Rapport d'enquête technique sur l'incendie survenu au sein du site Alternae situé à Génicourt (95) le 17 décembre 2024
Auteur moral
France. Bureau d'enquêtes et d'analyses sur les risques industriels
Auteur secondaire
Résumé
<div style="text-align: justify;">Rapport de l'enquête réalisée par le BEA-RI sur l'incendie survenu dans un séchoir à maïs exploité par la société Alternae, situé à Génicourt dans le Val d'Oise, le 17 décembre 2024. L'enquête technique a établi que l'incendie s'est probablement déclenché dans la partie basse du séchoir, dans une zone difficilement accessible, où une importante couche de poussières de maïs et de grains s'était accumulée. Cette accumulation, soumise à un air chaud recyclé, a atteint une température proche de l'auto-inflammation, abaissée en raison de l'épaisseur du dépôt. Plusieurs facteurs contributifs de l'événement ont été identifiés. A l'issue de cette enquête, le BEA-RI émet des recommandations à l'exploitant.</div>
Editeur
BEA-RI
Descripteur Urbamet
incendie
;enquête
Descripteur écoplanete
maïs
Thème
Ressources - Nuisances
Texte intégral
Inspection générale de l?environnement
et du développement durable
Bureau d?enquêtes et d?analyses
sur les risques industriels
Rapport d?enquête
Sur l?incendie survenu au sein du
site Alternae situé à Génicourt
(95) le 17 décembre 2024
Rapport d?enquête sur l?incendie survenu sur le site Alternae situé à Génicourt (95) le 17 décembre 2024
N° MTE-BEARI-2025-08
P a g e 2 | 24
Bordereau documentaire
Organisme auteur : Bureau d?Enquêtes et d?analyses sur les risques industriels (BEA-RI)
Titre du document : Rapport d?enquête technique sur l?incendie survenu au sein du site Alternae situé à
Génicourt (95) le 17 décembre 2024
N° : MTE-BEARI-2025-08
Date du rapport : 13/08/2025
Proposition de mots-clés : incendie, séchoir, céréales, maïs, poussières, auto-échauffement, température
d?auto-inflammation
Rapport d?enquête sur l?incendie survenu sur le site Alternae situé à Génicourt (95) le 17 décembre 2024
N° MTE-BEARI-2025-08
P a g e 3 | 24
Avertissement
L?enquête technique faisant l?objet du présent rapport est réalisée dans le cadre des articles L. 501-1 à
L. 501-19 du Code de l?Environnement.
Cette enquête a pour seul objet de prévenir de futurs accidents. Sans préjudice, le cas échéant, de
l?enquête judiciaire qui peut être ouverte, elle consiste à collecter et analyser les informations utiles, à
déterminer les circonstances et les causes certaines ou possibles de l?évènement, de l?accident ou de
l?incident et, s?il y a lieu, à établir des recommandations de sécurité. Elle ne vise pas à déterminer des
responsabilités.
En conséquence, l?utilisation de ce rapport à d?autres fins que la prévention pourrait conduire à des
interprétations erronées.
Au titre de ce rapport on entend par :
- Cause de l?accident : toute action ou événement de nature technique ou organisationnelle, volontaire
ou involontaire, active ou passive, ayant conduit à la survenance de l?accident. Elle peut être établie par
les éléments collectés lors de l?enquête, ou supposée de manière indirecte. Dans ce cas le rapport
d?enquête le précise explicitement.
- Facteur contributif : élément qui, sans être déterminant, a pu jouer un rôle dans la survenance ou dans
l?aggravation de l?accident.
- Enseignement de sécurité : élément de retour d?expérience tiré de l?analyse de l?évènement. Il peut
s?agir de pratiques à développer car de nature à éviter ou limiter les conséquences d?un accident, ou à
éviter car pouvant favoriser la survenance de l?accident ou aggraver ses conséquences.
- Recommandation de sécurité : proposition d?amélioration de la sécurité formulée par le BEA-RI, sur la
base des informations rassemblées dans le cadre de l?enquête de sécurité, en vue de prévenir des
accidents ou des incidents. Cette recommandation est adressée, au moment de la parution du rapport
définitif, à une personne physique ou morale qui dispose de deux mois à réception, pour faire part au
BEA des suites qu?elle entend y donner. La réponse est publiée sur le site du BEA-RI.
Rapport d?enquête sur l?incendie survenu sur le site Alternae situé à Génicourt (95) le 17 décembre 2024
N° MTE-BEARI-2025-08
P a g e 4 | 24
Synthèse
Dans la nuit du 16 au 17 décembre 2024, un incendie se déclare dans un séchoir à maïs exploité par la
société Alternae, et situé à Génicourt dans le Val d?Oise. L?installation, exploitée 24h/24, compte quatre
séchoirs dont deux de grande capacité. Le sinistre n?a causé que des dégâts matériels, mais a nécessité
plus de 10 heures d?intervention des pompiers pour être totalement maîtrisé.
L?enquête technique du BEA-RI a établi que l?incendie s?est probablement déclenché dans la partie basse
du séchoir, dans une zone difficilement accessible, où une importante couche de poussières de maïs et
de grains s?était accumulée. Cette accumulation, soumise à un air chaud recyclé, a atteint une
température proche de l?auto-inflammation, abaissée en raison de l?épaisseur du dépôt.
L?enquête liste plusieurs facteurs contributifs de l?événement :
- Un fort taux d?humidité des grains lié aux conditions climatiques,
- L?absence de filtrage de l?air recyclé, favorisant l?empoussièrement,
- Un système de supervision ne prévoyant pas d?alarme sonore,
- Une accessibilité limitée à certaines zones critiques du séchoir,
- Une traçabilité insuffisante des contrôles post-incendie précédents (13 et 23 novembre 2024).
Le scénario le plus probable étant une auto-inflammation dans la zone d?air chaud recyclé, non nettoyée
depuis les sinistres précédents, se propageant progressivement jusqu?à une détection tardive, au sein
d?une installation non équipée de filtres au niveau du recyclage d?air.
Dans son rapport le BEA-RI émet les recommandations suivantes à l?attention de l?exploitant :
? Revoir l'instrumentation du séchoir pour s'assurer qu'il est équipé d'un nombre suffisant de
sondes de température de sécurité correctement positionnées et dont les seuils de
déclenchement seront réexaminés, et que le suivi des valeurs remontées par celles-ci est
suffisamment ergonomique pour permettre une intervention rapide en cas de besoin ;
? Mettre en place un moyen d?alerte (sonore ou tout autre moyen) permettant en cas de défaut
sur le séchoir d'alerter sans délai les opérateurs ;
? Mettre en place une procédure de contrôle de l?état d?empoussièrement du séchoir qui
s?applique à l?ensemble des parties de l?installation (y compris la partie chaude) ;
? Systématiser l'application de cette procédure de contrôle aux phases de réception de travaux
de nettoyage, de manière régulière durant la campagne, à une fréquence adaptée à la qualité de
la graine traitée, et après tout sinistre.
Rapport d?enquête sur l?incendie survenu sur le site Alternae situé à Génicourt (95) le 17 décembre 2024
N° MTE-BEARI-2025-08
P a g e 5 | 24
Sommaire
I. Rappel sur l?enquête de sécurité .............................................................................................................. 6
II. Constats immédiats et engagement de l?enquête ............................................................................... 6
II.1 Les circonstances de l?accident ........................................................................................................................... 6
II.2 Le bilan de l?accident ............................................................................................................................................ 7
II.3 Les mesures prises après l?accident .................................................................................................................... 7
II.4 L?engagement et l?organisation de l?enquête ................................................................................................... 7
III. Contextualisation ........................................................................................................................................ 8
III.1 L?installation ........................................................................................................................................................... 8
III.1.1 Le fonctionnement ............................................................................................................................ 8
III.1.2 L?équipement ..................................................................................................................................... 8
IV. Déroulement de l?évènement ................................................................................................................. 10
IV.1 Déclenchement de l?évènement .......................................................................................................................10
IV.2 L?intervention des secours publics ...................................................................................................................10
V. Compte-rendu des investigations menées........................................................................................... 10
V.1 Interprétation des données de supervision .....................................................................................................10
V.1.1 Analyse des températures ............................................................................................................... 10
V.1.2 Analyse des alarmes ......................................................................................................................... 12
V.2 Reconnaissance de terrain ..................................................................................................................................13
V.3 Entretien de l'installation ....................................................................................................................................16
V.4 Analyse de l?Ineris .................................................................................................................................................17
VI. Conclusions sur le scénario de l?événement ........................................................................................ 17
VI.1 Scénario .................................................................................................................................................................17
VI.2 Facteurs contributifs ...........................................................................................................................................18
VI.2.1 Taux d'humidité de la graine ........................................................................................................... 18
VI.2.2 Filtrage de l?air recyclé ..................................................................................................................... 19
VI.2.3 Absence de report sonore d?alarme .............................................................................................. 19
VI.2.4 Accessibilité de la partie "air chaud" ............................................................................................. 19
VI.2.5 Mécanisme de vidange ..................................................................................................................... 19
VII. Enseignements de sécurité ...................................................................................................................... 19
VII.1 Importance de la propreté des circulations d'air .........................................................................................19
VII.2 Détection rapide des foyers ........................................................................................................................... 20
VII.3 Instrumentation de l'installation .................................................................................................................... 20
VII.4 Caractéristiques de la graine .......................................................................................................................... 20
VIII. Recommandations de sécurité à destination de l?exploitant de l?équipement ......................... 21
IX. Annexe ......................................................................................................................................................... 22
Annexe 1 Rapport de l'Ineris en réponse à la saisine du BEA-RI .................................................................... 23
Rapport d?enquête sur l?incendie survenu sur le site Alternae situé à Génicourt (95) le 17 décembre 2024
N° MTE-BEARI-2025-08
P a g e 6 | 24
Rapport d?enquête
Sur l?incendie survenu au sein du site Alternae situé à
Génicourt (95) le 17 décembre 2024
I. Rappel sur l?enquête de sécurité
L?enquête technique faisant l?objet du présent rapport est réalisée dans le cadre des articles L. 501-1 à
L. 501-19 du Code de l?Environnement. Cette enquête a pour seul objet de prévenir de futurs accidents.
Sans préjudice, le cas échéant, de l?enquête judiciaire qui peut être ouverte, elle consiste à collecter et
analyser les informations utiles, à déterminer les circonstances et les causes certaines ou possibles de
l?évènement, de l?accident ou de l?incident et, s?il y a lieu, à établir des recommandations de sécurité.
