Rapport d'enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025

Auteur moral
France. Bureau d'enquêtes et d'analyses sur les risques industriels
Auteur secondaire
Résumé
<div style="text-align: justify;">Rapport d'enquête sur la fuite d'hydrogène survenue lors d'un dépotage au sein du site exploité par la société ArianeGroup à Vernon (27), site classé SEVESO seuil haut, le 9 janvier 2025. L'incident s'est produit lors d'une opération de dépotage d'un camion-citerne Air Liquide, sur le site ArianeGroup de Vernon. Ce site est spécialisé dans la propulsion cryotechnique. L'incident est lié à une fermeture incomplète de la vanne de fond de la citerne, possiblement due à une impureté ou à une obturation partielle de la mise à l'air libre du circuit de commande, générant une fuite canalisée et en phase gaz. Cette situation n'a pas été résolue pendant le balayage à l'hélium qui a été écourté par rapport à la durée initialement prévue. Les conditions météorologiques (froid, humidité, vent nul) ont favorisé l'accumulation du panache gazeux et ainsi déclenché les détecteurs. Le BEA-RI retient comme facteurs contributifs de l'événement : des conditions atmosphériques défavorables (rabattement du panache d'hydrogène au sol) au moment de l'incident, des procédures n'intégrant pas le traitement des cas de fuite résiduelle sur la vanne, une durée de balayage à l'hélium réduite ainsi que la possible difficulté de mise à l'air libre de la commande de vanne. La manipulation des liquides cryogéniques est hautement sensible : impuretés ou conditions inadaptées peuvent perturber gravement les opérations. La rigueur dans la maintenance, les balayages et la prise en compte du retour d'expérience terrain sont essentiels. Le BEA-RI émet des recommandations à destination des entreprises ArianeGroup et Air Liquide.</div>
Editeur
BEA-RI
Descripteur Urbamet
enquête ; hydrogène
Descripteur écoplanete
plan d'opération interne ; camion citerne
Thème
Ressources - Nuisances
Texte intégral
Inspection générale de l?environnement et du développement durable Bureau d?Enquêtes et d?Analyses sur les Risques Industriels Rapport d?enquête Sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 2 | 31 Bordereau documentaire Organisme auteur : Bureau d?enquêtes et d?analyses sur les risques industriels (BEA-RI) Titre du document : rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° : MTE-BEARI-2025-10 Date du rapport : 13/11/2025 Proposition de mots-clés : hydrogène liquide, dépotage Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 3 | 31 Avertissement L?enquête technique faisant l?objet du présent rapport est réalisée dans le cadre des articles L. 501-1 à L. 501-19 du Code de l?Environnement. Cette enquête a pour seul objet de prévenir de futurs accidents. Sans préjudice, le cas échéant, de l?enquête judiciaire qui peut être ouverte, elle consiste à collecter et analyser les informations utiles, à déterminer les circonstances et les causes certaines ou possibles de l?évènement, de l?accident ou de l?incident et, s?il y a lieu, à établir des recommandations de sécurité. Elle ne vise pas à déterminer des responsabilités. En conséquence, l?utilisation de ce rapport à d?autres fins que la prévention pourrait conduire à des interprétations erronées. Au titre de ce rapport on entend par : - Cause de l?accident : toute action ou événement de nature technique ou organisationnelle, volontaire ou involontaire, active ou passive, ayant conduit à la survenance de l?accident. Elle peut être établie par les éléments collectés lors de l?enquête, ou supposée de manière indirecte. Dans ce cas le rapport d?enquête le précise explicitement. - Facteur contributif : élément qui, sans être déterminant, a pu jouer un rôle dans la survenance ou dans l?aggravation de l?accident. - Enseignement de sécurité : élément de retour d?expérience tiré de l?analyse de l?évènement. Il peut s?agir de pratiques à développer car de nature à éviter ou limiter les conséquences d?un accident, ou à éviter car pouvant favoriser la survenance de l?accident ou aggraver ses conséquences. - Recommandation de sécurité : proposition d?amélioration de la sécurité formulée par le BEA-RI, sur la base des informations rassemblées dans le cadre de l?enquête de sécurité, en vue de prévenir des accidents ou des incidents. Cette recommandation est adressée, au moment de la parution du rapport définitif, à une personne physique ou morale qui dispose de deux mois à réception, pour faire part au BEA des suites qu?elle entend y donner. La réponse est publiée sur le site du BEA-RI. Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 4 | 31 Synthèse Le 9 janvier 2025, ce qui a été interprété comme une fuite d?hydrogène liquide s?est produit lors d?une opération de dépotage d'un camion-citerne Air Liquide, sur le site ArianeGroup de Vernon (27). Vers 11h50, les détecteurs de gaz signalent la présence d'hydrogène au niveau de la zone de dépotage. Le Plan d?Opération Interne (POI) est déclenché, le personnel de la zone d'essai est mis en sécurité et un périmètre de sécurité instauré. Le POI sera levé à 18h00, aucun dommage humain, matériel ou environnemental n?a été constaté. Le site de Vernon est spécialisé dans la propulsion cryotechnique. Le poste de dépotage concerné est équipé de dispositifs de sécurité (cheminée de dégazage, rampes d?aspersion). La citerne de 53 000 L transporte de l?hydrogène à -253°C. Les procédures ArianeGroup sont très détaillées et mobilisent trois opérateurs. L?incident est lié à une fermeture incomplète de la vanne de fond de la citerne, possiblement due à une impureté ou à une obturation partielle de la mise à l?air libre du circuit de commande, générant une fuite canalisée et en phase gaz. Cette situation n'a pas été résolue pendant le balayage à l?hélium qui a été écourté par rapport à la durée initialement prévue. Les conditions météorologiques (froid, humidité, vent nul) ont favorisé l?accumulation du panache gazeux et ainsi déclenché les détecteurs. Le BEA-RI retient comme facteurs contributifs de l?événement : des conditions atmosphériques défavorables (rabattement du panache d?hydrogène au sol) au moment de l'incident, des procédures n?intégrant pas le traitement des cas de fuite résiduelle sur la vanne, une durée de balayage à l?hélium réduite ainsi que la possible difficulté de mise à l?air libre de la commande de vanne. La manipulation des liquides cryogéniques est hautement sensible : impuretés ou conditions inadaptées peuvent perturber gravement les opérations. La rigueur dans la maintenance, les balayages et la prise en compte du retour d?expérience terrain sont essentiels. Le BEA-RI émet les recommandations suivantes à la société ArianeGroup : ? Réviser la fiche d'intervention utilisée pour le dépotage de la citerne impliquée le jour de l'évènement pour intégrer la marche à suivre en cas de difficulté de fermeture de la vanne de fond de la citerne (W11) ; ? Examiner l'opportunité de définir de nouveaux paramètres météorologiques à suivre et respecter pour permettre la réalisation d'un dépotage. Le BEA-RI émet les recommandations suivantes à la société Air Liquide : ? Capitaliser le retour d'expérience des chauffeurs de camion-citerne concernant la situation de difficulté de fermeture de la vanne de fond de la citerne (W11) et l'intégrer dans la procédure de dépotage générique ; ? Assurer la complète mise à l?air libre de la commande de la vanne de sécurité y compris en cas de retrait du rilsan. Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 5 | 31 Sommaire I. Rappel sur l?enquête de sécurité .............................................................................................................. 7 II. Constats immédiats et engagement de l?enquête ............................................................................... 7 II.1 Les circonstances de l?accident ........................................................................................................................... 7 II.2 Le bilan de l'évènement ........................................................................................................................................ 7 II.3 Les mesures prises après l'évènement ............................................................................................................... 8 II.4 L?engagement et l?organisation de l?enquête ................................................................................................... 8 III. Contextualisation ........................................................................................................................................ 8 III.1 Établissement ArianeGroup de Vernon (27) .................................................................................................... 8 III.2 L?installation ........................................................................................................................................................... 9 III.3 La Semi-remorque de transport ........................................................................................................................10 III.3.1 La citerne............................................................................................................................................ 10 III.3.2 Le circuit pneumatique .................................................................................................................... 13 III.3.3 Les vannes à commande pneumatique ......................................................................................... 14 III.4 L'hydrogène liquide et les gaz impliqués dans le processus de dépotage ................................................16 III.4.1 L'hydrogène liquide .......................................................................................................................... 16 III.4.2 Les gaz utilisés dans le processus de dépotage ............................................................................ 16 III.4.3 Les gaz de l'air indésirables dans le processus de dépotage ...................................................... 17 III.4.4 Le phénomène de l'air liquide ......................................................................................................... 18 III.5 L'organisation des dépotages ............................................................................................................................18 IV. Déroulement de l?évènement ................................................................................................................. 19 IV.1 Déclenchement de l'évènement .......................................................................................................................19 IV.2 L?intervention des secours publics .................................................................................................................. 20 V. Compte-rendu des investigations menées........................................................................................... 20 V.1 Reconnaissances de terrain ................................................................................................................................ 20 V.1.1 Dépotages témoins .......................................................................................................................... 20 V.1.2 Inspection des vannes sur la citerne concernée ......................................................................... 25 V.2 Analyses documentaires et entretiens ............................................................................................................ 26 V.2.1 Analyse a postériori de l'évènement ............................................................................................. 26 V.2.2 Conditions climatiques ................................................................................................................... 27 V.2.3 Retour d'expérience existant sur la difficulté rencontrée lors du dépotage .......................... 27 V.2.4 Fiche d'intervention dépotage ....................................................................................................... 27 VI. Conclusions sur le scénario de l?évènement ........................................................................................ 28 VI.1 Scénario ................................................................................................................................................................ 28 VI.2 Facteurs contributifs .......................................................................................................................................... 29 VI.2.1 Les conditions météorologiques .................................................................................................... 29 Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 6 | 31 VI.2.2 L'absence de prise en compte d'une possible difficulté de fermeture de la vanne de fond dans la procédure de dépotage .................................................................................................................................. 29 VI.2.3 Une durée de balayage hélium insuffisante ................................................................................. 29 VI.2.4 Difficulté de mise à l?air libre de la vanne de sécurité ................................................................ 29 VII. Enseignements de sécurité ...................................................................................................................... 29 VII.1 La sensibilité de la manipulation de liquides cryogéniques ....................................................................... 29 VIII. Recommandations de sécurité à destination de l?exploitant et du sous-traitant ...................... 