Rapport d'enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025
Auteur moral
France. Bureau d'enquêtes et d'analyses sur les risques industriels
Auteur secondaire
Résumé
<div style="text-align: justify;">Rapport d'enquête sur la fuite d'hydrogène survenue lors d'un dépotage au sein du site exploité par la société ArianeGroup à Vernon (27), site classé SEVESO seuil haut, le 9 janvier 2025. L'incident s'est produit lors d'une opération de dépotage d'un camion-citerne Air Liquide, sur le site ArianeGroup de Vernon. Ce site est spécialisé dans la propulsion cryotechnique. L'incident est lié à une fermeture incomplète de la vanne de fond de la citerne, possiblement due à une impureté ou à une obturation partielle de la mise à l'air libre du circuit de commande, générant une fuite canalisée et en phase gaz. Cette situation n'a pas été résolue pendant le balayage à l'hélium qui a été écourté par rapport à la durée initialement prévue. Les conditions météorologiques (froid, humidité, vent nul) ont favorisé l'accumulation du panache gazeux et ainsi déclenché les détecteurs. Le BEA-RI retient comme facteurs contributifs de l'événement : des conditions atmosphériques défavorables (rabattement du panache d'hydrogène au sol) au moment de l'incident, des procédures n'intégrant pas le traitement des cas de fuite résiduelle sur la vanne, une durée de balayage à l'hélium réduite ainsi que la possible difficulté de mise à l'air libre de la commande de vanne. La manipulation des liquides cryogéniques est hautement sensible : impuretés ou conditions inadaptées peuvent perturber gravement les opérations. La rigueur dans la maintenance, les balayages et la prise en compte du retour d'expérience terrain sont essentiels. Le BEA-RI émet des recommandations à destination des entreprises ArianeGroup et Air Liquide.</div>
Editeur
BEA-RI
Descripteur Urbamet
enquête
;hydrogène
Descripteur écoplanete
plan d'opération interne
;camion citerne
Thème
Ressources - Nuisances
Texte intégral
Inspection générale de l?environnement
et du développement durable
Bureau d?Enquêtes et d?Analyses
sur les Risques Industriels
Rapport d?enquête
Sur la fuite d'hydrogène survenue
au sein du site exploité par
ArianeGroup à Vernon (27)
le 9 janvier 2025
Rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par ArianeGroup à Vernon (27) le 9
janvier 2025
N° MTE-BEARI-2025-10
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Bordereau documentaire
Organisme auteur : Bureau d?enquêtes et d?analyses sur les risques industriels (BEA-RI)
Titre du document : rapport d?enquête sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par
ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025
N° : MTE-BEARI-2025-10
Date du rapport : 13/11/2025
Proposition de mots-clés : hydrogène liquide, dépotage
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Avertissement
L?enquête technique faisant l?objet du présent rapport est réalisée dans le cadre des articles L. 501-1 à
L. 501-19 du Code de l?Environnement.
Cette enquête a pour seul objet de prévenir de futurs accidents. Sans préjudice, le cas échéant, de
l?enquête judiciaire qui peut être ouverte, elle consiste à collecter et analyser les informations utiles, à
déterminer les circonstances et les causes certaines ou possibles de l?évènement, de l?accident ou de
l?incident et, s?il y a lieu, à établir des recommandations de sécurité. Elle ne vise pas à déterminer des
responsabilités.
En conséquence, l?utilisation de ce rapport à d?autres fins que la prévention pourrait conduire à des
interprétations erronées.
Au titre de ce rapport on entend par :
- Cause de l?accident : toute action ou événement de nature technique ou organisationnelle, volontaire
ou involontaire, active ou passive, ayant conduit à la survenance de l?accident. Elle peut être établie par
les éléments collectés lors de l?enquête, ou supposée de manière indirecte. Dans ce cas le rapport
d?enquête le précise explicitement.
- Facteur contributif : élément qui, sans être déterminant, a pu jouer un rôle dans la survenance ou dans
l?aggravation de l?accident.
- Enseignement de sécurité : élément de retour d?expérience tiré de l?analyse de l?évènement. Il peut
s?agir de pratiques à développer car de nature à éviter ou limiter les conséquences d?un accident, ou à
éviter car pouvant favoriser la survenance de l?accident ou aggraver ses conséquences.
- Recommandation de sécurité : proposition d?amélioration de la sécurité formulée par le BEA-RI, sur la
base des informations rassemblées dans le cadre de l?enquête de sécurité, en vue de prévenir des
accidents ou des incidents. Cette recommandation est adressée, au moment de la parution du rapport
définitif, à une personne physique ou morale qui dispose de deux mois à réception, pour faire part au
BEA des suites qu?elle entend y donner. La réponse est publiée sur le site du BEA-RI.
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Synthèse
Le 9 janvier 2025, ce qui a été interprété comme une fuite d?hydrogène liquide s?est produit lors d?une
opération de dépotage d'un camion-citerne Air Liquide, sur le site ArianeGroup de Vernon (27). Vers
11h50, les détecteurs de gaz signalent la présence d'hydrogène au niveau de la zone de dépotage. Le
Plan d?Opération Interne (POI) est déclenché, le personnel de la zone d'essai est mis en sécurité et un
périmètre de sécurité instauré. Le POI sera levé à 18h00, aucun dommage humain, matériel ou
environnemental n?a été constaté.
Le site de Vernon est spécialisé dans la propulsion cryotechnique. Le poste de dépotage concerné est
équipé de dispositifs de sécurité (cheminée de dégazage, rampes d?aspersion). La citerne de 53 000 L
transporte de l?hydrogène à -253°C. Les procédures ArianeGroup sont très détaillées et mobilisent trois
opérateurs.
L?incident est lié à une fermeture incomplète de la vanne de fond de la citerne, possiblement due à une
impureté ou à une obturation partielle de la mise à l?air libre du circuit de commande, générant une fuite
canalisée et en phase gaz. Cette situation n'a pas été résolue pendant le balayage à l?hélium qui a été
écourté par rapport à la durée initialement prévue. Les conditions météorologiques (froid, humidité,
vent nul) ont favorisé l?accumulation du panache gazeux et ainsi déclenché les détecteurs.
Le BEA-RI retient comme facteurs contributifs de l?événement : des conditions atmosphériques
défavorables (rabattement du panache d?hydrogène au sol) au moment de l'incident, des procédures
n?intégrant pas le traitement des cas de fuite résiduelle sur la vanne, une durée de balayage à l?hélium
réduite ainsi que la possible difficulté de mise à l?air libre de la commande de vanne.
