Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ? Actes du colloque organisé par le conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD) le jeudi 8 avril 2010
Auteur moral
France. Conseil général de l'environnement et du développement durable
Auteur secondaire
Résumé
- Allocution d'ouverture par Claude Martinand ;<br />- Exposé introductif : "De la géopolitique de l'énergie au compteur individuel intelligent" par Christian Soffaes et Jean-Marie Chevalier ;<br />- Première table ronde : "Quelle énergie au plus près des consommateurs, pourquoi, comment et jusqu'où ?" ;<br />- Seconde table ronde : "Les réseaux intelligents" ;<br />- Synthèse des échanges par Nouredine Hadjsaid ;<br />- Discours de clôture par Pierre Lasbordes.
Editeur
CGEDD
Descripteur Urbamet
transport d'énergie
;voirie réseaux divers
;équipement énergétique
;prospective
;énergie
;transports
;aménagement du territoire
;matière première
Descripteur écoplanete
Thème
Ressources - Nuisances
Texte intégral
A C T E S Colloque
Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Colloque organisé par le conseil général de l'Environnement et du Développement durable (CGEDD) le jeudi 8 avril 2010
A C T E S Colloque
Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Colloque organisé par le conseil général de l'Environnement et du Développement durable (CGEDD) Maison du Barreau, jeudi 8 avril 2010
Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Sommaire
Allocution d'ouverture
Claude MARTINAND, Vice-président du conseil général de l'Environnement et du Développement durable (CGEDD)
Exposé introductif « De la géopolitique de l'énergie au compteur individuel intelligent »
Christian STOFFAES,
Conseil général de l'Industrie, de l'Énergie et des Technologies (CGIET) Jean-Marie CHEVALIER, Professeur à Paris-Dauphine au centre géopolitique de l'Énergie et des Matières premières
Première table ronde « Quelle énergie au plus près des consommateurs, pourquoi, comment et jusqu'où ? » Seconde table ronde « Les réseaux intelligents » Synthèse des échanges
Nouredine HADJSAID,
Professeur à Grenoble Institut polytechnique
Discours de clôture
Pierre LASBORDES, Vice-président de l'office parlementaire d'Évaluation des Choix scientifiques et techniques
1- Claude MARTINAND 2- Christian STOFFAES 3- Nouredine HADJSAID 4- Jean-Marie CHEVALIER 5- Pierre LASBORDES 6- Denis CHEISSOUX 1 2 3
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Sommaire Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Allocution d'ouverture Claude MARTINAND
Vice-président du conseil général de l'Environnement et du Développement durable (CGEDD)
Je suis heureux de vous accueillir dans les locaux de la Maison du Barr eau pour cette jour née du colloque consacré aux énergies de demain : quels réseaux sur le territoir e ? C'est l'édition 2010 des colloques du conseil général de l'Envir onnement et du Développement durable, ex-conseil général des Ponts et Chaussées. Nous n'avons pas fait exprès que les députés organisent un colloque le même jour à la maison de la Chimie. Ils l'ont pr ogrammé après nous. En revanche, nous avons fait exprès de l'organiser le 8 avril, date anniversair e de la loi 46-628 de nationalisation du gaz et de l'électricité en application de la décision du conseil national de la Résistance. De nombr euses années se sont dér oulées et le contexte a évolué depuis celui connu par Marcel Paul. Le thème est en r elation avec des questions traitées par notr e ministèr e de l'Écologie, de l'Énergie, du Développement durable, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat. Lorsque j'ai présenté mes voeux au ministr e, je lui ai demandé s'il ne tr ouvait pas que le titre de notre ministère était un peu long, d'autant plus qu'il ne contenait ni le logement ni les transports, alors que ce sont deux sujets importants d'un point de vue budgétaire. Il pourrait s'appeler « ministère du Développement durable », comme le prévoit l'adresse électronique, ce serait de bon goût. Par ailleurs, j'entends de plus en plus à la radio des publicités faites sous ce sigle. Le colloque se situe à la r encontre de deux pr oblématiques de l'énergie et des territoir es, et s'intéresse à leurs interactions au moment où de fortes évolutions sont engagées, tout en étant encore à leur début, et bien sûr en débat. La dimension territoriale des problèmes d'énergie est une relative nouveauté depuis un demi-siècle, car l'énergie a été mar quée par une continuité centralisatrice, jacobine diraient certains, dans notr e pays comme dans quelques autr es. Le Grenelle de l'environnement a permis d'aborder de manière plus radicale les questions posées par la territorialisation des questions vues jusqu'à présent au niveau national. J'ai organisé une confér ence avec les chefs de district d'EDF . À cette occasion, je leur ai demandé en quoi consistait pour eux une politique locale de l'énergie. L de mes interlocuteurs 'un a répondu que ce terme n'avait aucun sens du fait de la péréquation tarifair e appliquée dans notre pays. Il ne dirait peut-être pas la même chose aujourd'hui, de gré ou de force. En matière d'énergie, nous sommes tous concernés, mais nous ne sommes pas toujours conscients que nos actes individuels ont un impact sur l'énergie que nous consommons ou celle que nous pourrions produire. Certains pr oduisent déjà localement. Notr e civilisation r epose essentiellement sur l'énergie, de la for ce musculaire ou celles des bêtes de trait de l'Antiquité à l'atome, le solair e, l'eau, le vent, le bois, la biomasse, la houille, le pétrole, le gaz, etc. Notre développement s'est appuyé sur l'énergie depuis des millénaires, encore plus depuis des générations. Nous compr enons volontiers que l'énergie et le climat sont au coeur des défis majeurs auxquels l'humanité est confr ontée, qu'elle en ait pris conscience ou non. Notr e pays a toujours privilégié une approche centralisée pour gérer au mieux les biens de la collectivité au profit d'un bien-être des citoyens déterminé par l'État, ce qui r emonte à mille ans de centralisation. La confusion entre l'intérêt général et l'intérêt national est fréquente chez de nombr eux grands fonctionnaires. L'intérêt général local, européen ou mondial trouble ces personnes.
Il n'y a peut-être pas d'intérêt général a priori, mais uniquement le résultat de la confrontation de points de vue et la coconstruction d'un intérêt général partagé. Aujour d'hui, le citoyen entend profiter de sa liberté de choix. Seuls 2 % de consommateurs ont changé de four nisseur d'électricité, ce qui reste modeste à ce jour Par ailleurs, l'efficacité et la présence d'EDF sont très . fortes dans notre pays. En outre, cette entreprise jouit d'une image remarquablement positive. Ce mouvement vers la décentralisation se traduit particulièr ement bien dans les mouvements que connaît l'administration, car nous avons subi une évolution régionale, départementale et infradépartementale, bien que ce ne soit pas clair ment perçu. Les structures se déplacent aussi e vers les administrés, avec les schémas régionaux énergie-climat coélaborés par le conseil régional et l'État, ce qui corr espond au rôle des pouvoirs publics et des citoyens. A vec le développement des énergies r enouvelables dans le bouquet énergétique, la politique énergétique des grands pays développés encourage cette prise simultanée de l'of fre et de la demande locale poussant plus loin la notion de bien économique que représente l'énergie. Notre colloque est organisé avec deux confér ences préliminaires, présentées par Jean-Marie Chevalier, pr ofesseur à Paris-Dauphine au centr e géopolitique de l'Énergie et des Matièr es premières, et Christian Stof faes, membr e du conseil général de l'Industrie, de l'Énergie et des Technologies, également conseiller du président d'ERDF , et président du comité d'histoir e du ministèr e de l'Industrie. Ces deux confér ences poser ont les pr oblématiques, dr esseront le tableau des questions que nous tenterons de faire avancer aujourd'hui, de la géopolitique de l'énergie au consommateur individuel intelligent. Ensuite, la pr emière table r onde sera animée par Denis Cheissoux, jour naliste à France Inter , dont j'ai constaté qu'il était particulièrement au fait de toutes ces questions. La pr mière table ronde e posera la question suivante: « Quelle énergie au plus près des consommateurs: pourquoi, comment et jusqu'où ? » Production individualisée, chauf fage, climatisation, transport, besoin industriel et domestique, précarité énergétique, sujet traité dans le pacte de solidarité énergétique, etc., sont aujourd'hui autant de thèmes qui conduisent à une confrontation entre les intérêts et attentes des particuliers, et l'approche technico-économique globale, que l'on pourrait qualifier de technocratique . Les technocrates utilisent souvent le terme d'« optimum », que j'ai banni de mon vocabulaire. Les experts réunis évoquer ont les modèles économiques actuels et futurs, la place des collectivités territoriales, l'échelle géographique souhaitable de la gestion de l'énergie (immeuble, quartier, ville, région), l'insertion futur e de la voiture électrique qui peut consommer de l'énergie ou en r estituer à certaines heur es au réseau, l'amélioration de l'ef ficacité énergétique des bâtiments par une gestion plus active des consommations, l'émergence du tissu des entr eprises et des maîtr es d'oeuvr e intervenant avec des compétences associées, la coopération et la concurrence des fournisseurs d'énergie et d'autres intervenants de la chaîne. La seconde table ronde portera davantage sur les réseaux intelligents, ou smart grid, qui auront un rôle central dans la connaissance fine des consommations et des productions, et aussi dans la régulation ou l'amélioration de leur ef ficacité. Elle apportera des éléments de réflexion et de réponse sur l'impact des smart grid sur le plan technique, économique ou comportemental, la concurr ence nouvelle et à venir entr e l'énergie et les télécommunications ou Inter net. Ce concept entraînera la confr ontation d'une multitude d'acteurs. Il posera aussi la question sensible de l'intervention à distance de ces acteurs jusque chez les particuliers, ce qui peut poser des pr oblèmes de liberté publique. Le Pr Nour edine Hadjsaid, de l'Institut polytechnique de Grenoble, présentera une synthèse active de l'ensemble des débats. C'est lui qui mènera le principal travail aujourd'hui. Enfin, Pierre Lasbordes, député de l'Essonne, en remplaçant Claude Birraux, retenu en Haute-Savoie avec le président de la République pour le 150 e anniversaire de l'annexion de la Savoie par la France, conclura la journée. Je remercie tous les participants de cette jour née pour leur présence. Ce sujet touche comme Prométhée aux mythes les plus complexes de l'humanité. Quelques pistes solides nous permettront d'apporter une contribution aux travaux qui attendent les pr ochaines générations. Bonne journée à tous.
Allocution d'ouverture Claude MARTINAND
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Exposé introductif « De la géopolitique de l'énergie au compteur individuel intelligent »
Christian STOFFAES
Conseil général de l'Industrie, de l'Énergie et des Technologies (CGIET)
Bonjour, merci aux organisateurs de m'avoir invité. Je ferai une petite intr duction sur le concept o de smart grid, qui vient des États-Unis, et son importance dans le débat actuel. Cette idée s'est beaucoup développée aux États-Unis au cours des der nières années. Elle a été très fortement lancée par la campagne présidentielle de Barack Obama. Il faut bien entendu la situer dans le concept américain. En ef fet, de nombr eux débats inter nationaux sont gouver nés par des enjeux de politique intérieur e. Nous ne per cevons pas toujours la manièr e dont les débats de politique intérieur e américaine ont un impact sur notr e politique, mais il est essentiel de se replacer dans le contexte américain. Aux États-Unis, les questions de régulation sont des sujets permanents de débat, notamment parce que l'organisation électrique américaine est complexe et fédérale. Elle mêle le public et le privé. La régulation américaine est extrêmement complexe en comparaison avec la régulation française, qui est extrêmement centralisée. La régulation française se complexifie beaucoup avec l'Europe et le monopole, mais en comparaison avec les États-Unis, c'est un monument de clarté. Aux États-Unis, il y a une quinzaine d'années, il y a eu un débat sur l'énergie électrique et le Demand Sign Management (DSM). D'une certaine manièr , les smart grid sont une renaissance e de cette question nouvelle, dans le contexte des technologies de l'information et de la communication, qui ajoute une dimension technologique à ce débat ancien. Les réseaux électriques sont devenus un sujet important, alors qu'ils intér essent généralement surtout les techniciens des réseaux, et non le grand public, pour plusieurs raisons. Tout d'abor d, il y a une anxiété cr oissante des États-Unis sur la dépendance énergétique. C'est devenu un sujet très important et bipartisan. Les États-Unis ont été longtemps exportateurs, puis autosuf fisants en pétr ole et en gaz, alors qu'ils importent aujour d'hui la moitié des hydr ocarbures qu'ils consomment, qui pr oviennent toutefois de régions sous leur contrôle, principalement des États voisins, le Mexique et le Canada. En effet, la première puissance du monde doit faire attention aux zones de dépendance qu'elle peut créer. Les États-Unis sont mar qués par le souci de la dépendance cr oissante à l'égar d du Moyen-Orient, une zone danger euse et instable avec des fondements américains, et du Venezuela, qui a pris des positions fondamentalement anti-américaines. À ce souci ancien s'est ajouté ces der nières années le souci de l'ef ficacité énergétique et du carbone, qui est beaucoup moins pr ononcé aux États-Unis qu'en Eur ope, mais qui a pris une certaine importance ces der nières années, notamment dans la gauche américaine. Traditionnellement, le Parti républicain est soutenu par les grandes entr eprises énergétiques, les pétroliers texans et le très puissant lobby du charbon, lié aux entr eprises d'électricité, car il représente la moitié des sour ces d'énergie électrique aux États-Unis. Les démocrates sont plutôt motivés par l'hostilité au big business, qui est le clivage majeur aux États-Unis entr les deux e grands partis, c'est-à-dire aux grandes entreprises énergétiques. Ils sont en revanche intéressés
par la question scientifique. Sous l'administration Bush, la politique de W ashington était dominée par les pétroliers et les charbonniers ; depuis l'élection d'Obama, les scientifiques de Califor nie ont débarqué en force. Cette équation rappelle ce qui s'est pr oduit il y a tr ente ans avec Jimmy Carter . L'ancien Président démocrate a mené une politique assez hostile aux grandes entr eprises. Il a développé les énergies renouvelables. Il a démantelé le commissariat à l'Énergie Atomique américain. Il a arrêté l'énergie nucléair e. Il a r edéployé les crédits de la r echerche atomique vers les énergies renouvelables. Il a transformé l'Atomic Energy Commission en commission de l'Énergie, d'où sont sorties les premières innovations en matière d'énergie renouvelable : éoliennes, panneaux solaires, biomasse, etc. Obama, trente ans après, c'est le retour de cette ligne politique. Un thème nouveau est apparu dans ce clivage politique entr e les deux grandes formations américaines, c'est celui des réseaux électriques. Il a été lancé il y a quelques années par des scientifiques qui l'ont érigé comme le vecteur de la révolution énergétique. C'est à travers les réseaux électriques que se dif fuseront les énergies r enouvelables et les notions d'ef ficacité énergétique, c'est-à-dire les notions de gestion efficace de la demande. Le rôle des entr eprises technologiques de la Silicon V alley est fondamental. La révolution des technologies de l'information et de la communication, qui s'est pr oduite dans cette région, est en train de changer le monde. Des entr eprises technologiques très puissantes comme Google, Intel, IBM et Apple sont nées dans cette région. Ces scientifiques considèr ent qu'il est possible d'améliorer l'efficacité énergétique en intr oduisant leur technologie dans les réseaux électriques. La technologie n'a pas beaucoup évolué depuis un demi-siècle. Les grandes innovations datent de la période de l'entr -deux-guerres, lorsque les grands réseaux de transport e ont été construits. Dès lors, il y a eu peu d'évolutions techniques. En réalité, cette technologie est assez rustique. Les flux passent des centrales de pr duction vers les appareils de consommation. o Les scientifiques estiment qu'en mettant de l'électr onique, des communications et de l'informatique dans le pilotage du réseau, il serait possible d'en amélior l'efficacité. Par ailleurs, er l'électricité est caractérisée aux États-Unis par des monopoles locaux, c'est-à-dir e 200 à 300 utilities qui ont des monopoles territoriaux. Les scientifiques et les innovateurs eprochent aux r . monopoles leur attitude conservatrice, car ils vivent en symbiose et n'ont pas d'incitation à innover Dans ce contexte, l'administration Carter a intr oduit le principe de la pr oduction indépendante, ou IPP, qui est une législation adoptée par le Congrès sous l'influence des démocrates, en 1978. Elle édicte l'obligation pour un monopole énergétique d'acheter l'énergie pr oduite par l'énergie renouvelable, avec un tarif de rachat particulièr ment généreux. Ces tarifs sont fixés par les États, e en particulier dans les États les plus pr gressistes. La Californie a été le laboratoire de l'expérience o des énergies renouvelables, par un tarif d'achat électrique génér eux et la démonopolisation de la production. Ces expériences ont donné lieu aux pr emières expériences en matièr e d'énergie renouvelable. Le déploiement des subventions à la r echerche atomique vers les énergies r enouvelables a permis d'édifier les pr emiers prototypes expérimentaux d'éoliennes et de centrales solair es. Par ailleurs, ces installations n'ont pas très bien fonctionné : elles ont fait faillite, car elles étaient trop coûteuses ou sont tombées en panne. Enfin, l'administration Reagan et l'administration Bush ont mis fin à ces politiques dans les années 1980. Il y a une tentative de résurgence de ces politiques puisque les États-Unis ont pris du r etard. Le relais a été pris par l'Eur ope, notamment l'Eur ope du Nor d, l'Allemagne, le Danemark et l'Espagne. Les États-Unis entendent rattraper leur r etard dans ce domaine. C'est évidemment un point important de l'administration Obama. La clé du sujet est le tarif de rachat de l'électricité pr oduite par les énergies r enouvelables. À ce titre, les États ont développé des politiques très diférentes. La Californie est très généreuse, f d'autres États sont en revanche restés plus conservateurs.
Exposé introductif « De la géopolitique de l'énergie au compteur individuel intelligent »
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Le régime des IPP a introduit de nouveaux entrants. Par ailleurs, les IPP ont introduit un résultat inversé par rapport à ce qui était attendu. Le résultat des IPP a été de donner naissance aux turbines à gaz et aux cycles combinés. Le gaz natur l est une énergie combustible qui s'épuise, mais, grâce e aux évolutions introduites par le régime des IPP l'énergie gagnante est le gaz, avec la naissance , de cette grande innovation constituée des centrales à gaz qui se développent très rapidement depuis une vingtaine d'années. Les technologies ont échoué, alors que le gaz naturel a gagné. Il est essentiel de r emonter en arrièr e pour compr endre cette pr oblématique. D'une certaine manière, l'administration Obama est l'héritière de ce qu'a tenté l'administration Carter il y a tr ente ans. Les smart grid permettraient également aux nouveaux d'entr er dans les réseaux. En ef fet, les monopoles ne donnent pas accès aux nouveaux entrants susceptibles d'intr oduire des innovations technologiques. Vous trouvez dans cette démar che le poids de la Silicon V alley, qui souhaite intégrer les réseaux électriques. Pour ce faire, les puissantes entreprises ont besoin d'un régime législatif susceptible de casser les monopoles. Il y a quelques mois, j'ai r encontré avec le ministr e Borloo, à W ashington, le secrétaire à l'Énergie, Steven Chu, qui a obtenu ce poste de justesse, car le principal candidat, qui a joué un rôle important dans la campagne d'Obama, était le vice-président de Google, destiné à ce poste. En conclusion, ce sont les techniciens et les scientifiques de la Silicon V alley qui veulent introduire leurs méthodes de gestion dans le secteur électrique, dont ils sont large ment tenus à l'écart à cause du régime de monopole. Les smart grid représentent l'intr oduction des technologies de l'information et de la communication pour un pilotage beaucoup plus complexe et l'optimisation du fonctionnement des réseaux électriques. Ce sont des logiciels informatiques qui sont dans les postes de transformation. Ce qui est beaucoup plus spectaculair e, ce sont les énergies r enouvelables et les lignes de transport à grande distance. L'administration Obama envisage de développer à grande échelle les éoliennes dans le grand couloir éolien du Midwest (de la fr ontière mexicaine à la fr ontière canadienne) et de couvrir de centrales solaires le désert des montages Rocheuses, de Californie, de l'Utah et du Nevada. Il faudra évidemment manager le mix énergétique entr ces énergies produites en courant continu e et les énergies pr oduites avec le courant alter natif. C'est le stade de la pr oduction. Le stade de la consommation est le pilotage de la consommation énergétique au niveau des usines et de l'utilisation. Un vaste complexe s'étend de la pr oduction à l'utilisation finale, en passant par le transport. L 'idée consiste à optimiser la gestion de cet ensemble avec les logiciels et les instruments de pilotage. Où va ce concept ? Nous ne le savons pas. C'est une innovation majeur e. Les États-Unis ont une volonté de reconquête technologique, les innovations énergétiques ayant été abandonnées aux Européens, aux Chinois et aux Japonais. Ce secteur est appelé à un très grand avenir au cours des pr ochaines années. C'est un mar ché très important qui suppose d'acquérir des licences. C'est un enjeu de reconquête technologique. Je présenterai un rappel historique sur les énergies décentralisées. Comme vous le savez, ces énergies sont à la mode. Elles sont bien vues, très encouragées, y compris par des encouragements qui dérapent. La « bulle solaire » fait polémique en France depuis quelques mois. Le gouver nement a édicté un tarif de rachat très génér eux pour l'énergie solair e qui a engendré une spéculation, de nombreux agents économiques s'étant précipités pour prendre des contrats de fourniture avec des engagements dépassant le milliard d'euros. L'Espagne, très dynamique en matièr e d'énergies r enouvelables, a énormément développé les éoliennes, pour atteindr e une pr oduction annuelle de 20 gigawatts, pr esque autant que l'Allemagne, à 25 gigawatts depuis dix ans. Les énergies décentralisées sont parées de toutes les vertus, mais ce qui est critiqué aujour d'hui, ce sont les grandes installations électriques, les grands réseaux de transport, le modèle contre lequel l'énergie décentralisée veut lutter.
L'énergie centralisée produite à partir de grandes centrales et un réseau de transport à grande distance n'est pas une donnée mais une construction de l'histoire. La France est probablement le modèle le plus achevé dans les comparaisons internationales de la conception, avec 20 sites nucléaires (comprenant 58 centrales harmonieusement réparties sur le territoire), réunis par des lignes de transport de 100 000 à 220 000 volts. À l'origine de l'industrie électrique, c'était de l'énergie décentralisée, pr oduite et consommée localement. Ce modèle a été contesté par l'énergie décentralisée pour des raisons de compétitivité et de coût. L 'énergie électrique est née vers 1880 avec une prolifération d'innovations technologiques, des inventeurs, des ingénieurs, etc. Il y a eu un engouement très important pour cette énergie, car l'électricité a apporté beaucoup de progrès et de bien-être par rapport aux énergies traditionnelles au gaz et au charbon. Il y a eu une très forte demande. À l'origine, les centrales étaient de petite dimension. C'était des réseaux locaux, car il y avait des pertes en ligne qui ne permettaient pas de produire à grande distance. Il y a eu une construction de centrales de plus en plus grandes. Les pr emières centrales fournissaient une puissance de quelques mégawatts, puis quelques dizaines et centaines en 1920, et, après la guerre, nous sommes passés à des centrales de 1000 puis 1 600 mégawatts, pour des raisons économiques. C'est la loi des économies d'échelle qui permet de pr oduire moins cher en grande quantité. L 'électricité est un bonheur pour les économistes. Nous tr ouvons dans l'électricité tous les concepts économiques : économie d'échelle, concertation, etc. L'électricité est un produit fongible, le kilowattheure est une matière première. En conclusion, l'électricité est un laboratoire d'école pour économistes. C'est intéressant de r etracer le mécanisme de cette histoir e. Les petites installations ont été éliminées du mar ché par les plus gr osses. La grande révolution est survenue lorsqu'on a transporté l'électricité sur de longues distances. Le transport à haute tension a été inventé vers 1920-1930. Il a permis de transporter l'électricité sur plusieurs centaines de kilomètr es, en particulier l'énergie hydr oélectrique des Alpes ou du Massif central vers la région parisienne, ce qui a permis l'intégration du mar ché. Ensuite, il y a eu une concurr ence entre les sour ces d'énergie (hydraulique, thermique et charbon), les installations les plus pr ductives, dont les coûts o de production étaient les moins élevées, ayant gagné sur les autres. Ce mécanisme a entraîné la disparition progressive des petites centrales thermiques, qui ont été éliminées du marché. La concentration s'est faite au pr fit des grandes installations. Le nucléair o e a éliminé les centrales au fuel, car elles sont moins coûteuses en termes de coût du kilowattheur e. En revanche, les petites installations hydrauliques sont r estées en place. Nous avons conservé les barrages hydrauliques, qui disparaîtr ont nécessairement au cours des pr ochaines années. Les barrages importants ne vont pas chasser les petits barrages, qui ne coûtent rien une fois que l'investissement est amorti. Que vont devenir les installations décentralisées ? Elles ont été encouragées au cours des dernières années au travers du tarif de rachat. La compétitivité est une question écologique, et non seulement économique. Il convient d'adopter également une approche multidimensionnelle. Le coût du kilowattheure est encore très élevé. Nous avons gagné des points. Les éoliennes se sont rappr ochées des normes de compétitivité grâce aux perfectionnements apportés par l'industrie mécanique danoise ou allemande. Ces installations sont sensibles. Les éoliennes conçues il y a trente ans en Californie tombent en panne. C'est de la mécanique de précision. Le kilowattheure éolien coûte de 20 à 30% plus cher que le kilowattheur de base, mais ce système e produit de l'électricité de manièr e aléatoire. La valeur du kilowattheur e dépend pour beaucoup du moment où il est injecté dans le réseau, entr e l'hiver et l'été, entr e les heur es de pointe et les heures de basse consommation, le diurne et le nocturne ; la valeur varie du simple au double du fait que cette énergie ne se stocke pas. Il faut la pr duire au moment où elle est consommée. o Pour cette raison, l'écart de compétitivité de l'éolienne est encor e de l'ordre de 1 à 2. Le coût est proche de la compétitivité à 80 eur s le mégawattheure contre 50 euros pour le prix de base. o
Exposé introductif « De la géopolitique de l'énergie au compteur individuel intelligent »
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
L'énergie solaire est très éloignée de la compétitivité, d'un facteur de 1à 5 ou 1 à 10 par rapport au prix de base, mais nous pouvons espér er diminuer très fortement le coût de pr oduction au cours des prochaines années. En effet, la courbe d'expérience, très importante en économie, veut que le développement d'une innovation permette d'en diminuer le coût. Le tri s'ef fectue entre les spécifications techniques, puis nous standardisons et nous pouvons baisser les coûts de manièr e considérable. L 'éolien est une technologie complexe, de haute précision, très sensible, mais c'est tout de même l'électricité la moins chèr e. Les éoliennes, c'est compliqué, alors que le solair e, c'est assez rustique, il dépend de peu de technologies pour êtr e rendu fiable. C'est un peu cela le grand enjeu des énergies nouvelles décentralisées et centralisées. En effet, le solaire peut être centralisé. Nous aimons le solair e, mais il y a aussi du solair e en concentration, comme le pr ogramme Desertec, lancé par l'industrie allemande pour développer cette énergie solair e à concentration dans les zones où il y a beaucoup de soleil, c'est-à-dir e les déserts. C'est un grand pari technologique, à grande échelle. De nombr euses technologies sont en concurrence : le parabolique, les centrales à tour , etc. L'enjeu de ce pr ogramme consiste à tester et à espér er que nous arriverons à produire de l'énergie thermique pour des coûts compétitifs dans cinq ou dix ans. En conclusion, il convient de suivr de près ce qui se passe aux États-Unis puisque c'est là que sont e créés les smart grid. En outre, il convient de replacer les énergies renouvelables dans le contexte de leur envir onnement historique. Le changement climatique est contesté, mais il r este. Le monde moder ne est principalement confr onté au pr oblème de la diminution des r essources et au pr oblème des questions stratégiques. Les grandes puissances cher chent à préserver les ressources. La guerre en Irak a été enclenchée pour permettre aux États-Unis de reconquérir des zones de production de pétrole, sachant que les zones traditionnelles de pr duction du pétrole o ont échappé à ce pays. L'Irak est devenu un protectorat anglais et américain. L'Arabie saoudite est devenue instable, car l'attentat du 11 Septembr e est un attentat saoudien. La récupération de l'Irak comme zone de confiance pétr olière est un enjeu important. L 'Europe se situe dans une situation dramatique sur le plan de la dépendance. La sécurité stratégique est un enjeu majeur de la politique américaine. L'Europe est beaucoup plus dépendante que l'Amérique. Cet objectif se situe derrière l'enjeu des énergies décentralisées : faire face à l'épuisement des r essources en hydrocarbure à l'horizon de vingt à quarante ans. Merci de votre attention.
Jean-Marie CHEVALIER
Professeur à Paris-Dauphine au centre géopolitique de l'Énergie et des Matières premières
Le colloque d'aujourd'hui est extrêmement important. Nous nous situons fondamentalement à un tournant de l'histoire de l'énergie. L 'énergie est un vecteur Elle est consommée pour satisfair . e des besoins fondamentaux : de chaleur, de for ce motrice, d'éclairage, d'électricité spécifique. La chaleur est utilisée pour se chauffer (chaleur à basse température), et par l'industrie (chaleur à haute température). Nous avons besoin de force motrice pour la mobilité, l'industrie, etc., des besoins d'éclairage, et, depuis quelques années, nous avons des besoins spécifiques d'électricité. Depuis vingt ans, les or dinateurs, les appar eils ménagers et les téléphones portables ont développé un besoin d'électricité spécifique. En France, l'électricité est un bien essentiel. Il y a un droit à l'électricité. Nous nous r endons bien compte qu'une panne est amusante pendant quelques heur es, mais qu'elle ne fait plus rir e au-delà, comme en 1999 où certains foyers sont r estés privés d'électricité pendant plusieurs semaines. C'était dramatique. En France ou dans les pays riches, l'électricité est un bien essentiel, alors que 1,3 milliar d de personnes dans le monde n'ont pas accès à l'électricité, c'est-à-dir e au développement économique. Il convient de toujours se focaliser sur cette idée de l'électricité comme un besoin spécifique.
Depuis l'aube de l'humanité jusque vers 1830, ces besoins fondamentaux ont été satisfaits par des énergies r enouvelables et non polluantes : le bois de feu, l'eau, la for ce des moulins, la force des esclaves et des travailleurs. Nous sommes demeurés dans ce mode de satisfaction des besoins pendant des siècles. La vitesse est r estée constante à 30 kilomètr es à l'heure, la vitesse d'une diligence. À partir de 1930, tout change avec le charbon, le gaz et le pétr ole. En 2010, plus de 80 % de l'énergie consommée dans le monde vient de tr is grandes énergies fossiles, non o renouvelables et polluantes : pétrole, gaz et charbon. Cette nouvelle structure n'est pas soutenable. Le moment de la prise de conscience de ce tour nant énergétique est le rapport de l'agence internationale de l'Énergie en 2007, dont la pr emière phrase rappelle que « le futur énergétique que nous construisons n'est pas soutenable: il y a trop de gaz, trop de charbon, trop de pétrole, trop de carbone. » Ensuite, il y a eu le Sommet de la Terre à Johannesburg, en 2002. Ce que l'on appelle « l'équation de Johannesburg », c'est produire davantage d'énergie pour le développement économique des plus pauvr es et en même temps réduir e les émissions de gaz à ef fet de serr e. Comment allons-nous résoudr e cette équation ? Je ne sais pas. Nous passons par des moments d'optimisme et de pessimisme. L'évolution extraordinaire soulève un pr oblème : comment allons-nous régir ce dilemme ? Tout d'abord, il convient d'agir : c'est toute l'action décrite à diférents niveaux. L'adaptation peut être f faite ex-ante ou ex-poste ; ex-ante dans les pays qui se pr otègent des risques du changement climatique. Les Pays-Bas ont les moyens de dépenser plus de 1 milliar d d'euros par an pour surélever les digues et se protéger. Le Bangladesh n'en a pas les moyens. Il s'adaptera ex-post. Les populations migr eront ou non. La fr ontière entre l'Inde et le Bangladesh est une barrièr e, car les Indiens veulent éviter à tout prix les migrations climatiques des habitants du Bangladesh vers leur pays. La situation internationale est complexe. Les trois axes du pr oblème sont l'action, l'adaptation et le prix. Les prix de l'énergie ser ont à long terme plus élevés, et différentes taxes s'ajouteront pour résoudre cette fameuse équation. À partir de ce paysage général, il est extrêmement important que l'on soit parfaitement conscients que tout cela se décline à dif férents niveaux qui ne sont pas exclusifs mais complémentair es. La résolution de l'équation se situe entre le global (Copenhague), le régional (Europe), le national (France) et le niveau très fondamental des collectivités locales. Au niveau global, nous parlons désormais de l'après-Copenhague. Ce n'est pas un échec, car Copenhague, pour la pr emière fois, a permis de réunir la plupart des pays du monde. De nombreuses personnes ont critiqué le cadr ONU, mais il est important, car c'est un créateur e de droit et de règlement, qui a une légitimité pour créer des règles et des mesur es. C'est très important. Nous n'avons bien entendu pas pris d'engagement, mais cela confirme l'idée d'un cadre de négociation institutionnelle qui paraît très important. Cependant, Copenhague s'est dér oulé à un moment où la dramatique crise économique dans laquelle nous sommes encor e a fortement accentué les clivages. Envir on 1,2 milliar d d'habitants vivent dans les vieux pays de l'OCDE. Nous ser ons autant en 2050. Nous sommes fortement frappés par la crise. Les potentiels de cr oissance sont faibles. La sortie de crise sera douloureuse, avec la persistance d'un taux de chômage élevé. De l'autre côté, les pays émergents r eprésentent 5,5 milliar ds d'habitants aujour d'hui, pour 8,5 milliards en 2050. Ils ont une volonté de cr oissance sans limite. Le rêve des Chinois est de conduire une voiture. Le gouvernement chinois souhaite que la moitié des voitures produites en Chine en 2020 soient électriques, ce qui est une bonne nouvelle pour le pétr ole, mais non pour l'environnement, car l'électricité chinoise pr ovient essentiellement du charbon. Nous vivons un o moment très complexe, avec une concentration des réserves de pétr le et de gaz dans 30 pays à risque et une compétition pour l'accès à ces r essources de la part des États-Unis et de l'Europe, mais également de ces pays émergents pour qui l'accès aux essources est vital. r
Exposé introductif « De la géopolitique de l'énergie au compteur individuel intelligent »
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Lorsque je regarde le niveau global, je ne suis pas très optimiste en raison de cette cr oissance, débridée d'un côté et mesurée de l'autr e, ainsi qu'en raison de la bataille démesurée pour l'accès aux r essources. La majorité de la population n'est pas préoccupée par la question climatique, car elle privilégie la cr oissance. En outr e, ils ne veulent pas payer l'« héritage climatique » laissé par les pays riches, car ils disent que ceux-ci doivent payer le résultat des concentrations d'émission dans l'atmosphère. Nous ne souhaitons pas payer en temps de crise, et nous ne pouvons pas le fair e. Le conflit mondial doit êtr e gardé en tête, même en parlant de collectivité locale et de réseau. Le deuxième niveau, le niveau régional, est l'Eur ope. À ce titr e, je suis très impr essionné par le fait que 27 pays aient pu se mettr e d'accor d sur le paquet Énergie-Climat et le mar ché des permis d'émission, en quelques mois. Les Américains étaient les pr emiers surpris. Ces 27 pays s'entendent pour atteindr e en 2020 les fameux tr ois 20 cités par le Président : efficacité énergétique, accr oissement de la part des énergies r enouvelables et réduction des émissions. Je ne suis pas certain que nous y arriver ons, mais cette déclaration extrêmement importante engage 27 pays. Ce consensus n'a pas été eprésenté suffisamment à Copenhague, r dont la géopolitique était toutefois très complexe. L'Europe connaît une orientation très forte. Le mar hé des émissions est un instrument possible. c Avec l'abandon de la taxe carbone en France, l'idée de taxe carbone eur opéenne pr end beaucoup d'assurance, ce qui me semble positif. Le nouveau commissair e à la fiscalité insisterait beaucoup sur une taxe carbone eur opéenne qui serait plus prioritair e que la taxe aux frontières, plus dif ficilement applicable. Taxe carbone et permis d'émission, ce sont deux éléments complémentair es avec des pr oblèmes techniques r edoutables : le prix de la taxe et le prix du mar ché. La combinaison de ces deux prix, qui donne des occasions d'arbitrage au monde financier, ne sera pas simple à gérer. En Europe, l'harmonisation des réseaux européens de gaz et d'électricité est un objectif majeur. Le paquet Énergie-Climat comprend une nouvelle dynamique institutionnelle formée par les Enso et la nouvelle agence de régulation, l'Acer . L 'Enso électricité r egroupe les transporteurs d'électricité européens, l'Enso gaz r egroupe les transporteurs de gaz. Les deux organismes ont une vie propre très dynamique qui vise à collabor r, coopérer, échanger les informations, etc. e Du point de vue de l'électricité, la grande panne de 2006 ne doit pas se r eproduire. Elle résulte de la coupur e d'une ligne de haute tension pour fair e passer un bateau en Allemagne. Cette panne a entraîné la coupur e de la ligne Mar oc-Espagne. Le black-out s'est répandu dans toute l'Eur ope, même s'il a été très bien géré par des pr ogrammes de délestage. Ce problème révèle qu'il y a beaucoup de travail à fair dans les grands réseaux eur péens, avec e o des inter connexions qui ne corr espondent pas toujours aux réseaux pour lesquels ils ont été conçus. Par exemple, l'interconnexion France-Espagne était destinée à exporter du nucléair e vers l'Espagne, alors qu'elle permet désormais d'importer de l'éolien vers la France. De nouveaux pr oblèmes sont apparus avec les smart grid . Nous devons désormais gér er des pr oblèmes dramatiquement complexes. L 'électricité est un rêve pour les économistes. Nous étions nombreux à penser au début que les kilowattheur s fournissaient un bien homogène e non substituable avec des millions de consommateurs et quelques centaines de pr oducteurs, alors que les smart grid offraient l'occasion de fonctionner dans un mar ché de concurr ence parfait. Nous avions pr obablement sous-estimé les caractéristiques physiques de l'électricité. La grande question des économistes de l'électricité est : « What is the good market design ? » « Quelle est la bonne architecture du marché ? ». Nous nous posons cette question de manière lancinante depuis quinze ans. Nous n'avons pas la bonne réponse. Il y a quelques semaines, l'Ofgem, le régulateur anglais, a publié un article considéré comme « extrêmement volte-face ». L'article suggèr e de r evenir au single buyer au niveau du détail. Cet article nous ramène à la question de la bonne ar chitecture du mar ché, une question spécifique au marché de l'électricité.
Nous voyons bien la nécessité de r ndre les réseaux encore plus intelligents au niveau eur péen. e o Le smart grid est l'idée consistant à se poser la question du transport de l'électricité, de la sortie de la centrale à l'utilisation de l'électricité par le client final, à l'aval du compteur. Cette technologie inclut la pr ogrammation de la machine à laver ou des appar eils électroménagers. Ce dispositif nous pose un pr oblème dramatiquement complexe de gestion de la pointe. La demande de pointe soulève de nombreuses difficultés dans le domaine de l'électricité. Au cours des der iers n mois, nous avons importé de l'électricité d'Allemagne et d'Italie à des coûts élevés. En outr e, cette électricité provenant de centrales à charbon est polluante. Il existe deux solutions pour passer la pointe. La pr emière suppose une of fre additionnelle consistant à fair e tour ner une centrale supplémentair e. La seconde consiste à diminuer la consommation. Un gr oupe de travail a r endu un travail extrêmement intér essant dans ce domaine. Il suggèr e de rétablir une symétrie de gestion des pr oblèmes, sans encourager une production additionnelle plutôt que la diminution de la demande, ce qui semble la solution la plus intéressante par les temps qui courent, du point de vue économique et écologique. Il y a un travail important à fair aux niveaux européen et français. Le Grenelle de l'environnement e se situe à un tour nant extrêmement important. Aux États-Unis, nous utiliserions le terme « bipartisan ». C'est une action ou des axes sur lesquels il y a un accor d des principaux partis politiques. L'avenir énergétique français ne sera plus comme avant. Nous avons pris un tour ant n dans la modification structur elle de notr e système énergétique. Aur ons-nous les moyens de le financer ? Je n'en suis pas certain. Le tour ant actuel offre d'immenses opportunités en termes n de réseau et d'innovation. Le niveau national n'est pas complètement absent de nos réflexions. Il est biaisé par notr e culture extrêmement centralisatrice, qui r este très prégnante. Le président se demandait s'il y avait une politique énergétique régionale. Le colloque montr e l'idée qu'il y a bien une politique énergétique régionale qui doit se r enforcer au cours des pr ochaines années pour répondr e aux défis que j'ai soulignés. Quatre idées majeures émergent au niveau des collectivités locales, qui sont le der nier niveau. La première est une idée citoyenne. À l'heur e actuelle, les citoyens ont de plus en plus l'envie d'agir sur leur environnement quotidien : qualité de la vie, de l'air qu'ils r espirent, de l'eau qu'ils boivent, de la collecte des déchets, des systèmes de transport, du bruit, etc. Cette prise de conscience inclut l'énergie et les systèmes de dif férenciation. Cet aspect est important d'un point de vue politique. Des gens ont envie de faire du durable, même si cela coûte un peu plus cher. Il y a des citoyens volontaires prêts à payer plus cher et des citoyens qui souf frent des changements. Sur le prix du pétr ole, j'ai constaté que l'augmentation du prix de l'essence est dramatique pour un « smicard » qui a besoin de sa voitur e tous les jours, alors que le Parisien moyen, qui n'a pas de voiture mais un Pass Navigo, y est indiférent. Il est important d'apporter une attention par f ticulière sur ce point. Le niveau régional est intér essant sur cette question, pour un particulier comme pour les industries qui souffrent. La deuxième idée consiste à revenir aux besoins de chaleur d'électricité, de transport, de mobilité, , qui doivent êtr e repensés. Une dif férenciation s'opère au fil du temps, qui nous éloigne d'une conception centralisée. La troisième idée porte sur les innovations. Les pouvoirs locaux ont des privilèges en termes de réglementation, de plan d'urbanisme, de concession, etc. Certains dossiers s'ouvrir ont au cours des prochains mois. Il y a à mon avis un potentiel extraor dinaire d'innovation diversifiée. L'innovation diffère de Rio de Janeiro à Berlin ou Toulouse. L'innovation porte principalement sur les transports et les réseaux. Il n'y a pas que les réseaux électriques au niveau des collectivités locales, mais les réseaux de gaz, de chaleur et d'eau. La gestion combinée des réseaux avec des interférences et des synergies me paraît extrêmement importante. Elle n'a pas encor e été complètement pensée.
Exposé introductif « De la géopolitique de l'énergie au compteur individuel intelligent »
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Nous parlons de smart grid et de réseau, mais nous avons surtout parlé avec Christian Stoffaes des grands réseaux. Il conviendrait également de parler des miniréseaux. Une voie est en train d'émerger, notamment en Allemagne et au Danemark, de minisystèmes énergétiques décentralisés, avec la combinaison de r essources en biomasse, éolien, solair e et gaz de cogénération, ce qui donne une combinaison adéquate des dif férentes r essources. Volkswagen propose depuis quelques mois en Allemagne des minicogénérations qui four issent n de l'électricité et de la chaleur à partir de la maison, de biomasse ou d'une autre ressource. En France, nous aurions tout un travail à faire sur la filière bois, qui n'est pas assez développée. Dans la Creuse, un Néerlandais a récemment décidé de construir une maison en bois, exposée e plein sud, utilisant le soleil et naturellement le bois, après avoir vécu longtemps dans une maison en granit sombre et humide. C'est une innovation individuelle majeure. J'ai participé à quelques jurys des pr ojets Ademe et Icade. J'ai été frappé par les innovations majeur es pr oposées par des individus, des communes, des associations, etc. Il y a une carte exceptionnelle à jouer, qui est inédite. Nous voyons bien quels défis sont devant nous dans l'utilisation du potentiel local. Le quatrième point des politiques locales est l'exemplarité. Chaque innovation qui peut êtr e lancée dans une ville ou une région doit êtr e disséminée. C'est un message dont je discute souvent avec mes collègues de la Banque mondiale : il y a de nombr eux experts formidables dans le monde, mais il faut favoriser la connaissance de ces expériences, pour voir comment et à quel coût elles peuvent être transposées. Lorsque le paquet Énergie-Climat est passé à Bruxelles, 400 villes européennes se sont réunies pour pr endre l'engagement d'aller plus loin et plus vite que les tr ois 20 pour 2020, ce qui montre qu'il y a un dynamisme régional qui existe et qu'il faut davantage exploiter . En dehors de la Silicon V alley, nous avons un exemple à suivr e de près, l'éco-cité de Masdar , dans les Émirats. Cette ville veut devenir le laboratoir e mondial d'expérimentation et de découverte des écosystèmes de demain. Nos ingénieurs français ont une place importante à jouer dans ce domaine. En conclusion, je présenterai quelques idées. T out d'abor d, je confirme que la politique énergétique régionale monte en puissance. Il apparaît un pr oblème de signaux de prix qui incitera la population à développer des énergies r enouvelables. Il apparaît de nombr euses distorsions de mar ché, la plus importante étant dans le T artam, un tarif illégal par rapport à la loi européenne, qui équivaut à un blocage des prix, qui en outr entraîne un consensus entre e la dr oite et la gauche. Il est extrêmement négatif de donner de mauvais signaux de prix aux citoyens. Ces signaux de prix doivent êtr e augmentés par les taxes du fait de la gravité de la situation. Il est préférable de mettr e en place la taxe carbone au niveau eur opéen plutôt qu'au niveau français. J'ai récemment remis à Christine Lagarde un rapport qu'elle m'a commandé sur la volatilité du prix du pétrole, à l'issue du travail passionnant mené avec un gr oupe d'experts. La conclusion est que l'ar chitecture du mar ché du pétr ole est actuellement liée à une sphèr e physique qui fonctionne à la vitesse d'un tanker , et une sphèr e financière qui fonctionne à la nanoseconde. La volatilité est inhérente à ce marché. Je suis favorable à un r enforcement de la régulation, mais je ne pense pas que nous parviendr ons à gommer la volatilité. Dans ce contexte, nous devons nous adapter à elle ; nous n'aurons pas de signaux de prix fixes. En conclusion, les signaux de prix sont fondamentaux. De 1830 à aujour d'hui, nous avons vécu selon des systèmes de décision à la fois top down et supply side qui encouragent l'augmentation de la pr oduction, typique de l'administration Bush: augmenter la pr oduction de pétr ole, de charbon, etc. À présent, le monde est beaucoup plus bottom up, les smart grid ayant créé le nouveau consommateur intelligent, qui gèr e davantage sa demande et son rapport à l'énergie en fonction de ses besoins. Cette situation intr oduit un changement complet de paradigme, avec un retournement.
Enfin, à l'heure actuelle, le maître mot dans le domaine de l'énergie est la diversité. Il n'y a pas d'énergie parfaite. Elles ont toutes leurs avantages et leurs inconvénients. Nous avons besoin de toutes les technologies pour satisfair e l'of fre et la demande, avec une nécessair e exploration au plus fin de ce que cela coûte, de ce que cela rapporte, des impacts sociaux, etc. Il n'y pas un modèle général qui s'applique à tout le monde. Il n'y a qu'une diversité de modèles. La solution r elève de ce qui est le plus important chez l'homme, à savoir l'imagination et la création.
Denis CHEISSOUX
Un grand mer ci à vous. C'est tout à fait passionnant en ce début du XXIe siècle : nous vivons un changement de civilisation. Nous irions dans le mur si nous voulions r evivre aujour d'hui les errements du xx e siècle. Nous disposons d'une intelligence collective, dans un contexte où les données économiques ne sont pas simples à gér er. La natur e s'est toujours construite de cette manière, en essayant différents modèles. Il y en a un grand nombre qui ne fonctionnent pas, mais dix qui fonctionnent. Le citoyen, l'individu, veut agir sur son envir onnement et sur son univers. C'est lui qui fera évoluer la situation en indiquant ce qu'il souhaite aux politiques, plutôt que l'inverse. Cette situation est tout à fait enrichissante. Nous allons voir ce qu'il en est avec nos différents intervenants.
Exposé introductif « De la géopolitique de l'énergie au compteur individuel intelligent »
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Première table ronde « Quelle énergie au plus près des consommateurs : pourquoi, comment et jusqu'où ? »
Cette table ronde était animée par les personnalités suivantes :
Jean-Claude BONCORPS,
Directeur des affaires publiques, Dalkia
Jean-Marie CARTON,
Premier vice-président, confédération de l'Artisanat et des petites Entreprises du Bâtiment (Capeb)
Thierry KOSKAS,
Directeur du programme Véhicules électriques, Renault SA
Sandrine MATHY,
Présidente de Réseau Action Climat (RAC)
Antoine SAGLIO,
Directeur général d'Eneryo
1- Jean-Marie CARTON 2- Jean-Claude BONCORPS 3- Antoine SAGLIO 4- Thierry KOSKAS 5- Sandrine MATHY 1 2
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Première table ronde « Quelle énergie au plus près des consommateurs, pourquoi, comment et jusqu'où ? »
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Première table ronde « Quelle énergie au plus près des consommateurs : pourquoi, comment et jusqu'où ? » Résumé
Antoine SAGLIO, dir ecteur général d'Eneryo, estime que l'enjeu central de l'énergie est celui de la réduction de la demande. Il considèr e qu'il est nécessaire de rapprocher les systèmes de production du consommateur , notamment en développant l'éolien. Enfin, il est nécessair e de communiquer auprès du public sur les initiatives des collectivités locales en matièr e de développement durable. Antoine SAGLIO suggèr e d'adopter un plan pour transformer le système énergétique, afin de garantir les tarifs pr omis aux entreprises qui s'orientent vers le développement durable. Les systèmes de soutien économique sont indispensables pour favoriser le développement du secteur. Enfin, il est essentiel de rappeler que certaines énergies enouvelables comme l'éolien r sont pertinentes d'un point de vue économique, et non aléatoir s. Cette énergie ne représente que e 1,7 % de la consommation d'électricité en France, mais 15% en Espagne et 20 % au Danemark. Thierry KOSKAS, dir ecteur du pr ogramme Véhicules électriques de Renault, estime que le véhicule électrique apporte une réponse pour amélior r le bilan carbone du transport automobile. e Ce système émettrait en moyenne 12 grammes de carbone par kilomètr e avec le véhicule électrique en tenant compte des diférents moyens de production. La voiture électrique a également f un impact sur la consommation d'électricité, notamment aux heur s auxquelles les consommateurs e rechargeront la batterie de leur véhicule. L 'autonomie des batteries au lithium sera pr oche de 160 kilomètres. Ce système sera intér essant d'un point de vue économique pour les personnes qui cir culent de 10 à 12 000 kilomètres par an. Ce mar ché pourrait concer ner de 10 à 15 % des ventes annuelles d'automobiles en 2020. Renault aura l'obligation de r ecycler les batteries usagées. Le véhicule électrique sera commercialisé avec le partenaire Better Place, dans un pr mier temps en e Israël, où les distances parcourues correspondent idéalement à ce véhicule. Cet opérateur propose un service aux clients qui comprend la location de la batterie, l'accès à l'infrastructure ainsi qu'à un certain nombre de services, comme la navigation pour trouver les bornes de rechargement. Enfin, le véhicule électrique peut devenir une sour e d'énergie, ou « véhicule-to-grid », en stockant c dans les véhicules de l'électricité injectée dans le réseau. Jean-Claude BONCORPS, dir ecteur des af faires publiques de Dalkia, indique que les réseaux de chaleur représentent le chauffage de 4 % des logements ou des bâtiments tertiair s de bureau, e contre 10 à 15 % en Eur ope. L 'ensemble des réseaux de chaleur eur opéens pr oduisent 500 terawattheures d'électricité, soit l'équivalent de toute la consommation d'électricité en France.