30 Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 7 | 31 Rapport d?enquête Sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 I. Rappel sur l?enquête de sécurité L?enquête technique faisant l?objet du présent rapport est réalisée dans le cadre des articles L. 501-1 à L. 501-19 du Code de l?Environnement. Cette enquête a pour seul objet de prévenir de futurs accidents. Sans préjudice, le cas échéant, de l?enquête judiciaire qui peut être ouverte, elle consiste à collecter et analyser les informations utiles, à déterminer les circonstances et les causes certaines ou possibles de l?évènement, de l?accident ou de l?incident et, s?il y a lieu, à établir des recommandations de sécurité. Elle ne vise pas à déterminer des responsabilités. La gestion post accidentelle des conséquences de l'accident ne relevant pas à proprement parler de l'enquête technique du BEA-RI, ce sujet ne sera pas détaillé davantage dans le présent rapport. Enfin, il est rappelé que toute utilisation du présent rapport à des fins autres que la prévention des risques pourrait entraîner des interprétations erronées. II. Constats immédiats et engagement de l?enquête II.1 Les circonstances de l?accident Le 9 janvier 2025, un camion-citerne opéré par Air Liquide est raccordé à un poste de dépotage sur le site ArianeGroup de Vernon. Une opération de dépotage d'hydrogène (H2) liquide est prévue pour le remplissage de deux réservoirs. Le remplissage du premier a débuté vers 9h30. Vers 11h50, alors que l'opération se termine (la citerne n'est alors pas totalement vide, et les assainissements de la ligne de dépotage sont en cours), et qu'un écoulement de liquide est constaté au niveau d'un flexible, la détection gaz portative des opérateurs se déclenche. Une fuite d'H2 liquide est alors suspectée au niveau d'un flexible de dégazage. L'aspersion d'eau prévue sur le poste de dépotage est mise en route et le POI est déclenché. II.2 Le bilan de l'évènement Aucun dégât humain, matériel ou environnemental n'est à déplorer suite à cet évènement. Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 8 | 31 II.3 Les mesures prises après l'évènement À la suite de l'évènement, la citerne qui contenait encore de l'H2 liquide a été déconnectée puis confinée sur le site pour contrôle de l'absence de fuite résiduelle. Elle a ensuite été contrôlée dans les locaux d'Air Liquide. Les dépotages à partir de citernes de modèles différents ont ensuite été privilégiés sur le site ArianeGroup de Vernon dans l'attente des conclusions menées par les différentes entités impliquées. II.4 L?engagement et l?organisation de l?enquête Au vu des circonstances et du contexte de l'évènement, le directeur du bureau d?enquêtes et d?analyses sur les risques industriels (BEA-RI) a décidé le 13 janvier 2025 l?ouverture d?une enquête technique. Les enquêteurs du BEA-RI se sont rendus sur place les 16 janvier et 19 février 2025. Ils ont rencontré les représentants de la société ArianeGroup, ceux de la société Air Liquide ainsi que l?inspection des installations classées. Ils ont également assisté, sur des sites différents, à des dépotages d'H2 liquide et à une opération de maintenance de la citerne impliquée dans l'évènement. Ils ont recueilli les témoignages des acteurs impliqués dans l?évènement et dans sa gestion. Ils ont eu, consécutivement à ces entretiens, communication des pièces et documents nécessaires à leur enquête. III. Contextualisation III.1 Établissement ArianeGroup de Vernon (27) Le site de Vernon conçoit, développe, produit et teste des systèmes de propulsion à ergols1 liquides. L?essentiel de son activité concerne la propulsion cryotechnique (à hydrogène et oxygène liquides) pour les lanceurs spatiaux. Le site est spécialisé dans la maîtrise des ergols cryogéniques comme l?hydrogène, l?oxygène et le méthane liquides. Le moteur réutilisable Prometheus® (oxygène-méthane liquides), réalisé majoritairement en impression 3D, est développé et produit ici, de même que les moteurs liquides du lanceur Ariane 6. Enfin, le développement et une partie des essais du mini-lanceur réutilisable Maia développé par MaiaSpace, filiale d?ArianeGroup, sont réalisés sur ce site. 1 Un ergol, dans le domaine de l'astronautique, est une substance destinée à fournir de l'énergie à un lanceur spatial, un satellite, ou tout autre objet propulsé astronautique. Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 9 | 31 Figure 1 : moteur Vulcain2.1® au hall de montage (source ArianeGroup) Le site d?essais, qui s?étend sur 116 hectares de forêts, comprend quatre bancs d?essais moteurs cryotechniques et des bancs d?essais de composants. Il est classé Seveso seuil haut pour le stockage d'hydrogène. III.2 L?installation L'évènement s'est produit au niveau du poste de dépotage du banc d'essai PF52. Le poste de dépotage est situé à distance (environ 90m) des installations d'essai. Un linéaire de canalisation d'environ 100m sépare le point de raccordement du dépotage des réservoirs de stockage. Il est équipé : - D'une cheminée permettant de rejeter à distance les gaz purgés pendant les opérations de dépotage avec une hauteur favorisant leur dispersion ; - De deux rampes d'aspersion d'eau permettant d'éviter la formation d'un nuage inflammable en cas de fuite non enflammée ou de lutter contre les effets d'un incendie : notamment refroidir et/ou protéger la citerne des effets thermiques. Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 10 | 31 Figure 2 : poste de dépotage III.3 La Semi-remorque de transport III.3.1 La citerne La citerne est montée sur une semi-remorque routière tractée. La capacité de la citerne est de 53 000 litres soit de l?ordre de 3,8 tonnes d?hydrogène. Figure 3 : Citerne en position sur une aire de dépotage Durant le transport, l?hydrogène est sous forme liquide et à faible pression à une température de l?ordre de 20 K (-253,15°C). Pour limiter au maximum le réchauffement de l?hydrogène, la citerne est calorifugée. Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 11 | 31 La citerne est équipée de deux piquages en phase liquide. Ces deux piquages sont équipés de vannes à commande pneumatique et à sécurité positive. Le premier correspond au passage du produit (remplissage ou vidange de la citerne) et le second permet l?alimentation en hydrogène liquide du réchauffeur. Figure 4 : Réchauffeur positionné sous la citerne La citerne est également dotée d?un circuit gaz, qui est raccordé à l?installation fixe par flexible gaz permettant d?