La manipulation des liquides cryogéniques est hautement sensible : impuretés ou conditions inadaptées
peuvent perturber gravement les opérations. La rigueur dans la maintenance, les balayages et la prise en
compte du retour d?expérience terrain sont essentiels.
Le BEA-RI émet les recommandations suivantes à la société ArianeGroup :
? Réviser la fiche d'intervention utilisée pour le dépotage de la citerne impliquée le jour de
l'évènement pour intégrer la marche à suivre en cas de difficulté de fermeture de la vanne de
fond de la citerne (W11) ;
? Examiner l'opportunité de définir de nouveaux paramètres météorologiques à suivre et
respecter pour permettre la réalisation d'un dépotage.
Le BEA-RI émet les recommandations suivantes à la société Air Liquide :
? Capitaliser le retour d'expérience des chauffeurs de camion-citerne concernant la situation de
difficulté de fermeture de la vanne de fond de la citerne (W11) et l'intégrer dans la procédure
de dépotage générique ;
? Assurer la complète mise à l?air libre de la commande de la vanne de sécurité y compris en cas
de retrait du rilsan.
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Sommaire
I. Rappel sur l?enquête de sécurité .............................................................................................................. 7
II. Constats immédiats et engagement de l?enquête ............................................................................... 7
II.1 Les circonstances de l?accident ........................................................................................................................... 7
II.2 Le bilan de l'évènement ........................................................................................................................................ 7
II.3 Les mesures prises après l'évènement ............................................................................................................... 8
II.4 L?engagement et l?organisation de l?enquête ................................................................................................... 8
III. Contextualisation ........................................................................................................................................ 8
III.1 Établissement ArianeGroup de Vernon (27) .................................................................................................... 8
III.2 L?installation ........................................................................................................................................................... 9
III.3 La Semi-remorque de transport ........................................................................................................................10
III.3.1 La citerne............................................................................................................................................ 10
III.3.2 Le circuit pneumatique .................................................................................................................... 13
III.3.3 Les vannes à commande pneumatique ......................................................................................... 14
III.4 L'hydrogène liquide et les gaz impliqués dans le processus de dépotage ................................................16
III.4.1 L'hydrogène liquide .......................................................................................................................... 16
III.4.2 Les gaz utilisés dans le processus de dépotage ............................................................................ 16
III.4.3 Les gaz de l'air indésirables dans le processus de dépotage ...................................................... 17
III.4.4 Le phénomène de l'air liquide ......................................................................................................... 18
III.5 L'organisation des dépotages ............................................................................................................................18
IV. Déroulement de l?évènement ................................................................................................................. 19
IV.1 Déclenchement de l'évènement .......................................................................................................................19
IV.2 L?intervention des secours publics .................................................................................................................. 20
V. Compte-rendu des investigations menées........................................................................................... 20
V.1 Reconnaissances de terrain ................................................................................................................................ 20
V.1.1 Dépotages témoins .......................................................................................................................... 20
V.1.2 Inspection des vannes sur la citerne concernée ......................................................................... 25
V.2 Analyses documentaires et entretiens ............................................................................................................ 26
V.2.1 Analyse a postériori de l'évènement ............................................................................................. 26
V.2.2 Conditions climatiques ................................................................................................................... 27
V.2.3 Retour d'expérience existant sur la difficulté rencontrée lors du dépotage .......................... 27
V.2.4 Fiche d'intervention dépotage ....................................................................................................... 27
VI. Conclusions sur le scénario de l?évènement ........................................................................................ 28
VI.1 Scénario ................................................................................................................................................................ 28
VI.2 Facteurs contributifs .......................................................................................................................................... 29
VI.2.1 Les conditions météorologiques .................................................................................................... 29
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VI.2.2 L'absence de prise en compte d'une possible difficulté de fermeture de la vanne de fond dans la
procédure de dépotage .................................................................................................................................. 29
VI.2.3 Une durée de balayage hélium insuffisante ................................................................................. 29
VI.2.4 Difficulté de mise à l?air libre de la vanne de sécurité ................................................................ 29
VII. Enseignements de sécurité ...................................................................................................................... 29
VII.1 La sensibilité de la manipulation de liquides cryogéniques ....................................................................... 29
VIII. Recommandations de sécurité à destination de l?exploitant et du sous-traitant ...................... 30
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Rapport d?enquête
Sur la fuite d'hydrogène survenue au sein du site exploité par
ArianeGroup à Vernon (27) le 9 janvier 2025
I. Rappel sur l?enquête de sécurité
L?enquête technique faisant l?objet du présent rapport est réalisée dans le cadre des articles L. 501-1 à
L. 501-19 du Code de l?Environnement. Cette enquête a pour seul objet de prévenir de futurs accidents.
Sans préjudice, le cas échéant, de l?enquête judiciaire qui peut être ouverte, elle consiste à collecter et
analyser les informations utiles, à déterminer les circonstances et les causes certaines ou possibles de
l?évènement, de l?accident ou de l?incident et, s?il y a lieu, à établir des recommandations de sécurité.
Elle ne vise pas à déterminer des responsabilités. La gestion post accidentelle des conséquences de
l'accident ne relevant pas à proprement parler de l'enquête technique du BEA-RI, ce sujet ne sera pas
détaillé davantage dans le présent rapport.
Enfin, il est rappelé que toute utilisation du présent rapport à des fins autres que la prévention des
risques pourrait entraîner des interprétations erronées.
II. Constats immédiats et engagement de l?enquête
II.1 Les circonstances de l?accident
Le 9 janvier 2025, un camion-citerne opéré par Air Liquide est raccordé à un poste de dépotage sur le
site ArianeGroup de Vernon. Une opération de dépotage d'hydrogène (H2) liquide est prévue pour le
remplissage de deux réservoirs. Le remplissage du premier a débuté vers 9h30. Vers 11h50, alors que
l'opération se termine (la citerne n'est alors pas totalement vide, et les assainissements de la ligne de
dépotage sont en cours), et qu'un écoulement de liquide est constaté au niveau d'un flexible, la
détection gaz portative des opérateurs se déclenche. Une fuite d'H2 liquide est alors suspectée au niveau
d'un flexible de dégazage. L'aspersion d'eau prévue sur le poste de dépotage est mise en route et le POI
est déclenché.
II.2 Le bilan de l'évènement
Aucun dégât humain, matériel ou environnemental n'est à déplorer suite à cet évènement.
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II.3 Les mesures prises après l'évènement
À la suite de l'évènement, la citerne qui contenait encore de l'H2 liquide a été déconnectée puis confinée
sur le site pour contrôle de l'absence de fuite résiduelle. Elle a ensuite été contrôlée dans les locaux
d'Air Liquide.
