Enquêtes (les) chargeurs en transport de marchandises
COMES, Florence ;Combes, François
Auteur moral
Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (France). Direction Technique Infrastructures de Transports et Matériaux
Auteur secondaire
Résumé
Les données françaises sur l'offre de transport, les flux de tonnages et les mouvements de véhicules ne permettent pas de reconstituer les chaînes de transport dans leur totalité et sont ainsi limitées lorsqu'il s'agit de faire le lien entre chaînes logistiques et transport de marchandises. Ce rapport a pour but de synthétiser quelques réflexions sur les enquêtes chargeurs qui permettent de faire ce lien.
Editeur
CEREMA
Descripteur Urbamet
logistique
;enquête
;méthode
Descripteur écoplanete
Thème
Transports
Texte intégral
Rappor t
Les enquêtes chargeurs en
transport de marchandises
Janvier 2017
Rédacteurs
Florence COMES - ex-Cerema - Infrastructures de transport et matériaux
teléphone : 33 (0)1 60 52 31 31
mél : florence.comes@cerema.fr
François COMBES - Cerema - Infrastructures de transport et matériaux
téléphone : 33 (0)1 60 52 32 36
mél : françois.combes@cerema.fr
Relecteur
Karine ROLAS- Cerema - Infrastructures de transport et matériaux
téléphone : 33 (0)1 60 52 31 46
mél : karine.rolas@cerema.fr
Sommaire
Introduction.......................................................................................................................................... ....3
1 - Bases de données sur les flux et le transport...................................................................................5
1.1. Le Système d?information sur le transport de Marchandises.....................................................................................................5
1.2. Enquête sur l?utilisation des véhicules TRM...............................................................................................................................6
1.3. Commerce extérieur ? données des douanes...........................................................................................................................8
2 - Enquêtes chargeurs, présentation et exemples à l?étranger..........................................................10
2.1. Méthode....................................................................................................................................................................................10
2.2. États-Unis : Commodity Flow Survey.......................................................................................................................................12
2.3. Suède : Varuflödesundersökningen.........................................................................................................................................13
2.4. Japon : Net National Freight Circulation Survey......................................................................................................................15
3 - Enquête ECHO « Envois ? Chargeurs ? Opérateurs de transport »..............................................17
3.1. Champ de l?enquête ECHO......................................................................................................................................................17
3.2. Structure de l?enquête..............................................................................................................................................................17
4 - Synthèse........................................................................................................................................... ..20
4.1. Taux de sondage des établissements......................................................................................................................................20
4.2. Difficultés de mise en oeuvre et d?exploitation..........................................................................................................................21
4.3. Opportunités offertes par les enquêtes chargeurs...................................................................................................................22
4.4. Possibilités offertes par les enquêtes chargeurs pour la modélisation du transport de fret et de la logistique........................24
Conclusion........................................................................................................................................... ..26
Bibliographie........................................................................................................................................ ..27
Page laissée blanche intentionnellement
Rapport - Les enquêtes chargeurs en transport de marchandises
Introduction
L?élaboration des politiques publiques dans les secteurs du transport de fret et de la logistique doit
s?appuyer sur une connaissance suffisamment précise de ces secteurs. Cette connaissance a un double
objectif :
1. elle doit donner une image représentative de l?état présent des systèmes de transport, et de leur
évolution passée, à des fins de diagnostic et de suivi de la politique publique ;
2. elle doit permettre d?anticiper les évolutions futures, et d?estimer les effets potentiels de décisions
de politique de transport, par la modélisation en particulier.
La France est équipée d?outils statistiques qui lui permettent d?observer avec une certaine précision et de
façon régulière les mouvements de marchandises et des véhicules de transport. Les bases de données
associées permettent de connaître de façon correcte la structure géographique et modale des trafics de
fret. Cependant, ces bases étant construites sans recueillir d?information sur les utilisateurs du transport
de fret (les chargeurs), elles sont très limitées quand il s?agit de faire le lien entre demande de transport et
structure de l?économie. La connaissance du lien entre l?économie et le transport de marchandises s?en
trouve limitée. En particulier, il est difficile de construire des modèles pertinents pour l?étude des politiques
publiques. Les travaux engagés dans le cadre de la Conférence Nationale sur la Logistique, qui s?est
tenue le 8 juillet 2015, et qui l?ont suivie dans le cadre de l?élaboration de la Stratégie France Logistique
2025 ont d?ailleurs fait ressortir la nécessité d?une meilleure connaissance de la logistique, et donc d?une
meilleure observation. Cette question en particulier a fait l?objet d?une mission confiée au CGEDD1, dont
les résultats sont disponibles dans un rapport de mars 2016.2
Ainsi, la principale source de données françaises sur le transport de marchandises, la base de données
SitraM (Système d?Information sur les TRAnsports de Marchandises), gérée par le SOeS3 (MEEM), est
construite à partir de différentes enquêtes dont les unités d?observation sont généralement liées aux
mouvements de véhicules ou de marchandises. Il est possible d?en déduire des informations agrégées
représentatives sur les flux de marchandises en type, tonnage, ou valeur (mais pas forcément le
croisement des trois), ainsi que les trafics par mode. Cependant, elle ne permet souvent pas de
reconstituer les chaînes de transport dans leur totalité : les ruptures de charges, notamment
multimodales, ne sont pas parfaitement capturées, ce qui peut causer une confusion entre la destination
véritable de la marchandise et ce qui n?est qu?un point de passage, dans une plate-forme de groupage-
dégroupage notamment. Leur autre principale limite est l?absence de lien entre le mouvement de
marchandise, c?est-à-dire l?opération de transport de fret, et la demande de transport (en particulier les
caractéristiques de l?expéditeur, du destinataire, et de leurs relations).
Or plusieurs études ont souligné le lien entre les caractéristiques des chaînes logistiques et les choix des
chargeurs en transport de fret, en particulier les choix de mode. C?est ce lien qu?il faut connaître, en
particulier pour la prospective et l?aide à la décision. Cela suppose de l?observer statistiquement. Un bon
moyen de le faire est d?interroger directement les chargeurs, c?est-à-dire les utilisateurs du transport de
fret. Il existe un type d?enquête conçu pour fournir ce type d?information : les enquêtes chargeurs
(Commodity Flow Surveys). Ces enquêtes ont deux qualités principales. Premièrement, l?unité
d?observation est l?envoi, c?est-à-dire une « quantité de marchandises mise à disposition à un moment
donné, pour être transportée dans le cadre d?une même opération de transport depuis un chargeur vers
un destinataire donné » (Guilbault, 2008). Deuxièmement, en recueillant des données sur les
établissements expéditeurs (et dans certains cas destinataires) de ces envois, elles permettent
d?observer le lien avec l?économie.
1 CGEDD (conseil général de l?Environnement et du Développement durable) entité du ministère de l?environnement en charge
de conseiller le Gouvernement sur différentes thématiques dont le transport.
2 Comment mieux observé les performances de la logistique en France ? Mieux connaître les performances pour mieux agir.
Rapport CGEDD n°010353-01 établit par Lionel Arcier et Hervé de Trégolé.
3Service de l?observation et des statistiques (SOeS) fait partie du Commissariat général au développement durable (CGDD), au
sein du Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer (MEEM).
« Les rapports » Cerema ??4?? novembre 2016
Rapport - Les enquêtes chargeurs en transport de marchandises
Mais les revues de la littérature sur les enquêtes chargeur sont encore rares (Guilbault et Soppé, 2009).
Ce rapport a pour but de synthétiser quelques réflexions sur ces enquêtes chargeurs.
Le rapport comporte quatre parties. La première partie de ce rapport récapitule rapidement les données
présentes dans SitraM et la façon dont elles sont obtenues, avec un focus particulier sur l?enquête sur
l?utilisation des véhicules routiers de transport de marchandises et sur les données des Douanes. La
deuxième partie décrit les enquêtes chargeurs et en présente trois exemples à l?étranger, réalisées par
les administrations des États-Unis, de Suède et du Japon. La troisième partie décrit l?enquête française,
Envoi ? Chargeurs ? Opérateurs de transports (ECHO), qui est aussi une enquête chargeur, mais avec
des particularités qui la rendent beaucoup plus riche. Enfin, la quatrième partie met en parallèle ces
quatre enquêtes et en compare les avantages et inconvénients. En particulier, un focus est réalisé sur les
opportunités qu?offrent les enquêtes chargeur pour la modélisation et les prévisions de trafic en transport
de marchandises, par comparaison avec les enquêtes de transport de marchandises classiques.
« Les rapports » Cerema ??5?? novembre 2016
Rapport - Les enquêtes chargeurs en transport de marchandises
1 - Bases de données sur les flux et le transport
En France, les informations statistiques sur le transport de marchandises sont nombreuses, variées et
complexes. L?objectif de cette partie est d?en présenter brièvement les grandes caractéristiques. La
description complète et précise de ces informations et la façon dont elles ont été recueillies n?est pas le
coeur du sujet de ce rapport, les éléments plus précis sont disponibles sur le site internet dédié du
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer4.
Cette partie présente brièvement le Système d?information sur le transport de Marchandises SitraM. Il
propose ensuite deux focus, l?un sur l?enquête Transport Routier de Marchandises, l?autre sur les
données des Douanes.
1.1. Le Système d?information sur le transport de Marchandises
SitraM est une banque de données annuelles. Géré depuis 1974 par le ministère en charge des
transports, SitraM recense des données transport tous modes provenant de sources variées, tant du point
de vue du mode de récolte (enquête ou résultat de gestion administrative) que de l?organisme producteur.
SitraM est en effet alimentée par cinq sources de données différentes, présentée dans le tableau 1.1. Les
données sont présentées sous forme d?agrégats statistiques, mais si toutes sont intégrées dans le
dispositif SitraM, elles sont réparties dans trois agrégats distincts comme indiqué dans le tableau 1.1.
Sources de donnée Provenance Mode(s) Tonnesa Autre indicateur Agrégat
Sources
Transport
Enquête TRMb SOeS Routier Brutes
t.km (France/étranger)
entre autresc
National et
International
Fichier TRM
européen
EUROSTAT Routier Brutes t.km International
Fichier VNF
Vois Navigables
de France Fluvial Brutes t.km et nb voyages
National et
International
Données ferroviaires SNCFd Ferroviaire Brutes t.km et nb wagons
National et
International
Fichier DGECe DGEC Oléoduc National
Sources
Douanes
Commerce extérieur Douanes Tous modes Nettes valeur Douanes
Tableau 1.1 : Sources de données composant SitraM
a : Les tonnes brutes comprennent le poids du conditionnement, ce n?est pas le cas pour les tonnes nettes.
b : Voir la présentation de l?enquête TRM dans le paragraphe suivant.
c : Les indicateurs disponibles sont plus nombreux avec l?enquête TRM que pour les autres fichiers
statistiques. En plus des tonnes et des tonnes-kilomètres, le fichier TRM propose : distance en charge / à
vide (France/étranger), nombre de trajet en charge / à vide et nombre d?observations (résultat fiable au-
dessus de 10 observations).
d :Jusqu?en 2006. Ensuite, restriction de diffusion de données.
e : Depuis 2010. (Direction Générale de l?Énergie et du Climat )
4http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/sources-methodes/theme-transports/1543.html
« Les rapports » Cerema ??6?? novembre 2016
Rapport - Les enquêtes chargeurs en transport de marchandises
Le mode de recueil de données dépend de directives et règlements européens en matière de statistique
et recueil de données. En effet, l?Union Européenne dispose d?un office statistique, Eurostat, dont la
mission est d?être « le premier fournisseur de statistiques de qualité sur l?Europe ». Pour accomplir cette
mission, Eurostat ne produit pas directement de données mais s?appuie sur les différents services
statistiques nationaux des États membres et promeut une unification des pratiques statistiques et de
recueil de données.
