Rapport d'enquête sur l'incendie suivi d'explosions survenu au sein de la plateforme ARKEMA située sur la commune de Jarrie (38), site classé SEVESO seuil haut
Auteur moral
France. Bureau d'enquêtes et d'analyses sur les risques industriels
Auteur secondaire
Résumé
<div style="text-align: justify;">Rapport de l'enquête réalisée par le BEA-RI sur l'incendie suivi d'explosions survenu au sein de la plateforme ARKEMA (ICPE classée Seveso seuil haut) située à Jarrie en Isère, le 10 novembre 2022. A l'issue de l'enquête, le BEA-RI a émis des recommandations à l'attention de l'exploitant : limiter l'accumulation de poussières comburantes ; limiter le stockage de matières combustibles ; limiter les éléments pouvant propager un incendie ; proscrire l'utilisation des palettes plastiques ; mettre à jour les documents de prévention des risques ; améliorer la réactivité du système d'extinction ; enrichir la sensibilisation au risque des opérateurs ; apporter une vigilance particulière à la conception de l'installation électrique dans les travaux de remise en état.</div>
Editeur
BEA-RI
Descripteur Urbamet
incendie
;explosion
;enquête
Descripteur écoplanete
installation classée
;plan de prévention des risques
Thème
Ressources - Nuisances
Texte intégral
Inspection générale de l?environnement
et du développement durable
Bureau d?Enquêtes et d?Analyses
sur les Risques Industriels
Rapport d?enquête
Sur l?incendie suivi d?explosions
survenu au sein de la plateforme
ARKEMA située à Jarrie (38) le 10
novembre 2022
Rapport d?enquête sur l?incendie suivi d?explosions survenu au sein de la plateforme ARKEMA située sur la commune
de Jarrie (38), site classé SEVESO seuil haut
N° MTE-BEARI-2023-009
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Bordereau documentaire
Organisme auteur : Bureau d?Enquêtes et d?analyses sur les risques industriels (BEA-RI)
Titre du document : Rapport d?enquête technique sur l?incendie suivi d?explosions survenu au sein de la
plateforme ARKEMA située sur la commune de Jarrie (38), site classé SEVESO seuil haut
N° : MTE-BEARI-2023-009
Date du rapport : 15/12/2023
Proposition de mots-clés : incendie, explosion, chlorate de sodium, comburant.
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Avertissement
L?enquête technique faisant l?objet du présent rapport est réalisée dans le cadre des articles L. 501-1 à L.
501-19 du Code de l?Environnement.
Cette enquête a pour seul objet de prévenir de futurs accidents. Sans préjudice, le cas échéant, de
l?enquête judiciaire qui peut être ouverte, elle consiste à collecter et analyser les informations utiles, à
déterminer les circonstances et les causes certaines ou possibles de l?évènement, de l?accident ou de
l?incident et, s?il y a lieu, à établir des recommandations de sécurité. Elle ne vise pas à déterminer des
responsabilités.
En conséquence, l?utilisation de ce rapport à d?autres fins que la prévention pourrait conduire à des
interprétations erronées.
Au titre de ce rapport on entend par :
- Cause de l?accident : toute action ou événement de nature technique ou organisationnelle, volontaire
ou involontaire, active ou passive, ayant conduit à la survenance de l?accident. Elle peut être établie par
les éléments collectés lors de l?enquête, ou supposée de manière indirecte. Dans ce cas le rapport
d?enquête le précise explicitement.
- Facteur contributif : élément qui, sans être déterminant, a pu jouer un rôle dans la survenance ou dans
l?aggravation de l?accident.
- Enseignement de sécurité : élément de retour d?expérience tiré de l?analyse de l?évènement. Il peut
s?agir de pratiques à développer car de nature à éviter ou limiter les conséquences d?un accident, ou à
éviter car pouvant favoriser la survenance de l?accident ou aggraver ses conséquences.
- Recommandation de sécurité : proposition d?amélioration de la sécurité formulée par le BEA-RI, sur la
base des informations rassemblées dans le cadre de l?enquête de sécurité, en vue de prévenir des
accidents ou des incidents. Cette recommandation est adressée, au moment de la parution du rapport
définitif, à une personne physique ou morale qui dispose de deux mois à réception, pour faire part au
BEA des suites qu?elle entend y donner. La réponse est publiée sur le site du BEARI.
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Synthèse
Le jeudi 10 novembre 2022 à 8h32, un début d?incendie prend naissance dans le bâtiment de
conditionnement du chlorate de sodium de l?usine ARKEMA, ICPE classée SEVESO seuil haut, à Jarrie
(38). L?incendie sera rapidement suivi de 6 explosions ayant soufflé l?intérieur du bâtiment et la toiture
en fibrociment.
Le vent sur le site au moment de l?incendie étant nul, un panache de fumées vertical très important se
crée et est visible à des kilomètres à la ronde.
Le déclenchement de l?installation d?extinction automatique de type déluge du bâtiment, associée à
l?intervention des sapeurs-pompiers du site, permettra de maîtriser rapidement le sinistre.
L?enquête du BEA-RI et les investigations réalisées par le Centre de Recherches Rhône-Alpes (CRRA)
d?ARKEMA ont permis de mettre au jour une réaction explosive entre le plastique fondu des big-bags et
des palettes plastiques soutenant ces derniers et le chlorate de sodium fondu, dans des proportions
finalement peu importantes. Les effets de cette réaction ont certainement été augmentés sous l?effet
du confinement qui a pu se produire de par la configuration des éléments présents dans l?atelier comme
l?explique le présent rapport.
A l?issue de l?enquête, le BEA-RI a émis des recommandations à l?attention de l?exploitant :
Limiter l?accumulation de poussières comburantes
Lors du fonctionnement de l?atelier, le process produit des fines et poussières de matières comburantes
qui se déposent au sol mais également dans des parties plus difficilement accessibles. L?atelier doit être
pensé de manière à limiter au maximum l?accumulation de poussières dans les endroits inaccessibles, et
de façon à ce que le nettoyage régulier du local permette de retirer au maximum ces matières
comburantes.
Les matériels et/ou installations pouvant être à l?origine d?un incendie doivent être particulièrement
protégés des retombées de poussières de matières comburantes, et/ou combustibles, tels que les
passages de câbles électriques.
Limiter le stockage de matières combustibles
L?atelier de conditionnement de chlorate contenait, au moment de l?incendie, des stockages de palettes
plastiques, de big-bags vides ou encore de fûts vides possédant une sache interne en matière plastique,
en quantités importantes.
Les matières combustibles présentes dans un lieu où est stockée, produite ou conditionnée une matière
comburante, doivent être présentes dans des quantités strictement utiles au bon fonctionnement de la
production prévue. Les excès de matières combustibles doivent être déplacés à l?extérieur ou dans des
locaux de stockage adaptés (coupe-feu 2h), afin de limiter le flux thermique généré par un éventuel
incendie.
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Limiter les éléments pouvant propager un incendie
Les gaines d?aspiration ont fortement contribué à la propagation de l?incendie naissant.
Lors de la conception d?une installation servant à produire ou conditionner des matières comburantes,
il convient de limiter la présence des éléments pouvant propager un incendie.
L?arrêt de l?aspiration devrait être asservie au système de détection incendie lorsque l?atelier est équipé
d?une telle installation.
Les câbles électriques doivent être non propagateurs de flamme.
Proscrire l?utilisation des palettes plastiques
L?utilisation des palettes plastiques (polymères) pour la manutention, le conditionnement ou le stockage
du chlorate de sodium doit être proscrit. Il sera préféré l?utilisation de palettes métalliques ou en bois
ignifugé.
Mettre à jour les documents de prévention des risques
Suite à ce retour d?expérience, il est nécessaire de mettre à jour les fiches de données de sécurité (FDS)
en citant le risque d?explosion induit par le mélange de chlorate de sodium et de matière plastique
fondus.
L?analyse de risque et l?étude de dangers devront être enrichies de ce retour d?expérience en vue de
proposer le cas échéant des mesures de maîtrise des risques.