Les dépotages à partir de citernes de modèles différents ont ensuite été privilégiés sur le site
ArianeGroup de Vernon dans l'attente des conclusions menées par les différentes entités impliquées.
II.4 L?engagement et l?organisation de l?enquête
Au vu des circonstances et du contexte de l'évènement, le directeur du bureau d?enquêtes et d?analyses
sur les risques industriels (BEA-RI) a décidé le 13 janvier 2025 l?ouverture d?une enquête technique.
Les enquêteurs du BEA-RI se sont rendus sur place les 16 janvier et 19 février 2025. Ils ont rencontré les
représentants de la société ArianeGroup, ceux de la société Air Liquide ainsi que l?inspection des
installations classées. Ils ont également assisté, sur des sites différents, à des dépotages d'H2 liquide et à
une opération de maintenance de la citerne impliquée dans l'évènement.
Ils ont recueilli les témoignages des acteurs impliqués dans l?évènement et dans sa gestion. Ils ont eu,
consécutivement à ces entretiens, communication des pièces et documents nécessaires à leur enquête.
III. Contextualisation
III.1 Établissement ArianeGroup de Vernon (27)
Le site de Vernon conçoit, développe, produit et teste des systèmes de propulsion à ergols1 liquides.
L?essentiel de son activité concerne la propulsion cryotechnique (à hydrogène et oxygène liquides) pour
les lanceurs spatiaux.
Le site est spécialisé dans la maîtrise des ergols cryogéniques comme l?hydrogène, l?oxygène et le
méthane liquides. Le moteur réutilisable Prometheus® (oxygène-méthane liquides), réalisé
majoritairement en impression 3D, est développé et produit ici, de même que les moteurs liquides du
lanceur Ariane 6. Enfin, le développement et une partie des essais du mini-lanceur réutilisable Maia
développé par MaiaSpace, filiale d?ArianeGroup, sont réalisés sur ce site.
1 Un ergol, dans le domaine de l'astronautique, est une substance destinée à fournir de l'énergie à un lanceur spatial, un satellite,
ou tout autre objet propulsé astronautique.
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Figure 1 : moteur Vulcain2.1® au hall de montage (source ArianeGroup)
Le site d?essais, qui s?étend sur 116 hectares de forêts, comprend quatre bancs d?essais moteurs
cryotechniques et des bancs d?essais de composants.
Il est classé Seveso seuil haut pour le stockage d'hydrogène.
III.2 L?installation
L'évènement s'est produit au niveau du poste de dépotage du banc d'essai PF52. Le poste de dépotage
est situé à distance (environ 90m) des installations d'essai. Un linéaire de canalisation d'environ 100m
sépare le point de raccordement du dépotage des réservoirs de stockage.
Il est équipé :
- D'une cheminée permettant de rejeter à distance les gaz purgés pendant les opérations de
dépotage avec une hauteur favorisant leur dispersion ;
- De deux rampes d'aspersion d'eau permettant d'éviter la formation d'un nuage inflammable en
cas de fuite non enflammée ou de lutter contre les effets d'un incendie : notamment refroidir
et/ou protéger la citerne des effets thermiques.
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Figure 2 : poste de dépotage
III.3 La Semi-remorque de transport
III.3.1 La citerne
La citerne est montée sur une semi-remorque routière tractée. La capacité de la citerne est de 53 000
litres soit de l?ordre de 3,8 tonnes d?hydrogène.
Figure 3 : Citerne en position sur une aire de dépotage
Durant le transport, l?hydrogène est sous forme liquide et à faible pression à une température de l?ordre
de 20 K (-253,15°C). Pour limiter au maximum le réchauffement de l?hydrogène, la citerne est calorifugée.
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La citerne est équipée de deux piquages en phase liquide. Ces deux piquages sont équipés de vannes à
commande pneumatique et à sécurité positive. Le premier correspond au passage du produit
(remplissage ou vidange de la citerne) et le second permet l?alimentation en hydrogène liquide du
réchauffeur.
Figure 4 : Réchauffeur positionné sous la citerne
La citerne est également dotée d?un circuit gaz, qui est raccordé à l?installation fixe par flexible gaz
permettant d?évacuer à la cheminée de l?installation soit de l?hydrogène gazeux soit le résultat des
purges (mélange d?un gaz neutre et d?hydrogène sous forme gazeuse).
Figure 5 : schéma de principe du raccordement d'une citerne pour un dépotage
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Les principales étapes d'un dépotage, définies par Air Liquide pour le cas général, sont les suivantes (voir
figure 5) :
- Mise en place au poste de transfert et branchement : mise à la terre, branchement du flexible de
dégazage sur R2 pour raccorder la citerne et la cheminée de dégazage du client, branchement
du flexible de dépotage d'hydrogène liquide sur R1 pour raccorder la citerne et la borne de
dépotage du client. Un flexible en rilsan2 alimenté en azote est enroulé autour du flexible de
dépotage d'hydrogène liquide3. Les vannes P17, V3 et V6 permettant le balayage du flexible de
dépotage sont ouvertes ;
- Balayages avant transfert : ces balayages permettent de chasser les impuretés pouvant être
présentes dans les tuyauteries et qui conduiraient d'une part à polluer le transfert et d'autre part
à générer des cailloux de glace pouvant perturber le dépotage. Un premier balayage en aval de
la vanne W1 permet de traiter les flexibles. Il est en général réalisé à l'azote (10 min) puis à
l'hydrogène gazeux pendant 2 min. La vanne de dégazage P22 est ensuite ouverte puis la vanne
manuelle W1, le balayage à l'hydrogène gazeux est poursuivi 10 min ce qui permet de traiter
l'ensemble de la tuyauterie jusqu'à la vanne de fond de la citerne W11 (qui est en position
fermée). La vanne de dégazage P22 et la vanne manuelle W1 sont ensuite fermées ;
- Transfert : Le dépotage est réalisé par une mise en pression du ciel gazeux de la citerne, qui est
ajusté à 1 bar au-dessus de celle du stockage du client. Cette pression est générée par
l?évaporation de l?hydrogène au travers du réchauffeur Rmp situé sous la citerne avec ouverture
des vannes W12 et V12. La vanne de fond de la citerne W11 est ensuite ouverte, puis la vanne
manuelle W1, jusqu'à la fin du transfert ;
- Arrêt du transfert : fermeture de la vanne de fond de la citerne W11, arrêt de l'alimentation du
réchauffeur Rmp par fermeture de la vanne W12, fermeture des vannes du côté du circuit client
au-delà du flexible de dépotage, ouverture de la vanne de balayage de ligne P22 ;
- Balayage des flexibles après transfert : la pression dans la citerne est ramenée à 2 bars s'il reste
moins de 50 % du volume de la citerne par ouverture de la vanne de dégazage citerne V2,
fermeture de la vanne V2 quand la pression voulue est atteinte, balayage de la ligne de transfert
jusqu'à la vanne de fond de la citerne W11 à l?hydrogène gazeux (à l'hélium chez ArianeGroup)
depuis l?installation client pendant 20 min, puis fermeture des vannes W1 et P22, ouverture de la
vanne de balayage de ligne P17 et balayage à l'azote jusqu'au dégivrage de la sortie de la vanne
P17 (environ 20 min) et arrêt de l'azote ;
- Préparation au départ : débranchement de l'alimentation azote, débranchement du dispositif
de sécurité flexible en rilsan, retrait et rangement des flexibles de dépotage et dégazage,
bouchonnage des R1 et R2, retrait de la mise à la terre.
