Cadres de gestion de la contamination par les PFAS (substances perfluoroalkyles ou polyfluoroalkyles) des matières fertilisantes
KOSUTH, Pascal ;WENDLING, Laurent ;SCHMIDT, Céline
Auteur moral
France. Inspection générale de l'environnement et du développement durable (IGEDD)
;France. Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux
Auteur secondaire
Résumé
<div style="text-align: justify;">Les substances perfluoroalkyles et polyfluoroalkyles (PFAS) des substances chimiques persistantes pouvant présenter des risques pour la santé et l'environnement. Certaines matières fertilisantes issues de déchets, notamment les boues de stations d'épuration et les digestats, peuvent en contenir et contribuer à leur diffusion dans les sols, les eaux, les végétaux et la chaîne alimentaire.µLes apports annuels de matières fertilisantes en France sont estimés à 35,3 millions de tonnes de matière sèche (Mt MS). Une part relativement limitée de ces apports (environ 2.25 Mt MS) est susceptible d'être concernée par une contamination significative en PFAS, à savoir les matières fertilisantes d'origine résiduaire : boues de stations d'épuration urbaines et industrielles et digestats. Ces matières potentiellement plus à risque sont épandues sur environ 3 % de la surface agricole utile.µOn dénombre en France environ 23 000 stations d'épuration dont 6 % sont à l'origine de 86 % du volume de boues produit en France.µLes pays comme l'Allemagne, le Danemark ou les États-Unis ont mis en place des seuils variables (de 1 à 20 PFAS contrôlés), souvent après des crises locales. Certains interdisent de facto l'épandage (ex. Maine, USA), d'autres adaptent les normes aux données nationales.µPlusieurs solutions existent pour gérer les boues contaminées en PFAS, telles que l'incinération, la valorisation hors production alimentaire ou encore des traitements de déshydratation plus avancés.</div>
Editeur
IGEDD
;CGAAER
Descripteur Urbamet
norme
;incinération
;santé
;station d'épuration
;déchet
Descripteur écoplanete
contamination
;fertilisation du sol
Thème
Ressources - Nuisances
;Environnement - Paysage
Texte intégral
Titre du rapportIÉ
<wq
Cadres de gestion de la contamination par les PFAS (substances perfluoroalkyles ou polyfluoroalkyles)
des matières fertilisantes
établi par
2 0 2 6
SOMMAIRE
1. L?ENCADREMENT REGLEMENTAIRE ............................................................................................... 11
1.1. Les composés PFAS en France et en Europe : définitions, enjeux associés et encadrement réglementaire ..................................................................................... 11
1.1.1. Définitions et présentation générale des PFAS ...................................................... 11 1.1.2. Cadre réglementaire européen .............................................................................. 12 1.1.2.1. Des restrictions de fabrication et d?utilisation des PFAS, en voie de renforcement ....................................................................................................... 12 1.1.2.2. Un cadre réglementaire européen uniquement pour l?eau et l?alimentation ............................................................................................................................ 13
1.1.3. Prise en compte française ..................................................................................... 13 1.1.3.1. Encadrement national et plan d?actions interministériel sur les PFAS .... 14 1.1.3.2. La loi de février 2025, une spécificité française ...................................... 14 1.1.3.3. Un début d?encadrement par bassin par les SDAGE .............................. 15
1.1.3.4. Des études et missions diligentées récemment ...................................... 15
1.2. Réglementation française applicable aux matières fertilisantes ............................... 16
1.2.1. Définitions ............................................................................................................. 16 1.2.2. Les cadres réglementaires des différentes matières fertilisantes ........................... 17 1.2.2.1. Une « offre réglementaire » souple selon le type de MFSC ................... 17
1.2.2.2. La réglementation ICPE et IOTA sur les boues ...................................... 18 1.2.2.3. L?introduction à venir du « socle commun » en France .......................... 18
1.3. Une directive « eaux résiduaires urbaines 2 », impactant le gisement de boues ..... 19
2. CADRE GENERAL DES MATIERES FERTILISANTES EN FRANCE ......................................................... 20
2.1. Matières fertilisantes utilisées en France ? origines, quantités, usages et enjeux ... 20
2.1.1. Matières organiques .............................................................................................. 21 2.1.1.1. La production de MAFOR en France : origines et volumes .................... 21
2.1.1.2. Boues (STEU et ICPE) et digestats (méthaniseurs) ............................... 22 2.1.1.3. Synthèse sur les tonnages de MAFOR................................................... 24
2.1.2. L?utilisation des MAFOR : enjeux et source de tension pour les différentes filières d?épandage ........................................................................................................... 25
2.1.2.1. Principaux usages .................................................................................. 25 2.1.2.2. La diminution du gisement de MAFOR : enjeux et impacts .................... 26
2.1.3. Matières minérales ................................................................................................ 27
2.2. Connaissances sur les niveaux de contamination en PFAS .................................... 27
2.2.1. Métrologie des PFAS dans les MFSC.................................................................... 27 2.2.1.1. Echantillonnage et prélèvement des MFSC pour l?analyse des PFAS ... 27 2.2.1.2. Méthodes d?analyse des échantillons (préparation, extraction, mesure) 28 2.2.1.3. Risques de contamination accidentelle des échantillons et précautions. 29
2.2.2. Niveaux de contamination en PFAS des différentes MFSC : données françaises disponibles ............................................................................................................ 29
2.2.2.1. Teneurs en PFAS des boues de STEU urbaines ................................... 30
2.2.2.2. Analyse des PFAS dans les boues du RSDE Loire Bretagne 2022 ....... 30 2.2.2.3. Les analyses PFAS dans les boues par les opérateurs de STEU .......... 32 2.2.2.4. Revue bibliographique des données françaises disponibles sur la contamination de toutes les MFSC ...................................................................... 32
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2.2.3. Contamination PFAS des compartiments associés ............................................... 33 2.2.4. Des cas emblématiques de contamination par les PFAS des MFSC et de modes de
gestion sur le territoire français.............................................................................. 35 2.2.5. Que faire des boues contaminées ? ...................................................................... 36 2.2.5.1. Incinération ............................................................................................. 36 2.2.5.2. Foresterie ............................................................................................... 36 2.2.5.3. Le mélange de boues pour déshydratation ............................................. 37 2.2.5.4. La méthanisation .................................................................................... 37
3. SYNTHESE DU PARANGONNAGE DE PAYS AYANT MIS EN PLACE UNE REGLEMENTATION .................... 38
3.1. Processus ayant permis le parangonnage et ces limites ......................................... 38
3.2. Des points communs, malgré la diversité des contextes .......................................... 39
3.2.1. Des facteurs communs à l?origine d?une volonté de régulation .............................. 39 3.2.2. La préoccupation centrée sur les boues de stations d?épuration ............................ 39 3.2.3. Certains composés PFAS systématiquement pris en compte ................................ 39 3.2.4. Caractérisation et traçabilité des boues sont des enjeux majeurs .......................... 39 3.2.5. Des taux de non-conformité faibles face aux réglementations ............................... 40
3.3. Les composés PFAS retenus dans les cadres de gestion ....................................... 40
3.4. L?élaboration des cadres de gestion ........................................................................ 42
3.4.1. Structure des cadres de gestion : .......................................................................... 42 3.4.2. Typologie des démarches : .................................................................................... 43
3.5. D?incitatifs à réglementaires, des cadres de gestion à portée variable ..................... 45
3.6. Impacts et mesures d?accompagnement : un recul insuffisant ................................. 45
4. INTRODUCTION D?UN CADRE REGLEMENTAIRE SUR LES PFAS DANS LES MATIERES FERTILISANTES .. 47
4.1. Une stratégie à la croisée d?enjeux sanitaires, environnementaux et d?économie circulaire .................................................................................................................. 47
4.2. Les points de vue des acteurs ................................................................................. 47
4.3. Cadres de gestion PFAS dans les MFSC et anticipation des impacts ..................... 49
4.3.1. Pertinence de l?introduction rapide et progressive de seuils en PFAS dans les MFSC et proposition d?une méthode ..................................................................... 50
4.3.2. Une stabilisation des protocoles métrologiques des PFAS dans les matrices solides .............................................................................................................................. 52
4.3.3. Une organisation du suivi des teneurs en PFAS des sols ...................................... 53 4.3.4. Campagne nationale 2026-2027 de mesure des teneurs en PFAS des boues et
digestats valorisés par épandage agricole ............................................................. 54 4.3.5. Une amélioration de l?information sur les MAFOR ................................................. 55 4.3.6. Coordination nationale du suivi des teneurs en PFAS des MFSC et des sols ........ 55 4.3.7. Mesures d?anticipation des impacts et d?accompagnement ................................... 56
CONCLUSION .................................................................................................................................. 58
ANNEXES ....................................................................................................................................... 60
Annexe 1 : Lettre de commande et saisine du HCSP ................................................... 62 Annexe 2 : Bibliographie ............................................................................................... 66 Annexe 3 : Liste des personnes rencontrées ................................................................ 69 Annexe 4 : Liste des sigles utilisés ............................................................................... 76 Annexe 5 : Liste des tableaux et figures ....................................................................... 79 Annexe 6 : Fiches de synthèse par pays ...................................................................... 82 Annexe 7 : Définitions ................................................................................................. 118 Annexe 8 : Les campagnes RSDE dans le bassin Loire Bretagne .............................. 119 Annexe 9 : Illustration d?un protocole d?échantillonnage, applicable à différentes MFSC
123 Annexe 10 : Échange de courriers entre la DREAL de Bassin Loire Bretagne et la DEB
et la DGPR .......................................................................................................... 127
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Annexe 11 : Incinération basse température ? société Véolia Brevet n°23 02257 ....... 134 Annexe 12 : Fonds de garantie des risques liés à l?épandage agricole des boues
d?épuration (FGRE) ............................................................................................. 135 Annexe 13 : Impact de siccité des boues sur leur teneur en PFAS ............................. 137 Annexe 14 : Épaississement des boues en station d?épuration ................................... 139 Annexe 15 : Les différentes boues ? origines - destinations ........................................ 142 Annexe 16 : Analyse d?impact de l?application du socle commun pour le cadmium ..... 148 Annexe 17 : Frise temporelle : prise en compte depuis les années 2000 de la
problématique PFAS dans les EDCH et les boues .............................................. 150 Annexe 18 : Méthodes d?analyse des échantillons (préparation, extraction, mesure) et
risques de contamination accidentelle des échantillons et précautions................ 151 Annexe 19 : La production de MAFOR en France : origines et volumes ..................... 154 Annexe 20 : Extrait étude SYNTEAU sur l?impact de la DERU2 article 11 .................. 156
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RESUME
Les risques sanitaires et environnementaux associés aux substances perfluoroalkyles et
polyfluoroalkyles (PFAS) ont conduit à des restrictions d?usage pour certaines d?entre elles
(règlements REACH, POP) ainsi qu?au développement de cadres réglementaires spécifiques pour
l?alimentation, l?eau potable et la surveillance des milieux (eaux de surface, eaux souterraines, et
plus récemment les sols). Les matières fertilisantes, et parmi elles plus particulièrement les boues
et digestats de stations d?épuration urbaines ou industrielles, constituent des vecteurs potentiels de
diffusion des PFAS vers l?environnement. Elles peuvent être à l?origine d?une accumulation de PFAS
dans les sols et de leur transfert vers les eaux, les biotes, les végétaux et ultimement vers l?eau
potable et l?alimentation.
Dans ce contexte, une mission conjointe a été confiée par les ministères chargés de l?environnement
et de l?agriculture à l?Inspection Générale de l?Environnement et du Développement Durable (IGEDD)
et au Conseil Général de l?Alimentation, de l?Agriculture et des Espaces Ruraux (CGAAER) afin
d?établir un état des lieux des flux de matières fertilisantes et de leur contamination par les PFAS,
d?analyser les cadres de gestion mis en place par d?autres pays, et de formuler des
recommandations associées à l?introduction d?un cadre de gestion national. En parallèle, le Haut
Conseil de la Santé Publique a été sollicité par les ministères chargés de l?environnement et de la
santé pour fixer des valeurs seuils de teneur en PFAS, notamment pour les MFSC, ce qui a conduit
la mission à ne pas investir ce champ.
Situation actuelle
Les apports annuels de matières fertilisantes en France sont estimés à 35,3 millions de tonnes de
matière sèche (Mt MS). Une part relativement limitée de ces apports (environ 2.25 Mt MS) est
susceptible d?être concernée par une contamination significative en PFAS, à savoir les matières
fertilisantes d?origine résiduaire : boues de stations d?épuration urbaines et industrielles et digestats.
Ces matières potentiellement plus à risque sont épandues sur environ 3 % de la surface agricole
utile.
On dénombre en France environ 23 000 stations d?épuration, quelques milliers d?installations
industrielles produisant des boues (secteurs de la papeterie, de l?agroalimentaire, de la chimie) et
1800 méthaniseurs. Il est important de souligner que 6 % des stations d?épuration (les stations
urbaines de plus grande taille) sont à l?origine de 86 % du volume de boues produit en France.
La surveillance et le contrôle des PFAS reposent sur des listes de composés variables selon les
matrices et milieux considérés, de quatre composés réglementés pour l?alimentation à 43 composés
pour les sols. La connaissance des teneurs en PFAS des boues, des digestats et des sols les ayant
reçus est embryonnaire en France. Les protocoles de mesure des teneurs en PFAS des matrices
solides ne sont pas encore stabilisés, une norme internationale dédiée devant être publiée en 2026.
La mission a analysé les données récentes de contamination disponibles, notamment les données
issues de la campagne de recherche et de réduction des rejets de substances dangereuses dans
les eaux (RSDE) 2022 sur le bassin Loire Bretagne, ainsi que des données communiquées par les
exploitants. Une première image de la situation, nécessitant impérativement d?être consolidée par
des données complémentaires, indique que les teneurs en PFAS dans les boues ? notamment les
boues déshydratées - restent modérées. Les taux de non-conformités par rapport aux seuils définis
en Wallonie (Belgique) sont estimés entre 2 et 5 % pour les boues traitées déshydratées françaises.
Plusieurs solutions existent pour gérer les boues contaminées en PFAS, telles que l?incinération (à
une température qui varie selon le process utilisé), la valorisation hors production alimentaire ou
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encore des traitements de déshydratation plus avancés.
Cadre de gestion de la contamination PFAS des boues mis en place dans d?autres pays
Les cadres de gestion mis en oeuvre en Allemagne, en Belgique, au Canada, au Danemark, en
Suède et dans certains États des États-Unis ont été analysés. Ces cadres sont dans l?ensemble
récents, principalement centrés sur les boues de stations d?épuration, et ont souvent été mis en
place en réponse à des crises locales ou des dépassements de normes dans l?eau potable.
Le nombre de PFAS pris en compte varie fortement selon les territoires (d?un seul composé à une
vingtaine). Les cadres de gestion reposent généralement sur des seuils maximaux fixés pour la
teneur en PFAS des boues, parfois complétés par des seuils intermédiaires et/ou des limitations des
quantités épandues. La réflexion a porté plus rarement sur le contrôle des teneurs en PFAS dans
les sols. Les méthodes de détermination des seuils diffèrent également : certains pays adoptent des
seuils très bas conduisant à une interdiction de facto de l?épandage de boues ; tandis que d?autres
choisissent de s?appuyer de manière pragmatique sur les données nationales d?occurrence, ou
encore privilégient une démarche scientifique utilisant des modèles de simulation de transferts de
PFAS dans les différents compartiments et des valeurs cibles dans ces mêmes compartiments.
Les retours d?expérience restent pour le moment limités : les pays considérés dans cette étude font
état d?impacts modérés en terme de non-conformité des boues, à l?exception de l?État du Maine qui
a fixé des seuils extrêmement contraignants. L?introduction d?un cadre de gestion contribue à
renforcer la confiance des acteurs et du monde agricole, parfois altérée lorsque la contamination
des boues était le fait générateur d?une crise.
Recommandations pour la mise en place d?un cadre de gestion national
La mise en place d?un cadre de gestion national de la contamination par les PFAS des matières
fertilisantes doit concilier trois familles d?enjeux : des enjeux sanitaires, des enjeux
environnementaux et, enfin, des enjeux d?économie circulaire.
L?ensemble des acteurs consultés s?accorde sur la nécessité d?un cadre de gestion national
permettant d?atteindre des objectifs clairs à moyen terme (10 ans), tout en étant suffisamment
progressif pour leur donner les moyens d?adapter leurs filières.
La mission recommande ainsi une mise en oeuvre en deux étapes.
Une première phase transitoire (2026-2028) consisterait à introduire sans attendre une première
réglementation en s?inspirant d?un modèle étranger (le modèle wallon est considéré comme adapté
au contexte français) et à l?accompagner impérativement de campagnes de mesures et du
renforcement des connaissances.
Une seconde phase (2029-2035) mettrait en oeuvre des seuils ajustés sur la base des
connaissances acquises et du retour d?expérience de la phase 1 ainsi qu?une trajectoire progressive
pour les atteindre. Le cadre devrait intégrer des seuils de teneur en PFAS dans les matières
fertilisantes, dans les sols receveurs de ces matières, ainsi que des limites de flux à l?échelle des
parcelles. Seuils et trajectoires devront être définis fin 2028.
La mission considère que le déploiement de campagnes de mesures nationales de PFAS dans les
sols et dans les boues et digestats, après stabilisation des protocoles métrologiques, est essentiel
à la pertinence du dispositif qui doit être mis en oeuvre.
Enfin, une coordination nationale est jugée indispensable pour analyser de manière approfondie et
centralisée les données collectées, assurer une information régulière et transparente des acteurs
des filières concernées, suivre et accompagner les impacts à court et moyen terme liés à
l?introduction du cadre de gestion, notamment pour les stations d?épuration de petite taille.
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LISTE DES RECOMMANDATIONS
R1. Mettre en oeuvre un processus réglementaire « PFAS et matières fertilisantes » rapide, échelonné en plusieurs étapes (DGAL, DEB, DGPR, DGPE, ?) : (1) Diffuser une circulaire indiquant aux services de l?État la stratégie en deux étapes de maîtrise des risques de contamination par les PFAS des MFSC et des sols ; (2) Lancer la procédure d?intégration de seuils en PFAS dans le socle commun ; (3) Modifier avant l?été 2026 les dispositions des arrêtés du 8 janvier 1998 (IOTA) et du 2 février 1998 (ICPE) selon les trois règles proposées par la mission avec les seuils préconisés par le HCSP ou les seuils wallons dans un premier temps ; (4) Publier rapidement une instruction technique de la DEB proposant aux services déconcentrés un protocole métrologique ; (5) Mettre en place une certification des boues susceptibles d?être épandues ; (6) Mettre en place un dispositif opérationnel de suivi des PFAS dans les sols qui ont reçu des boues de STEU ou ICPE.
R2. Stabiliser les protocoles métrologiques des PFAS dans les matrices solides (DGPR). Etablir dès 2026 un document-cadre sur les protocoles de prélèvement et d?analyse des teneurs en PFAS des boues, digestats et sols (matrices solides), en s?appuyant sur le projet de norme ISO/DIS 25652, sur les travaux de l?INERIS et d?AQUAREF, et sur le retour d?expérience du RSDE Loire Bretagne 2022. Ce document sera actualisé une fois publiée la norme ISO/DIS 25652. Exiger l?accréditation correspondante des laboratoires d?analyse et des organismes de prélèvement (acteurs à mobiliser : INERIS, AQUAREF, ?.).
R3. Organiser le suivi des teneurs en PFAS des sols à l?échelle nationale (CGDD, DEB, DGPR, DGAL). Cette organisation doit articuler (i) le suivi PFAS du RMQS, (ii) une campagne de mesure nationale 2026-2027 dédiée aux sols ayant reçu des épandages depuis 10 ans (en lien avec la campagne « boues de STEU et ICPE »), (iii) la mise en oeuvre opérationnelle de la composante « sols » du cadre de gestion PFAS et MFSC. Rassembler l?ensemble des données ainsi acquises en un système d?information cohérent et en produire une analyse annuelle pour les trois à cinq prochaines années. Soutenir le développement des connaissances scientifiques sur les mécanismes de transfert de PFAS dans les sols et de modèles de simulation adaptés. Mobiliser ces connaissances et modèles pour faire évoluer le cadre de gestion. (acteurs à mobiliser : INRAE, BRGM, AQUAREF, ?.)
R4. Organiser une campagne nationale de mesure des teneurs en PFAS des boues et digestats (DEB, DGPR). Organiser dès 2026 une campagne nationale de mesure des teneurs en PFAS des boues et digestats de STEU et ICPE, rassembler l?ensemble des données ainsi acquises en un système d?information cohérent et en produire une analyse. Mobiliser ces connaissances et modèles pour faire évoluer le cadre de gestion (acteurs : DEB, INRAE, BRGM, AQUAREF, ?.)
R5. Créer une base de données sur la production et la valorisation de toutes les MAFOR (MAASA, MTE). Demander dès 2026 au SSP de constituer cette base puis de la mettre à jour. Intégrer les éléments en provenance ou à destination d?autres pays. Intégrer et vérifier la cohérence des informations fournies par les gestionnaires de STEU ou d?ICPE.
R6. Mettre en place une gouvernance et une coordination nationale du suivi des teneurs en PFAS des MFSC et des sols (toutes DG concernées - MAASA, MTE, MS). Mettre en place pour une durée de cinq ans renouvelables une instance nationale de coordination du sujet « PFAS dans les sols et les matières fertilisantes », chargée de suivre la mise en oeuvre du cadre de gestion, de coordonner les programmes de recueil, d?analyse
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et de partage des données, d?évaluer l?impact sur les filières, d?évaluer l?évolution des systèmes de traitement et les stratégies d?adaptation, de réfléchir à l?actualisation du cadre de gestion (acteurs à mobiliser : recherche, filières économiques).
R7. Anticiper les impacts du cadre de gestion PFAS et MFSC, mesures d?accompagnement (toutes DG du MAASA et MTE concernées). Suivre les impacts associés à l?introduction du « cadre de gestion PFAS et MFSC » sur les volumes de MFSC non conformes, les surfaces de sols agricoles dépassant les normes de teneur en PFAS, les coûts de traitement ou destruction des MFSC non conformes. Mettre en oeuvre les mesures cadre d?accompagnement préconisées et remobiliser pour cela le fonds de garantie existant actuellement pourvu à hauteur de 3,7 millions d?euros, en le renforçant (acteurs à mobiliser : les filières, les collectivités, CAF).
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INTRODUCTION
Les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), encore appelées « polluants éternels », font
l?objet de préoccupations grandissantes des autorités publiques et de la communauté scientifique
depuis quelques années. Utilisées depuis les années 1950 dans de nombreux procédés industriels
et produits de consommation, ces molécules se caractérisent par leur capacité à s?accumuler dans
les sols, les eaux et les organismes vivants. Les effets toxicologiques néfastes pour certains
composés les plus étudiés de cette vaste famille sont désormais confirmés.
Pour structurer les actions en réponse aux multiples enjeux sanitaires et environnementaux soulevés
par les PFAS, la France a mis en place en 2024 un plan d?action interministériel ambitieux, visant à
améliorer la connaissance, la surveillance et la réduction des expositions à ces contaminants.
Dans ce contexte, la gestion des matières fertilisantes potentiellement contaminées par les PFAS
constitue un enjeu émergent pour les politiques environnementales et agricoles. En particulier, les
boues issues des stations d?épuration urbaines ou industrielles, du fait de leur origine, peuvent
concentrer des polluants comme les PFAS et être ensuite valorisées par épandage sur les sols
agricoles. Cette pratique, qui s?inscrit dans une logique d?économie circulaire et de recyclage de
nutriments essentiels, peut toutefois contribuer à la dissémination des PFAS dans les sols agricoles
et, in fine, à la contamination du milieu aquatique et de la chaîne alimentaire.
A l?heure actuelle, peu de pays ont fixé un cadre réglementant les PFAS dans les matières
fertilisantes. Pour autant, de nombreux dispositifs de surveillance et de maîtrise des risques associés
aux PFAS sont établis ou en passe de l?être dans la plupart des pays européens, le diagnostic d?une
nécessaire adaptation des politiques publiques étant partagé.
C?est dans cette perspective que les ministres chargés de l?agriculture et de l?environnement ont
commandité cette mission interministérielle (cf. lettre de commande annexe n°1). Son objet est tout
d?abord d?établir un point de situation actuelle des matières fertilisantes et de leur contamination par
les PFAS en France, puis d?analyser les pratiques de gestion mises en oeuvre dans des pays ayant
déterminé des valeurs de référence en PFAS dans les matières fertilisantes. Il s?agit enfin de
conseiller la puissance publique sur la façon d?introduire un cadre réglementaire, et d?anticiper et
d?accompagner les impacts prévisionnels associés.
La proposition de valeurs de référence pour les PFAS dans les matières fertilisantes, en particulier
dans les boues de stations d?épuration, fait l?objet d?une saisine indépendante faite au Haut Conseil
de la Santé Publique (HCSP) par les ministères chargés de l?environnement et de la santé.
Les membres de la mission ont été désignés en septembre 20251.
Mots clés : boues, contamination, ICPE, IOTA, matières fertilisantes, normes, PFAS, qualité des
sols, socle commun, sols, station d?épuration, surveillance
1 Un quatrième membre a été appelé à d?autres fonctions, n?a pas participé à la rédaction et ne figure pas parmi les signataires
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1. L?ENCADREMENT REGLEMENTAIRE
1.1. Les composés PFAS en France et en Europe : définitions, enjeux associés et encadrement réglementaire
1.1.1. Définitions et présentation générale des PFAS
Les PFAS constituent une large famille de plusieurs milliers de composés chimiques artificiels2,
présentant des propriétés industrielles intéressantes (antiadhésives, imperméabilisantes, stables,
résistantes aux températures extrêmes, etc..). Ils ont été massivement utilisés depuis les années 50
dans de nombreux produits industriels et de consommation courante : textiles, ustensiles de cuisine,
mousses extinctrices d?incendies, gaz réfrigérants, revêtements antiadhésifs, cosmétiques,
dispositifs médicaux, produits phytopharmaceutiques, emballages, ?.
Les PFAS ont comme point commun d?être persistants dans l?environnement ? ce qui leur vaut la
dénomination de « polluants éternels » - en raison de la solidité des liaisons carbone-fluor qu?ils
contiennent. Ils sont également bioaccumulables, et se retrouvent largement présents dans
l'ensemble des compartiments environnementaux : eaux, air, sols, sédiments et biotes.
Depuis les années 2000, les préoccupations internationales concernant les effets potentiels de ces
familles de substances sur la santé ont conduit à une intensification des recherches au-delà des
composés les plus étudiés PFOA (acide perfluorooctanoïque), PFOS (sulfonate de perfluorooctane),
PFHxS (sulfonate de perfluorohexane) et PFNA (acide perfluorononanoïque). L?essentiel des
connaissances disponibles concerne la famille des acides perfluoroalkylés (PFAA), substances très
stables et peu dégradables. Les molécules produites ont évolué au cours du temps : les PFAA à
chaîne longue (parmi lesquels le PFOS et le PFOA dont la dangerosité a été établie) ont
progressivement été remplacés par d?autres composés (notamment par des PFAA à chaînes plus
courtes), ce qui explique la coexistence de PFAS de différents types dans les milieux (INERIS ;
2025a).
Un certain nombre d?effets toxiques chez l?Homme sont aujourd?hui démontrés : augmentation du
taux de cholestérol, cancers, effets sur la fertilité et le développement du foetus, sur le foie, sur les
reins, impacts sur le système immunitaire, etc. En décembre 2023, le Centre international de
recherche sur le cancer (CIRC) a classé le PFOA comme « cancérogène pour l?Homme » (Groupe
1) et le PFOS comme « peut-être cancérogène pour l?Homme » (Groupe 2B).
D?après les connaissances actuelles sur les PFAS, l?alimentation, incluant l?eau de boisson, apparaît
comme la principale voie d?exposition aux PFAS pour la majorité de la population (EFSA 2020,
ECHA 2023, INERIS 2025a).
L?étude de biosurveillance Esteban (Santé Publique France, 2019) montre une généralisation de
l?exposition de la population française aux PFAS. Par comparaison avec d?autres États membres,
les concentrations dans le sérum sanguin des adolescents échantillonnés sont particulièrement
élevées en France : 24% dépassent la recommandation de l?Autorité Européenne de Sécurité des
Aliments (EFSA) de 6,9 ng/ml pour la somme de PFOA, PFOS, PFNA & PFHxS (initiative
européenne de biosurveillance - HBM4EU ; Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan, 2025 -
https://www.hbm4eu.eu/).
Les coûts de mortalité de l?exposition aux PFAS ont été estimés au minimum entre 52 et 84 milliards
2 L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) définit les PFAS comme étant des molécules formées
d'une chaîne d'atomes de carbone plus ou moins longue, linéaire, ramifiée ou cyclique, et contenant au moins un groupement méthyl (CH3) ou méthylène (CH2), saturé et complètement fluoré. À ce squelette fluorocarboné peuvent s'ajouter différents groupes fonctionnels, conférant des propriétés spécifiques selon les composés.
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d?euros par an pour l?espace économique européen et la Suisse (Haut-Commissariat à la Stratégie
et au Plan, 2025). L?inquiétude sur la dissémination de PFAS dans l?environnement via les matières
fertilisantes est récente. A ce jour, très peu de données sur les teneurs en PFAS dans les matières
fertilisantes ont été collectées, même au niveau mondial, et les données de contamination des sols
français sont elles-mêmes encore très lacunaires.
1.1.2. Cadre réglementaire européen
1.1.2.1. Des restrictions de fabrication et d?utilisation des PFAS, en voie de
renforcement
Les usages des substances PFAS sont encadrés par des règlements européens :
? n°1907/2006 concernant l?enregistrement, l?évaluation et l?autorisation des substances chimiques (dit règlement « REACH »), qui fixe les règles générales pour ces substances ;
? n°2019/10213 concernant les polluants organiques persistants (dit « règlement POP »), qui vise à interdire ou à limiter la fabrication, la mise sur le marché et l?utilisation de ces polluants spécifiques.
Ainsi, les substances phares PFOS, PFOA, PFHxS sont interdites de fabrication et d?utilisation par
le règlement POP (PFOS et ses dérivés depuis 2009, le PFOA et ses sels et composés apparentés
depuis juillet 2020, et le PFHxS, ses sels et composés apparentés depuis juin 2022). En matière de
gestion des déchets, des limites de concentration dans les déchets sont fixées pour ces trois
composés :
? 50 mg/kg (de poids brut) pour le PFOS et l?ensemble de ses dérivés ;
? 1 mg/kg pour le PFOA et ses sels, et 40 mg/kg pour la somme des composés apparentés au PFOA ;
? 1 mg/kg pour le PFHxS et ses sels, et 40 mg/kg pour la somme des composés apparentés au PFHxS.
Les déchets dont la teneur en PFAS dépasse ces seuils ne peuvent être recyclés ni valorisés ; ils
doivent être traités de façon à détruire ou transformer irréversiblement les PFAS.
Les mêmes trois substances PFOS, PFOA et PFHxS sont incluses dans la liste des SVHC
(Substances of Very High Concern ? substances extrêmement préoccupantes) du règlement
REACH. Ce cadre européen est par ailleurs encore susceptible d?évoluer. Un consortium de cinq
pays (Allemagne, Danemark, Pays-Bas, Suède et Norvège) a déposé en 2023 un projet de
restriction auprès de l?agence européenne des produits chimiques (European Chemicals Agency ?
ECHA) concernant la fabrication, la mise sur le marché et l?utilisation des composés PFAS dans le
cadre du règlement REACH. L?ECHA devrait transmettre son avis fin 2026 à la Commission
européenne, qui devra alors décider de la restriction retenue en concertation avec les États
membres. Le comité d'évaluation des risques (RAC) dans son avis final, et le comité d'analyse socio-
économique (SEAC) dans son avis provisoire, rendus le 26 mars 2026, soutiennent une restriction
à l'échelle de l'UE, soumise à des dérogations spécifiques, sur la fabrication, la mise sur le marché
et l'utilisation des PFAS. Les comités recommandent également que toute restriction soit complétée
par des mesures efficaces pour minimiser les émissions (https://echa.europa.eu/fr/-/echa-supports-
pfas-restriction-with-targeted-derogations).
3 Modifié notamment par le règlement (UE) 2022/2400 du 23 novembre 2022
1.1.2.2. Un cadre réglementaire européen uniquement pour l?eau et
l?alimentation
Plusieurs directives européennes, notamment la Directive n°2000/60/CE dite DCE4 et la Directive
n°2020/2184 dite EDCH5 ont pris en considération certains composés PFAS (cf tableau n°9).
? Milieux aquatiques
Lors de la révision de la DCE en 2013, le PFOS a été introduit dans la liste des substances
dangereuses prioritaires dont les émissions dans l?environnement doivent être supprimées. Une
norme de qualité environnementale a ainsi été fixée à 0,00065 ?g/l dans les eaux de surface
(moyenne annuelle) et à 9,1 ?g/kg (poids frais) dans les organismes aquatiques.
Une proposition de révision de la directive a été adoptée par la Commission européenne en 2022 et
approuvée par le Conseil en 2024 : elle prévoit d?inclure au total 24 PFAS (PFOS + 23 PFAS
supplémentaires) dans la liste des substances dangereuses prioritaires à surveiller dans les eaux
de surface, et d?inclure ce même groupe de 24 PFAS pour les eaux souterraines. Un accord politique
provisoire très récent (octobre 2025) entre le Conseil et le Parlement européen vise entre autres à
ajouter l?acide trifluoroacétique (TFA) à la somme des 24 PFAS pour les eaux de surface.
? Eaux destinées à la consommation humaine
La directive EDCH a été transposée en droit français en janvier 2023 pour une application au plus
tard au 1er janvier 2026 des dispositions sur les nouvelles substances, notamment les PFAS. Elle
fixe des exigences minimales relatives aux valeurs paramétriques utilisées pour évaluer la qualité
des eaux destinées à la consommation humaine (à compter de 2026 : 0,1 µg/l pour la somme de
20 PFAS ciblés ou 0,5 µg/l pour le total des PFAS présents). La France a choisi de retenir la limite
relative aux 20 PFAS préoccupants.
? Denrées alimentaires
Des teneurs maximales ont été établies pour certaines denrées alimentaires d?origine animale, pour
quatre molécules PFAS (PFOS, PFOA, PFNA et PFHxS) (règlement (UE) n 2022/2388), et des
valeurs cibles pour les mêmes composés sont fixées dans des matrices végétales (recommandation
n°2022/1431). Ce dernier texte demande en parallèle aux Etats membres la mise en oeuvre d?une
collecte de données de contamination aux PFAS pour un large panel de denrées alimentaires sur la
période 2022-2025.
? Sols
Enfin, la directive (UE) 2025/23606, publiée en novembre 2025, est la base de la nouvelle stratégie
européenne pour la qualité des sols. Elle définit des mesures pour surveiller et évaluer leur santé,
introduit la surveillance de contaminants considérés comme émergents, et mentionne explicitement
une liste de 21 PFAS dans l?annexe I, partie C consacrée aux descripteurs du sol à suivre, sans
qu?ils soient assortis de critères-seuils. Elle mentionne également une seconde liste élargie à 43
PFAS (22 PFAS supplémentaires).
1.1.3. Prise en compte française
A ce jour, les cadres réglementaires applicables en France sur les teneurs en PFAS concernent
4 Directive (UE) 2000/60/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 octobre 2000 établissant un cadre pour une politique
communautaire dans le domaine de l?eau. 5 Directive (UE) 2020/2184 du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2020 relative à la qualité des eaux destinées à la
consommation humaine (EDCH) 6 Directive (UE) 2025/2360 du Parlement européen et du Conseil du 12 novembre 2025 relative à la surveillance et à la résilience des
sols
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 14/161
l?eau potable, l?alimentation et les biens de consommation. En revanche, il n?existe aucun cadre
réglementaire, normatif ou indicatif, concernant les teneurs en PFAS des matières fertilisantes en
général, des boues valorisées par épandage agricole en particulier, et des sols utilisés pour la
production agricole.
1.1.3.1. Encadrement national et plan d?actions interministériel sur les PFAS
Depuis 2022, l?encadrement réglementaire national des PFAS ne cesse de s?étoffer, en application
du cadre communautaire, avec la mise en oeuvre ou le renforcement d?une politique de surveillance
et/ou de contrôle des PFAS dans :
? les eaux souterraines et les eaux de surface7 ;
? les rejets aqueux des installations classées pour la protection de l?environnement (ICPE)89 ;
? les EDCH par application anticipée de la « directive EDCH »10 ;
? les émissions atmosphériques des installations d?incinération, de co-incinération et d?autres traitements thermiques de déchets11 ;
? les rejets des stations d?épuration qui traitent les effluents de plus de 10 000 équivalents-habitant (EH) 12.
Dans un avis du 9 juillet 202413, le Haut conseil de la santé publique (HCSP) recommande, en plus
de la limite de 0,1 ?g/l pour la somme de 20 PFAS dans les EDCH, d?ajouter une valeur-seuil
provisoire de 0,02 ?g/l pour la somme de quatre PFAS (PFOA, PFOS, PFNA et PFHxS) dans les
EDCH et les eaux minérales naturelles à usage de boisson.
L?enrichissement de ce corpus réglementaire s?inscrit dans le plan d?action interministériel sur les
PFAS publié en avril 2024, qui constitue la doctrine nationale dans laquelle s?inscrivent tous les
actions et programmes menés sur le sujet des PFAS. Ce plan d?action intègre les actions prévues
dans le plan du ministère chargé de l?environnement (MTE), publié en janvier 2023. Il est composé
de cinq axes, se déclinant en 26 actions :
? axe 1 : acquérir des connaissances sur les méthodes de mesures des émissions, sur la dissémination et les expositions ;
? axe 2 : améliorer, renforcer la surveillance et mobiliser les données qui en sont issues pour agir ;
? axe 3 : réduire les risques liés à l?exposition aux PFAS ;
? axe 4 : innover en associant les acteurs économiques et soutenir la recherche ;
? axe 5 : informer pour mieux agir.
1.1.3.2. La loi de février 2025, une spécificité française
La France s?est également dotée d?une loi ambitieuse : la loi n°2025-188 du 27 février 2025 visant à
protéger la population des risques liés aux PFAS, qui interdit les PFAS pour certains usages à partir
du 1er janvier 2026 : farts de ski, cosmétiques, textiles d?habillement ou encore chaussures. Cette
7 Arrêté du 26 avril 2022 modifiant l'arrêté du 25 janvier 2010 établissant le programme de surveillance de l'état des eaux en application
de l'article R. 212-22 du code de l'environnement 8 Arrêté du 2 février 1982 modifié portant sur les émissions d?une majorité d?ICPE soumises à autorisation qui prévoit une valeur limite
de concentration du PFOS dans les eaux rejetées au milieu naturel de 25 ?g/l 9 Arrêté du 20 juin 2023 relatif à l'analyse des substances per- et polyfluoroalkylées dans les rejets aqueux des installations classées
pour la protection de l'environnement relevant du régime de l'autorisation 10 Les nouvelles limites de qualité réglementaires européennes ont été progressivement mises en place par les ARS à partir du 1er
janvier 2023, avec une obligation à partir du 1er janvier 2026. 11 L?arrêté du 31 octobre 2024 fixe les modalités de prélèvement et d?analyse de 49 PFAS dans les émissions atmosphériques des
installations citées. 12 L?arrêté du 3 septembre 2025 relatif à l'analyse des substances per- et polyfluoroalkylées dans les eaux en entrée et en sortie des
stations de traitement des eaux usées urbaines 13 https://www.hcsp.fr/Explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=1409
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interdiction est étendue à tous les textiles (sauf dérogations liées à des usages essentiels par
exemple) à partir de 2030. Le texte prévoit également un renforcement du contrôle sanitaire des
PFAS dans les eaux potables, l?élaboration d?un plan interministériel pour le financement de la
dépollution des EDCH, ou encore la création d?une redevance pour les installations classées
soumises au régime d?autorisation et rejetant des PFAS dans l?eau.
Cette loi a l?avantage d?adopter une approche globale en considérant les PFAS comme une classe
chimique unique alors que, jusqu?à présent, la réglementation européenne limitait généralement les
restrictions à certains composés ou groupes de composés PFAS définis.
1.1.3.3. Un début d?encadrement par bassin par les SDAGE
De manière générale, les Schémas Directeurs d'Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE)
n?abordent pas de manière systémique la pollution par les PFAS, que ce soit dans une approche de
connaissance ou de manière réglementaire. Néanmoins, le SDAGE 2022-2027 du bassin Loire-
Bretagne prévoit la recherche de divers micropolluants (dont cinq composés PFAS14) dans des
échantillons d?eaux brutes, d?eaux usées traitées et de boues, ceci afin d?améliorer la connaissance
en matière de micropolluants et d?aider à la caractérisation des sources de pollution potentielles.
La disposition 5B3 du SDAGE Loire Bretagne indique ainsi que « les collectivités maîtres d?ouvrage
de stations d?épuration de plus de 10 000 EH poursuivent la recherche de la présence des
substances [micropolluants] dans les boues d?épuration dès lors que les méthodes d?analyse sont
disponibles. Lorsque la présence d?une ou de plusieurs substances est détectée, ces collectivités
réalisent un diagnostic amont pour en identifier l?origine et en limiter les rejets ». La disposition 5B2
et les annexes précisent la liste des composés PFAS à suivre. L?exemple du SDAGE Loire Bretagne
illustre le début d?un encadrement de la contamination des eaux usées et des boues par les PFAS
à l?échelle des bassins. Ce bassin compte 7 495 stations de traitement des eaux urbaines (STEU),
dont 267 STEU de plus de 10 000 EH15. Les données de teneur en PFAS des boues de STEU
recueillies sur le bassin Loire Bretagne ont alimenté l?analyse de contamination présentée en 2.2.2.2.
1.1.3.4. Des études et missions diligentées récemment
Les études et travaux scientifiques en cours ou diligentés très récemment sur le sujet des PFAS
sont nombreux (INERIS 2024 ; HCSP 2024 ; BRGM 2024 ; INERIS 2025a ; Haut-Commissariat à la
Stratégie et au Plan, 2025) et contribuent à l?évolution rapide des connaissances sur les PFAS et à
leur prise en compte accrue par les pouvoirs publics. Les avis conséquents rendus par l?ANSES16
en 2025, faisant suite à une saisine portée par les cinq ministères de tutelle en 2022, en sont un
exemple. Ils ont conduit à l?exploitation de près de deux millions de données disponibles pour 142
PFAS sur la période 2007-2024, afin de réaliser un bilan de la contamination dans divers
compartiments : EDCH, eaux environnementales, aliments, air, poussières intérieures et
extérieures, sols, etc. L?ANSES confirme ainsi que les données identifiées dans la littérature sont
très limitées pour le compartiment « sols », en l?absence d?un programme de surveillance structuré
à ce jour. Les données afférentes aux boues de station d?épuration sont encore plus lacunaires,
mais une revue de la littérature sur le sujet a pu être effectuée par l?ANSES (les résultats ayant été
intégrés à l?étude du compartiment « sols ») et a alimenté les conclusions du rapport.
14 (PFOS, PFDA, PFHxS, PFOA, PFHxA). 15 Les 267 STEU de plus de 10 000 eq. hab. se répartissent entre (1) 235 de 10 000 à 100 000 eq.hab. et 32 de plus de 100 000 eq.hab ;
(2) AURA 30 ; Bourgogne Franche Comté 9 ; Bretagne 109 ; Centre Val de Loire 34 ; Normandie 3 ; Nlle Aquitaine 23 ; Occitanie 1 ; Pays de la Loire 58 (source : MTE).
16 Différents rapports consultables sur :https://www.anses.fr/fr/content/surveillance-nationale-des-PFAS-integrer-les-donnees-de- contamination-et-de-toxicite.
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En l?état actuel des connaissances, les matières apportées aux sols, en particulier les épandages
de boues urbaines et industrielles et dans une moindre mesure les autres matières organiques (ex
digestats), sont identifiées comme des sources potentiellement importantes de transfert de PFAS
vers l?environnement, pour lesquelles l?acquisition de nouvelles données d?occurrence apparaît
indispensable. Peu d?études scientifiques portent spécifiquement sur le niveau de contamination des
matières fertilisantes en PFAS et sur le rôle des pratiques de fertilisation dans l?enrichissement en
PFAS des sols. Ces travaux sont détaillés ci-après en partie 2.2.2.
1.2. Réglementation française applicable aux matières fertilisantes
1.2.1. Définitions
Les Matières Fertilisantes et Supports de Culture (MFSC) et les Matières Fertilisantes d'Origine
Résiduaire (MAFOR) sont des termes souvent utilisés de manière interchangeable, qui n?admettent
pour autant pas la même acception.
Les MFSC englobent une plus large gamme de produits, y compris les matières naturelles, animales,
minérales, et synthétiques, qui peuvent être utilisées pour la fertilisation et l'amélioration des sols.
Les MFSC sont par ailleurs définies par l'article L255-117 du code rural et de la pêche maritime
(CRPM). Cet article distingue, d?une part, les matières fertilisantes qui intègrent les engrais, les
amendements et les biostimulants et, d?autre part, les supports de culture, destinés à servir de milieu
de culture à certains végétaux. Le schéma qui suit présente de manière schématique les différentes
catégories de MFSC.
Les MAFOR incluent des matières diverses issues de déchets, telles que les effluents d'élevage
(bruts ou traités), les boues issues du traitement des eaux usées urbaines ou domestiques, les
matières, eaux et boues d?épuration issues des industries (notamment agro-alimentaires), les
composts, ou encore les digestats de méthanisation (compostés ou non), ? Ces matières peuvent
être valorisées pour produire des matières fertilisantes.
Figure 1 : catégories de matières fertilisantes et supports de culture (source DGAL 2024)
Les supports de culture ont été exclus du champ d?étude de la mission en application de la note de cadrage.
17 Article L255-1 du CRPM : Au sens du présent chapitre : Les " matières fertilisantes " sont des produits destinés à assurer ou à
améliorer la nutrition des végétaux ou les propriétés physiques, chimiques et biologiques des sols. Elles comprennent, notamment : 1° Les engrais destinés à apporter aux plantes des éléments directement utiles à leur nutrition. Il peut s'agir d'éléments fertilisants majeurs ou secondaires ou encore d'oligo-éléments ;
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 17/161
1.2.2. Les cadres réglementaires des différentes matières fertilisantes
1.2.2.1. Une « offre réglementaire » souple selon le type de MFSC
L?encadrement national des MFSC s?est mis en place depuis plusieurs décennies, avec différents
systèmes d?autorisation, afin de s?assurer que la fertilisation préserve la qualité des sols tout en
limitant les transferts de contaminants dans les végétaux destinés à l?alimentation humaine ou
animale. Le niveau d?exigences a été progressivement renforcé mais reste toutefois variable selon
la nature et l?origine de la matière fertilisante ainsi que le type d?autorisation qui permet son
utilisation.
La règle générale subordonne la mise sur le marché d?une MFSC à l?obtention d?une « autorisation
de mise sur le marché » (AMM), délivrée après évaluation par l?ANSES. Il existe cependant de
nombreuses exceptions à cette règle générale, dans le cadre des dispenses à l?AMM prévues par
l?article L.255-5 du CRPM. Ces dérogations constituent de facto, en tonnage de matière sèche, la
grande majorité des matières fertilisantes utilisées, parmi lesquelles :
? les produits conformes à une norme rendue d?application obligatoire (NFU) ;
? les produits porteurs du marquage CE, et conformes au règlement (UE) 2019/1009 ;
? les produits conformes à un cahier des charges approuvé (ex : cahier des charges « digestats ») ;
? les déchets, résidus ou effluents issus d?ICPE, dont l?épandage est encadré par des contrôles de qualité et des plans d?épandage validés par les services de l?État.
Figure 2 : catégories de dispenses d?autorisations de mise sur le marché des MFSC prévues par l?article
L255-5 du code rural et de la pêche maritime (source DGAL 2024)
Le marquage CE : au niveau européen, le règlement (UE) 2019/1009 du Parlement européen et du
Conseil du 5 juin 201918 établissant les règles relatives à la mise à disposition sur le marché des
fertilisants UE est entré en application en juillet 2022. Ce règlement établit des règles communes
mais non obligatoires relatives à la sécurité, la qualité agronomique, l?étiquetage des MFSC, sans
toutefois couvrir l?intégralité des produits existants. Il fixe des teneurs maximales à ne pas dépasser
pour certains contaminants mais n?inclut ni restriction afférente à des apports maximaux admissibles
ni disposition particulière aux PFAS. Pour pouvoir être marqué CE, et être ainsi vendu librement
dans l?UE, un produit fertilisant doit satisfaire aux exigences du règlement (UE) 2019/1009. En vertu
18 Règlement (UE) 2019/1009 du Parlement européen et du Conseil du 5 juin 2019 établissant les règles relatives à la mise à disposition
sur le marché des fertilisants UE (https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2019/1009/oj?locale=fr)
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 18/161
du principe de libre circulation dans le marché unique, à partir du moment où il est marqué CE,
aucun pays membre ne peut imposer de restrictions supplémentaires concernant les aspects
couverts par ce règlement. Il n?existe par ailleurs aucune base de données permettant de tracer ces
échanges, ce qui de facto nuit à la transparence des échanges dans les territoires frontaliers avec
des normes différentes sur les PFAS. A l?heure actuelle, une proportion très minoritaire de MFSC
fait l?objet d?un marquage CE.
Le périmètre d?application du règlement (UE) 2019/1009 est évolutif : par exemple, des fertilisants
contenant certains sous-produits animaux jusqu?à présent exclus du champ d?application du
règlement pourraient y être intégrés, à la faveur d?une extension prévue en 2026 de la liste des
produits de la CMC 10 (Catégorie de Matières Constitutives -10 : produits dérivés au sens du
règlement (CE) n°1069/200919). Il est pour autant peu probable que ces évolutions conduisent à une
augmentation significative du volume de fertilisants marqués CE mis sur le marché.
Les autres types de dispense d?AMM : les metteurs sur le marché et les producteurs de MFSC
n?étant pas marqués CE ont la liberté de choisir de répondre aux obligations prévues par d?autres
types de dispenses à l?AMM (notamment la conformité à une norme ou à un cahier des charges).
Enfin, les MFSC considérées comme déchets sont soumises aux dispositions du règlement
européen n°2019/1021 (règlement POP) citées en partie 1.2.
1.2.2.2. La réglementation ICPE et IOTA sur les boues
Les boues brutes, non transformées, issues des stations d?épuration industrielles ou urbaines sont
exclues du champ d?application du règlement (UE) n°2019/1009. Le stockage et l?épandage de ces
boues sont régis par la réglementation des ICPE (articles R.211-25 à 47 du code de l?environnement)
et la nomenclature des installations, ouvrages, travaux et activités (IOTA) (article R.2114-1 du code
de l?environnement) qui permettent un encadrement unifié de toute la chaîne (station de traitement
des eaux usées, stockage et épandage).
Les prescriptions techniques pour l?épandage sur les sols agricoles des boues issues du traitement
des eaux usées (qualité et valeur agronomique des boues, conception et gestion des épandages,
modalités de surveillance, exclusions) sont fixées par l?arrêté du 8 janvier 199820. Les opérations
d?épandage doivent respecter des normes strictes pour garantir la qualité des sols et la protection
de l?environnement21. A l?heure actuelle, les réglementations ICPE et IOTA ne prévoient pas de
prescriptions sur les teneurs en PFAS des boues.
1.2.2.3. L?introduction à venir du « socle commun » en France
La loi du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire (AGEC)
incite à la valorisation en agriculture des matières issues du recyclage, et prévoit que soient fixés
par voie réglementaire des critères de qualité agronomique et d'innocuité applicables à l?ensemble
des MFSC en fonction de leur utilisation. Elle a également prévu une révision des critères sanitaires
applicables aux boues d'épuration pour leur retour au sol en fonction de l'évolution des
connaissances.
Quatre projets de textes réglementaires issus de cette loi, appelés « socle commun », ont été notifiés
19 Règlement (CE) n°1069/2009 du Parlement européen et du Conseil du 21 octobre 2009 établissant des règles sanitaires applicables
aux sous-produits animaux et produits dérivés non destinés à la consommation humaine. Les ajouts envisagés à la CMC-10 concerneraient la glycérine, des protéines hydrolysées, des cornes et sabots, ou encore des produits à base de viandes et d?os, ....
20 Arrêté du 8 janvier 1998 modifié fixant les prescriptions techniques applicables aux épandages de boues sur les sols agricoles pris en application du décret n° 97-1133 du 8 décembre 1997 relatif à l'épandage des boues issues du traitement des eaux usées
21 Arrêté du 2 février 1998 modifié relatif aux prélèvements et à la consommation d'eau ainsi qu'aux émissions de toute nature des installations classées pour la protection de l'environnement soumises à autorisation
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 19/161
à la Commission européenne et devraient être publiés en 2026. Ce corpus réglementaire, constitué
de deux décrets et de deux arrêtés, encadre la mise sur le marché des MFSC en distinguant quatre
catégories de fertilisants (A1, A2, B1 et B2) en fonction de leur innocuité et de leur usage par des
utilisateurs professionnels ou non professionnels que la valorisation soit financière ou pas. Les
dispositions de ces textes intègrent à la fois des critères d?innocuité portant sur les teneurs
maximales en contaminants et des critères portant sur des apports maximaux (flux) adaptés pour
chacune des catégories en lien avec les risques liés à leurs usages. Les teneurs les plus restrictives
(catégorie A1) sont identiques à celles du règlement (UE) n°2019/1009.
Les dispositions du futur « socle commun » ont vocation à s?appliquer à toutes les MFSC, hormis
les fertilisants marqués CE pour lesquels le metteur sur le marché a souhaité se conformer aux
exigences du règlement (UE) 2019/1009. L?évolution réglementaire apportée par l?introduction du
« socle commun » rend nécessaire la révision de l?arrêté du 8 janvier 1998 relatif aux boues
épandues sur les sols agricoles (cf. 1.2.2.2) : c?est ainsi qu?un projet d?arrêté révisé, cohérent avec
les critères d?innocuité et de flux fixés par le « socle commun » pour la catégorie B2 applicable aux
boues, est sur le point d?être finalisé, après avis favorable du Comité National de l?Eau. Les boues
générées par les ICPE sont réglementées par l?arrêté du 2 février 1998. Les digestats de
méthaniseurs sont soumis selon le cas, soit à la réglementation IOTA si elles proviennent d?une
unité de méthanisation intégrée à une STEU, soit à l?arrêté du 2 février. Il est donc nécessaire de
modifier les deux arrêtés afin d?encadrer un maximum de sources de production de matières
fertilisantes d?origine résiduaire. A la date de rédaction du présent rapport, les différents cadres
règlementaires européens et nationaux afférents aux MFSC ne fixent aucune restriction intéressant
les composés PFAS.
1.3. Une directive « eaux résiduaires urbaines 2 », impactant le gisement de boues
La directive « eaux résiduaires urbaines » révisée (DERU 2 du 27 novembre 202422) se substitue à
celle adoptée en 199123 et doit être transposée en droit français au plus tard le 31 juillet 2027. Elle
concerne à la fois les eaux usées domestiques et les eaux usées issues d?activités industrielles
lorsqu?elles sont rejetées dans les réseaux publics d?assainissement. Elle ouvre dans son article 11
le chantier de la surveillance des rejets de gaz à effet de serre (GES) pour les STEU à partir de
10 000 EH, mais aussi celui lié à la nécessité d'atteindre la neutralité énergétique pour les STEU à
l'échelle nationale, avec un recours à la production d'énergies renouvelables. Cette disposition aura
un impact significatif à moyen terme sur le devenir des boues de stations d?épuration, puisqu?elle
conduit à :
? orienter préférentiellement les boues (notamment celles contaminées par les PFAS) vers une valorisation énergétique ;
? diminuer de facto le gisement de valorisation en circuit court des boues par épandage ;
? transférer les PFAS dans les résidus de méthanisation dont il faudra trouver une destination compatible avec leur niveau de contamination en PFAS.
Le texte de la DERU 2 prévoit deux phases pour cet objectif de neutralité énergétique :
? des audits énergétiques des stations d'épuration et des systèmes de collecte tous les quatre ans (échéances fin 2028 pour les stations de plus de 100 000 EH et, fin 2032, pour les stations de plus de 10 000 EH) ;
22 Directive (UE) 2024/3019 du Parlement européen et du Conseil du 27 novembre 2024 relative au traitement des eaux résiduaires
urbaines (refonte) https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000050769931 23 Directive 91/271/CEE du Conseil du 21 mai 1991 relative au traitement des eaux urbaines résiduaires
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 20/161
? plusieurs paliers d'objectifs nationaux pour que, d'ici fin 2045, l'énergie totale générée à partir de ressources renouvelables par les stations de plus de 10 000 EH atteigne progressivement 100 %.
SYNTEAU (syndicat des concepteurs et constructeurs de traitement de l?eau ? annexe 20) a étudié
à l?échelle du territoire français les investissements nécessaires pour respecter les exigences
ambitieuses de cette nouvelle directive. D?après cette étude qui s?est servie des données présentes
dans la base ROSEAU :
? 131 STEU en France disposent d?une unité de méthanisation ;
? 44 % des boues de ces STEU en 2025 partent vers une unité de méthanisation ;
? 24 % des STEU de plus de 10 000 EH seraient déjà autonomes en énergie.
Cette étude propose de généraliser la production de biogaz notamment par des méthaniseurs, ce
qui nécessitera de :
? procéder à des mutualisations / regroupements de STEU voisines (< 50 km) afin de rentabiliser les capacités des digesteurs et booster la production de biogaz ;
? équiper a minima toutes les STEU de plus de 60 000 EH d?une unité de méthaniseur;
? permettre l?importation de biodéchets afin de rationaliser l?usage des digesteurs ;
? d?adapter la réglementation car les STEU seront aussi des ICPE, importeront des matières (boues et biodéchets).
En synthèse, selon l?étude de SYNTEAU, il sera nécessaire que 90% des STEU de plus de
60 000 EH disposant de décanteurs primaires soient équipées de méthaniseurs (avec une échéance
à 2033), et que 75 % des autres STEU de plus de 60 000 EH soient équipées de méthaniseurs (avec
une échéance à 2039), sachant que cela ne couvre que 60 % des besoins. L?ensemble de la
littérature consultée à la date de la rédaction du rapport envisage une trajectoire similaire vers le
renforcement de la méthanisation dans les STEU. Même si l?analyse des conséquences de cette
nouvelle directive n?est pas dans le périmètre de la mission, elle génère un impact fort sur les boues
de STEU qui sont à l?origine de la majorité des PFAS dans les MFSC. Cela pourrait probablement
conduire à :
? supprimer, de la valorisation agricole, l?intégralité des boues de toutes les STEU de plus de
60 000 EH, qui sont statistiquement les moins polluées en PFAS car déshydratées voire
séchées ;
? importer toutes les boues des petites stations généralement liquides vers les stations les plus
importantes ; d?après les gestionnaires, le bassin d?irrigation est entre 50 à 75 km ;
? concentrer fortement la production de digestats de méthaniseurs sur un nombre de sites faible
et souvent proche d?incinérateurs si ces produits ne respectent pas les valeurs retenues ;
? déstabiliser fortement la filière d?épandage agricole dans les secteurs plus urbains.
2. CADRE GENERAL DES MATIERES FERTILISANTES EN FRANCE
2.1. Matières fertilisantes utilisées en France ? origines, quantités, usages et enjeux
Les données qui suivent s?appuient sur un nombre restreint de publications24, souvent basées sur
24 Présentation du SOERE-PRO ?INRAE 2023 -Flux et devenir de contaminants organiques liés aux apports de produits résiduaires
organiques : quels impacts sur la qualité des sols ? (https://valor-pro.hub.inrae.fr/content/download/6063/70147?version=1)
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 21/161
les mêmes sources : l?enquête Pratiques culturales sur les grandes cultures (PKGC 2011), UNIFA
2011, ADEME 2013. Dans les études citées ici, les termes MAFOR et MFSC (définis en 1.2.1. ) sont
souvent utilisés de manière indifférenciée. La mission a également mobilisé la base de données
« Assainissement collectif » du MTE.
Le gisement de matières organiques d?origine résiduaire est principalement constitué des effluents
d?élevage, des boues et digestats de stations d?épuration urbaine, des boues et digestats d?ICPE.
Le chapitre 2.1.1.1 en donne une vision d?ensemble, alors que le chapitre 2.1.1.2 éclaire plus
spécifiquement les boues de STEU et d?ICPE et les digestats de méthaniseurs. Les estimations de
tonnage des différentes sources étant hétérogènes et parfois divergentes, le chapitre 2.1.1.3 en
propose une synthèse servant de base à la mission.
2.1.1.1. La production de MAFOR en France : origines et volumes
L?expertise scientifique collective (INRAE, CNRS) la plus récente sur la valorisation agricole des
matières fertilisantes d?origine résiduaire a été publiée en 201425 (Etude ESCO MAFOR). Plusieurs
points peuvent être mis en exergue (annexe n°19) :
? les effluents d?élevage produits en France représentent un volume annuel de 109 Mt MB (matière
brute) équivalent à 31 Mt MS (matière sèche)26, répartis pour moitié entre émissions au champ
(déjections directes) et pour moitié effluents collectés ;
? les effluents d?élevage collectés représentent ~78 % des MAFOR épandues et constituent le
principal gisement non impacté par une source soit industrielle, soit urbaine. Ils proviennent à
73 % de l?élevage bovin (source AGRESTe). Ce segment est depuis quelques années en
décapitalisation, ce qui induit une diminution des quantités produites, les valeurs présentées
constituant un maximum disponible ;
? la quantité de boues produites par les STEU urbaines était estimée à 976 000 t MS en 1998
(IFEN, 1998) et à 1 180 000 t MS en 2008 (MEEDDAT, 2009), soit une augmentation d?environ
21% en 10 ans. Les prévisions établies par la Commission européenne pour la France à l?horizon
2020 (Milieu Ltd et al., 2010) s?élevaient à 1 600 000 t MS / an27. La production globale de boues
entrant dans un processus d?épandage était estimée à 1.6 Mt MS (2014), devant progresser à
2 Mt MS ;
? la production et la valorisation des déchets organiques (y compris les boues et effluents
industriels) ne sont pas réparties de manière homogène sur le territoire (production au nord et à
l?ouest, besoin important à l?est et au sud, notamment en zones céréalières). Cette répartition
inégale constitue un frein à l?utilisation de ces matières. En effet, la concentration de l?élevage
dans certaines régions françaises, dont les effluents sont peu transportables, est synonyme de
concentration du gisement de ce type de MAFOR. De même, les villes constituent des gisements
localisés de MAFOR, principalement utilisables par l?agriculture périurbaine ;
25 « Valorisation des matières fertilisantes d?origine résiduaire sur les sols à usage agricole ou forestier : impacts agronomiques,
environnementaux, socio-économiques » (https://www.inrae.fr/sites/default/files/pdf/MAFOR-synthese-vf-oct2014.pdf) 26 Cette estimation est reprise dans un rapport CGEDD/CGAAER de 2015 sur les épandages de matières fertilisantes d?origine
résiduaire, sans que le détail de calcul y figure (https://agriculture.gouv.fr/sites/default/files/cgaaer_14074_2015_rapport.pdf) 27 Référence février 2012 - Panorama des projets de recherche et perspectives sur la problématique des micropolluants dans les boues
de stations de traitement des eaux usées urbaines
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 22/161
? l?État ne dispose pas de la connaissance des flux de MAFOR à l?import et à l?export ; la mise en
oeuvre de normes va conduire à supprimer des gisements et donc probablement, par un effet
rebond, renchérir la matière importée qui sera transportée sur de plus grandes distances.
Ces données sont globalement cohérentes avec celles collectées dans l?annexe 15.
2.1.1.2. Boues (STEU et ICPE) et digestats (méthaniseurs)
Le code de l?environnement définit quatre familles de boues (cf. définitions en annexe 15) :
? les boues ordinaires non dangereuses28 (incluant les boues de STEU) ;
? les boues d?effluents industriels non dangereuses ou dangereuses (incluant les boues d?ICPE) ;
? les boues et déchets liquides issus du traitement des déchets non dangereux ou dangereux ;
? les boues de dragage non dangereuses ou dangereuses.
Ces boues sont juridiquement considérées comme des déchets et doivent donc respecter les règles
de gestion des déchets (articles L541-1 et suivants du code de l?environnement, qui définit les
responsabilités des producteurs, les règles de collecte, transport, traitement et traçabilité). En
particulier, la traçabilité des boues implique que l'ensemble des opérations relatives à leur gestion
(production, expédition, réception ou traitement) soient enregistrées dans des registres de suivi des
déchets (REP)29 tenus à disposition du service d'inspection des installations classées. Le Tableau
1, communiqué par la direction de l?eau et de la biodiversité (DEB) à partir d?une compilation de
sources hétérogènes (BDREP, BNPE, enquêtes), présente l?estimation 2022 du tonnage annuel de
matière sèche de chaque type de boues (t MS). Le tonnage des boues de STEU est de 1 Mt MS,
celui des boues d?ICPE non dangereuses de 0,25 Mt MS.
Tableau 1 : estimation des tonnages annuels (2022) des différents types de boues (source Sdes)
Les boues de STEU :
Production : la base de données de l?assainissement collectif, gérée par la DEB, dénombrait, fin
2025, 22 815 STEU traitant 15 millions de m3 d?eaux usées par jour (cf. Tableau 2). Leur production
28 Une boue est considérée comme dangereuse si elle répond à la définition d?un déchet dangereux au sens de l?article R541-8 du code
de l?environnement : « tout déchet qui présente une ou plusieurs des propriétés de dangers énumérées à l'annexe III de la directive 2008/98/ CE du Parlement européen et du Conseil du 19 novembre 2008 relative aux déchets et abrogeant certaines directives », incluant par exemple la toxicité pour la santé humaine, l?écotoxicité, la corrosivité,?Cette qualification a peu de conséquences sur les informations et recommandations présentes dans ce rapport.
29 https://www.enviroveille.com/public/fiches_pratiques/fiches-pratiques.html?cat_id=1&dossier_id=128836&fiche_id=109775
Activité agriculture 7 435 50% (1)
Activités industrielles 239 804 50% (2)
Captage, distribution d'eau 1 158 205 20% boues STEU 1 008 205 20% (3)
boues de potabilisation 150 000 20% (3)
dangereuses 166 957 27% (1)
non dangereuses 245 650 15% (2)
dangereuses 245 875 27% (1)
non dangereuses 464 020 27% (1)
dangereuses 198 045 50% (4)
non dangereuses 3 057 997 50% dragage curage non polluées 1 546 154 50% (4)
rechargements d eplages, dépôts de terre 1 511 843 50% (5)
Total 17 682 854 5 783 988 33%
Sources
(3) BNPE
(5) enquête "dragage" du Cerema
Boues ordinaires, non dangereuses (dont
STEU) 2 022 6 285 503 1 405 444 22%
Boues de dragage non dangereuses ou
dangereuses 2 022 6 512 084 3 256 042 50%
Boues d?effluents industriels non
dangereuses ou dangereuses (dont ICPE) 2 022 2 256 026 412 607 18%
Boues et déchets liquides provenant du
traitement des déchets 2 022 2 629 241 709 895 27%
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 23/161
de boue (avant additifs) est de ~1,16 M t de matière sèche par an (soit~ 12,7 kg MS/an pour 1 EH).
Parmi elles, les 1 364 STEU de plus de 10 000 EH représentent 6 % des effectifs mais 86 % des
boues produites (ce taux monte à 96% pour les 4 030 STEU de plus de 2 000 EH). La répartition
par bassins, par régions et par tranches nominales des effectifs de STEU et de la production
annuelle de boues, est présentée de façon détaillée en annexe n°15. La production de boues de
STEU est directement liée à la population des différents territoires, notamment à la taille des grandes
agglomérations.
Tableau 2 : répartition des effectifs de STEU, des capacités de traitement, des débits journaliers traités et de la production de boues selon les tranches nominales de STEU (source BdD Assainissement collectif)
Valorisation : le tonnage de boues de STEU valorisé par épandage agricole direct ou compostage
est estimé entre 860 000 t MS/an et 1 200 000 t MS/an selon la source :
? 861 000 t MS/an selon la BdD des eaux résiduaires urbaines (BDERU), qui estime que 85 % des boues de STEU subissent un recyclage matière ou organique (épandage, compostage) ;
? 1 200 000 t MS/an selon la BdD de l?assainissement collectif (cf.
? Tableau 3) qui indique que la valorisation des boues se répartit en 47 % d?épandage agricole, 41 % de compostage, 11 % d?incinération.
Tableau 3 : valorisation des boues de STEU (source BdD Assainissement collectif)
Les boues d?ICPE :
Production : les données du service des données et études statistiques (SDES) fournissent une
estimation des tonnages annuels de boues d?ICPE non dangereuses équivalente à 2,73 millions de
tonnesErreur ! Source du renvoi introuvable..
Tonnes (supposé t MB)
603 000
Boues non dangereuses provenant du traitement de déchets 165 000
Tranche obligation Effectifs
%
< 200 EH 8 075 35% 1 045 352 1% 95 912 1% 1 541 0%
[ 200 ; 2 000 [ EH 10 710 47% 8 260 751 8% 1 863 446 12% 42 550 4%
[ 2 000 ; 10 000 [ EH 2 666 12% 13 196 006 12% 1 692 637 11% 121 748 10%
[ 10 000 ; 100 000 [ EH 1 160 5% 34 656 078 33% 3 877 505 26% 351 430 30%
>= 100 000 EH 204 1% 49 422 668 46% 7 409 002 50% 645 581 56%
Total 22 815 100% 106 580 855 100% 14 938 502 100% 1 162 851 100%
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 24/161
Boues issues de l'industrie papetière 631 000
Boues issues des industries alimentaires 1 335 000
Total boues ICPE 2 734 000
Tableau 4 : tonnage annuel des différentes boues d?ICPE (SDES)
Cette estimation diffère très significativement de l?estimation de 0,25 Mt MS du Tableau 1. La
mission fait l?hypothèse (qu?elle n?a pas pu confirmer faute de temps) que les données du SDES
sont exprimées en tonnage brut (avec une siccité estimée à 10%).
La mission retient un tonnage annuel de boues d?ICPE non dangereuses de 0,25 Mt MS/an.
Valorisation : selon les données de la BDREP, 40% des boues industrielles non dangereuses
(98 000 t MS) subissent un recyclage matière ou organique (épandage, compostage). Les données
nationales (tableau n°5) indiquent quant à elles un taux de recyclage matière ou organique
(épandage, compostage) bien plus élevé de 78%, soit un tonnage de 2,13 Mt (supposées t MB,
équivalentes à 213 000 t MS).
La mission retient un tonnage d?épandage et compostage des boues d?ICPE de 0,15 Mt MS/an.
Tableau 5 : destination des différentes boues d?ICPE (MTE-DGPR/ bureau des déchets)
Les digestats de méthaniseurs :
La France compte environ 1 800 installations de méthanisation de tailles et de flux d?intrants variés
(industriels, de stations d?épuration, agricoles, etc.) (source ADEME 202530). Leur production
annuelle de digestat est estimée à 1,1 Mt MS (~30 Mt MB). La quasi-totalité de ce digestat est
valorisée par épandage agricole.
2.1.1.3. Synthèse sur les tonnages de MAFOR
La diversité des sources et l?hétérogénéité des méthodes de recueil de données conduisent à des
estimations variables des quantités de MAFOR produites et valorisées par épandage agricole.
La mission retient les estimations 2025 de :
? 15 Mt MS/an d?effluents d?élevage collectés (hors effluents au champ), intégralement valorisés par épandage agricole31 ;
30 https://www.biogaz-
aura.fr/fileadmin/mediatheque_methanisation/Images/Publications/Etat_des_lieux_du_parc_d_installations_de_methanisation_au_1 er_janvier_2025.pdf
31 La part des effluents d?élevage collectés valorisés par méthanisation n?a pas été évaluée
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 25/161
? 1,2 Mt MS/an de boues de STEU dont 1 Mt MS/an valorisés par épandage ou compostage ;
? 1.1 Mt MS/an de digestats de méthaniseurs, intégralement valorisés en épandage agricole ;
? 0,2 Mt MS/an de boues d?ICPE dont 0,15 Mt MS/an valorisés par épandage et compostage.
Le tonnage annuel de boues de STEU et ICPE valorisé par épandage agricole ou compostage est
donc estimé à ~1,2 Mt MS/an. Il représente moins de 10 % du tonnage épandu d?effluents d?élevage
collectés hors prairie (~15 Mt MS).
Un travail d?actualisation et de synthèse des données sur la production et la valorisation de MAFOR
devrait impérativement être mené. Il devrait exploiter notamment le PKGC 2021 (enquête sur les
pratiques culturales, SSP), les données du service des données et études statistiques (Sdes) et les
données de la base de données du registre des émissions polluantes (BDREP32) et de la base de
données de l?assainissement collectif (DEB). Il devra par ailleurs porter sur les digestats de
méthaniseurs valorisés par épandage agricole, voire sur les importations de MAFOR.
2.1.2. L?utilisation des MAFOR : enjeux et source de tension pour les différentes filières d?épandage
2.1.2.1. Principaux usages
France : des MAFOR non agricoles (composts urbains, boues d'épuration, vinasses, eaux de
sucrerie et écumes de l'industrie betteravière) sont épandues sur 9 % des surfaces de grandes
cultures et sur 1 % des surfaces de prairies. Le pourcentage plus faible pour les prairies est lié au
fait que les prairies appartiennent généralement à des exploitations d'élevage qui épandent
majoritairement les effluents produits par leurs animaux. Les cultures qui reçoivent le plus de
MAFOR non agricoles sont la betterave et la pomme de terre. Ces deux cultures illustrent l?effort de
bouclage des cycles au sein des filières : 50 % des surfaces de pommes de terre et 34 % des
surfaces de betteraves sont fertilisées avec des MAFOR non agricoles issues des effluents de leurs
industries respectives.
Figure 3 : part des MAFOR épandues sur les divers types de grandes cultures et de prairies selon leur provenance (Données Agreste ? Enquête PKGC 2011)
Europe : face aux effets potentiellement antagonistes liés à l?épandage des boues (bénéfices
agronomiques multiples des boues versus risques sanitaires associés), les réponses des États
européens divergent, et la part des boues qui retourne au sol est très variable (incinération à 100%
aux Pays Bas, recyclage agricole majoritaire au Portugal?) (cf. Figure 4).
32 Base de données du registre des émissions polluantes (https://www.ineris.fr/fr/risques/dossiers-thematiques/directive-emissions-
industrielles-ied-bref-mtd/donnees-registre
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 26/161
Figure 4 : destination des boues d?épuration dans différents pays de l?Union Européenne (ASTEE 2020)
La garantie de la qualité des boues et des contrôles associés constitue un élément fondamental de
l?acceptabilité de l?épandage des boues d?épuration. Elle répond aux attentes sociétales croissantes
en matière de sécurité sanitaire de la chaîne alimentaire et de la défiance générée par l?épandage
de boues sur les sols agricoles, se concrétisant parfois par des « chartes » ou « labels ». Un fort
niveau d?exigence quant à la teneur en contaminants et à la maîtrise de leur flux représente un atout,
à la fois pour les consommateurs (risques sanitaires) et pour les agriculteurs (préservation du capital
sol et accès aux marchés).
2.1.2.2. La diminution du gisement de MAFOR : enjeux et impacts
La diminution de l?élevage comme le renforcement du contrôle de la qualité des boues de stations
d?épuration pourraient engendrer la suppression d?une partie des gisements de matières organiques
résiduaires. Ceci ne devrait toutefois pas conduire les exploitations agricoles dans des impasses,
car les engrais minéraux existent en grande quantité.
L?augmentation de la demande pourrait toutefois impacter le coût de ces engrais minéraux, accroître
le déficit commercial de la France sur ce secteur et dégrader le bilan carbone, la production de ces
engrais utilisant actuellement beaucoup d?énergie carbonée voire diminuer la souveraineté française
dans un contexte international de plus en plus instable.
La concentration de la production des principales MAFOR au sein de territoires restreints (cf.
chapitre 2.1.1.1.) se traduit par l'existence de zones où les quantités d'éléments fertilisants issus des
MAFOR excèdent les besoins des productions végétales. En particulier, le déséquilibre de la
distribution géographique de l?élevage conduit à l?existence de zones excédentaires en effluents
d?élevage par rapport aux surfaces agricoles et aux besoins des cultures pouvant les valoriser
(zones d?excédents structurels ZES), et d?autres zones déficitaires. Ainsi, dans les zones
d?excédents structurels définies par la directive "Nitrates", les producteurs d'effluents d'élevage sont
soumis à l'obligation d'exporter ou d'éliminer l'azote excédentaire que ces effluents contiennent. A
l'inverse, il existe des zones sans élevage, où les ressources en MAFOR se limitent aux MAFOR
d?origine urbaine et/ou industrielle, beaucoup moins abondantes. Cette hétérogénéité aboutit à une
situation paradoxale, caractérisée par l?élimination de la ressource en azote organique dans les
zones excédentaires (traitement biologique de 24% des lisiers en Bretagne et 10% de l?azote total
éliminé par dénitrification) et le recours aux engrais minéraux dans les zones sans ressources en
MAFOR.
2.1.3. Matières minérales
La production d?engrais minéraux et organiques en France en 2023 était de 17,8 Mt, dont 7 Mt
(UNIFA 2024) d?engrais minéraux (production totale hors boues, hors effluents élevages). La
tendance générale est à la baisse des livraisons d?engrais depuis années, qui s?explique en partie
par l?amélioration des pratiques et des usages (optimisation de l?assolement, zones d?élevage moins
demandeuses), mais aussi par l?influence du prix des matières premières en augmentation, très lié
à la géopolitique. Sur 2010-2023, la part des engrais minéraux dans cette production est passée de
52% à 36% (UNIFA 2024).
Figure 5 : évolution des livraisons des engrais minéraux en France métropolitaine, en tonnes d?éléments nutritifs (Source UNIFA 2024)
La production d?engrais minéraux en Europe est faible et est complètement dépendante des pays
tiers pour le gaz, la potasse. Dans un marché mondialisé, il n'y a pas - en dehors des périodes de
fortes tensions géopolitiques comme celle prévalant depuis le 28 février 2026 - de tension sur
l'approvisionnement quantitatif en matières premières nécessaires à la production de ces engrais.
2.2. Connaissances sur les niveaux de contamination en PFAS
2.2.1. Métrologie des PFAS dans les MFSC
Quelle que soit la matrice dans laquelle ils sont recherchés, les PFAS ont un comportement singulier
au regard de celui des autres familles de contaminants habituellement analysées. Plusieurs facteurs
sont sources de difficultés métrologiques notables : le nombre important de composés de cette
« famille », leurs transformations au fil de certains processus, leurs propriétés physico-chimiques
particulières à la fois hydrophobes et hydrophiles selon le composé, la modification de leurs
comportements selon la charge de matière organique de la matrice, le risque de contamination au
cours des analyses (cf. 2.2.1.3), ainsi que l?impossibilité d?identifier le PFAS, pour un PFAS de
chaîne courte, le PFAS de chaîne longue qui l?a généré.
Ces difficultés inhérentes aux PFAS se trouvent accrues par la grande diversité des produits
répondant à la définition des MFSC (cf 1.2.1.), de caractéristiques physico-chimiques extrêmement
variables (structure et texture de la matrice, teneur en eau, teneur en matière organique, etc.).
Les éléments détaillés ci-après portent plus spécifiquement sur les enjeux métrologiques liés au
prélèvement et à l?analyse des PFAS dans les boues, matières identifiées comme potentiellement à
risque en raison de leurs concentrations parfois élevées en PFAS (cf. 2.2.2. ).