Améliorer la réactivité du système d?extinction
Les systèmes de détection et d'extinction doivent être adaptés au process et au scénario de montée en
puissance de l'incendie afin d?améliorer leur efficacité, le retour d'expérience ayant montré un délai
relativement important du déclenchement de l?installation d?extinction manuelle de type déluge qui
était en place.
Enrichir la sensibilisation au risque des opérateurs
L'accident a mis en évidence le caractère explosif du chlorate de sodium pris dans un incendie, dans
certaines conditions bien spécifiques. Ce retour d'expérience peut alimenter la formation des
opérateurs et des services de secours sur le risque et les conduites à suivre en cas de sinistre.
La défaillance de l?installation électrique
Au vu de l?absence de déclenchement des protections de l?installation électrique qui semble s?être
produit, il convient d?apporter une vigilance particulière à la conception de cette dernière dans le cadre
des travaux de remise en état.
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Sommaire
I. Rappel sur l?enquête de sécurité .............................................................................................................. 8
II. Constats immédiats et engagement de l?enquête ............................................................................... 8
II.1 Les circonstances de l?accident ........................................................................................................................... 8
II.2 Le bilan de l?accident ............................................................................................................................................ 9
II.3 Les mesures prises après l?accident .................................................................................................................... 9
II.4 L?engagement et l?organisation de l?enquête ..................................................................................................10
III. Contextualisation ...................................................................................................................................... 10
III.1 L?entreprise ............................................................................................................................................................10
III.2 L?installation .......................................................................................................................................................... 11
III.2.1 Le site .................................................................................................................................................. 11
III.2.2 L?atelier de conditionnement de chlorate de sodium ................................................................. 12
III.2.3 La prévention suite aux risques générés et le stockage présent ................................................ 13
III.2.4 La délégation à un sous-traitant ..................................................................................................... 13
IV. Compte-rendu des investigations menées........................................................................................... 14
IV.1 Reconnaissance de terrain .................................................................................................................................14
IV.2 Analyse de l?inspection des installations classées .........................................................................................14
IV.3 La commission d?enquête d?ARKEMA .............................................................................................................14
IV.4 L?appui de l?INERIS ..............................................................................................................................................16
V. Déroulement de l?évènement ................................................................................................................. 16
V.1 Déclenchement de l?évènement ........................................................................................................................16
V.2 L?intervention des secours publics et du site ..................................................................................................19
VI. Conclusions sur le scénario de l?événement ........................................................................................ 20
VI.1 Scénario ................................................................................................................................................................ 20
VI.1.1 Le point d?origine de l?incendie ..................................................................................................... 20
VI.1.2 La propagation de l?incendie ........................................................................................................... 21
VI.1.3 Détermination de l?origine des explosions liées au chlorate ..................................................... 24
VI.1.4 Le régime de l?explosion généré par la réaction .......................................................................... 26
VI.2 Facteurs ayant contribué à influer sur les conséquences de l?explosion ................................................. 27
VI.2.1 La présence de matières comburantes dans l?atelier ................................................................. 27
VI.2.2 La présence de matières combustibles au sein de l?atelier ........................................................ 27
VI.2.3 La conception de l?installation du système d?extinction automatique à eau ......................... 27
VI.2.4 Une gestion des moyens en eau efficace par le service de sécurité incendie ........................ 28
VI.2.5 Les moyens de lutte contre l'incendie de l'industriel ................................................................. 28
VI.2.6 La conception de l'installation électrique .................................................................................... 28
VII. Enseignements de sécurité ...................................................................................................................... 29
VII.1.1 Le comportement du chlorate de sodium pris dans un incendie ............................................. 29
VII.1.2 L?utilisation des palettes plastiques .............................................................................................. 29
VII.1.3 L'utilisation des big-bags ................................................................................................................. 29
VII.1.4 S?assurer de l?adéquation du système d?extinction automatique à eau .................................. 29
VIII. Recommandations de sécurité ............................................................................................................. 30
A l'issue de cette enquête, le BEA-RI émet les recommandations suivantes. ......................................... 30
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VIII.1 A destination de l?exploitant .......................................................................................................................... 30
VIII.1.1 Limiter l?accumulation de poussières comburantes ............................................................... 30
VIII.1.2 Limiter le stockage de matières combustibles ........................................................................ 30
VIII.1.3 Limiter les éléments pouvant propager un incendie .............................................................. 30
VIII.1.4 Proscrire l?utilisation des palettes plastiques .......................................................................... 30
VIII.1.5 Mettre à jour les documents de prévention des risques ........................................................ 31
VIII.1.6 Améliorer la réactivité du système d'extinction ...................................................................... 31
VIII.1.7 Enrichir la sensibilisation au risque des opérateurs ................................................................. 31
VIII.1.8 La défaillance de l?installation électrique ................................................................................. 31
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Rapport d?Enquête
Sur l?incendie suivi d?explosions survenu au sein de la
plateforme d?ARKEMA située sur la commune de Jarrie (38)
I. Rappel sur l?enquête de sécurité
L?enquête technique faisant l?objet du présent rapport est réalisée dans le cadre des articles L. 501-1 à L.
501-19 du Code de l?Environnement. Cette enquête a pour seul objet de prévenir de futurs accidents.
Sans préjudice, le cas échéant, de l?enquête judiciaire qui peut être ouverte, elle consiste à collecter et
analyser les informations utiles, à déterminer les circonstances et les causes certaines ou possibles de
l?évènement, de l?accident ou de l?incident et, s?il y a lieu, à établir des recommandations de sécurités.
Elle ne vise pas à déterminer des responsabilités. En conséquence, l?utilisation de ce rapport à d?autres
fins que la prévention pourrait conduire à des interprétations erronées.
II. Constats immédiats et engagement de l?enquête
II.1 Les circonstances de l?accident
Le jeudi 10 novembre 2022 à 8h32, un début d?incendie prend naissance dans le bâtiment de
conditionnement du chlorate de sodium de l?usine ARKEMA, ICPE classée SEVESO seuil haut, à Jarrie
(38). L?incendie sera rapidement suivi de 6 explosions ayant soufflé l?intérieur du bâtiment et la toiture
en fibrociment.
Le vent sur le site au moment de l?incendie étant nul, un panache de fumées vertical très important se
crée et est visible à plusieurs kilomètres.
Le déclenchement de l?installation d?extinction automatique de type déluge du bâtiment, associée à
l?intervention des sapeurs-pompiers du site, permettra de maîtriser rapidement le sinistre.
Le plan d?opération interne (POI) est mis en oeuvre rapidement et les sirènes sont déclenchées à 8h42.
Le plan particulier d?intervention (PPI) sera déclenché dans un second temps à 9h19 par le préfet de
département et le centre opérationnel départemental (COD) de la préfecture sera activé durant la
gestion de crise de l?évènement.
Le feu sera considéré comme éteint à partir de 9h20 et le PPI sera levé à 10h20.
Photos 1 et 2 : Vues de l?incendie le jeudi 10 novembre 2022 vers
9h du matin
Photo 3 : Vue de l?intérieur du bâtiment soufflé par
l?explosion
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II.2 Le bilan de l?accident
Des L explosions sourdes M et quelques vibrations ont été ressenties à 400 mètres environ de l?explosion,
mais ces dernières n?ont pas généré d?effet domino ou d?altération des structures et des vitres sur les
installations implantées à proximité.
Sur le plan humain, 15 personnes ont été prises en charge par le service médical du site afin de gérer des
problématiques d?acouphènes et de choc psychologique. Une cellule psychologique a d?ailleurs été
rapidement mise en place pour recevoir le personnel d?ARKEMA ainsi que des entreprises extérieures.
Les personnels de la société FRAMATOME, présents sur la plateforme, ont été confinés durant le temps
de l?intervention.
Les circulations routière (N85) et ferroviaire situées à proximité ont été arrêtées entre 9h20 et 10h50.
L?exploitant a rapidement mis en oeuvre 3 canisters1 d?acide chlorhydrique (HCl) et un réseau de mesures
de chlore (Cl2) sur 5 points situés à l?extérieur du site. L?ensemble des relevés se sont avérés négatifs.
