Rapport d'enquête technique : naufrage du chalutier Marie Louise Berthe survenu le 10 mars 2008 dans l'Ouest des îles Anglo-Normandes

Auteur moral
France. Bureau d'enquêtes sur les événements de mer
Auteur secondaire
Résumé
Le présent rapport d'enquête technique a été établi conformément aux dispositions du Code des transports. Il porte sur le naufrage du chalutier Marie Louise Berthe survenu le 10 mars 2008 dans l'Ouest des îles Anglo-Normandes. Ce rapport expose les conclusions auxquelles sont parvenues les enquêteurs du BEAmer sur les circonstances et les causes de l'événement analysé et propose des recommandations de sécurité.
Editeur
BEAmer
Descripteur Urbamet
accident ; sécurité ; prévention des risques ; NAUFRAGE
Descripteur écoplanete
Thème
Transports
Texte intégral
Rapport d'enquête technique MARIE LOUISE BERTHE 2 Rapport d'enquête technique Naufrage du chalutier MARIE LOUISE BERTHE survenu le 10 mars 2008 dans l'Ouest des îles Anglo-Normandes Page 1 sur 28 Page 2 sur 28 Avertissement Le présent rapport a été établi conformément aux dispositions du titre III de la loi n° 2002-3 du 3 janvier 2002 et du décret n° 2004-85 du 26 janvier 2004 relatifs aux enquêtes techniques après événement de mer, accident ou incident de transport terrestre, ainsi qu'à celles de la Résolution MSC 255 (84) de l'Organisation Maritime Internationale (OMI) adoptée le 16 mai 2008 et portant Code de normes internationales et pratiques recommandées applicables à une enquête de sécurité sur un accident de mer ou un incident de mer (Code pour les enquêtes sur les accidents). Il exprime les conclusions auxquelles sont parvenus les enquêteurs du BEAmer sur les circonstances et les causes de l'événement analysé. Conformément aux dispositions susvisées, l'analyse de cet événement n'a pas été conduite de façon à établir ou attribuer des fautes à caractère pénal ou encore à évaluer des responsabilités individuelles ou collectives à caractère civil. Son seul objectif a été d'en tirer des enseignements susceptibles de prévenir de futurs sinistres du même type. En conséquence, l'utilisation de ce rapport à d'autres fins que la prévention pourrait conduire à des interprétations erronées. Page 3 sur 28 PLAN DU RAPPORT 1 2 3 4 5 6 7 CIRCONSTANCES NAVIRE EQUIPAGE CHRONOLOGIE FACTEURS DU SINISTRE OPERATIONS D'ASSISTANCE ET DE SAUVETAGE RECOMMANDATIONS Page 6 Page 6 Page 7 Page 7 Page 8 Page 10 Page 11 ANNEXES A B C Décision d'enquête Cartographie Analyse Météo France Page 4 sur 28 Liste des abréviations AIS : Système d'identification automatique des navires (Automatic Identification System) Bureau d'enquêtes sur les évènements de mer Bulletin Météorologique Spécial Bande Latérale Unique Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage Vêtement à Flottabilité Intégrée Radio très haute fréquence (Very High Frequency) BEAmer BMS BLU CROSS VFI VHF : : : : : : Page 5 sur 28 1 CIRCONSTANCES Alors qu'il faisait route par très mauvais temps, de conserve avec deux autres navires du même armement, afin de regagner son port d'attache de Saint-Quay-Portrieux, le MARIE LOUISE BERTHE est couché par une énorme lame qui brise les vitres de la passerelle . Les cinq hommes d'équipage, qui n'ont pas eu le temps de mettre en oeuvre les radeaux de sauvetage, sont précipités à la mer ; ils sont tous recueillis sains et saufs quelques instants plus tard, en état d' hypothermie, par les deux autres chalutiers, au prix de difficiles manoeuvres. Le MARIE LOUISE BERTHE sombre définitivement peu après l' accident. 2 NAVIRE Navire de pêche artisanal, le MARIE LOUISE BERTHE est exploité par un armement coopératif, la propriété du navire étant répartie à parts égales entre un homme d'équipage (le chef-mécanicien ) et la coopérative. Il est armé à la pêche au large et pratique le chalut de fond à l'entrée de la Manche, entre les côtes anglaises et les îles anglo-normandes. Il effectue des marées d'une durée moyenne d'une semaine, les apports étant débarqués soit à Roscoff soit à Saint-Quay-Portrieux. Le MARIE LOUISE BERTHE est un chalutier en acier à pont couvert, construit en 1991, dont les principales caractéristiques sont les suivantes : longueur HT : 22,80 m ; largeur : 6,70 m ; jauge