2 Polymère thermoplastique dérivé de l'huile de ricin, utilisé un temps comme fibre textile synthétique, puis pour des conduites
flexibles, des filets de pêche, des cordes pour instruments de musique, des colliers de serrage etc.
3 Ce dispositif est une sécurité. En cas d'arrachage du flexible de dépotage, le flexible en rilsan se romprait, entrainant
l'ouverture du circuit d'azote et ainsi la fermeture de la vanne de fond de la citerne W11.
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.
Figure 6 : raccordement des flexibles de dépotage et dégazage
III.3.2 Le circuit pneumatique
La semi-remorque est dotée d?une réserve d?azote qui permet l?alimentation des circuits de commande
des vannes pneumatiques.
En substitution de cette voie d?approvisionnement, ces circuits peuvent être alimentés par l?installation
fixe lors d?un dépotage. Dans cette situation, l?alimentation peut être réalisée soit avec de l?azote sous
pression soit avec de l?hélium en fonction des procédures clients. Dans ces deux cas, la rupture de
l?alimentation entraine la fermeture des deux vannes pneumatiques (réchauffeur W12 et entrée sortie
de produit ? W11) par manque de pression.
Raccord R1
Flexible de dépotage / remplissage
Raccord R2
Flexible de dégazage
Flexible de sécurité en rilsan
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Figure 7 : schéma de principe du circuit pneumatique d'une citerne
La citerne est également munie de soupapes de sécurité pour éviter la surpression dans le réservoir,
notamment durant le transport et le dépotage.
Lors du dépotage, les deux vannes à commande pneumatique W11 et W12 peuvent être refermées par
manque de pression en cas d?arrachage du flexible « liquide » (mouvement incontrôlé du véhicule),
d?absence du personnel de dépotage (fonction « homme-mort ») ou de l?actionnement d?un arrêt
d?urgence
III.3.3 Les vannes à commande pneumatique
Les vannes à commande pneumatique sont constituées d?une partie clapet en contact direct avec
l?hydrogène liquide et d?une partie actionneur (vérin pneumatique simple effet).
La partie clapet est constituée d?un corps de robinet fixe dans lequel est usiné un siège pour le clapet.
Flexible rilsan
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Figure 8 : Vanne en position fermée, le joint (en orangé) est en contact avec le siège
Sur la partie mobile est monté le clapet (joint racleur en plastique). C?est son application contre le siège
via les ressorts de rappel du vérin qui assure l?étanchéité de la vanne.
Figure 9 : Joint racleur (en blanc)
La commande est réalisée par un vérin circulaire. La membrane vient, pour l?ouverture, comprimer les
ressorts, entrainant vers le haut la commande.
Joint en contact avec le siège
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Figure 10 : Vue de la tête de la vanne pneumatique contenant les ressorts
III.4 L'hydrogène liquide et les gaz impliqués dans le processus de dépotage
III.4.1 L'hydrogène liquide
L?hydrogène liquide (H?) est largement utilisé comme ergol (carburant) dans les moteurs de fusées, en
particulier dans les étages supérieurs ou principaux des lanceurs spatiaux lourds. Le site ArianeGroup de
Vernon s'en fait donc livrer régulièrement dans le cadre des essais menés sur les moteurs.
À température et pression ambiantes, l'hydrogène est gazeux. L'hydrogène liquide est obtenu par
refroidissement à très basse température de l'hydrogène.
Il est transporté à l'état liquide. Sa température d'ébullition / liquéfaction est de -252,9°C dans les
conditions normales de pression.
III.4.2 Les gaz utilisés dans le processus de dépotage
Avant et en fin de dépotage, un balayage est réalisé. Il doit remplacer l?air ambiant (azote, oxygène,
humidité et autres gaz) par un gaz neutre dans toutes les sections qui seront en contact avec l?hydrogène
liquide ou gazeux, avant l?introduction du produit, puis, en fin de dépotage, pour sécuriser le démontage
ou la mise à l?air.
Ce balayage peut être réalisé soit à l'hélium, qui présente l'avantage de ne pas se liquéfier au contact de
l'hydrogène liquide, soit à l'azote. Cette seconde option est plus répandue pour une question de coût.
Le balayage à l'azote nécessite une attention particulière car l'azote a une température de solidification
de -210°C (63,2K) et une température de liquéfaction de -195,8°C (77,4K) sous 1 atmosphère. Ce
balayage doit donc être suivi (avant dépotage) ou précédé (après dépotage) par un balayage à
l?hydrogène gazeux. Dans le cas du poste de dépotage d'ArianeGroup, le balayage est réalisé à l'hélium.
Par ailleurs, pour actionner certaines vannes pneumatiques du circuit, un gaz comprimé (azote ou
hélium) est utilisé pour assurer la pression nécessaire.
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III.4.3 Les gaz de l'air indésirables dans le processus de dépotage
Plusieurs gaz naturellement présents dans l?air peuvent interagir de manière indésirable avec les
équipements cryogéniques lors du dépotage d?hydrogène liquide (LH?). L?azote (N2), l'oxygène (O?), le
dioxyde de carbone (CO?) et la vapeur d?eau (H?O) présentent les risques les plus significatifs en raison
de leurs propriétés physiques à basse température, justifiant la réalisation d'un balayage du circuit.
L?oxygène, dont la température de liquéfaction est de ?183?°C, peut se condenser sur les parois froides
des canalisations ou équipements en contact avec LH2. Il se solidifie à des températures inférieures à ?