L?obturation du réseau des eaux pluviales au niveau de l?atelier a permis de confiner sur le site les eaux
d?extinction, qui ont ensuite été orientées vers le bassin de rétention. Le détournement a eu lieu de 9h20
à 22h45. Les analyses des rejets du site n?ont pas montré de dépassements des seuils règlementaires
autorisés au cours de la journée du 10 novembre.
La rivière L La Romanche M située à proximité n?a ainsi pas été impactée.
Les unités de fabrication de chlorate et perchlorate ont été mises à l?arrêt par les équipes postées de
ces ateliers mais l?accident n?a pas eu de conséquences directes sur ces installations.
Concernant l?impact environnemental, l?incident n?a eu aucune conséquence notable à l?extérieur du
site en dehors du panache de fumées.
II.3 Les mesures prises après l?accident
A la suite de l?accident, l?installation a été consignée et mise en sécurité dans l?attente notamment
d?inspections ultérieures.
1 Un canister est un dispositif de prélèvement d'air, qui permet des mesures quantitatives de certains gaz.
Photos 4, 5 et 6 : Vues des images de vidéosurveillance du site entre 8h39? 30?? et 8h42? 39?? (Source : ARKEMA)
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II.4 L?engagement et l?organisation de l?enquête
Au vu des circonstances et du contexte de l?accident, le directeur du bureau d?enquêtes et d?analyses
sur les risques industriels (BEA-RI) a décidé l?ouverture d?une enquête après en avoir informé le directeur
général de la prévention des risques.
Les enquêteurs techniques du BEA-RI se sont rendus sur place le mercredi 23 novembre 2022. Ils ont
rencontré les représentants de la société ARKEMA et de l?inspection des installations classées.
Ils ont recueilli les témoignages ou déclarations écrites des acteurs impliqués dans l?évènement et dans
sa gestion. Ils ont eu, consécutivement à ces entretiens et aux réunions techniques organisées par la
suite, communication des pièces et documents nécessaires à leur enquête.
De son côté, au vu du caractère exceptionnel et du phénomène inconnu ayant conduit à l?accident et
notamment à l?explosion du chlorate, ARKEMA a mis en oeuvre, dans les jours qui ont suivi, une
commission d?enquête interne intégrant un représentant du CSSCT2, afin d?obtenir un retour
d?expérience sur ce cas précis.
III. Contextualisation
III.1 L?entreprise
Organisé autour de trois segments cohérents et complémentaires dédiés aux matériaux de spécialités
(les adhésifs, les matériaux avancés et les solutions de revêtement) qui représentent 85,5% de ses ventes,
le groupe réalise un chiffre d?affaires de 9,5 milliards d?euros.
ARKEMA emploie 20 200 collaborateurs au niveau mondial et l?entreprise est présente dans près de 55
pays.
Au niveau de la France, ARKEMA emploie directement ou via ses filiales (MLPC International, Rheology
and Specialty Additives et Bostik) près de 7 300 personnes, ce qui représente 36% de l?effectif global du
groupe. ARKEMA dispose en France de 26 sites de production et de 7 centres de recherche et de
développement répartis sur le territoire.
2 La commission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT) est une commission spécifique créée au sein du comité social et
économique (CSE), qui traite des questions de santé, de sécurité et des conditions de travail.
Figure 1 : Implantations des différents sites d?ARKEMA et du site de Jarrie (38) (Source : ARKEMA)
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III.2 L?installation
III.2.1 Le site
Historiquement spécialisée dans la fabrication du chlore et de ses dérivés, l?usine ARKEMA de Jarrie est
aujourd?hui la plus importante unité de production d?eau oxygénée du groupe. Ses produits sont
principalement utilisés pour le blanchiment et la désinfection.
C'est à 15 kilomètres de Grenoble, au carrefour de l'Europe du Nord et du Sud, que l'industriel Charles
Lefebvre décide en 1916 de fonder une usine dédiée à la production de chlore et de chlorure de chaux
pour répondre aux besoins de la défense nationale.
Aujourd?hui propriété d?ARKEMA, l?usine de Jarrie comprend un effectif de 340 salariés.
Le site de Jarrie s'est spécialisé dans la fabrication d'intermédiaires chimiques utilisés dans l'industrie
papetière ou les détergents. ARKEMA produit ainsi de l'eau oxygénée, de l'eau de Javel, du chlorate et
perchlorate de sodium, du chlore ou encore de la soude. D'autres dérivés chlorés sont fabriqués à Jarrie
et permettent de fabriquer des silicones, des produits diélectriques et des fluides caloporteurs. Chaque
année, l?usine de Jarrie produit plus de 500 000 tonnes de produits finis.
Ces matériaux ont de nombreuses applications dans la vie quotidienne : bricolage, technologie, loisirs,
santé, hygiène, jardinage ou encore cuisine.
La plateforme de Jarrie s?étend sur environ 80 hectares et accueille 5 sociétés (ARKEMA qui possède le
site, Framatome, Air liquide, Engie et Rubis).
La plateforme est divisée en deux parties :
? La partie Nord où est produit le chlorate, le perchlorate et l?eau oxygénée (H2O2) ;
? La partie Sud qui comprend les risques les plus importants est dédiée à la chimie du chlore.
Le site est également divisé en 10 zones qui font l?objet d?une étude de dangers spécifique (EDD).
On peut noter qu?aucun phénomène dangereux susceptible de générer un accident majeur n?est associé
à l?atelier de conditionnement de chlorate dans l?EDD.
Figure 2 : Localisation du site ARKEMA à Jarrie (38) et du bâtiment de
conditionnement de chlorate (Source : Googlemaps)
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III.2.2 L?atelier de conditionnement de chlorate de sodium
L?accident s?est produit au sein de l?unité de fabrication de chlorate de sodium et plus particulièrement
de l?atelier de conditionnement du produit, qui a débuté la production en 1986.
Le chlorate de sodium est produit par électrolyse d?une solution saline (NaCl) en milieu légèrement
acide. Le produit de cette électrolyse est ensuite traité de deux façons différentes :
? Un essorage pour un produit vrac (2% d?eau) - produit très lourd, très dense et très soluble dans
l?eau (expédition en citerne) ;
? Un essorage puis un séchage pour un produit conditionné (produit sec, expédition en sac de
densité 1,6).
L?incendie s?est produit dans la partie conditionnement qui assure l?expédition des produits hors vrac
L?atelier comportait 2 lignes de conditionnement :
? 1 ligne pour des fûts de 50 kg ;
? 1 ligne pour des big-bags de 900, 1000 ou 1250 Kg, remplis par quantités de 100 Kg. Ces modes
de conditionnement répondent aux volontés des différents clients de l?usine.
La chaîne de conditionnement était quant à elle capotée ou sous aspiration.
Les principaux usages du produit sont les suivants :
? Blanchiment de la pâte à papier ;
? Désinfection et traitement de l?eau ;
? Mines (traitement du minerai d?uranium) ;
? Electronique (gravure de circuits imprimés).
Figure 3 : Schéma représentant l?atelier de chlorate au moment de l?accident (Source BEARI)
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III.2.3 La prévention suite aux risques générés et le stockage présent
La présence de matières organiques dans l?atelier est réduite au maximum afin de limiter le risque
d?explosion par combinaison d?une telle matière avec le chlorate de sodium :
? Les big-bags sont composés d?une sache externe en polyéthylène et d?une sache interne en
polypropylène. Un big-bag vide pèse environ 3kg. Ils sont livrés sur des palettes bois. Un stockage
d?environ 800 big-bags vides était présent dans l?atelier ;
? Il existait un stock d?une dizaine de palettes plastiques en début de chaine et une vingtaine de
palettes en totalité dans l?atelier ;
? Les fûts, quant à eux, sont livrés sur des palettes en bois ignifugé et pèsent 50kg lorsqu?ils sont
remplis. Un stock de fûts vides était présent dans l?angle nord-est de l?atelier, et 13 fûts pleins
étaient situés en début de chaîne afin de compléter le remplissage des fûts sur la chaine
permettant d?atteindre le bon conditionnement ;
? Une huile minérale spécifique est utilisée dans ce dernier et les graissages sont réalisés avec une
graisse adaptée. Tout autre combustible est interdit dans l?atelier (bois, carton?).