évacuer à la cheminée de l?installation soit de l?hydrogène gazeux soit le résultat des purges (mélange d?un gaz neutre et d?hydrogène sous forme gazeuse). Figure 5 : schéma de principe du raccordement d'une citerne pour un dépotage Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 12 | 31 Les principales étapes d'un dépotage, définies par Air Liquide pour le cas général, sont les suivantes (voir figure 5) : - Mise en place au poste de transfert et branchement : mise à la terre, branchement du flexible de dégazage sur R2 pour raccorder la citerne et la cheminée de dégazage du client, branchement du flexible de dépotage d'hydrogène liquide sur R1 pour raccorder la citerne et la borne de dépotage du client. Un flexible en rilsan2 alimenté en azote est enroulé autour du flexible de dépotage d'hydrogène liquide3. Les vannes P17, V3 et V6 permettant le balayage du flexible de dépotage sont ouvertes ; - Balayages avant transfert : ces balayages permettent de chasser les impuretés pouvant être présentes dans les tuyauteries et qui conduiraient d'une part à polluer le transfert et d'autre part à générer des cailloux de glace pouvant perturber le dépotage. Un premier balayage en aval de la vanne W1 permet de traiter les flexibles. Il est en général réalisé à l'azote (10 min) puis à l'hydrogène gazeux pendant 2 min. La vanne de dégazage P22 est ensuite ouverte puis la vanne manuelle W1, le balayage à l'hydrogène gazeux est poursuivi 10 min ce qui permet de traiter l'ensemble de la tuyauterie jusqu'à la vanne de fond de la citerne W11 (qui est en position fermée). La vanne de dégazage P22 et la vanne manuelle W1 sont ensuite fermées ; - Transfert : Le dépotage est réalisé par une mise en pression du ciel gazeux de la citerne, qui est ajusté à 1 bar au-dessus de celle du stockage du client. Cette pression est générée par l?évaporation de l?hydrogène au travers du réchauffeur Rmp situé sous la citerne avec ouverture des vannes W12 et V12. La vanne de fond de la citerne W11 est ensuite ouverte, puis la vanne manuelle W1, jusqu'à la fin du transfert ; - Arrêt du transfert : fermeture de la vanne de fond de la citerne W11, arrêt de l'alimentation du réchauffeur Rmp par fermeture de la vanne W12, fermeture des vannes du côté du circuit client au-delà du flexible de dépotage, ouverture de la vanne de balayage de ligne P22 ; - Balayage des flexibles après transfert : la pression dans la citerne est ramenée à 2 bars s'il reste moins de 50 % du volume de la citerne par ouverture de la vanne de dégazage citerne V2, fermeture de la vanne V2 quand la pression voulue est atteinte, balayage de la ligne de transfert jusqu'à la vanne de fond de la citerne W11 à l?hydrogène gazeux (à l'hélium chez ArianeGroup) depuis l?installation client pendant 20 min, puis fermeture des vannes W1 et P22, ouverture de la vanne de balayage de ligne P17 et balayage à l'azote jusqu'au dégivrage de la sortie de la vanne P17 (environ 20 min) et arrêt de l'azote ; - Préparation au départ : débranchement de l'alimentation azote, débranchement du dispositif de sécurité flexible en rilsan, retrait et rangement des flexibles de dépotage et dégazage, bouchonnage des R1 et R2, retrait de la mise à la terre. 2 Polymère thermoplastique dérivé de l'huile de ricin, utilisé un temps comme fibre textile synthétique, puis pour des conduites flexibles, des filets de pêche, des cordes pour instruments de musique, des colliers de serrage etc. 3 Ce dispositif est une sécurité. En cas d'arrachage du flexible de dépotage, le flexible en rilsan se romprait, entrainant l'ouverture du circuit d'azote et ainsi la fermeture de la vanne de fond de la citerne W11. Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 13 | 31 . Figure 6 : raccordement des flexibles de dépotage et dégazage III.3.2 Le circuit pneumatique La semi-remorque est dotée d?une réserve d?azote qui permet l?alimentation des circuits de commande des vannes pneumatiques. En substitution de cette voie d?approvisionnement, ces circuits peuvent être alimentés par l?installation fixe lors d?un dépotage. Dans cette situation, l?alimentation peut être réalisée soit avec de l?azote sous pression soit avec de l?hélium en fonction des procédures clients. Dans ces deux cas, la rupture de l?alimentation entraine la fermeture des deux vannes pneumatiques (réchauffeur W12 et entrée sortie de produit ? W11) par manque de pression. Raccord R1 Flexible de dépotage / remplissage Raccord R2 Flexible de dégazage Flexible de sécurité en rilsan Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 14 | 31 Figure 7 : schéma de principe du circuit pneumatique d'une citerne La citerne est également munie de soupapes de sécurité pour éviter la surpression dans le réservoir, notamment durant le transport et le dépotage. Lors du dépotage, les deux vannes à commande pneumatique W11 et W12 peuvent être refermées par manque de pression en cas d?arrachage du flexible « liquide » (mouvement incontrôlé du véhicule), d?absence du personnel de dépotage (fonction « homme-mort ») ou de l?actionnement d?un arrêt d?urgence III.3.3 Les vannes à commande pneumatique Les vannes à commande pneumatique sont constituées d?une partie clapet en contact direct avec l?hydrogène liquide et d?une partie actionneur (vérin pneumatique simple effet). La partie clapet est constituée d?un corps de robinet fixe dans lequel est usiné un siège pour le clapet. Flexible rilsan P30 Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 15 | 31 Figure 8 : Vanne en position fermée, le joint (en orangé) est en contact avec le siège Sur la partie mobile est monté le clapet (joint racleur en plastique). C?est son application contre le siège via les ressorts de rappel du vérin qui assure l?étanchéité de la vanne. Figure 9 : Joint racleur (en blanc) La commande est réalisée par un vérin circulaire. La membrane vient, pour l?ouverture, comprimer les ressorts, entrainant vers le haut la commande. Joint en contact avec le siège Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 16 | 31 Figure 10 : Vue de la tête de la vanne pneumatique contenant les ressorts III.4 L'hydrogène liquide et les gaz impliqués dans le processus de dépotage III.4.1 L'hydrogène liquide L?hydrogène liquide (H?) est largement utilisé comme ergol (carburant) dans les moteurs de fusées, en particulier dans les étages supérieurs ou principaux des lanceurs spatiaux lourds. Le site ArianeGroup de Vernon s'en fait donc livrer régulièrement dans le cadre des essais menés sur les moteurs. À température et pression ambiantes, l'hydrogène est gazeux. L'hydrogène liquide est obtenu par refroidissement à très basse température de l'hydrogène. Il est transporté à l'état liquide. Sa température d'ébullition / liquéfaction est de -252,9°C dans les conditions normales de pression. III.4.2 Les gaz utilisés dans le processus de dépotage Avant et en fin de dépotage, un balayage est réalisé. Il doit remplacer l?air ambiant (azote, oxygène, humidité et autres gaz) par un gaz neutre dans toutes les sections qui seront en contact avec l?hydrogène liquide ou gazeux, avant l?introduction du produit, puis, en fin de dépotage, pour sécuriser le démontage ou la mise à l?air. Ce balayage peut être réalisé soit à l'hélium, qui présente l'avantage de ne pas se liquéfier au contact de l'hydrogène liquide, soit à l'azote. Cette seconde option est plus répandue pour une question de coût. Le balayage à l'azote nécessite une attention particulière car l'azote a une température de solidification de -210°C (63,2K) et une température de liquéfaction de -195,8°C (77,4K) sous 1 atmosphère. Ce balayage doit donc être suivi (avant dépotage) ou précédé (après dépotage) par un balayage à l?hydrogène gazeux. Dans le cas du poste de dépotage d'ArianeGroup, le balayage est réalisé à l'hélium. Par ailleurs, pour actionner certaines vannes pneumatiques du circuit, un gaz comprimé (azote ou hélium) est utilisé pour assurer la pression nécessaire. Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 17 | 31 III.4.3 Les gaz de l'air indésirables dans le processus de dépotage Plusieurs gaz naturellement présents dans l?air peuvent interagir de manière indésirable avec les équipements cryogéniques lors du dépotage d?hydrogène liquide (LH?). L?azote (N2), l'oxygène (O?), le dioxyde de carbone (CO?) et la vapeur d?eau (H?O) présentent les risques les plus significatifs en raison de leurs propriétés physiques à basse température, justifiant la réalisation d'un balayage du circuit. L?oxygène, dont la température de liquéfaction est de ?183?°C, peut se condenser sur les parois froides des canalisations ou équipements en contact avec LH2. Il se solidifie à des températures inférieures à ? 218,8?°C. Cette condensation locale d?oxygène pur est préoccupante car elle peut entraîner la formation de dépôts liquides fortement oxydants. Si ces dépôts s?accumulent dans des zones confinées, en particulier en présence d?hydrogène, le risque d?oxydation violente, voire d?explosion, devient non négligeable. Le dioxyde de carbone, quant à lui, ne possède pas de phase liquide à pression atmosphérique. Lorsqu?il atteint sa température de sublimation, à ?78,5?°C, il passe directement de l?état gazeux à l?état solide, formant ce qu?on appelle communément de la neige carbonique. Dans le contexte du dépotage cryogénique, cette particularité peut poser problème : si du CO? atmosphérique est piégé dans les lignes de purge ou de transfert, il peut se solidifier et provoquer des obstructions. Ces bouchons de neige carbonique risquent d?entraver le bon fonctionnement des détendeurs ou des filtres, perturbant ainsi l?équilibre thermique et mécanique du système. Enfin, la vapeur d?eau constitue un autre facteur perturbateur important. En présence d?hydrogène liquide, la vapeur contenue dans l?air gèle instantanément sur les surfaces froides, entraînant la formation de glace. Cette glace peut s?accumuler au niveau des éléments mobiles ou sensibles comme les soupapes, les clapets ou les raccords d?étanchéité. Outre les risques de blocage mécanique, ces accumulations peuvent provoquer des fissurations ou des dégradations structurelles, notamment si des cycles de gel/dégel sont observés. Gaz Rôle T° liquéfaction (°C) T° solidification (°C) Risques/Intérêt LH? (forme liquide) GH2 (forme gazeuse) Produit principal ?252,9 ?259,1 Hautement inflammable, très volatil He Balayage, pression ?268,9 Très haute pression Parfaitement gazeux, inerte N? Balayage, pression, purge ?195,8 ?210 Liquéfie facilement et solidifie au contact de LH2 ? à utiliser à distance de l'hydrogène liquide et sous contrôle strict O? (air) Air indésirable ?183,0 ?218,8 Rendu liquide : réaction violente avec H2 CO? (air) Air indésirable ?78,5 (solide direct) ?78,5 (à 1 atm) Risque de bouchon solide H?O (air) Air indésirable 0 0 Gèle ? colmatage, fuite, blocage Figure 11 : Principales propriétés de l'hydrogène liquide et des gaz impliqués dans le processus de dépotage Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 18 | 31 III.4.4 Le phénomène de l'air liquide Lorsque du LH? est transféré, sa très basse température (-253°C) peut entraîner la liquéfaction de l?air ambiant présent autour des équipements dans lesquels il circule (raccords cryogéniques, flexibles ou vannes), lorsque ceux-ci sont exposés à l?air ambiant. Ainsi, l?azote de l?air (point d?ébullition : -196°C) et l'oxygène (point d?ébullition : -183°C) se condensent et des gouttelettes apparaissent et s'écoulent des équipements concernés. Elles s'évaporent généralement avant de toucher le sol. Ce phénomène est transitoire, il peut apparaître en début de dépotage compte tenu du refroidissement extrêmement rapide des surfaces, avant la formation de givre. Pendant la phase active du dépotage, une couche de glace (givre puis glace compacte) se forme rapidement à la surface des équipements exposés. Cette couche agit comme une barrière thermique, empêchant tout nouveau contact direct entre l?air et les surfaces très froides. En conséquence, le phénomène d?air liquide disparaît visuellement, remplacé par du givre ou de la glace. III.5 L'organisation des dépotages Les actions à réaliser lors des dépotages LH2 sur le site ArianeGroup sont décrites et tracées dans des procédures et fiches d'intervention. Le site ArianeGroup possède des procédures spécifiques. Le camion-citerne est pris en charge dès son arrivée sur le site, après les contrôles d'accès, pour une mesure de la température des essieux. Il est ensuite escorté sur l'aire de dépotage par un véhicule de lutte contre l'incendie. En plus des dispositifs fixes sur le poste de dépotage, ce véhicule de lutte contre l'incendie est mobilisé et positionné à proximité de l'installation lors de chaque opération de dépotage. Il est équipé d'un canon en toiture (4 000 l/min). Pour le dépotage, une fiche d'intervention, adaptée au modèle de citerne concernée est utilisée. Le déroulement de l?opération mobilise 3 personnes : un opérateur de pupitre (opérateur ArianeGroup) qui se trouve en salle de commande, un opérateur de banc (opérateur ArianeGroup) qui se trouve sur le poste de dépotage et le chauffeur de la citerne (personnel Air Liquide le jour de l'évènement) qui se trouve également sur le poste de dépotage. Les actions à effectuer sont clairement attribuées à chaque intervenant et mobilisent alternativement les différents opérateurs qui sont en contact radio (moyen de communication entre les deux personnels ArianeGroup, l'opérateur de banc faisant le lien avec l'opérateur Air Liquide). Pour le dépotage d'une citerne du type de celle impliquée dans l'évènement du 9 janvier 2025, la fiche d'intervention de 28 pages liste 447 étapes. Toutes ne sont pas à dérouler lors d'un dépotage puisque la procédure permet de traiter des cas différents comme la fin du dépotage avec une citerne vide ou non et des actions à réaliser en cas de difficulté rencontrée (de manière non exhaustive) à certaines étapes de la procédure. Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 19 | 31 IV. Déroulement de l?