2.2.1.1. Echantillonnage et prélèvement des MFSC pour l?analyse des PFAS
Echantillonnage et prélèvement des boues : Les boues peuvent être prélevées en différents
points d?une station de traitement (cf. Figure 6). Une boue brute liquide prélevée après décantation
en sortie de la file « eau » (point A6) n?aura pas les mêmes caractéristiques, et la même teneur en
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 28/161
PFAS, qu?une boue traitée et déshydratée (point S6). En effet, à quantité de matière sèche
constante, le processus de déshydratation aura retiré une partie de la phase aqueuse avec les PFAS
qu?elle contient, conduisant à des teneurs (µg/kg MS) généralement moins élevées en point S6 qu?en
point A6, et potentiellement très différentes (division par 3 à 10, voire plus pour les PFAS à chaîne
courte). Afin de permettre des analyses et comparaisons fiables, il est donc essentiel, d?une part, de
préciser la nature, la localisation de prélèvement et la siccité de l?échantillon de boue ; d?autre part,
d?adapter en conséquence les protocoles d?échantillonnage et de prélèvement.
Figure 6 : synoptiques d'une station de traitement des eaux usées : (gauche) points réglementaires ; (droite)
points logiques ? (source SANDRE)
Plusieurs normes et instructions encadrent les pratiques de prélèvement et échantillonnage des
boues :
? la norme NF U 44-108 (1982) s?applique spécifiquement aux boues liquides issues de stations d?épuration urbaines et fournit des directives en matière de techniques de prélèvement et d?échantillonnage ;
? l?arrêté du 8 janvier 1998 fixant les prescriptions techniques applicables aux épandages de boues sur les sols agricoles décrit dans son annexe V les méthodes d?échantillonnage pour les boues liquides d?une part, et pour les boues pâteuses ou solides d?autres part ;
? enfin, une norme plus récente ISO 5667-13 (2011), révisée en 2021, fixe les lignes directrices relatives aux techniques d?échantillonnage et à la conception de programmes d?échantillonnage pour différents types de boues.
Le laboratoire AQUAREF, laboratoire national de référence pour la surveillance des milieux
aquatiques, est chargé par le MTE de rédiger une note technique d?accompagnement à la réalisation
des prélèvements de boues. Cette instruction synthétisera les recommandations concernant les
modalités d?échantillonnage et de prélèvements, et précisera les références normatives dans
l?attente d?une norme européenne.
Echantillonnage et prélèvement des MFSC autres que les boues :
? la norme NF EN 12579 (2024) décrit les méthodes d?échantillonnage et les principes à prendre en compte pour prélever des échantillons d?amendements organiques et de supports de culture ;
? une instruction technique du 18 août 2025 de la DGAL propose à ses services déconcentrés un protocole d?échantillonnage basé entre autres sur cette norme, applicable à différentes MFSC tels que les engrais liquides, les engrais sous forme de granulés, les digestats (cf. annexe n°9).
2.2.1.2. Méthodes d?analyse des échantillons (préparation, extraction, mesure)
L?ensemble des acteurs contactés par la mission exprime le besoin d?un cadre normatif fixant des
méthodes robustes et performantes d?analyse des PFAS dans les échantillons de boue33, permettant
33 L?analyse des mesures de teneur en PFAS des boues de stations d?épuration réalisées dans le cadre du RSDE 2022 sur le bassin
Loire Bretagne (cf. 2.2.2) montre des écarts statistiques parfois très significatifs entre laboratoires d?analyse (facteur supérieur à 10 entre les médianes) ce qui fragilise l?interprétation qui peut être faite de ces données.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 29/161
d?harmoniser les pratiques, de comparer et interpréter les résultats.
Plusieurs approches analytiques ont été développées : méthodes ciblées, méthodes non ciblées,
méthodes globales. A ce jour, il n?existe pas de norme validée en Europe ou en France pour l?analyse
des PFAS dans les MFSC, ni de laboratoires accrédités en France. De ce fait, les laboratoires
utilisent des méthodes internes et de nombreux paramètres de ces méthodes, indispensables à
l?évaluation d?ensemble de la performance analytique, s?avèrent très hétérogènes d?un laboratoire à
l?autre : modalités d?extraction, limites de quantification, incertitude de mesure analytique, etc. Des
écarts manifestes existent notamment dans l?analyse des boues liquides et solides, avec des
incertitudes de mesure plus élevées pour les boues liquides (annexe n°19).
Les méthodes globales, qui consistent à évaluer la teneur en fluor organique total des échantillons,
ne peuvent pas, à elles seules, fonder la prise de décision face à une pollution supposée ou avérée
par les PFAS. Elles apportent toutefois des informations complémentaires utiles sur la contamination
fluorée des milieux, et méritent donc de compléter les approches ciblées « classiques » plus
sensibles et spécifiques des PFAS.
Une norme ISO (ISO/DIS 25652 Sédiments, sol, boues et déchets ? Analyse des PFAS par CLHP
et spectrométrie de masse) est en voie de finalisation au moment de la rédaction du présent rapport.
Sa publication est attendue pour fin 2026.
Elle permettra de répondre aux enjeux d?harmonisation des méthodes analytiques pour :
? la matrice boues ainsi que pour les matrices sols et sédiments ;
? les substances listées dans son domaine d?application(une cinquantaine de PFAS).
Le BRGM a publié en octobre 2024 une note de synthèse sur ce projet de norme34.
La publication de cette norme internationale facilitera l?organisation d?essais inter-laboratoires et in
fine les demandes d?accréditation des laboratoires. Son contenu est connu et peut d?ores et déjà
être utilisé par les laboratoires qui le souhaitent.
2.2.1.3. Risques de contamination accidentelle des échantillons et précautions
La plupart des références bibliographiques consultées insistent sur la nécessité de porter une
attention particulière au risque de contaminations accidentelles des échantillons, depuis leur
prélèvement jusqu?à leur analyse au laboratoire, risque lié au caractère ubiquiste des PFAS. Il
ressort des entretiens de la mission que la remise en cause systématique de mesures fournissant
des valeurs élevées par le seul argument d?une contamination accidentelle hypothétique lors du
prélèvement n?est pas légitime (annexe n°18).
2.2.2. Niveaux de contamination en PFAS des différentes MFSC : données françaises disponibles
A l?heure actuelle, peu de données structurées existent sur le niveau de contamination PFAS des
boues de stations d?épuration en France. Ce chapitre présente l?état des connaissances en
s?appuyant sur l?analyse les principaux jeux de données disponibles (2.2.2.2 et 2.2.2.3) et des
sources bibliographiques (2.2.2.4). Dans le cadre de l?action 6 de l?axe 2 du plan d?action
interministériel sur les PFAS, une campagne prospective de surveillance de la contamination des
boues par les PFAS sera mise en oeuvre en 2026 par application d?un arrêté ministériel en projet.
34 https://ssp-infoterre.brgm.fr/sites/default/files/documents/2024-10/BRGM-RP-73936-FR_note-PFAS.pdf
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 30/161
2.2.2.1. Teneurs en PFAS des boues de STEU urbaines
L?absence d?un dispositif réglementaire imposant à l?échelle nationale le suivi des teneurs en PFAS
des boues de STEU a deux conséquences :
? aucune connaissance stabilisée des teneurs en PFAS des boues de STEU en France n?est
disponible à ce jour. Les éléments de connaissance actuels résultent d?initiatives locales (ex.
mesures réalisées dans le cadre de la recherche et de la réduction des rejets de substances
dangereuses dans les eaux (dispositif RSDE) dont les données sont publiques, autocontrôles
par certains exploitants de STEU dont les données sont privées?) ;
? les laboratoires d?analyse hésitent à investir dans le développement de méthodes spécifiques à
la mesure des teneurs en PFAS dans les boues, tant que les perspectives de marché résultant
d?un cadre réglementaire ne sont pas clarifiées.
A ce jour, trois sources d?information peuvent être exploitées :
? les mesures de teneurs en PFAS des boues de STEU de plus de 10 000 EH35, réalisées dans
le cadre du RSDE 2022 sur le bassin Loire Bretagne, en application d?une disposition du
SDAGE : le guide d?instruction de l?agence de l?eau n?impose pas le point de prélèvement ;
? les mesures réalisées dans le cadre d?autocontrôles menés par les exploitants de STEU ;
? les mesures réalisées dans le cadre de travaux scientifiques de l?INRAE.
Nous exposons ci-dessous une présentation synthétique des mesures réalisées dans le cadre du
RSDE Loire Bretagne 2022, jeu de données publiques le plus complet à ce jour en France, après
une clarification des points de prélèvements de boues dans les STEU.
2.2.2.2. Analyse des PFAS dans les boues du RSDE Loire Bretagne 2022
Lors de la campagne RSDE Loire-Bretagne 202236, l?Agence de l?Eau LB (AELB) a demandé aux
maîtres d?ouvrage de STEU de plus de 10 000 EH37 de réaliser des mesures de teneurs en PFAS
des boues en complément des mesures de teneurs en PFAS des rejets aqueux, ceci en application
de la disposition 5B3 du SDAGE Loire Bretagne 2022-202738 (cf. 1.1.3.3).
Cette campagne RSDE 2022 a permis de rassembler, à ce jour39, des mesures de teneurs en PFAS
des boues de STEU sur 332 échantillons de boues issus de 52 STEU (dont trois STEU qui ont opéré
des prélèvements de boues en deux points, soit 55 STEU virtuelles). De façon générale, chaque
STEU a procédé à six prélèvements de boues à des périodes différentes sur la période 2022-2024.
Ces prélèvements ont été réalisés, soit en sortie de la file eau (points A6 ou S4), soit en sortie du
processus de traitement et déshydratation des boues (point S6) avant leur envoi à l?épandage (cf.
figure 6). Chaque échantillon prélevé a fait l?objet de mesure des teneurs individuelles en cinq PFAS
(PFOS, PFOA, PFDA, PFHxA, PFHxS).
L?analyse des valeurs de teneurs en PFAS des boues de STEU, détaillée en annexe n°8, du RSDE
LB 2022 a conduit à identifier deux limites au jeu de données :
35 Ainsi que quelques mesures réalisées sur le même bassin à l?initiative de l?Agence de l?eau sur des STEU de plus petite dimension 36 Le RSDE 2016 avait déjà initié la recherche d?un PFAS (PFOS) dans les boues de 60 stations. 37 Le Bassin Loire Bretagne compte 7 495 STEU, dont 267 STEU de plus de 10 000 EQ.HAB. 38 L?Agence de l?eau conditionnait ses aides financières pour les analyses sur la file « Eau » à l?obligation de réaliser des analyses sur
la file « Boues ». 39 Les mesures de certaines STEU n?ont pas encore été téléchargées dans la base nationale RESEAU. Malgré des rappels par les DDT
et un financement par l?AELB, la proportion de collectivité respectant les exigences du SDAGE reste faible.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 31/161
? les analyses de teneurs en PFAS ont été menées par quatre laboratoires d?analyse différents
(neuf couples organisme préleveur-laboratoire d?analyse). Après expertise conjointe entre la
mission et l?AELB, les teneurs en PFAS produites par l?un des laboratoires d?analyse ont dû être
écartées, ramenant le jeu de données à 164 échantillons de 24 STEU (dont 3 qui ont opéré des
prélèvements de boues en deux points, soit 27 STEU virtuelles) ;
? parmi ces 164 échantillons, 48 échantillons de boue de neuf STEU ont été prélevés en S6 (boues
traitées déshydratées prêtes à partir à l?épandage) et 116 échantillons de boue de 21 STEU ont
été prélevées en A6-S4 (boues brutes liquides en sortie de file eau, avant traitement).
Les statistiques de teneurs en PFAS de ces 164 échantillons de boue de STEU sont présentées
dans le tableau 6. Les quantiles 95% sont inférieurs à 10 µg/kg MS pour PFOA, PFHxA, PFDA et
PFHxS mais de l?ordre de 97 µg/kg MS pour PFOS et de 115 µg/kg MS pour la somme des 5 PFAS.
Tableau 6 : teneurs en PFAS des boues de STEU de plus de 10 000 EH dans le cadre du RSDE 2022 LB :
analyse statistique des valeurs pour chacun des cinq PFAS et pour la somme des cinq PFAS.
L?analyse plus détaillée a confirmé que les teneurs en PFAS des échantillons de boue prélevés en
A6 et S4 étaient plus élevées que celles des échantillons prélevés en S6. Les deux jeux de données
(A6-S4 d?une part et S6 d?autre part) ont donc été distingués. Afin d?évaluer comment les boues des
STEU du RSDE LB 2022 se situent par rapport aux valeurs des réglementations de différents pays
(cf. 3. ), les valeurs mesurées ont été confrontées à ces seuils. Des taux virtuels de « non-
conformité » en ont été déduits à titre indicatif. Il en résulte que le taux de non-conformité des
échantillons de boues de STEU aux réglementations « PFAS dans les boues de STEU » de
différents pays est inférieur à 2% pour les boues prêtes à l?épandage (prélevées en S6), à l?exception
de la réglementation danoise pour laquelle le « taux de non-conformité » monte à 12%. Dans le cas
des boues brutes liquides (prélevées en A6 ou S4) ce taux de non-conformité est de 25% (38% pour
la réglementation danoise).
RSDE Loire Bretagne 2022 - Teneurs en PFAS des boues de STEU de plus de 10 000 eq.hab. (tous points de prélèvement)
PFAS Sandre 5347 5978 6509 6561 6830
PFAS PFOA PFHxA PFDA PFOS PFHxS Somme5
nb mesures 150 140 149 123 150 153
nb STEU 27 27 27 28 27 27
max 580,0 41,0 59,0 126,0 74,0 705,0
95% 9,9 3,8 10,8 97,2 2,5 114,7
75% 2,5 2,5 5,0 21,9 2,5 31,8
50% 2,5 2,5 2,8 11,0 2,5 17,6
min - 0,3 - - 0,1 1,0
nb. Mesures > 40 µg/kg MS 25
nb STEU présentant un dépassement de S5>40 µg/kg MS 10
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 32/161
Tableau 7 : confrontation des teneurs en PFAS des boues de STEU mesurées dans le cadre du RSDE LB 2022 aux seuils des réglementations de différents pays.
Il est important de souligner que ces résultats factuels ne reposent cependant que sur un échantillon
limité de boues (48 échantillons traités déshydratés prélevés sur neuf STEU de plus de 10 000 EH
du bassin Loire Bretagne) qui ne peut être considéré représentatif du bassin Loire Bretagne ni, à
plus forte raison, du niveau national. Il est impératif d?élargir cet échantillon par une campagne
nationale.
2.2.2.3. Les analyses PFAS dans les boues par les opérateurs de STEU
Les acteurs des filières « épuration des eaux urbaines » et « valorisation agricole des boues » ont
mené des campagnes exploratoires sur les teneurs en PFAS des boues de leurs STEU. Leurs
résultats sont internes et confidentiels, mais certains d?entre eux ont partagé avec la mission leurs
analyses et des données rendues anonymes.
Ainsi, un opérateur majeur a mené une campagne exploratoire d'analyses de teneur en PFAS des
boues sur 185 STEP, ces analyses étant réalisées par deux laboratoires, sélectionnés après des
tests inter-laboratoires. La conformité des boues aux réglementations de différents pays a été
analysée. Dans le cas de la comparaison à la règlementation belge-wallonne, les taux de non-
conformité obtenus sont inférieurs à 5 % pour les STEU de plus de 20 000 EH (échantillon de 161
STEU), et de l?ordre de 25 % pour les STEU de moins de 20 000 EH (échantillon de 24 STEU).
Les résultats obtenus par des exploitants sur 185 STEU (cf. 2.2.2.3) et par la mission et l?AE LB sur
les 48 STEU du RSDE 2022 (cf. 2.2.2.2) sont pleinement cohérents entre eux.
2.2.2.4. Revue bibliographique des données françaises disponibles sur la
contamination de toutes les MFSC
Les éléments qui suivent portent sur les données françaises de contamination des MFSC, hors
données issues du RSDE ou du secteur privé portant sur les boues qui ont été analysées dans le
paragraphe précédent.
Le suivi des PFAS dans les MFSC autres que les boues est nettement moins fourni dans la
documentation scientifique. Dans une étude franco-canadienne (Munoz et al., 202240), les PFAS ont
40 Target and nontarget screening of PFAS in biosolids, composts, and other organic waste products for land application in France.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 33/161
été caractérisés dans 47 produits organiques utilisés dans les zones agricoles en France, y compris
des matériaux historiques et récents.
Il s'agit de produits provenant :
? de déchets urbains (boues d'épuration des stations d'épuration, compost de déchets verts et
boues d'épuration, compost de biodéchets, compost de déchets urbains solides, digestat de
déchets urbains) ;
? de déchets agricoles (fumier de vaches laitières, lisier de porcs, fumier de volailles, compost de
fumier de bétail laitier, digestat provenant du fumier de porc) ;
? et de déchets industriels (boues de papier et cendres d'incinération).
Au total, 160 PFAS de 42 classes ont été détectés. Les teneurs des PFAS ciblées étaient faibles
dans les matières d?origine agricole, tels que le lisier de porc, le fumier de volaille ou le fumier de
bovins laitiers (médiane pour la somme de 46 PFAS : 0,66 ?g/kg MS, concentration nettement
inférieure au seuil restrictif fixé en Flandre de 15 ?g/kg MS pour la somme des 20 PFAS de la
directive EDCH).
Des niveaux plus élevés de PFAS ont été signalés dans les déchets urbains et industriels, les boues
issues des papeteries, les boues d'épuration ou les composts des ordures ménagères (médiane
pour la somme de 46 PFAS : 220 ?g/kg MS, soit plus de 300 fois la teneur médiane observée dans
les effluents d?élevage).
Quelle que soit l'unité géographique considérée, les concentrations de PFAS étaient nettement plus
élevées dans les boues d'épuration et les déchets urbains compostés que dans les effluents
d'élevage. Les acides perfluoroalkylés étaient les plus fréquemment détectés (PFOS et PFOA en
tête), avec des profils similaires à ceux de produits équivalents analysés aux États-Unis.
D?autres études (Lazcano et al, 202041) viennent confirmer que les concentrations de PFAS sont
plus importantes dans les produits à base de boues comparativement à d?autres matières
fertilisantes tels que les composts à base de déchets alimentaires et déchets verts ; ou encore que
les composts de déchets issus d?emballages et de papiers sont plus contaminés que les composts
contenant uniquement des déchets de jardin ou alimentaires (Costello et Lee, 202042).
A l?aune de ces travaux, les boues, les produits à base de boues et de déchets contenant notamment
des résidus de papiers et cartons imperméabilisés apparaissent comme les matières les plus à
risque quant à la présence de PFAS.
2.2.3. Contamination PFAS des compartiments associés
Maîtriser la contamination environnementale par les PFAS implique de quantifier les teneurs en
PFAS rencontrées dans différents compartiments environnementaux (eaux de surface, eaux
souterraines, sols, air, biotes, alimentation, humains), leur distribution spatiale et leur évolution
temporelle. Les stratégies de suivi des contaminations PFAS de certains de ces compartiments (cf
annexe n°15), potentiellement liées à la fertilisation, sont décrites ci-dessous.
Suivi de la contamination PFAS des sols : différents travaux scientifiques ont montré que les
PFAS se concentraient principalement dans le sol superficiel (de l?ordre de 10 cm de profondeur) et
que, hormis les cas de contaminations liés à des rejets industriels localisés, la principale source de
Environmental Science and Technology 2022 56. Munoz et al., 2022.
41 Characterizing and comparing per and polyfluoroalkyl substances in commercially available biosolid and organic non-biosolid-based products. Environ Sci Technol.2020. Lazcano et al, 2020.
42 Sources, fate, and plant uptake in agricultural systems of per-and polyfluoroalkyl substances. Current Pollution Reports 10. Costello et Lee, 2020.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 34/161
PFAS dans les sols est liée aux fertilisants, principalement aux boues épandues, ainsi qu?aux
produits phytosanitaires.
Certains pays (Danemark, Belgique, Suisse?) ont déjà mené des campagnes extensives de mesure
des PFAS dans leurs sols, généralement avec le double objectif de déterminer des « valeurs de
fond »43 des teneurs en PFAS et d?identifier des zones où les sols ont des teneurs élevées. L?INERIS
a publié en 2025 un rapport « Valeurs de fond des PFAS dans les sols européens et cadre de gestion
des sols contaminés par les PFAS sur le territoire flamand »44. Le Tableau 8, extrait de ce rapport,
fournit les valeurs de fond (quantiles 50 % et 90-95 %) de trois PFAS dans des sols ruraux, issus de
trois études (Flandre, Pays-Bas, Rhénanie nord-Westphalie).
Tableau 8 : valeurs de fond des teneurs en PFAS des sols issus d?études belges, néerlandaises et allemandes (source rapport INERIS 2025 « Valeur de fond des PFAS dans les sols européens »)
En France, de tels travaux sont en cours de mise en place par le réseau de mesure de la qualité
des sols (RMQS) et le projet PFASol. Le RMQS est un outil de surveillance des sols à long terme,
piloté par le GIS Sols45. Il a pour missions de cartographier les propriétés des sols, de gérer une
banque d?échantillons de sols, de tenir un tableau de bord de la qualité des sols et de détecter des
évolutions de leur qualité. Il suit 2 240 sites répartis sur le territoire national, par périodes de 15 ans
(RMQS1 2000-2015 ; RMQS2 2016-2030). Les PFAS font partie des enjeux émergents pour le
RMQS. Plusieurs projets (projet INERIS, projet IPANEMA) ont été consacrés à des sols de sites
industriels pollués par les PFAS, et visaient à mieux prévoir leur biodisponibilité et toxicité.
Le projet PFASol vise à réaliser un premier état des lieux des teneurs en PFAS des sols à l?échelle
nationale. Ses objectifs scientifiques et techniques sont : (i) de tester et définir la profondeur de
prélèvement des PFAS ; (ii) de fournir une première vision de la contamination PFAS diffuse des
sols français à travers l?analyse des échantillons du RMQS et de proposer des premières valeurs de
référence ; (iii) de rechercher les déterminants de la répartition des PFAS (ex : occupation du sol,
intrants, position géographique par rapport à des industries) ; (iv) de valoriser les résultats,
notamment en appui aux politiques publiques. Les produits finaux escomptés sont :
? un protocole de prélèvement rigoureux et reproductible (teneurs faibles) ;
? une connaissance des teneurs en PFAS des sols au niveau national ;
? la définition d?indicateurs de la pollution en PFAS (valeurs de fonds, valeurs de référence) ;
? une base de données des sols français pour environ 49 molécules de PFAS sur 170 sites.
Suivi de la contamination PFAS des rejets aqueux des STEU : l?arrêté du 3 septembre 2025
relatif à « l'analyse de substances PFAS dans les eaux en entrée et sortie de stations de traitement
des eaux usées urbaines »46, fixe les conditions d'une campagne de surveillance des substances
PFAS pour les stations de traitement des eaux usées urbaines de capacité nominale supérieure ou
égale à 10 000 EH. Les résultats de ces mesures sont versés dans la base nationale ROSEAU, qui
43 La valeur de fond permet d?identifier l?impact d?une source (notamment ponctuelle) dans les milieux de vie, par rapport à la charge diffuse existante, 44 https://www.ineris.fr/sites/default/files/contribution/Documents/Ineris-232891%20-
%20Valeurs%20de%20fond%20PFAS%20et%20gestion%20flamande%20v2.pdf 45 https://www.gissol.fr/le-gis/programmes/rmqs-34 46 https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000052201216
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recense les données de suivi des mises en conformité des ouvrages d'assainissement. Cette base
est accessible via le portail d'information sur l'assainissement communal.
Suivi de la contamination PFAS des rejets aqueux des ICPE : l?arrêté ministériel du 20 juin 2023
relatif à « l?analyse des PFAS dans les rejets aqueux des ICPE » constitue la base réglementaire de
la mesure des teneurs en PFAS dans les rejets aqueux des ICPE soumises à autorisation. Il prévoit
trois campagnes d?analyses à réaliser selon un calendrier défini, impose une liste de PFAS (dont
ceux visés par la Directive EDCH (cf. Tableau 9)) et concerne environ 5 000 installations
industrielles.
Suivi de la contamination PFAS des eaux potables : La Directive EDCH est le texte fondamental
qui encadre le suivi des eaux destinées à la consommation humaine. Elle introduit pour la première
fois des limites pour les PFAS dans l?eau : somme de 20 PFAS < 0,10 µg/l ; somme de tous PFAS
mesurables < 0,50 µg/l. Les États membres doivent surveiller ces substances et respecter ces seuils
depuis janvier 2026 au plus tard. La directive est transposée dans le droit français via des décrets
et arrêtés sur la qualité de l?eau potable et via l?intégration des PFAS dans les paramètres
réglementaires :
? l?instruction DGS/EA4/2023/52 du 31 août 2023 a lancé une campagne nationale exploratoire
sur les PFAS avec pour objectifs de mesurer la présence des PFAS dans les eaux brutes
(ressources utilisées pour produire l?eau potable) et les eaux distribuées, et d?identifier les zones
à risque ;
? l?instruction DGS/EA4/2025/22 du 19 février 2025 renforce la gestion sanitaire en précisant
comment interpréter les résultats en PFAS et quelles actions prendre en cas de dépassement.
Lors de la campagne nationale exploratoire de l?ANSES (2023?202547), sur 627 échantillons d?eau
du robinet analysés, neuf ont présenté des dépassements du seuil de 100 ng/l (~1,4% des
échantillons). De façon générale, les PFAS ont été détectés dans la majorité des échantillons, mais
sous le seuil réglementaire. Le taux moyen pour la somme de 20 PFAS en France s?établit à 0,023
µg/l. Sur 8 827 réseaux d?eau analysés, 24 ont présenté des dépassements de la norme.
L?absence d?observatoire systémique sur les contaminations en PFAS, regroupant l?ensemble de
ces informations, est un frein à la mise en place d?une démarche collaborative et d?analyse des
risques.
2.2.4. Des cas emblématiques de contamination par les PFAS des MFSC et de modes de gestion sur le territoire français
De manière systématique, les alertes sur les contaminations en PFAS sont issues d?analyses d?eau
potable réalisées par les ARS. Elles ont été suivies de la mise en place de cellules de crise pilotées
par le corps préfectoral et des procédures judiciaires ont été diligentées. Ces crises ont mis en
lumière plusieurs points :
? la publication systématique sur portail internet de l?ensemble des informations connues, comme
l?a réalisé la DREAL AURA, a participé fortement à apaiser les relations avec les acteurs des
territoires ;
? lorsque la source de la pollution est identifiée et n?est pas reliée à un site industriel, elle est
souvent en provenance d?une matière fertilisante, ce qui a conduit certains préfets à interdire
l?épandage (boue de papeterie belge, boue de blanchisserie, ?) ;
47 https://www.anses.fr/system/files/LABORATOIRE2024-AST-0045.pdf
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 36/161
? l?absence de normes en France, tant sur la mesure que sur les produits, concernant les PFAS
dans les MFSC et l?impossibilité de tracer les importations de matières fragilisent les actes
administratifs pris ;
? tous les acteurs sont très attentifs à la qualité de l?eau bue, à la qualité des aliments ingérés mais
la question du support ? le sol - est moins abordée ;
? les travaux nécessaires pour permettre de réalimenter la population en eau potable sont très
importants et coûteux.
2.2.5. Que faire des boues contaminées ?
A ce jour, il n?existe que très peu de solutions pour gérer une boue qui présenterait des teneurs en
PFAS n?autorisant plus son utilisation d?amendement agricole. Les solutions éprouvées visent soit
la destruction des boues (incinération), soit leur valorisation hors production alimentaire (épandage
forestier), soit leur traitement plus avancé (mélange de boues, méthanisation) en vue d?une
valorisation partielle par épandage.
2.2.5.1. Incinération
Le seul traitement opérationnel permettant la destruction des PFAS est l?incinération des boues à
très haute température, traitement également utilisable pour les lixiviats de méthaniseur nonobstant
leur très faible siccité. Actuellement, les incinérateurs de déchets dangereux, qui sont conçus et
exploités pour détruire toutes les substances dangereuses, garantissent des conditions propices à
l?élimination des PFAS : températures élevées dans les fours d?incinération, temps de séjour
suffisamment long, post-combustion des fumées, traitement des fumées ultra-performant. À ces très
hautes températures (supérieures ou égales à 1300°C), la liaison carbone-fluor se brise et provoque
la minéralisation des PFAS sous forme de CO2 et de fluor. Ceux-ci sont ensuite captés lors du
traitement des fumées ou stabilisés dans les résidus solides de la combustion. Ce n'est pas une
transformation ou un déplacement : c'est une élimination définitive. Les résidus sont tout de même
stockés en décharge de classe I. Cependant, la capacité et disponibilité actuelle du parc national
d?incinérateurs à très haute température est limitée et ne permettrait pas, d?après les représentants
de la profession (SYPRED et SYVED48), d?absorber de nouveaux volumes importants sans
construire de nouveaux fours. Il existe cependant un brevet qui permet d?éliminer les PFAS à plus
basse température (inférieure à 1000°C) dans des fours non industriels moyennant quelques
adaptations (société Véolia brevet n°23 02257 ? annexe n°11). Cette solution constituerait une filière
de traitement à moindre frais pour ces boues et permettrait de maintenir des fours dont les matières
entrantes actuelles n?ont plus un PCI (pouvoir calorifique inférieur) suffisant, ce qui est un effet du tri
à la source. Le rajout de boues contenant beaucoup de carbone (boues non conformes PFAS)
permettrait d?augmenter la valeur du PCI du mélange et de continuer à incinérer la matière.
2.2.5.2. Foresterie
La dernière filière en croissance citée dans la littérature est la foresterie, notamment les taillis à
courte rotation (TCR), ou bien l?usage par amendement sur des terrasses en ville. Les épandages
génèrent un apport en matière organique important pour cette filière et doivent provenir de boues le
moins liquides possible, afin de limiter le retour vers la nappe. Ils ne concernent pas les cultures à
vocation alimentaire.
48 SYPRED : Syndicat des professionnels du recyclage, de la valorisation, de la régénération et du traitement des déchets dangereux. SYVED : Syndicat de valorisation et d?élimination des déchets
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 37/161
2.2.5.3. Le mélange de boues pour déshydratation
Les échanges que les membres de la mission ont conduits avec certains prestataires privés
semblent indiquer que le mélange de boues de plusieurs ouvrages d?épuration se généralise,
notamment dans le cadre d?unités mutualisées de traitement et déshydratation.
L?objectif recherché par ces dispositifs est la rentabilisation des investissements de traitement-
déshydratation et la possibilité d?épandre sur des terres plus éloignées du site de production. Les
industriels anticipent aussi la mise en oeuvre de la DERU2 (cf. 1.3. ). L?autorisation de mélanger des
boues résulte d?un assouplissement de la réglementation qui date de la période post Covid49. Ce
décret modifie les articles R. 211-29 et R. 211-30 du code de l?environnement pour autoriser le
mélange de boues dès lors que chaque boue respecte les conditions réglementaires avant mélange,
et que le mélange est conforme aux prescriptions techniques applicables à l?épandage sur sols
agricoles. Ce mélange implique l?instruction de demandes d?autorisations préfectorales permettant
aux systèmes d'assainissement concernés d?importer ou d?exporter de la boue, puis de demandes
d?autorisations préfectorales relatives à l'épandage des boues mélangées. Donc, soit la STEU est
neuve et ce processus est prévu dès la conception, soit les DDT(M) devront instruire de nombreux
arrêtés modificatifs avec, pour certains dossiers, de nouvelles enquêtes publiques.
Ce processus technique implique que :
? les stations tiennent un registre de suivi des boues, avec les dates de prélèvement, les résultats
des analyses, les dates d'évacuation des boues ;
? les siccités des différents lots de boues soient proches donc que :
o la STEU de grande capacité dispose d?un silo qui permette de mélanger les boues en amont
de la filière d?épaississement,
o et que des analyses en PFAS dans les boues soient réalisées à différents points : en A6
(boue liquide produite par la station 1), en S6 (boue liquide évacuée par la station 1) puis en
S6 de la station 2 (boue mélangée avant épandage).
Il existe cependant, à ce stade, une difficulté règlementaire. Le décret susvisé impose que, à chaque
étape du mélange, la boue doit être conforme aux préconisations réglementaires pour l'épandage,
ce qui n?est pas le cas. Toutefois, le préfet peut autoriser le regroupement de boues dans des unités
d'entreposage ou de traitement communs, lorsque la composition de ces déchets répond aux
conditions prévues aux articles R. 211-38 à R. 211-45 du code de l?environnement, qui renvoient
elles-mêmes aux dispositions de l'arrêté ministériel de 1998 (caractéristiques des boues, distances
d'épandages, périodes d'épandage, etc.). Cette architecture réglementaire n?est pas adaptée à la
production de boues liquides contenant des PFAS qui peuvent devenir conformes aux normes, et
donc épandables, après épaississement. Une modification du décret ou des deux arrêtés
ministériels de 1998 (IOTA et ICPE), prenant en compte cette spécificité, est nécessaire.
2.2.5.4. La méthanisation
La digestion des boues par des méthaniseurs au sein des stations d?épuration se développe. Aucun
PFAS n?est éliminé par le processus de méthanisation et la question de la contamination PFAS se
reporte des boues aux digestats. Cette solution a toutefois l?avantage de diminuer fortement la
quantité de matière contenant des PFAS à traiter et présente un fort potentiel de généralisation (cf.
DERU2). Ces stations vont avoir aussi la capacité d?accueillir d?autres produits pour augmenter les
49 Décret n° 2021-147 du 11 février 2021 relatif au mélange de boues issues de l?assainissement des eaux usées urbaines et à la
rubrique 2.1.4.0 de la nomenclature des installations, ouvrages, travaux et activités soumises à la loi sur l?eau
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 38/161
capacités des méthaniseurs et produire une quantité importante d?énergie. Il faut prévoir un suivi de
la qualité PFAS des digestats qui seraient destinés à l?épandage agricole, et une filière pour éliminer
les digestats concentrés en PFAS, ce qui nécessitera de l?incinération après épaississement.
3. SYNTHESE DU PARANGONNAGE DE PAYS AYANT MIS EN PLACE UNE
REGLEMENTATION
L?objectif du parangonnage est multiple :
? assurer une bonne connaissance des réglementations mises en place par certains pays sur les PFAS dans les matières fertilisantes en général, et dans les boues de STEU valorisées par épandage agricole en particulier (valeurs de référence, périmètre des substances PFAS prises en compte?) ;
? comprendre les logiques et processus qui ont guidé leur définition et leur mise en place ;
? recueillir les retours d?expérience sur les pratiques de gestion et les impacts de ces réglementations.
La lettre de commande mentionnait une première liste de pays cibles pour ce parangonnage :
Autriche, Allemagne, Norvège, Suède, USA, Canada, Danemark, Belgique.
3.1. Processus ayant permis le parangonnage et ces limites
Au vu des délais contraints de la mission, trois voies de parangonnage ont été mobilisées en
parallèle : un travail d?analyse approfondie de la bibliographie, des échanges officiels (en
concertation avec la DG Trésor et la DAEI du MTE) avec les autorités et acteurs de ces
réglementations dans certains pays (ministères chargés de l?environnement, ministères chargés de
l?agriculture, agences, ?), quelques contacts directs, notamment avec des scientifiques de ces pays
collaborant avec des scientifiques français.
En l?absence d?anticipation pour la présente mission, il n?était pas possible de procéder par la voie
habituelle (questionnaire structuré établi par la mission et envoyé par les conseillers aux autorités
compétentes dans les pays, puis entretiens sur la base des réponses de ces autorités ? DG Trésor),
ni d?approcher un grand nombre de pays. Il a donc été convenu, à la demande de la DG Trésor, de
limiter à cinq le nombre de pays ciblés (Allemagne, Belgique, Canada, Danemark, Suède) et de
s?appuyer sur une procédure légère, sans questionnaire : identification par les conseillers des
ambassades des bons interlocuteurs et mise en contact avec les missionnés, entretiens de la
mission avec ces interlocuteurs en présence des conseillers, analyse par la mission des informations
recueillies et synthèse.
Parmi les autorités étrangères ainsi contactées dans des délais contraints, certaines ont pu être
réactives en proposant des entretiens approfondis, notamment dans le cas de la Belgique et du
Canada, quand les autres ont principalement communiqué des documents. Dans ces derniers cas,
l?analyse bibliographique a été la principale source d?information et a également porté sur certains
États des États-Unis. Le nombre limité de pays analysés et l?hétérogénéité des types de contacts
(entretiens approfondis, entretiens légers, documents) constituent donc une limite de ce travail de
parangonnage, mais le paysage ainsi dessiné illustre assez bien la diversité des situations,
notamment en lien avec la pratique plus ou moins développée de valorisation agricole des boues de
STEU.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 39/161
Les résultats du parangonnage sont restitués sous deux formes :
? ce chapitre 3 qui présente une synthèse interpays, structurée par thèmes : les facteurs à l?origine
de la mise en place d?une réglementation ; les valeurs réglementaires adoptées ; les logiques
ayant piloté leur détermination ; le retour d?expérience sur la mise en oeuvre de ces
réglementations (mesures d?accompagnement, impacts sur les filières) ;
? six fiches-pays détaillées (cf. annexe 6), qui présentent la situation dans chacun des six pays et
dans leurs provinces, régions ou Etats fédérés pour la Belgique (régions de la Flandre et de la
Wallonie), le Canada (niveau fédéral et province du Québec) et les USA (États du Maine, du
Michigan, du Connecticut).
3.2. Des points communs, malgré la diversité des contextes
D?une manière générale, cette étude montre que la régulation des PFAS dans les boues d?épuration,
et plus globalement dans les MFSC, constitue encore un domaine émergent.
3.2.1. Des facteurs communs à l?origine d?une volonté de régulation
Plusieurs dynamiques convergentes expliquent l?encadrement croissant des PFAS dans les boues
de stations d?épuration :
? la survenue de crises sanitaires et/ou environnementales médiatisées, ayant entraîné des
attentes fortes en matière de transparence et de surveillance des boues. Citons par exemple la
contamination d?exploitations laitières dans le Maine, la contamination d?origine industrielle en
Flandre près d?Anvers, un épisode de contamination de l?eau potable à Ronneby en Suède, ou
encore une pollution liée à l?usage de mousses anti-incendie à Korsør au Danemark ;
? la détection de contaminations PFAS suite à la mise en oeuvre d?un encadrement dans les
EDCH.
3.2.2. La préoccupation centrée sur les boues de stations d?épuration
Les boues sont perçues à la fois comme un levier d?économie circulaire (azote, phosphore, matière
organique) mais aussi comme un vecteur potentiel de polluants persistants. Dans la majorité des
pays étudiés, les boues de stations d?épuration concentrent l?attention des pouvoirs publics. Seule
l?Allemagne réglemente les PFAS dans l?ensemble des produits fertilisants, par l?ordonnance
générale sur les fertilisants (Düngemittelverordnung), complétée d?une ordonnance encadrant
spécifiquement la valorisation et la gestion des boues issues des stations d?épuration (AbfKlärV).
3.2.3. Certains composés PFAS systématiquement pris en compte
Les cadres de gestion de tous les pays prennent en compte a minima 2 composés incontournables :
le PFOS et le PFOA (seul le Canada au niveau fédéral fait exception en la matière, en réglementant
uniquement le PFOS). Les règlementations récentes tendent à élargir le spectre en prenant en
compte des sommes de composés.
3.2.4. Caractérisation et traçabilité des boues sont des enjeux majeurs
L?introduction d?une régulation normative ou réglementaire est généralement associée à des
exigences accrues, d?une part, en matière de surveillance et d?analyses régulières et, d?autre part,
en matière de recherche et de réduction des sources de contamination. La traçabilité des boues
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 40/161
devient un outil central, non seulement pour prévenir les transferts de pollution, mais aussi pour
apporter les garanties nécessaires à la restauration de la confiance.
3.2.5. Des taux de non-conformité faibles face aux réglementations
Dans la plupart des pays ayant suivi le taux de non conformités des boues aux seuils établis, ce
taux semble être resté à des niveaux acceptables (de l?ordre de 5 %). La seule exception majeure
est le Maine (USA) qui a imposé des normes extrêmement strictes et a dû en conséquence gérer
une masse importante de boues non conformes (cf. point 3.6).
3.3. Les composés PFAS retenus dans les cadres de gestion
Le nombre de substances PFAS prises en compte par les différents pays pour gérer le risque de
contamination des boues varie fortement de un à 22 composés, depuis des approches
« minimalistes » centrées sur un ou deux composés (Canada fédéral, Allemagne, Michigan) jusqu?à
des approches élargies intégrant des sommes de plus de 20 composés (Belgique, Danemark,
Suède, USA-Maine et Connecticut).
Le Tableau 9 récapitule les substances PFAS encadrées dans les boues de stations d?épuration
selon les pays et les seuils associés, ainsi que les valeurs de référence dans les sols lorsqu?elles
existent.
On remarque ainsi des constantes, lorsque les pays choisissent de retenir des indicateurs « sommes
de composés » :
? lorsqu?une somme de quatre composés PFAS fait l?objet d?une valeur seuil, il s?agit toujours des
quatre composés réglementés dans les denrées alimentaires (PFOS, PFOA, PFNA, PFHxS) ;
? lorsque la somme des composés retenus est de 20 ou plus, elle englobe les PFAS ciblés dans
la directive EDCH.
Le Québec fait un choix plus original, en réglementant une somme de 11 composés, dont cinq
composés non retenus en Europe : le 5:3 FTCA, le 7:3 FTCA, le NMeFOSAA, le NEtFOSAA et le
FHUEA.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 41/161
Tableau 9 : PFAS encadrés dans les boues de stations d?épuration, dans les pays étudiés et valeurs seuils
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 42/161
3.4. L?élaboration des cadres de gestion
Les cadres de gestion de la contamination par les PFAS des boues de stations d?épuration diffèrent
d?un pays à l?autre principalement sous deux angles :
? les axes structurant les cadres de gestion (quels paramètres sont encadrés ?) ;
? la démarche utilisée pour définir les valeurs seuil de ces paramètres.
3.4.1. Structure des cadres de gestion :
Selon leur niveau d?élaboration, les cadres de gestion sont structurés autour d?un à trois axes.
Le contrôle de la teneur en PFAS des sols : surveiller la teneur en PFAS des sols (par exemple
tous les cinq ans) est un moyen de connaître leur état et de préserver leur qualité. Cela permet de
fixer un seuil maximum au-delà duquel un sol ne pourrait plus recevoir de boues avec PFAS. Le
Danemark, la Suède ou encore la Flandre ont introduit de telles valeurs considérées comme des
objectifs cibles, sans toutefois qu?elles soient de nature réglementaire. Dans la pratique, la
déclinaison opérationnelle de cet axe reste très limitée du fait de la connaissance encore
fragmentaire des niveaux de contamination des sols. Si des programmes de mesure sont engagés
par certains pays dans le but de déterminer des valeurs de fond (à l?instar du RMQS en France), le
suivi opérationnel des sols recevant des boues n?est pas encore mis en oeuvre.
La régulation des flux de PFAS à la parcelle : peu de pays régulent directement les flux de PFAS
à la parcelle. Seule la Belgique-Flandre fixe de façon explicite, dans son cadre de gestion, un seuil
maximum d?apport annuel de PFAS à la parcelle (30 mg/ha/an pour la somme de 20 PFAS). Certains
territoires (Michigan, Québec) limitent indirectement l?apport de PFAS en gérant le couple « teneur
en PFAS des boues » et « dose annuelle de boue autorisée à l?épandage », la seconde étant
indexée à la première (notamment entre le seuil intermédiaire et le seuil maximal de teneur en PFAS
des boues). Les autres pays s?en tiennent généralement à la réglementation nationale sur les
apports annuels maximaux de boues autorisés, sans adaptation aux teneurs en PFAS. Le
Gouvernement wallon a toutefois divisé par deux les doses maximales (6 tonnes/ha/an au lieu de
12) à la suite de la crise PFAS traversée en 2021.
L?encadrement de la teneur en PFAS des boues : c?est l?approche dominante, le plus souvent
avec un seuil unique (seuil maximal) au-delà duquel l?épandage agricole des boues est interdit
(Canada, Allemagne), parfois avec deux seuils : un seuil intermédiaire et un seuil maximal qui
permettent une gestion par paliers (Québec, Michigan). Dans ce dernier cas, en plus de l?interdiction
au-delà du seuil maximal, le dépassement du seuil intermédiaire conduit à des restrictions d?usage
et à des mesures de mitigation (dose limitée, interdiction sur cultures alimentaires, distances
minimales fixées par rapport aux habitations, ?).
Le tableau ci-dessous présente les axes activés par les cadres de gestion des pays étudiés.
Tableau 10 : axes de gestion activés par les réglementations des pays objets du parangonnage
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1 Teneur en PFAS des sols Seuil max cible X X
Seuil max limite réglementaire
2 Flux annuel de PFAS Flux de PFAS X
Quantité de boue X X X X X X
3 Teneur en PFAS des bouesSeuil max X X X X X X
Seuil intermédiaire / Seuil max X X X X
pas encore de mise en oeuvre opérationnelle
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 43/161
3.4.2. Typologie des démarches :
L?élaboration des cadres de gestion s?appuie sur quatre grands types de démarches.
*Démarche pragmatique basée sur l?analyse des données nationales disponibles : cette
démarche consiste à compiler des campagnes nationales de mesure de contamination des boues,
en faire l?analyse et fixer des seuils en conséquence50. Elle présente plusieurs avantages car elle :
? est simple à mettre en oeuvre (campagnes de mesure) et à expliquer ;
? traite en priorité les cas extrêmes, plus susceptibles de causer des situations critiques ;
? passe un signal fort sur la nécessité de baisser les teneurs en PFAS des boues ;
? permet de choisir l?intensité de l?effort (ex : « taux de rejet » de 5 % des boues) et d?anticiper l?impact sur les filières de valorisation des boues ;
? peut être reconduite après cinq ans, en fixant de nouveaux seuils plus bas.
Elle présente toutefois la limite de n?être pas directement liée aux enjeux de santé humaine et
environnementale. Le niveau de l?effort n?est pas ajusté en fonction d?objectifs cibles de teneur en
PFAS des sols, des eaux, de la production agricole. De ce fait, l?effort peut s?avérer insuffisant, ou à
l?inverse disproportionné, pour atteindre des objectifs de préservation.
Cette démarche pragmatique peut constituer une première étape pertinente, de mise en oeuvre
rapide, pour introduire un premier cadre de gestion dans l?attente d?objectifs cibles de teneur en
PFAS des sols, des eaux et de la production agricole, et de moyens d?atteindre ces objectifs.
Plusieurs exemples étrangers (Belgique-Wallonie, USA-Michigan, Canada-Québec, Suède,
Allemagne) témoignent de la mise en oeuvre cette démarche pragmatique basée sur les données
pour établir leurs valeurs seuils.
Wallonie : deux audits successifs réalisés en 2024, sur plus de 200 échantillons de boues, ont
permis de caractériser les PFAS réellement détectés. Les valeurs cibles (40 et 400 µg/kg MS pour
?6 PFAS et ?22 PFAS) ont été définies sur cette base, montrant un faible taux de dépassement.
Michigan : l?État a préalablement exploité les données issues de 42 stations d?épuration avant
d?opter pour une approche par paliers comprenant trois classes de gestion (un seuil intermédiaire et
un seuil maximal pour le PFOS ou le PFOA).
Québec : la définition des seuils (PFOS, PFOA et ?11 PFAS) repose sur l?analyse de 181
échantillons. L?objectif était d?obtenir un cadre protecteur tout en maintenant la valorisation agricole
des boues. Les autorités ont évalué le taux de non-conformité potentiel avant d?arrêter des seuils à
deux niveaux (intermédiaire et maximal).
?France : Pour mettre en oeuvre cette démarche en France, il serait nécessaire d?organiser une
campagne nationale structurée de mesure des teneurs en PFAS des boues de STEU, des boues et
digestats d?ICPE, s?appuyant sur un protocole métrologique préalablement validé.
*Démarche pragmatique d?alignement sur les réglementations des pays voisins : cette
démarche consiste à adopter les éléments de réglementation des pays voisins. Elle peut être
justifiée par l?urgence de stopper des flux de boues importées de pays limitrophes51, ou bien plus
simplement par l?urgence d?introduire rapidement des éléments de réglementation en l?absence de
données nationales suffisamment solides pour mener la démarche précédente. Elle a été mise en
place au Canada au niveau fédéral.
Canada : le seuil provisoire de 50 µg/kg MS pour le PFOS, directement inspiré de la réglementation
50 Fixer un seuil à la valeur du quantile 95 % revient à écarter 5 % de boues de teneurs en PFAS les plus élevées. 51 Boues devenues non conformes dans ces pays suite à l?introduction d?une nouvelle réglementation.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 44/161
du Michigan, a été adopté par le Canada au niveau fédéral afin d?empêcher l?importation de
biosolides devenus non conformes aux règles de certains États (notamment après l?interdiction du
Maine en 2022).
* Démarche scientifique fondée sur des modèles et des valeurs cibles : cette démarche
repose sur la compréhension et la modélisation du devenir des PFAS apportés au champ à travers
l?épandage de boues : accumulation dans le sol, transfert vers les eaux de surface, transfert vers
les eaux souterraines, transfert vers la production végétale, dégradation? Les simulations à l?aide
des modèles permettent, selon les objectifs de teneur en PFAS des compartiments, de quantifier les
apports acceptables de PFAS via les matières fertilisantes et de fixer des valeurs seuils.
Les modèles présentent différents niveaux de sophistication (processus pris en compte) et
d?hypothèses simplificatrices. Les valeurs des cibles sont généralement issues de la réglementation
en vigueur (pour les sols, il peut s?agir d?un enrichissement en PFAS que l?on s?autorise par rapport
à une valeur de fond des teneurs en PFAS dans ce compartiment).
Une telle démarche scientifique a été mise en place dans plusieurs pays : Canada-Québec,
Belgique-Flandre, Danemark.
Québec : les seuils sont déterminés en modélisant l?accumulation de PFAS dans le sol sur 25 ans,
en supposant un sol initialement non contaminé et en fixant un niveau maximal d?enrichissement
admissible. L?approche est comparable à celle utilisée pour les métaux.
Flandre : le modèle développé par l?Institut de recherche VITO simule l?enrichissement des 30
premiers centimètres du sol sur 100 ans, en tenant compte du lessivage et d?un apport annuel défini.
Des valeurs cibles des sols pour deux composés (1,5 µg/kg pour PFOS, 1 µg/kg pour PFOA) servent
de base pour déterminer la concentration admissible dans les déchets utilisés en tant
qu?amendements et engrais (15 µg/kg MS pour 20 PFAS).
Danemark : les seuils définitifs de 2024 (10 µg/kg MS pour ?4 PFAS et 50 µg/kg MS pour ?22
PFAS) résultent d?un travail scientifique visant à assurer la compatibilité avec les critères de qualité
des sols, des eaux souterraines et de la chaîne alimentaire.
?France : l?INRAE, entre autres acteurs, possède à la fois l?expertise pour de tels travaux de
modélisation des dynamiques de contaminants dans les sols et une connaissance des teneurs en
PFAS des sols (réseau RMQS). Il pourrait le cas échéant coordonner une telle démarche.
*Démarche de précaution maximale, interdisant l?épandage de boues : dans certains cas
extrêmes, des pays ont été amenés à prendre des décisions radicales, interdisant tout apport de
PFAS sur les terres agricoles. Cela revient à ne permettre l?épandage que de boues dans lesquelles
aucun PFAS n?a été détecté.
USA-Maine et Connecticut : le Maine et le Connecticut ont adopté une telle interdiction des boues
dans lesquelles sont détectés des PFAS. Par exemple, le Maine interdit depuis 2022 l?épandage de
biosolides de teneur totale en PFAS dépassant 1 µg/kg MS, soit une interdiction de facto.
Europe : la Suisse et les Pays-Bas ont interdit, indépendamment des PFAS, l?épandage de boues
de STEU depuis 2000. L?Allemagne, dans le cadre de sa révision de la réglementation des
fertilisants, a annoncé la suppression progressive de l?épandage de boues d?épuration sur terres
agricoles, avec une interdiction complète prévue d?ici à 2029. Ceci le conduit à développer un autre
modèle notamment l?extraction du phosphore des boues pour en faire un nouveau produit.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 45/161
3.5. D?incitatifs à réglementaires, des cadres de gestion à portée variable
Les cadres de gestion présentent des natures de contraintes hétérogènes d?un pays à l?autre, depuis
des cadres à dominante incitative jusqu?à des cadres strictement réglementaires, en passant par
des démarches de certification volontaire à l?initiative des producteurs de boues.
Les cadres à portée réglementaire émergent souvent comme des réponses à des situations de crise
autour de pollutions par les PFAS. Les cadres incitatifs ou volontaires émergent plus souvent en
écho à une prise de conscience des enjeux, constituant à la fois un signal de mobilisation des acteurs
et une étape intermédiaire laissant le temps de définir une réglementation adaptée.
Nature des seuils fixés Pays
Cadre réglementaire strict Allemagne, Canada fédéral, Canada-Québec, USA-Maine
Valeurs « guides », « indicatives », « de référence »
Belgique (Wallonie et Flandre), Danemark
Certification volontaire Suède (REVAQ) Tableau 11 : nature des seuils (réglementaires, incitatifs, volontaires) introduits dans les cadres de gestion
des pays objets du parangonnage
Suède : les autorités suédoises, très actives dans la réglementation PFAS de l?eau potable, n?ont
pas fixé de cadre réglementaire PFAS pour les boues valorisées par épandage agricole (60 % des
boues). Elles ont mandaté le Swedish Geotechnical Institute (SGI) pour élaborer des « valeurs
guides préliminaires » pour les PFAS dans les sols et les eaux souterraines. En l?absence de limites
légales, les acteurs de la filière boues de stations d?épuration se sont dotés d?une certification
(REVAQ) qui fixe des valeurs cibles PFAS pour les boues (~7,5 µg/kg MS pour quatre PFAS ; ~25
µg/kg MS pour 22 PFAS), limites contraignantes pour la certification.
3.6. Impacts et mesures d?accompagnement : un recul insuffisant
À l?exception de l?Allemagne (2012), l?introduction de cadres de gestion de la contamination PFAS
des boues de stations d?épuration est postérieure à 2020 (cf. frise temporelle Figure 7). Le processus
général est celui d?une crise sanitaire déclenchant une prise de conscience de la problématique
PFAS dans les eaux. Les premières réponses prennent la forme de campagnes de mesure, d?une
réglementation sur les eaux potables puis, dans un second temps, sur les boues.
Figure 7 : frise temporelle de la mise en oeuvre de cadres de gestion des PFAS dans les boues, dans les pays objets du parangonnage (cf annexe 17 pour une frise plus détaillée)
USA (travaux EPA)
REGLEMENTATION PFAS BOUES
2024 2025 20262018 2019 2020 2021 2022 2023<2000 2000-2005 2005-2010 2010-2015 2016 2017
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 46/161
Impacts généraux : les cadres de gestion de la contamination PFAS des boues d?épuration datant
de 2020, la plupart des pays manquent de recul et de données pour évaluer objectivement leur
impact sur les filières de valorisation des boues.
Le Maine et le Connecticut ont tous deux interdit (respectivement en 2022 et 2024) la vente ou
l?utilisation comme amendement de sol de tout biosolide52 contenant des PFAS. Dans le Maine, les
boues ont été envoyées à l?enfouissement ou traitées (incinération) avec une hausse significative
des coûts de traitement pour les maîtres d?ouvrage (doublement des coûts pour la ville de Bangor)
et une réduction rapide de la capacité des décharges, entrainant des surcoûts à moyen terme. Dans
le Connecticut, où l?épandage des boues était moins pratiqué, l?impact a été plus progressif
(stockage, transport hors État, incinération), mais des sites de compostage de boues municipales
ont dû stopper leur activité.
En Europe, le niveau d?exigence sur les teneurs en PFAS des boues est influencé par le poids de
l?épandage par rapport à l?incinération. Par exemple, dans le cas de la Belgique, les valeurs seuil de
teneur en PFAS des boues sont plus basses en Flandre où le taux d?épandage des boues est de
10 % à 20 %, qu?en Wallonie où le taux d?épandage est de 50 % à 70 %. L?impact potentiel le plus
direct signalé par les interlocuteurs de la mission est le risque d?une perte de confiance des
agriculteurs dans la qualité des boues et, de ce fait, une plus grande difficulté à les valoriser
(Belgique-Wallonie). Sous cet angle, l?introduction d?une réglementation est perçue comme un
facteur de confiance ayant un effet bénéfique.
Taux de conformité des boues aux réglementations : les taux de non-conformité des boues aux
réglementations PFAS nationales sont généralement très faibles.
Au Canada, selon les données fédérales, plus de 90 % des biosolides respectent la limite
réglementaire PFAS, cette limite visant à empêcher l?entrée de produits très contaminés.
En Allemagne, une étude de 2024 de l?Agence fédérale allemande de l?environnement a rassemblé
et analysé les données de 1 362 échantillons de boues de stations d?épuration destinées à être
utilisées comme fertilisant. 99,9 % des boues analysées respectaient la limite de 100 µg/kg pour
PFOS + PFOA, et étaient donc conformes à la réglementation allemande.
En Wallonie, deux campagnes de mesures réalisées en 2024 sur 218 échantillons de boues ont
confirmé que 96 % des boues étaient conformes au cadre de gestion (S22 < 40 µg/kg MS).
Campagnes de mesure et réévaluation des seuils : plusieurs pays ont mis en place des
programmes de suivi des teneurs en PFAS des boues, voire des sols ayant reçu des boues
(Wallonie, Danemark), tant pour contrôler la mise en oeuvre du cadre de gestion que pour mieux
connaître la situation. Ils envisagent de réévaluer au bout de quelques années les valeurs seuils de
leur cadre de gestion sur la base d?une meilleure connaissance de la dynamique des PFAS dans
les sols, des enjeux sanitaires associés et des éventuels impacts.
Mesures d?accompagnement des filières : la mission n?a pas pu identifier de cas significatifs de
mesures d?accompagnement pour les maîtres d?ouvrage de stations d?épuration ou bien les filières
de valorisation des boues. Les cas d?accompagnement financier direct des agriculteurs touchés
restent rares (cas du Maine ? annexe 6.6).
52 Les États-Unis et le Canada utilisent préférentiellement le terme de biosolide pour désigner les boues d?épuration traitées et
stabilisées, qui répondent à des critères réglementaires spécifiques permettant leur recyclage en tant que fertilisant.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 47/161
4. INTRODUCTION D?UN CADRE REGLEMENTAIRE SUR LES PFAS DANS
LES MATIERES FERTILISANTES
L?introduction d?un cadre de gestion de la contamination par les PFAS des matières fertilisantes
répond à des enjeux environnementaux, à des enjeux sanitaires, et à des enjeux d?économie
circulaire (cf. 4.1. ). Tous les acteurs appellent à la mise en place rapide d?un tel cadre de gestion
(cf. 4.2. ), garantie de qualité des produits et levier de confiance entre producteurs et utilisateurs,
mais aussi avec tous les acteurs concernés. Sur cette base, la mission formule des
recommandations (cf. 4.3. ) sur l?introduction d?un tel cadre de gestion, sur l?effort urgent de
connaissance effective des teneurs en PFAS des boues et des sols, sur la coordination d?ensemble,
sur le suivi des impacts de ce cadre de gestion et sur les dispositifs d?accompagnement
souhaitables.
4.1. Une stratégie à la croisée d?enjeux sanitaires, environnementaux et d?économie circulaire
En l?absence d?un encadrement réglementaire et d?une surveillance, le risque est significatif d?une
dissémination de PFAS dans l?environnement via les matières fertilisantes, et notamment via
l?épandage de boues et digestats des STEU et des ICPE. La maîtrise de ce risque est à la croisée
de trois enjeux :
? les enjeux environnementaux, liés à la qualité des sols agricoles et au risque d?accumulation des
substances PFAS dans ces sols, et de transfert vers les eaux, les biotopes, les végétaux ;
? les enjeux de santé humaine, liés au risque de contamination des eaux et de l?alimentation à
partir des sols ;
? les enjeux d?économie circulaire et de durabilité, liés aux objectifs sociétaux de recyclage, de
valorisation des déchets et d?optimisation de l?usage des ressources.
Articuler ces trois enjeux impose la mise en place d?une réglementation qui encadre les pratiques
par des règles claires, et limite efficacement les transferts de PFAS dans l?environnement à des
niveaux admissibles et durables. Le calendrier de mise en place de cette réglementation doit donner
aux acteurs le temps d?adapter leurs pratiques.
4.2. Les points de vue des acteurs
Les membres de la mission ont rencontré des représentants de la totalité de la chaîne du producteur
(gestionnaire) au receveur (CAF), mis à part des élus propriétaires des STEU par manque de temps.
Les PFAS sont un sujet récent pour ces acteurs, qui n?a été investi que très récemment. Leurs
préoccupations sont principalement concentrées sur le produit et son usage, et les membres de la
mission ont été surpris par le manque de réflexion structurée sur le sol, sa capacité d?accumulation
des PFAS et de transfert vers l?ensemble de la vie biologique. Les acteurs ont :
? demandé la mise en oeuvre rapide de normes en France afin notamment de ne pas perdre la
confiance des receveurs, normes si possible communes au sein de l?Union européenne ;
? souligné la complexité du « règlement fertilisants » (R (UE) 2019/1009) qui peut conduire à des
différentes interprétations selon les pays, ce qui semble particulièrement important en agriculture
biologique ;
? demandé à normer la chaîne d?analyse (protocoles d?échantillonnage, prélèvement puis analyse)
afin de dépasser un débat stérile sur la qualité des données et leur comparaison.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 48/161
De ces rencontres, les points suivants sont éclairants dans le cadre de notre mission :
? Les représentants agricoles ne sont pas inquiets de l?introduction d?une norme, car il existe des
solutions techniques alternatives (engrais minéraux notamment) : les coûts sont différents, le
matériel à utiliser aussi, mais une progressivité de la mise en place de la norme permettrait de
s?adapter. La seule remarque formulée vient du fait que la France produit très peu d?intrants
minéraux et que ces produits ont des coûts hautement variables et un impact carbone plus
important que les boues. Ceci fragilise encore plus la souveraineté de la France dans la
production d?engrais à base d?azote et de phosphore.
? Les instituts techniques et le CIRAD soulignent un niveau en PFAS globalement plus élevé dans
les boues de STEU et produits de boues que dans les autres MFSC. Enfin, un certain nombre
de cahiers des charges en viticulture interdit l?usage de produits contenant des boues de STEU.
? L?AFAIA, syndicat professionnel des producteurs et metteurs en marché de matières fertilisantes
et intrants en France signale :
o constater une tendance baissière sur l?usage en France d?amendements minéraux
depuis 20 ans, plus importante que sur les amendements organiques ;
o que l?incitation au développement du compostage et de la méthanisation créée une
concurrence sur la matière première qui n?est pas extensible ;
o que le traitement des biodéchets en méthaniseur est en augmentation ;
o que, pour la filière d?épandage et pour les agriculteurs concernés, il n?est pas aisé de
passer des engrais organiques aux engrais minéraux car cela demande des outils
totalement différents ;
o avoir fait remonter à la Commission européenne une demande pour que le socle
commun intègre des normes pour les PFAS dans les MFSC ;
o une possible tension résultante sur les effluents d?élevage qui seront plus sollicités
du fait de la mise en place d?une norme sur les boues, alors que leur production est
en baisse du fait de la baisse du cheptel ;
o qu?il existe des pratiques illégales en dehors des réseaux de distribution, notamment
à proximité de certaines frontières. L?AFAIA estime ces flux en provenance de la
Belgique et des Pays-Bas à 500 000 tonnes MB/an, mais ce chiffre est impossible à
vérifier car aucune obligation de traçabilité n?existe. Cette absence de traçabilité et
les difficultés qu?elle génère ont aussi été identifiées lors de nos échanges avec des
acteurs de la région Grand-Est.
? Pour l?Institut national de l'origine et de la qualité (INAO), dans le cadre de la réglementation
Agriculture Biologique (AB), les organismes de contrôle (OC) contrôlent que les MFSC
employées par leurs opérateurs sont bien utilisables en agriculture biologique (UAB). Ils
n?effectuent pas de prélèvement directement sur les MFSC. En revanche, les prélèvements
réalisés sur des produits détectent régulièrement des contaminations par des pesticides classés
PFAS. En 2024, les OC ont détecté par leurs analyses 126 cas de contaminations de produits,
cultures ou parcelle bio par un pesticide classé PFAS, ce qui représente 8 % des contaminations
détectées par leurs analyses. Les enquêtes concluent principalement à des dérives de voisinage
ou rémanences et ont mené au déclassement ou au retrait de la vente de 64 produits. Aucune
contamination par le biais d?une MFSC n?est évoquée.
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? SYPREA, syndicat représentatif des gestionnaires de station d?épuration, regrette l?absence de
normes. Certains de ces adhérents comme VEOLIA et SUEZ réalisent depuis plusieurs années
des analyses de PFAS sur les phases aqueuses et solides. Un certain nombre de résultats
d?analyses rendus anonymes ont été fournis à la mission sous le sceau de la confidentialité,
indication d?une ouverture de ces acteurs au partage de leurs réflexions. De manière globale,
les adhérents de SYPREA estiment que la mise en oeuvre d?une norme similaire à la
règlementation de Belgique-Wallonie53 impacterait 5 % des boues et nécessiterait cinq ans
d?adaptation et d?investissement sans bouleversement de la filière, alors que la norme danoise54
imposerait une incinération d?une grande partie du gisement, ce qui est actuellement impossible
du fait du manque d?incinérateurs pour absorber ces produits.
? Les services de l?État, représentés par trois DREAL (CVL, AURA, GE), la DDT (41) et l?Agence
de l?Eau Loire Bretagne, travaillent trop souvent en silo. Ils déplorent le manque de consignes
nationales, le manque de normes, de moyens financiers pour diligenter des analyses, ainsi que
le manque de textes de référence leur permettant de prescrire des analyses afin d?obtenir de la
connaissance. Les échanges de courriers entre la DREAL CVL, la DEB et la DGPR sont annexés
au rapport et sont analysés dans d?autres parties du rapport. Il n?existe aujourd?hui aucun pilotage
national de la donnée recueillie sur le sujet (PFAS et boues de STEU et ICPE), et aucune
structure technique de référence n?est identifiée formellement, auprès de laquelle les services
pourraient obtenir des conseils, une aide méthodologique, ce qui est souvent le cas dans des
situations émergentes.
Par ailleurs, la coalition de collectivités européennes, lancée par la métropole de Lyon et qui s?est
réunie début février 2026 à Bruxelles, a publié le 24 février une série de demandes pour lutter contre
la pollution chimique. Les signataires, parmi lesquels les villes d?Oslo, Strasbourg, Bordeaux et
plusieurs métropoles, soutiennent le processus en cours en vue d?une restriction « universelle » des
PFAS, afin d?agir à la source. « Une industrie qui continue de dépendre des PFAS ne peut pas se
positionner de manière crédible comme étant durable ou à l?avant-garde dans son secteur », écrivent
les collectivités. Pour elles, « l?utilisation des PFAS est incompatible avec les objectifs européens
pour des sols en bonne santé, un air et une eau de qualité ». Les collectivités se mobilisent aussi
sur la dépollution et son financement : elles plaident pour un cadre européen de mesure de la
pollution afin d?établir un catalogue de sites potentiellement contaminés par les PFAS, afin de
hiérarchiser les actions de dépollution. Elles appellent à faciliter l?application du principe pollueur-
payeur et à financer un plan de réparation des sites orphelins via le système de responsabilité élargie
des producteurs, également préconisé par les ONG. Les collectivités plaident aussi pour la révision
du règlement REACH.
4.3. Cadres de gestion PFAS dans les MFSC et anticipation des impacts
Le cadre de gestion des PFAS dans les MFSC doit couvrir plusieurs composantes présentées ci-
dessous et objets de recommandations : la mesure des teneurs en PFAS des sols ; la mesure des
teneurs en PFAS des MFSC ; la coordination nationale du domaine PFAS-MFSC-Sols ; l?anticipation
des impacts et les mesures d?accompagnement.
53 Seuils de 40 µg/kg MS pour la somme de 6 PFAS et 400 µg/kg MS pour la somme de 22 PFAS, cf partie 3. 54 Seuils de 10 µg/kg MS pour la somme de 4 PFAS et 50 µg/kg MS pour la somme de 22 PFAS, cf partie 3.
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4.3.1. Pertinence de l?introduction rapide et progressive de seuils en PFAS dans les MFSC et proposition d?une méthode
Tous les acteurs rencontrés par la mission formulent le souhait d?une introduction rapide d?une telle
réglementation (cf. partie 4.2. ). Tant qu?un tel cadre réglementaire n?est pas mis en place, le risque
de transferts non maîtrisés de PFAS vers l?environnement est réel, et les filières de valorisation
agricole des boues sont vulnérables à une perte de confiance. Lorsque des dépassements de seuils
réglementaires « eau potable » sont observés, on assiste souvent à une incrimination à tort ou à
raison des épandages de boues, qui peut conduire certains agriculteurs à faire le choix d?arrêter le
recours à l?épandage, sous la double pression du risque encouru par leurs sols et de leur
environnement social.
Une réglementation encadrant trois paramètres : en cohérence avec le triptyque cité au chapitre
4.1, la règlementation devrait idéalement fixer des seuils réglementaires ou des valeurs cibles sur
trois composantes : les teneurs en PFAS admissibles des sols, les flux annuels maximum autorisés
de PFAS à la parcelle, les teneurs maximales en PFAS autorisées dans les MFSC.
? Un seuil de teneur maximum en PFAS des sols (TPFAS-SOLmax en µg PFAS/kg MS sol).
Règle 1 : au-delà de ce seuil, un sol ne peut recevoir que des MFSC « sans PFAS » (i.e. MFSC
de teneur en PFAS inférieure à la limite de quantification ou au seuil intermédiaire défini ci-après).
? Un seuil de quantité maximale annuelle de PFAS apportée aux terres agricoles, défini par
année ou par période de plusieurs années (QAPFAS en µg PFAS/ha/an).
Règle 2 : la quantité de PFAS apportée à une parcelle de superficie S sur une période de N
années, a priori via les boues et digestats, ne peut dépasser ce seuil (i.e. VMS*TPFAS-MFSC ne doit
pas dépasser S*N*QAPFAS).
? Des seuils maximum (voire intermédiaires) de teneur en PFAS des MFSC (TPFAS-MFSCint et
TPFAS-MFSCmax µg/kg MS) par PFAS individuels ou par groupes de PFAS.
Règle 3 : au-delà du seuil maximum l?usage de la MFSC est interdit ; en deçà du seuil
intermédiaire aucune limitation d?usage de la MFSC n?est imposée ; pour des teneurs en PFAS
intermédiaires entre les seuils intermédiaires et maximum, les usages de la MFSC sont encadrés
(surveillance renforcée des sols et des flux). Cette approche par paliers a été observée dans
certains territoires à l?occasion du parangonnage réalisé (État du Michigan, province de Québec)
(cf. 3. ).
Le choix des valeurs des seuils réglementaires, normatives ou indicatrices s?appuiera notamment
sur les préconisations de la mission commandée au Haut Conseil de Santé Publique (HCSP) et sur
les résultats du parangonnage. Cependant, si l?analyse du HCSP nécessite du temps, il est possible
de fixer un seuil temporaire équivalent à celui de la Wallonie qui semble un compromis raisonnable
pour une première étape, avec un contexte comparable au contexte français (cf. partie 3). En
complément, un dispositif opérationnel de suivi des PFAS dans les sols qui ont reçu des boues de
STEU ou ICPE devrait être mis en place (1 site analysé PFAS tous les X ha épandus, toutes les Y
années (par ex. 1 parcelle tous les 100 ha épandus, suivie tous les 5 ans).
Une règlementation fixant des objectifs à moyen terme et une trajectoire pour les atteindre :
Afin de permettre à l?ensemble des acteurs concernés de s?adapter de façon active sans une rupture
brutale, le cadre réglementaire devrait :
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 51/161
? 2026-2028 : Introduire rapidement un premier cadre de norme (potentiellement en s?inspirant de
la norme wallonne) et consacrer les trois premières années à rassembler les connaissances ;
? 2029-2035 : Sur la base des connaissances acquises et des préconisations du HCSP, annoncer
des objectifs ambitieux à moyen terme (10 ans) : fixer les objectifs et définir la trajectoire sur les
sept années restantes donnant aux filières le temps de s?adapter.
Une circulaire cadre publiée rapidement serait un bon levier.
Une réglementation non figée, évoluant par étapes avec l?avancée des connaissances : le
manque actuel de connaissances objectives sur les teneurs en PFAS des matières fertilisantes
(particulièrement des boues de STEU et d?ICPE), sur les dynamiques de transfert et d?accumulation
des PFAS dans les sols, les eaux et les végétaux, sur les risques sanitaires associés aux différentes
substances PFAS est reconnu. La réglementation doit donc s?accompagner d?une poursuite des
efforts dans l?acquisition de la connaissance et s?appuyer sur ses résultats pour s?adapter en
conséquence. Cette adaptation doit se faire par étapes planifiées, sans changements impromptus
(stabilité des règles sur 3 ou 5 années et clauses de revoyure avec calendrier planifié).
Suivi de la réglementation PFAS dans les MFSC : Le suivi de la réglementation est un garant de
sa bonne mise en oeuvre et de la confiance des acteurs concernés. Les points suivants sont
considérés comme incontournables :
? établissement de certificats par lots de boue (mesures PFAS en complément des autres
mesures) ;
? adaptation du contrôle pour les trois gammes de STEU (<2 000 EH ; 2 000 à 10 000 EH; plus
de 10 000 EH) ;
Sur ces bases, la mission recommande de :
R1. Mettre en oeuvre un processus réglementaire « PFAS et matières fertilisantes »
rapide, échelonné en plusieurs étapes (DGAL, DEB, DGPR, DGPE, ?) : (1)
Diffuser une circulaire indiquant aux services de l?État la stratégie en deux étapes de
maîtrise des risques de contamination par les PFAS des MFSC et des sols ; (2) Lancer
la procédure d?intégration de seuils en PFAS dans le socle commun ; (3) Modifier
avant l?été 2026 les dispositions des arrêtés du 8 janvier 1998 (IOTA) et du 2 février
1998 (ICPE) selon les trois règles proposées par la mission avec les seuils préconisés
par le HCSP ou les seuils wallons dans un premier temps ; (4) Publier rapidement une
instruction technique de la DEB55 proposant aux services déconcentrés un protocole
métrologique ; (5) Mettre en place une certification des boues susceptibles d?être
épandues ; (6) Mettre en place un dispositif opérationnel de suivi des PFAS dans les
sols qui ont reçu des boues de STEU ou ICPE.
Cette recommandation nécessite également :
? un accompagnement des collectivités gestionnaires de STEU, notamment pour les petites
STEU ;
? un accompagnement des services en charge de la police de l?eau car de nombreux actes
administratifs seront nécessaires ;
55 Associée à celle de l?INERIS/BRGM similaire à l?instruction technique du 18 août 2025 de la DGAL
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 52/161
? l?intégration d?une possibilité de mélange de boues liquides avant épaississement, notamment
dans le cadre d?unités de déshydratation mutualisées ;
? l?adaptation de certains incinérateurs afin d?augmenter leur capacité d?incinération avec un système en basse température (cf. annexe n°12).
En l?état actuel des données que la mission a pu analyser (cf. Tableau 7), il est envisageable qu?une
centaine de STEU de plus de 10 000 EH (5 % de l?effectif) et plus d?un millier de STEU de moins de
10 000 EH connaissent à certains moments des non-conformités de leurs boues par rapport aux
normes appliquées en Belgique-Wallonie. Le volume de boues non conformes est estimé à
40 000 t MS/an (à parts équivalentes entre les ~2 % des boues des STEU de plus de 10 000 EH et
les 10 % des boues des STEU de moins de 10 000 EH). La mission rappelle qu?il s?agit d?une
première estimation très fragile, au vu des limites du jeu de données disponibles. Cette estimation
pourra être consolidée en 2026-2027 au fil de la mise en oeuvre de la recommandation R4.
4.3.2. Une stabilisation des protocoles métrologiques des PFAS dans les matrices solides
L?expérience de mesure des teneurs en PFAS des boues de STEU du RSDE Loire Bretagne 2022
(cf. 2.2.2. ) démontre l?impératif d?une stabilisation des protocoles de prélèvement des boues et
digestats, et d?analyse de leurs teneurs en PFAS.
Le projet de norme ISO/DIS 25652 « Sédiments, sol, boues et déchets ? Analyse des PFAS par
CLHP et spectrométrie de masse » 56 est actuellement en voie de finalisation auprès des membres
de l?ISO et devrait être publié courant 2026. Il est disponible et peut d?ores et déjà servir de base
aux travaux de mesure des teneurs en PFAS dans les sols et boues qui ne pourraient attendre son
officialisation.
En parallèle à la publication de la norme ISO, l?accréditation des laboratoires d?analyse (et le cas
échéant des organismes de prélèvement) doit être stimulée. Pour cela, l?annonce d?une part de
l?organisation de campagnes nationales ambitieuses de mesure des PFAS dans les sols (cf. R3) et
dans les boues (cf. R4) et, d?autre part, de la mise en oeuvre d?un cadre de gestion prévoyant le suivi
PFAS des boues et digestats valorisés par épandage (cf. R1) ouvrira un marché qui incitera à une
concurrence entre les laboratoires d?analyse. Cette concurrence sera susceptible de faire baisser
les coûts.
Il sera particulièrement important de s?assurer de limites de quantification faibles pour la détection
individuelle des PFAS dans les matrices solides (par exemple <1 ou 2 µg/kg MS), ceci afin de
garantir la pertinence des indicateurs résultant de la somme de plusieurs PFAS (cf. Tableau 9 ; par
exemple somme de 22 PFAS < 400 µg/kg MS dans le cas de la réglementation wallonne).
Plusieurs éléments ne figurant pas dans la norme ISO/DIS 25652 devront être précisés :
? toujours associer la valeur de siccité des boues à la mesure de teneur en PFAS ;
? échantillonner les boues « prêtes à l?épandage agricole » (point S6 des STEU et non S4) ;
? dans le cas des campagnes de mesure exploratoires, il pourra être pertinent de doublement
mesurer (i) la teneur en PFAS des boues ou sols, (ii) la teneur en PFAS de leur phase aqueuse.
Cette seconde mesure est en effet susceptible de renseigner sur les transferts rapides de PFAS
des sols vers les eaux.
56 https://www.iso.org/fr/standard/91024.html
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R2. Stabiliser les protocoles métrologiques des PFAS dans les matrices solides
(DGPR). Etablir dès 2026 un document-cadre sur les protocoles de prélèvement et
d?analyse des teneurs en PFAS des boues, digestats et sols (matrices solides), en
s?appuyant sur le projet de norme ISO/DIS 25652, sur les travaux de l?INERIS et
d?AQUAREF, et sur le retour d?expérience du RSDE Loire Bretagne 2022. Ce
document sera actualisé une fois publiée la norme ISO/DIS 25652. Exiger
l?accréditation correspondante des laboratoires d?analyse et des organismes de
prélèvement (acteurs à mobiliser : INERIS, AQUAREF, ?.).
4.3.3. Une organisation du suivi des teneurs en PFAS des sols
L?enjeu environnemental de préservation de la qualité des sols sur le moyen et long terme impose
de renforcer la connaissance des teneurs en PFAS des sols et de développer les connaissances
scientifiques sur les mécanismes d?accumulation et transfert qui contrôlent le devenir des PFAS
apportés aux sols via les MFSC. Pour cela, le suivi des teneurs en PFAS des sols doit être renforcé
de trois façons coordonnées par :
? les travaux du RMQS sur la caractérisation PFAS des sols : le RMQS prévoit le suivi des PFAS
dans les sols via un plan d?échantillonnage national de 170 stations, la quantification des
« valeurs de fond PFAS des sols », l?identification de situations anormales, la quantification des
évolutions des teneurs en PFAS (reprise d?échantillons anciens). Ces travaux déterminants
doivent être soutenus, voire amplifiés.