Elle ne vise pas à déterminer des responsabilités. En conséquence, l?utilisation de ce rapport à d?autres
fins que la prévention pourrait conduire à des interprétations erronées.
II. Constats immédiats et engagement de l?enquête
II.1 Les circonstances de l?accident
La société Alternae exploite sur la commune de Génicourt (95) un site de séchage et d?ensilage de
céréales. Dans la nuit du 16 au 17 décembre 2024, les opérateurs présents procèdent au séchage avant
ensilage de maïs issu à la fois de livraisons directes et d?un stockage temporaire sous gaines plastiques
disposées en boudins (figure n°1 ci-dessous) pratiqué sur le site.
Figure n°1 : exemple de stockage en boudin (crédit CGAO)
Rapport d?enquête sur l?incendie survenu sur le site Alternae situé à Génicourt (95) le 17 décembre 2024
N° MTE-BEARI-2025-08
P a g e 7 | 24
Aux alentours de 3h du matin, ils constatent le dysfonctionnement d?une sonde de température sur le
séchoir. Après vérification, et sans avoir rien remarqué de notable au niveau de l?installation, ils
poursuivent les opérations de séchage. Mais un peu avant 4 heures du matin, les sondes de sécurité du
séchoir se déclenchent à leur tour. Une ronde dans le séchoir permet de constater depuis le bas de la
colonne de séchage un départ de feu. Le service d?incendie et de secours du Val d?Oise (SDIS 95) est
appelé à 4h20. Le feu sera déclaré éteint à 14h30.
II.2 Le bilan de l?accident
L?accident n?aura que des conséquences matérielles.
II.3 Les mesures prises après l?accident
À la suite de l?accident, l?installation a été consignée et mise en sécurité dans l?attente notamment
d?expertises ultérieures. Le Préfet du Val d?Oise a pris un arrêté de mesures d?urgences visant notamment
à la mise à l?arrêt de l?installation.
II.4 L?engagement et l?organisation de l?enquête
Au vu des circonstances et du contexte de l?accident, le directeur du bureau d?enquêtes et d?analyses
sur les risques industriels (BEA-RI) a décidé l?ouverture d?une enquête le 17 décembre 2024.
Les enquêteurs techniques du BEA-RI se sont rendus sur place le 19 décembre 2024 et le 6 février 2025.
Ils ont rencontré les représentants de l?entreprise Alternae et du SDIS 95.
Le BEA-RI s?est également déplacé sur l'installation NatUp de Saint-André-de-l?Eure le 4 mars 2025 pour
visiter un séchoir de technologie similaire.
Les enquêteurs ont recueilli les témoignages des acteurs impliqués dans l?évènement et dans sa gestion,
et ont eu, consécutivement à ces entretiens et aux réunions techniques organisées par la suite,
communication des pièces et documents nécessaires à leur enquête.
Rapport d?enquête sur l?incendie survenu sur le site Alternae situé à Génicourt (95) le 17 décembre 2024
N° MTE-BEARI-2025-08
P a g e 8 | 24
III. Contextualisation
III.1 L?installation
III.1.1 Le fonctionnement
La société Alternae exploite sur la commune de Génicourt (95) une installation comprenant des
capacités de stockage de céréales en silos verticaux et un ensemble de 4 séchoirs. On retrouve deux
séchoirs de petites capacités et deux séchoirs de marque LAW de capacités plus importantes. Le site
assure la réception des céréales durant la récolte, les sèche en fonction de leur taux d?humidité, puis
procède à l?ensilage. Les céréales sont ensuite vendues, dé-ensilées et expédiées.
Pendant la période de récolte, le site est exploité 24h/24, notamment pour assurer la conduite des
séchoirs. En fonction de la capacité de séchage, le maïs non séché peut-être stocké en silos ou dans des
gaines plastiques horizontales (sous forme de boudins). Dans ce second cas, la graine est reprise pour
séchage après la période d?entreposage sous bâche.
III.1.2 L?équipement
L?équipement siège de l'incendie est un séchoir à céréales. Au moment du sinistre, c'est du maïs qui était
séché.
Le principe de fonctionnement de l?équipement est illustré sur la figure n°2 ci-dessous. Un brûleur à gaz
fournit de l?air chaud à partir de l?air extérieur. Cet air est ensuite aspiré par les deux ventilateurs situés
du côté opposé de la colonne de céréales. Le premier ventilateur situé en partie haute sert à l?extraction
vers l?extérieur. Il est équipé de filtres permettant de limiter l?émission de poussières à l?atmosphère. Le
second, en partie basse permet de recycler une partie de l?air chauffé et donc de limiter la
consommation d?énergie.
Figure n°2 : schéma circulation d'air dans le séchoir (Crédit CFCAI)
Rapport d?enquête sur l?incendie survenu sur le site Alternae situé à Génicourt (95) le 17 décembre 2024
N° MTE-BEARI-2025-08
P a g e 9 | 24
Les étages bas de la colonne permettent de refroidir le grain par circulation d?air frais. Un jeu de trappes
permet sur ces étages de régler le temps de séchage en affectant à ce refroidissement un, deux ou trois
étages.
L?introduction du grain se fait en partie haute. L?extraction est réalisée en partie basse par deux trappes
qui vont s?ouvrir et se fermer en fonction d?une temporisation. Les paramètres de réglage du séchoir
résident essentiellement dans la température de l?air circulant dans la colonne ainsi que dans le nombre
d?étages de refroidissement.
Figure n°3 : schéma représentant les différentes zones du séchoir
Le brûleur fait l?objet d?un asservissement autonome permettant de régler la température de l?air. Un
capteur côté brûleur permet d?avoir une indication de la température de l?air juste avant l?étape de
refroidissement. Côté ventilateur on retrouve des sondes de sécurité permettant notamment de
détecter un incendie dans la colonne de céréales. En cas de détection, le brûleur et les ventilateurs sont
automatiquement coupés. Les capteurs sont positionnés sur la figure n°4 en page 11. L'ensemble de
l'instrumentation est relié à un système de supervision.
Rapport d?enquête sur l?incendie survenu sur le site Alternae situé à Génicourt (95) le 17 décembre 2024
N° MTE-BEARI-2025-08
P a g e 10 | 24
Le séchoir permet de réduire le taux d?humidité du maïs jusqu'à une valeur cible de 15 %. Il est
dimensionné pour pouvoir atteindre cette valeur en partant d?un taux d?humidité maximum en entrée
de l?ordre de 30 à 40 %. Le temps de séjour dans le séchoir (refroidissement compris) est de l?ordre de 5
heures. La température maximale de consigne au niveau du brûleur est de l?ordre de 120 °C.
IV. Déroulement de l?évènement
IV.1 Déclenchement de l?évènement
Dans la nuit du 16 au 17 décembre 2024, à 3h13 du matin la sonde de température d?air chaud inférieure
cesse de fonctionner. Les deux opérateurs présents le constatent à l?occasion d?une ronde en salle de
commande, et entreprennent une ronde de sécurité au niveau du séchoir. Ils pénètrent côté opposé au
brûleur et ne constatent pas d?indice d?incendie. Après échange avec leur hiérarchie, ils relancent le
séchoir. À 3h40, les premières sondes de sécurité déclenchent à leur tour (premier et deuxième seuil de
température haute) ce qui entraine l?arrêt automatique du séchoir. Les opérateurs inspectent une
deuxième fois le séchoir et constatent des deux côtés (côté brûleur et côté ventilateur) des flammes au
niveau de la colonne de grain.
Après un nouvel appel à leur hiérarchie, ils décident de contacter le service d?incendie et de secours du
Val d?Oise (SDIS 95), ce qui est fait à 4h19.
IV.2 L?intervention des secours publics
Les premiers moyens du SDIS 95 arrivent sur site à 4h33. Le feu est difficilement atteignable et
l?extinction doit être combinée avec la vidange des 110 tonnes de maïs situées dans le séchoir et dont
une partie est en feu.
L?évolution du sinistre est telle qu?à 7h30 un risque d?explosion et/ou d?effondrement du séchoir est
envisagé. La vidange de la colonne de grain s?achèvera vers 8h30. L?extinction sera complète à 14h30.
V. Compte-rendu des investigations menées
V.1 Interprétation des données de supervision
V.1.1 Analyse des températures
Le séchoir est équipé d?un système de supervision qui enregistre les températures côté brûleur, de l?air
dans la partie haute du séchoir (TEMP_AIR) et de l?air dans la partie inférieure (TEMP_AIR_INFERIEUR, air
chaud N° 2 dans le schéma de la figure n°2) qui correspond à un mélange d?air chaud et d?air de
recyclage. La température en bas de colonne de séchage, à l?intérieur du grain (TEMP_GRAIN) est
également enregistrée.