brute : 83 Tx. Il est propulsé par un moteur diesel de 330 kW. En ce qui concerne le matériel de sauvetage, le navire est équipé de deux radeaux pneumatiques d'une capacité de six places, munis de largueurs hydrostatiques. Page 6 sur 28 L'équipage dispose de six combinaisons de survie, de six brassières de sauvetage et chaque homme possède un VFI. Une balise de localisation des sinistres à largage hydrostatique se trouve sur le toit de la passerelle. La dernière visite annuelle a été effectuée le 29 mars 2007 et le navire dispose d'un permis de navigation en deuxième catégorie, valable jusqu'au 28 mars 2008. Le certificat de franc-bord délivré par la société de classification est en cours de validité jusqu'au 1er août 2008. A noter la mention, assez inhabituelle, figurant sur le permis de navigation en référence à deux procès-verbaux de CRS : « la période de roulis doit demeurer inférieure à 7,1 secondes ». 3 EQUIPAGE Le MARIE LOUISE BERTHE est armé par un équipage de cinq hommes, conforme à la décision d'effectif . Le patron, âgé de 36 ans, est titulaire des brevets de lieutenant et de patron de pêche. 4 CHRONOLOGIE DES EVENEMENTS (Heures TU + 1) Le 10 mars 2008 au matin, le MARIE LOUISE BERTHE se trouve à l'abri en baie de Falmouth en compagnie de deux autres chalutiers de l'armement ACARMOR. A 11h00, en dépit des très mauvaises prévisions météorologiques, les trois navires appareillent ensemble à destination de Saint-Quay-Portrieux. Ils suivent une route directe, cap au 130, à une vitesse d'environ 8 noeuds. Malgré de très forts mouvements de plate-forme subis par le navire, soumis à une mer grosse de travers, la route et la vitesse initiales sont maintenues. Page 7 sur 28 A 17H45, le MARIE LOUISE BERTHE prend une gîte exceptionnellement forte sous l'effet d'une énorme lame qui brise les carreaux tribord et envahit la passerelle. Le navire se redresse mais reste gîté sur bâbord. En voulant rattraper un radeau de sauvetage qui s'est décroché et gonflé sous l'effet du choc, le patron est emporté par une vague. Les quatre autres membres de l'équipage revêtent leurs VFI. Peu après, le navire chavire et les marins sont projetés à la mer. Les deux autres chalutiers, ne voyant plus l'écho radar du MARIE LOUISE BERTHE et n'ayant plus de signal AIS ni de réponse à leurs appels par VHF et BLU, font route sur la dernière position signalée du navire après avoir alerté les CROSS de Jobourg et de Corsen. Ils localisent le MARIE LOUISE BERTHE ; deux hommes sont encore accrochés sur la coque, les trois autres à la mer. Grâce à des manoeuvres habiles, rendues extrêmement difficiles par l'état de la mer, quatre des hommes sont recueillis par un des chalutiers ; le cinquième homme est récupéré par l'autre navire. Le navire sombre en position 49° 25N et 003° 44W. A 19h30, deux hélicoptères mis en oeuvre par le CROSS évacuent quatre des naufragés en état de choc et d'hypothermie vers l'hôpital de Brest. Le 11 mars 2008 à 06h30, les chalutiers accostent à Saint-Quay-Portrieux ; le cinquième rescapé est hospitalisé à Saint-Brieuc. 5 DETERMINATION & DISCUSSION FACTEURS DU SINISTRE La méthode retenue pour cette détermination a été celle utilisée par le DES BEAmer pour l'ensemble de ses enquêtes, conformément au Code pour la conduite des enquêtes sur les accidents de l'Organisation Maritime Internationale (OMI), résolution MSC 255 (84). Page 8 sur 28 Les facteurs en cause ont été classés dans les catégories suivantes : · · · · facteurs naturels ; facteurs matériels ; facteur humain ; autres facteurs. BEAmer Dans chacune de ces catégories, les enquêteurs du · · · ont répertorié les facteurs possibles et tenté de les qualifier par rapport à leur caractère : certain, probable ou hypothétique ; déterminant ou aggravant ; conjoncturel ou structurel ; avec pour objectif d'écarter, après examen, les facteurs sans influence sur le cours des événements et de ne retenir que ceux qui pourraient, avec un degré de probabilité appréciable, avoir pesé sur le déroulement des faits. Ils sont conscients, ce faisant, de ne pas répondre à toutes les questions suscitées par ce sinistre. Leur objectif étant d'éviter le renouvellement de ce type d'accident, ils ont privilégié, sans aucun a priori, l'analyse inductive des facteurs qui avaient, par leur caractère structurel, un risque de récurrence notable. 