? une campagne de mesure initiale, au niveau national, des teneurs en PFAS des sols ayant reçu
des épandages de STEU ou d?ICPE au cours des 10 dernières années, notamment quand ces
boues ou digestats ont été diagnostiqués comme à teneur en PFAS élevée. Cette campagne
initiale de mesure des sols (~1000 stations) doit être liée à la campagne de caractérisation des
boues et digestats développée en 4.3.4.
? la mise en oeuvre opérationnelle de la composante « sols » de la réglementation de suivi des
PFAS dans les MFSC. Ce suivi doit permettre le contrôle réglementaire (cf. règle 1 du 4.1.), le
suivi de routine, le contrôle a posteriori (pour renseigner des cas de contamination des boues).
L?ensemble des données acquises sur les teneurs en PFAS des sols (travaux du RMQS, campagne
initiale, suivi réglementaire) doivent être rassemblées en un système d?information cohérent et être
régulièrement analysées (rapport annuel).
Par ailleurs, il est impératif de développer la connaissance scientifique, encore fragmentaire, sur les
mécanismes de transfert et d?accumulation des PFAS dans les sols, les eaux, les végétaux, les
plantes cultivées et leur partie alimentaire, et de soutenir le développement de modèles de
simulation paramétrés. Ces modèles pourront être mobilisés pour déterminer les seuils autorisables
de flux de PFAS aux parcelles en fonction des objectifs cibles (teneur maximum en PFAS des sols,
des eaux, de l?alimentation), dont les valeurs sont attendues notamment du HCSP. Le suivi de PFAS
par le RMQS s?articulera avec la future gouvernance qui sera mise en place en application de la
directive « sol ».
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 54/161
R3. Organiser le suivi des teneurs en PFAS des sols à l?échelle nationale (CGDD,
DEB, DGPR, DGAL). Cette organisation doit articuler (i) le suivi PFAS du RMQS, (ii)
une campagne de mesure nationale 2026-2027 dédiée aux sols ayant reçu des
épandages depuis 10 ans (en lien avec la campagne « boues de STEU et ICPE »),
(iii) la mise en oeuvre opérationnelle de la composante « sols » du cadre de gestion
PFAS et MFSC. Rassembler l?ensemble des données ainsi acquises en un système
d?information cohérent et en produire une analyse annuelle pour les trois à cinq
prochaines années. Soutenir le développement des connaissances scientifiques sur
les mécanismes de transfert de PFAS dans les sols et de modèles de simulation
adaptés. Mobiliser ces connaissances et modèles pour faire évoluer le cadre de
gestion. (acteurs à mobiliser : INRAE, BRGM, AQUAREF, ?.)
4.3.4. Campagne nationale 2026-2027 de mesure des teneurs en PFAS des boues et digestats valorisés par épandage agricole
La connaissance actuelle du niveau de contamination PFAS des boues valorisées par épandage
agricole est embryonnaire. Il est indispensable d?en acquérir rapidement une vision objective, à
même de guider la mise en place du cadre de gestion. La mission recommande de mettre en oeuvre
dès 2026 une campagne nationale de mesure des teneurs en PFAS des boues/digestats de
STEU/ICPE valorisées par épandage agricole, en s?appuyant sur le retour d?expérience du RSDE
Loire Bretagne 2022 (cf. 2.2)57. Les caractéristiques de cette campagne seraient :
? matrices mesurées : boues et digestats avant envoi à l?épandage agricole (point S6 du
synoptique SANDRE) ;
? entités échantillonnées (couverture nationale) :
o STEU valorisant leurs boues (et le cas échéant leurs digestats) par épandage agricole :
~2 800 STEU (10 % de l?effectif national) : 1 400 STEU de plus de 10 000 EH (100 %
de l?effectif) ; 1 400 STEU de moins de 10 000 EH (7 % de l?effectif), réparties par
bassins, régions, départements et tranches d?obligation de façon à fournir la vision la
mieux distribuée possible.
o ICPE valorisant leurs boues (et le cas échéant leurs digestats) par épandage agricole :
effectif à estimer.
? temporalité : période de 12 mois ; six dates de prélèvement par an coordonnées (un prélèvement
par période de deux mois ; au moins un mois entre deux prélèvements) ;
? PFAS : mesure d?une liste de PFAS à déterminer (~20 à 25 PFAS - eau potable / DCE) ;
? protocole de prélèvement et analyse : à définir sur la base du projet de norme ISO/DIS 25652 ;
? laboratoires d?analyse : chaque échantillon doit être l?objet de mesures indépendantes par deux
ou trois laboratoires d?analyse (dont un public) ;
? coordination, capitalisation, traitement des données : les résultats des analyses doivent être
capitalisés et traités en continu. Notamment, les STEU/ICPE pour lesquelles des mesures
seraient aberrantes, ou divergentes entre les deux laboratoires d?analyse, doivent être
rapidement identifiées et faire l?objet d?un suivi spécifique ;
? résultats : calcul d?indicateurs. Analyse statistique de la distribution des teneurs en PFAS
(détermination des quantiles) au niveau national et par bassins, voire par régions. Analyse des
57 Points de prélèvement des boues ; protocole de prélèvement et analyse ; manque d?échantillonnage des STEU de moins de 10 000
EH . ; taille réduite de l?échantillon
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taux de non-conformité à différentes réglementations. Identification des cas extrêmes (20% les
plus élevés) et analyse des facteurs explicatifs.
Cette campagne pourrait être financée par les agences de l?eau et pilotée au niveau national par un
organisme public à définir. L?INERIS (métrologie ? risque) et INRAE (sol, eau et MAFOR) sont
particulièrement investis dans le domaine. Elle devra être articulée avec la campagne de suivi des
teneurs en PFAS des sols (cf. recommandation 3) : pour chaque STEU, ICPE et flux de boue ou
digestat, une parcelle épandue représentative fera l?objet d?une mesure PFAS-sols.
R4. Organiser une campagne nationale de mesure des teneurs en PFAS des boues
et digestats (DEB, DGPR). Organiser dès 2026 une campagne nationale de mesure
des teneurs en PFAS des boues et digestats de STEU et ICPE, rassembler l?ensemble
des données ainsi acquises en un système d?information cohérent et en produire une
analyse. Mobiliser ces connaissances et modèles pour faire évoluer le cadre de
gestion (acteurs : DEB, INRAE, BRGM, AQUAREF, ?.)
4.3.5. Une amélioration de l?information sur les MAFOR
Un travail d?actualisation et de synthèse des données sur la production et la valorisation de MAFOR
doit impérativement être mené. Il devra exploiter notamment le PKGC 2021 (enquête sur les
pratiques culturales, SSP), les données du service des données et études statistiques (Sdes) et les
données de la base de données du registre des émissions polluantes (BDREP58). Il devra également
porter sur les digestats de méthaniseurs valorisés par épandage agricole et traiter les informations
partielles sur les importations de MAFOR.
Ce travail d?actualisation et de mise à jour régulier pourra permettre un suivi global des filières en
charge de la valorisation des MAFOR.
R5. Créer une base de données sur la production et la valorisation de toutes les
MAFOR (MAASA, MTE). Demander dès 2026 au SSP de constituer cette base puis
de la mettre à jour. Intégrer les éléments en provenance ou à destination d?autres
pays. Intégrer et vérifier la cohérence des informations fournies par les gestionnaires
de STEU ou d?ICPE.
L?ensemble des données acquises permettra d?éclairer plus précisément l?impact sur toutes les
filières.
4.3.6. Coordination nationale du suivi des teneurs en PFAS des MFSC et des sols
L?importance des enjeux environnementaux, sanitaires et d?économie circulaire associés à la
maîtrise des flux de PFAS dans l?environnement impose qu?une instance nationale coordonne le
sujet des « PFAS dans les matières fertilisantes et dans les sols ». Cette instance nationale pourrait
avoir des groupes miroirs par bassin. La mission de cette instance sera (1) de coordonner le recueil,
l?analyse et le partage de l?information sur la règlementation, sur les mesures de terrain, sur les
impacts et sur les situations à risque ; (2) de faire émerger de la concertation des voies d?adaptation
pertinentes ; (3) de mener la réflexion sur l?évolution de la réglementation en fonction de
l?actualisation des connaissances. Elle devra définir les conditions de centralisation des données
collectées et d?amélioration de la traçabilité des boues et digestats valorisés par épandage. Elle
58 Base de données du registre des émissions polluantes (https://www.ineris.fr/fr/risques/dossiers-thematiques/directive-emissions-
industrielles-ied-bref-mtd/donnees-registre
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 56/161
désignera un acteur public référent national en charge de la gestion et de l?analyse de ces données.
Cette instance de coordination pourrait être mise en place pour une durée de cinq années :
? deux années consacrées à la mise en oeuvre du cadre de gestion initial, à la métrologie et à l?observation,
? trois années consacrées au suivi de l?adaptation des filières, au suivi des systèmes de traitement des PFAS et à l?actualisation du cadre de gestion.
Un mode de collaboration devra être défini entre la puissance publique (DG MTE et MAASA, DGS,
AE), la recherche publique (INRAE, INERIS, AQUAREF) et les filières concernées (collectivités,
exploitants de STEU, industriels ICPE, secteur agricole, laboratoires d?analyse?). Cette
gouvernance pourrait s?inspirer du Comité de rénovation des normes en agriculture (CORENA). Elle
bénéficierait à être spécifique à la gestion des PFAS au moins dans les cinq premières années afin
de bien appréhender notamment les conséquences sur les filières. Elle devra se faire en harmonie
avec la gouvernance qui sera mise en place en déclinaison de la directive « sols ».
R6. Mettre en place une gouvernance et une coordination nationale du suivi des
teneurs en PFAS des MFSC et des sols (toutes DG concernées - MAASA, MTE,
MS). Mettre en place pour une durée de cinq ans renouvelables une instance
nationale de coordination du sujet « PFAS dans les sols et les matières fertilisantes »,
chargée de suivre la mise en oeuvre du cadre de gestion, de coordonner les
programmes de recueil, d?analyse et de partage des données, d?évaluer l?impact sur
les filières, d?évaluer l?évolution des systèmes de traitement et les stratégies
d?adaptation, de réfléchir à l?actualisation du cadre de gestion (acteurs à mobiliser :
recherche, filières économiques).
4.3.7. Mesures d?anticipation des impacts et d?accompagnement
L?introduction d?un cadre de gestion de la contamination par les PFAS des MFSC s?accompagnera
d?impacts tant sur les filières productrices des MFSC que sur les filières utilisatrices. Ces impacts
doivent être évalués dans l?absolu, mais aussi par rapport à l?absence de cadre de gestion.
Les impacts les plus importants seront positifs : sur la qualité des MFSC, en particulier celle des
boues destinées à l?épandage agricole ; sur la préservation de la qualité des sols ; sur la réduction
des risques sanitaires et environnementaux. Ils se traduiront par un renforcement de la confiance
entre les utilisateurs des MFSC, leurs producteurs, et les autres acteurs concernés (collectivités,
producteurs d?eau potable?).
Certains impacts s?avéreront à l?inverse négatifs : le retrait pour non-conformité d?un volume de
MFSC ; l?augmentation résultante des coûts des MFSC en général ; les nouvelles charges pour les
utilisateurs de boues et digestats qui auront été déclassés ; l?augmentation, pour les industriels
(ICPE) et les collectivités (MO de STEU), des coûts liés à la destruction des MFSC non conformes.
L?ampleur économique de ces impacts dépendra principalement de trois facteurs : (i) la superficie
de sols agricoles dont la teneur en PFAS interdirait tout apport supplémentaire de PFAS ; (ii) le
tonnage de MFSC, boues et digestats de STEU et ICPE, qui s?avèreront non conformes aux valeurs
seuils ; (iii) le coût de traitement ou destruction des MFSC non conformes.
Il convient toutefois de nuancer ces impacts en tenant compte de la mise en oeuvre de la DERU2
(art11 ? autonomie énergétique) à l?horizon 2035 qui conduira à augmenter fortement la part des
boues destinées à une valorisation énergétique.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 57/161
L?état actuel des connaissances ne permet pas de caractériser, quantifier et localiser ces impacts
négatifs. La mise en oeuvre des recommandations R3 (contamination PFAS des sols et
connaissances sur les transferts), R4 (contamination PFAS des boues et digestats de STEU et
ICPE) et R5 (coordination et suivi des impacts), articulée avec la prise en compte des avis qui seront
formulés par le HCSP sur les seuils sanitaires, en donnera une vision plus objective d?ici fin 2027.
Afin d?anticiper les impacts négatifs et d?optimiser la capacité d?adaptation des filières sans attendre
2028, la mission préconise de mettre en oeuvre de façon précoce les mesures-cadres suivantes :
? réduire à la source l?usage des PFAS ;
? renforcer la capacité d?identification et de traitement des sources de PFAS quand des cas de
contamination sont détectés (ex : dans le cas de contaminations PFAS des eaux potables,
renforcer la capacité à identifier les plans d?épandages sur la zone d?alimentation et les STEU et
ICPE productrices, à mener l?analyse PFAS de leurs produits et des sols concernés) ;
? renforcer la gestion des conventions spéciales de raccordement ICPE sur les STEU urbaines ;
? estimer l?impact de la gestion des boues non conformes sur les coûts de l?assainissement et
prévoir un dispositif d?accompagnement des STEU de petite taille (moins de 10 000 EH) ;
? identifier les filières permettant la neutralisation des MFSC non-conformes PFAS : solutions
techniques (prétraitement poussé des boues ; production d?énergie ; incinération basse
température; filières technologiques, brevets), capacité des infrastructures, investissements
nécessaires ;
? renforcer le suivi de l?import-export des boues de STEU et ICPE ;
? sensibiliser les acteurs agricoles concernés au suivi des PFAS dans les sols ;
? mobiliser en tant que besoin pour cela le fonds de garantie existant actuellement pourvu à
hauteur de 3.7 millions d?euros, en le renforçant (cf. annexe n°12).
R7. Anticiper les impacts du cadre de gestion PFAS et MFSC, mesures
d?accompagnement (toutes DG du MAASA et MTE concernées). Suivre les
impacts associés à l?introduction du « cadre de gestion PFAS et MFSC » sur les
volumes de MFSC non conformes, les surfaces de sols agricoles dépassant les
normes de teneur en PFAS, les coûts de traitement ou destruction des MFSC non
conformes. Mettre en oeuvre les mesures cadre d?accompagnement préconisées et
remobiliser pour cela le fonds de garantie existant actuellement pourvu à hauteur de
3,7 millions d?euros, en le renforçant (acteurs à mobiliser : les filières, les collectivités,
CAF).
CONCLUSION
Le risque de diffusion de PFAS dans l?environnement, via l?épandage de matières fertilisantes et
supports de cultures, est réel et requiert l?introduction urgente d?un cadre de gestion adapté. Ce
risque concerne principalement les matières fertilisantes d?origine résiduaire, potentiellement
vectrices de PFAS liés à leurs flux d?alimentation : boues et digestats de stations d?épuration
urbaines, d?installations classées pour la protection de l?environnement, de méthaniseurs.
Ce cadre de gestion se situe à la croisée d?enjeux majeurs : des enjeux sanitaires (l?eau potable et
l?alimentation), des enjeux environnementaux (la qualité des sols et des eaux, la santé des biotes et
des écosystèmes) et des enjeux d?économie circulaire (la gestion durable des ressources et le
recyclage des déchets). Le présent rapport dresse un état des lieux de la situation française actuelle
à partir des informations disponibles et analyse les cadres de gestion mis en oeuvre dans plusieurs
pays. Sur cette base, qui devra être consolidée, il formule des recommandations sur la structure
d?un cadre de gestion des PFAS dans les matières fertilisantes, sur le phasage de sa mise en oeuvre,
sur les conditions de son efficacité.
La maîtrise du risque lié aux PFAS dans les matières fertilisantes s?inscrit dans un ensemble plus
large de contaminants déjà encadrés (métaux, PCB, ?) et doit impérativement être abordée de
manière cohérente avec les dispositifs existants. Le « socle commun sur les matières
fertilisantes » constitue ce cadre réglementaire harmonisant les exigences de qualité sanitaire et
agronomique applicables aux matières épandues sur les sols. Sa mise en oeuvre nécessitera un
investissement accru des services de l?État qui doit être anticipé.
La maîtrise de ce risque doit également s?appuyer sur un renforcement significatif des
connaissances et des outils associés, depuis les dispositifs de mesure et de suivi, de traçabilité et
de partage de l?information ; jusqu?à la connaissance scientifique des mécanismes de transfert des
contaminants entre les sols, les eaux et les plantes qui permettra d?optimiser les actions et la
réglementation en fonction des objectifs sanitaires et environnementaux.
Enfin, le gisement des matières fertilisantes d?origine résiduaire fera face dans les prochaines
décennies, en France comme dans d?autres pays, à des mutations importantes : priorité donnée à
la valorisation énergétique d?une partie des matières organiques résiduaires, technologies
d?extraction des éléments d?intérêt (ex. phosphore), adaptation des territoires à l?acceptation sociale
de l?épandage, évolution des coûts des matières fertilisantes organiques et minérales? Ces
perspectives imposent une concertation renforcée entre les pouvoirs publics, garants des objectifs
sanitaires et environnementaux, et les acteurs des filières concernées.
Signatures des auteurs
ANNEXES
Annexe 2 : Bibliographie
Annexe 3 : Liste des personnes rencontrées
Annexe 4 : Liste des sigles utilisés
Annexe 5 : Liste des tableaux et figures du corps du rapport
Annexe 6 : Fiches de synthèse par pays
Annexe 7 : Définitions
Annexe 8 : Les campagnes RSDE dans le bassin Loire Bretagne
Annexe 9 : Illustration d?un protocole d?échantillonnage, applicable à différentes MFSC
Annexe 10 : Échange de courriers entre la DREAL de Bassin Loire Bretagne et la DEB et la DGPR
Annexe 11 : Incinération basse température ? société Véolia Brevet n°23 02257
Annexe 12 : Fonds de garantie des risques liés à l?épandage agricole des boues d?épuration
(FGRE)
Annexe 13 : Impact de siccité des boues sur leur teneur en PFAS
Annexe 14 : Épaississement des boues en station d?épuration
Annexe 15 : Les différentes boues ? origines - destinations
Annexe 16 : Analyse d?impact de l?application du socle commun pour le cadmium
Annexe 17 : Frise temporelle : prise en compte depuis les années 2000 de la problématique PFAS
dans les EDCH et les boues
Annexe 18 : Méthodes d?analyse des échantillons (préparation, extraction, mesure) et risques de
contamination accidentelle des échantillons et précautions
Annexe 19 : La production de MAFOR en France : origines et volumes
Annexe 20 : Extrait étude SYNTEAU sur l?impact de la DERU2 article 11
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Annexe 1 : Lettre de commande et saisine du HCSP
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Annexe 2 : Bibliographie
ADEME, SYPREA, FP2E, INERIS, 2007, Evaluation des risques sanitaires des filières d?épandage
des boues de stations d?épuration. Application de la méthodologie relative aux substances
chimiques à une filière de boues issues d?une STEP urbaine.
AGRESTE, SSP du ministère chargé de l?agriculture, 2014 : Enquête pratiques culturales 2011 :
principaux résultats.
ANSES, 2025a, Campagne nationale de mesure de l?occurrence de composés émergents dans les
eaux destinées à la consommation humaine : PFAS et US-PFAS, campagne 2024-2025.
ANSES, 2025b, Composés per et polyfluoroalkylés (PFAS) dans différents compartiments : bilan de
la contamination et catégorisation en vue de leur surveillance.
ASTEE, 2020, Destination des boues d?épuration dans différents pays de l?Union Européenne.
BRGM, 2024a, Etat des lieux des sources directes d?émissions en PFAS.
BRGM, 2024b, Note de synthèse sur le projet de norme pour l?analyse des PFAS dans les matrices
solides.
résiduaire. Mission prospective sur les modalités d'encadrement et de suivi réglementaire.
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substances. Current Pollution Reports 10, 2020.
ECHA, 2016, Guidance on information requirements and chemical safety assessment : Chapter R.16
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ECHA, 2023, ECHA publishes PFAS restriction proposal.
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EGLE, 2022, Land application of biosolids containing PFAS : interim strategy.
EPA, 2024, Method 1633, Revision A : Analysis of Per- and Polyfluoroalkyl Substances (PFAS) in Aqueous, Solid, Biosolids, and Tissue Samples by LC-MS/MS.
ESPP (European Sustainable Phosphorus Platform), 2015, Phosphorus Project Denmark.
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polyfluoroalkyliques (SPFA).
Haut-commissariat à la stratégie et au plan, 2025, Les politiques publiques de santé
environnementale : les PFAS. Rapport pour l?Assemblée nationale.
Haut conseil de la santé publique, 2024, Gestion des risques sanitaires liés à la présence de
composés PFAS dans les EDCH.
ICARE & consult, 2020, Etude Prospective fixant des objectifs stratégiques d?augmentation de la
part de fertilisants issus de ressources renouvelables.
INERIS, 2024, Comportement des substances per et polyfluoroalkylées (PFAS) dans les sols et les
eaux souterraines. Rapport d?avancement : synthèse bibliographique menée par l?INERIS en 2023
et perspectives.
INERIS, 2025a, Identification des principales voies d?exposition aux PFAS.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 67/161
INERIS, 2025b, Parangonnage en matière de contrôle des PFAS dans les rejets industriels.
INERIS, 2025c, Valeurs de fond des PFAS dans les sols européens et cadre de gestion des sols
contaminés par les PFAS sur le territoire flamand.
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d?origine résiduaire sur les sols à usage agricole ou forestier. Impacts agronomiques,
environnementaux, socio-économiques. Etude dite ESCO-MAFOR.
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MELCCFP (Ministère de l?Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la
Faune et des Parcs du Québec), 2025a, Sélection des SPFA incluses dans les paramètres
investigateurs et préventifs de la catégorie « I » du Code de gestion des matières résiduelles
fertilisantes ? Note technique 2025.
MELCCFP, 2025b, Impacts théoriques des seuils établis pour les substances perfluoroalkylées et
polyfluoroalkylées (SPFA) incluses dans les paramètres investigateurs et préventifs du Code de
gestion des matières résiduelles fertilisantes ? Note technique 2025, 2025.
MELCCFP, 2025c, Code de gestion des matières résiduelles fertilisantes, et ses modifications à 4 règlements : analyse d?impact réglementaire, 2025.
Milieu Ltd, RPA, WRc, 2010, Environmental, economic and social impacts of the use of sewage
sludge on land, Final Report under Study Contract DG ENV.G.4/ETU/2008/0076,
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organic waste products for land application in France. Environmental Science and Technology, 2022.
Naturskyddsforeningen, 2022, PFAS-förorenat dricksvatten i Sverige.
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NYSDEC (New York State Department of Environmental Conservation), 2010, CP ? 51 / Soil
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OIEAU (Office international de l?eau), 2024, Etude bibliographique PFAS dans les eaux usées.
ONEMA, INERIS, 2012, Panorama des projets de recherche et perspectives sur la problématique
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OVAM, 2021, Afleiden van streefwaarden voor perfluorverbindingen en enkele andere 'emerging
contaminants. Deel 1. Analyses.
OVAM, 2022, Toetsingswaarden voor PFAS in afvalstoffen bestemd voor gebruik in of als
bodemverbeteraar of meststof publicatiedatum.
OVAM, 2024, Bepalen van streefwaarden voor pfas in ground en grondwater.
RISE (Research Institutes of Sweden), 2020, Ökad slamanvändning i Sverige.
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2024.
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Saliu and Sauvé, 2024, A review of per- and polyfluoroalkyl substances in biosolids: geographical
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5, 2024, DO - 10.3389/fenvc.2024.1383185,
Santé Publique France, 2019, Imprégnation de la population française par les composés perfluorés :
Programme national de biosurveillance, Esteban 2014-2016.
SGI (Statens geotekniska Institut), 2015, Preliminary guideline values for PFAS in soil and
groundwater.
STAHL et al, 2018, Concentrations and Distribution Patterns of Perfluoroalkyl Acids in Sewage
Sludge and in Biowaste in Hesse, Germany, Journal of Agricultural and Food Chemistry, Vol
66/Issue 39,
SYNTEAU, 2026, Nouvelle réglementation européenne sur le traitement des eaux usées : l?ampleur
du défi pour la France.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 69/161
Annexe 3 : Liste des personnes rencontrées
Nom Prénom Organisme Fonction Date de rencontre
SCHMITT Alby IGEDD Inspecteur général 03/09/2025
KALTEMBACHER Henri BEA-RI Directeur 04/09/2025
LEFRANC Agnès DGPR Sous directrice santé et
environnement 10/09/2025
RAUD Géraldine DGPR Chef du bureau de l?appui aux
politiques publiques 10/09/2025
VEAUX Clarisse DGPR
du copilotage du plan
protection et de la gestion de
l'eau, des ressources minérales
et des écosystèmes aquatiques
contre les pollutions
domestiques et industrielles
VENTURINI Christophe DEB Adjoint de la cheffe du bureau de
la lutte contre les pollutions
domestiques et industrielles
bureau de la lutte contre les
pollutions domestiques et
SOERE PRO 26/09/2025
sécurité sanitaire des aliments 29/09/2025
PRUNAUX Olivier DGAL Sous-directeur adjoint de la
santé et protection des végétaux 29/09/2025
PRINTZ Bruno DGAL Chef du bureau des intrants et du
biocontrôle 29/09/2025
Nom Prénom Organisme Fonction Date de rencontre
THEVENIN Nicolas DGAL Chargé d?études au bureau des
intrants et du biocontrôle 29/09/2025
DUNAND Arnaud DGPE
Sous-directeur de la
territoires
30/09/2025
économie circulaire 30/09/2025
sols, économie circulaire 30/09/2025
circulaire 30/09/2025
l?environnement et à
bureau de l?environnement,
extérieur et produits chimiques
REVENIER Clémentine DREAL AURA Chef du service risques
industriels 01/10/2025
MARIE Christophe DRAAF AURA Responsable de l?unité santé des
végétaux 01/10/2025
Nom Prénom Organisme Fonction Date de rencontre
DURAND Christèle DRAAF AURA Chargée de missions pollutions
environnementales 01/10/2025
évaluation des risques 10/10/2025
produits réglementés 10/10/2025
DUMENIL Jean-Rémi ANSES Coordinateur d?expertises
scientifiques 10/10/2025
scientifiques 10/10/2025
Produits 17/10/2025
Vigne et du Vin
DELESTRE Arnaud Chambres d?Agriculture
France
vice-président de Chambres
de l?environnement
France
France
Nom Prénom Organisme Fonction Date de rencontre
LACARCE Eva ITAB Cheffe de projet Agronomie
Durabilité/Sol 24/10/2025
Transformation 24/10/2025
(Canada)
LAJUGIE Pascal DREAL GE Chef du service prévention des
risques anthropiques 29/10/2025
chroniques santé environnement 29/10/2025
MOINECOURT Maud DRAAF GE
régional de l?alimentation
BRULE Hervé DREAL CVL Directeur 04/11/2025
GOBLET Maud DREAL CVL
risques chroniques et
Biodiversité, Risques Naturels et
charge de l?animation du RMQS
12/11/2025
Nom Prénom Organisme Fonction Date de rencontre
BRIOT- DIETSCH Anne Société Casc4de Chef de projet 17/11/2025
DUCIEL Laura Société Casc4de Ingénieur de recherche 17/11/2025
FRANCOIS Patrice DDT Loir et Cher Directeur adjoint 18/11/2025
HESSE Anne-Sophie DDT Loir et Cher Cheffe de l?unité ressources en
eau et milieux aquatiques 18/11/2025
SEGUI Alexandre VEOLIA
environnement 20/11/2025
LANAE 20/11/2025
environnement - LANAE 20/11/2025
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 74/161
Nom Prénom Organisme Fonction Date de rencontre
GENERET Alfred SPF (Belgique) Attaché, chargé de l?autorisation
de la mise sur le marché belge
des engrais et amendements
administratif sur les PFAS 24/11/2025
NYS Florence UNIFA Déléguée nationale 25/11/2025
CATRYCKE Florence UNIFA Directrice Réglementation et
Normalisation 25/11/2025
AQUAREF 26/11/2025
Souterraines
26/11/2025
Souterraines
26/11/2025
PLANQUES Benoît AFAIA Président d?honneur 04/12/2025
VANAKEN Niko OVAM ? Agence
régional de l?alimentation 09/12/2025
GENDEBIEN Anne SPW Wallonie Attachée au département des
sols 11/12/2025
président de VOLTERRA
Nom Prénom Organisme Fonction Date de rencontre
MARONNE Philippine SYPREA Chargée de mission Valorisation
organique 12/12/2025
valorisation - SAUR 12/12/2025
BIGUEREAU Justine SILAB
SILAB et accompagnatrice de
SYPREA dans les relations
SUEZ Eau France 08/01/2026
SUEZ Eau France
réglementation SUEZ Recyclage
Recyclage et valorisation 08/01/2026
Bretagne
Bretagne
Bretagne
MERCURE-GODIN Vanessa
Ministère de
Lutte contre les
élimination
27/01/2026
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 76/161
Annexe 4 : Liste des sigles utilisés
6 :2FTS Sulfonate de fluorotélomère
ACIA Agence canadienne d?inspection des aliments
AGEC Anti gaspillage pour une économie circulaire (loi AGEC)
AMM Autorisation de mise sur le marché
ANSES Agence nationale de sécurité sanitaire de l?alimentation, de l?environnement
et du travail
Agence régionale de santé
Base de données du registre des émissions polluantes et des déchets
BEA-RI Bureau d?enquêtes et d?analyses sur les risques industriels
BRGM Bureau de recherches géologiques et minières
CGAAER Conseil général de l?alimentation, de l?agriculture, et des espaces ruraux
CIRAD Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le
développement
CNRS Centre national de la recherche scientifique
DAEI Direction des affaires européennes et internationales
DCE Directive cadre sur l?eau
DDT Direction départementale des territoires
DEB
DERU
DGPE Direction générale de la performance économique et environnementale des
entreprises
DGS Direction générale de la santé
DRAAF Direction régionale de l?alimentation, de l?agriculture et de la forêt
DREAL Direction régionale de l?environnement, de l?aménagement et du logement
ECHA Agence européenne des produits chimiques
EDCH
EFSA
ICPE Installation classée pour la protection de l?environnement
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 77/161
IGEDD Inspection générale de l?environnement et du développement durable
INRAE Institut national de recherche pour l?agriculture, l?alimentation et
l?environnement
INERIS Institut national de l?environnement industriel et des risques
IOTA Installations, ouvrages, travaux et activités
ITAB Institut de l?agriculture et de l?alimentation biologiques
ITAVI Institut technique des filières avicole, cunicole, piscicole
MAFOR Matières fertilisantes d?origine résiduaires
MFSC
MTE
MTEBNICN
Ministère de la transition écologique (pour MTEBNICN)
Ministère de la transition écologique, de la biodiversité, des négociations
internationales sur le climat et la nature
OCDE Organisation de coopération et développement économiques
PCI Pouvoir calorifique Inférieur
Acide perfluorobutanoïque
Acide perfluorobutanesulfonique
PFUnDA
PFUnDS
RMQS
RSDE
Réseau de mesures de la qualité des sols
Recherche et réduction des rejets de substances dangereuses dans les eaux
SDAGE Schéma directeur d?aménagement et de gestion des eaux
SPF Santé publique, sécurité de la chaîne alimentaire et environnement
(Belgique)
STEU
SVHC
TFA
Substances of Very High Concern
Acide trifluoroacétique
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Annexe 5 : Liste des tableaux et figures
Table des tableaux du corps du rapport
Tableau 1 : estimation des tonnages annuels (2022) des différents types de boues (source Sdes) ................................................................................................................................. 22
Tableau 2 : répartition des effectifs de STEU, des capacités de traitement, des débits journaliers traités et de la production de boues selon les tranches nominales de STEU (source BdD Assainissement collectif) ............................................................................... 23
Tableau 3 : valorisation des boues de STEU (source BdD Assainissement collectif) ........ 23
Tableau 4 : tonnage annuel des différentes boues d?ICPE (SDES) ................................... 24
Tableau 5 : destination des différentes boues d?ICPE (MTE-DGPR/ bueau des déchets) . 24
Tableau 6 : teneurs en PFAS des boues de STEU de plus de 10 000 EH dans le cadre du RSDE 2022 LB : analyse statistique des valeurs pour chacun des cinq PFAS et pour la somme des cinq PFAS. ..................................................................................................... 31
Tableau 7 : confrontation des teneurs en PFAS des boues de STEU mesurées dans le cadre du RSDE LB 2022 aux seuils des réglementations de différents pays. ............................. 32
Tableau 8 : valeurs de fond des teneurs en PFAS des sols issus d?études belges, néerlandaises et allemandes (source rapport INERIS 2025 « Valeur de fond des PFAS dans les sols européens ») ......................................................................................................... 34
Tableau 9 : PFAS encadrés dans les boues de stations d?épuration, dans les pays étudiés et valeurs seuils ................................................................................................................. 41
Tableau 10 : axes de gestion activés par les réglementations des pays objets du parangonnage .................................................................................................................... 42
Tableau 11 : nature des seuils (réglementaires, incitatifs, volontaires) introduits dans les cadres de gestion des pays objets du parangonnage ........................................................ 45
Table des figures du corps du rapport :
Figure 1 : catégories de matières fertilisantes et supports de culture (source DGAL 2024) ........................................................................................................................................... 16
Figure 2 : catégories de dispenses d?autorisations de mise sur le marché des MFSC prévues par l?article L255-5 du code rural et de la pêche maritime (source DGAL 2024)................ 17
Figure 3 : part des MAFOR épandues sur les divers types de grandes cultures et de prairies selon leur provenance (Données Agreste ? Enquête PKGC 2011) ................................... 25
Figure 4 : destination des boues d?épuration dans différents pays de l?Union Européenne (ASTEE 2020) .................................................................................................................... 26
Figure 5 : évolution des livraisons des engrais minéraux en France métropolitaine, en tonnes d?éléments nutritifs (Source UNIFA 2024) .......................................................................... 27
Figure 6 : synoptiques d'une station de traitement des eaux usées : (gauche) points
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 80/161
réglementaires ; (droite) points logiques ? (source SANDRE) ........................................... 28
Figure 7 : frise temporelle de la mise en oeuvre de cadres de gestion des PFAS dans les boues, dans les pays objets du parangonnage (cf annexe 17 pour une frise plus détaillée) ........................................................................................................................................... 45
Liste des tableaux et figures des annexes :
Figure n°1 : utilisations finales des biosolides produits au Canada (M and M, 202359) 81
Figure n°2 : destination des boues urbaines produites au Québec en 2023 82
Figure n°3 : gestion des boues de stations d'épuration collectives en Wallonie60 95
Figure n°4 : part des boues de station d?épuration valorisée en agriculture en Suède 102
Figure n°5 : modalités de traitement des boues de STEU au Danemark 106
Figure n°6 : histogramme des sommes de teneurs en 5 PFAS par STEU (moyenne des six
échantillons de boue pour une même STEU). Ordonnées en échelle logarithmique à
gauche, en échelle naturelle à droite. La couleur de la barre d?une STEU représente son
laboratoire d?analyse. Le laboratoire d?analyse représenté en rouge présente des valeurs
d?un facteur 10 à 100 supérieures aux valeurs des autres laboratoires. 118
Figure 6a : histogramme des sommes de teneurs en 5 PFAS par STEU (moyenne des 6
échantillons de boue pour une même STEU). Ordonnées en échelle naturelle. La couleur
de la barre d?une STEU représente son laboratoire d?analyse (hors laboratoire d?analyse
écarté). 120
Figure n°7 : lien entre teneur en PFAS et siccité de l?échantillon 134
Figure n°8 : évolution de la teneur en PFAS et de la siccité au cours de la déshydratation
135
Figure n°9 : variation de la valeur de concentration en PFAS de la boue en fonction de son
niveau de déshydratation (taux d?humidité) 135
Figure n° 10 : les techniques d?épaississement 137
Figure n°11 : répartition géographique des quantités de déchets et d?effluents industriels
destinés à la valorisation agronomique en 2008 (source Esco MAFOR 2014) 139
Figure n°12 : Frise temporelle détaillée de la mise en oeuvre de cadres de gestion des PFAS dans
les boues, dans les pays objets du parangonnage (détaille la figure 7 du corps du rapport) 152
Tableau n°1 : nouvelles analyses exigées selon le type de MRF dans le « nouveau » code
83
Tableau n°2 : paramètres PFAS et teneurs maximales associés aux catégories I1 et I2
84
Tableau n°3 : sélection des PFAS comme indicateurs, basés sur la liste des biosolides
municipaux canadiens (Extrait de la note technique 2025, source ECC) 85
Tableau n°4 : résumé des impacts théoriques sur les données québecoises, selon 2
versions du paramètre sommatif PFAS 87
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 81/161
Tableau n° 4a : Valorisation des boues produites par les stations d'épuration en Allemagne (source
EFA 2024) 91
Tableau n 5 : analyse statistique des teneurs en PFAS des boues des stations d?épuration
au Danemark (résultats sur la base de 215 échantillons de boue) 112
Tableau n°6 : seuils de gestion du PFOA et du PFOS dans les biosolides, dans l?Etat du
Michigan 115
Tableau n°7 : valeurs des limites de quantification et pourcentage de mesures sous la limite
de quantification. Pour chacun des 6 laboratoires d?analyse (en ligne), valeurs des LQ pour
chacun des 5 PFAS (en colonne) et nombre et pourcentage de mesures sous la LQ. 118
Tableau 7a : confrontation des teneurs en PFAS des boues de STEU mesurées dans le
cadre du RSDE LB 2022 aux seuils des réglementations de différents pays. 121
Tableau n°8 : tonnage de boues ICPE 140
Tableau n°9 : production de MAFOR en France source ICARE 140
Tableau n°10 : déchets et sous-produits : source CGEDD/CGAAER 2015 140
Tableau n°11 : synthèse des données MAFOR 141
Tableau n°12 : tonnage de boues de STEU source Sdes 142
Tableau n°13 : poids total et poids sec des différentes boues produites 142
Tableau n°14 : production de boues des ICPE 143
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 82/161
Annexe 6 : Fiches de synthèse par pays
6.1. CANADA - QUEBEC
1. Eléments de contexte et pratiques concernant la valorisation des MFSC
? Une culture développée de valorisation des « biosolides »
Les biosolides sont définis61 au Canada comme le principal produit organique solide issu du
traitement des eaux usées qui peut être valorisé. Par facilité, les termes « biosolides » et « boues »
sont utilisés ici de manière interchangeable.
Les biosolides sont généralement reconnus comme des matières intéressantes d?un point de vue
agronomique, nécessitant d?être valorisées compte tenu des enjeux environnementaux,
économiques et de souveraineté, tout en étant encadrées réglementairement depuis des décennies.
À l?exception du Nouveau-Brunswick, toutes les provinces canadiennes autorisent l?épandage de
boues traitées.
Sur l?ensemble du Canada, 989 000 tonnes de biosolides sont produites annuellement1 : plus de
50 % sont épandus sur des terres agricoles (35 % pour la production de cultures et 23 % pour le
pâturage) ; 27% sont enfouis ; seulement 15% sont incinérés.
Figure n°1 : utilisations finales des biosolides produits au Canada (M and M, 202362)
Concernant spécifiquement le Québec : 39% des boues municipales produites sont épandues sur
les sols agricoles63. Au total, 60% des boues municipales sont recyclées, intégrant la méthanisation
et le compostage.
Canada, Santé Canada, mars 2025. 62 Canadian Municipal Biosolids Market. Markets and Markets, 2023. 63Bilan 2023 de la gestion des matières résiduelles au Québec. https://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/sites/default/files/documents/bilan-gmr-2023-complet.pdf
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 83/161
Figure n°2 : destination des boues urbaines produites au Québec en 2023
? Répartition des compétences gouvernementales et provinciales sur les matières fertilisantes
Le Gouvernement fédéral est chargé d?établir des seuils réglementaires nationaux dans le cadre de
la Loi sur les engrais (Fertilizers Act). Ces seuils s?appliquent à tous les produits vendus ou importés
à l?échelle du pays.
Les provinces peuvent cependant légiférer et fixer des seuils et règles additionnelles dans le respect
de leurs compétences territoriales en matière d?agriculture et d?environnement. Les exigences fixées
par les provinces en matière de déchets et de MFSC peuvent varier significativement d?une région
à l?autre.
? Un élément déclencheur de la réglementation en 2023
Le Maine (USA) interdit complètement l?épandage de boues sur son territoire dès avril 2022, en lien
avec la découverte de contaminations par les PFAS ayant conduit à la fermeture d?exploitations
laitières. Cette interdiction soudaine conduit, entre autres conséquences, à des flux significatifs de
boues exportées vers le Canada voisin, en l?absence de réglementation canadienne.
Plus généralement, d?après les données d?importation de l?Agence Canadienne d?Inspection des
Aliments (ACIA), les importations de biosolides des États-Unis vers le Canada n?ont cessé
d?augmenter au cours de la dernière décennie.
En parallèle, des reportages canadiens mettent en cause en 2023 l'épandage de boues contaminées
par des PFAS sur certaines terres agricoles et se font le relais de fortes préoccupations sociétales.
Ces évènements participent à l?instauration d?un cadre réglementaire spécifique aux PFAS dans les
boues, tant par les autorités canadiennes que par les autorités québécoises.
2. Encadrement réglementaire et seuils fixés pour les PFAS dans les MFSC
? Canada
L?ACIA réglemente la vente et l?importation d?engrais sous forme de biosolides. En octobre 2024,
elle a mis en oeuvre une norme provisoire de 50 µg/kg de MS pour le PFOS dans les biosolides, le
respect de ce seuil conditionnant l?importation ou la vente au Canada en tant qu?engrais, ce qui
permet de réguler les flux de boues importées d?origine américaine notamment. Cette norme était
directement inspirée de la réglementation américaine.
Une analyse des biosolides canadiens, basée sur les résultats de la surveillance du Gouvernement
et des analyses facultatives effectuées par l?industrie de façon préliminaire à l?introduction des
réglementations, a par ailleurs indiqué que plus de 90 % des biosolides produits au Canada
présentent une concentration inférieure à ce seuil de 50 µg/kg de MS pour le PFOS.
? Québec
Le Gouvernement du Québec instaure en 2023 un moratoire temporaire sur l?épandage agricole de
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 84/161
biosolides importés. Ce moratoire vise à assurer la protection des sols québécois le temps qu?un
mécanisme de contrôle des PFAS soit instauré dans les MFSC importées (il sera levé a priori en
novembre 2028).
Au Québec, l?utilisation des boues est encadrée depuis plus de 40 ans par un guide portant sur le
recyclage des matières résiduelles fertilisantes (MFR) ou ses versions antérieures. Ce guide64 offrait
un cadre sécuritaire à la filière de valorisation des MFR en fixant des critères de qualité et des
conditions d?épandage, tout en rappelant les bénéfices et enjeux de cette valorisation.
L?entrée en vigueur de la nouvelle loi sur la qualité de l?environnement (LQE) en mars 2018 implique
que la mise en oeuvre de certaines activités à risque au plan environnemental soit fixée par voie
règlementaire. Par conséquent, la quasi intégralité du guide complété de nouvelles dispositions,
dont des paramètres intéressant les PFAS, a été reprise dans un « code de gestion des matières
résiduelles fertilisantes », publié par le décret 188-2025 du 26 février 202565, et en vigueur depuis
le 1er novembre 2025.
Les MRF doivent respecter des critères de qualité regroupés dans des catégories :
? la teneur en contaminants chimiques (C),
? la teneur en agents pathogènes (P),
? la charge olfactive (O),
? la teneur en corps étrangers (E).
Les PFAS sont intégrés dans une nouvelle catégorie, nommée I pour « critères investigateurs
préventifs », destinée à terme à inclure d?autres contaminants.
Les paramètres analytiques à contrôler font l?objet d?un ciblage par type de MRF : le tableau ci-
dessous illustre les nouvelles analyses demandées par le code de gestion des MRF.
Tableau n°1 : nouvelles analyses exigées selon le type de MRF dans le « nouveau » code
Les critères de qualité fixés pour les PFAS ne concernent que les « biosolides municipaux,
papetiers, résidus de désencrage, procédés mixtes et MRF dérivées ». Autrement dit, ces nouveaux
critères ne s?imposent pas pour les MFSC minérales, les amendements calciques et magnésiens,
et d?autres MFSC telles que les matières végétales et les boues issues d?autres filières industrielles.
Trois paramètres PFAS ont été considérés comme pertinents :
? la teneur en PFOS,
? la teneur en PFOA,
? la teneur d?une somme de 11 PFAS66.
L?approche retenue par le Québec est de fixer deux seuils pour chaque paramètre et pour chaque
catégorie :
? un seuil intermédiaire en deçà duquel l?utilisation de la MFSC n?est soumise à aucune restriction,
? un seuil maximal au-delà duquel la valorisation de la MFSC n?est plus possible.
Les biosolides dont la teneur en PFAS est comprise entre le seuil intermédiaire et le seuil maximal
font l?objet d?un suivi et d?une restriction d?utilisation.
Paramètres investigateurs
Somme de 11 PFAS
Aucune restriction d?usage
Interdiction de valorisation en milieu agricole ou sylvicole67
Tableau n°2 : paramètres PFAS et teneurs maximales associés aux catégories I1 et I2
Un biosolide classé I2 verra son utilisation encadrée par des mesures de mitigation, identiques
aux mesures prises pour les catégories C2 (contaminants chimiques mieux documentés, parmi
lesquels des métaux).
Ces mesures sont jugées appropriées dans l?attente du développement de la connaissance, et
impliquent notamment68 :
? une régulation des doses d?épandage permises, ne devant pas excéder l?équivalent d?une moyenne de 4,4 tonnes de MS ha/an, calculée sur une période de trois années consécutives,
? des distances séparatrices plus grandes par rapport aux cours d?eau et aux habitations,
? l?interdiction d?épandage sur des cultures destinées à l?alimentation humaine et sur les pâturages.
Le code de gestion précise enfin que les analyses de PFAS dans les biosolides doivent être
réalisées a minima une fois par période de 12 mois par des laboratoires accrédités, ou par défaut
des laboratoires répondant aux exigences de la norme internationale ISO/CEI 17025, utilisant
préférentiellement la méthode américaine US EPA 1633 (citée en partie 2.4.1). Il définit la méthode
de calcul à employer pour la somme des 11 PFAS considérés.
3. Méthode de détermination de ces seuils
Le Canada a opté pour le choix d?un seuil (50 µg/kg de MS) pour un seul composé : le PFOS,
considéré comme un indicateur suffisant et représentatif du niveau de contamination en PFAS des
boues. Il a été choisi en prenant pour référence le seuil le plus restrictif retenu par l?État du Michigan
66 PFBA, PFPeA, PFHxA, PFDA, PFDS, 6:2 FTS, 5:3 FTCA, 7:3 FTCA, NmeFOSAA, NEtFOSAA, FHUEA. 67 Sous certaines conditions strictes, les MFSC hors catégorie peuvent être utilisées sur des sites dégradés, tels que des
sites miniers. 68Code de gestion des matières résiduelles fertilisantes ? guide de référence. https://www.environnement.gouv.qc.ca/matieres/code-gestion-mrf/code-gestion-matieres-residuelles-fertilisantes-guide-
reference-cgmrf.pdf
(USA), permettant une utilisation des boues sans limitation d?usage.
La motivation première a été l?établissement d?une barrière afin de stopper l?exportation des États-
Unis vers le Canada de biosolides qui ne seraient plus conformes à la réglementation américaine.
L?approche retenue par le Québec a conduit à fixer des seuils plus restrictifs que le seuil canadien.
Cette approche, fondée sur une documentation étayée, est présentée ci-après.
? Choix d?une approche par paliers :
Cette approche par paliers, se déclinant en fonction de deux seuils, est similaire à l?approche
couramment appliquée pour d?autres contaminants, et adoptée par l?État du Michigan depuis
plusieurs années. Le retour d?expérience du Michigan soutient l?hypothèse du niveau de
contamination en PFOS en tant qu?indicateur solide de la concentration totale des PFAS dans les
biosolides, et montre l?efficacité d?une approche graduée pour réduire les teneurs en PFOS des
boues69 .
? Sélection des composés PFAS et évaluation des impacts :
La méthode de sélection des PFAS à prendre en compte dans la réglementation a fait l?objet d?une
note publiée70.
Elle s?appuie sur plusieurs éléments de connaissance et de métrologie, dont :
? la connaissance des composés PFAS prévalents dans les analyses de boues essentiellement urbaines, issues des données canadiennes et québecoises disponibles, dont des études menées par l?Université de Montréal,
? la capacité analytique actuelle au sein du Ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs au Québec (MELCCFP), et notamment les limites de détection et de quantification pour chaque PFAS choisi.
Le tableau ci-dessous est directement extrait de la note technique précitée.
Tableau n°3 : sélection des PFAS comme indicateurs, basés sur la liste des biosolides municipaux canadiens (Extrait de la note technique 2025, source ECC)
69. Land application of biosolids containing PFAS : interim strategy. EGLE (Département de l?Environnement des Grands
Lacs et de l?Énergie du Michigan), 2022. https://www.michigan.gov/egle/about/organization/water-resources/biosolids/pfas-related 70 Sélection des SPFA incluses dans les paramètres investigateurs et préventifs de la catégorie « I » du Code de gestion
des matières résiduelles fertilisantes ? Note technique 2025. https://www.environnement.gouv.qc.ca/matieres/articles/selection-spfa.pdf
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 87/161
La liste des PFAS retenus est évolutive et tient compte des connaissances scientifiques à date et
de l?évolution des méthodes analytiques.
Compte tenu de ces éléments, le PFOS et le PFOA ont été rapidement sélectionnés en tant
qu?indicateurs individuels, étant les PFAS les plus étudiés dans le monde et ceux dont l?impact
sanitaire est bien documenté.
Le Québec s?est attaché à prendre en compte un troisième indicateur correspondant à une somme
élargie de composés. Une analyse des impacts théoriques71, également publiée, a été menée en
fonction de deux versions du paramètre sommatif PFAS :
? une 1ère version basée sur les 11 composés PFAS retenus dans la rédaction du code de gestion des MFR,
? une 2ème version élargie aux 35 composés PFAS analysables par le MELCCFP, en sus du PFOS et du PFOA, à la date des travaux.
Limites : il est opportun de souligner que cette liste de 37 composés exclut des composés PFAS
pourtant fortement quantifiés dans certaines études scientifiques72 menées par l?université de
Montréal, mais considérés comme insuffisamment détectables selon la méthode mise en oeuvre par
le MELCCFP73.
C?est le cas des composés de la famille des diPAP, tels que le 6:2 diPAP ou encore le 8:2 diPAP,
qui contribuent majoritairement à la concentration totale de PFAS dans les biosolides, boues et
composts selon l?étude citée. Le choix de retenir ou non les diPAP dans la réglementation a fait
l?objet de débats entre la communauté scientifique et les autorités.
On notera également que le TFA n?est pas non plus intégré à la liste des composés d?intérêt à
quantifier dans les boues, car peu quantifié.
Pour ces deux versions du paramètre somme de PFAS, le taux de non-conformité actuel des boues
(base des données québécoises disponibles) a été évalué par rapport aux seuils fixés pour les
catégories I1 et I2 (la méthode de détermination des valeurs de ces seuils est évoquée ci-après).
Cette étude comparative ne montre aucune différence entre les deux versions dans la répartition
des boues les catégories I1, I2 et hors catégorie. En d?autres termes, aucun échantillon ne change
de catégorie selon que l?on considère le paramètre ?11 PFAS ou ?35 PFAS. L?interprétation faite
par les autorités de ces résultats a priori surprenants repose sur la très faible prévalence des 24
autres PFAS analysés dans la version élargie.
71 Impacts théoriques des seuils établis pour les substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (SPFA) incluses dans
les paramètres investigateurs et préventifs du Code de gestion des matières résiduelles fertilisantes ? Note technique 2025.
https://www.environnement.gouv.qc.ca/matieres/mat_res/fertilisantes/impacts-theoriques-seuils-spfa-code-gestion- matieres-residuelles-fertilisantes.pdf
72 Par exemple : PFAS profiles in biosolids, composts, and chemical fertilizers intended for agricultural land application in Quebec (Canada) (Saliu and all, 2024).
73 Sélection des SPFA incluses dans les paramètres investigateurs et préventifs de la catégorie « I » du Code de gestion des matières résiduelles fertilisantes ? Note technique 2025. https://www.environnement.gouv.qc.ca/matieres/articles/selection-spfa.pdf
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 88/161
A l?aune de ces résultats, l?option de retenir le paramètre sommatif pour 11 PFAS a été confortée.
Données du Québec : 69 échantillons de boues
Paramètres PFAS utilisés
% catégorie I1 % catégorie I2 % hors catégorie
Paramètres I du code de gestion des MRF : PFOS, PFOA et ?11 PFAS
75 % 19 % 6 %
Tous les PFAS analysables par le MELCCFP en 2024 : PFOS, PFOA et ?35 PFAS
75 % 19 % 6 %
Tableau n°4 : résumé des impacts théoriques sur les données québecoises, selon 2 versions du paramètre sommatif
PFAS
Par ailleurs, le Gouvernement québécois a également évalué les impacts en s?appuyant cette fois
sur 112 données canadiennes, en se fondant sur l?hypothèse unique du paramètre ?11 PFAS. Cette
analyse conclut à un taux de non-conformité de 4 % (classement « hors catégorie ») des boues
urbaines.
Au final, le taux de classement prévisionnel de boues en « hors catégorie » interdisant leur
valorisation sur des terres agricoles ou sylvicoles est de 4 à 6 %, sur la base de la teneur en PFAS
analysée dans 181 échantillons de boues urbaines canadiennes et québécoises.
? Méthodes de détermination des valeurs des seuils réglementaires :
L?objectif pilotant le choix des valeurs réglementaires est de limiter la pression d?accumulation en
PFAS dans les sols recevant des biosolides, en se basant sur un niveau d?enrichissement maximal
à ne pas dépasser dans ces sols.
La détermination des valeurs des seuils proposées pour les PFAS dans les biosolides s?inspire de
la démarche utilisée pour déterminer les valeurs seuils pour certains métaux, bien que les données
disponibles soient dans le cas des PFAS très lacunaires.
En l?absence de données suffisantes, le modèle de calcul utilisé est fondé sur l?hypothèse d?un
niveau initial de contamination des sols équivalent à zéro ; ce niveau de contamination va
progressivement croître par la contribution d?épandages réguliers de biosolides sur une durée de 25
ans, sans qu?il ne puisse dépasser la valeur cible de qualité des sols préalablement définie.
Ce modèle s?est basé en partie sur une approche conservatrice, en considérant que les PFAS
s?accumulaient dans les sols sans tenir compte des migrations de PFAS dans les compartiments air
et eau et des transferts vers les végétaux. C?est donc un « pire scénario » selon lequel les
épandages contribuent régulièrement à l?accumulation des PFAS dans les sols, sans « sortie de
PFAS ». Pour autant, une limite de ce modèle de type « baignoire » réside dans l?absence de prise
en compte de la contamination préexistante des sols.
Les teneurs maximales proposées pour le PFOS et le PFOA dans les boues ont été développées
en utilisant les valeurs cibles de qualité des sols établies par l?État de New York74, parmi les plus
restrictives d?Amérique du Nord, et à même de protéger également la qualité de l?eau souterraine
utilisée comme eau de consommation.
Les teneurs maximales proposées pour la somme de 11 PFAS ont été calculées en s?appuyant sur
74 https://dec.ny.gov/sites/default/files/2024-06/draftcp51revised.pdf. Les valeurs cibles pour les sols sont de 0.88µg/kg
pour le PFOS et de 0.66µg/kg pour le PFOA, sans aucune restriction d?usage.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 89/161
la recommandation pour la qualité des sols, publiée par le Conseil canadien des ministres de
l?environnement (CCME), de 10µg/ kg pour le seul PFOS, transposée à la somme de 11 PFAS,
toujours dans une approche sécuritaire.
Enfin, les doses d?épandage maximales autorisées pour les biosolides de catégorie I2 (une moyenne
de 4,4 tonnes de MS ha/an, sur trois années consécutives) sont dérivées des mesures de mitigation
déjà appliquées pour d?autres contaminants mieux documentés.
4. Evaluation des impacts sur les filières, et mesures d?accompagnement
L?introduction des seuils, qu?il s?agisse de normes provisoires au Canada (2024) ou de dispositions
fixées par décret au Québec (2025), est très récente. Elle ne permet pas un retour d?expérience
approfondi.
? Canada
L?introduction de la norme en PFOS s?est accompagnée d?une mise en oeuvre progressive assortie
d?actions pédagogiques des organismes de contrôle.
Les autorités canadiennes soulignent une certaine adhésion à la démarche, tant des filières
agricoles que des filières industrielles, partiellement liée au fait qu?elle s?appuie sur une approche à
la fois scientifique (démarche américaine) et pragmatique.
? Québec
? Evaluation prévisionnelle des impacts économiques
L?évaluation des impacts, en particulier économiques, liés à l?introduction de cette réglementation a
fait l?objet d?une note publiée par le Gouvernement québécois en 202575.
L?ajout de nouvelles analyses demandées pour les PFAS se traduit par des coûts supplémentaires
annuels estimés à environ 260 000 dollars par an pour les entreprises, calcul basé sur un coût
analytique élevé (1 385 dollars) du fait du très faible nombre de laboratoires équipés et accrédités
en 2023, et d?un nombre d?analyses annuelles estimé à 188. Il est attendu une diminution
significative du coût analytique moyen au fil des années.
A cela s?ajoute une augmentation des quantités de MFR devant être éliminées comme suite à
l?instauration de la catégorie I, pour un coût annuel potentiel supplémentaire d?environ 557 000
dollars. Ce calcul s?appuie sur un coût moyen du transport et de l?élimination des boues de 96 dollars
la tonne, à comparer au coût moyen du transport et de la valorisation des boues de 65 dollars la
tonne.
Le volume de boues ne respectant pas les critères de la catégorie I (« hors catégorie ») est calculé
sur la base d?un taux de non-conformité d?environ 4% (cf. supra). 57% de ces boues auraient été
destinées à l?épandage, soit un volume final de 18 000 tonnes additionnelles de boues à détruire.
Ces coûts sont basés sur une hypothèse conservatrice et représentent donc plutôt la borne
supérieure des impacts potentiels.
75 Code de gestion des matières résiduelles fertilisantes, et ses modifications à 4 règlements : analyse d?impact
réglementaire, 2025. https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/environnement/publications-adm/lois-
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 90/161
? Consultations préalables et anticipation de la date d?entrée en vigueur de la
réglementation
Le ministère québécois a procédé à différentes consultations avant l?entrée en vigueur des seuils
PFAS par décret. Ainsi, une centaine d?experts et d?organismes spécialistes du domaine des PFAS
et des MFSC ont été consultés, incluant des représentants des ordres professionnels des
agronomes, des chimistes, des collectivités, des filières industrielles et agricoles, des entreprises
spécialisées dans la valorisation des boues, des scientifiques, ?
L?approche par paliers a été plébiscitée, notamment par les professionnels de la filière valorisation
des MFSC.
Le décret 188-2025 du 26 février 2025 publié en mars 2025 est entré en vigueur au 1er novembre
2025. Cette période a été retenue car la fin d?année marque la fin de la saison des épandages, ce
qui facilite la transition et évite un changement des règles en milieu d?année.
Il convient enfin de souligner la volonté manifeste du Gouvernement québécois d?accompagner les
différents acteurs par la production de documents guides pédagogiques en parallèle et en amont de
la publication du décret : note d?impacts théoriques, guide de référence qui tient lieu de vadémécum
expliquant pour chaque article du décret les attendus, ?
? La traçabilité de l?information est considérée comme incontournable au maintien de la
confiance entre les acteurs
Les responsabilités du « générateur » de la MFSC, du « promoteur 76» et de l?exploitant agricole ou
sylvicole sont clairement établies dans le code de gestion des MFR.
Le générateur de la MFSC est ainsi tenu de procéder à sa catégorisation (ou de déléguer cette tâche
au promoteur). Il doit conserver pendant une période minimale de cinq ans l?ensemble des
informations ayant permis de catégoriser la MFSC, dont les coordonnées, les process et traitements
subis, ainsi que les valeurs moyennes des résultats des analyses obligatoires. Une fiche consignant
ces mêmes informations accompagne par ailleurs la MFSC jusqu?à l?utilisateur final.
Certains acteurs ont mentionné que l?existence de telles données de catégorisation archivées sur
une longue période permettait de faciliter les appels d?offres et d?impacter favorablement l?activité et
l?image de l?entreprise.
Le transfert des informations, d?un maillon à l?autre au sein de la chaîne de valorisation des MFSC,
est considéré comme un pilier important de la sécurité des activités de valorisation, permettant la
confiance entre les générateurs de MFSC (en l?occurrence les industries et collectivités), les
« promoteurs » en charge du recyclage et de la valorisation des MFSC et les utilisateurs finaux,
exploitants agricoles ou forestiers.
Le Gouvernement québécois considère également que les nouveaux seuils fixés pour les PFAS
favorisent le retour de l?acceptabilité sociale et la confiance de la population.
76 Le « promoteur du projet de valorisation » est défini comme un intermédiaire entre le générateur et l?exploitant agricole
ou sylvicole utilisateur de la MFSC. Le promoteur peut organiser le transport de la MFSC jusqu?au lieu d?épandage ou de stockage, et est responsable de la réception et du stockage sur le lieu de valorisation.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 91/161
6.2. ALLEMAGNE
1. Eléments de contexte et pratiques concernant la valorisation des MFSC
? La valorisation des boues de stations d?épuration
Le volume annuel de boues produites en Allemagne est estimé à 1,74 million de tonnes MS77.
Environ 22 % (0,4 million de tonnes) sont valorisées par épandage agricole et 77 % envoyées à
l?incinération.
Tableau n° 4a : Valorisation des boues produites par les stations d'épuration en Allemagne (source EFA 2024)
? Répartition des compétences gouvernementales sur la gestion des déchets
L?Allemagne est un État fédéral : la gestion des déchets combine des compétences partagées entre
le Bund (fédéral), les Länders (États fédérés) et les communes.
Le niveau fédéral est en charge du cadre législatif et stratégique. Il élabore le cadre juridique national
(lois fondamentales sur les déchets) et est en charge de transposer le droit européen en droit
allemand (par ex. directives européennes sur les déchets, l?économie circulaire, les emballages,
etc.). Le principal texte est le Circular Economy Act (KrWG)78, qui fixe les principes de gestion, la
prévention, le recyclage, et les obligations générales des producteurs et des collectivités. Il établit
également les normes générales de protection de l?environnement liées aux déchets (prix planchers,
interdictions de mise en décharge, principe de responsabilité du producteur, etc.) et définit les
responsabilités des producteurs dans la filière des déchets. Les autorités fédérales (ministère de
l?environnement et agences spécialisées comme l?Umweltbundesamt) participent à la planification
stratégique, à la recherche et aux évaluations environnementales.
Les Länders mettent en oeuvre la législation fédérale et peuvent la compléter par des
réglementations régionales (lois régionales) selon leur contexte territorial. Ils sont notamment en
charge de l?élaboration de plans régionaux de gestion des déchets (planification des infrastructures,
des installations de traitement, et des objectifs locaux). Ils assurent la supervision administrative :
surveillance de l?application des lois, délivrance des autorisations, contrôle des installations de
traitement et élimination.
Enfin, les autorités locales (communes, districts) sont en charge de la planification et de la gestion
opérationnelle : collecte, transport, tri et traitement des déchets ménagers et assimilés, constitution
de structures intercommunales volontaires (par exemple des associations de communes) pour
77 Rapport 2024 « Etude de la présence de PFAS dans l?environnement » de l?Agence allemande de l?environnement 78https://www.bundesumweltministerium.de/en/law/circular-economy-and-safeguard-the-environmentally-compatible-
management-of-waste
mutualiser la gestion des déchets dans certains territoires.
? Eléments déclencheurs de la réglementation PFAS dans les boues
Des épisodes de contamination dès 2000. Des épisodes de contamination des sols agricoles par
des PFAS ont été documentés en Allemagne dans les années 2000, notamment autour de sites où
des boues ou des composts contenant des tensioactifs fluorés avaient été utilisés comme fertilisant :
ces incidents ont montré la capacité de PFOS et PFOA à persister et à se diffuser dans
l?environnement à partir des boues appliquées sur le sol.
L?introduction d?une réglementation en 2012. Ces constats ont incité les autorités allemandes à
intégrer, dès 2012, une valeur limite dans la DüMV (Ordonnance sur la fertilisation, voir plus loin)
pour réduire l?entrée de ces substances dans les sols agricoles via les boues. La limite de 100 µg/kg
(soit 100 ng/g) pour la somme de PFOS et PFOA s?inscrit dans cet objectif de prévention des risques
environnementaux liés à leur usage comme fertilisant.
L?Agence fédérale de l?environnement (Umwelt Bundesamt) au début des années 2020 a initié
un projet de recherche « Étude de la présence de PFAS dans les flux de déchets », sur la base de
l'annexe A de la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants (POP), qui inclut
des représentants du groupe des PFAS. Le rapport correspondant « Enquête sur la présence de
PFAS dans les flux de déchets »79 a été publié en 2024.
Le projet visait l'identification, la quantification et l'évaluation initiales de la présence de PFAS dans
certains flux de déchets (textiles, boues d?épuration municipales, boues de papèteries, sols,
peintures?). Les mesures de teneurs en PFAS s?appuyaient sur des méthodes globales (paramètre
EOF sur le fluor organique total) et non pas spécifiques (pas de mesure de PFAS individualisés).
? Mesures de teneurs en PFAS des boues réalisées dans le cadre du projet. Dans le cadre
de ce projet, des boues d'épuration ont été analysées. Au total, 17 échantillons de boues
d'épuration ont été étudiés (neuf de stations d'épuration industrielles associées à des produits
contenant des PFAS ; huit de stations d'épuration municipales ayant déjà présenté des niveaux
élevés de PFAS par le passé). Les échantillons de boues ont tous été prélevés par les exploitants
des stations d'épuration respectives et lyophilisés sur place. Les teneurs maximales en EOF
étaient respectivement de 5 000 ?g/kg pour les stations industrielles, et de 750 ?g/kg pour les
stations municipales (rapport p.97). La teneur en PFAS moyenne des boues des stations
municipales était de 338 µg/kg.
? Compilation de mesures antérieures de teneurs en PFAS des boues (revue
bibliographique). Par ailleurs, une compilation de six publications, portant sur les teneurs en
PFAS de 71 échantillons boues de stations d?épuration municipales allemandes, donne la valeur
moyenne de 67 µg/kg MS (rapport AFE 2024).
Les teneurs mesurées dans le projet (EOF) sont supérieures à celles des analyses ciblées
classiques de PFAS (PFAS individuels), trouvées dans la revue bibliographique. Les mesures
ciblées ne quantifient qu?une partie des PFAS et la mesure EOF, qui quantifie le fluor total, mesure
au-delà des PFAS.
Une étude (Stahl et al 2018) indique que 86 % des PFAS présents dans les boues sont des PFAS
à chaine longue. Elle indique également un apport de fluor organique dans les stations d'épuration,
79 https://www.umweltbundesamt.de/publikationen/untersuchung-des-vorkommens-von-pfas-per (Untersuchung des Vorkommens von
ainsi qu'une accumulation dans les boues d'épuration, véritables puits de pollution.
2. Encadrement réglementaire et seuils fixés pour les PFAS dans les MFSC
L'ordonnance "fertilisation" (Düngemittelverordnung ? DüMV) encadre la qualité des produits
fertilisants. Elle a progressivement intégré des seuils sur les PFAS.
Jusque 2012, cette réglementation ne comportait pas de campagne d?analyse concernant les PFAS.
La révision de 2012 a introduit des restrictions concernant certains PFAS dans les matières
premières destinées à la production de fertilisants et pour les fertilisants eux-mêmes :
? un seuil limite pour la somme PFOS+PFOA < 100 µg/kg MS a été fixé, ces deux PFAS étant
considérés comme les plus dangereux. Cette limite s?applique particulièrement aux boues de
stations d?épuration destinées à des usages agricoles ou paysagers. Si cette limite est dépassée,
les boues ne peuvent pas être directement appliquées au sol et doivent être incinérées ou
traitées autrement ;
? une exigence d?étiquetage a été introduite lorsque la concentration PFOS + PFOA dépasse 50
µg/kg MS.
Cette réglementation se concentre sur deux PFAS et un seuil simple. Elle ne couvre pas un spectre
plus large de PFAS, ni une somme totale de PFAS.
La révision de 2019 n?a introduit ni abaissement du seuil réglementaire, ni augmentation du nombre
de PFAS pris en compte. Depuis, on ne relève pas de modification sur la DüMV.
L?ordonnance allemande sur les boues de stations d?épuration (AbfKlärV)80 est une
réglementation fédérale qui encadre la valorisation et la gestion des boues issues des stations
d?épuration (Klärschlamm). Elle fait partie du droit allemand des déchets et de la protection de
l?environnement, et complète d?autres règlements comme la Düngemittelverordnung (fertilisants)
lorsque les boues sont destinées à des usages agronomiques.
Elle s?applique à la valorisation de boues de stations d?épuration, y compris les mélanges de boues
et les composts à base de boues, quel que soit le mode d?utilisation (épandage agricole, paysager
ou autres). Ses objectifs-clef sont (i) de limiter les apports de contaminants dans les sols (polluants
inorganiques et organiques, composés organiques persistants, métaux lourds?) par l?utilisation de
boues issues de stations d?épuration ; (ii) de fixer des conditions d?autorisation de l?épandage sans
impact environnemental significatif.
Ainsi, la AbfKlärV fixe :
? des critères de qualité et de volume pour l?épandage sur sols agricoles et paysagers ;
? des valeurs limites pour certains contaminants dans les boues et dans les sols traités, au-delà
desquelles l?utilisation sur sol n?est pas autorisée ;
? des obligations d?analyse et de surveillance des boues avant épandage ;
? des conditions de fréquence et de procédure pour l?application des boues dans un cadre
conforme à la protection de l?environnement.
Plus généralement, l?ordonnance prévoit une limitation progressive de l?utilisation des boues sur les
80 Abfall-Klärschlamm-Verordnung ou AbfKlärV ou Klärschlammverordnung
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 94/161
sols agricoles, compte tenu des risques liés aux contaminants présents dans les boues :
? jusqu?à 2029, seules les boues de stations < 100 000 EH pourront être utilisées sur sol dans
des conditions définies ;
? à partir de 2032, cette possibilité sera limitée aux boues de stations < 50 000 EH.
L?AbfKlärV interdit explicitement d?appliquer sur des sols agricoles ou horticoles des boues issues
de stations d?épuration autres que celles traitant principalement des eaux usées domestiques,
urbaines ou ayant une charge polluante similaire. Autrement dit, des boues provenant de stations
industrielles spécialisées (traitement d?eaux industrielles non domestiques) ne peuvent pas être
épandues sur des terres agricoles.
L?encadrement réglementaire PFAS des boues de stations d?épuration urbaines est donc limité à
deux PFAS (PFOA et PFOS) et un seuil appliqué à la somme de la concentration de ces deux
composés.
Des analyses scientifiques et des recommandations récentes (par ex. BAM et d?autres institutions)
soulignent que de nombreux autres PFAS peuvent être présents dans les boues, et que l?actuelle
limite sur PFOS + PFOA peut être « insuffisante » pour assurer une protection environnementale
complète.
A l?heure actuelle, il n?existe pas de contraintes applicables au suivi ni de contraintes fixant des
apports maximaux d?épandage par hectare sur une période donnée.
3. Méthode de détermination de ces seuils
À l?époque de l?introduction de limites réglementaires, à la fin des années 2000 suite aux épisodes
de contamination des sols agricoles par des PFAS, la réglementation allemande a ciblé le PFOS et
le PFOA qui étaient les PFAS les mieux étudiés, historiquement les plus utilisés et souvent présents
à des niveaux mesurables dans les boues et sols. Il n?existait pas encore de données sur l?ensemble
des milliers de PFAS possibles, ni de méthodes normalisées pour les mesurer. Cette simplification
visait à créer un indicateur réglementaire pragmatique pour encadrer l?usage agricole des boues
sans nécessiter une analyse complexe de plusieurs dizaines de substances, ce qui peut aujourd?hui
être jugé insuffisant.
Contrairement à certaines normes (par exemple pour l?eau potable où des agences d?évaluation du
risque fixent des critères basés sur une Valeur Toxicologique de Référence (VTR)), la valeur de 100
µg/kg dans la DüMV ne repose pas sur un calcul de risque sanitaire direct issu d?études
toxicologiques (comme un niveau sans effet observable ou un apport quotidien tolérable). Elle visait
à introduire une limite réglementaire pratique pour réduire l?accumulation des PFOS/PFOA dans les
sols et restreindre l?usage agricole de boues fortement contaminées (au-delà de ce seuil, les boues
doivent être incinérées ou valorisées autrement).
4. Evaluation des impacts sur les filières, et mesures d?accompagnement
? Taux de non-conformité des boues à la réglementation PFAS (DüMV)
La très grande majorité des boues de stations d?épuration destinées à la valorisation agricole sont
conformes à la réglementation PFAS de DüMV.
Le rapport de 2024 de l?Umweltbundesamt (Agence fédérale allemande de l?environnement) cité
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 95/161
plus haut, a rassemblé et analysé les données de 1362 échantillons de boues de stations d?épuration
destinées à être utilisées comme fertilisant (teneur combinée en PFOS + PFOA). Il indique que 26
échantillons (~1,9%) dépassaient le seuil de 50 µg/kg MS (seuil d?étiquetage obligatoire) et seuls
deux échantillons (~0,15 %) dépassaient la limite réglementaire de 100 µg/kg MS.
Ainsi, 99,9% des boues analysées respectent la limite de 100 µg/kg pour PFOS + PFOA, et sont
conformes à la réglementation allemande (Düngemittelverordnung / DüMV) pour l?usage agricole.
Les 0,15% qui excèdent le seuil de 100 µg/kg doivent être traités autrement (par exemple par
incinération), ce qui ne constitue pas un problème majeur dans le contexte allemand où 77% des
boues sont envoyées à l?incinération.
Ces chiffres ne présument pas des teneurs en PFAS des 77% de boues de stations d?épuration qui
partent par défaut vers l?incinération.
? Evaluation prévisionnelle des impacts économiques
A ce stade, il semble qu?aucun impact économique significatif n?ait résulté de l?introduction du seuil
réglementaire PFOS+PFOA < 100 µg.kg MS.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 96/161
6.3. BELGIQUE (régions de la Flandre et de la Wallonie)
1. Eléments de contexte et pratiques concernant la valorisation des MFSC
? Répartition des compétences fédérales et régionales
Les trois régions belges que sont la Flandre, la Wallonie et la région de Bruxelles-Capitale sont
responsables de la réglementation, du contrôle et de la gestion des sols sur leur territoire,
notamment en ce qui concerne la qualité des sols, la contamination (y compris par des substances
comme les PFAS) et les mesures de remédiation.
Au niveau fédéral, il existe une supervision indicative et une coordination par le service public fédéral
santé et environnement et via des comités de coordination comme le CCPIE (comité de coordination
pour la politique internationale de l'environnement). Ceux-ci assurent la cohérence avec les
obligations européennes et internationales, et soutiennent la coopération entre régions pour certains
aspects transversaux, comme la surveillance environnementale et la gestion des risques.
Au regard de cette répartition des compétences, la mission a rencontré le niveau fédéral belge ainsi
que des interlocuteurs des régions wallonne et flamande, très concernées par la problématique des
PFAS et ayant fixé des seuils et mesures de gestion pour le moment différents.
? Des pratiques de valorisation des MFSC très hétérogènes en Belgique
Ces différences d?approches entre les deux territoires de Flandre et Wallonie s?expliquent au moins
partiellement par l?hétérogénéité des pratiques agricoles et économiques et par les choix politiques,
conduisant à l?incinération systématique des boues de station d?épuration en Flandre, et à une
valorisation d?une partie importante des boues par épandage sur des sols agricoles en Wallonie.
La Flandre présente une forte densité d?élevages, conduisant à une production importante d?azote
et de phosphore facilement valorisable par épandage agricole. Du fait de ce gisement de fertilisants,
la valorisation agronomique des boues de station d?épuration apparaît moins attractive.
A l?opposé en Wallonie, avant la forte médiatisation de la problématique PFAS en Belgique, 70%
des boues produites (environ 50 000 tonnes MS/an81) étaient épandues sur les sols agricoles, à
hauteur de 5% de la surface agricole utile (SAU) wallonne.
Les boues sont déshydratées et chaulées de façon systématique avant épandage sur les sols
agricoles en Wallonie.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 97/161
Figure n°3 : Gestion des boues de stations d'épuration collectives en Wallonie82
La valorisation agricole des boues est privilégiée en région wallonne, car elle s?inscrit dans le respect
de la politique wallonne en matière de hiérarchisation de la gestion des déchets. Cette
hiérarchisation donne la priorité à la valorisation « matière » par rapport à la valorisation
« énergétique », tout en assurant un maximum de sécurité sanitaire et environnementale83. Cette
valorisation agricole s?effectue conformément aux dispositions de l?arrêté royal modifié du 28 janvier
2013 relatif à la mise sur le marché et l?utilisation des engrais et amendements de sols et de l?Arrêté
du Gouvernement Wallon (AGW) du 12 janvier 1995 relatif à l?utilisation des boues sur ou dans les
sols. Tous deux imposent le respect de critères de qualité et la traçabilité des boues épandues sur
les sols agricoles.
La valorisation des boues de stations d?épuration est soumise à une certification d?usage, qui exige
d?identifier l?origine des boues et les processus ayant conduit à leur production et d?analyser des
paramètres physico-chimiques et biologiques. Cela permet de déterminer la qualité agronomique
des boues ainsi que leur teneur pour certains métaux lourds et oligo-éléments essentiels.
? Eléments déclencheurs de la réglementation PFAS dans les boues de stations d?épuration
o Flandre
Au printemps 2021, ce qui sera plus tard appelé la « crise des PFAS » éclate en Flandre à la suite
de révélations concernant l'entreprise 3M à Zwijndrecht, dans la banlieue d'Anvers. De très fortes
concentrations en PFAS sont retrouvées dans le sol, l?eau et le biote à proximité. Cet épisode est
qualifié de « plus grand scandale environnemental de Belgique ». La Flandre met alors en place une
série de mesures pour le suivi des PFAS dans les différents compartiments (eau distribuée, eaux
de surface, eaux souterraines, sols).
o Wallonie
Dans le même pas de temps en 2021, l'administration wallonne est avertie de la présence de PFAS
dans l'eau distribuée au sein de la base militaire américaine de Chièvres, à des niveaux dépassant
les normes en vigueur aux États-Unis (70 ng/ L) mais pas européennes (100 ng/L). Malgré la mise
en place d?un plan d?action par l?administration wallonne, ces évènements sont à l?origine d?une crise
82 https://etat.environnement.wallonie.be/contents/indicatorsheets/DECHETS%208.html# 83 Site du ministère wallon de l?environnement : https://environnement.wallonie.be/home/milieux/sol/matieres-fertilisantes-
et-sediments/boues-d-epuration.html
politico-médiatique qui a nécessité la création d'une structure de pilotage interdisciplinaire réactive.
Parmi les différentes mesures engagées figure une campagne d?analyse de la qualité de l?eau à
grande échelle, qui débute en septembre 2023, l?ensemble des résultats étant disponibles en
décembre 2023. Elle résulte de la volonté forte du Gouvernement wallon d?obtenir une vue
d'ensemble complète de la situation en matière de qualité de l'eau potable dans les 641 zones du
réseau de distribution wallon, dans un délai très court. Quatre zones seulement sur les 641 se sont
avérées non conformes à la future norme européenne de 100 ng/L.