218,8?°C. Cette condensation locale d?oxygène pur est préoccupante car elle peut entraîner la formation
de dépôts liquides fortement oxydants. Si ces dépôts s?accumulent dans des zones confinées, en
particulier en présence d?hydrogène, le risque d?oxydation violente, voire d?explosion, devient non
négligeable.
Le dioxyde de carbone, quant à lui, ne possède pas de phase liquide à pression atmosphérique. Lorsqu?il
atteint sa température de sublimation, à ?78,5?°C, il passe directement de l?état gazeux à l?état solide,
formant ce qu?on appelle communément de la neige carbonique. Dans le contexte du dépotage
cryogénique, cette particularité peut poser problème : si du CO? atmosphérique est piégé dans les lignes
de purge ou de transfert, il peut se solidifier et provoquer des obstructions. Ces bouchons de neige
carbonique risquent d?entraver le bon fonctionnement des détendeurs ou des filtres, perturbant ainsi
l?équilibre thermique et mécanique du système.
Enfin, la vapeur d?eau constitue un autre facteur perturbateur important. En présence d?hydrogène
liquide, la vapeur contenue dans l?air gèle instantanément sur les surfaces froides, entraînant la
formation de glace. Cette glace peut s?accumuler au niveau des éléments mobiles ou sensibles comme
les soupapes, les clapets ou les raccords d?étanchéité. Outre les risques de blocage mécanique, ces
accumulations peuvent provoquer des fissurations ou des dégradations structurelles, notamment si des
cycles de gel/dégel sont observés.
Gaz Rôle T° liquéfaction
(°C)
T° solidification
(°C)
Risques/Intérêt
LH? (forme liquide)
GH2 (forme gazeuse)
Produit principal ?252,9 ?259,1 Hautement inflammable,
très volatil
He Balayage, pression ?268,9 Très haute
pression
Parfaitement gazeux,
inerte
N? Balayage, pression,
purge
?195,8 ?210 Liquéfie facilement et
solidifie au contact de
LH2 ? à utiliser à distance
de l'hydrogène liquide et
sous contrôle strict
O? (air) Air indésirable ?183,0 ?218,8 Rendu liquide : réaction
violente avec H2
CO? (air) Air indésirable ?78,5 (solide
direct)
?78,5 (à 1 atm) Risque de bouchon solide
H?O (air) Air indésirable 0 0 Gèle ? colmatage, fuite,
blocage
Figure 11 : Principales propriétés de l'hydrogène liquide et des gaz impliqués dans le processus de dépotage
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III.4.4 Le phénomène de l'air liquide
Lorsque du LH? est transféré, sa très basse température (-253°C) peut entraîner la liquéfaction de l?air
ambiant présent autour des équipements dans lesquels il circule (raccords cryogéniques, flexibles ou
vannes), lorsque ceux-ci sont exposés à l?air ambiant. Ainsi, l?azote de l?air (point d?ébullition : -196°C) et
l'oxygène (point d?ébullition : -183°C) se condensent et des gouttelettes apparaissent et s'écoulent des
équipements concernés. Elles s'évaporent généralement avant de toucher le sol.
Ce phénomène est transitoire, il peut apparaître en début de dépotage compte tenu du refroidissement
extrêmement rapide des surfaces, avant la formation de givre. Pendant la phase active du dépotage, une
couche de glace (givre puis glace compacte) se forme rapidement à la surface des équipements exposés.
Cette couche agit comme une barrière thermique, empêchant tout nouveau contact direct entre l?air
et les surfaces très froides. En conséquence, le phénomène d?air liquide disparaît visuellement, remplacé
par du givre ou de la glace.
III.5 L'organisation des dépotages
Les actions à réaliser lors des dépotages LH2 sur le site ArianeGroup sont décrites et tracées dans des
procédures et fiches d'intervention. Le site ArianeGroup possède des procédures spécifiques.
Le camion-citerne est pris en charge dès son arrivée sur le site, après les contrôles d'accès, pour une
mesure de la température des essieux. Il est ensuite escorté sur l'aire de dépotage par un véhicule de
lutte contre l'incendie.
En plus des dispositifs fixes sur le poste de dépotage, ce véhicule de lutte contre l'incendie est mobilisé
et positionné à proximité de l'installation lors de chaque opération de dépotage. Il est équipé d'un canon
en toiture (4 000 l/min).
Pour le dépotage, une fiche d'intervention, adaptée au modèle de citerne concernée est utilisée. Le
déroulement de l?opération mobilise 3 personnes : un opérateur de pupitre (opérateur ArianeGroup) qui
se trouve en salle de commande, un opérateur de banc (opérateur ArianeGroup) qui se trouve sur le
poste de dépotage et le chauffeur de la citerne (personnel Air Liquide le jour de l'évènement) qui se
trouve également sur le poste de dépotage.
Les actions à effectuer sont clairement attribuées à chaque intervenant et mobilisent alternativement
les différents opérateurs qui sont en contact radio (moyen de communication entre les deux personnels
ArianeGroup, l'opérateur de banc faisant le lien avec l'opérateur Air Liquide).
Pour le dépotage d'une citerne du type de celle impliquée dans l'évènement du 9 janvier 2025, la fiche
d'intervention de 28 pages liste 447 étapes. Toutes ne sont pas à dérouler lors d'un dépotage puisque la
procédure permet de traiter des cas différents comme la fin du dépotage avec une citerne vide ou non
et des actions à réaliser en cas de difficulté rencontrée (de manière non exhaustive) à certaines étapes
de la procédure.
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IV. Déroulement de l?évènement
IV.1 Déclenchement de l'évènement
Des essais moteurs devant être réalisés, il est
décidé de compléter le remplissage des deux
réservoirs du poste PF52. Il est prévu que la citerne
se rende ensuite sur une autre zone de dépotage du
site pour finir de vider son chargement dans un
autre réservoir.
Vers 11h50, alors que les deux réservoirs ont été
complétés et que les opérateurs ont commencé
l'étape de fin de dépotage, et que la citerne est
toujours connectée au poste de dépotage, les
opérateurs observent un écoulement liquide au
niveau d'un des flexibles et les détecteurs de gaz se
mettent en alarme.
Une suspicion de fuite "interne-externe"4 est
considérée et le POI est déclenché.
La procédure de fin de dépotage est interrompue
et les opérateurs évacuent la zone.
L'aspersion d'eau est mise en route au niveau du
poste de dépotage tant au niveau de l'installation
fixe que du véhicule de lutte contre l'incendie afin
de réduire la probabilité d'inflammation d'un
éventuel nuage d'hydrogène gazeux. Le personnel
de la zone d'essai est mis en sécurité et un
périmètre de sécurité de 900m est mis en place en
lien avec les services de l'Etat.