Grâce à l?ensemble de ces sources, SitraM permet de décrire les mouvements de marchandises sur le
territoire métropolitain et à l?import et export selon plusieurs critères :
? mode de transport ;
? nature du transport (transport national en France / transport international chargé ou déchargé en
France / transit sur le territoire français) ;
? nature de la marchandise selon la nomenclature uniforme des marchandises pour les statistiques
de transport (NST5) ;
? conditionnement ;
? origine, destination du transport (découpage par région en France, par pays pour l?étranger).
La longévité de cette base permet de reconstituer des séries sur plusieurs années (depuis 1975 pour la
plus ancienne des sources), malgré de nombreuses ruptures de séries liées à des réformes statistiques
ou institutionnelles.
1.2. Enquête sur l?utilisation des véhicules TRM
L?enquête sur l?utilisation des véhicules de transport routier de marchandises (TRM) est réalisée de
manière annuelle par le Service de l?observation et des statistiques (SOeS) du Ministère de
l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer. Elle cible l?utilisateur (qu?il soit propriétaire ou locataire) de
camions dont le PTAC est supérieur à 3,5 tonnes et les tracteurs routiers dont le PTRA est inférieur à
44,5 tonnes, immatriculés en France métropolitaine et âgés de moins de 15 ans. La base
d?échantillonnage est le fichier central des immatriculations. Par conséquent, seuls des véhicules
immatriculés en France sont enquêtés dans TRM. Les informations sur les flux de marchandises et les
trafics assurés par des véhicules immatriculés ailleurs en Europe sont disponibles via Eurostat.
L?unité statistique utilisée pour cette enquête est le véhicule-semaine et la récolte de donnée est
permanente : chaque semaine, 1 800 questionnaires enquêtent sur l?utilisation du véhicule pendant cette
semaine (considérée comme semaine de référence). À la fin d?une année, les données récoltées
concernent 77 000 tracteurs routiers (sur 300 000 rentrant dans les critères de l?enquête) et
16 000 camions (sur 290 000). Le taux de sondage global moyen est ainsi de 3 ?. Il est intéressant de
noter qu?un véhicule sur deux est ré-enquêté la même semaine deux années de suite (50 %).
Le tableau 1.2 recense les informations récoltées par le questionnaire de l?enquête TRM. L?enquête
permet principalement de connaître la composition du parc, le type de marchandise et le parcours réalisé.
Ces informations sont utiles pour déterminer, entre autres, les incidences de la circulation routière
(émissions, impacts sur les chaussées, etc.), les liaisons effectuées (origines et destinations) ainsi que
des indicateurs techniques (taux de remplissage, etc.).
5La Nomenclature Statistique des Transports a été modifiée en 2007. Il s?agit d?une nomenclature hiérarchisée, comprenant : des
divisions, des groupes, et positions.
« Les rapports » Cerema ??7?? novembre 2016
Rapport - Les enquêtes chargeurs en transport de marchandises
Description du véhicule
? L?âge, caractéristiques techniques
? Motif de non utilisation
? Configuration (camion seul, avec remorque, tracteur routier avec semi-remorque, nombre
d?essieux)
? Activité de l?utilisateur
Description des opérations effectuées
? Lieux de chargement et de déchargement du véhicule suivi (O/D)
? Remplissage (remplissage binaire : plein ou non)
? Nombre et type de parcours (circuit, navette6 ou autre.)
? Distance parcourue dans la journée par le véhicule en charge / à vide / totale
? Département frontière et pays traversés (Transports internationaux)
? Intermodalité ? dans le cas où le véhicule emprunte un autre mode de transport : points
d?embarquement et débarquement
? Distance (de base) du parcours
Description des marchandises
? Nature de la marchandise (NST)
? Poids brut de la marchandise
? Classe de marchandise dangereuse
? Conditionnement
Tableau 1.2 : Données récoltées par l?enquête Transport Routier de Marchandises
Cependant, seules les informations concernant la liaison routière effectuée par le véhicule enquêté sont
récoltées. Plusieurs événements de la chaîne de transport peuvent ainsi ne pas apparaître dans cette
enquête :
? envois multiples (circuits de ramassage ou de distribution) : seul le tout premier point de
chargement et le tout dernier point de déchargement est pris en compte, les marchandises sont
mêlées dans le recueil du poids de la marchandise transportée. Les données ainsi récoltées ne
reconstituent pas le trajet de chacune des marchandises transportées, mais un trajet total dont la
définition est relativement vague ;
? conteneur : cette boîte fermée et opaque rend en pratique impossible l?identification de la
marchandise transportée, à tel point que le conteneur ou la marchandise conteneurisée sont
considérés comme un type de marchandises à part entière7. Dans le cas d?un transport de
conteneur, le transporteur est rarement au courant de ce qu?il transporte, il sera là aussi difficile de
raccorder les données de transport de cette opération à un fond de données ;
? cas des ruptures de charge intermodale ou mono-modale : l?enquête TRM ne suit que
l?opération de transport du véhicule enquêté. Ainsi, si le véhicule emprunte une route roulante ou
une autoroute maritime, l?enquête identifiera cette opération. Cependant, s?il s?agit d?une réelle
6 Circuit : Trajet au cours duquel sont réalisés plusieurs chargements partiels successifs (ramassages) ou déchargements partiels
successifs (distributions).
Navette : Trajets successifs répétés et identiques quant à la marchandise, à la distance parcourue, au lieu de chargement et au
lieu de déchargement.
7De façon précise, la nomenclature NST distingue : les conteneurs d?une part, quand ils sont eux-mêmes la marchandise
(livraison de conteneur neuf, repositionnement de conteneur), et les marchandises conteneurisées (de type inconnu). Le second
cas relève de la position « Marchandises de nature indéterminée en conteneurs et caisses mobiles ». Notons qu?on retrouve le
même problème pour les marchandises en petits colis.
« Les rapports » Cerema ??8?? novembre 2016
Rapport - Les enquêtes chargeurs en transport de marchandises
rupture de charge, même mono-modale (cross-docking8 par exemple), le suivi de l?opération
s?arrête avec le déchargement du camion. Le point de rupture de charge devient alors la
destination enregistrée, sans pour autant être la destination réelle (pouvant se trouver à des
centaines de kilomètres). Le passage par les ports est néanmoins identifié, sans toutefois que soit
recueillie l?origine première ou la destination au-delà de ce port.
Les organisations souvent complexes du transport routier (principes de hub, de cross-docking, etc.) ne
peuvent donc pas être observées directement via cette enquête. En particulier, le problème de suivi des
chaînes de transport avec rupture de charge conduit à une mauvaise connaissance de la place du
transport multimodal, à une sous-estimation des distances origine-destination, à une sur-estimation des
tonnes générées par les territoires9, et à l?impossibilité d?analyser les hinterlands des ports en lien avec
les destinations intercontinentales.
1.3. Commerce extérieur ? données des douanes
Les informations relatives au commerce extérieur sont collectées par la Direction Générale des Douanes
et des Droits Indirects (DGDDI) qui publie ensuite elle-même ses statistiques. Les douanes
comptabilisent ainsi toutes les marchandises entrant ou sortant de l?économie nationale, à l?exclusion des
marchandises importées puis réexportées en l?état10, et des introductions de marchandises sur le territoire
pour les entreprises dont les échanges internationaux sont en dessous d?un certain seuil en valeur11.
Le recueil d?information se fait par deux documents différents selon que l?échange concerne un État
membre de l?Union Européenne (Déclaration simplifiée d?échange de biens ? DEB) ou un pays tiers
(Document administratif unique ? DAU). Les deux documents donnent des renseignements similaires,
relatifs aux caractéristiques de l?opérateur, de la déclaration, de la marchandise et du transport. Comme il
est possible de le voir dans le tableau 1.3, le DAU est plus complet que la DEB concernant les données
liées au transport, ou plutôt à l?itinéraire. Pour autant, ces documents ne sont pas toujours renseignés
entièrement ; un certain nombre des variables du fichier Douanes sont mal renseignées12.
Ne renseignant que les opérations d?import ou d?export (ou encore « introductions » et « expéditions »
dans le périmètre intracommunautaire), ces données douanes ne permettent pas de reconstituer une
image exacte du transport sur le territoire français, mais elles complètent les statistiques nationales et
présentent l?intérêt majeur de concerner tous les modes de transport, et de connaître les pays d'origine et
destination des marchandises.
En particulier, les informations sur les bureaux frontière (points dans lesquels sont enregistrés les
passages des marchandises) permettent dans certains cas (et avec une précision toute relative) d?estimer
par quels ports ou aéroports français les marchandises sont passées, si elles ont été transportées par
transport maritime ou aérien.
8Lorsque plusieurs envois, d?origines et de destinations différentes, sont transportés ensembles, les opérations de cross-docking
sont mises en oeuvre dans des entrepôts spécifiques pour décharger les camions, trier les envois et recharger les camions en
fonction des origines et destinations. Cela permet de transporter des petits envois tout en maintenant un taux de remplissage
correct des véhicules.
9Une chaîne de transport concernant un chargement de 10t de marchandises, avec deux maillons de 400km et une rupture de
charge sera considérée comme deux opérations, de 400km chacune, et un tonnage expédié de 20t au total, une fois au départ,
une fois au lieu du transbordement.
10Sont donc exclues les opérations de transit, d?admission et d?exportation temporaire, de même que les entrées et exportations
liées à une rupture de charge ou un stockage en entrepôt. Les produits pétroliers dérogent toutefois à cette règle.
11Les entreprises doivent fournir une DEB (déclaration d?échanges de biens) chaque mois si 460 000 ¤ d?introductions ont été
réalisées l?année précédente, ou à partir du moment où ce seuil a été atteint dans l?année si elles n?étaient pas soumises à cette
obligation auparavant. Pour les expéditions, la DEB est obligatoire dès le premier euro.
12 Sur le site de la DGDDI, il est ainsi écrit que pour la DAU, les « principales mentions obligatoires concernent le nom ou la
raison sociale de l'importateur, du déclarant ou du représentant si celui-ci est différent de l'importateur, du type de déclaration
déterminé en fonction de la provenance des marchandises, de l'origine de celles-ci, la nature de la marchandise et de leur valeur
hors taxes » laissant place à l?incertitude pour le renseignement des autres rubriques, notamment la masse nette de la
marchandise. (http://www.douane.gouv.fr/articles/a10847-a-l-import-ou-a-l-export-une-obligation-remplir-le-document-
administratif-unique-dau)
« Les rapports » Cerema ??9?? novembre 2016
http://www.douane.gouv.fr/articles/a10847-a-l-import-ou-a-l-export-une-obligation-remplir-le-document-administratif-unique-dau
http://www.douane.gouv.fr/articles/a10847-a-l-import-ou-a-l-export-une-obligation-remplir-le-document-administratif-unique-dau
Rapport - Les enquêtes chargeurs en transport de marchandises
Ces informations permettent, par exemple, d?étudier les aires d?influence terrestres des aéroports ou des
ports, en lien avec les destinations des marchandises (on a souvent tendance à associer un port à son
hinterland, mais l?hinterland dépend de la destination de la marchandise, et un port français peut avoir un
grand hinterland pour les marchandises à destination des Amériques et beaucoup plus réduit à
destination de l?Asie, par exemple (Guerrero, 2014).