évènement IV.1 Déclenchement de l'évènement Des essais moteurs devant être réalisés, il est décidé de compléter le remplissage des deux réservoirs du poste PF52. Il est prévu que la citerne se rende ensuite sur une autre zone de dépotage du site pour finir de vider son chargement dans un autre réservoir. Vers 11h50, alors que les deux réservoirs ont été complétés et que les opérateurs ont commencé l'étape de fin de dépotage, et que la citerne est toujours connectée au poste de dépotage, les opérateurs observent un écoulement liquide au niveau d'un des flexibles et les détecteurs de gaz se mettent en alarme. Une suspicion de fuite "interne-externe"4 est considérée et le POI est déclenché. La procédure de fin de dépotage est interrompue et les opérateurs évacuent la zone. L'aspersion d'eau est mise en route au niveau du poste de dépotage tant au niveau de l'installation fixe que du véhicule de lutte contre l'incendie afin de réduire la probabilité d'inflammation d'un éventuel nuage d'hydrogène gazeux. Le personnel de la zone d'essai est mis en sécurité et un périmètre de sécurité de 900m est mis en place en lien avec les services de l'Etat. Après analyse des éléments à disposition, la cellule de crise de l'exploitant réoriente la cause probable vers une fermeture incomplète de la vanne de fond de la citerne sans fuite interne/externe. Une procédure est établie afin de fermer la vanne de fond de la citerne puis de finaliser la procédure de fin de dépotage. Cette procédure, qui consiste notamment à reprendre le balayage à l'hélium, est mise en oeuvre à 15h15. Des relevés de gaz montrent l'absence de concentration d'hydrogène dans l'air vers 16h00. Le POI est levé à 18h00. 4 C?est-à-dire avec un déversement d'hydrogène liquide à l'extérieur des équipements. Figure 12 : Plan de masse de la zone de l'évènement (Source : ArianeGroup) Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 20 | 31 IV.2 L?intervention des secours publics Lors de cet évènement, le service départemental d'incendie et de secours est intervenu en renfort pour l'aspersion du camion-citerne. La mise en place d'un périmètre de sécurité, en déclinaison des scénarios pré-identifiés dans l'étude des dangers a par ailleurs conduit à la fermeture d'une route en lien avec la police nationale pendant 2h40. V. Compte-rendu des investigations menées V.1 Reconnaissances de terrain V.1.1 Dépotages témoins Le BEA-RI a assisté à deux dépotages de LH2, l'un réalisé avec la citerne impliquée le jour de l'évènement mais sur un autre site (dénommé site témoin dans la suite du rapport), l'autre sur l'aire de dépotage impliquée le jour de l'évènement mais à partir d'une autre citerne. Ces observations permettent de dresser les constats suivants : - La vanne de fond de la citerne air liquide se ferme progressivement, en quelques secondes. Ce mode de fermeture adouci permet de limiter les contraintes mécaniques sur les composants internes exposés à des températures cryogéniques. La vanne assure le passage de l?hydrogène liquide (LH?) et sa fermeture est assurée par un système à ressorts agissant sur un piston, dont l?extrémité est équipée d'un joint d?étanchéité. Celui-ci vient se plaquer sur le siège de la vanne pour assurer la fermeture. Dans ces conditions de froid extrême, une fermeture trop rapide générerait un choc susceptible de fragiliser, voire de casser, la membrane. Le même phénomène de fermeture adouci est observé sur la seconde citerne observée ; - Lors d'un dépotage, les phénomènes physiques suivants peuvent être observés : o Phénomène d'air liquide observable en début de dépotage sur les canalisations mises en froid puis givrage ; Figure 13 : Givrage du raccord du flexible de dépotage / remplissage Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 21 | 31 o Panache important en sortie de cheminée lors de la purge en fin de dépotage, avec givrage le long de la ligne de dégazage ; Figure 14 : Givrage du flexible de dégazage avec panache de condensation (sur site témoin) Figure 16 : Important panache émis par la cheminée (sur site témoin) Figure 15 : Givrage de la cheminée de dégazage avec panache de condensation (sur site témoin) Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 22 | 31 - Les dépotages opérés chez ArianeGroup suivent une procédure spécifique qui diffère de la procédure suivie sur les autres sites. Les principales différences observables sont les suivantes : o Organisation : chez ArianeGroup, deux opérateurs du site sont mobilisés (un opérateur sur le poste de dépotage et un en salle de commande). Ce sont eux qui déroulent la procédure, sur la base d'un formulaire papier dont chaque opérateur d'ArianeGroup a un exemplaire et qu'ils renseignent tout au long de l'opération. La procédure attribue clairement des rôles au personnel extérieur d'Air Liquide, à l'opérateur d'ArianeGroupe sur le poste de dépotage et à celui qui est en salle de commande. Sur les autres sites, le personnel d'Air Liquide (en binôme ou seul) travaille en général en autonomie pour réaliser le dépotage sur les installations de stockage de LH2 qui sont sous- traitées à Air Liquide ; o Contrôle des mesures de maîtrise des risques : des opérations supplémentaires sont réalisées chez ArianeGroup afin de vérifier l'efficience de certaines mesures de maîtrise des risques définies pour le site (étapes 1/ et 2/ ci-dessous). Le contrôle du bon fonctionnement de la vanne W11, réalisé avant mise en pression de la citerne, conduit en particulier à permettre un début de déversement d'hydrogène liquide dans une section de canalisation non balayée au préalable (étape 1/ ci-dessous), sur la section W1 ? W11. o Balayages : ? Sur les autres sites, les balayages de la ligne de dépotage sont en général réalisés à l'azote et hydrogène gazeux (GH2) en aval de la vanne W1 et à l'hydrogène gazeux jusqu'à la W11. Chez ArianeGroup, ces balayages se font à l'hélium ; ? Chez ArianeGroup, certains balayages de la ligne en amont et aval du dépotage (étapes 3 et 5 ci-dessous) sont réalisés par poussées successives d'hélium (compressions / détentes), alors que sur les autres sites, c'est un balayage continu qui est mis en place. ? À la fin de l'opération de dépotage, un balayage est réalisé sur la ligne de dépotage en remontant par le flexible jusqu'à la vanne W11 qui a, au préalable, été fermée. Chez ArianeGroup, cette opération (étape 4 ci-dessous) est prévue pour durer 10min avec un balayage à l'hélium. Sur les autres sites, le balayage dure 20min avec utilisation d'hydrogène gazeux. C'est à la fin de cette étape, et avant le début de l'étape 5 que l'évènement du 9 janvier s'est produit. Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 23 | 31 ArianeGroup Autres sites Balayages en amont du dépotage Balayage GH2 10 min Balayage GH2 2Min Balayage Azote 10 min 1/ Test ouverture / fermeture W11 2/ Test étanchéité flexible (Hé) 3.A/ Mise en pression 30s (Hé) 3.B/ Balayage 30s (Hé) 3 / 10 r é p é ti ti o n s d e l a s é q u e n c e Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 24 | 31 Balayages en fin de dépotage Hydrogène liquide Vanne fermée Hydrogène gazeux Hélium Azote Figure 17 : Etapes en amont et aval du transfert de LH2 chez ArianeGroup et sur d'autres sites o Différentiel de pression entre la citerne et le stockage : la procédure générique d'Air Liquide prévoit que la pression du ciel gazeux de la citerne est ajustée à 1 bar au- dessus de celle du stockage du client pendant le dépotage. Chez ArianeGroup, ce différentiel de pression est de 2,5 bars (du fait notamment de la perte de charge liée à la longueur de la canalisation de transfert). Balayage GH2 20 min Balayage Azote jusqu'au dégivrage en sortie de P17 4/ Balayage 10 min (Hé) 5.A/ Mise en pression 30s (Hé) 5.B/ Balayage 30s (Hé) 5 / 10 r é p é ti ti o n s d e l a s é q u e n c e Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 25 | 31 V.1.2 Inspection des vannes sur la citerne concernée Le BEA-RI a assisté, dans le cadre d?une révision prévue de la citerne concernée, au démontage des différents éléments du circuit de commande. Notamment, il a été procédé au démontage de la vanne de fond de la citerne. Figure 18 : Joint de la vanne présentant des traces de piqures L?examen du joint montre des traces de piqures qui ne semblent pas remettre en cause son étanchéité en elles-mêmes, mais peuvent avoir aidé à l'accrochage d'impuretés. ll a été également procédé à l?inspection du circuit pneumatique et plus particulièrement à l?examen des différentes mises à l?air libre. Figure 19 : Vue du circuit pneumatique Il est à noter que les prises de branchement pneumatique de la sécurité du flexible sont munies d?un clapet anti-retour. De ce fait la portion de circuit situé en amont de la prise (cf figure 7 page 14) est isolé de la commande de la vanne et aucune mise à l?air libre n?est possible par ce biais-là. Seule l?action sur la commande de la vanne liquide permet à ce moment-là de la fermer. Mise à l'air libre vanne phase liquide Prises de branchement de la sécurité flexible Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 26 | 31 Figure 20 : Vue de la mise à l'air libre de la vanne de commande liquide L?examen révèle le peu d?espace entre la mise à l?air libre de la vanne de commande liquide et le plus proche obstacle (cf. figure 20). V.2 Analyses documentaires et entretiens V.2.1 Analyse a postériori de l'évènement L'analyse à postériori des données et évènements rencontrés montre que : - Les concentrations de gaz mesurées sur les détecteurs n'ont jamais atteint la limite inférieure d'explosivité5. La détection gaz fixe a affiché jusqu?à 9% de la LIE (valeur relevée à 12h16), et les détecteurs portatifs des opérateurs ont relevé jusqu?à 30% de la LIE. - Des opérations visant à réaliser un balayage à l'hélium de 10 min remontant de l'installation client vers la vanne de fond de la citerne et s'évacuant par la vanne de dégazage n°1 sont prévues à la fin de l'opération de dépotage. L'heure de début de cette opération devrait être notée sur la fiche d'intervention du dépotage. Elle n'est en fait reportée ni sur la fiche renseignée au niveau du banc, ni sur celle renseignée au niveau du pupitre. L'analyse des enregistrements des mouvements montre que ce balayage a duré 6min et 22s au lieu des 10 min prévues. - Une quinzaine d'actions de la check-list sont enregistrées sur les fiches d'intervention renseignées au niveau du pupitre de commande et au niveau du banc après cette opération de balayage. - Les enregistrements et les entretiens réalisés ne permettent pas de situer exactement le moment où les capteurs de détection de gaz se sont déclenchés par rapport aux dernières opérations enregistrées sur les fiches d'intervention. 5 La Limite Inférieure d?Explosivité (ou LIE) est la concentration minimale d?un gaz ou d?une vapeur inflammable dans l?air (exprimée en % en volume) en dessous de laquelle il n?y a pas de combustion possible, même en présence d?une source d?allumage. Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 27 | 31 V.2.2 Conditions climatiques Le 9 janvier 2025 à 11h50, en raison d?un vent quasi nul, d?une température extérieure basse (4°C), d'un taux d'humidité élevé et d?une atmosphère stable, le panache de vapeur d?hydrogène ne disposait pas de conditions de dilution efficace. Sa densité initiale plus élevée que l?air a pu provoquer une stagnation temporaire au niveau du sol, augmentant la concentration en H2 autour du poste de dépotage. L?humidité ambiante élevée a pu également rendre le panache plus visible sous forme de condensation, sans dissipation rapide. La procédure de dépotage du site ArianeGroup prévoit une limitation liée à la neige (interdiction de dépoter s'il neige compte tenu des risques liés à l'électricité statique que peuvent générer les flocons), mais rien n'est précisé concernant d'autres conditions atmosphériques. Le jour de l'évènement, le début du dépotage a été retardé à cause de la neige. V.2.3 Retour d'expérience existant sur la difficulté rencontrée lors du dépotage Air Liquide a réalisé des entretiens auprès de l'ensemble des chauffeurs habilités à la livraison d'hydrogène liquide chez ses clients afin de consolider un retour d?expérience (RETEX) sur le problème rencontré. Il a été possible de récupérer 6 questionnaires sur les 8 initialement attendus. Il en ressort que les réponses se révèlent être homogènes entre elles et mettent en avant que la majorité des chauffeurs interrogés ont déjà rencontré des problèmes d'étanchéité de la vanne W11, qu'ils qualifient de "rare" ou "très rare" (d'une fréquence estimée à 1 fois tous les 6 mois), mais jamais "fréquent". Les chauffeurs ont indiqué que les solutions apportées pour résoudre le désordre lorsqu'il se présente sont le balayage de la vanne, le dégazage de la pression de la citerne, ou une combinaison de balayage et compressions détentes. Cependant, lorsqu'on évoque des fuites liquides, les conducteurs sont moins nombreux à en avoir rencontré et ces fuites sont toujours considérées comme "faibles" ; elles se situaient aussi bien côté de la citerne, que du côté de l'installation du client, et étaient localisées au niveau des joints de dépotage ou à la borne client. L'arrêt du dépotage, le remplacement des joints et/ou un balayage prolongé ont permis de résoudre systématiquement le désordre observé. V.2.4 Fiche d'intervention dépotage La procédure de dépotage sur le site ArianeGroup précise (lignes n°213, 214) pour un arrêt de dépotage alors que la citerne n'est pas vide : "sinon, cas où la citerne n'est pas vide : Dérouler le paragraphe suivant : Evacuation culot liquide entre [la vanne de fond de la citerne] W11 et [la vanne manuelle] W1 Important : cette opération doit se faire avec la citerne encore pressurisée pour éviter de remonter des éventuelles pollutions dans la citerne (dans le cas où [la vanne de fond de la citerne] serait fuyarde)". La fiche d'intervention ne précise pas de marche à suivre dans le cas où la vanne W11 serait effectivement fuyarde. Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 28 | 31 VI. Conclusions sur le scénario de l?