2. Encadrement des PFAS dans les MFSC
? Flandre
Depuis le 1er juin 2012, le VLAREMA (règlement flamand pour la gestion durable des cycles de
matériaux et des déchets), définit des critères pour l?utilisation des déchets comme matières
premières, notamment pour les engrais et amendements du sol.
Les normes prévues par le VLAREMA pour les déchets utilisés comme amendements/engrais
imposent à la fois des seuils maximaux de contaminants et des doses maximales autorisées par
hectare/an. Les seuils fixés tiennent compte de l?objectif de protection des sols et des eaux
souterraines et sont donc articulés avec les dispositions du VLAREBO (règlement flamand sur la
qualité des sols).
La fixation de seuils pour les PFAS repose sur une étude préparatoire réalisée par l?institut flamand
de recherche scientifique et technologique VITO, commandée par l'OVAM84, visant à dériver des
normes au moins pour deux PFAS-clés : PFOS et PFOA.
Sur la base de ces travaux, les autorités flamandes publient en 202285 un cadre de référence
provisoire pour les PFAS dans les déchets destinés à être utilisés en tant qu?amendements ou
fertilisants, et portant à la fois sur des concentrations cibles et sur des apports maximaux.
Valeurs cibles pour les PFAS :
Une valeur de référence de 15 ?g/kg MS est utilisée pour la somme des 20 composés PFAS de
la directive EDCH.
Seuls 17 composés PFAS ont été pris en compte dans l'évaluation, car trois composés PFAS ne
pouvaient pas être quantifiés analytiquement (PFUnDS, PFDoDS, PFTrDS).
Limitation des doses d'épandage :
La charge maximale autorisée apportée par les amendements ou engrais sur le sol est de 30
mg/ha/an pour la somme des 17 composés PFAS mentionnés (annexe 2.3.1.C du VLAREMA).
Cette charge maximale de 30 mg/ha/an correspondrait à deux tonnes MS/ha/an à la concentration
maximum autorisée de 15 µg/kg MS.
Ce cadre de référence n?a pas valeur réglementaire contraignante.
84OVAM : Openbare Vlaamse Afvalstoffenmaatschappij, organisme flamand responsable de la politique des déchets et de
la gestion des sols en Flandre 85Toetsingswaarden voor PFAS in afvalstoffen bestemd voor gebruik in of als bodemverbeteraar of meststof publicatiedatum (OVAM, 2022) : Valeurs de référence pour les PFAS dans les déchets destinés à être utilisés dans ou comme amendements ou engrais https://www.vlaanderen.be/publicaties/toetsingswaarden-voor-pfas-in-afvalstoffen-bestemd-voor-gebruik-in-of-als- bodemverbeteraar-of-meststof
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 99/161
? Wallonie
Le Gouvernement wallon a annoncé, par une circulaire du 10 octobre 2024 reprise dans un
communiqué de presse86, plusieurs mesures temporaires fondées sur le principe de précaution, pour
limiter les risques liés à la valorisation des boues en agriculture. Ces mesures sont entrées en
vigueur le 1er janvier 2025.
Valeurs cibles pour les PFAS dans les boues :
Une valeur cible de 40 µg/kg MS est fixée pour la somme des teneurs en six PFAS prioritaires
(PFOS, PFOA, PFNA, PFHxS, PFDA, PFHxA).
Une valeur cible de 400 µg/kg MS est fixée pour la somme de 22 PFAS, afin de limiter leur
concentration dans les boues destinées à l?épandage.
Si au moins une de ces deux valeurs est dépassée après contre-analyse, les boues concernées ne
peuvent plus être valorisées en agriculture et sont destinées à l?incinération.
Depuis le 1er janvier 2025, la valorisation agricole des boues d?une station d?épuration pour laquelle
deux lots de boues consécutifs sont déclassés est interdite jusqu?à ce que six échantillons
consécutifs (sur la base d?une analyse par mois) respectent les valeurs cibles.
Limitation des doses d'épandage :
Le Gouvernement wallon limite les doses d?épandage de boues à six au lieu de 12 tonnes de
MS/ha sur une période de trois ans, tel qu?imposé actuellement dans la règlementation wallonne,
quel que soit le type de culture.
Comme pour la Flandre, il s?agit de « normes de qualité » et non de normes à valeur réglementaire,
mais elles font globalement l?objet d?une adhésion des acteurs des filières concernées. Le
producteur de boues a tout intérêt à garantir le respect de ces normes de qualité suite à la crise de
confiance qu?a traversée la Wallonie.
3. Modalités de détermination de ces seuils
Flandre
La méthodologie utilisée par l?institut de recherche VITO s?inspire d?une méthodologie déjà éprouvée
pour d?autres contaminants, détaillée dans une publication antérieure (OVAM, 201687).
Pour les polluants organiques, le modèle utilisé vise à déterminer la concentration maximale
admissible du polluant dans un amendement/engrais qui entraînera un « enrichissement maximal
admissible » préalablement fixé de l'horizon du sol (30 cm supérieurs) sur une période de 100 ans,
en considérant un apport de deux tonnes de MS/ha/an.
Les processus pertinents d?entrée/sortie considérés de prime abord concernent l?apport anthropique,
le dépôt atmosphérique, l?absorption par les plantes, le lessivage, la dégradation biologique. L?étude
souligne que les processus de lessivage sont considérés comme essentiels pour les polluants
organiques, notamment les polluants organiques les plus toxiques. En revanche, les contaminations
apportées par les dépôts atmosphériques et les « sorties » de PFAS via le transfert sol/plantes ou
86https://coppieters.wallonie.be/home/communiques-de-presse/presses/le-gouvernement-wallon-limite-l'usage-de-boues-
Vlaanderen (OVAM, 2016) : Définition et justification des normes de conception pour l'utilisation de matières premières comme amendement de sols/engrais en Flandre. https://ovam.vlaanderen.be/c/document_library/get_file?uuid=d0677334-d41a-eb05-b3b3- 3896d0b70b36&groupId=177281
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 100/161
par volatilisation n?ont pas été pris en compte par le modèle.
L'enrichissement maximal admissible du sol est défini dans cette étude comme l'enrichissement à
hauteur de 150% de la valeur cible du sol.
Les normes établies pour les amendements et engrais s?appuient donc sur des valeurs cibles ou
valeurs de fond définies pour les sols flamands. L?article 3 du décret du 20 octobre 2006 relatif à
l?assainissement et à la protection du sol indique qu?il s?agit des teneurs qui sont retrouvées « comme
fond normal dans des sols non pollués ayant des caractéristiques similaires ». Elles sont fixées pour
correspondre au percentile 90 des données disponibles (INERIS, 202588).
Deux études publiées en 202189 et 202490 ont été menées dans la région flamande pour déterminer
ces valeurs de fond « cibles » dans les sols, qui ont conduit à retenir les valeurs suivantes pour deux
PFAS uniquement :
? 1,5 ?g/kg MS pour le PFOS ;
? 1 ?g/kg MS pour le PFOA.
Ce sont ces deux valeurs cibles dans les sols qui ont été utilisées dans la modélisation flamande,
pour aboutir à la détermination de la valeur de référence de 15 ?g/kg MS pour les 20 PFAS de la
directive EDCH, dans les amendements et engrais.
L?extension de la valeur fixée aux 20 composés de la directive EDCH est un choix de l?autorité de
gestion afin d?établir une cohérence avec les enjeux majeurs du milieu « eau ».
Wallonie
Résultats de deux « audits » commandités par le Gouvernement wallon à la Société Publique
de Gestion de l?Eau (SPGE91).
*Premier audit : un premier « audit » mené par la SPGE en avril et mai 2024 a permis de faire le
point sur les teneurs en PFAS dans les eaux usées traitées et les boues issues de stations
d?épuration. 27 PFAS ont ainsi été analysés dans 112 échantillons de boues déshydratées issues
de 98 stations. En effet, le comité de suivi, institué en avril 202492 pour suivre de manière proactive
la question des PFAS en assainissement, a décidé d?analyser l?ensemble des PFAS ciblés par la
directive EDCH et par la directive DCE, soit 26 composés, ainsi que le 6 :2 FTS retrouvé dans
certaines mousses anti-incendie93.
Seuls les résultats sur les boues de stations d?épuration sont présentés ici (le détail des résultats
88 Valeurs de fond des PFAS dans les sols européens et cadre de gestion des sols contaminés par les PFAS sur le
territoire flamand (INERIS, 2025). https://www.ineris.fr/fr/valeurs-fond-pfas-sols-europeens-cadre-gestion-sols-contamines-pfas-territoire-flamand 89 Afleiden van streefwaarden voor perfluorverbindingen en enkele andere 'emerging contaminants'. Deel 1. Analyses (OVAM, 2021) : Détermination des valeurs cibles pour les composés perfluorés et certains autres contaminants émergents. Partie 1. Analyses. https://www.vlaanderen.be/publicaties/afleiden-van-streefwaarden-voor-perfluorverbindingen-en-enkele-andere-
emerging-contaminants-deel-1-analyses 90 Bepalen van streefwaarden voor pfas in ground en grondwater (OVAM, 2024) : Détermination des valeurs cibles pour les PFAS dans le sol et les eaux souterraines https://www.vlaanderen.be/publicaties/bepalen-van-streefwaarden-voor-pfas-in-grond-en-grondwater 91En Wallonie, l?assainissement est coordonné depuis 2000 par la SGPE qui, avec les 7 Organismes d?Assainissement
Agréés, assure l?exploitation de 459 stations d?épuration publiques. 92 Il réunit la SPGE, le Service Public de Wallonie ? Agriculture, Ressources Naturelles et Environnement (SPW ? ARNE)
et l?Institut Scientifique de Service Public. 93 En revanche, le 6 :2 FTOH et le 8 :2 FTOH ne pouvaient pas être analysés de façon fiable et ont été exclus de la liste.
https://environnement.wallonie.be/files/Images/Actualit%c3%a9s/2024_PFAS_Stations_Epuration/PFAS%20dans%2 0les%20eaux%20%c3%a9pur%c3%a9es%20et%20les%20boues%20urbaines%20r%c3%a9siduaires%20en%20W allonie%20-%20Etat%20des%20lieux.pdf
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 101/161
sur l?ensemble des échantillons d?eaux usées et de boues est disponible dans le rapport93) :
? Dix PFAS (PFHpS, PFNS, PFDS, PFUnDS, PFDoDS, PFTrDS, HPFO-DA/GenX, DONA, PFODA et C6O4) n?ont jamais été détectés ;
? sept PFAS sont détectés dans plus de la moitié des échantillons de boues, valorisées en agriculture ou non (PFOS, PFDoDA, PFDA, PFUnDA, PFOA, PFTeDA et PFHxA),
o dont quatre ont été détectés dans plus de 90 % des cas (PFOS, PFDA, PFDoDA et PFUnDA) ;
o dont un a été détecté dans tous les échantillons (PFOS), parfois avec de fortes concentrations.
*Deuxième audit : ce deuxième audit a été réalisé entre fin octobre 2024 et début janvier 2025, afin
de disposer d?un nouvel état des lieux, six mois après le premier audit.
La liste des composés recherchés n?est pas tout à fait la même : cette fois, le comité de suivi a fait
analyser 22 composés PFAS figurant dans la circulaire ministérielle d?octobre 2024, dans 106
échantillons de boues déshydratées provenant de 105 sites.
Là encore, seuls les résultats d?analyse sur les boues sont présentés (cf. note 94) :
? neuf PFAS sur les 22 composés recherchés n?ont jamais été quantifiés dans les boues valorisées en agriculture (PFTrDA, PFBS, PFPeS, PFHpS, PFNS, PFDS, PFUnDS, PFDoDS et PFTrDS) ;
? cinq PFAS sont quantifiés dans plus de la moitié des échantillons (PFOA, PFDA, PFUnDA, PFDoDA et PFOS) ;
? les composés PFOS, PFDA et PFDoDA ont été retrouvés dans plus de 90% des échantillons, ce qui est cohérent avec les résultats du 1er audit.
Aucun échantillon n?a dépassé le seuil réglementaire de 400 µg/kg MS pour la somme des 22
PFAS, et la majorité des échantillons (98,5 %) étaient également sous le seuil de 40 ?g/kg MS
pour la somme des six PFAS.
Le TFA a également été recherché dans 105 échantillons de boues. Il a été quantifié dans seulement
deux échantillons à un taux de 69 ?g/kg MS (fréquence de quantification équivalente à 1,9%).
Les conclusions issues de ces deux campagnes d?analyses réalisées en 2024 sur des panels de
respectivement 112 et 106 échantillons de boues déshydratées ont confirmé que, pour la plupart
des boues y compris celles valorisées en agriculture, les concentrations de PFAS étaient
relativement faibles, et que la majorité des échantillons (96%) avaient des concentrations cumulées
pour la somme de 22 PFAS en dessous de 40 µg/kg MS.
L?étude affirme par ailleurs que, au regard des données disponibles, il n?est pas probant d?établir
des corrélations directes entre les teneurs en PFAS mesurées dans les rejets aqueux des stations
d?épuration et dans les boues déshydratées.
La valeur cible de 40 µg/kg MS fixée pour la somme de six PFAS s?appuie en grande partie
sur les résultats des deux campagnes d?analyses précédemment citées.
La distribution statistique des concentrations mesurées a été utilisée comme référence de contexte
pour définir des valeurs cibles qui soient à la fois protectrices et réalistes. Les six substances
retenues sont fréquemment retrouvées dans les boues et bien documentées, elles incluent par
ailleurs les quatre composés PFAS réglementés dans les denrées alimentaires (PFOS, PFOA,
PFNA, PFHxS).
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 102/161
Des débats avec la communauté scientifique ont émergé, portant sur l?intérêt qu?il y aurait à
s?appuyer sur un modèle intégrant des valeurs cibles toxicologiques et des valeurs seuils dans les
sols avec un niveau d?enrichissement maximal autorisé par l?épandage de boues.
Une des difficultés soulignées par la communauté scientifique résidait dans le fait qu?il n?existe pas
de Valeur Toxicologique de Référence (VTR) probante, établie pour la somme des six PFAS retenus
par le Gouvernement.
En l?absence de cadre réglementaire ou normatif européen et dans la mesure où les données
scientifiques restaient partielles, les autorités wallonnes ont confirmé l?opportunité de disposer de
cet indicateur de gestion « somme des six PFAS ». Une évaluation de la pertinence de ces valeurs
cibles est engagée en 2026, pour tenir compte de l?évolution rapide des connaissances scientifiques
et de l?amélioration de la performance analytique.
La valeur cible de 400 µg/kg MS fixée pour la somme de 22 PFAS correspond à la valeur
établie par le Danemark, considérée par la Wallonie comme pertinente et fondée sur une analyse
de risque prenant en compte des valeurs maximales admissibles dans les sols.
Le TFA, très peu retrouvé dans les échantillons de boues analysés et bien davantage présent dans
le milieu aqueux, n?est pas considéré comme un bon indicateur de contamination en PFAS des
boues par les scientifiques wallons, et ne fait donc pas partie des composés retenus.
La division par deux des apports de boue annuels maximaux autorisés à l?hectare résulte de choix
politiques réaffirmant l?importance de préserver la qualité des sols en jouant sur différents leviers
d?action. Elle revient indirectement à limiter le flux de PFAS apportés à la parcelle.
Une campagne d?analyse a en parallèle été menée sur d?autres matières fertilisantes que les boues
(y compris des composts et des digestats). Les résultats ne sont pas encore publiés, les premières
données semblent confirmer que les composts, digestats, et a fortiori les effluents d?élevage sont
moins contaminés par les PFAS que les boues de stations d?épuration.
Enfin, une réflexion est en cours pour intégrer la problématique des PFAS aux dispositions du
« décret sols » du 1er mars 2018 concernant les PNN (polluants non normés).
4. Evaluation des impacts sur les filières, et mesures d?accompagnement
? Flandre
Les valeurs cibles fixées en Flandre pour les PFAS dans les boues et plus généralement les engrais
et amendements sont parmi les plus basses d?Europe. Pour autant, l?impact sur les filières est jugé
minime, dans la mesure où les boues sont quasi systématiquement incinérées.
? Wallonie
Une crise de confiance à l?égard des boues
Comme indiqué précédemment, la Wallonie a dû faire face à une crise de confiance majeure de la
profession agricole et de la population, avec une stigmatisation de l?épandage des boues en
particulier, et des réactions de rejets des agriculteurs même lorsque la conformité des boues aux
valeurs cibles définies était assurée.
Au final, la part des boues épandues sur les sols agricoles a enregistré une diminution depuis 2023
(65% au lieu de 70-72% précédemment), ceci alors même que la très grande majorité des boues
sont conformes aux valeurs cibles actuellement proposées (cf. résultats des audits menés par la
SPGE).
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 103/161
Des difficultés logistiques liées principalement au stockage des boues
La mission a pris note, lors des entretiens menés, de la problématique que constitue le stockage
des boues dans l?attente des résultats d?analyse : le déplacement de boues chaulées déshydratées
demeure problématique (instabilité et modification de la structure, risque de lixiviation, ?). Les
stations d?épuration ne sont pas non plus dimensionnées pour réaliser un stockage tampon de
longue durée.
Il semble que, en Wallonie, le stockage des boues en bord de champ soit autorisé dans l?attente des
résultats analytiques, mais l?exploitant s?expose à la gestion du devenir de ces boues en cas de non-
respect des valeurs cibles, y compris en terme d?image.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 104/161
6.4. SUEDE
1. Eléments de contexte et pratiques concernant la valorisation des MFSC95
? La valorisation des boues de station d?épuration
Les statistiques publiées par l?Agence suédoise de protection de l?environnement96 montrent que la
production nationale de boues de stations d?épuration municipales est stable autour de 200 000
tonnes MS par an (198 000 tonnes en 2022), et que la part valorisée en agriculture est en
augmentation notable (25% en 2010, 50% en 2021-2023, 60% en 2024)97.
Figure n°4 : part des boues de station d?épuration valorisée en agriculture en Suède
? Cadre réglementaire et normatif suédois sur la gestion des déchets
L?épandage des boues d?épuration sur les terres agricoles est réglementé par la directive
européenne relative aux boues d?épuration (86/278/CEE), la norme SNFS 1994:2 et l?article 20 de
la norme SFS 1998:944. La Suède rend compte annuellement à l?UE du respect de cette
réglementation. Les informations communiquées doivent être mises à la disposition du public.
L?Agence suédoise de protection de l?environnement les rend publiques depuis 2023.
Une grande partie des boues d'épuration utilisées sur les terres agricoles provient de stations
d'épuration certifiées SPCR 167.
? Eléments déclencheurs de la réglementation PFAS dans les boues de station d?épuration
Les inquiétudes face à la pollution liée aux PFAS concernent majoritairement l?eau potable,
notamment après l?affaire de Ronneby en 2013 qui a fait l?objet d?une forte attention dans la presse.
La contamination aux PFAS des eaux potables à Ronneby en 2013 : les PFAS contenus dans
des mousses extinctrices utilisées par le ministère de la Défense durant plus de 25 ans, pour une
flottille d?avions F17 proche d?un aéroport, ont pollué les eaux souterraines, source d?eau potable à
Ronneby. L?eau contaminée présentait des teneurs en PFAS supérieures à 10 000 ng/l pendant
95 Cette fiche s?appuie notamment sur les sites de l?Agence suédoise de protection de l?environnement, du Swedish Geotechnical Institute,
du Research Institute of Sweden (RISE), ainsi que sur une note de 2023 de la DG Trésor 96 https://www.ri.se/sv/svenskanaringsplattformen/nyheter/okad-slamanvandning-i-sverige 97 https://www-naturvardsverket-se.translate.goog/data-och-statistik/avlopp/avloppsslam-pa-jordbruksmark-anvandning-
innehall-och-spridningsplatser/?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=wapp
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 105/161
plusieurs années. 160 personnes ont ainsi été contaminées à Ronneby par ingestion d?eau potable
polluée aux PFAS : la concentration dans le sang des victimes dépassait 600 ng/ml, le niveau le
plus élevé mesuré à ce jour.
Selon un rapport "Eau potable contaminée par les PFAS en Suède" publié en 2022 par la Société
suédoise pour la conservation de la nature (Naturskyddsföreningen)98 , plus de 2 millions de suédois
(20 % de la population) consommaient de l?eau dont la teneur en PFAS dépasserait la norme
danoise de 2 ng/l.
Dans ce contexte, la décision prise le 27 avril 2023 par le Gouvernement d?accepter les travaux de
drainage de l?aéroport de Karlsborg au bord du lac Vättern, a été fortement critiquée dans la presse
par les ONG : les eaux souterraines polluées sous l?aéroport devaient être drainées vers le lac
Vättern, réserve d?eau potable de 0,3 million d?habitants, dont la concentration en PFAS-4 dépassait
déjà la norme danoise de 2 ng/L. Des organisations ont fait appel de la décision du Gouvernement
auprès de la cour suprême suédoise.
La Suède fait partie des cinq pays européens (avec le Danemark, l?Allemagne, la Norvège et les
Pays-Bas) qui ont proposé en 2023 à l?Agence européenne des produits chimiques (ECHA) une
interdiction historique de tous les PFAS en Europe (soit plus de 10 000 composés perfluorés)99. La
participation de la Suède à cette initiative a été trans-partite : décidée par un Gouvernement social-
démocrate et vert, elle a été soutenue par l?alliance de droite et d?extrême droite qui a pris le pouvoir
après les élections de septembre 2022.
2. Encadrement et seuils fixés pour les PFAS dans les MFSC
Malgré une valorisation agricole significative des boues de stations d?épuration (60 %), il n?existe
pas actuellement d?encadrement réglementaire de leur contamination aux PFAS.
Dans le domaine de l?eau potable, la Suède s?est montrée pionnière dans la lutte contre les PFAS.
Elle a introduit des normes nationales plus strictes que celles imposées par l?UE. Ainsi, depuis le
1er janvier 2023, les normes suédoises pour l?eau potable limitent la présence de quatre composés
PFAS (PFOA, PFNA, PFOS et PFHxS) à 4 ng/l (contre 2 ng/l au Danemark), et celle de 21 composés
PFAS100 à 100 ng/l. En introduisant un 21ème PFAS et en fixant un seuil supplémentaire sur la somme
de quatre PFAS, les normes suédoises sont plus strictes que la norme européenne (qui fixe
uniquement un seuil pour la somme des teneurs en 20 PFAS à 100 ng/l). Les opérateurs d?eau
potable disposaient d?une période transitoire de trois ans pour prendre des mesures permettant
d?atteindre ces normes, avant qu?elles ne deviennent obligatoires au 1er janvier 2026.
Hormis l?eau potable, la Suède n?impose pas de restrictions sur les PFAS qui soient plus strictes que
le cadre européen, en particulier sur les concentrations dans les denrées alimentaires. Le
Gouvernement ne souhaite pas introduire de nouvelles normes qui seraient plus ambitieuses que
celles en discussion au niveau européen, afin de ne pas réduire la compétitivité des entreprises
suédoises.
Les valeurs guides dans les sols et les eaux souterraines : toutefois, afin de disposer de lignes
directrices permettant d'évaluer les risques que représente une zone contaminée par des composés
PFAS pour la santé humaine et l'environnement (valeurs guides générales du ministère de
98 https://cdn.naturskyddsforeningen.se/uploads/2022/04/29085341/31562_5f4cf4187858cb3.pdf 99 Leur proposition a été remise à l?ECHA, le 13 janvier 2023. Sur cette base, l?ECHA a ensuite publié la proposition
d?interdiction le 7 février 2023. La période de consultation sur cette proposition s?est ouverte le 22 mars 2023 pour une durée de 6 mois.
100 Ces 21 PFAS couvrent les 20 substances PFAS spécifiées dans la directive (UE) 2020/2184 du Parlement européen et du Conseil ainsi que le 6 :2 FTS.
l'environnement et de l'énergie, décret n° S 2014/8774/SAM), le Gouvernement a mandaté le
Swedish Geotechnical Institute (SGI) pour élaborer des « valeurs-guides préliminaires » pour les
PFAS dans les sols et les eaux souterraines. Elles ne constituent pas à proprement parler des seuils
réglementaires, mais des seuils d'évaluation des risques pour la santé humaine et l'environnement.
Elles peuvent donc orienter la gestion des apports de MFSC, et particulièrement de boues de STEU.
Ces valeurs-guides préliminaires sur la teneur en PFAS des sols et des eaux souterraines,
présentées ci-dessous, ont été publiées dans un rapport du SGI de 2015101 :
? PFOS : les valeurs-guides préliminaires pour les sols ont été fixées à 20 µg/kg MS pour les sols
moins sensibles (visant à protéger les eaux souterraines en tant que ressource naturelle) et à 3
µg/kg MS pour les sols à usage sensible (visant, en plus de la protection des eaux souterraines,
à protéger l?environnement du sol ? exemple : zones résidentielles -). La valeur guide pour les
eaux souterraines est de 0,045 ?g PFOS/L et est régie par la protection des eaux souterraines.
? Autres PFAS : le rapport de 2015 n?introduit pas de valeurs-guides, faute d?éléments de
connaissance suffisants.
La certification volontaire applicable aux boues : en Suède, certaines directives volontaires ont
été mises en place soit pour pallier l?absence de limites légales nationales spécifiques (ex. pour les
PFAS), soit pour aller au-delà des réglementations nationales et européennes. C?est le cas de la
certification REVAQ102 (système de certification pour les boues d?épuration).
La certification REVAQ SPCR 167 repose sur :
? la surveillance analytique des PFAS dans les boues, incluant des seuils internes pour quatre
PFAS et 22 PFAS ;
? un travail systématique en amont pour réduire leur entrée dans les stations ;
? une approche de qualité globale supérieure aux seules obligations légales, visant à garantir que
les boues réutilisées en agriculture ne présentent pas de risque excessif lié à ces substances
persistantes.
La certification inclut des « action limits » pour des groupes de PFAS spécifiques : par exemple, des
limites indicatives de ~7,5 µg/kg MS pour quatre PFAS (PFAS4) et ~25 µg/kg MS pour un ensemble
de 22 PFAS (PFAS22). Ces valeurs ne sont pas des normes réglementaires ou juridiques, mais sont
contraignantes pour la certification. Elles servent à guider la gestion de la qualité des boues dans
des démarches volontaires. On estime aujourd?hui que la moitié des boues issues des stations
d?épuration suédoises sont certifiées selon le système REVAQ.
3. Méthode de détermination de ces seuils
? Sélection des composés PFAS et évaluation des impacts :
Les travaux de SGI ont porté sur une liste de 19 composés PFAS, établie après consultation des
différentes autorités concernées103 :
? PFBA, PFPeA, PFHxA, PFHpA, PFOA, PFNA, PFDA, PFUnDA, PFDoDA ;
101 « Valeurs guides préliminaires pour les substances PFAS dans les sols et les eaux souterraines » (SGI Statens
geoteknika institut 2015) https://sgi.diva-portal.org/smash/record.jsf?pid=diva2%3A1300083&dswid=-3323 102 https://www.ri.se/en/infrastructure/water/story/the-revaq-certified-sjostadsverket-is-responsible-for-the-sludge 103 Autorité suédoise de la mer et de l?eau (HaV), l?Agence suédoise des produits chimiques (KemI), l?Agence nationale
suédoise de l?alimentation (SLV), l?Agence suédoise de la protection civile (MSB), l?Agence suédoise de protection de l?environnement (NV) et le Service géologique de Suède (SGU), Université suédoise des sciences agricoles (SLU), trois laboratoires commerciaux d?analyse (ALcontrol Laboratories, ALS Scandinavia et Eurofins Environment)
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 107/161
? 6 :2 FTS, PFOSA ;
? Méthodes de détermination des valeurs des seuils :
Valeurs guides dans les sols et les eaux souterraines : considérant que les données nécessaires
à l'élaboration de valeurs-guides étaient insuffisantes pour la plupart des composés PFAS et que
seul le PFOS disposait de données scientifiques suffisamment complètes, le SGI a choisi de se
concentrer en priorité sur l'établissement de valeurs-guides pour le PFOS, puis de les compléter
pour les autres composés PFAS (en commençant par le PFOA) lorsque les données nécessaires
seront disponibles.
Les valeurs-guides pour le PFOS dans les sols ont été calculées selon la méthodologie
précédemment élaborée par l'Agence suédoise de protection de l'environnement pour le calcul des
valeurs-guides relatives à d?autres contaminants des sols. Cette méthodologie repose sur le principe
que les valeurs-guides établies tiennent compte des risques qu'une zone contaminée représente
pour les populations riveraines et pour l'environnement, tant en amont qu'en aval.
Elle couvre deux types d'utilisation des sols : les sols sensibles où l?objectif est de protéger les eaux
souterraines et l?environnement du sol (par exemple, les zones résidentielles), et les sols moins
sensibles où l?objectif est de protéger les eaux souterraines (par exemple, les zones industrielles).
Seuils de certification PFAS REVAQ dans les boues :
Les valeurs seuils PFAS dans REVAQ (SPCR 167) sont des valeurs opérationnelles internes,
construites par les gestionnaires du système REVAQ (les compagnies d?eau suédoises regroupées
dans Svenskt Vatten).
Elles résultent d?un processus fondé sur des données de terrain, des évaluations toxicologiques et
des objectifs de réduction continue. Entre 2010 et 2020, les stations d?épuration suédoises ont mené
des campagnes d?analyse sur des PFAS individuels (ex. PFOS, PFOA), un groupe ?noyau? de quatre
PFAS utilisé comme indicateur, un groupe élargi de 22 PFAS. Sur cette base, les valeurs-seuils ont
été fixées comme limites compatibles avec le niveau de contamination réellement mesuré, afin d?être
atteignables pour les stations certifiées, mais suffisamment exigeantes pour stimuler la réduction
amont.
4. Evaluation des impacts sur les filières, et mesures d?accompagnement
Les principales destinations des boues non certifiées REVAQ sont :
? l?incinération avec valorisation énergétique qui est une option très courante (50 à 60 %) ;
? l?usage en travaux publics pour des remblais et couverture de décharges (20 à 30 %) ;
? l?épandage agricole qui est autorisé mais moins accepté par les utilisateurs aval (10 à 20 %) ;
? la mise en décharge qui reste marginale (moins de 5 %) ;
? la récupération de phosphore qui est en développement (moins de 5 %).
La mission n?a pas pu collecter d?informations détaillées sur les impacts éventuels liés à l?introduction
des valeurs-guides dans les sols et les eaux souterraines, et d?une démarche de certification dans
les boues. Elle suppose toutefois que ces impacts restent modestes, considérant l?absence de
mesure contraignante associée.
6.5. DANEMARK
1. Eléments de contexte et pratiques concernant la valorisation des MFSC
? La valorisation des boues de stations d?épuration
Le Danemark compte plus de 1000 STEU, généralement gérées par des municipalités. La
production annuelle de boues de STEU est estimée en 2025 à 160 000 tonnes MS/an104 (1,2 millions
de tonnes de boues en poids humide). Cette production est stable. Un article de 2005105 signalait
une baisse progressive de la production (de 170 000 tonnes MS en 1994 à 140 000 tonnes MS en
2002), mais le volume semble être remonté depuis.
Le traitement et la valorisation des boues se font selon plusieurs filières :
? ~25 % des boues sont incinérées (en mono-combustion ou co-incinération), souvent dans des
installations spécialisées, avec récupération d?énergie possible. ;
? ~75 % des boues sont traitées puis valorisées :
? ~45 % des boues sont d?abord digérées anaérobiquement pour produire du biogaz, puis le
digestat est utilisé comme fertilisant agricole ou matière organique utile ;
? ~25 % des boues sont simplement déshydratées et traitées (additifs), destinées à une
valorisation ultérieure (souvent agricole) ;
? ~5 % des boues sont compostées ou minéralisées, ce qui en fait une matière organique plus
stable et adaptée à certaines applications agricoles ou industrielles ;
? < 1 % est transformé en biochar via pyrolyse, une forme de carbone stable utilisée dans
certains sols ou applications industrielles.
Figure n°5 : modalités de traitement des boues de STEU au Danemark
Après traitement et stabilisation, environ 93% des boues traitées finissent en épandage agricole ou
dans des usages associés (comme fertilisant ou amendement organique) et 7% aboutissent en mise
en décharge, généralement à la suite d?une incinération externe ou si elles ne peuvent être utilisées
104https://www.phosphorusplatform.eu/images/download/Report%20PhosphorusProject%20Denmark%20for%20ESPP.p
Incinération : environ 25%
Déshydratation et valorisation :
autrement.
L?ordonnance ministérielle n° 49 du 20 janvier 2000 (« Statutory Order on Sludge ») est la principale
base juridique pour l?utilisation de boues en agriculture au Danemark. Elle introduit notamment des
critères de qualité des boues et de qualité des sols :
? seules les boues qui respectent des limites strictes pour certains métaux lourds et de certains polluants organiques autorisés peuvent être utilisées ;
? le sol doit satisfaire à des critères spécifiques de qualité pour que l?application de boues soit autorisée.
Les boues doivent obligatoirement subir un traitement (stabilisation, compostage ou hygiénisation
contrôlée) avant épandage sur les terres agricoles. Les boues hygiénisées (par exemple par
pasteurisation) et répondant à des critères microbiologiques (absence de Salmonella, faible nombre
de streptocoques fécaux) ne sont soumises à aucune restriction spécifique d?utilisation ; les boues
seulement stabilisées ou compostées sont soumises à des restrictions d?usage (épandage sur des
sols accueillant des produits non destinés à une consommation immédiate, obligation de labourer
rapidement après épandage, etc.).
L?épandage agricole des boues est autorisé à hauteur de sept tonnes/ha/an. La qualité des boues
doit être contrôlée une fois par an pour les polluants organiques réglementés (une fois tous les trois
mois pour les métaux lourds). La qualité des sols doit être contrôlée avant le premier épandage de
boues.
Rôle de l?État (niveau national)
Législation et normes environnementales : le ministère chargé de l?environnement (et son agence,
la Danish Environmental Protection Agency) élabore, administre et supervise les règles relatives à
la gestion des eaux usées et des boues issues des stations d?épuration. Cela inclut les normes
nationales de qualité, les obligations découlant de la directive européenne sur les eaux résiduaires
urbaines (qui couvre indirectement aussi la gestion des boues), ainsi que les critères
environnementaux sur l?utilisation ou l?élimination des boues. Ainsi, les normes de traitement des
boues, de protection des milieux et les grandes orientations (taxes environnementales sur les rejets,
cadre réglementaire européen, etc.) sont définies au niveau central, l?État fixant les axes et les
objectifs.
Surveillance et orientation stratégique : l?agence est l?autorité de contrôle pour les permis de rejets
et pour le respect des objectifs environnementaux. Elle assure une supervision administrative et
technique, notamment pour les installations ayant un impact significatif sur l?environnement. Elle
fournit des lignes directrices, appuie la recherche et coordonne au plan national les politiques liées
aux ressources (azote, phosphore) issues de la gestion des boues.
Rôle des municipalités
De leur côté, les municipalités sont en charge (i) de l?exploitation et de la maintenance des stations
et réseaux, (ii) de la planification locale des services d?assainissement, (iii) de la gestion
opérationnelle des boues (traitement, valorisation, élimination) et (iv) de la délivrance des
autorisations d?exploitation et surveillance locale.
? Eléments déclencheurs de la réglementation PFAS et biosolides
Un incident local a été particulièrement déterminant dans la sensibilité à la contamination par les
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 110/161
PFAS.
Pollution accidentelle lors d?exercices de lutte contre l?incendie : en 2020, des PFAS ont été
détectés à des niveaux élevés dans les eaux usées municipales autour de Korsør. Début 2021, les
autorités locales en ont identifié la source (utilisation historique de mousses anti-incendie contenant
notamment du PFOS et du PFHxS, lors d?exercices de formation à la lutte contre l?incendie menés
à Korsør entre 1969 et 2001). La même année, des analyses ont montré des concentrations
préoccupantes de PFAS dans l?environnement et dans la viande de bovins ayant pâturé à proximité.
Les impacts ont été multiples :
? sols : les concentrations totales de PFAS analysés dans les sols pouvaient atteindre autour de
1 450 µg/kg MS dans les zones les plus touchées ;
? eaux souterraines : des PFAS ont été détectés dans tous les puits de surveillance, avec des
teneurs allant de 90 à plus de 123 000 ng/l selon les composés et l?emplacement ;
? eaux de surface : dans la baie voisine (Korsør Cove), on a mesuré jusqu?à 77 ng/l de PFOS dans
l?eau, et jusqu?à 34 000 ng/l dans un ruisseau d?écoulement lié au site ;
? biote et contamination alimentaire : des analyses sanguines réalisées auprès des membres
d?une association locale d?éleveurs ont révélé des niveaux de PFOS et PFHxS bien supérieurs
aux références danoises normales, suggérant une exposition humaine via la chaîne alimentaire.
Ceci a suscité une forte préoccupation environnementale et sanitaire. Ce type d?événement a mis
clairement en évidence le caractère persistant et accumulatif des PFAS dans l?environnement et la
chaîne alimentaire. Depuis 2021, des mesures de traitement (zones de drainage captées et usines
de traitement sur site) ont été mises en place pour limiter la diffusion vers les nappes et cours d?eau.
Bien que le Danemark ne manufacture pas lui-même beaucoup de PFAS, des concentrations
élevées ont été ensuite retrouvées dans des sites d?essais et d?entraînement, notamment des
stations d?essais de mousses anti-incendie, des zones d?essais militaires, ou encore des décharges.
Les régions estiment que jusqu'à 15 000 sites pourraient présenter des sols contaminés par les
PFAS en raison d'activités potentiellement polluantes.
En 2023, le Danemark et d?autres pays ont soumis une proposition à l?Agence européenne des
produits chimiques (ECHA) pour restreindre l?usage des PFAS à l?échelle de l?UE. Cette
collaboration a renforcé la position réglementaire nationale du Danemark en matière de restrictions
et d?interdictions ciblées.
En 2024, le Gouvernement et les différents partis politiques106 ont conclu un accord sur un plan
national d?action PFAS107. Il a été doté d?un budget de 404 millions DKK pour sa première phase
2024-2027. Ce plan fixe un cadre d?action structuré et vise à « protéger les citoyens contre leur
exposition aux PFAS dans leur vie quotidienne et dans l'environnement. Les efforts déployés auront
un impact considérable, notamment en privilégiant l'élimination des PFAS de l'eau potable et la
dépollution des sols, l'interdiction et l'élimination progressive des PFAS dans les produits et
l'industrie, la collaboration avec le secteur privé et la diffusion d'informations complètes et
actualisées sur les PFAS auprès du public. ».
106 Le gouvernement danois, les Démocrates danois, la Gauche verte, l'Alliance libérale, le Parti populaire conservateur,
l'Alliance rouge verte danoise, le Parti social libéral danois et l'Alternative 107 https://mim.dk/media/hszhzysc/agreement-on-a-national-action-plan-for-pfas.pdf?
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 111/161
Concernant les boues de STEU, le plan national d?actions PFAS prévoit que « Les parties
conviennent de la nécessité de fixer des valeurs limites contraignantes pour les PFAS dans les
boues d'épuration à des fins agricoles de 0,01 mg/kg de matière sèche pour le PFAS4 et de 0,05
mg/kg de matière sèche pour le PFAS22. »
2. Encadrement et seuils fixés pour les PFAS dans les MFSC
Les composés PFAS ciblés par le cadre de référence
Les autorités danoises prévoient une limitation des quantités de 22 PFAS dont 10 acides perfluorés
carboxyliques (PFCA),10 acides perfluorés sulfoniques (PFSA), un précurseur (PFOSA) et un
fluorotélomère (6 :2 FTS) :
? PFCA : PFBA ; PFPeA ; PFHxA ; PFHpA ; PFOA ; PFNA ; PFDA ; PFUnDA ; PFDoDA ; PFTrDA ;
? PFSA : PFBS ; PFPeS ; PFHxS ; PFHpS ; PFOS ; PFNS ; PFDS ; PFUnDS ; PFDoDS ; PFTrDS ;
? autres composés PFAS : PFOSA (un précurseur) et 6 :2 FTS (fluorotélomère).
Les valeurs de référence retenues
Les valeurs de référence existantes ont été établies en deux étapes.
En 2021, l?Agence danoise de protection de l?environnement (Danish Environmental Protection
Agency, Miljøstyrelsen) a publié deux valeurs-seuil indicatives (« cut-off values » / indicative limit
values) pour la teneur en PFAS dans les boues de stations d?épuration destinées à être utilisées en
agriculture :
? somme de quatre PFAS clés (PFOA, PFOS, PFNA, PFHxS) : ? 10 µg/kg MS ;
? somme de 22 PFAS analysés : ? 400 µg/kg MS.
L?approche adoptée était préventive : ces seuils, établis sur la base d'une étude bibliographique
menée par l'Agence, étaient proposés comme indicatifs pour orienter les autorités locales et les
exploitants de stations d?épuration vers des concentrations de PFAS dans les boues considérées
compatibles avec des critères de qualité du sol, de protection des eaux souterraines, eaux de
surface et de la chaîne alimentaire via les cultures.
Pour être utilisées en agriculture, les boues doivent répondre à ces seuils indicatifs, et si cela n?est
pas possible, elles doivent être traitées autrement ou destinées à des filières non agricoles (par
exemple incinération, traitement thermique). Pour autant, ces valeurs ne sont pas juridiquement
contraignantes.
En 2024, le plan national d?action PFAS retient des valeurs seuils encore plus restrictives pour les
boues de STEU valorisées en agriculture, sur la base de travaux scientifiques commandités par
l?Agence (cf. 3. méthode de détermination des seuils) :
? somme de 4 PFAS inférieure à 10 µg/kg de MS ;
? somme de 22 PFAS inférieure à 50 µg/kg de MS.
Les contraintes de suivi
La qualité des boues doit être contrôlée une fois par an pour les polluants organiques (une fois tous
les trois mois pour les métaux lourds). La qualité des sols doit être contrôlée avant le premier
épandage de boues.
Les contraintes d?épandage
L?épandage agricole des boues est autorisé à hauteur de sept tonnes/ha/an.
3. Méthode de détermination de ces seuils
Dans la perspective de la définition de « valeurs-seuil indicatives pour les teneurs en PFAS des
boues de stations d?épuration », l?Agence Danoise de protection de l?environnement avait
commandité une étude scientifique approfondie, coordonnée par l?Université d'Aarhus. Le rapport
« Derivation of cut-off values for PFAS in sewage sludge »108 a été remis en 2023.
Son objectif était de proposer, sur des bases scientifiques robustes, des valeurs-seuils pour la teneur
en PFAS des boues de STEU compatibles avec les enjeux de protection des eaux de surface, des
eaux souterraines, des sols et de la santé humaine.
La démarche repose sur l?exploration de quatre voies de contamination par les PFAS liant
l?épandage des boues à des enjeux de santé humaine (cibles : eau potable, alimentation) ou
environnementale (cibles : sol, eaux de surface) :
? boues ? sol ? biote du sol (micororganismes, invertébrés, espèces végétales) ;
? boues ? sol ? eau interstitielle du sol ? eaux de surface ? organismes aquatiques ;
? boues ? sol ? eau interstitielle du sol ? eaux souterraines ? eau potable ? humains ;
? boues ? sol ? cultures fourragères ? bétail ? aliments (viande, produits laitiers) ? humains.
Pour chacune des cibles de ces voies de contamination, des « teneurs acceptables » ont été
définies.
Ce rapport s?est concentré principalement sur quatre PFAS (PFOS, PFOA, PFNA, PFHxS) entrant
dans la définition des critères de qualité des eaux souterraines. La seule source de PFAS considérée
est l?apport par les boues de stations d?épuration (pas de prise en compte des apports
atmosphériques ou de la diffusion à partir de sources ponctuelles).
Modélisation des processus : la modélisation repose sur des méthodes et équations issues des
documents publiés109 par l?ECHA et par l?Agence Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA).
Les principaux processus restitués par le modèle sont :
Adsorption-désorption : elles couvrent l?adsorption-désorption des PFAS sur ou depuis la phase
minérale ainsi que l?adsorption-désorption sur ou depuis la phase organique. Ces processus
présentent des dynamiques rapides.
L?adsorption-désorption répartit les PFAS, notamment ceux apportés via les boues, entre la phase
solide (matrice du sol) et la phase aqueuse (eau interstitielle). Ces processus dépendent du PFAS,
du sol (minéralogie, matière organique, pH), de la température ?). Le coefficient de distribution (Kd)
est le rapport entre la teneur en PFAS de la phase solide (µg/kg MS) à la concentration de la phase
liquide (eau interstitielle) (µg/l) une fois l'équilibre atteint. Plus Kd est élevé, plus le PFAS est adsorbé
et moins il est mobile. Les valeurs des coefficients de distribution sont issues de la littérature
scientifique : les valeurs ont été compilées et la médiane a été retenue comme valeur de base des
108 « Derivation of cut-off values for PFAS in sewage sludge?, 2023, Environmental project n°2232, Ministry of Environment
of Denmark. https://www2.mst.dk/Udgiv/publications/2023/03/978-87-7038-497-1.pdf 109 ?Guidance on information requirements and chemical safety assessment, Chapter R16 : environmental exposure
assessment? (https://www.rivm.nl/en/guidance-on-information-requirements-and-chemical-safety-assessment- chapter-r16-environmental)
paramètres.
Piégeage : le piégeage (phase organique condensée, microporosité, encapsulation?) présente des
dynamiques lentes et des stockages peu réversibles (PFAS non extractibles, non mobilisables).
Dégradation des PFAS : c?est le processus par lequel les PFAS se dégradent en molécules plus
petites (éventuellement d?autres PFAS). Il est caractérisé par le temps de demi-vie. La demi-vie de
dégradation des PFAS (DT50) a été fixée, par mesure de précaution, à 100 ans dans la majorité
des calculs. Très peu d'études ont déterminé DT50.
Valeurs cibles :
Eaux souterraines : les seuils tolérés de contamination des eaux souterraines en vigueur sont
respectivement de 2 ng/l pour PFAS4 et de 100 ng/l pour PFAS22.
Eaux de surface : les normes danoises sont liées aux normes européennes de qualité des eaux de
surface (DCE) et correspondent pour le PFOS à une teneur moyenne annuelle de 0,65 ng/l, et à
une valeur maximum tolérée de 36 µg/l.
Sols : il n'existe pas de normes de qualité des sols fondées sur l'écotoxicologie. Sur la base des
campagnes de mesure, les valeurs indicatives de teneur en PFAS des sols (ETCsoil) sont de 16
?g/kg pour le PFOS et de 2,0 ?g/kg pour le PFOA (source EPA 2023 "Derivation of cut-off values
for PFAS in sewage sludge")110.
Alimentation : la VTR établie en 2020 par l?EFSA est une dose hebdomadaire tolérable de 4,4 ng /
kg masse corporelle pour PFAS4.
Le modèle est généralement utilisé pour simuler les dynamiques de stockage dans les sols et de
transfert vers les eaux de surface, les eaux souterraines, et les végétaux à partir de scénarios
d?apports. Dans le cadre de l?étude, le modèle a été utilisé en « rétropropagation », de façon à
déterminer les apports compatibles avec les valeurs cibles pour les différents compartiments (sols,
eaux de surface, eaux souterraines, ? cf. ci-dessus).
Prédictions du modèle : le rapport conclut :
? en rappelant tout d?abord qu?il est impossible de déterminer de manière fiable une limite
supérieure absolue « sûre » pour les PFAS dans les boues, en raison des approximations
effectuées et des incertitudes fortes tant sur les valeurs-cibles que sur la modélisation des
transferts de PFAS dans les sols ;
? qu'une concentration dans les boues de 15 ?g /kg MS pour PFAS4 est hautement susceptible
d'être en totale conformité avec les seuils environnementaux actuels dans le sol, l'eau douce et
les eaux souterraines.
En conséquence le rapport recommande, par mesure de précaution et de gestion des risques,
d'utiliser la concentration maximale indicative de 15 ?g PFAS4 /kg MS comme base pour dériver une
valeur limite réglementaire.
4. Evaluation des impacts sur les filières, et mesures d?accompagnement
L?étude de 2023 « Derivation of cut-off values for PFAS in sewage sludge »111 du ministère de
110 EPA, 2023, Derivation of cut-off values for PFAS in sewage sludge 111 « Derivation of cut-off values for PFAS in sewage sludge?, 2023, Environmental project n°2232, Ministry of Environment
of Denmark. https://www2.mst.dk/Udgiv/publications/2023/03/978-87-7038-497-1.pdf
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 114/161
l?environnement présente dans son annexe C les concentrations en 22 PFAS mesurées dans 215
échantillons de boues provenant de stations d?épuration :
? pour la somme de quatre PFAS prioritaires (PFAS4), la médiane (« 50P ») observée est de 7,49 µg/kg MS (valeurs entre 0,36 et 65,15 ?g/kg) ;
? pour la somme des 22 PFAS retenus (PFAS22), la médiane observée est de 22,94 µg/kg MS (valeurs entre 5,3 et 110,15 ?g/kg MS).
Tableau n°5 : analyse statistique des teneurs en PFAS des boues des stations d?épuration au Danemark (résultats sur la
base de 215 échantillons de boue111)
Ces niveaux médians sont inférieurs aux limites réglementaires qui ont été proposées (par exemple,
400 µg/kg puis 50 µg/kg MS pour la somme des 22 PFAS), pour autant plus de 10 % des boues
produites pourraient s?avérer non conformes à ces deux seuils.
La réglementation étant récente, le recul n?est pas encore suffisant pour identifier des impacts
concrets.
6.6. ETATS DU MAINE ET DU MICHIGAN (USA)
Aux États-Unis, les engrais et amendements sont réglementés par chaque État et non au niveau
fédéral. Cette situation a donné lieu à un large éventail d?approches à travers le pays, allant de
l?inaction à l?interdiction totale de l?épandage de biosolides112.
Après une présentation synthétique de la stratégie PFAS de l?Environmental Protection Agency
(EPA) au niveau fédéral, nous présentons ci-après, de manière non exhaustive, les modalités de
gestion des PFAS dans les boues par les Etats du Maine et du Michigan.
1. La stratégie PFAS de l?US EPA
La stratégie de l?US EPA contre les PFAS repose sur une approche « multi-volets » visant à protéger
la santé publique, surveiller et réduire la contamination, renforcer la réglementation et
responsabiliser les pollueurs.
L?EPA a ainsi adopté une PFAS Strategic Roadmap (Feuille de route PFAS) structurée autour de
trois axes principaux :
? Recherche : renforcer la science, la compréhension des risques pour la santé et des impacts environnementaux des PFAS, et développer des méthodes de détection.
? Restriction : réduire l?entrée de PFAS dans l?air, l?eau et les sols, notamment par des normes, des interdictions ou des limites.
? Remédiation : accélérer les nettoyages et interventions sur les sites contaminés.
En 2024, l?EPA a établi les premières normes nationales juridiquement contraignantes pour la qualité
de l?eau potable, limitant la concentration de plusieurs PFAS, comme le PFOA et le PFOS. Elles
s?accompagnent de financements pour aider les États et territoires à surveiller et traiter l?eau
contaminée. L?EPA a par ailleurs publié de nouvelles méthodes analytiques pour mesurer un grand
nombre de PFAS dans différents milieux (eau, sols, sédiments, air)113 et a intégré plusieurs PFAS
dans des programmes de suivi comme le Toxics Release Inventory (registre des émissions
toxiques).
Concernant spécifiquement les boues de stations d?épuration, l?EPA se concentre actuellement sur
des travaux scientifiques et méthodologiques, plutôt que sur une régulation finale immédiate des
PFAS dans les boues de stations d?épuration. Néanmoins, ces travaux visent à préparer des
décisions réglementaires plus robustes à l?avenir et à guider les autorités locales et les industries
vers des pratiques réduisant la présence des PFAS dans les boues.
2. Etat du Maine : le choix de l?interdiction d?épandage
Règlementation : à la suite de la contamination avérée de plusieurs exploitations laitières via
l?épandage de biosolides, le Maine a mis en oeuvre une nouvelle loi en avril 2022 qui interdit
l?épandage de biosolides dont les niveaux de PFAS totaux sont égaux ou supérieurs à 1 ?g/kg MS.
112Les biosolides sont définis comme le principal produit organique solide issu du traitement des eaux usées qui peut être valorisé. Par facilité, les termes « biosolides » et « boues » sont utilisés ici de manière interchangeable. 113 EPA Method 1633, qui permet de mesurer un grand nombre de PFAS (40 analysés) dans plusieurs types de matrices,
y compris les boues de stations d?épuration. Cette méthode améliore la fiabilité des données de surveillance et est en cours d?intégration dans le cadre réglementaire des méthodes officielles. https://www.epa.gov/system/files/documents/2024-12/method-1633a-december-5-2024-508-compliant.pdf
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 116/161
Ce seuil extrêmement bas conduit en réalité à l?interdiction effective de l?épandage de biosolides.
Par conséquent, les biosolides produits dans le Maine doivent être soit transportés en dehors de
l?État vers des États plus permissifs (y compris exportés vers le Canada), soit éliminés par d?autres
moyens que l?épandage.
Accompagnement : en parallèle, l?État du Maine a également introduit plusieurs lois mettant en
oeuvre des dispositions d?accompagnement :
? la loi LD 558114 approuvée le 10 juin 2021 exige l?élaboration d?un plan d?étude de recherche
complet pour identifier et aider les agriculteurs qui pourraient être touchés par la contamination
par les PFAS ;
? la loi LD 221115 (approuvée le 1er juillet 2021) prévoit des crédits budgétaires pour les années
fiscales 2021-2023 afin de fournir des fonds pour réduire, nettoyer et atténuer les menaces ou
les dangers posés par les PFAS, Cela comprend des fonds pour soutenir le traitement de l?eau
potable et les analyses de l?environnement et la gestion des déchets contaminés en raison des
PFAS. Son objectif est de soutenir les agriculteurs touchés par la contamination de leurs champs
par les PFAS.
3. Etat du Michigan : une approche par paliers
En 2021, après un examen approfondi des données disponibles sur les PFAS présents dans les
biosolides, le département de l?Environnement, des Grands Lacs et de l?Énergie (EGLE) a mis en
oeuvre une stratégie provisoire pour contrôler l?épandage de biosolides contenant des PFAS116.
Cette stratégie provisoire, entrée en vigueur le 1?? janvier 2024, visait à servir de mesure de
protection jusqu?à ce que l?US EPA achève son évaluation fondée sur les risques des PFAS présents
dans les biosolides (la version finale n?étant pas encore publiée).
Elle se concentre pour l?instant sur deux PFAS : le PFOA et le PFOS.
114 https://legislature.maine.gov/doc/8093 115 https://legiscan.com/ME/text/LD221/2021 116 Land application of biosolids containing PFAS: interim strategy, mars 2021 (EGLE)
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 117/161
EGLE a confronté les données de contamination publiées et les résultats d?une étude menée auprès
de 42 stations d?épuration municipales, ce qui lui a permis de classer les matières dans trois groupes
en fonction du niveau de contamination.
Paramètre PFAS
<20 20 20 ? C < 100 100 ? 100
Aucune restriction d?usage Obligation de communiquer chaque année un résultat d?analyse à l?agriculteur
Utilisation encadrée Application limitée à 1,5
tonne MS/ acre117 ou
stratégie d?atténuation des risques approuvée par EGLE au moins 14 jours avant épandage. Plan de réduction des sources de contamination et investigations.
« Biosolides impactés industriellement » Interdiction de valorisation en milieu agricole Plan de réduction des sources de contamination et investigations
Tableau n°6 : seuils de gestion du PFOA et du PFOS dans les biosolides, dans l?Etat du Michigan
Cette approche graduée à deux seuils s?avère efficace pour empêcher les biosolides fortement
contaminés d?atteindre les terres agricoles, tout en permettant de poursuivre les efforts d?adaptation
des process des stations d?épuration ou de réorientation des déchets.
Les biosolides contaminés à un niveau acceptable se voient imposer des mesures d?atténuation,
impliquant une régulation des doses d?épandage permises. Dès dépassement du seuil le plus faible
(20 µg/kg MS pour l?un ou l?autre PFAS indicateur), un plan de réduction des sources de
contamination doit être entrepris.
Les résultats sur la période 2018-2024 attestent que l?approche d?EGLE a permis de réduire avec
succès le niveau de PFOS et de PFOA présent dans les biosolides, par l?identification et la réduction
des sources de contamination associée à une surveillance analytique des stations considérées
comme exposées à des activités industrielles118.
Cette stratégie a inspiré la méthode de gestion retenue par le Québec.
117 Environ 0,405 hectare. 118 https://www.michigan.gov/egle/about/organization/water-resources/biosolids/pfas-related
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 118/161
Annexe 7 : Définitions
Installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) : installations pouvant avoir
des impacts (pollution de l'eau, de l'air, des sols, etc.) et présenter des dangers (incendie, explosion,
etc.) pour l'environnement, la santé et la sécurité publique. Elles sont soumises à la réglementation
spécifique des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE). Classées selon
le niveau de danger qu'elles présentent elles sont soumises à des procédures de déclaration,
d?enregistrement, d?autorisation.
Installations, ouvrages, travaux, activités (IOTA) : infrastructures ou projets ayant des impacts
ou présentent des dangers pour le milieu aquatique et la ressource en eau : prélèvements, rejets,
impacts sur le milieu aquatique, le milieu marin, la sécurité publique, etc. Pour ces raisons, les IOTA
sont soumis à des réglementations spécifiques.
Matières fertilisantes d'origine résiduaire (MAFOR) : matières diverses issues de déchets et
utilisées pour la fertilisation agricole, telles que les effluents d'élevage, les boues issues du
traitement des eaux usées urbaines ou domestiques, les matières, eaux et boues d?épuration issues
des industries, les composts, les digestats de méthanisation, ? Les MAFOR constituent une sous-
partie des MFSC.
Matières fertilisantes et supports de cultures (MFSC) : définies par l'article L255-1 du code rural
et de la pêche maritime (CRPM), elles englobent une plus large gamme de produits, y compris les
matières naturelles, animales, minérales, et synthétiques, qui peuvent être utilisées pour la
fertilisation et l'amélioration des sols. On distingue d?une part les matières fertilisantes apportées sur
les sols qui intègrent les engrais, les amendements et les biostimulants et, d?autre part, les supports
de culture qui servent eux-mêmes de milieu de culture à certains végétaux.
Recherche et réduction des rejets de substances dangereuses dans l'eau (RSDE) : Action mise
en place afin d?améliorer la qualité de l?environnement aquatique. RSDE 1 (2002-2007) a permis de
réaliser l?inventaire de 106 substances chimiques dans les rejets aqueux de 3000 sites industriels.
RSDE 2 (2009-2016), encadrée par la circulaire du 5 janvier 2009, a permis la mise en place
d?actions déclinées par secteur industriel (surveillance, quantification, réduction des flux de
substances dangereuses) généralisées à l?ensemble des ICPE soumises à autorisation et ayant un
rejet dans le milieu aquatique.
Siccité : taux de matière sèche des boues. La consistance des boues dépend du taux de matière
sèche. Les boues liquides ont une siccité comprise entre 0% et 10%, les boues pâteuses entre 10%
et 25%, les boues solides entre 25% et 85%, les boues sèches ont une siccité supérieure à 85%.
Stations d?épuration (STEP), stations de traitement des eaux usées (STEU) : Equipements
permettant de traiter les eaux usées, c?est-à-dire les eaux utilisées et dégradées par des usagers
domestiques, urbains ou industriels, avant de les rejeter dans les milieux naturels, afin de ne pas
altérer l?environnement. Dans une STEU, les eaux usées passent une succession d?étapes :
prétraitement (dégrillage, dessablage, décantation primaire dont les résidus forment les boues),
traitement secondaire (dégradation biologique complétée par des procédés physico-chimiques,
décantation secondaire, clarification), traitement des boues des STEU.
Substances perfluoroalkyles ou polyfluoroalkyles (PFAS) : molécules formées d'une chaîne
d'atomes de carbone plus ou moins longue, linéaire, ramifiée ou cyclique, contenant au moins un
groupement méthyl (CH3) ou méthylène (CH2), saturé et complètement fluoré. À ce squelette
fluorocarboné s'ajoutent différents groupes fonctionnels, conférant des propriétés spécifiques selon
les composés.
Annexe 8 : Les campagnes RSDE dans le bassin Loire Bretagne
Résumé : Le taux de conformité des boues de stations d?épuration françaises face aux
réglementations « PFAS dans les boues de STEU » de différents pays (États-Unis, Allemagne,
Belgique, Danemark) a été évalué sur la base des données de teneurs en PFAS des boues de STEU
de plus de 10 000 équivalent-habitants acquises dans le cadre du RSDE Loire Bretagne 2022. Ces
valeurs fournissent une première indication, mais l?échantillon est encore trop réduit pour permettre
une généralisation nationale.
Pour les boues traitées déshydratées (9 STEU, 48 échantillons) le taux de conformité aux
réglementations américaine, allemande, belge-wallonne est supérieur à 98%, et de 88% face à la
réglementation danoise.
Pour les boues brutes liquides en sortie de file eau (26 STEU, 139 échantillons) le taux de conformité
face aux réglementations américaine, allemande, belge-wallonne est de ~75%, et de 62% face à la
réglementation danoise.
La campagne RSDE Loire-Bretagne 2022 a permis de rassembler des mesures de teneurs en PFAS
des boues de STEU de plus de 10 000 équivalent-habitants, sur 332 échantillons de boues issus de
52 STEU (dont 3 STEU qui ont opéré des prélèvements de boues en deux points, soit 55 STEU
virtuelles). De façon générale chaque STEU a procédé à 6 prélèvements de boues à des dates
différentes sur la période 2022-2024. Ces prélèvements ont été réalisés soit en sortie de la File Eau
(points A6 ou S4, cf. Figure 6), soit en sortie du process de traitement et déshydratation des boues
(point S6). Chaque échantillon prélevé a fait l?objet de mesure des teneurs individuelles en 5
PFAS (PFOS, PFOA, PFDA, PFHxA, PFHxS).
Une première analyse statistique des résultats a mis en lumière certaines valeurs de teneurs en
PFAS anormalement élevées (par rapport aux données de la bibliographie nationale et
internationale). Il en résultait des taux de non-conformité virtuelle, par rapport aux réglementations
« PFAS dans les boues » d?autres pays », anormalement élevés (~50%).
Ceci a conduit à approfondir l?analyse critique des données. Deux facteurs majeurs sont apparus :
? L?un des laboratoires d?analyse fournit des teneurs en PFAS anormalement élevées, 10 à 100
fois supérieures aux teneurs de trois autres laboratoires et bien en dehors des gammes de
teneurs en PFAS des boues connues dans la littérature nationale ou internationale. Les données
de ce laboratoire d?analyse, jugées irréalistes pour plusieurs raisons détaillées ci-après, ont été
retirées du jeu de données.
? Les échantillons de boue prélevés en sortie de la File Eau (boues brutes liquides prélevées en
A6 ou S4) présentent des teneurs en PFAS significativement plus élevées que les échantillons
prélevés après traitement des boues (boues traitées déshydratées prélevées en S6). Seules les
mesures réalisées sur les échantillons de boue prélevés en S6 sont représentatives des teneurs
en PFAS des boues valorisées par épandage. En conséquence l?analyse statistique a porté à la
fois sur le jeu de données d?ensemble (hors laboratoire écarté) et sur les jeux de données
séparés (échantillons prélevés en A6-S4 ; échantillons prélevés en S6).
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Analyse des teneurs en PFAS par laboratoire d?analyse
Les organismes préleveurs (9) et laboratoires d?analyse (6) sont connus119 pour 46 STEU (dont 3
STEU avec double point de prélèvement) et 298 échantillons de boue. Chacun des 6 laboratoires
d?analyse a réalisé les mesures de teneur en PFAS des échantillons de boues selon des méthodes
propres, internes au laboratoire. Les limites de quantification diffèrent ainsi d?un laboratoire à l?autre.
(1) Pourcentage de mesures sous la LQ : Une analyse du pourcentage de mesures dont le
résultat est sous la limite de quantification (cf. tableau 1) met en lumière plusieurs faits :
? Aucun laboratoire ne présente systématiquement des mesures sous la LQ.
? Un laboratoire présente un pourcentage de mesures « sous la LQ » de 24%. Ses valeurs de LQ
ne sont pas plus faibles que les autres laboratoires. Ce faible pourcentage s?est avéré
directement lié aux valeurs très élevées des mesures de teneurs en PFAS de ce laboratoire.
? Les cinq autres laboratoires présentent des pourcentages équivalents de mesures « sous la
LQ », compris entre 59% et 69% (globalement pour ces 5 laboratoires, ~2/3 des mesures de
teneurs en PFAS des boues présentent des valeurs très faibles, sous la LQ).
Tableau n°7 : valeurs des limites de quantification et pourcentage de mesures sous la LQ. Pour chacun des 6 laboratoires
d?analyse (en ligne), valeurs des LQ pour chacun des 5 PFAS (en colonne) et nombre et pourcentage de mesures sous la
LQ.
(2) Teneurs en PFAS : Une analyse statistique a été menée sur les valeurs de sommes de teneurs
en 5 PFAS des échantillons (moyennées par STEU) (cf. figure 1). Elle met en lumière le fait que
l?un des laboratoires d?analyse fournit des valeurs de teneurs en PFAS des boues beaucoup plus
élevées que les autres (d?un facteur 10 à 100). Aucun élément n?indique un risque PFAS
spécifique aux STEU suivies par ce laboratoire.
Figure n°6 : histogramme des sommes de teneurs en 5 PFAS par STEU (moyenne des six échantillons de boue pour
une même STEU). Ordonnées en échelle logarithmique à gauche, en échelle naturelle à droite. La couleur de la barre
d?une STEU représente son laboratoire d?analyse. Le laboratoire d?analyse représenté en rouge présente des valeurs
d?un facteur 10 à 100 supérieures aux valeurs des autres laboratoires.
119 En revanche pour 6 STEU (34 échantillons), ils n?ont pas encore été formellement identifiés.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 121/161
A défaut de mesures croisées des différents laboratoires sur un même jeu d?échantillons de boues,
qui permettraient d?évaluer objectivement leur cohérence et d?éventuelles divergences, cette
analyse a conduit à questionner le réalisme des données du laboratoire aux valeurs très élevées.
Un dernier élément a été pris en compte, communiqué par ce laboratoire : il a réalisé en 2025, à la
demande de l?un des exploitants et selon un nouveau protocole analytique, de nouvelles mesures
sur des boues de plusieurs STEU pour lesquelles il avait trouvé en 2023-2024 des résultats très
élevés. Ses nouveaux résultats de 2025 rejoignent l?ordre de grandeur des valeurs mesurées par
les 5 autres laboratoires en 2023-2024.
Sur cette base il a été décidé d?écarter du jeu de données les résultats d?analyse de ce laboratoire,
dont les valeurs très élevées ont été jugées non réalistes. De même ont été écartées les mesures
réalisées sur des STEU sans identification claire du laboratoire d?analyse. Les valeurs pour les 27
STEU restantes sont présentées dans la figure ci-dessous.
Figure 6a : Histogramme des sommes de teneurs en 5 PFAS par STEU (moyenne des 6 échantillons de boue pour une
même STEU). Ordonnées en échelle naturelle. La couleur de la barre d?une STEU représente son laboratoire d?analyse
(hors laboratoire d?analyse écarté).
Analyse des taux de conformité
Il résulte du traitement des données de teneurs en PFAS des boues du RSDE Loire Bretagne 2022,
que le taux de conformité des échantillons de boues de STEU aux réglementations « PFAS dans
les boues de STEU » de différents pays est supérieur à 98%, à l?exception de la réglementation
danoise (taux de conformité 88 %).
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 122/161
Tableau 7a : Confrontation des teneurs en PFAS des boues de STEU mesurées dans le cadre du RSDE LB 2022 aux
seuils des réglementations de différents pays.
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Annexe 9 : Illustration d?un protocole d?échantillonnage, applicable à différentes MFSC
Ce protocole a été proposé dans l?instruction technique du 18 août 2025 de la DGAL, applicable à différentes MFSC tels que les engrais liquides, les engrais sous forme de granulés, ou encore les digestats
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Annexe 10 : Échange de courriers entre la DREAL de Bassin Loire Bretagne et la DEB et la DGPR
L?objectif de cette annexe est de regrouper l?essentiel des échanges entre une DREAL de bassin et
les directions d?administration centrale. Ces échanges illustrent bien les besoins de pilotage et
d?accompagnement qui ont été listés dans les recommandations.
Le questionnement de la DREAL de bassin résulte d?un partage d?informations entre les DREAL et
certains services instructeurs
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 128/161
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Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 131/161
Il analyse techniquement le sujet, le pose en droit et admet les limites de sa capacité à agir.
La réponse faite soutient la démarche et se reporte sur la mission confiée sur les aspects de droit.
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La dernière demande de la DREAL est la validation d?un courrier type des services en charge de la
police des eaux vers les collectivités. Il démontre la nécessité d?un soutien et renforce le besoin
d?une circulaire au préfet afin chaque directeur départemental puisse facilement prendre l?attache
des maitres d?ouvrage et que collectivement on puisse avoir une base de données exhaustive et
représentative.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 134/161
Annexe 11 : Incinération basse température ? société Véolia Brevet n°23 02257
Dans la recherche de solution d?élimination des PFAS, la société VEOLIA ouest Europe, qui a
déposé le brevet n°23 02257, a testé un système qui permet une élimination des PFAS à une
température inférieure à 1000°C. Cette solution innovante permet d?utiliser les fours traditionnels en
les adaptant, moyennant un investissement d?environ 200 000 euros TTC. Les résultats obtenus leur
permettent :
? de ne pas avoir d?acide fluoridrique dans les fumées ;
? de concentrer les PFAS restants dans les résidus qui seront à stocker en classe 1.
Cette solution est déjà en service dans une quinze de lignes en Europe.
Le MTE a réalisé en 2025 une campagne d?analyse des émissions de PFAS dans les rejets gazeux
sur une quinzaine de lignes d?incinération en France.
Les résultats obtenus sont soit inférieurs à 30 µg/m3, soit proches de la limite de détection.
Le procédé testé est en service depuis 2024 en France.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 135/161
Annexe 12 : Fonds de garantie des risques liés à l?épandage agricole des boues d?épuration (FGRE)
Source DGPE
Objet : préciser le périmètre du fonds (FGRE), son fonctionnement, ses modalités l?indemnisation et
les pistes pour l?avenir pour l?indemnisation de ces sols agricoles pollués.
Contexte
Le fonds de garantie des risques liés à l'épandage agricole des boues d'épuration (FGRE) urbaines
ou industrielles, créé par la loi n°2006-1772 du 30 décembre 2006 sur l?eau et les milieux aquatiques
(L425-1 code des assurances), est chargé d'indemniser les préjudices subis par les exploitants
agricoles et les propriétaires des terres agricoles et forestières dans les cas où ces terres, ayant
reçu des épandages de boues d'épuration urbaines ou industrielles, deviendraient totalement ou
partiellement impropres à la culture en raison de la réalisation d'un risque sanitaire ou de la
survenance d'un dommage écologique lié à l'épandage, dès lors que, du fait de l'état des
connaissances scientifiques et techniques, ce risque ou ce dommage ne pouvait être connu au
moment de l'épandage. Ce fonds est codifié dans le code des assurances aux articles L.425-1 et
R.424-1 à R.424-1.
Les ressources du FGRE ont été constituées par une taxe annuelle due par les producteurs de
boues. Elle avait été calculée sur la quantité de matière sèche de boues produites par les
producteurs. Le montant de cette taxe a été fixé à 0,5 euros par tonne de boues. Fin 2024, le fonds
s'établit à 3731185,11 ¤. Il n?a, depuis sa création, jamais été mobilisé, ce qui a conduit le ministère
de l?économie et des finances à supprimer depuis 2017, par la loi de finance du 29 décembre 2016,
la taxe qui l?abonde.
Le Ministère en charge de l?agriculture avait exprimé à l?époque son désaccord sur la suppression
de la taxe finançant le fonds de garantie.
La gestion comptable et financière du fonds de garantie est assurée par la Caisse centrale de
réassurance. Bien que ce fonds ne soit plus alimenté et inutilisable, ces ressources sont destinées
actuellement à couvrir les frais exposés par la Caisse centrale de réassurance pour la gestion du
fonds de garantie. Pour cela, un solde débiteur est prélevé chaque année.
Le périmètre indemnisable
Tout risque sanitaire ou dommage écologique lié à un épandage de boues d?épuration urbaines ou
industrielles dès lors que, du fait de l'état des connaissances scientifiques et techniques, ce risque
ou ce dommage ne pouvait être connu au moment de l?épandage. « dans la mesure où ce risque ou
ce dommage n'est pas assurable par les contrats d'assurance de responsabilité civile du maître
d'ouvrage des systèmes de traitement collectif des eaux usées domestiques ou, le cas échéant, de
son ou ses délégataires, de l'entreprise de vidange, ou du maître d'ouvrage des systèmes de
traitement des eaux usées industrielles, ci-après désignés par l'expression : "producteurs de boues",
ou par les contrats d'assurance relatifs à la production et à l'élimination des boues ».
Instruction des demandes d?indemnisation : (R424-11 à R424-17)
Les exploitations agricoles et les propriétaires de terres agricoles et forestières transmettent les
demandent d?indemnisation de dommages causés par l?épandage agricole des boues d?épuration
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 136/161
au préfet qui transmet le dossier au ministre en charge de l?environnement en vue de la saisine de
la commission nationale d?expertise120.
Cette dernière est présidée par le ministre chargé de l'environnement ou son représentant qui
assume également la fonction de secrétariat général. Elle est en charge d?émettre un avis sur
l'éligibilité des demandes à une indemnisation par le fonds de garantie. La commission peut être en
outre consultée par le ministre chargé de l'environnement sur les projets de textes réglementaires
relatifs aux boues d'épuration.
Les membres de la commission nationale d'expertise (liste fixée dans l?Arrêté du 7 janvier 2011
portant nomination à la commission d'expertise relative à l'indemnisation des risques liés à
l'épandage agricole des boues d'épuration urbaines ou industrielles121) sont nommés pour une durée
de cinq ans renouvelables par arrêté du ministre chargé de l'environnement.
L?indemnisation des dommages sanitaires et environnementaux liés aux épandages de boues
urbaines et industrielles est à la responsabilité Ministère de l?environnement qui publie deux arrêtés
pour :
- installer la commission nationale d?expertise (le MASA fait partie des 17 représentants ou
personnalités désignés pour faire partie de la Commission)122 ;
- diffuser le dossier de demande d?indemnisation des agriculteurs et propriétaires.
120 https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006073984/LEGISCTA000020637735 121 https://www.bulletin-officiel.developpement-durable.gouv.fr/notice?id=Bulletinofficiel-0024805&reqId=2d942d07-c019-4c1a-99d4-
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 137/161
Annexe 13 : Impact de siccité des boues sur leur teneur en PFAS
La logique de contrôle des teneurs en PFAS des boues valorisées en épandage agricoles impose
un prélèvement au point S6 pour les STEU qui ont une filière d?épaississement des boues. Ainsi,
l?information sur la siccité de la boue123 analysée est importante afin de pouvoir analyser si une
relation existe entre le processus de traitement de la boue et les valeurs mesurées, mais nécessite
aussi une mesure de la boue en S4. Dans la pratique, les campagnes de mesure des teneurs en
PFAS des boues réalisées dans le cadre du RSDE (cf. annexe n°8) en Loire Bretagne ont
principalement porté sur des échantillons prélevés en A6 ou S4, à la sortie de la filière Eau124. Il
s?agit alors de boues liquides (5% de taux de matière sèche).
Le processus de traitement des boues brutes liquides (S4) en boues traitées (S6) compte plusieurs
étapes : un apport d?additifs (ex. chaux), une déshydratation (par pressage ou centrifugation) dont
le lixiviat liquide est redirigé dans le réseau en entrée de station. De ce fait, les mesures de teneur
en PFAS des boues en A6 (boue brute liquide) et en S6 (boue traitée) diffèrent par deux aspects :
(i) une partie des composés PFAS présents dans les boues liquides en A6 (lixiviat de la
déshydratation) reste dans la phase aqueuse et retourne en amont de la station ; (ii) la matière sèche
ne représente pas la même proportion de l?échantillon.
Selon le niveau de déshydratation de l?échantillon de boue (taux d?humidité entre 33% et 95%), la
valeur de concentration en PFAS peut être multipliée par 10 à 20, ramenée à une unité en µg/ kg de
MS.
Figure n°7 : lien entre teneur en PFAS et siccité de l?échantillon
123 Poids le matière sèche sur poids de la boue, ou pourcentage massique de matière sèche. 124 Dans le cadre du RSDE il était demandé soit de faire une mesure unique au point A6 soit une mesure au point S6
avec une mesure complémentaire sur les additifs utilisés. La plupart des maîtres d?ouvrage ont privilégié la mesure unique en A6.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 138/161
Figure n°8 : évolution de la teneur en PFAS et de la siccité au cours de la déshydratation
En faisant l?hypothèse de concentrations de PFAS CS dans la phase solide et CL dans la phase liquide non modifiées par le process, la concentration en PFAS de l?échantillon dépend de son humidité H selon la relation CPFAS = CS + H/(1-H)*CL . MS = (1-H)*Mechantillon ML = H* Mechantillon = H/(1-H) * MS MPFAS = MS*CS + ML*CL =MS*CS + H/(1- H)*MS*CL = MS * (CS + H/(1-H)*CL) CPFAS = MPFAS / MS = CS + H/(1-H)*CL
Figure n°9 : Variation de la valeur de concentration en PFAS de la boue en fonction de son niveau de déshydratation (taux d?humidité)
Ainsi, pour des humidités respectivement de 95% (boue liquide), 50% (boue pâteuse) et 33% (boue
déshydratée), la concentration CPFAS vaut respectivement (CS + 19*CL), (CS + CL) et (CS + CL/2), soit
potentiellement un facteur de 10 à 20 entre les humidités de 95% et de 33%.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 139/161
Annexe 14 : Épaississement des boues en station d?épuration
L'ensemble des combinaisons possibles montre qu'il existe en théorie un grand nombre de types de
boues. Toutefois, en résumant les situations les plus fréquemment rencontrées en France, les
principaux types de boues proposées au recyclage en agriculture sont les suivants :
? - boues liquides (2 à 5% de siccité) issues de traitements aérobies de l?eau, qui correspondent en général à de petites stations (moins de 3 000 EH) qui opèrent au plus un épaississement puis un stockage des boues non traitées ;
? - boues pâteuses (15 à 25% de siccité) issues de traitements aérobies ou anaérobies, qui correspondent à des stations de taille moyenne (de 5 000 à 20 000 EH) qui opèrent en général une déshydratation sur filtre à bande presseuse ou en centrifugeuse ;
? - boues chaulées (25 à 30% de siccité) pâteuses ou solides, qui correspondent à des stations (environ 200 en France) de taille moyenne ou grande (de 20 000 à 100 000 EH) qui opèrent un traitement chimique à la chaux sur une boue déshydratée ;
? - boues physico-chimiques (très souvent il s'agit aussi de boues chaulées) qui sont rarement mises en agriculture ;
? - boues compostées qui correspondent à des stations de taille moyenne en général (environ 70 stations en France) qui opèrent un traitement par compostage sur une boue déshydratée ;
? - boues de lits de séchage qui sont issues de petites stations ;
? - boues de lagunage (catégorie particulière de boues liquides, le traitement de ces boues se fait de façon extensive, selon un mode anaérobie, au fond des bassins, qui ne sont curés au mieux qu?une fois tous les 10 ans) ;
? - boues séchées, qui sont présentes en France dans quelques grandes stations malgré le coût élevé de leur production, ;
? - boues solides (plus de 30% de siccité) faiblement chaulées résultent d?un traitement par filtre- presse ou d?un conditionnement thermique et concernent des stations de grande taille (plus de 100 000 EH) (INERIS, 2007).
Le graphique suivant permet d?illustrer en fonction de l?origine de la boue au sein d?une STEU les
différentes solutions pour les épaissir. Ce rappel technique est nécessaire car les solutions de
traitement des boues en excédent de teneur en PFAS ne seront pas les mêmes.