Après analyse des éléments à disposition, la cellule de crise de l'exploitant réoriente la cause probable
vers une fermeture incomplète de la vanne de fond de la citerne sans fuite interne/externe.
Une procédure est établie afin de fermer la vanne de fond de la citerne puis de finaliser la procédure de
fin de dépotage. Cette procédure, qui consiste notamment à reprendre le balayage à l'hélium, est mise
en oeuvre à 15h15. Des relevés de gaz montrent l'absence de concentration d'hydrogène dans l'air vers
16h00.
Le POI est levé à 18h00.
4 C?est-à-dire avec un déversement d'hydrogène liquide à l'extérieur des équipements.
Figure 12 : Plan de masse de la zone de l'évènement
(Source : ArianeGroup)
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IV.2 L?intervention des secours publics
Lors de cet évènement, le service départemental d'incendie et de secours est intervenu en renfort pour
l'aspersion du camion-citerne.
La mise en place d'un périmètre de sécurité, en déclinaison des scénarios pré-identifiés dans l'étude des
dangers a par ailleurs conduit à la fermeture d'une route en lien avec la police nationale pendant 2h40.
V. Compte-rendu des investigations menées
V.1 Reconnaissances de terrain
V.1.1 Dépotages témoins
Le BEA-RI a assisté à deux dépotages de LH2, l'un réalisé avec la citerne impliquée le jour de l'évènement
mais sur un autre site (dénommé site témoin dans la suite du rapport), l'autre sur l'aire de dépotage
impliquée le jour de l'évènement mais à partir d'une autre citerne.
Ces observations permettent de dresser les constats suivants :
- La vanne de fond de la citerne air liquide se ferme progressivement, en quelques secondes. Ce
mode de fermeture adouci permet de limiter les contraintes mécaniques sur les composants
internes exposés à des températures cryogéniques. La vanne assure le passage de l?hydrogène
liquide (LH?) et sa fermeture est assurée par un système à ressorts agissant sur un piston, dont
l?extrémité est équipée d'un joint d?étanchéité. Celui-ci vient se plaquer sur le siège de la vanne
pour assurer la fermeture. Dans ces conditions de froid extrême, une fermeture trop rapide
générerait un choc susceptible de fragiliser, voire de casser, la membrane. Le même phénomène
de fermeture adouci est observé sur la seconde citerne observée ;
- Lors d'un dépotage, les phénomènes physiques suivants peuvent être observés :
o Phénomène d'air liquide observable en début de dépotage sur les canalisations mises en
froid puis givrage ;
Figure 13 : Givrage du raccord du flexible de dépotage / remplissage
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o Panache important en sortie de cheminée lors de la purge en fin de dépotage, avec
givrage le long de la ligne de dégazage ;
Figure 14 : Givrage du flexible de dégazage avec panache de condensation (sur site témoin)
Figure 16 : Important panache émis par la cheminée (sur site témoin)
Figure 15 : Givrage de la cheminée de dégazage avec panache de condensation (sur site
témoin)
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- Les dépotages opérés chez ArianeGroup suivent une procédure spécifique qui diffère de la
procédure suivie sur les autres sites. Les principales différences observables sont les suivantes :
o Organisation : chez ArianeGroup, deux opérateurs du site sont mobilisés (un opérateur
sur le poste de dépotage et un en salle de commande). Ce sont eux qui déroulent la
procédure, sur la base d'un formulaire papier dont chaque opérateur d'ArianeGroup a un
exemplaire et qu'ils renseignent tout au long de l'opération. La procédure attribue
clairement des rôles au personnel extérieur d'Air Liquide, à l'opérateur d'ArianeGroupe
sur le poste de dépotage et à celui qui est en salle de commande.
Sur les autres sites, le personnel d'Air Liquide (en binôme ou seul) travaille en général en
autonomie pour réaliser le dépotage sur les installations de stockage de LH2 qui sont sous-
traitées à Air Liquide ;
o Contrôle des mesures de maîtrise des risques : des opérations supplémentaires sont
réalisées chez ArianeGroup afin de vérifier l'efficience de certaines mesures de maîtrise
des risques définies pour le site (étapes 1/ et 2/ ci-dessous). Le contrôle du bon
fonctionnement de la vanne W11, réalisé avant mise en pression de la citerne, conduit en
particulier à permettre un début de déversement d'hydrogène liquide dans une section
de canalisation non balayée au préalable (étape 1/ ci-dessous), sur la section W1 ? W11.
o Balayages :
? Sur les autres sites, les balayages de la ligne de dépotage sont en général réalisés
à l'azote et hydrogène gazeux (GH2) en aval de la vanne W1 et à l'hydrogène
gazeux jusqu'à la W11. Chez ArianeGroup, ces balayages se font à l'hélium ;
? Chez ArianeGroup, certains balayages de la ligne en amont et aval du dépotage
(étapes 3 et 5 ci-dessous) sont réalisés par poussées successives d'hélium
(compressions / détentes), alors que sur les autres sites, c'est un balayage continu
qui est mis en place.
? À la fin de l'opération de dépotage, un balayage est réalisé sur la ligne de
dépotage en remontant par le flexible jusqu'à la vanne W11 qui a, au préalable,
été fermée. Chez ArianeGroup, cette opération (étape 4 ci-dessous) est prévue
pour durer 10min avec un balayage à l'hélium. Sur les autres sites, le balayage dure
20min avec utilisation d'hydrogène gazeux. C'est à la fin de cette étape, et avant
le début de l'étape 5 que l'évènement du 9 janvier s'est produit.
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ArianeGroup Autres sites
Balayages en amont du dépotage
Balayage GH2 10 min
Balayage GH2 2Min
Balayage Azote 10 min 1/ Test ouverture / fermeture W11
2/ Test étanchéité flexible (Hé)
3.A/ Mise en pression 30s (Hé)
3.B/ Balayage 30s (Hé)
3
/
10
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Balayages en fin de dépotage
Hydrogène liquide Vanne fermée
Hydrogène gazeux
Hélium
Azote
Figure 17 : Etapes en amont et aval du transfert de LH2 chez ArianeGroup et sur d'autres sites
o Différentiel de pression entre la citerne et le stockage : la procédure générique
d'Air Liquide prévoit que la pression du ciel gazeux de la citerne est ajustée à 1 bar au-
dessus de celle du stockage du client pendant le dépotage. Chez ArianeGroup, ce
différentiel de pression est de 2,5 bars (du fait notamment de la perte de charge liée à la
longueur de la canalisation de transfert).