Les réseaux de chaleur sont très largement d'origine fossile. Il existe 400 réseaux de chaleur en France, de taille et de mode de gestion variés. La gestion déléguée formellement et les contrats confiés à des pr ofessionnels représentent 90 % des réseaux français. Désormais, les réseaux de chaleur se développent au niveau local dans des bourgs de quelques milliers d'habitants. En effet, les collectivités locales estiment que les réseaux de chaleur constituent une opportunité pour augmenter la part d'énergie verte. Le réseau de chaleur français est prioritair ement basé sur le bois. La géothermie connaît également un nouvel essor. La chaleur produite par les incinérateurs peut également être utilisée pour produire de l'électricité : ils pr duisent 29 % de l'énergie provenant des réseaux de chaleur; o 25 % de l'énergie des réseaux de chaleur provient du gaz utilisé en cogénération. Sandrine MATHY, présidente du Réseau Action Climat, estime que le Sommet de Copenhague constitue un échec. Au niveau national, le Gr enelle de l'envir onnement se tr ouve dans une situation délicate avec l'abandon de la taxe carbone. La suppr ession de la taxe professionnelle ne permettra pas non plus aux collectivités locales d'êtr proactives en matière de développement e des énergies r enouvelables. Enfin, l'objectif consistant à diminuer de 38 % les émissions du secteur du bâtiment d'ici à 2020 est irréaliste sans obligation de rénovation. Dans le secteur des transports, les compétences sont tr op dispersées entre le niveau national, le niveau départemental et le niveau eur opéen pour permettr e une amélioration de l'ef ficacité énergétique. Jean-Marie CARTON, vice-président de la Capeb, estime que la fiscalité et les règles comptables de calcul de l'amortissement ne favorisent pas le r ecours aux énergies r enouvelables. Des amortissements à 35 ou 40 ans seraient préférables. Les entr prises du bâtiment sont tout à fait e disposées à adopter leurs pratiques et leurs locaux aux pr blématiques des énergies renouvelables. o La Capeb a créé le label Éco-artisan auquel adhèr nt 7 000 entreprises. Les entreprises formées e aux pr oblématiques du développement durable of frent davantage de confort, d'économies d'énergie, de service et de conseil aux consommateurs. Cependant, il convient de renforcer les contrôles dans le secteur des énergies r nouvelables, qui attire notamment des autoentrepreneurs e qui concurrencent les entreprises traditionnelles, sans leur professionnalisme. Jean-Marie CAR TON estime que le compteur intelligent vise surtout à augmenter le prix de l'électricité sans que le consommateur s'en aperçoive, en influant sur le déplacement de certains usages au cours de la jour née. Le consommateur souhaite pourtant devenir responsable de la gestion de l'énergie. Gérard CRIQUI, de la direction régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement de l'Aquitaine, rappelle que les schémas régionaux Climat-Air -Énergie sont mis en place en concertation avec le conseil régional et le préfet de région, prouvant l'implication des collectivités locales dans le développement durable. Sandrine MATHY remarque que l'obligation de rénovation vaut pour les bâtiments d'une surface supérieure à 1 000 mètr es carrés. Elle estime qu'il aurait été préférable d'intégr er les objectifs de climat et d'énergie dans les outils de planification des territoir es plutôt que de créer les schémas régionaux. D'une manièr e générale, l'État est très réticent pour confier la gestion de l'énergie au niveau local. En réponse à une question, Thierry KOSKAS, de Renault, explique que la durée de vie des batteries s'élève à dix ans ou 2 000 cycles de r echargement, dont 1 000 pourraient êtr e utilisés pour l'utilisation de véhicules comme lieux de stockage d'énergie. Jean-Marie CAR TON explique que le bâtiment est en mesur e de pr oduire des contructions qui consomment 50 kilowattheur es au mètr e carré. Les entr eprises éprouvent des dif ficultés pour atteindre le seuil des 20 kilowattheures au mètre carré, techniquement et industriellement.
Première table ronde « Quelle énergie au plus près des consommateurs, pourquoi, comment et jusqu'où ? »
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Première table ronde « Quelle énergie au plus près des consommateurs : pourquoi, comment et jusqu'où ? »
Denis CHEISSOUX
Nous allons ouvrir notre première table ronde : « Quelle énergie au plus près des consommateurs? » Antoine Saglio, dir ecteur général d'Eneryo, est avec nous. Thierry Koskas, dir ecteur du programme Véhicules électriques de Renault SA, expliquera que la voitur e et la batterie de demain servir ont le réseau, Jean-Claude Boncorps, dir ecteur des af faires publiques de Dalkia, parlera de réseaux de chaleur Jean-Marie Carton, premier vice-président de la Capeb, . présentera le point de vue des artisans du bâtiment, et Sandrine Mathy est la présidente du réseau Action Climat, seule femme parmi nous à représenter les ONG. Je travaille sur France Inter pour l'émission « CO2 mon amour », émission iconoclaste depuis quinze à vingt ans. Je suis passé d'une époque où les gens ne faisaient pas la dif férence entre le brame du cerf et l'ef fet de serre, alors qu'à présent le niveau de connaissance a pr ogressé. Nous avons de merveilleuses polémiques, pour ou contre Allègre, etc. Antoine Saglio, directeur général d'Eneryo, quelle énergie au plus près des consommateurs ? Vous êtes un témoin de terrain, vous apportez des soutiens en matièr e d'énergie. Vous connaissez les domaines du public et du privé. Quels sont les enjeux de ce thème ?
Antoine SAGLIO
Merci beaucoup. Je connais les énergies r enouvelables, car je travaille depuis dix ans dans ce secteur. Ma société développe (sans êtr e la seule !) des pr ojets de pr oduction d'électricité à partir de sour ces r enouvelables, comme des fermes éoliennes et des centrales solair es. Les enjeux ont été présentés de manière pertinente par Christain Stoffaes et Jean-Marie Chevalier. Nous avons évoqué la question des besoins et de la demande, mais je voudrais aller de la demande à la pr oduction, en passant par les énergies r enouvelables. L'enjeu central actuel, qui n'a peut-être pas été beaucoup abor dé ce matin, est celui de la réduction de la demande. En effet, nous avons atteint un « mur » en termes de gestion de l'offre de production. Cet aspect est très intér essant, avec celui des énergies décentralisées, car il of fre un axe de réflexion très pédagogique. Par exemple, lorsque vous avez un par c de dix éoliennes, correspondant à une puissance d'une tr entaine de mégawatts, il pr oduit environ 60 millions de kilowattheures par an, ce qui équivaut à la consommation d'une ville de 30 000 habitants, soit la consommation d'une petite préfecture. Nous avons eu tendance à centraliser et éloigner les systèmes de pr oduction du consommateur , en raison de ce mythe du pr ogrès continu souligné par Christian Stoffaes, en pensant qu'une main invisible four nirait une énergie dont le prix est garanti, de bonne qualité. L'effort demandé aujourd'hui aux consommateurs est très difficile à percevoir, car ils ont été habitués à cette facilité d'accès à l'énergie. L 'intérêt des énergies renouvelables consiste à montr er comment l'énergie est pr oduite, quelles sont les r essources locales, et nous devons revenir à un système plus durable.
Ce point rejoint le besoin d'intervention locale des citoyens, qui savent très bien qu'ils ont du vent à tel endroit, du soleil dans tel autr e. Dans certains endr oits, lorsque nous avons commencé à discuter avec les habitants il y a quelques années, ceux-ci ont été ravis de voir transformer la nuisance du vent, qui les rendait un peu fous, en richesse. La Semaine du développement durable a commencé lundi der nier. À cette occasion, j'ai r eçu des dépliants de ma mairie, située derrière le périphérique parisien, qui présentent les initiatives locales prises par la municipalité, comme l'installation de ruchers à côté de chez moi, alors que j'habite à 300 mètr es du périphérique. Cette communication montr e la volonté de r evenir en arrière et de savoir comment l'énergie est pr oduite et consommée. Cette démar che est indispensable pour expliquer aux gens l'importance de la réduction de la demande d'énergie.
Denis CHEISSOUX
Nous manquons de vision dans ce domaine. Nous partons du nucléair e, qui prévoyait un suivi très fort et une structuration parfaitement réelle. Comment sentez-vous cela émerger? Quelle sera la régulation ?
Antoine SAGLIO
Cette question est extrêmement intér essante. La question d'une pr ogrammation centralisée au niveau de l'État peut sembler un peu paradoxale. Il est pourtant absolument essentiel d'avoir un horizon sur le développement des énergies r nouvelables et un pilotage de ce développement, e qui ne peuvent êtr e apportés que par l'État. Cette situation est paradoxale dans un monde libéralisé. Nous pouvons avoir ce sentiment lorsque l'on constate que le système, en vigueur depuis 2000 et l'ouvertur e à la concurr ence de la pr oduction d'électricité favorisent les petites sociétés comme la mienne afin qu'elles pr oposent des centrales solair es ou éoliennes. Il est indispensable d'adopter un plan pour transformer notr e système énergétique et dir e où nous allons. Des exemples nous montrent ce que l'absence de plan a causé. Au début de l'année 2010, le changement brutal de conditions d'achat de l'électricité solair e a modifié l'avenir mais aussi le passé. Finalement, en 2009, il y avait un système de soutien de l'électricité photovoltaïque, puis, compte tenu de la baisse du prix des équipements, le nombre de projets faisables a beaucoup augmenté. Les conditions ont mis beaucoup de temps à changer. Nous en avons entendu parler au début 2009, puis au second semestr e 2009. Enfin, l'État a décidé de modifier les conditions d'achat en janvier 2010. Par défaut de pilotage et de suivi de la filière, l'État a dû revenir sur les conditions en vigueur dans le passé, comme si, constatant le succès de la prime à la casse automobile au 31 décembr e 2009, le ministèr e du Budget avait annoncé en janvier qu'il ne verserait pas les subventions dues pour les voitures achetées entre le 1 er novembre et le 31 décembr e 2009. Cela n'est pas normal et il est encor e plus inacceptable dans ces conditions d'évoquer une « spéculation », alors qu'il s'agit pour des acteurs économiques de suivre la réglementation en place.
Denis CHEISSOUX
La décision de l'État visait à calmer l'efet d'aubaine du tarif de rachat de l'énergie photovoltaïque. f
Antoine SAGLIO
Il n'y a pas d'ef fet d'aubaine lorsque vous r espectez la réglementation mise en place. Le véritable pr oblème est lié au fait qu'il n'y avait ni plan ni pilotage de ce qui était pr oduit.
Première table ronde « Quelle énergie au plus près des consommateurs, pourquoi, comment et jusqu'où ? »
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Fin 2009, EDF , dont la réception des demandes était centralisée, a indiqué qu'il avait r eçu un nombr e de demandes corr espondant à l'objectif fixé pour 2020, ce qui a amené l'État à revenir en arrière en annulant une partie des demandes. Le pilotage de ce plan n'aurait pas débouché sur une telle issue. Pour cette raison, il est indispensable d'identifier la part des énergies r enouvelables dans la pr oduction d'énergie, le nombre d'emplois susceptibles d'être créés, etc. Nous avons des évaluations à 2012 et 2020 liées à la pr ogrammation pluriannuelle des investissements, mais nous ne savons si l'État sera satisfait ou non de la possibilité d'atteindr e en 2012 les objectifs de 2020. Les systèmes de soutien économique sont très généreux, mais indispensables pour faire décoller le secteur. De façon générale, il y a un véritable déficit du côté de l'État comme du côté des pr ofessionnels pour tirer le bénéfice des systèmes de soutien mis en oeuvre.
Denis CHEISSOUX
Quel bénéfice escomptez-vous ?
Antoine SAGLIO
Nous prêtons beaucoup de vertu aux énergies r enouvelables, même si nous sommes bien sûr conscients que chaque énergie, quelle qu'elle soit, a son défaut. Nous savons que nous reviendrons un jour entièrement aux énergies renouvelables, le tout est de savoir si cela est pour les générations en vie où pour les suivantes (2100-2200 ?). Les énergies r enouvelables sont les seules énergies qui ne sont pas épuisables, ce pour quoi elles sont durables et elles ont été utilisées jusqu'en 1830. Elles répondent par ailleurs à une vraie demande consistant à aller au fond des choses et à se demander d'où vient ce que nous consommons. Enfin, il est insuf fisamment expliqué que certaines énergies r enouvelables ont une pertinence économique. L'éolien est devenu très compétitif. Le tarif de l'éolien est un prix stable fixé sur une période de quinze ans. Le pr emier tarif, en vigueur de 2001 à 2006, s'établissait à près de 8 centimes par kilowattheure sur une première période de cinq ans, puis entr e 3 et 8 centimes sur une seconde période de dix ans. De nombr euses centrales éoliennes mises en service en 2004 et 2005 ont aujour d'hui atteint la seconde période (de dix ans) de leur contrat et vendent désormais leur courant vers 4 à 5 centimes par kilowattheur e, soit bien en dessous du coût de production moyen du marché. Il y a des idées reçues sur la pertinence économique de ces formes d'énergie qui doivent être démenties.
Denis CHEISSOUX
Nous parlions de la dif férence entre le coût et la valeur du kilowattheur e produit : 8 centimes d'euro pour le prix de base, 5 centimes d'eur o pour l'éolien, sachant que l'énergie éolienne est un peu intermittente.
Antoine SAGLIO
Elle est intermittente, mais non aléatoir e. Le système d'anticipation de la pr oduction des éoliennes, basé à Bordeaux, est géré par RTE. L'éolien représente actuellement 1,7 % de la consommation d'électricité en France. Nous n'avons pas à gér er l'éventuel pic de pr oduction de l'intermittence. Dans des pays comme l'Espagne ou le Danemark où cette énergie a beaucoup plus d'importance, l'Espagne pr oduisant 15 % de son électricité grâce à l'énergie éolienne, le Danemark 20 %, le coût de l'intermittence s'établit de 0 à 0,5 centime par kilowattheur e.
Une petite partie des moyens de pr oduction de secours (nécessair es pour fair e face aux variations de consommation) sont utilisés pour gérer l'intermittence de la production éolienne.
Denis CHEISSOUX
Nous reviendrons auprès de vous sur la centralisation, la décentralisation et le rôle des régions. Thierry Koskas, vous êtes le dir ecteur du pr ogramme Véhicules électriques chez Renault SA. Ce système est en complète mutation. La symbolique de l'automobile est en train d'évoluer . Nous passons de l'appr opriation à l'usage, avec des objets vendus par Apple ou d'autr es. La voitur e électrique arrivera. Ce n'est pas la panacée, mais c'est l'une des réponses à la mobilité. Nous parler ons davantage de mobilité aujour d'hui. Cette voitur e et cette batterie peuvent faire partie de l'énergie au plus près des consommateurs. Sur quoi travaillez-vous ? Comment voyez-vous l'évolution de cette électricité, en disant que la voitur e peut aussi produire de l'énergie ?
Thierry KOSKAS
Le véhicule électrique n'est pas la seule réponse pour amélior er le bilan carbone du transport automobile, mais c'est une réponse en France en étudiant le mix de pr oduction d'électricité. Nous émettrions en moyenne 12 grammes de carbone par kilomètre avec le véhicule électrique en tenant compte des dif férents moyens de production, ce qui représente un véritable progrès par rapport aux voitur es thermiques, même si elles vont s'amélior er, ou d'autr es technologies comme les véhicules hybrides. La voiture électrique a également un impact sur la consommation d'électricité. Plusieurs étapes doivent être franchies dans ce domaine. Si ce pr ogramme n'est pas piloté et que les autorités laissent chaque client de voiture électrique se charger à n'importe quel moment, cela peut poser une difficulté concrète. Imaginons qu'il y ait 2 millions de voitures électriques à l'horizon 2020 et que chacun se charge au même moment à 20 heur es : 2 millions par 3 kilowatts, cela fait 6 gigawatts pour une puissance installée en France supérieure à 100 gigawatts. Que pouvons-nous fair e pour minimiser l'impact ? Un véhicule n'a pas besoin d'êtr e rechargé aux heures de consommation maximale. Si je roule 10 ou 12 000 kilomètres par an, c'est-à-dire 40 kilomètr es par jour , cela signifie que j'ai besoin de me r echarger deux heur es par jour . Il est préférable de recharger à partir de 23 heures, lorsque la production d'électricité est propre. Dans ce cas, l'impact est moindr e sur la pr oduction d'électricité. Je peux également piloter la demande, avec des clients qui se r echargeront à 22 heur es, d'autres à minuit et à 2 heur es du matin. L'un des pr emiers pays où nous les commer cialiserons est Israël, dont le système de production électrique n'est ni très pr opre ni flamboyant. Pour cette raison, la demande doit être pilotée client par client. Notre partenaire du pilotage de l'opération est la société israélienne Better Place.
Denis CHEISSOUX
Better Place est-il le constructeur de la batterie des voitures électriques ?
Thierry KOSKAS
Nous fabriquons la batterie. Better Place est un opérateur qui pr pose un service aux clients qui o comprend la location de la batterie, l'accès à l'infrastructur e ainsi qu'à un certain nombr e de services, comme la navigation pour tr ouver les bornes. Cette PME a révélé qu'en l'absence de pilotage en Israël, il faudrait ajouter une puissance équivalente à 2,4 gigawatts, soit tr ois
Première table ronde « Quelle énergie au plus près des consommateurs, pourquoi, comment et jusqu'où ? »
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
tranches nucléaires. Grâce au pilotage, ils passeraient la r echarge de 2 millions de véhicules électriques sans ajouter de moyen de pr duction. Un tel seuil est énorme pour un mar hé dix fois o c inférieur au marché français. L'étape suivante consiste à lier le véhicule électrique à une pr oduction locale. Par exemple, nous souhaiterions développer les véhicules électriques dans l'île de la Réunion. Il serait absur de que l'ensemble des habitants de l'île se r echargent au même moment. En ef fet, la pr oduction est proche de 800 grammes au kilowattheure. En revanche, nous pouvons couvrir les parkings avec des panneaux solair es pour que les gens y r echargent leurs véhicules de jour plutôt que de nuit. Ce modèle local serait très différent de ce que nous imaginons pour la métropole. Enfin, le véhicule est considéré comme sour e d'énergie, ou « véhicule-to-grid », c'est-à-dire que c nous avons dans les véhicules électriques une capacité de stockage de l'électricité. La batterie permet de stocker de l'électricité. Imaginons que je cir cule 40 kilomètr es par jour, je pourrais recharger la totalité de la batterie la nuit, et la voitur e peut refournir de l'électricité au réseau ou pour la consommation locale à l'heure de pointe. Ce n'est pas de la science-fiction. Ce système ne sera pas disponible dès le lancement en 2011, mais le « véhicule-to-grid » sera la réalité en 2013 ou 2014.
Denis CHEISSOUX
Ce système s'adresse-t-il prioritairement aux urbains, qui circulent près de 40 kilomètres par jour ?
Thierry KOSKAS
L'autonomie des batteries au lithium sera pr oche de 160 kilomètr es. 40 kilomètr es par jour représentent le seuil à partir duquel il est r entable d'utiliser un véhicule électrique par rapport à un véhicule hybride. Les Français font près de 12 000 Kilomètr es par an, soit 40 kilomètr es par jour. Ce seuil est atteignable pour un véhicule électrique, et il s'agit du seuil de r entabilité pour ce type de véhicule.
Denis CHEISSOUX
Les premières voitures électriques ont été créées à la fin XXe siècle, puis nous avons concentré les énergies sur le pétr ole. Dans les années 1970, les États-Unis ont choisi les véhicules électriques, avant de les abandonner . Le pr ojet commence à êtr e mûr et est près à toucher son public. Il y a près de 30 millions de véhicules en cir culation en France. Quelle est la part de marché envisageable du véhicule électrique ?
Thierry KOSKAS
À l'horizon 2020, nous imaginons qu'en France, de 10 à 15 % des ventes annuelles pourraient concerner des véhicules électriques chaque année, pour un mar ché de 2 millions de véhicules vendus chaque année, soit de 200 à 300 000 véhicules électriques. Aujour d'hui, une voiture qui peut faire 160 kilomètres correspond aux usages des ménages multimotorisés, du car-sharing, de l'autopartage, etc. Sur le segment des petites voitur es comme la Clio, ou la 207 pour nos collègues, un tiers des voitur s ne circule jamais plus de 150 kilomètres par jour. e En effet, c'est la deuxième voiture du foyer, ou les familles utilisent d'autres moyens de transport pour partir en week-end ou en vacances. Pour cette raison, une partie du par c peut êtr e remplacée par des véhicules électriques du fait que l'autonomie couvr e une bonne partie des usages.
Denis CHEISSOUX
La batterie est tout de même un matériel polluant, car elle compr end du plomb et du lithium. Quelle est la politique de Renault dans ce domaine ?
Thierry KOSKAS
Il n'y a pas de plomb dans les batteries que nous comptons utiliser . Mais, oui, nous aur ons une obligation réglementaire de recyclage des batteries. Nous pouvons imaginer qu'une batterie peut fair e du stockage d'électricité résidentielle. Renault aura l'obligation de r ecycler ses batteries. Nous travaillons sur ce sujet. Nous explor ons plusieurs voies technologiques. L'idée consiste à êtr e en mesur e de r ecycler les batteries. Cette situation aura un impact économique en permettant de récupér er un certain nombr e de composants, les métaux, notamment le lithium, ce qui pèsera d'autant moins sur l'extraction et les ressources.
Denis CHEISSOUX
L'extraction du lithium se dér oule en Argentine et au Chili où des consortiums pr ennent date de cette demande. Nous allons débattr e du chauf fage avec Jean-Claude Boncorps, dir ecteur des affaires publiques chez Dalkia. Il n'y a pas que l'électricité pour fabriquer de la chaleur . Quelle tendance voyez-vous émerger ? Quelle énergie au plus près des consommateurs ? Cette énergie est-elle proche des consommateurs ?
Jean-Claude BONCORPS
J'anime par ailleurs le comité Énergie des Ingénieurs et Scientifiques de France, qui réfléchit à toutes les questions évoquées ce matin. Les personnes qui veulent nous r joindre à ce comité e sont les bienvenues. En ef fet, la chaleur r enouvelable est un sujet méconnu, notamment en France, où lorsque nous parlons de réseau et d'énergie, nous pensons à l'électricité et au gaz, beaucoup moins à la chaleur. En France, les réseaux de chaleur assur nt le chauffage de 4 % des logements ou des bâtiments e tertiaires, contre une moyenne de 10 à 15 % en Eur ope. L'ensemble des réseaux de chaleur européens pr oduisent 500 terawattheur es de chaleur par an, soit l'équivalent de toute la consommation d'électricité en France. La situation est très dif férente en fonction des pays. Il y en a très peu en Grèce. En Scandinavie et en Eur ope centrale et de l'Est, les réseaux de chaleur fournissent jusqu'à 70 % de la chaleur consommée dans les bâtiments résidentiels. L'Europe ne représente que 20 % des réseaux de chaleur du monde. La Russie représente plus de 50 % des réseaux de chaleur en énergie délivrée au niveau mondial. Les conditions climatiques jouent évidemment dans cette analyse. La Chine r eprésente une pr oduction plus importante que l'Europe des 27, près de 25 % du total mondial. Les 5 % restants proviennent des États-Unis, de Corée et de quelques autres pays.
Denis CHEISSOUX
Les réseaux de chaleur sont-ils principalement alimentés par la géothermie ou d'autres ENR ?
Première table ronde « Quelle énergie au plus près des consommateurs, pourquoi, comment et jusqu'où ? »
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Jean-Claude BONCORPS
Les réseaux de chaleur utilisent encor e très largement des énergies fossiles. En Chine, ils évoluent pr ogressivement du charbon à la biomasse. Cette évolution récente est encor e relativement marginale. En Russie et dans les pays d'Eur ope de l'Est, certains réseaux utilisent surtout le gaz, d'autr es uniquement le charbon. La situation est très contrastée en fonction des pays. Certains pays considérés comme exemplair s, notamment le réseau de Copenhague, e utilisent beaucoup de charbon. Leurs réseaux sont moins vertueux que les réseaux français.
Denis CHEISSOUX
Au Danemark, il y a de nombreuses éoliennes et donc une forte part d'ENR dans la pr oduction d'électricité et peu dans les réseaux de chaleur.
Jean-Claude BONCORPS
En France, les réseaux de chaleur sont minoritair es par rapport au chauf fage par l'électricité et le gaz, mais ce n'est tout de même pas négligeable, avec plus de 400 réseaux de chaleur de taille et de mode de gestion variés. La gestion déléguée formelle (délégation de service public) ou des contrats d'exploitation confiés à des pr fessionnels représentent 90 % des réseaux français, o selon des tailles extrêmement variées depuis celui de Paris, qui est l'un des plus importants d'Europe, jusqu'à des petits réseaux. Un élément totalement inédit est l'évolution très forte des réseaux de chaleur depuis quelques années par rapport à un système de réseaux qui était très stable. Le prix des énergies concurrentes était relativement bas entre 1985 et 2000. Les réseaux de chaleur avaient un faible développement jusqu'au début des années 2000. Un réseau de chaleur impose de réaliser davantage d'investissements, rentabilisés par l'utilisation d'énergies compétitives et vertueuses. Il y a eu un changement radical il y a quelques années avec la création de petits réseaux dans des bourgs de quelques milliers d'habitants, avec des réseaux qui desservent quatre bâtiments communaux et une résidence de personnes âgées. Mais surtout, il y a des extensions lorsque le réseau ne desservait jusqu'à présent qu'un quartier d'une ville, ou en inter connectant deux réseaux existants de quartier . Cela a entraîné une évolution très forte de la demande de réseau de chaleur. Les collectivités locales, la commune ou l'agglomération sont la puissance organisatrice du service public de distribution de chaleur : elles en définissent les règles et le délèguent très souvent à des professionnels. Les élus s'intér essent d'autant plus aux réseaux de chaleur depuis les années 2000 qu'ils mènent des études d'Agenda 21 avec une politique envir onnementale dynamique. Les collectivités vont s'impliquer de plus en plus dans les dispositifs prévus par le Gr enelle de l'environnement, tels que les plans Climat-Énergie territoriaux. Elles s'aperçoivent que l'un des moyens les plus simples pour ver ir leur ville et réduire les émissions de carbone consiste à créer d un réseau lorsqu'il n'y en a pas et à augmenter la part d'énergie verte.
Denis CHEISSOUX
La première énergie renouvelable au monde est la biomasse. La seconde est l'hydr oélectricité. Travaillez-vous sur la biomasse ?
Jean-Claude BONCORPS
La biomasse est très importante. Elle est utilisée pour pr oduire de l'électricité, en cogénération pour l'électricité et la chaleur , c'est-à-dir e pour les industriels et les réseaux de chaleur . La biomasse est surtout utilisée pour pr oduire de la chaleur . En France, nous utilisons 8 millions de TEP de bois dans les maisons individuelles. Les objectifs de 2020 définis dans le pr ogramme pluriannuel d'investissement par le gouver nement compr ennent 20 millions de TEP supplémentair es d'ENR à mettr e en oeuvr e, dont la moitié pr ovient de chaleur r enouvelable. Parmi cette chaleur r enouvelable supplémentair e, 70 % pr ovient de la biomasse. Le développement porte essentiellement sur des installations collectives : grands équipements, universités, hôpitaux, et surtout sur les réseaux de chaleur.
Denis CHEISSOUX
Le développement porte-t-il essentiellement sur le bois ?
Jean-Claude BONCORPS
La biomasse utilisée dans les réseaux de chaleur porte essentiellement sur le bois, d'abor d la récupération de déchets de bois pr opres, qui a été la r essource principale ces der nières années, car elle coûtait moins cher . Dorénavant, la cr oissance s'ef fectue avec l'utilisation des plaquettes forestières, la récupération du bois en forêt, qui ne sera pas en concurr ence avec le bois d'oeuvre. Elle concerne uniquement la partie du bois non utilisable pour la construction.
Denis CHEISSOUX
La couvertur e for estière n'augmente plus en France du fait de l'urbanisation galopante de 77 000 hectares par an. Envir on 26 % de la surface du pays est couverte de forêts, mais l'urbanisation ne s'ef fectue pas de bonne manièr e. La couvertur e forestière est très mor celée. Nous considérons que cette r essource est neutr e d'un point de vue de CO 2, les émissions dégagées lors de la combustion étant compensées par l'absorption de CO lors de la croissance 2 des arbres. Travaillez-vous sur la géothermie en Île-de-France, en Aquitaine et en Alsace ?
Jean-Claude BONCORPS
La géothermie r ecouvre des opérations très diverses de 50 centimètr es à 2 000 mètr es de profondeur. Une cinquantaine d'opérations de géothermie ont été menées il y a vingt-cinq à trente ans à grande pr ofondeur, puis leur développement s'est arrêté avec le contr e-choc pétrolier. Cette activité est en train de r epartir. Nous sommes en train de réaliser un pr ojet dans l'Est francilien, le pr emier nouveau pr ojet depuis une quinzaine d'années. Un ensemble d'études sont en cours pour en mener d'autres en région parisienne ou en Aquitaine.
Denis CHEISSOUX
Nous parlons désormais d'« unité de valorisation énergétique », et non plus d'« incinérateur de déchets urbains ».
Première table ronde « Quelle énergie au plus près des consommateurs, pourquoi, comment et jusqu'où ? »
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Jean-Claude BONCORPS
L'une des voies pour éliminer les déchets est l'incinération. La vapeur pr duite peut être turbinée o pour produire de l'électricité mais d'un point de vue énergétique, la solution la plus favorable consiste à utiliser cette énergie pour pr duire de la chaleur Dans l'ensemble des 420 réseaux de o . chaleur en France, les énergies r enouvelables et de récupération (incinération...) r eprésentent 29 % des énergies utilisées. Des dispositifs réglementair es et fiscaux incitent à développer ces énergies renouvelables et de récupération. Actuellement, il n'y a pas un appel d'of concernant fres un réseau de chaleur sans qu'il y ait un objectif, fixé par les collectivités territoriales déléguant, d'extension du réseau ou d'augmentation de la part d'énergie verte, biomasse ou géothermie. En outre, la cogénération s'est beaucoup développée dans les réseaux de chaleur en particulier , depuis douze ans ; 25 % de l'énergie des réseaux de chaleur pr ovient du gaz utilisé en cogénération, c'est-à-dire avec production simultanée de chaleur et d'électricité, dans de bien meilleures conditions de performance énergétique et envir nnementale que les autres productions. o Cette cogénération contribue largement à l'amélioration du bilan de CO des réseaux de chaleur . 2
Denis CHEISSOUX
La ville de Besançon en Franche-Comté dispose de nombr euses matièr es pr emières. Au Luxembourg, à Beckerich, le bourgmestr e d'une commune de 2 700 habitants a décidé de r endre sa commune autonome d'ici à 2020. Il est en train de gagner son pari avec un méthaniseur et le réseau de chaleur installé dans toute la commune, en réfléchissant à l'équité entr e les habitants. Ils ont mis cinq ans pour équilibr er le système. Il n'y a plus ni chaudière à fuel ni chaudièr e à gaz pour r elier les ménages. Le méthaniseur , le chauf fage au bois et les déchets ménagers sont mis à contribution, et ce système fonctionne. L 'équilibre du projet a été rapidement atteint, pour des personnes à evenu modeste, avec 10 % d'habitants r vivant sous le seuil de pauvr eté. En conclusion, le développement des énergies r enouvelables s'effectue à tous les niveaux et à toutes les échelles. Sandrine Mathy, vous présidez le Réseau Action Climat. V ous nous avez r ejoints à cette table ronde lorsque Jean-Marie Chevalier parlait de Copenhague, comme un clin d'oeil. V ous êtes animée par l'envie d'action pour changer d'époque dans un monde démocratique, au plus près des consommateurs. Quelle est votre réflexion sur ce sujet ?
Sandrine MATHY
Je vous r emercie pour votr e invitation. Je constate malheur eusement que je suis la « femme de service » de cette table ronde, ce qui démontre sans doute encore une fois que l'énergie r ste e pour l'instant une histoir e de gr os tuyaux et de belles technologies. Si nous voulons vraiment placer l'énergie au coeur de la réflexion sur ce que devrait être le monde de demain, il est temps de sortir d'une vision de technologues et de placer les besoins au coeur de la réflexion. Cela veut dire retrouver de la démocratie et donc, entre autres, de la parité... Pour le Réseau Action Climat, Copenhague n'est pas un franc succès. À long terme, le facteur 4 au niveau national inscrit dans la loi nous trace la voie. À moyen terme, le seul objectif sur lequel nous pouvons nous raccr ocher est le 3 x 20 eur opéen : diminution des gaz à ef fet de serre de 20 %, développement de la part des énergies r enouvelables à hauteur de 20 %, amélioration de l'efficacité énergétique de 20 %. La question d'actualité est dans quelle mesure le Gr enelle de l'envir onnement tel qu'il va êtr e voté nous permettra d'êtr e sur la bonne trajectoire. Or, le Gr enelle se r etrouve nu avec l'abandon de la taxe carbone, qui était l'une des mesures les plus structurantes en termes de trajectoire, et pas seulement, comme certains voudraient le laisser penser , tout au plus l'un des 270 engagements du Gr enelle au même titre que les autr es. Comment pourr ons-nous atteindr e le facteur 4 sans la taxe carbone ?
Faire du facteur 4 avec ou sans taxe carbone, ça n'est pas du tout la même chose. Ça implique une répartition de l'ef fort entr e l'État au niveau législatif ou réglementair e, la fiscalité, les industries et les entr eprises avec le système de quota, et les collectivités territoriales. Or aujour d'hui, les collectivités territoriales ne savent pas ce qu'elles devr ont fair e en plus des autres, en plus de la réglementation, en plus de la fiscalité... Tout cela r envoie au principe bien connu de vase communicant : si l'État ne va pas loin en matièr e de législation et sur la fiscalité envir onnementale, l'ef fort r etombe notamment sur les collectivités territoriales. Or , ce chif fre est bien connu : du fait des compétences des collectivités territoriales, elles sont « responsables » de 20 % des émissions de gaz à ef fet de serr e émises sur leur territoir e envir on. Donc, par définition, elles ne pourr ont pas fair e tout le job. Quelles sont les marges de manoeuvr e ef fectives au niveau des régions et des agglomérations pour mettr e en oeuvr e des politiques qui vont vers des pr ojets innovants pour contribuer de manière significative au facteur 4 ? Par exemple, dans le secteur du bâtiment, le Gr enelle de l'envir onnement n'a pas permis d'obtenir l'obligation de rénovation du par de bâtiments anciens. L c 'objectif consistant à diminuer de 38 % les émissions du secteur du bâtiment d'ici à 2020 est inatteignable, nous le savons tous, sans obligation de rénovation. T out l'ef fort de rénovation du par c ancien risque de retomber sur les collectivités territoriales.
Denis CHEISSOUX
Le taux de renouvellement du bâtiment s'établit au maximum à 1 % par an.
Sandrine MATHY
Les collectivités territoriales devr ont donc gér er cette question. L'incitatif et les crédits d'impôt vers le parc privé ne suffisent pas. Il faut donc un partage de l'efort et des attributions entre l'État, f les entreprises, les collectivités, les propriétaires. En attendant l'obligation de rénovation, les collectivités peuvent agir sur la précarité énergétique en fournissant des aides à la rénovation, et sur les copr opriétés en accompagnant une réforme des copr opriétés, là aussi en apportant un soutien financier . Au-delà, une collectivité qui souhaite êtr e exemplair e dans ce domaine devra mettr e en place une réglementation thermique sur l'existant, qui n'existe pas au niveau national. L 'État donnera-t-il la possibilité aux collectivités locales de mettre en oeuvre une telle expérimentation ? Ce n'est pas certain. Un secteur pour lequel l'harmonisation des compétences est gage de réductions d'émissions de gaz à ef fet de serr e et de consommations d'énergie, c'est le secteur des transports : les compétences y sont totalement éclatées entre le niveau national, le niveau régional, le niveau départemental et le niveau eur opéen. L'aérien et les autor outes dépendent de l'État, les TER dépendent des régions, les départements ont la r esponsabilité du transport scolair e et du transport rural, les agglomérations gèr nt le transport urbain. Ces collectivités se parlent-elles e pour élaborer des politiques cohérentes de multimodalité ? En Suisse, il y a une carte nationale des transports en commun. Un tel système n'existe pas en France. Chaque échelon de responsabilité doit discuter avec les échelons supérieur et inférieur , alors que les cer cles de discussion sont en fait très compartimentés. De la même manièr e, les collectivités territoriales n'ont pas de compétence en matièr e de transport des marchandises. Comment permettre aux collectivités territoriales de s'appr prier o des compétences et des droits à l'expérimentation qu'elles n'ont pas aujourd'hui ? Pour la fiscalité, la taxe carbone aurait pu êtr e r eversée vers les collectivités territoriales qui auraient voulu mettre en place des projets exemplaires. Quelles sont les marges de manoeuvre
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
des collectivités au niveau fiscal et local ? L'État aurait pu permettr e aux collectivités de lever un impôt sur la quantité d'énergie consommée. La taxe locale sur l'électricité est plafonnée à un certain niveau. Les collectivités n'ont pas la possibilité d'aller au-delà. Il n'y aura pas de politique régionale de l'énergie sans que l'État permette aux collectivités de s'appr oprier de nouvelles compétences et des droits à l'expérimentation. Lors des élections régionales, un débat s'est engagé sur le péage urbain. En France, nous n'avons toujours pas le dr oit de mettr e en place un péage urbain. Les villes pourraient mettre en place un tel péage pour financer le transport collectif, mais elles n'en ont pas la possibilité. Lorsque le Grenelle de l'environnement sera définitivement voté, a priori avant l'été 2010, toute prise de décision au niveau national sera gravée dans le marbre. De cette manière, nous aurons l'idée de l'émission des gaz à ef fet de serre, mais d'importants efforts devront être accomplis par les collectivités territoriales. Le Grenelle introduit bien entendu l'obligation pour les agglomérations de plus de 50 000 habitants de mettr e en place le Plan Climat-Énergie-Territoire (PCET). Cependant, la loi Gr enelle II ne définit ni les objectifs, ni les méthodologies, ni le mode de concertation des PCET. En outre, c'est une approche très cadastrale, qui oublie la question des flux, des transports entr campagne et ville. Enfin, il y a une e obligation de PCET, mais le monde rural sera oublié alors qu'une grande partie de la population y réside. C'est un endr oit où peuvent se développer des innovations ou de nouveaux modes d'usage de l'énergie. Cependant, le Grenelle n'est pas allé assez loin dans cette direction.
Denis CHEISSOUX
Des avancées sont réelles, mais vous avez le sentiment que le système est corseté. Il apparaît des incertitudes sur des collectivités territoriales qui ne connaissent pas leurs futurs modes de financement et compétences.
Sandrine MATHY
Une collectivité qui souhaiterait mettre en place une réduction des gaz à effet de serre de 40 % d'ici à 2020 n'a plus de taxe pr fessionnelle. Elle n'a pas non plus de taxe carbone. Elle se tr o ouve dans une incertitude financièr e qui permet dif ficilement de lancer des grands pr ojets. Il sera difficile de lancer de grands pr ojets qui nécessiter ont des investissements lour ds comme des tramways. Sans accompagnement de l'État dans ces démar hes, que sera-t-il possible de fair ? c e
Denis CHEISSOUX
Le bois est une sour ce d'énergie intér essante en termes de biomasse et de développement durable. Antoine Saglio, que pourrait-il êtr e fait sur les énergies r enouvelables au niveau des régions ?
Antoine SAGLIO
Il convient d'ajouter aux propos de Sandrine Mathy que deux mondes cohabitent sans échanger l'État et les régions , au niveau des élus et parfois même du pouvoir déconcentré. L 'État lui-même est multiforme, c'est le pouvoir législatif ou exécutif dont les positions sur les énergies renouvelables ne sont souvent pas identiques. Quant à l'avalanche de plans entr e le Grenelle 1 et le Grenelle 2 cités par Sandrine Mathy , nous devenons un peu per dus devant ces schémas de réseau de transport, Énergie-Climat, éolien, etc.
Les préfets de région, les dir ections régionales et les élus se per ent également devant toutes ces d propositions, ce qui crée des applications dif férentes du dr oit ou des initiatives curieuses. J'ai découvert qu'un préfet de région avait fixé son pr opre objectif de développement du photovoltaïque, sans informer l'échelon national. Ce haut fonctionnair e avait considéré que l'objectif national s'établissant à 5 400 mégawatts en 2010, il devait fixer son objectif régional à 430 mégawatts, calculé en fonction d'une formule tirée de la population régionale (qu'on me dise le lien entre population et gisement solaire !). L'administration centrale, qui n'avait d'ailleurs pas transmis de clé de transposition de l'objectif national au niveau régional, n'était pas non plus informée du choix fait par les services de l'État dans cette région...
Denis CHEISSOUX
Le consommateur a son mot à dir e sur ce sujet. Le système de pr oduction d'énergie est sécurisé, il fonctionne bien, avec des tarifs connus, alors que nous changeons de monde. La population a été globalement infantilisée. Nous ne parlions pas jusqu'à présent d'électricité ou d'énergie, mais la situation change. Comment la situation peut-elle évoluer ?
Antoine SAGLIO
Les gens eux-mêmes réclament de l'information et mènent des pr ojets individuels. Il y a un double phénomène de l'État, des pouvoirs politiques, qui tentent d'accompagner ce mouvement et cette demande, et des acteurs individuels qui pr ennent des initiatives. Il est fondamental de tr ouver une cohér ence à l'ensemble des initiatives, de fixer des objectifs et de les piloter.
Denis CHEISSOUX
Jean-Marie Carton, vous êtes le vice-président de la Capeb ; 105 000 entreprises artisanales en sont adhér entes. La Capeb r eprésente les 362 000 entr eprises artisanales du bâtiment. Quels sont les avantages des énergies décentralisées pour les artisans ? Quelles sont vos craintes ? Comment comptez-vous tir er parti de cette af faire ? Vous disposez d'un réseau extrêmement fin dans les villes. Que ce thème vous inspire-t-il ?
Jean-Marie CARTON
Nous partageons les craintes de Sandrine Mathy concer nant les crêtes. Ce qui paraît très réaliste est que le monde politique n'a pas tellement envie que la situation évolue. En revanche, nous savons qu'il faudra changer de modèle. Le modèle actuel de consommation énergétique résulte de cent tr ente ans d'histoir e, ce qui suppose de r efondre entièr ement les modèles tous les cinquante ans. Lorsque nous connaissons bien l'histoir e, nous pouvons prévoir et connaître le futur. Aujourd'hui, nous avons une capacité à transformer et adapter ce modèle, le rendre cohérent. En r evanche, nous aur ons d'importantes dif ficultés, car la fiscalité et l'amortissement ne correspondent pas à cette évolution. Des amortissements à tr ente-cinq ou quarante ans modifieraient la situation et changeraient l'intérêt pour les grandes entr eprises privées, en respectant l'être humain et le territoire. Nous devons également régionaliser les problématiques, car les capacités de production sont très différentes en fonction des territoires.
Première table ronde « Quelle énergie au plus près des consommateurs, pourquoi, comment et jusqu'où ? »
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Il n'y a pas que l'électricité, mais de nombr eux autr es usages de la pr oduction d'énergie. Cette situation nous r end plutôt optimistes. Qu'on le veuille ou non, ce sujet deviendra incontournable pour de nombr euses raisons. Les consommateurs ont énormément évolué. Ils sont interpellés par de nombreux sujets. Ils ont des connaissances, même s'ils ne savent pas les mettre en or dre et n'en compr ennent pas la logique. Inter net les interpelle. Les entr eprises sont désormais prêtes. Nous avons mené une étude pour tester l'intérêt qu'il y avait à mettr e des panneaux photovoltaïques sur les bâtiments pr ofessionnels. Quelque 40 000 entr eprises ont fait part de leur intérêt pour ce dispositif. Nous leur avons demandé si elles y seraient toujours aussi intéressées si nous y ajoutions des conditions, notamment des notions d'accompagnement de développement durable. Or ces entreprises y sont encore favorables. En ef fet, les industriels ont intr oduit des règles de consommation dans leur pr oduction : ils voient ce qu'ils pr oduisent et ce qu'ils consomment. Or cette analyse sur un an et demi a mené les personnes à réduir e naturellement leur consommation en constatant son évolution. Nous pouvons fair e évoluer les mentalités. Je suis persuadé que les gens accepteraient un changement de méthode. Il ne faut pas non plus oublier la notion de prix. Nous avons voulu un tarif réglementé, peu onéreux. Or ce tarif réglementé est très pervers, car certains en ont pr fité, alors qu'il a appauvri o d'autres personnes. Nous nous demandons s'il y a un juste prix par rapport à l'énergie. Cette question croise le financement des régions, le financement local, etc. Il convient de mettr e en place un véritable pr ogramme sur vingt à cinquante ans qui accompagne l'ensemble de ces questions, car cela ne touche pas que l'énergie. La réflexion sur ce point n'est pas aboutie. Ce sujet n'a pas été apporté dans le cadr e du Grenelle. Dès que la politique va s'en empar er, il concernera uniquement les entreprises privées, les grands monopoles. De cette manièr , nous e retrouverons tous les travers connus ailleurs.
Denis CHEISSOUX
Qui doit être moteur de cette réflexion ?
Jean-Marie CARTON
Cette réflexion doit êtr e prioritair ement prise en charge par les régions, les départements, les maires, les ONG, etc. L'ensemble des parties prenantes doivent se mettre autour de la table sans être influencées par d'éventuels lobbys. Nous avons observé l'ef fet de la taxe carbone. Nous étions très favorables à une certaine équité de la contribution Climat-Énergie. La suppr ession de la taxe carbone soulèvera autant de pr oblèmes que si elle existait. En outr e, tout le monde la critiquait lorsqu'elle existait, alors que 55% des personnes interrogées regrettaient sa disparition. Il convient de gérer une multitude de paradoxes.
Denis CHEISSOUX
Des clients veulent un habitat natur el, une maison écologique, mais ce système soulève un problème d'assurance et de matériaux. La Capeb a dû mettre la profession en mouvement.
Jean-Marie CARTON
Jusqu'en 2005, la Capeb ne parvenait pas à intégr r la notion de développement durable à travers e tous les métiers. Après deux ou tr ois ans de réflexion, nous avons créé le label Éco-artisan, qui permet de transformer l'ensemble des métiers dans le sens du développement durable.
Denis CHEISSOUX
Le plâtrier ou l'électricien peuvent-ils avoir le même label ?
Jean-Marie CARTON
Nous avons mis des formations à disposition de ces professions ; 7 000 entreprises ont intégré la démar che Éco-artisan. Elles n'ont pas toutes obtenu le label, car la sélection suppose de passer un examen, etc. Aujour d'hui, il consiste à labelliser un certain nombr e d'entreprises. Il y en a plus de 1 500 aujour d'hui. Nous en labellisons régulièr ement. Dans les germes de l'artisanat, il y a tous les germes attendus d'une société plus humaine, en capacité de s'intéresser à cette économie de pr oximité. Nous sommes en capacité de nous adapter à la mise en oeuvre du développement durable. Une étude a été publiée il y a quinze jours par l'Ademe sur les résultats de l'après-Gr enelle en se demandant ce que la formation de 22 000 entr eprises donnait sur le terrain. Cette étude révèle que les entr eprises formées amènent plus de confort, plus d'économie, plus de service et de conseils au consommateur . Cette comparaison est très favorable sur douze mois. Le résultat de cette étude menée sur un petit noyau d'entr prises est déjà pertinent. Nous avons e l'ambition d'aller plus loin. Le photovoltaïque est un marché qui aurait dû nous échapper, car il est plutôt d'attrait financier avec des r endements présentés de 12 ou 14 %. Les intervenants de ce secteur sont des réseaux très commer ciaux qui utilisent une main-d'oeuvr e qui ne r elève pas de l'artisanat. Nous avons découvert un réseau qui compr nd 200 autoentrepreneurs qui n'ont rien à voir avec e l'artisanat. Cependant, les consommateurs subissent des installations non finies, dix fois tr op onéreuses, et qui portent préjudice à l'intérêt de ce dispositif. Hier encor e, un couple de Parisiens âgés avait payé 33 000 eur os pour des panneaux photovoltaïques qui pr oduisent 3 kilowattheur es. Les gens se plaignent vers la Capeb plutôt que vers leur four nisseur. Nous tentons de trouver des solutions. Nous manquons de moyens pour y parvenir, mais c'est une problématique quotidienne.
Denis CHEISSOUX
Quelle est votre perception du compteur intelligent ?
Jean-Marie CARTON
J'ai le sentiment que le compteur intelligent n'a pas été fait pour l'utilisateur , mais pour un fournisseur d'énergie, car il permet d'augmenter le prix de manièr correcte. Pierre Gadonneix e affirme qu'il voulait augmenter le coût de l'électricité de 20 % sans toucher au tarif de base. Un simple système de six tarifs permet d'augmenter le tarif global de 20 %. Le deuxième problème du compteur intelligent est celui de la gestion du réseau. Nous y sommes favorables, mais nous regrettons que le consommateur ne soit pas impliqué dans cette gestion intelligente. Je suis opposé au compteur intelligent, à moins qu'il soit accompagné. Les gens le comprendront. En outr e, ils sont prêts à payer davantage pour que cela soit plus ef ficace. Nous pouvons le mesurer tous les jours. Il faut que ce point soit clair ement affiché, de manière transparente. Je suis certain que le consommateur souhaite s'impliquer , pr oduire, acheter et vendre. En conclusion, il veut être entièrement responsable.
Première table ronde « Quelle énergie au plus près des consommateurs, pourquoi, comment et jusqu'où ? »
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Denis CHEISSOUX
Cette démarche est intér essante pour les débats de cet après-midi. Certains prétendent que le compteur intelligent vise à augmenter les tarifs de l'électricité de 20 %, mais l'accompagnement du consommateur pourrait présenter un certain intérêt. Le suivi de la consommation sur le compteur permet de dégager des économies d'électricité. Les participants à la table ronde souhaitent-ils poser des questions ?
Gérard CRIQUI
DREAL (direction régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement) d'Aquitaine
Je suis surpris par le pr opos concernant l'absence d'outils dont disposeraient les collectivités territoriales. En matière d'énergie, il y a les schémas régionaux Climat-AirÉnergie qui doivent être mis en place en concertation avec le conseil régional et le préfet de région, qui ont pour objectif d'imaginer une politique régionale en matière d'énergie. Par ailleurs, les plans Climat territoriaux devront être compatibles avec ces schémas régionaux Climat-Air-Énergie. En matière de transport, les schémas régionaux et d'infrastructur e de transport institués par la loi sont censés avoir été mis en place par les diférents conseils régionaux en association avec f l'État. En Aquitaine, une réflexion très précise a été menée. Une étude énumèr e toute une série de leviers, et ceux qui les ont en main, pour contribuer à atteindr e un objectif de diminution des émissions de gaz à effet de serre dues au transport de 20 % d'ici à 2020. Nous avons beaucoup parlé des lois du Gr enelle, mais elles ne sont pas les seules à régir l'activité en France, sur le plan énergétique ou le plan climatologique. Elles prévoient tout de même un développement très important du réseau de lignes à grande vitesse et des réseaux de transport collectifs urbains. Certains ont également dit que la r esponsabilité en matièr e de transport est très partagée et que le cadre pour que les dif férents responsables en parlent n'existe pas for cément. Le Srip est un élément de réponse à cette question, mais au-delà, notamment dans l'agglomération de Bordeaux, une association a été créée entr e les dif férentes collectivités (conseil général, conseil régional, communauté urbaine) pour mener une réflexion commune sur les transports collectifs, leur organisation, la billetterie, les informations sur la mobilité, etc. Le Srip prévoit d'encourager les dif férentes collectivités d'Aquitaine à s'engager dans la même voie. Un ensemble de points ont été présentés. Il est r egrettable que la dir ection Énergie-Climat ne soit pas à cette table ronde pour rappeler un certain nombre de dispositifs en place. Un autre aspect très important de compétence des collectivités territoriales, qui a une incidence sur la satisfaction des besoins de transport, concer e l'urbanisme. L'objectif de « ville compact », n d'éco-quartier et d'éco-cité consiste à cesser de construir des logements d'un côté, des emplois e de l'autre, et des universités dans un autre endroit. En conclusion, il suffit que les parties pr enantes qui veulent faire avancer les choses le fassent. Nous avons parlé de la rénovation thermique de l'existant. Des objectifs précis ont été indiqués dans le Grenelle pour les logements sociaux. Une réglementation thermique de l'existant a été récemment mise en place. Elle ne r end pas la rénovation obligatoir e, mais elle rend obligatoire, pour des rénovations d'une certaine importance, le r espect de normes thermiques largement supérieures à celles présentées par les bâtiments. Ce n'est pas la solution, un certain nombr e d'autres points m'échappent pr obablement, mais il est important de présenter l'action de l'administration qui n'est pas présente à cette table ronde.
Denis CHEISSOUX
L'administration devait être représentée. Sandrine Mathy, qu'en pensez-vous ?