Rapport d?enquête sur l?incendie survenu sur le site Alternae situé à Génicourt (95) le 17 décembre 2024
N° MTE-BEARI-2025-08
P a g e 11 | 24
Figure n°4 : positionnement des sondes de température dans le séchoir
Figure n°5 : températures en °C en fonction du temps relevées dans le séchoir la nuit de l?événement
0,0
20,0
40,0
60,0
80,0
100,0
120,0
140,0
160,0
0
0
:0
0
:0
0
0
0
:0
8
:2
4
0
0
:1
6
:4
8
0
0
:2
5
:1
2
0
0
:3
3
:3
6
0
0
:4
2
:0
0
0
0
:5
0
:2
4
0
0
:5
8
:4
8
0
1
:0
7
:1
2
0
1
:1
5
:3
6
0
1
:2
4
:0
0
0
1
:3
2
:2
4
0
1
:4
0
:4
8
0
1
:4
9
:1
2
0
1
:5
7
:3
6
0
2
:0
6
:0
0
0
2
:1
4
:2
4
0
2
:2
2
:4
8
0
2
:3
1
:1
2
0
2
:3
9
:3
6
0
2
:4
8
:0
0
0
2
:5
6
:2
4
0
3
:0
4
:4
8
0
3
:1
3
:1
2
0
3
:2
1
:3
6
0
3
:3
0
:0
0
0
3
:3
8
:2
4
0
3
:4
6
:4
8
0
3
:5
5
:1
2
0
4
:0
3
:3
6
0
4
:1
2
:0
0
0
4
:2
0
:2
4
0
4
:2
8
:4
8
0
4
:3
7
:1
2
S2_TEMP_AIR
S2_TEMP_AIR_INFERIEUR
S2_TEMP_GRAIN
Rapport d?enquête sur l?incendie survenu sur le site Alternae situé à Génicourt (95) le 17 décembre 2024
N° MTE-BEARI-2025-08
P a g e 12 | 24
L?analyse des températures de minuit à 4h37 du matin met en lumière les éléments suivants :
? Tout d?abord, on note une augmentation régulière de la température du grain qui passe de 77 °C
à 82 °C à 3h40 du matin, heure de déclenchement (figure n°6) des alarmes de température ;
? L'arrêt est suivi d?un pic de température dans le grain (pic inhabituel), puis d?une diminution de
la température jusqu?à l?arrêt de l?alimentation électrique (à la demande du SDIS) ;
? La température de l?air supérieur (TEMP_AIR) reste stable, un peu en-dessous de 120 °C et
n?augmente qu?à partir de l?arrêt du séchoir à 3h40, impactée vraisemblablement par les fumées
de l?incendie ;
? La température de l?air inférieur reste, elle, relativement stable, à un peu moins de 110 °C jusqu?à
0h50. À partir de cet instant, la température croit lentement jusqu?à égaler à 2h27 la température
de l?air supérieur traduisant un apport de calories autre que celles fournies par le brûleur ;
? Puis, à partir de 2h52, la valeur décroit jusqu?à tomber à zéro. Cette décroissance étant plutôt à
expliquer par un dysfonctionnement progressif de la sonde que par une baisse de la température.
V.1.2 Analyse des alarmes
La nuit de l'événement, la première alarme se déclenche à 3h40 du côté du circuit d?air saturé (air usé),
et l?ensemble des sondes de sécurité suit en moins d?une minute générant l?arrêt du brûleur et des
ventilateurs.
Rapport d?enquête sur l?incendie survenu sur le site Alternae situé à Génicourt (95) le 17 décembre 2024
N° MTE-BEARI-2025-08
P a g e 13 | 24
Figure n°6 : historique des alarmes (Crédit Alternae)
V.2 Reconnaissance de terrain
Les enquêteurs du BEA-RI se sont déplacés sur site à deux reprises, accompagnés notamment par les
experts des compagnies d?assurance. Ils ont procédé à la recherche du point de départ de l?incendie.
Les principaux témoins ayant situé le départ de feu dans les parties basses du séchoir et sur les côtés de
la colonne de grain, les recherches ont été concentrées sur ces points. Du côté de l'air saturé, on
constate des traces d?incendie situées approximativement au niveau de l?interface fin de chauffe/ début
de refroidissement.
Rapport d?enquête sur l?incendie survenu sur le site Alternae situé à Génicourt (95) le 17 décembre 2024
N° MTE-BEARI-2025-08
P a g e 14 | 24
Sens de la prise de vue
Figure n°7 : Photo de la colonne de grains du côté de l'air saturé
On constate également, à l?intérieur de la colonne, des traces d?incendie sans pouvoir établir de point
de départ.
Figure n°8 : intérieur de la colonne de grains
Rapport d?enquête sur l?incendie survenu sur le site Alternae situé à Génicourt (95) le 17 décembre 2024
N° MTE-BEARI-2025-08
P a g e 15 | 24
Un empoussièrement notable est constaté du côté air usé.
Compte-tenu des informations fournies par la sonde d?air chaud inférieure, il a ensuite été procédé à un
examen approfondi de la partie circuit « air chaud ». Ces investigations ont révélé :
? Que la sonde en elle-même ne semble pas endommagée (figure n°9) ;
? Que le câble d'alimentation de la sonde repose sur la surface horizontale qui sépare la partie « air
chaud » de la partie « refroidissement » (figure n°10) ;
? On note également de forts impacts de chaleur juste au-dessus de cette zone.
positionnement prise de vue
Figure n°9 : sonde intacte
Figure n°10 : câble de la sonde (la trappe constituant le plancher est
démontée)
Rapport d?enquête sur l?incendie survenu sur le site Alternae situé à Génicourt (95) le 17 décembre 2024
N° MTE-BEARI-2025-08
P a g e 16 | 24
Sur la figure n°11, un mélange de grains de maïs et de poussières est constaté sur le plancher où court le
câble d'alimentation de la sonde et on retrouvera également les traces (figure n°12) d?une combustion
simultanée de ce mélange maïs/poussières.
La visite d?un autre séchoir de technologie similaire permettra d?effectuer un certain nombre de
comparaisons. On constatera notamment que s?il y a bien aussi un empoussièrement conséquent et la
présence d'un mélange maïs/poussières au sein de l?installation, la partie « air chaud » (côté brûleur) par
contre présente un degré bien moindre d?empoussièrement et on ne constate quasiment pas de maïs
en grain dans cette partie du séchoir.
Figure n°11 : poussières et maïs
Figure n°12 : amalgame
V.3 Entretien de l'installation
Avant l'événement du 17 décembre 2024, l?installation a subi deux incendies l?un le 13 novembre 2024
et l'autre le 23 novembre 2024. À l?issue de chacun de ces sinistres, il a été procédé à des opérations de
nettoyage et de vérification du séchoir.
Néanmoins, les rapports qui ont conduit au redémarrage de l'installation suite à ces deux sinistres ne
mentionnent pas formellement la réalisation d'un contrôle de la partie basse du séchoir au niveau du
passage de l?air recyclé.
En effet, dans le rapport de contrôle qui a suivi l?incendie du 13 novembre, on relève (compte-rendu du
fabricant du 14/11/2024) : « ce côté (NDLR : le côté chaud) a été visité vu du bas du caisson mais il
semblerait que l?ensemble des panneaux de cases et de dièdre n?ont subi aucun dommage ».
Puis le rapport de contrôle du 9 décembre suite au deuxième incendie, précise les travaux effectués,
notamment coté brûleur et nettoyage de la colonne, mais n?apporte aucune précision quant à l?état de
la partie côté air chaud recyclé.
Rapport d?enquête sur l?incendie survenu sur le site Alternae situé à Génicourt (95) le 17 décembre 2024
N° MTE-BEARI-2025-08
P a g e 17 | 24
V.4 Analyse de l?Ineris
Le BEA-RI a sollicité l?appui de l?Ineris sur quelques points spécifiques de l?enquête. En se basant sur la
bibliographie, il lui a été demandé d'étudier la vraisemblance de l'inflammation d'une couche de
poussières de maïs soumise à un flux d'air chaud avoisinant les 120 °C au regard de :
- L'âge (compacité) et de l'épaisseur de la couche de poussières ;
- L?influence du taux d'humidité de la graine sur la capacité de s'enflammer de la poussière formée;
- L?influence du taux d'humidité de la graine sur la quantité de poussières formée lors du processus
de séchage ;
- L?influence de la présence au sein de la poussière, de grains de maïs dont le processus de
fermentation pourrait avoir débuté.
Les éléments de réponse apportés figurent en Annexe 1 de ce rapport. En substance, l?Ineris conclut à
la forte probabilité de l?auto-inflammation d?une couche de dépôt au regard des températures, de
l?humidité et de l?épaisseur des couches de poussière constatées.
En effet, en ce qui concerne l?âge et l?épaisseur de la couche de poussière, des données sont disponibles
pour la poussière de blé et montrent que si l?on considère un dépôt de poussière de l?ordre de 10 /20
cm, la température critique d?inflammation se situe entre 135 et 155 °C, et peut être plus basse encore
si la hauteur du dépôt de poussière est plus importante. Ces données peuvent être extrapolées à la
poussière de maïs et permettent à l?Ineris de conclure que l?accumulation progressive dans le temps
d?une couche de poussières de maïs de 10/20 cm dans une ambiance chaude menant à une auto-
inflammation de cette couche parait comme une hypothèse très probable du scénario accidentel.
Par contre, le dépôt de poussière étant soumis à un flux d?air chaud, son taux d?humidité a
vraisemblablement beaucoup baissé au moment de l?accident ce qui limite l?influence potentielle de ce
paramètre.
Mais le taux important d?humidité du grain en entrée de colonne pourrait être à l?origine d?une
accentuation du phénomène de grain sale : les poussières fines émises lors des opérations de récolte et
de manutention peuvent avoir adhéré à la surface des grains humides et avoir été entrainées dans le
circuit d?air chaud lors du séchage.
En parallèle, il apparait difficile de faire un lien entre un éventuel phénomène de fermentation et
l?échauffement des grains lors de l?étape de séchage.
VI. Conclusions sur le scénario de l?événement
VI.1 Scénario
En fin d'année 2024, le séchoir subit deux incendies, un premier le 13 novembre et un second le 23
novembre. Suite à ces deux sinistres, le séchoir est nettoyé et contrôlé. Mais il n'a pas été trouvé de trace
formelle du nettoyage spécifique de la partie basse au niveau du passage de l?air recyclé.
Rapport d?enquête sur l?incendie survenu sur le site Alternae situé à Génicourt (95) le 17 décembre 2024
N° MTE-BEARI-2025-08
P a g e 18 | 24
Compte-tenu de ces éléments et des investigations réalisées, le scénario le plus probable semble le
dépôt tout au long de la campagne d?une importante couche de poussières de maïs ainsi que de graines
de maïs, notamment au niveau de la case séparant l?air recyclé et l?air frais, cette couche se trouvant
simultanément dans un espace aéré et protégé du flux d?air principal.
La température à laquelle est soumise ce dépôt est très proche de la température « air inférieur » soit
jusqu?à 0h50 de l?ordre de 109 °C. Ce qui représente 10 degrés de moins que la température de l?air
supérieur.