Source www.techniques-ingénieur.fr janvier 2026
Les différentes techniques sont récapitulées dans les deux graphiques suivants :
Figure n° 10 : les techniques d?épaississement
La consistance d?une boue est soit liquide (siccité inférieure à 15%), soit pâteuse (entre 20 à 60 %),
soit solide (supérieure à 60 %).
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 141/161
En fonction de la technique utilisée, la teneur en eau varie fortement et le tableau ci-dessous
récapitule les ordres de grandeurs :
Type de stockage et de traitement Siccité % Commentaire
Stockage statique en sortie de
décanteur
Silo décanteur 10 Petites stations d?épuration
Filtre presse à bande 25
Filtre presse à plateau 30 Existe en version mobile
Filtre presse à membrane 35
Filtre presse à vis 20
Pressoir rotatif 35
Déshydratation thermique 40 à 90 Très grandes stations d?épuration
Le filtre à plateau existe aussi en version mobile afin de pouvoir se déplacer dans différents sites de
production, ce qui peut être utile pour le cas où les boues sont polluées.
Les boues doivent être épandues avec un matériel adapté selon leur siccité. Ainsi, les boues
liquides sont épandues avec des tonnes à lisier (palette, pendillard ou enfouisseur). Les boues
pâteuses et solides sont épandues avant des épandeurs à hérissons verticaux ou horizontaux
avec ou sans table d?épandage. Ainsi, tout changement de siccité aura un impact sur la filière
d?épandage car le matériel sera à modifier.
Pour être incinérée, il est nécessaire :
? pour un lit fluidifié, d?avoir une siccité proche de 40 % ;
? pour un incinérateur de déchets ménagers, d?avoir une siccité proche de 65 %.
Enfin, lors de nos échanges avec les gestionnaires privés de filière d?assainissement, il est apparu
que, pour un maître d?ouvrage ayant plusieurs unités de traitement comprenant une station
d?épuration de grande taille (supérieur à 10 000 EH) et d?autres de taille plus limitée (inférieur à 5000
EH), les boues liquides des petites unités sont transportées vers la grande unité afin d?être épaissies
sur un seul site. Cette situation permet de rentabiliser l?investissement d?épaississement malgré le
coût de transport initial. Par contre, ce procédé concentre les PFAS extraits lors de l?épaississement
à un endroit particulier ce qui est une donnée à suivre.
Une centrifugeuse fonctionne sans avoir recours à de hautes pressions. La boue est injectée dans
un canal circulaire situé à la périphérie d?une roue rotative. Une force centrifuge agit sur les boues
ce qui favorise la séparation entre le liquide et le solide. Le taux de siccité est de 35%.
Le séchage partiel a pour but d?augmenter la sécheresse des boues jusqu?à atteindre une valeur
acceptable permettant leur combustion dans un incinérateur à lits fluidifiés. Cette valeur doit être
entre 35 à 45% de siccité.
Pour l?introduction dans un incinérateur à déchets ménagers un taux de 65% est recommandé car
proche de l?humidité des déchets ménagers.
Le séchage poussé vise à avoir une siccité entre 60 à 90%.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 142/161
Annexe 15 : Les différentes boues ? origines - destinations
Les sources d?informations sont nombreuses pour tenter d?aborder la production de MAFOR et
surtout celles qui ont dans leur process ou dans leur composition des boues.
L?exploitation du PKGC 2011 par de nombreuses études est la seule source qui permet de visualiser
la répartition géographique permet de constater de fortes disparités régionales. Cette information
sera importante dans les zones où la part des boues impactées par les PFAS est très importante et
qui ne serait pas une zone d?élevage.
De fortes disparités régionales
Figure n°11 : répartition géographique des quantités de déchets et d?effluents industriels destinés à la valorisation agronomique en 2008 (source Esco MAFOR 2014)
Cette annexe regroupe la majeure partie des données collectées de différentes sources et va
montrer la difficulté d?obtenir des données précises et localisées. Les tableaux ci-dessous
synthétisent les principaux chiffrages collectés et l?on constate leur légère divergence.
Dans l?analyses des conséquences de la mise en place d?une norme, il est utile d?avoir la localisation
de la STEU avec des PFAS en excès :
? pour la filière épandage : de regarder sur son bassin versant si l?épandage de fertilisant organique est important et s?il existe des gisements potentiels à proximité ;
? pour la filière élimination : de regarder la localisation des fours et leur usage ;
? pour la filière gestion : de connaître le positionnement des autres STEU, de savoir si leur moyen de déshydratation est très utilisé, de connaître les possibilités ou non de mélange et ou de méthanisation.
Les unités de référence sont différentes (matière sèche ou matière brute, matière dangereuse ou
non dangereuse voir non spécifiée, précision différente car des objectifs d?analyse à des territoire
différents ?nationaux ou locaux). On constate que les missions de ces dernières années utilisent les
premières informations souvent issues de leur ministère d?origine :
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 143/161
T MS
industrie papetière, industrie alimentaire)
Boues non dangereuses provenant du traitement de déchets 16 500
Boues issues de l'industrie papetière 63 100
Boues issues des industries alimentaires 133 500
Total boues ICPE 273 400
Tableau n°8 : tonnage de boues ICPE
MAFOR Mt % épandage
Production annuelle totale de MAFOR en France 729 (Mt MB)
Effluent élevage 109 (Mt MB) 94 %
Boues de STEP, compost, digestat de
méthanisation
Superficies épandues SAU (millions ha) % épandage
SAU en France 29
brutes ou composté
Tableau n°9 : production de MAFOR en France source ICARE
L?ESCo MAFOR 2014 prend comme hypothèse que les 109 Mt MB (matière brute y compris celles
au champ) le volume d?effluents d?élevage produits et collectés annuellement en France, équivalent
à 31 Mt MS (matière sèche), estimation reprise par un rapport CGEDD/CGAAER de 2015 sans que
le détail de calcul y figure.
Déchets et sous-produits épandus Production
annuelle (Mt MS) Part relative (%) Commentaires
Effluents d'élevage 31 77,5
déchets organiques urbains et industriels 3 7,5
Boues urbaines 1 2,5
Boues industrielles 4 10
biochars, refioms) 1 2,5
Total 40 100 Tableau n°10: déchets et sous produits : source CGEDD/CGAAER 2015
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 144/161
Déchets et sous-produits épandus Production
annuelle (Mt MB) Composté Méthanisé
Effluents d'élevage 122,6 12,6 1
Déchets ménagers et assimilés et
autres déchets organiques urbains
Boues urbaines 4,24 1,32
Boues industrielles 19,6 0,55 0,19 Tableau n°11 : Synthèse des données MAFOR
Tonnages annuels de boues produits et épandues par les ICPE
La mission retient les estimations de 0,25 Mt MS/an de production de boues d?ICPE non
dangereuses et 0,15 Mt MS/an d?épandage et compostage de boues d?ICPE non dangereuses.
Diversité des boues et tonnages annuels
La gestion des déchets est encadrée principalement par le code de l?environnement, notamment les
articles L541-1 et suivants. Ils définissent ce qu?est un déchet, les responsabilités des producteurs,
les règles de collecte, transport, traitement et traçabilité, les sanctions en cas de non-respect.
Les boues sont juridiquement considérées comme des déchets125 et doivent à ce titre respecter ces
règles. Elles sont réparties en quatre familles (cf. définitions en annexe) :
? les boues ordinaires, non dangereuses (incluant les boues de STEU) ;
? les boues d?effluents industriels non dangereuses ou dangereuses (incluant les boues d?ICPE) ;
? les boues et déchets liquides provenant du traitement des déchets non dangereux ou dangereux ;
? les boues de dragage non dangereuses ou dangereuses.
La traçabilité des boues implique que l'ensemble des opérations relatives à leur gestion (production,
expédition, réception ou traitement) soient enregistrées dans des registres de suivi des déchets
(REP)126 tenus à disposition du service d'inspection des installations classées.
Le tableau 12, issu de sources hétérogènes (BDREP, BNPE, enquêtes), présente l?estimation 2022
du tonnage annuel de chaque type de boues, déclaré en poids sec (tonnes matière sèche (t MS)).
Le tonnage des boues de STEU est de 1 Mt MS, celui des boues d?ICPE non dangereuses de 0,25
Mt MS.
Tonnage de boues ICPE : L?estimation ci-dessus d?un tonnage annuel de 0,25 Mt MS de boues
d?ICPE a été confrontée aux données nationales du Service des données et études statistiques
(Sdes)127 (tableau n°12). Elles conduisent à une estimation des tonnages annuels de 2,74 millions
de tonnes.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 145/161
boues d'effluents industriels non dangereuses (hors traitement
de déchet, industrie papetière, industrie alimentaire)
603 000 t
boues non dangereuses provenant du traitement de déchets 165 000 t
boues issues de l'industrie papetière 631 000 t
boues issues des industries alimentaires 1 335 000 t
Total boues ICPE 2 734 000 t
Tableau n°12 : tonnage de boues de STEU source Sdes
L?écart entre les deux estimations (0,25 million t par compilation de BDREP, BNPE et enquêtes ;
2,74 millions t MS par les données du SDES) n?a pu être formellement élucidé dans le cadre de la
mission. La mission fait l?hypothèse que les données du SDES sont exprimées en tonnage brut
(siccité 10 %).
Tableau n°13 : Poids total et poids sec des différentes boues produites
La mission retient un tonnage de production de boues d?ICPE non dangereuses de 0,25 Mt MS/an.
Traitement des boues
Selon les données de la Base de données des eaux résiduaires urbaines (BDERU128), 85% des
boues de STEU (861 000 t MS) subissent un recyclage matière ou organique (épandage,
compostage).
Selon les données de la Base de données du registre des émissions polluantes (BDREP129), 40 %
des boues industrielles non dangereuses (98 000 t MS) subissent un recyclage matière ou organique
(épandage, compostage). Les données nationales du service des données et études statistiques
(Sdes) indiquent quant à elles un taux de recyclage matière ou organique (épandage, compostage)
128 Base de données des eaux résiduaires urbaines (https://assainissement.developpement-
durable.gouv.fr/pages/data/basededonnee.php#) 129 Base de données du registre des émissions polluantes (https://www.ineris.fr/fr/risques/dossiers-thematiques/directive-emissions-
industrielles-ied-bref-mtd/donnees-registre
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 146/161
bien plus élevé de 78%, soit un tonnage de 2,13 Mt (ou 213 000 t MS).
La mission retient un tonnage d?épandage et compostage des boues d?ICPE de 0,1 à 0,2 Mt MS/an.
Tableau n°14 : production de boues des ICPE
Les boues d?effluents industriels non dangereuses ou dangereuses. Il s?agit des :
? boues et résidus solides provenant du traitement des eaux usées industrielles, y compris le traitement externe/physique ;
? déchets solides et liquides provenant de la décontamination des sols et des eaux souterraines ;
? boues provenant du nettoyage des chaudières ;
? déchets provenant de la préparation des eaux de refroidissement et des colonnes de refroidissement;
? boues de forage.
Le traitement des eaux usées a lieu dans de nombreux secteurs de l?industrie manufacturière. Les
boues d?effluents industriels sont dangereuses quand elles contiennent des hydrocarbures et des
métaux lourds.
Les boues et déchets liquides provenant du traitement des déchets
Ces déchets comprennent différents types de boues et de déchets liquides provenant d?installations
de traitement des déchets. Ils comprennent les déchets provenant du traitement physico-chimique
des déchets dangereux, les liquides et boues provenant du traitement anaérobie des déchets, les
lixiviats de décharges et les boues de traitement des effluents provenant de la régénération des
huiles. Les boues et déchets liquides provenant du traitement des déchets sont dangereux ou non
dangereux.
Les boues ordinaires, non dangereuses
Il s?agit de boues d?épuration des eaux usées municipales et de boues organiques provenant de la
préparation et de la transformation des produits alimentaires. Elles proviennent principalement des
ménages et de branches industrielles rejetant des eaux usées organiques (principalement pâte et
papier, ainsi que préparation et transformation de produits alimentaires). Elles peuvent aussi être
présentes dans les stations d?épuration des eaux usées ou dans le traitement anaérobie des
déchets. Toutes les boues ordinaires sont non dangereuses.
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Les boues de dragage non dangereuses ou dangereuses
Il s?agit de déchets qui proviennent principalement de la construction et de la maintenance de projets
hydrologiques, du dragage et de travaux sous la surface de l?eau. Ils sont dangereux quand ils
contiennent des métaux lourds ou des polluants organiques.
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Annexe 16 : Analyse d?impact de l?application du socle commun pour le cadmium
1.1.1 Un impact quasi nul des teneurs autorisées pour les boues
Les entretiens et les retours de la consultation publique font apparaitre que « La conformité des
MIATE130 aux teneurs de la catégories B2 ne semble pas poser de difficultés ».
En complément, la mission a procédé à une analyse rapide des données disponibles issues à la fois
de la BD SILLAGE (boues épandues en France sauf dans la région Grand-Est) et de la BD utilisée
pour la région Grand-Est. Les données recueillies représentent 426 stations d?épuration, environ
182 000 tonnes de MS de boues et 1 307 données d?analyse de la teneur en cadmium. Les résultats
traduisent une teneur moyenne en cadmium de 0,83 mg/kg MS et le tableau suivant précise la
ventilation en classes de teneurs.
T > 10 mg T entre 10 et 5 mg T entre 5 et 2 mg T < 2 mg
Nombre analyses 0 2 48 1257
Nbre de station 0 1 17 408
Source : bases de données SILLAGE et Grand-Est. Traitement mission.
Si l?on considère les résultats de cet échantillon (qui représente 38 % des boues épandues), cela signifie
que :
? tous les épandages de boues seraient conformes avec le taux de 10 mg prévu à la date d?entrée en vigueur du socle commun ;
? une station (sur 426 ayant renseigné les teneurs en cadmium) ne serait plus en mesure d?épandre les boues produites avec une teneur maximale de 5 mg/kg de MS.
Ces ordres de grandeur, confirmés par les principaux opérateurs rencontrés, montrent que les
teneurs maximales (en mg Cd/kg MS) prévues ne constituent pas une contrainte pour l?épandage
des boues issues des stations d?épuration.
1.1.2 Un impact significatif des flux
L?estimation de l?impact des flux de cadmium autorisés sur l?épandage des boues est plus délicate
à réaliser. En effet, elle nécessiterait à la fois de :
? évaluer le caractère restrictif des flux, ce qui implique de disposer des données qualitatives et quantitatives des boues épandues par parcelle, et ce pour une période minimale de trois ans ;
? évaluer les possibilités de valorisation des boues « écartées » du fait de dépassement des flux, ce qui impliquerait de caractériser les possibilités locales d?augmentation des surfaces d?épandage autour des stations d?épuration concernées ;
? appréhender l?éventuelle évolution des pratiques des agriculteurs confrontés à une diminution des apports possibles et l?acceptabilité de l?épandage des boues par de nouveaux agriculteurs ;
? évaluer les possibilités et les coûts de traitement des boues écartées du fait des flux et en absence d?autres possibilités de valorisation131.
130[1] Matières d'intérêt agronomique issues du traitement des eaux. 131[2] Les professionnels rencontrés citent des coûts d?incinération de 200-240 ¤ par tonne (avec TGAP), avec 150 ¤/t de plus pour la
déshydratation dans le cas de boues liquides. En comparaison la valorisation de ces matières coute 30-50 ¤ / t MB compostée ou
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La mission n?a pas été en mesure de réaliser une évaluation aussi précise qui nécessiterait une
complétude des données pluriannuelles à la parcelle et la réalisation d?études localisées (SAU
disponible, évolution potentielle des pratiques, acceptabilité de l?épandage de boues, etc.).
Néanmoins, plusieurs sources d?informations peuvent permettre d?appréhender l?impact des flux :
1) Une analyse réalisée lors de l?élaboration du socle commun mentionne que les tonnages de boues épandues impactés par le texte socle commun (en considérant la version 2023 avec un flux ponctuel de cuivre multiplié par trois) seraient les suivants :
? Tonnage MS concerné par la limitation des flux : 172 000 t de MS (soit 37,5 % des boues).
? Tonnage MS qui ne pourrait plus être épandu sans surface supplémentaire : 31 000 t de MS (soit 6,5 % des boues).
? Surface épandable (ha) supplémentaire nécessaire pour épandre les tonnages impactés : 3 800 ha.
Bien évidemment, les flux de cadmium n?étant pas les seuls flux considérés dans le socle
commun, certains tonnages sont impactés du fait d?autres ETM.
2) Une enquête réalisée par AMORCE auprès de ses adhérents montre que le pourcentage de tonnage de boues non-conformes entre l?apport moyen annuel comparé au flux de référence annuel serait inférieur à 2 % pour le premier seuil d?évolution des flux, mais qu?il pourrait dépasser 40 % pour le seuil ultime à savoir 2 g/ha. Ces chiffres doivent être considérés uniquement comme des ordres de grandeur, car l?échantillon ne peut prétendre à une réelle représentativité des boues d?épuration françaises.
3) Les estimations formulées par les différents opérateurs, à savoir que les flux maximums de cadmium autorisés constitueraient une contrainte pour environ 15 % des boues aujourd?hui épandues. Cela signifie, non pas que ces boues ne pourront plus être épandues, mais qu?elles devront l?être sur des surfaces plus importantes.
4) Une analyse sommaire réalisée par la mission à partir des données concernant une partie des boues d?épuration urbaine épandue dans la région Grand-Est, qui converge également vers les mêmes ordres de grandeur.
Ces différentes sources d?informations permettent d?appréhender les ordres de grandeur des tonnages de
boues concernées par la mise en oeuvre de nouveaux flux maximum pour le cadmium. À ce stade, et
même s?il faut rester prudent du fait de l?imprécision des données et calculs, la mission considère qu?avec
un flux :
? annuel de référence équivalent à 5 g/ha, le tonnage des boues concernées reste mesuré (estimation : 7,5 % ± 5 % des tonnes de MS) ;
? annuel de référence équivalent à 2 g/ha, le tonnage des boues concernées pourrait devenir significatif et remettre en question ce mode de valorisation des boues, au moins dans certains territoires (estimation : 35 % ± 10 % des tonnes de MS).
épandue.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 150/161
Annexe 17 : Frise temporelle : prise en compte depuis les années 2000 de la problématique PFAS dans les EDCH et les
boues
Figure n°12 : Frise temporelle détaillée de la mise en oeuvre de cadres de gestion des PFAS dans les boues,
dans les pays objets du parangonnage (détaille la figure 7 du corps du rapport)
USA (travaux EPA) 1 2 3 4
Maine 1 2 3
Canada 1 2 3
Belgique-Flandres 1 2 3
Belgique-Wallonie 1 2 3
Suède 1 2 3
REGLEMENTATION PFAS BOUES
USA (travaux EPA) 1 Crises : contamination autour des sites d eproduction de PFAS
2 Emergence de la préoccupation : Inquiétudes sur PFOS et PFOA
3 Surveillance : PFOA stewardship program
4 Règlementation : Eau Potable
Maine 1 Crises : Fermes contaminées (lait, sols, eau) après épandages
2 Surveillance : Campagnes de suivi
3 Règlementation : interdiction totale épandage biosolides avec PFAS
Connecticut 1 Règlementation : interdiction totale épandage biosolides avec PFAS
Michigan 1 Surveillance : programmes de suivi
2 Emergence de la préoccupation : constat de contamination des boues
3 Règlementation : introduction de seuils de gestion
Maryland 1 Emergence de la préoccupation : eau potable, eaux souterraines
2 Crises : sites militaires extrêmement pollués
3 Emergence de la préoccupation : boues
4 Règlementation : introduction d'un cadre de gestion temporaire
5 Règlementation : construction d'un cadre réglementaire
Canada 1 Emergence de la préoccupation : PFOS
2 Règlementation : eau potable
3 Règlementation : norme provisoire sur les boues (pour réguler les importations des Etats limitrophes des USA)
Québec 1 Surveillance : programme de mesures et recherches universtaires
2 Règlementation : norme provisoire sur les boues
Europe 1 Règlementation : Directive (UE) 2020/2184 sur l'eau potable
Allemagne 1 Crises : épisodes de contamination
2 Règlementation PFAS dans les boues
3 Surveillance : Etude PFAS (rapport AFE 2024)
Danemark 1 Crise : pollution majeure
2 Règlementation : introduction de valeurs indicatives
3 Surveillance : Plan PFAS
3 Surveillance : programme de surveillance
Belgique-Wallonie 1 Crise de Chièvre
2 Surveillance : Campagne extensive
2 Règlementation : introduction de valeurs cibles dans les sols
3 Règlementation : Normes PFAS dans la certification volontaire REVAQ
2024 2025 20262018 2019 2020 2021 2022 20232017<2000 2000-2005 2005-2010 2010-2015 2016
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Annexe 18 : Méthodes d?analyse des échantillons (préparation, extraction, mesure) et risques de contamination
accidentelle des échantillons et précautions
L?ensemble des acteurs contactés par la mission exprime le besoin d?un cadre normatif fixant des
méthodes robustes et performantes d?analyse des PFAS dans les échantillons de boue132,
permettant d?harmoniser les pratiques, d?intercomparer et interpréter les résultats.
Des pratiques d?analyse hétérogènes en l?absence de cadre normatif
A ce jour, il n?existe pas de norme validée en Europe ou en France pour l?analyse des PFAS dans
les MFSC, ni de laboratoires accrédités en France.
De ce fait, les laboratoires utilisent des méthodes internes et de nombreux paramètres de ces
méthodes, indispensables à l?évaluation d?ensemble de la performance analytique, s?avèrent très
hétérogènes d?un laboratoire à l?autre : modalités d?extraction, limites de quantification, incertitude
de mesure analytique, etc. Des écarts manifestes existent notamment dans l?analyse des boues
liquides et solides, avec des incertitudes de mesure plus élevées pour les boues liquides.
En l?absence de méthode normalisée, des laboratoires pourraient en théorie être accrédités sur la
base d?une méthode interne. Toutefois, l?accréditation par le COFRAC est subordonnée à la
réalisation d?essais inter-laboratoires (EIL), peu organisés jusqu?à présent. Le BIPEA, une
association internationale de laboratoires reconnue pour l?organisation d?EIL, propose depuis
septembre 2025 un circuit d?EIL pour la recherche d?une vingtaine de PFAS dans les boues133.
Les méthodes d?extraction
Préalablement à l?analyse proprement dite, les PFAS sont généralement extraits de la matrice solide
de l?échantillon selon des méthodes adaptées à cette matrice. Les méthodes d?extraction peuvent
varier selon les laboratoires et les pays :
? extraction par un solvant pour les matrices solides (méthode la plus fréquente) ;
? dilution de l?aliquote134 avec de l?eau exempte de PFAS (méthode moins fréquente), mais qui
conduit à récupérer majoritairement les PFAS hydrophiles ; la norme 1633135 validée par
l?EPA en décembre 2024 autorise cette pratique de dilution selon certaines conditions, et est
par ailleurs déployée sur les territoires des Etats-Unis et du Canada par des laboratoires
accrédités.
Les modalités d?extraction et de préparation de l?échantillon influencent significativement les
résultats. Par exemple, la méthode de dilution d?une matrice solide dans l?eau implique d?utiliser une
technique d?analyse développée pour les phases aqueuses, avec souvent des limites de
quantification plus basses.
132 L?analyse des mesures de teneur en PFAS des boues de stations d?épuration réalisées dans le cadre du RSDE 2022
sur le bassin Loire Bretagne (cf. 2.2.2) montre des écarts statistiques parfois très significatifs entre laboratoires d?analyse (facteur supérieur à 10 entre les médianes) ce qui fragilise l?interprétation qui peut être faite de ces données.
133 https://extranet.bipea.org/app_pub/_common/fic_circuit.aspx?code_circuit=38b&code_langue=FR 134 petite fraction de l?échantillon qui sera analysée, représentative de l?échantillon entier 135 EPA, United States Environmental Protection Agency : Method 1633, Revision A : Analysis of Per- and Polyfluoroalkyl
Substances (PFAS) in Aqueous, Solid, Biosolids, and Tissue Samples by LC-MS/MS
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 152/161
Les méthodes d?analyse
méthodes globales (ANSES, 2025) :
? les analyses quantitatives ciblées concernent des composés PFAS préalablement identifiés,
pour lesquels des standards analytiques sont disponibles. Ces analyses font le plus souvent
appel à une chromatographie en phase liquide (LC) couplée à la spectrométrie de masse en
tandem (MS/ MS). La chromatographie en phase gazeuse (GC) peut s?appliquer à un nombre
plus restreint de PFAS, dont des PFAS plus volatiles ;
? les analyses non-ciblées permettent la détection et quantification des substances présentes
dans les échantillons, sans qu?elles soient connues a priori individuellement ou que l?on dispose
de standards spécifiques. Elles nécessitent des instruments bénéficiant d?une résolution et d?une
précision en masse élevées (dont la spectrométrie de masse à haute résolution (HRMS) en
mode balayage complet) (ANSES, 2025) ;
? enfin, des méthodes d?analyses globales ou semi-globales sont déployées ou en cours de
déploiement dans d?autres matrices que les MFSC (eaux, sols), et permettent d?acquérir des
informations plus globales sans pouvoir identifier et quantifier précisément les composés PFAS
individuellement.
Nous citons ci-dessous, sans recherche d?exhaustivité, certaines approches indiciaires globales,
donc non-ciblées, reposant sur la quantification de l?élément fluor, par exemple :
? la résonance magnétique nucléaire (RMN) du fluor, pour le moment d?avantage développée pour
les matrices « sols » et « eaux » : elle permet de mesurer le fluor total soluble, les PFAS totaux,
voire certaines familles de PFAS de configuration chimique particulière en s?appuyant sur des
signatures spectrales. Cette méthode n?a pas vocation à détecter des concentrations faibles car
elle est peu sensible (limites de quantification élevées dans l?eau et le sol), mais offre une vision
d?ensemble de la pollution fluorée avec un accès à des informations d?ordre structural grâce à
l?interprétation de spectres obtenus ;
? la méthode indiciaire par absorption du fluor organique (AOF/ Adsorbable Organic Fluorine)
mentionnée dans les arrêtés du 20 juin 2023 et du 3 septembre 2025136. Ces arrêtés prescrivent
tous deux des campagnes de surveillance dans certains rejets aqueux, incluant une mesure de
la quantité totale de fluor par cette méthode. Elle présente toutefois l?inconvénient d?être peu
sensible, avec une limite de quantification de l?ordre de 2µg/l, et n?est pas conçue pour les
matrices solides ni pour la recherche de composés volatiles. Un autre biais résulte de la
possibilité d?interférences avec le fluor inorganique « non PFAS » qui peuvent conduire à des
surestimations potentiellement fortes de la teneur en PFAS.
Des études137 soulignent que, dans le cadre de l'évaluation de la contamination environnementale
par les PFAS, l'AOF ou encore l?EOF (mesurant le fluor organique extractible, méthode plus adaptée
136 Arrêté du 20 juin 2023 relatif à l'analyse des substances per- et polyfluoroalkylées dans les rejets aqueux des
installations classées pour la protection de l'environnement relevant du régime de l'autorisation et arrêté du 3 septembre 2025 relatif à l'analyse de substances per- et polyfluoroalkylées dans les eaux en entrée et sortie de stations de traitement des eaux usées urbaines.
137 La plupart des méthodes et approches existantes ont été testées sur des échantillons d?eaux usées, de boues ou de sous-produits dans le cadre du projet européen PROMISCES (Preventing Recalcitrant Organic Mobile Industrial chemicalS for Circular Economy in the Soil-sediment-water system), qui s?est déroulé de 2021 à 2025. Ce projet a contribué au développement des méthodes analytiques et confirme l?intérêt de compléter les analyses ciblées par des approches plus globales afin de mieux apprécier la contamination.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 153/161
aux sols et aux boues) ne sont pas entièrement efficaces en tant qu'indicateurs pour évaluer la
« quantité totale de PFAS », car ils peuvent intégrer des fluors non PFAS et donc fortement
surestimer la teneur effective en PFAS. Cependant, ces méthodes s?avèrent utiles pour mieux
comprendre les sources de fluor dans l'environnement.
Les méthodes globales ne peuvent pas, à elles seules, fonder la prise de décision face à une
pollution supposée ou avérée par les PFAS mais apportent des informations complémentaires utiles
sur la contamination fluorée des milieux, et méritent donc de compléter les approches ciblées
« classiques » plus sensibles.
Un projet de norme internationale en cours
Une norme ISO (ISO/DIS 25652) est en voie de finalisation au moment de la rédaction du présent
rapport. Sa publication est attendue pour mi-2026 (ou de façon plus réaliste fin 2026).
Elle permettra de répondre aux enjeux d?harmonisation des méthodes analytiques pour :
? la matrice boues ainsi que pour les matrices sols et sédiments ;
? les substances listées dans son domaine d?application e (une cinquantaine de PFAS).
Le BRGM a publié une note de synthèse sur ce projet de norme en octobre 2024138.
La publication de cette norme internationale facilitera l?organisation d?essais inter-laboratoires et in
fine les demandes d?accréditation des laboratoires. Son contenu est connu et peut d?ores et déjà
être utilisé par les laboratoires qui le souhaitent.
Risques de contamination accidentelle des échantillons et précautions
La plupart des références bibliographiques consultées insistent sur la nécessité de porter une
attention particulière au risque de contaminations accidentelles des échantillons, depuis leur
prélèvement jusqu?à leur analyse au laboratoire, risque lié au caractère ubiquiste des PFAS.
Par exemple, le projet PFASOL (cf. 2.2.3) préconise, dans le cadre de prélèvements de la matrice
solide « sols », d?utiliser des matériels en inox plein sans revêtement, des gants en nitrile non
poudrés, ainsi que des flacons en polyéthylène haute densité sans étanchéification en téflon, et
d?éviter autant que possible le port de produits corporels contenant des PFAS.
Des positions plus nuancées (INERIS/BRGM) considèrent cependant que l?impact de la
contamination accidentelle d?un échantillon est moindre lorsqu?il s?agit de matrices présentant des
teneurs en PFAS assez élevées (mesurées en µg/kg de MS pour les boues, et non en ng/L). De leur
avis, compte tenu des valeurs parfois importantes constatées, la seule éventuelle contamination lors
du prélèvement ne peut justifier ces valeurs. Ce point a été confirmé par la DEB et la DGPR dans
son courrier (cf. annexe n°10) au DREAL de Bassin Loire Bretagne.
La remise en cause systématique de mesures fournissant des valeurs élevées par l?argument d?une
contamination accidentelle hypothétique lors du prélèvement n?apparaît pas légitime.
138 https://ssp-infoterre.brgm.fr/sites/default/files/documents/2024-10/BRGM-RP-73936-FR_note-PFAS.pdf
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Annexe 19 : La production de MAFOR en France : origines et volumes
Une expertise scientifique collective (INRAE, CNRS) sur la valorisation agricole des matières
fertilisantes d?origine résiduaire a été publiée en 2014139 (Etude ESCO MAFOR). Les données
relatives aux gisements de matières résiduaires, à la part valorisable en agriculture et aux pratiques
d'épandage sont très difficiles à rassembler pour toutes les MAFOR objets de cette expertise et à
analyser. En effet, elles sont collectées de différentes manières, ne sont pas centralisées, sont
incomplètement informatisées, sont exprimées dans différentes unités de mesures (matière brute
versus matière sèche). Enfin, certains gisements ne sont renseignés au niveau national que par des
enquêtes réalisées il y a plus de 20 ans, qui n'ont pas été actualisées. Des données plus récentes
existent, mais ne sont disponibles que pour certaines régions ou ne se basent pas sur la même
typologie des matières, rendant délicate l'articulation entre les données et l'estimation de l'évolution
des gisements au cours du temps.
Il convient de souligner que les déjections directement émises au champ par les animaux, non
récupérables (estimées à environ 50 % de la totalité des effluents d?élevage), ne sont pas
considérées comme des MAFOR, car elles ne sont pas "épandues" au sens strict (c'est-à-dire par
l'Homme). Ces apports "non maîtrisés" de déjections constituent néanmoins un élément contextuel
à prendre en compte dans toute réflexion globale portant sur les modalités d?utilisation et
d?encadrement réglementaire des MAFOR : au même titre que les déjections récupérables, elles
sont susceptibles d?apporter des éléments fertilisants et de la matière organique, mais également
d'être vectrices de contaminations.
Par ailleurs, faute de données fiabilisées, les quantités importées et exportées sont exclues de
l?analyse alors qu?elles semblent constituer des volumes significatifs140.
Pour ces différentes raisons, il n?a pas été possible de fournir, dans le cadre de cette mission, une
image globale précise des flux de MAFOR actuellement épandues en France.
De l?ensemble des informations rassemblées par l?ESCo MAFOR 2014, plusieurs points peuvent
être mis en exergue :
? les effluents d?élevage produits en France représentent un volume annuel de 109 Mt MB (matière
brute) équivalent à 31 Mt MS (matière sèche)141, répartis pour moitié entre émissions au champ
(déjections directes) et pour moitié effluents collectés ;
? les effluents d?élevage collectés représentent ~78 % des MAFOR épandues et constituent le
principal gisement non impacté par une source soit industrielle soit urbaine. Ils proviennent à
73 % de l?élevage bovin (source AGRESTe). Ce segment est depuis quelques années en
décapitalisation, ce qui induit une diminution des quantités produites, les valeurs présentées
constituant un maximum disponible ;
? la quantité de boues produites par les STEU urbaines est estimée à 976 000 tonnes MS en 1998
(IFEN, 1998) et à 1 180 000 tonnes MS en 2008 (MEEDDAT, 2009), soit une augmentation
139 « Valorisation des matières fertilisantes d?origine résiduaire sur les sols à usage agricole ou forestier : impacts agronomiques,
environnementaux, socio-économiques » (https://www.inrae.fr/sites/default/files/pdf/MAFOR-synthese-vf-oct2014.pdf) 140 Selon l?étude ESCO MAFOR (2014), qui s?appuie sur une enquête de l?UNIFA de 2013, 0.7 Mt de MS (volailles et porcs) étaient
importés annuellement depuis les Pays Bas et la Belgique. Les DRAAF interrogées (Grand Est, Auvergne Rhône Alpes et Pays de la Loire) n?ont aucune traçabilité de ces importations.
141 Cette estimation est reprise dans un rapport CGEDD/CGAAER de 2015 sur les épandages de matières fertilisantes d?origine résiduaire, sans que le détail de calcul y figure (https://agriculture.gouv.fr/sites/default/files/cgaaer_14074_2015_rapport.pdf)
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d?environ 21 % en 10 ans. Les prévisions établies par la Commission européenne pour la France
à l?horizon 2020 (Milieu Ltd et al., 2010) s?élevaient à 1 600 000 t MS / an142. La production
globale de boue entrant dans un processus d?épandage était estimée à 1.6 Mt MS (2014), devant
progresser à 2 Mt MS ;
? la production et la valorisation des déchets organiques (y compris les boues et effluents
industriels) ne sont pas réparties de manière homogène sur le territoire (production au nord et à
l?ouest, besoin important à l?est et au sud, notamment en zones céréalières). Cette répartition
inégale constitue un frein à l?utilisation de ces matières. En effet, la concentration de l?élevage
dans certaines régions françaises, dont les effluents sont peu transportables, est synonyme de
concentration du gisement de ce type de MAFOR. De même, les villes constituent des gisements
localisés de MAFOR, principalement utilisables par l?agriculture périurbaine ;
? ces concentrations de populations humaine (zone urbaine) et animale (régions d?élevage)
mobilisent des aliments qui ne sont pas produits sur place : ainsi, un épandage localisé des
MAFOR produites par ces populations ne permet pas de restituer l?azote mobilisé dans les
régions productrices de ces aliments, et ainsi de boucler le cycle de l?azote ;
? l?Etat ne dispose pas de la connaissance des flux de MAFOR à l?import et à l?export. La mise en
oeuvre de normes va conduire à supprimer des gisements donc va probablement, par un effet
rebond, renchérir la matière importée qui va se transporter sur de plus grandes distances.
Ces données sont globalement cohérentes avec celles collectées dans l?annexe 16.
142 Référence février 2012 - Panorama des projets de recherche et perspectives sur la problématique des micropolluants dans les boues
de stations de traitement des eaux usées urbaines
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Annexe 20 : Extrait étude SYNTEAU sur l?impact de la DERU2 article 11
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Résumé
1. L?encadrement réglementaire
1.1. Les composés PFAS en France et en Europe : définitions, enjeux associés et encadrement réglementaire
1.1.1. Définitions et présentation générale des PFAS
1.1.2. Cadre réglementaire européen
1.1.2.1. Des restrictions de fabrication et d?utilisation des PFAS, en voie de renforcement
1.1.2.2. Un cadre réglementaire européen uniquement pour l?eau et l?alimentation
1.1.3. Prise en compte française
1.1.3.1. Encadrement national et plan d?actions interministériel sur les PFAS
1.1.3.2. La loi de février 2025, une spécificité française
1.1.3.3. Un début d?encadrement par bassin par les SDAGE
1.1.3.4. Des études et missions diligentées récemment
1.2. Réglementation française applicable aux matières fertilisantes
1.2.1. Définitions
1.2.2.1. Une « offre réglementaire » souple selon le type de MFSC
1.2.2.2. La réglementation ICPE et IOTA sur les boues
1.2.2.3. L?introduction à venir du « socle commun » en France
1.3. Une directive « eaux résiduaires urbaines 2 », impactant le gisement de boues
2. Cadre général des matières fertilisantes en France
2.1. Matières fertilisantes utilisées en France ? origines, quantités, usages et enjeux
2.1.1. Matières organiques
2.1.1.1. La production de MAFOR en France : origines et volumes
2.1.1.2. Boues (STEU et ICPE) et digestats (méthaniseurs)
2.1.1.3. Synthèse sur les tonnages de MAFOR
2.1.2. L?utilisation des MAFOR : enjeux et source de tension pour les différentes filières d?épandage
2.1.2.1. Principaux usages
2.1.2.2. La diminution du gisement de MAFOR : enjeux et impacts
2.1.3. Matières minérales
2.2.1. Métrologie des PFAS dans les MFSC
2.2.1.1. Echantillonnage et prélèvement des MFSC pour l?analyse des PFAS
2.2.1.2. Méthodes d?analyse des échantillons (préparation, extraction, mesure)
2.2.1.3. Risques de contamination accidentelle des échantillons et précautions
2.2.2. Niveaux de contamination en PFAS des différentes MFSC : données françaises disponibles
2.2.2.1. Teneurs en PFAS des boues de STEU urbaines
2.2.2.2. Analyse des PFAS dans les boues du RSDE Loire Bretagne 2022
2.2.2.3. Les analyses PFAS dans les boues par les opérateurs de STEU
2.2.2.4. Revue bibliographique des données françaises disponibles sur la contamination de toutes les MFSC
2.2.3. Contamination PFAS des compartiments associés
2.2.4. Des cas emblématiques de contamination par les PFAS des MFSC et de modes de gestion sur le territoire français
2.2.5. Que faire des boues contaminées ?
2.2.5.1. Incinération
2.2.5.2. Foresterie
2.2.5.4. La méthanisation
3. Synthèse du parangonnage de pays ayant mis en place une réglementation
3.1. Processus ayant permis le parangonnage et ces limites
3.2. Des points communs, malgré la diversité des contextes
3.2.1. Des facteurs communs à l?origine d?une volonté de régulation
3.2.2. La préoccupation centrée sur les boues de stations d?épuration
3.2.3. Certains composés PFAS systématiquement pris en compte
3.2.4. Caractérisation et traçabilité des boues sont des enjeux majeurs
3.2.5. Des taux de non-conformité faibles face aux réglementations
3.3. Les composés PFAS retenus dans les cadres de gestion
3.4. L?élaboration des cadres de gestion
3.4.1. Structure des cadres de gestion :
3.4.2. Typologie des démarches :
3.5. D?incitatifs à réglementaires, des cadres de gestion à portée variable
3.6. Impacts et mesures d?accompagnement : un recul insuffisant
4. Introduction d?un cadre réglementaire sur les PFAS dans les matières fertilisantes
4.1. Une stratégie à la croisée d?enjeux sanitaires, environnementaux et d?économie circulaire
4.2. Les points de vue des acteurs
4.3. Cadres de gestion PFAS dans les MFSC et anticipation des impacts
4.3.1. Pertinence de l?introduction rapide et progressive de seuils en PFAS dans les MFSC et proposition d?une méthode
4.3.2. Une stabilisation des protocoles métrologiques des PFAS dans les matrices solides
4.3.3. Une organisation du suivi des teneurs en PFAS des sols
4.3.4. Campagne nationale 2026-2027 de mesure des teneurs en PFAS des boues et digestats valorisés par épandage agricole
4.3.5. Une amélioration de l?information sur les MAFOR
4.3.6. Coordination nationale du suivi des teneurs en PFAS des MFSC et des sols
4.3.7. Mesures d?anticipation des impacts et d?accompagnement
Conclusion
Annexes
De fortes disparités régionales
1.1.1 Un impact quasi nul des teneurs autorisées pour les boues
1.1.2 Un impact significatif des flux
Des pratiques d?analyse hétérogènes en l?absence de cadre normatif
Les méthodes d?extraction
Les méthodes d?analyse
(ATTENTION: OPTION alysée. Dans le cas de la comparaison à la règlementation belge-wallonne, les taux de non-
conformité obtenus sont inférieurs à 5 % pour les STEU de plus de 20 000 EH (échantillon de 161
STEU), et de l?ordre de 25 % pour les STEU de moins de 20 000 EH (échantillon de 24 STEU).
Les résultats obtenus par des exploitants sur 185 STEU (cf. 2.2.2.3) et par la mission et l?AE LB sur
les 48 STEU du RSDE 2022 (cf. 2.2.2.2) sont pleinement cohérents entre eux.
2.2.2.4. Revue bibliographique des données françaises disponibles sur la
contamination de toutes les MFSC
Les éléments qui suivent portent sur les données françaises de contamination des MFSC, hors
données issues du RSDE ou du secteur privé portant sur les boues qui ont été analysées dans le
paragraphe précédent.
Le suivi des PFAS dans les MFSC autres que les boues est nettement moins fourni dans la
documentation scientifique. Dans une étude franco-canadienne (Munoz et al., 202240), les PFAS ont
40 Target and nontarget screening of PFAS in biosolids, composts, and other organic waste products for land application in France.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 33/161
été caractérisés dans 47 produits organiques utilisés dans les zones agricoles en France, y compris
des matériaux historiques et récents.
Il s'agit de produits provenant :
? de déchets urbains (boues d'épuration des stations d'épuration, compost de déchets verts et
boues d'épuration, compost de biodéchets, compost de déchets urbains solides, digestat de
déchets urbains) ;
? de déchets agricoles (fumier de vaches laitières, lisier de porcs, fumier de volailles, compost de
fumier de bétail laitier, digestat provenant du fumier de porc) ;
? et de déchets industriels (boues de papier et cendres d'incinération).
Au total, 160 PFAS de 42 classes ont été détectés. Les teneurs des PFAS ciblées étaient faibles
dans les matières d?origine agricole, tels que le lisier de porc, le fumier de volaille ou le fumier de
bovins laitiers (médiane pour la somme de 46 PFAS : 0,66 ?g/kg MS, concentration nettement
inférieure au seuil restrictif fixé en Flandre de 15 ?g/kg MS pour la somme des 20 PFAS de la
directive EDCH).
Des niveaux plus élevés de PFAS ont été signalés dans les déchets urbains et industriels, les boues
issues des papeteries, les boues d'épuration ou les composts des ordures ménagères (médiane
pour la somme de 46 PFAS : 220 ?g/kg MS, soit plus de 300 fois la teneur médiane observée dans
les effluents d?élevage).
Quelle que soit l'unité géographique considérée, les concentrations de PFAS étaient nettement plus
élevées dans les boues d'épuration et les déchets urbains compostés que dans les effluents
d'élevage. Les acides perfluoroalkylés étaient les plus fréquemment détectés (PFOS et PFOA en
tête), avec des profils similaires à ceux de produits équivalents analysés aux États-Unis.
D?autres études (Lazcano et al, 202041) viennent confirmer que les concentrations de PFAS sont
plus importantes dans les produits à base de boues comparativement à d?autres matières
fertilisantes tels que les composts à base de déchets alimentaires et déchets verts ; ou encore que
les composts de déchets issus d?emballages et de papiers sont plus contaminés que les composts
contenant uniquement des déchets de jardin ou alimentaires (Costello et Lee, 202042).
A l?aune de ces travaux, les boues, les produits à base de boues et de déchets contenant notamment
des résidus de papiers et cartons imperméabilisés apparaissent comme les matières les plus à
risque quant à la présence de PFAS.
2.2.3. Contamination PFAS des compartiments associés
Maîtriser la contamination environnementale par les PFAS implique de quantifier les teneurs en
PFAS rencontrées dans différents compartiments environnementaux (eaux de surface, eaux
souterraines, sols, air, biotes, alimentation, humains), leur distribution spatiale et leur évolution
temporelle. Les stratégies de suivi des contaminations PFAS de certains de ces compartiments (cf
annexe n°15), potentiellement liées à la fertilisation, sont décrites ci-dessous.
Suivi de la contamination PFAS des sols : différents travaux scientifiques ont montré que les
PFAS se concentraient principalement dans le sol superficiel (de l?ordre de 10 cm de profondeur) et
que, hormis les cas de contaminations liés à des rejets industriels localisés, la principale source de
Environmental Science and Technology 2022 56. Munoz et al., 2022.
41 Characterizing and comparing per and polyfluoroalkyl substances in commercially available biosolid and organic non-biosolid-based products. Environ Sci Technol.2020. Lazcano et al, 2020.
42 Sources, fate, and plant uptake in agricultural systems of per-and polyfluoroalkyl substances. Current Pollution Reports 10. Costello et Lee, 2020.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 34/161
PFAS dans les sols est liée aux fertilisants, principalement aux boues épandues, ainsi qu?aux
produits phytosanitaires.
Certains pays (Danemark, Belgique, Suisse?) ont déjà mené des campagnes extensives de mesure
des PFAS dans leurs sols, généralement avec le double objectif de déterminer des « valeurs de
fond »43 des teneurs en PFAS et d?identifier des zones où les sols ont des teneurs élevées. L?INERIS
a publié en 2025 un rapport « Valeurs de fond des PFAS dans les sols européens et cadre de gestion
des sols contaminés par les PFAS sur le territoire flamand »44. Le Tableau 8, extrait de ce rapport,
fournit les valeurs de fond (quantiles 50 % et 90-95 %) de trois PFAS dans des sols ruraux, issus de
trois études (Flandre, Pays-Bas, Rhénanie nord-Westphalie).
Tableau 8 : valeurs de fond des teneurs en PFAS des sols issus d?études belges, néerlandaises et allemandes (source rapport INERIS 2025 « Valeur de fond des PFAS dans les sols européens »)
En France, de tels travaux sont en cours de mise en place par le réseau de mesure de la qualité
des sols (RMQS) et le projet PFASol. Le RMQS est un outil de surveillance des sols à long terme,
piloté par le GIS Sols45. Il a pour missions de cartographier les propriétés des sols, de gérer une
banque d?échantillons de sols, de tenir un tableau de bord de la qualité des sols et de détecter des
évolutions de leur qualité. Il suit 2 240 sites répartis sur le territoire national, par périodes de 15 ans
(RMQS1 2000-2015 ; RMQS2 2016-2030). Les PFAS font partie des enjeux émergents pour le
RMQS. Plusieurs projets (projet INERIS, projet IPANEMA) ont été consacrés à des sols de sites
industriels pollués par les PFAS, et visaient à mieux prévoir leur biodisponibilité et toxicité.
Le projet PFASol vise à réaliser un premier état des lieux des teneurs en PFAS des sols à l?échelle
nationale. Ses objectifs scientifiques et techniques sont : (i) de tester et définir la profondeur de
prélèvement des PFAS ; (ii) de fournir une première vision de la contamination PFAS diffuse des
sols français à travers l?analyse des échantillons du RMQS et de proposer des premières valeurs de
référence ; (iii) de rechercher les déterminants de la répartition des PFAS (ex : occupation du sol,
intrants, position géographique par rapport à des industries) ; (iv) de valoriser les résultats,
notamment en appui aux politiques publiques. Les produits finaux escomptés sont :
? un protocole de prélèvement rigoureux et reproductible (teneurs faibles) ;
? une connaissance des teneurs en PFAS des sols au niveau national ;
? la définition d?indicateurs de la pollution en PFAS (valeurs de fonds, valeurs de référence) ;
? une base de données des sols français pour environ 49 molécules de PFAS sur 170 sites.
Suivi de la contamination PFAS des rejets aqueux des STEU : l?arrêté du 3 septembre 2025
relatif à « l'analyse de substances PFAS dans les eaux en entrée et sortie de stations de traitement
des eaux usées urbaines »46, fixe les conditions d'une campagne de surveillance des substances
PFAS pour les stations de traitement des eaux usées urbaines de capacité nominale supérieure ou
égale à 10 000 EH. Les résultats de ces mesures sont versés dans la base nationale ROSEAU, qui
43 La valeur de fond permet d?identifier l?impact d?une source (notamment ponctuelle) dans les milieux de vie, par rapport à la charge diffuse existante, 44 https://www.ineris.fr/sites/default/files/contribution/Documents/Ineris-232891%20-
%20Valeurs%20de%20fond%20PFAS%20et%20gestion%20flamande%20v2.pdf 45 https://www.gissol.fr/le-gis/programmes/rmqs-34 46 https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000052201216
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 35/161
recense les données de suivi des mises en conformité des ouvrages d'assainissement. Cette base
est accessible via le portail d'information sur l'assainissement communal.
Suivi de la contamination PFAS des rejets aqueux des ICPE : l?arrêté ministériel du 20 juin 2023
relatif à « l?analyse des PFAS dans les rejets aqueux des ICPE » constitue la base réglementaire de
la mesure des teneurs en PFAS dans les rejets aqueux des ICPE soumises à autorisation. Il prévoit
trois campagnes d?analyses à réaliser selon un calendrier défini, impose une liste de PFAS (dont
ceux visés par la Directive EDCH (cf. Tableau 9)) et concerne environ 5 000 installations
industrielles.
Suivi de la contamination PFAS des eaux potables : La Directive EDCH est le texte fondamental
qui encadre le suivi des eaux destinées à la consommation humaine. Elle introduit pour la première
fois des limites pour les PFAS dans l?eau : somme de 20 PFAS < 0,10 µg/l ; somme de tous PFAS
mesurables < 0,50 µg/l. Les États membres doivent surveiller ces substances et respecter ces seuils
depuis janvier 2026 au plus tard. La directive est transposée dans le droit français via des décrets
et arrêtés sur la qualité de l?eau potable et via l?intégration des PFAS dans les paramètres
réglementaires :
? l?instruction DGS/EA4/2023/52 du 31 août 2023 a lancé une campagne nationale exploratoire
sur les PFAS avec pour objectifs de mesurer la présence des PFAS dans les eaux brutes
(ressources utilisées pour produire l?eau potable) et les eaux distribuées, et d?identifier les zones
à risque ;
? l?instruction DGS/EA4/2025/22 du 19 février 2025 renforce la gestion sanitaire en précisant
comment interpréter les résultats en PFAS et quelles actions prendre en cas de dépassement.
Lors de la campagne nationale exploratoire de l?ANSES (2023?202547), sur 627 échantillons d?eau
du robinet analysés, neuf ont présenté des dépassements du seuil de 100 ng/l (~1,4% des
échantillons). De façon générale, les PFAS ont été détectés dans la majorité des échantillons, mais
sous le seuil réglementaire. Le taux moyen pour la somme de 20 PFAS en France s?établit à 0,023
µg/l. Sur 8 827 réseaux d?eau analysés, 24 ont présenté des dépassements de la norme.
L?absence d?observatoire systémique sur les contaminations en PFAS, regroupant l?ensemble de
ces informations, est un frein à la mise en place d?une démarche collaborative et d?analyse des
risques.
2.2.4. Des cas emblématiques de contamination par les PFAS des MFSC et de modes de gestion sur le territoire français
De manière systématique, les alertes sur les contaminations en PFAS sont issues d?analyses d?eau
potable réalisées par les ARS. Elles ont été suivies de la mise en place de cellules de crise pilotées
par le corps préfectoral et des procédures judiciaires ont été diligentées. Ces crises ont mis en
lumière plusieurs points :
? la publication systématique sur portail internet de l?ensemble des informations connues, comme
l?a réalisé la DREAL AURA, a participé fortement à apaiser les relations avec les acteurs des
territoires ;
? lorsque la source de la pollution est identifiée et n?est pas reliée à un site industriel, elle est
souvent en provenance d?une matière fertilisante, ce qui a conduit certains préfets à interdire
l?épandage (boue de papeterie belge, boue de blanchisserie, ?) ;
47 https://www.anses.fr/system/files/LABORATOIRE2024-AST-0045.pdf
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 36/161
? l?absence de normes en France, tant sur la mesure que sur les produits, concernant les PFAS
dans les MFSC et l?impossibilité de tracer les importations de matières fragilisent les actes
administratifs pris ;
? tous les acteurs sont très attentifs à la qualité de l?eau bue, à la qualité des aliments ingérés mais
la question du support ? le sol - est moins abordée ;
? les travaux nécessaires pour permettre de réalimenter la population en eau potable sont très
importants et coûteux.
2.2.5. Que faire des boues contaminées ?
A ce jour, il n?existe que très peu de solutions pour gérer une boue qui présenterait des teneurs en
PFAS n?autorisant plus son utilisation d?amendement agricole. Les solutions éprouvées visent soit
la destruction des boues (incinération), soit leur valorisation hors production alimentaire (épandage
forestier), soit leur traitement plus avancé (mélange de boues, méthanisation) en vue d?une
valorisation partielle par épandage.
2.2.5.1. Incinération
Le seul traitement opérationnel permettant la destruction des PFAS est l?incinération des boues à
très haute température, traitement également utilisable pour les lixiviats de méthaniseur nonobstant
leur très faible siccité. Actuellement, les incinérateurs de déchets dangereux, qui sont conçus et
exploités pour détruire toutes les substances dangereuses, garantissent des conditions propices à
l?élimination des PFAS : températures élevées dans les fours d?incinération, temps de séjour
suffisamment long, post-combustion des fumées, traitement des fumées ultra-performant. À ces très
hautes températures (supérieures ou égales à 1300°C), la liaison carbone-fluor se brise et provoque
la minéralisation des PFAS sous forme de CO2 et de fluor. Ceux-ci sont ensuite captés lors du
traitement des fumées ou stabilisés dans les résidus solides de la combustion. Ce n'est pas une
transformation ou un déplacement : c'est une élimination définitive. Les résidus sont tout de même
stockés en décharge de classe I. Cependant, la capacité et disponibilité actuelle du parc national
d?incinérateurs à très haute température est limitée et ne permettrait pas, d?après les représentants
de la profession (SYPRED et SYVED48), d?absorber de nouveaux volumes importants sans
construire de nouveaux fours. Il existe cependant un brevet qui permet d?éliminer les PFAS à plus
basse température (inférieure à 1000°C) dans des fours non industriels moyennant quelques
adaptations (société Véolia brevet n°23 02257 ? annexe n°11). Cette solution constituerait une filière
de traitement à moindre frais pour ces boues et permettrait de maintenir des fours dont les matières
entrantes actuelles n?ont plus un PCI (pouvoir calorifique inférieur) suffisant, ce qui est un effet du tri
à la source. Le rajout de boues contenant beaucoup de carbone (boues non conformes PFAS)
permettrait d?augmenter la valeur du PCI du mélange et de continuer à incinérer la matière.
2.2.5.2. Foresterie
La dernière filière en croissance citée dans la littérature est la foresterie, notamment les taillis à
courte rotation (TCR), ou bien l?usage par amendement sur des terrasses en ville. Les épandages
génèrent un apport en matière organique important pour cette filière et doivent provenir de boues le
moins liquides possible, afin de limiter le retour vers la nappe. Ils ne concernent pas les cultures à
vocation alimentaire.
48 SYPRED : Syndicat des professionnels du recyclage, de la valorisation, de la régénération et du traitement des déchets dangereux. SYVED : Syndicat de valorisation et d?élimination des déchets
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 37/161
2.2.5.3. Le mélange de boues pour déshydratation
Les échanges que les membres de la mission ont conduits avec certains prestataires privés
semblent indiquer que le mélange de boues de plusieurs ouvrages d?épuration se généralise,
notamment dans le cadre d?unités mutualisées de traitement et déshydratation.
L?objectif recherché par ces dispositifs est la rentabilisation des investissements de traitement-
déshydratation et la possibilité d?épandre sur des terres plus éloignées du site de production. Les
industriels anticipent aussi la mise en oeuvre de la DERU2 (cf. 1.3. ). L?autorisation de mélanger des
boues résulte d?un assouplissement de la réglementation qui date de la période post Covid49. Ce
décret modifie les articles R. 211-29 et R. 211-30 du code de l?environnement pour autoriser le
mélange de boues dès lors que chaque boue respecte les conditions réglementaires avant mélange,
et que le mélange est conforme aux prescriptions techniques applicables à l?épandage sur sols
agricoles. Ce mélange implique l?instruction de demandes d?autorisations préfectorales permettant
aux systèmes d'assainissement concernés d?importer ou d?exporter de la boue, puis de demandes
d?autorisations préfectorales relatives à l'épandage des boues mélangées. Donc, soit la STEU est
neuve et ce processus est prévu dès la conception, soit les DDT(M) devront instruire de nombreux
arrêtés modificatifs avec, pour certains dossiers, de nouvelles enquêtes publiques.
Ce processus technique implique que :
? les stations tiennent un registre de suivi des boues, avec les dates de prélèvement, les résultats
des analyses, les dates d'évacuation des boues ;
? les siccités des différents lots de boues soient proches donc que :
o la STEU de grande capacité dispose d?un silo qui permette de mélanger les boues en amont
de la filière d?épaississement,
o et que des analyses en PFAS dans les boues soient réalisées à différents points : en A6
(boue liquide produite par la station 1), en S6 (boue liquide évacuée par la station 1) puis en
S6 de la station 2 (boue mélangée avant épandage).
Il existe cependant, à ce stade, une difficulté règlementaire. Le décret susvisé impose que, à chaque
étape du mélange, la boue doit être conforme aux préconisations réglementaires pour l'épandage,
ce qui n?est pas le cas. Toutefois, le préfet peut autoriser le regroupement de boues dans des unités
d'entreposage ou de traitement communs, lorsque la composition de ces déchets répond aux
conditions prévues aux articles R. 211-38 à R. 211-45 du code de l?environnement, qui renvoient
elles-mêmes aux dispositions de l'arrêté ministériel de 1998 (caractéristiques des boues, distances
d'épandages, périodes d'épandage, etc.). Cette architecture réglementaire n?est pas adaptée à la
production de boues liquides contenant des PFAS qui peuvent devenir conformes aux normes, et
donc épandables, après épaississement. Une modification du décret ou des deux arrêtés
ministériels de 1998 (IOTA et ICPE), prenant en compte cette spécificité, est nécessaire.
2.2.5.4. La méthanisation
La digestion des boues par des méthaniseurs au sein des stations d?épuration se développe. Aucun
PFAS n?est éliminé par le processus de méthanisation et la question de la contamination PFAS se
reporte des boues aux digestats. Cette solution a toutefois l?avantage de diminuer fortement la
quantité de matière contenant des PFAS à traiter et présente un fort potentiel de généralisation (cf.
DERU2). Ces stations vont avoir aussi la capacité d?accueillir d?autres produits pour augmenter les
49 Décret n° 2021-147 du 11 février 2021 relatif au mélange de boues issues de l?assainissement des eaux usées urbaines et à la
rubrique 2.1.4.0 de la nomenclature des installations, ouvrages, travaux et activités soumises à la loi sur l?eau
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 38/161
capacités des méthaniseurs et produire une quantité importante d?énergie. Il faut prévoir un suivi de
la qualité PFAS des digestats qui seraient destinés à l?épandage agricole, et une filière pour éliminer
les digestats concentrés en PFAS, ce qui nécessitera de l?incinération après épaississement.
3. SYNTHESE DU PARANGONNAGE DE PAYS AYANT MIS EN PLACE UNE
REGLEMENTATION
L?objectif du parangonnage est multiple :
? assurer une bonne connaissance des réglementations mises en place par certains pays sur les PFAS dans les matières fertilisantes en général, et dans les boues de STEU valorisées par épandage agricole en particulier (valeurs de référence, périmètre des substances PFAS prises en compte?) ;
? comprendre les logiques et processus qui ont guidé leur définition et leur mise en place ;
? recueillir les retours d?expérience sur les pratiques de gestion et les impacts de ces réglementations.
La lettre de commande mentionnait une première liste de pays cibles pour ce parangonnage :
Autriche, Allemagne, Norvège, Suède, USA, Canada, Danemark, Belgique.
3.1. Processus ayant permis le parangonnage et ces limites
Au vu des délais contraints de la mission, trois voies de parangonnage ont été mobilisées en
parallèle : un travail d?analyse approfondie de la bibliographie, des échanges officiels (en
concertation avec la DG Trésor et la DAEI du MTE) avec les autorités et acteurs de ces
réglementations dans certains pays (ministères chargés de l?environnement, ministères chargés de
l?agriculture, agences, ?), quelques contacts directs, notamment avec des scientifiques de ces pays
collaborant avec des scientifiques français.
En l?absence d?anticipation pour la présente mission, il n?était pas possible de procéder par la voie
habituelle (questionnaire structuré établi par la mission et envoyé par les conseillers aux autorités
compétentes dans les pays, puis entretiens sur la base des réponses de ces autorités ? DG Trésor),
ni d?approcher un grand nombre de pays. Il a donc été convenu, à la demande de la DG Trésor, de
limiter à cinq le nombre de pays ciblés (Allemagne, Belgique, Canada, Danemark, Suède) et de
s?appuyer sur une procédure légère, sans questionnaire : identification par les conseillers des
ambassades des bons interlocuteurs et mise en contact avec les missionnés, entretiens de la
mission avec ces interlocuteurs en présence des conseillers, analyse par la mission des informations
recueillies et synthèse.
Parmi les autorités étrangères ainsi contactées dans des délais contraints, certaines ont pu être
réactives en proposant des entretiens approfondis, notamment dans le cas de la Belgique et du
Canada, quand les autres ont principalement communiqué des documents. Dans ces derniers cas,
l?analyse bibliographique a été la principale source d?information et a également porté sur certains
États des États-Unis. Le nombre limité de pays analysés et l?hétérogénéité des types de contacts
(entretiens approfondis, entretiens légers, documents) constituent donc une limite de ce travail de
parangonnage, mais le paysage ainsi dessiné illustre assez bien la diversité des situations,
notamment en lien avec la pratique plus ou moins développée de valorisation agricole des boues de
STEU.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 39/161
Les résultats du parangonnage sont restitués sous deux formes :
? ce chapitre 3 qui présente une synthèse interpays, structurée par thèmes : les facteurs à l?origine
de la mise en place d?une réglementation ; les valeurs réglementaires adoptées ; les logiques
ayant piloté leur détermination ; le retour d?expérience sur la mise en oeuvre de ces
réglementations (mesures d?accompagnement, impacts sur les filières) ;
? six fiches-pays détaillées (cf. annexe 6), qui présentent la situation dans chacun des six pays et
dans leurs provinces, régions ou Etats fédérés pour la Belgique (régions de la Flandre et de la
Wallonie), le Canada (niveau fédéral et province du Québec) et les USA (États du Maine, du
Michigan, du Connecticut).
3.2. Des points communs, malgré la diversité des contextes
D?une manière générale, cette étude montre que la régulation des PFAS dans les boues d?épuration,
et plus globalement dans les MFSC, constitue encore un domaine émergent.
3.2.1. Des facteurs communs à l?origine d?une volonté de régulation
Plusieurs dynamiques convergentes expliquent l?encadrement croissant des PFAS dans les boues
de stations d?épuration :
? la survenue de crises sanitaires et/ou environnementales médiatisées, ayant entraîné des
attentes fortes en matière de transparence et de surveillance des boues. Citons par exemple la
contamination d?exploitations laitières dans le Maine, la contamination d?origine industrielle en
Flandre près d?Anvers, un épisode de contamination de l?eau potable à Ronneby en Suède, ou
encore une pollution liée à l?usage de mousses anti-incendie à Korsør au Danemark ;
? la détection de contaminations PFAS suite à la mise en oeuvre d?un encadrement dans les
EDCH.
3.2.2. La préoccupation centrée sur les boues de stations d?épuration
Les boues sont perçues à la fois comme un levier d?économie circulaire (azote, phosphore, matière
organique) mais aussi comme un vecteur potentiel de polluants persistants. Dans la majorité des
pays étudiés, les boues de stations d?épuration concentrent l?attention des pouvoirs publics. Seule
l?Allemagne réglemente les PFAS dans l?ensemble des produits fertilisants, par l?ordonnance
générale sur les fertilisants (Düngemittelverordnung), complétée d?une ordonnance encadrant
spécifiquement la valorisation et la gestion des boues issues des stations d?épuration (AbfKlärV).
3.2.3. Certains composés PFAS systématiquement pris en compte
Les cadres de gestion de tous les pays prennent en compte a minima 2 composés incontournables :
le PFOS et le PFOA (seul le Canada au niveau fédéral fait exception en la matière, en réglementant
uniquement le PFOS). Les règlementations récentes tendent à élargir le spectre en prenant en
compte des sommes de composés.
3.2.4. Caractérisation et traçabilité des boues sont des enjeux majeurs
L?introduction d?une régulation normative ou réglementaire est généralement associée à des
exigences accrues, d?une part, en matière de surveillance et d?analyses régulières et, d?autre part,
en matière de recherche et de réduction des sources de contamination. La traçabilité des boues
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 40/161
devient un outil central, non seulement pour prévenir les transferts de pollution, mais aussi pour
apporter les garanties nécessaires à la restauration de la confiance.
3.2.5. Des taux de non-conformité faibles face aux réglementations
Dans la plupart des pays ayant suivi le taux de non conformités des boues aux seuils établis, ce
taux semble être resté à des niveaux acceptables (de l?ordre de 5 %). La seule exception majeure
est le Maine (USA) qui a imposé des normes extrêmement strictes et a dû en conséquence gérer
une masse importante de boues non conformes (cf. point 3.6).
3.3. Les composés PFAS retenus dans les cadres de gestion
Le nombre de substances PFAS prises en compte par les différents pays pour gérer le risque de
contamination des boues varie fortement de un à 22 composés, depuis des approches
« minimalistes » centrées sur un ou deux composés (Canada fédéral, Allemagne, Michigan) jusqu?à
des approches élargies intégrant des sommes de plus de 20 composés (Belgique, Danemark,
Suède, USA-Maine et Connecticut).
Le Tableau 9 récapitule les substances PFAS encadrées dans les boues de stations d?épuration
selon les pays et les seuils associés, ainsi que les valeurs de référence dans les sols lorsqu?elles
existent.
On remarque ainsi des constantes, lorsque les pays choisissent de retenir des indicateurs « sommes
de composés » :
? lorsqu?une somme de quatre composés PFAS fait l?objet d?une valeur seuil, il s?agit toujours des
quatre composés réglementés dans les denrées alimentaires (PFOS, PFOA, PFNA, PFHxS) ;
? lorsque la somme des composés retenus est de 20 ou plus, elle englobe les PFAS ciblés dans
la directive EDCH.
Le Québec fait un choix plus original, en réglementant une somme de 11 composés, dont cinq
composés non retenus en Europe : le 5:3 FTCA, le 7:3 FTCA, le NMeFOSAA, le NEtFOSAA et le
FHUEA.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 41/161
Tableau 9 : PFAS encadrés dans les boues de stations d?épuration, dans les pays étudiés et valeurs seuils
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 42/161
3.4. L?élaboration des cadres de gestion
Les cadres de gestion de la contamination par les PFAS des boues de stations d?épuration diffèrent
d?un pays à l?autre principalement sous deux angles :
? les axes structurant les cadres de gestion (quels paramètres sont encadrés ?) ;
? la démarche utilisée pour définir les valeurs seuil de ces paramètres.
3.4.1. Structure des cadres de gestion :
Selon leur niveau d?élaboration, les cadres de gestion sont structurés autour d?un à trois axes.
Le contrôle de la teneur en PFAS des sols : surveiller la teneur en PFAS des sols (par exemple
tous les cinq ans) est un moyen de connaître leur état et de préserver leur qualité. Cela permet de
fixer un seuil maximum au-delà duquel un sol ne pourrait plus recevoir de boues avec PFAS. Le
Danemark, la Suède ou encore la Flandre ont introduit de telles valeurs considérées comme des
objectifs cibles, sans toutefois qu?elles soient de nature réglementaire. Dans la pratique, la
déclinaison opérationnelle de cet axe reste très limitée du fait de la connaissance encore
fragmentaire des niveaux de contamination des sols. Si des programmes de mesure sont engagés
par certains pays dans le but de déterminer des valeurs de fond (à l?instar du RMQS en France), le
suivi opérationnel des sols recevant des boues n?est pas encore mis en oeuvre.
La régulation des flux de PFAS à la parcelle : peu de pays régulent directement les flux de PFAS
à la parcelle. Seule la Belgique-Flandre fixe de façon explicite, dans son cadre de gestion, un seuil
maximum d?apport annuel de PFAS à la parcelle (30 mg/ha/an pour la somme de 20 PFAS). Certains
territoires (Michigan, Québec) limitent indirectement l?apport de PFAS en gérant le couple « teneur
en PFAS des boues » et « dose annuelle de boue autorisée à l?épandage », la seconde étant
indexée à la première (notamment entre le seuil intermédiaire et le seuil maximal de teneur en PFAS
des boues). Les autres pays s?en tiennent généralement à la réglementation nationale sur les
apports annuels maximaux de boues autorisés, sans adaptation aux teneurs en PFAS. Le
Gouvernement wallon a toutefois divisé par deux les doses maximales (6 tonnes/ha/an au lieu de
12) à la suite de la crise PFAS traversée en 2021.
L?encadrement de la teneur en PFAS des boues : c?est l?approche dominante, le plus souvent
avec un seuil unique (seuil maximal) au-delà duquel l?épandage agricole des boues est interdit
(Canada, Allemagne), parfois avec deux seuils : un seuil intermédiaire et un seuil maximal qui
permettent une gestion par paliers (Québec, Michigan). Dans ce dernier cas, en plus de l?interdiction
au-delà du seuil maximal, le dépassement du seuil intermédiaire conduit à des restrictions d?usage
et à des mesures de mitigation (dose limitée, interdiction sur cultures alimentaires, distances
minimales fixées par rapport aux habitations, ?).
Le tableau ci-dessous présente les axes activés par les cadres de gestion des pays étudiés.
Tableau 10 : axes de gestion activés par les réglementations des pays objets du parangonnage
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1 Teneur en PFAS des sols Seuil max cible X X
Seuil max limite réglementaire
2 Flux annuel de PFAS Flux de PFAS X
Quantité de boue X X X X X X
3 Teneur en PFAS des bouesSeuil max X X X X X X
Seuil intermédiaire / Seuil max X X X X
pas encore de mise en oeuvre opérationnelle
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 43/161
3.4.2. Typologie des démarches :
L?élaboration des cadres de gestion s?appuie sur quatre grands types de démarches.
*Démarche pragmatique basée sur l?analyse des données nationales disponibles : cette
démarche consiste à compiler des campagnes nationales de mesure de contamination des boues,
en faire l?analyse et fixer des seuils en conséquence50. Elle présente plusieurs avantages car elle :
? est simple à mettre en oeuvre (campagnes de mesure) et à expliquer ;
? traite en priorité les cas extrêmes, plus susceptibles de causer des situations critiques ;
? passe un signal fort sur la nécessité de baisser les teneurs en PFAS des boues ;
? permet de choisir l?intensité de l?effort (ex : « taux de rejet » de 5 % des boues) et d?anticiper l?impact sur les filières de valorisation des boues ;
? peut être reconduite après cinq ans, en fixant de nouveaux seuils plus bas.
Elle présente toutefois la limite de n?être pas directement liée aux enjeux de santé humaine et
environnementale. Le niveau de l?effort n?est pas ajusté en fonction d?objectifs cibles de teneur en
PFAS des sols, des eaux, de la production agricole. De ce fait, l?effort peut s?avérer insuffisant, ou à
l?inverse disproportionné, pour atteindre des objectifs de préservation.
Cette démarche pragmatique peut constituer une première étape pertinente, de mise en oeuvre
rapide, pour introduire un premier cadre de gestion dans l?attente d?objectifs cibles de teneur en
PFAS des sols, des eaux et de la production agricole, et de moyens d?atteindre ces objectifs.
Plusieurs exemples étrangers (Belgique-Wallonie, USA-Michigan, Canada-Québec, Suède,
Allemagne) témoignent de la mise en oeuvre cette démarche pragmatique basée sur les données
pour établir leurs valeurs seuils.
Wallonie : deux audits successifs réalisés en 2024, sur plus de 200 échantillons de boues, ont
permis de caractériser les PFAS réellement détectés. Les valeurs cibles (40 et 400 µg/kg MS pour
?6 PFAS et ?22 PFAS) ont été définies sur cette base, montrant un faible taux de dépassement.
Michigan : l?État a préalablement exploité les données issues de 42 stations d?épuration avant
d?opter pour une approche par paliers comprenant trois classes de gestion (un seuil intermédiaire et
un seuil maximal pour le PFOS ou le PFOA).
Québec : la définition des seuils (PFOS, PFOA et ?11 PFAS) repose sur l?analyse de 181
échantillons. L?objectif était d?obtenir un cadre protecteur tout en maintenant la valorisation agricole
des boues. Les autorités ont évalué le taux de non-conformité potentiel avant d?arrêter des seuils à
deux niveaux (intermédiaire et maximal).
?France : Pour mettre en oeuvre cette démarche en France, il serait nécessaire d?organiser une
campagne nationale structurée de mesure des teneurs en PFAS des boues de STEU, des boues et
digestats d?ICPE, s?appuyant sur un protocole métrologique préalablement validé.
*Démarche pragmatique d?alignement sur les réglementations des pays voisins : cette
démarche consiste à adopter les éléments de réglementation des pays voisins. Elle peut être
justifiée par l?urgence de stopper des flux de boues importées de pays limitrophes51, ou bien plus
simplement par l?urgence d?introduire rapidement des éléments de réglementation en l?absence de
données nationales suffisamment solides pour mener la démarche précédente. Elle a été mise en
place au Canada au niveau fédéral.
Canada : le seuil provisoire de 50 µg/kg MS pour le PFOS, directement inspiré de la réglementation
50 Fixer un seuil à la valeur du quantile 95 % revient à écarter 5 % de boues de teneurs en PFAS les plus élevées. 51 Boues devenues non conformes dans ces pays suite à l?introduction d?une nouvelle réglementation.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 44/161
du Michigan, a été adopté par le Canada au niveau fédéral afin d?empêcher l?importation de
biosolides devenus non conformes aux règles de certains États (notamment après l?interdiction du
Maine en 2022).
* Démarche scientifique fondée sur des modèles et des valeurs cibles : cette démarche
repose sur la compréhension et la modélisation du devenir des PFAS apportés au champ à travers
l?épandage de boues : accumulation dans le sol, transfert vers les eaux de surface, transfert vers
les eaux souterraines, transfert vers la production végétale, dégradation? Les simulations à l?aide
des modèles permettent, selon les objectifs de teneur en PFAS des compartiments, de quantifier les
apports acceptables de PFAS via les matières fertilisantes et de fixer des valeurs seuils.
Les modèles présentent différents niveaux de sophistication (processus pris en compte) et
d?hypothèses simplificatrices. Les valeurs des cibles sont généralement issues de la réglementation
en vigueur (pour les sols, il peut s?agir d?un enrichissement en PFAS que l?on s?autorise par rapport
à une valeur de fond des teneurs en PFAS dans ce compartiment).
Une telle démarche scientifique a été mise en place dans plusieurs pays : Canada-Québec,
Belgique-Flandre, Danemark.
Québec : les seuils sont déterminés en modélisant l?accumulation de PFAS dans le sol sur 25 ans,
en supposant un sol initialement non contaminé et en fixant un niveau maximal d?enrichissement
admissible. L?approche est comparable à celle utilisée pour les métaux.
Flandre : le modèle développé par l?Institut de recherche VITO simule l?enrichissement des 30
premiers centimètres du sol sur 100 ans, en tenant compte du lessivage et d?un apport annuel défini.
Des valeurs cibles des sols pour deux composés (1,5 µg/kg pour PFOS, 1 µg/kg pour PFOA) servent
de base pour déterminer la concentration admissible dans les déchets utilisés en tant
qu?amendements et engrais (15 µg/kg MS pour 20 PFAS).
Danemark : les seuils définitifs de 2024 (10 µg/kg MS pour ?4 PFAS et 50 µg/kg MS pour ?22
PFAS) résultent d?un travail scientifique visant à assurer la compatibilité avec les critères de qualité
des sols, des eaux souterraines et de la chaîne alimentaire.
?France : l?INRAE, entre autres acteurs, possède à la fois l?expertise pour de tels travaux de
modélisation des dynamiques de contaminants dans les sols et une connaissance des teneurs en
PFAS des sols (réseau RMQS). Il pourrait le cas échéant coordonner une telle démarche.
*Démarche de précaution maximale, interdisant l?épandage de boues : dans certains cas
extrêmes, des pays ont été amenés à prendre des décisions radicales, interdisant tout apport de
PFAS sur les terres agricoles. Cela revient à ne permettre l?épandage que de boues dans lesquelles
aucun PFAS n?a été détecté.
USA-Maine et Connecticut : le Maine et le Connecticut ont adopté une telle interdiction des boues
dans lesquelles sont détectés des PFAS. Par exemple, le Maine interdit depuis 2022 l?épandage de
biosolides de teneur totale en PFAS dépassant 1 µg/kg MS, soit une interdiction de facto.
Europe : la Suisse et les Pays-Bas ont interdit, indépendamment des PFAS, l?épandage de boues
de STEU depuis 2000. L?Allemagne, dans le cadre de sa révision de la réglementation des
fertilisants, a annoncé la suppression progressive de l?épandage de boues d?épuration sur terres
agricoles, avec une interdiction complète prévue d?ici à 2029. Ceci le conduit à développer un autre
modèle notamment l?extraction du phosphore des boues pour en faire un nouveau produit.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 45/161
3.5. D?incitatifs à réglementaires, des cadres de gestion à portée variable
Les cadres de gestion présentent des natures de contraintes hétérogènes d?un pays à l?autre, depuis
des cadres à dominante incitative jusqu?à des cadres strictement réglementaires, en passant par
des démarches de certification volontaire à l?initiative des producteurs de boues.
Les cadres à portée réglementaire émergent souvent comme des réponses à des situations de crise
autour de pollutions par les PFAS. Les cadres incitatifs ou volontaires émergent plus souvent en
écho à une prise de conscience des enjeux, constituant à la fois un signal de mobilisation des acteurs
et une étape intermédiaire laissant le temps de définir une réglementation adaptée.
Nature des seuils fixés Pays
Cadre réglementaire strict Allemagne, Canada fédéral, Canada-Québec, USA-Maine
Valeurs « guides », « indicatives », « de référence »
Belgique (Wallonie et Flandre), Danemark
Certification volontaire Suède (REVAQ) Tableau 11 : nature des seuils (réglementaires, incitatifs, volontaires) introduits dans les cadres de gestion
des pays objets du parangonnage
Suède : les autorités suédoises, très actives dans la réglementation PFAS de l?eau potable, n?ont
pas fixé de cadre réglementaire PFAS pour les boues valorisées par épandage agricole (60 % des
boues). Elles ont mandaté le Swedish Geotechnical Institute (SGI) pour élaborer des « valeurs
guides préliminaires » pour les PFAS dans les sols et les eaux souterraines. En l?absence de limites
légales, les acteurs de la filière boues de stations d?épuration se sont dotés d?une certification
(REVAQ) qui fixe des valeurs cibles PFAS pour les boues (~7,5 µg/kg MS pour quatre PFAS ; ~25
µg/kg MS pour 22 PFAS), limites contraignantes pour la certification.