Quoi qu?il en soit, dans toutes ces bases, il n?y a pas d?information sur les expéditeurs et destinataires des
opérations de transport et des flux de marchandises. Lorsqu?il est jugé nécessaire d?estimer cette relation,
cela se fait en croisant des données géographiques et en affectant des types de marchandises NST à
des secteurs d?activité, avec toutes les limites que cela implique.
Variables DEB DAU
Caractéristiques de l?opérateur
? Identification de l'entreprise (SIREN)
? Qualité du déclarant
X
-
X
X
Indicateurs relatifs au transport
? Pays de provenance / de destination
? Produit
? Département
? Conditions de livraison
? Mode de transport à la frontière13
? Mode de transport intérieur
? Bureau d?entrée et de sortie
? Pays de dernière provenance ou de
première destination
? Conteneur
X
X
X
X
Nationale
-
-
-
-
X
X
X
X
Communautaire
X
X
X
X
Indicateurs relatifs à la marchandise
? Valeur statistique
? Masse nette
? Unité supplémentaire
X
X
X
X
X
X
Tableau 1.3 : Données disponibles dans le fichier douanes selon le type de déclaration
13À noter que la notion de frontière a varié dans le temps : d?abord frontière nationale, puis frontière nationale ou européenne
selon le type de déclaration. Par ailleurs, les informations sur le mode de transport est en train de disparaître de cette source.
« Les rapports » Cerema ??10?? novembre 2016
Rapport - Les enquêtes chargeurs en transport de marchandises
2 - Enquêtes chargeurs, présentation et exemples à
l?étranger
Les bases de données présentées dans le paragraphe précédent se focalisent principalement sur
l?activité du transport de marchandises. Elles ne recueillent pas d?information sur les expéditeurs et
destinataires de ces marchandises, et ne permettent donc pas de réaliser de façon directe le lien avec le
reste de l?économie. Cela se constate en particulier dans le choix de l?unité d?observation, toujours
orientée vers le mouvement d?un véhicule ou d?une quantité de marchandises. Or, le secteur des
transports, en tant que secteur économique, comporte des offres (proposées par les transporteurs) et des
demandes (exprimées par des chargeurs). Pour décrire et comprendre ce monde et ses pratiques il faut
donc en passer par la connaissance et l?analyse, aussi, de la demande de transport de marchandises,
c?est-à-dire du comportement des entreprises et des acteurs économiques.
On peut imaginer plusieurs niveaux de réponse à cet enjeu. Le premier consiste à identifier les
établissements expéditeurs des marchandises (les établissements étant des « unités de production
géographiquement individualisées, mais juridiquement dépendantes de l?entreprise »14). C?est à ce niveau
que se positionnent les enquêtes chargeurs présentées dans cette partie. Les niveaux plus approfondis
consistent à identifier les établissements expéditeurs, destinataires voire les relations entre ces
établissements. C?est ce que réalise l?enquête ECHO présentée dans la partie suivante.
Comme le nom l?indique, le principe des enquêtes chargeurs est d?interroger les établissements
expéditeurs de marchandises sur leurs besoins et pratiques de transport. Les exemples présentés ci-
dessous suivent un schéma identique pour la structure de ces enquêtes :
? les chargeurs sont identifiés à un établissement ;
? seuls certains secteurs de l?économie, jugés à l?origine de l?essentiel des envois de marchandises,
sont concernés par les enquêtes ;
? les établissements sont interrogés à propos des mouvements de marchandises qu?ils
commandent et/ou organisent, qu?ils expédient et accessoirement qu?ils reçoivent, sur la base
d?une unité nommée « envoi ». Un envoi est défini comme « une quantité de marchandise mise à
disposition à un moment donné pour être transporté dans le cadre d?une même opération de
transport depuis un chargeur vers un destinataire donné » (définition de l?envoi dans l?enquête
ECHO15). D?une enquête à une autre, le principe de l?envoi reste celui-ci, même si certaines
peuvent limiter leurs questions aux envois sortants.
Ces enquêtes sont coûteuses et complexes à mettre en oeuvre, c?est pourquoi on en trouve relativement
peu d?exemples. Dans cette partie, les trois présentées font partie des rares enquêtes de ce type
effectivement réalisées.
2.1. Méthode
Dans les paragraphes qui suivent, l?origine et les caractéristiques de quelques enquêtes chargeurs sont
présentées. Pour chacune, un schéma représentant différents éléments du contexte d?un envoi illustre ce
que les données issues de l?enquête permettent de décrire et connaître. Ce schéma est présenté figure
2.1.
14Définition INSEE. Les entreprises sont identifiées par un unique numéro SIREN, les établissements par un unique numéro
SIRET.
15 Pour la définition américaine (CFS, 2012) : « An outbound shipment in this survey is defined as a movement of commodities
from your establishment to another single location[, including] pick-ups, parcels and all other outbound shipments ».
« Les rapports » Cerema ??11?? novembre 2016
Rapport - Les enquêtes chargeurs en transport de marchandises
Il inclut :
? l?envoi, tel que défini ci-dessus. Sujet même des enquêtes, il est souvent au moins décrit par sa
valeur et son volume ou tonnage. Il est représenté par la boîte orange dans le schéma ;
? le chargeur : ou plutôt l?établissement enquêté. Suivant l?enquête, il ne renseigne que les envois
expédiés ou accessoirement ceux qu?il reçoit. Entité économique, il peut n?être décrit que par une
adresse et un secteur d?activité, ou plus précisément (nombre d?employés, chiffre d?affaires, etc.)
Le chargeur est représenté par la maison en vert clair sur la gauche du schéma. Plus le vert est
pâle, moins il y a de variables le décrivant ;
? le destinataire, ou l?expéditeur si les envois reçus sont aussi enquêtés : il s?agit du partenaire
économique du chargeur, à l?autre bout de la chaîne de l?envoi. Souvent peu décrit et toujours
moins précisément que le chargeur, il est représenté par la maison bleue sur la droite du schéma,
l?intensité de la couleur témoignant là aussi de la quantité de variables le décrivant ;
? les relations entre le chargeur et le destinataire : soit les liens économiques qui lient ces deux
acteurs : appartiennent-ils au même groupe ou sont-ils indépendants ? Ont-ils déjà échangé des
envois ? En quel nombre, à quelle fréquence, etc ? Ces relations qui ne concernent pas
directement l?envoi enquêté sont représentées par une flèche jaune, tout en bas du schéma ;
? la chaîne organisationnelle : il s?agit de l?ensemble des acteurs impliqués dans la prise de décision
concernant le transport de l?envoi, et de leurs relations. Cette chaîne est décrite par des éléments
sur la sous-traitance des contrats de transport ou les liens de filiation pouvant exister entre les
différents intervenants dans le transport. Peu d?enquêtes s?intéressent à ces questions ; la flèche
représentant la chaîne organisationnelle est donc souvent grisée, représentant l?absence de
renseignement sur la question. Dans le cas où la chaîne est décrite, elle est teintée de bleue
marine. Le choix est fait ici de considérer que le chargeur et le destinataire n?en font pas partie ;
? la chaîne de transport (chaîne physique) : c?est-à-dire la manière dont s?organise le transport et le
détail de celui-ci, depuis les différents modes jusqu?au prix du transport, y compris les potentiels
points de rupture de charge. C?est la flèche au milieu du schéma, teinte d?un vert dont l?intensité
illustre la densité de l?information sur la chaîne de transport. Puisque le chargeur n?est pas le
mieux placé pour connaître les détails de cette chaîne, la flèche est striée lorsque les données ne
proviennent que de ses déclarations, indiquant un manque de fiabilité. Le choix est fait ici de
considérer que le chargeur et le destinataire ne font pas partie de la chaîne de transport.
DestinataireChargeur
répondant ENVOIS
- Mode de transport au départ
- ...
- Ville de destination
- ...
Chaîne organisationnelle
- Valeur
- ...
Chaîne physique
- Adresse d?expédition
- ...
Relations chargeurs - destinataires
- Même groupe ou indépendant
- ?
-
NFC - Japon
Illustration 2.1 : Exemple de schéma illustrant la couverture des informations recueillies par les enquêtes chargeurs présentées.
« Les rapports » Cerema ??12?? novembre 2016
Rapport - Les enquêtes chargeurs en transport de marchandises
2.2. États-Unis : Commodity Flow Survey
L?enquête américaine sur les flux de marchandises, communément appelée Commodity Flow Survey ou
CFS, est réalisée tous les 5 ans depuis 1993 par le Bureau des Statistiques de Transport et le Bureau du
Recensement (Transportation Research Board, 2003; Hancock, 2006; Schwarm et al., 2006; Bureau of
Transportation Statistics, 2011; Kriger et al.,2011; Margreta, 2014; U.S. Census Bureau, 2015). Le CFS
concerne des établissements commerciaux répartis sur l?ensemble des États-Unis et définis comme
« une localisation physique unique où des échanges commerciaux ont lieux ». Seuls certains secteurs
sont enquêtés : activité minière, manufacture, commerce de gros, ainsi que certains établissements liés
au secteur de la distribution et des services. Entre autres, sont ainsi exclus les trafics liés à l?agriculture et
la construction, ainsi que le pétrole et le gaz. Le CFS omet aussi la plupart des établissements de
distribution ainsi que le secteur des services.
L?enquête se fait exclusivement par courrier. Sélectionnés selon un échantillonnage combinant
géographie et secteur d?activité, les établissements se voient assignés une période de reporting d?une
semaine chaque trimestre, pendant un an. Pour ces 4 semaines, l?enquêté, décrit dans la base par son
adresse et son secteur d?activité, doit donner le nombre total des envois expédiés dans la semaine et
préciser, pour un échantillon constitué de 20 à 40 envois : la valeur, le poids, le type, la ville de
destination et le(s) mode(s) de transport utilisé(s). Par la répartition de ces semaines entre les différents
établissements, l?échantillon est capable de couvrir les 52 semaines d?une année.
En 2007, sur les 754 000 établissements concernés par le recensement, 100 000 établissements ont été
enquêtés. De plus, un taux de réponse important (supérieur à 70 %) est assuré par la forme obligatoire
de l?enquête administrée par le Bureau du Recensement. Ainsi, des données concernant plus de
2 millions d?envois sont récupérées et analysées (entre 20 et 40 envois par établissement). Ce taux de
couverture a un coût : 14 millions de dollars pour l?enquête de 2007 (soit en moyenne environ 125 ¤ par
établissement ou 0,06 c¤ par envoi). Ce coût ne comprend pas le temps passé par les personnels des
établissements à répondre à l?enquête.
DestinataireChargeur
répondant ENVOIS
*Dans le cas d?un envoi hors US.
- Mode(s) de transport utilisé(s)
- Port/aéroport d?export*
- Mode de transport à la frontière*
Ville de destination
Chaîne organisationnelle
- Date d?envoi
- Valeur marchande nette
- Poids
- Type de marchandise
(code 5 chiffre + description rapide)
- Température dirigée?
- TMD?