À partir de 0h50, la hausse de la température « air inférieur » indique un apport de calories dans la partie
basse de la colonne qu'il est possible d'attribuer à un début de combustion du mélange poussières/maïs
sur le plancher de séparation entre la partie « air chaud recyclé » et « air frais ». La combustion étant
rendue possible par une température ambiante proche de la température d?auto-inflammation de la
poussière de maïs, elle-même abaissée par la hauteur de poussière présente.
Après 0h50, la température « air inférieur » augmente jusqu?à atteindre la même température que celle
de « l?air supérieur ».
À 3h13, la sonde « air chaud inférieur » cesse de fonctionner (le câble de la sonde court sur le plancher
sur lequel l?incendie a démarré). En l?absence d?alarme sonore, le dysfonctionnement ne sera constaté
par les opérateurs que lors d?un passage en salle de commande. Ils procèdent alors à une ronde au niveau
du séchoir et en l?absence de signe de départ de feu remettent le séchoir en fonctionnement.
À 3h43, les sondes de sécurité « coté air saturé » déclenchent les unes après les autres par dépassement
des valeurs de seuil. Une deuxième visite du silo conduira à constater la présence d?un foyer.
Les secours seront prévenus à 4h19 et se présenteront sur site à 4h33.
VI.2 Facteurs contributifs
Pour rappel, les facteurs contributifs sont des éléments qui, sans être déterminants, ont pu jouer un rôle
dans la survenance, l?aggravation ou l'atténuation des conséquences de l?accident.
VI.2.1 Taux d'humidité de la graine
La saison 2024 a été caractérisée par un fort niveau de précipitations. Ces circonstances
météorologiques ont eu une influence sur le maïs, dont la graine est arrivée très humide sur le site de
séchage. Celui-ci a nécessité un séchage plus important et les températures de consigne de séchage ont
donc été plus hautes (120 à 130 °C) que la pratique habituelle. La campagne 2024 a également été
marquée par une augmentation globale de la quantité de maïs récolté et par une récolte plus tardive.
Sur le site de Génicourt, du fait des capacités de traitement, un stockage tampon avant séchage a été
mis en place sous forme de boudins stockés au sol.
Une autre conséquence des conditions atmosphériques sur la qualité de la graine est une quantité plus
importante de poussières lors du séchage. En effet, par rapport à une année plus sèche, les poussières
sont moins séparées lors des phases préalables au séchage comme lors du transport et des différentes
Rapport d?enquête sur l?incendie survenu sur le site Alternae situé à Génicourt (95) le 17 décembre 2024
N° MTE-BEARI-2025-08
P a g e 19 | 24
manipulations (phénomène de grain sale) et se retrouvent donc de manière plus importante dans le
séchoir et ses circulations.
VI.2.2 Filtrage de l?air recyclé
Le séchoir où a eu lieu l?incendie n?est pas équipé de système de filtrage de l?air recyclé ce qui génère un
taux d'empoussièrement global de l'installation important. Il a pu être constaté une différence notable
d?empoussièrement de la "partie chaude" entre un silo équipé d?une telle filtration et le séchoir de
Génicourt n'en possédant pas.
VI.2.3 Absence de report sonore d?alarme
Le système de contrôle-commande ne dispose pas de système de report d?alarme. Les opérateurs
présents sur site, qui ne sont pas en permanence en salle de commande car occupés par d'autres tâches
y passent régulièrement mais à une fréquence de l?ordre de la vingtaine de minutes, ce qui, en cas de
déclenchement d?alarme, peut engendrer un délai supplémentaire dans la réaction à l?évènement.
VI.2.4 Accessibilité de la partie "air chaud"
Le départ de feu était localisé dans une zone difficilement accessible et non visible du bas du séchoir. Y
accéder nécessitait de monter à un endroit où aucune échelle n?est disponible. Le foyer n?a alors été
visible que lorsqu?il s?est développé et lorsque le rougeoiement des flammes a été visible par l?accès bas
du séchoir. La difficulté d?accès a fortement retardé la détection de l?évènement et, de manière
générale, complexifie toute intervention d'urgence ou d'entretien.
VI.2.5 Mécanisme de vidange
La vidange de la colonne de maïs en partie basse par utilisation d?une remorque de 20 tonnes a été mise
en oeuvre par le SDIS avec l?appui du personnel du site. Cela a permis de supprimer rapidement les 110
tonnes de masse combustible contenues dans la colonne pour ne plus avoir à traiter que les feux dans
les circulations. L?existence et la possibilité de mise en oeuvre de ce moyen de vidange a permis de
réduire les conséquences et la durée du sinistre.
VII. Enseignements de sécurité
VII.1 Importance de la propreté des circulations d'air
La présence d?une importante couche de poussière combinée avec des grains dans la partie « chaude »
du séchoir n?est pas habituelle contrairement à ce qui est généralement observé dans les parties « air
usé ». Les opérations de nettoyage et la vérification de leur bonne exécution de ce côté du séchoir sont
nécessaires et ne doivent pas se limiter à la partie « brûleur ». Ces opérations de nettoyage et de contrôle
sont d?autant plus importantes à la suite de la survenue d'un sinistre.
Rapport d?enquête sur l?incendie survenu sur le site Alternae situé à Génicourt (95) le 17 décembre 2024
N° MTE-BEARI-2025-08
P a g e 20 | 24
Le filtrage de l?air recyclé, qui n?est pas systématique au sein des générations de séchoirs en
fonctionnement, permet en grande partie de limiter ce risque d?empoussièrement lors d'un
fonctionnement normal. En parallèle, une conception de l?installation qui limite les possibilités
d?accumulation de la poussière est à privilégier.
VII.2 Détection rapide des foyers
L?accessibilité à la zone « air recyclé » est souvent délicate. En effet, elle est généralement située entre
la zone brûleur et la colonne dans laquelle circulent les céréales. Elle est parfois munie d?une ouverture
en partie basse et plus rarement d?échelles permettant une inspection des parties hautes. Elle est donc
globalement difficile à inspecter et encore plus à nettoyer, au point de n?être accessible que par des
cordistes. Lors d?un départ de feu dans cette zone, il est important de pouvoir rapidement le localiser.
VII.3 Instrumentation de l'installation
La détection visuelle d'un départ de feu dans un séchoir est délicate par conception, il est donc
primordial qu'il soit équipé de sondes de température susceptibles de déclencher une alarme,
intelligemment réparties pour pouvoir détecter et surveiller au mieux un début d'élévation de
température.
VII.4 Caractéristiques de la graine
Les caractéristiques de la graine et notamment son taux d'humidité et sa capacité à dégager des
poussières sont des paramètres qui peuvent influencer le phénomène d'auto-inflammation de la
poussière de céréales. Leur variabilité peut être importante en fonction des années. Lors des années
humides, ces paramètres doivent faire l?objet d?un suivi particulier et le cas échéant conduire à la mise
en place d'un système de nettoyage de la graine avant son entrée dans le séchoir ainsi que de procédures
de contrôle de l?état de propreté du séchoir durant la campagne y compris dans les "parties chaudes"
du séchoir ainsi qu'à un suivi plus précis des évolutions de température au sein du séchoir.
Lorsque qu?un taux d?humidité important est constaté et que la température de consigne avoisine celle
de l?auto-inflammation, une limitation de la température de consigne, du temps de séjour dans le séchoir
et/ou une étape de pré-séchage sont à envisager.
Rapport d?enquête sur l?incendie survenu sur le site Alternae situé à Génicourt (95) le 17 décembre 2024
N° MTE-BEARI-2025-08
P a g e 21 | 24
VIII. Recommandations de sécurité à destination de l?exploitant de
l?équipement
Le BEA-RI émet les recommandations suivantes à l?attention de l?exploitant :
? Revoir l'instrumentation du séchoir pour s'assurer qu'il est équipé d'un nombre suffisant de
sondes de température de sécurité correctement positionnées et dont les seuils de
déclenchement seront réexaminés, et que le suivi des valeurs remontées par celles-ci est
suffisamment ergonomique pour permettre une intervention rapide en cas de besoin ;
? Mettre en place un moyen d?alerte (sonore ou tout autre moyen) permettant en cas de défaut
sur le séchoir d'alerter sans délai les opérateurs ;
? Mettre en place une procédure de contrôle de l?état d?empoussièrement du séchoir qui
s?applique à l?ensemble des parties de l?installation (y compris la partie chaude) ;
? Systématiser l'application de cette procédure de contrôle aux phases de réception de travaux
de nettoyage, de manière régulière durant la campagne, à une fréquence adaptée à la qualité de
la graine traitée, et après tout sinistre.
P a g e 22 | 24
IX. Annexe
Annexe 1 Rapport de l'Ineris en réponse à la saisine du BEA-RI .................................................................... 23
P a g e 23 | 24
Annexe 1 Rapport de l'Ineris en réponse à la saisine du BEA-RI
Institut national de l?environnement industriel et des risques, Appui technique de l?Ineris en réponse à
la saisine du BEA-RI à la suite de l?incendie survenu dans un séchoir à maïs de la société ALTERNAE sur
son site de Génicourt (95) le 17 décembre 2024, Verneuil-en-Halatte : Ineris ? 231940 ? 2825699-
v1.029/04/2025.
Ineris -231940 - 2825699 - v1.0
Appui technique de l?Ineris en réponse à la
saisine du BEA-RI à la suite de l?incendie
survenu dans un séchoir à maïs de la société
ALTERNAE sur son site de Génicourt (95) le
17 décembre 2024
29/04/2025
(ID Modèle = 454913)
Ineris - 231940 - 2825699 - v1.0
Page 2 sur 21
PRÉAMBULE
Le présent document a été réalisé au titre de la mission d?appui aux pouvoirs publics confiée à l?Ineris,
en vertu des dispositions de l?article R131-36 du Code de l?environnement.
La responsabilité de l'Ineris ne peut pas être engagée, directement ou indirectement, du fait
d?inexactitudes, d?omissions ou d?erreurs ou tous faits équivalents relatifs aux informations utilisées.