évènement VI.1 Scénario La mise en froid de la ligne de transfert débute à 10h18, avec près d'une heure de retard sur le planning initialement prévu compte tenu des conditions météorologiques (neige). Les opérations se déroulent nominalement pour le raccordement de la citerne et l'opération de dépotage en elle-même. Compte tenu des conditions météorologiques au moment de l'évènement, des enregistrements disponibles et de l'absence de défaut constaté sur la citerne postérieurement à l'évènement, le BEA-RI retient comme probable l'enchaînement suivant : A la fin du dépotage, la vanne de fond de la citerne est actionnée en fermeture. Le mouvement de fermeture est visible mais l'étanchéité de la fermeture n'est pas totale soit du fait d'une impureté coincée sur le siège soit d?une pression résiduelle dans le circuit de commande liée à l?obturation partielle ou totale de la mise à l?air libre. Un léger débit de fuite persiste, la citerne étant toujours maintenue sous pression. Ce défaut n'est pas visible des opérateurs présents sur le banc de dépotage. Le balayage à l'hélium de la ligne de dépotage en remontant par le flexible jusqu'à la vanne W11 est initié. Ce balayage évacue l'hydrogène liquide présent dans la ligne de transfert vers la cheminée de l'installation. La présence de liquide observée au niveau d'un des flexibles s?explique par la température très basse autour des lignes non calorifugées qui ont conduit à la liquéfaction de l?air ambiant au moment de cette évacuation (phénomène d'air liquide décrit au chapitre III.4.4). Compte tenu des conditions atmosphériques (décrites au chapitre V.2.2) et de la configuration de l'installation, le panache d'hydrogène qui s'est vaporisé est rabattu vers le poste de dépotage et entraine le déclenchement des détecteurs. Concomitamment, le temps de balayage à l'hélium est écourté à 6min et 22s au lieu des 10 min prévues, selon ArianeGroup, du fait des alarmes des détecteurs afin de mettre en sécurité les personnels. Cette durée n'a pas suffi à réchauffer assez la vanne W11 pour évacuer l'impureté et permettre sa fermeture complète. Le léger débit de fuite persiste. Il n'est pas possible de déterminer avec exactitude si le raccourcissement de la durée de balayage à l'hélium est lié au déclenchement des capteurs ou à un défaut dans le suivi de la durée de cette étape. La procédure de dépotage est interrompue. Après analyse de la situation en salle, les actions définies puis mises en oeuvre sur le banc de dépotage permettent de réchauffer la vanne W11 avec une reprise du balayage et de faire baisser la pression qui avait été maintenue dans la citerne. L'une de ces actions ou leur combinaison a permis la fermeture complète de la vanne W11. Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 29 | 31 VI.2 Facteurs contributifs VI.2.1 Les conditions météorologiques Lors de la fin de l'opération de dépotage d?hydrogène liquide, les conditions météorologiques locales étaient favorables à l?accumulation au sol de gaz froids issus des purges rejetées à la cheminée. Cette configuration a pu conduire à un déclenchement des détecteurs d'hydrogène, entrainant ainsi le déclenchement du POI et l'interruption avant son terme des opérations de fin de dépotage. VI.2.2 L'absence de prise en compte d'une possible difficulté de fermeture de la vanne de fond dans la procédure de dépotage Chez ArianeGroup, le dépotage est piloté par les personnels du site sur la base d'une procédure très détaillée. Le chauffeur de la citerne se limite à un rôle d'exécutant. La possibilité d'un débit de fuite résiduel sur la vanne W11 est mentionnée sur la procédure ArianeGroup, mais ne fait pas l'objet d'un développement pour le cas où le phénomène serait effectivement rencontré, alors qu'elle détaille la marche à suivre pour d'autres anomalies possibles. Le retour d'expérience empirique développé par les chauffeurs de citerne qui ont déjà été confrontés à un défaut de fermeture et qui ont identifié la manière de le résoudre (poursuivre le balayage et jouer sur la pression dans la citerne) mériterait d'être intégré à cette procédure. VI.2.3 Une durée de balayage hélium insuffisante Il n'est pas possible de déterminer avec exactitude si le raccourcissement de la durée de balayage à l'hélium est lié au déclenchement des capteurs ou à un défaut dans le suivi de la durée, mais cette durée s'est révélée insuffisante pour assurer le réchauffement efficace de la ligne de transfert. VI.2.4 Difficulté de mise à l?air libre de la vanne de sécurité Au regard des conditions météorologiques et du peu d?espace entre la mise à l?air libre de la vanne de commande liquide et le plus proche obstacle, une obturation partielle ou totale de la mise à l?air libre reste possible. Même si cette problématique n'a pas été remontée dans le retour d'expérience formalisé par Air Liquide, cette possibilité subsiste notamment en cas de débranchement anticipé de la sécurité de dépotage (position de P30 fermée à ce moment-là, cf. figure 7). VII. Enseignements de sécurité VII.1 La sensibilité de la manipulation de liquides cryogéniques La manipulation de liquides cryogéniques s'opère à des températures très basses. A ces températures, la moindre présence d'impureté, qui peut être un simple gaz de l'air en petite quantité peut causer une perturbation dans les écoulements, voire une obstruction de tuyauterie ou gêner la fermeture d'une vanne de contrôle. Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025 N° MTE-BEARI-2025-10 P a g e 30 | 31 Les opérations d'entretien des systèmes pour supprimer toutes les impuretés ainsi que la mise en oeuvre de balayages de durées suffisantes sont essentielles à la bonne marche des installations. VIII. Recommandations de sécurité à destination de l?exploitant et du sous-traitant Le BEA-RI émet les recommandations suivantes à la société ArianeGroup : ? Réviser la fiche d'intervention utilisée pour le dépotage de la citerne impliquée le jour de l'évènement pour intégrer la marche à suivre en cas de difficulté de fermeture de la vanne de fond de la citerne (W11) ; ? Examiner l'opportunité de définir de nouveaux paramètres météorologiques à suivre et respecter pour permettre la réalisation d'un dépotage. Le BEA-RI émet les recommandations suivantes à la société Air Liquide : ? Capitaliser le retour d'expérience des chauffeurs de camion-citerne concernant la situation de difficulté de fermeture de la vanne de fond de la citerne (W11) et l'intégrer dans la procédure de dépotage générique ; ? Assurer la complète mise à l?air libre de la commande de la vanne de sécurité y compris en cas de retrait du rilsan. P a g e 31 | 31 Bureau d?enquêtes et d?Analyses sur les Risques Industriels MATTE / IGEDD / BEA-RI Tour Séquoïa 92055 La Défense Cedex +33 1 40 81 21 22 bea-ri.igedd@developpement-durable.gouv.fr https://www.igedd.developpement-durable.gouv.fr/bea-ri-r549.html

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