Chaîne physique
- XXX
Maillon décrit par des déclarations des chargeurs
Non renseigné
Élément/ maillon très bien décrit
Élément/ maillon très peu décrit
Liste des variables
de description
Légende:
-
Relations chargeurs - destinataires
- Adresse d?expédition
- Nombre d?envois dans la semaine d?enquête
- Estimation de la valeur mensuelle des envois
- Secteur d?activité
-
Illustration 2.2 : Schématisation de la couverture des informations recueillies par le Commodity Flow Survey aux États-Unis.
« Les rapports » Cerema ??13?? novembre 2016
Rapport - Les enquêtes chargeurs en transport de marchandises
Le CFS procure ainsi des données sur les flux de marchandises générés par les établissements, par
mode de transport, origine et destination, type de produit, tonnage, etc. Tous les modes de transports
principaux sont capturés, y compris les combinaisons intermodales. Les réponses collectées donnent des
informations sur les tonnes. Cependant, il est à noter que les distances parcourues sont estimées d?après
les informations données (départ + arrivée + modes utilisés) et que le chargeur n?a en général que peu de
contrôle sur les moyens mis en oeuvre pour transporter son envoi. Ainsi, le CFS permet de très bien
décrire les flux (type de produit, tonnage, origine-destination), mais reste flou sur la réalité de la chaîne de
transport (physique ou organisationnelle).
On constate par ailleurs que le CFS des États-Unis décrit précisément les envois, et propose également
quelques informations sur les chargeurs expéditeurs de ces envois. De plus, la chaîne de transport de
l?envoi entre l?origine et la destination est décrite de façon relativement peu précise, et selon les
informations dont dispose le chargeur. L?enquête CFS est riche par sa taille, suffisamment grande pour
pouvoir être représentative géographiquement (quoique cela dépende de la précision géographique
souhaitée et de la finesse de la segmentation par type de marchandise), et permet d?établir le lien entre
tissu économique et flux de marchandises. Elle observe les véritables origines et destinations des
marchandises. Elle permet, en principe, d?identifier les points d?entrée et de sortie du territoire national, et
donc de donner des informations sur les aires d?influence des ports et aéroports16. Par contre, elle fournit
moins d?information sur le transport ; en particulier les modes, les ruptures de charge ne sont pas
forcément visibles des chargeurs, et encore moins les véhicules et les itinéraires. Enfin, elle observe
directement les envois, et leurs caractéristiques. Cela permet d?en observer l?évolution dans la durée.
Mais elle n?observe pas la relation chargeur destinataire, en particulier pas la fréquence des envois.
2.3. Suède : Varuflödesundersökningen
Le nom de « Varuflödesundersökningen » (VFU pour la suite) est la traduction suédoise de « commodity
flow survey » (SIKA Statistik, 2006; Werke, 2006; De Jong et Johnson, 2009; Trafikanalys, 2010, 2011 et
2014; Tavasszy et De Jong, 2014). Cette enquête est la déclinaison suédoise de la CFS des U.S.A. La
première VFU a été réalisée par l?agence statistique suédoise en 2001 pour le compte de l?Institut suédois
pour l?analyse des transports et des communications (SIKA).
Outre le SIKA, différents organismes publics participent au financement de l?enquête, notamment les
administrations nationales responsables de chaque mode de transport (routes, rail, maritime et aviation
civile) ainsi que l?agence suédoise des systèmes innovants. L?enquête a été renouvelée en 2004-2005
puis en 2009, cette fois sous l?égide de Trafikanalys (institut en charge de l?analyse des transports,
successeur de SIKA). Depuis, aucune nouvelle enquête chargeur de large ampleur n?a été réalisée, mais
des travaux sont en cours pour repenser et améliorer cette enquête.
Le VFU enquête des « unités locales17 » (ou établissements) sur certains envois expédiés et reçus durant
une semaine donnée. L?échantillonnage est ainsi réalisé en trois phases : d?abord, la sélection des
établissements enquêtés (stratification selon le type de production, la localisation et le nombre
d?employés), puis la sélection d?une semaine ou d?un groupe de semaines, et dans ces semaines, la
sélection des envois pour lesquels l?établissement fournit les renseignements demandés. Lors de
l?enquête 2009, les enquêtés pouvaient répondre sur le formulaire papier fourni et l?envoyer par la poste,
ou répondre directement sur Internet. Plusieurs rappels ont été faits pour s?assurer des réponses, via des
courriers traditionnels ou via le téléphone.
A la différence du CFS, le VFU ne traite que certains secteurs de l?économie : manufacture, extraction et
commerce de gros. La population d?établissements étudiés compte ainsi 23 000 individus, et plus de la
moitié d?entre eux sont enquêtés (12 032 établissements enquêtés en 2009), ce qui représente un
échantillon exceptionnellement fourni.
16À notre connaissance, une telle exploitation n?a pas encore été réalisée.
17 Ces unités locales partageant la même définition que les « établissements » enquêtés par le CFS : une localisation physique
unique où des échanges commerciaux ont lieu.
« Les rapports » Cerema ??14?? novembre 2016
Rapport - Les enquêtes chargeurs en transport de marchandises
Le taux de réponse du VFU est sensiblement le même que pour le CFS, légèrement au-delà de 70 %18
(en 2009). Les données récoltées par le VFU concernent la valeur, le poids, le type de marchandises, le
mode de transport, le type de chargement (vrac liquide/solide, grand/petit container, palettes, etc.),
l?origine, la destination (ville et pays), ainsi que le point d?entrée/sortie de la Suède lorsque le transport est
international. Contrairement au CFS, le VFU enquête aussi bien les envois entrants que les sortants : il
produit des données sur le mouvement des biens en Suède dus aux expéditeurs et destinataires suédois
et étrangers. En 2001, près d?un million d?envois étaient décrits.
Le niveau de détail général, la taille de la base et son périmètre la rendent très similaire au CFS des
U.S.A. La description des établissements est légèrement différente, et les envois entrants sont également
observés. Une autre différence substantielle est que l?activité de l?établissement avec lequel échange
l?établissement enquêté est également observée. Cela permet d?obtenir des informations du type Input-
Output régionalisé, mis à part que le stockage est une étape prise en compte19.
La description de l?envoi et de son trajet par le VFU est schématisée figure 2.3
Destinataire
ou
Expéditeur*
*Dans le cas d?un envoi hors Suède.
- Adresse d?expédition
- Nb d?envois dans la semaine
- Secteur d?activité
Ville, Pays*
Secteur d?activité
Légende:
- XXX
Maillon décrit par des déclarations des chargeurs
Non renseigné
Élément/ maillon très bien décrit
Élément/ maillon très peu décrit
Liste des variables
de description
Relations chargeurs - destinataires
-
Chargeur
répondant ENVOIS
Chaîne organisationnelle
- Date d?envoi
- Valeur marchande nette
- Poids
- Type de marchandise
- Type de chargement
Chaîne physique
-
- Mode(s) de transport utilisé(s)
en Suède et hors Suède
Illustration 2.3 : Schématisation de la couverture des informations recueillies par le Varuflödesundersökningen en Suède.
18 Les documents dont nous disposons n?ont pas permis de déterminer si l?enquête était obligatoire ou non (on peut supposer que
oui, vu le taux de réponse).
19Les matrices Input-Output, ou Production-Consommation, ou Leontieff, décrivent les entrées-sorties par secteur de l?économie.
L?INSEE propose une matrice IO nationale. Il s?agit d?un outil de mesure macroéconomique permettant d?observer
l?interdépendance entre les secteurs, voire de modéliser comment une modification d?activité sur un secteur va engendrer toute
une série de modifications sur les autres secteurs. Les matrices IO régionalisées introduisent une dimension spatiale. Elles
décrivent les flux production-consommation et les origines et destinations de ces flux. En principe, il s?agit du type de données
dont on a besoin pour concevoir des modèles d?équilibre général spatialisés.
Les matrices IO ne prennent pas en compte le stockage. Si du bois est produit dans la région A, stocké dans la région B et utilisé
dans la région C, seul le flux AC sera visible dans la matrice tandis qu?une enquête type CFS observera les flux AB et AC.
Certains auteurs proposent des matrices PWC (Production ? Warehousing ? Consumption) pour prendre en compte ces étapes
intermédiaires. Enfin, s?il y a une rupture de charge dans le transport entre A et B via une région D, une enquête type CFS ne la
verra pas.
« Les rapports » Cerema ??15?? novembre 2016
Rapport - Les enquêtes chargeurs en transport de marchandises
2.4. Japon : Net National Freight Circulation Survey
L? enquête sur la « circulation fret nationale brute » (NFC) est menée par le ministère japonais en charge
des transports (MLIT) afin d?obtenir des statistiques sur le transport de fret à travers tout le Japon. Le
NFC est mené tous les 5 ans depuis 1970 et permet, par l?interrogation des chargeurs, de récupérer des
données sur le mouvement du fret depuis le point de chargement jusqu?au point de livraison, y compris
les divers points de transfert de charge. Elle est associée à une autre enquête, annuelle, recueillant plus
largement des informations sur les échanges économiques des entreprises interrogées.
Plusieurs articles anglophones mentionnent cette enquête (Tanaka, 2010 ; Inano, 2013 ; Tanaka et
Tsubota, 2014 ; Kawasaki, 2015) mais peu en détaillent la structure. La plupart des éléments décrits ici
sont issus de documents disponibles uniquement en japonais sur le site internet du MLIT, et ne sont donc
pas absolument certains.
L?enquête quinquennale se déroule sur trois jours, au cours du mois d?octobre, pendant lesquels sont
récoltées des informations détaillées sur les envois réalisés. Les données récupérées concernent le type
de marchandises, le volume et le poids, les dates et heures de départ et d?arrivée, le délai de livraison,
ainsi que le temps et le prix du transport20, entre autres variables. Les réponses sont récoltées soit par le
biais d?entretiens soit par des questionnaires envoyés par courrier.
DestinataireChargeur
répondant ENVOIS
*Dans le cas d?un envoi hors US.
- Mode de transport au départ
- Type de point de rupture de charge
- Nom du point de rupture de charge
- Mode de transport après la rupture de charge
- Mode de transport «représentatif»
- Échangeurs autoroutiers utilisés
- Délai de livraison
- Date et heure d?arrivée
- Temps logistique
- Prix de transport
- Secteur d?activité
- Ville de destination
Chaîne organisationnelle
- Date d?envoi
- Poids
- Type de marchandise
- Type de conditionnement
Légende:
Chaîne physique
- Adresse d?expédition
- Nb d?envois sur les 3 jours
- Secteurs d?activité
- Nombre d?employés
- Informations diverses sur les flux
de l?année passée et en cours via
l?«enquête annuelle»
- XXX
Maillon décrit par des déclarations des chargeurs
Non renseigné
Élément/ maillon très bien décrit
Élément/ maillon très peu décrit
Liste des variables
de description
Relations chargeurs - destinataires
- Informations diverses sur les flux de l?année passée et en cours via l?«enquête annuelle»
-
NFC - Japon
Illustration 2.4 : Schématisation de la couverture des informations recueillies par le Net National Freight Circulation Survey au
Japon.
20 Nous n?avons pas trouvé de précision sur la détermination des prix pour un transport en compte propre, pourtant inclus dans
les modalités pour le mode de transport.