Les installations électriques de l'atelier font l'objet d'un contrôle par un organisme tiers. Le dernier
contrôle avait été réalisé le 7 février 2022 selon le référentiel R18 de l'APSAD.
Le rapport Q18 (vérification des installations électriques) ne mentionne aucune non-conformité.
L?installation électrique du bâtiment concerné avait un schéma de liaison à la terre de type IT3.
Il n?y avait pas de dispositifs différentiels à courant résiduel (DDR) en amont de l?installation en défaut
mais un contrôleur permanent d?isolement (CPI) était présent sur l?installation en défaut.
III.2.4 La délégation à un sous-traitant
ARKEMA a transféré l?exploitation de l?atelier de conditionnement de chlorate de sodium à une
entreprise sous-traitante, qui effectue également le petit entretien au sein de l?atelier.
Le contrôle des installations est réalisé par ARKEMA et le gros entretien (électricité, etc) est quant à lui
réalisé par des sociétés spécialisées.
Différents niveaux de personnels de l?entreprise sous-traitante sont présents dans l?atelier de chlorate :
? Des opérateurs ;
? Des chefs d?équipe ;
? Un chef d?atelier.
Le chef d?atelier rend compte à un coordinateur d?ARKEMA désigné spécifiquement pour assurer la
relation avec l?entreprise sous-traitante. Ce dernier réalise régulièrement des audits de l?atelier et de
l?entreprise sous-traitante.
L?atelier emploie une quinzaine de personnes, et l?organisation journalière de l?atelier repose sur 5
opérateurs en charge normale. Quatre opérateurs étaient présents le jour de l?incendie.
Les horaires de travail sont en deux 7 et un nettoyage journalier a lieu en fin de poste pour chaque
équipe à 11h et 17h. L?entreprise sous-traitante prodigue des formations relatives à la sécurité à ses
employés dont le scénario pédagogique est validé par ARKEMA.
3 Le régime de neutre IT correspond au neutre du transfo isolé de la terre et à la masse des appareils (côté utilisateur) raccordé à
la terre. Il existe deux autres configurations possibles : TT ou TN.
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IV. Compte-rendu des investigations menées
IV.1 Reconnaissance de terrain
Les enquêteurs techniques du BEA-RI se sont rendus sur la plateforme ARKEMA le mercredi 22 novembre
2022 après avoir échangé avec l?inspection des installations classées de l?Unité Départementale de l?Isère
et contacté des représentants des sapeurs-pompiers de l?Isère (SDIS 38).
La visite de terrain a permis de visualiser les installations impliquées dans la séquence accidentelle et de
comprendre le fonctionnement des installations.
La visite et les échanges sur site ont permis de prendre connaissance de la politique de prévention des
accidents, de l?organisation mise en place en terme de gestion de la sécurité et, plus spécifiquement en
lien avec l?objet de l?enquête.
IV.2 Analyse de l?inspection des installations classées
Le matin de l?accident, les inspecteurs de la DREAL Auvergne-Rhône-Alpes étaient présents dès le début
de l?incendie car un exercice inopiné de crise avait été déclenché vers 5h à la demande de l'inspection
des installations classées, dans un lieu différent du bâtiment concerné par l?accident.
Ce dernier s?était terminé vers 8h30. Les inspecteurs de la DREAL et le responsable sécurité du site
d?ARKEMA étaient donc déjà sur site lorsque la sirène est entendue. La cellule de crise a alors été ré-
ouverte rapidement à 8h44, heure à partir de laquelle le poste de commandement exploitant était
opérationnel.
Outre les informations habituellement communiquées dans le cadre de l'enquête, la présence sur les
lieux de l'inspection au moment de l'événement permet de disposer d'une source de témoignage
complémentaire à celui de l'exploitant et des services de secours.
IV.3 La commission d?enquête d?ARKEMA
Le chlorate, sans être mélangé à un précurseur, se décompose mais n?explose pas. Le potentiel
combustible présent dans l?atelier étant limité, l?origine du phénomène qui s?est produit a généré des
interrogations auprès des experts d?ARKEMA.
Aussi, ARKEMA a rapidement constitué une commission d?enquête technique dès la survenue de
l?accident, composée de 4 spécialistes, qui s?est appuyée sur les analyses du CRRA4 d?ARKEMA,
laboratoire spécialisé dans la sécurité des procédés, afin de comprendre la formation et la cinétique du
phénomène observé.
La production de chlorate de sodium concerne peu de sociétés en Europe et moins d?une dizaine de
personnes constituent un cercle d?experts sur ce sujet.
La méthodologie mise en oeuvre a été la suivante :
1. Recherche dans la bibliographie d?évènements similaires ;
2. Lecture des archives de la sécurité des procédés ;
3. Lecture croisée des deux points précédents.
4 Centre de Recherches Rhône-Alpes (CRRA)
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L?objectif a été de proposer une hypothèse et de recommander de nouveaux essais ou des consultations
d?experts et, en finalité, de communiquer avec les industriels travaillant sur les mêmes process.
Pour ce faire, le CRRA a compulsé une riche bibliographie française et internationale produite sur la
période de 1968 à 2021 comprenant des études du CERCHAR, de l'Ineris, de la SNPE5 et du groupe
ARKEMA lui-même.
Il s'est également intéressé à l'accidentologie dans laquelle était impliqué le chlorate de sodium entre
1977 et 2017 en France et à l'étranger et y compris des événements qui ont concerné des sites exploités
par le groupe ARKEMA.
Il ressort de ces éléments que le chlorate de sodium a fait l'objet de nombreuses études pour étudier
ses propriétés physiques et chimiques, seul ou associé à d'autres substances, afin d'évaluer les risques
liés à sa fabrication, son stockage et son emploi.
Le CRRA tire de ces éléments les conclusions suivantes :
? Le chlorate de sodium est un comburant non combustible peu énergétique ;
? La température de fusion du chlorate de sodium varie de 248°C à 302°C6 suivant les auteurs. Sa
pyrolyse libère de l?oxygène et forme du chlorure de sodium ;
? L'incendie de chlorate de sodium est relativement peu énergétique. Des essais d?inflammation
des poussières de chlorate ont montré que le produit ne s?enflamme pas et, exposé à la flamme,
le chlorate de sodium n?explose pas ;
? Même si des articles relatent des explosions de grandes quantités de chlorate pris dans des
incendies importants (stockage de fûts très serrés pris dans des incendies très violents, comme
le feu d?entrepôt à Glasgow en 1977 ou le feu au port de Hambourg en avril 1985), les essais ne
le démontrent pas sauf dans des conditions particulières (feu intense et confinement) où la
décomposition thermique du chlorate de sodium peut s'accompagner d'explosion. Ce point a
toutefois été examiné plus précisément et les essais ont montré que l'aptitude du chlorate de
sodium à exploser est négligeable dès lors que le contenant est peu résistant. En revanche, le
mélange de chlorate de sodium à de la matière organique présente des risques d?incendie et
d?explosion importants. C'est la raison pour laquelle les incidents mettent généralement en jeu
du chlorate de sodium et des matières combustibles. De nombreux essais ont permis de
confirmer la sensibilité du mélange chlorate de sodium avec des matières combustibles
(polyéthylène, huiles minérales, textiles imprégnés?).
Trois hypothèses ont alors été étudiées par ARKEMA :
? Lorsqu?on chauffe le chlorate dans des conditions douces, ce dernier rejette du sel et du di-
oxygène, puis il fond au-delà de 250°C. A partir de ce moment et au bout de 10 minutes, si on
continue à le chauffer, il rejette de l?O2 uniquement. La première hypothèse a été d?étudier le
comportement du chlorate lorsqu?on le chauffe dans des conditions violentes ;
? Dans un deuxième temps, il a été nécessaire de déterminer les éléments présents dans l?atelier
au moment du sinistre pouvant alimenter l?équation : combustible + comburant + source de
chaleur aboutit à l?explosion du chlorate. L?analyse des conséquences concernant le mélange de
plastique fondu (apporté par le biais des big-bags et/ou des palettes en polyéthylène) et de
5 Société nationale des poudres et des explosifs
6 La fiche internationale de sécurité chimique du chlorate de sodium retient une température de 248°C.
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chlorate fondu (apporté par le chlorate stocké sur la chaine de conditionnement) a été l?objet
de la seconde hypothèse ;
? La troisième hypothèse a été de déterminer l?enthalpie du système étudié.