3.6. Impacts et mesures d?accompagnement : un recul insuffisant
À l?exception de l?Allemagne (2012), l?introduction de cadres de gestion de la contamination PFAS
des boues de stations d?épuration est postérieure à 2020 (cf. frise temporelle Figure 7). Le processus
général est celui d?une crise sanitaire déclenchant une prise de conscience de la problématique
PFAS dans les eaux. Les premières réponses prennent la forme de campagnes de mesure, d?une
réglementation sur les eaux potables puis, dans un second temps, sur les boues.
Figure 7 : frise temporelle de la mise en oeuvre de cadres de gestion des PFAS dans les boues, dans les pays objets du parangonnage (cf annexe 17 pour une frise plus détaillée)
USA (travaux EPA)
REGLEMENTATION PFAS BOUES
2024 2025 20262018 2019 2020 2021 2022 2023<2000 2000-2005 2005-2010 2010-2015 2016 2017
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 46/161
Impacts généraux : les cadres de gestion de la contamination PFAS des boues d?épuration datant
de 2020, la plupart des pays manquent de recul et de données pour évaluer objectivement leur
impact sur les filières de valorisation des boues.
Le Maine et le Connecticut ont tous deux interdit (respectivement en 2022 et 2024) la vente ou
l?utilisation comme amendement de sol de tout biosolide52 contenant des PFAS. Dans le Maine, les
boues ont été envoyées à l?enfouissement ou traitées (incinération) avec une hausse significative
des coûts de traitement pour les maîtres d?ouvrage (doublement des coûts pour la ville de Bangor)
et une réduction rapide de la capacité des décharges, entrainant des surcoûts à moyen terme. Dans
le Connecticut, où l?épandage des boues était moins pratiqué, l?impact a été plus progressif
(stockage, transport hors État, incinération), mais des sites de compostage de boues municipales
ont dû stopper leur activité.
En Europe, le niveau d?exigence sur les teneurs en PFAS des boues est influencé par le poids de
l?épandage par rapport à l?incinération. Par exemple, dans le cas de la Belgique, les valeurs seuil de
teneur en PFAS des boues sont plus basses en Flandre où le taux d?épandage des boues est de
10 % à 20 %, qu?en Wallonie où le taux d?épandage est de 50 % à 70 %. L?impact potentiel le plus
direct signalé par les interlocuteurs de la mission est le risque d?une perte de confiance des
agriculteurs dans la qualité des boues et, de ce fait, une plus grande difficulté à les valoriser
(Belgique-Wallonie). Sous cet angle, l?introduction d?une réglementation est perçue comme un
facteur de confiance ayant un effet bénéfique.
Taux de conformité des boues aux réglementations : les taux de non-conformité des boues aux
réglementations PFAS nationales sont généralement très faibles.
Au Canada, selon les données fédérales, plus de 90 % des biosolides respectent la limite
réglementaire PFAS, cette limite visant à empêcher l?entrée de produits très contaminés.
En Allemagne, une étude de 2024 de l?Agence fédérale allemande de l?environnement a rassemblé
et analysé les données de 1 362 échantillons de boues de stations d?épuration destinées à être
utilisées comme fertilisant. 99,9 % des boues analysées respectaient la limite de 100 µg/kg pour
PFOS + PFOA, et étaient donc conformes à la réglementation allemande.
En Wallonie, deux campagnes de mesures réalisées en 2024 sur 218 échantillons de boues ont
confirmé que 96 % des boues étaient conformes au cadre de gestion (S22 < 40 µg/kg MS).
Campagnes de mesure et réévaluation des seuils : plusieurs pays ont mis en place des
programmes de suivi des teneurs en PFAS des boues, voire des sols ayant reçu des boues
(Wallonie, Danemark), tant pour contrôler la mise en oeuvre du cadre de gestion que pour mieux
connaître la situation. Ils envisagent de réévaluer au bout de quelques années les valeurs seuils de
leur cadre de gestion sur la base d?une meilleure connaissance de la dynamique des PFAS dans
les sols, des enjeux sanitaires associés et des éventuels impacts.
Mesures d?accompagnement des filières : la mission n?a pas pu identifier de cas significatifs de
mesures d?accompagnement pour les maîtres d?ouvrage de stations d?épuration ou bien les filières
de valorisation des boues. Les cas d?accompagnement financier direct des agriculteurs touchés
restent rares (cas du Maine ? annexe 6.6).
52 Les États-Unis et le Canada utilisent préférentiellement le terme de biosolide pour désigner les boues d?épuration traitées et
stabilisées, qui répondent à des critères réglementaires spécifiques permettant leur recyclage en tant que fertilisant.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 47/161
4. INTRODUCTION D?UN CADRE REGLEMENTAIRE SUR LES PFAS DANS
LES MATIERES FERTILISANTES
L?introduction d?un cadre de gestion de la contamination par les PFAS des matières fertilisantes
répond à des enjeux environnementaux, à des enjeux sanitaires, et à des enjeux d?économie
circulaire (cf. 4.1. ). Tous les acteurs appellent à la mise en place rapide d?un tel cadre de gestion
(cf. 4.2. ), garantie de qualité des produits et levier de confiance entre producteurs et utilisateurs,
mais aussi avec tous les acteurs concernés. Sur cette base, la mission formule des
recommandations (cf. 4.3. ) sur l?introduction d?un tel cadre de gestion, sur l?effort urgent de
connaissance effective des teneurs en PFAS des boues et des sols, sur la coordination d?ensemble,
sur le suivi des impacts de ce cadre de gestion et sur les dispositifs d?accompagnement
souhaitables.
4.1. Une stratégie à la croisée d?enjeux sanitaires, environnementaux et d?économie circulaire
En l?absence d?un encadrement réglementaire et d?une surveillance, le risque est significatif d?une
dissémination de PFAS dans l?environnement via les matières fertilisantes, et notamment via
l?épandage de boues et digestats des STEU et des ICPE. La maîtrise de ce risque est à la croisée
de trois enjeux :
? les enjeux environnementaux, liés à la qualité des sols agricoles et au risque d?accumulation des
substances PFAS dans ces sols, et de transfert vers les eaux, les biotopes, les végétaux ;
? les enjeux de santé humaine, liés au risque de contamination des eaux et de l?alimentation à
partir des sols ;
? les enjeux d?économie circulaire et de durabilité, liés aux objectifs sociétaux de recyclage, de
valorisation des déchets et d?optimisation de l?usage des ressources.
Articuler ces trois enjeux impose la mise en place d?une réglementation qui encadre les pratiques
par des règles claires, et limite efficacement les transferts de PFAS dans l?environnement à des
niveaux admissibles et durables. Le calendrier de mise en place de cette réglementation doit donner
aux acteurs le temps d?adapter leurs pratiques.
4.2. Les points de vue des acteurs
Les membres de la mission ont rencontré des représentants de la totalité de la chaîne du producteur
(gestionnaire) au receveur (CAF), mis à part des élus propriétaires des STEU par manque de temps.
Les PFAS sont un sujet récent pour ces acteurs, qui n?a été investi que très récemment. Leurs
préoccupations sont principalement concentrées sur le produit et son usage, et les membres de la
mission ont été surpris par le manque de réflexion structurée sur le sol, sa capacité d?accumulation
des PFAS et de transfert vers l?ensemble de la vie biologique. Les acteurs ont :
? demandé la mise en oeuvre rapide de normes en France afin notamment de ne pas perdre la
confiance des receveurs, normes si possible communes au sein de l?Union européenne ;
? souligné la complexité du « règlement fertilisants » (R (UE) 2019/1009) qui peut conduire à des
différentes interprétations selon les pays, ce qui semble particulièrement important en agriculture
biologique ;
? demandé à normer la chaîne d?analyse (protocoles d?échantillonnage, prélèvement puis analyse)
afin de dépasser un débat stérile sur la qualité des données et leur comparaison.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 48/161
De ces rencontres, les points suivants sont éclairants dans le cadre de notre mission :
? Les représentants agricoles ne sont pas inquiets de l?introduction d?une norme, car il existe des
solutions techniques alternatives (engrais minéraux notamment) : les coûts sont différents, le
matériel à utiliser aussi, mais une progressivité de la mise en place de la norme permettrait de
s?adapter. La seule remarque formulée vient du fait que la France produit très peu d?intrants
minéraux et que ces produits ont des coûts hautement variables et un impact carbone plus
important que les boues. Ceci fragilise encore plus la souveraineté de la France dans la
production d?engrais à base d?azote et de phosphore.
? Les instituts techniques et le CIRAD soulignent un niveau en PFAS globalement plus élevé dans
les boues de STEU et produits de boues que dans les autres MFSC. Enfin, un certain nombre
de cahiers des charges en viticulture interdit l?usage de produits contenant des boues de STEU.
? L?AFAIA, syndicat professionnel des producteurs et metteurs en marché de matières fertilisantes
et intrants en France signale :
o constater une tendance baissière sur l?usage en France d?amendements minéraux
depuis 20 ans, plus importante que sur les amendements organiques ;
o que l?incitation au développement du compostage et de la méthanisation créée une
concurrence sur la matière première qui n?est pas extensible ;
o que le traitement des biodéchets en méthaniseur est en augmentation ;
o que, pour la filière d?épandage et pour les agriculteurs concernés, il n?est pas aisé de
passer des engrais organiques aux engrais minéraux car cela demande des outils
totalement différents ;
o avoir fait remonter à la Commission européenne une demande pour que le socle
commun intègre des normes pour les PFAS dans les MFSC ;
o une possible tension résultante sur les effluents d?élevage qui seront plus sollicités
du fait de la mise en place d?une norme sur les boues, alors que leur production est
en baisse du fait de la baisse du cheptel ;
o qu?il existe des pratiques illégales en dehors des réseaux de distribution, notamment
à proximité de certaines frontières. L?AFAIA estime ces flux en provenance de la
Belgique et des Pays-Bas à 500 000 tonnes MB/an, mais ce chiffre est impossible à
vérifier car aucune obligation de traçabilité n?existe. Cette absence de traçabilité et
les difficultés qu?elle génère ont aussi été identifiées lors de nos échanges avec des
acteurs de la région Grand-Est.
? Pour l?Institut national de l'origine et de la qualité (INAO), dans le cadre de la réglementation
Agriculture Biologique (AB), les organismes de contrôle (OC) contrôlent que les MFSC
employées par leurs opérateurs sont bien utilisables en agriculture biologique (UAB). Ils
n?effectuent pas de prélèvement directement sur les MFSC. En revanche, les prélèvements
réalisés sur des produits détectent régulièrement des contaminations par des pesticides classés
PFAS. En 2024, les OC ont détecté par leurs analyses 126 cas de contaminations de produits,
cultures ou parcelle bio par un pesticide classé PFAS, ce qui représente 8 % des contaminations
détectées par leurs analyses. Les enquêtes concluent principalement à des dérives de voisinage
ou rémanences et ont mené au déclassement ou au retrait de la vente de 64 produits. Aucune
contamination par le biais d?une MFSC n?est évoquée.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 49/161
? SYPREA, syndicat représentatif des gestionnaires de station d?épuration, regrette l?absence de
normes. Certains de ces adhérents comme VEOLIA et SUEZ réalisent depuis plusieurs années
des analyses de PFAS sur les phases aqueuses et solides. Un certain nombre de résultats
d?analyses rendus anonymes ont été fournis à la mission sous le sceau de la confidentialité,
indication d?une ouverture de ces acteurs au partage de leurs réflexions. De manière globale,
les adhérents de SYPREA estiment que la mise en oeuvre d?une norme similaire à la
règlementation de Belgique-Wallonie53 impacterait 5 % des boues et nécessiterait cinq ans
d?adaptation et d?investissement sans bouleversement de la filière, alors que la norme danoise54
imposerait une incinération d?une grande partie du gisement, ce qui est actuellement impossible
du fait du manque d?incinérateurs pour absorber ces produits.
? Les services de l?État, représentés par trois DREAL (CVL, AURA, GE), la DDT (41) et l?Agence
de l?Eau Loire Bretagne, travaillent trop souvent en silo. Ils déplorent le manque de consignes
nationales, le manque de normes, de moyens financiers pour diligenter des analyses, ainsi que
le manque de textes de référence leur permettant de prescrire des analyses afin d?obtenir de la
connaissance. Les échanges de courriers entre la DREAL CVL, la DEB et la DGPR sont annexés
au rapport et sont analysés dans d?autres parties du rapport. Il n?existe aujourd?hui aucun pilotage
national de la donnée recueillie sur le sujet (PFAS et boues de STEU et ICPE), et aucune
structure technique de référence n?est identifiée formellement, auprès de laquelle les services
pourraient obtenir des conseils, une aide méthodologique, ce qui est souvent le cas dans des
situations émergentes.
Par ailleurs, la coalition de collectivités européennes, lancée par la métropole de Lyon et qui s?est
réunie début février 2026 à Bruxelles, a publié le 24 février une série de demandes pour lutter contre
la pollution chimique. Les signataires, parmi lesquels les villes d?Oslo, Strasbourg, Bordeaux et
plusieurs métropoles, soutiennent le processus en cours en vue d?une restriction « universelle » des
PFAS, afin d?agir à la source. « Une industrie qui continue de dépendre des PFAS ne peut pas se
positionner de manière crédible comme étant durable ou à l?avant-garde dans son secteur », écrivent
les collectivités. Pour elles, « l?utilisation des PFAS est incompatible avec les objectifs européens
pour des sols en bonne santé, un air et une eau de qualité ». Les collectivités se mobilisent aussi
sur la dépollution et son financement : elles plaident pour un cadre européen de mesure de la
pollution afin d?établir un catalogue de sites potentiellement contaminés par les PFAS, afin de
hiérarchiser les actions de dépollution. Elles appellent à faciliter l?application du principe pollueur-
payeur et à financer un plan de réparation des sites orphelins via le système de responsabilité élargie
des producteurs, également préconisé par les ONG. Les collectivités plaident aussi pour la révision
du règlement REACH.
4.3. Cadres de gestion PFAS dans les MFSC et anticipation des impacts
Le cadre de gestion des PFAS dans les MFSC doit couvrir plusieurs composantes présentées ci-
dessous et objets de recommandations : la mesure des teneurs en PFAS des sols ; la mesure des
teneurs en PFAS des MFSC ; la coordination nationale du domaine PFAS-MFSC-Sols ; l?anticipation
des impacts et les mesures d?accompagnement.
53 Seuils de 40 µg/kg MS pour la somme de 6 PFAS et 400 µg/kg MS pour la somme de 22 PFAS, cf partie 3. 54 Seuils de 10 µg/kg MS pour la somme de 4 PFAS et 50 µg/kg MS pour la somme de 22 PFAS, cf partie 3.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 50/161
4.3.1. Pertinence de l?introduction rapide et progressive de seuils en PFAS dans les MFSC et proposition d?une méthode
Tous les acteurs rencontrés par la mission formulent le souhait d?une introduction rapide d?une telle
réglementation (cf. partie 4.2. ). Tant qu?un tel cadre réglementaire n?est pas mis en place, le risque
de transferts non maîtrisés de PFAS vers l?environnement est réel, et les filières de valorisation
agricole des boues sont vulnérables à une perte de confiance. Lorsque des dépassements de seuils
réglementaires « eau potable » sont observés, on assiste souvent à une incrimination à tort ou à
raison des épandages de boues, qui peut conduire certains agriculteurs à faire le choix d?arrêter le
recours à l?épandage, sous la double pression du risque encouru par leurs sols et de leur
environnement social.
Une réglementation encadrant trois paramètres : en cohérence avec le triptyque cité au chapitre
4.1, la règlementation devrait idéalement fixer des seuils réglementaires ou des valeurs cibles sur
trois composantes : les teneurs en PFAS admissibles des sols, les flux annuels maximum autorisés
de PFAS à la parcelle, les teneurs maximales en PFAS autorisées dans les MFSC.
? Un seuil de teneur maximum en PFAS des sols (TPFAS-SOLmax en µg PFAS/kg MS sol).
Règle 1 : au-delà de ce seuil, un sol ne peut recevoir que des MFSC « sans PFAS » (i.e. MFSC
de teneur en PFAS inférieure à la limite de quantification ou au seuil intermédiaire défini ci-après).
? Un seuil de quantité maximale annuelle de PFAS apportée aux terres agricoles, défini par
année ou par période de plusieurs années (QAPFAS en µg PFAS/ha/an).
Règle 2 : la quantité de PFAS apportée à une parcelle de superficie S sur une période de N
années, a priori via les boues et digestats, ne peut dépasser ce seuil (i.e. VMS*TPFAS-MFSC ne doit
pas dépasser S*N*QAPFAS).
? Des seuils maximum (voire intermédiaires) de teneur en PFAS des MFSC (TPFAS-MFSCint et
TPFAS-MFSCmax µg/kg MS) par PFAS individuels ou par groupes de PFAS.
Règle 3 : au-delà du seuil maximum l?usage de la MFSC est interdit ; en deçà du seuil
intermédiaire aucune limitation d?usage de la MFSC n?est imposée ; pour des teneurs en PFAS
intermédiaires entre les seuils intermédiaires et maximum, les usages de la MFSC sont encadrés
(surveillance renforcée des sols et des flux). Cette approche par paliers a été observée dans
certains territoires à l?occasion du parangonnage réalisé (État du Michigan, province de Québec)
(cf. 3. ).
Le choix des valeurs des seuils réglementaires, normatives ou indicatrices s?appuiera notamment
sur les préconisations de la mission commandée au Haut Conseil de Santé Publique (HCSP) et sur
les résultats du parangonnage. Cependant, si l?analyse du HCSP nécessite du temps, il est possible
de fixer un seuil temporaire équivalent à celui de la Wallonie qui semble un compromis raisonnable
pour une première étape, avec un contexte comparable au contexte français (cf. partie 3). En
complément, un dispositif opérationnel de suivi des PFAS dans les sols qui ont reçu des boues de
STEU ou ICPE devrait être mis en place (1 site analysé PFAS tous les X ha épandus, toutes les Y
années (par ex. 1 parcelle tous les 100 ha épandus, suivie tous les 5 ans).
Une règlementation fixant des objectifs à moyen terme et une trajectoire pour les atteindre :
Afin de permettre à l?ensemble des acteurs concernés de s?adapter de façon active sans une rupture
brutale, le cadre réglementaire devrait :
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 51/161
? 2026-2028 : Introduire rapidement un premier cadre de norme (potentiellement en s?inspirant de
la norme wallonne) et consacrer les trois premières années à rassembler les connaissances ;
? 2029-2035 : Sur la base des connaissances acquises et des préconisations du HCSP, annoncer
des objectifs ambitieux à moyen terme (10 ans) : fixer les objectifs et définir la trajectoire sur les
sept années restantes donnant aux filières le temps de s?adapter.
Une circulaire cadre publiée rapidement serait un bon levier.
Une réglementation non figée, évoluant par étapes avec l?avancée des connaissances : le
manque actuel de connaissances objectives sur les teneurs en PFAS des matières fertilisantes
(particulièrement des boues de STEU et d?ICPE), sur les dynamiques de transfert et d?accumulation
des PFAS dans les sols, les eaux et les végétaux, sur les risques sanitaires associés aux différentes
substances PFAS est reconnu. La réglementation doit donc s?accompagner d?une poursuite des
efforts dans l?acquisition de la connaissance et s?appuyer sur ses résultats pour s?adapter en
conséquence. Cette adaptation doit se faire par étapes planifiées, sans changements impromptus
(stabilité des règles sur 3 ou 5 années et clauses de revoyure avec calendrier planifié).
Suivi de la réglementation PFAS dans les MFSC : Le suivi de la réglementation est un garant de
sa bonne mise en oeuvre et de la confiance des acteurs concernés. Les points suivants sont
considérés comme incontournables :
? établissement de certificats par lots de boue (mesures PFAS en complément des autres
mesures) ;
? adaptation du contrôle pour les trois gammes de STEU (<2 000 EH ; 2 000 à 10 000 EH; plus
de 10 000 EH) ;
Sur ces bases, la mission recommande de :
R1. Mettre en oeuvre un processus réglementaire « PFAS et matières fertilisantes »
rapide, échelonné en plusieurs étapes (DGAL, DEB, DGPR, DGPE, ?) : (1)
Diffuser une circulaire indiquant aux services de l?État la stratégie en deux étapes de
maîtrise des risques de contamination par les PFAS des MFSC et des sols ; (2) Lancer
la procédure d?intégration de seuils en PFAS dans le socle commun ; (3) Modifier
avant l?été 2026 les dispositions des arrêtés du 8 janvier 1998 (IOTA) et du 2 février
1998 (ICPE) selon les trois règles proposées par la mission avec les seuils préconisés
par le HCSP ou les seuils wallons dans un premier temps ; (4) Publier rapidement une
instruction technique de la DEB55 proposant aux services déconcentrés un protocole
métrologique ; (5) Mettre en place une certification des boues susceptibles d?être
épandues ; (6) Mettre en place un dispositif opérationnel de suivi des PFAS dans les
sols qui ont reçu des boues de STEU ou ICPE.
Cette recommandation nécessite également :
? un accompagnement des collectivités gestionnaires de STEU, notamment pour les petites
STEU ;
? un accompagnement des services en charge de la police de l?eau car de nombreux actes
administratifs seront nécessaires ;
55 Associée à celle de l?INERIS/BRGM similaire à l?instruction technique du 18 août 2025 de la DGAL
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 52/161
? l?intégration d?une possibilité de mélange de boues liquides avant épaississement, notamment
dans le cadre d?unités de déshydratation mutualisées ;
? l?adaptation de certains incinérateurs afin d?augmenter leur capacité d?incinération avec un système en basse température (cf. annexe n°12).
En l?état actuel des données que la mission a pu analyser (cf. Tableau 7), il est envisageable qu?une
centaine de STEU de plus de 10 000 EH (5 % de l?effectif) et plus d?un millier de STEU de moins de
10 000 EH connaissent à certains moments des non-conformités de leurs boues par rapport aux
normes appliquées en Belgique-Wallonie. Le volume de boues non conformes est estimé à
40 000 t MS/an (à parts équivalentes entre les ~2 % des boues des STEU de plus de 10 000 EH et
les 10 % des boues des STEU de moins de 10 000 EH). La mission rappelle qu?il s?agit d?une
première estimation très fragile, au vu des limites du jeu de données disponibles. Cette estimation
pourra être consolidée en 2026-2027 au fil de la mise en oeuvre de la recommandation R4.
4.3.2. Une stabilisation des protocoles métrologiques des PFAS dans les matrices solides
L?expérience de mesure des teneurs en PFAS des boues de STEU du RSDE Loire Bretagne 2022
(cf. 2.2.2. ) démontre l?impératif d?une stabilisation des protocoles de prélèvement des boues et
digestats, et d?analyse de leurs teneurs en PFAS.
Le projet de norme ISO/DIS 25652 « Sédiments, sol, boues et déchets ? Analyse des PFAS par
CLHP et spectrométrie de masse » 56 est actuellement en voie de finalisation auprès des membres
de l?ISO et devrait être publié courant 2026. Il est disponible et peut d?ores et déjà servir de base
aux travaux de mesure des teneurs en PFAS dans les sols et boues qui ne pourraient attendre son
officialisation.
En parallèle à la publication de la norme ISO, l?accréditation des laboratoires d?analyse (et le cas
échéant des organismes de prélèvement) doit être stimulée. Pour cela, l?annonce d?une part de
l?organisation de campagnes nationales ambitieuses de mesure des PFAS dans les sols (cf. R3) et
dans les boues (cf. R4) et, d?autre part, de la mise en oeuvre d?un cadre de gestion prévoyant le suivi
PFAS des boues et digestats valorisés par épandage (cf. R1) ouvrira un marché qui incitera à une
concurrence entre les laboratoires d?analyse. Cette concurrence sera susceptible de faire baisser
les coûts.
Il sera particulièrement important de s?assurer de limites de quantification faibles pour la détection
individuelle des PFAS dans les matrices solides (par exemple <1 ou 2 µg/kg MS), ceci afin de
garantir la pertinence des indicateurs résultant de la somme de plusieurs PFAS (cf. Tableau 9 ; par
exemple somme de 22 PFAS < 400 µg/kg MS dans le cas de la réglementation wallonne).
Plusieurs éléments ne figurant pas dans la norme ISO/DIS 25652 devront être précisés :
? toujours associer la valeur de siccité des boues à la mesure de teneur en PFAS ;
? échantillonner les boues « prêtes à l?épandage agricole » (point S6 des STEU et non S4) ;
? dans le cas des campagnes de mesure exploratoires, il pourra être pertinent de doublement
mesurer (i) la teneur en PFAS des boues ou sols, (ii) la teneur en PFAS de leur phase aqueuse.
Cette seconde mesure est en effet susceptible de renseigner sur les transferts rapides de PFAS
des sols vers les eaux.
56 https://www.iso.org/fr/standard/91024.html
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 53/161
R2. Stabiliser les protocoles métrologiques des PFAS dans les matrices solides
(DGPR). Etablir dès 2026 un document-cadre sur les protocoles de prélèvement et
d?analyse des teneurs en PFAS des boues, digestats et sols (matrices solides), en
s?appuyant sur le projet de norme ISO/DIS 25652, sur les travaux de l?INERIS et
d?AQUAREF, et sur le retour d?expérience du RSDE Loire Bretagne 2022. Ce
document sera actualisé une fois publiée la norme ISO/DIS 25652. Exiger
l?accréditation correspondante des laboratoires d?analyse et des organismes de
prélèvement (acteurs à mobiliser : INERIS, AQUAREF, ?.).
4.3.3. Une organisation du suivi des teneurs en PFAS des sols
L?enjeu environnemental de préservation de la qualité des sols sur le moyen et long terme impose
de renforcer la connaissance des teneurs en PFAS des sols et de développer les connaissances
scientifiques sur les mécanismes d?accumulation et transfert qui contrôlent le devenir des PFAS
apportés aux sols via les MFSC. Pour cela, le suivi des teneurs en PFAS des sols doit être renforcé
de trois façons coordonnées par :
? les travaux du RMQS sur la caractérisation PFAS des sols : le RMQS prévoit le suivi des PFAS
dans les sols via un plan d?échantillonnage national de 170 stations, la quantification des
« valeurs de fond PFAS des sols », l?identification de situations anormales, la quantification des
évolutions des teneurs en PFAS (reprise d?échantillons anciens). Ces travaux déterminants
doivent être soutenus, voire amplifiés.
? une campagne de mesure initiale, au niveau national, des teneurs en PFAS des sols ayant reçu
des épandages de STEU ou d?ICPE au cours des 10 dernières années, notamment quand ces
boues ou digestats ont été diagnostiqués comme à teneur en PFAS élevée. Cette campagne
initiale de mesure des sols (~1000 stations) doit être liée à la campagne de caractérisation des
boues et digestats développée en 4.3.4.
? la mise en oeuvre opérationnelle de la composante « sols » de la réglementation de suivi des
PFAS dans les MFSC. Ce suivi doit permettre le contrôle réglementaire (cf. règle 1 du 4.1.), le
suivi de routine, le contrôle a posteriori (pour renseigner des cas de contamination des boues).
L?ensemble des données acquises sur les teneurs en PFAS des sols (travaux du RMQS, campagne
initiale, suivi réglementaire) doivent être rassemblées en un système d?information cohérent et être
régulièrement analysées (rapport annuel).
Par ailleurs, il est impératif de développer la connaissance scientifique, encore fragmentaire, sur les
mécanismes de transfert et d?accumulation des PFAS dans les sols, les eaux, les végétaux, les
plantes cultivées et leur partie alimentaire, et de soutenir le développement de modèles de
simulation paramétrés. Ces modèles pourront être mobilisés pour déterminer les seuils autorisables
de flux de PFAS aux parcelles en fonction des objectifs cibles (teneur maximum en PFAS des sols,
des eaux, de l?alimentation), dont les valeurs sont attendues notamment du HCSP. Le suivi de PFAS
par le RMQS s?articulera avec la future gouvernance qui sera mise en place en application de la
directive « sol ».
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 54/161
R3. Organiser le suivi des teneurs en PFAS des sols à l?échelle nationale (CGDD,
DEB, DGPR, DGAL). Cette organisation doit articuler (i) le suivi PFAS du RMQS, (ii)
une campagne de mesure nationale 2026-2027 dédiée aux sols ayant reçu des
épandages depuis 10 ans (en lien avec la campagne « boues de STEU et ICPE »),
(iii) la mise en oeuvre opérationnelle de la composante « sols » du cadre de gestion
PFAS et MFSC. Rassembler l?ensemble des données ainsi acquises en un système
d?information cohérent et en produire une analyse annuelle pour les trois à cinq
prochaines années. Soutenir le développement des connaissances scientifiques sur
les mécanismes de transfert de PFAS dans les sols et de modèles de simulation
adaptés. Mobiliser ces connaissances et modèles pour faire évoluer le cadre de
gestion. (acteurs à mobiliser : INRAE, BRGM, AQUAREF, ?.)
4.3.4. Campagne nationale 2026-2027 de mesure des teneurs en PFAS des boues et digestats valorisés par épandage agricole
La connaissance actuelle du niveau de contamination PFAS des boues valorisées par épandage
agricole est embryonnaire. Il est indispensable d?en acquérir rapidement une vision objective, à
même de guider la mise en place du cadre de gestion. La mission recommande de mettre en oeuvre
dès 2026 une campagne nationale de mesure des teneurs en PFAS des boues/digestats de
STEU/ICPE valorisées par épandage agricole, en s?appuyant sur le retour d?expérience du RSDE
Loire Bretagne 2022 (cf. 2.2)57. Les caractéristiques de cette campagne seraient :
? matrices mesurées : boues et digestats avant envoi à l?épandage agricole (point S6 du
synoptique SANDRE) ;
? entités échantillonnées (couverture nationale) :
o STEU valorisant leurs boues (et le cas échéant leurs digestats) par épandage agricole :
~2 800 STEU (10 % de l?effectif national) : 1 400 STEU de plus de 10 000 EH (100 %
de l?effectif) ; 1 400 STEU de moins de 10 000 EH (7 % de l?effectif), réparties par
bassins, régions, départements et tranches d?obligation de façon à fournir la vision la
mieux distribuée possible.
o ICPE valorisant leurs boues (et le cas échéant leurs digestats) par épandage agricole :
effectif à estimer.
? temporalité : période de 12 mois ; six dates de prélèvement par an coordonnées (un prélèvement
par période de deux mois ; au moins un mois entre deux prélèvements) ;
? PFAS : mesure d?une liste de PFAS à déterminer (~20 à 25 PFAS - eau potable / DCE) ;
? protocole de prélèvement et analyse : à définir sur la base du projet de norme ISO/DIS 25652 ;
? laboratoires d?analyse : chaque échantillon doit être l?objet de mesures indépendantes par deux
ou trois laboratoires d?analyse (dont un public) ;
? coordination, capitalisation, traitement des données : les résultats des analyses doivent être
capitalisés et traités en continu. Notamment, les STEU/ICPE pour lesquelles des mesures
seraient aberrantes, ou divergentes entre les deux laboratoires d?analyse, doivent être
rapidement identifiées et faire l?objet d?un suivi spécifique ;
? résultats : calcul d?indicateurs. Analyse statistique de la distribution des teneurs en PFAS
(détermination des quantiles) au niveau national et par bassins, voire par régions. Analyse des
57 Points de prélèvement des boues ; protocole de prélèvement et analyse ; manque d?échantillonnage des STEU de moins de 10 000
EH . ; taille réduite de l?échantillon
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 55/161
taux de non-conformité à différentes réglementations. Identification des cas extrêmes (20% les
plus élevés) et analyse des facteurs explicatifs.
Cette campagne pourrait être financée par les agences de l?eau et pilotée au niveau national par un
organisme public à définir. L?INERIS (métrologie ? risque) et INRAE (sol, eau et MAFOR) sont
particulièrement investis dans le domaine. Elle devra être articulée avec la campagne de suivi des
teneurs en PFAS des sols (cf. recommandation 3) : pour chaque STEU, ICPE et flux de boue ou
digestat, une parcelle épandue représentative fera l?objet d?une mesure PFAS-sols.
R4. Organiser une campagne nationale de mesure des teneurs en PFAS des boues
et digestats (DEB, DGPR). Organiser dès 2026 une campagne nationale de mesure
des teneurs en PFAS des boues et digestats de STEU et ICPE, rassembler l?ensemble
des données ainsi acquises en un système d?information cohérent et en produire une
analyse. Mobiliser ces connaissances et modèles pour faire évoluer le cadre de
gestion (acteurs : DEB, INRAE, BRGM, AQUAREF, ?.)
4.3.5. Une amélioration de l?information sur les MAFOR
Un travail d?actualisation et de synthèse des données sur la production et la valorisation de MAFOR
doit impérativement être mené. Il devra exploiter notamment le PKGC 2021 (enquête sur les
pratiques culturales, SSP), les données du service des données et études statistiques (Sdes) et les
données de la base de données du registre des émissions polluantes (BDREP58). Il devra également
porter sur les digestats de méthaniseurs valorisés par épandage agricole et traiter les informations
partielles sur les importations de MAFOR.
Ce travail d?actualisation et de mise à jour régulier pourra permettre un suivi global des filières en
charge de la valorisation des MAFOR.
R5. Créer une base de données sur la production et la valorisation de toutes les
MAFOR (MAASA, MTE). Demander dès 2026 au SSP de constituer cette base puis
de la mettre à jour. Intégrer les éléments en provenance ou à destination d?autres
pays. Intégrer et vérifier la cohérence des informations fournies par les gestionnaires
de STEU ou d?ICPE.
L?ensemble des données acquises permettra d?éclairer plus précisément l?impact sur toutes les
filières.
4.3.6. Coordination nationale du suivi des teneurs en PFAS des MFSC et des sols
L?importance des enjeux environnementaux, sanitaires et d?économie circulaire associés à la
maîtrise des flux de PFAS dans l?environnement impose qu?une instance nationale coordonne le
sujet des « PFAS dans les matières fertilisantes et dans les sols ». Cette instance nationale pourrait
avoir des groupes miroirs par bassin. La mission de cette instance sera (1) de coordonner le recueil,
l?analyse et le partage de l?information sur la règlementation, sur les mesures de terrain, sur les
impacts et sur les situations à risque ; (2) de faire émerger de la concertation des voies d?adaptation
pertinentes ; (3) de mener la réflexion sur l?évolution de la réglementation en fonction de
l?actualisation des connaissances. Elle devra définir les conditions de centralisation des données
collectées et d?amélioration de la traçabilité des boues et digestats valorisés par épandage. Elle
58 Base de données du registre des émissions polluantes (https://www.ineris.fr/fr/risques/dossiers-thematiques/directive-emissions-
industrielles-ied-bref-mtd/donnees-registre
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 56/161
désignera un acteur public référent national en charge de la gestion et de l?analyse de ces données.
Cette instance de coordination pourrait être mise en place pour une durée de cinq années :
? deux années consacrées à la mise en oeuvre du cadre de gestion initial, à la métrologie et à l?observation,
? trois années consacrées au suivi de l?adaptation des filières, au suivi des systèmes de traitement des PFAS et à l?actualisation du cadre de gestion.
Un mode de collaboration devra être défini entre la puissance publique (DG MTE et MAASA, DGS,
AE), la recherche publique (INRAE, INERIS, AQUAREF) et les filières concernées (collectivités,
exploitants de STEU, industriels ICPE, secteur agricole, laboratoires d?analyse?). Cette
gouvernance pourrait s?inspirer du Comité de rénovation des normes en agriculture (CORENA). Elle
bénéficierait à être spécifique à la gestion des PFAS au moins dans les cinq premières années afin
de bien appréhender notamment les conséquences sur les filières. Elle devra se faire en harmonie
avec la gouvernance qui sera mise en place en déclinaison de la directive « sols ».
R6. Mettre en place une gouvernance et une coordination nationale du suivi des
teneurs en PFAS des MFSC et des sols (toutes DG concernées - MAASA, MTE,
MS). Mettre en place pour une durée de cinq ans renouvelables une instance
nationale de coordination du sujet « PFAS dans les sols et les matières fertilisantes »,
chargée de suivre la mise en oeuvre du cadre de gestion, de coordonner les
programmes de recueil, d?analyse et de partage des données, d?évaluer l?impact sur
les filières, d?évaluer l?évolution des systèmes de traitement et les stratégies
d?adaptation, de réfléchir à l?actualisation du cadre de gestion (acteurs à mobiliser :
recherche, filières économiques).
4.3.7. Mesures d?anticipation des impacts et d?accompagnement
L?introduction d?un cadre de gestion de la contamination par les PFAS des MFSC s?accompagnera
d?impacts tant sur les filières productrices des MFSC que sur les filières utilisatrices. Ces impacts
doivent être évalués dans l?absolu, mais aussi par rapport à l?absence de cadre de gestion.
Les impacts les plus importants seront positifs : sur la qualité des MFSC, en particulier celle des
boues destinées à l?épandage agricole ; sur la préservation de la qualité des sols ; sur la réduction
des risques sanitaires et environnementaux. Ils se traduiront par un renforcement de la confiance
entre les utilisateurs des MFSC, leurs producteurs, et les autres acteurs concernés (collectivités,
producteurs d?eau potable?).
Certains impacts s?avéreront à l?inverse négatifs : le retrait pour non-conformité d?un volume de
MFSC ; l?augmentation résultante des coûts des MFSC en général ; les nouvelles charges pour les
utilisateurs de boues et digestats qui auront été déclassés ; l?augmentation, pour les industriels
(ICPE) et les collectivités (MO de STEU), des coûts liés à la destruction des MFSC non conformes.
L?ampleur économique de ces impacts dépendra principalement de trois facteurs : (i) la superficie
de sols agricoles dont la teneur en PFAS interdirait tout apport supplémentaire de PFAS ; (ii) le
tonnage de MFSC, boues et digestats de STEU et ICPE, qui s?avèreront non conformes aux valeurs
seuils ; (iii) le coût de traitement ou destruction des MFSC non conformes.
Il convient toutefois de nuancer ces impacts en tenant compte de la mise en oeuvre de la DERU2
(art11 ? autonomie énergétique) à l?horizon 2035 qui conduira à augmenter fortement la part des
boues destinées à une valorisation énergétique.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 57/161
L?état actuel des connaissances ne permet pas de caractériser, quantifier et localiser ces impacts
négatifs. La mise en oeuvre des recommandations R3 (contamination PFAS des sols et
connaissances sur les transferts), R4 (contamination PFAS des boues et digestats de STEU et
ICPE) et R5 (coordination et suivi des impacts), articulée avec la prise en compte des avis qui seront
formulés par le HCSP sur les seuils sanitaires, en donnera une vision plus objective d?ici fin 2027.
Afin d?anticiper les impacts négatifs et d?optimiser la capacité d?adaptation des filières sans attendre
2028, la mission préconise de mettre en oeuvre de façon précoce les mesures-cadres suivantes :
? réduire à la source l?usage des PFAS ;
? renforcer la capacité d?identification et de traitement des sources de PFAS quand des cas de
contamination sont détectés (ex : dans le cas de contaminations PFAS des eaux potables,
renforcer la capacité à identifier les plans d?épandages sur la zone d?alimentation et les STEU et
ICPE productrices, à mener l?analyse PFAS de leurs produits et des sols concernés) ;
? renforcer la gestion des conventions spéciales de raccordement ICPE sur les STEU urbaines ;
? estimer l?impact de la gestion des boues non conformes sur les coûts de l?assainissement et
prévoir un dispositif d?accompagnement des STEU de petite taille (moins de 10 000 EH) ;
? identifier les filières permettant la neutralisation des MFSC non-conformes PFAS : solutions
techniques (prétraitement poussé des boues ; production d?énergie ; incinération basse
température; filières technologiques, brevets), capacité des infrastructures, investissements
nécessaires ;
? renforcer le suivi de l?import-export des boues de STEU et ICPE ;
? sensibiliser les acteurs agricoles concernés au suivi des PFAS dans les sols ;
? mobiliser en tant que besoin pour cela le fonds de garantie existant actuellement pourvu à
hauteur de 3.7 millions d?euros, en le renforçant (cf. annexe n°12).
R7. Anticiper les impacts du cadre de gestion PFAS et MFSC, mesures
d?accompagnement (toutes DG du MAASA et MTE concernées). Suivre les
impacts associés à l?introduction du « cadre de gestion PFAS et MFSC » sur les
volumes de MFSC non conformes, les surfaces de sols agricoles dépassant les
normes de teneur en PFAS, les coûts de traitement ou destruction des MFSC non
conformes. Mettre en oeuvre les mesures cadre d?accompagnement préconisées et
remobiliser pour cela le fonds de garantie existant actuellement pourvu à hauteur de
3,7 millions d?euros, en le renforçant (acteurs à mobiliser : les filières, les collectivités,
CAF).
CONCLUSION
Le risque de diffusion de PFAS dans l?environnement, via l?épandage de matières fertilisantes et
supports de cultures, est réel et requiert l?introduction urgente d?un cadre de gestion adapté. Ce
risque concerne principalement les matières fertilisantes d?origine résiduaire, potentiellement
vectrices de PFAS liés à leurs flux d?alimentation : boues et digestats de stations d?épuration
urbaines, d?installations classées pour la protection de l?environnement, de méthaniseurs.
Ce cadre de gestion se situe à la croisée d?enjeux majeurs : des enjeux sanitaires (l?eau potable et
l?alimentation), des enjeux environnementaux (la qualité des sols et des eaux, la santé des biotes et
des écosystèmes) et des enjeux d?économie circulaire (la gestion durable des ressources et le
recyclage des déchets). Le présent rapport dresse un état des lieux de la situation française actuelle
à partir des informations disponibles et analyse les cadres de gestion mis en oeuvre dans plusieurs
pays. Sur cette base, qui devra être consolidée, il formule des recommandations sur la structure
d?un cadre de gestion des PFAS dans les matières fertilisantes, sur le phasage de sa mise en oeuvre,
sur les conditions de son efficacité.
La maîtrise du risque lié aux PFAS dans les matières fertilisantes s?inscrit dans un ensemble plus
large de contaminants déjà encadrés (métaux, PCB, ?) et doit impérativement être abordée de
manière cohérente avec les dispositifs existants. Le « socle commun sur les matières
fertilisantes » constitue ce cadre réglementaire harmonisant les exigences de qualité sanitaire et
agronomique applicables aux matières épandues sur les sols. Sa mise en oeuvre nécessitera un
investissement accru des services de l?État qui doit être anticipé.
La maîtrise de ce risque doit également s?appuyer sur un renforcement significatif des
connaissances et des outils associés, depuis les dispositifs de mesure et de suivi, de traçabilité et
de partage de l?information ; jusqu?à la connaissance scientifique des mécanismes de transfert des
contaminants entre les sols, les eaux et les plantes qui permettra d?optimiser les actions et la
réglementation en fonction des objectifs sanitaires et environnementaux.
Enfin, le gisement des matières fertilisantes d?origine résiduaire fera face dans les prochaines
décennies, en France comme dans d?autres pays, à des mutations importantes : priorité donnée à
la valorisation énergétique d?une partie des matières organiques résiduaires, technologies
d?extraction des éléments d?intérêt (ex. phosphore), adaptation des territoires à l?acceptation sociale
de l?épandage, évolution des coûts des matières fertilisantes organiques et minérales? Ces
perspectives imposent une concertation renforcée entre les pouvoirs publics, garants des objectifs
sanitaires et environnementaux, et les acteurs des filières concernées.
Signatures des auteurs
ANNEXES
Annexe 2 : Bibliographie
Annexe 3 : Liste des personnes rencontrées
Annexe 4 : Liste des sigles utilisés
Annexe 5 : Liste des tableaux et figures du corps du rapport
Annexe 6 : Fiches de synthèse par pays
Annexe 7 : Définitions
Annexe 8 : Les campagnes RSDE dans le bassin Loire Bretagne
Annexe 9 : Illustration d?un protocole d?échantillonnage, applicable à différentes MFSC
Annexe 10 : Échange de courriers entre la DREAL de Bassin Loire Bretagne et la DEB et la DGPR
Annexe 11 : Incinération basse température ? société Véolia Brevet n°23 02257
Annexe 12 : Fonds de garantie des risques liés à l?épandage agricole des boues d?épuration
(FGRE)
Annexe 13 : Impact de siccité des boues sur leur teneur en PFAS
Annexe 14 : Épaississement des boues en station d?épuration
Annexe 15 : Les différentes boues ? origines - destinations
Annexe 16 : Analyse d?impact de l?application du socle commun pour le cadmium
Annexe 17 : Frise temporelle : prise en compte depuis les années 2000 de la problématique PFAS
dans les EDCH et les boues
Annexe 18 : Méthodes d?analyse des échantillons (préparation, extraction, mesure) et risques de
contamination accidentelle des échantillons et précautions
Annexe 19 : La production de MAFOR en France : origines et volumes
Annexe 20 : Extrait étude SYNTEAU sur l?impact de la DERU2 article 11
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 62/161
Annexe 1 : Lettre de commande et saisine du HCSP
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 63/161
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Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 66/161
Annexe 2 : Bibliographie
ADEME, SYPREA, FP2E, INERIS, 2007, Evaluation des risques sanitaires des filières d?épandage
des boues de stations d?épuration. Application de la méthodologie relative aux substances
chimiques à une filière de boues issues d?une STEP urbaine.
AGRESTE, SSP du ministère chargé de l?agriculture, 2014 : Enquête pratiques culturales 2011 :
principaux résultats.
ANSES, 2025a, Campagne nationale de mesure de l?occurrence de composés émergents dans les
eaux destinées à la consommation humaine : PFAS et US-PFAS, campagne 2024-2025.
ANSES, 2025b, Composés per et polyfluoroalkylés (PFAS) dans différents compartiments : bilan de
la contamination et catégorisation en vue de leur surveillance.
ASTEE, 2020, Destination des boues d?épuration dans différents pays de l?Union Européenne.
BRGM, 2024a, Etat des lieux des sources directes d?émissions en PFAS.
BRGM, 2024b, Note de synthèse sur le projet de norme pour l?analyse des PFAS dans les matrices
solides.
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? Environmental exposure assessment.
ECHA, 2023, ECHA publishes PFAS restriction proposal.
EFSA, 2020, Risk to human health related to the presence of perfluoroalkyl substances in food.
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Haut-commissariat à la stratégie et au plan, 2025, Les politiques publiques de santé
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composés PFAS dans les EDCH.
ICARE & consult, 2020, Etude Prospective fixant des objectifs stratégiques d?augmentation de la
part de fertilisants issus de ressources renouvelables.
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eaux souterraines. Rapport d?avancement : synthèse bibliographique menée par l?INERIS en 2023
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INERIS, 2025a, Identification des principales voies d?exposition aux PFAS.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 67/161
INERIS, 2025b, Parangonnage en matière de contrôle des PFAS dans les rejets industriels.
INERIS, 2025c, Valeurs de fond des PFAS dans les sols européens et cadre de gestion des sols
contaminés par les PFAS sur le territoire flamand.
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Faune et des Parcs du Québec), 2025a, Sélection des SPFA incluses dans les paramètres
investigateurs et préventifs de la catégorie « I » du Code de gestion des matières résiduelles
fertilisantes ? Note technique 2025.
MELCCFP, 2025b, Impacts théoriques des seuils établis pour les substances perfluoroalkylées et
polyfluoroalkylées (SPFA) incluses dans les paramètres investigateurs et préventifs du Code de
gestion des matières résiduelles fertilisantes ? Note technique 2025, 2025.
MELCCFP, 2025c, Code de gestion des matières résiduelles fertilisantes, et ses modifications à 4 règlements : analyse d?impact réglementaire, 2025.
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NYSDEC (New York State Department of Environmental Conservation), 2010, CP ? 51 / Soil
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OIEAU (Office international de l?eau), 2024, Etude bibliographique PFAS dans les eaux usées.
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OVAM, 2021, Afleiden van streefwaarden voor perfluorverbindingen en enkele andere 'emerging
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bodemverbeteraar of meststof publicatiedatum.
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Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 68/161
Saliu and Sauvé, 2024, A review of per- and polyfluoroalkyl substances in biosolids: geographical
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SGI (Statens geotekniska Institut), 2015, Preliminary guideline values for PFAS in soil and
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STAHL et al, 2018, Concentrations and Distribution Patterns of Perfluoroalkyl Acids in Sewage
Sludge and in Biowaste in Hesse, Germany, Journal of Agricultural and Food Chemistry, Vol
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SYNTEAU, 2026, Nouvelle réglementation européenne sur le traitement des eaux usées : l?ampleur
du défi pour la France.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 69/161
Annexe 3 : Liste des personnes rencontrées
Nom Prénom Organisme Fonction Date de rencontre
SCHMITT Alby IGEDD Inspecteur général 03/09/2025
KALTEMBACHER Henri BEA-RI Directeur 04/09/2025
LEFRANC Agnès DGPR Sous directrice santé et
environnement 10/09/2025
RAUD Géraldine DGPR Chef du bureau de l?appui aux
politiques publiques 10/09/2025
VEAUX Clarisse DGPR
du copilotage du plan
protection et de la gestion de
l'eau, des ressources minérales
et des écosystèmes aquatiques
contre les pollutions
domestiques et industrielles
VENTURINI Christophe DEB Adjoint de la cheffe du bureau de
la lutte contre les pollutions
domestiques et industrielles
bureau de la lutte contre les
pollutions domestiques et
SOERE PRO 26/09/2025
sécurité sanitaire des aliments 29/09/2025
PRUNAUX Olivier DGAL Sous-directeur adjoint de la
santé et protection des végétaux 29/09/2025
PRINTZ Bruno DGAL Chef du bureau des intrants et du
biocontrôle 29/09/2025
Nom Prénom Organisme Fonction Date de rencontre
THEVENIN Nicolas DGAL Chargé d?études au bureau des
intrants et du biocontrôle 29/09/2025
DUNAND Arnaud DGPE
Sous-directeur de la
territoires
30/09/2025
économie circulaire 30/09/2025
sols, économie circulaire 30/09/2025
circulaire 30/09/2025
l?environnement et à
bureau de l?environnement,
extérieur et produits chimiques
REVENIER Clémentine DREAL AURA Chef du service risques
industriels 01/10/2025
MARIE Christophe DRAAF AURA Responsable de l?unité santé des
végétaux 01/10/2025
Nom Prénom Organisme Fonction Date de rencontre
DURAND Christèle DRAAF AURA Chargée de missions pollutions
environnementales 01/10/2025
évaluation des risques 10/10/2025
produits réglementés 10/10/2025
DUMENIL Jean-Rémi ANSES Coordinateur d?expertises
scientifiques 10/10/2025
scientifiques 10/10/2025
Produits 17/10/2025
Vigne et du Vin
DELESTRE Arnaud Chambres d?Agriculture
France
vice-président de Chambres
de l?environnement
France
France
Nom Prénom Organisme Fonction Date de rencontre
LACARCE Eva ITAB Cheffe de projet Agronomie
Durabilité/Sol 24/10/2025
Transformation 24/10/2025
(Canada)
LAJUGIE Pascal DREAL GE Chef du service prévention des
risques anthropiques 29/10/2025
chroniques santé environnement 29/10/2025
MOINECOURT Maud DRAAF GE
régional de l?alimentation
BRULE Hervé DREAL CVL Directeur 04/11/2025
GOBLET Maud DREAL CVL
risques chroniques et
Biodiversité, Risques Naturels et
charge de l?animation du RMQS
12/11/2025
Nom Prénom Organisme Fonction Date de rencontre
BRIOT- DIETSCH Anne Société Casc4de Chef de projet 17/11/2025
DUCIEL Laura Société Casc4de Ingénieur de recherche 17/11/2025
FRANCOIS Patrice DDT Loir et Cher Directeur adjoint 18/11/2025
HESSE Anne-Sophie DDT Loir et Cher Cheffe de l?unité ressources en
eau et milieux aquatiques 18/11/2025
SEGUI Alexandre VEOLIA
environnement 20/11/2025
LANAE 20/11/2025
environnement - LANAE 20/11/2025
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 74/161
Nom Prénom Organisme Fonction Date de rencontre
GENERET Alfred SPF (Belgique) Attaché, chargé de l?autorisation
de la mise sur le marché belge
des engrais et amendements
administratif sur les PFAS 24/11/2025
NYS Florence UNIFA Déléguée nationale 25/11/2025
CATRYCKE Florence UNIFA Directrice Réglementation et
Normalisation 25/11/2025
AQUAREF 26/11/2025
Souterraines
26/11/2025
Souterraines
26/11/2025
PLANQUES Benoît AFAIA Président d?honneur 04/12/2025
VANAKEN Niko OVAM ? Agence
régional de l?alimentation 09/12/2025
GENDEBIEN Anne SPW Wallonie Attachée au département des
sols 11/12/2025
président de VOLTERRA
Nom Prénom Organisme Fonction Date de rencontre
MARONNE Philippine SYPREA Chargée de mission Valorisation
organique 12/12/2025
valorisation - SAUR 12/12/2025
BIGUEREAU Justine SILAB
SILAB et accompagnatrice de
SYPREA dans les relations
SUEZ Eau France 08/01/2026
SUEZ Eau France
réglementation SUEZ Recyclage
Recyclage et valorisation 08/01/2026
Bretagne
Bretagne
Bretagne
MERCURE-GODIN Vanessa
Ministère de
Lutte contre les
élimination
27/01/2026
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 76/161
Annexe 4 : Liste des sigles utilisés
6 :2FTS Sulfonate de fluorotélomère
ACIA Agence canadienne d?inspection des aliments
AGEC Anti gaspillage pour une économie circulaire (loi AGEC)
AMM Autorisation de mise sur le marché
ANSES Agence nationale de sécurité sanitaire de l?alimentation, de l?environnement
et du travail
Agence régionale de santé
Base de données du registre des émissions polluantes et des déchets
BEA-RI Bureau d?enquêtes et d?analyses sur les risques industriels
BRGM Bureau de recherches géologiques et minières
CGAAER Conseil général de l?alimentation, de l?agriculture, et des espaces ruraux
CIRAD Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le
développement
CNRS Centre national de la recherche scientifique
DAEI Direction des affaires européennes et internationales
DCE Directive cadre sur l?eau
DDT Direction départementale des territoires
DEB
DERU
DGPE Direction générale de la performance économique et environnementale des
entreprises
DGS Direction générale de la santé
DRAAF Direction régionale de l?alimentation, de l?agriculture et de la forêt
DREAL Direction régionale de l?environnement, de l?aménagement et du logement
ECHA Agence européenne des produits chimiques
EDCH
EFSA
ICPE Installation classée pour la protection de l?environnement
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 77/161
IGEDD Inspection générale de l?environnement et du développement durable
INRAE Institut national de recherche pour l?agriculture, l?alimentation et
l?environnement
INERIS Institut national de l?environnement industriel et des risques
IOTA Installations, ouvrages, travaux et activités
ITAB Institut de l?agriculture et de l?alimentation biologiques
ITAVI Institut technique des filières avicole, cunicole, piscicole
MAFOR Matières fertilisantes d?origine résiduaires
MFSC
MTE
MTEBNICN
Ministère de la transition écologique (pour MTEBNICN)
Ministère de la transition écologique, de la biodiversité, des négociations
internationales sur le climat et la nature
OCDE Organisation de coopération et développement économiques
PCI Pouvoir calorifique Inférieur
Acide perfluorobutanoïque
Acide perfluorobutanesulfonique
PFUnDA
PFUnDS
RMQS
RSDE
Réseau de mesures de la qualité des sols
Recherche et réduction des rejets de substances dangereuses dans les eaux
SDAGE Schéma directeur d?aménagement et de gestion des eaux
SPF Santé publique, sécurité de la chaîne alimentaire et environnement
(Belgique)
STEU
SVHC
TFA
Substances of Very High Concern
Acide trifluoroacétique
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 79/161
Annexe 5 : Liste des tableaux et figures
Table des tableaux du corps du rapport
Tableau 1 : estimation des tonnages annuels (2022) des différents types de boues (source Sdes) ................................................................................................................................. 22
Tableau 2 : répartition des effectifs de STEU, des capacités de traitement, des débits journaliers traités et de la production de boues selon les tranches nominales de STEU (source BdD Assainissement collectif) ............................................................................... 23
Tableau 3 : valorisation des boues de STEU (source BdD Assainissement collectif) ........ 23
Tableau 4 : tonnage annuel des différentes boues d?ICPE (SDES) ................................... 24
Tableau 5 : destination des différentes boues d?ICPE (MTE-DGPR/ bueau des déchets) . 24
Tableau 6 : teneurs en PFAS des boues de STEU de plus de 10 000 EH dans le cadre du RSDE 2022 LB : analyse statistique des valeurs pour chacun des cinq PFAS et pour la somme des cinq PFAS. ..................................................................................................... 31
Tableau 7 : confrontation des teneurs en PFAS des boues de STEU mesurées dans le cadre du RSDE LB 2022 aux seuils des réglementations de différents pays. ............................. 32
Tableau 8 : valeurs de fond des teneurs en PFAS des sols issus d?études belges, néerlandaises et allemandes (source rapport INERIS 2025 « Valeur de fond des PFAS dans les sols européens ») ......................................................................................................... 34
Tableau 9 : PFAS encadrés dans les boues de stations d?épuration, dans les pays étudiés et valeurs seuils ................................................................................................................. 41
Tableau 10 : axes de gestion activés par les réglementations des pays objets du parangonnage .................................................................................................................... 42
Tableau 11 : nature des seuils (réglementaires, incitatifs, volontaires) introduits dans les cadres de gestion des pays objets du parangonnage ........................................................ 45
Table des figures du corps du rapport :
Figure 1 : catégories de matières fertilisantes et supports de culture (source DGAL 2024) ........................................................................................................................................... 16
Figure 2 : catégories de dispenses d?autorisations de mise sur le marché des MFSC prévues par l?article L255-5 du code rural et de la pêche maritime (source DGAL 2024)................ 17
Figure 3 : part des MAFOR épandues sur les divers types de grandes cultures et de prairies selon leur provenance (Données Agreste ? Enquête PKGC 2011) ................................... 25
Figure 4 : destination des boues d?épuration dans différents pays de l?Union Européenne (ASTEE 2020) .................................................................................................................... 26
Figure 5 : évolution des livraisons des engrais minéraux en France métropolitaine, en tonnes d?éléments nutritifs (Source UNIFA 2024) .......................................................................... 27
Figure 6 : synoptiques d'une station de traitement des eaux usées : (gauche) points
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 80/161
réglementaires ; (droite) points logiques ? (source SANDRE) ........................................... 28
Figure 7 : frise temporelle de la mise en oeuvre de cadres de gestion des PFAS dans les boues, dans les pays objets du parangonnage (cf annexe 17 pour une frise plus détaillée) ........................................................................................................................................... 45
Liste des tableaux et figures des annexes :
Figure n°1 : utilisations finales des biosolides produits au Canada (M and M, 202359) 81
Figure n°2 : destination des boues urbaines produites au Québec en 2023 82
Figure n°3 : gestion des boues de stations d'épuration collectives en Wallonie60 95
Figure n°4 : part des boues de station d?épuration valorisée en agriculture en Suède 102
Figure n°5 : modalités de traitement des boues de STEU au Danemark 106
Figure n°6 : histogramme des sommes de teneurs en 5 PFAS par STEU (moyenne des six
échantillons de boue pour une même STEU). Ordonnées en échelle logarithmique à
gauche, en échelle naturelle à droite. La couleur de la barre d?une STEU représente son
laboratoire d?analyse. Le laboratoire d?analyse représenté en rouge présente des valeurs
d?un facteur 10 à 100 supérieures aux valeurs des autres laboratoires. 118
Figure 6a : histogramme des sommes de teneurs en 5 PFAS par STEU (moyenne des 6
échantillons de boue pour une même STEU). Ordonnées en échelle naturelle. La couleur
de la barre d?une STEU représente son laboratoire d?analyse (hors laboratoire d?analyse
écarté). 120
Figure n°7 : lien entre teneur en PFAS et siccité de l?échantillon 134
Figure n°8 : évolution de la teneur en PFAS et de la siccité au cours de la déshydratation
135
Figure n°9 : variation de la valeur de concentration en PFAS de la boue en fonction de son
niveau de déshydratation (taux d?humidité) 135
Figure n° 10 : les techniques d?épaississement 137
Figure n°11 : répartition géographique des quantités de déchets et d?effluents industriels
destinés à la valorisation agronomique en 2008 (source Esco MAFOR 2014) 139
Figure n°12 : Frise temporelle détaillée de la mise en oeuvre de cadres de gestion des PFAS dans
les boues, dans les pays objets du parangonnage (détaille la figure 7 du corps du rapport) 152
Tableau n°1 : nouvelles analyses exigées selon le type de MRF dans le « nouveau » code
83
Tableau n°2 : paramètres PFAS et teneurs maximales associés aux catégories I1 et I2
84
Tableau n°3 : sélection des PFAS comme indicateurs, basés sur la liste des biosolides
municipaux canadiens (Extrait de la note technique 2025, source ECC) 85
Tableau n°4 : résumé des impacts théoriques sur les données québecoises, selon 2
versions du paramètre sommatif PFAS 87
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 81/161
Tableau n° 4a : Valorisation des boues produites par les stations d'épuration en Allemagne (source
EFA 2024) 91
Tableau n 5 : analyse statistique des teneurs en PFAS des boues des stations d?épuration
au Danemark (résultats sur la base de 215 échantillons de boue) 112
Tableau n°6 : seuils de gestion du PFOA et du PFOS dans les biosolides, dans l?Etat du
Michigan 115
Tableau n°7 : valeurs des limites de quantification et pourcentage de mesures sous la limite
de quantification. Pour chacun des 6 laboratoires d?analyse (en ligne), valeurs des LQ pour
chacun des 5 PFAS (en colonne) et nombre et pourcentage de mesures sous la LQ. 118
Tableau 7a : confrontation des teneurs en PFAS des boues de STEU mesurées dans le
cadre du RSDE LB 2022 aux seuils des réglementations de différents pays. 121
Tableau n°8 : tonnage de boues ICPE 140
Tableau n°9 : production de MAFOR en France source ICARE 140
Tableau n°10 : déchets et sous-produits : source CGEDD/CGAAER 2015 140
Tableau n°11 : synthèse des données MAFOR 141
Tableau n°12 : tonnage de boues de STEU source Sdes 142
Tableau n°13 : poids total et poids sec des différentes boues produites 142
Tableau n°14 : production de boues des ICPE 143
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 82/161
Annexe 6 : Fiches de synthèse par pays
6.1. CANADA - QUEBEC
1. Eléments de contexte et pratiques concernant la valorisation des MFSC
? Une culture développée de valorisation des « biosolides »
Les biosolides sont définis61 au Canada comme le principal produit organique solide issu du
traitement des eaux usées qui peut être valorisé. Par facilité, les termes « biosolides » et « boues »
sont utilisés ici de manière interchangeable.
Les biosolides sont généralement reconnus comme des matières intéressantes d?un point de vue
agronomique, nécessitant d?être valorisées compte tenu des enjeux environnementaux,
économiques et de souveraineté, tout en étant encadrées réglementairement depuis des décennies.
À l?exception du Nouveau-Brunswick, toutes les provinces canadiennes autorisent l?épandage de
boues traitées.
Sur l?ensemble du Canada, 989 000 tonnes de biosolides sont produites annuellement1 : plus de
50 % sont épandus sur des terres agricoles (35 % pour la production de cultures et 23 % pour le
pâturage) ; 27% sont enfouis ; seulement 15% sont incinérés.
Figure n°1 : utilisations finales des biosolides produits au Canada (M and M, 202362)
Concernant spécifiquement le Québec : 39% des boues municipales produites sont épandues sur
les sols agricoles63. Au total, 60% des boues municipales sont recyclées, intégrant la méthanisation
et le compostage.
Canada, Santé Canada, mars 2025. 62 Canadian Municipal Biosolids Market. Markets and Markets, 2023. 63Bilan 2023 de la gestion des matières résiduelles au Québec. https://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/sites/default/files/documents/bilan-gmr-2023-complet.pdf
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 83/161
Figure n°2 : destination des boues urbaines produites au Québec en 2023
? Répartition des compétences gouvernementales et provinciales sur les matières fertilisantes
Le Gouvernement fédéral est chargé d?établir des seuils réglementaires nationaux dans le cadre de
la Loi sur les engrais (Fertilizers Act). Ces seuils s?appliquent à tous les produits vendus ou importés
à l?échelle du pays.
Les provinces peuvent cependant légiférer et fixer des seuils et règles additionnelles dans le respect
de leurs compétences territoriales en matière d?agriculture et d?environnement. Les exigences fixées
par les provinces en matière de déchets et de MFSC peuvent varier significativement d?une région
à l?autre.
? Un élément déclencheur de la réglementation en 2023
Le Maine (USA) interdit complètement l?épandage de boues sur son territoire dès avril 2022, en lien
avec la découverte de contaminations par les PFAS ayant conduit à la fermeture d?exploitations
laitières. Cette interdiction soudaine conduit, entre autres conséquences, à des flux significatifs de
boues exportées vers le Canada voisin, en l?absence de réglementation canadienne.
Plus généralement, d?après les données d?importation de l?Agence Canadienne d?Inspection des
Aliments (ACIA), les importations de biosolides des États-Unis vers le Canada n?ont cessé
d?augmenter au cours de la dernière décennie.
En parallèle, des reportages canadiens mettent en cause en 2023 l'épandage de boues contaminées
par des PFAS sur certaines terres agricoles et se font le relais de fortes préoccupations sociétales.
Ces évènements participent à l?instauration d?un cadre réglementaire spécifique aux PFAS dans les
boues, tant par les autorités canadiennes que par les autorités québécoises.
2. Encadrement réglementaire et seuils fixés pour les PFAS dans les MFSC
? Canada
L?ACIA réglemente la vente et l?importation d?engrais sous forme de biosolides. En octobre 2024,
elle a mis en oeuvre une norme provisoire de 50 µg/kg de MS pour le PFOS dans les biosolides, le
respect de ce seuil conditionnant l?importation ou la vente au Canada en tant qu?engrais, ce qui
permet de réguler les flux de boues importées d?origine américaine notamment. Cette norme était
directement inspirée de la réglementation américaine.
Une analyse des biosolides canadiens, basée sur les résultats de la surveillance du Gouvernement
et des analyses facultatives effectuées par l?industrie de façon préliminaire à l?introduction des
réglementations, a par ailleurs indiqué que plus de 90 % des biosolides produits au Canada
présentent une concentration inférieure à ce seuil de 50 µg/kg de MS pour le PFOS.
? Québec
Le Gouvernement du Québec instaure en 2023 un moratoire temporaire sur l?épandage agricole de
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 84/161
biosolides importés. Ce moratoire vise à assurer la protection des sols québécois le temps qu?un
mécanisme de contrôle des PFAS soit instauré dans les MFSC importées (il sera levé a priori en
novembre 2028).
Au Québec, l?utilisation des boues est encadrée depuis plus de 40 ans par un guide portant sur le
recyclage des matières résiduelles fertilisantes (MFR) ou ses versions antérieures. Ce guide64 offrait
un cadre sécuritaire à la filière de valorisation des MFR en fixant des critères de qualité et des
conditions d?épandage, tout en rappelant les bénéfices et enjeux de cette valorisation.
L?entrée en vigueur de la nouvelle loi sur la qualité de l?environnement (LQE) en mars 2018 implique
que la mise en oeuvre de certaines activités à risque au plan environnemental soit fixée par voie
règlementaire. Par conséquent, la quasi intégralité du guide complété de nouvelles dispositions,
dont des paramètres intéressant les PFAS, a été reprise dans un « code de gestion des matières
résiduelles fertilisantes », publié par le décret 188-2025 du 26 février 202565, et en vigueur depuis
le 1er novembre 2025.
Les MRF doivent respecter des critères de qualité regroupés dans des catégories :
? la teneur en contaminants chimiques (C),
? la teneur en agents pathogènes (P),
? la charge olfactive (O),
? la teneur en corps étrangers (E).
Les PFAS sont intégrés dans une nouvelle catégorie, nommée I pour « critères investigateurs
préventifs », destinée à terme à inclure d?autres contaminants.
Les paramètres analytiques à contrôler font l?objet d?un ciblage par type de MRF : le tableau ci-
dessous illustre les nouvelles analyses demandées par le code de gestion des MRF.
Tableau n°1 : nouvelles analyses exigées selon le type de MRF dans le « nouveau » code
Les critères de qualité fixés pour les PFAS ne concernent que les « biosolides municipaux,
papetiers, résidus de désencrage, procédés mixtes et MRF dérivées ». Autrement dit, ces nouveaux
critères ne s?imposent pas pour les MFSC minérales, les amendements calciques et magnésiens,
et d?autres MFSC telles que les matières végétales et les boues issues d?autres filières industrielles.
Trois paramètres PFAS ont été considérés comme pertinents :
? la teneur en PFOS,
? la teneur en PFOA,
? la teneur d?une somme de 11 PFAS66.
L?approche retenue par le Québec est de fixer deux seuils pour chaque paramètre et pour chaque
catégorie :
? un seuil intermédiaire en deçà duquel l?utilisation de la MFSC n?est soumise à aucune restriction,
? un seuil maximal au-delà duquel la valorisation de la MFSC n?est plus possible.
Les biosolides dont la teneur en PFAS est comprise entre le seuil intermédiaire et le seuil maximal
font l?objet d?un suivi et d?une restriction d?utilisation.
Paramètres investigateurs
Somme de 11 PFAS
Aucune restriction d?usage
Interdiction de valorisation en milieu agricole ou sylvicole67
Tableau n°2 : paramètres PFAS et teneurs maximales associés aux catégories I1 et I2
Un biosolide classé I2 verra son utilisation encadrée par des mesures de mitigation, identiques
aux mesures prises pour les catégories C2 (contaminants chimiques mieux documentés, parmi
lesquels des métaux).
Ces mesures sont jugées appropriées dans l?attente du développement de la connaissance, et
impliquent notamment68 :
? une régulation des doses d?épandage permises, ne devant pas excéder l?équivalent d?une moyenne de 4,4 tonnes de MS ha/an, calculée sur une période de trois années consécutives,
? des distances séparatrices plus grandes par rapport aux cours d?eau et aux habitations,
? l?interdiction d?épandage sur des cultures destinées à l?alimentation humaine et sur les pâturages.
Le code de gestion précise enfin que les analyses de PFAS dans les biosolides doivent être
réalisées a minima une fois par période de 12 mois par des laboratoires accrédités, ou par défaut
des laboratoires répondant aux exigences de la norme internationale ISO/CEI 17025, utilisant
préférentiellement la méthode américaine US EPA 1633 (citée en partie 2.4.1). Il définit la méthode
de calcul à employer pour la somme des 11 PFAS considérés.
3. Méthode de détermination de ces seuils
Le Canada a opté pour le choix d?un seuil (50 µg/kg de MS) pour un seul composé : le PFOS,
considéré comme un indicateur suffisant et représentatif du niveau de contamination en PFAS des
boues. Il a été choisi en prenant pour référence le seuil le plus restrictif retenu par l?État du Michigan
66 PFBA, PFPeA, PFHxA, PFDA, PFDS, 6:2 FTS, 5:3 FTCA, 7:3 FTCA, NmeFOSAA, NEtFOSAA, FHUEA. 67 Sous certaines conditions strictes, les MFSC hors catégorie peuvent être utilisées sur des sites dégradés, tels que des
sites miniers. 68Code de gestion des matières résiduelles fertilisantes ? guide de référence. https://www.environnement.gouv.qc.ca/matieres/code-gestion-mrf/code-gestion-matieres-residuelles-fertilisantes-guide-
reference-cgmrf.pdf
(USA), permettant une utilisation des boues sans limitation d?usage.
La motivation première a été l?établissement d?une barrière afin de stopper l?exportation des États-
Unis vers le Canada de biosolides qui ne seraient plus conformes à la réglementation américaine.
L?approche retenue par le Québec a conduit à fixer des seuils plus restrictifs que le seuil canadien.
Cette approche, fondée sur une documentation étayée, est présentée ci-après.
? Choix d?une approche par paliers :
Cette approche par paliers, se déclinant en fonction de deux seuils, est similaire à l?approche
couramment appliquée pour d?autres contaminants, et adoptée par l?État du Michigan depuis
plusieurs années. Le retour d?expérience du Michigan soutient l?hypothèse du niveau de
contamination en PFOS en tant qu?indicateur solide de la concentration totale des PFAS dans les
biosolides, et montre l?efficacité d?une approche graduée pour réduire les teneurs en PFOS des
boues69 .
? Sélection des composés PFAS et évaluation des impacts :
La méthode de sélection des PFAS à prendre en compte dans la réglementation a fait l?objet d?une
note publiée70.
Elle s?appuie sur plusieurs éléments de connaissance et de métrologie, dont :
? la connaissance des composés PFAS prévalents dans les analyses de boues essentiellement urbaines, issues des données canadiennes et québecoises disponibles, dont des études menées par l?Université de Montréal,
? la capacité analytique actuelle au sein du Ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs au Québec (MELCCFP), et notamment les limites de détection et de quantification pour chaque PFAS choisi.
Le tableau ci-dessous est directement extrait de la note technique précitée.
Tableau n°3 : sélection des PFAS comme indicateurs, basés sur la liste des biosolides municipaux canadiens (Extrait de la note technique 2025, source ECC)
69. Land application of biosolids containing PFAS : interim strategy. EGLE (Département de l?Environnement des Grands
Lacs et de l?Énergie du Michigan), 2022. https://www.michigan.gov/egle/about/organization/water-resources/biosolids/pfas-related 70 Sélection des SPFA incluses dans les paramètres investigateurs et préventifs de la catégorie « I » du Code de gestion
des matières résiduelles fertilisantes ? Note technique 2025. https://www.environnement.gouv.qc.ca/matieres/articles/selection-spfa.pdf
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La liste des PFAS retenus est évolutive et tient compte des connaissances scientifiques à date et
de l?évolution des méthodes analytiques.
Compte tenu de ces éléments, le PFOS et le PFOA ont été rapidement sélectionnés en tant
qu?indicateurs individuels, étant les PFAS les plus étudiés dans le monde et ceux dont l?impact
sanitaire est bien documenté.
Le Québec s?est attaché à prendre en compte un troisième indicateur correspondant à une somme
élargie de composés. Une analyse des impacts théoriques71, également publiée, a été menée en
fonction de deux versions du paramètre sommatif PFAS :
? une 1ère version basée sur les 11 composés PFAS retenus dans la rédaction du code de gestion des MFR,
? une 2ème version élargie aux 35 composés PFAS analysables par le MELCCFP, en sus du PFOS et du PFOA, à la date des travaux.
Limites : il est opportun de souligner que cette liste de 37 composés exclut des composés PFAS
pourtant fortement quantifiés dans certaines études scientifiques72 menées par l?université de
Montréal, mais considérés comme insuffisamment détectables selon la méthode mise en oeuvre par
le MELCCFP73.
C?est le cas des composés de la famille des diPAP, tels que le 6:2 diPAP ou encore le 8:2 diPAP,
qui contribuent majoritairement à la concentration totale de PFAS dans les biosolides, boues et
composts selon l?étude citée. Le choix de retenir ou non les diPAP dans la réglementation a fait
l?objet de débats entre la communauté scientifique et les autorités.
On notera également que le TFA n?est pas non plus intégré à la liste des composés d?intérêt à
quantifier dans les boues, car peu quantifié.
Pour ces deux versions du paramètre somme de PFAS, le taux de non-conformité actuel des boues
(base des données québécoises disponibles) a été évalué par rapport aux seuils fixés pour les
catégories I1 et I2 (la méthode de détermination des valeurs de ces seuils est évoquée ci-après).
Cette étude comparative ne montre aucune différence entre les deux versions dans la répartition
des boues les catégories I1, I2 et hors catégorie. En d?autres termes, aucun échantillon ne change
de catégorie selon que l?on considère le paramètre ?11 PFAS ou ?35 PFAS. L?interprétation faite
par les autorités de ces résultats a priori surprenants repose sur la très faible prévalence des 24
autres PFAS analysés dans la version élargie.
71 Impacts théoriques des seuils établis pour les substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (SPFA) incluses dans
les paramètres investigateurs et préventifs du Code de gestion des matières résiduelles fertilisantes ? Note technique 2025.
https://www.environnement.gouv.qc.ca/matieres/mat_res/fertilisantes/impacts-theoriques-seuils-spfa-code-gestion- matieres-residuelles-fertilisantes.pdf
72 Par exemple : PFAS profiles in biosolids, composts, and chemical fertilizers intended for agricultural land application in Quebec (Canada) (Saliu and all, 2024).
73 Sélection des SPFA incluses dans les paramètres investigateurs et préventifs de la catégorie « I » du Code de gestion des matières résiduelles fertilisantes ? Note technique 2025. https://www.environnement.gouv.qc.ca/matieres/articles/selection-spfa.pdf
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A l?aune de ces résultats, l?option de retenir le paramètre sommatif pour 11 PFAS a été confortée.
Données du Québec : 69 échantillons de boues
Paramètres PFAS utilisés
% catégorie I1 % catégorie I2 % hors catégorie
Paramètres I du code de gestion des MRF : PFOS, PFOA et ?11 PFAS
75 % 19 % 6 %
Tous les PFAS analysables par le MELCCFP en 2024 : PFOS, PFOA et ?35 PFAS
75 % 19 % 6 %
Tableau n°4 : résumé des impacts théoriques sur les données québecoises, selon 2 versions du paramètre sommatif
PFAS
Par ailleurs, le Gouvernement québécois a également évalué les impacts en s?appuyant cette fois
sur 112 données canadiennes, en se fondant sur l?hypothèse unique du paramètre ?11 PFAS. Cette
analyse conclut à un taux de non-conformité de 4 % (classement « hors catégorie ») des boues
urbaines.
Au final, le taux de classement prévisionnel de boues en « hors catégorie » interdisant leur
valorisation sur des terres agricoles ou sylvicoles est de 4 à 6 %, sur la base de la teneur en PFAS
analysée dans 181 échantillons de boues urbaines canadiennes et québécoises.
? Méthodes de détermination des valeurs des seuils réglementaires :
L?objectif pilotant le choix des valeurs réglementaires est de limiter la pression d?accumulation en
PFAS dans les sols recevant des biosolides, en se basant sur un niveau d?enrichissement maximal
à ne pas dépasser dans ces sols.
La détermination des valeurs des seuils proposées pour les PFAS dans les biosolides s?inspire de
la démarche utilisée pour déterminer les valeurs seuils pour certains métaux, bien que les données
disponibles soient dans le cas des PFAS très lacunaires.
En l?absence de données suffisantes, le modèle de calcul utilisé est fondé sur l?hypothèse d?un
niveau initial de contamination des sols équivalent à zéro ; ce niveau de contamination va
progressivement croître par la contribution d?épandages réguliers de biosolides sur une durée de 25
ans, sans qu?il ne puisse dépasser la valeur cible de qualité des sols préalablement définie.
Ce modèle s?est basé en partie sur une approche conservatrice, en considérant que les PFAS
s?accumulaient dans les sols sans tenir compte des migrations de PFAS dans les compartiments air
et eau et des transferts vers les végétaux. C?est donc un « pire scénario » selon lequel les
épandages contribuent régulièrement à l?accumulation des PFAS dans les sols, sans « sortie de
PFAS ». Pour autant, une limite de ce modèle de type « baignoire » réside dans l?absence de prise
en compte de la contamination préexistante des sols.
Les teneurs maximales proposées pour le PFOS et le PFOA dans les boues ont été développées
en utilisant les valeurs cibles de qualité des sols établies par l?État de New York74, parmi les plus
restrictives d?Amérique du Nord, et à même de protéger également la qualité de l?eau souterraine
utilisée comme eau de consommation.