Sandrine MATHY
Je répondrai à cette intervention. T out d'abord, il convient de rappeler que la réglementation thermique sur l'existant vaut pour les bâtiments de plus de 1 000 mètres carrés. Le Grenelle de l'environnement contient ef fectivement un pr ojet de création de 2 000 kilomètr es de lignes à grande vitesse, mais la majorité de ces pr ojets était déjà prévue avant le Gr enelle. En outr e, concernant la réalisation de ces pr ojets, il convient de ne pas oublier les pr oblèmes de financement des collectivités. Enfin, certains pr ojets comme la ligne Bor deaux-Irún sont confrontés à une opposition de la population et des collectivités. Quelques jours avant les élections régionales, plusieurs milliers de personnes se sont réunies contr e ce pr ojet. Avant de penser à fair e de nouvelles entailles paysagèr es avec des infrastructur es supplémentaires, il serait peut-êtr e plus ef ficace et plus important de simplement rénover les infrastructur es ferroviaires existantes et de promouvoir les transports ferroviaires régionaux. En revanche, le pr ojet d'autoroute A65 Pau-Langon, qui de mon point de vue est un pr ojet datant d'un autr e temps, un pr ojet rétrograde, dont la r entabilité financière n'est pas assurée, sera construit. Le schéma national des infrastructur es de transport est toujours attendu alors qu'il était prévu dans le Grenelle. Les ONG ont participé à l'élaboration d'une grille de critèr s de e développement durable pour sélectionner les bons pr ojets, mais cette grille n'est toujours pas publiée par l'État, alors que des projets « climaticides » continuent d'être réalisés. Enfin, les schémas régionaux Air -Énergie-Climat sont la nouvelle couche administrative qui s'ajoute aux PCET. Il aurait été peut-être plus cohérent et plus simple d'intégrer les objectifs Climat et Énergie dans les outils de planification qui existaient déjà au niveau des territoir es. Le gouvernement a d'abord obligé les collectivités à mettre en place des plans Climat-ÉnergieTerritoire, puis maintenant à mettre en place les Sraec qui doivent finalement être prêts avant les PCET. Les Sraec sont copilotés par le préfet et la région, le préfet étant le garant de la mise en oeuvre de la politique nationale et de la r etranscription des objectifs eur opéens. La région est responsable de la mise en musique des PCET et des politiques sur le terrain. Outr les problèmes e de bord politique qui sont loin d'êtr e un détail, les objectifs et intérêts du préfet de région et du président du conseil régional ne sont pas les mêmes. En conclusion, il apparaît un véritable problème de cohérence. Enfin, j'ai eu accès à un document du ministère visant à définir les schémas régionaux. On pouvait y lire que l'échelon régional est « sans doute moins pertinent que l'échelon national pour mettre en cohérence production et consommation d'énergie ». Ce genr e d'affirmation va totalement à l'encontre de ce qu'il faudrait faire et du sujet qui nous rassemble aujourd'hui.
De la salle
Je souhaiterais compléter le pr opos de Sandrine Mathy . Il existe une réglementation pour les bâtiments de moins de 1 000 mètr es carrés, pour les personnes qui souhaitent changer de fenêtre ou mener des travaux d'isolation. Cette réglementation est mal connue, mais elle existe.
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
De la salle
Dans le domaine des réseaux de chaleur , existe-t-il des études de faisabilité et r entabilité pour utiliser la chaleur pr oduite par l'eau de r efroidissement des centr es de données et des centrales nucléaires ?
Jean-Claude BONCORPS
La question de la récupération de chaleur des centrales nucléair s est périodiquement examinée e depuis trente ans, par exemple dans la vallée du Rhône. Malheur usement, pour les data centers e et les centrales nucléaires, il apparaît une difficulté relative au niveau de température. Les niveaux de température de la chaleur récupérée est assez faible, ce qui conduit à les r emonter par des pompes à chaleur pour utiliser cette chaleur , notamment si elle doit êtr e transportée à une certaine distance. Ce système est assez coûteux. Dans le passé, il n'était pas r entable, mais nous examinons actuellement des nouvelles solutions, notamment la récupération de chaleur dans les égouts par des pompes à chaleur . Toutes ces solutions sont à réexaminer dans la perspective de l'augmentation du coût de l'énergie.
Denis CHEISSOUX
Le centre international de Pierrelatte fournit gratuitement de l'eau chaude pour les crocodiles.
De la salle
La recharge du réseau à partir des véhicules électriques me r nd sceptique, car les batteries ont e une durée de vie de près de 1 000 recharges. La recharge régulière du réseau avec leur énergie ne semble pas rentable d'un point de vue économique.
Thierry KOSKAS
La durée de vie des batteries est de dix ans ou 2 000 cycles, c'est-à-dir e près de 200 000 kilomètr es. Une voitur e qui cir culerait de 10 à 12 000 kilomètr es par an ferait une centaine de cycles par an pour la seule utilisation de conduite. Il r esterait 1 000 cycles disponibles pour l'utilisation de « véhicules-to-grid ».
Jean-Pierre BESSON,
Mission d'inspection générale territoriale Méditerranée
En Corse, la décentralisation des r outes nationales, des aér oports et des ports s'est ef fectuée dix ans avant celle du continent. Sur un certain nombre de plans, la Corse est un laboratoire de ce qui peut se fair e plus tar d en métr opole. La fusion de la région et du département n'a pas réussi, ce que regrettent un certain nombre de personnes. En matière d'énergie et de transport, certains systèmes non rentables aujourd'hui le seront sans doute dans l'avenir Bastia est distant . de 160 kilomètres d'Ajaccio, ce qui correspond à la longueur d'Israël.
La pr oportion de Corses qui cir culent 40 kilomètr es par jour est sans doute plus grande qu'ailleurs. En matière d'énergie, il y a peu de centrales nucléair s. La problématique du coût est e différente. Les centrales de charbon connaissent des difficultés. Parmi les cinq ou six personnes de la table r onde, avez-vous réfléchi aux expérimentations menées en Corse dont certaines sont en avance par rapport au continent ? Il arrive que la Corse soit en avance par rapport au continent. Il convient de tir er parti de toutes les expériences engagées à l'étranger et dans certaines régions.
Denis CHEISSOUX
L'éradication du sac plastique dans les caisses des supermar hés est partie d'une expérimentation c menée en Corse. Cette région sublime peut effectivement être un laboratoire du développement soutenable, au même titr e que la région Paca. Cependant, les centrales corses au fuel sont « asthmatiques ». Un oléoduc de gaz reliera l'Algérie à la Sardaigne puis à la Corse.
Thierry KOSKAS
La problématique insulaire est intéressante sur la voiture électrique, car la Corse est un mar ché potentiel important, bien qu'elle souffre d'un problème d'approvisionnement énergétique. Israël est une sorte d'île, car les habitants n'en traversent pas la fr ontière. Nous étudions aussi la situation de La Réunion, qui connaît des problématiques très comparables.
Sandrine MATHY
Je suis chercheuse au CNRS en économie de l'envir onnement. J'ai initié un pr ojet financé par le programme Énergie du CNRS, qui vise à évaluer d'un point de vue sociologique et économique les conditions de l'autonomie énergétique de territoir es isolés et insulair es. Nous travaillons sur l'Île de la Réunion avec le conseil régional et EDF . La Guadeloupe et la Corse seraient intéressées par l'élargissement de ce projet à leur territoire. Les îles sont des territoires-laboratoires pour étudier ces questions. En outr e, la particularité des îles est liée au fait que le segment électricité coûte plus cher à la pr oduction dans ces territoir es qu'à la vente. Du coup, EDF est véritablement impliqué dans la maîtrise de la demande d'énergie, ce qui participe au développement de projets novateurs.
Denis CHEISSOUX
Le der nier barrage construit au sud de la Corse est une catastr ophe d'un point de vue environnemental. Il dégagera de 2 à 3 % de l'électricité de l'île. Il était question de relier la Corse avec de l'électricité d'origine nucléaire, mais les Corses ont dit qu'ils ne souhaitaient pas de câble relié au continent. Nous parlons bien du particularisme de ce merveilleux pays.
Anaiz PARFAIT
Greenpeace France
Le décr et de la loi Rénovation de 2007 impose un seuil de performance énergétique pour les bâtiments de moins de 1 000 mètr es carrés. Cependant, nous savons que la rénovation thermique ne sera ef ficace qu'à condition d'êtr e systématique. Pour cette raison, il n'est pas possible de parler d'une véritable mesure ; cette loi doit donc être réformée.
Première table ronde « Quelle énergie au plus près des consommateurs, pourquoi, comment et jusqu'où ? »
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Jean-Claude SABONNADIERE,
Professeur à l'Institut polytechnique de Grenoble
La table réunit un spécialiste de l'énergie r enouvelable, un spécialiste des batteries, la Capeb, mais je m'étonne que nul n'évoque la convergence bâtiment/véhicule. En ef fet, il convient de porter l'ef fort dans ce domaine pour construir e un bâtiment à énergie positive. Je souhaite entendre ce que les membres de la table ronde pensent de ce sujet important pour le climat.
Denis CHEISSOUX
La pr emière étape concer ne les bâtiments de basse consommation, la seconde partie les bâtiments à énergie positive, qui existent ailleurs. Ce n'est pas la majorité de l'espèce. Les bâtiments seront prochainement producteurs d'électricité.
Jean-Marie CARTON
Nous réfléchissons évidemment à cette question, car l'intégration de ces technologies est une véritable problématique des artisans. Nous savons produire des bâtiments qui consomment 50 kilowattheur es au mètr e carré, mais nous enr egistrons les limites pour atteindr e le seuil des 20 kilowattheures au mètre carré, techniquement et industriellement. Ce n'est pas très simple. Du bâtiment positif, nous pouvons en fair e avec du bâtiment pourri. V ous pouvez construir e une maison à 250 kilowattheures qui produit de l'énergie. Après 2020, nous aurons des bâtiments à énergie 0, qui pr oduiront davantage d'énergie qu'ils n'en consommer ont. L'ensemble des acteurs du bâtiment s'impliquent dans ce domaine. Il convient d'appr endre à utiliser ces matériaux et à les mettr e en oeuvr e. Nous saur ons très rapidement d'où viennent les pathologies. Il convient d'êtr e prudent sur ce point. Nous r estons réalistes tout en adoptant cet objectif. Les pr oblématiques conséquentes sont les 32 ou 35 millions de bâtiments existants. La déréglementation est en cours de mise en oeuvr depuis 2007 sur l'habitat existant. En 2009, e 79 000 Éco-PTZ ont été élaborés. Ils ont été suivis par sondage. La majorité de ces éco-prêts ont une performance de 30 %. La combinaison de deux à tr ois lots peut êtr e pertinente. Nous sommes en capacité d'améliorer ce point, mais cela suppose de travailler beaucoup, car l'objectif de la rénovation consiste à consommer 80 kilowattheures par mètre carré. Cet objectif supposera de faire du sur-mesure. Nous sommes dans le monde du bâtiment, ce qui suppose d'associer les technologies, les matériaux et les compétences.
Denis CHEISSOUX
Cette évolution est très stimulante. La chimie verte évolue aussi très rapidement en France et en Europe.
Régis MEYER
Grand Lyon
Sommes-nous prêts à voir émerger une autorité locale coor inatrice des questions énergétiques ? d Les services publics sont-ils considérés comme des clients particuliers ? Nous ne le pensons pas, mais doivent-ils l'être ? Les pays développent une appr che intégrée à travers des schémas o directeurs qui ont une appr oche énergétique pour dégager la valorisation des énergies fatales. Cette vision très intégrée doit émerger . La valeur ajoutée d'une collectivité se situe dans
la diversité de ses interactions entr e acteurs et systèmes énergétiques. Les réseaux de distribution ne sont pas très hybrides. Il faudra également se poser la question de l'intégration des systèmes variés. La coor dination locale serait légitimée par la nécessité d'intégrer des systèmes hybrides et variés.
Denis CHEISSOUX
Nous nous situons au coeur du sujet.
Claude MARTINAND
Je souhaite intervenir sur le bâtiment. J'ai présidé le Comop IV . Nous n'avons pas parlé de diagnostic. Or les résultats supposent de les mesur r, d'orienter les meilleures solutions au cas e par cas. Les gens capables de mener des diagnostics de performance énergétique, d'orienter les techniques et de coordonner les métiers qui n'ont pas l'habitude de travailler entre eux sont une question clé pour réussir la rénovation des bâtiments existants. Les bâtiments neufs représentent 1 % du parc par an. L'objectif porte prioritairement sur le parc existant. Le marché des lycées d'Alsace a été signé, mais il faudrait étendr e ce pr ojet à l'ensemble du territoir e. Nous pouvons atteindr e des résultats spectaculair es en économie d'énergie sur les bâtiments existants dans des délais rapides. Il faut que les métiers pour le diagnostic émergent le plus rapidement possible.
Denis CHEISSOUX
Je vous remercie pour cette intervention. L 'objectif de la Capeb consiste à fair travailler entre eux e les artisans, au même titr e que des cabinets de médecine en pr ovince, qui vont se réunir dans le même intérêt du client. Le diagnostic doit êtr e partagé. Je pr opose de vous r etrouver après la pause-déjeuner. Je vous remercie pour la qualité de vos interventions et votre ouverture.
Première table ronde « Quelle énergie au plus près des consommateurs, pourquoi, comment et jusqu'où ? »
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Seconde table ronde « Les réseaux intelligents »
Cette table ronde était animée par les personnalités suivantes :
Alain CHARDON,
Directeur de l'Énergie durable et du Changement climatique, Cap Gemini
Pierre FONTAINE,
Sous-directeur du Système électrique et des Énergies renouvelables à la direction générale de l'Énergie et du Climat du ministère du Développement durable
Nicolas HOUDANT,
Directeur d'Énergie Demain
Bruno LECHEVIN,
Médiateur national de l'Énergie
Pierre MALLET,
Directeur adjoint à la direction Électricité Réseau Distribution France (ERDF)
Alexis GELLÉ,
Chef des services Développement des réseaux de distribution d'électricité et de gaz et Éclairage public, Fédération nationale des Collectivités concédantes et Régies (FNCCR)
1- Alain CHARDON 2- Bruno LECHEVIN 3- Alexis GELLÉ 4- Pierre MALLET 5- Pierre FONTAINE 6- Nicolas HOUDANT 1 2
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« Les
Seconde table ronde réseaux intelligents »
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Seconde table ronde « Les réseaux intelligents »
Résumé
Pierre FONT AINE, sous-dir ecteur du Système électrique et des Énergies r enouvelables au ministère du Développement durable, estime qu'il convient de mettr e en place un plan d'action pour favoriser le développement des réseaux intelligents dans l'industrie, en vue d'intégr er en Eur ope les nouveaux usages de la pr oduction d'énergie, selon tr ois critèr es : durabilité, consommation et optimisation du parc de production. Quatre axes de déclinaison des smart grid doivent êtr e mis en oeuvr e : participation active du consommateur via les compteurs intelligents et les services énergétiques, intégration massive des énergies r enouvelables dont il faut amélior er la prévisibilité, r echarge intelligente, gestion du réseau. Le groupe de travail de gestion de la pointe de consommation a emis ses conclusions au ministre r début 2010. Il préconise de généraliser le compteur intelligent, de favoriser la r echarge des véhicules électriques en heur es cr euses et de pr omouvoir les nouvelles technologies, notamment celles qui permettent la rémunération de l'effacement. Pierre MALLET, directeur adjoint d'ERDF, estime que les réseaux intelligents doivent êtr e mis en place en veillant à l'inter connexion de tous les systèmes de pr oduction d'énergie, dans un contexte de vieillissement des infrastructures de l'énergie. Il sera également fondamental d'améliorer la gestion de la demande des consommateurs, par le déploiement de 35 millions de compteurs intelligents en France. Le système Linky permettra de collecter des données sur la courbe de charge des consommateurs afin de les conseiller pour améliorer leur consommation. Alain CHARDON, dir ecteur Énergie durable et Changement climatique chez Cap Gemini, considère que la flexibilité des usages de l'électricité est fondamentale pour ajuster l'of fre et la demande d'électricité en Eur ope. L 'effacement de la pointe pourrait atteindr e de 6 à 10 gigawatts en Eur ope en dehors de l'industrie, ce qui permettrait d'éviter l'émission de 100 millions de tonnes de CO 2 par an, soit la moitié de la contrainte attendue d'ici à 2020 par l'Union européenne.
Les compteurs intelligents permettraient au consommateur d'épargner de 2 à 5% de sa facture, soit 13 milliar ds d'euros par an en France. Cependant, il serait préférable d'augmenter le tarif des principaux consommateurs plutôt que de porter les augmentations principalement sur les particuliers. Nicolas HOUDANT , dir ecteur d'Énergie Demain, explique que le conseil aux collectivités locales et administrations permet d'amélior er l'action du niveau territorial sur la consommation d'énergie des particuliers par la création de centrales virtuelles. Énergie Demain travaille principalement avec des régies qui acquièr ent de l'électricité auprès d'industriels puis la r evendent à des particuliers, en leur pr oposant de diversifier leur of fre et de maîtriser la demande en vue d'améliorer l'efficacité énergétique. Alexis GELLÉ, chef de services Développement des réseaux de distribution d'électricité et de gaz et Éclairage public, de la Fédération nationale des Collectivités concédantes et des Régies, estime qu'il convient de rassur er le consommateur inquiet du caractèr e intrusif des réseaux intelligents. Alain CHARDON estime que la moitié des économies d'énergie attendues par l'Union eur opéenne d'ici à 2020 pourraient pr ovenir de la gestion de la flexibilité, la seconde moitié du partage des données relatives à la consommation. Bruno LECHEVIN, médiateur national de l'Énergie, explique que le médiateur a r eçu 14 000 réclamations en 2009. Il estime que la communauté des opérateurs doit accepter la prise en compte des besoins des consommateurs, notamment les millions de ménages qui se situent en précarité énergétique. Pour cette raison, il est essentiel d'êtr pédagogue à l'égard e du consommateur, en privilégiant la communication dans les médias autour des économies d'énergie plutôt que de vanter les records de consommation.
« Les
Seconde table ronde réseaux intelligents »
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Seconde table ronde « Les réseaux intelligents »
Denis CHEISSOUX
Merci de nous avoir rejoints après la pause. Le moment après le café est généralement dif ficile. Le débat de l'après-midi sera plus axé sur les réseaux intelligents et les smart grid . Nous commencerons par la projection d'un film américain qui a le mérite de présenter des exemples très parlants. Un film sur les smart grid est diffusé.
Denis CHEISSOUX
Merci pour ce film qui nous permet une entrée en matièr e très intéressante sur les smart grid, ainsi qu'une connaissance fine des consommations et pr oductions. Ce dispositif a un impact très fort sur les comportements. Il se situe au coeur des pr oblématiques des différents intervenants. Les télécommunications, ainsi que le monde du logiciel, vont s'en empar r. Il y aura de nombreux e entrants sur ce secteur, qui fait aussi l'objet d'une rubrique du grand emprunt. Pierr e Fontaine, vous travaillez auprès de Pierr e-Franck Chevet, dir ecteur général Énergie-Climat du ministèr e du Développement durable. Pourriez-vous faire le lien avec ce qui a été dit ce matin ?
Pierre FONTAINE
À l'occasion du débat de la matinée, je voudrais présenter l'initiative du ministr e concernant la structuration des filières industrielles sur la thématique de la cr issance verte. Après un premier o travail d'identification, les énergies r enouvelables (photovoltaïque, éolien, énergies marines, biomasse, biocarburant, etc.) et les smart grid ont été définis comme filières vertes. L'objectif est désormais de mettr e en place un plan d'action pour identifier les technologies d'avenir et structurer une industrie autour de celles-ci sans oublier un volet de formation et un volet de normalisation.
Denis CHEISSOUX
Quels sont les enjeux actuels des smart grid ?
Pierre FONTAINE
Ce terme est très à la mode que ce soit aux États-Unis ou en Eur ope. Cependant, même si le terme est identique des deux côtés de l'Atlantique, ils ne r ecouvrent pas la même réalité. Aux États-Unis, les réseaux sont plus anciens, moins maillés qu'en Eur pe et il y a un très grand o nombre de gestionnair es. Un des enjeux pour les Américains est de moder niser leurs réseaux en améliorant leur sécurité.
En Europe, la situation est différente : la structure des réseaux est plus récente, bien maillée en raison de la densité de population et il y a peu d'opérateurs. L 'enjeu des smart grid en Europe est donc d'intégr er de manièr e ef ficiente les actions de l'ensemble des utilisateurs afin de garantir un approvisionnement électrique durable, sûr et au moindre coût. On voit bien que nous ne sommes pas sur la même logique que les Américains. Nous allons nous concentrer sur le volet consommation et optimisation du parc de production. Tout d'abord un rappel : l'ensemble des évolutions ne devr ont pas aboutir à une diminution de la sûreté et de la qualité des réseaux. Un des enjeux auxquels sont confrontés les gestionnaires de réseaux est que nul ne veut de nouvelles infrastructur es près de chez lui. Or , il faut intégr er le développement des énergies r enouvelables et les nouveaux usages comme le véhicule électrique. Cette situation impose d'imaginer des solutions innovantes avec une optimisation des infrastructur es existantes. Par ailleurs, il ne faut pas oublier le rôle essentiel joué par les interconnexions qui assurent la respiration des réseaux européens et qu'il faudra gérer demain de manière réellement européenne. Quatre axes de déclinaison des smart grid doivent être mis en oeuvre. Le pr emier point est la participation active du consommateur . Les compteurs intelligents permettront de sensibiliser les consommateurs à leur consommation d'électricité par le biais de conseils. De nombr eux pr ogrès sont également à prévoir avec l'ef ficacité énergétique, notamment dans l'électroménager, où on nous présente des systèmes qui analysent la fréquence du réseau et qui gèr ent la consommation en fonction de celle-ci. Enfin, il existe d'or es et déjà des services énergétiques qui permettent une meilleur e gestion de la courbe de charge avec des effacements partiels de consommation. Le deuxième enjeu des smart grid est l'intégration massive des énergies r enouvelables, et un des principaux chantiers se situe dans l'amélioration de la prévisibilité des énergies intermittentes. Toutes les énergies intermittentes ne sont pas aléatoir RTE accomplit de nombreuses actions es. dans ce domaine, et la prévisibilité contribue à la stabilité des réseaux et à de moindr es rejets de CO 2. Une autr e piste de pr ogrès concer ne le stockage d'énergie, encor e balbutiant, qui permettra de lisser une production intermittente et de la rendre prévisible. Le troisième enjeu pour les smart grid est le développement des nouveaux usages, notamment les véhicules électriques et la gestion de leur recharge. Il faut en effet éviter de recharger sa batterie en heure de pointe pour limiter les contraintes du réseau, les contraintes de pr duction et les rejets o de CO 2. Si aujour d'hui le consommateur est habitué à dif férer certains usages, comme celui du ballon d'eau chaude, des systèmes intelligents sont à imaginer pour r endre le dispositif compatible avec la mobilité. Enfin, le quatrième enjeu porte sur la gestion du réseau. La généralisation des compteurs communicants et la r emontée des informations en temps réel of friront une meilleur e connaissance de la situation du réseau, en termes d'incidents et de qualité, notamment dans connexions la distribution. Pour le transport, un des enjeux sera l'optimisation des inter pour éviter les saturations et améliorer les couplages de marchés.
Denis CHEISSOUX
Nous verr ons jusqu'où nous pouvons aller en matièr e d'information. Pierr e Fontaine, vous appartenez au groupe de gestion de la pointe. Quel est son intérêt pour les smart grid ?
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Pierre FONTAINE
Ce groupe s'est mis en place à l'automne 2009 à la suite de la publication du rapport sur la programmation pluriannuelle des investissements en électricité en juin 2009. Présidé par MM. Poignant et Sido, il a r emis ses conclusions au ministr e début avril 2010. Il pr opose un certain nombre de mesures, dont trois sont tout à fait pertinentes au r gard de la problématique e de ce colloque. Tout d'abord, le compteur intelligent a été présenté comme l'un des vecteurs de gestion de la pointe. Je ne r eviendrai pas sur ce point ni sur le second, qui souligne que la recharge des véhicules électriques doit s'effectuer en période creuse. Le troisième point est novateur et très intér essant. Il pr opose la mise en place d'un mar ché de capacités où effacement et production sont valorisés. Cela va ouvrir un champ énorme, avec de nouvelles activités voir e de nouveaux acteurs. Si on r egarde les expériences étrangèr es, notamment américaines, on voit que des agrégateurs d'ef facement se sont développés. Ils proposent à des PME et des commerces de rémunérer l'effacement, par exemple en payant ceux qui coupent leur chauf fage ou la climatisation pendant quinze à vingt minutes. T oujours aux États-Unis, les nouvelles technologies de l'information sont entrées dans le monde électrique : Inter net est ainsi utilisé pour commander à distance certains appar eils voir e les déconnecter du réseau. Et c'est la raison pour laquelle lors des travaux de ce gr oupe sur la gestion de la pointe, on a pr ogressivement élargi nos réflexions au-delà de l'électricité, en invitant notamment les acteurs de la domotique (équipements électriques) et d'Inter net. Il existe un gisement potentiel énorme en aval du compteur qui s'« interfacera » avec le compteur , et toute l'intelligence en amont.
Denis CHEISSOUX
Dans la grande distribution, qui aurait prédit il y a dix ans que Carr efour allait vendre de la banque, de l'assurance, de l'assurance vie, du voyage, etc. ? La grande distribution réfléchit aussi à vendre de l'énergie comme des télécommunications. Pierr e Mallet, directeur adjoint d'ERDF, le réseau fonctionne très corr ectement depuis longtemps. Quel est l'aboutissement de vos réflexions sur ce thème, à ERDF ?
Pierre MALLET
Je suis satisfait qu'une place importante soit accor dée au réseau aujourd'hui. L'une des vertus de la dénomination smart grid est qu'elle fait explicitement référ ence aux réseaux, ce qui situe bien le rôle central de ceux-ci. Rappelons que 50% de la facture d'électricité provient des coûts du réseau, dont un tiers incombe au transport et deux tiers à la distribution. Concevoir les systèmes électriques du futur en ne pr enant pas bien en compte le volet réseau risquerait de conduire à une solution qui ne serait pas optimale. Par exemple, les immenses champs éoliens of fshore, de plusieurs dizaines de gigawatts, en projet au large du Royaume-Uni ou en mer du Nor d devront être reliés au continent par d'importantes lignes. Il en est de même des pr ojets solair es importants dans le sud de la Méditerranée. Sans réseau, le système ne sera pas très pertinent. Ces réseaux doivent êtr e intégrés dans la réflexion.
Denis CHEISSOUX
La sécurité passera-t-elle par le réseau ?
Pierre MALLET
Effectivement, le réseau n'est pas uniquement un système qui achemine l'énergie d'un endr oit à un autre. D'une certaine façon, il contribue à «construire » l'électricité qui est fournie aux clients. Ce pr oduit est plus complexe que ce que nous pourrions imaginer : il faut réduir e autant que possible les interruptions de four niture (coupures longues et brèves, micr ocoupures) et garantir le pr ofil de tension le plus régulier possible, en limitant par exemple les pr opagations d'harmoniques. La qualité de l'électricité dépend du réseau qui alimente le client. Le réseau est également un outil de solidarité et de mutualisation des aléas du système. En cas de panne d'un panneau solair e, un particulier devra pouvoir compter sur l'éolienne ou sur la cogénération au gaz de ses voisins. Le réseau permet de s'organiser pour utiliser l'électricité produite par les centrales voisines, ce qui permet de construire un système solidaire. Le rôle du réseau consiste à organiser la mise en commun des aléas de la pr oduction (panne de centrale) ou liés au foisonnement. La consommation d'énergie est liée à de nombr euses variables aléatoires. Or, en statistique, nous avons tous appris que l'écart type de la somme de valeurs aléatoir es est inférieur à la somme des écarts-types de ces valeurs aléatoir es. Il convient de ne pas oublier cette réalité, car elle construit le socle du système, avec d'importants enjeux économiques. Enfin, l'infrastructur e constituée par les réseaux de transport et de distribution d'électricité est vieillissante. Cette situation est observée dans tous les pays développés comme le Japon, les États-Unis, l'Allemagne, le Royaume-Uni, etc. On constate ainsi en France une dégradation, heureusement encore limitée mais bien réelle, de la qualité de l'électricité four nie aux clients. Comme toutes les grandes infrastructur es (routes, voies ferrées, métr o...), le réseau électrique doit faire l'objet d'investissements réguliers importants pour continuer à fonctionner corr ctement. e Faute de quoi, on se retrouve avec des problèmes de baisse des performances, comme on a pu le constater par exemple dans le métro de Londres. Le réseau du futur sera certainement beaucoup plus complexe que le réseau actuel, dont les flux étaient jusqu'à présent très prévisibles. Le sens des flux variera au cours de la jour née : l'énergie produite par les panneaux solair es en jour née passera du réseau basse tension vers le réseau haute tension, avant que le flux s'inverse en soirée. Les flux du réseau s'organiser ont de plus en fonction des décisions des consommateurs, ce qui est aussi un facteur augmentant la complexité. On peut dir e que le système futur sera caractérisé par quatr e composantes importantes. Tout d'abord, une partie de la production sera décentralisée. À l'heure actuelle, 40 000 centrales photovoltaïques sont raccor dées au réseau de distribution d'ERDF et 60 000 demandes de raccordement sont en cours de traitement. La deuxième composante est la gestion active de la demande, c'est-à-dir e par exemple la possibilité d'arrêter le chauf fage pendant une demi-heur e pour r etrouver un équilibr e entre la production et la consommation. Il convient de souligner immédiatement que des solutions de ce type ne seront évidemment mises en oeuvre qu'avec l'accord des clients. La tr oisième composante est le raccor dement au réseau de moyens de stockage. Enfin la quatrième composante est l'arrivée de véhicules électriques. Ces quatre ingrédients vont modifier en pr ofondeur le fonctionnement du système. Le réseau devra organisera la construction de l'équilibr e permettant un bon fonctionnement en tenant compte de l'ensemble de ces composantes.
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Denis CHEISSOUX
Envisagez-vous d'agrandir le réseau ? Nous verr ons à quelles conditions l'usager peut s'approprier les smart grid. Permettront-elles de diminuer la consommation ?
Pierre MALLET
Il est dif ficile de prévoir la consommation des clients, mais la mise en place des compteurs intelligents apportera une contribution importante en termes de maîtrise de la consommation. Ces compteurs apporter ont du service et du confort aux clients. Nous oublions parfois de rappeler des informations simples. Par exemple, 50 % des compteurs ne sont pas accessibles, ce qui impose de pr endre rendez-vous avec le client pour r elever le compteur. Cette situation est tout de même un peu gênante. Le nouveau compteur permettra un relevé à distance, ce qui évitera de déranger le client. Cette situation offrira un gain de confort au client. En outr e, la factur e envoyée au client corr espondra à la consommation réelle. Aujour d'hui, nous éditons six factures par an, et effectuons deux relevés par an. L'envoi d'une facture réelle serait préférable et induirait des comportements vertueux en termes de maîtrise de la demande. Aujourd'hui, quelqu'un qui achète un nouvel équipement peut très bien ne voir la conséquence sur sa facture que plusieurs mois après, alors que le signal sera plus pr oche avec une factur e fondée sur la consommation réelle. Linky collectera de nombreuses informations sur la courbe de charge du client. Elles ser nt mises o à disposition du client, qui pourra suivr e la consommation du jour , de la semaine écoulée, en euros, en kilowattheures ou en équivalent CO2, etc. Ce service sera donné par le four isseur, n qui définira de lui-même les modalités de mise en oeuvre.
Denis CHEISSOUX
D'autres entrants pourront-ils améliorer le modèle ?
Pierre MALLET
Linky permet de collecter des données, de disposer de cette courbe de charge, qui peut êtr e transmise au fournisseur, et celui-ci informera son client de plusieurs manièr s, avec un afficheur e ou sur un site web. Notr e compteur permet également de véhiculer de l'information. T oute la chaîne de communication est mise en place pour r endre ce compteur communicant. Elle permet d'envoyer des signaux dans les deux sens et permet notamment de communiquer avec la box de chaque fournisseur et d'activer ainsi des actions chez le client.
Denis CHEISSOUX
Quelle sera la durée de vie des compteurs ? Pourra-t-elle évoluer ?
Pierre MALLET
Le compteur a effectivement vocation à durer longtemps. Le projet d'ERDF consiste à changer les 35 millions de compteurs en service. Nous devr ons faire les bons choix au départ. Le pr ojet coûtera de 4 à 5 milliar ds d'euros, pour un déploiement sur cinq ans, ce qui implique la mise en place de 35 000 compteurs par jour. Le coût de la mise en place des nouveaux compteurs r présente e près de la moitié du coût du projet, ce qui ne permettra pas de les changer tous les cinq ans.
Denis CHEISSOUX
Le chef d'orchestre du système électrique est-il RTE ou ERDF ?
Pierre MALLET
Le système plus complexe que nous voyons émerger r enforce le rôle de chef d'or chestre, rempli par l'opérateur de réseau. Celui-ci pourra accomplir sa mission à dif férents niveaux, éventuellement au niveau local. Les décisions consistant à démarr er ou arrêter une centrale, à stopper ou limiter une consommation, à stocker ou déstocker de l'énergie dans une batterie à un moment donné supposent une préparation en amont. Le gestionnair e de réseau donne le rythme pour faire en sorte que tout se déroule correctement au moment opportun.
Denis CHEISSOUX
Un câble sécurise-t-il davantage le système qu'une centrale ?
Pierre MALLET
Oui. La disponibilité d'un câble est ef ectivement plus élevée que celle d'une centrale. Une centrale f est disponible de 90 à 95 % du temps, contre 99 % du temps pour un câble. Le réseau est un excellent moyen de sécuriser et de fiabiliser l'alimentation électrique.
Denis CHEISSOUX
Alain Chardon, vous êtes le dir ecteur de l'Énergie durable et du Changement climatique chez Cap Gemini. Vous vous intéressez à l'approche économique de cette question. La valeur à venir des smart grid est-elle facile à mettre en évidence ?
Alain CHARDON
Ce sujet est r elativement complexe. Les smart grid consistent à transporter des électr ons et des données informatiques, tout au long de la chaîne de valeur . Il est intér essant d'étudier les enjeux de ce dispositif. Nous avons cité les énergies r enouvelables. En Eur ope, d'ici à vingt ans, nous installerons de 300 à 380 gigawatts d'énergies renouvelables, de plus en plus prévisibles. Les centrales thermiques s'ef faceront progressivement. Les smart grid offrent une gestion de la demande et de la flexibilité. En France, l'éolien représentera de 20 à 25 gigawatts, le photovoltaïque peut-êtr e 5 gigawatts. Un autre enjeu qui exige de la flexibilité est le fait que les courbes de charge risquent de se cr euser. Quelque 8 millions de clients se chauf fent actuellement par l'électricité, pour une prévision de 12 millions de clients d'ici à quelques années. Les pompes à chaleur consomment autant qu'un chauffage électrique classique lorsqu'il fait froid, mais beaucoup moins lorsque le temps est plus doux. Pour cette raison, l'ef ficacité des pompes à chaleur est meilleur e que celle du chauf fage électrique. Le besoin supplémentair e de gestion de flexibilité portera de 7 à 20 gigawatts pour la France d'ici à vingt ans. La France mettra en place de nouvelles tranches nucléair es, de une à tr ois, d'ici à 2020. Le Grenelle suppose de maîtriser les consommations d'électricité. La consommation se stabilise en dehors de l'effet de la crise. Les tranches nucléaires et les énergies renouvelables apportent
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
trop d'électricité par rapport aux besoins. La flexibilité sera nécessair e pour ajuster of fre et demande. Nous ne nous situons plus dans un univers où la pr duction était liée à une base stable. o Il y a vingt ans, la France disposait de 6 000 mégawatts d'ef facement. La consommation de pointe s'établit à 90 000 mégawatts, la consommation moyenne de 40 à 50000 mégawatts. L'effacement a diminué à près de 2 800 pour les particuliers et 1 000 pour les industriels. Nous utilisons deux fois moins de flexibilité qu'il y a vingt ans. Nous avons mené deux approches en Europe, l'une optimiste et l'autre pessimiste, qui ont donné un potentiel de 70 gigawatts d'ef facement de la pointe, dont 50 commandables par les tarifs. Ce seuil est estimé de 6 à 10 000 gigawatts, en dehors de l'industrie. Nous avons modélisé l'ensemble de l'of fre et de la demande, pour toutes les heur es de l'année. Il nous paraît tout à fait réaliste, à Cap Gemini Consulting, de dégager 10 000 mégawatts de flexibilité au cours des prochaines années. Le fait de pouvoir ef facer de la pointe, qui dégage essentiellement de la pr oduction carbonée, permettrait d'éviter de dégager 100 millions de tonnes de CO 2 par an, soit la moitié de la contrainte qui pèse d'ici à 2020 sur les électriciens, qui doivent éliminer 200 millions de tonnes en Europe. Il est également intér essant d'étudier les enseignements qui viennent des États-Unis. Le pr ogramme 2003-2004 a permis d'évaluer le tarif seul ou le tarif en complément de la possibilité de commander des appar eils. Des tarifs suf fisamment incitatifs permettent de gagner 15 % sur la pointe. En automatisant, nous pourrions gagner jusqu'à 30 %.
Denis CHEISSOUX
Dans le secteur automobile, une gr osse voiture est également plus coûteuse, car la marge est plus élevée. Quel sera le modèle économique des énergies renouvelables ?
Alain CHARDON
Aux États-Unis, les énergies r enouvelables sont moins utilisées pour le chauf fage que pour la climatisation ou les piscines. Ils ont mis en place des systèmes consistant à rembourser 1 dollar pour effacer dix minutes par heure les mauvais jours, 2 dollars pour vingt minutes, trois dollars pour quarante minutes, etc. Il s'agit d'accepter que la baisse de la climatisation augmentera la température d'un degré, mais le client ne s'en rend pas nécessairement compte. L'enjeu de ce système vise à favoriser le développement d'offres imaginatives.
Denis CHEISSOUX
Le modèle économique doit être entièrement adapté à ce système.
Alain CHARDON
Les smart grid apportent des bénéfices nombreux en termes de coûts évités pour la collectivité plutôt que pour les pr oducteurs économiques, à tous les maillons de la chaîne. Cependant, les smart grid supposent le changement complet de la régulation. Les bénéfices des smart grid pourraient être limités pour plusieurs raisons. Tout d'abord, il a été estimé que les compteurs intelligents permettraient au consommateur d'épargner de 2 à 5 % de sa factur e, soit 13 milliar ds d'eur os par an. La France est plutôt motrice dans ce domaine à l'échelle européenne. Il est difficile de réunir les associations de consommateurs, les énergéticiens, etc., pour mettre en place un système où chaque partie trouve son intérêt.
Au cours de l'été 2009, 50 % du tarif lié au réseau a été revu. Les tarifs des clients à 3 kilowatts ont beaucoup plus augmenté que ceux à 6 kilowatts. En ef fet, cette décision a été prise en considérant qu'ils coûtaient plus cher, tout en consommant moins. En revanche dans le monde, les states tarifs sont plus coûteux à mesure que les tuyaux sont de plus en plus gr s. Ce système o existe en Califor nie, en Ontario, etc. La logique est strictement inversée. Nous aurions dû fair e payer davantage les gr os consommateurs. Les entr eprises de bricolage vendent des outils qui peuvent êtr e intégrés aux compteurs électriques et qui permettent de piloter les appar eils en évoluant de 3 à 6 kilowatts. La CRE est une autorité indépendante de l'État. Elle est mandatée pour maîtriser les coûts du réseau et déréguler le marché de l'électricité, qui est un pr oduit virtuel, sans substrat physique. Six ans après sa création, la CRE n'a pas à piloter le développement durable. J'ai r encontré des personnes qui ont le sens du service public, mais qui m'ont rappelé que leur mission n'était pas de développer les énergies renouvelables. Le directeur de la stratégie d'ERDF nous a rendu visite à Cap Gemini. À cette occasion, je lui ai dit que le métier d'ERDF r elevait en quelque sorte du BTP , son intérêt consistant à augmenter la taille du réseau. Aux États-Unis, lebusiness model vise à augmenter les moyens de pr duction. o En conclusion, la pr oduction, le transport, la distribution, la commer cialisation et le client ne changeront pas si nous ne réfléchissons pas à la régulation de l'ensemble des éléments.
Denis CHEISSOUX
Nicolas Houdant, vous êtes le directeur d'Énergie Demain. Quel est votre métier ?
Nicolas HOUDANT
Nous conseillons les collectivités territoriales, locales, l'État et les institutions sur les stratégies de mise en oeuvr e de maîtrise des consommations d'énergie. Une connaissance fine des consommations permet de pr oposer des pr ogrammes adaptés, et surtout de quantifier les programmes de maîtrise de l'énergie de la même manièr que l'on quantifierait la production. e Par rapport à toutes les énergies décentralisées, nous parlons de « centrales virtuelles », notre métier consistant à vendre de l'énergie. Nous avons dimensionné des centrales virtuelles depuis dix ans, en modélisant les changements de comportement qui entraînaient des consommations négatives. La capacité d'agir sur le consommateur via les réseaux intelligents permet de considér er les consommateurs comme un élément du système de pr duction. De cette manière, ils peuvent o être intégrés à un pr ogramme d'investissement, du côté de la demande. Il existe déjà des enveloppes financières, notamment auprès du Fonds d'amortissement des charges d'électricité (Face). La dif ficulté consiste à se demander comment piloter . De ce point de vue, les réseaux intelligents constituent un système qui permet de mettre en oeuvre des centrales à la demande.
Denis CHEISSOUX
Vous vendez des économies d'énergie, mais vous avez agi jusqu'à présent sans les smart grid.
Nicolas HOUDANT
Tout à fait. Nous fonctionnions jusqu'à présent sur la planification à moyen et long termes. À l'heure actuelle, nous étudions des systèmes au temps de réponse rapide, toute défaillance permettant d'enclencher une centrale virtuelle sans qu'il y ait des situations très contraignantes.
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Nous pouvons même imaginer le développement des réseaux en limitant les cr eux pour qu'il y ait des échanges en temps réel entr e consommateurs, qui permettraient une optimisation totale du réseau et une économie fondamentale. Nous avons une capacité de modélisation des consommations quasi individuelles, à l'échelle du ménage. Nous disposons d'outils de simulation qui permettent de pousser à investir d'une manière totalement numérique, sur le papier ou via des ordinateurs. La difficulté consiste à mettre en oeuvre réellement ces systèmes d'adéquation de l'ofre et de la demande. Nous nous f heurtons à des problématiques de gouvernance. Quelle est la convergence d'un intérêt collectif et de l'intérêt individuel des opérateurs privés qui cherchent à valoriser leurs investissements ? En conclusion, il convient de repenser toute la gouvernance du système électrique et énergétique.
Denis CHEISSOUX
Quel est le montant des économies que vous avez apportées à vos clients ?
Nicolas HOUDANT
Nous travaillons souvent avec des régies d'électricité qui évoluent dans un contexte très particulier: elles acquièrent de l'électricité auprès d'industriels, puis la r vendent à des particuliers. La marge e est réinvestie dans les réseaux et au service des consommateurs. Nous travaillons avec tr ois régies situées dans la Somme et les Alpes, en leur proposant une diversification de leurs offres, la maîtrise de la demande d'électricité pour que l'intérêt collectif soit supérieur à ce qu'il est à présent. De cette manièr e, toutes les économies faites par la régie ser ont réinvesties dans la maîtrise de l'énergie auprès des consommateurs. L 'idée consisterait à étendr e ce système à des régions en situation précair e en termes de sécurisation de réseau, comme la Bretagne et Paca. J'ai enchaîné tr ois missions en Paca sur les mêmes questions depuis 1985. Le levier majeur est l'ef facement, mais les outils réglementair es ne sont pas suf fisants pour les actionner . Les réponses sont similair es : les opérateurs attendent le r enouvellement des équipements, effectuent de la MDE sans les ef fets escomptés, etc. Les investissements de transport et de distribution ne sont pas évités en l'absence de gouvernance.
Denis CHEISSOUX
Durant la récente période de crise énergétique, la Br etagne a bien sensibilisé la population, ce qui a permis d'éviter de peser sur le système.
Nicolas HOUDANT
Le fait d'intégr er le consommateur dans le système est fondamental, même si cette vision contredit notre tradition centralisatrice.
Denis CHEISSOUX
Alexis Gellé, dir ecteur général des Services de la Fédération nationale des Collectivités concédantes et Régies, vous êtes un acteur majeur entr e les distributeurs, les pr oducteurs et la population. Quelle est votre vision des smart grid ?
Alexis GELLÉ
En fait, je remplace Pascal SOKOLOFF, directeur général de la FNCCR. Pour ma part, je dirige le service Développement du réseau de distribution d'électricité et de gaz et le service Éclairage public de la FNCC. Notr e fédération r eprésente les élus locaux, principalement municipaux, qui sont en charge de l'organisation du système électrique avec l'État, chacun en ce qui le concerne. Ils sont les pr opriétaires des réseaux de distribution et du dispositif de comptage. Pierre Mallet évoquait précédemment « ses » compteurs, mais ils appartiennent aux collectivités locales. L 'État est l'organisateur du réseau de transport. La gestion des réseaux publics de distribution est régie par le cahier des charges du contrat de concession, ou par les règlements de service pour les collectivités qui ont choisi de r ecourir à une exploitation en régie, ce qui est le cas pour près de 5 % des communes du territoire.
Denis CHEISSOUX
Vous travaillez principalement avec des outils verticaux, mais cette situation changera avec les smart grid.
Alexis GELLÉ
Il est en ef fet souhaitable que les élus locaux disposent d'un pouvoir d'arbitrage entr e les différentes solutions techniques concourant à la satisfaction des besoins énergétiques du territoire dont ils ont la r esponsabilité. Les collectivités ont la mission d'assur er le service de distribution de l'électricité pour satisfair e aux besoins énergétiques des populations. Le service n'est pas organisé pour génér er des af faires mais pour répondr e aux besoins des utilisateurs. Ceux-ci posent des questions simples, qui peuvent paraîtr e triviales aux spécialistes que nous sommes, notamment sur le coût de l'énergie. Les compteurs communicants devraient permettre de répondr e à leurs questions. Il suf fit parfois de l'informer simplement de sa consommation réelle pour qu'il adopte un comportement ef ficace. La première satisfaction d'un besoin consiste à apporter une réponse maîtrisable par le client. Le film pr ojeté en ouverture évoquait bien la maîtrise de la consommation par le consommateur . Le service public doit être organisé en tenant compte de l'intelligence du consommateur. Par ailleurs, le consommateur est méfiant quant au caractèr e intrusif du fonctionnement automatique d'un certain nombr e de dispositifs ou d'utilisation d'informations détaillées sur sa consommation individuelle. Cette question concerne également les autres énergies comme le gaz, la chaleur et l'eau. Les élus locaux ont une vision transversale sur l'ensemble de cette problématique, même si les outils dont ils disposent sont organisés verticalement. T ut à l'heure ont o été évoqués les réseaux de chaleur . Les extensions y sont décidées par les collectivités territoriales, alors que la situation dif fère pour l'électricité du fait de l'obligation de desserte. S'agissant du réseau de distribution du gaz, les opérateurs ont une obligation de vérification de la rentabilité des extensions avant leur réalisation. En conclusion, ces outils ne sont pas tous à la main des collectivités territoriales. Il a été évoqué ici l'ef facement de certaines consommations pour contribuer au passage de la pointe. Mais on peut se demander pour quoi il faudrait attendr e la pointe pour fair e des économies d'énergie. Les potentialités d'effacement mobilisables à cet effet sont essentiellement liées au chauffage. Or une telle réduction du chaufage peut s'opérer aussi en dehors de la pointe. f En effet, l'idéal serait de diminuer les consommations de manièr e globale et pas seulement pendant la pointe.
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Les consommateurs demandent également pour quoi ils ne peuvent utiliser la cogénération lorsque le réseau n'est plus sous tension. La disponibilité du réseau est supérieur e à celle d'une centrale bien entr etenue, mais elle n'est pas permanente pour autant. Les smart grid doivent êtr e organisés au service des consommateurs, et non des entr eprises privées. Les consommateurs ne compr endraient pas, notamment dans les épisodes météor ologiques sévères, pourquoi les moyens de production dont ils disposent à domicile devraient ne pas être utilisés lorsque le courant est coupé à l'extérieur. Enfin, le caractèr e intrusif, « Big Br other », des compteurs intelligents peut émouvoir les consommateurs. Le consommateur entend r ester maître chez lui, même s'il est prêt à adapter son comportement aux contingences du système électrique.
Denis CHEISSOUX
Nicolas Houdant, vous évoquiez l'analyse des consommations. Est-on en capacité d'évaluer quels produits fonctionnent dans le logement des habitants ?
Nicolas HOUDANT
Énergie Demain r econstitue les courbes de charge des réseaux de basse tension, avec des scénarios pr obables d'utilisation des équipements. Ce système permet de compr endre des changements de comportement et d'étudier jusqu'où nous pourrions aller en termes de maîtrise des investissements et de moindres émissions de CO2. Il est nécessaire d'étudier le niveau des équipements et de réhabilitation des ménages. Ce point n'est pas tellement intrusif par rapport à une contrainte climatique globale, qui suppose d'obtenir certaines informations de la part des clients qui bénéficient du service final.
Denis CHEISSOUX
Nous sommes des êtres paradoxaux, qui livrons toute notre vie sur Facebook. Par ailleurs, le site communautaire est activement consulté par les Renseignements généraux lorsqu'ils cher chent des informations sur un individu. Cependant, nous n'acceptons pas qu'un opérateur sache à quelle heur e nous r egardons la télévision. Alain Char don, vous venez de l'industrie pharmaceutique. Les techniques de marketing extrêmes employées par ce secteur pourraient être utilisées par le secteur énergétique.
Alain CHARDON
Le secteur pharmaceutique est confronté à un oligopole des boîtes de pr duits pharmaceutiques, o de deux ou trois distributeurs. Nous sommes en capacité de connaîtr les flux des médicaments e des 12 000 pharmacies en France. Ces distributeurs se sont érigés en GIE il y a vingt ou trente ans pour vendr e ces données aux laboratoir es. En tant qu'utilisateur de ces données, le visiteur médical était censé identifier ce qu'il vendait aux médecins, avec une connaissance très fine des territoir es, de la concurr ence, etc. Ces données étaient également vendues au niveau national pour analyser la concurrence.
Le monde de la consommation d'énergie est totalement ouvert. La consommation électrique est estimée tous les deux mois. Les compteurs intelligents donner ont des informations à la minute ou à l'heure. La moitié des 100 millions de tonnes de CO 2 susceptibles d'être économisées en Europe d'ici à 2020 pourraient provenir de la flexibilité, la seconde moitié du partage des données. Les données du client sont collectées par ERDF, qui les transmet aux commercialisateurs. ERDF pourrait traiter une fois par an la courbe de charge en fonction des us et coutumes des clients. ERDF pourrait être mandaté pour agréger les données par zone, tout en protégeant la confidentialité des clients. Les données pourraient êtr e commercialisées pour de multiples usages : vente de fenêtres, position des magasins de bricolage, etc. Un tel système de partage des données permettrait d'économiser 10 % de la consommation d'énergie en France. Cependant, il convient d'encadrer un tel système.
Denis CHEISSOUX
Nouredine Hadjsaid, de l'Institut polytechnique de Gr enoble, pourriez-vous intervenir en r emplacement de Christophe Beller , sociologue et pr ofesseur à T oulouse ? Comment les Néerlandais ont-ils réagi à ces questions ?
Nouredine HADJSAID
Je souhaiterais signaler que je suis ingénieur , et non sociologue. En préambule, je souhaiterais préciser que les solutions ne sont pas purement techniques, même s'il est difficile de l'admettre pour un ingénieur . Nous impliquer ons le consommateur final en l'invitant à s'appr oprier la question énergétique. Aux Pays-Bas, les consommateurs se sont interrogés sur les atteintes du compteur intelligent à la liberté individuelle. En ef fet, la connaissance de la courbe précise de consommation soulève des difficultés. Le débat a bloqué le développement de ce type de solutions dans certains pays. Aux États-Unis, des actions de flexibilité ont été mises en oeuvr e, mais le dispositif est tombé en panne, ce qui a privé les consommateurs d'électricité pendant trois jours. À la suite de cette panne, la flexibilité a été abandonnée. En conclusion, la pédagogie auprès du consommateur final sera essentielle pour la réussite des smart grid.
Alain CHARDON
Nous parlons toujours de la même segmentation des clients : il y a de 10 à 25 % de gens très écologistes, des personnes intéressées par les économies, de 30 à 40 % de suiveurs sans être convaincus, et de 20 à 25 % qui efusent l'intrusion des compteurs intelligents pour des questions r de liberté. J'étais aux États-Unis il y a quelques semaines, où certains refusent la création d'une sécurité sociale, pour une question de liberté. Nous nous posons la même question sur l'électricité. Des millions de clients américains ont choisi le système de demand/response.