Un rapport d?enquête interne a été produit au mois de mars 2023 par cette commission d?enquête, dont
une partie de l?analyse est reprise dans le rapport d?enquête du BEA-RI.
IV.4 L?appui de l?INERIS
Le BEA-RI a fait appel à l?INERIS afin de valider le protocole et les essais mis en oeuvre par ARKEMA et
d?apporter leur éclairage et avis sur le document de synthèse et la description des essais réalisés dans
un second temps.
V. Déroulement de l?évènement
V.1 Déclenchement de l?évènement
Le jeudi 10 novembre, un exercice inopiné demandé par l?unité départementale des installations classées
avait eu lieu tôt le matin entre 5h et 7h30 environ sur le site d?ARKEMA.
Une partie des opérateurs de l?entreprise sous-traitante travaillant au sein de l?atelier de
conditionnement de chlorate était partie en pause à 7h45.
Vers 8h30, une opératrice intérimaire, en poste depuis une quinzaine de jours, était en train d?apprendre
à remettre en route la ligne de conditionnement du chlorate en fûts, assistée par un opérateur plus
expérimenté. Ce dernier lui expliquait la procédure de mise en route ainsi que celle de nettoyage.
Ils ont alors entendu un bruit de sifflement d?air et ont vu des étincelles provenant d?un chemin de câbles
situé entre les trémies de remplissage des fûts et des big-bags au-dessus des deux lignes de
conditionnement du chlorate.
L?opérateur est immédiatement intervenu sur le départ de feu en utilisant 2 extincteurs à eau sans arriver
à éteindre le sinistre.
Le chef d?équipe présent leur a alors demandé de sortir de l?atelier, et une série de plusieurs explosions
s?est produite peu de temps après, détruisant en grande partie l?atelier de chlorate. L?incendie s?est alors
propagé rapidement à la totalité de l?atelier.
Le point d?origine de l?incendie est ainsi localisé entre les 2 lignes de chargement des fûts et des big-
bags, au niveau du chemin de câbles situé à proximité des trémies de remplissage de chlorate de sodium.
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Photo 7 : Vue de la ligne de
conditionnement en big-bag avant le
sinistre (Source ARKEMA)
Photo 8 : Vue de l?atelier et des lignes de
conditionnement après le sinistre
Photo 9 : Zoom sur un big-bag sur palette
en PEHD sur la ligne de remplissage
Ligne de
conditionnement
en fûts
Point d?origine
de départ de feu
Ligne de
conditionnement
en big-bags
Figure 4 : Vue des deux lignes de conditionnement du chlorate après sinistre (Source BEARI)
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Lorsque le feu éclot, 4 big-bags étaient présents sur la ligne de conditionnement (représentés par les
carrés verts numérotés sur le schéma), posés sur des palettes en PEHD7 de 23kg. Le premier était en
cours de remplissage sous la trémie et contenait déjà plusieurs centaines de kilos de chlorate, et les trois
autres étaient situés sur la chaine à des distances de 4 à 10 mètres du premier big-bag. Chacun de ces
big-bags contenait une tonne de chlorate chacun.
Un stock d?une dizaine de palettes vides en PEHD était situé à proximité de la trémie de chargement.
A 1m50 le long de la chaine, un stockage de 800 big-bags vides, constitué par 8 palettes en bois
contenant chacune 100 big-bags, était présent. Deux chariots élévateurs étaient positionnés de ce côté
de l?atelier également.
Sur l?autre chaine, 6 fûts métalliques de 50kg étaient présents. Les deux premiers étaient ouverts et ont
été peu impactés par l?incendie. Le troisième était ouvert et plus impacté. Les quatrième, cinquième et
sixième fûts étaient fermés et présentaient des traces d?effets thermiques.
Un stockage de 13 fûts pleins était situé à proximité de la trémie de chargement, servant à compléter les
niveaux des fûts venant d?être remplis.
Au fond de l?atelier, côté chaine de conditionnement des fûts, un stockage de fûts vides était présent.
Ces éléments sont représentés sur le schéma ci-dessous.
Figure 5 : Localisation du départ de feu (en rouge) au niveau du chemin de câbles (Source BEA-RI)
7 Polyéthylène haute densité
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En parallèle, l?enregistrement des caméras de vidéosurveillance du site a permis d?établir plus
précisément la chronologie de l?évènement :
? 8h39 40? : premières fumées blanches visibles en sortie de toiture. Le panache se développe puis
se noircit progressivement.
? 8h42 35? : première explosion. Pas de flamme visible mais le volume des fumées éjectées est
notable et de couleur gris foncé.
? 8h43 17? : une seconde explosion survient avec des flammes visibles mais brèves en partie haute
du bâtiment.
? 8h43 33? : une troisième explosion se produit avec des flammes visibles et brèves en partie haute
du bâtiment.
? 8h44 42? : quatrième explosion, avec flammes visibles, suivie d?une 5ème explosion 10 secondes
plus tard avec intensification des flammes qui restent visibles encore pendant 30 secondes
environ. La quatrième explosion est plus violente que les précédentes si l?on compare les niveaux
de vibration des caméras de surveillance sur chaque explosion. Cette séquence de 40 secondes
au total est la plus violente observée.
? 8h45 30? : sixième explosion, modérée sans augmentation de la vitesse d?éjection des fumées.
Après cette dernière explosion, émission de fumées noires jusqu?à 8h57.
? 8h57 à 9h15 : phase d?extinction du départ de feu par les équipes de secours internes du site où
l?on voit clairement la couleur des fumées passer du noir au clair à 8h58 pour ne pratiquement
plus apercevoir aucune fumée à partir de 9h15 environ.
V.2 L?intervention des secours publics et du site
Le local concerné comprenait 2 détecteurs de fumées et 1 détecteur de flammes qui ont bien fonctionné
et transmis l?alarme au PC sécurité.
La sirène POI a été déclenchée à 8h42 et le premier camion d?extinction ARKEMA (VME) est arrivé à
proximité de l?atelier à 8h45.
A l?arrivée des pompiers du site, des flammes étaient visibles par les 3 ouvertures situées au nord du
bâtiment, et ces derniers avaient alors une information indiquant qu?il manquait 2 personnes à l?appel.
Deux lances à eau ont été positionnées au niveau des sorties des convoyeurs et une reconnaissance a
été réalisée à l?intérieur pour rechercher les personnels absents. L'information s?avérera finalement
erronée et les deux personnes seront bien recensées ultérieurement.
L?installation de déluge du bâtiment sera déclenchée par les pompiers du site à 8h58 soit près de 16 min
après le départ de feu. Les pompiers du site mettront en oeuvre un véhicule mousse extinction (VME) et
un véhicule premier secours (VPS) avec 2 lances à débit variable sur chaque véhicule.
A 9h08, les moyens du SDIS arrivent sur site accompagnés quelques minutes plus tard par les moyens
de la plateforme de Pont de Claix dans le cadre de l?accord de soutien mutuel des deux plateformes
industrielles.
A 9h10, le feu est déclaré maitrisé. Un arrêt des moyens hydrauliques des sapeurs-pompiers sera réalisé
vers 9h15, afin d?effectuer une reconnaissance du bâtiment.
Au vu de l?extinction tout de même rapide du sinistre, les services de secours publics n?ont pas eu besoin
d?utiliser de moyens d?extinction. Ils ont réalisé essentiellement les mesures atmosphériques aux limites
du site, les reconnaissances diverses et les diagnostics bâtimentaires.