Les teneurs maximales proposées pour la somme de 11 PFAS ont été calculées en s?appuyant sur
74 https://dec.ny.gov/sites/default/files/2024-06/draftcp51revised.pdf. Les valeurs cibles pour les sols sont de 0.88µg/kg
pour le PFOS et de 0.66µg/kg pour le PFOA, sans aucune restriction d?usage.
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la recommandation pour la qualité des sols, publiée par le Conseil canadien des ministres de
l?environnement (CCME), de 10µg/ kg pour le seul PFOS, transposée à la somme de 11 PFAS,
toujours dans une approche sécuritaire.
Enfin, les doses d?épandage maximales autorisées pour les biosolides de catégorie I2 (une moyenne
de 4,4 tonnes de MS ha/an, sur trois années consécutives) sont dérivées des mesures de mitigation
déjà appliquées pour d?autres contaminants mieux documentés.
4. Evaluation des impacts sur les filières, et mesures d?accompagnement
L?introduction des seuils, qu?il s?agisse de normes provisoires au Canada (2024) ou de dispositions
fixées par décret au Québec (2025), est très récente. Elle ne permet pas un retour d?expérience
approfondi.
? Canada
L?introduction de la norme en PFOS s?est accompagnée d?une mise en oeuvre progressive assortie
d?actions pédagogiques des organismes de contrôle.
Les autorités canadiennes soulignent une certaine adhésion à la démarche, tant des filières
agricoles que des filières industrielles, partiellement liée au fait qu?elle s?appuie sur une approche à
la fois scientifique (démarche américaine) et pragmatique.
? Québec
? Evaluation prévisionnelle des impacts économiques
L?évaluation des impacts, en particulier économiques, liés à l?introduction de cette réglementation a
fait l?objet d?une note publiée par le Gouvernement québécois en 202575.
L?ajout de nouvelles analyses demandées pour les PFAS se traduit par des coûts supplémentaires
annuels estimés à environ 260 000 dollars par an pour les entreprises, calcul basé sur un coût
analytique élevé (1 385 dollars) du fait du très faible nombre de laboratoires équipés et accrédités
en 2023, et d?un nombre d?analyses annuelles estimé à 188. Il est attendu une diminution
significative du coût analytique moyen au fil des années.
A cela s?ajoute une augmentation des quantités de MFR devant être éliminées comme suite à
l?instauration de la catégorie I, pour un coût annuel potentiel supplémentaire d?environ 557 000
dollars. Ce calcul s?appuie sur un coût moyen du transport et de l?élimination des boues de 96 dollars
la tonne, à comparer au coût moyen du transport et de la valorisation des boues de 65 dollars la
tonne.
Le volume de boues ne respectant pas les critères de la catégorie I (« hors catégorie ») est calculé
sur la base d?un taux de non-conformité d?environ 4% (cf. supra). 57% de ces boues auraient été
destinées à l?épandage, soit un volume final de 18 000 tonnes additionnelles de boues à détruire.
Ces coûts sont basés sur une hypothèse conservatrice et représentent donc plutôt la borne
supérieure des impacts potentiels.
75 Code de gestion des matières résiduelles fertilisantes, et ses modifications à 4 règlements : analyse d?impact
réglementaire, 2025. https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/environnement/publications-adm/lois-
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 90/161
? Consultations préalables et anticipation de la date d?entrée en vigueur de la
réglementation
Le ministère québécois a procédé à différentes consultations avant l?entrée en vigueur des seuils
PFAS par décret. Ainsi, une centaine d?experts et d?organismes spécialistes du domaine des PFAS
et des MFSC ont été consultés, incluant des représentants des ordres professionnels des
agronomes, des chimistes, des collectivités, des filières industrielles et agricoles, des entreprises
spécialisées dans la valorisation des boues, des scientifiques, ?
L?approche par paliers a été plébiscitée, notamment par les professionnels de la filière valorisation
des MFSC.
Le décret 188-2025 du 26 février 2025 publié en mars 2025 est entré en vigueur au 1er novembre
2025. Cette période a été retenue car la fin d?année marque la fin de la saison des épandages, ce
qui facilite la transition et évite un changement des règles en milieu d?année.
Il convient enfin de souligner la volonté manifeste du Gouvernement québécois d?accompagner les
différents acteurs par la production de documents guides pédagogiques en parallèle et en amont de
la publication du décret : note d?impacts théoriques, guide de référence qui tient lieu de vadémécum
expliquant pour chaque article du décret les attendus, ?
? La traçabilité de l?information est considérée comme incontournable au maintien de la
confiance entre les acteurs
Les responsabilités du « générateur » de la MFSC, du « promoteur 76» et de l?exploitant agricole ou
sylvicole sont clairement établies dans le code de gestion des MFR.
Le générateur de la MFSC est ainsi tenu de procéder à sa catégorisation (ou de déléguer cette tâche
au promoteur). Il doit conserver pendant une période minimale de cinq ans l?ensemble des
informations ayant permis de catégoriser la MFSC, dont les coordonnées, les process et traitements
subis, ainsi que les valeurs moyennes des résultats des analyses obligatoires. Une fiche consignant
ces mêmes informations accompagne par ailleurs la MFSC jusqu?à l?utilisateur final.
Certains acteurs ont mentionné que l?existence de telles données de catégorisation archivées sur
une longue période permettait de faciliter les appels d?offres et d?impacter favorablement l?activité et
l?image de l?entreprise.
Le transfert des informations, d?un maillon à l?autre au sein de la chaîne de valorisation des MFSC,
est considéré comme un pilier important de la sécurité des activités de valorisation, permettant la
confiance entre les générateurs de MFSC (en l?occurrence les industries et collectivités), les
« promoteurs » en charge du recyclage et de la valorisation des MFSC et les utilisateurs finaux,
exploitants agricoles ou forestiers.
Le Gouvernement québécois considère également que les nouveaux seuils fixés pour les PFAS
favorisent le retour de l?acceptabilité sociale et la confiance de la population.
76 Le « promoteur du projet de valorisation » est défini comme un intermédiaire entre le générateur et l?exploitant agricole
ou sylvicole utilisateur de la MFSC. Le promoteur peut organiser le transport de la MFSC jusqu?au lieu d?épandage ou de stockage, et est responsable de la réception et du stockage sur le lieu de valorisation.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 91/161
6.2. ALLEMAGNE
1. Eléments de contexte et pratiques concernant la valorisation des MFSC
? La valorisation des boues de stations d?épuration
Le volume annuel de boues produites en Allemagne est estimé à 1,74 million de tonnes MS77.
Environ 22 % (0,4 million de tonnes) sont valorisées par épandage agricole et 77 % envoyées à
l?incinération.
Tableau n° 4a : Valorisation des boues produites par les stations d'épuration en Allemagne (source EFA 2024)
? Répartition des compétences gouvernementales sur la gestion des déchets
L?Allemagne est un État fédéral : la gestion des déchets combine des compétences partagées entre
le Bund (fédéral), les Länders (États fédérés) et les communes.
Le niveau fédéral est en charge du cadre législatif et stratégique. Il élabore le cadre juridique national
(lois fondamentales sur les déchets) et est en charge de transposer le droit européen en droit
allemand (par ex. directives européennes sur les déchets, l?économie circulaire, les emballages,
etc.). Le principal texte est le Circular Economy Act (KrWG)78, qui fixe les principes de gestion, la
prévention, le recyclage, et les obligations générales des producteurs et des collectivités. Il établit
également les normes générales de protection de l?environnement liées aux déchets (prix planchers,
interdictions de mise en décharge, principe de responsabilité du producteur, etc.) et définit les
responsabilités des producteurs dans la filière des déchets. Les autorités fédérales (ministère de
l?environnement et agences spécialisées comme l?Umweltbundesamt) participent à la planification
stratégique, à la recherche et aux évaluations environnementales.
Les Länders mettent en oeuvre la législation fédérale et peuvent la compléter par des
réglementations régionales (lois régionales) selon leur contexte territorial. Ils sont notamment en
charge de l?élaboration de plans régionaux de gestion des déchets (planification des infrastructures,
des installations de traitement, et des objectifs locaux). Ils assurent la supervision administrative :
surveillance de l?application des lois, délivrance des autorisations, contrôle des installations de
traitement et élimination.
Enfin, les autorités locales (communes, districts) sont en charge de la planification et de la gestion
opérationnelle : collecte, transport, tri et traitement des déchets ménagers et assimilés, constitution
de structures intercommunales volontaires (par exemple des associations de communes) pour
77 Rapport 2024 « Etude de la présence de PFAS dans l?environnement » de l?Agence allemande de l?environnement 78https://www.bundesumweltministerium.de/en/law/circular-economy-and-safeguard-the-environmentally-compatible-
management-of-waste
mutualiser la gestion des déchets dans certains territoires.
? Eléments déclencheurs de la réglementation PFAS dans les boues
Des épisodes de contamination dès 2000. Des épisodes de contamination des sols agricoles par
des PFAS ont été documentés en Allemagne dans les années 2000, notamment autour de sites où
des boues ou des composts contenant des tensioactifs fluorés avaient été utilisés comme fertilisant :
ces incidents ont montré la capacité de PFOS et PFOA à persister et à se diffuser dans
l?environnement à partir des boues appliquées sur le sol.
L?introduction d?une réglementation en 2012. Ces constats ont incité les autorités allemandes à
intégrer, dès 2012, une valeur limite dans la DüMV (Ordonnance sur la fertilisation, voir plus loin)
pour réduire l?entrée de ces substances dans les sols agricoles via les boues. La limite de 100 µg/kg
(soit 100 ng/g) pour la somme de PFOS et PFOA s?inscrit dans cet objectif de prévention des risques
environnementaux liés à leur usage comme fertilisant.
L?Agence fédérale de l?environnement (Umwelt Bundesamt) au début des années 2020 a initié
un projet de recherche « Étude de la présence de PFAS dans les flux de déchets », sur la base de
l'annexe A de la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants (POP), qui inclut
des représentants du groupe des PFAS. Le rapport correspondant « Enquête sur la présence de
PFAS dans les flux de déchets »79 a été publié en 2024.
Le projet visait l'identification, la quantification et l'évaluation initiales de la présence de PFAS dans
certains flux de déchets (textiles, boues d?épuration municipales, boues de papèteries, sols,
peintures?). Les mesures de teneurs en PFAS s?appuyaient sur des méthodes globales (paramètre
EOF sur le fluor organique total) et non pas spécifiques (pas de mesure de PFAS individualisés).
? Mesures de teneurs en PFAS des boues réalisées dans le cadre du projet. Dans le cadre
de ce projet, des boues d'épuration ont été analysées. Au total, 17 échantillons de boues
d'épuration ont été étudiés (neuf de stations d'épuration industrielles associées à des produits
contenant des PFAS ; huit de stations d'épuration municipales ayant déjà présenté des niveaux
élevés de PFAS par le passé). Les échantillons de boues ont tous été prélevés par les exploitants
des stations d'épuration respectives et lyophilisés sur place. Les teneurs maximales en EOF
étaient respectivement de 5 000 ?g/kg pour les stations industrielles, et de 750 ?g/kg pour les
stations municipales (rapport p.97). La teneur en PFAS moyenne des boues des stations
municipales était de 338 µg/kg.
? Compilation de mesures antérieures de teneurs en PFAS des boues (revue
bibliographique). Par ailleurs, une compilation de six publications, portant sur les teneurs en
PFAS de 71 échantillons boues de stations d?épuration municipales allemandes, donne la valeur
moyenne de 67 µg/kg MS (rapport AFE 2024).
Les teneurs mesurées dans le projet (EOF) sont supérieures à celles des analyses ciblées
classiques de PFAS (PFAS individuels), trouvées dans la revue bibliographique. Les mesures
ciblées ne quantifient qu?une partie des PFAS et la mesure EOF, qui quantifie le fluor total, mesure
au-delà des PFAS.
Une étude (Stahl et al 2018) indique que 86 % des PFAS présents dans les boues sont des PFAS
à chaine longue. Elle indique également un apport de fluor organique dans les stations d'épuration,
79 https://www.umweltbundesamt.de/publikationen/untersuchung-des-vorkommens-von-pfas-per (Untersuchung des Vorkommens von
ainsi qu'une accumulation dans les boues d'épuration, véritables puits de pollution.
2. Encadrement réglementaire et seuils fixés pour les PFAS dans les MFSC
L'ordonnance "fertilisation" (Düngemittelverordnung ? DüMV) encadre la qualité des produits
fertilisants. Elle a progressivement intégré des seuils sur les PFAS.
Jusque 2012, cette réglementation ne comportait pas de campagne d?analyse concernant les PFAS.
La révision de 2012 a introduit des restrictions concernant certains PFAS dans les matières
premières destinées à la production de fertilisants et pour les fertilisants eux-mêmes :
? un seuil limite pour la somme PFOS+PFOA < 100 µg/kg MS a été fixé, ces deux PFAS étant
considérés comme les plus dangereux. Cette limite s?applique particulièrement aux boues de
stations d?épuration destinées à des usages agricoles ou paysagers. Si cette limite est dépassée,
les boues ne peuvent pas être directement appliquées au sol et doivent être incinérées ou
traitées autrement ;
? une exigence d?étiquetage a été introduite lorsque la concentration PFOS + PFOA dépasse 50
µg/kg MS.
Cette réglementation se concentre sur deux PFAS et un seuil simple. Elle ne couvre pas un spectre
plus large de PFAS, ni une somme totale de PFAS.
La révision de 2019 n?a introduit ni abaissement du seuil réglementaire, ni augmentation du nombre
de PFAS pris en compte. Depuis, on ne relève pas de modification sur la DüMV.
L?ordonnance allemande sur les boues de stations d?épuration (AbfKlärV)80 est une
réglementation fédérale qui encadre la valorisation et la gestion des boues issues des stations
d?épuration (Klärschlamm). Elle fait partie du droit allemand des déchets et de la protection de
l?environnement, et complète d?autres règlements comme la Düngemittelverordnung (fertilisants)
lorsque les boues sont destinées à des usages agronomiques.
Elle s?applique à la valorisation de boues de stations d?épuration, y compris les mélanges de boues
et les composts à base de boues, quel que soit le mode d?utilisation (épandage agricole, paysager
ou autres). Ses objectifs-clef sont (i) de limiter les apports de contaminants dans les sols (polluants
inorganiques et organiques, composés organiques persistants, métaux lourds?) par l?utilisation de
boues issues de stations d?épuration ; (ii) de fixer des conditions d?autorisation de l?épandage sans
impact environnemental significatif.
Ainsi, la AbfKlärV fixe :
? des critères de qualité et de volume pour l?épandage sur sols agricoles et paysagers ;
? des valeurs limites pour certains contaminants dans les boues et dans les sols traités, au-delà
desquelles l?utilisation sur sol n?est pas autorisée ;
? des obligations d?analyse et de surveillance des boues avant épandage ;
? des conditions de fréquence et de procédure pour l?application des boues dans un cadre
conforme à la protection de l?environnement.
Plus généralement, l?ordonnance prévoit une limitation progressive de l?utilisation des boues sur les
80 Abfall-Klärschlamm-Verordnung ou AbfKlärV ou Klärschlammverordnung
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 94/161
sols agricoles, compte tenu des risques liés aux contaminants présents dans les boues :
? jusqu?à 2029, seules les boues de stations < 100 000 EH pourront être utilisées sur sol dans
des conditions définies ;
? à partir de 2032, cette possibilité sera limitée aux boues de stations < 50 000 EH.
L?AbfKlärV interdit explicitement d?appliquer sur des sols agricoles ou horticoles des boues issues
de stations d?épuration autres que celles traitant principalement des eaux usées domestiques,
urbaines ou ayant une charge polluante similaire. Autrement dit, des boues provenant de stations
industrielles spécialisées (traitement d?eaux industrielles non domestiques) ne peuvent pas être
épandues sur des terres agricoles.
L?encadrement réglementaire PFAS des boues de stations d?épuration urbaines est donc limité à
deux PFAS (PFOA et PFOS) et un seuil appliqué à la somme de la concentration de ces deux
composés.
Des analyses scientifiques et des recommandations récentes (par ex. BAM et d?autres institutions)
soulignent que de nombreux autres PFAS peuvent être présents dans les boues, et que l?actuelle
limite sur PFOS + PFOA peut être « insuffisante » pour assurer une protection environnementale
complète.
A l?heure actuelle, il n?existe pas de contraintes applicables au suivi ni de contraintes fixant des
apports maximaux d?épandage par hectare sur une période donnée.
3. Méthode de détermination de ces seuils
À l?époque de l?introduction de limites réglementaires, à la fin des années 2000 suite aux épisodes
de contamination des sols agricoles par des PFAS, la réglementation allemande a ciblé le PFOS et
le PFOA qui étaient les PFAS les mieux étudiés, historiquement les plus utilisés et souvent présents
à des niveaux mesurables dans les boues et sols. Il n?existait pas encore de données sur l?ensemble
des milliers de PFAS possibles, ni de méthodes normalisées pour les mesurer. Cette simplification
visait à créer un indicateur réglementaire pragmatique pour encadrer l?usage agricole des boues
sans nécessiter une analyse complexe de plusieurs dizaines de substances, ce qui peut aujourd?hui
être jugé insuffisant.
Contrairement à certaines normes (par exemple pour l?eau potable où des agences d?évaluation du
risque fixent des critères basés sur une Valeur Toxicologique de Référence (VTR)), la valeur de 100
µg/kg dans la DüMV ne repose pas sur un calcul de risque sanitaire direct issu d?études
toxicologiques (comme un niveau sans effet observable ou un apport quotidien tolérable). Elle visait
à introduire une limite réglementaire pratique pour réduire l?accumulation des PFOS/PFOA dans les
sols et restreindre l?usage agricole de boues fortement contaminées (au-delà de ce seuil, les boues
doivent être incinérées ou valorisées autrement).
4. Evaluation des impacts sur les filières, et mesures d?accompagnement
? Taux de non-conformité des boues à la réglementation PFAS (DüMV)
La très grande majorité des boues de stations d?épuration destinées à la valorisation agricole sont
conformes à la réglementation PFAS de DüMV.
Le rapport de 2024 de l?Umweltbundesamt (Agence fédérale allemande de l?environnement) cité
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 95/161
plus haut, a rassemblé et analysé les données de 1362 échantillons de boues de stations d?épuration
destinées à être utilisées comme fertilisant (teneur combinée en PFOS + PFOA). Il indique que 26
échantillons (~1,9%) dépassaient le seuil de 50 µg/kg MS (seuil d?étiquetage obligatoire) et seuls
deux échantillons (~0,15 %) dépassaient la limite réglementaire de 100 µg/kg MS.
Ainsi, 99,9% des boues analysées respectent la limite de 100 µg/kg pour PFOS + PFOA, et sont
conformes à la réglementation allemande (Düngemittelverordnung / DüMV) pour l?usage agricole.
Les 0,15% qui excèdent le seuil de 100 µg/kg doivent être traités autrement (par exemple par
incinération), ce qui ne constitue pas un problème majeur dans le contexte allemand où 77% des
boues sont envoyées à l?incinération.
Ces chiffres ne présument pas des teneurs en PFAS des 77% de boues de stations d?épuration qui
partent par défaut vers l?incinération.
? Evaluation prévisionnelle des impacts économiques
A ce stade, il semble qu?aucun impact économique significatif n?ait résulté de l?introduction du seuil
réglementaire PFOS+PFOA < 100 µg.kg MS.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 96/161
6.3. BELGIQUE (régions de la Flandre et de la Wallonie)
1. Eléments de contexte et pratiques concernant la valorisation des MFSC
? Répartition des compétences fédérales et régionales
Les trois régions belges que sont la Flandre, la Wallonie et la région de Bruxelles-Capitale sont
responsables de la réglementation, du contrôle et de la gestion des sols sur leur territoire,
notamment en ce qui concerne la qualité des sols, la contamination (y compris par des substances
comme les PFAS) et les mesures de remédiation.
Au niveau fédéral, il existe une supervision indicative et une coordination par le service public fédéral
santé et environnement et via des comités de coordination comme le CCPIE (comité de coordination
pour la politique internationale de l'environnement). Ceux-ci assurent la cohérence avec les
obligations européennes et internationales, et soutiennent la coopération entre régions pour certains
aspects transversaux, comme la surveillance environnementale et la gestion des risques.
Au regard de cette répartition des compétences, la mission a rencontré le niveau fédéral belge ainsi
que des interlocuteurs des régions wallonne et flamande, très concernées par la problématique des
PFAS et ayant fixé des seuils et mesures de gestion pour le moment différents.
? Des pratiques de valorisation des MFSC très hétérogènes en Belgique
Ces différences d?approches entre les deux territoires de Flandre et Wallonie s?expliquent au moins
partiellement par l?hétérogénéité des pratiques agricoles et économiques et par les choix politiques,
conduisant à l?incinération systématique des boues de station d?épuration en Flandre, et à une
valorisation d?une partie importante des boues par épandage sur des sols agricoles en Wallonie.
La Flandre présente une forte densité d?élevages, conduisant à une production importante d?azote
et de phosphore facilement valorisable par épandage agricole. Du fait de ce gisement de fertilisants,
la valorisation agronomique des boues de station d?épuration apparaît moins attractive.
A l?opposé en Wallonie, avant la forte médiatisation de la problématique PFAS en Belgique, 70%
des boues produites (environ 50 000 tonnes MS/an81) étaient épandues sur les sols agricoles, à
hauteur de 5% de la surface agricole utile (SAU) wallonne.
Les boues sont déshydratées et chaulées de façon systématique avant épandage sur les sols
agricoles en Wallonie.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 97/161
Figure n°3 : Gestion des boues de stations d'épuration collectives en Wallonie82
La valorisation agricole des boues est privilégiée en région wallonne, car elle s?inscrit dans le respect
de la politique wallonne en matière de hiérarchisation de la gestion des déchets. Cette
hiérarchisation donne la priorité à la valorisation « matière » par rapport à la valorisation
« énergétique », tout en assurant un maximum de sécurité sanitaire et environnementale83. Cette
valorisation agricole s?effectue conformément aux dispositions de l?arrêté royal modifié du 28 janvier
2013 relatif à la mise sur le marché et l?utilisation des engrais et amendements de sols et de l?Arrêté
du Gouvernement Wallon (AGW) du 12 janvier 1995 relatif à l?utilisation des boues sur ou dans les
sols. Tous deux imposent le respect de critères de qualité et la traçabilité des boues épandues sur
les sols agricoles.
La valorisation des boues de stations d?épuration est soumise à une certification d?usage, qui exige
d?identifier l?origine des boues et les processus ayant conduit à leur production et d?analyser des
paramètres physico-chimiques et biologiques. Cela permet de déterminer la qualité agronomique
des boues ainsi que leur teneur pour certains métaux lourds et oligo-éléments essentiels.
? Eléments déclencheurs de la réglementation PFAS dans les boues de stations d?épuration
o Flandre
Au printemps 2021, ce qui sera plus tard appelé la « crise des PFAS » éclate en Flandre à la suite
de révélations concernant l'entreprise 3M à Zwijndrecht, dans la banlieue d'Anvers. De très fortes
concentrations en PFAS sont retrouvées dans le sol, l?eau et le biote à proximité. Cet épisode est
qualifié de « plus grand scandale environnemental de Belgique ». La Flandre met alors en place une
série de mesures pour le suivi des PFAS dans les différents compartiments (eau distribuée, eaux
de surface, eaux souterraines, sols).
o Wallonie
Dans le même pas de temps en 2021, l'administration wallonne est avertie de la présence de PFAS
dans l'eau distribuée au sein de la base militaire américaine de Chièvres, à des niveaux dépassant
les normes en vigueur aux États-Unis (70 ng/ L) mais pas européennes (100 ng/L). Malgré la mise
en place d?un plan d?action par l?administration wallonne, ces évènements sont à l?origine d?une crise
82 https://etat.environnement.wallonie.be/contents/indicatorsheets/DECHETS%208.html# 83 Site du ministère wallon de l?environnement : https://environnement.wallonie.be/home/milieux/sol/matieres-fertilisantes-
et-sediments/boues-d-epuration.html
politico-médiatique qui a nécessité la création d'une structure de pilotage interdisciplinaire réactive.
Parmi les différentes mesures engagées figure une campagne d?analyse de la qualité de l?eau à
grande échelle, qui débute en septembre 2023, l?ensemble des résultats étant disponibles en
décembre 2023. Elle résulte de la volonté forte du Gouvernement wallon d?obtenir une vue
d'ensemble complète de la situation en matière de qualité de l'eau potable dans les 641 zones du
réseau de distribution wallon, dans un délai très court. Quatre zones seulement sur les 641 se sont
avérées non conformes à la future norme européenne de 100 ng/L.
2. Encadrement des PFAS dans les MFSC
? Flandre
Depuis le 1er juin 2012, le VLAREMA (règlement flamand pour la gestion durable des cycles de
matériaux et des déchets), définit des critères pour l?utilisation des déchets comme matières
premières, notamment pour les engrais et amendements du sol.
Les normes prévues par le VLAREMA pour les déchets utilisés comme amendements/engrais
imposent à la fois des seuils maximaux de contaminants et des doses maximales autorisées par
hectare/an. Les seuils fixés tiennent compte de l?objectif de protection des sols et des eaux
souterraines et sont donc articulés avec les dispositions du VLAREBO (règlement flamand sur la
qualité des sols).
La fixation de seuils pour les PFAS repose sur une étude préparatoire réalisée par l?institut flamand
de recherche scientifique et technologique VITO, commandée par l'OVAM84, visant à dériver des
normes au moins pour deux PFAS-clés : PFOS et PFOA.
Sur la base de ces travaux, les autorités flamandes publient en 202285 un cadre de référence
provisoire pour les PFAS dans les déchets destinés à être utilisés en tant qu?amendements ou
fertilisants, et portant à la fois sur des concentrations cibles et sur des apports maximaux.
Valeurs cibles pour les PFAS :
Une valeur de référence de 15 ?g/kg MS est utilisée pour la somme des 20 composés PFAS de
la directive EDCH.
Seuls 17 composés PFAS ont été pris en compte dans l'évaluation, car trois composés PFAS ne
pouvaient pas être quantifiés analytiquement (PFUnDS, PFDoDS, PFTrDS).
Limitation des doses d'épandage :
La charge maximale autorisée apportée par les amendements ou engrais sur le sol est de 30
mg/ha/an pour la somme des 17 composés PFAS mentionnés (annexe 2.3.1.C du VLAREMA).
Cette charge maximale de 30 mg/ha/an correspondrait à deux tonnes MS/ha/an à la concentration
maximum autorisée de 15 µg/kg MS.
Ce cadre de référence n?a pas valeur réglementaire contraignante.
84OVAM : Openbare Vlaamse Afvalstoffenmaatschappij, organisme flamand responsable de la politique des déchets et de
la gestion des sols en Flandre 85Toetsingswaarden voor PFAS in afvalstoffen bestemd voor gebruik in of als bodemverbeteraar of meststof publicatiedatum (OVAM, 2022) : Valeurs de référence pour les PFAS dans les déchets destinés à être utilisés dans ou comme amendements ou engrais https://www.vlaanderen.be/publicaties/toetsingswaarden-voor-pfas-in-afvalstoffen-bestemd-voor-gebruik-in-of-als- bodemverbeteraar-of-meststof
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 99/161
? Wallonie
Le Gouvernement wallon a annoncé, par une circulaire du 10 octobre 2024 reprise dans un
communiqué de presse86, plusieurs mesures temporaires fondées sur le principe de précaution, pour
limiter les risques liés à la valorisation des boues en agriculture. Ces mesures sont entrées en
vigueur le 1er janvier 2025.
Valeurs cibles pour les PFAS dans les boues :
Une valeur cible de 40 µg/kg MS est fixée pour la somme des teneurs en six PFAS prioritaires
(PFOS, PFOA, PFNA, PFHxS, PFDA, PFHxA).
Une valeur cible de 400 µg/kg MS est fixée pour la somme de 22 PFAS, afin de limiter leur
concentration dans les boues destinées à l?épandage.
Si au moins une de ces deux valeurs est dépassée après contre-analyse, les boues concernées ne
peuvent plus être valorisées en agriculture et sont destinées à l?incinération.
Depuis le 1er janvier 2025, la valorisation agricole des boues d?une station d?épuration pour laquelle
deux lots de boues consécutifs sont déclassés est interdite jusqu?à ce que six échantillons
consécutifs (sur la base d?une analyse par mois) respectent les valeurs cibles.
Limitation des doses d'épandage :
Le Gouvernement wallon limite les doses d?épandage de boues à six au lieu de 12 tonnes de
MS/ha sur une période de trois ans, tel qu?imposé actuellement dans la règlementation wallonne,
quel que soit le type de culture.
Comme pour la Flandre, il s?agit de « normes de qualité » et non de normes à valeur réglementaire,
mais elles font globalement l?objet d?une adhésion des acteurs des filières concernées. Le
producteur de boues a tout intérêt à garantir le respect de ces normes de qualité suite à la crise de
confiance qu?a traversée la Wallonie.
3. Modalités de détermination de ces seuils
Flandre
La méthodologie utilisée par l?institut de recherche VITO s?inspire d?une méthodologie déjà éprouvée
pour d?autres contaminants, détaillée dans une publication antérieure (OVAM, 201687).
Pour les polluants organiques, le modèle utilisé vise à déterminer la concentration maximale
admissible du polluant dans un amendement/engrais qui entraînera un « enrichissement maximal
admissible » préalablement fixé de l'horizon du sol (30 cm supérieurs) sur une période de 100 ans,
en considérant un apport de deux tonnes de MS/ha/an.
Les processus pertinents d?entrée/sortie considérés de prime abord concernent l?apport anthropique,
le dépôt atmosphérique, l?absorption par les plantes, le lessivage, la dégradation biologique. L?étude
souligne que les processus de lessivage sont considérés comme essentiels pour les polluants
organiques, notamment les polluants organiques les plus toxiques. En revanche, les contaminations
apportées par les dépôts atmosphériques et les « sorties » de PFAS via le transfert sol/plantes ou
86https://coppieters.wallonie.be/home/communiques-de-presse/presses/le-gouvernement-wallon-limite-l'usage-de-boues-
Vlaanderen (OVAM, 2016) : Définition et justification des normes de conception pour l'utilisation de matières premières comme amendement de sols/engrais en Flandre. https://ovam.vlaanderen.be/c/document_library/get_file?uuid=d0677334-d41a-eb05-b3b3- 3896d0b70b36&groupId=177281
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 100/161
par volatilisation n?ont pas été pris en compte par le modèle.
L'enrichissement maximal admissible du sol est défini dans cette étude comme l'enrichissement à
hauteur de 150% de la valeur cible du sol.
Les normes établies pour les amendements et engrais s?appuient donc sur des valeurs cibles ou
valeurs de fond définies pour les sols flamands. L?article 3 du décret du 20 octobre 2006 relatif à
l?assainissement et à la protection du sol indique qu?il s?agit des teneurs qui sont retrouvées « comme
fond normal dans des sols non pollués ayant des caractéristiques similaires ». Elles sont fixées pour
correspondre au percentile 90 des données disponibles (INERIS, 202588).
Deux études publiées en 202189 et 202490 ont été menées dans la région flamande pour déterminer
ces valeurs de fond « cibles » dans les sols, qui ont conduit à retenir les valeurs suivantes pour deux
PFAS uniquement :
? 1,5 ?g/kg MS pour le PFOS ;
? 1 ?g/kg MS pour le PFOA.
Ce sont ces deux valeurs cibles dans les sols qui ont été utilisées dans la modélisation flamande,
pour aboutir à la détermination de la valeur de référence de 15 ?g/kg MS pour les 20 PFAS de la
directive EDCH, dans les amendements et engrais.
L?extension de la valeur fixée aux 20 composés de la directive EDCH est un choix de l?autorité de
gestion afin d?établir une cohérence avec les enjeux majeurs du milieu « eau ».
Wallonie
Résultats de deux « audits » commandités par le Gouvernement wallon à la Société Publique
de Gestion de l?Eau (SPGE91).
*Premier audit : un premier « audit » mené par la SPGE en avril et mai 2024 a permis de faire le
point sur les teneurs en PFAS dans les eaux usées traitées et les boues issues de stations
d?épuration. 27 PFAS ont ainsi été analysés dans 112 échantillons de boues déshydratées issues
de 98 stations. En effet, le comité de suivi, institué en avril 202492 pour suivre de manière proactive
la question des PFAS en assainissement, a décidé d?analyser l?ensemble des PFAS ciblés par la
directive EDCH et par la directive DCE, soit 26 composés, ainsi que le 6 :2 FTS retrouvé dans
certaines mousses anti-incendie93.
Seuls les résultats sur les boues de stations d?épuration sont présentés ici (le détail des résultats
88 Valeurs de fond des PFAS dans les sols européens et cadre de gestion des sols contaminés par les PFAS sur le
territoire flamand (INERIS, 2025). https://www.ineris.fr/fr/valeurs-fond-pfas-sols-europeens-cadre-gestion-sols-contamines-pfas-territoire-flamand 89 Afleiden van streefwaarden voor perfluorverbindingen en enkele andere 'emerging contaminants'. Deel 1. Analyses (OVAM, 2021) : Détermination des valeurs cibles pour les composés perfluorés et certains autres contaminants émergents. Partie 1. Analyses. https://www.vlaanderen.be/publicaties/afleiden-van-streefwaarden-voor-perfluorverbindingen-en-enkele-andere-
emerging-contaminants-deel-1-analyses 90 Bepalen van streefwaarden voor pfas in ground en grondwater (OVAM, 2024) : Détermination des valeurs cibles pour les PFAS dans le sol et les eaux souterraines https://www.vlaanderen.be/publicaties/bepalen-van-streefwaarden-voor-pfas-in-grond-en-grondwater 91En Wallonie, l?assainissement est coordonné depuis 2000 par la SGPE qui, avec les 7 Organismes d?Assainissement
Agréés, assure l?exploitation de 459 stations d?épuration publiques. 92 Il réunit la SPGE, le Service Public de Wallonie ? Agriculture, Ressources Naturelles et Environnement (SPW ? ARNE)
et l?Institut Scientifique de Service Public. 93 En revanche, le 6 :2 FTOH et le 8 :2 FTOH ne pouvaient pas être analysés de façon fiable et ont été exclus de la liste.
https://environnement.wallonie.be/files/Images/Actualit%c3%a9s/2024_PFAS_Stations_Epuration/PFAS%20dans%2 0les%20eaux%20%c3%a9pur%c3%a9es%20et%20les%20boues%20urbaines%20r%c3%a9siduaires%20en%20W allonie%20-%20Etat%20des%20lieux.pdf
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 101/161
sur l?ensemble des échantillons d?eaux usées et de boues est disponible dans le rapport93) :
? Dix PFAS (PFHpS, PFNS, PFDS, PFUnDS, PFDoDS, PFTrDS, HPFO-DA/GenX, DONA, PFODA et C6O4) n?ont jamais été détectés ;
? sept PFAS sont détectés dans plus de la moitié des échantillons de boues, valorisées en agriculture ou non (PFOS, PFDoDA, PFDA, PFUnDA, PFOA, PFTeDA et PFHxA),
o dont quatre ont été détectés dans plus de 90 % des cas (PFOS, PFDA, PFDoDA et PFUnDA) ;
o dont un a été détecté dans tous les échantillons (PFOS), parfois avec de fortes concentrations.
*Deuxième audit : ce deuxième audit a été réalisé entre fin octobre 2024 et début janvier 2025, afin
de disposer d?un nouvel état des lieux, six mois après le premier audit.
La liste des composés recherchés n?est pas tout à fait la même : cette fois, le comité de suivi a fait
analyser 22 composés PFAS figurant dans la circulaire ministérielle d?octobre 2024, dans 106
échantillons de boues déshydratées provenant de 105 sites.
Là encore, seuls les résultats d?analyse sur les boues sont présentés (cf. note 94) :
? neuf PFAS sur les 22 composés recherchés n?ont jamais été quantifiés dans les boues valorisées en agriculture (PFTrDA, PFBS, PFPeS, PFHpS, PFNS, PFDS, PFUnDS, PFDoDS et PFTrDS) ;
? cinq PFAS sont quantifiés dans plus de la moitié des échantillons (PFOA, PFDA, PFUnDA, PFDoDA et PFOS) ;
? les composés PFOS, PFDA et PFDoDA ont été retrouvés dans plus de 90% des échantillons, ce qui est cohérent avec les résultats du 1er audit.
Aucun échantillon n?a dépassé le seuil réglementaire de 400 µg/kg MS pour la somme des 22
PFAS, et la majorité des échantillons (98,5 %) étaient également sous le seuil de 40 ?g/kg MS
pour la somme des six PFAS.
Le TFA a également été recherché dans 105 échantillons de boues. Il a été quantifié dans seulement
deux échantillons à un taux de 69 ?g/kg MS (fréquence de quantification équivalente à 1,9%).
Les conclusions issues de ces deux campagnes d?analyses réalisées en 2024 sur des panels de
respectivement 112 et 106 échantillons de boues déshydratées ont confirmé que, pour la plupart
des boues y compris celles valorisées en agriculture, les concentrations de PFAS étaient
relativement faibles, et que la majorité des échantillons (96%) avaient des concentrations cumulées
pour la somme de 22 PFAS en dessous de 40 µg/kg MS.
L?étude affirme par ailleurs que, au regard des données disponibles, il n?est pas probant d?établir
des corrélations directes entre les teneurs en PFAS mesurées dans les rejets aqueux des stations
d?épuration et dans les boues déshydratées.
La valeur cible de 40 µg/kg MS fixée pour la somme de six PFAS s?appuie en grande partie
sur les résultats des deux campagnes d?analyses précédemment citées.
La distribution statistique des concentrations mesurées a été utilisée comme référence de contexte
pour définir des valeurs cibles qui soient à la fois protectrices et réalistes. Les six substances
retenues sont fréquemment retrouvées dans les boues et bien documentées, elles incluent par
ailleurs les quatre composés PFAS réglementés dans les denrées alimentaires (PFOS, PFOA,
PFNA, PFHxS).
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 102/161
Des débats avec la communauté scientifique ont émergé, portant sur l?intérêt qu?il y aurait à
s?appuyer sur un modèle intégrant des valeurs cibles toxicologiques et des valeurs seuils dans les
sols avec un niveau d?enrichissement maximal autorisé par l?épandage de boues.
Une des difficultés soulignées par la communauté scientifique résidait dans le fait qu?il n?existe pas
de Valeur Toxicologique de Référence (VTR) probante, établie pour la somme des six PFAS retenus
par le Gouvernement.
En l?absence de cadre réglementaire ou normatif européen et dans la mesure où les données
scientifiques restaient partielles, les autorités wallonnes ont confirmé l?opportunité de disposer de
cet indicateur de gestion « somme des six PFAS ». Une évaluation de la pertinence de ces valeurs
cibles est engagée en 2026, pour tenir compte de l?évolution rapide des connaissances scientifiques
et de l?amélioration de la performance analytique.
La valeur cible de 400 µg/kg MS fixée pour la somme de 22 PFAS correspond à la valeur
établie par le Danemark, considérée par la Wallonie comme pertinente et fondée sur une analyse
de risque prenant en compte des valeurs maximales admissibles dans les sols.
Le TFA, très peu retrouvé dans les échantillons de boues analysés et bien davantage présent dans
le milieu aqueux, n?est pas considéré comme un bon indicateur de contamination en PFAS des
boues par les scientifiques wallons, et ne fait donc pas partie des composés retenus.
La division par deux des apports de boue annuels maximaux autorisés à l?hectare résulte de choix
politiques réaffirmant l?importance de préserver la qualité des sols en jouant sur différents leviers
d?action. Elle revient indirectement à limiter le flux de PFAS apportés à la parcelle.
Une campagne d?analyse a en parallèle été menée sur d?autres matières fertilisantes que les boues
(y compris des composts et des digestats). Les résultats ne sont pas encore publiés, les premières
données semblent confirmer que les composts, digestats, et a fortiori les effluents d?élevage sont
moins contaminés par les PFAS que les boues de stations d?épuration.
Enfin, une réflexion est en cours pour intégrer la problématique des PFAS aux dispositions du
« décret sols » du 1er mars 2018 concernant les PNN (polluants non normés).
4. Evaluation des impacts sur les filières, et mesures d?accompagnement
? Flandre
Les valeurs cibles fixées en Flandre pour les PFAS dans les boues et plus généralement les engrais
et amendements sont parmi les plus basses d?Europe. Pour autant, l?impact sur les filières est jugé
minime, dans la mesure où les boues sont quasi systématiquement incinérées.
? Wallonie
Une crise de confiance à l?égard des boues
Comme indiqué précédemment, la Wallonie a dû faire face à une crise de confiance majeure de la
profession agricole et de la population, avec une stigmatisation de l?épandage des boues en
particulier, et des réactions de rejets des agriculteurs même lorsque la conformité des boues aux
valeurs cibles définies était assurée.
Au final, la part des boues épandues sur les sols agricoles a enregistré une diminution depuis 2023
(65% au lieu de 70-72% précédemment), ceci alors même que la très grande majorité des boues
sont conformes aux valeurs cibles actuellement proposées (cf. résultats des audits menés par la
SPGE).
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Des difficultés logistiques liées principalement au stockage des boues
La mission a pris note, lors des entretiens menés, de la problématique que constitue le stockage
des boues dans l?attente des résultats d?analyse : le déplacement de boues chaulées déshydratées
demeure problématique (instabilité et modification de la structure, risque de lixiviation, ?). Les
stations d?épuration ne sont pas non plus dimensionnées pour réaliser un stockage tampon de
longue durée.
Il semble que, en Wallonie, le stockage des boues en bord de champ soit autorisé dans l?attente des
résultats analytiques, mais l?exploitant s?expose à la gestion du devenir de ces boues en cas de non-
respect des valeurs cibles, y compris en terme d?image.
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6.4. SUEDE
1. Eléments de contexte et pratiques concernant la valorisation des MFSC95
? La valorisation des boues de station d?épuration
Les statistiques publiées par l?Agence suédoise de protection de l?environnement96 montrent que la
production nationale de boues de stations d?épuration municipales est stable autour de 200 000
tonnes MS par an (198 000 tonnes en 2022), et que la part valorisée en agriculture est en
augmentation notable (25% en 2010, 50% en 2021-2023, 60% en 2024)97.
Figure n°4 : part des boues de station d?épuration valorisée en agriculture en Suède
? Cadre réglementaire et normatif suédois sur la gestion des déchets
L?épandage des boues d?épuration sur les terres agricoles est réglementé par la directive
européenne relative aux boues d?épuration (86/278/CEE), la norme SNFS 1994:2 et l?article 20 de
la norme SFS 1998:944. La Suède rend compte annuellement à l?UE du respect de cette
réglementation. Les informations communiquées doivent être mises à la disposition du public.
L?Agence suédoise de protection de l?environnement les rend publiques depuis 2023.
Une grande partie des boues d'épuration utilisées sur les terres agricoles provient de stations
d'épuration certifiées SPCR 167.
? Eléments déclencheurs de la réglementation PFAS dans les boues de station d?épuration
Les inquiétudes face à la pollution liée aux PFAS concernent majoritairement l?eau potable,
notamment après l?affaire de Ronneby en 2013 qui a fait l?objet d?une forte attention dans la presse.
La contamination aux PFAS des eaux potables à Ronneby en 2013 : les PFAS contenus dans
des mousses extinctrices utilisées par le ministère de la Défense durant plus de 25 ans, pour une
flottille d?avions F17 proche d?un aéroport, ont pollué les eaux souterraines, source d?eau potable à
Ronneby. L?eau contaminée présentait des teneurs en PFAS supérieures à 10 000 ng/l pendant
95 Cette fiche s?appuie notamment sur les sites de l?Agence suédoise de protection de l?environnement, du Swedish Geotechnical Institute,
du Research Institute of Sweden (RISE), ainsi que sur une note de 2023 de la DG Trésor 96 https://www.ri.se/sv/svenskanaringsplattformen/nyheter/okad-slamanvandning-i-sverige 97 https://www-naturvardsverket-se.translate.goog/data-och-statistik/avlopp/avloppsslam-pa-jordbruksmark-anvandning-
innehall-och-spridningsplatser/?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=wapp
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 105/161
plusieurs années. 160 personnes ont ainsi été contaminées à Ronneby par ingestion d?eau potable
polluée aux PFAS : la concentration dans le sang des victimes dépassait 600 ng/ml, le niveau le
plus élevé mesuré à ce jour.
Selon un rapport "Eau potable contaminée par les PFAS en Suède" publié en 2022 par la Société
suédoise pour la conservation de la nature (Naturskyddsföreningen)98 , plus de 2 millions de suédois
(20 % de la population) consommaient de l?eau dont la teneur en PFAS dépasserait la norme
danoise de 2 ng/l.
Dans ce contexte, la décision prise le 27 avril 2023 par le Gouvernement d?accepter les travaux de
drainage de l?aéroport de Karlsborg au bord du lac Vättern, a été fortement critiquée dans la presse
par les ONG : les eaux souterraines polluées sous l?aéroport devaient être drainées vers le lac
Vättern, réserve d?eau potable de 0,3 million d?habitants, dont la concentration en PFAS-4 dépassait
déjà la norme danoise de 2 ng/L. Des organisations ont fait appel de la décision du Gouvernement
auprès de la cour suprême suédoise.
La Suède fait partie des cinq pays européens (avec le Danemark, l?Allemagne, la Norvège et les
Pays-Bas) qui ont proposé en 2023 à l?Agence européenne des produits chimiques (ECHA) une
interdiction historique de tous les PFAS en Europe (soit plus de 10 000 composés perfluorés)99. La
participation de la Suède à cette initiative a été trans-partite : décidée par un Gouvernement social-
démocrate et vert, elle a été soutenue par l?alliance de droite et d?extrême droite qui a pris le pouvoir
après les élections de septembre 2022.
2. Encadrement et seuils fixés pour les PFAS dans les MFSC
Malgré une valorisation agricole significative des boues de stations d?épuration (60 %), il n?existe
pas actuellement d?encadrement réglementaire de leur contamination aux PFAS.
Dans le domaine de l?eau potable, la Suède s?est montrée pionnière dans la lutte contre les PFAS.
Elle a introduit des normes nationales plus strictes que celles imposées par l?UE. Ainsi, depuis le
1er janvier 2023, les normes suédoises pour l?eau potable limitent la présence de quatre composés
PFAS (PFOA, PFNA, PFOS et PFHxS) à 4 ng/l (contre 2 ng/l au Danemark), et celle de 21 composés
PFAS100 à 100 ng/l. En introduisant un 21ème PFAS et en fixant un seuil supplémentaire sur la somme
de quatre PFAS, les normes suédoises sont plus strictes que la norme européenne (qui fixe
uniquement un seuil pour la somme des teneurs en 20 PFAS à 100 ng/l). Les opérateurs d?eau
potable disposaient d?une période transitoire de trois ans pour prendre des mesures permettant
d?atteindre ces normes, avant qu?elles ne deviennent obligatoires au 1er janvier 2026.
Hormis l?eau potable, la Suède n?impose pas de restrictions sur les PFAS qui soient plus strictes que
le cadre européen, en particulier sur les concentrations dans les denrées alimentaires. Le
Gouvernement ne souhaite pas introduire de nouvelles normes qui seraient plus ambitieuses que
celles en discussion au niveau européen, afin de ne pas réduire la compétitivité des entreprises
suédoises.
Les valeurs guides dans les sols et les eaux souterraines : toutefois, afin de disposer de lignes
directrices permettant d'évaluer les risques que représente une zone contaminée par des composés
PFAS pour la santé humaine et l'environnement (valeurs guides générales du ministère de
98 https://cdn.naturskyddsforeningen.se/uploads/2022/04/29085341/31562_5f4cf4187858cb3.pdf 99 Leur proposition a été remise à l?ECHA, le 13 janvier 2023. Sur cette base, l?ECHA a ensuite publié la proposition
d?interdiction le 7 février 2023. La période de consultation sur cette proposition s?est ouverte le 22 mars 2023 pour une durée de 6 mois.
100 Ces 21 PFAS couvrent les 20 substances PFAS spécifiées dans la directive (UE) 2020/2184 du Parlement européen et du Conseil ainsi que le 6 :2 FTS.
l'environnement et de l'énergie, décret n° S 2014/8774/SAM), le Gouvernement a mandaté le
Swedish Geotechnical Institute (SGI) pour élaborer des « valeurs-guides préliminaires » pour les
PFAS dans les sols et les eaux souterraines. Elles ne constituent pas à proprement parler des seuils
réglementaires, mais des seuils d'évaluation des risques pour la santé humaine et l'environnement.
Elles peuvent donc orienter la gestion des apports de MFSC, et particulièrement de boues de STEU.
Ces valeurs-guides préliminaires sur la teneur en PFAS des sols et des eaux souterraines,
présentées ci-dessous, ont été publiées dans un rapport du SGI de 2015101 :
? PFOS : les valeurs-guides préliminaires pour les sols ont été fixées à 20 µg/kg MS pour les sols
moins sensibles (visant à protéger les eaux souterraines en tant que ressource naturelle) et à 3
µg/kg MS pour les sols à usage sensible (visant, en plus de la protection des eaux souterraines,
à protéger l?environnement du sol ? exemple : zones résidentielles -). La valeur guide pour les
eaux souterraines est de 0,045 ?g PFOS/L et est régie par la protection des eaux souterraines.
? Autres PFAS : le rapport de 2015 n?introduit pas de valeurs-guides, faute d?éléments de
connaissance suffisants.
La certification volontaire applicable aux boues : en Suède, certaines directives volontaires ont
été mises en place soit pour pallier l?absence de limites légales nationales spécifiques (ex. pour les
PFAS), soit pour aller au-delà des réglementations nationales et européennes. C?est le cas de la
certification REVAQ102 (système de certification pour les boues d?épuration).
La certification REVAQ SPCR 167 repose sur :
? la surveillance analytique des PFAS dans les boues, incluant des seuils internes pour quatre
PFAS et 22 PFAS ;
? un travail systématique en amont pour réduire leur entrée dans les stations ;
? une approche de qualité globale supérieure aux seules obligations légales, visant à garantir que
les boues réutilisées en agriculture ne présentent pas de risque excessif lié à ces substances
persistantes.
La certification inclut des « action limits » pour des groupes de PFAS spécifiques : par exemple, des
limites indicatives de ~7,5 µg/kg MS pour quatre PFAS (PFAS4) et ~25 µg/kg MS pour un ensemble
de 22 PFAS (PFAS22). Ces valeurs ne sont pas des normes réglementaires ou juridiques, mais sont
contraignantes pour la certification. Elles servent à guider la gestion de la qualité des boues dans
des démarches volontaires. On estime aujourd?hui que la moitié des boues issues des stations
d?épuration suédoises sont certifiées selon le système REVAQ.
3. Méthode de détermination de ces seuils
? Sélection des composés PFAS et évaluation des impacts :
Les travaux de SGI ont porté sur une liste de 19 composés PFAS, établie après consultation des
différentes autorités concernées103 :
? PFBA, PFPeA, PFHxA, PFHpA, PFOA, PFNA, PFDA, PFUnDA, PFDoDA ;
101 « Valeurs guides préliminaires pour les substances PFAS dans les sols et les eaux souterraines » (SGI Statens
geoteknika institut 2015) https://sgi.diva-portal.org/smash/record.jsf?pid=diva2%3A1300083&dswid=-3323 102 https://www.ri.se/en/infrastructure/water/story/the-revaq-certified-sjostadsverket-is-responsible-for-the-sludge 103 Autorité suédoise de la mer et de l?eau (HaV), l?Agence suédoise des produits chimiques (KemI), l?Agence nationale
suédoise de l?alimentation (SLV), l?Agence suédoise de la protection civile (MSB), l?Agence suédoise de protection de l?environnement (NV) et le Service géologique de Suède (SGU), Université suédoise des sciences agricoles (SLU), trois laboratoires commerciaux d?analyse (ALcontrol Laboratories, ALS Scandinavia et Eurofins Environment)
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 107/161
? 6 :2 FTS, PFOSA ;
? Méthodes de détermination des valeurs des seuils :
Valeurs guides dans les sols et les eaux souterraines : considérant que les données nécessaires
à l'élaboration de valeurs-guides étaient insuffisantes pour la plupart des composés PFAS et que
seul le PFOS disposait de données scientifiques suffisamment complètes, le SGI a choisi de se
concentrer en priorité sur l'établissement de valeurs-guides pour le PFOS, puis de les compléter
pour les autres composés PFAS (en commençant par le PFOA) lorsque les données nécessaires
seront disponibles.
Les valeurs-guides pour le PFOS dans les sols ont été calculées selon la méthodologie
précédemment élaborée par l'Agence suédoise de protection de l'environnement pour le calcul des
valeurs-guides relatives à d?autres contaminants des sols. Cette méthodologie repose sur le principe
que les valeurs-guides établies tiennent compte des risques qu'une zone contaminée représente
pour les populations riveraines et pour l'environnement, tant en amont qu'en aval.
Elle couvre deux types d'utilisation des sols : les sols sensibles où l?objectif est de protéger les eaux
souterraines et l?environnement du sol (par exemple, les zones résidentielles), et les sols moins
sensibles où l?objectif est de protéger les eaux souterraines (par exemple, les zones industrielles).
Seuils de certification PFAS REVAQ dans les boues :
Les valeurs seuils PFAS dans REVAQ (SPCR 167) sont des valeurs opérationnelles internes,
construites par les gestionnaires du système REVAQ (les compagnies d?eau suédoises regroupées
dans Svenskt Vatten).
Elles résultent d?un processus fondé sur des données de terrain, des évaluations toxicologiques et
des objectifs de réduction continue. Entre 2010 et 2020, les stations d?épuration suédoises ont mené
des campagnes d?analyse sur des PFAS individuels (ex. PFOS, PFOA), un groupe ?noyau? de quatre
PFAS utilisé comme indicateur, un groupe élargi de 22 PFAS. Sur cette base, les valeurs-seuils ont
été fixées comme limites compatibles avec le niveau de contamination réellement mesuré, afin d?être
atteignables pour les stations certifiées, mais suffisamment exigeantes pour stimuler la réduction
amont.
4. Evaluation des impacts sur les filières, et mesures d?accompagnement
Les principales destinations des boues non certifiées REVAQ sont :
? l?incinération avec valorisation énergétique qui est une option très courante (50 à 60 %) ;
? l?usage en travaux publics pour des remblais et couverture de décharges (20 à 30 %) ;
? l?épandage agricole qui est autorisé mais moins accepté par les utilisateurs aval (10 à 20 %) ;
? la mise en décharge qui reste marginale (moins de 5 %) ;
? la récupération de phosphore qui est en développement (moins de 5 %).
La mission n?a pas pu collecter d?informations détaillées sur les impacts éventuels liés à l?introduction
des valeurs-guides dans les sols et les eaux souterraines, et d?une démarche de certification dans
les boues. Elle suppose toutefois que ces impacts restent modestes, considérant l?absence de
mesure contraignante associée.
6.5. DANEMARK
1. Eléments de contexte et pratiques concernant la valorisation des MFSC
? La valorisation des boues de stations d?épuration
Le Danemark compte plus de 1000 STEU, généralement gérées par des municipalités. La
production annuelle de boues de STEU est estimée en 2025 à 160 000 tonnes MS/an104 (1,2 millions
de tonnes de boues en poids humide). Cette production est stable. Un article de 2005105 signalait
une baisse progressive de la production (de 170 000 tonnes MS en 1994 à 140 000 tonnes MS en
2002), mais le volume semble être remonté depuis.
Le traitement et la valorisation des boues se font selon plusieurs filières :
? ~25 % des boues sont incinérées (en mono-combustion ou co-incinération), souvent dans des
installations spécialisées, avec récupération d?énergie possible. ;
? ~75 % des boues sont traitées puis valorisées :
? ~45 % des boues sont d?abord digérées anaérobiquement pour produire du biogaz, puis le
digestat est utilisé comme fertilisant agricole ou matière organique utile ;
? ~25 % des boues sont simplement déshydratées et traitées (additifs), destinées à une
valorisation ultérieure (souvent agricole) ;
? ~5 % des boues sont compostées ou minéralisées, ce qui en fait une matière organique plus
stable et adaptée à certaines applications agricoles ou industrielles ;
? < 1 % est transformé en biochar via pyrolyse, une forme de carbone stable utilisée dans
certains sols ou applications industrielles.
Figure n°5 : modalités de traitement des boues de STEU au Danemark
Après traitement et stabilisation, environ 93% des boues traitées finissent en épandage agricole ou
dans des usages associés (comme fertilisant ou amendement organique) et 7% aboutissent en mise
en décharge, généralement à la suite d?une incinération externe ou si elles ne peuvent être utilisées
104https://www.phosphorusplatform.eu/images/download/Report%20PhosphorusProject%20Denmark%20for%20ESPP.p
Incinération : environ 25%
Déshydratation et valorisation :
autrement.
L?ordonnance ministérielle n° 49 du 20 janvier 2000 (« Statutory Order on Sludge ») est la principale
base juridique pour l?utilisation de boues en agriculture au Danemark. Elle introduit notamment des
critères de qualité des boues et de qualité des sols :
? seules les boues qui respectent des limites strictes pour certains métaux lourds et de certains polluants organiques autorisés peuvent être utilisées ;
? le sol doit satisfaire à des critères spécifiques de qualité pour que l?application de boues soit autorisée.
Les boues doivent obligatoirement subir un traitement (stabilisation, compostage ou hygiénisation
contrôlée) avant épandage sur les terres agricoles. Les boues hygiénisées (par exemple par
pasteurisation) et répondant à des critères microbiologiques (absence de Salmonella, faible nombre
de streptocoques fécaux) ne sont soumises à aucune restriction spécifique d?utilisation ; les boues
seulement stabilisées ou compostées sont soumises à des restrictions d?usage (épandage sur des
sols accueillant des produits non destinés à une consommation immédiate, obligation de labourer
rapidement après épandage, etc.).
L?épandage agricole des boues est autorisé à hauteur de sept tonnes/ha/an. La qualité des boues
doit être contrôlée une fois par an pour les polluants organiques réglementés (une fois tous les trois
mois pour les métaux lourds). La qualité des sols doit être contrôlée avant le premier épandage de
boues.
Rôle de l?État (niveau national)
Législation et normes environnementales : le ministère chargé de l?environnement (et son agence,
la Danish Environmental Protection Agency) élabore, administre et supervise les règles relatives à
la gestion des eaux usées et des boues issues des stations d?épuration. Cela inclut les normes
nationales de qualité, les obligations découlant de la directive européenne sur les eaux résiduaires
urbaines (qui couvre indirectement aussi la gestion des boues), ainsi que les critères
environnementaux sur l?utilisation ou l?élimination des boues. Ainsi, les normes de traitement des
boues, de protection des milieux et les grandes orientations (taxes environnementales sur les rejets,
cadre réglementaire européen, etc.) sont définies au niveau central, l?État fixant les axes et les
objectifs.
Surveillance et orientation stratégique : l?agence est l?autorité de contrôle pour les permis de rejets
et pour le respect des objectifs environnementaux. Elle assure une supervision administrative et
technique, notamment pour les installations ayant un impact significatif sur l?environnement. Elle
fournit des lignes directrices, appuie la recherche et coordonne au plan national les politiques liées
aux ressources (azote, phosphore) issues de la gestion des boues.
Rôle des municipalités
De leur côté, les municipalités sont en charge (i) de l?exploitation et de la maintenance des stations
et réseaux, (ii) de la planification locale des services d?assainissement, (iii) de la gestion
opérationnelle des boues (traitement, valorisation, élimination) et (iv) de la délivrance des
autorisations d?exploitation et surveillance locale.
? Eléments déclencheurs de la réglementation PFAS et biosolides
Un incident local a été particulièrement déterminant dans la sensibilité à la contamination par les
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 110/161
PFAS.
Pollution accidentelle lors d?exercices de lutte contre l?incendie : en 2020, des PFAS ont été
détectés à des niveaux élevés dans les eaux usées municipales autour de Korsør. Début 2021, les
autorités locales en ont identifié la source (utilisation historique de mousses anti-incendie contenant
notamment du PFOS et du PFHxS, lors d?exercices de formation à la lutte contre l?incendie menés
à Korsør entre 1969 et 2001). La même année, des analyses ont montré des concentrations
préoccupantes de PFAS dans l?environnement et dans la viande de bovins ayant pâturé à proximité.
Les impacts ont été multiples :
? sols : les concentrations totales de PFAS analysés dans les sols pouvaient atteindre autour de
1 450 µg/kg MS dans les zones les plus touchées ;
? eaux souterraines : des PFAS ont été détectés dans tous les puits de surveillance, avec des
teneurs allant de 90 à plus de 123 000 ng/l selon les composés et l?emplacement ;
? eaux de surface : dans la baie voisine (Korsør Cove), on a mesuré jusqu?à 77 ng/l de PFOS dans
l?eau, et jusqu?à 34 000 ng/l dans un ruisseau d?écoulement lié au site ;
? biote et contamination alimentaire : des analyses sanguines réalisées auprès des membres
d?une association locale d?éleveurs ont révélé des niveaux de PFOS et PFHxS bien supérieurs
aux références danoises normales, suggérant une exposition humaine via la chaîne alimentaire.
Ceci a suscité une forte préoccupation environnementale et sanitaire. Ce type d?événement a mis
clairement en évidence le caractère persistant et accumulatif des PFAS dans l?environnement et la
chaîne alimentaire. Depuis 2021, des mesures de traitement (zones de drainage captées et usines
de traitement sur site) ont été mises en place pour limiter la diffusion vers les nappes et cours d?eau.
Bien que le Danemark ne manufacture pas lui-même beaucoup de PFAS, des concentrations
élevées ont été ensuite retrouvées dans des sites d?essais et d?entraînement, notamment des
stations d?essais de mousses anti-incendie, des zones d?essais militaires, ou encore des décharges.
Les régions estiment que jusqu'à 15 000 sites pourraient présenter des sols contaminés par les
PFAS en raison d'activités potentiellement polluantes.
En 2023, le Danemark et d?autres pays ont soumis une proposition à l?Agence européenne des
produits chimiques (ECHA) pour restreindre l?usage des PFAS à l?échelle de l?UE. Cette
collaboration a renforcé la position réglementaire nationale du Danemark en matière de restrictions
et d?interdictions ciblées.
En 2024, le Gouvernement et les différents partis politiques106 ont conclu un accord sur un plan
national d?action PFAS107. Il a été doté d?un budget de 404 millions DKK pour sa première phase
2024-2027. Ce plan fixe un cadre d?action structuré et vise à « protéger les citoyens contre leur
exposition aux PFAS dans leur vie quotidienne et dans l'environnement. Les efforts déployés auront
un impact considérable, notamment en privilégiant l'élimination des PFAS de l'eau potable et la
dépollution des sols, l'interdiction et l'élimination progressive des PFAS dans les produits et
l'industrie, la collaboration avec le secteur privé et la diffusion d'informations complètes et
actualisées sur les PFAS auprès du public. ».
106 Le gouvernement danois, les Démocrates danois, la Gauche verte, l'Alliance libérale, le Parti populaire conservateur,
l'Alliance rouge verte danoise, le Parti social libéral danois et l'Alternative 107 https://mim.dk/media/hszhzysc/agreement-on-a-national-action-plan-for-pfas.pdf?
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 111/161
Concernant les boues de STEU, le plan national d?actions PFAS prévoit que « Les parties
conviennent de la nécessité de fixer des valeurs limites contraignantes pour les PFAS dans les
boues d'épuration à des fins agricoles de 0,01 mg/kg de matière sèche pour le PFAS4 et de 0,05
mg/kg de matière sèche pour le PFAS22. »
2. Encadrement et seuils fixés pour les PFAS dans les MFSC
Les composés PFAS ciblés par le cadre de référence
Les autorités danoises prévoient une limitation des quantités de 22 PFAS dont 10 acides perfluorés
carboxyliques (PFCA),10 acides perfluorés sulfoniques (PFSA), un précurseur (PFOSA) et un
fluorotélomère (6 :2 FTS) :
? PFCA : PFBA ; PFPeA ; PFHxA ; PFHpA ; PFOA ; PFNA ; PFDA ; PFUnDA ; PFDoDA ; PFTrDA ;
? PFSA : PFBS ; PFPeS ; PFHxS ; PFHpS ; PFOS ; PFNS ; PFDS ; PFUnDS ; PFDoDS ; PFTrDS ;
? autres composés PFAS : PFOSA (un précurseur) et 6 :2 FTS (fluorotélomère).
Les valeurs de référence retenues
Les valeurs de référence existantes ont été établies en deux étapes.
En 2021, l?Agence danoise de protection de l?environnement (Danish Environmental Protection
Agency, Miljøstyrelsen) a publié deux valeurs-seuil indicatives (« cut-off values » / indicative limit
values) pour la teneur en PFAS dans les boues de stations d?épuration destinées à être utilisées en
agriculture :
? somme de quatre PFAS clés (PFOA, PFOS, PFNA, PFHxS) : ? 10 µg/kg MS ;
? somme de 22 PFAS analysés : ? 400 µg/kg MS.
L?approche adoptée était préventive : ces seuils, établis sur la base d'une étude bibliographique
menée par l'Agence, étaient proposés comme indicatifs pour orienter les autorités locales et les
exploitants de stations d?épuration vers des concentrations de PFAS dans les boues considérées
compatibles avec des critères de qualité du sol, de protection des eaux souterraines, eaux de
surface et de la chaîne alimentaire via les cultures.
Pour être utilisées en agriculture, les boues doivent répondre à ces seuils indicatifs, et si cela n?est
pas possible, elles doivent être traitées autrement ou destinées à des filières non agricoles (par
exemple incinération, traitement thermique). Pour autant, ces valeurs ne sont pas juridiquement
contraignantes.
En 2024, le plan national d?action PFAS retient des valeurs seuils encore plus restrictives pour les
boues de STEU valorisées en agriculture, sur la base de travaux scientifiques commandités par
l?Agence (cf. 3. méthode de détermination des seuils) :
? somme de 4 PFAS inférieure à 10 µg/kg de MS ;
? somme de 22 PFAS inférieure à 50 µg/kg de MS.
Les contraintes de suivi
La qualité des boues doit être contrôlée une fois par an pour les polluants organiques (une fois tous
les trois mois pour les métaux lourds). La qualité des sols doit être contrôlée avant le premier
épandage de boues.
Les contraintes d?épandage
L?épandage agricole des boues est autorisé à hauteur de sept tonnes/ha/an.
3. Méthode de détermination de ces seuils
Dans la perspective de la définition de « valeurs-seuil indicatives pour les teneurs en PFAS des
boues de stations d?épuration », l?Agence Danoise de protection de l?environnement avait
commandité une étude scientifique approfondie, coordonnée par l?Université d'Aarhus. Le rapport
« Derivation of cut-off values for PFAS in sewage sludge »108 a été remis en 2023.
Son objectif était de proposer, sur des bases scientifiques robustes, des valeurs-seuils pour la teneur
en PFAS des boues de STEU compatibles avec les enjeux de protection des eaux de surface, des
eaux souterraines, des sols et de la santé humaine.
La démarche repose sur l?exploration de quatre voies de contamination par les PFAS liant
l?épandage des boues à des enjeux de santé humaine (cibles : eau potable, alimentation) ou
environnementale (cibles : sol, eaux de surface) :
? boues ? sol ? biote du sol (micororganismes, invertébrés, espèces végétales) ;
? boues ? sol ? eau interstitielle du sol ? eaux de surface ? organismes aquatiques ;
? boues ? sol ? eau interstitielle du sol ? eaux souterraines ? eau potable ? humains ;
? boues ? sol ? cultures fourragères ? bétail ? aliments (viande, produits laitiers) ? humains.
Pour chacune des cibles de ces voies de contamination, des « teneurs acceptables » ont été
définies.
Ce rapport s?est concentré principalement sur quatre PFAS (PFOS, PFOA, PFNA, PFHxS) entrant
dans la définition des critères de qualité des eaux souterraines. La seule source de PFAS considérée
est l?apport par les boues de stations d?épuration (pas de prise en compte des apports
atmosphériques ou de la diffusion à partir de sources ponctuelles).
Modélisation des processus : la modélisation repose sur des méthodes et équations issues des
documents publiés109 par l?ECHA et par l?Agence Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA).
Les principaux processus restitués par le modèle sont :
Adsorption-désorption : elles couvrent l?adsorption-désorption des PFAS sur ou depuis la phase
minérale ainsi que l?adsorption-désorption sur ou depuis la phase organique. Ces processus
présentent des dynamiques rapides.
L?adsorption-désorption répartit les PFAS, notamment ceux apportés via les boues, entre la phase
solide (matrice du sol) et la phase aqueuse (eau interstitielle). Ces processus dépendent du PFAS,
du sol (minéralogie, matière organique, pH), de la température ?). Le coefficient de distribution (Kd)
est le rapport entre la teneur en PFAS de la phase solide (µg/kg MS) à la concentration de la phase
liquide (eau interstitielle) (µg/l) une fois l'équilibre atteint. Plus Kd est élevé, plus le PFAS est adsorbé
et moins il est mobile. Les valeurs des coefficients de distribution sont issues de la littérature
scientifique : les valeurs ont été compilées et la médiane a été retenue comme valeur de base des
108 « Derivation of cut-off values for PFAS in sewage sludge?, 2023, Environmental project n°2232, Ministry of Environment
of Denmark. https://www2.mst.dk/Udgiv/publications/2023/03/978-87-7038-497-1.pdf 109 ?Guidance on information requirements and chemical safety assessment, Chapter R16 : environmental exposure
assessment? (https://www.rivm.nl/en/guidance-on-information-requirements-and-chemical-safety-assessment- chapter-r16-environmental)
paramètres.
Piégeage : le piégeage (phase organique condensée, microporosité, encapsulation?) présente des
dynamiques lentes et des stockages peu réversibles (PFAS non extractibles, non mobilisables).
Dégradation des PFAS : c?est le processus par lequel les PFAS se dégradent en molécules plus
petites (éventuellement d?autres PFAS). Il est caractérisé par le temps de demi-vie. La demi-vie de
dégradation des PFAS (DT50) a été fixée, par mesure de précaution, à 100 ans dans la majorité
des calculs. Très peu d'études ont déterminé DT50.
Valeurs cibles :
Eaux souterraines : les seuils tolérés de contamination des eaux souterraines en vigueur sont
respectivement de 2 ng/l pour PFAS4 et de 100 ng/l pour PFAS22.
Eaux de surface : les normes danoises sont liées aux normes européennes de qualité des eaux de
surface (DCE) et correspondent pour le PFOS à une teneur moyenne annuelle de 0,65 ng/l, et à
une valeur maximum tolérée de 36 µg/l.
Sols : il n'existe pas de normes de qualité des sols fondées sur l'écotoxicologie. Sur la base des
campagnes de mesure, les valeurs indicatives de teneur en PFAS des sols (ETCsoil) sont de 16
?g/kg pour le PFOS et de 2,0 ?g/kg pour le PFOA (source EPA 2023 "Derivation of cut-off values
for PFAS in sewage sludge")110.
Alimentation : la VTR établie en 2020 par l?EFSA est une dose hebdomadaire tolérable de 4,4 ng /
kg masse corporelle pour PFAS4.
Le modèle est généralement utilisé pour simuler les dynamiques de stockage dans les sols et de
transfert vers les eaux de surface, les eaux souterraines, et les végétaux à partir de scénarios
d?apports. Dans le cadre de l?étude, le modèle a été utilisé en « rétropropagation », de façon à
déterminer les apports compatibles avec les valeurs cibles pour les différents compartiments (sols,
eaux de surface, eaux souterraines, ? cf. ci-dessus).
Prédictions du modèle : le rapport conclut :
? en rappelant tout d?abord qu?il est impossible de déterminer de manière fiable une limite
supérieure absolue « sûre » pour les PFAS dans les boues, en raison des approximations
effectuées et des incertitudes fortes tant sur les valeurs-cibles que sur la modélisation des
transferts de PFAS dans les sols ;
? qu'une concentration dans les boues de 15 ?g /kg MS pour PFAS4 est hautement susceptible
d'être en totale conformité avec les seuils environnementaux actuels dans le sol, l'eau douce et
les eaux souterraines.
En conséquence le rapport recommande, par mesure de précaution et de gestion des risques,
d'utiliser la concentration maximale indicative de 15 ?g PFAS4 /kg MS comme base pour dériver une
valeur limite réglementaire.
4. Evaluation des impacts sur les filières, et mesures d?accompagnement
L?étude de 2023 « Derivation of cut-off values for PFAS in sewage sludge »111 du ministère de
110 EPA, 2023, Derivation of cut-off values for PFAS in sewage sludge 111 « Derivation of cut-off values for PFAS in sewage sludge?, 2023, Environmental project n°2232, Ministry of Environment
of Denmark. https://www2.mst.dk/Udgiv/publications/2023/03/978-87-7038-497-1.pdf
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 114/161
l?environnement présente dans son annexe C les concentrations en 22 PFAS mesurées dans 215
échantillons de boues provenant de stations d?épuration :
? pour la somme de quatre PFAS prioritaires (PFAS4), la médiane (« 50P ») observée est de 7,49 µg/kg MS (valeurs entre 0,36 et 65,15 ?g/kg) ;
? pour la somme des 22 PFAS retenus (PFAS22), la médiane observée est de 22,94 µg/kg MS (valeurs entre 5,3 et 110,15 ?g/kg MS).
Tableau n°5 : analyse statistique des teneurs en PFAS des boues des stations d?épuration au Danemark (résultats sur la
base de 215 échantillons de boue111)
Ces niveaux médians sont inférieurs aux limites réglementaires qui ont été proposées (par exemple,
400 µg/kg puis 50 µg/kg MS pour la somme des 22 PFAS), pour autant plus de 10 % des boues
produites pourraient s?avérer non conformes à ces deux seuils.
La réglementation étant récente, le recul n?est pas encore suffisant pour identifier des impacts
concrets.
6.6. ETATS DU MAINE ET DU MICHIGAN (USA)
Aux États-Unis, les engrais et amendements sont réglementés par chaque État et non au niveau
fédéral. Cette situation a donné lieu à un large éventail d?approches à travers le pays, allant de
l?inaction à l?interdiction totale de l?épandage de biosolides112.
Après une présentation synthétique de la stratégie PFAS de l?Environmental Protection Agency
(EPA) au niveau fédéral, nous présentons ci-après, de manière non exhaustive, les modalités de
gestion des PFAS dans les boues par les Etats du Maine et du Michigan.
1. La stratégie PFAS de l?US EPA
La stratégie de l?US EPA contre les PFAS repose sur une approche « multi-volets » visant à protéger
la santé publique, surveiller et réduire la contamination, renforcer la réglementation et
responsabiliser les pollueurs.
L?EPA a ainsi adopté une PFAS Strategic Roadmap (Feuille de route PFAS) structurée autour de
trois axes principaux :
? Recherche : renforcer la science, la compréhension des risques pour la santé et des impacts environnementaux des PFAS, et développer des méthodes de détection.
? Restriction : réduire l?entrée de PFAS dans l?air, l?eau et les sols, notamment par des normes, des interdictions ou des limites.
? Remédiation : accélérer les nettoyages et interventions sur les sites contaminés.
En 2024, l?EPA a établi les premières normes nationales juridiquement contraignantes pour la qualité
de l?eau potable, limitant la concentration de plusieurs PFAS, comme le PFOA et le PFOS. Elles
s?accompagnent de financements pour aider les États et territoires à surveiller et traiter l?eau
contaminée. L?EPA a par ailleurs publié de nouvelles méthodes analytiques pour mesurer un grand
nombre de PFAS dans différents milieux (eau, sols, sédiments, air)113 et a intégré plusieurs PFAS
dans des programmes de suivi comme le Toxics Release Inventory (registre des émissions
toxiques).
Concernant spécifiquement les boues de stations d?épuration, l?EPA se concentre actuellement sur
des travaux scientifiques et méthodologiques, plutôt que sur une régulation finale immédiate des
PFAS dans les boues de stations d?épuration. Néanmoins, ces travaux visent à préparer des
décisions réglementaires plus robustes à l?avenir et à guider les autorités locales et les industries
vers des pratiques réduisant la présence des PFAS dans les boues.
2. Etat du Maine : le choix de l?interdiction d?épandage
Règlementation : à la suite de la contamination avérée de plusieurs exploitations laitières via
l?épandage de biosolides, le Maine a mis en oeuvre une nouvelle loi en avril 2022 qui interdit
l?épandage de biosolides dont les niveaux de PFAS totaux sont égaux ou supérieurs à 1 ?g/kg MS.
112Les biosolides sont définis comme le principal produit organique solide issu du traitement des eaux usées qui peut être valorisé. Par facilité, les termes « biosolides » et « boues » sont utilisés ici de manière interchangeable. 113 EPA Method 1633, qui permet de mesurer un grand nombre de PFAS (40 analysés) dans plusieurs types de matrices,
y compris les boues de stations d?épuration. Cette méthode améliore la fiabilité des données de surveillance et est en cours d?intégration dans le cadre réglementaire des méthodes officielles. https://www.epa.gov/system/files/documents/2024-12/method-1633a-december-5-2024-508-compliant.pdf
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 116/161
Ce seuil extrêmement bas conduit en réalité à l?interdiction effective de l?épandage de biosolides.
Par conséquent, les biosolides produits dans le Maine doivent être soit transportés en dehors de
l?État vers des États plus permissifs (y compris exportés vers le Canada), soit éliminés par d?autres
moyens que l?épandage.
Accompagnement : en parallèle, l?État du Maine a également introduit plusieurs lois mettant en
oeuvre des dispositions d?accompagnement :
? la loi LD 558114 approuvée le 10 juin 2021 exige l?élaboration d?un plan d?étude de recherche
complet pour identifier et aider les agriculteurs qui pourraient être touchés par la contamination
par les PFAS ;
? la loi LD 221115 (approuvée le 1er juillet 2021) prévoit des crédits budgétaires pour les années
fiscales 2021-2023 afin de fournir des fonds pour réduire, nettoyer et atténuer les menaces ou
les dangers posés par les PFAS, Cela comprend des fonds pour soutenir le traitement de l?eau
potable et les analyses de l?environnement et la gestion des déchets contaminés en raison des
PFAS. Son objectif est de soutenir les agriculteurs touchés par la contamination de leurs champs
par les PFAS.
3. Etat du Michigan : une approche par paliers
En 2021, après un examen approfondi des données disponibles sur les PFAS présents dans les
biosolides, le département de l?Environnement, des Grands Lacs et de l?Énergie (EGLE) a mis en
oeuvre une stratégie provisoire pour contrôler l?épandage de biosolides contenant des PFAS116.
Cette stratégie provisoire, entrée en vigueur le 1?? janvier 2024, visait à servir de mesure de
protection jusqu?à ce que l?US EPA achève son évaluation fondée sur les risques des PFAS présents
dans les biosolides (la version finale n?étant pas encore publiée).
Elle se concentre pour l?instant sur deux PFAS : le PFOA et le PFOS.
114 https://legislature.maine.gov/doc/8093 115 https://legiscan.com/ME/text/LD221/2021 116 Land application of biosolids containing PFAS: interim strategy, mars 2021 (EGLE)
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 117/161
EGLE a confronté les données de contamination publiées et les résultats d?une étude menée auprès
de 42 stations d?épuration municipales, ce qui lui a permis de classer les matières dans trois groupes
en fonction du niveau de contamination.
Paramètre PFAS
<20 20 20 ? C < 100 100 ? 100
Aucune restriction d?usage Obligation de communiquer chaque année un résultat d?analyse à l?agriculteur
Utilisation encadrée Application limitée à 1,5
tonne MS/ acre117 ou
stratégie d?atténuation des risques approuvée par EGLE au moins 14 jours avant épandage. Plan de réduction des sources de contamination et investigations.
« Biosolides impactés industriellement » Interdiction de valorisation en milieu agricole Plan de réduction des sources de contamination et investigations
Tableau n°6 : seuils de gestion du PFOA et du PFOS dans les biosolides, dans l?Etat du Michigan
Cette approche graduée à deux seuils s?avère efficace pour empêcher les biosolides fortement
contaminés d?atteindre les terres agricoles, tout en permettant de poursuivre les efforts d?adaptation
des process des stations d?épuration ou de réorientation des déchets.