Pierre MALLET
Notre objectif consiste à dif fuser les compteurs intelligents chez 35 millions de clients, pour démocratiser la MDE. L 'atout du dispositif de comptage généralisé est qu'il permet de mener une action de MDE vers l'ensemble des clients.
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Denis CHEISSOUX
Bruno Lechevin, vous travaillez auprès du médiateur national de l'Énergie à la CRE. Quel est votre rôle ?
Bruno LECHEVIN
Je ne parlerai pas aujourd'hui de la CRE, mais de ma mission de délégué général du médiateur national de l'Énergie. C'est une autorité administrative indépendante qui existe depuis moins de deux ans, mais dont l'activité est déjà importante. Le médiateur national est un observateur des dysfonctionnements du mar ché du gaz et de l'électricité, un témoin de l'évolution des consommateurs, et tente d'être un repère pour les consommateurs en les informant sur leurs droits. La seconde mission du médiateur consiste à tr ouver des solutions aux litiges entr e les consommateurs et leurs fournisseurs. En 2009, le médiateur national a r eçu 14 000 réclamations, alors qu'il n'est pas encor e très connu. Une grande partie des litiges sont liés à des pr oblèmes de facturation. L 'ouverture des marchés a changé la donne en égarant le consommateur.
Denis CHEISSOUX
Seuls 2 % des consommateurs ont changé de fournisseur d'électricité.
Bruno LECHEVIN
Le dernier sondage de la FNCCR paru la semaine der nière révèle que le désir de changer de fournisseur en quittant le tarif réglementé a diminué par rapport aux der ières années. Le système n a évolué d'un consommateur sans choix à un consommateur plus esponsable. Cependant, un tel r système suppose de mesurer la connaissance de la liberté de choix. T peu de consommateurs rès connaissent les effets de la consommation sur leur facture. Il y a moins d'offres sur le plan technique aujourd'hui qu'avant l'ouverture des marchés. En effet, EJP est en cours d'extinction. La diminution de l'effacement révèle un paradoxe. Il est important pour le consommateur que les compteurs intelligents se traduisent par une opportunité à mieux exercer la liberté de choix, à mieux maîtriser la consommation pour en être plus responsable.
Denis CHEISSOUX
L'accompagnement du consommateur sur les smart grid pourrait être très positif.
Bruno LECHEVIN
J'ai tr ouvé très intér essante l'intervention du r eprésentant de la Capeb, car il se situait dans une perspective dynamique, en demandant que les consommateurs ne soient pas floués. La situation est très importante pour le consommateur . La gestion intelligente de l'énergie est un enjeu crucial pour diminuer la factur e des consommateurs. Le seul kilowattheur e peu onéreux est celui qui n'est pas consommé. Il est donc logique que de nombr consommateurs eux s'intéressent à ces opportunités. Chacun doit en êtr e pour en tir er les bénéfices. Cependant, ces formidables perspectives ne doivent pas êtr e qu'une af faire d'expert qui ferait oublier la nécessité de fair e partager au consommateur l'intérêt, les opportunités nouvelles apportées par ces développements, indépendamment des considérations économiques.
Les choix ne pourr ont s'opér er entr e les gestionnair es de réseau, les four nisseurs et les prestataires de service. La communauté des opérateurs doit accepter la prise en compte des besoins des consommateurs. Elle doit mesurer l'intérêt qu'ils puissent accéder à une certaine compétence, ce qui nécessite des moyens. Ce point doit êtr e pris en compte en acceptant de traiter des demandes contradictoires, quitte à r evoir certains arbitrages. Un ingénieur rappelait que la technologie ne résoudrait pas tout. L 'ouverture des marchés a souvent opposé les consommateurs et les mar hés. c Nous espérons que nous ne nous r etrouverons pas dans cette même logique d'opposition. Je souhaite formuler un voeu : pensons smart grid non, malgré mais avec les consommateurs. Assumons les choix qui ser ont faits en matièr e de coûts, car le prix sera supporté par les consommateurs. Nous pouvons considér er que ce bien est financé de manièr e collective, ou faire le choix d'un service payé pour ceux qui l'utilisent, ce qui génèr e un risque d'inégalité. Dans ce cas, le système risquerait d'échapper à ceux qui en auraient besoin pour maîtriser leur consommation, c'est-à-dir e les quelques millions de ménage qui se situent en précarité énergétique.
Denis CHEISSOUX
Plus de 8 millions de Français vivent avec moins de 900 euros par mois.
Bruno LECHEVIN
Par ailleurs, il y a des dispositifs sociaux pour traiter ce pr oblème, bien qu'ils soient insuffisamment connus. Il serait juste que le compteur communicant bénéficie à tous les consommateurs, selon un développement suffisant qui prenne en compte les objectifs climatiques et de MDE. L'action pour une meilleure efficacité énergétique relève véritablement de l'intérêt général.
Denis CHEISSOUX
Les participants auraient-ils des questions ?
Christine MESUROLLE
Ministère du Développement durable
Nous avons beaucoup parlé des consommateurs ce matin et cet après-midi. Le compteur intelligent ouvre des perspectives technologiques. D'or es et déjà, il apparaît des possibilités de diminution de la consommation par les tarifs. Pour quelle raison les EJP sont-ils en cours de disparition ? Certaines personnes utilisaient très attentivement ce système pour réduir e leur consommation de chauffage, changeaient l'heure de lancement de la machine à laver. En outre, nous pourrions fixer des tarifs incitatifs qui augmentent en fonction de la consommation, comme cela se fait dans certains endroits pour l'eau.
Pierre FONTAINE
Les EJP sont maintenus pour le segment pr ofessionnel. Ils ont été remplacés pour les particuliers par le dispositif T empo, qui est beaucoup plus simple et accessible pour le grand public, et correspond à un dispositif d'ef facement. Les travaux du gr oupe sur la gestion de la pointe ont révélé que les 6 000 mégawatts efacés par le biais des EJP ne donnaient pas lieu à de l'ef f facement total. Il s'agissait plutôt d'importants industriels qui se découplaient du réseau et qui utilisaient
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
des gr oupes au diesel avec des conséquences très négatives en termes de r ejet de CO 2. Pour cette raison, l'ef facement réel de consommateurs qui accomplissent des ef forts pour modifier leur mode de fonctionnement est plus proche de 3 000 mégawatts. Enfin, la France a mis en place un dispositif d'heures pleines/heures creuses qui a porté ses fruits sur le réseau. À l'heure actuelle, nous sommes le pays au monde qui connaît le plus de modulation en fonction des signaux tarifaires. Par exemple, la plupart des ballons d'eau chaude sont télécommandés.
Jean-Claude SABONNADIERE
Professeur à l'Institut polytechnique de Grenoble.
Nous avons beaucoup parlé du consommateur , en considérant que les ingénieurs des Ponts faisaient des choix pertinents. Un travail important de formation des consommateurs doit êtr e accompli. Nous organisons nous-mêmes des formations auprès des élus. Les médias ont un rôle pour former le public à ces questions. Aux heur s de grande écoute, plutôt que présenter e les offres Dolce Vita et Provalys, Radio France et France Télévisions auraient un rôle à jouer.
Denis CHEISSOUX
Il convient de mettr e en place un système simple, sans quoi les smart grid seront incompréhensibles pour les consommateurs traditionnels. La pédagogie sera essentielle. Les consommateurs français sont venus à l'informatique par le Minitel.
Bruno LECHEVIN
La pédagogie est essentielle, notamment de la part des médias. La grande victoir e consisterait non plus à présenter dans le journal de 20 heures les records de consommation énergétique, mais à ne pas battr e ces r ecords. Ces informations commencent à êtr e médiatisées. Les médias doivent mettre en avant les bons r ecords d'avenir, ce qui entraînera un véritable pr grès. En 2010, o les comportements en Bretagne ont révélé que les consommateurs sont partants lorsqu'ils sont sensibilisés.
Alain CHARDON
En Paca et en Bretagne, on nous a demandé de nous ef facer il y a un an à une heur e donnée, mais tous les magasins et tous les bâtiments publics étaient allumés. Il y a deux semaines, les autorités ont éteint la tour Eiffel. Ce genre de décision n'est pas très cohérent. Les mentalités ont beaucoup évolué depuis cinq ans, mais certains comportements continuent d'êtr censurés. e Dans les années 1970, Pierr e Mesmer, Pr emier ministr e de 1970 à 1973, demandait aux consommateurs de diminuer leur consommation du fait de l'absence de pétr ole en France. De ce fait, la consommation a véritablement diminué au cours des années 1970, avant de remonter au seuil des années 1980. Une étude du Cr edoc sur la segmentation révèle que les consommateurs sont demandeurs d'écologie sans passer à l'acte, à l'exception du tri des déchets. L 'offre industrielle était prête au début des années 1990, puis le tri s'est mis en place vers 1995. Or le tri s'ef fectue davantage en milieu périurbain que dans les immeubles. Un véritable contrôle social s'est mis en place entr e voisins, mais le tri est invisible en appartement. Le compteur intelligent génér era un véritable contrôle social, car il deviendra un sujet de conversation autour de la machine à café. Il modifiera la vision sur les consommations.
Denis CHEISSOUX
Je suis assez optimiste concer nant la mise en place des compteurs intelligents, que devraient s'approprier les consommateurs ; 55 % du papier et du carton, 50 % du plastique est r ecyclé. Le tri du verr e fonctionne mieux, mais la situation évolue régulièr ement. Les consommateurs ont envie d'avoir une prise sur leur envir onnement. D'une manièr e générale, il est essentiel de donner le goût des autres à la population.
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Synthèse des échanges Nouredine HADJSAID
Professeur à Grenoble Institut Polytechnique, ENSE3/G2ELAB
Je suis agréablement surpris de constater que la salle est encor e très pleine à la fin de la journée, ce qui me fait penser à quel point cette question est importante. La société savante 3E, spécialisée dans le domaine de l'électricité a organisé une confér ence durant tr ois jours. La dernière conférence réunissait le président, l'orateur et une tr isième personne. L'orateur était o interpellé par cette situation. Il a indiqué qu'il savait pourquoi lui et le président étaient présents, et demandé à la personne dans la salle pour uoi elle était présente. Celle-ci a répondu qu'elle était q l'orateur suivant. Au cours de cette jour née, nous avons parlé de consommateur final et de gouver nance. Je présenterai quelques technologies importantes puis la synthèse des débats. L 'aspect institutionnel concer ne l'ouvertur e du mar ché et l'analyse du secteur , ainsi que l'objectif structurant des 3 X 20. Il y a aussi des éléments techniques, concer nant l'anxiété sur la sécurité et la qualité. L 'exemple de la panne du 4 novembr e 2006 est assez alertant pour l'Europe. Le passage d'un bateau au nor de l'Allemagne a imposé de délester 5000 mégawatts d en France. Une bonne partie des éoliennes en Espagne ont été déclenchées et l'interconnexion vers le Maghr eb a été r ompue. Le système électrique eur opéen a été séparé en tr ois zones synchrones dif férentes ; une situation critique où la panne généralisée sur l'ensemble de l'Europe a été évitée de peu. Cette situation a alarmé l'ensemble des décideurs qui ont pris conscience de la fragilité de ce système et du fait qu'un incident qui peut se produire en dehors d'une zone de contrôle peut af fecter dangereusement toutes les zones de contrôle voisines et au-delà. Cette situation s'était déjà pr oduite en Italie, où un incident en Suisse a pr ovoqué une panne généralisée sur l'ensemble du pays. Le système électrique compr end globalement deux parties. La pr emière est liée au réseau de transport, maillé pour des raisons de sécurité avec une pr oduction très centralisée. La seconde est liée aux réseaux de distribution. Ces der niers sont le lien dir ect avec le consommateur final et sont, contrair ement aux réseaux de transport, exploités en général en structure radiale. De par leur structur e particulièr e, leur mode de pr otection et de pilotage, ils n'ont pas été conçus pour intégr de manière massive la production décentralisée. Ainsi, l'un er des enjeux des smart grid est l'intégration des énergies r enouvelables dans les réseaux électriques, que ce soit au niveau des réseaux de transport avec principalement « le grand éolien » où les questions d'intermittence et de réglage se posent avec une acuité particulièr e, ou au niveau des réseaux de distribution qui n'ont pas été conçus à cet ef fet. Je livr erai quelques exemples du caractère intermittent de ces énergies r nouvelables et leur conséquence e pour le réseau. L'âge moyen de certaines infrastructur es électriques est proche de 28 ans. À partir de 30 ans, les défaillances augmentent pour certains matériels et plus particulièr ement au niveau des jonctions. Le coût associé aux pannes est d'autant plus élevé que les consommateurs acceptent de moins en moins d'être coupés. Prenons l'exemple du Danemark. Dans ce pays, le modèle centralisé était privilégié dans les années 1980, alors qu'une part significative de la pr duction de ce pays est devenue décentralisée o à la fin des années 1990, principalement avec de l'éolien et de la cogénération. Or ce système n'est tenable que grâce aux inter connexions avec des pays voisins : Allemagne, Suède, etc.
Cependant, l'Allemagne vise à augmenter la pr duction d'électricité d'origine éolienne de 25000 o actuellement à 33 000 mégawatts dans un avenir pr che. D'un autre côté, les prévisions les plus o sophistiquées sur l'éolien donnent tout de même, dans certains cas et en dépit des pr ogrès remarquables des outils de prévision, jusqu'à 50 % d'err eurs. Il est alors aisé d'imaginer ce qui se produirait si ce cas de figur e se présentait pour l'Allemagne : cela imposerait d'accepter une perte subite sur près de 15 000 mégawatts. Cette situation, sans moyens de couvertur e appropriés et dimensionnés à l'avance, pourrait entraîner une panne généralisée. Les Danois prennent des initiatives sur ce sujet dans le cadre des réseaux intelligents. En France, on constate que la part des énergies décentralisées a commencé à augmenter de manière significative à partir de 2005, dix ans après le Danemark, dans l'éolien comme le photovoltaïque. Cependant, dans l'absolu, leur part dans la pr duction totale reste encore très o faible. Cependant, le caractèr e intermittent de ces énergies est un facteur important dans leur intégration au réseau. Le décr ochage dans une ferme solair e de 4 mégawatts, même au maximum de la pr oduction, résulte du simple passage d'un nuage. La multiplication d'un tel décrochage à grande ampleur mérite une considération particulière. On voit donc que la complexité ne cesse de cr oître pour un système électrique déjà bien complexe. La complexité dans ce cas est synonyme de vulnérabilité et de coût. La question est de savoir comment par er cette vulnérabilité tout en répondant à des besoins changeants. Des besoins en termes de raccordement de production décentralisée, de diversité de situations des consommateurs qui peuvent aussi êtr e des pr oducteurs voire des sour ces de stockage électrique. C'est le concept du consommateur pr oactif. Le réseau doit s'adapter , en étant lui-même flexible, et permettre ainsi de gérer la liberté de raccordement et d'usage en tirant parti des opportunités technologiques telles que les TIC, les compteurs intelligents ou l'intelligence embarquée en réseau. On arrive ainsi à l'avènement du concept des réseaux intelligents, ou smart grid. Cependant, on constate que ce concept est défini de manièr différente aux États-Unis, en Europe ou encore e en Chine. Les différentes définitions mettent plus au moins l'accent sur la gestion intelligente du système et de son équilibr e, de l'intégration des énergies r enouvelables et du consommateur proactif, du renforcement de l'efficacité énergétique et de la qualité de l'électricité, ou même sur la cybersécurité dans les réseaux électriques. L'une des caractéristiques importantes du smart grid est qu'il se déplace jusqu'aux appar eils électroménagers, qui peuvent réagir individuellement par rapport à des signaux, en of frant ainsi des services au réseau ou en participant à la gestion de la pointe, tout en préservant le confort du consommateur. De ce fait, les appareils doivent être compatibles smart grid. Il est à noter que la consommation est caractérisée par le fait qu'elle est variable. La production s'adapte à la consommation, car il est primor dial d'équilibrer la production et la consommation à tout instant. Cependant, l'arrivée massive d'une forme de pr duction décentralisée, elle-même o variable et souvent non pilotable, impose de r egarder vers la consommation comme moyen d'équilibrage et est donc un impératif plus important pour son pilotage. Dans cette perspective, le smart grid, par son caractère système, permettra d'agir sur la consommation pour l'équilibr e du réseau. Dans ce contexte, le compteur intelligent est certes un dispositif clé mais n'est qu'un élément de cette chaîne du smart grid. Le smart grid est la r encontre du physique et du numérique. Le physique est r eprésenté par le système électrique et le numérique par les TIC. Il est bien connu que la r encontre de disciplines est génératrice de pr oduits et services innovants. C'est entr e autres pour cela que Le smart grid a été utilisée comme un instrument de relance aux États-Unis d'Amérique. Parmi les technologies embar quées et intelligentes qui permettent de répondr e aux objectifs de smart grid, on peut citer les dispositifs auto adaptatifs et intelligents de réglage de tension pour la pr oduction décentralisée. En ef fet, l'une des limitations majeur es du raccor dement de la production décentralisée est la tenue en tension au niveau du réseau et en particulier au point
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de raccordement. Pour fair e face à cette situation de limitation qui, de fait, bloque à raison le raccordement de cette production, il est indispensable d'investir dans l'infrastructur électrique e ou tout au moins de se doter de moyens de réglage de tension, à l'image du réseau de transport, qui doivent être coordonnés, ce qui nécessite une infrastructure de communication et de traitement de l'information à un niveau centralisé. Le caractèr e dispersé, large échelle, et de situation changeante du nombre de ces productions limite l'applicabilité des solutions existantes au niveau du réseau de transport. Il est donc indispensable si l'on ne veut pas surinvestir d'imaginer des solutions décentralisées et intelligentes. C'est le cas du régulateur de tension intelligent à consigne autoadaptative qui peut être associé facilement à n'importe quelle pr duction décentralisée. C'est o une technologie française développée au sein d'Idea à Gr enoble. Ces nouvelles technologies permettent d'augmenter la capacité d'accueil du réseau, dans certains cas particuliers, de deux à trois fois sans modifier la structure du réseau. Qu'en est-il des bénéfices du smart grid et pour qui ? Une compagnie d'électricité californienne a fait une analyse des bénéfices attendus du smart grid. Le résultat est montré par rapport à dif férents segments techniques tels que la réduction de l'impact des perturbations ou des pannes, la réduction des pointes de consommation, l'augmentation du taux de pénétration des énergies r enouvelables, etc. Mais il est aussi à r emarquer que des bénéfices de type externalités sont également quantifiés, notamment le fait que les technologies smart grid et les innovations qui seront induites sont génératrices de croissance du PIB et donc d'emplois. Comme je l'ai mentionné au début, il y a des dif férences dans la définition du concept de smart grid entre les États-Unis, l'Europe et l'Asie. En effet, les réseaux dans ces continents ont différentes histoires et donc différents impératifs. En effet, aux États-Unis, le réseau d'électricité est très étendu. La densité est très faible et l'infrastructure électrique est très vétuste, beaucoup plus âgée qu'en Europe. De même, l'automatisation de la distribution est globalement très faible. En Europe, la densité de charge de consommation est moyenne ou haute, l'automatisation de la distribution y est plus importante et la pr oduction décentralisée est sur la montée. Bien qu'il existe des déclencheurs communs de part et d'autr e des deux continents, tels que les besoins de qualité, d'ef ficacité énergétique, de r enouvellement de l'infrastructur e électrique, les deux points majeurs qui dif férencient l'Europe des États-Unis sont l'intégration du mar ché de l'énergie et des énergies renouvelables pour le Vieux Continent, la prévention des black-outs et la régulation des pointes pour l'Amérique. Au niveau européen, l'agence internationale de l'Énergie prévoit l'investissement de 1700 milliards d'euros d'ici à 2030 dans le secteur électrique dans l'Europe des 27 ; 50 % seraient consacrés au réseau, 50 % à la pr oduction. En outr e, les États membr es sont censés encourager la modernisation des réseaux. Depuis 2005, la Commission eur opéenne a mis en place une plate-forme technologique smart grid qui a permis de réunir plus de 200 acteurs et parties prenantes au niveau européen dans le secteur électrique et des TIC. Le premier document édité en 2006 définit les réseaux intelligents par la réunion de l'ensemble des acteurs eur opéens. Le document porte sur les recherches susceptibles d'être mises en oeuvre pour la mise en place des smart grid. Le troisième document consiste à déployer ces technologies. Plusieurs actions d'envergur e sur les smart grid sont lancées de par le monde, que ce soit au niveau de la R&D, des démonstrateurs ou de la normalisation. Je présenterai quelques exemples d'expérimentation de smart grid. Ainsi, un projet danois pour le développement d'un réseau intelligent grandeur natur e vise à lier dans une île le véhicule électrique aux énergies renouvelables ; le pr ojet Edison. Dans cette île, l'éolien couvr e 50 % des besoins d'électricité. La charge du véhicule électrique est ainsi synchr onisée avec la disponibilité de l'énergie éolienne et le véhicule électrique est utilisé pour r estituer l'énergie stockée au réseau selon les besoins. Le Danemark vise 10 % de véhicules électriques en circulation à l'horizon de 2020. De l'autre côté de l'Atlantique, aux États-Unis, en 2009, 4,5 milliar ds de dollars, sur un budget de 32 milliar ds, ont été alloués par le Département de l'Énergie (DOE) au développement des smart grid. De plus, 10 millions de dollars sont consacrés à un organisme de standar disation,
le NIST National Institute for Standar ds and T echnologies , pour le développement de la normalisation sur les smart grid . Par ailleurs, le DOE participe à hauteur de 50 % des investissements faits par les compagnies d'électricité dans le domaine des smart grid. Enfin, 400 millions de dollars sont consacrés par le gouver ement américain aux programmes de l'Arpa, n agence consacrée à l'indépendance énergétique des États-Unis, ainsi qu'aux technologies de rupture qui améliorent la compétitivité des entr eprises américaines. Globalement, en incluant le renouvellement des réseaux, les smart grid représentent un enjeu de 2 000 milliar ds de dollars aux États-Unis d'ici à 2020. L'un des intervenants du film diffusé en ouverture estimait que les smart grid pourraient diminuer les émissions de CO2 de 25 %. Il n'est pas aisé de calculer cet impact sur les émissions, car cela dépend beaucoup des situations de réseau et des mix énergétiques utilisés. Certaines études aux États-Unis supposent plutôt que le réseau intelligent pourrait diminuer les émissions de CO2 de 9 à 18 % d'ici à 2020, notamment grâce à la gestion des pointes. De même, les smart grid permettraient des économies d'énergie de 4 à 8 %, ce qui r este très élevé au r egard des énergies mises en jeu. Un autre point porte sur la qualité. En France, on utilise le critèr e « B », qui est de l'or dre de 65 minutes d'électricité coupées cumulées par an pour le consommateur , contre 200 minutes aux États-Unis, en dehors des événements exceptionnels. Les Américains veulent diminuer ce seuil de 200 à 10 minutes par an par le biais des technologies smart grid , ce qui est extrêmement ambitieux. Cependant, la transition du système actuel vers plus d'intelligence avec une intégration poussée des TIC dans un contexte de multiplicité d'acteurs et de complexité cr oissante ne peut pas se faire sans maîtrise des transitions, d'autant plus que l'industrie électrique est habituée à des transitions relativement lentes, compte tenu du caractèr hautement capitalistique de ce secteur e . En effet, le développement des smart grid est lié à un certain nombre de contraintes, comme les conditions économiques et les modes de financement, les paliers de transition du réseau actuel vers le smart grid . La dif férence d'évolution entr e le déploiement des technologies du secteur électrique (de l'or dre de 30-40 ans) et du secteur des TIC (de l'or dre de 3-4 ans), est telle que cela pose la question du risque technologique, de la réglementation et de la standardisation, des considérations sociétales, etc. Je présenterai désormais la synthèse du colloque d'aujour d'hui, qui n'est pas une tâche aisée, du fait de la richesse des débats. Lors des exposés intr ductifs, les messages ont principalement o porté sur le changement du paradigme et le tournant de l'histoire de l'énergie. Le Pr. Chevalier a invité à repenser le système électrique. Ensuite, l'historique de l'avènement des smart grid, a été présenté par Christian Stoffaes, qui a insisté sur le poids des acteurs des TIC qui voient dans les smart grid un véritable relais de croissance dans le domaine de l'énergie. Les défis attendus par les smart grid ont été présentés. Le Pr . Chevalier a livré quelques messages clés. Il faut r evenir aux fondamentaux, à savoir la satisfaction des besoins anciens et nouveaux. Les nouveaux se réfèr ent par exemple à ceux qui dépendent des vecteurs électriques comme Internet ou les box. L'équation de Johannesburg est complexe : elle suppose d'agir à différents niveaux, du global à l'individu en passant par le régional et la collectivité, dans un contexte géopolitique délicat. Le Pr . Chevalier a mis l'accent sur les partages d'expérience et la réémergence d'une approche bottom-up. Les smart grid permettent aux consommateurs d'agir de manièr e intelligente. La première table r onde a été l'occasion d'évoquer la pr oduction décentralisée. Le pr emier point important a porté sur l'objectif consistant à réduir e la consommation en lien avec les énergies r enouvelables. L'appropriation des questions énergétiques par le citoyen permet déjà de réaliser des gains importants en termes de réduction de la consommation.
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Nous avons également évoqué l'impact des véhicules électriques sur la consommation d'électricité. Ce système suppose d'êtr e piloté de manièr e fine, en évitant que tout le monde recharge sa batterie pendant l'heur e de pointe. Les parkings pourraient êtr e utilisés pour brancher les batteries sur les panneaux photovoltaïques. Enfin, le « véhicule électrique-to-grid » peut être une source de stockage en injectant de l'énergie vers le réseau. D'autres interventions ont porté sur le vecteur énergétique chaleur , dont une partie de la production vient des énergies r enouvelables. Ces réseaux sont en lien avec l'implication des collectivités dans la question énergétique. Les intervenants se sont également demandé comment atteindre le facteur 4 dans un contexte de fragmentation des compétences entr e les dif férents échelons au r egard des questions énergétiques. Le développement de la pr oduction décentralisée suppose de mettr e en place un nouveau type de gouver nance. La mise en place d'un plan Énergie est indispensable. Le changement brutal du rachat de l'énergie issue du photovoltaïque peut changer les comportements. L'appropriation des questions énergétiques par le citoyen consommateur est un point important, sur lequel la pr emière table ronde a particulièrement insisté. Jean-Marie Carton a souligné que le consommateur était interpellé et intér essé par les questions énergétiques, ce qui suppose de l'impliquer dans la gestion intelligente de l'énergie. Le diagnostic de l'existant est essentiel pour diminuer la consommation. Il convient de tir er parti de toutes les expériences en France et à l'inter national. La décentralisation permet une convergence entr e le bâtiment, les véhicules électriques et le réseau. Cette convergence offre une vision globale de l'énergie à l'échelon local en liant des systèmes qui s'ignoraient. La seconde table r onde a principalement porté sur les smart grid. Le réseau a été présenté comme un facteur d'économie d'échelle et de solidarité. Cependant, ce système est de plus en plus complexe et vulnérable. Il ne s'agit pas d'augmenter les coûts. Le gestionnair e est un véritable chef d'or chestre. La discussion a particulièr ement porté sur le lien entr e le réseau intelligent et le client final. Il a été rappelé que l'analyse fine de cet ensemble favoriserait l'optimisation du système, ce qui permettrait de dégager des gains. L 'accent a été particulièrement porté sur la participation active du consommateur à ce système et aux technologies qui lui permettent de faire partie de cet univers à son avantage. Les réseaux intelligents supposent d'intégr er de nouveaux usagers. Linky of frira la MDE à tous les consommateurs et apportera du confort via le télérelevé. Ce système aura des implications sociologiques mais soulève des questions d'appr opriation des questions énergétiques. Il suppose de revoir le modèle économique d'affaire ainsi que la régulation. Ainsi, le représentant de Cap Gemini a suggéré de modifier la régulation à tous les niveaux. Les membr es de la table ronde ont invité à penser les smart grid avec les consommateurs. Le rôle des autorités concer nées a été présenté en rappelant qu'elles étaient les pr opriétaires du réseau. Elles ont un rôle à jouer dans les smart grid, en lien avec le citoyen. Le smart grid est intégré dans le développement des filières industrielles selon un véritable plan d'action qui structure la recherche et la formation autour de l'industrie. En tant que pr ofesseur à Gr enoble, je suis très sensible au lien entr e la r echerche et la formation. J'ai constaté l'appropriation de la question énergétique par les jeunes étudiants. Nous avons créé l'école de l'Énergie, de l'Eau et de l'Envir onnement, à laquelle les jeunes se sont particulièr ement intéressés. Le nombr e de jeunes femmes qui s'intér essent à cette question a beaucoup augmenté au cours des dernières années. Parmi les sept thèses placées sous ma r esponsabilité, six sont préparées par des femmes, ce qui représente une évolution majeure dans ce secteur. La dernière partie de ma synthèse portera sur les enseignements. De nombr uses questions ont e porté sur la gouver nance énergétique, dans le contexte d'un mouvement inéluctable vers des énergies décentralisées. Il convient de se demander comment pr ndre en compte l'individu dans e
la question énergétique. Le côté centralisé apporte des gains économiques. Il créera une cohabitation entre centralisé et décentralisé, ce qui suppose de rechercher une harmonie. L'électricité est vitale pour la société contemporaine. De nos jours, rien ne fonctionnerait sans électricité : ni les feux rouges, ni les pompes à essence, etc. Cependant, bien qu'elle soit vitale, il convient de ne pas oublier les autr s vecteurs, comme les réseaux de chaleur notamment ceux e , issus des énergies renouvelables. Le secteur de l'énergie est caractérisé par une concentration des acteurs. La conséquence est la faible appropriation des questions énergétiques par la population française. Il est nécessair e d'améliorer cette appropriation. Dans cet environnement, il est nécessaire de faire de la pédagogie « énergétique », d'intégrer le consommateur individuel dans la chaîne d'optimisation globale, de repenser les modèles d'affaire et de faire évoluer les régulations dans un esprit gagnant-gagnant. En matière de gouver nance, il convient d'éviter les divergences entr e les objectifs nationaux et les situations locales. À partir d'une certaine échelle de territoire, la collectivité devient un acteur à part entière qui offre le levier d'action nécessaire. Le Grenelle II a mis en évidence la possibilité d'imaginer une gouvernance locale de l'énergie. Enfin, il faut oser une appr che globale de cette o fragmentation. Les pr ofessionnels du transport, du bâtiment, du réseau et de la pr oduction doivent adopter une appr oche globale au niveau local. La gouver nance entr e l'État et les collectivités doit être concertée en matière d'énergie. Dans ce contexte, les smart grid représentent une opportunité pour notr Il est donc nécessaire de ne pas manquer cette évolution majeure e société.
Claude MARTINAND
Je remercie Nouredine Hadjsaid pour la qualité de sa synthèse. Pierr e Lasbordes remplace le président de l'office parlementaire d'Évaluation des Choix scientifiques et techniques (OPECST), dont il est le vice-président. Il est également le président du gr oupe parlementair e sur l'espace. Il se passionne pour les questions scientifiques et techniques. L 'énergie n'est pas sa spécialité, mais en tant que député du plateau de Saclay, il nous donnera probablement des informations très intéressantes.
Synthèse des échanges Nouredine HADJSAID
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Discours de clôture Pierre LASBORDES
député de l'Essonne, président de l'office parlementaire d'Évaluation des Choix scientifiques et technologiques
En préalable, il ne me semble pas inutile de r situer l'office parlementaire d'Évaluation des Choix e scientifiques et technologiques dans le paysage institutionnel, car certains des participants ne le connaissent peut-être pas. Il s'agit d'une délégation du Parlement, composée à parité de 18 députés et de 18 sénateurs, et s'appuyant sur un conseil scientifique comportant les plus éminentes personnalités de la recherche française. Le Parlement a pour fonction fondamentale de voter la loi, mais l'of fice intervient sur les sujets d'ordre scientifique ou technologique en amont de la loi, contribuant même à définir le contenu des lois sur certains sujets. Ce fut le cas pour la gestion des déchets nucléair s, mais aussi pour e les règles de bioéthique. L'office intervient aussi en aval de la loi pour le suivi de sa mise en oeuvr e. Ce suivi correspond à une mission générale de contrôle du Parlement, qui lui permet de conduir e des enquêtes sur les administrations publiques et de vérifier les conditions d'application de la loi. Une mission récente vient ainsi d'êtr e lancée pour l'évaluation du Plan national de gestion des matièr es et déchets radioactifs. L'OPECST traite les questions d'énergie depuis le début des années 1990, lorsque le gouvernement et le Parlement lui ont confié le suivi de la double question de la gestion des déchets nucléaires et de la sûreté nucléaire. Mais l'office suit aussi la question des énergies renouvelables depuis la fin des années 1990 [rapport Miquel-Poignant de 1999 sur le recyclage des déchets ménagers (méthanisation), rapport Galley-Gatignol de 2001 sur la pile à combustible, rapport Birraux-Le Déaut de 2001 sur les énergies renouvelables]. Les colloques sont des lieux d'échange qui permettent parfois de r ecueillir des informations factuelles lorsqu'on y révèle l'aboutissement d'une r echerche ou le lancement d'une opération inédite. Mais les informations échangées concer nent plus souvent l'état des réflexions et les perspectives dans lesquelles s'inscrivent les acteurs du secteur concerné. Clairement, ce colloque-ci r elève de cette seconde intention, ne serait-ce qu'en raison de la profondeur historique dans laquelle les organisateurs ont d'emblée voulu inscrire les débats. Mes propos se donneront donc tout d'abord la liberté d'une analyse retraçant ce qui me semble constituer des tendances de longue durée. Mais je m'ef forcerai néanmoins de conclur e en revenant de manière plus réaliste aux enjeux des développements industriels en cours. Je commencerai par formuler un paradoxe : dans le domaine de l'énergie, les pr ogrès technologiques semblent pour une part nous ramener en arrière. Je veux dire par là qu'ils nous permettent d'exploiter, avec des moyens démultipliés permettant la précision et l'optimisation, des solutions déjà exploitées empiriquement dans le passé. Bien sûr, les éoliennes, qui sont devenues en quelques années des équipements gigantesques et sophistiqués, constituent un symbole visible de cette évolution et, quand je dis « visible », je pourrai même dire parfois « trop visible ».
Mais je fais surtout référence ici à la révolution invisible qui se prépar dans le domaine du bâtiment. e Je sors d'une étude sur la performance énergétique des bâtiments qui a été commandée à l'OPECST par le gouver nement et le Parlement dans le cadr e de la loi Gr enelle 1. Et il est frappant de constater que les solutions qui sont mobilisées pour diminuer la consommation des bâtiments constituent une manière de retrouver des pratiques traditionnelles de construction qui se sont perdues dans l'euphorie des « trente glorieuses », c'est-à-dire dans une période où les besoins démographiques et l'abondance de l'énergie ont poussé à développer des méthodes de construction privilégiant la quantité sur la qualité. Sans même évoquer l'intérêt d'optimiser la récupération d'énergie via des capteurs solair es photovoltaïques ou thermiques, la simple orientation du bâtiment par rapport aux évolutions de l'ensoleillement et à la dir ection des vents dominants permet d'économiser des kilowattheures ; aujourd'hui, cette orientation est calculée pour êtr e optimisée, mais n'importe quel bâtisseur de masure du Moyen Âge savait qu'il fallait ofrir le maximum de surface aux rayons f du soleil pour avoir moins froid. De même, la prise en compte du facteur de forme, qui compar e le volume intérieur à la taille de l'enveloppe extérieur e, afin de minimiser la surface d'échange avec l'extérieur , tr ouve sa concrétisation empirique la plus parfaite dans l'igloo, qui n'a pas la forme d'une demi-sphèr e par hasard. Si l'on ajoute à ces paramètres géométriques de construction le développement de la géothermie, en liaison notamment avec les pompes à chaleur l'idée d'exploiter les calories encore disponibles , dans les eaux usées, ou les pr ogrès dans les matériaux d'isolation, qui pr ennent le r elais des anciens torchis déjà basés sur le principe de minuscules alvéoles piégeant de l'air immobile, on constate que les préoccupations envir onnementales, stimulées par la menace de l'ef fet de serr e et la perspective de l'épuisement des énergies fossiles, ont abouti à dynamiser les technologies permettant d'optimiser l'utilisation de l'énergie sur place. Avec la production d'électricité photovoltaïque, la microcogénération au bois, les microéoliennes, qui permettent d'envisager des bâtiments à énergie positive, on voit même se dessiner une tendance allant vers l'autonomie locale d'énergie. Cette tendance ne peut pas êtr e considérée comme anecdotique lorsqu'on sait que le secteur du bâtiment consomme en France 45 % de l'énergie primaire. On peut s'interr oger sur l'extension de cette tendance au secteur des transports, et l'on peut en déceler certains indices : l'Ines teste l'idée de recharger les batteries des voitures électriques garées au parking grâce à des panneaux photovoltaïques ; on voit apparaîtr e des navettes de transport maritime fonctionnant majoritairement à l'énergie solaire. Tous ces indices constituent comme les prémices d'une évolution qui r edonne de l'importance à la production décentralisée d'énergie, sur le lieu de consommation, par opposition au modèle qui a conduit depuis le XIXe siècle, avec l'éclairage au gaz, puis l'électrification, au développement de la consommation d'énergie à partir d'une source centralisée distribuée par un réseau. Cette concurrence entre les progrès technologiques d'un service produit localement et du même service distribué en réseau à partir d'une sour ce centralisée a connu un précédent dans le domaine de l'informatique, qui s'est développé d'abor d sous la forme des gr os ordinateurs, c'est-à-dire de capacités de calcul centralisées auxquelles on ne pouvait avoir accès qu'à travers un réseau de terminaux passifs, et qui a connu ensuite la révolution de la micr o-informatique, c'est-à-dire la multiplication des capacités de calcul décentralisées. On sait comment cela a évolué : le réseau a r epris le dessus, en devenant un support de coor dination pour l'utilisation des micr o-ordinateurs, et le succès d'Inter net illustr e ce rééquilibrage des rôles r espectifs des capacités de calcul accessibles en réseau et de celles disponibles localement. La différence entre un serveur et un poste de travail s'estompe. V de loin, u il n'y a plus que des machines dialoguant entre elles à travers le réseau.
Discours de clôture Pierre LASBORDES
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
On peut s'interr oger sur la portée prédictive de ce précédent historique pour l'évolution technologique de l'énergie, en considérant que l'importance nouvelle donnée aux énergies renouvelables correspond à l'émergence d'un mode décentralisé de gestion de l'énergie. Il n'est pas certain que le réseau là aussi reprendra le dessus en assurant la coordination de la gestion des sources décentralisées d'énergie, ainsi que le suggère le modèle du smart grid. On peut à cet égard faire trois remarques : d'abord, la mise à niveau des réseaux est beaucoup plus lourde dans le domaine de l'énergie que dans le domaine de l'informatique. Cela est lié à ce que ces réseaux transportent. D'un côté, un transport d'information ; de l'autr e, un transport physique. Or , toutes les possibilités ouvertes par le perfectionnement de la compr ession numérique et du traitement du signal n'ont pas de correspondance dans l'ordre physique ; avec l'énergie, il est beaucoup plus dif ficile d'accr oître la capacité de transport d'un tuyau sans changer physiquement la nature du tuyau. Cela suppose donc des investissements plus importants ; ensuite, cette mise à niveau des réseaux pose plus de dif ficulté, pour l'énergie, en termes d'acceptation sociale, du fait de la danger osité intrinsèquement plus grande du contenu transporté : du gaz, ou des courants forts, par opposition aux courants faibles des télécommunications ; enfin, l'émergence des solutions de gestion locale est stimulée par un avantage de prix pour le consommateur final, qui fr eine le développement des solutions de distribution de services en réseau. Cette problématique est au coeur de la réflexion sur le développement des réseaux de chaleur, dont la rentabilité se trouve remise en cause du fait du déploiement de la construction à basse consommation, car, en permettant une gestion plus économe de l'énergie locale, celle-ci rend moins nécessaire des apports externes de chaleur. La réflexion sur les paramètres qui joueront un rôle essentiel sur respectivement les développements , technologiques de la gestion en réseau et de la gestion locale fait r essortir l'importance de la fonction de stockage d'énergie : la vitesse de développement de l'un ou de l'autr e dépendra en particulier du service rendu dans ce domaine clé. Dans le domaine de l'informatique, le r tour en force du réseau résulte en ef et directement d'une e f capacité de stockage accrue qui se traduit par une fiabilité dans la conservation des données, qui se traduit par un r enforcement de l'ubiquité des services of ferts : aujourd'hui, on en est au stade de la possibilité de gérer les tâches bureautiques en ligne (traitement de texte, élaboration des feuilles de calcul, constitution de bases de données), avec des fichiers accessibles en ligne. On peut imaginer que si les pr ogrès sur la pile à combustible, par exemple, en termes de sécurité et de coût, permettent un stockage de l'énergie au niveau local capable d'absorber les fluctuations saisonnièr es des besoins, c'est-à-dir e en donnant le moyen de pr ofiter l'hiver des excédents d'énergie photovoltaïque accumulés sur place en été, alors la distribution en réseau d'énergie perdra un avantage comparatif essentiel. Il s'agit là d'une hypothèse d'école, mais les voies de la science sont impénétrables. À l'inverse, un réseau qui développerait fortement ses services de stockage d'énergie pour répondr e à toutes les fluctuations des besoins, quotidiennes ou saisonnières, sans variations importantes de prix rendrait moins rentables économiquement les efforts de gestion de l'énergie au niveau local. Avec ces considérations sur la capacité de stockage du réseau, j'en reviens à des perspectives technologiques un peu plus rappr ochées, qui corr espondent à l'émergence annoncée des réseaux intelligents, les fameux smart grid . En ef fet, un réseau en soi, en inter connectant des acteurs qui ont des besoins dif férents, non synchr ones, of fre un service de stockage implicite à l'échelle de l'ensemble des utilisateurs : celle qui lui permet de mettr e à disposition des uns le surplus instantané de pr duction des autres. Plus le réseau s'étend géographiquement o (comme on s'ef force de le fair e en France en doublant la capacité du transit transfr ontalier d'ici à 2016), plus on accr oît sa réactivité (qui est au coeur de l'idée des smart grid), plus cette capacité implicite de stockage s'accroît.
On peut à cet égard faire une analogie avec les marchés financiers, dont la performance en termes de mise à disposition de moyens de financement pour l'économie s'accroît d'une part lorsqu'ils s'étendent, c'est-à-dire lorsqu'ils permettent l'interaction d'un plus grand nombr e d'acteurs, et d'autre part lorsqu'ils se sophistiquent, c'est-à-dir lorsqu'ils répondent à des besoins de plus e en plus fins, comme le font les smart grid . L'analogie vaut aussi pour la fragilité qui forme la contrepartie de cette performance, qui est, dans les deux cas, de même natur e : en ouvrant plus largement les possibilités d'interaction entr e les acteurs, on accr oît leur inter dépendance, et donc on r enforce l'ef fet domino. On en a eu l'illustration avec le black-out partiel du 4 novembre 2006 en Europe. Cependant, le développement de la capacité de stockage implicite permise par un réseau plus performant ne vaut que dans une certaine limite, celle des déséquilibr es instantanés de pr oduction et de consommation à l'échelle géographique couverte. Une r eprésentation symbolique en est donnée par le décalage de l'heure de pointe de consommation entre le nord et le sud de l'Eur ope : du fait des modes de vie dif férents, expliqués par les variations de l'intensité de la lumièr e naturelle, elle intervient plus tôt en Grande-Br etagne et plus tar d en Espagne, ce qui permet à la France de profiter des capacités de production de ces deux voisins au moment de sa propre pointe. Mais le réseau ne four nit pas une solution aussi immédiate pour la couvertur e des variations saisonnières des besoins. Pour répondr e à ces variations, le réseau d'énergie a besoin de l'assistance d'équipements spécifiques. Dans cette perspective, les capacités de stockage du gaz revêtent une dimension stratégique, et la France est le pays le mieux pourvu en Eur ope à cet égard, avec une capacité de stockage équivalent à 28 % de sa consommation annuelle, contre 22 % en Allemagne, et 18 % en Italie. L'approvisionnement en GNL se fait aussi à travers les grands ports méthaniers, qui constituent aussi des équipements complémentair s d'ajustement. e S'agissant de l'électricité, ces équipements complémentair es prennent aujourd'hui la forme historique des Step de montagne. On évoque la capacité de stockage additionnelle que va représenter l'ensemble des batteries des véhicules électriques, mais celle-ci ne constitue pas une solution pour le lissage des déséquilibres intersaisonniers. À l'occasion du précédent rapport sur la stratégie de r echerche en énergie, un voyage aux États-Unis a permis de découvrir qu'on y conduisait des réflexions poussées sur le développement des systèmes à air comprimé (CAES Compr ssed Air Energy Storage). Le rapport a plutôt conclu e à la préconisation de la construction d'un ou plusieurs atolls de stockage d'énergie dans la Manche, en profitant de l'existence d'un plateau continental peu pr ofond et d'une pr oximité des grands lieux de consommation industriels et urbains. C'est une idée défendue par l'ingénieur François Lempérière, spécialiste à la fois des barrages et des usines marémotrices, consultant de grands p ays très soucieux de développer leur système énergétique, comme la Chine et l'Inde. Il y a fort à parier que l'idée sera mise en oeuvr e ailleurs dans le monde avant de r evenir en France avec les atours malheur eusement indispensables du précédent étranger ; le coût par rapport à la puissance disponible est du même ordre de grandeur que celui d'une centrale nucléaire (1 milliard d'euros par gigawatt), sauf que cela permettrait un stockage massif d'énergies renouvelables. En conclusion, je dirai que le réseau va certainement continuer à jouer un grand rôle dans les systèmes énergétiques futurs mais que sa place dépendra de sa capacité à évoluer , car sur une longue période, il va subir la pr ession concurrentielle des systèmes technologiques décentralisés, à travers notamment le développement des bâtiments à énergie nulle ou positive.
Discours de clôture Pierre LASBORDES
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Notes
Notes : Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Directeur de publication :
Claude Martinand
Rédactrice en chef et coordination :
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Secrétariat et recherche iconographique :
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Conception graphique et réalisation des actes du colloque :
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Crédits photo :
Gérard Crossay, Pascal Pastural, DICOM MEEDDM
Retranscription écrite du colloque :
UBIQUS
Colloque
Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
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(ATTENTION: OPTION dispositif. Nous leur avons demandé si elles y seraient toujours aussi intéressées si nous y ajoutions des conditions, notamment des notions d'accompagnement de développement durable. Or ces entreprises y sont encore favorables. En ef fet, les industriels ont intr oduit des règles de consommation dans leur pr oduction : ils voient ce qu'ils pr oduisent et ce qu'ils consomment. Or cette analyse sur un an et demi a mené les personnes à réduir e naturellement leur consommation en constatant son évolution. Nous pouvons fair e évoluer les mentalités. Je suis persuadé que les gens accepteraient un changement de méthode. Il ne faut pas non plus oublier la notion de prix. Nous avons voulu un tarif réglementé, peu onéreux. Or ce tarif réglementé est très pervers, car certains en ont pr fité, alors qu'il a appauvri o d'autres personnes. Nous nous demandons s'il y a un juste prix par rapport à l'énergie. Cette question croise le financement des régions, le financement local, etc. Il convient de mettr e en place un véritable pr ogramme sur vingt à cinquante ans qui accompagne l'ensemble de ces questions, car cela ne touche pas que l'énergie. La réflexion sur ce point n'est pas aboutie. Ce sujet n'a pas été apporté dans le cadr e du Grenelle. Dès que la politique va s'en empar er, il concernera uniquement les entreprises privées, les grands monopoles. De cette manièr , nous e retrouverons tous les travers connus ailleurs.
Denis CHEISSOUX
Qui doit être moteur de cette réflexion ?
Jean-Marie CARTON
Cette réflexion doit êtr e prioritair ement prise en charge par les régions, les départements, les maires, les ONG, etc. L'ensemble des parties prenantes doivent se mettre autour de la table sans être influencées par d'éventuels lobbys. Nous avons observé l'ef fet de la taxe carbone. Nous étions très favorables à une certaine équité de la contribution Climat-Énergie. La suppr ession de la taxe carbone soulèvera autant de pr oblèmes que si elle existait. En outr e, tout le monde la critiquait lorsqu'elle existait, alors que 55% des personnes interrogées regrettaient sa disparition. Il convient de gérer une multitude de paradoxes.
Denis CHEISSOUX
Des clients veulent un habitat natur el, une maison écologique, mais ce système soulève un problème d'assurance et de matériaux. La Capeb a dû mettre la profession en mouvement.
Jean-Marie CARTON
Jusqu'en 2005, la Capeb ne parvenait pas à intégr r la notion de développement durable à travers e tous les métiers. Après deux ou tr ois ans de réflexion, nous avons créé le label Éco-artisan, qui permet de transformer l'ensemble des métiers dans le sens du développement durable.
Denis CHEISSOUX
Le plâtrier ou l'électricien peuvent-ils avoir le même label ?
Jean-Marie CARTON
Nous avons mis des formations à disposition de ces professions ; 7 000 entreprises ont intégré la démar che Éco-artisan. Elles n'ont pas toutes obtenu le label, car la sélection suppose de passer un examen, etc. Aujour d'hui, il consiste à labelliser un certain nombr e d'entreprises. Il y en a plus de 1 500 aujour d'hui. Nous en labellisons régulièr ement. Dans les germes de l'artisanat, il y a tous les germes attendus d'une société plus humaine, en capacité de s'intéresser à cette économie de pr oximité. Nous sommes en capacité de nous adapter à la mise en oeuvre du développement durable. Une étude a été publiée il y a quinze jours par l'Ademe sur les résultats de l'après-Gr enelle en se demandant ce que la formation de 22 000 entr eprises donnait sur le terrain. Cette étude révèle que les entr eprises formées amènent plus de confort, plus d'économie, plus de service et de conseils au consommateur . Cette comparaison est très favorable sur douze mois. Le résultat de cette étude menée sur un petit noyau d'entr prises est déjà pertinent. Nous avons e l'ambition d'aller plus loin. Le photovoltaïque est un marché qui aurait dû nous échapper, car il est plutôt d'attrait financier avec des r endements présentés de 12 ou 14 %. Les intervenants de ce secteur sont des réseaux très commer ciaux qui utilisent une main-d'oeuvr e qui ne r elève pas de l'artisanat. Nous avons découvert un réseau qui compr nd 200 autoentrepreneurs qui n'ont rien à voir avec e l'artisanat. Cependant, les consommateurs subissent des installations non finies, dix fois tr op onéreuses, et qui portent préjudice à l'intérêt de ce dispositif. Hier encor e, un couple de Parisiens âgés avait payé 33 000 eur os pour des panneaux photovoltaïques qui pr oduisent 3 kilowattheur es. Les gens se plaignent vers la Capeb plutôt que vers leur four nisseur. Nous tentons de trouver des solutions. Nous manquons de moyens pour y parvenir, mais c'est une problématique quotidienne.
Denis CHEISSOUX
Quelle est votre perception du compteur intelligent ?
Jean-Marie CARTON
J'ai le sentiment que le compteur intelligent n'a pas été fait pour l'utilisateur , mais pour un fournisseur d'énergie, car il permet d'augmenter le prix de manièr correcte. Pierre Gadonneix e affirme qu'il voulait augmenter le coût de l'électricité de 20 % sans toucher au tarif de base. Un simple système de six tarifs permet d'augmenter le tarif global de 20 %. Le deuxième problème du compteur intelligent est celui de la gestion du réseau. Nous y sommes favorables, mais nous regrettons que le consommateur ne soit pas impliqué dans cette gestion intelligente. Je suis opposé au compteur intelligent, à moins qu'il soit accompagné. Les gens le comprendront. En outr e, ils sont prêts à payer davantage pour que cela soit plus ef ficace. Nous pouvons le mesurer tous les jours. Il faut que ce point soit clair ement affiché, de manière transparente. Je suis certain que le consommateur souhaite s'impliquer , pr oduire, acheter et vendre. En conclusion, il veut être entièrement responsable.
Première table ronde « Quelle énergie au plus près des consommateurs, pourquoi, comment et jusqu'où ? »
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Denis CHEISSOUX
Cette démarche est intér essante pour les débats de cet après-midi. Certains prétendent que le compteur intelligent vise à augmenter les tarifs de l'électricité de 20 %, mais l'accompagnement du consommateur pourrait présenter un certain intérêt. Le suivi de la consommation sur le compteur permet de dégager des économies d'électricité. Les participants à la table ronde souhaitent-ils poser des questions ?