L?exactitude de ce document doit être appréciée en fonction des connaissances disponibles et objectives
et, le cas échéant, de la réglementation en vigueur à la date d?établissement du document. Par
conséquent, l?Ineris ne peut pas être tenu responsable en raison de l?évolution de ces éléments
postérieurement à cette date. La mission ne comporte aucune obligation pour l?Ineris d?actualiser ce
document après cette date.
Au vu de ses missions qui lui incombent, l'Ineris, n?est pas décideur. Les avis, recommandations,
préconisations ou équivalent qui seraient proposés par l?Ineris dans le cadre des missions qui lui sont
confiées, ont uniquement pour objectif de conseiller le décideur dans sa prise de décision. Par
conséquent, la responsabilité de l'Ineris ne peut pas se substituer à celle du décideur qui est donc
notamment seul responsable des interprétations qu?il pourrait réaliser sur la base de ce document. Tout
destinataire du document utilisera les résultats qui y sont inclus intégralement ou sinon de manière
objective. L?utilisation du document sous forme d'extraits ou de notes de synthèse s?effectuera également
sous la seule et entière responsabilité de ce destinataire. Il en est de même pour toute autre modification
qui y serait apportée. L'Ineris dégage également toute responsabilité pour chaque utilisation du
document en dehors de l?objet de la mission.
Nom de la Direction en charge du rapport : DIRECTION GENERALE
Rédaction : COLLET Martin
Vérification : BINOTTO GHISLAIN; CHAUMETTE SYLVAIN; STOUVENEL MICKAEL; VIGNES ALEXIS
Approbation : BOUET REMY - le 29/04/2025
Ineris - 231940 - 2825699 - v1.0
Page 3 sur 21
Table des matières
1 Introduction .................................................................................................................................6
1.1 Déontologie .........................................................................................................................6
1.2 Contexte ..............................................................................................................................6
2 Description succincte des installations concernées et des circonstances de l?accident .................7
2.1 Description générale du séchoir ...........................................................................................7
2.2 Circonstances des évènements antérieurs ...........................................................................7
2.3 Description succincte de l?évènement du 17 décembre 2024 ................................................7
3 Réponse aux sollicitations du BEA-RI ..........................................................................................8
3.1 Influence de "l'âge" (compacité) et de l'épaisseur de la couche de poussière sur
l?inflammabilité ................................................................................................................................8
3.2 Influence du taux d'humidité sur l?inflammabilité de la poussière ......................................... 10
3.3 Influence du taux d'humidité du grain sur la quantité de poussière formée lors du processus
de séchage ................................................................................................................................... 11
3.4 Influence de la présence d?humidité au sein de la poussière de grain de maïs dont le
processus de fermentation pourrait avoir débuté1 .......................................................................... 13
4 Conclusion ................................................................................................................................ 14
5 Références................................................................................................................................ 16
6 Annexes .................................................................................................................................... 17
Table des illustrations
Figure 1 : Principe de fonctionnement du séchoir à grain de type « économiseur » ..............................7
Figure 2 : Dispositif expérimental de détermination la température minimale d?inflammation en couche
de 5 mm selon la norme ISO/IEC 80079-20-2 .....................................................................................9
Figure 3 : Détermination de la dimension critique en fonction de la température (nouveau protocole)
pour un échantillon de poussière de blé ............................................................................................ 10
Figure 4 : Observations des dégâts causés par les charançons du maïs sur les grains. ..................... 12
Figure 5 : Evaluation des réglages de la moissonneuse-batteuse sur les différentes catégories
d?impuretés ....................................................................................................................................... 12
Ineris - 231940 - 2825699 - v1.0
Page 4 sur 21
Résumé
Le BEA-RI a ouvert le 17 décembre 2024, une enquête sur l?évènement survenu le jour même au sein
de la société Alternae située à Génicourt (95).
Deux enquêteurs du BEA-RI se sont rendus sur site. Selon les premiers éléments de l'enquête,
l?incendie a pris naissance dans une gaine d?air chaud d?un séchoir à céréales séchant du maïs lors de
l?évènement.
Dans la continuité des constats dressés lors de cette visite, l?expertise de l'Ineris a été mobilisée dans
le cadre de sa coopération avec le BEA-RI, pour déterminer par la bibliographie un certain nombre de
caractéristiques du maïs et des poussières qu?il est susceptible de générer.
Pour citer ce document, utilisez le lien ci-après :
Institut national de l?environnement industriel et des risques, Appui technique de l?Ineris en réponse à la
saisine du BEA-RI à la suite de l?incendie survenu dans un séchoir à maïs de la société ALTERNAE sur
son site de Génicourt (95) le 17 décembre 2024, Verneuil-en-Halatte :
Ineris - 231940 - 2825699 - v1.029/04/2025.
Mots-clés :
BEA-RI, ALTERNAE, Génicourt, Incendie, Séchoir, Maïs, Auto-échauffement.
Ineris - 231940 - 2825699 - v1.0
Page 5 sur 21
Glossaire
ATD / ATG : Analyse thermique différentielle couplée à une analyse thermogravimétrique.
ATEX : Atmosphère explosible ou Atmosphère explosive.
BEA-RI : Bureau d'enquêtes et d'analyses - Risques industriels.
ICPE : Installation classée pour l?environnement.
Ineris : Institut national de l?environnement industriel et des risques.
INRS : Institut National de Recherche et de Sécurité.
TAI : Température d?auto-inflammation.
TMI : Température Minimale d?inflammation.
Ineris - 231940 - 2825699 - v1.0
Page 6 sur 21
1 Introduction
1.1 Déontologie
Durant ces 10 dernières années, l?Ineris n?a pas réalisé de prestation pour la société ALTERNAE.
1.2 Contexte
Le BEA-RI a ouvert le 17 décembre 2024, une enquête sur l?évènement survenu le jour même au sein
de la société Alternae située à Génicourt (95).
Deux enquêteurs du BEA-RI se sont rendus sur site. Selon les premiers éléments de l'enquête,
l?incendie aurait pris naissance dans une gaine d?air chaud d?un séchoir à céréales séchant du maïs lors
de l?évènement.
Dans la continuité des constats dressés lors de cette visite, le BEA-RI souhaite mobiliser l?expertise de
l'Ineris, pour déterminer par la bibliographie un certain nombre de caractéristiques du maïs et des
poussières qu?il est susceptible de générer.
En pratique, il est demandé à l'Ineris, en se basant sur la bibliographie d?établir la vraisemblance de
l'inflammation d'une couche de poussières de maïs soumise à un flux d'air chaud (120°C) notamment
au regard de :
? L?influence de "l'âge" (compacité) et de l'épaisseur de la couche de poussières,
? L?influence du taux d'humidité de la graine sur l?inflammabilité de la poussière,
? L?influence du taux d'humidité de la graine sur la quantité de poussières formée lors du
processus de séchage,
? L?influence de la présence d?humidité au sein de la poussière de grain de maïs dont le processus
de fermentation pourrait avoir débuté lors du stockage préliminaire.
L'année 2024 a été marquée par une forte humidité, ce qui a entraîné l'arrivée de grains de maïs avec
une hygrométrie élevée (teneur en eau entre 35 et 40 % en masse). Dans le séchoir, une combinaison
de grains "neufs" et "stockés" a été identifiée, avec un objectif de séchage à environ 15 % en masse
d'humidité . La perte de 20 points d'humidité a nécessité des températures élevées et une opération en
une seule passe. Plusieurs incendies ont été signalés au cours de l'année 2024.
Ineris - 231940 - 2825699 - v1.0
Page 7 sur 21
2 Description succincte des installations concernées et des
circonstances de l?accident
2.1 Description générale du séchoir
L?installation impliquée dans cet incendie est un séchoir à maïs de type « économiseur » qui intègre un
système de recyclage d'air chaud en partie basse. Ce système permet de réaliser des économies
d?énergie en gardant dans le circuit de ventilation une partie des calories apportées par le bruleur à gaz
(Figure 1).
Figure 1 : Principe de fonctionnement du séchoir à grain de type « économiseur »
Cependant, ce recyclage d?air interne peut être à l?origine d?une augmentation de la concentration en
poussières fines dans le circuit d?air chaud. En effet, malgré la présence de volets anti-poussières en
partie basse, dont le rôle est de rabattre les poussières présentes dans le circuit d?air recyclé sans pour
autant les capter, il est alors probable qu?une quantité non-négligeable de poussières fines ait pu être
réintroduite dans le circuit d?air chaud.
2.2 Circonstances des évènements antérieurs
Plusieurs évènements antérieurs à l?évènement survenu le 17 décembre 2024 ont été recensés sur la
même installation (ARIA 63047, ARIA 63055). Ces incendies, respectivement survenus les 13 et
23 novembre 2024 ont révélé que l?humidité et la propreté du grain et du séchoir auraient pu avoir un
impact sur la survenue de ces incidents.
En effet, lors du premier événement, l?incendie en tête de séchoir est lié à un bouchon de maïs humide
en partie haute dans la colonne de grain, côté air usé, soumis à un flux d?air chaud dans le séchoir en
fonctionnement.
Lors du second événement, l?incendie serait lié à la présence de poussières au niveau des déflecteurs
situés au-dessus des brûleurs, qui auraient chauffé puis basculé dans le caisson de circulation d?air lors
du recyclage. De la poussière accumulée entre des panneaux isolants a ensuite pris feu. La présence
de poussières au niveau des déflecteurs serait liée à un nettoyage insuffisant à la suite du précédent
incendie.
2.3 Description succincte de l?évènement du 17 décembre 2024
Le troisième événement survenu sur cette installation, qui fait l?objet de ce rapport, pourrait avoir pour
origine un dépôt de poussières de plusieurs dizaines de centimètres présent dans la partie air chaud au
niveau de la colonne de séchage, selon les premiers éléments de l?enquête du BEA-RI. L?analyse
menée par l?Ineris vise à explorer la pertinence de ce scénario et notamment à établir la vraisemblance
de l'inflammation d'une couche de poussière de maïs soumise à un flux d'air chaud (120°C).
Ineris - 231940 - 2825699 - v1.0
Page 8 sur 21
3 Réponse aux sollicitations du BEA-RI
3.1 Influence de "l'âge" (compacité) et de l'épaisseur de la couche de
poussière sur l?inflammabilité
L?inflammabilité d?une couche de poussière ne dépend pas seulement de sa composition chimique.
