Rapport d'enquête technique : naufrage du chalutier-coquillier Trugarez après abordage avec le caseyeur polyvalent Pourquoi Pas survenu le 27 février 2008 en baie de Saint-Brieuc
Auteur moral
France. Bureau d'enquêtes sur les événements de mer
Auteur secondaire
Résumé
Le présent rapport d'enquête technique a été établi conformément aux dispositions du Code des transports. Il porte sur le naufrage du chalutier-coquillier Trugarez survenu après abordage avec le caseyeur polyvalent Pourquoi Pas le 27 février 2008 en baie de Saint-Brieuc. Ce rapport expose les conclusions auxquelles sont parvenues les enquêteurs du BEAmer sur les circonstances et les causes de l'événement analysé et propose des recommandations de sécurité.
Editeur
BEAmer
Descripteur Urbamet
accident
;sécurité
;prévention des risques
;ABORDAGE
;NAUFRAGE
Descripteur écoplanete
Thème
Transports
Texte intégral
Rapport d'enquête technique
TRUGAREZ POURQUOI PAS
2
Rapport d'enquête technique NAUFRAGE
DU CHALUTIER-COQUILLIER
TRUGAREZ
APRES
ABORDAGE
AVEC LE CASEYEUR POLYVALENT
POURQUOI PAS
SURVENU LE 27 FEVRIER 2008 EN BAIE DE SAINT-BRIEUC
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Avertissement
Le présent rapport a été établi conformément aux dispositions du titre III de la loi n°.2002-3 du 3 janvier 2002 et du décret n°.2004-85 du 26 janvier 2004 relatifs aux enquêtes techniques après événement de mer, accident ou incident de transport terrestre, ainsi qu'à celles, de la Résolution MSC.255 (84) de l'Organisation Maritime Internationale (OMI) adoptée le 16 mai 2008 et portant Code de normes internationales et pratiques recommandées applicables à une enquête de sécurité sur un accident de mer ou un incident de mer (Code pour les enquêtes sur les accidents). Il exprime les conclusions auxquelles sont parvenus les enquêteurs du les circonstances et les causes de l'événement analysé. Conformément aux dispositions susvisées, l'analyse de cet événement n'a pas été conduite de façon à établir ou attribuer des fautes à caractère pénal ou encore à évaluer des responsabilités individuelles ou collectives à caractère civil. Son seul objectif a été d'en tirer des enseignements susceptibles de prévenir de futurs sinistres du même type. En conséquence, l'utilisation de ce rapport à d'autres fins que la prévention pourrait conduire à des interprétations erronées.
BEAmer
sur
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PLAN DU RAPPORT
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CIRCONSTANCES CONTEXTE NAVIRE EQUIPAGE CHRONOLOGIE FACTEURS DU SINISTRE RECOMMANDATIONS
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ANNEXES
A. B. C. D. Décision d'enquête Dossier photographique Cartographie et reconstitution Paramètres océano-météorologiques
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Liste des abréviations
AIS
BEAmer
: : : : : : : : : : : : : :
Système d'identification automatique des navires (Automatic Identification System) Bureau d'enquêtes sur les évènements de mer Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage Organisation Maritime Internationale Règlement International pour prévenir les abordages en mer SITuation REPort Système Mondial de Détresse et de Sécurité en Mer Société National de Sauvetage Société National de Sauvetage en Mer Temps Universel Tonneaux Temps Universel Coordonné (Universal Time Coordinated) Vêtement à Flotabilité Intégrée Très haute frequence (Very High Frequency)
CROSS OMI RIPAM SITREP SMDSM SNS SNSM TU tx UTC VFI VHF
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CIRCONSTANCES
Le mercredi 27 février 2008 est un jour de pêche à la coquille Saint-Jacques en baie de Saint-Brieuc. Dans le but de préserver la ressource, cette activité est très réglementée. Elle se pratique deux à trois jours par semaine, du mois d'octobre au mois d'avril. Les jours où la pêche est autorisée, la coquille est draguée aux heures définies, pendant seulement 45 minutes, par plus de deux cents coquilliers qui opèrent sous étroite surveillance maritime et aérienne. Le POURQUOI PAS a commencé sa journée en relevant une dizaine de filières de casiers à bulots, avant de se rendre sur les lieux où la coquille est draguée ; le TRUGAREZ quant à lui est sorti uniquement pour la marée de coquille. L'abordage entre les deux navires survient quelques minutes après la fin de la période de pêche, au moment où la flottille se disperse pour rejoindre les différents ports de la baie où les captures sont commercialisées. La brèche due à l'abordage étant importante, le TRUGAREZ coule rapidement. Son équipage, indemne, embarque à bord du POURQUOI PAS.