« Les rapports » Cerema ??16?? novembre 2016
Rapport - Les enquêtes chargeurs en transport de marchandises
Tout comme ses cousines américaines et suédoises, le NFC ne s?intéresse qu?aux seuls secteurs connus
pour être les plus producteurs de fret : manufacture, commerce de gros, entreposage et extraction
minière. Les données sont récoltées par l?interrogation d?environ 11 % des 610 000 entreprises
concernées. Son étendue reste large et suffisante pour assurer une représentativité, mais le taux de
réponse s?élève à peine à 3,08 % (ce qui représente tout de même 21 045 réponses)21. Le faible nombre
de réponses aux questionnaires envoyés par courrier est un problème contre-balancé par la réalisation
d?entretiens dans une partie des entreprises : avec ce mode de recueil, le taux de réponse est bien
meilleur (~70 %).
Appuyée par l?enquête annuelle, il semble que la récolte de donnée japonaise permet de reconstruire les
relations entre le chargeur et ses destinataires, ce qui en fait un véritable plus par rapport au CFS et au
VFU. Enfin, parmi les enquêtes mentionnées jusqu?à présent, c?est la seule qui s?intéresse de près à la
partie transport, intégrant l?itinéraire, le temps de transport et le taux de fret dans ses questions.
L?intégration de ces derniers éléments permet ainsi des analyses impossibles avec les autres enquêtes,
comme l?étude de la symétrie des coûts de transport entre deux régions (Tanaka et Tsubota, 2011).
Malheureusement, il nous a été impossible de déterminer si ces éléments sont décrits seulement a priori
par les chargeurs répondant à l?enquête, ou si les parties prenantes du transport et de l?organisation
logistique sont eux aussi interrogés.
À première vue, il s?agit cependant d?une enquête plus profonde (c?est-à-dire fournissant beaucoup plus
de variables) que le CFS des U.S.A et le VFU, et sans que cela soit au prix d?un échantillon énormément
réduit. L?opération de transport, en particulier, est bien mieux décrite ; cette enquête fait mieux le lien
entre tissu économique, échanges, et transport, que les CFS et VFU qui sont imprécis sur les transports.
On perd par contre un peu de détail sur l?activité des partenaires des établissements enquêtés. Enfin, la
relation chargeur-destinataire n?est pas observée à proprement parler, mais certaines variables semblent
fournir indirectement de l?information sur cette relation.
21Il ne nous a pas été possible de retrouver le nombre d?envois présents dans la base de données résultante.
« Les rapports » Cerema ??17?? novembre 2016
Rapport - Les enquêtes chargeurs en transport de marchandises
3 - Enquête ECHO « Envois ? Chargeurs ? Opérateurs de
transport »
3.1. Champ de l?enquête ECHO
En 1988, une enquête nationale « chargeur » a été menée en France ; il s?agissait d?une enquête
originale sur le transport de marchandises et son lien avec le tissu économique, c?est-à-dire les
chargeurs. Elle a été renouvelée quelques années plus tard en 2004-2005 et rebaptisée à cette occasion
ECHO pour « Envoi ? Chargeur ? Opérateurs de transport ». Contrairement aux autres enquêtes
« chargeurs », ECHO a cette spécificité de ne pas s?arrêter au chargeur, mais de suivre l?envoi observé ;
la relation chargeur destinataire ; les opérations élémentaires constituant le transport de l?envoi ; et les
acteurs économiques étant intervenus dans l?organisation du transport (transporteurs, sous-traitants,
commissionnaires, transitaires, etc.)
Il s?agit ainsi d?enquêter tous les acteurs de la chaîne logistique et de transport, depuis le donneur d?ordre
jusqu?à l?acteur qui effectuera l?opération de transport, parfois après plusieurs niveaux de sous-traitance.
ECHO permet alors de rendre compte de la chaîne physique engagée dans le transport d?un envoi, mais
aussi de la chaîne organisationnelle qui la sous-tend (nature des décideurs et des opérateurs, liens
organisationnels, relations de sous-traitance, prestations logistiques annexes, etc.). À travers
l?observation de 10 462 envois pour 2 935 établissements, ce sont 9 742 chaînes de transport qui ont pu
être reconstruites. Ces chaînes de transport sont suivies depuis un point en France (point de chargement)
jusqu?à l?arrivée en Europe des 15 plus Suisse et Norvège ou au point de frontière (de l?Europe). Il s?agit
donc d?une enquête d?une très grande profondeur, mais au coût d?un échantillon nettement réduit
comparé aux enquêtes décrites dans les chapitres précédents.
Comme les enquêtes présentées précédemment, ECHO ne concerne pas tous les établissements mais
seulement ceux d?au moins 10 salariés dans les secteurs de l?industrie (hors industries d?extraction) et
des commerces de gros, ainsi que les coopératives agricoles et les établissements d?au moins 6 salariés
dans les secteurs de la vente par correspondance, aux entrepôts (entrepôts prestataires ou possédés en
propre) et aux centres de traitement des déchets industriels. Les 2 935 établissements observés sur
70 000 concernés représentent un taux de sondage de 4 %.
3.2. Structure de l?enquête
L?enquête est structurée selon plusieurs étapes d?entretiens, comme décrit à la figure 3.1. Chaque
établissement est contacté par courrier et téléphone pour un pré-entretien, puis interrogé en face-à-face.
Ces deux premières étapes permettent de renseigner les informations sur l?établissement
(cf. schéma 3.1). L?établissement est décrit non seulement avec les variables classiques (localisation,
activité économique principale, effectif salarié, chiffre d?affaires, etc.), des variables relatives à son
organisation logistique et productive sont également observées comme la part de production réalisée sur
commande (contre la part de production réalisée sur stock), le stockage moyen en nombre de jours, le
nombre de références différentes proposées par l?établissement, etc.
Ensuite, trois envois sont sélectionnés parmi les 20 derniers réalisés et un questionnaire spécifique est
rempli pour chacun, détaillant les caractéristiques de l?envoi. Par ailleurs, le dernier envoi réalisé par des
modes non routiers est aussi recensé s?il existe, de manière complémentaire afin de s?assurer d?une
représentation de ces modes dans les résultats de l?enquête.
« Les rapports » Cerema ??18?? novembre 2016
Rapport - Les enquêtes chargeurs en transport de marchandises
Illustration 3.1 : Schéma de structure de l?enquête ECHO. Tiré de Guibault et al. (2009)
Pour chaque envoi, les différents « intervenants » de la chaîne logistique sont ensuite interrogés par
téléphone : destinataires, commissionnaires, opérateurs, etc. Ils sont questionnés sur leurs
caractéristiques économiques mais aussi sur leurs relations avec les autres intervenants (et l?expéditeur).
Tous les sous-traitants sont identifiés et interrogés avec ce questionnaire « intervenant ». La dernière
étape de l?enquête concerne les opérateurs de transport qui auront réellement effectué un transport dans
la chaîne considérée (les étapes administratives et commerciales ne sont donc ici pas prises en compte).
Les opérateurs du transport sont ensuite spécifiquement interrogés, toujours par téléphone, sur la façon
dont l?envoi a été transporté (véhicule, taux de remplissage, ruptures de charge, etc.) Ils décrivent alors
les détails de l?opération, qui sont observés de façon directe dans l?enquête, et non pas de façon
déclarative et potentiellement incorrecte par le chargeur. Il faut noter que ce mode d?observation n?assure
pas une qualité totale des données. Par exemple, les données de date et heure de départ et d?arrivée des
envois sont souvent peu précises, même lorsqu?elles sont obtenues directement auprès des transporteurs
concernés. C?est aussi le cas des données de prix. Quoi qu?il en soit, les informations obtenues sont
extrêmement intéressantes : ruptures de charge, types et taux de remplissage des véhicules utilisés prix
du transport, etc. On perd ce niveau de détail pour les envois sortant de l?Union Européenne des 15 : les
opérateurs de transport étant intervenus hors de ce périmètre n?ont pas été enquêtés.
La base de données issue de l?enquête est donc constituée de quatre tables : la table établissement, la
table envoi, la table trajets (décrivant les opérations de transport élémentaires, c?est-à-dire entre deux
opérations de chargement ou de déchargement de l?envoi enquêté) et la table « intervenants ».
Tous ces questionnaires permettent de récolter de nombreuses informations et de décrire en détail les
divers niveaux d?organisation et de réalisation du transport, ainsi que le contexte de relation économique.
L?Illustration 3.2 ne présente pas la totalité des informations présentes dans ECHO. Elle montre que le
niveau de détail de cette enquête est peu comparable avec les enquêtes présentées précédemment dans
ce rapport. L?enquête est beaucoup plus profonde. Elle examine les établissements expéditeurs sous
l?angle logistique et pas seulement économique ; elle observe également la relation chargeur-destinataire
et en particulier les flux annuels de marchandises qu?ils s?échangent, une variable explicative importante
du choix d?organisation du transport, et du choix de mode en particulier ; et enfin elle observe avec
beaucoup de précision les opérations de transport, en particulier toute la séquence de véhicules et de
modes de transport qui sont mis en oeuvre au cours de ces opérations.
« Les rapports » Cerema ??19?? novembre 2016
Rapport - Les enquêtes chargeurs en transport de marchandises
Destinataire
Chargeur
répondant ENVOIS
Chaîne organisationnelle
Légende:
Chaîne physique
- Volume annuel
- Fréquence et poids des envois
- Conditions de production et de
distribution
- Stockage
- Conditions de facturation du transport
- Accès aux infrastructures, équipements
- O/D finales
- Détail des trajets et itinéraires
- Modes et véhicules utilisés
- Conditionnement
- Groupage et prestations annexes
- Consommation d?énergie
- Temps et prix de transport
- Secteur d?activité
- Volumes annuels échangés
- Programmation des commandes
- Moyens de communication
- Accès aux infrastructures
- Localisation
- Poids et Volume
- Type de marchandise et
spécificité du transport
- Valeur
- Distance
- Délais imposés
- Contraintes de coût et qualité
- Niveaux de décision
- Nombre d?intervenants
et type (statut, nationalité, taille)
- Prestations réalisées
- Relations de sous-traitance
- XXX
Maillon décrit par des déclarations des chargeurs
Non renseigné
Élément/ maillon très bien décrit
Élément/ maillon très peu décrit
Liste des variables
de description
Relations chargeurs - destinataires
- Nombre d?envois et tonnages correspondants pour ce destinataire
- Appartenance à la même entreprise ou au même groupe que l?expéditeur
- Moyens de communication utilisés avec l?expéditeur
Illustration 3.2 : Schématisation de la couverture des informations recueillies par l?enquête ECHO
« Les rapports » Cerema ??20?? novembre 2016
Rapport - Les enquêtes chargeurs en transport de marchandises
4 - Synthèse
4.1. Taux de sondage des établissements
Le tableau 4.1 synthétise les statistiques de sondage des enquêtes présentées dans ce rapport, en
termes de nombre d?établissements participant aux enquêtes.
Enquête CFS - USA VFU - Suède NFC - Japon ECHO - France
Nombre d?établissements concernés par
le champ de l?enquête (en milliers)
754 23 682 70
Nombre d?établissements sondés (en
milliers) 100 12 67 3
Taux de sondage des établissements 13 % 52 % 10 % 4 %
Statut de l?enquête
Réponse
obligatoire
??
(obligatoire ?)