Deux paramètres physiques jouent un rôle important : la compacité (ou densité apparente) et l?épaisseur
du dépôt.
? Effet de la compacité
Lorsqu?une poussière vient d?être déposée, elle est en général peu compacte, l?oxygène peut diffuser
assez facilement dans le dépôt de poussières, ce qui va faciliter les réactions d?oxydation, pouvant ainsi
faciliter l?inflammation. Avec le temps, ou sous l?effet de vibrations, la poussière se tasse. Elle devient
alors plus dense et moins poreuse. Cette compaction réduit la diffusion de l?air au sein du dépôt de
poussière, mais améliore la conduction thermique à l?intérieur du dépôt comparativement à un dépôt
« frais ». La chaleur se répartit donc mieux, ce qui limite la présence de points chauds.
Ainsi, un dépôt plus compact aura tendance à s?enflammer moins facilement, car il laisse entrer moins
d?oxygène, la chaleur s?y répartit plus vite, ce qui évite des températures critiques localisées (points
chauds). À l?inverse, une poussière peu compacte (faible masse volumique), favorise une bonne
diffusion de l?oxygène mais retient plus facilement la chaleur, l?air étant un mauvais conducteur de
chaleur.
Du point de vue de la sécurité industrielle, il convient donc d?évaluer la température d?inflammation d?un
dépôt de poussière non compacté afin d?être dans un cas majorant (en l?absence de fermentation qui
elle au contraire est favorisée par le compactage et l?activité microbienne dans le cas de la biomasse
pour des températures inférieures à 70-80°C).
? Effet de l?épaisseur du dépôt
L?épaisseur de la couche de poussière est également un facteur important. Plus une couche est épaisse
plus elle peut produire de chaleur par oxydation (dépend du volume du dépôt) et moins elle peut dissiper
la chaleur produite vers son environnement (dépend de la surface du dépôt), Ce déséquilibre entre la
chaleur produite à l?intérieur du dépôt de poussières et sa capacité à dissiper la chaleur explique
pourquoi des couches épaisses ont un risque d?auto-échauffement et d?auto-inflammation plus élevé.
Dit autrement, la température à laquelle un dépôt s?auto-enflamme diminue quand son volume
augmente, car la chaleur s?y accumule plus facilement, conformément à ce qui peut être prédit via des
modèles d?auto-échauffement classiques (e.g. modèle de Frank-Kamenetskii).
Afin de quantifier la vraisemblance de l?inflammation d?un dépôt de poussière de maïs dans les
conditions de l?accident, il conviendrait donc de réaliser un essai en considérant une couche de
poussière formée sans compression de la couche, le vieillissement de la couche entraînant une moindre
sensibilité à l?inflammation, dans une ambiance chaude.
Classiquement, un essai d?inflammation en couche selon la norme NF EN ISO/IEC 80079-20-2 permet
de déterminer la température d?inflammation d?un dépôt de poussière de 5 mm d?épaisseur sans
compression de la poussière mais à température ambiante.
La caractérisation de l?inflammation des couches de poussière est réalisée selon la norme ISO/IEC
80079-20-2. Cette évaluation consiste à déposer un échantillon de poussière d?une épaisseur de 5 mm
sur une plaque chauffante (voir Figure 2). Son objectif est de déterminer la température maximale de
surface des équipements à installer en zone ATEX, afin de prévenir l?inflammation de cette couche, qui
pourrait déclencher une explosion ATEX ou un incendie.
Ineris - 231940 - 2825699 - v1.0
Page 9 sur 21
Figure 2 : Dispositif expérimental de détermination la température minimale d?inflammation
en couche de 5 mm selon la norme ISO/IEC 80079-20-2
L?utilisation de cette donnée pour la prévention de l?auto-échauffement des dépôts de solides
divisés/dépôts de poussières en ambiance chaude est fréquente mais non pertinente. En effet, l?essai
normalisé selon la norme ISO/IEC 80079-20-2 est effectué en condition ambiante (ambiance froide), ce
qui n?est pas représentatif de dépôts de poussière pouvant se retrouver sur des parois de sécheurs.
Afin de répondre à cette problématique, A. Vignes et A. Janès1 ont développé à l?Ineris un nouveau
protocole de mesure de la température d?inflammation des couches en ambiance chaudes. Ce dispositif
de plaque chaude en étuve a ainsi permis de mesurer et comparer les températures d?inflammation en
ambiance chaude et froide pour différents composés (blé, charbon, cacao, ?).
Les résultats indiquent que la température critique d?inflammation d?une couche de 5 mm de poussières
obtenue en ambiance chaude est inférieure de 60 à 120°C à la température d?inflammation obtenue à
température ambiante telle que déterminée classiquement selon la norme NF EN ISO/IEC 80079-20-2.
Cette différence s?explique par une moindre dissipation thermique de l?énergie libérée par les réactions
d?oxydation du matériau testé, due à la réduction du gradient thermique entre l?échantillon et son
environnement en ambiance chaude.
En reprenant les extrapolations effectuées par A. Vignes et A. Janès, une estimation de la température
minimale d?inflammation en couche et en ambiance chaude (pour de la poussière de blé) peut être
effectuée en utilisant le graphique ci-dessous (Cf. Figure 3).
En considérant, une taille de dépôt de poussières de l?ordre de 10/20 cm, la température critique
d?inflammation se situe entre 135 et 155°C. Il est alors probable que ce phénomène soit à l?origine de
l?incendie observé sur cette installation. A noter qu?un dépôt de 40 cm de poussière de blé aurait été
suffisant pour s?auto-enflammer à 120°C dans les conditions expérimentales.
1 Agnès Janès, Alexis Vignes, Olivier Dufaud, Ignition temperatures of dust layers and bulk storages in hot
environments, Journal of Loss Prevention in the Process Industries, Volume 59, 2019, Pages 106-117
Ineris - 231940 - 2825699 - v1.0
Page 10 sur 21
Figure 3 : Détermination de la dimension critique en fonction de la température (nouveau protocole)
pour un échantillon de poussière de blé
L?estimation précédente vaut pour un échantillon de poussière de blé. Aucune donnée concernant
l?inflammabilité en ambiance chaude d?une couche de poussière de maïs n?est disponible.
Par rapport à l?incendie du séchoir dans une gaine à 120°C et considérant un dépôt de maïs de
10/20 cm, en première approximation et tenant compte des incertitudes de mesures, l?hypothèse d?un
auto-échauffement semble probable. L?Ineris recommande toutefois une évaluation expérimentale de
la température critique d?auto-inflammation des poussières de maïs dans les conditions de
fonctionnement du séchoir (température et épaisseur du dépôt) afin de confirmer cette hypothèse.
En conclusion l?accumulation progressive dans le temps d?une couche de poussières de maïs de
10/20 cm dans une ambiance chaude de la gaine (température et ventilation), menant à une auto-
inflammation de cette couche parait comme une hypothèse très probable de ce scénario accidentel.
3.2 Influence du taux d'humidité sur l?inflammabilité de la poussière2
L?influence de l?humidité de la biomasse sur le processus de séchage a été mise en évidence dans
plusieurs études. Une teneur en eau élevée nécessite un apport accru de chaleur pour évaporer l?eau
contenue dans la poussière, ce qui ralentit la montée en température. En effet, l?énergie fournie est
d?abord mobilisée pour augmenter la température de l?eau contenue dans la graine, retardant ainsi
l?élévation de la température du produit, notamment au centre de la graine. Par la suite, l?évaporation
se produit de manière soudaine et en grande quantité3.
2 Amina Bouzarour. Auto-échauffement d?un lit ventilé de matériaux carbonés : cas du bois torréfié. Génie des
procédés. Ecole des Mines d?Albi-Carmaux, 2019. Français. NNT : 2019EMAC0012. tel-02903159.
3 R. B. Bates and A. F. Ghoniem, ?Modeling kinetics-transport interactions during biomass torrefaction : The effects
of temperature, particle size, and moisture content,? Fuel, vol. 137, pp. 216?229, Dec. 2014.
Ineris - 231940 - 2825699 - v1.0
Page 11 sur 21
Dans le cas d?une particule isolée, une forte humidité peut entraîner un dépassement de la température
cible, plus marqué au centre. Pour un empilement de particules, le retard thermique est plus prononcé
à la sortie de l?empilement (par rapport au flux d?air chaud). De ce fait, lorsque les réactions de
dégradation commencent, le gaz s?est déjà refroidi4.
Par ailleurs, il est important de préciser que l'humidité peut modifier la réactivité de surface de certaines
matières organiques. Par exemple, en présence d?eau, des produits comme le sucre peuvent
développer une couche collante en surface, ce qui influence leur comportement réactif. Il serait pertinent
d?approfondir l?étude de cet effet dans le cadre de l'accident survenu.
De manière générale, la teneur en humidité joue un rôle déterminant dans le mécanisme d'auto-
échauffement, par plusieurs voies :
? Au niveau réactionnel : L?eau peut agir comme catalyseur, favorisant certaines réactions
d?oxydation.
? Au niveau des transferts thermiques : L?eau, du fait de sa capacité calorifique élevée,
participe au stockage et à la dissipation de la chaleur.
Le comportement varie en fonction de la quantité d?eau présente :
? Faible teneur en eau : L'humidité est insuffisante pour favoriser l?adsorption optimale de
l'oxygène, limitant ainsi les réactions exothermiques.
? Teneur intermédiaire : Une humidité modérée permet une adsorption efficace de l?oxygène,
ce qui peut entraîner une réaction exothermique intense et accroître le risque d?auto-
échauffement.
? Forte teneur en eau : Lorsque les espaces interstitiels sont saturés, l?eau limite la diffusion de
l?oxygène à l?intérieur du dépôt, freinant alors la réaction d?oxydation.
Concernant les transferts thermiques, dans des conditions de ventilation adéquates, l?évaporation de
l?eau permet de limiter la montée en température. Toutefois, en l'absence de ventilation suffisante ou
dans des dépôts denses, cette évaporation peut entraîner des zones locales de surchauffe, favorisant
à nouveau l'auto-échauffement.