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CONTEXTE
Le TRUGAREZ est un chalutier-coquillier de Perros-Guirrec qui relâche à Saint-Quay-
Portrieux pendant la saison de la coquille Saint-Jacques. Propriété de son patron, il est armé à la petite pêche. Le POURQUOI PAS est un caseyeur polyvalent de Loguivy de la Mer. Il est en copropriété entre le patron et son père.
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NAVIRE
Les caractéristiques principales sont les suivantes :
TRUGAREZ
Quartier et immatriculation Type de navire Année de construction Matériau coque Longueur H.T. (m) Largeur H.T. (m) jauge (U.M.S.) Déplacement (t) : : : : : : : : PL 176280 Chalutier-coquiller 1974 bois 11,98 4,36 16,68 38 147 Non 3ème Petite pêche 2 + 1 stagiaire 227647380 Oui
POURQUOI PAS
PL 333338 Caseyeur polyvalent 1975 bois 10,94 4,27 11,01 22 147 Oui 3ème Petite pêche 3 227638420 Oui
Puissance de propulsion (kW) : Pilote automatique Catégorie de navigation Type de pêche Equipage MMSI Titres en cours : : : : : :
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4.1
EQUIPAGE
TRUGAREZ
Après avoir été matelot à bord de chalutiers et coquilliers pendant plusieurs années, le patron (31 ans) exerce cette fonction depuis trois ans. Il est titulaire des titres requis. Avec son permis de conduire les moteurs de 250 kW, il assure également la fonction de mécanicien. L'équipage est complété par un matelot (23 ans). Le jour de l'abordage, un stagiaire (20 ans) du
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Lycée Professionnel Maritime de Concarneau était embarqué en sus de l'effectif réglementaire de deux personnes.
4.1
POURQUOI PAS
Le patron (32 ans) est titulaire des titres de commandements requis ainsi que du brevet de chef mécanicien750 kW qui lui permet d'assurer la fonction de mécanicien. Deux autres matelots (57 et 22 ans), dont le père du patron, complètent l'équipage.
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CHRONOLOGIE DES EVENEMENTS
Toutes heures locales (UTC + 1)
Le 27 février à 05h00, le POURQUOI PAS quitte Loguivy de la Mer pour faire route vers la Pointe de Minard où sont mouillés ses casiers à bulots. A 06h15, le POURQUOI PAS commence à relever ses casiers. A 08h00, le TRUGAREZ appareille de Saint-Quay-Portrieux pour son lieu de pêche à la coquille, dans l'Est-Nord-Est de la Pointe de Minard. A 09h00, le POURQUOI PAS, ayant terminé de relever ses casiers, fait route vers son lieu de pêche à la coquille, également situé dans l'Est-Nord-Est de la Pointe de Minard. A 10h00, début de la pêche à la coquille pour l'ensemble des navires de la flottille et mise à l'eau des dragues. Les navires travaillent souvent à quelques mètres ou dizaines de mètres les uns des autres. A 10h45, fin de la pêche à la coquille et début du tri à bord des navires. La flottille commence à se disperser et le TRUGAREZ met en route au 169° à 7 noeuds, vers Saint-Quay-Portrieux. Le patron est à la barre dans la timonerie. A 10h50, le POURQUOI PAS met en route au 310° à 8-9 noeuds vers Loguivy de , la Mer, sous pilote automatique. Le patron est dans la timonerie. Vers 11h05, le patron du POURQUOI PAS, détectant une odeur d'huile chaude provenant du poste avant, s'absente de la timonerie, après un tour d'horizon.