Balayage GH2 20 min
Balayage Azote jusqu'au
dégivrage en sortie de P17
4/ Balayage 10 min (Hé)
5.A/ Mise en pression 30s (Hé)
5.B/ Balayage 30s (Hé)
5
/
10
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V.1.2 Inspection des vannes sur la citerne concernée
Le BEA-RI a assisté, dans le cadre d?une révision prévue de la citerne concernée, au démontage des
différents éléments du circuit de commande. Notamment, il a été procédé au démontage de la vanne
de fond de la citerne.
Figure 18 : Joint de la vanne présentant des traces de piqures
L?examen du joint montre des traces de piqures qui ne semblent pas remettre en cause son étanchéité
en elles-mêmes, mais peuvent avoir aidé à l'accrochage d'impuretés.
ll a été également procédé à l?inspection du circuit pneumatique et plus particulièrement à l?examen
des différentes mises à l?air libre.
Figure 19 : Vue du circuit pneumatique
Il est à noter que les prises de branchement pneumatique de la sécurité du flexible sont munies d?un
clapet anti-retour. De ce fait la portion de circuit situé en amont de la prise (cf figure 7 page 14) est isolé
de la commande de la vanne et aucune mise à l?air libre n?est possible par ce biais-là. Seule l?action sur
la commande de la vanne liquide permet à ce moment-là de la fermer.
Mise à l'air
libre vanne
phase liquide Prises de
branchement de la
sécurité flexible
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Figure 20 : Vue de la mise à l'air libre de la vanne de commande liquide
L?examen révèle le peu d?espace entre la mise à l?air libre de la vanne de commande liquide et le plus
proche obstacle (cf. figure 20).
V.2 Analyses documentaires et entretiens
V.2.1 Analyse a postériori de l'évènement
L'analyse à postériori des données et évènements rencontrés montre que :
- Les concentrations de gaz mesurées sur les détecteurs n'ont jamais atteint la limite inférieure
d'explosivité5. La détection gaz fixe a affiché jusqu?à 9% de la LIE (valeur relevée à 12h16), et les
détecteurs portatifs des opérateurs ont relevé jusqu?à 30% de la LIE.
- Des opérations visant à réaliser un balayage à l'hélium de 10 min remontant de l'installation client
vers la vanne de fond de la citerne et s'évacuant par la vanne de dégazage n°1 sont prévues à la
fin de l'opération de dépotage. L'heure de début de cette opération devrait être notée sur la
fiche d'intervention du dépotage. Elle n'est en fait reportée ni sur la fiche renseignée au niveau
du banc, ni sur celle renseignée au niveau du pupitre. L'analyse des enregistrements des
mouvements montre que ce balayage a duré 6min et 22s au lieu des 10 min prévues.
- Une quinzaine d'actions de la check-list sont enregistrées sur les fiches d'intervention renseignées
au niveau du pupitre de commande et au niveau du banc après cette opération de balayage.
- Les enregistrements et les entretiens réalisés ne permettent pas de situer exactement le moment
où les capteurs de détection de gaz se sont déclenchés par rapport aux dernières opérations
enregistrées sur les fiches d'intervention.
5 La Limite Inférieure d?Explosivité (ou LIE) est la concentration minimale d?un gaz ou d?une vapeur inflammable dans l?air (exprimée
en % en volume) en dessous de laquelle il n?y a pas de combustion possible, même en présence d?une source d?allumage.
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V.2.2 Conditions climatiques
Le 9 janvier 2025 à 11h50, en raison d?un vent quasi nul, d?une température extérieure basse (4°C), d'un
taux d'humidité élevé et d?une atmosphère stable, le panache de vapeur d?hydrogène ne disposait pas
de conditions de dilution efficace. Sa densité initiale plus élevée que l?air a pu provoquer une stagnation
temporaire au niveau du sol, augmentant la concentration en H2 autour du poste de dépotage.
L?humidité ambiante élevée a pu également rendre le panache plus visible sous forme de condensation,
sans dissipation rapide.
La procédure de dépotage du site ArianeGroup prévoit une limitation liée à la neige (interdiction de
dépoter s'il neige compte tenu des risques liés à l'électricité statique que peuvent générer les flocons),
mais rien n'est précisé concernant d'autres conditions atmosphériques. Le jour de l'évènement, le début
du dépotage a été retardé à cause de la neige.
V.2.3 Retour d'expérience existant sur la difficulté rencontrée lors du dépotage
Air Liquide a réalisé des entretiens auprès de l'ensemble des chauffeurs habilités à la livraison
d'hydrogène liquide chez ses clients afin de consolider un retour d?expérience (RETEX) sur le problème
rencontré. Il a été possible de récupérer 6 questionnaires sur les 8 initialement attendus. Il en ressort
que les réponses se révèlent être homogènes entre elles et mettent en avant que la majorité des
chauffeurs interrogés ont déjà rencontré des problèmes d'étanchéité de la vanne W11, qu'ils qualifient
de "rare" ou "très rare" (d'une fréquence estimée à 1 fois tous les 6 mois), mais jamais "fréquent".
Les chauffeurs ont indiqué que les solutions apportées pour résoudre le désordre lorsqu'il se présente
sont le balayage de la vanne, le dégazage de la pression de la citerne, ou une combinaison de balayage
et compressions détentes.
Cependant, lorsqu'on évoque des fuites liquides, les conducteurs sont moins nombreux à en avoir
rencontré et ces fuites sont toujours considérées comme "faibles" ; elles se situaient aussi bien côté de
la citerne, que du côté de l'installation du client, et étaient localisées au niveau des joints de dépotage
ou à la borne client. L'arrêt du dépotage, le remplacement des joints et/ou un balayage prolongé ont
permis de résoudre systématiquement le désordre observé.
V.2.4 Fiche d'intervention dépotage
La procédure de dépotage sur le site ArianeGroup précise (lignes n°213, 214) pour un arrêt de dépotage
alors que la citerne n'est pas vide :
"sinon, cas où la citerne n'est pas vide :
Dérouler le paragraphe suivant :
Evacuation culot liquide entre [la vanne de fond de la citerne] W11 et [la vanne manuelle] W1
Important : cette opération doit se faire avec la citerne encore pressurisée pour éviter de
remonter des éventuelles pollutions dans la citerne (dans le cas où [la vanne de fond de la
citerne] serait fuyarde)".
La fiche d'intervention ne précise pas de marche à suivre dans le cas où la vanne W11 serait effectivement
fuyarde.
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VI. Conclusions sur le scénario de l?évènement
VI.1 Scénario
La mise en froid de la ligne de transfert débute à 10h18, avec près d'une heure de retard sur le planning
initialement prévu compte tenu des conditions météorologiques (neige).