Lors de l?exercice inopiné du matin, le chef du service incendie d?ARKEMA avait demandé à ne pas utiliser
la totalité des réserves en eau disponibles dans le cas où un incendie réel surviendrait à l?issue de
l?exercice, ce qui fût une bonne pratique à souligner.
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VI. Conclusions sur le scénario de l?événement
VI.1 Scénario
La cinétique de l?incendie qui a été détaillée plus haut permet de distinguer deux phases qui se sont
produites lors de cet accident :
? Une phase de naissance et de propagation de l?incendie ;
? Une phase comprenant plusieurs explosions du chlorate de sodium qui s?est combiné à d?autres
produits précurseurs.
Il a donc été nécessaire de déterminer quels produits ont pu se combiner pour aboutir aux nombreuses
explosions du chlorate, en sachant que cet atelier fait normalement l?objet d?une limitation des matières
combustibles organiques présentes. Pour cela, le BEA-RI s?est appuyé en grande partie sur les résultats
des essais et sur l?analyse d?ARKEMA.
VI.1.1 Le point d?origine de l?incendie
La présence de deux opérateurs de la société sous-traitante au moment de la survenue du sinistre a
permis de localiser le point d?origine de l?incendie au niveau d?une goulotte dans laquelle passaient des
câbles électriques de 220V et 400V, située entre les deux postes de conditionnement en fûts et en big-
bags. Cette goulotte était située à 2,20m de hauteur, juste en-dessous du premier niveau de la structure.
Bien que la cause de ce départ de feu ne soit pas identifiée, l?hypothèse d?un arc électrique au niveau
d?un câble de 400V semble être la cause la plus probable.
Cette hypothèse d?un arc électrique repose sur le constat d?un défaut d?isolement sur le réseau 400V
qui a été enregistré à 8h35. Cependant, ce défaut ne s?est pas transformé en défaut court-circuit qui
Photo 10 : Vue de la goulotte située entre les deux lignes de conditionnement
(Source ARKEMA)
Photo 11 : Vue du chemin de câbles après
l?incendie (Source ARKEMA)
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aurait eu pour effet de couper l?alimentation 400 V sur le réseau8, ce qui n?a pas été le cas puisqu?aucun
des départs 400V n?ont déclenché. Il repose également sur la présence de gouttes de fusion de certains
fils de cuivre en une zone précise du câble.
Cet arc pourrait être la conséquence d?une usure du câble liée à son vieillissement et/ou provoquée par
les vibrations des équipements voisins tels que les trémies doseuses des lignes de conditionnement. Il
peut être aussi consécutif à une ancienne agression externe, le chemin de câble se situant au niveau du
plancher supérieur et n'étant pas protégé des chocs ou de la chute d'objet.
Compte tenu de l'environnement dans lequel le câble était placé (proche du remplissage des big-bags
donc des endroits potentiellement empoussiérés9), le CRRA a procédé à plusieurs essais pour
caractériser le comportement du câble affecté d'un défaut en présence de chlorate de sodium. Il ressort
de ces essais :
? La simple surchauffe du câble électrique ne provoque pas d'inflammation. Par conséquent,
l?hypothèse d?une simple surchauffe d?une des phases de l?alimentation en 400V comme pouvant
être à l?origine de l?incendie n?est pas retenue.
? Les mêmes tests en présence d'un câble souillé au chlorate de sodium et dont l'isolant
retardateur de flamme a été retiré (pour seulement laisser l?isolant en PE10 de chaque phase
apparent) conduisent à la combustion rapide du câble.
Dans ces conditions, il ressort des constats dressés sur l'installation électrique et des essais réalisés en
laboratoire que l?incendie pourrait être le résultat d?un arc électrique suite à un défaut d?isolement qui
aurait enflammé la gaine en PE (isolant des phases) en présence de poudre de chlorate déposée au cours
du temps. L?intensité de cette combustion serait cohérente avec le témoignage de la première personne
ayant détecté le début de l?incendie qui a mentionné une combustion rapide.
VI.1.2 La propagation de l?incendie
La propagation de l?incendie semble avoir été favorisée par les gaines d?aspiration des fines de chlorate
situés au niveau des trémies et du big-bag en chargement. Les dépôts de chlorate dans la zone, visibles
sur la photo ci-dessous prise avant le sinistre, semblent quant à eux avoir contribué à la progression
rapide de l?incendie.
Ces gaines en polyuréthane contenaient de la poussière de chlorate à l?intérieur ainsi qu?à l?extérieur et
étaient parcourues par un flux d?air. La charge calorifique était donc importante et la propagation a été
accélérée par le chlorate et l?air d?aspiration. Le cheminement de ces gaines est aussi compatible avec
la propagation en direction du poste de conditionnement des big-bags. Lors de l?incendie, les gaines ont
brûlé et seules les armatures métalliques sont restées visibles.
Une fois le poste de remplissage atteint, le feu a pu se propager aux goulottes et au big-bag en cours de
remplissage.
8 Dans un régime IT, le premier défaut ne coupe pas l?alimentation, ce qui permet d?assurer la continuité de service. L?installation
est restée alimentée, mais le bon dimensionnement de la section des conducteurs de mise à la terre associé à des dispositifs de
sécurité limitent le courant et la tension à des valeurs protégeant une personne du risque d?électrocution par contact indirect (i.e.
si un utilisateur touche le châssis métallique de l?appareil ou le chemin de câbles).
Le régime IT est utilisé là où la continuité d?exploitation est primordiale.
9 Le poste de remplissage a beau disposer de système de captation des poussières, une opération génère une proportion de
poussières diffuses qui peuvent s?accumuler au fil du temps (cf. photographie 12).
10 Polyéthylène
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Les essais réalisés au CRRA montrent une forte réactivité du polyuréthane et du chlorate à une
température de l?ordre de 300°C ainsi qu?une réaction importante en présence de flamme. Une
propagation de flamme a également été observée, contrairement aux essais réalisés avec les câbles
électriques.
Aussi, une propagation de l?incendie par les câbles électriques n?est pas retenue. Tous les câbles de
l?atelier sont du même type et disposent d?une gaine externe de protection en PVC qui assure la non
propagation d?une flamme le long du câble en cas d?incendie. Des tests sur des câbles de l?atelier ont
été effectués au CRRA et confirment cette propriété de non propagation de flamme.
Tous les câbles situés sur la zone de conditionnement des big-bags ont été détériorés par rayonnement
direct et/ou par les flammes de l?incendie.
Photo 12 : Vue de l?une des gaines d?aspiration (boa)
avant l?incendie (Source ARKEMA)
Photo 13 : Vue du même équipement après l?incendie.
La gaine d?aspiration a brulé lors de l?incendie (Source ARKEMA)
Figure 6 : Schéma de propagation possible de l?incendie (Source : BEARI)
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Photo 14 : Vue des stocks de fûts de 50 kg
Photo 15 : Vue de l?arrière des lignes de conditionnement et des trémies de
remplissage
Photo 16 : Vue de la chaine de
conditionnement et du stockage de big-
bags
Photo 17 : Vue de la toiture au centre du
bâtiment
Photo 18 : Vue des deux chariots
élévateurs après l?incendie
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VI.1.3 Détermination de l?origine des explosions liées au chlorate
Dans un second temps, le CRRA a étudié les réactions possibles ayant pu conduire à l?explosion du
chlorate.
L?exploitant a évalué l?onde de surpression produite entre 50 et 150 mbar à l'intérieur du bâtiment.
Le chlorate de sodium est un produit qui augmente le potentiel comburant de l?oxygène de l?air en cas
d?incendie. Le chlorate soumis à la chaleur d?un incendie se décompose en sel et di-oxygène (O2).
Photo 19 : Vue des locaux de vie, au fond du bâtiment
Photo 20 : Vue des trémies de remplissage et des lignes de
conditionnement
Figure 7 : Schéma de l?atelier avec les points de vue des photos
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Il produit ainsi 1,5 mole d?O2 pour 1 de sel ce qui peut devenir un accélérateur d?un incendie.