Ainsi, il existe une plage d'humidité "optimale" dans laquelle le risque d?auto-échauffement est maximal.
Ce risque est particulièrement élevé lorsque le dépôt de poussières contient une quantité d?eau
suffisante pour intensifier les réactions chimiques, mais insuffisante pour permettre une dissipation
thermique efficace.
3.3 Influence du taux d'humidité du grain sur la quantité de poussière formée
lors du processus de séchage
La présence d?une quantité importante de poussière dans les gaines d?air chaud du séchoir pourrait être
du à plusieurs facteurs relatifs à l?humidité élevée de l?année 2024. Ces facteurs sont présentés ci-
dessous :
? Le développement d?insectes ravageurs. D?après l?Institut technique agricole ARVALIS5,
l?humidité de l?année 2024 a significativement impacté la prolifération d?insectes ravageurs tels
que les héliothis, charançons du maïs ou autres pyrales. Ces insectes sont connus pour
décomposer la matière, entrainant la formation de particules de granulométrie plus fine
(Cf. Figure 4) qui peuvent restées agglomérées à la surface du grain humide et être entrainées
par le flux d?air chaud lors du séchage.
4 P. Perré, R. Rémond, I. Turner, A comprehensive dual-scale wood torrefaction model: Application to the analysis
of thermal run-away in industrial heat treatment processes, International Journal of Heat and Mass Transfer,
Volume 64, 2013, Pages 838-849, ISSN 0017-9310.
5https://www.arvalis.fr/sites/default/files/medias/pdf/2025-
01/Guide_preco_CHOISIR_mais_2024_2025_Centre_IledeFrance.pdf
Ineris - 231940 - 2825699 - v1.0
Page 12 sur 21
Cependant, ce phénomène est plutôt observé après l?opération de séchage et nécessite
plusieurs mois pour avoir un impact significatif sur la génération de particules de granulométrie
fine. L?hypothèse d?un développement d?insectes ravageurs entrainant une formation de fines
entre la récolte et l?opération de séchage apparait donc peu probable.
Figure 4 : Observations des dégâts causés par les charançons du maïs sur les grains.
? La génération de poussières lors de la récolte/manutention. D?après ARVALIS6, il existe
des corrélations entre certains réglages de la moissonneuse batteuse et la génération
d?impuretés, casse ou fissure du grain de maïs (Figure 5). Un réglage inadapté produit, en plus
des grains brisés, des grains fissurés et des poussières fines. Du chantier de récolte à sa
destination finale, le grain subit plusieurs opérations de transfert et de manutention. Lors de la
manutention, les grains de maïs ont tendance à générer plus de poussières que d?autres
grains7 (blé, soja, ?), cela étant dû à la structure interne de son grain, qui se fragmente en
particules de tailles aléatoires lors de la casse. Le mauvais paramétrage de certains de ces
paramètres lors de la récolte aurait également pu participer à la génération de poussières fines
en quantité importante restant adhérées sur la surface des grains.
Figure 5 : Evaluation des réglages de la moissonneuse-batteuse sur les différentes catégories
d?impuretés
? Un grain « sale » entrainant des poussières dans les gaines de ventilation lors de l?étape
de séchage. Les poussières fines émises lors des opérations de récolte ou de manutention
peuvent adhérer à la surface des grains humides. Lors du séchage, elles sont entraînées par
le flux d?air chaud, augmentant ainsi la charge particulaire en suspension et favorisant une
accumulation significative de dépôts dans les gaines, pouvant être supérieure à celle observée
les années précédentes.
6 Six paramètres à vérifier pour régler la moissonneuse-batteuse | ARVALIS
7 J. M. Boac, R. G. Maghirang, M. E. Casada, J. D. Wilson, Y. S. Jung. (2009). Size distribution and rate of dust
generated during grain elevator handling. American Society of Agricultural and Biological Engineers ISSN 0883-
8542
Ineris - 231940 - 2825699 - v1.0
Page 13 sur 21
En conclusion, l?hypothèse de l?accumulation de quantité de poussières plus importante dans les
séchoirs lorsque que la graine est plus humide pourrait être expliquée par le phénomène d?adhérence
de plus de poussières au grain humide à l?arrivée dans le séchoir. Ces poussières étant entrainer dans
le flux d?air chaud au fur et à mesure que le grain perd en humidité.
3.4 Influence de la présence d?humidité au sein de la poussière de grain de
maïs dont le processus de fermentation pourrait avoir débuté1
En amont du séchage, certains lots de maïs ont été stockés en boudins. Selon les conditions de
stockage (durée, température, concentration en oxygène), un processus de fermentation des grains a
pu se produire (poches de fermentation selon les conditions de stockage), l?humidité favorisant la
croissance des micro-organismes fermentaires.
La majorité des produits agroalimentaires et des végétaux sont susceptibles de se dégrader sous
certaines conditions (forte humidité, température élevée, stade de récolte, temps de stockage etc.). Ce
phénomène résulte soit de réactions biologiques exothermiques, induites par une activité respiratoire
intense des micro-organismes (respiration aérobie), soit de réactions fermentaires produisant des gaz
inflammables tels que l?hydrogène (H2) et le méthane (CH4). La poussière issue de la fragmentation du
maïs est susceptible de fermenter plus facilement que les grains car susceptible de libérer facilement
les substrats fermentescibles.
En atmosphère confinée, lorsque la concentration en monoxyde de carbone (CO) dépasse 10 %,
l?activité respiratoire est inhibée et la production de chaleur issue de la respiration aérobie diminue. En
milieu anaérobie (absence d?oxygène), les processus fermentaires génèrent des gaz inflammables
(CH4, CO), mais induisent moins de chaleur que la respiration aérobie. Le principal risque associé est
alors l?accumulation de ces gaz inflammables et le risque de formation d?une atmosphère explosive en
présence d?air, plutôt que l?auto-inflammation des dépôts de poussière.
Au-delà de 70-80°C, la population microbienne décroît rapidement et les réactions exothermiques liées
à la respiration aérobie ou à la fermentation cessent.
En conclusion, il est peu probable qu?un processus de fermentation de poussière de maïs en amont
du séchoir ait généré l?inflammation de la couche de poussières, le phénomène de fermentation était
peu probable dans les conditions de température du séchoir (120°C).
Ineris - 231940 - 2825699 - v1.0
Page 14 sur 21
4 Conclusion
L?Ineris a apporté un appui technique en réponse à la saisine du BEA-RI datant du 20/12/2024.
Deux enquêteurs du BEA-RI se sont rendus sur le site concerné par le sinistre. Selon les premiers
éléments de l'enquête, l?incendie aurait pris naissance dans une gaine d?air chaud d?un séchoir à
céréales séchant du maïs lors de l?évènement.
Dans la continuité des constats dressés lors de cette visite, le BEA-RI souhaite mobiliser l?expertise de
l'INERIS, pour déterminer par la bibliographie un certain nombre de caractéristiques du maïs et des
poussières qu?il est susceptible de générer :
1) L?influence de « l'âge » et de l'épaisseur de la couche de poussière : En reprenant les
conclusions de l?étude Vignes et Janès, une estimation de la température minimale
d?inflammation en couche et en ambiance chaude (pour de la poussière de blé) peut être
effectuée. En considérant, une taille de dépôt de poussière de l?ordre de 10/20 cm, la
température critique d?inflammation se situe entre 135 et 155°C. Il est alors probable que ce
phénomène soit à l?origine de l?incendie observé sur cette installation. A noter qu?un dépôt de
40 cm de poussière de blé aurait été suffisant pour s?auto-enflammer à 120°C dans les
conditions expérimentales. D?autres phénomènes comme l? « âge » de la couche et la
ventilation ont également pu avoir un impact sur l?apparition de ce phénomène.
2) L?influence du taux d'humidité de la graine sur l?inflammabilité de la poussière : Dans les
conditions de l?accident, l?impact du taux d?humidité de la poussière joue sur le temps
d?induction. Plus un produit est humide, plus le temps nécessaire à l?apparition du phénomène
d?auto-échauffement est long. L?humidité de la couche a également pu avoir un impact sur les
mécanismes réactionnels mis en jeu. Cependant, le dépôt de poussière étant soumis à un flux
d?air chaud, son taux d?humidité était certainement assez faible avant l?accident, ce qui limite
l?influence de ce paramètre.
3) L?influence du taux d'humidité de la graine sur la quantité de poussière formée lors du
processus de séchage : L?humidité de l?année 2024 pourrait être à l?origine d?une accentuation
du phénomène de grain « sale » tel qu?observé dans la synthèse d?accident ARIA N°63047. Ce
phénomène pourrait être dû à des poussières fines émises lors des opérations de récolte ou de
manutention pouvant adhérer à la surface des grains humides et entrainées ensuite dans le
circuit d?air chaud lors du séchage. Ce phénomène, couplé à un mauvais nettoyage de
l?installation (ARIA N°63055) pourrait expliquer la présence de dépôts de poussières importants,
rendant ces dépôts plus sensibles au risque d?inflammation. De plus, ce type de séchoir dit
« économiseur » ne permet pas de traiter une accumulation de la quantité de poussière dans
l?air recyclé, entrainant une augmentation de la concentration de poussière dans la partie air
chaud.
4) L?influence de la présence au sein de la poussière de grain de maïs dont le processus de
fermentation pourrait avoir débuté lors du stockage préliminaire : Le principal danger
associé à la présence de grains de maïs dont le processus de fermentation est la génération
de gaz inflammables lors de ce stockage qui démarre lors du stockage préliminaire. Ce
phénomène provoque des risques d?explosions des gaz générés. Il apparait difficile de faire un
lien entre ce phénomène et l?inflammabilité des grains lors de l?étape de séchage.
Il est à noter que lors de l?utilisation des données issues des Fiches de Données de Sécurité (FDS) ou
de résultats expérimentaux, il est essentiel de ne pas les considérer comme des valeurs absolues, mais
de les adapter au contexte spécifique du procédé. En effet, les conditions opératoires telles que la
température, la pression, l?humidité ou la concentration en oxygène peuvent influencer les propriétés
physico-chimiques des substances et modifier les seuils critiques établis normativement. Par exemple,
une taille de dépôt élevée peut abaisser le point d?auto-inflammation d?une poussière combustible,
tandis qu?une variation de pression peut affecter la concentration limite d?explosivité d?un gaz.