Aucune
obligation de réponse
Aucune
obligation de réponse
Nombre d?envois observés 2 millions
Plusieurs
millions
??? 10 000
Nombres de variables prises en
compte22 20 ~ 15
~ 20
+ 20 (enquête annuelle) ~ 750
Coût d?enquête approx. par envoi
~ 140¤ par étblmt
~ 0,07 c¤ par envoi
~ 150¤ par envoi
Tableau 4.1 : Quelques statistiques de sondage des enquêtes chargeurs retenues
Il apparaît que le VFU, dont la population enquêtée est relativement limitée, a un taux de sondage très
élevé. Cela constitue une performance indéniable face à laquelle ne peuvent rivaliser les autres enquêtes
dont l?univers est bien plus large : le CFS américain et le NFC japonais présentent respectivement des
taux d?échantillonnage de 13 % et 10 %, alors que le nombre d?établissements enquêtés est bien plus
important. Ces taux d?échantillonnage sont cependant énormément plus bas lorsqu?on les ramène à la
proportion en envois23.
L?enquête ECHO peine à rivaliser avec ces chiffres et sa taille réduite lui empêche de prétendre à la
même valeur statistique que les données présentes dans la base SitraM. Le nombre d?établissements
concernés et le taux de sondage de ces établissements sont bien inférieurs à ceux des autres enquêtes
chargeurs, mais la lourdeur de l?enquête entraîne des coûts bien supérieurs qui se répercutent sur
l?ampleur de l?enquête. ECHO observe ainsi 200 fois moins d?envois que le CFS, cependant, la richesse
des données récoltées par ECHO sur ces 10 000 envois n?est en rien comparable avec les données dont
dispose les exploitants du CFS, comme le montre le tableau récapitulatif 4.2 (p. 24).
22Estimation de l?auteur.
23 Avec 10 000 envois renseignés sur un univers estimé à 738 millions d?envois, le taux d?échantillonnage d?ECHO est d?environ
1,4.10
-7
%.
« Les rapports » Cerema ??21?? novembre 2016
Rapport - Les enquêtes chargeurs en transport de marchandises
4.2. Difficultés de mise en oeuvre et d?exploitation
4.2.1. Couverture des secteurs et des modes
Toutes les enquêtes décrites dans ce rapport se focalisent sur certains secteurs économiques, tout en
négligeant les autres. Par exemple, il est estimé que plus d?un quart des trafics réalisés aux États-Unis ne
sont pas représentés dans le CFS. Par ailleurs, cette focalisation impacte aussi la couverture des modes
de transport : concernant le CFS encore une fois, le transport aérien souffre du fait que la plupart des
secteurs y ayant le plus recours ne sont pas inclus dans le cadre de l?enquête ; il en va de même pour
une partie du transport routier. ECHO souffre du même souci de non recouvrement des secteurs et des
modes.
Par ailleurs, seuls 3 000 établissements et 10 000 envois sont échantillonnés. Or, les envois empruntant
les modes non routiers sont très lourds et donc, relativement à la population des envois expédiés par des
établissements présents en France à la période de l?enquête, extrêmement peu nombreux. En effet, les
envois sont de tailles très diverses, mais en moyenne très petits (le poids moyen est à 1,3 T et le poids
médian à 30 Kg ; Guilbault et al., 2008). Le problème est que les modes non routiers terrestres
(ferroviaire, combiné, voie d?eau) concernent essentiellement les très gros envois, dont la part dans la
population des envois est extrêmement faible. Si on choisit 10 000 envois au hasard, il est possible de
n?en trouver aucun transporté autrement que par la route. Pour pallier cette difficulté, une stratégie
d?échantillonnage spécifique a été mise en oeuvre, mais le nombre d?envois observés transportés par des
modes non routiers reste faible dans la base de données.
4.2.2. Géographie, couverture nationale et analyse régionale
En transport, la question du périmètre géographique est toujours complexe. Dans les enquêtes routières
par exemple, les véhicules routiers français sont échantillonnés dans le fichier central des
immatriculations, et les données sur les autres véhicules européens sont obtenues via des échanges
avec les organismes statistiques des pays partenaires d?Eurostat. Un tel mécanisme n?est pas en place
pour les enquêtes chargeurs. Pour les enquêtes européennes, et particulièrement pour ECHO, les envois
reçus sur le territoire ne sont pas forcément observés, et les envois qui y transitent n?ont aucune chance
de l?être. C?est probablement un souci moindre pour les États-Unis, et certainement moindre pour le
Japon. En plus, les secteurs économiques observés ne recouvrant pas l?ensemble de l?économie, il sera
toujours difficile de faire le rapprochement entre les résultats d?une enquête chargeur et d?une enquête
marchandises plus classique, en termes de parts modales par exemple.
Plus spécifiquement, une critique récurrente du CFS est qu?il est impossible, dans ses fichiers, de
distinguer les flux inter-régionaux des flux intra-régionaux pour les aires métropolitaines s?étalant sur
plusieurs États. La localisation est en effet donnée d?abord par État avant d?être donnée à l?échelle locale
(ville ou comté, suivant la densité d?établissement), ce qui ne permet pas de prendre en compte les aires
urbaines traversant ces frontières.
Côté français, le faible nombre d?établissements interrogés rend impossible toute exploitation au niveau
régional (trop peu d?établissement par région pour être représentatif), à l?exception d?une exploitation pour
le Nord-Pas-de-Calais. En effet, la Région ayant participé au financement d?ECHO, une surreprésentation
du Nord-Pas-de-Calais a été assurée afin de permettre cette contrepartie. Il est possible, dans une
certaine mesure, de contourner cette difficulté en ayant recours à des typologies de types de villes
échangeant des envois, par exemple (Guerrero et Proulhac, 2014).
4.2.3. Tail le des enquêtes et contraintes économiques
Une enquête demande un temps d?élaboration, un temps de réalisation, et enfin un temps d?apurement
qui sont tous significatifs. En plus de ces temps et des ressources afférentes, s?ajoutent d?autres coûts
liés à des éléments matériels tels les coûts d?impression et d?envoi des formulaires, les coûts de
transports si les enquêteurs sont amenés à se déplacer ou les coûts d?élaboration de l?outil informatique
« Les rapports » Cerema ??22?? novembre 2016
Rapport - Les enquêtes chargeurs en transport de marchandises
qui servira de support d?enquête dans le cas d?une enquête par internet. Par tous ces éléments, plus une
enquête sera importante, à la fois en termes de personnes interrogées et de données recueillies, plus elle
sera coûteuse.
Or, les paragraphes précédents et les tableaux qui les accompagnent ont bien souligné le fait que les
enquêtes chargeurs tirent leur pertinence soit de leur large diffusion, soit de leur richesse informative.
Elles sont donc coûteuses. ECHO, avec 3 000 établissements enquêtés et 1 000 envois suivis de
manière très précise, a été réalisée pour 1,4 millions d?euros. L?enquête américaine de 2007 a, elle, reçu
un budget de 14 millions de dollars (US) pour pouvoir enquêter 100 000 établissements et suivre
deux millions d?envois.
Naturellement, les contraintes budgétaires des administrations tendent à faire diminuer les budgets
alloués aux enquêtes, ce qui peut se traduire par une modification de moyens d?enquêtes (téléphone
plutôt que face à face, interface internet plutôt que questionnaire papier), un rétrécissement du champ de
l?enquête ou une diminution du nombre d?établissements interrogés. Ainsi, le CFS a vu son nombre
d?enquêtés passer de 200 000 établissements en 1993, date de la première enquête, à 100 000 en 1997
puis à 50 000 en 2002 (pour US$13 millions). Ensuite, une modification du processus d?enquête a permis
de revenir à 100 000 établissements enquêtés en 2007 et 2012.
Mais, le budget des administrations n?est pas forcément la seule contrainte économique pesant sur la
taille des enquêtes. Par le rapprochement des tableaux 4.1 et 4.2, il semble que les enquêtes obligatoires
ou avec le taux de sondage des établissements le plus élevé (CFS et VFU) demandent moins de
renseignement aux enquêtés que les enquêtes moins diffusées (ECHO et NFC). Un constat à rapprocher
des chiffres du Bureau du recensement américain : additionnées, les 2 heures trimestrielles nécessaires
à chacun des répondants pour compléter le CFS aboutissent à un total de 805 000 heures. Ces heures
sont considérées comme un fardeau important pour les acteurs économiques du pays, et donc pour la
bonne marche de l?économie. Ainsi, au-delà de la considération économique du coût de l?enquête pour
les autorités qui la mettent en place, se pose aussi la question de la charge à faire peser sur les
répondants. Plus la charge est lourde, plus il sera difficile d?une part, d?obliger les enquêtés à répondre et
d?autre part, d?espérer obtenir un large taux de réponse.
4.3. Opportunités offertes par les enquêtes chargeurs
Le tableau 4.2 synthétise les informations contenues dans les schémas précédents et compare les
données recueillies par ces enquêtes.
Il apparaît que les USA et la Suède couvrent très bien les établissements concernés par leur enquête
mais peinent à décrire correctement la chaîne de transport. Les informations relatives aux différentes
étapes de la supply chain (transfert de charge, utilisation du stock, modes de transports utilisés) y
compris aux acteurs économiques entrant en jeu (commissionnaires, transitaires, sous-traitants, ?) sont
en dehors du champ de ces enquêtes. De plus, les questions sur le transport sont adressées uniquement
au chargeur qui n?est pas toujours informé de la chaîne de transport réellement utilisée. Pour autant, les
données disponibles sont largement utilisées et plébiscitées, en démontrent la variété et le nombre des
utilisateurs des bases de données résultantes de ces enquêtes24.
De son côté, l?enquête japonaise est plus complète concernant les questions de transport et surtout est
associée à une enquête annuelle qui permet de connaître les flux et les relations économiques annuels.
Enfin, cela a déjà été mentionné, ECHO est la plus complète et la détaillée des enquêtes chargeurs.
Reconnue dans le monde de la recherche pour ses propriétés exceptionnelles, elle permet un regard
inégalé sur la structure de la demande dans le transport de marchandises et ses impacts sur les chaînes
logistiques (Guilbault et al., 2008 ; Guilbault et Soppé, 2009). Par ailleurs, elle observe précisément les
opérations de transport : elle permet d?identifier quels envois sont transportés seuls, quels envois font
24 Notamment, plus d?une centaine de participants à la Commodity Flow Survey Conference organisée en 2005 à Boston, entre
statisticiens, économistes, chercheurs et ingénieurs, issus d?institutions publiques ou de bureaux d?études privés.
« Les rapports » Cerema ??23?? novembre 2016
Rapport - Les enquêtes chargeurs en transport de marchandises
l?objet de consolidation ; il s?agit aujourd?hui d?une question importante de politique publique puisque la
consolidation et la mutualisation font partie des moyens pour améliorer les taux de remplissage des
véhicules, ces taux de remplissage étant eux-mêmes des déterminants importants de la performance
environnementale du transport de fret.
Enquête USA - CFS Suède - VFU Japon - NFC France - ECHO
Informations générales sur l?entreprise, la période d?enquête et le type d?envois enquêtés
Nombre d?envois X X X
Envois observés
Échantillon (de 1 à 40
envois selon le nb envoyé
sur la période)
Échantillon des envois Tous les envois
Échantillon
( ~ 3 envois)
Période d?enquête 4 x 1 semaine 3 jours 2 mois
Envois reçus X
Envoi sortant X X X
Informations générales sur la relation chargeur ? destinataire
Même entreprise ou
groupe
X
Volumes annuels
échangés
X X
Relation avec les
partenaires économiques
X
Informations récoltées pour chaque envoi ? caractéristiques du colis
Valeur X X X
Poids X X X X
Volume X X
Type de marchandises X X X X
Informations récoltées pour chaque envoi ? caractéristiques du transport
Mode(s) utilisé(s)
X
(déclaratif)
X
(déclaratif)
X X
Recours à la sous-
traitance
X
Points de rupture de
charge
Pour export uniquement :
point de sortie du territoire
Pour export/import uniquement :
point de sortie ou d?entrée du
territoire
X X
Prestations logistiques
annexes
X
Temps de transport X X
Coût du transport X X
Destination
Dans le pays ou point de
sortie X X X
Tableau 4.2 : Comparaison partielle des données récoltées par les enquêtes chargeurs étudiées.