L?explosion du chlorate peut survenir dans les 2 situations suivantes :
? Soit chauffé -> décomposition vers 450°C et production d?O2 en milieu confiné
Chlorate
? Soit mélangé avec une matière combustible
L?analyse bibliographique réalisée par le CRRA sur de nombreuses sources n?a pas permis de trouver les
informations nécessaires permettant d?expliquer les informations observées.
En effet, les sources consultées concernent principalement soit du chlorate seul ou en présence de
catalyseurs (métaux) ou d?acides (HCl), soit des essais réalisés sur des matériaux imprégnés de chlorate
(bois, tissus).
En conséquence des essais complémentaires ont été réalisés au CRRA afin de déterminer le potentiel
explosif d?un mélange chlorate/polymères (PE, PEHD, PP, PVC11).
Il ressort de ces essais, d?une part, la confirmation que le chlorate seul ne présente pas de risque
particulier du point de vue de sa stabilité thermique et d?autre part que le mélange chlorate/PE ou
chlorate/PEHD est fortement réactif à partir d?une température supérieure à 400°C. Cette température
de début de réaction étant nettement supérieure aux températures de fusion du chlorate (260°C) et des
polymères constitutifs des big-bags et des palettes plastiques (PE/PEHD) qui sont de l?ordre de 140°C
environ, nous indique que la décomposition n?a pu se produire que lors d?une réaction à l?état fondu du
comburant (chlorate) et du combustible (PE/PEHD/PP).
Les essais ARRST (Advanced Reactive System Screening Tool) ont également mis en évidence une
décomposition violente des mélanges chlorate/PE et chlorate/PEHD associée à une explosion en phase
gaz car la température observée lors de ces essais était supérieure à 700°C, la réaction la plus violente
étant notée en présence de PEHD.
L?analyse thermique faite par DSC (Differential Scanning Calorimetry) a quant à elle mesuré une chaleur
de réaction de 3600 J/g entre le chlorate et le PEHD à l?état fondu.
Les essais réalisés par le CRRA ont permis de démontrer qu'une réaction explosive pouvait être
provoquée par un mélange chlorate/PEHD (le plus réactif) à l?état fondu à une température supérieure
à 400°C. Cette condition de température nécessite que, lors de l?incident, ce mélange se soit retrouvé
dans une situation de confinement partiel ayant permis sa décomposition et son explosion.
Compte tenu de l'origine, de la propagation du feu et de la configuration des lieux, il est possible
d'envisager que le mélange fondu de chlorate et de PEHD se soit formé progressivement au fur et à
mesure que le big-bag se consumait (pour le premier en chargement) puis par une exposition à un
rayonnement intense pour les autres. La palette de 23kg en PEHD, qui supportait chaque big-bag, a
fondu progressivement avec le chlorate disponible (en excès) formant le mélange sous les rouleaux des
chaines de conditionnement.
Le modèle de l?équivalent TNT a été utilisé par ARKEMA de manière à estimer la quantité de PEHD fondu
qui, mélangé à du chlorate fondu, aurait pu engendrer les effets de surpression observés lors de ces
explosions. Cette quantité a été estimée entre 1 et 10 kg de PEHD.
Cette plage de 1-10kg est cohérente avec les 23 kg d?une palette de PEHD et avec le fait que les
différentes explosions ont été successives et non simultanées. Cela laisse supposer que les phénomènes
11 Polyéthylène (PE), Polyéthylène haute densité (PEHD), Polypropylène (PP), Polychlorure de vinyle (PVC).
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de fonte de la palette et de l?explosion qui a suivi se sont produits séparément sur chacun des 4 big-bags
de la ligne de conditionnement.
La lecture des épicentres des explosions permet de dire que les huit palettes de 360 kg chacune de big-
bags neufs, disposées le long de la ligne de conditionnement à 1,5 mètres environ, n'ont pas participé à
ce mélange explosif. En revanche, du chlorate a probablement été projeté sur ces dernières lors des
différentes explosions, ce qui a eu pour effet d?activer leur inflammation (diminution de la température
d?auto-inflammation et augmentation de la température de combustion).
Ces palettes ont en revanche pu augmenter le rayonnement au niveau des big-bags de chlorate
accélérant ainsi la fonte des palettes en PEHD.
La cinétique suivante semble être une possibilité concernant la propagation de l?incendie :
Figure 8 : Cinétique possible de la propagation de l?incendie via les gaines d'aspirations (boas)
VI.1.4 Le régime de l?explosion généré par la réaction
Les essais et la recherche des causes à l?origine de l?accident, réalisés par la commission d?enquête
d?ARKEMA, sont clairs et qualitatifs et ont été utilisés par le BEA après discussion avec l?INERIS, dans le
cadre de ce rapport d?enquête.
Le seul élément sur lequel des réserves sont émises par l?INERIS et le BEA concerne le régime de
l?explosion provoquée par le mélange de chlorate fondu et de plastique fondu dans les conditions et les
quantités définies plus avant.
En effet, ARKEMA fait état que le seul régime ayant été atteint dans le cadre de cet accident et de ce
mélange de produits incompatibles est celui de la déflagration.
Cependant, le manuel des épreuves et critères relatif à la réglementation de transport des matières
dangereuses (appendice 6, chapitre A6.3.3 c))12, qui concerne les matières organiques ou mélanges
homogènes de matières organiques contenant des groupes chimiques possédant des propriétés
explosives, indique qu?il n?est pas nécessaire de réaliser la procédure d?acceptation pour les matières et
objets explosifs si l?énergie de décomposition exothermique est inférieure à 500J/g ou si la température
de début de décomposition est supérieure à 500°C.
Les niveaux de chaleur de réaction atteints, dans le cadre des essais réalisés par ARKEMA, sont de l?ordre
de 3600J/g et la température de début de décomposition est inférieure à 500°C pour l?ensemble des
mélanges testés. Ces valeurs obtenues montrent que les mélanges de chlorate de sodium avec les
produits incompatibles testés sont susceptibles d?avoir des propriétés explosives.
Les essais complémentaires réalisés en ARSST confirment le comportement violent des mélanges mais
ne permettent pas d?exclure que le régime de la détonation ne peut pas être atteint.
12 Site ONU concernant la réglementation relative au transport de matières dangereuses : https://unece.org/transport/dangerous-
goods/rev7-files
Rapport d?enquête sur l?incendie suivi d?explosions survenu au sein de la plateforme ARKEMA située sur la commune
de Jarrie (38), site classé SEVESO seuil haut
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VI.2 Facteurs ayant contribué à influer sur les conséquences de l?explosion
Sans être la cause première de l?accident, les éléments suivants ont, du point de vue du BEA-RI, joué un
rôle soit positif soit négatif dans la séquence accidentelle.
VI.2.1 La présence de matières comburantes dans l?atelier
Le process du conditionnement du chlorate produit des quantités de fines assez importantes qu?il est
difficile de supprimer au sein de l?atelier de conditionnement malgré des nettoyages journaliers réguliers.
La présence de ces poussières de chlorate a contribué à la propagation rapide de l?incendie à-travers
l?atelier.
VI.2.2 La présence de matières combustibles au sein de l?atelier
Bien que la présence de matières combustibles au sein de l?atelier fait l?objet d?une limitation et d?une
surveillance accrue, les stockages importants de palettes en PEHD en amont de la chaine de
conditionnement et des 800 big-bags vides notamment ont contribué à la propagation de l?incendie et
au potentiel combustible important généré par ce dernier.
Dans un second temps, la quantité de matières polymères apportée par les palettes plastiques de
stockage et/ou de transport des big-bags (23 kg) a été suffisante pour générer une explosion du chlorate
mélangé à ces dernières à l?état fondu.
Enfin, le matériel servant à aspirer les poussières de chlorate générées lors de la mise en sache du produit
(gaines d?aspiration) ont contribué à attiser et propager l?incendie naissant.
VI.2.3 La conception de l?installation du système d?extinction automatique à eau
L?installation de déluge présente dans l?atelier était à déclenchement uniquement manuel ce qui a pu
retarder sa mise en fonctionnement, et permis à l?incendie de progresser rapidement.