Gérard CRIQUI
DREAL (direction régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement) d'Aquitaine
Je suis surpris par le pr opos concernant l'absence d'outils dont disposeraient les collectivités territoriales. En matière d'énergie, il y a les schémas régionaux Climat-AirÉnergie qui doivent être mis en place en concertation avec le conseil régional et le préfet de région, qui ont pour objectif d'imaginer une politique régionale en matière d'énergie. Par ailleurs, les plans Climat territoriaux devront être compatibles avec ces schémas régionaux Climat-Air-Énergie. En matière de transport, les schémas régionaux et d'infrastructur e de transport institués par la loi sont censés avoir été mis en place par les diférents conseils régionaux en association avec f l'État. En Aquitaine, une réflexion très précise a été menée. Une étude énumèr e toute une série de leviers, et ceux qui les ont en main, pour contribuer à atteindr e un objectif de diminution des émissions de gaz à effet de serre dues au transport de 20 % d'ici à 2020. Nous avons beaucoup parlé des lois du Gr enelle, mais elles ne sont pas les seules à régir l'activité en France, sur le plan énergétique ou le plan climatologique. Elles prévoient tout de même un développement très important du réseau de lignes à grande vitesse et des réseaux de transport collectifs urbains. Certains ont également dit que la r esponsabilité en matièr e de transport est très partagée et que le cadre pour que les dif férents responsables en parlent n'existe pas for cément. Le Srip est un élément de réponse à cette question, mais au-delà, notamment dans l'agglomération de Bordeaux, une association a été créée entr e les dif férentes collectivités (conseil général, conseil régional, communauté urbaine) pour mener une réflexion commune sur les transports collectifs, leur organisation, la billetterie, les informations sur la mobilité, etc. Le Srip prévoit d'encourager les dif férentes collectivités d'Aquitaine à s'engager dans la même voie. Un ensemble de points ont été présentés. Il est r egrettable que la dir ection Énergie-Climat ne soit pas à cette table ronde pour rappeler un certain nombre de dispositifs en place. Un autre aspect très important de compétence des collectivités territoriales, qui a une incidence sur la satisfaction des besoins de transport, concer e l'urbanisme. L'objectif de « ville compact », n d'éco-quartier et d'éco-cité consiste à cesser de construir des logements d'un côté, des emplois e de l'autre, et des universités dans un autre endroit. En conclusion, il suffit que les parties pr enantes qui veulent faire avancer les choses le fassent. Nous avons parlé de la rénovation thermique de l'existant. Des objectifs précis ont été indiqués dans le Grenelle pour les logements sociaux. Une réglementation thermique de l'existant a été récemment mise en place. Elle ne r end pas la rénovation obligatoir e, mais elle rend obligatoire, pour des rénovations d'une certaine importance, le r espect de normes thermiques largement supérieures à celles présentées par les bâtiments. Ce n'est pas la solution, un certain nombr e d'autres points m'échappent pr obablement, mais il est important de présenter l'action de l'administration qui n'est pas présente à cette table ronde.
Denis CHEISSOUX
L'administration devait être représentée. Sandrine Mathy, qu'en pensez-vous ?
Sandrine MATHY
Je répondrai à cette intervention. T out d'abord, il convient de rappeler que la réglementation thermique sur l'existant vaut pour les bâtiments de plus de 1 000 mètres carrés. Le Grenelle de l'environnement contient ef fectivement un pr ojet de création de 2 000 kilomètr es de lignes à grande vitesse, mais la majorité de ces pr ojets était déjà prévue avant le Gr enelle. En outr e, concernant la réalisation de ces pr ojets, il convient de ne pas oublier les pr oblèmes de financement des collectivités. Enfin, certains pr ojets comme la ligne Bor deaux-Irún sont confrontés à une opposition de la population et des collectivités. Quelques jours avant les élections régionales, plusieurs milliers de personnes se sont réunies contr e ce pr ojet. Avant de penser à fair e de nouvelles entailles paysagèr es avec des infrastructur es supplémentaires, il serait peut-êtr e plus ef ficace et plus important de simplement rénover les infrastructur es ferroviaires existantes et de promouvoir les transports ferroviaires régionaux. En revanche, le pr ojet d'autoroute A65 Pau-Langon, qui de mon point de vue est un pr ojet datant d'un autr e temps, un pr ojet rétrograde, dont la r entabilité financière n'est pas assurée, sera construit. Le schéma national des infrastructur es de transport est toujours attendu alors qu'il était prévu dans le Grenelle. Les ONG ont participé à l'élaboration d'une grille de critèr s de e développement durable pour sélectionner les bons pr ojets, mais cette grille n'est toujours pas publiée par l'État, alors que des projets « climaticides » continuent d'être réalisés. Enfin, les schémas régionaux Air -Énergie-Climat sont la nouvelle couche administrative qui s'ajoute aux PCET. Il aurait été peut-être plus cohérent et plus simple d'intégrer les objectifs Climat et Énergie dans les outils de planification qui existaient déjà au niveau des territoir es. Le gouvernement a d'abord obligé les collectivités à mettre en place des plans Climat-ÉnergieTerritoire, puis maintenant à mettre en place les Sraec qui doivent finalement être prêts avant les PCET. Les Sraec sont copilotés par le préfet et la région, le préfet étant le garant de la mise en oeuvre de la politique nationale et de la r etranscription des objectifs eur opéens. La région est responsable de la mise en musique des PCET et des politiques sur le terrain. Outr les problèmes e de bord politique qui sont loin d'êtr e un détail, les objectifs et intérêts du préfet de région et du président du conseil régional ne sont pas les mêmes. En conclusion, il apparaît un véritable problème de cohérence. Enfin, j'ai eu accès à un document du ministère visant à définir les schémas régionaux. On pouvait y lire que l'échelon régional est « sans doute moins pertinent que l'échelon national pour mettre en cohérence production et consommation d'énergie ». Ce genr e d'affirmation va totalement à l'encontre de ce qu'il faudrait faire et du sujet qui nous rassemble aujourd'hui.
De la salle
Je souhaiterais compléter le pr opos de Sandrine Mathy . Il existe une réglementation pour les bâtiments de moins de 1 000 mètr es carrés, pour les personnes qui souhaitent changer de fenêtre ou mener des travaux d'isolation. Cette réglementation est mal connue, mais elle existe.
Première table ronde « Quelle énergie au plus près des consommateurs, pourquoi, comment et jusqu'où ? »
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
De la salle
Dans le domaine des réseaux de chaleur , existe-t-il des études de faisabilité et r entabilité pour utiliser la chaleur pr oduite par l'eau de r efroidissement des centr es de données et des centrales nucléaires ?
Jean-Claude BONCORPS
La question de la récupération de chaleur des centrales nucléair s est périodiquement examinée e depuis trente ans, par exemple dans la vallée du Rhône. Malheur usement, pour les data centers e et les centrales nucléaires, il apparaît une difficulté relative au niveau de température. Les niveaux de température de la chaleur récupérée est assez faible, ce qui conduit à les r emonter par des pompes à chaleur pour utiliser cette chaleur , notamment si elle doit êtr e transportée à une certaine distance. Ce système est assez coûteux. Dans le passé, il n'était pas r entable, mais nous examinons actuellement des nouvelles solutions, notamment la récupération de chaleur dans les égouts par des pompes à chaleur . Toutes ces solutions sont à réexaminer dans la perspective de l'augmentation du coût de l'énergie.
Denis CHEISSOUX
Le centre international de Pierrelatte fournit gratuitement de l'eau chaude pour les crocodiles.
De la salle
La recharge du réseau à partir des véhicules électriques me r nd sceptique, car les batteries ont e une durée de vie de près de 1 000 recharges. La recharge régulière du réseau avec leur énergie ne semble pas rentable d'un point de vue économique.
Thierry KOSKAS
La durée de vie des batteries est de dix ans ou 2 000 cycles, c'est-à-dir e près de 200 000 kilomètr es. Une voitur e qui cir culerait de 10 à 12 000 kilomètr es par an ferait une centaine de cycles par an pour la seule utilisation de conduite. Il r esterait 1 000 cycles disponibles pour l'utilisation de « véhicules-to-grid ».
Jean-Pierre BESSON,
Mission d'inspection générale territoriale Méditerranée
En Corse, la décentralisation des r outes nationales, des aér oports et des ports s'est ef fectuée dix ans avant celle du continent. Sur un certain nombre de plans, la Corse est un laboratoire de ce qui peut se fair e plus tar d en métr opole. La fusion de la région et du département n'a pas réussi, ce que regrettent un certain nombre de personnes. En matière d'énergie et de transport, certains systèmes non rentables aujourd'hui le seront sans doute dans l'avenir Bastia est distant . de 160 kilomètres d'Ajaccio, ce qui correspond à la longueur d'Israël.
La pr oportion de Corses qui cir culent 40 kilomètr es par jour est sans doute plus grande qu'ailleurs. En matière d'énergie, il y a peu de centrales nucléair s. La problématique du coût est e différente. Les centrales de charbon connaissent des difficultés. Parmi les cinq ou six personnes de la table r onde, avez-vous réfléchi aux expérimentations menées en Corse dont certaines sont en avance par rapport au continent ? Il arrive que la Corse soit en avance par rapport au continent. Il convient de tir er parti de toutes les expériences engagées à l'étranger et dans certaines régions.
Denis CHEISSOUX
L'éradication du sac plastique dans les caisses des supermar hés est partie d'une expérimentation c menée en Corse. Cette région sublime peut effectivement être un laboratoire du développement soutenable, au même titr e que la région Paca. Cependant, les centrales corses au fuel sont « asthmatiques ». Un oléoduc de gaz reliera l'Algérie à la Sardaigne puis à la Corse.
Thierry KOSKAS
La problématique insulaire est intéressante sur la voiture électrique, car la Corse est un mar ché potentiel important, bien qu'elle souffre d'un problème d'approvisionnement énergétique. Israël est une sorte d'île, car les habitants n'en traversent pas la fr ontière. Nous étudions aussi la situation de La Réunion, qui connaît des problématiques très comparables.
Sandrine MATHY
Je suis chercheuse au CNRS en économie de l'envir onnement. J'ai initié un pr ojet financé par le programme Énergie du CNRS, qui vise à évaluer d'un point de vue sociologique et économique les conditions de l'autonomie énergétique de territoir es isolés et insulair es. Nous travaillons sur l'Île de la Réunion avec le conseil régional et EDF . La Guadeloupe et la Corse seraient intéressées par l'élargissement de ce projet à leur territoire. Les îles sont des territoires-laboratoires pour étudier ces questions. En outr e, la particularité des îles est liée au fait que le segment électricité coûte plus cher à la pr oduction dans ces territoir es qu'à la vente. Du coup, EDF est véritablement impliqué dans la maîtrise de la demande d'énergie, ce qui participe au développement de projets novateurs.
Denis CHEISSOUX
Le der nier barrage construit au sud de la Corse est une catastr ophe d'un point de vue environnemental. Il dégagera de 2 à 3 % de l'électricité de l'île. Il était question de relier la Corse avec de l'électricité d'origine nucléaire, mais les Corses ont dit qu'ils ne souhaitaient pas de câble relié au continent. Nous parlons bien du particularisme de ce merveilleux pays.
Anaiz PARFAIT
Greenpeace France
Le décr et de la loi Rénovation de 2007 impose un seuil de performance énergétique pour les bâtiments de moins de 1 000 mètr es carrés. Cependant, nous savons que la rénovation thermique ne sera ef ficace qu'à condition d'êtr e systématique. Pour cette raison, il n'est pas possible de parler d'une véritable mesure ; cette loi doit donc être réformée.
Première table ronde « Quelle énergie au plus près des consommateurs, pourquoi, comment et jusqu'où ? »
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Jean-Claude SABONNADIERE,
Professeur à l'Institut polytechnique de Grenoble
La table réunit un spécialiste de l'énergie r enouvelable, un spécialiste des batteries, la Capeb, mais je m'étonne que nul n'évoque la convergence bâtiment/véhicule. En ef fet, il convient de porter l'ef fort dans ce domaine pour construir e un bâtiment à énergie positive. Je souhaite entendre ce que les membres de la table ronde pensent de ce sujet important pour le climat.
Denis CHEISSOUX
La pr emière étape concer ne les bâtiments de basse consommation, la seconde partie les bâtiments à énergie positive, qui existent ailleurs. Ce n'est pas la majorité de l'espèce. Les bâtiments seront prochainement producteurs d'électricité.
Jean-Marie CARTON
Nous réfléchissons évidemment à cette question, car l'intégration de ces technologies est une véritable problématique des artisans. Nous savons produire des bâtiments qui consomment 50 kilowattheur es au mètr e carré, mais nous enr egistrons les limites pour atteindr e le seuil des 20 kilowattheures au mètre carré, techniquement et industriellement. Ce n'est pas très simple. Du bâtiment positif, nous pouvons en fair e avec du bâtiment pourri. V ous pouvez construir e une maison à 250 kilowattheures qui produit de l'énergie. Après 2020, nous aurons des bâtiments à énergie 0, qui pr oduiront davantage d'énergie qu'ils n'en consommer ont. L'ensemble des acteurs du bâtiment s'impliquent dans ce domaine. Il convient d'appr endre à utiliser ces matériaux et à les mettr e en oeuvr e. Nous saur ons très rapidement d'où viennent les pathologies. Il convient d'êtr e prudent sur ce point. Nous r estons réalistes tout en adoptant cet objectif. Les pr oblématiques conséquentes sont les 32 ou 35 millions de bâtiments existants. La déréglementation est en cours de mise en oeuvr depuis 2007 sur l'habitat existant. En 2009, e 79 000 Éco-PTZ ont été élaborés. Ils ont été suivis par sondage. La majorité de ces éco-prêts ont une performance de 30 %. La combinaison de deux à tr ois lots peut êtr e pertinente. Nous sommes en capacité d'améliorer ce point, mais cela suppose de travailler beaucoup, car l'objectif de la rénovation consiste à consommer 80 kilowattheures par mètre carré. Cet objectif supposera de faire du sur-mesure. Nous sommes dans le monde du bâtiment, ce qui suppose d'associer les technologies, les matériaux et les compétences.
Denis CHEISSOUX
Cette évolution est très stimulante. La chimie verte évolue aussi très rapidement en France et en Europe.
Régis MEYER
Grand Lyon
Sommes-nous prêts à voir émerger une autorité locale coor inatrice des questions énergétiques ? d Les services publics sont-ils considérés comme des clients particuliers ? Nous ne le pensons pas, mais doivent-ils l'être ? Les pays développent une appr che intégrée à travers des schémas o directeurs qui ont une appr oche énergétique pour dégager la valorisation des énergies fatales. Cette vision très intégrée doit émerger . La valeur ajoutée d'une collectivité se situe dans
la diversité de ses interactions entr e acteurs et systèmes énergétiques. Les réseaux de distribution ne sont pas très hybrides. Il faudra également se poser la question de l'intégration des systèmes variés. La coor dination locale serait légitimée par la nécessité d'intégrer des systèmes hybrides et variés.
Denis CHEISSOUX
Nous nous situons au coeur du sujet.
Claude MARTINAND
Je souhaite intervenir sur le bâtiment. J'ai présidé le Comop IV . Nous n'avons pas parlé de diagnostic. Or les résultats supposent de les mesur r, d'orienter les meilleures solutions au cas e par cas. Les gens capables de mener des diagnostics de performance énergétique, d'orienter les techniques et de coordonner les métiers qui n'ont pas l'habitude de travailler entre eux sont une question clé pour réussir la rénovation des bâtiments existants. Les bâtiments neufs représentent 1 % du parc par an. L'objectif porte prioritairement sur le parc existant. Le marché des lycées d'Alsace a été signé, mais il faudrait étendr e ce pr ojet à l'ensemble du territoir e. Nous pouvons atteindr e des résultats spectaculair es en économie d'énergie sur les bâtiments existants dans des délais rapides. Il faut que les métiers pour le diagnostic émergent le plus rapidement possible.
Denis CHEISSOUX
Je vous remercie pour cette intervention. L 'objectif de la Capeb consiste à fair travailler entre eux e les artisans, au même titr e que des cabinets de médecine en pr ovince, qui vont se réunir dans le même intérêt du client. Le diagnostic doit êtr e partagé. Je pr opose de vous r etrouver après la pause-déjeuner. Je vous remercie pour la qualité de vos interventions et votre ouverture.
Première table ronde « Quelle énergie au plus près des consommateurs, pourquoi, comment et jusqu'où ? »
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Seconde table ronde « Les réseaux intelligents »
Cette table ronde était animée par les personnalités suivantes :
Alain CHARDON,
Directeur de l'Énergie durable et du Changement climatique, Cap Gemini
Pierre FONTAINE,
Sous-directeur du Système électrique et des Énergies renouvelables à la direction générale de l'Énergie et du Climat du ministère du Développement durable
Nicolas HOUDANT,
Directeur d'Énergie Demain
Bruno LECHEVIN,
Médiateur national de l'Énergie
Pierre MALLET,
Directeur adjoint à la direction Électricité Réseau Distribution France (ERDF)
Alexis GELLÉ,
Chef des services Développement des réseaux de distribution d'électricité et de gaz et Éclairage public, Fédération nationale des Collectivités concédantes et Régies (FNCCR)
1- Alain CHARDON 2- Bruno LECHEVIN 3- Alexis GELLÉ 4- Pierre MALLET 5- Pierre FONTAINE 6- Nicolas HOUDANT 1 2
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« Les
Seconde table ronde réseaux intelligents »
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Seconde table ronde « Les réseaux intelligents »
Résumé
Pierre FONT AINE, sous-dir ecteur du Système électrique et des Énergies r enouvelables au ministère du Développement durable, estime qu'il convient de mettr e en place un plan d'action pour favoriser le développement des réseaux intelligents dans l'industrie, en vue d'intégr er en Eur ope les nouveaux usages de la pr oduction d'énergie, selon tr ois critèr es : durabilité, consommation et optimisation du parc de production. Quatre axes de déclinaison des smart grid doivent êtr e mis en oeuvr e : participation active du consommateur via les compteurs intelligents et les services énergétiques, intégration massive des énergies r enouvelables dont il faut amélior er la prévisibilité, r echarge intelligente, gestion du réseau. Le groupe de travail de gestion de la pointe de consommation a emis ses conclusions au ministre r début 2010. Il préconise de généraliser le compteur intelligent, de favoriser la r echarge des véhicules électriques en heur es cr euses et de pr omouvoir les nouvelles technologies, notamment celles qui permettent la rémunération de l'effacement. Pierre MALLET, directeur adjoint d'ERDF, estime que les réseaux intelligents doivent êtr e mis en place en veillant à l'inter connexion de tous les systèmes de pr oduction d'énergie, dans un contexte de vieillissement des infrastructures de l'énergie. Il sera également fondamental d'améliorer la gestion de la demande des consommateurs, par le déploiement de 35 millions de compteurs intelligents en France. Le système Linky permettra de collecter des données sur la courbe de charge des consommateurs afin de les conseiller pour améliorer leur consommation. Alain CHARDON, dir ecteur Énergie durable et Changement climatique chez Cap Gemini, considère que la flexibilité des usages de l'électricité est fondamentale pour ajuster l'of fre et la demande d'électricité en Eur ope. L 'effacement de la pointe pourrait atteindr e de 6 à 10 gigawatts en Eur ope en dehors de l'industrie, ce qui permettrait d'éviter l'émission de 100 millions de tonnes de CO 2 par an, soit la moitié de la contrainte attendue d'ici à 2020 par l'Union européenne.
Les compteurs intelligents permettraient au consommateur d'épargner de 2 à 5% de sa facture, soit 13 milliar ds d'euros par an en France. Cependant, il serait préférable d'augmenter le tarif des principaux consommateurs plutôt que de porter les augmentations principalement sur les particuliers. Nicolas HOUDANT , dir ecteur d'Énergie Demain, explique que le conseil aux collectivités locales et administrations permet d'amélior er l'action du niveau territorial sur la consommation d'énergie des particuliers par la création de centrales virtuelles. Énergie Demain travaille principalement avec des régies qui acquièr ent de l'électricité auprès d'industriels puis la r evendent à des particuliers, en leur pr oposant de diversifier leur of fre et de maîtriser la demande en vue d'améliorer l'efficacité énergétique. Alexis GELLÉ, chef de services Développement des réseaux de distribution d'électricité et de gaz et Éclairage public, de la Fédération nationale des Collectivités concédantes et des Régies, estime qu'il convient de rassur er le consommateur inquiet du caractèr e intrusif des réseaux intelligents. Alain CHARDON estime que la moitié des économies d'énergie attendues par l'Union eur opéenne d'ici à 2020 pourraient pr ovenir de la gestion de la flexibilité, la seconde moitié du partage des données relatives à la consommation. Bruno LECHEVIN, médiateur national de l'Énergie, explique que le médiateur a r eçu 14 000 réclamations en 2009. Il estime que la communauté des opérateurs doit accepter la prise en compte des besoins des consommateurs, notamment les millions de ménages qui se situent en précarité énergétique. Pour cette raison, il est essentiel d'êtr pédagogue à l'égard e du consommateur, en privilégiant la communication dans les médias autour des économies d'énergie plutôt que de vanter les records de consommation.
« Les
Seconde table ronde réseaux intelligents »
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Seconde table ronde « Les réseaux intelligents »
Denis CHEISSOUX
Merci de nous avoir rejoints après la pause. Le moment après le café est généralement dif ficile. Le débat de l'après-midi sera plus axé sur les réseaux intelligents et les smart grid . Nous commencerons par la projection d'un film américain qui a le mérite de présenter des exemples très parlants. Un film sur les smart grid est diffusé.
Denis CHEISSOUX
Merci pour ce film qui nous permet une entrée en matièr e très intéressante sur les smart grid, ainsi qu'une connaissance fine des consommations et pr oductions. Ce dispositif a un impact très fort sur les comportements. Il se situe au coeur des pr oblématiques des différents intervenants. Les télécommunications, ainsi que le monde du logiciel, vont s'en empar r. Il y aura de nombreux e entrants sur ce secteur, qui fait aussi l'objet d'une rubrique du grand emprunt. Pierr e Fontaine, vous travaillez auprès de Pierr e-Franck Chevet, dir ecteur général Énergie-Climat du ministèr e du Développement durable. Pourriez-vous faire le lien avec ce qui a été dit ce matin ?
Pierre FONTAINE
À l'occasion du débat de la matinée, je voudrais présenter l'initiative du ministr e concernant la structuration des filières industrielles sur la thématique de la cr issance verte. Après un premier o travail d'identification, les énergies r enouvelables (photovoltaïque, éolien, énergies marines, biomasse, biocarburant, etc.) et les smart grid ont été définis comme filières vertes. L'objectif est désormais de mettr e en place un plan d'action pour identifier les technologies d'avenir et structurer une industrie autour de celles-ci sans oublier un volet de formation et un volet de normalisation.
Denis CHEISSOUX
Quels sont les enjeux actuels des smart grid ?
Pierre FONTAINE
Ce terme est très à la mode que ce soit aux États-Unis ou en Eur ope. Cependant, même si le terme est identique des deux côtés de l'Atlantique, ils ne r ecouvrent pas la même réalité. Aux États-Unis, les réseaux sont plus anciens, moins maillés qu'en Eur pe et il y a un très grand o nombre de gestionnair es. Un des enjeux pour les Américains est de moder niser leurs réseaux en améliorant leur sécurité.
En Europe, la situation est différente : la structure des réseaux est plus récente, bien maillée en raison de la densité de population et il y a peu d'opérateurs. L 'enjeu des smart grid en Europe est donc d'intégr er de manièr e ef ficiente les actions de l'ensemble des utilisateurs afin de garantir un approvisionnement électrique durable, sûr et au moindre coût. On voit bien que nous ne sommes pas sur la même logique que les Américains. Nous allons nous concentrer sur le volet consommation et optimisation du parc de production. Tout d'abord un rappel : l'ensemble des évolutions ne devr ont pas aboutir à une diminution de la sûreté et de la qualité des réseaux. Un des enjeux auxquels sont confrontés les gestionnaires de réseaux est que nul ne veut de nouvelles infrastructur es près de chez lui. Or , il faut intégr er le développement des énergies r enouvelables et les nouveaux usages comme le véhicule électrique. Cette situation impose d'imaginer des solutions innovantes avec une optimisation des infrastructur es existantes. Par ailleurs, il ne faut pas oublier le rôle essentiel joué par les interconnexions qui assurent la respiration des réseaux européens et qu'il faudra gérer demain de manière réellement européenne. Quatre axes de déclinaison des smart grid doivent être mis en oeuvre. Le pr emier point est la participation active du consommateur . Les compteurs intelligents permettront de sensibiliser les consommateurs à leur consommation d'électricité par le biais de conseils. De nombr eux pr ogrès sont également à prévoir avec l'ef ficacité énergétique, notamment dans l'électroménager, où on nous présente des systèmes qui analysent la fréquence du réseau et qui gèr ent la consommation en fonction de celle-ci. Enfin, il existe d'or es et déjà des services énergétiques qui permettent une meilleur e gestion de la courbe de charge avec des effacements partiels de consommation. Le deuxième enjeu des smart grid est l'intégration massive des énergies r enouvelables, et un des principaux chantiers se situe dans l'amélioration de la prévisibilité des énergies intermittentes. Toutes les énergies intermittentes ne sont pas aléatoir RTE accomplit de nombreuses actions es. dans ce domaine, et la prévisibilité contribue à la stabilité des réseaux et à de moindr es rejets de CO 2. Une autr e piste de pr ogrès concer ne le stockage d'énergie, encor e balbutiant, qui permettra de lisser une production intermittente et de la rendre prévisible. Le troisième enjeu pour les smart grid est le développement des nouveaux usages, notamment les véhicules électriques et la gestion de leur recharge. Il faut en effet éviter de recharger sa batterie en heure de pointe pour limiter les contraintes du réseau, les contraintes de pr duction et les rejets o de CO 2. Si aujour d'hui le consommateur est habitué à dif férer certains usages, comme celui du ballon d'eau chaude, des systèmes intelligents sont à imaginer pour r endre le dispositif compatible avec la mobilité. Enfin, le quatrième enjeu porte sur la gestion du réseau. La généralisation des compteurs communicants et la r emontée des informations en temps réel of friront une meilleur e connaissance de la situation du réseau, en termes d'incidents et de qualité, notamment dans connexions la distribution. Pour le transport, un des enjeux sera l'optimisation des inter pour éviter les saturations et améliorer les couplages de marchés.
Denis CHEISSOUX
Nous verr ons jusqu'où nous pouvons aller en matièr e d'information. Pierr e Fontaine, vous appartenez au groupe de gestion de la pointe. Quel est son intérêt pour les smart grid ?
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Pierre FONTAINE
Ce groupe s'est mis en place à l'automne 2009 à la suite de la publication du rapport sur la programmation pluriannuelle des investissements en électricité en juin 2009. Présidé par MM. Poignant et Sido, il a r emis ses conclusions au ministr e début avril 2010. Il pr opose un certain nombre de mesures, dont trois sont tout à fait pertinentes au r gard de la problématique e de ce colloque. Tout d'abord, le compteur intelligent a été présenté comme l'un des vecteurs de gestion de la pointe. Je ne r eviendrai pas sur ce point ni sur le second, qui souligne que la recharge des véhicules électriques doit s'effectuer en période creuse. Le troisième point est novateur et très intér essant. Il pr opose la mise en place d'un mar ché de capacités où effacement et production sont valorisés. Cela va ouvrir un champ énorme, avec de nouvelles activités voir e de nouveaux acteurs. Si on r egarde les expériences étrangèr es, notamment américaines, on voit que des agrégateurs d'ef facement se sont développés. Ils proposent à des PME et des commerces de rémunérer l'effacement, par exemple en payant ceux qui coupent leur chauf fage ou la climatisation pendant quinze à vingt minutes. T oujours aux États-Unis, les nouvelles technologies de l'information sont entrées dans le monde électrique : Inter net est ainsi utilisé pour commander à distance certains appar eils voir e les déconnecter du réseau. Et c'est la raison pour laquelle lors des travaux de ce gr oupe sur la gestion de la pointe, on a pr ogressivement élargi nos réflexions au-delà de l'électricité, en invitant notamment les acteurs de la domotique (équipements électriques) et d'Inter net. Il existe un gisement potentiel énorme en aval du compteur qui s'« interfacera » avec le compteur , et toute l'intelligence en amont.
Denis CHEISSOUX
Dans la grande distribution, qui aurait prédit il y a dix ans que Carr efour allait vendre de la banque, de l'assurance, de l'assurance vie, du voyage, etc. ? La grande distribution réfléchit aussi à vendre de l'énergie comme des télécommunications. Pierr e Mallet, directeur adjoint d'ERDF, le réseau fonctionne très corr ectement depuis longtemps. Quel est l'aboutissement de vos réflexions sur ce thème, à ERDF ?
Pierre MALLET
Je suis satisfait qu'une place importante soit accor dée au réseau aujourd'hui. L'une des vertus de la dénomination smart grid est qu'elle fait explicitement référ ence aux réseaux, ce qui situe bien le rôle central de ceux-ci. Rappelons que 50% de la facture d'électricité provient des coûts du réseau, dont un tiers incombe au transport et deux tiers à la distribution. Concevoir les systèmes électriques du futur en ne pr enant pas bien en compte le volet réseau risquerait de conduire à une solution qui ne serait pas optimale. Par exemple, les immenses champs éoliens of fshore, de plusieurs dizaines de gigawatts, en projet au large du Royaume-Uni ou en mer du Nor d devront être reliés au continent par d'importantes lignes. Il en est de même des pr ojets solair es importants dans le sud de la Méditerranée. Sans réseau, le système ne sera pas très pertinent. Ces réseaux doivent êtr e intégrés dans la réflexion.
Denis CHEISSOUX
La sécurité passera-t-elle par le réseau ?
Pierre MALLET
Effectivement, le réseau n'est pas uniquement un système qui achemine l'énergie d'un endr oit à un autre. D'une certaine façon, il contribue à «construire » l'électricité qui est fournie aux clients. Ce pr oduit est plus complexe que ce que nous pourrions imaginer : il faut réduir e autant que possible les interruptions de four niture (coupures longues et brèves, micr ocoupures) et garantir le pr ofil de tension le plus régulier possible, en limitant par exemple les pr opagations d'harmoniques. La qualité de l'électricité dépend du réseau qui alimente le client. Le réseau est également un outil de solidarité et de mutualisation des aléas du système. En cas de panne d'un panneau solair e, un particulier devra pouvoir compter sur l'éolienne ou sur la cogénération au gaz de ses voisins. Le réseau permet de s'organiser pour utiliser l'électricité produite par les centrales voisines, ce qui permet de construire un système solidaire. Le rôle du réseau consiste à organiser la mise en commun des aléas de la pr oduction (panne de centrale) ou liés au foisonnement. La consommation d'énergie est liée à de nombr euses variables aléatoires. Or, en statistique, nous avons tous appris que l'écart type de la somme de valeurs aléatoir es est inférieur à la somme des écarts-types de ces valeurs aléatoir es. Il convient de ne pas oublier cette réalité, car elle construit le socle du système, avec d'importants enjeux économiques. Enfin, l'infrastructur e constituée par les réseaux de transport et de distribution d'électricité est vieillissante. Cette situation est observée dans tous les pays développés comme le Japon, les États-Unis, l'Allemagne, le Royaume-Uni, etc. On constate ainsi en France une dégradation, heureusement encore limitée mais bien réelle, de la qualité de l'électricité four nie aux clients. Comme toutes les grandes infrastructur es (routes, voies ferrées, métr o...), le réseau électrique doit faire l'objet d'investissements réguliers importants pour continuer à fonctionner corr ctement. e Faute de quoi, on se retrouve avec des problèmes de baisse des performances, comme on a pu le constater par exemple dans le métro de Londres. Le réseau du futur sera certainement beaucoup plus complexe que le réseau actuel, dont les flux étaient jusqu'à présent très prévisibles. Le sens des flux variera au cours de la jour née : l'énergie produite par les panneaux solair es en jour née passera du réseau basse tension vers le réseau haute tension, avant que le flux s'inverse en soirée. Les flux du réseau s'organiser ont de plus en fonction des décisions des consommateurs, ce qui est aussi un facteur augmentant la complexité. On peut dir e que le système futur sera caractérisé par quatr e composantes importantes. Tout d'abord, une partie de la production sera décentralisée. À l'heure actuelle, 40 000 centrales photovoltaïques sont raccor dées au réseau de distribution d'ERDF et 60 000 demandes de raccordement sont en cours de traitement. La deuxième composante est la gestion active de la demande, c'est-à-dir e par exemple la possibilité d'arrêter le chauf fage pendant une demi-heur e pour r etrouver un équilibr e entre la production et la consommation. Il convient de souligner immédiatement que des solutions de ce type ne seront évidemment mises en oeuvre qu'avec l'accord des clients. La tr oisième composante est le raccor dement au réseau de moyens de stockage. Enfin la quatrième composante est l'arrivée de véhicules électriques. Ces quatre ingrédients vont modifier en pr ofondeur le fonctionnement du système. Le réseau devra organisera la construction de l'équilibr e permettant un bon fonctionnement en tenant compte de l'ensemble de ces composantes.
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Denis CHEISSOUX
Envisagez-vous d'agrandir le réseau ? Nous verr ons à quelles conditions l'usager peut s'approprier les smart grid. Permettront-elles de diminuer la consommation ?
Pierre MALLET
Il est dif ficile de prévoir la consommation des clients, mais la mise en place des compteurs intelligents apportera une contribution importante en termes de maîtrise de la consommation. Ces compteurs apporter ont du service et du confort aux clients. Nous oublions parfois de rappeler des informations simples. Par exemple, 50 % des compteurs ne sont pas accessibles, ce qui impose de pr endre rendez-vous avec le client pour r elever le compteur. Cette situation est tout de même un peu gênante. Le nouveau compteur permettra un relevé à distance, ce qui évitera de déranger le client. Cette situation offrira un gain de confort au client. En outr e, la factur e envoyée au client corr espondra à la consommation réelle. Aujour d'hui, nous éditons six factures par an, et effectuons deux relevés par an. L'envoi d'une facture réelle serait préférable et induirait des comportements vertueux en termes de maîtrise de la demande. Aujourd'hui, quelqu'un qui achète un nouvel équipement peut très bien ne voir la conséquence sur sa facture que plusieurs mois après, alors que le signal sera plus pr oche avec une factur e fondée sur la consommation réelle. Linky collectera de nombreuses informations sur la courbe de charge du client. Elles ser nt mises o à disposition du client, qui pourra suivr e la consommation du jour , de la semaine écoulée, en euros, en kilowattheures ou en équivalent CO2, etc. Ce service sera donné par le four isseur, n qui définira de lui-même les modalités de mise en oeuvre.
Denis CHEISSOUX
D'autres entrants pourront-ils améliorer le modèle ?
Pierre MALLET
Linky permet de collecter des données, de disposer de cette courbe de charge, qui peut êtr e transmise au fournisseur, et celui-ci informera son client de plusieurs manièr s, avec un afficheur e ou sur un site web. Notr e compteur permet également de véhiculer de l'information. T oute la chaîne de communication est mise en place pour r endre ce compteur communicant. Elle permet d'envoyer des signaux dans les deux sens et permet notamment de communiquer avec la box de chaque fournisseur et d'activer ainsi des actions chez le client.
Denis CHEISSOUX
Quelle sera la durée de vie des compteurs ? Pourra-t-elle évoluer ?
Pierre MALLET
Le compteur a effectivement vocation à durer longtemps. Le projet d'ERDF consiste à changer les 35 millions de compteurs en service. Nous devr ons faire les bons choix au départ. Le pr ojet coûtera de 4 à 5 milliar ds d'euros, pour un déploiement sur cinq ans, ce qui implique la mise en place de 35 000 compteurs par jour. Le coût de la mise en place des nouveaux compteurs r présente e près de la moitié du coût du projet, ce qui ne permettra pas de les changer tous les cinq ans.
Denis CHEISSOUX
Le chef d'orchestre du système électrique est-il RTE ou ERDF ?
Pierre MALLET
Le système plus complexe que nous voyons émerger r enforce le rôle de chef d'or chestre, rempli par l'opérateur de réseau. Celui-ci pourra accomplir sa mission à dif férents niveaux, éventuellement au niveau local. Les décisions consistant à démarr er ou arrêter une centrale, à stopper ou limiter une consommation, à stocker ou déstocker de l'énergie dans une batterie à un moment donné supposent une préparation en amont. Le gestionnair e de réseau donne le rythme pour faire en sorte que tout se déroule correctement au moment opportun.
Denis CHEISSOUX
Un câble sécurise-t-il davantage le système qu'une centrale ?
Pierre MALLET
Oui. La disponibilité d'un câble est ef ectivement plus élevée que celle d'une centrale. Une centrale f est disponible de 90 à 95 % du temps, contre 99 % du temps pour un câble. Le réseau est un excellent moyen de sécuriser et de fiabiliser l'alimentation électrique.
Denis CHEISSOUX
Alain Chardon, vous êtes le dir ecteur de l'Énergie durable et du Changement climatique chez Cap Gemini. Vous vous intéressez à l'approche économique de cette question. La valeur à venir des smart grid est-elle facile à mettre en évidence ?
Alain CHARDON
Ce sujet est r elativement complexe. Les smart grid consistent à transporter des électr ons et des données informatiques, tout au long de la chaîne de valeur . Il est intér essant d'étudier les enjeux de ce dispositif. Nous avons cité les énergies r enouvelables. En Eur ope, d'ici à vingt ans, nous installerons de 300 à 380 gigawatts d'énergies renouvelables, de plus en plus prévisibles. Les centrales thermiques s'ef faceront progressivement. Les smart grid offrent une gestion de la demande et de la flexibilité. En France, l'éolien représentera de 20 à 25 gigawatts, le photovoltaïque peut-êtr e 5 gigawatts. Un autre enjeu qui exige de la flexibilité est le fait que les courbes de charge risquent de se cr euser. Quelque 8 millions de clients se chauf fent actuellement par l'électricité, pour une prévision de 12 millions de clients d'ici à quelques années. Les pompes à chaleur consomment autant qu'un chauffage électrique classique lorsqu'il fait froid, mais beaucoup moins lorsque le temps est plus doux. Pour cette raison, l'ef ficacité des pompes à chaleur est meilleur e que celle du chauf fage électrique. Le besoin supplémentair e de gestion de flexibilité portera de 7 à 20 gigawatts pour la France d'ici à vingt ans. La France mettra en place de nouvelles tranches nucléair es, de une à tr ois, d'ici à 2020. Le Grenelle suppose de maîtriser les consommations d'électricité. La consommation se stabilise en dehors de l'effet de la crise. Les tranches nucléaires et les énergies renouvelables apportent
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trop d'électricité par rapport aux besoins. La flexibilité sera nécessair e pour ajuster of fre et demande. Nous ne nous situons plus dans un univers où la pr duction était liée à une base stable. o Il y a vingt ans, la France disposait de 6 000 mégawatts d'ef facement. La consommation de pointe s'établit à 90 000 mégawatts, la consommation moyenne de 40 à 50000 mégawatts. L'effacement a diminué à près de 2 800 pour les particuliers et 1 000 pour les industriels. Nous utilisons deux fois moins de flexibilité qu'il y a vingt ans. Nous avons mené deux approches en Europe, l'une optimiste et l'autre pessimiste, qui ont donné un potentiel de 70 gigawatts d'ef facement de la pointe, dont 50 commandables par les tarifs. Ce seuil est estimé de 6 à 10 000 gigawatts, en dehors de l'industrie. Nous avons modélisé l'ensemble de l'of fre et de la demande, pour toutes les heur es de l'année. Il nous paraît tout à fait réaliste, à Cap Gemini Consulting, de dégager 10 000 mégawatts de flexibilité au cours des prochaines années. Le fait de pouvoir ef facer de la pointe, qui dégage essentiellement de la pr oduction carbonée, permettrait d'éviter de dégager 100 millions de tonnes de CO 2 par an, soit la moitié de la contrainte qui pèse d'ici à 2020 sur les électriciens, qui doivent éliminer 200 millions de tonnes en Europe. Il est également intér essant d'étudier les enseignements qui viennent des États-Unis. Le pr ogramme 2003-2004 a permis d'évaluer le tarif seul ou le tarif en complément de la possibilité de commander des appar eils. Des tarifs suf fisamment incitatifs permettent de gagner 15 % sur la pointe. En automatisant, nous pourrions gagner jusqu'à 30 %.
Denis CHEISSOUX
Dans le secteur automobile, une gr osse voiture est également plus coûteuse, car la marge est plus élevée. Quel sera le modèle économique des énergies renouvelables ?
Alain CHARDON
Aux États-Unis, les énergies r enouvelables sont moins utilisées pour le chauf fage que pour la climatisation ou les piscines. Ils ont mis en place des systèmes consistant à rembourser 1 dollar pour effacer dix minutes par heure les mauvais jours, 2 dollars pour vingt minutes, trois dollars pour quarante minutes, etc. Il s'agit d'accepter que la baisse de la climatisation augmentera la température d'un degré, mais le client ne s'en rend pas nécessairement compte. L'enjeu de ce système vise à favoriser le développement d'offres imaginatives.
Denis CHEISSOUX
Le modèle économique doit être entièrement adapté à ce système.
Alain CHARDON
Les smart grid apportent des bénéfices nombreux en termes de coûts évités pour la collectivité plutôt que pour les pr oducteurs économiques, à tous les maillons de la chaîne. Cependant, les smart grid supposent le changement complet de la régulation. Les bénéfices des smart grid pourraient être limités pour plusieurs raisons. Tout d'abord, il a été estimé que les compteurs intelligents permettraient au consommateur d'épargner de 2 à 5 % de sa factur e, soit 13 milliar ds d'eur os par an. La France est plutôt motrice dans ce domaine à l'échelle européenne. Il est difficile de réunir les associations de consommateurs, les énergéticiens, etc., pour mettre en place un système où chaque partie trouve son intérêt.
Au cours de l'été 2009, 50 % du tarif lié au réseau a été revu. Les tarifs des clients à 3 kilowatts ont beaucoup plus augmenté que ceux à 6 kilowatts. En ef fet, cette décision a été prise en considérant qu'ils coûtaient plus cher, tout en consommant moins. En revanche dans le monde, les states tarifs sont plus coûteux à mesure que les tuyaux sont de plus en plus gr s. Ce système o existe en Califor nie, en Ontario, etc. La logique est strictement inversée. Nous aurions dû fair e payer davantage les gr os consommateurs. Les entr eprises de bricolage vendent des outils qui peuvent êtr e intégrés aux compteurs électriques et qui permettent de piloter les appar eils en évoluant de 3 à 6 kilowatts. La CRE est une autorité indépendante de l'État. Elle est mandatée pour maîtriser les coûts du réseau et déréguler le marché de l'électricité, qui est un pr oduit virtuel, sans substrat physique. Six ans après sa création, la CRE n'a pas à piloter le développement durable. J'ai r encontré des personnes qui ont le sens du service public, mais qui m'ont rappelé que leur mission n'était pas de développer les énergies renouvelables. Le directeur de la stratégie d'ERDF nous a rendu visite à Cap Gemini. À cette occasion, je lui ai dit que le métier d'ERDF r elevait en quelque sorte du BTP , son intérêt consistant à augmenter la taille du réseau. Aux États-Unis, lebusiness model vise à augmenter les moyens de pr duction. o En conclusion, la pr oduction, le transport, la distribution, la commer cialisation et le client ne changeront pas si nous ne réfléchissons pas à la régulation de l'ensemble des éléments.
Denis CHEISSOUX
Nicolas Houdant, vous êtes le directeur d'Énergie Demain. Quel est votre métier ?
Nicolas HOUDANT
Nous conseillons les collectivités territoriales, locales, l'État et les institutions sur les stratégies de mise en oeuvr e de maîtrise des consommations d'énergie. Une connaissance fine des consommations permet de pr oposer des pr ogrammes adaptés, et surtout de quantifier les programmes de maîtrise de l'énergie de la même manièr que l'on quantifierait la production. e Par rapport à toutes les énergies décentralisées, nous parlons de « centrales virtuelles », notre métier consistant à vendre de l'énergie. Nous avons dimensionné des centrales virtuelles depuis dix ans, en modélisant les changements de comportement qui entraînaient des consommations négatives. La capacité d'agir sur le consommateur via les réseaux intelligents permet de considér er les consommateurs comme un élément du système de pr duction. De cette manière, ils peuvent o être intégrés à un pr ogramme d'investissement, du côté de la demande. Il existe déjà des enveloppes financières, notamment auprès du Fonds d'amortissement des charges d'électricité (Face). La dif ficulté consiste à se demander comment piloter . De ce point de vue, les réseaux intelligents constituent un système qui permet de mettre en oeuvre des centrales à la demande.
Denis CHEISSOUX
Vous vendez des économies d'énergie, mais vous avez agi jusqu'à présent sans les smart grid.
Nicolas HOUDANT
Tout à fait. Nous fonctionnions jusqu'à présent sur la planification à moyen et long termes. À l'heure actuelle, nous étudions des systèmes au temps de réponse rapide, toute défaillance permettant d'enclencher une centrale virtuelle sans qu'il y ait des situations très contraignantes.
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Nous pouvons même imaginer le développement des réseaux en limitant les cr eux pour qu'il y ait des échanges en temps réel entr e consommateurs, qui permettraient une optimisation totale du réseau et une économie fondamentale. Nous avons une capacité de modélisation des consommations quasi individuelles, à l'échelle du ménage. Nous disposons d'outils de simulation qui permettent de pousser à investir d'une manière totalement numérique, sur le papier ou via des ordinateurs. La difficulté consiste à mettre en oeuvre réellement ces systèmes d'adéquation de l'ofre et de la demande. Nous nous f heurtons à des problématiques de gouvernance. Quelle est la convergence d'un intérêt collectif et de l'intérêt individuel des opérateurs privés qui cherchent à valoriser leurs investissements ? En conclusion, il convient de repenser toute la gouvernance du système électrique et énergétique.
Denis CHEISSOUX
Quel est le montant des économies que vous avez apportées à vos clients ?
Nicolas HOUDANT
Nous travaillons souvent avec des régies d'électricité qui évoluent dans un contexte très particulier: elles acquièrent de l'électricité auprès d'industriels, puis la r vendent à des particuliers. La marge e est réinvestie dans les réseaux et au service des consommateurs. Nous travaillons avec tr ois régies situées dans la Somme et les Alpes, en leur proposant une diversification de leurs offres, la maîtrise de la demande d'électricité pour que l'intérêt collectif soit supérieur à ce qu'il est à présent. De cette manièr e, toutes les économies faites par la régie ser ont réinvesties dans la maîtrise de l'énergie auprès des consommateurs. L 'idée consisterait à étendr e ce système à des régions en situation précair e en termes de sécurisation de réseau, comme la Bretagne et Paca. J'ai enchaîné tr ois missions en Paca sur les mêmes questions depuis 1985. Le levier majeur est l'ef facement, mais les outils réglementair es ne sont pas suf fisants pour les actionner . Les réponses sont similair es : les opérateurs attendent le r enouvellement des équipements, effectuent de la MDE sans les ef fets escomptés, etc. Les investissements de transport et de distribution ne sont pas évités en l'absence de gouvernance.
Denis CHEISSOUX
Durant la récente période de crise énergétique, la Br etagne a bien sensibilisé la population, ce qui a permis d'éviter de peser sur le système.
Nicolas HOUDANT
Le fait d'intégr er le consommateur dans le système est fondamental, même si cette vision contredit notre tradition centralisatrice.
Denis CHEISSOUX
Alexis Gellé, dir ecteur général des Services de la Fédération nationale des Collectivités concédantes et Régies, vous êtes un acteur majeur entr e les distributeurs, les pr oducteurs et la population. Quelle est votre vision des smart grid ?
Alexis GELLÉ
En fait, je remplace Pascal SOKOLOFF, directeur général de la FNCCR. Pour ma part, je dirige le service Développement du réseau de distribution d'électricité et de gaz et le service Éclairage public de la FNCC. Notr e fédération r eprésente les élus locaux, principalement municipaux, qui sont en charge de l'organisation du système électrique avec l'État, chacun en ce qui le concerne. Ils sont les pr opriétaires des réseaux de distribution et du dispositif de comptage. Pierre Mallet évoquait précédemment « ses » compteurs, mais ils appartiennent aux collectivités locales. L 'État est l'organisateur du réseau de transport. La gestion des réseaux publics de distribution est régie par le cahier des charges du contrat de concession, ou par les règlements de service pour les collectivités qui ont choisi de r ecourir à une exploitation en régie, ce qui est le cas pour près de 5 % des communes du territoire.
Denis CHEISSOUX
Vous travaillez principalement avec des outils verticaux, mais cette situation changera avec les smart grid.
Alexis GELLÉ
Il est en ef fet souhaitable que les élus locaux disposent d'un pouvoir d'arbitrage entr e les différentes solutions techniques concourant à la satisfaction des besoins énergétiques du territoire dont ils ont la r esponsabilité. Les collectivités ont la mission d'assur er le service de distribution de l'électricité pour satisfair e aux besoins énergétiques des populations. Le service n'est pas organisé pour génér er des af faires mais pour répondr e aux besoins des utilisateurs. Ceux-ci posent des questions simples, qui peuvent paraîtr e triviales aux spécialistes que nous sommes, notamment sur le coût de l'énergie. Les compteurs communicants devraient permettre de répondr e à leurs questions. Il suf fit parfois de l'informer simplement de sa consommation réelle pour qu'il adopte un comportement ef ficace. La première satisfaction d'un besoin consiste à apporter une réponse maîtrisable par le client. Le film pr ojeté en ouverture évoquait bien la maîtrise de la consommation par le consommateur . Le service public doit être organisé en tenant compte de l'intelligence du consommateur. Par ailleurs, le consommateur est méfiant quant au caractèr e intrusif du fonctionnement automatique d'un certain nombr e de dispositifs ou d'utilisation d'informations détaillées sur sa consommation individuelle. Cette question concerne également les autres énergies comme le gaz, la chaleur et l'eau. Les élus locaux ont une vision transversale sur l'ensemble de cette problématique, même si les outils dont ils disposent sont organisés verticalement. T ut à l'heure ont o été évoqués les réseaux de chaleur . Les extensions y sont décidées par les collectivités territoriales, alors que la situation dif fère pour l'électricité du fait de l'obligation de desserte. S'agissant du réseau de distribution du gaz, les opérateurs ont une obligation de vérification de la rentabilité des extensions avant leur réalisation. En conclusion, ces outils ne sont pas tous à la main des collectivités territoriales. Il a été évoqué ici l'ef facement de certaines consommations pour contribuer au passage de la pointe. Mais on peut se demander pour quoi il faudrait attendr e la pointe pour fair e des économies d'énergie. Les potentialités d'effacement mobilisables à cet effet sont essentiellement liées au chauffage. Or une telle réduction du chaufage peut s'opérer aussi en dehors de la pointe. f En effet, l'idéal serait de diminuer les consommations de manièr e globale et pas seulement pendant la pointe.
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Les consommateurs demandent également pour quoi ils ne peuvent utiliser la cogénération lorsque le réseau n'est plus sous tension. La disponibilité du réseau est supérieur e à celle d'une centrale bien entr etenue, mais elle n'est pas permanente pour autant. Les smart grid doivent êtr e organisés au service des consommateurs, et non des entr eprises privées. Les consommateurs ne compr endraient pas, notamment dans les épisodes météor ologiques sévères, pourquoi les moyens de production dont ils disposent à domicile devraient ne pas être utilisés lorsque le courant est coupé à l'extérieur. Enfin, le caractèr e intrusif, « Big Br other », des compteurs intelligents peut émouvoir les consommateurs. Le consommateur entend r ester maître chez lui, même s'il est prêt à adapter son comportement aux contingences du système électrique.
Denis CHEISSOUX
Nicolas Houdant, vous évoquiez l'analyse des consommations. Est-on en capacité d'évaluer quels produits fonctionnent dans le logement des habitants ?
Nicolas HOUDANT
Énergie Demain r econstitue les courbes de charge des réseaux de basse tension, avec des scénarios pr obables d'utilisation des équipements. Ce système permet de compr endre des changements de comportement et d'étudier jusqu'où nous pourrions aller en termes de maîtrise des investissements et de moindres émissions de CO2. Il est nécessaire d'étudier le niveau des équipements et de réhabilitation des ménages. Ce point n'est pas tellement intrusif par rapport à une contrainte climatique globale, qui suppose d'obtenir certaines informations de la part des clients qui bénéficient du service final.