« Les rapports » Cerema ??24?? novembre 2016
Rapport - Les enquêtes chargeurs en transport de marchandises
4.4. Possibilités offertes par les enquêtes chargeurs pour la
modélisation du transport de fret et de la logistique
L?analyse prospective et l?évaluation de politiques publiques peuvent reposer sur un large ensemble de
méthodes. Cette section porte en particulier sur le sujet de la modélisation et des prévisions de trafic, et
sur l?intérêt que peuvent avoir les enquêtes chargeurs dans l?amélioration de ce domaine.
Le sujet de la modélisation pour les prévisions de trafic et l?analyse de politique publique est complexe en
ce qui concerne le transport de fret. Les données sont plus difficiles à obtenir qu?en transport de
voyageurs. Par ailleurs, là où, en transport de voyageurs, les résultats d?analyse économique et
sociologique sont plus ou moins mis en cohérence avec les démarches de modélisation depuis de
nombreuses années, ce n?est aujourd?hui généralement pas le cas en transport de fret, comme on le
verra ci-dessous.
Dans le domaine du transport de fret, le postulat de base est que le transport de fret est une demande
dérivée : il s?agit d?un des éléments qui permet de faire fonctionner les chaînes logistiques. Les chaînes
logistique sont des systèmes complexes, impliquant des acteurs, des marchandises et des processus de
façon à faire parvenir des biens et services à des clients dans des conditions acceptables de coût et de
niveau de service logistique. Le fonctionnement des chaînes logistiques, qu?il soit sous-tendu par des
processus informels ou des algorithmes complexes alimentés par des dispositifs d?information
performants, a été théorisé et étudié depuis longtemps, par des disciplines aussi diverses que l?économie,
les sciences de gestion ou la recherche opérationnelle. Le pas vers la modélisation et la prévision de
trafic n?a par contre jamais pu être pleinement réalisé, faute de données adéquates25.
La première apparition rigoureuse et générique de concepts de logistique, et de leurs implications pour
l?analyse économique et la modélisation, dans la littérature d?économie des transports date de Baumol et
Vinod (1970). Les auteurs montrent comment le choix modal est intrinsèquement lié à deux autres
variables fondamentales de la gestion des chaînes logistiques : le choix de la fréquence d?envois depuis
l?expéditeur vers le destinataire, et le choix du niveau de stock de sécurité26. Faute de données adéquates
cette théorie n?a longtemps pas pu être intégrée de façon satisfaisante dans des modèles.
Une tentative forte de construire un modèle de transport de fret construit sur les concepts exposés ci-
dessus (ou concepts de « théorie de l?inventaire ») a été menée dans les années 2000 par G. de Jong et
M. Ben Akiva notamment (de Jong et Ben Akiva, 2007 ; de Jong et al., 2005 ; de Jong et al., 2007 ; de
Jong et Johnson 2009). Le modèle devait comprendre un comportement de choix de taille d?envoi
endogène, lié au choix de mode, ainsi qu?une représentation explicite de la consolidation des envois dans
les véhicules (en particulier en transport routier, où les envois sont souvent transportés à plusieurs.) Le
modèle a été estimé sur la base de l?enquête suédoise, qui ne contient pas d?information sur les
échanges entre expéditeur et destinataire, une information essentielle dans le développement de ce
genre de modèles. Cette approche n?a pas fait d?émules.
Dans les années 2010, l?enquête ECHO a permis de mener divers travaux statistiques qui ont pu
confirmer ou préciser un certain nombre de mécanismes en transport de fret. Il a ainsi été possible de
montrer que le modèle logistique simple de choix de taille d?envoi dit EOQ (Economic Order Quantity) est
compatible avec les observations réalisées en France dans l?enquête ECHO (Combes, 2012). Il a aussi
été possible de montrer qu?un modèle de choix modal pouvait être construit sur la base de principes de
théorie d?inventaire (Lloret-Batlle et Combes, 2012).
25Pour illustrer le problème de façon simplifiée: pour mettre en oeuvre un algorithme de pilotage de chaîne logistique dans une
entreprise, il faut et il suffit d?avoir les données de l?entreprise. Pour estimer un modèle de trafic, il faut un jeu de données
représentatif de l?ensemble du tissu économique, alors même que les données des différentes entreprises sont de fait
inutilisables puisque relevant du secret commercial.
26Le stock de sécurité est un certain niveau de stock cible ; son niveau est directement lié à la probabilité de rupture de stock et
donc de perte de vente et/ou d?insatisfaction des clients. Un stock de sécurité plus élevé se traduit par une meilleure qualité de
service, mais des coûts de stockage plus élevés. Par ailleurs, et c?est très important pour le choix modal, un temps de transport
plus élevé se traduit par un stock de sécurité plus élevé pour aboutir au même niveau de qualité de service pour le client, et donc
par un coût supplémentaire à ce niveau, d?une façon ou d?une autre.
« Les rapports » Cerema ??25?? novembre 2016
Rapport - Les enquêtes chargeurs en transport de marchandises
Dans les deux cas, l?importance de la variable de quantité annuellement échangée entre le chargeur et le
destinataire dans le choix modal a été démontrée. Cette variable n?est observée que dans l?enquête
ECHO et, a priori, dans l?enquête japonaise. Elle est très difficile voire impossible à reconstituer
lorsqu?elle n?est pas observée. Par ailleurs, la possibilité qu?offre l?enquête ECHO de distinguer entre les
chaînes de transport routière sans et avec rupture de charge a aussi fait l?objet de travaux montrant que
cette distinction peut être traitée comme un problème de choix modal (Combes et Tavasszy, 2016).
Par ailleurs, les bases de données type ECHO permettent de faire des estimations de valeur du temps
sur les marchandises avec une prise en compte directe des caractéristiques des chargeurs et des
relations chargeur-destinataire. Cela a été réalisé par Massiani (2008) mais avec des difficultés. C?est un
travail en cours sur la base des données ECHO, qui a déjà donné lieu à une analyse de la structure des
prix en transport de fret (Combes et al., 2015). L?enquête ECHO a également été exploitée en profondeur
pour reconstituer les émissions de gaz à effet de serre associées au transport de chaque envoi, pour
repérer quels envois sont les plus intenses de ce point de vue (Rizet et al., 2014). De façon générale
mais très simplificatrice, il apparaît de façon assez claire que les envois petits et fréquents sont les plus
intenses émetteurs ; l?analyse des valeurs du temps devrait permettre de cibler ceux pour lesquels la
réduction de cette intensité est la moins coûteuse pour l?économie.
On peut enfin citer certains travaux menés pour analyser le lien entre choix modal et structure
organisationnelle de la chaîne d?approvisionnement (Arunotayanun et Polak, 2009), avec un succès plus
limité.
Cet aperçu incomplet27 des différents travaux de recherche montre la très grande importance la question
de la théorie d?inventaire et de son importance dans le domaine de l?économie du transport de
marchandises. Celle-ci permettrait de combler le lien qui est aujourd?hui difficile à réaliser entre
l?économie et le transport de marchandises, et qui limite à la fois la précision des modèles en prospective
et la possibilité de mener des analyses de politique publique. Or, comme on le constate, le fond théorique
est présent, et même s?il reste du travail à mener pour l?incorporer complètement dans la modélisation, la
limitation principale est celle des données.
27Un panorama plus complet, mais un peu moins à jour de ces travaux est disponible dans Combes (2014).
« Les rapports » Cerema ??26?? novembre 2016
Les enquêtes chargeurs en transport de marchandises ? Conclusion
Conclusion
Par le lien qu?elles permettent d?établir entre le transport de fret et la logistique, d?une part, et le tissu
économique d?autre part, les enquêtes chargeurs permettent de comprendre le fonctionnement du
transport de marchandises, ses évolutions, et les mécanismes qui les sous-tendent. Elles sont les outils
adéquats pour observer le lien entre, d?une part, le fonctionnement des chaînes logistiques (qui relient
matières premières, production, transformation, distribution et consommation) et les flux de marchandises
et les trafics de véhicule d?autre part. Elles permettent d?étendre considérablement le champ et la finesse
des analyses en transport de marchandises, que ce soit en termes de prospective, ou d?évaluation de
politiques publiques, d?un point de vue tant économique qu?environnemental. Les enquêtes plus
classiques qui constituent le socle des appareils statistiques sont adressées directement aux opérateurs :
elles ne peuvent par construction par observer ce lien, et ce qui est gagné en termes de coût et de facilité
d?administration est perdu en termes de profondeur et de possibilité d?exploitation.
Aujourd?hui, beaucoup des questions de politique publique dépasse le simple champ du transport, des
questions de déploiement d?infrastructure, de fiscalité. Les problématiques logistiques prennent une
importance certaine ; les pouvoirs publics veulent maîtriser les impacts environnementaux tout en
maintenant la performance économique, et ce à toutes les échelles. Les sujets dépassent les sphères
propres du transport, de l?aménagement ou de l?économie, et réclament des approches globales. Des
phénomènes de fond modifie la structure des chaînes logistiques et du transport de fret : éclatement des
chaînes logistiques et diversification des canaux d?approvisionnement, e-commerce, étalement logistique
en sont quelques exemples. Pendant ce temps, beaucoup d?acteurs génèrent des idées, des solutions,
dont il est difficile parfois de mesurer la portée, l?efficacité attendue, les blocages qu?elles peuvent
rencontrer. On peut citer, à titre d?exemple, l?internet physique, la mutualisation, la synchromodalité, etc.
Ces questions nouvelles sont complexes et réclament une bonne compréhension du transport de
marchandises et de son déterminant économique principal qu?est le fonctionnement des chaînes
logistiques. Les bases de données adaptées pour observer ce lien sont les commodity flow surveys, ou
enquêtes chargeurs. Lorsqu?elles sont faites avec précision, elles ont par ailleurs une myriade
d?avantages : les chaînes de transport sont observées dans leur totalité, sans risque de découpage
artificiel lors d?une rupture de charge ; les questions d?estimation de hinterland portuaires et
aéroportuaires deviennent faciles ; les données étant demandées aux chargeurs, il n?y a plus de
problème d?accès aux données des opérateurs.
Le principal obstacle à la mise en oeuvre de ces enquêtes est bien sûr leur coût. Comme l?a montré ce
rapport, l?enquête ECHO en particulier est chère, et ce d?autant plus qu?elle ne peut être utilisée
directement pour la modélisation du trafic, dans la mesure où l?ensemble de l?économie n?est pas couvert,
et où la représentativité géographique n?est pas assurée. Elle est également lourde pour les administrés,
qui doivent répondre à un grand nombre de questions. C?est un problème en soi, dans un contexte où la
charge administrative que représente l?administration des enquêtes pour les entreprises en France doit
être contenue. C?est également un problème du point de vue de la qualité statistique de l?enquête,
puisque celle-ci dépend notamment du taux de réponse, qui sera bas si l?enquête est trop lourde.