Figure 9 : Position d?une tête de l?installation d?extinction
automatique à eau dans l?atelier (entourée en rouge) et taille
humaine (rectangle bleu)
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VI.2.4 Une gestion des moyens en eau efficace par le service de sécurité incendie
Le chef du centre de secours interne à l?entreprise participait à l?exercice du matin demandé par la
DREAL. Il avait souhaité ne pas utiliser la totalité de la réserve d?eau du camion d'intervention afin
d?assurer une capacité en eau minimale en cas d?incident réel, ce qui fût une bonne pratique lorsque
l?accident se produisit juste après la fin de l?exercice.
VI.2.5 Les moyens de lutte contre l'incendie de l'industriel
La réactivité des services de secours internes de l'industriel a permis de procéder rapidement aux
reconnaissances et de déployer des moyens d'extinctions. En dépit de l'importance de l'événement,
l'incendie a rapidement été maîtrisé.
Le fait que l'industriel dispose de moyens de confinement des eaux d'extinction aura également permis
de limiter les conséquences de cet accident sur l'environnement.
VI.2.6 La conception de l'installation électrique
L?hypothèse d?un arc électrique au niveau d?un câble de 400V semble être la cause la plus probable.
Cette hypothèse d?un arc électrique repose sur le constat d?un défaut d?isolement sur le réseau 400V
qui a été enregistré à 8h35.
Le régime de neutre de l?installation électrique du bâtiment concerné étant en régime IT, l?installation
possédait bien un contrôleur permanent d?isolement (CPI), qui a pour objectif d?informer le gestionnaire
de celle-ci à l?occasion d?un premier défaut d?isolement sur le réseau 400V afin d?intervenir rapidement.
Malgré ce premier défaut, l?installation électrique demeure toujours fonctionnelle, sans présenter de
danger pour l?utilisateur.
Un second défaut sur une installation électrique de type IT provoque un court-circuit franc qui aurait eu
pour effet de déclencher la protection contre les surintensités, ce qui n?a pas été le cas puisqu?aucun
des départs 400V n?a déclenché. L?inflammation possible des poussières pourrait s?expliquer par le fait
que le temps qu?un second défaut n?apparaisse, et que le disjoncteur ouvre le circuit, la puissance
instantanée au point de défaut a pu être très importante.
Les protections de l?installation électrique ne semblent donc pas avoir empêché la formation d?un arc
électrique.
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VII. Enseignements de sécurité
VII.1.1 Le comportement du chlorate de sodium pris dans un incendie
Dans certaines configurations de stockage qui favoriseraient, lors d?un incendie, le mélange de chlorate
de sodium fondu et de matières plastiques fondus, le chlorate de sodium peut exploser.
La propagation de l'incendie et la production des explosions ont été très rapides. Le délai entre le départ
de feu et la première explosion est de l'ordre de la dizaine de minutes et au cours des 3 minutes qui
suivent, les big-bags situés dans un rayon de 10 m ont successivement explosé.
VII.1.2 L?utilisation des palettes plastiques
L?utilisation des palettes plastiques (polymères) pour la manutention, le conditionnement ou le stockage
du chlorate de sodium doit être proscrite au profit d'autres alternatives de manutentions telles que
l?utilisation de palettes métalliques ou en bois ignifugé.
VII.1.3 L'utilisation des big-bags
Le retour d'expérience de cet accident tend à penser que l'usage du big-bag en PE/PP dans lequel le
chlorate est conditionné n'est, à ce stade, pas remis en cause. Le risque d?explosion n?est pas démontré
eu égard à la faible quantité de polymère pouvant être apportée lors d'un incendie. En effet, le big-bag
d?un poids unitaire de 3 kg aura plutôt tendance à brûler rapidement du fait de sa faible épaisseur et en
raison de l?excès de chlorate (contenu dans le big-bag).
VII.1.4 S?assurer de l?adéquation du système d?extinction automatique à eau
Le système d?extinction automatique type déluge présent dans l?atelier était à déclenchement manuel,
ce qui a retardé son déclenchement et, de fait, a réduit son efficacité.
Dans le cas d?un système d?extinction à déclenchement automatique associé à une détection d?incendie,
il conviendra de s?assurer que cette dernière soit adaptée aux caractéristiques de l?atelier et à la
cinétique de l?incendie.
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VIII. Recommandations de sécurité
A l'issue de cette enquête, le BEA-RI émet les recommandations suivantes.
VIII.1 A destination de l?exploitant
VIII.1.1 Limiter l?accumulation de poussières comburantes
Lors du fonctionnement de l?atelier, le process produit des fines et poussières de matières comburantes
qui se déposent au sol mais également dans des parties plus difficilement accessibles. L?atelier doit être
pensé de manière à limiter au maximum l?accumulation de poussières dans les endroits inaccessibles, et
de façon à ce que le nettoyage régulier du local permette de retirer au maximum ces matières
comburantes.
Les matériels et/ou installations pouvant être à l?origine d?un incendie doivent être particulièrement
protégés des retombées de poussières de matières comburantes, et/ou combustibles, tels que les
passages de câbles électriques.
VIII.1.2 Limiter le stockage de matières combustibles
L?atelier de conditionnement de chlorate contenait, au moment de l?incendie, des stockages de palettes
plastiques, de big-bags vides ou encore de fûts vides possédant une sache interne en matière plastique,
en quantités importantes.
Les matières combustibles présentes dans un lieu où est stockée, produite ou conditionnée une matière
comburante, doivent être présentes dans des quantités strictement utiles au bon fonctionnement de la
production prévue. Les excès de matières combustibles doivent être déplacés à l?extérieur ou dans des
locaux de stockage adaptés (coupe-feu 2h), afin de limiter le flux thermique généré par un éventuel
incendie.
VIII.1.3 Limiter les éléments pouvant propager un incendie
Les gaines d?aspiration ont fortement contribué à la propagation de l?incendie naissant.
Lors de la conception d?une installation servant à produire ou conditionner des matières comburantes,
il convient de limiter la présence des éléments pouvant propager un incendie.
L?arrêt de l?aspiration devrait être asservie au système de détection incendie lorsque l?atelier est équipé
d?une telle installation.
Les câbles électriques doivent être non propagateurs de flamme.
VIII.1.4 Proscrire l?utilisation des palettes plastiques
L?utilisation des palettes plastiques (polymères) pour la manutention, le conditionnement ou le stockage
du chlorate de sodium doit être proscrit. Il sera préféré l?utilisation de palettes métalliques ou en bois
ignifugé.
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VIII.1.5 Mettre à jour les documents de prévention des risques
Suite à ce retour d?expérience, il est nécessaire de mettre à jour les fiches de données de sécurité (FDS)
en citant le risque d?explosion induit par le mélange de chlorate de sodium et de matière plastique
fondus.
L?analyse de risque et l?étude de dangers devront être enrichies de ce retour d?expérience en vue de
proposer le cas échéant des mesures de maîtrise des risques.
VIII.1.6 Améliorer la réactivité du système d'extinction
Les systèmes de détection et d'extinction doivent être adaptés au process et au scénario de montée en
puissance de l'incendie afin d?améliorer leur efficacité, le retour d'expérience ayant montré un délai
relativement important du déclenchement de l?installation d?extinction manuelle de type déluge qui
était en place.
VIII.1.7 Enrichir la sensibilisation au risque des opérateurs
L'accident a mis en évidence le caractère explosif du chlorate de sodium pris dans un incendie, dans
certaines conditions bien spécifiques. Ce retour d'expérience peut alimenter la formation des
opérateurs et des services de secours sur le risque et les conduites à suivre en cas de sinistre.
VIII.1.8 La défaillance de l?installation électrique
Au vu de l?absence de déclenchement des protections de l?installation électrique qui semble s?être
produit, il convient d?apporter une vigilance particulière à la conception de cette dernière dans le cadre
des travaux de remise en état.
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Bureau d?enquêtes et d?Analyses
sur les Risques Industriels
MTE / IGEDD / BEA-RI
Tour Séquoïa
92055 La Défense Cedex
+33 1 40 81 21 22
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https://www.igedd.developpement-
durable.gouv.fr/bea-ri-r549.html