Denis CHEISSOUX
Nous sommes des êtres paradoxaux, qui livrons toute notre vie sur Facebook. Par ailleurs, le site communautaire est activement consulté par les Renseignements généraux lorsqu'ils cher chent des informations sur un individu. Cependant, nous n'acceptons pas qu'un opérateur sache à quelle heur e nous r egardons la télévision. Alain Char don, vous venez de l'industrie pharmaceutique. Les techniques de marketing extrêmes employées par ce secteur pourraient être utilisées par le secteur énergétique.
Alain CHARDON
Le secteur pharmaceutique est confronté à un oligopole des boîtes de pr duits pharmaceutiques, o de deux ou trois distributeurs. Nous sommes en capacité de connaîtr les flux des médicaments e des 12 000 pharmacies en France. Ces distributeurs se sont érigés en GIE il y a vingt ou trente ans pour vendr e ces données aux laboratoir es. En tant qu'utilisateur de ces données, le visiteur médical était censé identifier ce qu'il vendait aux médecins, avec une connaissance très fine des territoir es, de la concurr ence, etc. Ces données étaient également vendues au niveau national pour analyser la concurrence.
Le monde de la consommation d'énergie est totalement ouvert. La consommation électrique est estimée tous les deux mois. Les compteurs intelligents donner ont des informations à la minute ou à l'heure. La moitié des 100 millions de tonnes de CO 2 susceptibles d'être économisées en Europe d'ici à 2020 pourraient provenir de la flexibilité, la seconde moitié du partage des données. Les données du client sont collectées par ERDF, qui les transmet aux commercialisateurs. ERDF pourrait traiter une fois par an la courbe de charge en fonction des us et coutumes des clients. ERDF pourrait être mandaté pour agréger les données par zone, tout en protégeant la confidentialité des clients. Les données pourraient êtr e commercialisées pour de multiples usages : vente de fenêtres, position des magasins de bricolage, etc. Un tel système de partage des données permettrait d'économiser 10 % de la consommation d'énergie en France. Cependant, il convient d'encadrer un tel système.
Denis CHEISSOUX
Nouredine Hadjsaid, de l'Institut polytechnique de Gr enoble, pourriez-vous intervenir en r emplacement de Christophe Beller , sociologue et pr ofesseur à T oulouse ? Comment les Néerlandais ont-ils réagi à ces questions ?
Nouredine HADJSAID
Je souhaiterais signaler que je suis ingénieur , et non sociologue. En préambule, je souhaiterais préciser que les solutions ne sont pas purement techniques, même s'il est difficile de l'admettre pour un ingénieur . Nous impliquer ons le consommateur final en l'invitant à s'appr oprier la question énergétique. Aux Pays-Bas, les consommateurs se sont interrogés sur les atteintes du compteur intelligent à la liberté individuelle. En ef fet, la connaissance de la courbe précise de consommation soulève des difficultés. Le débat a bloqué le développement de ce type de solutions dans certains pays. Aux États-Unis, des actions de flexibilité ont été mises en oeuvr e, mais le dispositif est tombé en panne, ce qui a privé les consommateurs d'électricité pendant trois jours. À la suite de cette panne, la flexibilité a été abandonnée. En conclusion, la pédagogie auprès du consommateur final sera essentielle pour la réussite des smart grid.
Alain CHARDON
Nous parlons toujours de la même segmentation des clients : il y a de 10 à 25 % de gens très écologistes, des personnes intéressées par les économies, de 30 à 40 % de suiveurs sans être convaincus, et de 20 à 25 % qui efusent l'intrusion des compteurs intelligents pour des questions r de liberté. J'étais aux États-Unis il y a quelques semaines, où certains refusent la création d'une sécurité sociale, pour une question de liberté. Nous nous posons la même question sur l'électricité. Des millions de clients américains ont choisi le système de demand/response.
Pierre MALLET
Notre objectif consiste à dif fuser les compteurs intelligents chez 35 millions de clients, pour démocratiser la MDE. L 'atout du dispositif de comptage généralisé est qu'il permet de mener une action de MDE vers l'ensemble des clients.
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Denis CHEISSOUX
Bruno Lechevin, vous travaillez auprès du médiateur national de l'Énergie à la CRE. Quel est votre rôle ?
Bruno LECHEVIN
Je ne parlerai pas aujourd'hui de la CRE, mais de ma mission de délégué général du médiateur national de l'Énergie. C'est une autorité administrative indépendante qui existe depuis moins de deux ans, mais dont l'activité est déjà importante. Le médiateur national est un observateur des dysfonctionnements du mar ché du gaz et de l'électricité, un témoin de l'évolution des consommateurs, et tente d'être un repère pour les consommateurs en les informant sur leurs droits. La seconde mission du médiateur consiste à tr ouver des solutions aux litiges entr e les consommateurs et leurs fournisseurs. En 2009, le médiateur national a r eçu 14 000 réclamations, alors qu'il n'est pas encor e très connu. Une grande partie des litiges sont liés à des pr oblèmes de facturation. L 'ouverture des marchés a changé la donne en égarant le consommateur.
Denis CHEISSOUX
Seuls 2 % des consommateurs ont changé de fournisseur d'électricité.
Bruno LECHEVIN
Le dernier sondage de la FNCCR paru la semaine der nière révèle que le désir de changer de fournisseur en quittant le tarif réglementé a diminué par rapport aux der ières années. Le système n a évolué d'un consommateur sans choix à un consommateur plus esponsable. Cependant, un tel r système suppose de mesurer la connaissance de la liberté de choix. T peu de consommateurs rès connaissent les effets de la consommation sur leur facture. Il y a moins d'offres sur le plan technique aujourd'hui qu'avant l'ouverture des marchés. En effet, EJP est en cours d'extinction. La diminution de l'effacement révèle un paradoxe. Il est important pour le consommateur que les compteurs intelligents se traduisent par une opportunité à mieux exercer la liberté de choix, à mieux maîtriser la consommation pour en être plus responsable.
Denis CHEISSOUX
L'accompagnement du consommateur sur les smart grid pourrait être très positif.
Bruno LECHEVIN
J'ai tr ouvé très intér essante l'intervention du r eprésentant de la Capeb, car il se situait dans une perspective dynamique, en demandant que les consommateurs ne soient pas floués. La situation est très importante pour le consommateur . La gestion intelligente de l'énergie est un enjeu crucial pour diminuer la factur e des consommateurs. Le seul kilowattheur e peu onéreux est celui qui n'est pas consommé. Il est donc logique que de nombr consommateurs eux s'intéressent à ces opportunités. Chacun doit en êtr e pour en tir er les bénéfices. Cependant, ces formidables perspectives ne doivent pas êtr e qu'une af faire d'expert qui ferait oublier la nécessité de fair e partager au consommateur l'intérêt, les opportunités nouvelles apportées par ces développements, indépendamment des considérations économiques.
Les choix ne pourr ont s'opér er entr e les gestionnair es de réseau, les four nisseurs et les prestataires de service. La communauté des opérateurs doit accepter la prise en compte des besoins des consommateurs. Elle doit mesurer l'intérêt qu'ils puissent accéder à une certaine compétence, ce qui nécessite des moyens. Ce point doit êtr e pris en compte en acceptant de traiter des demandes contradictoires, quitte à r evoir certains arbitrages. Un ingénieur rappelait que la technologie ne résoudrait pas tout. L 'ouverture des marchés a souvent opposé les consommateurs et les mar hés. c Nous espérons que nous ne nous r etrouverons pas dans cette même logique d'opposition. Je souhaite formuler un voeu : pensons smart grid non, malgré mais avec les consommateurs. Assumons les choix qui ser ont faits en matièr e de coûts, car le prix sera supporté par les consommateurs. Nous pouvons considér er que ce bien est financé de manièr e collective, ou faire le choix d'un service payé pour ceux qui l'utilisent, ce qui génèr e un risque d'inégalité. Dans ce cas, le système risquerait d'échapper à ceux qui en auraient besoin pour maîtriser leur consommation, c'est-à-dir e les quelques millions de ménage qui se situent en précarité énergétique.
Denis CHEISSOUX
Plus de 8 millions de Français vivent avec moins de 900 euros par mois.
Bruno LECHEVIN
Par ailleurs, il y a des dispositifs sociaux pour traiter ce pr oblème, bien qu'ils soient insuffisamment connus. Il serait juste que le compteur communicant bénéficie à tous les consommateurs, selon un développement suffisant qui prenne en compte les objectifs climatiques et de MDE. L'action pour une meilleure efficacité énergétique relève véritablement de l'intérêt général.
Denis CHEISSOUX
Les participants auraient-ils des questions ?
Christine MESUROLLE
Ministère du Développement durable
Nous avons beaucoup parlé des consommateurs ce matin et cet après-midi. Le compteur intelligent ouvre des perspectives technologiques. D'or es et déjà, il apparaît des possibilités de diminution de la consommation par les tarifs. Pour quelle raison les EJP sont-ils en cours de disparition ? Certaines personnes utilisaient très attentivement ce système pour réduir e leur consommation de chauffage, changeaient l'heure de lancement de la machine à laver. En outre, nous pourrions fixer des tarifs incitatifs qui augmentent en fonction de la consommation, comme cela se fait dans certains endroits pour l'eau.
Pierre FONTAINE
Les EJP sont maintenus pour le segment pr ofessionnel. Ils ont été remplacés pour les particuliers par le dispositif T empo, qui est beaucoup plus simple et accessible pour le grand public, et correspond à un dispositif d'ef facement. Les travaux du gr oupe sur la gestion de la pointe ont révélé que les 6 000 mégawatts efacés par le biais des EJP ne donnaient pas lieu à de l'ef f facement total. Il s'agissait plutôt d'importants industriels qui se découplaient du réseau et qui utilisaient
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
des gr oupes au diesel avec des conséquences très négatives en termes de r ejet de CO 2. Pour cette raison, l'ef facement réel de consommateurs qui accomplissent des ef forts pour modifier leur mode de fonctionnement est plus proche de 3 000 mégawatts. Enfin, la France a mis en place un dispositif d'heures pleines/heures creuses qui a porté ses fruits sur le réseau. À l'heure actuelle, nous sommes le pays au monde qui connaît le plus de modulation en fonction des signaux tarifaires. Par exemple, la plupart des ballons d'eau chaude sont télécommandés.
Jean-Claude SABONNADIERE
Professeur à l'Institut polytechnique de Grenoble.
Nous avons beaucoup parlé du consommateur , en considérant que les ingénieurs des Ponts faisaient des choix pertinents. Un travail important de formation des consommateurs doit êtr e accompli. Nous organisons nous-mêmes des formations auprès des élus. Les médias ont un rôle pour former le public à ces questions. Aux heur s de grande écoute, plutôt que présenter e les offres Dolce Vita et Provalys, Radio France et France Télévisions auraient un rôle à jouer.
Denis CHEISSOUX
Il convient de mettr e en place un système simple, sans quoi les smart grid seront incompréhensibles pour les consommateurs traditionnels. La pédagogie sera essentielle. Les consommateurs français sont venus à l'informatique par le Minitel.
Bruno LECHEVIN
La pédagogie est essentielle, notamment de la part des médias. La grande victoir e consisterait non plus à présenter dans le journal de 20 heures les records de consommation énergétique, mais à ne pas battr e ces r ecords. Ces informations commencent à êtr e médiatisées. Les médias doivent mettre en avant les bons r ecords d'avenir, ce qui entraînera un véritable pr grès. En 2010, o les comportements en Bretagne ont révélé que les consommateurs sont partants lorsqu'ils sont sensibilisés.
Alain CHARDON
En Paca et en Bretagne, on nous a demandé de nous ef facer il y a un an à une heur e donnée, mais tous les magasins et tous les bâtiments publics étaient allumés. Il y a deux semaines, les autorités ont éteint la tour Eiffel. Ce genre de décision n'est pas très cohérent. Les mentalités ont beaucoup évolué depuis cinq ans, mais certains comportements continuent d'êtr censurés. e Dans les années 1970, Pierr e Mesmer, Pr emier ministr e de 1970 à 1973, demandait aux consommateurs de diminuer leur consommation du fait de l'absence de pétr ole en France. De ce fait, la consommation a véritablement diminué au cours des années 1970, avant de remonter au seuil des années 1980. Une étude du Cr edoc sur la segmentation révèle que les consommateurs sont demandeurs d'écologie sans passer à l'acte, à l'exception du tri des déchets. L 'offre industrielle était prête au début des années 1990, puis le tri s'est mis en place vers 1995. Or le tri s'ef fectue davantage en milieu périurbain que dans les immeubles. Un véritable contrôle social s'est mis en place entr e voisins, mais le tri est invisible en appartement. Le compteur intelligent génér era un véritable contrôle social, car il deviendra un sujet de conversation autour de la machine à café. Il modifiera la vision sur les consommations.
Denis CHEISSOUX
Je suis assez optimiste concer nant la mise en place des compteurs intelligents, que devraient s'approprier les consommateurs ; 55 % du papier et du carton, 50 % du plastique est r ecyclé. Le tri du verr e fonctionne mieux, mais la situation évolue régulièr ement. Les consommateurs ont envie d'avoir une prise sur leur envir onnement. D'une manièr e générale, il est essentiel de donner le goût des autres à la population.
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Synthèse des échanges Nouredine HADJSAID
Professeur à Grenoble Institut Polytechnique, ENSE3/G2ELAB
Je suis agréablement surpris de constater que la salle est encor e très pleine à la fin de la journée, ce qui me fait penser à quel point cette question est importante. La société savante 3E, spécialisée dans le domaine de l'électricité a organisé une confér ence durant tr ois jours. La dernière conférence réunissait le président, l'orateur et une tr isième personne. L'orateur était o interpellé par cette situation. Il a indiqué qu'il savait pourquoi lui et le président étaient présents, et demandé à la personne dans la salle pour uoi elle était présente. Celle-ci a répondu qu'elle était q l'orateur suivant. Au cours de cette jour née, nous avons parlé de consommateur final et de gouver nance. Je présenterai quelques technologies importantes puis la synthèse des débats. L 'aspect institutionnel concer ne l'ouvertur e du mar ché et l'analyse du secteur , ainsi que l'objectif structurant des 3 X 20. Il y a aussi des éléments techniques, concer nant l'anxiété sur la sécurité et la qualité. L 'exemple de la panne du 4 novembr e 2006 est assez alertant pour l'Europe. Le passage d'un bateau au nor de l'Allemagne a imposé de délester 5000 mégawatts d en France. Une bonne partie des éoliennes en Espagne ont été déclenchées et l'interconnexion vers le Maghr eb a été r ompue. Le système électrique eur opéen a été séparé en tr ois zones synchrones dif férentes ; une situation critique où la panne généralisée sur l'ensemble de l'Europe a été évitée de peu. Cette situation a alarmé l'ensemble des décideurs qui ont pris conscience de la fragilité de ce système et du fait qu'un incident qui peut se produire en dehors d'une zone de contrôle peut af fecter dangereusement toutes les zones de contrôle voisines et au-delà. Cette situation s'était déjà pr oduite en Italie, où un incident en Suisse a pr ovoqué une panne généralisée sur l'ensemble du pays. Le système électrique compr end globalement deux parties. La pr emière est liée au réseau de transport, maillé pour des raisons de sécurité avec une pr oduction très centralisée. La seconde est liée aux réseaux de distribution. Ces der niers sont le lien dir ect avec le consommateur final et sont, contrair ement aux réseaux de transport, exploités en général en structure radiale. De par leur structur e particulièr e, leur mode de pr otection et de pilotage, ils n'ont pas été conçus pour intégr de manière massive la production décentralisée. Ainsi, l'un er des enjeux des smart grid est l'intégration des énergies r enouvelables dans les réseaux électriques, que ce soit au niveau des réseaux de transport avec principalement « le grand éolien » où les questions d'intermittence et de réglage se posent avec une acuité particulièr e, ou au niveau des réseaux de distribution qui n'ont pas été conçus à cet ef fet. Je livr erai quelques exemples du caractère intermittent de ces énergies r nouvelables et leur conséquence e pour le réseau. L'âge moyen de certaines infrastructur es électriques est proche de 28 ans. À partir de 30 ans, les défaillances augmentent pour certains matériels et plus particulièr ement au niveau des jonctions. Le coût associé aux pannes est d'autant plus élevé que les consommateurs acceptent de moins en moins d'être coupés. Prenons l'exemple du Danemark. Dans ce pays, le modèle centralisé était privilégié dans les années 1980, alors qu'une part significative de la pr duction de ce pays est devenue décentralisée o à la fin des années 1990, principalement avec de l'éolien et de la cogénération. Or ce système n'est tenable que grâce aux inter connexions avec des pays voisins : Allemagne, Suède, etc.
Cependant, l'Allemagne vise à augmenter la pr duction d'électricité d'origine éolienne de 25000 o actuellement à 33 000 mégawatts dans un avenir pr che. D'un autre côté, les prévisions les plus o sophistiquées sur l'éolien donnent tout de même, dans certains cas et en dépit des pr ogrès remarquables des outils de prévision, jusqu'à 50 % d'err eurs. Il est alors aisé d'imaginer ce qui se produirait si ce cas de figur e se présentait pour l'Allemagne : cela imposerait d'accepter une perte subite sur près de 15 000 mégawatts. Cette situation, sans moyens de couvertur e appropriés et dimensionnés à l'avance, pourrait entraîner une panne généralisée. Les Danois prennent des initiatives sur ce sujet dans le cadre des réseaux intelligents. En France, on constate que la part des énergies décentralisées a commencé à augmenter de manière significative à partir de 2005, dix ans après le Danemark, dans l'éolien comme le photovoltaïque. Cependant, dans l'absolu, leur part dans la pr duction totale reste encore très o faible. Cependant, le caractèr e intermittent de ces énergies est un facteur important dans leur intégration au réseau. Le décr ochage dans une ferme solair e de 4 mégawatts, même au maximum de la pr oduction, résulte du simple passage d'un nuage. La multiplication d'un tel décrochage à grande ampleur mérite une considération particulière. On voit donc que la complexité ne cesse de cr oître pour un système électrique déjà bien complexe. La complexité dans ce cas est synonyme de vulnérabilité et de coût. La question est de savoir comment par er cette vulnérabilité tout en répondant à des besoins changeants. Des besoins en termes de raccordement de production décentralisée, de diversité de situations des consommateurs qui peuvent aussi êtr e des pr oducteurs voire des sour ces de stockage électrique. C'est le concept du consommateur pr oactif. Le réseau doit s'adapter , en étant lui-même flexible, et permettre ainsi de gérer la liberté de raccordement et d'usage en tirant parti des opportunités technologiques telles que les TIC, les compteurs intelligents ou l'intelligence embarquée en réseau. On arrive ainsi à l'avènement du concept des réseaux intelligents, ou smart grid. Cependant, on constate que ce concept est défini de manièr différente aux États-Unis, en Europe ou encore e en Chine. Les différentes définitions mettent plus au moins l'accent sur la gestion intelligente du système et de son équilibr e, de l'intégration des énergies r enouvelables et du consommateur proactif, du renforcement de l'efficacité énergétique et de la qualité de l'électricité, ou même sur la cybersécurité dans les réseaux électriques. L'une des caractéristiques importantes du smart grid est qu'il se déplace jusqu'aux appar eils électroménagers, qui peuvent réagir individuellement par rapport à des signaux, en of frant ainsi des services au réseau ou en participant à la gestion de la pointe, tout en préservant le confort du consommateur. De ce fait, les appareils doivent être compatibles smart grid. Il est à noter que la consommation est caractérisée par le fait qu'elle est variable. La production s'adapte à la consommation, car il est primor dial d'équilibrer la production et la consommation à tout instant. Cependant, l'arrivée massive d'une forme de pr duction décentralisée, elle-même o variable et souvent non pilotable, impose de r egarder vers la consommation comme moyen d'équilibrage et est donc un impératif plus important pour son pilotage. Dans cette perspective, le smart grid, par son caractère système, permettra d'agir sur la consommation pour l'équilibr e du réseau. Dans ce contexte, le compteur intelligent est certes un dispositif clé mais n'est qu'un élément de cette chaîne du smart grid. Le smart grid est la r encontre du physique et du numérique. Le physique est r eprésenté par le système électrique et le numérique par les TIC. Il est bien connu que la r encontre de disciplines est génératrice de pr oduits et services innovants. C'est entr e autres pour cela que Le smart grid a été utilisée comme un instrument de relance aux États-Unis d'Amérique. Parmi les technologies embar quées et intelligentes qui permettent de répondr e aux objectifs de smart grid, on peut citer les dispositifs auto adaptatifs et intelligents de réglage de tension pour la pr oduction décentralisée. En ef fet, l'une des limitations majeur es du raccor dement de la production décentralisée est la tenue en tension au niveau du réseau et en particulier au point
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de raccordement. Pour fair e face à cette situation de limitation qui, de fait, bloque à raison le raccordement de cette production, il est indispensable d'investir dans l'infrastructur électrique e ou tout au moins de se doter de moyens de réglage de tension, à l'image du réseau de transport, qui doivent être coordonnés, ce qui nécessite une infrastructure de communication et de traitement de l'information à un niveau centralisé. Le caractèr e dispersé, large échelle, et de situation changeante du nombre de ces productions limite l'applicabilité des solutions existantes au niveau du réseau de transport. Il est donc indispensable si l'on ne veut pas surinvestir d'imaginer des solutions décentralisées et intelligentes. C'est le cas du régulateur de tension intelligent à consigne autoadaptative qui peut être associé facilement à n'importe quelle pr duction décentralisée. C'est o une technologie française développée au sein d'Idea à Gr enoble. Ces nouvelles technologies permettent d'augmenter la capacité d'accueil du réseau, dans certains cas particuliers, de deux à trois fois sans modifier la structure du réseau. Qu'en est-il des bénéfices du smart grid et pour qui ? Une compagnie d'électricité californienne a fait une analyse des bénéfices attendus du smart grid. Le résultat est montré par rapport à dif férents segments techniques tels que la réduction de l'impact des perturbations ou des pannes, la réduction des pointes de consommation, l'augmentation du taux de pénétration des énergies r enouvelables, etc. Mais il est aussi à r emarquer que des bénéfices de type externalités sont également quantifiés, notamment le fait que les technologies smart grid et les innovations qui seront induites sont génératrices de croissance du PIB et donc d'emplois. Comme je l'ai mentionné au début, il y a des dif férences dans la définition du concept de smart grid entre les États-Unis, l'Europe et l'Asie. En effet, les réseaux dans ces continents ont différentes histoires et donc différents impératifs. En effet, aux États-Unis, le réseau d'électricité est très étendu. La densité est très faible et l'infrastructure électrique est très vétuste, beaucoup plus âgée qu'en Europe. De même, l'automatisation de la distribution est globalement très faible. En Europe, la densité de charge de consommation est moyenne ou haute, l'automatisation de la distribution y est plus importante et la pr oduction décentralisée est sur la montée. Bien qu'il existe des déclencheurs communs de part et d'autr e des deux continents, tels que les besoins de qualité, d'ef ficacité énergétique, de r enouvellement de l'infrastructur e électrique, les deux points majeurs qui dif férencient l'Europe des États-Unis sont l'intégration du mar ché de l'énergie et des énergies renouvelables pour le Vieux Continent, la prévention des black-outs et la régulation des pointes pour l'Amérique. Au niveau européen, l'agence internationale de l'Énergie prévoit l'investissement de 1700 milliards d'euros d'ici à 2030 dans le secteur électrique dans l'Europe des 27 ; 50 % seraient consacrés au réseau, 50 % à la pr oduction. En outr e, les États membr es sont censés encourager la modernisation des réseaux. Depuis 2005, la Commission eur opéenne a mis en place une plate-forme technologique smart grid qui a permis de réunir plus de 200 acteurs et parties prenantes au niveau européen dans le secteur électrique et des TIC. Le premier document édité en 2006 définit les réseaux intelligents par la réunion de l'ensemble des acteurs eur opéens. Le document porte sur les recherches susceptibles d'être mises en oeuvre pour la mise en place des smart grid. Le troisième document consiste à déployer ces technologies. Plusieurs actions d'envergur e sur les smart grid sont lancées de par le monde, que ce soit au niveau de la R&D, des démonstrateurs ou de la normalisation. Je présenterai quelques exemples d'expérimentation de smart grid. Ainsi, un projet danois pour le développement d'un réseau intelligent grandeur natur e vise à lier dans une île le véhicule électrique aux énergies renouvelables ; le pr ojet Edison. Dans cette île, l'éolien couvr e 50 % des besoins d'électricité. La charge du véhicule électrique est ainsi synchr onisée avec la disponibilité de l'énergie éolienne et le véhicule électrique est utilisé pour r estituer l'énergie stockée au réseau selon les besoins. Le Danemark vise 10 % de véhicules électriques en circulation à l'horizon de 2020. De l'autre côté de l'Atlantique, aux États-Unis, en 2009, 4,5 milliar ds de dollars, sur un budget de 32 milliar ds, ont été alloués par le Département de l'Énergie (DOE) au développement des smart grid. De plus, 10 millions de dollars sont consacrés à un organisme de standar disation,
le NIST National Institute for Standar ds and T echnologies , pour le développement de la normalisation sur les smart grid . Par ailleurs, le DOE participe à hauteur de 50 % des investissements faits par les compagnies d'électricité dans le domaine des smart grid. Enfin, 400 millions de dollars sont consacrés par le gouver ement américain aux programmes de l'Arpa, n agence consacrée à l'indépendance énergétique des États-Unis, ainsi qu'aux technologies de rupture qui améliorent la compétitivité des entr eprises américaines. Globalement, en incluant le renouvellement des réseaux, les smart grid représentent un enjeu de 2 000 milliar ds de dollars aux États-Unis d'ici à 2020. L'un des intervenants du film diffusé en ouverture estimait que les smart grid pourraient diminuer les émissions de CO2 de 25 %. Il n'est pas aisé de calculer cet impact sur les émissions, car cela dépend beaucoup des situations de réseau et des mix énergétiques utilisés. Certaines études aux États-Unis supposent plutôt que le réseau intelligent pourrait diminuer les émissions de CO2 de 9 à 18 % d'ici à 2020, notamment grâce à la gestion des pointes. De même, les smart grid permettraient des économies d'énergie de 4 à 8 %, ce qui r este très élevé au r egard des énergies mises en jeu. Un autre point porte sur la qualité. En France, on utilise le critèr e « B », qui est de l'or dre de 65 minutes d'électricité coupées cumulées par an pour le consommateur , contre 200 minutes aux États-Unis, en dehors des événements exceptionnels. Les Américains veulent diminuer ce seuil de 200 à 10 minutes par an par le biais des technologies smart grid , ce qui est extrêmement ambitieux. Cependant, la transition du système actuel vers plus d'intelligence avec une intégration poussée des TIC dans un contexte de multiplicité d'acteurs et de complexité cr oissante ne peut pas se faire sans maîtrise des transitions, d'autant plus que l'industrie électrique est habituée à des transitions relativement lentes, compte tenu du caractèr hautement capitalistique de ce secteur e . En effet, le développement des smart grid est lié à un certain nombre de contraintes, comme les conditions économiques et les modes de financement, les paliers de transition du réseau actuel vers le smart grid . La dif férence d'évolution entr e le déploiement des technologies du secteur électrique (de l'or dre de 30-40 ans) et du secteur des TIC (de l'or dre de 3-4 ans), est telle que cela pose la question du risque technologique, de la réglementation et de la standardisation, des considérations sociétales, etc. Je présenterai désormais la synthèse du colloque d'aujour d'hui, qui n'est pas une tâche aisée, du fait de la richesse des débats. Lors des exposés intr ductifs, les messages ont principalement o porté sur le changement du paradigme et le tournant de l'histoire de l'énergie. Le Pr. Chevalier a invité à repenser le système électrique. Ensuite, l'historique de l'avènement des smart grid, a été présenté par Christian Stoffaes, qui a insisté sur le poids des acteurs des TIC qui voient dans les smart grid un véritable relais de croissance dans le domaine de l'énergie. Les défis attendus par les smart grid ont été présentés. Le Pr . Chevalier a livré quelques messages clés. Il faut r evenir aux fondamentaux, à savoir la satisfaction des besoins anciens et nouveaux. Les nouveaux se réfèr ent par exemple à ceux qui dépendent des vecteurs électriques comme Internet ou les box. L'équation de Johannesburg est complexe : elle suppose d'agir à différents niveaux, du global à l'individu en passant par le régional et la collectivité, dans un contexte géopolitique délicat. Le Pr . Chevalier a mis l'accent sur les partages d'expérience et la réémergence d'une approche bottom-up. Les smart grid permettent aux consommateurs d'agir de manièr e intelligente. La première table r onde a été l'occasion d'évoquer la pr oduction décentralisée. Le pr emier point important a porté sur l'objectif consistant à réduir e la consommation en lien avec les énergies r enouvelables. L'appropriation des questions énergétiques par le citoyen permet déjà de réaliser des gains importants en termes de réduction de la consommation.
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Nous avons également évoqué l'impact des véhicules électriques sur la consommation d'électricité. Ce système suppose d'êtr e piloté de manièr e fine, en évitant que tout le monde recharge sa batterie pendant l'heur e de pointe. Les parkings pourraient êtr e utilisés pour brancher les batteries sur les panneaux photovoltaïques. Enfin, le « véhicule électrique-to-grid » peut être une source de stockage en injectant de l'énergie vers le réseau. D'autres interventions ont porté sur le vecteur énergétique chaleur , dont une partie de la production vient des énergies r enouvelables. Ces réseaux sont en lien avec l'implication des collectivités dans la question énergétique. Les intervenants se sont également demandé comment atteindre le facteur 4 dans un contexte de fragmentation des compétences entr e les dif férents échelons au r egard des questions énergétiques. Le développement de la pr oduction décentralisée suppose de mettr e en place un nouveau type de gouver nance. La mise en place d'un plan Énergie est indispensable. Le changement brutal du rachat de l'énergie issue du photovoltaïque peut changer les comportements. L'appropriation des questions énergétiques par le citoyen consommateur est un point important, sur lequel la pr emière table ronde a particulièrement insisté. Jean-Marie Carton a souligné que le consommateur était interpellé et intér essé par les questions énergétiques, ce qui suppose de l'impliquer dans la gestion intelligente de l'énergie. Le diagnostic de l'existant est essentiel pour diminuer la consommation. Il convient de tir er parti de toutes les expériences en France et à l'inter national. La décentralisation permet une convergence entr e le bâtiment, les véhicules électriques et le réseau. Cette convergence offre une vision globale de l'énergie à l'échelon local en liant des systèmes qui s'ignoraient. La seconde table r onde a principalement porté sur les smart grid. Le réseau a été présenté comme un facteur d'économie d'échelle et de solidarité. Cependant, ce système est de plus en plus complexe et vulnérable. Il ne s'agit pas d'augmenter les coûts. Le gestionnair e est un véritable chef d'or chestre. La discussion a particulièr ement porté sur le lien entr e le réseau intelligent et le client final. Il a été rappelé que l'analyse fine de cet ensemble favoriserait l'optimisation du système, ce qui permettrait de dégager des gains. L 'accent a été particulièrement porté sur la participation active du consommateur à ce système et aux technologies qui lui permettent de faire partie de cet univers à son avantage. Les réseaux intelligents supposent d'intégr er de nouveaux usagers. Linky of frira la MDE à tous les consommateurs et apportera du confort via le télérelevé. Ce système aura des implications sociologiques mais soulève des questions d'appr opriation des questions énergétiques. Il suppose de revoir le modèle économique d'affaire ainsi que la régulation. Ainsi, le représentant de Cap Gemini a suggéré de modifier la régulation à tous les niveaux. Les membr es de la table ronde ont invité à penser les smart grid avec les consommateurs. Le rôle des autorités concer nées a été présenté en rappelant qu'elles étaient les pr opriétaires du réseau. Elles ont un rôle à jouer dans les smart grid, en lien avec le citoyen. Le smart grid est intégré dans le développement des filières industrielles selon un véritable plan d'action qui structure la recherche et la formation autour de l'industrie. En tant que pr ofesseur à Gr enoble, je suis très sensible au lien entr e la r echerche et la formation. J'ai constaté l'appropriation de la question énergétique par les jeunes étudiants. Nous avons créé l'école de l'Énergie, de l'Eau et de l'Envir onnement, à laquelle les jeunes se sont particulièr ement intéressés. Le nombr e de jeunes femmes qui s'intér essent à cette question a beaucoup augmenté au cours des dernières années. Parmi les sept thèses placées sous ma r esponsabilité, six sont préparées par des femmes, ce qui représente une évolution majeure dans ce secteur. La dernière partie de ma synthèse portera sur les enseignements. De nombr uses questions ont e porté sur la gouver nance énergétique, dans le contexte d'un mouvement inéluctable vers des énergies décentralisées. Il convient de se demander comment pr ndre en compte l'individu dans e
la question énergétique. Le côté centralisé apporte des gains économiques. Il créera une cohabitation entre centralisé et décentralisé, ce qui suppose de rechercher une harmonie. L'électricité est vitale pour la société contemporaine. De nos jours, rien ne fonctionnerait sans électricité : ni les feux rouges, ni les pompes à essence, etc. Cependant, bien qu'elle soit vitale, il convient de ne pas oublier les autr s vecteurs, comme les réseaux de chaleur notamment ceux e , issus des énergies renouvelables. Le secteur de l'énergie est caractérisé par une concentration des acteurs. La conséquence est la faible appropriation des questions énergétiques par la population française. Il est nécessair e d'améliorer cette appropriation. Dans cet environnement, il est nécessaire de faire de la pédagogie « énergétique », d'intégrer le consommateur individuel dans la chaîne d'optimisation globale, de repenser les modèles d'affaire et de faire évoluer les régulations dans un esprit gagnant-gagnant. En matière de gouver nance, il convient d'éviter les divergences entr e les objectifs nationaux et les situations locales. À partir d'une certaine échelle de territoire, la collectivité devient un acteur à part entière qui offre le levier d'action nécessaire. Le Grenelle II a mis en évidence la possibilité d'imaginer une gouvernance locale de l'énergie. Enfin, il faut oser une appr che globale de cette o fragmentation. Les pr ofessionnels du transport, du bâtiment, du réseau et de la pr oduction doivent adopter une appr oche globale au niveau local. La gouver nance entr e l'État et les collectivités doit être concertée en matière d'énergie. Dans ce contexte, les smart grid représentent une opportunité pour notr Il est donc nécessaire de ne pas manquer cette évolution majeure e société.
Claude MARTINAND
Je remercie Nouredine Hadjsaid pour la qualité de sa synthèse. Pierr e Lasbordes remplace le président de l'office parlementaire d'Évaluation des Choix scientifiques et techniques (OPECST), dont il est le vice-président. Il est également le président du gr oupe parlementair e sur l'espace. Il se passionne pour les questions scientifiques et techniques. L 'énergie n'est pas sa spécialité, mais en tant que député du plateau de Saclay, il nous donnera probablement des informations très intéressantes.
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Discours de clôture Pierre LASBORDES
député de l'Essonne, président de l'office parlementaire d'Évaluation des Choix scientifiques et technologiques
En préalable, il ne me semble pas inutile de r situer l'office parlementaire d'Évaluation des Choix e scientifiques et technologiques dans le paysage institutionnel, car certains des participants ne le connaissent peut-être pas. Il s'agit d'une délégation du Parlement, composée à parité de 18 députés et de 18 sénateurs, et s'appuyant sur un conseil scientifique comportant les plus éminentes personnalités de la recherche française. Le Parlement a pour fonction fondamentale de voter la loi, mais l'of fice intervient sur les sujets d'ordre scientifique ou technologique en amont de la loi, contribuant même à définir le contenu des lois sur certains sujets. Ce fut le cas pour la gestion des déchets nucléair s, mais aussi pour e les règles de bioéthique. L'office intervient aussi en aval de la loi pour le suivi de sa mise en oeuvr e. Ce suivi correspond à une mission générale de contrôle du Parlement, qui lui permet de conduir e des enquêtes sur les administrations publiques et de vérifier les conditions d'application de la loi. Une mission récente vient ainsi d'êtr e lancée pour l'évaluation du Plan national de gestion des matièr es et déchets radioactifs. L'OPECST traite les questions d'énergie depuis le début des années 1990, lorsque le gouvernement et le Parlement lui ont confié le suivi de la double question de la gestion des déchets nucléaires et de la sûreté nucléaire. Mais l'office suit aussi la question des énergies renouvelables depuis la fin des années 1990 [rapport Miquel-Poignant de 1999 sur le recyclage des déchets ménagers (méthanisation), rapport Galley-Gatignol de 2001 sur la pile à combustible, rapport Birraux-Le Déaut de 2001 sur les énergies renouvelables]. Les colloques sont des lieux d'échange qui permettent parfois de r ecueillir des informations factuelles lorsqu'on y révèle l'aboutissement d'une r echerche ou le lancement d'une opération inédite. Mais les informations échangées concer nent plus souvent l'état des réflexions et les perspectives dans lesquelles s'inscrivent les acteurs du secteur concerné. Clairement, ce colloque-ci r elève de cette seconde intention, ne serait-ce qu'en raison de la profondeur historique dans laquelle les organisateurs ont d'emblée voulu inscrire les débats. Mes propos se donneront donc tout d'abord la liberté d'une analyse retraçant ce qui me semble constituer des tendances de longue durée. Mais je m'ef forcerai néanmoins de conclur e en revenant de manière plus réaliste aux enjeux des développements industriels en cours. Je commencerai par formuler un paradoxe : dans le domaine de l'énergie, les pr ogrès technologiques semblent pour une part nous ramener en arrière. Je veux dire par là qu'ils nous permettent d'exploiter, avec des moyens démultipliés permettant la précision et l'optimisation, des solutions déjà exploitées empiriquement dans le passé. Bien sûr, les éoliennes, qui sont devenues en quelques années des équipements gigantesques et sophistiqués, constituent un symbole visible de cette évolution et, quand je dis « visible », je pourrai même dire parfois « trop visible ».
Mais je fais surtout référence ici à la révolution invisible qui se prépar dans le domaine du bâtiment. e Je sors d'une étude sur la performance énergétique des bâtiments qui a été commandée à l'OPECST par le gouver nement et le Parlement dans le cadr e de la loi Gr enelle 1. Et il est frappant de constater que les solutions qui sont mobilisées pour diminuer la consommation des bâtiments constituent une manière de retrouver des pratiques traditionnelles de construction qui se sont perdues dans l'euphorie des « trente glorieuses », c'est-à-dire dans une période où les besoins démographiques et l'abondance de l'énergie ont poussé à développer des méthodes de construction privilégiant la quantité sur la qualité. Sans même évoquer l'intérêt d'optimiser la récupération d'énergie via des capteurs solair es photovoltaïques ou thermiques, la simple orientation du bâtiment par rapport aux évolutions de l'ensoleillement et à la dir ection des vents dominants permet d'économiser des kilowattheures ; aujourd'hui, cette orientation est calculée pour êtr e optimisée, mais n'importe quel bâtisseur de masure du Moyen Âge savait qu'il fallait ofrir le maximum de surface aux rayons f du soleil pour avoir moins froid. De même, la prise en compte du facteur de forme, qui compar e le volume intérieur à la taille de l'enveloppe extérieur e, afin de minimiser la surface d'échange avec l'extérieur , tr ouve sa concrétisation empirique la plus parfaite dans l'igloo, qui n'a pas la forme d'une demi-sphèr e par hasard. Si l'on ajoute à ces paramètres géométriques de construction le développement de la géothermie, en liaison notamment avec les pompes à chaleur l'idée d'exploiter les calories encore disponibles , dans les eaux usées, ou les pr ogrès dans les matériaux d'isolation, qui pr ennent le r elais des anciens torchis déjà basés sur le principe de minuscules alvéoles piégeant de l'air immobile, on constate que les préoccupations envir onnementales, stimulées par la menace de l'ef fet de serr e et la perspective de l'épuisement des énergies fossiles, ont abouti à dynamiser les technologies permettant d'optimiser l'utilisation de l'énergie sur place. Avec la production d'électricité photovoltaïque, la microcogénération au bois, les microéoliennes, qui permettent d'envisager des bâtiments à énergie positive, on voit même se dessiner une tendance allant vers l'autonomie locale d'énergie. Cette tendance ne peut pas êtr e considérée comme anecdotique lorsqu'on sait que le secteur du bâtiment consomme en France 45 % de l'énergie primaire. On peut s'interr oger sur l'extension de cette tendance au secteur des transports, et l'on peut en déceler certains indices : l'Ines teste l'idée de recharger les batteries des voitures électriques garées au parking grâce à des panneaux photovoltaïques ; on voit apparaîtr e des navettes de transport maritime fonctionnant majoritairement à l'énergie solaire. Tous ces indices constituent comme les prémices d'une évolution qui r edonne de l'importance à la production décentralisée d'énergie, sur le lieu de consommation, par opposition au modèle qui a conduit depuis le XIXe siècle, avec l'éclairage au gaz, puis l'électrification, au développement de la consommation d'énergie à partir d'une source centralisée distribuée par un réseau. Cette concurrence entre les progrès technologiques d'un service produit localement et du même service distribué en réseau à partir d'une sour ce centralisée a connu un précédent dans le domaine de l'informatique, qui s'est développé d'abor d sous la forme des gr os ordinateurs, c'est-à-dire de capacités de calcul centralisées auxquelles on ne pouvait avoir accès qu'à travers un réseau de terminaux passifs, et qui a connu ensuite la révolution de la micr o-informatique, c'est-à-dire la multiplication des capacités de calcul décentralisées. On sait comment cela a évolué : le réseau a r epris le dessus, en devenant un support de coor dination pour l'utilisation des micr o-ordinateurs, et le succès d'Inter net illustr e ce rééquilibrage des rôles r espectifs des capacités de calcul accessibles en réseau et de celles disponibles localement. La différence entre un serveur et un poste de travail s'estompe. V de loin, u il n'y a plus que des machines dialoguant entre elles à travers le réseau.
Discours de clôture Pierre LASBORDES
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
On peut s'interr oger sur la portée prédictive de ce précédent historique pour l'évolution technologique de l'énergie, en considérant que l'importance nouvelle donnée aux énergies renouvelables correspond à l'émergence d'un mode décentralisé de gestion de l'énergie. Il n'est pas certain que le réseau là aussi reprendra le dessus en assurant la coordination de la gestion des sources décentralisées d'énergie, ainsi que le suggère le modèle du smart grid. On peut à cet égard faire trois remarques : d'abord, la mise à niveau des réseaux est beaucoup plus lourde dans le domaine de l'énergie que dans le domaine de l'informatique. Cela est lié à ce que ces réseaux transportent. D'un côté, un transport d'information ; de l'autr e, un transport physique. Or , toutes les possibilités ouvertes par le perfectionnement de la compr ession numérique et du traitement du signal n'ont pas de correspondance dans l'ordre physique ; avec l'énergie, il est beaucoup plus dif ficile d'accr oître la capacité de transport d'un tuyau sans changer physiquement la nature du tuyau. Cela suppose donc des investissements plus importants ; ensuite, cette mise à niveau des réseaux pose plus de dif ficulté, pour l'énergie, en termes d'acceptation sociale, du fait de la danger osité intrinsèquement plus grande du contenu transporté : du gaz, ou des courants forts, par opposition aux courants faibles des télécommunications ; enfin, l'émergence des solutions de gestion locale est stimulée par un avantage de prix pour le consommateur final, qui fr eine le développement des solutions de distribution de services en réseau. Cette problématique est au coeur de la réflexion sur le développement des réseaux de chaleur, dont la rentabilité se trouve remise en cause du fait du déploiement de la construction à basse consommation, car, en permettant une gestion plus économe de l'énergie locale, celle-ci rend moins nécessaire des apports externes de chaleur. La réflexion sur les paramètres qui joueront un rôle essentiel sur respectivement les développements , technologiques de la gestion en réseau et de la gestion locale fait r essortir l'importance de la fonction de stockage d'énergie : la vitesse de développement de l'un ou de l'autr e dépendra en particulier du service rendu dans ce domaine clé. Dans le domaine de l'informatique, le r tour en force du réseau résulte en ef et directement d'une e f capacité de stockage accrue qui se traduit par une fiabilité dans la conservation des données, qui se traduit par un r enforcement de l'ubiquité des services of ferts : aujourd'hui, on en est au stade de la possibilité de gérer les tâches bureautiques en ligne (traitement de texte, élaboration des feuilles de calcul, constitution de bases de données), avec des fichiers accessibles en ligne. On peut imaginer que si les pr ogrès sur la pile à combustible, par exemple, en termes de sécurité et de coût, permettent un stockage de l'énergie au niveau local capable d'absorber les fluctuations saisonnièr es des besoins, c'est-à-dir e en donnant le moyen de pr ofiter l'hiver des excédents d'énergie photovoltaïque accumulés sur place en été, alors la distribution en réseau d'énergie perdra un avantage comparatif essentiel. Il s'agit là d'une hypothèse d'école, mais les voies de la science sont impénétrables. À l'inverse, un réseau qui développerait fortement ses services de stockage d'énergie pour répondr e à toutes les fluctuations des besoins, quotidiennes ou saisonnières, sans variations importantes de prix rendrait moins rentables économiquement les efforts de gestion de l'énergie au niveau local. Avec ces considérations sur la capacité de stockage du réseau, j'en reviens à des perspectives technologiques un peu plus rappr ochées, qui corr espondent à l'émergence annoncée des réseaux intelligents, les fameux smart grid . En ef fet, un réseau en soi, en inter connectant des acteurs qui ont des besoins dif férents, non synchr ones, of fre un service de stockage implicite à l'échelle de l'ensemble des utilisateurs : celle qui lui permet de mettr e à disposition des uns le surplus instantané de pr duction des autres. Plus le réseau s'étend géographiquement o (comme on s'ef force de le fair e en France en doublant la capacité du transit transfr ontalier d'ici à 2016), plus on accr oît sa réactivité (qui est au coeur de l'idée des smart grid), plus cette capacité implicite de stockage s'accroît.
On peut à cet égard faire une analogie avec les marchés financiers, dont la performance en termes de mise à disposition de moyens de financement pour l'économie s'accroît d'une part lorsqu'ils s'étendent, c'est-à-dire lorsqu'ils permettent l'interaction d'un plus grand nombr e d'acteurs, et d'autre part lorsqu'ils se sophistiquent, c'est-à-dir lorsqu'ils répondent à des besoins de plus e en plus fins, comme le font les smart grid . L'analogie vaut aussi pour la fragilité qui forme la contrepartie de cette performance, qui est, dans les deux cas, de même natur e : en ouvrant plus largement les possibilités d'interaction entr e les acteurs, on accr oît leur inter dépendance, et donc on r enforce l'ef fet domino. On en a eu l'illustration avec le black-out partiel du 4 novembre 2006 en Europe. Cependant, le développement de la capacité de stockage implicite permise par un réseau plus performant ne vaut que dans une certaine limite, celle des déséquilibr es instantanés de pr oduction et de consommation à l'échelle géographique couverte. Une r eprésentation symbolique en est donnée par le décalage de l'heure de pointe de consommation entre le nord et le sud de l'Eur ope : du fait des modes de vie dif férents, expliqués par les variations de l'intensité de la lumièr e naturelle, elle intervient plus tôt en Grande-Br etagne et plus tar d en Espagne, ce qui permet à la France de profiter des capacités de production de ces deux voisins au moment de sa propre pointe. Mais le réseau ne four nit pas une solution aussi immédiate pour la couvertur e des variations saisonnières des besoins. Pour répondr e à ces variations, le réseau d'énergie a besoin de l'assistance d'équipements spécifiques. Dans cette perspective, les capacités de stockage du gaz revêtent une dimension stratégique, et la France est le pays le mieux pourvu en Eur ope à cet égard, avec une capacité de stockage équivalent à 28 % de sa consommation annuelle, contre 22 % en Allemagne, et 18 % en Italie. L'approvisionnement en GNL se fait aussi à travers les grands ports méthaniers, qui constituent aussi des équipements complémentair s d'ajustement. e S'agissant de l'électricité, ces équipements complémentair es prennent aujourd'hui la forme historique des Step de montagne. On évoque la capacité de stockage additionnelle que va représenter l'ensemble des batteries des véhicules électriques, mais celle-ci ne constitue pas une solution pour le lissage des déséquilibres intersaisonniers. À l'occasion du précédent rapport sur la stratégie de r echerche en énergie, un voyage aux États-Unis a permis de découvrir qu'on y conduisait des réflexions poussées sur le développement des systèmes à air comprimé (CAES Compr ssed Air Energy Storage). Le rapport a plutôt conclu e à la préconisation de la construction d'un ou plusieurs atolls de stockage d'énergie dans la Manche, en profitant de l'existence d'un plateau continental peu pr ofond et d'une pr oximité des grands lieux de consommation industriels et urbains. C'est une idée défendue par l'ingénieur François Lempérière, spécialiste à la fois des barrages et des usines marémotrices, consultant de grands p ays très soucieux de développer leur système énergétique, comme la Chine et l'Inde. Il y a fort à parier que l'idée sera mise en oeuvr e ailleurs dans le monde avant de r evenir en France avec les atours malheur eusement indispensables du précédent étranger ; le coût par rapport à la puissance disponible est du même ordre de grandeur que celui d'une centrale nucléaire (1 milliard d'euros par gigawatt), sauf que cela permettrait un stockage massif d'énergies renouvelables. En conclusion, je dirai que le réseau va certainement continuer à jouer un grand rôle dans les systèmes énergétiques futurs mais que sa place dépendra de sa capacité à évoluer , car sur une longue période, il va subir la pr ession concurrentielle des systèmes technologiques décentralisés, à travers notamment le développement des bâtiments à énergie nulle ou positive.
Discours de clôture Pierre LASBORDES
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Notes
Notes : Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
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Claude Martinand
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
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INVALIDE) (ATTENTION: OPTION prises y sont encore favorables. En ef fet, les industriels ont intr oduit des règles de consommation dans leur pr oduction : ils voient ce qu'ils pr oduisent et ce qu'ils consomment. Or cette analyse sur un an et demi a mené les personnes à réduir e naturellement leur consommation en constatant son évolution. Nous pouvons fair e évoluer les mentalités. Je suis persuadé que les gens accepteraient un changement de méthode. Il ne faut pas non plus oublier la notion de prix. Nous avons voulu un tarif réglementé, peu onéreux. Or ce tarif réglementé est très pervers, car certains en ont pr fité, alors qu'il a appauvri o d'autres personnes. Nous nous demandons s'il y a un juste prix par rapport à l'énergie. Cette question croise le financement des régions, le financement local, etc. Il convient de mettr e en place un véritable pr ogramme sur vingt à cinquante ans qui accompagne l'ensemble de ces questions, car cela ne touche pas que l'énergie. La réflexion sur ce point n'est pas aboutie. Ce sujet n'a pas été apporté dans le cadr e du Grenelle. Dès que la politique va s'en empar er, il concernera uniquement les entreprises privées, les grands monopoles. De cette manièr , nous e retrouverons tous les travers connus ailleurs.
Denis CHEISSOUX
Qui doit être moteur de cette réflexion ?
Jean-Marie CARTON
Cette réflexion doit êtr e prioritair ement prise en charge par les régions, les départements, les maires, les ONG, etc. L'ensemble des parties prenantes doivent se mettre autour de la table sans être influencées par d'éventuels lobbys. Nous avons observé l'ef fet de la taxe carbone. Nous étions très favorables à une certaine équité de la contribution Climat-Énergie. La suppr ession de la taxe carbone soulèvera autant de pr oblèmes que si elle existait. En outr e, tout le monde la critiquait lorsqu'elle existait, alors que 55% des personnes interrogées regrettaient sa disparition. Il convient de gérer une multitude de paradoxes.
Denis CHEISSOUX
Des clients veulent un habitat natur el, une maison écologique, mais ce système soulève un problème d'assurance et de matériaux. La Capeb a dû mettre la profession en mouvement.
Jean-Marie CARTON
Jusqu'en 2005, la Capeb ne parvenait pas à intégr r la notion de développement durable à travers e tous les métiers. Après deux ou tr ois ans de réflexion, nous avons créé le label Éco-artisan, qui permet de transformer l'ensemble des métiers dans le sens du développement durable.
Denis CHEISSOUX
Le plâtrier ou l'électricien peuvent-ils avoir le même label ?