Dans le scénario où une telle enquête pourrait être reproduite dans le futur, voire pérennisée, il est clair
qu?il faut envisager le moyen d?en réduire le coût, et donc le périmètre. Il faut également envisager
d?augmenter le nombre d?observations : plusieurs des possibilités d?exploitation évoquées dans ce rapport
n?auront de sens statistique que s?il y a un nombre suffisant d?observations. Il est nécessaire, dans la
conception de l?enquête, de trouver un compromis entre taille de l?échantillon (une plus grande taille
permet une représentativité statistique à un niveau géographique plus fin) et profondeur de l?enquête (un
plus grand nombre de questions permet de mieux caractériser le lien entre l?envoi, l?opération de
transport, et leur contexte logistique et économique). Il faut enfin envisager la possibilité d?utiliser de
nouveaux modes d?administration, voire d?exploiter les données dont disposent de plus en plus les
différents acteurs de la chaîne logistique : beaucoup des informations que l?on souhaite recueillir dans le
cadre de l?administration d?une enquête de ce type est en fait déjà disponible, car nécessaire au bon
fonctionnement de nombreuses chaînes logistiques.
- 27 -
Les enquêtes chargeurs en transport de marchandises ? Bibliographie
Bibliographie
Arunotayanun, K. et Polak, J. W. (2009). Accounting for supply chain structures in modelling freight mode
choice behaviour. In Proceedings of the European Transport Conference.
Baumol, W. J. et Vinod, H. D. (1970). An inventory theoretic model of freight transport demand.
Management Science, 16(7), p.413-421.
Bureau of Transportation Statistics (2011), Commodity Flow Survey Data Users Workshop, November
2010: User Recommendations and Responses from the U.S. DOT and Census Bureau.
Combes, F. (2010). The choice of shipment size in freight transport, Thèse de doctorat, Université Paris
Est, 305 p.
Combes, F. (2012). Empirical evaluation of Economic Order Quantity model for choice of shipment size in
freight transport. Transportation Research Record: Journal of the Transportation Research Board, Vol.
2269, pp. 92-98
Lloret-Batlle, R. et Combes, F. (2013). Estimation of an inventory-theoretic model of mode choice in
freight transport. Transportation Research Record: Journal of the Transportation Research Board, Vol.
2378, pp. 13-21.
Combes, F. (2014) Inventory theory and freight transport modelling. In Modelling freight transport, L.
Tavasszy, G. de Jong (eds), Elsevier, London, UK, Waltham, USA.
Combes, F., Harache, J., Koning, M. et E. Morau (2016) Empirical analysis of freight transport prices
using the French shipper survey ECHO. In Commercial Transport, Proceedings of the 2nd
Interdisciplinary Conference on Production, Logistics and Traffic 2015, Clausen U., Friedrich H., Thaller
C., and Geiger C., eds.
Combes, F. et L. Tavasszy (2016) Inventory theory, mode choice and network structure in freight
transport. European Journal of Transport and Infrastructure Research, in press.
De Jong, G., et Ben-Akiva, M. (2007). A micro-simulation model of shipment size and transport chain
choice. Transportation Research Part B, 41, pp. 950-965.
De Jong G., Ben-Akiva, M., et Baak, J. (2007). A micro-model for logistics decisions in Norway and
Sweden calibrated to aggregate data. In: Proceedings of the European transport conference. Leiden,
Netherlands.
De Jong, G., Ben-Akiva, M., Florian, M., Grønland, S. E., et Van de Voort, M. (2005). Specification of a
logistics model for Norway and Sweden. In: Proceedings of the European transport conference.
Strasbourg, France.
De Jong G. et Johnson D. (2009), Discrete mode and discrete or continuous shipment size choice in
freight transport in Sweden. In Proceedings of the European transport Conference.Leiden, Netherlands.
Eurostat, Statistical initiatives (2009) : Eurostat?s intermodal and maritime statistics task forces 2008.
Présentation donnée à Genève le 23 Janvier 2009.
Friez A. (2011), Des statistiques pour la modélisation.
Guerrero, D. (2014). Deep-sea hinterlands: Some empirical evidence of the spatial impact of
containerization. Journal of transport geography, 35, 84-94.
Les enquêtes chargeurs en transport de marchandises ? Bibliographie
Guerrero, D., & Proulhac, L. (2014). Freight flows and urban hierarchy. Research in Transportation
Business & Management, 11, 105-115.
Guilbault M., (2008), coordination. L'enquête ECHO, "Envois ? Chargeurs ? Opérateurs de transport",
résultats de référence.Synthèse INRETS n°56
Guilbault M. et Soppé M. (2009), coordination scientifique. Apports des enquêtes chargeurs,
connaissance des chaînes de transport de marchandises et de leurs déterminants logistiques.
Hancock K. (2006), Commodity Flow Survey Conference.
Hovi I.B. et Johansen B.G. (2013), Commodity flow matrices for Norway.
Inano S. (2013), Transport, Roads and Traffic.
Kawasaki S. (2015), The challenges of transportation/traffic statistics in Japan and directions for the
future.
Kriger D. et al. (2011), Freight Transportation Surveys : A Synthesis of Highway Practice.
Margreta M. (2014), U.S. Freight on the Move: Highlights From the 2012 Commodity Flow Survey
Preliminary Data.
Massiani J. (2008). Can we use hedonic pricing to estimate freight value of time? EERI Research Paper
Series No 8/2008.
Massoni M. et Raoul E. (2015), La rationalisation des outils statistiques relatifs aux transports. CGEDD,
MEDDE.
Rizet, C., Cruz, C, et M. de Lapparent (2014) CO2-ECHO, Quantification des émissions de CO2 du
transport de fret à partir de la base ECHO. Rapport de recherche, Direction générale des infrastructures,
des transports et de la mer, pp. 213.
Schwarm W.R., et al. (2006), An Evaluation of Method for Constructing Commodity by Industry Flow
Matrices.
SIKA Statistik (2006), Varuflödesundersökningen 2004/2005, 2006.
Tanaka K. (2010), Transport Costs, Distance, and Time : Evidence form the Japanese Census of
Logistics,.
Tanaka K. et Tsubota K. (2014), Directional imbalance of freight rates : Evidence from Japanese inter-
prefectural data.
Tavasszy L. et De Jong G. (2014), Data Availability and Model Form.
Trafikanalys (2010), Commodity flow survey.
Trafikanalys (2011), Metodrapport Varuflödesundersökningen 2009.
Trafikanalys (2014), Utveckling av den nationella varuflödesundersökningen.
Transportation Research Board (2003), Measuring Personal Travel and Goods Movement : A Review of
the Bureau of Transportation Statistics? Surveys.
Les enquêtes chargeurs en transport de marchandises ? Bibliographie
Werke L. (2006), Swedish Commodity Flow Surveys Evaluated.
U.S. Census Bureau (2015), 2012 Commodity Flow Survey ? Public Use Microdata File : Data Users
Guide. Documentation technique.
Sites internet:
Ministère japonais en charge des Territoires, des Infrastructures, du Transport et du Tourisme. Site
internet : www.mlit.go.jp/index_e.html
Eurostat. Site internet : http://ec.europa.eu/eurostat/
Ministère de l?Environnement, de l?Energie et de la Mer, CGDD, SOES:
http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/sources-methodes/theme-transports/1543.html
United States Department of Transportation, Bureau of Transportation Statistics :
http://www.rita.dot.gov/bts/sites/rita.dot.gov.bts/files/publications/commodity_flow_survey/index.html
http://www.rita.dot.gov/bts/sites/rita.dot.gov.bts/files/publications/commodity_flow_survey/index.html
http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/sources-methodes/theme-transports/1543.html
http://ec.europa.eu/eurostat/
http://www.mlit.go.jp/index_e.html
Centre d?études et d?expertise sur les risques, l?environnement, la mobilité et l?aménagement
Direction technique infrastructures de transport et matériaux - 110 rue de Paris, 77171 Sourdun - Tél. : +33 (0)1 60 52 31 31
Siège social : Cité des Mobilités - 25, avenue François Mitterrand - CS 92 803 - F-69674 Bron Cedex - Tél. : +33 (0)4 72 14 30 30
Établissement public - Siret 130 018 310 00016 - www.cerema.fr
Résumé
Largement utilisées pour étudier le transport de marchandises, les données françaises sur l?offre de
transport, les flux en tonnages (ou valeur) et les mouvements de véhicules donnent une image
précise des mouvements physiques des véhicules et des marchandises. Cependant, elles ne
permettent pas de reconstituer les chaînes de transport dans leur totalité et sont ainsi limitées
lorsqu?il s?agit de faire le lien entre chaînes logistiques et transport de marchandises.
Or de nombreuses études ont souligné les liens étroits entre demande et transport. En matière
d?évaluation de politiques publiques ou de prospective, il faut s?intéresser aux évolutions de la
demande, afin d?en anticiper les évolutions, ainsi que de la réguler, le cas échéant. Pour connaître et
comprendre la demande de transport de fret, il faut l?observer de façon adaptée. C?est l?objectif des
enquêtes chargeurs, qui ciblent les commanditaires du transport de marchandises. Ces enquêtes
produisent les données qui permettent de faire le lien entre logistique et transport de marchandises ;
elles permettent par ailleurs l?élaboration de modèles plus précis. Ce rapport a pour but de synthétiser
quelques réflexions sur ces enquêtes chargeurs.
Après un point sur les données de flux et de transport existantes en France ce rapport revient sur le
principe des enquêtes chargeurs, illustré avec trois exemples d?enquêtes chargeurs nationales à
l?étranger : États-Unis, Suède et Japon. La présentation de ces trois enquêtes étrangères est ensuite
complétée par la présentation de l?enquête française, Envoi ? Chargeurs ? Opérateurs de transports
(ECHO), unique en son genre à plus d?un titre. Enfin, une analyse comparative qui permet de mettre
en lumière les différences et les points communs de ces enquêtes.
Document consultable et téléchargeable sur le site http://www.setra.developpement-durable.gouv.fr
Ce document ne peut être vendu. La reproduction totale du document est libre de droits.
En cas de reproduction partielle, l?accord préalable de l'auteur devra être demandé.
Référence : 1651w ? ISRN : CEREMA-DtecITM-2016-051-1-FR
http://www.setra.developpement-durable.gouv.fr/
1 - Bases de données sur les flux et le transport
1.1. Le Système d?information sur le transport de Marchandises
1.2. Enquête sur l?utilisation des véhicules TRM
1.3. Commerce extérieur ? données des douanes
2 - Enquêtes chargeurs, présentation et exemples à l?étranger
2.1. Méthode
2.2. États-Unis : Commodity Flow Survey
2.3. Suède : Varuflödesundersökningen
2.4. Japon: Net National Freight Circulation Survey
3 - Enquête ECHO «Envois ? Chargeurs ? Opérateurs de transport»
3.1. Champ de l?enquête ECHO
3.2. Structure de l?enquête
4 - Synthèse
4.1. Taux de sondage des établissements
4.2. Difficultés de mise en oeuvre et d?exploitation
4.2.1. Couverture des secteurs et des modes
4.2.2. Géographie, couverture nationale et analyse régionale
4.2.3. Taille des enquêtes et contraintes économiques
4.3. Opportunités offertes par les enquêtes chargeurs
4.4. Possibilités offertes par les enquêtes chargeurs pour la modélisation du transport de fret et de la logistique