Ainsi, il est indispensable d?intégrer ces paramètres dans l?évaluation des risques afin d?assurer une
sécurité optimale lors des opérations industrielles.
Ineris - 231940 - 2825699 - v1.0
Page 15 sur 21
Enfin, l?Ineris préconise de suivre les recommandations suivantes pour traiter les grains particulièrement
humides8 :
? Limiter la température de séchage,
? Procéder à un pré-séchage lorsque l?humidité du grain est supérieure à 22/24 %,
? Procéder à un lavage du grain lorsqu?il est « sale »,
? Mettre en place des tôles inclinées (ou systèmes équivalents) pour limiter l?apparition de dépôts
dans les « angles » et points morts de l?installation,
? Mettre en place un programme strict de contrôle et de nettoyage des gaines d'air chaud pour
éviter l'accumulation de poussières inflammables. La fréquence doit être adaptée à la
production,
? Réaliser des évaluations de risque spécifique « poussières combustibles » avec mise à jour
des procédures si besoin,
? Installer des détecteurs spécifiques aux aérosols chauds et aux fumées dans les gaines et les
équiper d'un système d'extinction localisé (sprinklage, inertage, ?),
? Sensibiliser, former les opérateurs aux risques liés aux poussières combustibles, à la détection
précoce d'incidents et à la conduite à tenir en cas d?alarme.
8 Recommandations partiellement issues du Guide pratique pour le séchage des grains en organisme sécheurs,
ARVALIS - Institut du végétal - FFCAT
Ineris - 231940 - 2825699 - v1.0
Page 16 sur 21
5 Références
Base de données ARIA BARPI. Disponible à : https://www.aria.developpement-durable.gouv.fr/le-barpi/
Site internet de ARVALIS, Institut technique agricole : https://www.arvalis.fr/
Guide pratique pour le séchage des grains en organisme sécheurs, ARVALIS - Institut du végétal ?
FFCAT
S. Evanno, J.P. Pineau, J. Chaineaux, R. Lodel, D. Carson (Ineris, 2005). Omega 11 ? Connaissance
des phénomènes d'auto-échauffement des solides combustibles, Rapport d?étude N° DRA-2005-46055.
Bowes P.C. (1984). Self-heating : evaluating and controlling the hazards, Dept. of the Environment,
Building Research Establishment ; Amsterdam ; New York : Elsevier
Agnès Janès, Alexis Vignes, Olivier Dufaud, Ignition temperatures of dust layers and bulk storages in
hot environments, Journal of Loss Prevention in the Process Industries, Volume 59, 2019, Pages 106-
117.
P. Nordon, ?A model for the self-heating reaction of coal and char? Fuel, vol. 58, no. 6, pp. 456?464,
1979.
A. Bouzarour. Auto-échauffement d?un lit ventilé de matériaux carbonés : cas du bois torréfié. Génie
des procédés. Ecole des Mines d?Albi-Carmaux, 2019. Français. NNT : 2019EMAC0012. tel-02903159.
R. B. Bates and A. F. Ghoniem, ?Modeling kinetics-transport interactions during biomass torrefaction :
The effects of temperature, particle size, and moisture content,? Fuel, vol. 137, pp. 216?229, Dec. 2014.
P. Perré, R. Rémond, I. Turner, A comprehensive dual-scale wood torrefaction model: Application to the
analysis of thermal run-away in industrial heat treatment processes, International Journal of Heat and
Mass Transfer, Volume 64, 2013, Pages 838-849, ISSN 0017-9310.
J. M. Boac, R. G. Maghirang, M. E. Casada, J. D. Wilson, Y. S. Jung. (2009). Size distribution and rate
of dust generated during grain elevator handling. American Society of Agricultural and Biological
Engineers ISSN 0883-8542
Ineris - 231940 - 2825699 - v1.0
Page 17 sur 21
6 Annexes
Liste des annexes :
- Annexe 1 : Lettre de saisine du BEA-RI du 20/12/2024 ? 1 page ;
- Annexe 2 : Equations de production et déperdition de chaleur ? 1 page.
Ineris - 231940 - 2825699 - v1.0
Page 18 sur 21
Annexe 1
Lettre de saisine du BEA-RI du 20/12/2024
1 page
Inspection générale de l?environnement
et du développement durable
Bureau d?Enquêtes et d?Analyses
sur les risques industriels
Mél : bea-ri@developpement-durable.gouv.fr
Tour Sequoia
1, place Carpeaux ,La Défense 6
92055 LA DÉFENSE CEDEX
http://www.igedd.developpement-durable.gouv.fr/bea-ri-r549.html
Mission conjointe BEA-RI - INERIS
Le BEA-RI a ouvert le 17 décembre 2024 une enquête sur l?évènement survenu le jour même au sein de
la société Alternae située à Génicourt (95).
Deux enquêteurs du BEA-RI se sont rendus sur site. Selon les premiers éléments de l'enquête, l?incendie
a pris naissance dans un séchoir à céréales séchant du maïs lors de l?évènement.
Dans la continuité des constats dressés lors de cette visite, nous souhaiterions mobiliser l?expertise de
l'INERIS, dans le cadre de sa coopération avec le BEA-RI, pour déterminer par la bibliographie un certain
nombre de caractéristiques du maïs et des poussières qu?il est susceptible de générer.
En pratique, il est demandé à l'INERIS, en se basant sur la bibliographie d?établir la vraisemblance de
l'inflammation d'une couche de poussière de maïs soumise à un flux d'air chaud (120°C) notamment au
regard de :
- L?influence de "l'âge" (compacité) et de l'épaisseur de la couche de poussière,
- L?influence du taux d'humidité de la graine sur l?inflammabilité de la poussière,
- L?influence du taux d'humidité de la graine sur la quantité de poussière formée lors du processus
de séchage.
- L?influence de la présence au sein de la poussière de grain de maïs dont le processus de
fermentation pourrait avoir débuté lors du stockage préliminaire.
Nous souhaiterions pouvoir disposer de vos conclusions au travers d?une courte note (au format pdf)
selon un calendrier qui sera défini entre vos équipes et les enquêteurs en charge de l?affaire.
Fait à la Défense, le 20/12/2024
Henri Kaltembacher
Ineris - 231940 - 2825699 - v1.0
Page 20 sur 21
Annexe 2
Equations de production et déperdition de chaleur
(tiré de l?Omega 11)
1 page
EQUATION D?ARRHENIUS
L?équation suivante (1) permet de calculer la vitesse de la réaction, en admettant que cette dernière soit
indépendante de la consommation du solide combustible (l?ordre partiel de la réaction est égal à zéro) :
où :
- dQ/dt (1) : puissance générée (W),
- V : volume de produit mis en oeuvre (m3)
- Hr : chaleur de réaction (J/mole d?O2))
- A : facteur pré-exponentiel de la loi d?Arrhenius (mole d?O2/m3/s),
- P%O2 : pression partielle d?oxygène dans l?air (sans dimension),
- n : ordre partiel de la réaction par rapport à l?oxygène,
- E : énergie d?activation de la réaction (J/mole),
- R : constante des gaz parfaits (J/mole/K),
- T : température (K).
EQUATION DE NEWTON
L?augmentation de la température est également liée aux déperditions de chaleur, obéissant à la loi de
Newton (2). Dans une première approximation, il est possible de considérer que :
où :
- dQ/dt (2) : puissance dissipée (W), qui décrit l?évolution de la température dans le temps dans
un volume donné, qui est déterminée par le transfert de chaleur dû à la convection à l?extérieur
du matériau,
- h : coefficient global d?échange du stockage (W/m2/°C),
- S : surface d?échange (m2),
- T : température du stockage (°C),
- Ta : température ambiante (°C).
Pour un stockage de masse m, le coefficient de perte de chaleur correspond au terme hS/m et est
indépendant de la température initiale.
Institut national de l?environnement industriel et des risques
Parc technologique Alata ? BP 2 ? F-60550 Verneuil-en-Halatte
03 44 55 66 77 ? ineris@ineris.fr ? www.ineris.fr
P a g e 24 | 24
Bureau d?enquêtes et d?Analyses
sur les Risques Industriels
MATTE / IGEDD / BEA-RI
Tour Séquoïa
92055 La Défense Cedex
+33 1 40 81 21 22
bea-ri.igedd@developpement-durable.gouv.fr
https://www.igedd.developpement-durable.gouv.fr/bea-ri-r549.html
I. Rappel sur l?enquête de sécurité
II. Constats immédiats et engagement de l?enquête
II.1 Les circonstances de l?accident
II.2 Le bilan de l?accident
II.3 Les mesures prises après l?accident
II.4 L?engagement et l?organisation de l?enquête
III. Contextualisation
III.1 L?installation
III.1.1 Le fonctionnement
III.1.2 L?équipement
IV. Déroulement de l?évènement
IV.1 Déclenchement de l?évènement
IV.2 L?intervention des secours publics
V. Compte-rendu des investigations menées
V.1 Interprétation des données de supervision
V.1.1 Analyse des températures
V.1.2 Analyse des alarmes
V.2 Reconnaissance de terrain
V.3 Entretien de l'installation
V.4 Analyse de l?Ineris
VI. Conclusions sur le scénario de l?événement
VI.1 Scénario
VI.2 Facteurs contributifs
VI.2.1 Taux d'humidité de la graine
VI.2.2 Filtrage de l?air recyclé
VI.2.3 Absence de report sonore d?alarme
VI.2.4 Accessibilité de la partie "air chaud"
VI.2.5 Mécanisme de vidange
VII. Enseignements de sécurité
VII.1 Importance de la propreté des circulations d'air
VII.2 Détection rapide des foyers
VII.3 Instrumentation de l'installation
VII.4 Caractéristiques de la graine
VIII. Recommandations de sécurité à destination de l?exploitant de l?équipement
IX. Annexe
Annexe 1 Rapport de l'Ineris en réponse à la saisine du BEA-RI