Jean-Marie CARTON
Nous avons mis des formations à disposition de ces professions ; 7 000 entreprises ont intégré la démar che Éco-artisan. Elles n'ont pas toutes obtenu le label, car la sélection suppose de passer un examen, etc. Aujour d'hui, il consiste à labelliser un certain nombr e d'entreprises. Il y en a plus de 1 500 aujour d'hui. Nous en labellisons régulièr ement. Dans les germes de l'artisanat, il y a tous les germes attendus d'une société plus humaine, en capacité de s'intéresser à cette économie de pr oximité. Nous sommes en capacité de nous adapter à la mise en oeuvre du développement durable. Une étude a été publiée il y a quinze jours par l'Ademe sur les résultats de l'après-Gr enelle en se demandant ce que la formation de 22 000 entr eprises donnait sur le terrain. Cette étude révèle que les entr eprises formées amènent plus de confort, plus d'économie, plus de service et de conseils au consommateur . Cette comparaison est très favorable sur douze mois. Le résultat de cette étude menée sur un petit noyau d'entr prises est déjà pertinent. Nous avons e l'ambition d'aller plus loin. Le photovoltaïque est un marché qui aurait dû nous échapper, car il est plutôt d'attrait financier avec des r endements présentés de 12 ou 14 %. Les intervenants de ce secteur sont des réseaux très commer ciaux qui utilisent une main-d'oeuvr e qui ne r elève pas de l'artisanat. Nous avons découvert un réseau qui compr nd 200 autoentrepreneurs qui n'ont rien à voir avec e l'artisanat. Cependant, les consommateurs subissent des installations non finies, dix fois tr op onéreuses, et qui portent préjudice à l'intérêt de ce dispositif. Hier encor e, un couple de Parisiens âgés avait payé 33 000 eur os pour des panneaux photovoltaïques qui pr oduisent 3 kilowattheur es. Les gens se plaignent vers la Capeb plutôt que vers leur four nisseur. Nous tentons de trouver des solutions. Nous manquons de moyens pour y parvenir, mais c'est une problématique quotidienne.
Denis CHEISSOUX
Quelle est votre perception du compteur intelligent ?
Jean-Marie CARTON
J'ai le sentiment que le compteur intelligent n'a pas été fait pour l'utilisateur , mais pour un fournisseur d'énergie, car il permet d'augmenter le prix de manièr correcte. Pierre Gadonneix e affirme qu'il voulait augmenter le coût de l'électricité de 20 % sans toucher au tarif de base. Un simple système de six tarifs permet d'augmenter le tarif global de 20 %. Le deuxième problème du compteur intelligent est celui de la gestion du réseau. Nous y sommes favorables, mais nous regrettons que le consommateur ne soit pas impliqué dans cette gestion intelligente. Je suis opposé au compteur intelligent, à moins qu'il soit accompagné. Les gens le comprendront. En outr e, ils sont prêts à payer davantage pour que cela soit plus ef ficace. Nous pouvons le mesurer tous les jours. Il faut que ce point soit clair ement affiché, de manière transparente. Je suis certain que le consommateur souhaite s'impliquer , pr oduire, acheter et vendre. En conclusion, il veut être entièrement responsable.
Première table ronde « Quelle énergie au plus près des consommateurs, pourquoi, comment et jusqu'où ? »
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Denis CHEISSOUX
Cette démarche est intér essante pour les débats de cet après-midi. Certains prétendent que le compteur intelligent vise à augmenter les tarifs de l'électricité de 20 %, mais l'accompagnement du consommateur pourrait présenter un certain intérêt. Le suivi de la consommation sur le compteur permet de dégager des économies d'électricité. Les participants à la table ronde souhaitent-ils poser des questions ?
Gérard CRIQUI
DREAL (direction régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement) d'Aquitaine
Je suis surpris par le pr opos concernant l'absence d'outils dont disposeraient les collectivités territoriales. En matière d'énergie, il y a les schémas régionaux Climat-AirÉnergie qui doivent être mis en place en concertation avec le conseil régional et le préfet de région, qui ont pour objectif d'imaginer une politique régionale en matière d'énergie. Par ailleurs, les plans Climat territoriaux devront être compatibles avec ces schémas régionaux Climat-Air-Énergie. En matière de transport, les schémas régionaux et d'infrastructur e de transport institués par la loi sont censés avoir été mis en place par les diférents conseils régionaux en association avec f l'État. En Aquitaine, une réflexion très précise a été menée. Une étude énumèr e toute une série de leviers, et ceux qui les ont en main, pour contribuer à atteindr e un objectif de diminution des émissions de gaz à effet de serre dues au transport de 20 % d'ici à 2020. Nous avons beaucoup parlé des lois du Gr enelle, mais elles ne sont pas les seules à régir l'activité en France, sur le plan énergétique ou le plan climatologique. Elles prévoient tout de même un développement très important du réseau de lignes à grande vitesse et des réseaux de transport collectifs urbains. Certains ont également dit que la r esponsabilité en matièr e de transport est très partagée et que le cadre pour que les dif férents responsables en parlent n'existe pas for cément. Le Srip est un élément de réponse à cette question, mais au-delà, notamment dans l'agglomération de Bordeaux, une association a été créée entr e les dif férentes collectivités (conseil général, conseil régional, communauté urbaine) pour mener une réflexion commune sur les transports collectifs, leur organisation, la billetterie, les informations sur la mobilité, etc. Le Srip prévoit d'encourager les dif férentes collectivités d'Aquitaine à s'engager dans la même voie. Un ensemble de points ont été présentés. Il est r egrettable que la dir ection Énergie-Climat ne soit pas à cette table ronde pour rappeler un certain nombre de dispositifs en place. Un autre aspect très important de compétence des collectivités territoriales, qui a une incidence sur la satisfaction des besoins de transport, concer e l'urbanisme. L'objectif de « ville compact », n d'éco-quartier et d'éco-cité consiste à cesser de construir des logements d'un côté, des emplois e de l'autre, et des universités dans un autre endroit. En conclusion, il suffit que les parties pr enantes qui veulent faire avancer les choses le fassent. Nous avons parlé de la rénovation thermique de l'existant. Des objectifs précis ont été indiqués dans le Grenelle pour les logements sociaux. Une réglementation thermique de l'existant a été récemment mise en place. Elle ne r end pas la rénovation obligatoir e, mais elle rend obligatoire, pour des rénovations d'une certaine importance, le r espect de normes thermiques largement supérieures à celles présentées par les bâtiments. Ce n'est pas la solution, un certain nombr e d'autres points m'échappent pr obablement, mais il est important de présenter l'action de l'administration qui n'est pas présente à cette table ronde.
Denis CHEISSOUX
L'administration devait être représentée. Sandrine Mathy, qu'en pensez-vous ?
Sandrine MATHY
Je répondrai à cette intervention. T out d'abord, il convient de rappeler que la réglementation thermique sur l'existant vaut pour les bâtiments de plus de 1 000 mètres carrés. Le Grenelle de l'environnement contient ef fectivement un pr ojet de création de 2 000 kilomètr es de lignes à grande vitesse, mais la majorité de ces pr ojets était déjà prévue avant le Gr enelle. En outr e, concernant la réalisation de ces pr ojets, il convient de ne pas oublier les pr oblèmes de financement des collectivités. Enfin, certains pr ojets comme la ligne Bor deaux-Irún sont confrontés à une opposition de la population et des collectivités. Quelques jours avant les élections régionales, plusieurs milliers de personnes se sont réunies contr e ce pr ojet. Avant de penser à fair e de nouvelles entailles paysagèr es avec des infrastructur es supplémentaires, il serait peut-êtr e plus ef ficace et plus important de simplement rénover les infrastructur es ferroviaires existantes et de promouvoir les transports ferroviaires régionaux. En revanche, le pr ojet d'autoroute A65 Pau-Langon, qui de mon point de vue est un pr ojet datant d'un autr e temps, un pr ojet rétrograde, dont la r entabilité financière n'est pas assurée, sera construit. Le schéma national des infrastructur es de transport est toujours attendu alors qu'il était prévu dans le Grenelle. Les ONG ont participé à l'élaboration d'une grille de critèr s de e développement durable pour sélectionner les bons pr ojets, mais cette grille n'est toujours pas publiée par l'État, alors que des projets « climaticides » continuent d'être réalisés. Enfin, les schémas régionaux Air -Énergie-Climat sont la nouvelle couche administrative qui s'ajoute aux PCET. Il aurait été peut-être plus cohérent et plus simple d'intégrer les objectifs Climat et Énergie dans les outils de planification qui existaient déjà au niveau des territoir es. Le gouvernement a d'abord obligé les collectivités à mettre en place des plans Climat-ÉnergieTerritoire, puis maintenant à mettre en place les Sraec qui doivent finalement être prêts avant les PCET. Les Sraec sont copilotés par le préfet et la région, le préfet étant le garant de la mise en oeuvre de la politique nationale et de la r etranscription des objectifs eur opéens. La région est responsable de la mise en musique des PCET et des politiques sur le terrain. Outr les problèmes e de bord politique qui sont loin d'êtr e un détail, les objectifs et intérêts du préfet de région et du président du conseil régional ne sont pas les mêmes. En conclusion, il apparaît un véritable problème de cohérence. Enfin, j'ai eu accès à un document du ministère visant à définir les schémas régionaux. On pouvait y lire que l'échelon régional est « sans doute moins pertinent que l'échelon national pour mettre en cohérence production et consommation d'énergie ». Ce genr e d'affirmation va totalement à l'encontre de ce qu'il faudrait faire et du sujet qui nous rassemble aujourd'hui.
De la salle
Je souhaiterais compléter le pr opos de Sandrine Mathy . Il existe une réglementation pour les bâtiments de moins de 1 000 mètr es carrés, pour les personnes qui souhaitent changer de fenêtre ou mener des travaux d'isolation. Cette réglementation est mal connue, mais elle existe.
Première table ronde « Quelle énergie au plus près des consommateurs, pourquoi, comment et jusqu'où ? »
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
De la salle
Dans le domaine des réseaux de chaleur , existe-t-il des études de faisabilité et r entabilité pour utiliser la chaleur pr oduite par l'eau de r efroidissement des centr es de données et des centrales nucléaires ?
Jean-Claude BONCORPS
La question de la récupération de chaleur des centrales nucléair s est périodiquement examinée e depuis trente ans, par exemple dans la vallée du Rhône. Malheur usement, pour les data centers e et les centrales nucléaires, il apparaît une difficulté relative au niveau de température. Les niveaux de température de la chaleur récupérée est assez faible, ce qui conduit à les r emonter par des pompes à chaleur pour utiliser cette chaleur , notamment si elle doit êtr e transportée à une certaine distance. Ce système est assez coûteux. Dans le passé, il n'était pas r entable, mais nous examinons actuellement des nouvelles solutions, notamment la récupération de chaleur dans les égouts par des pompes à chaleur . Toutes ces solutions sont à réexaminer dans la perspective de l'augmentation du coût de l'énergie.
Denis CHEISSOUX
Le centre international de Pierrelatte fournit gratuitement de l'eau chaude pour les crocodiles.
De la salle
La recharge du réseau à partir des véhicules électriques me r nd sceptique, car les batteries ont e une durée de vie de près de 1 000 recharges. La recharge régulière du réseau avec leur énergie ne semble pas rentable d'un point de vue économique.
Thierry KOSKAS
La durée de vie des batteries est de dix ans ou 2 000 cycles, c'est-à-dir e près de 200 000 kilomètr es. Une voitur e qui cir culerait de 10 à 12 000 kilomètr es par an ferait une centaine de cycles par an pour la seule utilisation de conduite. Il r esterait 1 000 cycles disponibles pour l'utilisation de « véhicules-to-grid ».
Jean-Pierre BESSON,
Mission d'inspection générale territoriale Méditerranée
En Corse, la décentralisation des r outes nationales, des aér oports et des ports s'est ef fectuée dix ans avant celle du continent. Sur un certain nombre de plans, la Corse est un laboratoire de ce qui peut se fair e plus tar d en métr opole. La fusion de la région et du département n'a pas réussi, ce que regrettent un certain nombre de personnes. En matière d'énergie et de transport, certains systèmes non rentables aujourd'hui le seront sans doute dans l'avenir Bastia est distant . de 160 kilomètres d'Ajaccio, ce qui correspond à la longueur d'Israël.
La pr oportion de Corses qui cir culent 40 kilomètr es par jour est sans doute plus grande qu'ailleurs. En matière d'énergie, il y a peu de centrales nucléair s. La problématique du coût est e différente. Les centrales de charbon connaissent des difficultés. Parmi les cinq ou six personnes de la table r onde, avez-vous réfléchi aux expérimentations menées en Corse dont certaines sont en avance par rapport au continent ? Il arrive que la Corse soit en avance par rapport au continent. Il convient de tir er parti de toutes les expériences engagées à l'étranger et dans certaines régions.
Denis CHEISSOUX
L'éradication du sac plastique dans les caisses des supermar hés est partie d'une expérimentation c menée en Corse. Cette région sublime peut effectivement être un laboratoire du développement soutenable, au même titr e que la région Paca. Cependant, les centrales corses au fuel sont « asthmatiques ». Un oléoduc de gaz reliera l'Algérie à la Sardaigne puis à la Corse.
Thierry KOSKAS
La problématique insulaire est intéressante sur la voiture électrique, car la Corse est un mar ché potentiel important, bien qu'elle souffre d'un problème d'approvisionnement énergétique. Israël est une sorte d'île, car les habitants n'en traversent pas la fr ontière. Nous étudions aussi la situation de La Réunion, qui connaît des problématiques très comparables.
Sandrine MATHY
Je suis chercheuse au CNRS en économie de l'envir onnement. J'ai initié un pr ojet financé par le programme Énergie du CNRS, qui vise à évaluer d'un point de vue sociologique et économique les conditions de l'autonomie énergétique de territoir es isolés et insulair es. Nous travaillons sur l'Île de la Réunion avec le conseil régional et EDF . La Guadeloupe et la Corse seraient intéressées par l'élargissement de ce projet à leur territoire. Les îles sont des territoires-laboratoires pour étudier ces questions. En outr e, la particularité des îles est liée au fait que le segment électricité coûte plus cher à la pr oduction dans ces territoir es qu'à la vente. Du coup, EDF est véritablement impliqué dans la maîtrise de la demande d'énergie, ce qui participe au développement de projets novateurs.
Denis CHEISSOUX
Le der nier barrage construit au sud de la Corse est une catastr ophe d'un point de vue environnemental. Il dégagera de 2 à 3 % de l'électricité de l'île. Il était question de relier la Corse avec de l'électricité d'origine nucléaire, mais les Corses ont dit qu'ils ne souhaitaient pas de câble relié au continent. Nous parlons bien du particularisme de ce merveilleux pays.
Anaiz PARFAIT
Greenpeace France
Le décr et de la loi Rénovation de 2007 impose un seuil de performance énergétique pour les bâtiments de moins de 1 000 mètr es carrés. Cependant, nous savons que la rénovation thermique ne sera ef ficace qu'à condition d'êtr e systématique. Pour cette raison, il n'est pas possible de parler d'une véritable mesure ; cette loi doit donc être réformée.
Première table ronde « Quelle énergie au plus près des consommateurs, pourquoi, comment et jusqu'où ? »
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Jean-Claude SABONNADIERE,
Professeur à l'Institut polytechnique de Grenoble
La table réunit un spécialiste de l'énergie r enouvelable, un spécialiste des batteries, la Capeb, mais je m'étonne que nul n'évoque la convergence bâtiment/véhicule. En ef fet, il convient de porter l'ef fort dans ce domaine pour construir e un bâtiment à énergie positive. Je souhaite entendre ce que les membres de la table ronde pensent de ce sujet important pour le climat.
Denis CHEISSOUX
La pr emière étape concer ne les bâtiments de basse consommation, la seconde partie les bâtiments à énergie positive, qui existent ailleurs. Ce n'est pas la majorité de l'espèce. Les bâtiments seront prochainement producteurs d'électricité.
Jean-Marie CARTON
Nous réfléchissons évidemment à cette question, car l'intégration de ces technologies est une véritable problématique des artisans. Nous savons produire des bâtiments qui consomment 50 kilowattheur es au mètr e carré, mais nous enr egistrons les limites pour atteindr e le seuil des 20 kilowattheures au mètre carré, techniquement et industriellement. Ce n'est pas très simple. Du bâtiment positif, nous pouvons en fair e avec du bâtiment pourri. V ous pouvez construir e une maison à 250 kilowattheures qui produit de l'énergie. Après 2020, nous aurons des bâtiments à énergie 0, qui pr oduiront davantage d'énergie qu'ils n'en consommer ont. L'ensemble des acteurs du bâtiment s'impliquent dans ce domaine. Il convient d'appr endre à utiliser ces matériaux et à les mettr e en oeuvr e. Nous saur ons très rapidement d'où viennent les pathologies. Il convient d'êtr e prudent sur ce point. Nous r estons réalistes tout en adoptant cet objectif. Les pr oblématiques conséquentes sont les 32 ou 35 millions de bâtiments existants. La déréglementation est en cours de mise en oeuvr depuis 2007 sur l'habitat existant. En 2009, e 79 000 Éco-PTZ ont été élaborés. Ils ont été suivis par sondage. La majorité de ces éco-prêts ont une performance de 30 %. La combinaison de deux à tr ois lots peut êtr e pertinente. Nous sommes en capacité d'améliorer ce point, mais cela suppose de travailler beaucoup, car l'objectif de la rénovation consiste à consommer 80 kilowattheures par mètre carré. Cet objectif supposera de faire du sur-mesure. Nous sommes dans le monde du bâtiment, ce qui suppose d'associer les technologies, les matériaux et les compétences.
Denis CHEISSOUX
Cette évolution est très stimulante. La chimie verte évolue aussi très rapidement en France et en Europe.
Régis MEYER
Grand Lyon
Sommes-nous prêts à voir émerger une autorité locale coor inatrice des questions énergétiques ? d Les services publics sont-ils considérés comme des clients particuliers ? Nous ne le pensons pas, mais doivent-ils l'être ? Les pays développent une appr che intégrée à travers des schémas o directeurs qui ont une appr oche énergétique pour dégager la valorisation des énergies fatales. Cette vision très intégrée doit émerger . La valeur ajoutée d'une collectivité se situe dans
la diversité de ses interactions entr e acteurs et systèmes énergétiques. Les réseaux de distribution ne sont pas très hybrides. Il faudra également se poser la question de l'intégration des systèmes variés. La coor dination locale serait légitimée par la nécessité d'intégrer des systèmes hybrides et variés.
Denis CHEISSOUX
Nous nous situons au coeur du sujet.
Claude MARTINAND
Je souhaite intervenir sur le bâtiment. J'ai présidé le Comop IV . Nous n'avons pas parlé de diagnostic. Or les résultats supposent de les mesur r, d'orienter les meilleures solutions au cas e par cas. Les gens capables de mener des diagnostics de performance énergétique, d'orienter les techniques et de coordonner les métiers qui n'ont pas l'habitude de travailler entre eux sont une question clé pour réussir la rénovation des bâtiments existants. Les bâtiments neufs représentent 1 % du parc par an. L'objectif porte prioritairement sur le parc existant. Le marché des lycées d'Alsace a été signé, mais il faudrait étendr e ce pr ojet à l'ensemble du territoir e. Nous pouvons atteindr e des résultats spectaculair es en économie d'énergie sur les bâtiments existants dans des délais rapides. Il faut que les métiers pour le diagnostic émergent le plus rapidement possible.
Denis CHEISSOUX
Je vous remercie pour cette intervention. L 'objectif de la Capeb consiste à fair travailler entre eux e les artisans, au même titr e que des cabinets de médecine en pr ovince, qui vont se réunir dans le même intérêt du client. Le diagnostic doit êtr e partagé. Je pr opose de vous r etrouver après la pause-déjeuner. Je vous remercie pour la qualité de vos interventions et votre ouverture.
Première table ronde « Quelle énergie au plus près des consommateurs, pourquoi, comment et jusqu'où ? »
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Seconde table ronde « Les réseaux intelligents »
Cette table ronde était animée par les personnalités suivantes :
Alain CHARDON,
Directeur de l'Énergie durable et du Changement climatique, Cap Gemini
Pierre FONTAINE,
Sous-directeur du Système électrique et des Énergies renouvelables à la direction générale de l'Énergie et du Climat du ministère du Développement durable
Nicolas HOUDANT,
Directeur d'Énergie Demain
Bruno LECHEVIN,
Médiateur national de l'Énergie
Pierre MALLET,
Directeur adjoint à la direction Électricité Réseau Distribution France (ERDF)
Alexis GELLÉ,
Chef des services Développement des réseaux de distribution d'électricité et de gaz et Éclairage public, Fédération nationale des Collectivités concédantes et Régies (FNCCR)
1- Alain CHARDON 2- Bruno LECHEVIN 3- Alexis GELLÉ 4- Pierre MALLET 5- Pierre FONTAINE 6- Nicolas HOUDANT 1 2
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Seconde table ronde « Les réseaux intelligents »
Résumé
Pierre FONT AINE, sous-dir ecteur du Système électrique et des Énergies r enouvelables au ministère du Développement durable, estime qu'il convient de mettr e en place un plan d'action pour favoriser le développement des réseaux intelligents dans l'industrie, en vue d'intégr er en Eur ope les nouveaux usages de la pr oduction d'énergie, selon tr ois critèr es : durabilité, consommation et optimisation du parc de production. Quatre axes de déclinaison des smart grid doivent êtr e mis en oeuvr e : participation active du consommateur via les compteurs intelligents et les services énergétiques, intégration massive des énergies r enouvelables dont il faut amélior er la prévisibilité, r echarge intelligente, gestion du réseau. Le groupe de travail de gestion de la pointe de consommation a emis ses conclusions au ministre r début 2010. Il préconise de généraliser le compteur intelligent, de favoriser la r echarge des véhicules électriques en heur es cr euses et de pr omouvoir les nouvelles technologies, notamment celles qui permettent la rémunération de l'effacement. Pierre MALLET, directeur adjoint d'ERDF, estime que les réseaux intelligents doivent êtr e mis en place en veillant à l'inter connexion de tous les systèmes de pr oduction d'énergie, dans un contexte de vieillissement des infrastructures de l'énergie. Il sera également fondamental d'améliorer la gestion de la demande des consommateurs, par le déploiement de 35 millions de compteurs intelligents en France. Le système Linky permettra de collecter des données sur la courbe de charge des consommateurs afin de les conseiller pour améliorer leur consommation. Alain CHARDON, dir ecteur Énergie durable et Changement climatique chez Cap Gemini, considère que la flexibilité des usages de l'électricité est fondamentale pour ajuster l'of fre et la demande d'électricité en Eur ope. L 'effacement de la pointe pourrait atteindr e de 6 à 10 gigawatts en Eur ope en dehors de l'industrie, ce qui permettrait d'éviter l'émission de 100 millions de tonnes de CO 2 par an, soit la moitié de la contrainte attendue d'ici à 2020 par l'Union européenne.
Les compteurs intelligents permettraient au consommateur d'épargner de 2 à 5% de sa facture, soit 13 milliar ds d'euros par an en France. Cependant, il serait préférable d'augmenter le tarif des principaux consommateurs plutôt que de porter les augmentations principalement sur les particuliers. Nicolas HOUDANT , dir ecteur d'Énergie Demain, explique que le conseil aux collectivités locales et administrations permet d'amélior er l'action du niveau territorial sur la consommation d'énergie des particuliers par la création de centrales virtuelles. Énergie Demain travaille principalement avec des régies qui acquièr ent de l'électricité auprès d'industriels puis la r evendent à des particuliers, en leur pr oposant de diversifier leur of fre et de maîtriser la demande en vue d'améliorer l'efficacité énergétique. Alexis GELLÉ, chef de services Développement des réseaux de distribution d'électricité et de gaz et Éclairage public, de la Fédération nationale des Collectivités concédantes et des Régies, estime qu'il convient de rassur er le consommateur inquiet du caractèr e intrusif des réseaux intelligents. Alain CHARDON estime que la moitié des économies d'énergie attendues par l'Union eur opéenne d'ici à 2020 pourraient pr ovenir de la gestion de la flexibilité, la seconde moitié du partage des données relatives à la consommation. Bruno LECHEVIN, médiateur national de l'Énergie, explique que le médiateur a r eçu 14 000 réclamations en 2009. Il estime que la communauté des opérateurs doit accepter la prise en compte des besoins des consommateurs, notamment les millions de ménages qui se situent en précarité énergétique. Pour cette raison, il est essentiel d'êtr pédagogue à l'égard e du consommateur, en privilégiant la communication dans les médias autour des économies d'énergie plutôt que de vanter les records de consommation.
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Denis CHEISSOUX
Merci de nous avoir rejoints après la pause. Le moment après le café est généralement dif ficile. Le débat de l'après-midi sera plus axé sur les réseaux intelligents et les smart grid . Nous commencerons par la projection d'un film américain qui a le mérite de présenter des exemples très parlants. Un film sur les smart grid est diffusé.
Denis CHEISSOUX
Merci pour ce film qui nous permet une entrée en matièr e très intéressante sur les smart grid, ainsi qu'une connaissance fine des consommations et pr oductions. Ce dispositif a un impact très fort sur les comportements. Il se situe au coeur des pr oblématiques des différents intervenants. Les télécommunications, ainsi que le monde du logiciel, vont s'en empar r. Il y aura de nombreux e entrants sur ce secteur, qui fait aussi l'objet d'une rubrique du grand emprunt. Pierr e Fontaine, vous travaillez auprès de Pierr e-Franck Chevet, dir ecteur général Énergie-Climat du ministèr e du Développement durable. Pourriez-vous faire le lien avec ce qui a été dit ce matin ?
Pierre FONTAINE
À l'occasion du débat de la matinée, je voudrais présenter l'initiative du ministr e concernant la structuration des filières industrielles sur la thématique de la cr issance verte. Après un premier o travail d'identification, les énergies r enouvelables (photovoltaïque, éolien, énergies marines, biomasse, biocarburant, etc.) et les smart grid ont été définis comme filières vertes. L'objectif est désormais de mettr e en place un plan d'action pour identifier les technologies d'avenir et structurer une industrie autour de celles-ci sans oublier un volet de formation et un volet de normalisation.
Denis CHEISSOUX
Quels sont les enjeux actuels des smart grid ?
Pierre FONTAINE
Ce terme est très à la mode que ce soit aux États-Unis ou en Eur ope. Cependant, même si le terme est identique des deux côtés de l'Atlantique, ils ne r ecouvrent pas la même réalité. Aux États-Unis, les réseaux sont plus anciens, moins maillés qu'en Eur pe et il y a un très grand o nombre de gestionnair es. Un des enjeux pour les Américains est de moder niser leurs réseaux en améliorant leur sécurité.
En Europe, la situation est différente : la structure des réseaux est plus récente, bien maillée en raison de la densité de population et il y a peu d'opérateurs. L 'enjeu des smart grid en Europe est donc d'intégr er de manièr e ef ficiente les actions de l'ensemble des utilisateurs afin de garantir un approvisionnement électrique durable, sûr et au moindre coût. On voit bien que nous ne sommes pas sur la même logique que les Américains. Nous allons nous concentrer sur le volet consommation et optimisation du parc de production. Tout d'abord un rappel : l'ensemble des évolutions ne devr ont pas aboutir à une diminution de la sûreté et de la qualité des réseaux. Un des enjeux auxquels sont confrontés les gestionnaires de réseaux est que nul ne veut de nouvelles infrastructur es près de chez lui. Or , il faut intégr er le développement des énergies r enouvelables et les nouveaux usages comme le véhicule électrique. Cette situation impose d'imaginer des solutions innovantes avec une optimisation des infrastructur es existantes. Par ailleurs, il ne faut pas oublier le rôle essentiel joué par les interconnexions qui assurent la respiration des réseaux européens et qu'il faudra gérer demain de manière réellement européenne. Quatre axes de déclinaison des smart grid doivent être mis en oeuvre. Le pr emier point est la participation active du consommateur . Les compteurs intelligents permettront de sensibiliser les consommateurs à leur consommation d'électricité par le biais de conseils. De nombr eux pr ogrès sont également à prévoir avec l'ef ficacité énergétique, notamment dans l'électroménager, où on nous présente des systèmes qui analysent la fréquence du réseau et qui gèr ent la consommation en fonction de celle-ci. Enfin, il existe d'or es et déjà des services énergétiques qui permettent une meilleur e gestion de la courbe de charge avec des effacements partiels de consommation. Le deuxième enjeu des smart grid est l'intégration massive des énergies r enouvelables, et un des principaux chantiers se situe dans l'amélioration de la prévisibilité des énergies intermittentes. Toutes les énergies intermittentes ne sont pas aléatoir RTE accomplit de nombreuses actions es. dans ce domaine, et la prévisibilité contribue à la stabilité des réseaux et à de moindr es rejets de CO 2. Une autr e piste de pr ogrès concer ne le stockage d'énergie, encor e balbutiant, qui permettra de lisser une production intermittente et de la rendre prévisible. Le troisième enjeu pour les smart grid est le développement des nouveaux usages, notamment les véhicules électriques et la gestion de leur recharge. Il faut en effet éviter de recharger sa batterie en heure de pointe pour limiter les contraintes du réseau, les contraintes de pr duction et les rejets o de CO 2. Si aujour d'hui le consommateur est habitué à dif férer certains usages, comme celui du ballon d'eau chaude, des systèmes intelligents sont à imaginer pour r endre le dispositif compatible avec la mobilité. Enfin, le quatrième enjeu porte sur la gestion du réseau. La généralisation des compteurs communicants et la r emontée des informations en temps réel of friront une meilleur e connaissance de la situation du réseau, en termes d'incidents et de qualité, notamment dans connexions la distribution. Pour le transport, un des enjeux sera l'optimisation des inter pour éviter les saturations et améliorer les couplages de marchés.
Denis CHEISSOUX
Nous verr ons jusqu'où nous pouvons aller en matièr e d'information. Pierr e Fontaine, vous appartenez au groupe de gestion de la pointe. Quel est son intérêt pour les smart grid ?
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Pierre FONTAINE
Ce groupe s'est mis en place à l'automne 2009 à la suite de la publication du rapport sur la programmation pluriannuelle des investissements en électricité en juin 2009. Présidé par MM. Poignant et Sido, il a r emis ses conclusions au ministr e début avril 2010. Il pr opose un certain nombre de mesures, dont trois sont tout à fait pertinentes au r gard de la problématique e de ce colloque. Tout d'abord, le compteur intelligent a été présenté comme l'un des vecteurs de gestion de la pointe. Je ne r eviendrai pas sur ce point ni sur le second, qui souligne que la recharge des véhicules électriques doit s'effectuer en période creuse. Le troisième point est novateur et très intér essant. Il pr opose la mise en place d'un mar ché de capacités où effacement et production sont valorisés. Cela va ouvrir un champ énorme, avec de nouvelles activités voir e de nouveaux acteurs. Si on r egarde les expériences étrangèr es, notamment américaines, on voit que des agrégateurs d'ef facement se sont développés. Ils proposent à des PME et des commerces de rémunérer l'effacement, par exemple en payant ceux qui coupent leur chauf fage ou la climatisation pendant quinze à vingt minutes. T oujours aux États-Unis, les nouvelles technologies de l'information sont entrées dans le monde électrique : Inter net est ainsi utilisé pour commander à distance certains appar eils voir e les déconnecter du réseau. Et c'est la raison pour laquelle lors des travaux de ce gr oupe sur la gestion de la pointe, on a pr ogressivement élargi nos réflexions au-delà de l'électricité, en invitant notamment les acteurs de la domotique (équipements électriques) et d'Inter net. Il existe un gisement potentiel énorme en aval du compteur qui s'« interfacera » avec le compteur , et toute l'intelligence en amont.
Denis CHEISSOUX
Dans la grande distribution, qui aurait prédit il y a dix ans que Carr efour allait vendre de la banque, de l'assurance, de l'assurance vie, du voyage, etc. ? La grande distribution réfléchit aussi à vendre de l'énergie comme des télécommunications. Pierr e Mallet, directeur adjoint d'ERDF, le réseau fonctionne très corr ectement depuis longtemps. Quel est l'aboutissement de vos réflexions sur ce thème, à ERDF ?
Pierre MALLET
Je suis satisfait qu'une place importante soit accor dée au réseau aujourd'hui. L'une des vertus de la dénomination smart grid est qu'elle fait explicitement référ ence aux réseaux, ce qui situe bien le rôle central de ceux-ci. Rappelons que 50% de la facture d'électricité provient des coûts du réseau, dont un tiers incombe au transport et deux tiers à la distribution. Concevoir les systèmes électriques du futur en ne pr enant pas bien en compte le volet réseau risquerait de conduire à une solution qui ne serait pas optimale. Par exemple, les immenses champs éoliens of fshore, de plusieurs dizaines de gigawatts, en projet au large du Royaume-Uni ou en mer du Nor d devront être reliés au continent par d'importantes lignes. Il en est de même des pr ojets solair es importants dans le sud de la Méditerranée. Sans réseau, le système ne sera pas très pertinent. Ces réseaux doivent êtr e intégrés dans la réflexion.
Denis CHEISSOUX
La sécurité passera-t-elle par le réseau ?
Pierre MALLET
Effectivement, le réseau n'est pas uniquement un système qui achemine l'énergie d'un endr oit à un autre. D'une certaine façon, il contribue à «construire » l'électricité qui est fournie aux clients. Ce pr oduit est plus complexe que ce que nous pourrions imaginer : il faut réduir e autant que possible les interruptions de four niture (coupures longues et brèves, micr ocoupures) et garantir le pr ofil de tension le plus régulier possible, en limitant par exemple les pr opagations d'harmoniques. La qualité de l'électricité dépend du réseau qui alimente le client. Le réseau est également un outil de solidarité et de mutualisation des aléas du système. En cas de panne d'un panneau solair e, un particulier devra pouvoir compter sur l'éolienne ou sur la cogénération au gaz de ses voisins. Le réseau permet de s'organiser pour utiliser l'électricité produite par les centrales voisines, ce qui permet de construire un système solidaire. Le rôle du réseau consiste à organiser la mise en commun des aléas de la pr oduction (panne de centrale) ou liés au foisonnement. La consommation d'énergie est liée à de nombr euses variables aléatoires. Or, en statistique, nous avons tous appris que l'écart type de la somme de valeurs aléatoir es est inférieur à la somme des écarts-types de ces valeurs aléatoir es. Il convient de ne pas oublier cette réalité, car elle construit le socle du système, avec d'importants enjeux économiques. Enfin, l'infrastructur e constituée par les réseaux de transport et de distribution d'électricité est vieillissante. Cette situation est observée dans tous les pays développés comme le Japon, les États-Unis, l'Allemagne, le Royaume-Uni, etc. On constate ainsi en France une dégradation, heureusement encore limitée mais bien réelle, de la qualité de l'électricité four nie aux clients. Comme toutes les grandes infrastructur es (routes, voies ferrées, métr o...), le réseau électrique doit faire l'objet d'investissements réguliers importants pour continuer à fonctionner corr ctement. e Faute de quoi, on se retrouve avec des problèmes de baisse des performances, comme on a pu le constater par exemple dans le métro de Londres. Le réseau du futur sera certainement beaucoup plus complexe que le réseau actuel, dont les flux étaient jusqu'à présent très prévisibles. Le sens des flux variera au cours de la jour née : l'énergie produite par les panneaux solair es en jour née passera du réseau basse tension vers le réseau haute tension, avant que le flux s'inverse en soirée. Les flux du réseau s'organiser ont de plus en fonction des décisions des consommateurs, ce qui est aussi un facteur augmentant la complexité. On peut dir e que le système futur sera caractérisé par quatr e composantes importantes. Tout d'abord, une partie de la production sera décentralisée. À l'heure actuelle, 40 000 centrales photovoltaïques sont raccor dées au réseau de distribution d'ERDF et 60 000 demandes de raccordement sont en cours de traitement. La deuxième composante est la gestion active de la demande, c'est-à-dir e par exemple la possibilité d'arrêter le chauf fage pendant une demi-heur e pour r etrouver un équilibr e entre la production et la consommation. Il convient de souligner immédiatement que des solutions de ce type ne seront évidemment mises en oeuvre qu'avec l'accord des clients. La tr oisième composante est le raccor dement au réseau de moyens de stockage. Enfin la quatrième composante est l'arrivée de véhicules électriques. Ces quatre ingrédients vont modifier en pr ofondeur le fonctionnement du système. Le réseau devra organisera la construction de l'équilibr e permettant un bon fonctionnement en tenant compte de l'ensemble de ces composantes.
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Denis CHEISSOUX
Envisagez-vous d'agrandir le réseau ? Nous verr ons à quelles conditions l'usager peut s'approprier les smart grid. Permettront-elles de diminuer la consommation ?
Pierre MALLET
Il est dif ficile de prévoir la consommation des clients, mais la mise en place des compteurs intelligents apportera une contribution importante en termes de maîtrise de la consommation. Ces compteurs apporter ont du service et du confort aux clients. Nous oublions parfois de rappeler des informations simples. Par exemple, 50 % des compteurs ne sont pas accessibles, ce qui impose de pr endre rendez-vous avec le client pour r elever le compteur. Cette situation est tout de même un peu gênante. Le nouveau compteur permettra un relevé à distance, ce qui évitera de déranger le client. Cette situation offrira un gain de confort au client. En outr e, la factur e envoyée au client corr espondra à la consommation réelle. Aujour d'hui, nous éditons six factures par an, et effectuons deux relevés par an. L'envoi d'une facture réelle serait préférable et induirait des comportements vertueux en termes de maîtrise de la demande. Aujourd'hui, quelqu'un qui achète un nouvel équipement peut très bien ne voir la conséquence sur sa facture que plusieurs mois après, alors que le signal sera plus pr oche avec une factur e fondée sur la consommation réelle. Linky collectera de nombreuses informations sur la courbe de charge du client. Elles ser nt mises o à disposition du client, qui pourra suivr e la consommation du jour , de la semaine écoulée, en euros, en kilowattheures ou en équivalent CO2, etc. Ce service sera donné par le four isseur, n qui définira de lui-même les modalités de mise en oeuvre.
Denis CHEISSOUX
D'autres entrants pourront-ils améliorer le modèle ?
Pierre MALLET
Linky permet de collecter des données, de disposer de cette courbe de charge, qui peut êtr e transmise au fournisseur, et celui-ci informera son client de plusieurs manièr s, avec un afficheur e ou sur un site web. Notr e compteur permet également de véhiculer de l'information. T oute la chaîne de communication est mise en place pour r endre ce compteur communicant. Elle permet d'envoyer des signaux dans les deux sens et permet notamment de communiquer avec la box de chaque fournisseur et d'activer ainsi des actions chez le client.
Denis CHEISSOUX
Quelle sera la durée de vie des compteurs ? Pourra-t-elle évoluer ?
Pierre MALLET
Le compteur a effectivement vocation à durer longtemps. Le projet d'ERDF consiste à changer les 35 millions de compteurs en service. Nous devr ons faire les bons choix au départ. Le pr ojet coûtera de 4 à 5 milliar ds d'euros, pour un déploiement sur cinq ans, ce qui implique la mise en place de 35 000 compteurs par jour. Le coût de la mise en place des nouveaux compteurs r présente e près de la moitié du coût du projet, ce qui ne permettra pas de les changer tous les cinq ans.
Denis CHEISSOUX
Le chef d'orchestre du système électrique est-il RTE ou ERDF ?
Pierre MALLET
Le système plus complexe que nous voyons émerger r enforce le rôle de chef d'or chestre, rempli par l'opérateur de réseau. Celui-ci pourra accomplir sa mission à dif férents niveaux, éventuellement au niveau local. Les décisions consistant à démarr er ou arrêter une centrale, à stopper ou limiter une consommation, à stocker ou déstocker de l'énergie dans une batterie à un moment donné supposent une préparation en amont. Le gestionnair e de réseau donne le rythme pour faire en sorte que tout se déroule correctement au moment opportun.
Denis CHEISSOUX
Un câble sécurise-t-il davantage le système qu'une centrale ?
Pierre MALLET
Oui. La disponibilité d'un câble est ef ectivement plus élevée que celle d'une centrale. Une centrale f est disponible de 90 à 95 % du temps, contre 99 % du temps pour un câble. Le réseau est un excellent moyen de sécuriser et de fiabiliser l'alimentation électrique.
Denis CHEISSOUX
Alain Chardon, vous êtes le dir ecteur de l'Énergie durable et du Changement climatique chez Cap Gemini. Vous vous intéressez à l'approche économique de cette question. La valeur à venir des smart grid est-elle facile à mettre en évidence ?
Alain CHARDON
Ce sujet est r elativement complexe. Les smart grid consistent à transporter des électr ons et des données informatiques, tout au long de la chaîne de valeur . Il est intér essant d'étudier les enjeux de ce dispositif. Nous avons cité les énergies r enouvelables. En Eur ope, d'ici à vingt ans, nous installerons de 300 à 380 gigawatts d'énergies renouvelables, de plus en plus prévisibles. Les centrales thermiques s'ef faceront progressivement. Les smart grid offrent une gestion de la demande et de la flexibilité. En France, l'éolien représentera de 20 à 25 gigawatts, le photovoltaïque peut-êtr e 5 gigawatts. Un autre enjeu qui exige de la flexibilité est le fait que les courbes de charge risquent de se cr euser. Quelque 8 millions de clients se chauf fent actuellement par l'électricité, pour une prévision de 12 millions de clients d'ici à quelques années. Les pompes à chaleur consomment autant qu'un chauffage électrique classique lorsqu'il fait froid, mais beaucoup moins lorsque le temps est plus doux. Pour cette raison, l'ef ficacité des pompes à chaleur est meilleur e que celle du chauf fage électrique. Le besoin supplémentair e de gestion de flexibilité portera de 7 à 20 gigawatts pour la France d'ici à vingt ans. La France mettra en place de nouvelles tranches nucléair es, de une à tr ois, d'ici à 2020. Le Grenelle suppose de maîtriser les consommations d'électricité. La consommation se stabilise en dehors de l'effet de la crise. Les tranches nucléaires et les énergies renouvelables apportent
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trop d'électricité par rapport aux besoins. La flexibilité sera nécessair e pour ajuster of fre et demande. Nous ne nous situons plus dans un univers où la pr duction était liée à une base stable. o Il y a vingt ans, la France disposait de 6 000 mégawatts d'ef facement. La consommation de pointe s'établit à 90 000 mégawatts, la consommation moyenne de 40 à 50000 mégawatts. L'effacement a diminué à près de 2 800 pour les particuliers et 1 000 pour les industriels. Nous utilisons deux fois moins de flexibilité qu'il y a vingt ans. Nous avons mené deux approches en Europe, l'une optimiste et l'autre pessimiste, qui ont donné un potentiel de 70 gigawatts d'ef facement de la pointe, dont 50 commandables par les tarifs. Ce seuil est estimé de 6 à 10 000 gigawatts, en dehors de l'industrie. Nous avons modélisé l'ensemble de l'of fre et de la demande, pour toutes les heur es de l'année. Il nous paraît tout à fait réaliste, à Cap Gemini Consulting, de dégager 10 000 mégawatts de flexibilité au cours des prochaines années. Le fait de pouvoir ef facer de la pointe, qui dégage essentiellement de la pr oduction carbonée, permettrait d'éviter de dégager 100 millions de tonnes de CO 2 par an, soit la moitié de la contrainte qui pèse d'ici à 2020 sur les électriciens, qui doivent éliminer 200 millions de tonnes en Europe. Il est également intér essant d'étudier les enseignements qui viennent des États-Unis. Le pr ogramme 2003-2004 a permis d'évaluer le tarif seul ou le tarif en complément de la possibilité de commander des appar eils. Des tarifs suf fisamment incitatifs permettent de gagner 15 % sur la pointe. En automatisant, nous pourrions gagner jusqu'à 30 %.
Denis CHEISSOUX
Dans le secteur automobile, une gr osse voiture est également plus coûteuse, car la marge est plus élevée. Quel sera le modèle économique des énergies renouvelables ?
Alain CHARDON
Aux États-Unis, les énergies r enouvelables sont moins utilisées pour le chauf fage que pour la climatisation ou les piscines. Ils ont mis en place des systèmes consistant à rembourser 1 dollar pour effacer dix minutes par heure les mauvais jours, 2 dollars pour vingt minutes, trois dollars pour quarante minutes, etc. Il s'agit d'accepter que la baisse de la climatisation augmentera la température d'un degré, mais le client ne s'en rend pas nécessairement compte. L'enjeu de ce système vise à favoriser le développement d'offres imaginatives.
Denis CHEISSOUX
Le modèle économique doit être entièrement adapté à ce système.
Alain CHARDON
Les smart grid apportent des bénéfices nombreux en termes de coûts évités pour la collectivité plutôt que pour les pr oducteurs économiques, à tous les maillons de la chaîne. Cependant, les smart grid supposent le changement complet de la régulation. Les bénéfices des smart grid pourraient être limités pour plusieurs raisons. Tout d'abord, il a été estimé que les compteurs intelligents permettraient au consommateur d'épargner de 2 à 5 % de sa factur e, soit 13 milliar ds d'eur os par an. La France est plutôt motrice dans ce domaine à l'échelle européenne. Il est difficile de réunir les associations de consommateurs, les énergéticiens, etc., pour mettre en place un système où chaque partie trouve son intérêt.
Au cours de l'été 2009, 50 % du tarif lié au réseau a été revu. Les tarifs des clients à 3 kilowatts ont beaucoup plus augmenté que ceux à 6 kilowatts. En ef fet, cette décision a été prise en considérant qu'ils coûtaient plus cher, tout en consommant moins. En revanche dans le monde, les states tarifs sont plus coûteux à mesure que les tuyaux sont de plus en plus gr s. Ce système o existe en Califor nie, en Ontario, etc. La logique est strictement inversée. Nous aurions dû fair e payer davantage les gr os consommateurs. Les entr eprises de bricolage vendent des outils qui peuvent êtr e intégrés aux compteurs électriques et qui permettent de piloter les appar eils en évoluant de 3 à 6 kilowatts. La CRE est une autorité indépendante de l'État. Elle est mandatée pour maîtriser les coûts du réseau et déréguler le marché de l'électricité, qui est un pr oduit virtuel, sans substrat physique. Six ans après sa création, la CRE n'a pas à piloter le développement durable. J'ai r encontré des personnes qui ont le sens du service public, mais qui m'ont rappelé que leur mission n'était pas de développer les énergies renouvelables. Le directeur de la stratégie d'ERDF nous a rendu visite à Cap Gemini. À cette occasion, je lui ai dit que le métier d'ERDF r elevait en quelque sorte du BTP , son intérêt consistant à augmenter la taille du réseau. Aux États-Unis, lebusiness model vise à augmenter les moyens de pr duction. o En conclusion, la pr oduction, le transport, la distribution, la commer cialisation et le client ne changeront pas si nous ne réfléchissons pas à la régulation de l'ensemble des éléments.
Denis CHEISSOUX
Nicolas Houdant, vous êtes le directeur d'Énergie Demain. Quel est votre métier ?
Nicolas HOUDANT
Nous conseillons les collectivités territoriales, locales, l'État et les institutions sur les stratégies de mise en oeuvr e de maîtrise des consommations d'énergie. Une connaissance fine des consommations permet de pr oposer des pr ogrammes adaptés, et surtout de quantifier les programmes de maîtrise de l'énergie de la même manièr que l'on quantifierait la production. e Par rapport à toutes les énergies décentralisées, nous parlons de « centrales virtuelles », notre métier consistant à vendre de l'énergie. Nous avons dimensionné des centrales virtuelles depuis dix ans, en modélisant les changements de comportement qui entraînaient des consommations négatives. La capacité d'agir sur le consommateur via les réseaux intelligents permet de considér er les consommateurs comme un élément du système de pr duction. De cette manière, ils peuvent o être intégrés à un pr ogramme d'investissement, du côté de la demande. Il existe déjà des enveloppes financières, notamment auprès du Fonds d'amortissement des charges d'électricité (Face). La dif ficulté consiste à se demander comment piloter . De ce point de vue, les réseaux intelligents constituent un système qui permet de mettre en oeuvre des centrales à la demande.
Denis CHEISSOUX
Vous vendez des économies d'énergie, mais vous avez agi jusqu'à présent sans les smart grid.
Nicolas HOUDANT
Tout à fait. Nous fonctionnions jusqu'à présent sur la planification à moyen et long termes. À l'heure actuelle, nous étudions des systèmes au temps de réponse rapide, toute défaillance permettant d'enclencher une centrale virtuelle sans qu'il y ait des situations très contraignantes.
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Nous pouvons même imaginer le développement des réseaux en limitant les cr eux pour qu'il y ait des échanges en temps réel entr e consommateurs, qui permettraient une optimisation totale du réseau et une économie fondamentale. Nous avons une capacité de modélisation des consommations quasi individuelles, à l'échelle du ménage. Nous disposons d'outils de simulation qui permettent de pousser à investir d'une manière totalement numérique, sur le papier ou via des ordinateurs. La difficulté consiste à mettre en oeuvre réellement ces systèmes d'adéquation de l'ofre et de la demande. Nous nous f heurtons à des problématiques de gouvernance. Quelle est la convergence d'un intérêt collectif et de l'intérêt individuel des opérateurs privés qui cherchent à valoriser leurs investissements ? En conclusion, il convient de repenser toute la gouvernance du système électrique et énergétique.
Denis CHEISSOUX
Quel est le montant des économies que vous avez apportées à vos clients ?
Nicolas HOUDANT
Nous travaillons souvent avec des régies d'électricité qui évoluent dans un contexte très particulier: elles acquièrent de l'électricité auprès d'industriels, puis la r vendent à des particuliers. La marge e est réinvestie dans les réseaux et au service des consommateurs. Nous travaillons avec tr ois régies situées dans la Somme et les Alpes, en leur proposant une diversification de leurs offres, la maîtrise de la demande d'électricité pour que l'intérêt collectif soit supérieur à ce qu'il est à présent. De cette manièr e, toutes les économies faites par la régie ser ont réinvesties dans la maîtrise de l'énergie auprès des consommateurs. L 'idée consisterait à étendr e ce système à des régions en situation précair e en termes de sécurisation de réseau, comme la Bretagne et Paca. J'ai enchaîné tr ois missions en Paca sur les mêmes questions depuis 1985. Le levier majeur est l'ef facement, mais les outils réglementair es ne sont pas suf fisants pour les actionner . Les réponses sont similair es : les opérateurs attendent le r enouvellement des équipements, effectuent de la MDE sans les ef fets escomptés, etc. Les investissements de transport et de distribution ne sont pas évités en l'absence de gouvernance.
Denis CHEISSOUX
Durant la récente période de crise énergétique, la Br etagne a bien sensibilisé la population, ce qui a permis d'éviter de peser sur le système.
Nicolas HOUDANT
Le fait d'intégr er le consommateur dans le système est fondamental, même si cette vision contredit notre tradition centralisatrice.
Denis CHEISSOUX
Alexis Gellé, dir ecteur général des Services de la Fédération nationale des Collectivités concédantes et Régies, vous êtes un acteur majeur entr e les distributeurs, les pr oducteurs et la population. Quelle est votre vision des smart grid ?
Alexis GELLÉ
En fait, je remplace Pascal SOKOLOFF, directeur général de la FNCCR. Pour ma part, je dirige le service Développement du réseau de distribution d'électricité et de gaz et le service Éclairage public de la FNCC. Notr e fédération r eprésente les élus locaux, principalement municipaux, qui sont en charge de l'organisation du système électrique avec l'État, chacun en ce qui le concerne. Ils sont les pr opriétaires des réseaux de distribution et du dispositif de comptage. Pierre Mallet évoquait précédemment « ses » compteurs, mais ils appartiennent aux collectivités locales. L 'État est l'organisateur du réseau de transport. La gestion des réseaux publics de distribution est régie par le cahier des charges du contrat de concession, ou par les règlements de service pour les collectivités qui ont choisi de r ecourir à une exploitation en régie, ce qui est le cas pour près de 5 % des communes du territoire.
Denis CHEISSOUX
Vous travaillez principalement avec des outils verticaux, mais cette situation changera avec les smart grid.