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Vers 11h09, le patron du TRUGAREZ aperçoit sur son bâbord avant deux navires en route au Nord-Ouest. Il vient légèrement à gauche pour laisser passer le premier ; le second s'avérera être le POURQUOI PAS. Quelques secondes avant 11h10, le patron du TRUGAREZ stoppe et met en arrière pour tenter d'éviter l'abordage. Vers 11h10, alors que le patron du POURQUOI PAS remonte dans la timonerie, son navire aborde le TRUGAREZ à bâbord. LE POURQUOI PAS pénètre d'environ 1 mètre la coque du TRUGAREZ, A environ 2,5 m de l'étrave, créant une brèche importante que les plongeurs estimeront à 1,8.x.3,0 m. Les deux navires viennent bord à bord brièvement avant de se séparer. Vers 11h11, le POURQUOI PAS met une motopompe à la disposition du TRUGAREZ. Vers 11h12, le POURQUOI PAS accoste le TRUGAREZ pour récupérer l'équipage. A 11h13, le CROSS Corsen est informé de l'abordage par le coquillier KEINVOR. Vers 11h15, le POURQUOI PAS accoste à nouveau le TRUGAREZ pour permettre au patron de ce dernier de récupérer l'ordinateur et les plans de pêche. Le navire coule quelques instants plus tard à la position 48°46,949'N ~ 002° 51,171'W, la profondeur à cet endroit étant d'une vingtaine de mètres. A 11h24, appareillage de Saint-Quay-Portrieux SNS 156 SAINTE ANNE, avec à bord un infirmier. de la vedette
A 11h27, les naufragés sont transférés à bord du KEINVOR qui fait route sur Saint-Quay-Portrieux. A 11h48, les naufragés sont transférés sur la SNS 156 puis débarqués à SaintQuay-Portrieux à 12h03.
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DETERMINATION & DISCUSSION FACTEURS DU SINISTRE
La méthode retenue pour cette détermination a été celle utilisée par le
DES
BEAmer
pour
l'ensemble de ses enquêtes, conformément au Code pour la conduite des enquêtes sur les accidents de l'Organisation Maritime Internationale (OMI), résolution MSC 255(84).
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Les facteurs en cause ont été classés dans les catégories suivantes : · · · · facteurs naturels ; facteurs matériels ; facteur humain ; autres facteurs.
BEAmer
Dans chacune de ces catégories, les enquêteurs du
ont répertorié les
facteurs possibles et tenté de les qualifier par rapport à leur caractère : · · · certain, probable ou hypothétique ; déterminant ou aggravant ; conjoncturel ou structurel ;
avec pour objectif d'écarter, après examen, les facteurs sans influence sur le cours des événements et de ne retenir que ceux qui pourraient, avec un degré de probabilité appréciable, avoir pesé sur le déroulement des faits. Ils sont conscients, ce faisant, de ne pas répondre à toutes les questions suscitées par ce sinistre. Leur objectif étant d'éviter le renouvellement de ce type d'accident, ils ont privilégié, sans aucun a priori, l'analyse inductive des facteurs qui avaient, par leur caractère structurel, un risque de récurrence notable.
6.1
Facteurs naturels
L'abordage entre les deux navires survient dans de bonnes conditions météorologiques : petite brise de secteur Sud sur mer peu agitée et bonne visibilité. Le courant de jusant porte alors au Nord-Ouest à la vitesse d'un noeud environ. Ni les conditions météorologiques ni le courant de marée ne peuvent donc être reconnus comme facteurs contributifs de l'abordage des deux navires.
6.2
Facteurs matériels
L'ergonomie déjà ancienne des timoneries de chacun des deux navires n'appelle pas de remarque particulière.
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Le matériaux et le mode identique de construction du POURQUOI PAS et du TRUGAREZ mettent bien en évidence les points forts et faiblesses structurelles d'une coque : le POURQUOI.PAS abordant par l'étrave ne subit aucune avarie de structure tandis que le TRUGAREZ abordé sur sa joue bâbord est littéralement éventré. A bord du POURQUOI PAS, les voies VHF 16, 72 et 14 sont veillées tandis que les voies 16 et 68 le sont sur le TRUGAREZ. Aucun des deux navires n'est équipé de l'AIS. Le radar est arrêté à bord du POURQUOI PAS et celui du TRUGAREZ est en service mais non utilisé. Même si entre navires bien identifiés la VHF peut être un outil efficace pour s'informer des manoeuvres envisagées, elle n'est pas pour autant retenue par le RIPAM. A contrario, l'usage du radar est recommandé, mais des conditions particulières peuvent en rendre l'usage inutile et inefficace, comme la pratique de la pêche à la coquille Saint-Jacques en flottille très dense, où les navires se trouvent à très faible distance les uns des autres. Dans ce cas, par temps clair, il est plus efficace de prévenir les abordages en exerçant une veille visuelle attentive qu'en consacrant du temps à analyser des échos radars déclenchant de nombreuses d'alarmes anti-collision aléatoires. En définitive, l'ergonomie des timoneries de chacun des navires ne peut pas être retenue comme facteur déterminant de l'accident mais le mode de construction reconnu du TRUGAREZ peut seulement être retenu comme un facteur structurel aggravant du naufrage mais pas de l'abordage.