5.1 Facteurs naturels La très forte tempête qui a soufflé sur La Manche le 10 mars 2008 (cf. l'analyse de Météo France en annexe C), a été d'une extrême violence, les vents dépassant 60 noeuds (force 10) ; de plus, de très forts courants sont provoqués à cette date par des coefficients de grande marée (coefficient 105). L'accident s'est produit au niveau de la fosse centrale de la Manche, environ trois heures après la basse mer, c'est à dire au moment où ces courants atteignent leur intensité maximale en portant contre le vent ; ceci explique que l'un des patrons déclare n'avoir jamais rencontré en Manche une mer aussi énorme. Le patron du MARIE LOUISE BERTHE parle quant à lui de « vague scélérate ». Il n'existe donc aucun doute sur le fait que l'état de la mer constitue le premier facteur déterminant, à l'origine du naufrage. Page 9 sur 28 5.2 Facteurs matériels A bord du MARIE LOUISE BERTHE et des deux chalutiers ayant porté assistance, il n'a pas été enregistré de dysfonctionnement ou d'avarie, avant l'accident ou au cours des opérations de sauvetage. En conséquence, aucun facteur matériel n'est à l'origine de la perte du MARIE LOUISE BERTHE. 5.3 Facteur humain Le sinistre est également dû à la décision d'entreprendre la traversée de La Manche, par tempête d'Ouest de force 10 en période de grande marée. Même s'il s'agit d'un chalutier hauturier, et en dépit des nécessités économiques, il aurait été préférable de différer l'appareillage, d'autant que les BMS du 10 mars laissaient entrevoir une légère accalmie à partir du 11. Cette décision constitue le second facteur déterminant du naufrage. Par ailleurs, compte tenu de l'état de la mer, aux dires du patron jamais rencontré au cours de sa carrière, la décision de maintenir sa route et sa vitesse dans ces conditions constitue le troisième facteur déterminant du naufrage. 6 OPERATION D'ASSISTANCE ET DE SAUVETAGE Trois facteurs ont contribué à ce que cet accident, survenu dans des conditions météorologiques exceptionnelles, n'entraîne pas de pertes humaines : Transit effectué à trois navires naviguant de conserve, et de jour, ce qui a permis de rapidement récupérer les naufragés, avant qu'ils ne meurent noyés ou d'hypothermie ; Les patrons des deux chalutiers assistant le MARIE LOUISE BERTHE ont fait preuve de courage et d'une grande habileté dans les manoeuvres ; Quatre des marins ont pu revêtir leurs VFI, avant d'être précipités à la mer. Page 10 sur 28 7 RECOMMANDATIONS Le BEAmer rappelle et recommande : - aux armements et aux patrons de pêche : que les nécessités économiques ne sauraient conduire à une prise de risque excessif ; il est de leur responsabilité de veiller au respect de ce dogme. - aux patrons de pêche : de ne pas hésiter, lorsque la situation devient dangereuse, à modifier la route et la vitesse et de prendre une allure de cape lorsque les autres options ne permettent pas de maintenir le navire en sécurité. - à l'Administration : de ne pas faire référence, sur le permis de navigation, à des limites d'utilisation du navire fondées sur des critères difficilement mesurables par les bords, notamment à la mer. Page 11 sur 28 Liste des annexes A. B. C. Décision d'enquête Cartographie Analyse Météo France Page 12 sur 28 Annexe A Décision d'enquête Page 13 sur 28 Page 14 sur 28 Annexe B Cartographie Page 15 sur 28 Le 10 mars 2008, le chalutier MARIE LOUISE BERTHE sombre à la position 49° N ­ 003° W. 25 44 Page 16 sur 28 Annexe C Analyse Météo France Page 17 sur 28 Page 18 sur 28 Page 19 sur 28 Page 20 sur 28 Page 21 sur 28 Page 22 sur 28 Page 23 sur 28 Page 24 sur 28 Page 25 sur 28 Page 26 sur 28 Page 27 sur 28 Page 28 sur 28 Ministère de l'Ecologie, de l'Energie, du Développement durable et de la Mer en charge des Technologies vertes et des Négociations sur le climat Bureau d'enquêtes sur les évènements de mer Tour Pascal B - Antenne Voltaire - 92055 La Défense cedex téléphone : +33 (0) 1 40 81 38 24 - télécopie : +33 (0) 1 40 81 38 42 www.beamer-france.org bea-mer@developpement-durable.gouv.fr

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