Les opérations se déroulent nominalement pour le raccordement de la citerne et l'opération de
dépotage en elle-même.
Compte tenu des conditions météorologiques au moment de l'évènement, des enregistrements
disponibles et de l'absence de défaut constaté sur la citerne postérieurement à l'évènement, le BEA-RI
retient comme probable l'enchaînement suivant :
A la fin du dépotage, la vanne de fond de la citerne est actionnée en fermeture. Le mouvement de
fermeture est visible mais l'étanchéité de la fermeture n'est pas totale soit du fait d'une impureté
coincée sur le siège soit d?une pression résiduelle dans le circuit de commande liée à l?obturation
partielle ou totale de la mise à l?air libre. Un léger débit de fuite persiste, la citerne étant toujours
maintenue sous pression. Ce défaut n'est pas visible des opérateurs présents sur le banc de dépotage.
Le balayage à l'hélium de la ligne de dépotage en remontant par le flexible jusqu'à la vanne W11 est initié.
Ce balayage évacue l'hydrogène liquide présent dans la ligne de transfert vers la cheminée de
l'installation. La présence de liquide observée au niveau d'un des flexibles s?explique par la température
très basse autour des lignes non calorifugées qui ont conduit à la liquéfaction de l?air ambiant au moment
de cette évacuation (phénomène d'air liquide décrit au chapitre III.4.4). Compte tenu des conditions
atmosphériques (décrites au chapitre V.2.2) et de la configuration de l'installation, le panache
d'hydrogène qui s'est vaporisé est rabattu vers le poste de dépotage et entraine le déclenchement des
détecteurs.
Concomitamment, le temps de balayage à l'hélium est écourté à 6min et 22s au lieu des 10 min prévues,
selon ArianeGroup, du fait des alarmes des détecteurs afin de mettre en sécurité les personnels. Cette
durée n'a pas suffi à réchauffer assez la vanne W11 pour évacuer l'impureté et permettre sa fermeture
complète. Le léger débit de fuite persiste. Il n'est pas possible de déterminer avec exactitude si le
raccourcissement de la durée de balayage à l'hélium est lié au déclenchement des capteurs ou à un
défaut dans le suivi de la durée de cette étape. La procédure de dépotage est interrompue.
Après analyse de la situation en salle, les actions définies puis mises en oeuvre sur le banc de dépotage
permettent de réchauffer la vanne W11 avec une reprise du balayage et de faire baisser la pression qui
avait été maintenue dans la citerne. L'une de ces actions ou leur combinaison a permis la fermeture
complète de la vanne W11.
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VI.2 Facteurs contributifs
VI.2.1 Les conditions météorologiques
Lors de la fin de l'opération de dépotage d?hydrogène liquide, les conditions météorologiques locales
étaient favorables à l?accumulation au sol de gaz froids issus des purges rejetées à la cheminée. Cette
configuration a pu conduire à un déclenchement des détecteurs d'hydrogène, entrainant ainsi le
déclenchement du POI et l'interruption avant son terme des opérations de fin de dépotage.
VI.2.2 L'absence de prise en compte d'une possible difficulté de fermeture de la vanne de
fond dans la procédure de dépotage
Chez ArianeGroup, le dépotage est piloté par les personnels du site sur la base d'une procédure très
détaillée. Le chauffeur de la citerne se limite à un rôle d'exécutant.
La possibilité d'un débit de fuite résiduel sur la vanne W11 est mentionnée sur la procédure ArianeGroup,
mais ne fait pas l'objet d'un développement pour le cas où le phénomène serait effectivement
rencontré, alors qu'elle détaille la marche à suivre pour d'autres anomalies possibles.
Le retour d'expérience empirique développé par les chauffeurs de citerne qui ont déjà été confrontés à
un défaut de fermeture et qui ont identifié la manière de le résoudre (poursuivre le balayage et jouer sur
la pression dans la citerne) mériterait d'être intégré à cette procédure.
VI.2.3 Une durée de balayage hélium insuffisante
Il n'est pas possible de déterminer avec exactitude si le raccourcissement de la durée de balayage à
l'hélium est lié au déclenchement des capteurs ou à un défaut dans le suivi de la durée, mais cette durée
s'est révélée insuffisante pour assurer le réchauffement efficace de la ligne de transfert.
VI.2.4 Difficulté de mise à l?air libre de la vanne de sécurité
Au regard des conditions météorologiques et du peu d?espace entre la mise à l?air libre de la vanne de
commande liquide et le plus proche obstacle, une obturation partielle ou totale de la mise à l?air libre
reste possible. Même si cette problématique n'a pas été remontée dans le retour d'expérience formalisé
par Air Liquide, cette possibilité subsiste notamment en cas de débranchement anticipé de la sécurité
de dépotage (position de P30 fermée à ce moment-là, cf. figure 7).
VII. Enseignements de sécurité
VII.1 La sensibilité de la manipulation de liquides cryogéniques
La manipulation de liquides cryogéniques s'opère à des températures très basses. A ces températures,
la moindre présence d'impureté, qui peut être un simple gaz de l'air en petite quantité peut causer une
perturbation dans les écoulements, voire une obstruction de tuyauterie ou gêner la fermeture d'une
vanne de contrôle.
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Les opérations d'entretien des systèmes pour supprimer toutes les impuretés ainsi que la mise en oeuvre
de balayages de durées suffisantes sont essentielles à la bonne marche des installations.
VIII. Recommandations de sécurité à destination de l?exploitant et du
sous-traitant
Le BEA-RI émet les recommandations suivantes à la société ArianeGroup :
? Réviser la fiche d'intervention utilisée pour le dépotage de la citerne impliquée le jour de
l'évènement pour intégrer la marche à suivre en cas de difficulté de fermeture de la vanne de
fond de la citerne (W11) ;
? Examiner l'opportunité de définir de nouveaux paramètres météorologiques à suivre et
respecter pour permettre la réalisation d'un dépotage.
Le BEA-RI émet les recommandations suivantes à la société Air Liquide :
? Capitaliser le retour d'expérience des chauffeurs de camion-citerne concernant la situation de
difficulté de fermeture de la vanne de fond de la citerne (W11) et l'intégrer dans la procédure
de dépotage générique ;
? Assurer la complète mise à l?air libre de la commande de la vanne de sécurité y compris en cas
de retrait du rilsan.
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Bureau d?enquêtes et d?Analyses
sur les Risques Industriels
MATTE / IGEDD / BEA-RI
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92055 La Défense Cedex
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