6.3 6.3.1
Facteur humain A bord du TRUGAREZ
Tout d'abord, le patron est venu à gauche pour faciliter le passage d'un navire qui précédait le POURQUOI PAS. Aux termes du RIPAM, il n'avait pas a priori à le faire puisque son navire était privilégié ; on peut s'interroger également sur le choix de la manoeuvre, même si l'on peut la considérer comme relevant de la règle 17 (conduite du navire privilégié). Le patron du TRUGAREZ aurait pu, s'il avait un doute sur les intentions des deux navires non privilégiés, venir sans risques en grand à droite ou ralentir. Dans cette situation, il n'avait d'autre choix que de battre en arrière pour tenter de limiter les conséquences de l'abordage. Le choix de manoeuvre initial "à contre" du TRUGAREZ constitue un facteur déterminant de l'abordage.
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6.3.2
A bord du POURQUOI PAS
Le patron, après avoir enclenché le pilote automatique de son navire, s'est absenté pour chercher l'origine d'une odeur suspecte provenant du poste avant. Il a donc abandonné la veille et n'a pas été en mesure de détecter la situation d'abordage qui se développait ni de manoeuvrer conformément au RIPAM. Il s'agit donc de l'autre facteur déterminant de l'accident.
6.4
Autres facteurs
L'organisation de la pêche à la coquille Saint-Jacques en baie de Saint-Brieuc et les conditions de la pratique qui en découle, créent dans la profession un climat de compétitivité qui, a juste titre, peut être jugé comme dangereux et a conduit le BEAmer à formuler des recommandations sur cette organisation. Cependant, dans le cas présent, l'accident s'est produit au cours du transit vers les ports de débarquement. En conséquence, ni fatigue ni stress excessifs ne sont susceptibles d'être retenus comme facteurs contributifs.
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RECOMMANDATIONS
aux patrons de pêche : de ne jamais quitter la veille fût-ce un court moment sans se faire remplacer ou du moins sans s'assurer que la durée de leur absence est compatible avec la situation des unités navigant dans le même secteur. Ils attirent également l'attention sur le fait que l'usage du pilote automatique facilite une telle pratique.
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LISTE DES ANNEXES
A. B. C. D.
Décision d'enquête Dossier photographique Cartographie et reconstitution Paramètres océano-météorologiques
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Annexe A
Décision d'enquête
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Annexe B
Dossier photographique
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Chalutier-coquillier TRUGAREZ
Caseyeur polyvalent POURQUOI PAS
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Annexe C
Cartographie et reconstitution
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Baie de Saint-Brieuc
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TRUGAREZ Loguivy Rv= 310
Saint-QuayPortrieux Rv= 169
POURQUOI PAS
Localisation
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TRUGAREZ
Non identifié
POURQUOI PAS
Reconstitution de la situation d'abordage
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Annexe D
Paramètres océano-météorologiques
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FEVRIER 2008 Matin Date Coeff. mer 27 60 Pleine mer 10h19 Basse mer 4h33 Coeff. 54 Pleine mer 22h33 Basse mer 16h44 Après-midi
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Ministère des Transports, de l'Equipement, du Tourisme et de de la Ministère de l'Ecologie, de l'Energie, du Développement durable etla Mer Mer en charge des Technologies vertes et des Négociaions sur le climat
Bureau d'enquêtes sur les évènements de mer
Tour Pascal B sur les évènements de mer Bureau d'enquêtes 92055 LA DEFENSE CEDEX T : + 33 (0) 140 813 824 / F : +33 (0) 140 813 842 Bea-Mer@equipement.gouv.fr Tour Voltaire - MEEDDAT - 92055 La Défense cedex www.beamer-france.org téléphone : +33 (0) 1 40 81 38 24 - télécopie : +33 (0) 1 40 81 38 42 www.beamer-france.org bea-mer@developpement-durable.gouv.fr