Alexis GELLÉ
Il est en ef fet souhaitable que les élus locaux disposent d'un pouvoir d'arbitrage entr e les différentes solutions techniques concourant à la satisfaction des besoins énergétiques du territoire dont ils ont la r esponsabilité. Les collectivités ont la mission d'assur er le service de distribution de l'électricité pour satisfair e aux besoins énergétiques des populations. Le service n'est pas organisé pour génér er des af faires mais pour répondr e aux besoins des utilisateurs. Ceux-ci posent des questions simples, qui peuvent paraîtr e triviales aux spécialistes que nous sommes, notamment sur le coût de l'énergie. Les compteurs communicants devraient permettre de répondr e à leurs questions. Il suf fit parfois de l'informer simplement de sa consommation réelle pour qu'il adopte un comportement ef ficace. La première satisfaction d'un besoin consiste à apporter une réponse maîtrisable par le client. Le film pr ojeté en ouverture évoquait bien la maîtrise de la consommation par le consommateur . Le service public doit être organisé en tenant compte de l'intelligence du consommateur. Par ailleurs, le consommateur est méfiant quant au caractèr e intrusif du fonctionnement automatique d'un certain nombr e de dispositifs ou d'utilisation d'informations détaillées sur sa consommation individuelle. Cette question concerne également les autres énergies comme le gaz, la chaleur et l'eau. Les élus locaux ont une vision transversale sur l'ensemble de cette problématique, même si les outils dont ils disposent sont organisés verticalement. T ut à l'heure ont o été évoqués les réseaux de chaleur . Les extensions y sont décidées par les collectivités territoriales, alors que la situation dif fère pour l'électricité du fait de l'obligation de desserte. S'agissant du réseau de distribution du gaz, les opérateurs ont une obligation de vérification de la rentabilité des extensions avant leur réalisation. En conclusion, ces outils ne sont pas tous à la main des collectivités territoriales. Il a été évoqué ici l'ef facement de certaines consommations pour contribuer au passage de la pointe. Mais on peut se demander pour quoi il faudrait attendr e la pointe pour fair e des économies d'énergie. Les potentialités d'effacement mobilisables à cet effet sont essentiellement liées au chauffage. Or une telle réduction du chaufage peut s'opérer aussi en dehors de la pointe. f En effet, l'idéal serait de diminuer les consommations de manièr e globale et pas seulement pendant la pointe.
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Les consommateurs demandent également pour quoi ils ne peuvent utiliser la cogénération lorsque le réseau n'est plus sous tension. La disponibilité du réseau est supérieur e à celle d'une centrale bien entr etenue, mais elle n'est pas permanente pour autant. Les smart grid doivent êtr e organisés au service des consommateurs, et non des entr eprises privées. Les consommateurs ne compr endraient pas, notamment dans les épisodes météor ologiques sévères, pourquoi les moyens de production dont ils disposent à domicile devraient ne pas être utilisés lorsque le courant est coupé à l'extérieur. Enfin, le caractèr e intrusif, « Big Br other », des compteurs intelligents peut émouvoir les consommateurs. Le consommateur entend r ester maître chez lui, même s'il est prêt à adapter son comportement aux contingences du système électrique.
Denis CHEISSOUX
Nicolas Houdant, vous évoquiez l'analyse des consommations. Est-on en capacité d'évaluer quels produits fonctionnent dans le logement des habitants ?
Nicolas HOUDANT
Énergie Demain r econstitue les courbes de charge des réseaux de basse tension, avec des scénarios pr obables d'utilisation des équipements. Ce système permet de compr endre des changements de comportement et d'étudier jusqu'où nous pourrions aller en termes de maîtrise des investissements et de moindres émissions de CO2. Il est nécessaire d'étudier le niveau des équipements et de réhabilitation des ménages. Ce point n'est pas tellement intrusif par rapport à une contrainte climatique globale, qui suppose d'obtenir certaines informations de la part des clients qui bénéficient du service final.
Denis CHEISSOUX
Nous sommes des êtres paradoxaux, qui livrons toute notre vie sur Facebook. Par ailleurs, le site communautaire est activement consulté par les Renseignements généraux lorsqu'ils cher chent des informations sur un individu. Cependant, nous n'acceptons pas qu'un opérateur sache à quelle heur e nous r egardons la télévision. Alain Char don, vous venez de l'industrie pharmaceutique. Les techniques de marketing extrêmes employées par ce secteur pourraient être utilisées par le secteur énergétique.
Alain CHARDON
Le secteur pharmaceutique est confronté à un oligopole des boîtes de pr duits pharmaceutiques, o de deux ou trois distributeurs. Nous sommes en capacité de connaîtr les flux des médicaments e des 12 000 pharmacies en France. Ces distributeurs se sont érigés en GIE il y a vingt ou trente ans pour vendr e ces données aux laboratoir es. En tant qu'utilisateur de ces données, le visiteur médical était censé identifier ce qu'il vendait aux médecins, avec une connaissance très fine des territoir es, de la concurr ence, etc. Ces données étaient également vendues au niveau national pour analyser la concurrence.
Le monde de la consommation d'énergie est totalement ouvert. La consommation électrique est estimée tous les deux mois. Les compteurs intelligents donner ont des informations à la minute ou à l'heure. La moitié des 100 millions de tonnes de CO 2 susceptibles d'être économisées en Europe d'ici à 2020 pourraient provenir de la flexibilité, la seconde moitié du partage des données. Les données du client sont collectées par ERDF, qui les transmet aux commercialisateurs. ERDF pourrait traiter une fois par an la courbe de charge en fonction des us et coutumes des clients. ERDF pourrait être mandaté pour agréger les données par zone, tout en protégeant la confidentialité des clients. Les données pourraient êtr e commercialisées pour de multiples usages : vente de fenêtres, position des magasins de bricolage, etc. Un tel système de partage des données permettrait d'économiser 10 % de la consommation d'énergie en France. Cependant, il convient d'encadrer un tel système.
Denis CHEISSOUX
Nouredine Hadjsaid, de l'Institut polytechnique de Gr enoble, pourriez-vous intervenir en r emplacement de Christophe Beller , sociologue et pr ofesseur à T oulouse ? Comment les Néerlandais ont-ils réagi à ces questions ?
Nouredine HADJSAID
Je souhaiterais signaler que je suis ingénieur , et non sociologue. En préambule, je souhaiterais préciser que les solutions ne sont pas purement techniques, même s'il est difficile de l'admettre pour un ingénieur . Nous impliquer ons le consommateur final en l'invitant à s'appr oprier la question énergétique. Aux Pays-Bas, les consommateurs se sont interrogés sur les atteintes du compteur intelligent à la liberté individuelle. En ef fet, la connaissance de la courbe précise de consommation soulève des difficultés. Le débat a bloqué le développement de ce type de solutions dans certains pays. Aux États-Unis, des actions de flexibilité ont été mises en oeuvr e, mais le dispositif est tombé en panne, ce qui a privé les consommateurs d'électricité pendant trois jours. À la suite de cette panne, la flexibilité a été abandonnée. En conclusion, la pédagogie auprès du consommateur final sera essentielle pour la réussite des smart grid.
Alain CHARDON
Nous parlons toujours de la même segmentation des clients : il y a de 10 à 25 % de gens très écologistes, des personnes intéressées par les économies, de 30 à 40 % de suiveurs sans être convaincus, et de 20 à 25 % qui efusent l'intrusion des compteurs intelligents pour des questions r de liberté. J'étais aux États-Unis il y a quelques semaines, où certains refusent la création d'une sécurité sociale, pour une question de liberté. Nous nous posons la même question sur l'électricité. Des millions de clients américains ont choisi le système de demand/response.
Pierre MALLET
Notre objectif consiste à dif fuser les compteurs intelligents chez 35 millions de clients, pour démocratiser la MDE. L 'atout du dispositif de comptage généralisé est qu'il permet de mener une action de MDE vers l'ensemble des clients.
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Denis CHEISSOUX
Bruno Lechevin, vous travaillez auprès du médiateur national de l'Énergie à la CRE. Quel est votre rôle ?
Bruno LECHEVIN
Je ne parlerai pas aujourd'hui de la CRE, mais de ma mission de délégué général du médiateur national de l'Énergie. C'est une autorité administrative indépendante qui existe depuis moins de deux ans, mais dont l'activité est déjà importante. Le médiateur national est un observateur des dysfonctionnements du mar ché du gaz et de l'électricité, un témoin de l'évolution des consommateurs, et tente d'être un repère pour les consommateurs en les informant sur leurs droits. La seconde mission du médiateur consiste à tr ouver des solutions aux litiges entr e les consommateurs et leurs fournisseurs. En 2009, le médiateur national a r eçu 14 000 réclamations, alors qu'il n'est pas encor e très connu. Une grande partie des litiges sont liés à des pr oblèmes de facturation. L 'ouverture des marchés a changé la donne en égarant le consommateur.
Denis CHEISSOUX
Seuls 2 % des consommateurs ont changé de fournisseur d'électricité.
Bruno LECHEVIN
Le dernier sondage de la FNCCR paru la semaine der nière révèle que le désir de changer de fournisseur en quittant le tarif réglementé a diminué par rapport aux der ières années. Le système n a évolué d'un consommateur sans choix à un consommateur plus esponsable. Cependant, un tel r système suppose de mesurer la connaissance de la liberté de choix. T peu de consommateurs rès connaissent les effets de la consommation sur leur facture. Il y a moins d'offres sur le plan technique aujourd'hui qu'avant l'ouverture des marchés. En effet, EJP est en cours d'extinction. La diminution de l'effacement révèle un paradoxe. Il est important pour le consommateur que les compteurs intelligents se traduisent par une opportunité à mieux exercer la liberté de choix, à mieux maîtriser la consommation pour en être plus responsable.
Denis CHEISSOUX
L'accompagnement du consommateur sur les smart grid pourrait être très positif.
Bruno LECHEVIN
J'ai tr ouvé très intér essante l'intervention du r eprésentant de la Capeb, car il se situait dans une perspective dynamique, en demandant que les consommateurs ne soient pas floués. La situation est très importante pour le consommateur . La gestion intelligente de l'énergie est un enjeu crucial pour diminuer la factur e des consommateurs. Le seul kilowattheur e peu onéreux est celui qui n'est pas consommé. Il est donc logique que de nombr consommateurs eux s'intéressent à ces opportunités. Chacun doit en êtr e pour en tir er les bénéfices. Cependant, ces formidables perspectives ne doivent pas êtr e qu'une af faire d'expert qui ferait oublier la nécessité de fair e partager au consommateur l'intérêt, les opportunités nouvelles apportées par ces développements, indépendamment des considérations économiques.
Les choix ne pourr ont s'opér er entr e les gestionnair es de réseau, les four nisseurs et les prestataires de service. La communauté des opérateurs doit accepter la prise en compte des besoins des consommateurs. Elle doit mesurer l'intérêt qu'ils puissent accéder à une certaine compétence, ce qui nécessite des moyens. Ce point doit êtr e pris en compte en acceptant de traiter des demandes contradictoires, quitte à r evoir certains arbitrages. Un ingénieur rappelait que la technologie ne résoudrait pas tout. L 'ouverture des marchés a souvent opposé les consommateurs et les mar hés. c Nous espérons que nous ne nous r etrouverons pas dans cette même logique d'opposition. Je souhaite formuler un voeu : pensons smart grid non, malgré mais avec les consommateurs. Assumons les choix qui ser ont faits en matièr e de coûts, car le prix sera supporté par les consommateurs. Nous pouvons considér er que ce bien est financé de manièr e collective, ou faire le choix d'un service payé pour ceux qui l'utilisent, ce qui génèr e un risque d'inégalité. Dans ce cas, le système risquerait d'échapper à ceux qui en auraient besoin pour maîtriser leur consommation, c'est-à-dir e les quelques millions de ménage qui se situent en précarité énergétique.
Denis CHEISSOUX
Plus de 8 millions de Français vivent avec moins de 900 euros par mois.
Bruno LECHEVIN
Par ailleurs, il y a des dispositifs sociaux pour traiter ce pr oblème, bien qu'ils soient insuffisamment connus. Il serait juste que le compteur communicant bénéficie à tous les consommateurs, selon un développement suffisant qui prenne en compte les objectifs climatiques et de MDE. L'action pour une meilleure efficacité énergétique relève véritablement de l'intérêt général.
Denis CHEISSOUX
Les participants auraient-ils des questions ?
Christine MESUROLLE
Ministère du Développement durable
Nous avons beaucoup parlé des consommateurs ce matin et cet après-midi. Le compteur intelligent ouvre des perspectives technologiques. D'or es et déjà, il apparaît des possibilités de diminution de la consommation par les tarifs. Pour quelle raison les EJP sont-ils en cours de disparition ? Certaines personnes utilisaient très attentivement ce système pour réduir e leur consommation de chauffage, changeaient l'heure de lancement de la machine à laver. En outre, nous pourrions fixer des tarifs incitatifs qui augmentent en fonction de la consommation, comme cela se fait dans certains endroits pour l'eau.
Pierre FONTAINE
Les EJP sont maintenus pour le segment pr ofessionnel. Ils ont été remplacés pour les particuliers par le dispositif T empo, qui est beaucoup plus simple et accessible pour le grand public, et correspond à un dispositif d'ef facement. Les travaux du gr oupe sur la gestion de la pointe ont révélé que les 6 000 mégawatts efacés par le biais des EJP ne donnaient pas lieu à de l'ef f facement total. Il s'agissait plutôt d'importants industriels qui se découplaient du réseau et qui utilisaient
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
des gr oupes au diesel avec des conséquences très négatives en termes de r ejet de CO 2. Pour cette raison, l'ef facement réel de consommateurs qui accomplissent des ef forts pour modifier leur mode de fonctionnement est plus proche de 3 000 mégawatts. Enfin, la France a mis en place un dispositif d'heures pleines/heures creuses qui a porté ses fruits sur le réseau. À l'heure actuelle, nous sommes le pays au monde qui connaît le plus de modulation en fonction des signaux tarifaires. Par exemple, la plupart des ballons d'eau chaude sont télécommandés.
Jean-Claude SABONNADIERE
Professeur à l'Institut polytechnique de Grenoble.
Nous avons beaucoup parlé du consommateur , en considérant que les ingénieurs des Ponts faisaient des choix pertinents. Un travail important de formation des consommateurs doit êtr e accompli. Nous organisons nous-mêmes des formations auprès des élus. Les médias ont un rôle pour former le public à ces questions. Aux heur s de grande écoute, plutôt que présenter e les offres Dolce Vita et Provalys, Radio France et France Télévisions auraient un rôle à jouer.
Denis CHEISSOUX
Il convient de mettr e en place un système simple, sans quoi les smart grid seront incompréhensibles pour les consommateurs traditionnels. La pédagogie sera essentielle. Les consommateurs français sont venus à l'informatique par le Minitel.
Bruno LECHEVIN
La pédagogie est essentielle, notamment de la part des médias. La grande victoir e consisterait non plus à présenter dans le journal de 20 heures les records de consommation énergétique, mais à ne pas battr e ces r ecords. Ces informations commencent à êtr e médiatisées. Les médias doivent mettre en avant les bons r ecords d'avenir, ce qui entraînera un véritable pr grès. En 2010, o les comportements en Bretagne ont révélé que les consommateurs sont partants lorsqu'ils sont sensibilisés.
Alain CHARDON
En Paca et en Bretagne, on nous a demandé de nous ef facer il y a un an à une heur e donnée, mais tous les magasins et tous les bâtiments publics étaient allumés. Il y a deux semaines, les autorités ont éteint la tour Eiffel. Ce genre de décision n'est pas très cohérent. Les mentalités ont beaucoup évolué depuis cinq ans, mais certains comportements continuent d'êtr censurés. e Dans les années 1970, Pierr e Mesmer, Pr emier ministr e de 1970 à 1973, demandait aux consommateurs de diminuer leur consommation du fait de l'absence de pétr ole en France. De ce fait, la consommation a véritablement diminué au cours des années 1970, avant de remonter au seuil des années 1980. Une étude du Cr edoc sur la segmentation révèle que les consommateurs sont demandeurs d'écologie sans passer à l'acte, à l'exception du tri des déchets. L 'offre industrielle était prête au début des années 1990, puis le tri s'est mis en place vers 1995. Or le tri s'ef fectue davantage en milieu périurbain que dans les immeubles. Un véritable contrôle social s'est mis en place entr e voisins, mais le tri est invisible en appartement. Le compteur intelligent génér era un véritable contrôle social, car il deviendra un sujet de conversation autour de la machine à café. Il modifiera la vision sur les consommations.
Denis CHEISSOUX
Je suis assez optimiste concer nant la mise en place des compteurs intelligents, que devraient s'approprier les consommateurs ; 55 % du papier et du carton, 50 % du plastique est r ecyclé. Le tri du verr e fonctionne mieux, mais la situation évolue régulièr ement. Les consommateurs ont envie d'avoir une prise sur leur envir onnement. D'une manièr e générale, il est essentiel de donner le goût des autres à la population.
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Synthèse des échanges Nouredine HADJSAID
Professeur à Grenoble Institut Polytechnique, ENSE3/G2ELAB
Je suis agréablement surpris de constater que la salle est encor e très pleine à la fin de la journée, ce qui me fait penser à quel point cette question est importante. La société savante 3E, spécialisée dans le domaine de l'électricité a organisé une confér ence durant tr ois jours. La dernière conférence réunissait le président, l'orateur et une tr isième personne. L'orateur était o interpellé par cette situation. Il a indiqué qu'il savait pourquoi lui et le président étaient présents, et demandé à la personne dans la salle pour uoi elle était présente. Celle-ci a répondu qu'elle était q l'orateur suivant. Au cours de cette jour née, nous avons parlé de consommateur final et de gouver nance. Je présenterai quelques technologies importantes puis la synthèse des débats. L 'aspect institutionnel concer ne l'ouvertur e du mar ché et l'analyse du secteur , ainsi que l'objectif structurant des 3 X 20. Il y a aussi des éléments techniques, concer nant l'anxiété sur la sécurité et la qualité. L 'exemple de la panne du 4 novembr e 2006 est assez alertant pour l'Europe. Le passage d'un bateau au nor de l'Allemagne a imposé de délester 5000 mégawatts d en France. Une bonne partie des éoliennes en Espagne ont été déclenchées et l'interconnexion vers le Maghr eb a été r ompue. Le système électrique eur opéen a été séparé en tr ois zones synchrones dif férentes ; une situation critique où la panne généralisée sur l'ensemble de l'Europe a été évitée de peu. Cette situation a alarmé l'ensemble des décideurs qui ont pris conscience de la fragilité de ce système et du fait qu'un incident qui peut se produire en dehors d'une zone de contrôle peut af fecter dangereusement toutes les zones de contrôle voisines et au-delà. Cette situation s'était déjà pr oduite en Italie, où un incident en Suisse a pr ovoqué une panne généralisée sur l'ensemble du pays. Le système électrique compr end globalement deux parties. La pr emière est liée au réseau de transport, maillé pour des raisons de sécurité avec une pr oduction très centralisée. La seconde est liée aux réseaux de distribution. Ces der niers sont le lien dir ect avec le consommateur final et sont, contrair ement aux réseaux de transport, exploités en général en structure radiale. De par leur structur e particulièr e, leur mode de pr otection et de pilotage, ils n'ont pas été conçus pour intégr de manière massive la production décentralisée. Ainsi, l'un er des enjeux des smart grid est l'intégration des énergies r enouvelables dans les réseaux électriques, que ce soit au niveau des réseaux de transport avec principalement « le grand éolien » où les questions d'intermittence et de réglage se posent avec une acuité particulièr e, ou au niveau des réseaux de distribution qui n'ont pas été conçus à cet ef fet. Je livr erai quelques exemples du caractère intermittent de ces énergies r nouvelables et leur conséquence e pour le réseau. L'âge moyen de certaines infrastructur es électriques est proche de 28 ans. À partir de 30 ans, les défaillances augmentent pour certains matériels et plus particulièr ement au niveau des jonctions. Le coût associé aux pannes est d'autant plus élevé que les consommateurs acceptent de moins en moins d'être coupés. Prenons l'exemple du Danemark. Dans ce pays, le modèle centralisé était privilégié dans les années 1980, alors qu'une part significative de la pr duction de ce pays est devenue décentralisée o à la fin des années 1990, principalement avec de l'éolien et de la cogénération. Or ce système n'est tenable que grâce aux inter connexions avec des pays voisins : Allemagne, Suède, etc.
Cependant, l'Allemagne vise à augmenter la pr duction d'électricité d'origine éolienne de 25000 o actuellement à 33 000 mégawatts dans un avenir pr che. D'un autre côté, les prévisions les plus o sophistiquées sur l'éolien donnent tout de même, dans certains cas et en dépit des pr ogrès remarquables des outils de prévision, jusqu'à 50 % d'err eurs. Il est alors aisé d'imaginer ce qui se produirait si ce cas de figur e se présentait pour l'Allemagne : cela imposerait d'accepter une perte subite sur près de 15 000 mégawatts. Cette situation, sans moyens de couvertur e appropriés et dimensionnés à l'avance, pourrait entraîner une panne généralisée. Les Danois prennent des initiatives sur ce sujet dans le cadre des réseaux intelligents. En France, on constate que la part des énergies décentralisées a commencé à augmenter de manière significative à partir de 2005, dix ans après le Danemark, dans l'éolien comme le photovoltaïque. Cependant, dans l'absolu, leur part dans la pr duction totale reste encore très o faible. Cependant, le caractèr e intermittent de ces énergies est un facteur important dans leur intégration au réseau. Le décr ochage dans une ferme solair e de 4 mégawatts, même au maximum de la pr oduction, résulte du simple passage d'un nuage. La multiplication d'un tel décrochage à grande ampleur mérite une considération particulière. On voit donc que la complexité ne cesse de cr oître pour un système électrique déjà bien complexe. La complexité dans ce cas est synonyme de vulnérabilité et de coût. La question est de savoir comment par er cette vulnérabilité tout en répondant à des besoins changeants. Des besoins en termes de raccordement de production décentralisée, de diversité de situations des consommateurs qui peuvent aussi êtr e des pr oducteurs voire des sour ces de stockage électrique. C'est le concept du consommateur pr oactif. Le réseau doit s'adapter , en étant lui-même flexible, et permettre ainsi de gérer la liberté de raccordement et d'usage en tirant parti des opportunités technologiques telles que les TIC, les compteurs intelligents ou l'intelligence embarquée en réseau. On arrive ainsi à l'avènement du concept des réseaux intelligents, ou smart grid. Cependant, on constate que ce concept est défini de manièr différente aux États-Unis, en Europe ou encore e en Chine. Les différentes définitions mettent plus au moins l'accent sur la gestion intelligente du système et de son équilibr e, de l'intégration des énergies r enouvelables et du consommateur proactif, du renforcement de l'efficacité énergétique et de la qualité de l'électricité, ou même sur la cybersécurité dans les réseaux électriques. L'une des caractéristiques importantes du smart grid est qu'il se déplace jusqu'aux appar eils électroménagers, qui peuvent réagir individuellement par rapport à des signaux, en of frant ainsi des services au réseau ou en participant à la gestion de la pointe, tout en préservant le confort du consommateur. De ce fait, les appareils doivent être compatibles smart grid. Il est à noter que la consommation est caractérisée par le fait qu'elle est variable. La production s'adapte à la consommation, car il est primor dial d'équilibrer la production et la consommation à tout instant. Cependant, l'arrivée massive d'une forme de pr duction décentralisée, elle-même o variable et souvent non pilotable, impose de r egarder vers la consommation comme moyen d'équilibrage et est donc un impératif plus important pour son pilotage. Dans cette perspective, le smart grid, par son caractère système, permettra d'agir sur la consommation pour l'équilibr e du réseau. Dans ce contexte, le compteur intelligent est certes un dispositif clé mais n'est qu'un élément de cette chaîne du smart grid. Le smart grid est la r encontre du physique et du numérique. Le physique est r eprésenté par le système électrique et le numérique par les TIC. Il est bien connu que la r encontre de disciplines est génératrice de pr oduits et services innovants. C'est entr e autres pour cela que Le smart grid a été utilisée comme un instrument de relance aux États-Unis d'Amérique. Parmi les technologies embar quées et intelligentes qui permettent de répondr e aux objectifs de smart grid, on peut citer les dispositifs auto adaptatifs et intelligents de réglage de tension pour la pr oduction décentralisée. En ef fet, l'une des limitations majeur es du raccor dement de la production décentralisée est la tenue en tension au niveau du réseau et en particulier au point
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
de raccordement. Pour fair e face à cette situation de limitation qui, de fait, bloque à raison le raccordement de cette production, il est indispensable d'investir dans l'infrastructur électrique e ou tout au moins de se doter de moyens de réglage de tension, à l'image du réseau de transport, qui doivent être coordonnés, ce qui nécessite une infrastructure de communication et de traitement de l'information à un niveau centralisé. Le caractèr e dispersé, large échelle, et de situation changeante du nombre de ces productions limite l'applicabilité des solutions existantes au niveau du réseau de transport. Il est donc indispensable si l'on ne veut pas surinvestir d'imaginer des solutions décentralisées et intelligentes. C'est le cas du régulateur de tension intelligent à consigne autoadaptative qui peut être associé facilement à n'importe quelle pr duction décentralisée. C'est o une technologie française développée au sein d'Idea à Gr enoble. Ces nouvelles technologies permettent d'augmenter la capacité d'accueil du réseau, dans certains cas particuliers, de deux à trois fois sans modifier la structure du réseau. Qu'en est-il des bénéfices du smart grid et pour qui ? Une compagnie d'électricité californienne a fait une analyse des bénéfices attendus du smart grid. Le résultat est montré par rapport à dif férents segments techniques tels que la réduction de l'impact des perturbations ou des pannes, la réduction des pointes de consommation, l'augmentation du taux de pénétration des énergies r enouvelables, etc. Mais il est aussi à r emarquer que des bénéfices de type externalités sont également quantifiés, notamment le fait que les technologies smart grid et les innovations qui seront induites sont génératrices de croissance du PIB et donc d'emplois. Comme je l'ai mentionné au début, il y a des dif férences dans la définition du concept de smart grid entre les États-Unis, l'Europe et l'Asie. En effet, les réseaux dans ces continents ont différentes histoires et donc différents impératifs. En effet, aux États-Unis, le réseau d'électricité est très étendu. La densité est très faible et l'infrastructure électrique est très vétuste, beaucoup plus âgée qu'en Europe. De même, l'automatisation de la distribution est globalement très faible. En Europe, la densité de charge de consommation est moyenne ou haute, l'automatisation de la distribution y est plus importante et la pr oduction décentralisée est sur la montée. Bien qu'il existe des déclencheurs communs de part et d'autr e des deux continents, tels que les besoins de qualité, d'ef ficacité énergétique, de r enouvellement de l'infrastructur e électrique, les deux points majeurs qui dif férencient l'Europe des États-Unis sont l'intégration du mar ché de l'énergie et des énergies renouvelables pour le Vieux Continent, la prévention des black-outs et la régulation des pointes pour l'Amérique. Au niveau européen, l'agence internationale de l'Énergie prévoit l'investissement de 1700 milliards d'euros d'ici à 2030 dans le secteur électrique dans l'Europe des 27 ; 50 % seraient consacrés au réseau, 50 % à la pr oduction. En outr e, les États membr es sont censés encourager la modernisation des réseaux. Depuis 2005, la Commission eur opéenne a mis en place une plate-forme technologique smart grid qui a permis de réunir plus de 200 acteurs et parties prenantes au niveau européen dans le secteur électrique et des TIC. Le premier document édité en 2006 définit les réseaux intelligents par la réunion de l'ensemble des acteurs eur opéens. Le document porte sur les recherches susceptibles d'être mises en oeuvre pour la mise en place des smart grid. Le troisième document consiste à déployer ces technologies. Plusieurs actions d'envergur e sur les smart grid sont lancées de par le monde, que ce soit au niveau de la R&D, des démonstrateurs ou de la normalisation. Je présenterai quelques exemples d'expérimentation de smart grid. Ainsi, un projet danois pour le développement d'un réseau intelligent grandeur natur e vise à lier dans une île le véhicule électrique aux énergies renouvelables ; le pr ojet Edison. Dans cette île, l'éolien couvr e 50 % des besoins d'électricité. La charge du véhicule électrique est ainsi synchr onisée avec la disponibilité de l'énergie éolienne et le véhicule électrique est utilisé pour r estituer l'énergie stockée au réseau selon les besoins. Le Danemark vise 10 % de véhicules électriques en circulation à l'horizon de 2020. De l'autre côté de l'Atlantique, aux États-Unis, en 2009, 4,5 milliar ds de dollars, sur un budget de 32 milliar ds, ont été alloués par le Département de l'Énergie (DOE) au développement des smart grid. De plus, 10 millions de dollars sont consacrés à un organisme de standar disation,
le NIST National Institute for Standar ds and T echnologies , pour le développement de la normalisation sur les smart grid . Par ailleurs, le DOE participe à hauteur de 50 % des investissements faits par les compagnies d'électricité dans le domaine des smart grid. Enfin, 400 millions de dollars sont consacrés par le gouver ement américain aux programmes de l'Arpa, n agence consacrée à l'indépendance énergétique des États-Unis, ainsi qu'aux technologies de rupture qui améliorent la compétitivité des entr eprises américaines. Globalement, en incluant le renouvellement des réseaux, les smart grid représentent un enjeu de 2 000 milliar ds de dollars aux États-Unis d'ici à 2020. L'un des intervenants du film diffusé en ouverture estimait que les smart grid pourraient diminuer les émissions de CO2 de 25 %. Il n'est pas aisé de calculer cet impact sur les émissions, car cela dépend beaucoup des situations de réseau et des mix énergétiques utilisés. Certaines études aux États-Unis supposent plutôt que le réseau intelligent pourrait diminuer les émissions de CO2 de 9 à 18 % d'ici à 2020, notamment grâce à la gestion des pointes. De même, les smart grid permettraient des économies d'énergie de 4 à 8 %, ce qui r este très élevé au r egard des énergies mises en jeu. Un autre point porte sur la qualité. En France, on utilise le critèr e « B », qui est de l'or dre de 65 minutes d'électricité coupées cumulées par an pour le consommateur , contre 200 minutes aux États-Unis, en dehors des événements exceptionnels. Les Américains veulent diminuer ce seuil de 200 à 10 minutes par an par le biais des technologies smart grid , ce qui est extrêmement ambitieux. Cependant, la transition du système actuel vers plus d'intelligence avec une intégration poussée des TIC dans un contexte de multiplicité d'acteurs et de complexité cr oissante ne peut pas se faire sans maîtrise des transitions, d'autant plus que l'industrie électrique est habituée à des transitions relativement lentes, compte tenu du caractèr hautement capitalistique de ce secteur e . En effet, le développement des smart grid est lié à un certain nombre de contraintes, comme les conditions économiques et les modes de financement, les paliers de transition du réseau actuel vers le smart grid . La dif férence d'évolution entr e le déploiement des technologies du secteur électrique (de l'or dre de 30-40 ans) et du secteur des TIC (de l'or dre de 3-4 ans), est telle que cela pose la question du risque technologique, de la réglementation et de la standardisation, des considérations sociétales, etc. Je présenterai désormais la synthèse du colloque d'aujour d'hui, qui n'est pas une tâche aisée, du fait de la richesse des débats. Lors des exposés intr ductifs, les messages ont principalement o porté sur le changement du paradigme et le tournant de l'histoire de l'énergie. Le Pr. Chevalier a invité à repenser le système électrique. Ensuite, l'historique de l'avènement des smart grid, a été présenté par Christian Stoffaes, qui a insisté sur le poids des acteurs des TIC qui voient dans les smart grid un véritable relais de croissance dans le domaine de l'énergie. Les défis attendus par les smart grid ont été présentés. Le Pr . Chevalier a livré quelques messages clés. Il faut r evenir aux fondamentaux, à savoir la satisfaction des besoins anciens et nouveaux. Les nouveaux se réfèr ent par exemple à ceux qui dépendent des vecteurs électriques comme Internet ou les box. L'équation de Johannesburg est complexe : elle suppose d'agir à différents niveaux, du global à l'individu en passant par le régional et la collectivité, dans un contexte géopolitique délicat. Le Pr . Chevalier a mis l'accent sur les partages d'expérience et la réémergence d'une approche bottom-up. Les smart grid permettent aux consommateurs d'agir de manièr e intelligente. La première table r onde a été l'occasion d'évoquer la pr oduction décentralisée. Le pr emier point important a porté sur l'objectif consistant à réduir e la consommation en lien avec les énergies r enouvelables. L'appropriation des questions énergétiques par le citoyen permet déjà de réaliser des gains importants en termes de réduction de la consommation.
Synthèse des échanges Nouredine HADJSAID
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Nous avons également évoqué l'impact des véhicules électriques sur la consommation d'électricité. Ce système suppose d'êtr e piloté de manièr e fine, en évitant que tout le monde recharge sa batterie pendant l'heur e de pointe. Les parkings pourraient êtr e utilisés pour brancher les batteries sur les panneaux photovoltaïques. Enfin, le « véhicule électrique-to-grid » peut être une source de stockage en injectant de l'énergie vers le réseau. D'autres interventions ont porté sur le vecteur énergétique chaleur , dont une partie de la production vient des énergies r enouvelables. Ces réseaux sont en lien avec l'implication des collectivités dans la question énergétique. Les intervenants se sont également demandé comment atteindre le facteur 4 dans un contexte de fragmentation des compétences entr e les dif férents échelons au r egard des questions énergétiques. Le développement de la pr oduction décentralisée suppose de mettr e en place un nouveau type de gouver nance. La mise en place d'un plan Énergie est indispensable. Le changement brutal du rachat de l'énergie issue du photovoltaïque peut changer les comportements. L'appropriation des questions énergétiques par le citoyen consommateur est un point important, sur lequel la pr emière table ronde a particulièrement insisté. Jean-Marie Carton a souligné que le consommateur était interpellé et intér essé par les questions énergétiques, ce qui suppose de l'impliquer dans la gestion intelligente de l'énergie. Le diagnostic de l'existant est essentiel pour diminuer la consommation. Il convient de tir er parti de toutes les expériences en France et à l'inter national. La décentralisation permet une convergence entr e le bâtiment, les véhicules électriques et le réseau. Cette convergence offre une vision globale de l'énergie à l'échelon local en liant des systèmes qui s'ignoraient. La seconde table r onde a principalement porté sur les smart grid. Le réseau a été présenté comme un facteur d'économie d'échelle et de solidarité. Cependant, ce système est de plus en plus complexe et vulnérable. Il ne s'agit pas d'augmenter les coûts. Le gestionnair e est un véritable chef d'or chestre. La discussion a particulièr ement porté sur le lien entr e le réseau intelligent et le client final. Il a été rappelé que l'analyse fine de cet ensemble favoriserait l'optimisation du système, ce qui permettrait de dégager des gains. L 'accent a été particulièrement porté sur la participation active du consommateur à ce système et aux technologies qui lui permettent de faire partie de cet univers à son avantage. Les réseaux intelligents supposent d'intégr er de nouveaux usagers. Linky of frira la MDE à tous les consommateurs et apportera du confort via le télérelevé. Ce système aura des implications sociologiques mais soulève des questions d'appr opriation des questions énergétiques. Il suppose de revoir le modèle économique d'affaire ainsi que la régulation. Ainsi, le représentant de Cap Gemini a suggéré de modifier la régulation à tous les niveaux. Les membr es de la table ronde ont invité à penser les smart grid avec les consommateurs. Le rôle des autorités concer nées a été présenté en rappelant qu'elles étaient les pr opriétaires du réseau. Elles ont un rôle à jouer dans les smart grid, en lien avec le citoyen. Le smart grid est intégré dans le développement des filières industrielles selon un véritable plan d'action qui structure la recherche et la formation autour de l'industrie. En tant que pr ofesseur à Gr enoble, je suis très sensible au lien entr e la r echerche et la formation. J'ai constaté l'appropriation de la question énergétique par les jeunes étudiants. Nous avons créé l'école de l'Énergie, de l'Eau et de l'Envir onnement, à laquelle les jeunes se sont particulièr ement intéressés. Le nombr e de jeunes femmes qui s'intér essent à cette question a beaucoup augmenté au cours des dernières années. Parmi les sept thèses placées sous ma r esponsabilité, six sont préparées par des femmes, ce qui représente une évolution majeure dans ce secteur. La dernière partie de ma synthèse portera sur les enseignements. De nombr uses questions ont e porté sur la gouver nance énergétique, dans le contexte d'un mouvement inéluctable vers des énergies décentralisées. Il convient de se demander comment pr ndre en compte l'individu dans e
la question énergétique. Le côté centralisé apporte des gains économiques. Il créera une cohabitation entre centralisé et décentralisé, ce qui suppose de rechercher une harmonie. L'électricité est vitale pour la société contemporaine. De nos jours, rien ne fonctionnerait sans électricité : ni les feux rouges, ni les pompes à essence, etc. Cependant, bien qu'elle soit vitale, il convient de ne pas oublier les autr s vecteurs, comme les réseaux de chaleur notamment ceux e , issus des énergies renouvelables. Le secteur de l'énergie est caractérisé par une concentration des acteurs. La conséquence est la faible appropriation des questions énergétiques par la population française. Il est nécessair e d'améliorer cette appropriation. Dans cet environnement, il est nécessaire de faire de la pédagogie « énergétique », d'intégrer le consommateur individuel dans la chaîne d'optimisation globale, de repenser les modèles d'affaire et de faire évoluer les régulations dans un esprit gagnant-gagnant. En matière de gouver nance, il convient d'éviter les divergences entr e les objectifs nationaux et les situations locales. À partir d'une certaine échelle de territoire, la collectivité devient un acteur à part entière qui offre le levier d'action nécessaire. Le Grenelle II a mis en évidence la possibilité d'imaginer une gouvernance locale de l'énergie. Enfin, il faut oser une appr che globale de cette o fragmentation. Les pr ofessionnels du transport, du bâtiment, du réseau et de la pr oduction doivent adopter une appr oche globale au niveau local. La gouver nance entr e l'État et les collectivités doit être concertée en matière d'énergie. Dans ce contexte, les smart grid représentent une opportunité pour notr Il est donc nécessaire de ne pas manquer cette évolution majeure e société.
Claude MARTINAND
Je remercie Nouredine Hadjsaid pour la qualité de sa synthèse. Pierr e Lasbordes remplace le président de l'office parlementaire d'Évaluation des Choix scientifiques et techniques (OPECST), dont il est le vice-président. Il est également le président du gr oupe parlementair e sur l'espace. Il se passionne pour les questions scientifiques et techniques. L 'énergie n'est pas sa spécialité, mais en tant que député du plateau de Saclay, il nous donnera probablement des informations très intéressantes.
Synthèse des échanges Nouredine HADJSAID
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Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
Discours de clôture Pierre LASBORDES
député de l'Essonne, président de l'office parlementaire d'Évaluation des Choix scientifiques et technologiques
En préalable, il ne me semble pas inutile de r situer l'office parlementaire d'Évaluation des Choix e scientifiques et technologiques dans le paysage institutionnel, car certains des participants ne le connaissent peut-être pas. Il s'agit d'une délégation du Parlement, composée à parité de 18 députés et de 18 sénateurs, et s'appuyant sur un conseil scientifique comportant les plus éminentes personnalités de la recherche française. Le Parlement a pour fonction fondamentale de voter la loi, mais l'of fice intervient sur les sujets d'ordre scientifique ou technologique en amont de la loi, contribuant même à définir le contenu des lois sur certains sujets. Ce fut le cas pour la gestion des déchets nucléair s, mais aussi pour e les règles de bioéthique. L'office intervient aussi en aval de la loi pour le suivi de sa mise en oeuvr e. Ce suivi correspond à une mission générale de contrôle du Parlement, qui lui permet de conduir e des enquêtes sur les administrations publiques et de vérifier les conditions d'application de la loi. Une mission récente vient ainsi d'êtr e lancée pour l'évaluation du Plan national de gestion des matièr es et déchets radioactifs. L'OPECST traite les questions d'énergie depuis le début des années 1990, lorsque le gouvernement et le Parlement lui ont confié le suivi de la double question de la gestion des déchets nucléaires et de la sûreté nucléaire. Mais l'office suit aussi la question des énergies renouvelables depuis la fin des années 1990 [rapport Miquel-Poignant de 1999 sur le recyclage des déchets ménagers (méthanisation), rapport Galley-Gatignol de 2001 sur la pile à combustible, rapport Birraux-Le Déaut de 2001 sur les énergies renouvelables]. Les colloques sont des lieux d'échange qui permettent parfois de r ecueillir des informations factuelles lorsqu'on y révèle l'aboutissement d'une r echerche ou le lancement d'une opération inédite. Mais les informations échangées concer nent plus souvent l'état des réflexions et les perspectives dans lesquelles s'inscrivent les acteurs du secteur concerné. Clairement, ce colloque-ci r elève de cette seconde intention, ne serait-ce qu'en raison de la profondeur historique dans laquelle les organisateurs ont d'emblée voulu inscrire les débats. Mes propos se donneront donc tout d'abord la liberté d'une analyse retraçant ce qui me semble constituer des tendances de longue durée. Mais je m'ef forcerai néanmoins de conclur e en revenant de manière plus réaliste aux enjeux des développements industriels en cours. Je commencerai par formuler un paradoxe : dans le domaine de l'énergie, les pr ogrès technologiques semblent pour une part nous ramener en arrière. Je veux dire par là qu'ils nous permettent d'exploiter, avec des moyens démultipliés permettant la précision et l'optimisation, des solutions déjà exploitées empiriquement dans le passé. Bien sûr, les éoliennes, qui sont devenues en quelques années des équipements gigantesques et sophistiqués, constituent un symbole visible de cette évolution et, quand je dis « visible », je pourrai même dire parfois « trop visible ».
Mais je fais surtout référence ici à la révolution invisible qui se prépar dans le domaine du bâtiment. e Je sors d'une étude sur la performance énergétique des bâtiments qui a été commandée à l'OPECST par le gouver nement et le Parlement dans le cadr e de la loi Gr enelle 1. Et il est frappant de constater que les solutions qui sont mobilisées pour diminuer la consommation des bâtiments constituent une manière de retrouver des pratiques traditionnelles de construction qui se sont perdues dans l'euphorie des « trente glorieuses », c'est-à-dire dans une période où les besoins démographiques et l'abondance de l'énergie ont poussé à développer des méthodes de construction privilégiant la quantité sur la qualité. Sans même évoquer l'intérêt d'optimiser la récupération d'énergie via des capteurs solair es photovoltaïques ou thermiques, la simple orientation du bâtiment par rapport aux évolutions de l'ensoleillement et à la dir ection des vents dominants permet d'économiser des kilowattheures ; aujourd'hui, cette orientation est calculée pour êtr e optimisée, mais n'importe quel bâtisseur de masure du Moyen Âge savait qu'il fallait ofrir le maximum de surface aux rayons f du soleil pour avoir moins froid. De même, la prise en compte du facteur de forme, qui compar e le volume intérieur à la taille de l'enveloppe extérieur e, afin de minimiser la surface d'échange avec l'extérieur , tr ouve sa concrétisation empirique la plus parfaite dans l'igloo, qui n'a pas la forme d'une demi-sphèr e par hasard. Si l'on ajoute à ces paramètres géométriques de construction le développement de la géothermie, en liaison notamment avec les pompes à chaleur l'idée d'exploiter les calories encore disponibles , dans les eaux usées, ou les pr ogrès dans les matériaux d'isolation, qui pr ennent le r elais des anciens torchis déjà basés sur le principe de minuscules alvéoles piégeant de l'air immobile, on constate que les préoccupations envir onnementales, stimulées par la menace de l'ef fet de serr e et la perspective de l'épuisement des énergies fossiles, ont abouti à dynamiser les technologies permettant d'optimiser l'utilisation de l'énergie sur place. Avec la production d'électricité photovoltaïque, la microcogénération au bois, les microéoliennes, qui permettent d'envisager des bâtiments à énergie positive, on voit même se dessiner une tendance allant vers l'autonomie locale d'énergie. Cette tendance ne peut pas êtr e considérée comme anecdotique lorsqu'on sait que le secteur du bâtiment consomme en France 45 % de l'énergie primaire. On peut s'interr oger sur l'extension de cette tendance au secteur des transports, et l'on peut en déceler certains indices : l'Ines teste l'idée de recharger les batteries des voitures électriques garées au parking grâce à des panneaux photovoltaïques ; on voit apparaîtr e des navettes de transport maritime fonctionnant majoritairement à l'énergie solaire. Tous ces indices constituent comme les prémices d'une évolution qui r edonne de l'importance à la production décentralisée d'énergie, sur le lieu de consommation, par opposition au modèle qui a conduit depuis le XIXe siècle, avec l'éclairage au gaz, puis l'électrification, au développement de la consommation d'énergie à partir d'une source centralisée distribuée par un réseau. Cette concurrence entre les progrès technologiques d'un service produit localement et du même service distribué en réseau à partir d'une sour ce centralisée a connu un précédent dans le domaine de l'informatique, qui s'est développé d'abor d sous la forme des gr os ordinateurs, c'est-à-dire de capacités de calcul centralisées auxquelles on ne pouvait avoir accès qu'à travers un réseau de terminaux passifs, et qui a connu ensuite la révolution de la micr o-informatique, c'est-à-dire la multiplication des capacités de calcul décentralisées. On sait comment cela a évolué : le réseau a r epris le dessus, en devenant un support de coor dination pour l'utilisation des micr o-ordinateurs, et le succès d'Inter net illustr e ce rééquilibrage des rôles r espectifs des capacités de calcul accessibles en réseau et de celles disponibles localement. La différence entre un serveur et un poste de travail s'estompe. V de loin, u il n'y a plus que des machines dialoguant entre elles à travers le réseau.
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On peut s'interr oger sur la portée prédictive de ce précédent historique pour l'évolution technologique de l'énergie, en considérant que l'importance nouvelle donnée aux énergies renouvelables correspond à l'émergence d'un mode décentralisé de gestion de l'énergie. Il n'est pas certain que le réseau là aussi reprendra le dessus en assurant la coordination de la gestion des sources décentralisées d'énergie, ainsi que le suggère le modèle du smart grid. On peut à cet égard faire trois remarques : d'abord, la mise à niveau des réseaux est beaucoup plus lourde dans le domaine de l'énergie que dans le domaine de l'informatique. Cela est lié à ce que ces réseaux transportent. D'un côté, un transport d'information ; de l'autr e, un transport physique. Or , toutes les possibilités ouvertes par le perfectionnement de la compr ession numérique et du traitement du signal n'ont pas de correspondance dans l'ordre physique ; avec l'énergie, il est beaucoup plus dif ficile d'accr oître la capacité de transport d'un tuyau sans changer physiquement la nature du tuyau. Cela suppose donc des investissements plus importants ; ensuite, cette mise à niveau des réseaux pose plus de dif ficulté, pour l'énergie, en termes d'acceptation sociale, du fait de la danger osité intrinsèquement plus grande du contenu transporté : du gaz, ou des courants forts, par opposition aux courants faibles des télécommunications ; enfin, l'émergence des solutions de gestion locale est stimulée par un avantage de prix pour le consommateur final, qui fr eine le développement des solutions de distribution de services en réseau. Cette problématique est au coeur de la réflexion sur le développement des réseaux de chaleur, dont la rentabilité se trouve remise en cause du fait du déploiement de la construction à basse consommation, car, en permettant une gestion plus économe de l'énergie locale, celle-ci rend moins nécessaire des apports externes de chaleur. La réflexion sur les paramètres qui joueront un rôle essentiel sur respectivement les développements , technologiques de la gestion en réseau et de la gestion locale fait r essortir l'importance de la fonction de stockage d'énergie : la vitesse de développement de l'un ou de l'autr e dépendra en particulier du service rendu dans ce domaine clé. Dans le domaine de l'informatique, le r tour en force du réseau résulte en ef et directement d'une e f capacité de stockage accrue qui se traduit par une fiabilité dans la conservation des données, qui se traduit par un r enforcement de l'ubiquité des services of ferts : aujourd'hui, on en est au stade de la possibilité de gérer les tâches bureautiques en ligne (traitement de texte, élaboration des feuilles de calcul, constitution de bases de données), avec des fichiers accessibles en ligne. On peut imaginer que si les pr ogrès sur la pile à combustible, par exemple, en termes de sécurité et de coût, permettent un stockage de l'énergie au niveau local capable d'absorber les fluctuations saisonnièr es des besoins, c'est-à-dir e en donnant le moyen de pr ofiter l'hiver des excédents d'énergie photovoltaïque accumulés sur place en été, alors la distribution en réseau d'énergie perdra un avantage comparatif essentiel. Il s'agit là d'une hypothèse d'école, mais les voies de la science sont impénétrables. À l'inverse, un réseau qui développerait fortement ses services de stockage d'énergie pour répondr e à toutes les fluctuations des besoins, quotidiennes ou saisonnières, sans variations importantes de prix rendrait moins rentables économiquement les efforts de gestion de l'énergie au niveau local. Avec ces considérations sur la capacité de stockage du réseau, j'en reviens à des perspectives technologiques un peu plus rappr ochées, qui corr espondent à l'émergence annoncée des réseaux intelligents, les fameux smart grid . En ef fet, un réseau en soi, en inter connectant des acteurs qui ont des besoins dif férents, non synchr ones, of fre un service de stockage implicite à l'échelle de l'ensemble des utilisateurs : celle qui lui permet de mettr e à disposition des uns le surplus instantané de pr duction des autres. Plus le réseau s'étend géographiquement o (comme on s'ef force de le fair e en France en doublant la capacité du transit transfr ontalier d'ici à 2016), plus on accr oît sa réactivité (qui est au coeur de l'idée des smart grid), plus cette capacité implicite de stockage s'accroît.
On peut à cet égard faire une analogie avec les marchés financiers, dont la performance en termes de mise à disposition de moyens de financement pour l'économie s'accroît d'une part lorsqu'ils s'étendent, c'est-à-dire lorsqu'ils permettent l'interaction d'un plus grand nombr e d'acteurs, et d'autre part lorsqu'ils se sophistiquent, c'est-à-dir lorsqu'ils répondent à des besoins de plus e en plus fins, comme le font les smart grid . L'analogie vaut aussi pour la fragilité qui forme la contrepartie de cette performance, qui est, dans les deux cas, de même natur e : en ouvrant plus largement les possibilités d'interaction entr e les acteurs, on accr oît leur inter dépendance, et donc on r enforce l'ef fet domino. On en a eu l'illustration avec le black-out partiel du 4 novembre 2006 en Europe. Cependant, le développement de la capacité de stockage implicite permise par un réseau plus performant ne vaut que dans une certaine limite, celle des déséquilibr es instantanés de pr oduction et de consommation à l'échelle géographique couverte. Une r eprésentation symbolique en est donnée par le décalage de l'heure de pointe de consommation entre le nord et le sud de l'Eur ope : du fait des modes de vie dif férents, expliqués par les variations de l'intensité de la lumièr e naturelle, elle intervient plus tôt en Grande-Br etagne et plus tar d en Espagne, ce qui permet à la France de profiter des capacités de production de ces deux voisins au moment de sa propre pointe. Mais le réseau ne four nit pas une solution aussi immédiate pour la couvertur e des variations saisonnières des besoins. Pour répondr e à ces variations, le réseau d'énergie a besoin de l'assistance d'équipements spécifiques. Dans cette perspective, les capacités de stockage du gaz revêtent une dimension stratégique, et la France est le pays le mieux pourvu en Eur ope à cet égard, avec une capacité de stockage équivalent à 28 % de sa consommation annuelle, contre 22 % en Allemagne, et 18 % en Italie. L'approvisionnement en GNL se fait aussi à travers les grands ports méthaniers, qui constituent aussi des équipements complémentair s d'ajustement. e S'agissant de l'électricité, ces équipements complémentair es prennent aujourd'hui la forme historique des Step de montagne. On évoque la capacité de stockage additionnelle que va représenter l'ensemble des batteries des véhicules électriques, mais celle-ci ne constitue pas une solution pour le lissage des déséquilibres intersaisonniers. À l'occasion du précédent rapport sur la stratégie de r echerche en énergie, un voyage aux États-Unis a permis de découvrir qu'on y conduisait des réflexions poussées sur le développement des systèmes à air comprimé (CAES Compr ssed Air Energy Storage). Le rapport a plutôt conclu e à la préconisation de la construction d'un ou plusieurs atolls de stockage d'énergie dans la Manche, en profitant de l'existence d'un plateau continental peu pr ofond et d'une pr oximité des grands lieux de consommation industriels et urbains. C'est une idée défendue par l'ingénieur François Lempérière, spécialiste à la fois des barrages et des usines marémotrices, consultant de grands p ays très soucieux de développer leur système énergétique, comme la Chine et l'Inde. Il y a fort à parier que l'idée sera mise en oeuvr e ailleurs dans le monde avant de r evenir en France avec les atours malheur eusement indispensables du précédent étranger ; le coût par rapport à la puissance disponible est du même ordre de grandeur que celui d'une centrale nucléaire (1 milliard d'euros par gigawatt), sauf que cela permettrait un stockage massif d'énergies renouvelables. En conclusion, je dirai que le réseau va certainement continuer à jouer un grand rôle dans les systèmes énergétiques futurs mais que sa place dépendra de sa capacité à évoluer , car sur une longue période, il va subir la pr ession concurrentielle des systèmes technologiques décentralisés, à travers notamment le développement des bâtiments à énergie nulle ou positive.
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Notes
Notes : Énergies de demain : quels réseaux sur le territoire ?
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Bureau de la communication du CGEDD
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Crédits photo :
Gérard Crossay, Pascal Pastural, DICOM MEEDDM
Retranscription écrite du colloque :
UBIQUS
Colloque
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