, ni prendre la VHF portable. Le matelot a eu le temps de larguer le radeau de sauvetage et de le déclencher ; les deux naufragés y prennent place. Ils sont recueillis quelques heures plus tard, après avoir dérivé vers le Sud, par un navire de pêche du quartier de Paimpol et débarqués sains et saufs à Pors-Even. Début Septembre, l'épave de l'OWEN est localisée et investiguée par un chasseur de mines de la Marine Nationale. Dans le courant du mois d'Octobre, sur requête de la Préfecture Maritime, une plongée est effectuée afin de remonter le chalut flottant entre deux eaux, au dessus de l'épave, laquelle n'a pas été renflouée (il s'agit en fait d'un chalut de réserve qui n'était pas sur l'enrouleur, mais stocké sur le pont).
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DETERMINATION & DISCUSSION DES FACTEURS DU SINISTRE
La méthode retenue pour cette détermination a été celle utilisée par le
BEAmer
pour
l'ensemble de ses enquêtes, conformément à la résolution OMI A.849.(20) modifiée par la résolution A.884.(21). Les facteurs en cause ont été classés dans les catégories suivantes :
· · ·
facteurs naturels ; facteurs matériels ; facteur humain.
Dans chacune de ces catégories, les enquêteurs du beamer ont répertorié les facteurs possibles et tenté de les qualifier par rapport à leur caractère :
· · ·
certain, probable ou hypothétique ; déterminant ou aggravant ; conjoncturel ou structurel ;
avec pour objectif d'écarter, après examen, les facteurs sans influence sur le cours des événements et de ne retenir que ceux qui pourraient, avec un degré de probabilité appréciable, avoir pesé sur le déroulement des faits. Ils sont conscients, ce faisant, de ne pas répondre à toutes les questions suscitées par ce sinistre. Leur objectif étant d'éviter le renouvellement de ce type d'accident, ils ont privilégié, sans aucun a priori, l'analyse inductive des facteurs qui avaient, par leur caractère structurel, un risque de récurrence notable.
6.1
Facteurs naturels
Si l'état de la mer était maniable, la présence d'une forte houle de Nord-Ouest a
contribué à accélérer l'envahissement du navire puisque la cale était ouverte, le panneau de fermeture n'étant plus à poste. Le relief accidenté des fonds et la force du courant ralentissant le navire au moment de la giration sont vraisemblablement à l'origine de la croche.
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Le rapport du commandant du chasseur de mines n'indique pas de point de croche évident, mais souligne qu'il s'agit de fonds irréguliers, avec quelques marches rocheuses d'environ 50 cm, ce qui peut suffire à bloquer un panneau de chalut. En conséquence, ces contraintes naturelles peuvent être considérées comme des facteurs conjoncturels aggravants du naufrage.
6.2
Facteurs matériels
Aucune défaillance matérielle n'est à l'origine de l'accident. En ce qui concerne la stabilité (cf. paragraphe III), les conditions prescrites sur le
permis de navigation étaient respectées et les caisses à combustible étaient pratiquement pleines. L'accident ne paraît donc pas imputable à un défaut de stabilité. S'agissant du radeau de sauvetage (qui s'est gonflé normalement), le fait qu'il ait été placé sur le pont, à portée immédiate du matelot, a probablement sauvé la vie de l'équipage qui ne portait pas de VFI.
6.3
Facteur humain
Le patron de l'OWEN a visiblement été surpris par la soudaineté de la croche, puisqu'il
est tombé lorsque le navire a gîté. A son avis, c'est le panneau bâbord qui a dû crocher. Les freins de travail étant serrés à bloc, il n'était pas possible de donner du mou sur les câbles et seule une action sur le moteur pouvait être tentée, ce qu'a fait le patron en mettant au point mort le moteur de propulsion. Le fait d'entreprendre une giration sur ces fonds accidentés en venant face au courant ne pouvait qu'accroître le risque de croche. Ces éléments ont été retenus comme des facteurs certains et déterminants.
6.4
Synthèse
Cet accident succède à de nombreux autres événements du même type, dont les enquêteurs du BEAmer ont déjà eu à connaître.
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Qu'il s'agisse de chalut ou de dragues, les croches d'engins sont fréquentes et se traduisent dans la plupart des cas, sauf réaction instantanée et appropriée, par la perte totale du navire. Dans le cas présent, une croche sur des fonds accidentés, un courant et une houle importants, une cale ouverte, ont conduit en quelques minutes à une situation sans issue.
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DISPOSITIONS PRISES
Le port du VFI a été rendu obligatoire par le décret du 21 août 2007.
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RECOMMANDATIONS
Aux organismes professionnels et de formation
8.1
Le
BEAmer
recommande de renforcer la sensibilisation des patrons-pêcheurs
pratiquant les arts traînants à la prévention spécifique des croches et de leurs conséquences.
Aux patrons-pêcheurs
8.2
Le
BEAmer
rappelle de maintenir fermés à la mer les panneaux de cale et les portes
extérieures, notamment en action de chalutage.
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LISTE DES ANNEXES
A. B. C.
Décision d'enquête Dossier navire Cartographie
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Annexe A
Décision d'enquête
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Annexe B
Dossier photographique
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Photo : Philippe Malpertu
Le OWEN à quai en mars 2006.
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Annexe C
Cartographie
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Le 11 juillet 2006 vers 03h00 du matin, le OWEN coule sur une croche à environ 2,95 milles dans le 192 du phare de la Horaine.
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Ministère des Transports, de l'Energie, du Développement durable l'Equipement, du Tourisme et de la Mer Ministère de l'Ecologie, et de l'Aménagement du territoire
Bureau d'enquêtes sur les évènements de mer
Tour Pascal B sur les évènements de mer Bureau d'enquêtes 92055 LA DEFENSE CEDEX T : + 33 (0) 140 813 824 / F : +33 (0) 140 813 842 Bea-Mer@equipement.gouv.fr Tour Pascal B - 92055 La Défense cedex www.beamer-france.org téléphone : +33 (0) 1 40 81 38 24 - télécopie : +33 (0) 1 40 81 38 42 www.beamer-france.org bea-mer@developpement-durable.gouv.fr