Les biosolides contaminés à un niveau acceptable se voient imposer des mesures d?atténuation,
impliquant une régulation des doses d?épandage permises. Dès dépassement du seuil le plus faible
(20 µg/kg MS pour l?un ou l?autre PFAS indicateur), un plan de réduction des sources de
contamination doit être entrepris.
Les résultats sur la période 2018-2024 attestent que l?approche d?EGLE a permis de réduire avec
succès le niveau de PFOS et de PFOA présent dans les biosolides, par l?identification et la réduction
des sources de contamination associée à une surveillance analytique des stations considérées
comme exposées à des activités industrielles118.
Cette stratégie a inspiré la méthode de gestion retenue par le Québec.
117 Environ 0,405 hectare. 118 https://www.michigan.gov/egle/about/organization/water-resources/biosolids/pfas-related
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 118/161
Annexe 7 : Définitions
Installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) : installations pouvant avoir
des impacts (pollution de l'eau, de l'air, des sols, etc.) et présenter des dangers (incendie, explosion,
etc.) pour l'environnement, la santé et la sécurité publique. Elles sont soumises à la réglementation
spécifique des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE). Classées selon
le niveau de danger qu'elles présentent elles sont soumises à des procédures de déclaration,
d?enregistrement, d?autorisation.
Installations, ouvrages, travaux, activités (IOTA) : infrastructures ou projets ayant des impacts
ou présentent des dangers pour le milieu aquatique et la ressource en eau : prélèvements, rejets,
impacts sur le milieu aquatique, le milieu marin, la sécurité publique, etc. Pour ces raisons, les IOTA
sont soumis à des réglementations spécifiques.
Matières fertilisantes d'origine résiduaire (MAFOR) : matières diverses issues de déchets et
utilisées pour la fertilisation agricole, telles que les effluents d'élevage, les boues issues du
traitement des eaux usées urbaines ou domestiques, les matières, eaux et boues d?épuration issues
des industries, les composts, les digestats de méthanisation, ? Les MAFOR constituent une sous-
partie des MFSC.
Matières fertilisantes et supports de cultures (MFSC) : définies par l'article L255-1 du code rural
et de la pêche maritime (CRPM), elles englobent une plus large gamme de produits, y compris les
matières naturelles, animales, minérales, et synthétiques, qui peuvent être utilisées pour la
fertilisation et l'amélioration des sols. On distingue d?une part les matières fertilisantes apportées sur
les sols qui intègrent les engrais, les amendements et les biostimulants et, d?autre part, les supports
de culture qui servent eux-mêmes de milieu de culture à certains végétaux.
Recherche et réduction des rejets de substances dangereuses dans l'eau (RSDE) : Action mise
en place afin d?améliorer la qualité de l?environnement aquatique. RSDE 1 (2002-2007) a permis de
réaliser l?inventaire de 106 substances chimiques dans les rejets aqueux de 3000 sites industriels.
RSDE 2 (2009-2016), encadrée par la circulaire du 5 janvier 2009, a permis la mise en place
d?actions déclinées par secteur industriel (surveillance, quantification, réduction des flux de
substances dangereuses) généralisées à l?ensemble des ICPE soumises à autorisation et ayant un
rejet dans le milieu aquatique.
Siccité : taux de matière sèche des boues. La consistance des boues dépend du taux de matière
sèche. Les boues liquides ont une siccité comprise entre 0% et 10%, les boues pâteuses entre 10%
et 25%, les boues solides entre 25% et 85%, les boues sèches ont une siccité supérieure à 85%.
Stations d?épuration (STEP), stations de traitement des eaux usées (STEU) : Equipements
permettant de traiter les eaux usées, c?est-à-dire les eaux utilisées et dégradées par des usagers
domestiques, urbains ou industriels, avant de les rejeter dans les milieux naturels, afin de ne pas
altérer l?environnement. Dans une STEU, les eaux usées passent une succession d?étapes :
prétraitement (dégrillage, dessablage, décantation primaire dont les résidus forment les boues),
traitement secondaire (dégradation biologique complétée par des procédés physico-chimiques,
décantation secondaire, clarification), traitement des boues des STEU.
Substances perfluoroalkyles ou polyfluoroalkyles (PFAS) : molécules formées d'une chaîne
d'atomes de carbone plus ou moins longue, linéaire, ramifiée ou cyclique, contenant au moins un
groupement méthyl (CH3) ou méthylène (CH2), saturé et complètement fluoré. À ce squelette
fluorocarboné s'ajoutent différents groupes fonctionnels, conférant des propriétés spécifiques selon
les composés.
Annexe 8 : Les campagnes RSDE dans le bassin Loire Bretagne
Résumé : Le taux de conformité des boues de stations d?épuration françaises face aux
réglementations « PFAS dans les boues de STEU » de différents pays (États-Unis, Allemagne,
Belgique, Danemark) a été évalué sur la base des données de teneurs en PFAS des boues de STEU
de plus de 10 000 équivalent-habitants acquises dans le cadre du RSDE Loire Bretagne 2022. Ces
valeurs fournissent une première indication, mais l?échantillon est encore trop réduit pour permettre
une généralisation nationale.
Pour les boues traitées déshydratées (9 STEU, 48 échantillons) le taux de conformité aux
réglementations américaine, allemande, belge-wallonne est supérieur à 98%, et de 88% face à la
réglementation danoise.
Pour les boues brutes liquides en sortie de file eau (26 STEU, 139 échantillons) le taux de conformité
face aux réglementations américaine, allemande, belge-wallonne est de ~75%, et de 62% face à la
réglementation danoise.
La campagne RSDE Loire-Bretagne 2022 a permis de rassembler des mesures de teneurs en PFAS
des boues de STEU de plus de 10 000 équivalent-habitants, sur 332 échantillons de boues issus de
52 STEU (dont 3 STEU qui ont opéré des prélèvements de boues en deux points, soit 55 STEU
virtuelles). De façon générale chaque STEU a procédé à 6 prélèvements de boues à des dates
différentes sur la période 2022-2024. Ces prélèvements ont été réalisés soit en sortie de la File Eau
(points A6 ou S4, cf. Figure 6), soit en sortie du process de traitement et déshydratation des boues
(point S6). Chaque échantillon prélevé a fait l?objet de mesure des teneurs individuelles en 5
PFAS (PFOS, PFOA, PFDA, PFHxA, PFHxS).
Une première analyse statistique des résultats a mis en lumière certaines valeurs de teneurs en
PFAS anormalement élevées (par rapport aux données de la bibliographie nationale et
internationale). Il en résultait des taux de non-conformité virtuelle, par rapport aux réglementations
« PFAS dans les boues » d?autres pays », anormalement élevés (~50%).
Ceci a conduit à approfondir l?analyse critique des données. Deux facteurs majeurs sont apparus :
? L?un des laboratoires d?analyse fournit des teneurs en PFAS anormalement élevées, 10 à 100
fois supérieures aux teneurs de trois autres laboratoires et bien en dehors des gammes de
teneurs en PFAS des boues connues dans la littérature nationale ou internationale. Les données
de ce laboratoire d?analyse, jugées irréalistes pour plusieurs raisons détaillées ci-après, ont été
retirées du jeu de données.
? Les échantillons de boue prélevés en sortie de la File Eau (boues brutes liquides prélevées en
A6 ou S4) présentent des teneurs en PFAS significativement plus élevées que les échantillons
prélevés après traitement des boues (boues traitées déshydratées prélevées en S6). Seules les
mesures réalisées sur les échantillons de boue prélevés en S6 sont représentatives des teneurs
en PFAS des boues valorisées par épandage. En conséquence l?analyse statistique a porté à la
fois sur le jeu de données d?ensemble (hors laboratoire écarté) et sur les jeux de données
séparés (échantillons prélevés en A6-S4 ; échantillons prélevés en S6).
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 120/161
Analyse des teneurs en PFAS par laboratoire d?analyse
Les organismes préleveurs (9) et laboratoires d?analyse (6) sont connus119 pour 46 STEU (dont 3
STEU avec double point de prélèvement) et 298 échantillons de boue. Chacun des 6 laboratoires
d?analyse a réalisé les mesures de teneur en PFAS des échantillons de boues selon des méthodes
propres, internes au laboratoire. Les limites de quantification diffèrent ainsi d?un laboratoire à l?autre.
(1) Pourcentage de mesures sous la LQ : Une analyse du pourcentage de mesures dont le
résultat est sous la limite de quantification (cf. tableau 1) met en lumière plusieurs faits :
? Aucun laboratoire ne présente systématiquement des mesures sous la LQ.
? Un laboratoire présente un pourcentage de mesures « sous la LQ » de 24%. Ses valeurs de LQ
ne sont pas plus faibles que les autres laboratoires. Ce faible pourcentage s?est avéré
directement lié aux valeurs très élevées des mesures de teneurs en PFAS de ce laboratoire.
? Les cinq autres laboratoires présentent des pourcentages équivalents de mesures « sous la
LQ », compris entre 59% et 69% (globalement pour ces 5 laboratoires, ~2/3 des mesures de
teneurs en PFAS des boues présentent des valeurs très faibles, sous la LQ).
Tableau n°7 : valeurs des limites de quantification et pourcentage de mesures sous la LQ. Pour chacun des 6 laboratoires
d?analyse (en ligne), valeurs des LQ pour chacun des 5 PFAS (en colonne) et nombre et pourcentage de mesures sous la
LQ.
(2) Teneurs en PFAS : Une analyse statistique a été menée sur les valeurs de sommes de teneurs
en 5 PFAS des échantillons (moyennées par STEU) (cf. figure 1). Elle met en lumière le fait que
l?un des laboratoires d?analyse fournit des valeurs de teneurs en PFAS des boues beaucoup plus
élevées que les autres (d?un facteur 10 à 100). Aucun élément n?indique un risque PFAS
spécifique aux STEU suivies par ce laboratoire.
Figure n°6 : histogramme des sommes de teneurs en 5 PFAS par STEU (moyenne des six échantillons de boue pour
une même STEU). Ordonnées en échelle logarithmique à gauche, en échelle naturelle à droite. La couleur de la barre
d?une STEU représente son laboratoire d?analyse. Le laboratoire d?analyse représenté en rouge présente des valeurs
d?un facteur 10 à 100 supérieures aux valeurs des autres laboratoires.
119 En revanche pour 6 STEU (34 échantillons), ils n?ont pas encore été formellement identifiés.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 121/161
A défaut de mesures croisées des différents laboratoires sur un même jeu d?échantillons de boues,
qui permettraient d?évaluer objectivement leur cohérence et d?éventuelles divergences, cette
analyse a conduit à questionner le réalisme des données du laboratoire aux valeurs très élevées.
Un dernier élément a été pris en compte, communiqué par ce laboratoire : il a réalisé en 2025, à la
demande de l?un des exploitants et selon un nouveau protocole analytique, de nouvelles mesures
sur des boues de plusieurs STEU pour lesquelles il avait trouvé en 2023-2024 des résultats très
élevés. Ses nouveaux résultats de 2025 rejoignent l?ordre de grandeur des valeurs mesurées par
les 5 autres laboratoires en 2023-2024.
Sur cette base il a été décidé d?écarter du jeu de données les résultats d?analyse de ce laboratoire,
dont les valeurs très élevées ont été jugées non réalistes. De même ont été écartées les mesures
réalisées sur des STEU sans identification claire du laboratoire d?analyse. Les valeurs pour les 27
STEU restantes sont présentées dans la figure ci-dessous.
Figure 6a : Histogramme des sommes de teneurs en 5 PFAS par STEU (moyenne des 6 échantillons de boue pour une
même STEU). Ordonnées en échelle naturelle. La couleur de la barre d?une STEU représente son laboratoire d?analyse
(hors laboratoire d?analyse écarté).
Analyse des taux de conformité
Il résulte du traitement des données de teneurs en PFAS des boues du RSDE Loire Bretagne 2022,
que le taux de conformité des échantillons de boues de STEU aux réglementations « PFAS dans
les boues de STEU » de différents pays est supérieur à 98%, à l?exception de la réglementation
danoise (taux de conformité 88 %).
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Tableau 7a : Confrontation des teneurs en PFAS des boues de STEU mesurées dans le cadre du RSDE LB 2022 aux
seuils des réglementations de différents pays.
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Annexe 9 : Illustration d?un protocole d?échantillonnage, applicable à différentes MFSC
Ce protocole a été proposé dans l?instruction technique du 18 août 2025 de la DGAL, applicable à différentes MFSC tels que les engrais liquides, les engrais sous forme de granulés, ou encore les digestats
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Annexe 10 : Échange de courriers entre la DREAL de Bassin Loire Bretagne et la DEB et la DGPR
L?objectif de cette annexe est de regrouper l?essentiel des échanges entre une DREAL de bassin et
les directions d?administration centrale. Ces échanges illustrent bien les besoins de pilotage et
d?accompagnement qui ont été listés dans les recommandations.
Le questionnement de la DREAL de bassin résulte d?un partage d?informations entre les DREAL et
certains services instructeurs
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Il analyse techniquement le sujet, le pose en droit et admet les limites de sa capacité à agir.
La réponse faite soutient la démarche et se reporte sur la mission confiée sur les aspects de droit.
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La dernière demande de la DREAL est la validation d?un courrier type des services en charge de la
police des eaux vers les collectivités. Il démontre la nécessité d?un soutien et renforce le besoin
d?une circulaire au préfet afin chaque directeur départemental puisse facilement prendre l?attache
des maitres d?ouvrage et que collectivement on puisse avoir une base de données exhaustive et
représentative.
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Annexe 11 : Incinération basse température ? société Véolia Brevet n°23 02257
Dans la recherche de solution d?élimination des PFAS, la société VEOLIA ouest Europe, qui a
déposé le brevet n°23 02257, a testé un système qui permet une élimination des PFAS à une
température inférieure à 1000°C. Cette solution innovante permet d?utiliser les fours traditionnels en
les adaptant, moyennant un investissement d?environ 200 000 euros TTC. Les résultats obtenus leur
permettent :
? de ne pas avoir d?acide fluoridrique dans les fumées ;
? de concentrer les PFAS restants dans les résidus qui seront à stocker en classe 1.
Cette solution est déjà en service dans une quinze de lignes en Europe.
Le MTE a réalisé en 2025 une campagne d?analyse des émissions de PFAS dans les rejets gazeux
sur une quinzaine de lignes d?incinération en France.
Les résultats obtenus sont soit inférieurs à 30 µg/m3, soit proches de la limite de détection.
Le procédé testé est en service depuis 2024 en France.
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Annexe 12 : Fonds de garantie des risques liés à l?épandage agricole des boues d?épuration (FGRE)
Source DGPE
Objet : préciser le périmètre du fonds (FGRE), son fonctionnement, ses modalités l?indemnisation et
les pistes pour l?avenir pour l?indemnisation de ces sols agricoles pollués.
Contexte
Le fonds de garantie des risques liés à l'épandage agricole des boues d'épuration (FGRE) urbaines
ou industrielles, créé par la loi n°2006-1772 du 30 décembre 2006 sur l?eau et les milieux aquatiques
(L425-1 code des assurances), est chargé d'indemniser les préjudices subis par les exploitants
agricoles et les propriétaires des terres agricoles et forestières dans les cas où ces terres, ayant
reçu des épandages de boues d'épuration urbaines ou industrielles, deviendraient totalement ou
partiellement impropres à la culture en raison de la réalisation d'un risque sanitaire ou de la
survenance d'un dommage écologique lié à l'épandage, dès lors que, du fait de l'état des
connaissances scientifiques et techniques, ce risque ou ce dommage ne pouvait être connu au
moment de l'épandage. Ce fonds est codifié dans le code des assurances aux articles L.425-1 et
R.424-1 à R.424-1.
Les ressources du FGRE ont été constituées par une taxe annuelle due par les producteurs de
boues. Elle avait été calculée sur la quantité de matière sèche de boues produites par les
producteurs. Le montant de cette taxe a été fixé à 0,5 euros par tonne de boues. Fin 2024, le fonds
s'établit à 3731185,11 ¤. Il n?a, depuis sa création, jamais été mobilisé, ce qui a conduit le ministère
de l?économie et des finances à supprimer depuis 2017, par la loi de finance du 29 décembre 2016,
la taxe qui l?abonde.
Le Ministère en charge de l?agriculture avait exprimé à l?époque son désaccord sur la suppression
de la taxe finançant le fonds de garantie.
La gestion comptable et financière du fonds de garantie est assurée par la Caisse centrale de
réassurance. Bien que ce fonds ne soit plus alimenté et inutilisable, ces ressources sont destinées
actuellement à couvrir les frais exposés par la Caisse centrale de réassurance pour la gestion du
fonds de garantie. Pour cela, un solde débiteur est prélevé chaque année.
Le périmètre indemnisable
Tout risque sanitaire ou dommage écologique lié à un épandage de boues d?épuration urbaines ou
industrielles dès lors que, du fait de l'état des connaissances scientifiques et techniques, ce risque
ou ce dommage ne pouvait être connu au moment de l?épandage. « dans la mesure où ce risque ou
ce dommage n'est pas assurable par les contrats d'assurance de responsabilité civile du maître
d'ouvrage des systèmes de traitement collectif des eaux usées domestiques ou, le cas échéant, de
son ou ses délégataires, de l'entreprise de vidange, ou du maître d'ouvrage des systèmes de
traitement des eaux usées industrielles, ci-après désignés par l'expression : "producteurs de boues",
ou par les contrats d'assurance relatifs à la production et à l'élimination des boues ».
Instruction des demandes d?indemnisation : (R424-11 à R424-17)
Les exploitations agricoles et les propriétaires de terres agricoles et forestières transmettent les
demandent d?indemnisation de dommages causés par l?épandage agricole des boues d?épuration
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 136/161
au préfet qui transmet le dossier au ministre en charge de l?environnement en vue de la saisine de
la commission nationale d?expertise120.
Cette dernière est présidée par le ministre chargé de l'environnement ou son représentant qui
assume également la fonction de secrétariat général. Elle est en charge d?émettre un avis sur
l'éligibilité des demandes à une indemnisation par le fonds de garantie. La commission peut être en
outre consultée par le ministre chargé de l'environnement sur les projets de textes réglementaires
relatifs aux boues d'épuration.
Les membres de la commission nationale d'expertise (liste fixée dans l?Arrêté du 7 janvier 2011
portant nomination à la commission d'expertise relative à l'indemnisation des risques liés à
l'épandage agricole des boues d'épuration urbaines ou industrielles121) sont nommés pour une durée
de cinq ans renouvelables par arrêté du ministre chargé de l'environnement.
L?indemnisation des dommages sanitaires et environnementaux liés aux épandages de boues
urbaines et industrielles est à la responsabilité Ministère de l?environnement qui publie deux arrêtés
pour :
- installer la commission nationale d?expertise (le MASA fait partie des 17 représentants ou
personnalités désignés pour faire partie de la Commission)122 ;
- diffuser le dossier de demande d?indemnisation des agriculteurs et propriétaires.
120 https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006073984/LEGISCTA000020637735 121 https://www.bulletin-officiel.developpement-durable.gouv.fr/notice?id=Bulletinofficiel-0024805&reqId=2d942d07-c019-4c1a-99d4-
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 137/161
Annexe 13 : Impact de siccité des boues sur leur teneur en PFAS
La logique de contrôle des teneurs en PFAS des boues valorisées en épandage agricoles impose
un prélèvement au point S6 pour les STEU qui ont une filière d?épaississement des boues. Ainsi,
l?information sur la siccité de la boue123 analysée est importante afin de pouvoir analyser si une
relation existe entre le processus de traitement de la boue et les valeurs mesurées, mais nécessite
aussi une mesure de la boue en S4. Dans la pratique, les campagnes de mesure des teneurs en
PFAS des boues réalisées dans le cadre du RSDE (cf. annexe n°8) en Loire Bretagne ont
principalement porté sur des échantillons prélevés en A6 ou S4, à la sortie de la filière Eau124. Il
s?agit alors de boues liquides (5% de taux de matière sèche).
Le processus de traitement des boues brutes liquides (S4) en boues traitées (S6) compte plusieurs
étapes : un apport d?additifs (ex. chaux), une déshydratation (par pressage ou centrifugation) dont
le lixiviat liquide est redirigé dans le réseau en entrée de station. De ce fait, les mesures de teneur
en PFAS des boues en A6 (boue brute liquide) et en S6 (boue traitée) diffèrent par deux aspects :
(i) une partie des composés PFAS présents dans les boues liquides en A6 (lixiviat de la
déshydratation) reste dans la phase aqueuse et retourne en amont de la station ; (ii) la matière sèche
ne représente pas la même proportion de l?échantillon.
Selon le niveau de déshydratation de l?échantillon de boue (taux d?humidité entre 33% et 95%), la
valeur de concentration en PFAS peut être multipliée par 10 à 20, ramenée à une unité en µg/ kg de
MS.
Figure n°7 : lien entre teneur en PFAS et siccité de l?échantillon
123 Poids le matière sèche sur poids de la boue, ou pourcentage massique de matière sèche. 124 Dans le cadre du RSDE il était demandé soit de faire une mesure unique au point A6 soit une mesure au point S6
avec une mesure complémentaire sur les additifs utilisés. La plupart des maîtres d?ouvrage ont privilégié la mesure unique en A6.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 138/161
Figure n°8 : évolution de la teneur en PFAS et de la siccité au cours de la déshydratation
En faisant l?hypothèse de concentrations de PFAS CS dans la phase solide et CL dans la phase liquide non modifiées par le process, la concentration en PFAS de l?échantillon dépend de son humidité H selon la relation CPFAS = CS + H/(1-H)*CL . MS = (1-H)*Mechantillon ML = H* Mechantillon = H/(1-H) * MS MPFAS = MS*CS + ML*CL =MS*CS + H/(1- H)*MS*CL = MS * (CS + H/(1-H)*CL) CPFAS = MPFAS / MS = CS + H/(1-H)*CL
Figure n°9 : Variation de la valeur de concentration en PFAS de la boue en fonction de son niveau de déshydratation (taux d?humidité)
Ainsi, pour des humidités respectivement de 95% (boue liquide), 50% (boue pâteuse) et 33% (boue
déshydratée), la concentration CPFAS vaut respectivement (CS + 19*CL), (CS + CL) et (CS + CL/2), soit
potentiellement un facteur de 10 à 20 entre les humidités de 95% et de 33%.
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Annexe 14 : Épaississement des boues en station d?épuration
L'ensemble des combinaisons possibles montre qu'il existe en théorie un grand nombre de types de
boues. Toutefois, en résumant les situations les plus fréquemment rencontrées en France, les
principaux types de boues proposées au recyclage en agriculture sont les suivants :
? - boues liquides (2 à 5% de siccité) issues de traitements aérobies de l?eau, qui correspondent en général à de petites stations (moins de 3 000 EH) qui opèrent au plus un épaississement puis un stockage des boues non traitées ;
? - boues pâteuses (15 à 25% de siccité) issues de traitements aérobies ou anaérobies, qui correspondent à des stations de taille moyenne (de 5 000 à 20 000 EH) qui opèrent en général une déshydratation sur filtre à bande presseuse ou en centrifugeuse ;
? - boues chaulées (25 à 30% de siccité) pâteuses ou solides, qui correspondent à des stations (environ 200 en France) de taille moyenne ou grande (de 20 000 à 100 000 EH) qui opèrent un traitement chimique à la chaux sur une boue déshydratée ;
? - boues physico-chimiques (très souvent il s'agit aussi de boues chaulées) qui sont rarement mises en agriculture ;
? - boues compostées qui correspondent à des stations de taille moyenne en général (environ 70 stations en France) qui opèrent un traitement par compostage sur une boue déshydratée ;
? - boues de lits de séchage qui sont issues de petites stations ;
? - boues de lagunage (catégorie particulière de boues liquides, le traitement de ces boues se fait de façon extensive, selon un mode anaérobie, au fond des bassins, qui ne sont curés au mieux qu?une fois tous les 10 ans) ;
? - boues séchées, qui sont présentes en France dans quelques grandes stations malgré le coût élevé de leur production, ;
? - boues solides (plus de 30% de siccité) faiblement chaulées résultent d?un traitement par filtre- presse ou d?un conditionnement thermique et concernent des stations de grande taille (plus de 100 000 EH) (INERIS, 2007).
Le graphique suivant permet d?illustrer en fonction de l?origine de la boue au sein d?une STEU les
différentes solutions pour les épaissir. Ce rappel technique est nécessaire car les solutions de
traitement des boues en excédent de teneur en PFAS ne seront pas les mêmes.
Source www.techniques-ingénieur.fr janvier 2026
Les différentes techniques sont récapitulées dans les deux graphiques suivants :
Figure n° 10 : les techniques d?épaississement
La consistance d?une boue est soit liquide (siccité inférieure à 15%), soit pâteuse (entre 20 à 60 %),
soit solide (supérieure à 60 %).
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 141/161
En fonction de la technique utilisée, la teneur en eau varie fortement et le tableau ci-dessous
récapitule les ordres de grandeurs :
Type de stockage et de traitement Siccité % Commentaire
Stockage statique en sortie de
décanteur
Silo décanteur 10 Petites stations d?épuration
Filtre presse à bande 25
Filtre presse à plateau 30 Existe en version mobile
Filtre presse à membrane 35
Filtre presse à vis 20
Pressoir rotatif 35
Déshydratation thermique 40 à 90 Très grandes stations d?épuration
Le filtre à plateau existe aussi en version mobile afin de pouvoir se déplacer dans différents sites de
production, ce qui peut être utile pour le cas où les boues sont polluées.
Les boues doivent être épandues avec un matériel adapté selon leur siccité. Ainsi, les boues
liquides sont épandues avec des tonnes à lisier (palette, pendillard ou enfouisseur). Les boues
pâteuses et solides sont épandues avant des épandeurs à hérissons verticaux ou horizontaux
avec ou sans table d?épandage. Ainsi, tout changement de siccité aura un impact sur la filière
d?épandage car le matériel sera à modifier.
Pour être incinérée, il est nécessaire :
? pour un lit fluidifié, d?avoir une siccité proche de 40 % ;
? pour un incinérateur de déchets ménagers, d?avoir une siccité proche de 65 %.
Enfin, lors de nos échanges avec les gestionnaires privés de filière d?assainissement, il est apparu
que, pour un maître d?ouvrage ayant plusieurs unités de traitement comprenant une station
d?épuration de grande taille (supérieur à 10 000 EH) et d?autres de taille plus limitée (inférieur à 5000
EH), les boues liquides des petites unités sont transportées vers la grande unité afin d?être épaissies
sur un seul site. Cette situation permet de rentabiliser l?investissement d?épaississement malgré le
coût de transport initial. Par contre, ce procédé concentre les PFAS extraits lors de l?épaississement
à un endroit particulier ce qui est une donnée à suivre.
Une centrifugeuse fonctionne sans avoir recours à de hautes pressions. La boue est injectée dans
un canal circulaire situé à la périphérie d?une roue rotative. Une force centrifuge agit sur les boues
ce qui favorise la séparation entre le liquide et le solide. Le taux de siccité est de 35%.
Le séchage partiel a pour but d?augmenter la sécheresse des boues jusqu?à atteindre une valeur
acceptable permettant leur combustion dans un incinérateur à lits fluidifiés. Cette valeur doit être
entre 35 à 45% de siccité.
Pour l?introduction dans un incinérateur à déchets ménagers un taux de 65% est recommandé car
proche de l?humidité des déchets ménagers.
Le séchage poussé vise à avoir une siccité entre 60 à 90%.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 142/161
Annexe 15 : Les différentes boues ? origines - destinations
Les sources d?informations sont nombreuses pour tenter d?aborder la production de MAFOR et
surtout celles qui ont dans leur process ou dans leur composition des boues.
L?exploitation du PKGC 2011 par de nombreuses études est la seule source qui permet de visualiser
la répartition géographique permet de constater de fortes disparités régionales. Cette information
sera importante dans les zones où la part des boues impactées par les PFAS est très importante et
qui ne serait pas une zone d?élevage.
De fortes disparités régionales
Figure n°11 : répartition géographique des quantités de déchets et d?effluents industriels destinés à la valorisation agronomique en 2008 (source Esco MAFOR 2014)
Cette annexe regroupe la majeure partie des données collectées de différentes sources et va
montrer la difficulté d?obtenir des données précises et localisées. Les tableaux ci-dessous
synthétisent les principaux chiffrages collectés et l?on constate leur légère divergence.
Dans l?analyses des conséquences de la mise en place d?une norme, il est utile d?avoir la localisation
de la STEU avec des PFAS en excès :
? pour la filière épandage : de regarder sur son bassin versant si l?épandage de fertilisant organique est important et s?il existe des gisements potentiels à proximité ;
? pour la filière élimination : de regarder la localisation des fours et leur usage ;
? pour la filière gestion : de connaître le positionnement des autres STEU, de savoir si leur moyen de déshydratation est très utilisé, de connaître les possibilités ou non de mélange et ou de méthanisation.
Les unités de référence sont différentes (matière sèche ou matière brute, matière dangereuse ou
non dangereuse voir non spécifiée, précision différente car des objectifs d?analyse à des territoire
différents ?nationaux ou locaux). On constate que les missions de ces dernières années utilisent les
premières informations souvent issues de leur ministère d?origine :
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 143/161
T MS
industrie papetière, industrie alimentaire)
Boues non dangereuses provenant du traitement de déchets 16 500
Boues issues de l'industrie papetière 63 100
Boues issues des industries alimentaires 133 500
Total boues ICPE 273 400
Tableau n°8 : tonnage de boues ICPE
MAFOR Mt % épandage
Production annuelle totale de MAFOR en France 729 (Mt MB)
Effluent élevage 109 (Mt MB) 94 %
Boues de STEP, compost, digestat de
méthanisation
Superficies épandues SAU (millions ha) % épandage
SAU en France 29
brutes ou composté
Tableau n°9 : production de MAFOR en France source ICARE
L?ESCo MAFOR 2014 prend comme hypothèse que les 109 Mt MB (matière brute y compris celles
au champ) le volume d?effluents d?élevage produits et collectés annuellement en France, équivalent
à 31 Mt MS (matière sèche), estimation reprise par un rapport CGEDD/CGAAER de 2015 sans que
le détail de calcul y figure.
Déchets et sous-produits épandus Production
annuelle (Mt MS) Part relative (%) Commentaires
Effluents d'élevage 31 77,5
déchets organiques urbains et industriels 3 7,5
Boues urbaines 1 2,5
Boues industrielles 4 10
biochars, refioms) 1 2,5
Total 40 100 Tableau n°10: déchets et sous produits : source CGEDD/CGAAER 2015
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 144/161
Déchets et sous-produits épandus Production
annuelle (Mt MB) Composté Méthanisé
Effluents d'élevage 122,6 12,6 1
Déchets ménagers et assimilés et
autres déchets organiques urbains
Boues urbaines 4,24 1,32
Boues industrielles 19,6 0,55 0,19 Tableau n°11 : Synthèse des données MAFOR
Tonnages annuels de boues produits et épandues par les ICPE
La mission retient les estimations de 0,25 Mt MS/an de production de boues d?ICPE non
dangereuses et 0,15 Mt MS/an d?épandage et compostage de boues d?ICPE non dangereuses.
Diversité des boues et tonnages annuels
La gestion des déchets est encadrée principalement par le code de l?environnement, notamment les
articles L541-1 et suivants. Ils définissent ce qu?est un déchet, les responsabilités des producteurs,
les règles de collecte, transport, traitement et traçabilité, les sanctions en cas de non-respect.
Les boues sont juridiquement considérées comme des déchets125 et doivent à ce titre respecter ces
règles. Elles sont réparties en quatre familles (cf. définitions en annexe) :
? les boues ordinaires, non dangereuses (incluant les boues de STEU) ;
? les boues d?effluents industriels non dangereuses ou dangereuses (incluant les boues d?ICPE) ;
? les boues et déchets liquides provenant du traitement des déchets non dangereux ou dangereux ;
? les boues de dragage non dangereuses ou dangereuses.
La traçabilité des boues implique que l'ensemble des opérations relatives à leur gestion (production,
expédition, réception ou traitement) soient enregistrées dans des registres de suivi des déchets
(REP)126 tenus à disposition du service d'inspection des installations classées.
Le tableau 12, issu de sources hétérogènes (BDREP, BNPE, enquêtes), présente l?estimation 2022
du tonnage annuel de chaque type de boues, déclaré en poids sec (tonnes matière sèche (t MS)).
Le tonnage des boues de STEU est de 1 Mt MS, celui des boues d?ICPE non dangereuses de 0,25
Mt MS.
Tonnage de boues ICPE : L?estimation ci-dessus d?un tonnage annuel de 0,25 Mt MS de boues
d?ICPE a été confrontée aux données nationales du Service des données et études statistiques
(Sdes)127 (tableau n°12). Elles conduisent à une estimation des tonnages annuels de 2,74 millions
de tonnes.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 145/161
boues d'effluents industriels non dangereuses (hors traitement
de déchet, industrie papetière, industrie alimentaire)
603 000 t
boues non dangereuses provenant du traitement de déchets 165 000 t
boues issues de l'industrie papetière 631 000 t
boues issues des industries alimentaires 1 335 000 t
Total boues ICPE 2 734 000 t
Tableau n°12 : tonnage de boues de STEU source Sdes
L?écart entre les deux estimations (0,25 million t par compilation de BDREP, BNPE et enquêtes ;
2,74 millions t MS par les données du SDES) n?a pu être formellement élucidé dans le cadre de la
mission. La mission fait l?hypothèse que les données du SDES sont exprimées en tonnage brut
(siccité 10 %).
Tableau n°13 : Poids total et poids sec des différentes boues produites
La mission retient un tonnage de production de boues d?ICPE non dangereuses de 0,25 Mt MS/an.
Traitement des boues
Selon les données de la Base de données des eaux résiduaires urbaines (BDERU128), 85% des
boues de STEU (861 000 t MS) subissent un recyclage matière ou organique (épandage,
compostage).
Selon les données de la Base de données du registre des émissions polluantes (BDREP129), 40 %
des boues industrielles non dangereuses (98 000 t MS) subissent un recyclage matière ou organique
(épandage, compostage). Les données nationales du service des données et études statistiques
(Sdes) indiquent quant à elles un taux de recyclage matière ou organique (épandage, compostage)
128 Base de données des eaux résiduaires urbaines (https://assainissement.developpement-
durable.gouv.fr/pages/data/basededonnee.php#) 129 Base de données du registre des émissions polluantes (https://www.ineris.fr/fr/risques/dossiers-thematiques/directive-emissions-
industrielles-ied-bref-mtd/donnees-registre
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 146/161
bien plus élevé de 78%, soit un tonnage de 2,13 Mt (ou 213 000 t MS).
La mission retient un tonnage d?épandage et compostage des boues d?ICPE de 0,1 à 0,2 Mt MS/an.
Tableau n°14 : production de boues des ICPE
Les boues d?effluents industriels non dangereuses ou dangereuses. Il s?agit des :
? boues et résidus solides provenant du traitement des eaux usées industrielles, y compris le traitement externe/physique ;
? déchets solides et liquides provenant de la décontamination des sols et des eaux souterraines ;
? boues provenant du nettoyage des chaudières ;
? déchets provenant de la préparation des eaux de refroidissement et des colonnes de refroidissement;
? boues de forage.
Le traitement des eaux usées a lieu dans de nombreux secteurs de l?industrie manufacturière. Les
boues d?effluents industriels sont dangereuses quand elles contiennent des hydrocarbures et des
métaux lourds.
Les boues et déchets liquides provenant du traitement des déchets
Ces déchets comprennent différents types de boues et de déchets liquides provenant d?installations
de traitement des déchets. Ils comprennent les déchets provenant du traitement physico-chimique
des déchets dangereux, les liquides et boues provenant du traitement anaérobie des déchets, les
lixiviats de décharges et les boues de traitement des effluents provenant de la régénération des
huiles. Les boues et déchets liquides provenant du traitement des déchets sont dangereux ou non
dangereux.
Les boues ordinaires, non dangereuses
Il s?agit de boues d?épuration des eaux usées municipales et de boues organiques provenant de la
préparation et de la transformation des produits alimentaires. Elles proviennent principalement des
ménages et de branches industrielles rejetant des eaux usées organiques (principalement pâte et
papier, ainsi que préparation et transformation de produits alimentaires). Elles peuvent aussi être
présentes dans les stations d?épuration des eaux usées ou dans le traitement anaérobie des
déchets. Toutes les boues ordinaires sont non dangereuses.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 147/161
Les boues de dragage non dangereuses ou dangereuses
Il s?agit de déchets qui proviennent principalement de la construction et de la maintenance de projets
hydrologiques, du dragage et de travaux sous la surface de l?eau. Ils sont dangereux quand ils
contiennent des métaux lourds ou des polluants organiques.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 148/161
Annexe 16 : Analyse d?impact de l?application du socle commun pour le cadmium
1.1.1 Un impact quasi nul des teneurs autorisées pour les boues
Les entretiens et les retours de la consultation publique font apparaitre que « La conformité des
MIATE130 aux teneurs de la catégories B2 ne semble pas poser de difficultés ».
En complément, la mission a procédé à une analyse rapide des données disponibles issues à la fois
de la BD SILLAGE (boues épandues en France sauf dans la région Grand-Est) et de la BD utilisée
pour la région Grand-Est. Les données recueillies représentent 426 stations d?épuration, environ
182 000 tonnes de MS de boues et 1 307 données d?analyse de la teneur en cadmium. Les résultats
traduisent une teneur moyenne en cadmium de 0,83 mg/kg MS et le tableau suivant précise la
ventilation en classes de teneurs.
T > 10 mg T entre 10 et 5 mg T entre 5 et 2 mg T < 2 mg
Nombre analyses 0 2 48 1257
Nbre de station 0 1 17 408
Source : bases de données SILLAGE et Grand-Est. Traitement mission.
Si l?on considère les résultats de cet échantillon (qui représente 38 % des boues épandues), cela signifie
que :
? tous les épandages de boues seraient conformes avec le taux de 10 mg prévu à la date d?entrée en vigueur du socle commun ;
? une station (sur 426 ayant renseigné les teneurs en cadmium) ne serait plus en mesure d?épandre les boues produites avec une teneur maximale de 5 mg/kg de MS.
Ces ordres de grandeur, confirmés par les principaux opérateurs rencontrés, montrent que les
teneurs maximales (en mg Cd/kg MS) prévues ne constituent pas une contrainte pour l?épandage
des boues issues des stations d?épuration.
1.1.2 Un impact significatif des flux
L?estimation de l?impact des flux de cadmium autorisés sur l?épandage des boues est plus délicate
à réaliser. En effet, elle nécessiterait à la fois de :
? évaluer le caractère restrictif des flux, ce qui implique de disposer des données qualitatives et quantitatives des boues épandues par parcelle, et ce pour une période minimale de trois ans ;
? évaluer les possibilités de valorisation des boues « écartées » du fait de dépassement des flux, ce qui impliquerait de caractériser les possibilités locales d?augmentation des surfaces d?épandage autour des stations d?épuration concernées ;
? appréhender l?éventuelle évolution des pratiques des agriculteurs confrontés à une diminution des apports possibles et l?acceptabilité de l?épandage des boues par de nouveaux agriculteurs ;
? évaluer les possibilités et les coûts de traitement des boues écartées du fait des flux et en absence d?autres possibilités de valorisation131.
130[1] Matières d'intérêt agronomique issues du traitement des eaux. 131[2] Les professionnels rencontrés citent des coûts d?incinération de 200-240 ¤ par tonne (avec TGAP), avec 150 ¤/t de plus pour la
déshydratation dans le cas de boues liquides. En comparaison la valorisation de ces matières coute 30-50 ¤ / t MB compostée ou
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La mission n?a pas été en mesure de réaliser une évaluation aussi précise qui nécessiterait une
complétude des données pluriannuelles à la parcelle et la réalisation d?études localisées (SAU
disponible, évolution potentielle des pratiques, acceptabilité de l?épandage de boues, etc.).
Néanmoins, plusieurs sources d?informations peuvent permettre d?appréhender l?impact des flux :
1) Une analyse réalisée lors de l?élaboration du socle commun mentionne que les tonnages de boues épandues impactés par le texte socle commun (en considérant la version 2023 avec un flux ponctuel de cuivre multiplié par trois) seraient les suivants :
? Tonnage MS concerné par la limitation des flux : 172 000 t de MS (soit 37,5 % des boues).
? Tonnage MS qui ne pourrait plus être épandu sans surface supplémentaire : 31 000 t de MS (soit 6,5 % des boues).
? Surface épandable (ha) supplémentaire nécessaire pour épandre les tonnages impactés : 3 800 ha.
Bien évidemment, les flux de cadmium n?étant pas les seuls flux considérés dans le socle
commun, certains tonnages sont impactés du fait d?autres ETM.
2) Une enquête réalisée par AMORCE auprès de ses adhérents montre que le pourcentage de tonnage de boues non-conformes entre l?apport moyen annuel comparé au flux de référence annuel serait inférieur à 2 % pour le premier seuil d?évolution des flux, mais qu?il pourrait dépasser 40 % pour le seuil ultime à savoir 2 g/ha. Ces chiffres doivent être considérés uniquement comme des ordres de grandeur, car l?échantillon ne peut prétendre à une réelle représentativité des boues d?épuration françaises.
3) Les estimations formulées par les différents opérateurs, à savoir que les flux maximums de cadmium autorisés constitueraient une contrainte pour environ 15 % des boues aujourd?hui épandues. Cela signifie, non pas que ces boues ne pourront plus être épandues, mais qu?elles devront l?être sur des surfaces plus importantes.
4) Une analyse sommaire réalisée par la mission à partir des données concernant une partie des boues d?épuration urbaine épandue dans la région Grand-Est, qui converge également vers les mêmes ordres de grandeur.
Ces différentes sources d?informations permettent d?appréhender les ordres de grandeur des tonnages de
boues concernées par la mise en oeuvre de nouveaux flux maximum pour le cadmium. À ce stade, et
même s?il faut rester prudent du fait de l?imprécision des données et calculs, la mission considère qu?avec
un flux :
? annuel de référence équivalent à 5 g/ha, le tonnage des boues concernées reste mesuré (estimation : 7,5 % ± 5 % des tonnes de MS) ;
? annuel de référence équivalent à 2 g/ha, le tonnage des boues concernées pourrait devenir significatif et remettre en question ce mode de valorisation des boues, au moins dans certains territoires (estimation : 35 % ± 10 % des tonnes de MS).
épandue.
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Annexe 17 : Frise temporelle : prise en compte depuis les années 2000 de la problématique PFAS dans les EDCH et les
boues
Figure n°12 : Frise temporelle détaillée de la mise en oeuvre de cadres de gestion des PFAS dans les boues,
dans les pays objets du parangonnage (détaille la figure 7 du corps du rapport)
USA (travaux EPA) 1 2 3 4
Maine 1 2 3
Canada 1 2 3
Belgique-Flandres 1 2 3
Belgique-Wallonie 1 2 3
Suède 1 2 3
REGLEMENTATION PFAS BOUES
USA (travaux EPA) 1 Crises : contamination autour des sites d eproduction de PFAS
2 Emergence de la préoccupation : Inquiétudes sur PFOS et PFOA
3 Surveillance : PFOA stewardship program
4 Règlementation : Eau Potable
Maine 1 Crises : Fermes contaminées (lait, sols, eau) après épandages
2 Surveillance : Campagnes de suivi
3 Règlementation : interdiction totale épandage biosolides avec PFAS
Connecticut 1 Règlementation : interdiction totale épandage biosolides avec PFAS
Michigan 1 Surveillance : programmes de suivi
2 Emergence de la préoccupation : constat de contamination des boues
3 Règlementation : introduction de seuils de gestion
Maryland 1 Emergence de la préoccupation : eau potable, eaux souterraines
2 Crises : sites militaires extrêmement pollués
3 Emergence de la préoccupation : boues
4 Règlementation : introduction d'un cadre de gestion temporaire
5 Règlementation : construction d'un cadre réglementaire
Canada 1 Emergence de la préoccupation : PFOS
2 Règlementation : eau potable
3 Règlementation : norme provisoire sur les boues (pour réguler les importations des Etats limitrophes des USA)
Québec 1 Surveillance : programme de mesures et recherches universtaires
2 Règlementation : norme provisoire sur les boues
Europe 1 Règlementation : Directive (UE) 2020/2184 sur l'eau potable
Allemagne 1 Crises : épisodes de contamination
2 Règlementation PFAS dans les boues
3 Surveillance : Etude PFAS (rapport AFE 2024)
Danemark 1 Crise : pollution majeure
2 Règlementation : introduction de valeurs indicatives
3 Surveillance : Plan PFAS
3 Surveillance : programme de surveillance
Belgique-Wallonie 1 Crise de Chièvre
2 Surveillance : Campagne extensive
2 Règlementation : introduction de valeurs cibles dans les sols
3 Règlementation : Normes PFAS dans la certification volontaire REVAQ
2024 2025 20262018 2019 2020 2021 2022 20232017<2000 2000-2005 2005-2010 2010-2015 2016
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 151/161
Annexe 18 : Méthodes d?analyse des échantillons (préparation, extraction, mesure) et risques de contamination
accidentelle des échantillons et précautions
L?ensemble des acteurs contactés par la mission exprime le besoin d?un cadre normatif fixant des
méthodes robustes et performantes d?analyse des PFAS dans les échantillons de boue132,
permettant d?harmoniser les pratiques, d?intercomparer et interpréter les résultats.
Des pratiques d?analyse hétérogènes en l?absence de cadre normatif
A ce jour, il n?existe pas de norme validée en Europe ou en France pour l?analyse des PFAS dans
les MFSC, ni de laboratoires accrédités en France.
De ce fait, les laboratoires utilisent des méthodes internes et de nombreux paramètres de ces
méthodes, indispensables à l?évaluation d?ensemble de la performance analytique, s?avèrent très
hétérogènes d?un laboratoire à l?autre : modalités d?extraction, limites de quantification, incertitude
de mesure analytique, etc. Des écarts manifestes existent notamment dans l?analyse des boues
liquides et solides, avec des incertitudes de mesure plus élevées pour les boues liquides.
En l?absence de méthode normalisée, des laboratoires pourraient en théorie être accrédités sur la
base d?une méthode interne. Toutefois, l?accréditation par le COFRAC est subordonnée à la
réalisation d?essais inter-laboratoires (EIL), peu organisés jusqu?à présent. Le BIPEA, une
association internationale de laboratoires reconnue pour l?organisation d?EIL, propose depuis
septembre 2025 un circuit d?EIL pour la recherche d?une vingtaine de PFAS dans les boues133.
Les méthodes d?extraction
Préalablement à l?analyse proprement dite, les PFAS sont généralement extraits de la matrice solide
de l?échantillon selon des méthodes adaptées à cette matrice. Les méthodes d?extraction peuvent
varier selon les laboratoires et les pays :
? extraction par un solvant pour les matrices solides (méthode la plus fréquente) ;
? dilution de l?aliquote134 avec de l?eau exempte de PFAS (méthode moins fréquente), mais qui
conduit à récupérer majoritairement les PFAS hydrophiles ; la norme 1633135 validée par
l?EPA en décembre 2024 autorise cette pratique de dilution selon certaines conditions, et est
par ailleurs déployée sur les territoires des Etats-Unis et du Canada par des laboratoires
accrédités.
Les modalités d?extraction et de préparation de l?échantillon influencent significativement les
résultats. Par exemple, la méthode de dilution d?une matrice solide dans l?eau implique d?utiliser une
technique d?analyse développée pour les phases aqueuses, avec souvent des limites de
quantification plus basses.
132 L?analyse des mesures de teneur en PFAS des boues de stations d?épuration réalisées dans le cadre du RSDE 2022
sur le bassin Loire Bretagne (cf. 2.2.2) montre des écarts statistiques parfois très significatifs entre laboratoires d?analyse (facteur supérieur à 10 entre les médianes) ce qui fragilise l?interprétation qui peut être faite de ces données.
133 https://extranet.bipea.org/app_pub/_common/fic_circuit.aspx?code_circuit=38b&code_langue=FR 134 petite fraction de l?échantillon qui sera analysée, représentative de l?échantillon entier 135 EPA, United States Environmental Protection Agency : Method 1633, Revision A : Analysis of Per- and Polyfluoroalkyl
Substances (PFAS) in Aqueous, Solid, Biosolids, and Tissue Samples by LC-MS/MS
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 152/161
Les méthodes d?analyse
méthodes globales (ANSES, 2025) :
? les analyses quantitatives ciblées concernent des composés PFAS préalablement identifiés,
pour lesquels des standards analytiques sont disponibles. Ces analyses font le plus souvent
appel à une chromatographie en phase liquide (LC) couplée à la spectrométrie de masse en
tandem (MS/ MS). La chromatographie en phase gazeuse (GC) peut s?appliquer à un nombre
plus restreint de PFAS, dont des PFAS plus volatiles ;
? les analyses non-ciblées permettent la détection et quantification des substances présentes
dans les échantillons, sans qu?elles soient connues a priori individuellement ou que l?on dispose
de standards spécifiques. Elles nécessitent des instruments bénéficiant d?une résolution et d?une
précision en masse élevées (dont la spectrométrie de masse à haute résolution (HRMS) en
mode balayage complet) (ANSES, 2025) ;
? enfin, des méthodes d?analyses globales ou semi-globales sont déployées ou en cours de
déploiement dans d?autres matrices que les MFSC (eaux, sols), et permettent d?acquérir des
informations plus globales sans pouvoir identifier et quantifier précisément les composés PFAS
individuellement.
Nous citons ci-dessous, sans recherche d?exhaustivité, certaines approches indiciaires globales,
donc non-ciblées, reposant sur la quantification de l?élément fluor, par exemple :
? la résonance magnétique nucléaire (RMN) du fluor, pour le moment d?avantage développée pour
les matrices « sols » et « eaux » : elle permet de mesurer le fluor total soluble, les PFAS totaux,
voire certaines familles de PFAS de configuration chimique particulière en s?appuyant sur des
signatures spectrales. Cette méthode n?a pas vocation à détecter des concentrations faibles car
elle est peu sensible (limites de quantification élevées dans l?eau et le sol), mais offre une vision
d?ensemble de la pollution fluorée avec un accès à des informations d?ordre structural grâce à
l?interprétation de spectres obtenus ;
? la méthode indiciaire par absorption du fluor organique (AOF/ Adsorbable Organic Fluorine)
mentionnée dans les arrêtés du 20 juin 2023 et du 3 septembre 2025136. Ces arrêtés prescrivent
tous deux des campagnes de surveillance dans certains rejets aqueux, incluant une mesure de
la quantité totale de fluor par cette méthode. Elle présente toutefois l?inconvénient d?être peu
sensible, avec une limite de quantification de l?ordre de 2µg/l, et n?est pas conçue pour les
matrices solides ni pour la recherche de composés volatiles. Un autre biais résulte de la
possibilité d?interférences avec le fluor inorganique « non PFAS » qui peuvent conduire à des
surestimations potentiellement fortes de la teneur en PFAS.
Des études137 soulignent que, dans le cadre de l'évaluation de la contamination environnementale
par les PFAS, l'AOF ou encore l?EOF (mesurant le fluor organique extractible, méthode plus adaptée
136 Arrêté du 20 juin 2023 relatif à l'analyse des substances per- et polyfluoroalkylées dans les rejets aqueux des
installations classées pour la protection de l'environnement relevant du régime de l'autorisation et arrêté du 3 septembre 2025 relatif à l'analyse de substances per- et polyfluoroalkylées dans les eaux en entrée et sortie de stations de traitement des eaux usées urbaines.
137 La plupart des méthodes et approches existantes ont été testées sur des échantillons d?eaux usées, de boues ou de sous-produits dans le cadre du projet européen PROMISCES (Preventing Recalcitrant Organic Mobile Industrial chemicalS for Circular Economy in the Soil-sediment-water system), qui s?est déroulé de 2021 à 2025. Ce projet a contribué au développement des méthodes analytiques et confirme l?intérêt de compléter les analyses ciblées par des approches plus globales afin de mieux apprécier la contamination.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 153/161
aux sols et aux boues) ne sont pas entièrement efficaces en tant qu'indicateurs pour évaluer la
« quantité totale de PFAS », car ils peuvent intégrer des fluors non PFAS et donc fortement
surestimer la teneur effective en PFAS. Cependant, ces méthodes s?avèrent utiles pour mieux
comprendre les sources de fluor dans l'environnement.
Les méthodes globales ne peuvent pas, à elles seules, fonder la prise de décision face à une
pollution supposée ou avérée par les PFAS mais apportent des informations complémentaires utiles
sur la contamination fluorée des milieux, et méritent donc de compléter les approches ciblées
« classiques » plus sensibles.
Un projet de norme internationale en cours
Une norme ISO (ISO/DIS 25652) est en voie de finalisation au moment de la rédaction du présent
rapport. Sa publication est attendue pour mi-2026 (ou de façon plus réaliste fin 2026).
Elle permettra de répondre aux enjeux d?harmonisation des méthodes analytiques pour :
? la matrice boues ainsi que pour les matrices sols et sédiments ;
? les substances listées dans son domaine d?application e (une cinquantaine de PFAS).
Le BRGM a publié une note de synthèse sur ce projet de norme en octobre 2024138.
La publication de cette norme internationale facilitera l?organisation d?essais inter-laboratoires et in
fine les demandes d?accréditation des laboratoires. Son contenu est connu et peut d?ores et déjà
être utilisé par les laboratoires qui le souhaitent.
Risques de contamination accidentelle des échantillons et précautions
La plupart des références bibliographiques consultées insistent sur la nécessité de porter une
attention particulière au risque de contaminations accidentelles des échantillons, depuis leur
prélèvement jusqu?à leur analyse au laboratoire, risque lié au caractère ubiquiste des PFAS.
Par exemple, le projet PFASOL (cf. 2.2.3) préconise, dans le cadre de prélèvements de la matrice
solide « sols », d?utiliser des matériels en inox plein sans revêtement, des gants en nitrile non
poudrés, ainsi que des flacons en polyéthylène haute densité sans étanchéification en téflon, et
d?éviter autant que possible le port de produits corporels contenant des PFAS.
Des positions plus nuancées (INERIS/BRGM) considèrent cependant que l?impact de la
contamination accidentelle d?un échantillon est moindre lorsqu?il s?agit de matrices présentant des
teneurs en PFAS assez élevées (mesurées en µg/kg de MS pour les boues, et non en ng/L). De leur
avis, compte tenu des valeurs parfois importantes constatées, la seule éventuelle contamination lors
du prélèvement ne peut justifier ces valeurs. Ce point a été confirmé par la DEB et la DGPR dans
son courrier (cf. annexe n°10) au DREAL de Bassin Loire Bretagne.
La remise en cause systématique de mesures fournissant des valeurs élevées par l?argument d?une
contamination accidentelle hypothétique lors du prélèvement n?apparaît pas légitime.
138 https://ssp-infoterre.brgm.fr/sites/default/files/documents/2024-10/BRGM-RP-73936-FR_note-PFAS.pdf
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Annexe 19 : La production de MAFOR en France : origines et volumes
Une expertise scientifique collective (INRAE, CNRS) sur la valorisation agricole des matières
fertilisantes d?origine résiduaire a été publiée en 2014139 (Etude ESCO MAFOR). Les données
relatives aux gisements de matières résiduaires, à la part valorisable en agriculture et aux pratiques
d'épandage sont très difficiles à rassembler pour toutes les MAFOR objets de cette expertise et à
analyser. En effet, elles sont collectées de différentes manières, ne sont pas centralisées, sont
incomplètement informatisées, sont exprimées dans différentes unités de mesures (matière brute
versus matière sèche). Enfin, certains gisements ne sont renseignés au niveau national que par des
enquêtes réalisées il y a plus de 20 ans, qui n'ont pas été actualisées. Des données plus récentes
existent, mais ne sont disponibles que pour certaines régions ou ne se basent pas sur la même
typologie des matières, rendant délicate l'articulation entre les données et l'estimation de l'évolution
des gisements au cours du temps.
Il convient de souligner que les déjections directement émises au champ par les animaux, non
récupérables (estimées à environ 50 % de la totalité des effluents d?élevage), ne sont pas
considérées comme des MAFOR, car elles ne sont pas "épandues" au sens strict (c'est-à-dire par
l'Homme). Ces apports "non maîtrisés" de déjections constituent néanmoins un élément contextuel
à prendre en compte dans toute réflexion globale portant sur les modalités d?utilisation et
d?encadrement réglementaire des MAFOR : au même titre que les déjections récupérables, elles
sont susceptibles d?apporter des éléments fertilisants et de la matière organique, mais également
d'être vectrices de contaminations.
Par ailleurs, faute de données fiabilisées, les quantités importées et exportées sont exclues de
l?analyse alors qu?elles semblent constituer des volumes significatifs140.
Pour ces différentes raisons, il n?a pas été possible de fournir, dans le cadre de cette mission, une
image globale précise des flux de MAFOR actuellement épandues en France.
De l?ensemble des informations rassemblées par l?ESCo MAFOR 2014, plusieurs points peuvent
être mis en exergue :
? les effluents d?élevage produits en France représentent un volume annuel de 109 Mt MB (matière
brute) équivalent à 31 Mt MS (matière sèche)141, répartis pour moitié entre émissions au champ
(déjections directes) et pour moitié effluents collectés ;
? les effluents d?élevage collectés représentent ~78 % des MAFOR épandues et constituent le
principal gisement non impacté par une source soit industrielle soit urbaine. Ils proviennent à
73 % de l?élevage bovin (source AGRESTe). Ce segment est depuis quelques années en
décapitalisation, ce qui induit une diminution des quantités produites, les valeurs présentées
constituant un maximum disponible ;
? la quantité de boues produites par les STEU urbaines est estimée à 976 000 tonnes MS en 1998
(IFEN, 1998) et à 1 180 000 tonnes MS en 2008 (MEEDDAT, 2009), soit une augmentation
139 « Valorisation des matières fertilisantes d?origine résiduaire sur les sols à usage agricole ou forestier : impacts agronomiques,
environnementaux, socio-économiques » (https://www.inrae.fr/sites/default/files/pdf/MAFOR-synthese-vf-oct2014.pdf) 140 Selon l?étude ESCO MAFOR (2014), qui s?appuie sur une enquête de l?UNIFA de 2013, 0.7 Mt de MS (volailles et porcs) étaient
importés annuellement depuis les Pays Bas et la Belgique. Les DRAAF interrogées (Grand Est, Auvergne Rhône Alpes et Pays de la Loire) n?ont aucune traçabilité de ces importations.
141 Cette estimation est reprise dans un rapport CGEDD/CGAAER de 2015 sur les épandages de matières fertilisantes d?origine résiduaire, sans que le détail de calcul y figure (https://agriculture.gouv.fr/sites/default/files/cgaaer_14074_2015_rapport.pdf)
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 155/161
d?environ 21 % en 10 ans. Les prévisions établies par la Commission européenne pour la France
à l?horizon 2020 (Milieu Ltd et al., 2010) s?élevaient à 1 600 000 t MS / an142. La production
globale de boue entrant dans un processus d?épandage était estimée à 1.6 Mt MS (2014), devant
progresser à 2 Mt MS ;
? la production et la valorisation des déchets organiques (y compris les boues et effluents
industriels) ne sont pas réparties de manière homogène sur le territoire (production au nord et à
l?ouest, besoin important à l?est et au sud, notamment en zones céréalières). Cette répartition
inégale constitue un frein à l?utilisation de ces matières. En effet, la concentration de l?élevage
dans certaines régions françaises, dont les effluents sont peu transportables, est synonyme de
concentration du gisement de ce type de MAFOR. De même, les villes constituent des gisements
localisés de MAFOR, principalement utilisables par l?agriculture périurbaine ;
? ces concentrations de populations humaine (zone urbaine) et animale (régions d?élevage)
mobilisent des aliments qui ne sont pas produits sur place : ainsi, un épandage localisé des
MAFOR produites par ces populations ne permet pas de restituer l?azote mobilisé dans les
régions productrices de ces aliments, et ainsi de boucler le cycle de l?azote ;
? l?Etat ne dispose pas de la connaissance des flux de MAFOR à l?import et à l?export. La mise en
oeuvre de normes va conduire à supprimer des gisements donc va probablement, par un effet
rebond, renchérir la matière importée qui va se transporter sur de plus grandes distances.
Ces données sont globalement cohérentes avec celles collectées dans l?annexe 16.
142 Référence février 2012 - Panorama des projets de recherche et perspectives sur la problématique des micropolluants dans les boues
de stations de traitement des eaux usées urbaines
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Annexe 20 : Extrait étude SYNTEAU sur l?impact de la DERU2 article 11
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Résumé
1. L?encadrement réglementaire
1.1. Les composés PFAS en France et en Europe : définitions, enjeux associés et encadrement réglementaire
1.1.1. Définitions et présentation générale des PFAS
1.1.2. Cadre réglementaire européen
1.1.2.1. Des restrictions de fabrication et d?utilisation des PFAS, en voie de renforcement
1.1.2.2. Un cadre réglementaire européen uniquement pour l?eau et l?alimentation
1.1.3. Prise en compte française
1.1.3.1. Encadrement national et plan d?actions interministériel sur les PFAS
1.1.3.2. La loi de février 2025, une spécificité française
1.1.3.3. Un début d?encadrement par bassin par les SDAGE
1.1.3.4. Des études et missions diligentées récemment
1.2. Réglementation française applicable aux matières fertilisantes
1.2.1. Définitions
1.2.2.1. Une « offre réglementaire » souple selon le type de MFSC
1.2.2.2. La réglementation ICPE et IOTA sur les boues
1.2.2.3. L?introduction à venir du « socle commun » en France
1.3. Une directive « eaux résiduaires urbaines 2 », impactant le gisement de boues
2. Cadre général des matières fertilisantes en France
2.1. Matières fertilisantes utilisées en France ? origines, quantités, usages et enjeux
2.1.1. Matières organiques
2.1.1.1. La production de MAFOR en France : origines et volumes
2.1.1.2. Boues (STEU et ICPE) et digestats (méthaniseurs)
2.1.1.3. Synthèse sur les tonnages de MAFOR
2.1.2. L?utilisation des MAFOR : enjeux et source de tension pour les différentes filières d?épandage
2.1.2.1. Principaux usages
2.1.2.2. La diminution du gisement de MAFOR : enjeux et impacts
2.1.3. Matières minérales
2.2.1. Métrologie des PFAS dans les MFSC
2.2.1.1. Echantillonnage et prélèvement des MFSC pour l?analyse des PFAS
2.2.1.2. Méthodes d?analyse des échantillons (préparation, extraction, mesure)
2.2.1.3. Risques de contamination accidentelle des échantillons et précautions
2.2.2. Niveaux de contamination en PFAS des différentes MFSC : données françaises disponibles
2.2.2.1. Teneurs en PFAS des boues de STEU urbaines
2.2.2.2. Analyse des PFAS dans les boues du RSDE Loire Bretagne 2022
2.2.2.3. Les analyses PFAS dans les boues par les opérateurs de STEU
2.2.2.4. Revue bibliographique des données françaises disponibles sur la contamination de toutes les MFSC
2.2.3. Contamination PFAS des compartiments associés
2.2.4. Des cas emblématiques de contamination par les PFAS des MFSC et de modes de gestion sur le territoire français
2.2.5. Que faire des boues contaminées ?
2.2.5.1. Incinération
2.2.5.2. Foresterie
2.2.5.4. La méthanisation
3. Synthèse du parangonnage de pays ayant mis en place une réglementation
3.1. Processus ayant permis le parangonnage et ces limites
3.2. Des points communs, malgré la diversité des contextes
3.2.1. Des facteurs communs à l?origine d?une volonté de régulation
3.2.2. La préoccupation centrée sur les boues de stations d?épuration
3.2.3. Certains composés PFAS systématiquement pris en compte
3.2.4. Caractérisation et traçabilité des boues sont des enjeux majeurs
3.2.5. Des taux de non-conformité faibles face aux réglementations
3.3. Les composés PFAS retenus dans les cadres de gestion
3.4. L?élaboration des cadres de gestion
3.4.1. Structure des cadres de gestion :
3.4.2. Typologie des démarches :
3.5. D?incitatifs à réglementaires, des cadres de gestion à portée variable
3.6. Impacts et mesures d?accompagnement : un recul insuffisant
4. Introduction d?un cadre réglementaire sur les PFAS dans les matières fertilisantes
4.1. Une stratégie à la croisée d?enjeux sanitaires, environnementaux et d?économie circulaire
4.2. Les points de vue des acteurs
4.3. Cadres de gestion PFAS dans les MFSC et anticipation des impacts
4.3.1. Pertinence de l?introduction rapide et progressive de seuils en PFAS dans les MFSC et proposition d?une méthode
4.3.2. Une stabilisation des protocoles métrologiques des PFAS dans les matrices solides
4.3.3. Une organisation du suivi des teneurs en PFAS des sols
4.3.4. Campagne nationale 2026-2027 de mesure des teneurs en PFAS des boues et digestats valorisés par épandage agricole
4.3.5. Une amélioration de l?information sur les MAFOR
4.3.6. Coordination nationale du suivi des teneurs en PFAS des MFSC et des sols
4.3.7. Mesures d?anticipation des impacts et d?accompagnement
Conclusion
Annexes
De fortes disparités régionales
1.1.1 Un impact quasi nul des teneurs autorisées pour les boues
1.1.2 Un impact significatif des flux
Des pratiques d?analyse hétérogènes en l?absence de cadre normatif
Les méthodes d?extraction
Les méthodes d?analyse
INVALIDE) (ATTENTION: OPTION et de l?ordre de 25 % pour les STEU de moins de 20 000 EH (échantillon de 24 STEU).
Les résultats obtenus par des exploitants sur 185 STEU (cf. 2.2.2.3) et par la mission et l?AE LB sur
les 48 STEU du RSDE 2022 (cf. 2.2.2.2) sont pleinement cohérents entre eux.
2.2.2.4. Revue bibliographique des données françaises disponibles sur la
contamination de toutes les MFSC
Les éléments qui suivent portent sur les données françaises de contamination des MFSC, hors
données issues du RSDE ou du secteur privé portant sur les boues qui ont été analysées dans le
paragraphe précédent.
Le suivi des PFAS dans les MFSC autres que les boues est nettement moins fourni dans la
documentation scientifique. Dans une étude franco-canadienne (Munoz et al., 202240), les PFAS ont
40 Target and nontarget screening of PFAS in biosolids, composts, and other organic waste products for land application in France.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 33/161
été caractérisés dans 47 produits organiques utilisés dans les zones agricoles en France, y compris
des matériaux historiques et récents.
Il s'agit de produits provenant :
? de déchets urbains (boues d'épuration des stations d'épuration, compost de déchets verts et
boues d'épuration, compost de biodéchets, compost de déchets urbains solides, digestat de
déchets urbains) ;
? de déchets agricoles (fumier de vaches laitières, lisier de porcs, fumier de volailles, compost de
fumier de bétail laitier, digestat provenant du fumier de porc) ;
? et de déchets industriels (boues de papier et cendres d'incinération).
Au total, 160 PFAS de 42 classes ont été détectés. Les teneurs des PFAS ciblées étaient faibles
dans les matières d?origine agricole, tels que le lisier de porc, le fumier de volaille ou le fumier de
bovins laitiers (médiane pour la somme de 46 PFAS : 0,66 ?g/kg MS, concentration nettement
inférieure au seuil restrictif fixé en Flandre de 15 ?g/kg MS pour la somme des 20 PFAS de la
directive EDCH).
Des niveaux plus élevés de PFAS ont été signalés dans les déchets urbains et industriels, les boues
issues des papeteries, les boues d'épuration ou les composts des ordures ménagères (médiane
pour la somme de 46 PFAS : 220 ?g/kg MS, soit plus de 300 fois la teneur médiane observée dans
les effluents d?élevage).
Quelle que soit l'unité géographique considérée, les concentrations de PFAS étaient nettement plus
élevées dans les boues d'épuration et les déchets urbains compostés que dans les effluents
d'élevage. Les acides perfluoroalkylés étaient les plus fréquemment détectés (PFOS et PFOA en
tête), avec des profils similaires à ceux de produits équivalents analysés aux États-Unis.
D?autres études (Lazcano et al, 202041) viennent confirmer que les concentrations de PFAS sont
plus importantes dans les produits à base de boues comparativement à d?autres matières
fertilisantes tels que les composts à base de déchets alimentaires et déchets verts ; ou encore que
les composts de déchets issus d?emballages et de papiers sont plus contaminés que les composts
contenant uniquement des déchets de jardin ou alimentaires (Costello et Lee, 202042).
A l?aune de ces travaux, les boues, les produits à base de boues et de déchets contenant notamment
des résidus de papiers et cartons imperméabilisés apparaissent comme les matières les plus à
risque quant à la présence de PFAS.
2.2.3. Contamination PFAS des compartiments associés
Maîtriser la contamination environnementale par les PFAS implique de quantifier les teneurs en
PFAS rencontrées dans différents compartiments environnementaux (eaux de surface, eaux
souterraines, sols, air, biotes, alimentation, humains), leur distribution spatiale et leur évolution
temporelle. Les stratégies de suivi des contaminations PFAS de certains de ces compartiments (cf
annexe n°15), potentiellement liées à la fertilisation, sont décrites ci-dessous.
Suivi de la contamination PFAS des sols : différents travaux scientifiques ont montré que les
PFAS se concentraient principalement dans le sol superficiel (de l?ordre de 10 cm de profondeur) et
que, hormis les cas de contaminations liés à des rejets industriels localisés, la principale source de
Environmental Science and Technology 2022 56. Munoz et al., 2022.
41 Characterizing and comparing per and polyfluoroalkyl substances in commercially available biosolid and organic non-biosolid-based products. Environ Sci Technol.2020. Lazcano et al, 2020.
42 Sources, fate, and plant uptake in agricultural systems of per-and polyfluoroalkyl substances. Current Pollution Reports 10. Costello et Lee, 2020.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 34/161
PFAS dans les sols est liée aux fertilisants, principalement aux boues épandues, ainsi qu?aux
produits phytosanitaires.
Certains pays (Danemark, Belgique, Suisse?) ont déjà mené des campagnes extensives de mesure
des PFAS dans leurs sols, généralement avec le double objectif de déterminer des « valeurs de
fond »43 des teneurs en PFAS et d?identifier des zones où les sols ont des teneurs élevées. L?INERIS
a publié en 2025 un rapport « Valeurs de fond des PFAS dans les sols européens et cadre de gestion
des sols contaminés par les PFAS sur le territoire flamand »44. Le Tableau 8, extrait de ce rapport,
fournit les valeurs de fond (quantiles 50 % et 90-95 %) de trois PFAS dans des sols ruraux, issus de
trois études (Flandre, Pays-Bas, Rhénanie nord-Westphalie).
Tableau 8 : valeurs de fond des teneurs en PFAS des sols issus d?études belges, néerlandaises et allemandes (source rapport INERIS 2025 « Valeur de fond des PFAS dans les sols européens »)
En France, de tels travaux sont en cours de mise en place par le réseau de mesure de la qualité
des sols (RMQS) et le projet PFASol. Le RMQS est un outil de surveillance des sols à long terme,
piloté par le GIS Sols45. Il a pour missions de cartographier les propriétés des sols, de gérer une
banque d?échantillons de sols, de tenir un tableau de bord de la qualité des sols et de détecter des
évolutions de leur qualité. Il suit 2 240 sites répartis sur le territoire national, par périodes de 15 ans
(RMQS1 2000-2015 ; RMQS2 2016-2030). Les PFAS font partie des enjeux émergents pour le
RMQS. Plusieurs projets (projet INERIS, projet IPANEMA) ont été consacrés à des sols de sites
industriels pollués par les PFAS, et visaient à mieux prévoir leur biodisponibilité et toxicité.
Le projet PFASol vise à réaliser un premier état des lieux des teneurs en PFAS des sols à l?échelle
nationale. Ses objectifs scientifiques et techniques sont : (i) de tester et définir la profondeur de
prélèvement des PFAS ; (ii) de fournir une première vision de la contamination PFAS diffuse des
sols français à travers l?analyse des échantillons du RMQS et de proposer des premières valeurs de
référence ; (iii) de rechercher les déterminants de la répartition des PFAS (ex : occupation du sol,
intrants, position géographique par rapport à des industries) ; (iv) de valoriser les résultats,
notamment en appui aux politiques publiques. Les produits finaux escomptés sont :
? un protocole de prélèvement rigoureux et reproductible (teneurs faibles) ;
? une connaissance des teneurs en PFAS des sols au niveau national ;
? la définition d?indicateurs de la pollution en PFAS (valeurs de fonds, valeurs de référence) ;
? une base de données des sols français pour environ 49 molécules de PFAS sur 170 sites.
Suivi de la contamination PFAS des rejets aqueux des STEU : l?arrêté du 3 septembre 2025
relatif à « l'analyse de substances PFAS dans les eaux en entrée et sortie de stations de traitement
des eaux usées urbaines »46, fixe les conditions d'une campagne de surveillance des substances
PFAS pour les stations de traitement des eaux usées urbaines de capacité nominale supérieure ou
égale à 10 000 EH. Les résultats de ces mesures sont versés dans la base nationale ROSEAU, qui
43 La valeur de fond permet d?identifier l?impact d?une source (notamment ponctuelle) dans les milieux de vie, par rapport à la charge diffuse existante, 44 https://www.ineris.fr/sites/default/files/contribution/Documents/Ineris-232891%20-
%20Valeurs%20de%20fond%20PFAS%20et%20gestion%20flamande%20v2.pdf 45 https://www.gissol.fr/le-gis/programmes/rmqs-34 46 https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000052201216
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 35/161
recense les données de suivi des mises en conformité des ouvrages d'assainissement. Cette base
est accessible via le portail d'information sur l'assainissement communal.
Suivi de la contamination PFAS des rejets aqueux des ICPE : l?arrêté ministériel du 20 juin 2023
relatif à « l?analyse des PFAS dans les rejets aqueux des ICPE » constitue la base réglementaire de
la mesure des teneurs en PFAS dans les rejets aqueux des ICPE soumises à autorisation. Il prévoit
trois campagnes d?analyses à réaliser selon un calendrier défini, impose une liste de PFAS (dont
ceux visés par la Directive EDCH (cf. Tableau 9)) et concerne environ 5 000 installations
industrielles.
Suivi de la contamination PFAS des eaux potables : La Directive EDCH est le texte fondamental
qui encadre le suivi des eaux destinées à la consommation humaine. Elle introduit pour la première
fois des limites pour les PFAS dans l?eau : somme de 20 PFAS < 0,10 µg/l ; somme de tous PFAS
mesurables < 0,50 µg/l. Les États membres doivent surveiller ces substances et respecter ces seuils
depuis janvier 2026 au plus tard. La directive est transposée dans le droit français via des décrets
et arrêtés sur la qualité de l?eau potable et via l?intégration des PFAS dans les paramètres
réglementaires :
? l?instruction DGS/EA4/2023/52 du 31 août 2023 a lancé une campagne nationale exploratoire
sur les PFAS avec pour objectifs de mesurer la présence des PFAS dans les eaux brutes
(ressources utilisées pour produire l?eau potable) et les eaux distribuées, et d?identifier les zones
à risque ;
? l?instruction DGS/EA4/2025/22 du 19 février 2025 renforce la gestion sanitaire en précisant
comment interpréter les résultats en PFAS et quelles actions prendre en cas de dépassement.
Lors de la campagne nationale exploratoire de l?ANSES (2023?202547), sur 627 échantillons d?eau
du robinet analysés, neuf ont présenté des dépassements du seuil de 100 ng/l (~1,4% des
échantillons). De façon générale, les PFAS ont été détectés dans la majorité des échantillons, mais
sous le seuil réglementaire. Le taux moyen pour la somme de 20 PFAS en France s?établit à 0,023
µg/l. Sur 8 827 réseaux d?eau analysés, 24 ont présenté des dépassements de la norme.
L?absence d?observatoire systémique sur les contaminations en PFAS, regroupant l?ensemble de
ces informations, est un frein à la mise en place d?une démarche collaborative et d?analyse des
risques.
2.2.4. Des cas emblématiques de contamination par les PFAS des MFSC et de modes de gestion sur le territoire français
De manière systématique, les alertes sur les contaminations en PFAS sont issues d?analyses d?eau
potable réalisées par les ARS. Elles ont été suivies de la mise en place de cellules de crise pilotées
par le corps préfectoral et des procédures judiciaires ont été diligentées. Ces crises ont mis en
lumière plusieurs points :
? la publication systématique sur portail internet de l?ensemble des informations connues, comme
l?a réalisé la DREAL AURA, a participé fortement à apaiser les relations avec les acteurs des
territoires ;
? lorsque la source de la pollution est identifiée et n?est pas reliée à un site industriel, elle est
souvent en provenance d?une matière fertilisante, ce qui a conduit certains préfets à interdire
l?épandage (boue de papeterie belge, boue de blanchisserie, ?) ;
47 https://www.anses.fr/system/files/LABORATOIRE2024-AST-0045.pdf
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 36/161
? l?absence de normes en France, tant sur la mesure que sur les produits, concernant les PFAS
dans les MFSC et l?impossibilité de tracer les importations de matières fragilisent les actes
administratifs pris ;
? tous les acteurs sont très attentifs à la qualité de l?eau bue, à la qualité des aliments ingérés mais
la question du support ? le sol - est moins abordée ;
? les travaux nécessaires pour permettre de réalimenter la population en eau potable sont très
importants et coûteux.
2.2.5. Que faire des boues contaminées ?
A ce jour, il n?existe que très peu de solutions pour gérer une boue qui présenterait des teneurs en
PFAS n?autorisant plus son utilisation d?amendement agricole. Les solutions éprouvées visent soit
la destruction des boues (incinération), soit leur valorisation hors production alimentaire (épandage
forestier), soit leur traitement plus avancé (mélange de boues, méthanisation) en vue d?une
valorisation partielle par épandage.
2.2.5.1. Incinération
Le seul traitement opérationnel permettant la destruction des PFAS est l?incinération des boues à
très haute température, traitement également utilisable pour les lixiviats de méthaniseur nonobstant
leur très faible siccité. Actuellement, les incinérateurs de déchets dangereux, qui sont conçus et
exploités pour détruire toutes les substances dangereuses, garantissent des conditions propices à
l?élimination des PFAS : températures élevées dans les fours d?incinération, temps de séjour
suffisamment long, post-combustion des fumées, traitement des fumées ultra-performant. À ces très
hautes températures (supérieures ou égales à 1300°C), la liaison carbone-fluor se brise et provoque
la minéralisation des PFAS sous forme de CO2 et de fluor. Ceux-ci sont ensuite captés lors du
traitement des fumées ou stabilisés dans les résidus solides de la combustion. Ce n'est pas une
transformation ou un déplacement : c'est une élimination définitive. Les résidus sont tout de même
stockés en décharge de classe I. Cependant, la capacité et disponibilité actuelle du parc national
d?incinérateurs à très haute température est limitée et ne permettrait pas, d?après les représentants
de la profession (SYPRED et SYVED48), d?absorber de nouveaux volumes importants sans
construire de nouveaux fours. Il existe cependant un brevet qui permet d?éliminer les PFAS à plus
basse température (inférieure à 1000°C) dans des fours non industriels moyennant quelques
adaptations (société Véolia brevet n°23 02257 ? annexe n°11). Cette solution constituerait une filière
de traitement à moindre frais pour ces boues et permettrait de maintenir des fours dont les matières
entrantes actuelles n?ont plus un PCI (pouvoir calorifique inférieur) suffisant, ce qui est un effet du tri
à la source. Le rajout de boues contenant beaucoup de carbone (boues non conformes PFAS)
permettrait d?augmenter la valeur du PCI du mélange et de continuer à incinérer la matière.
2.2.5.2. Foresterie
La dernière filière en croissance citée dans la littérature est la foresterie, notamment les taillis à
courte rotation (TCR), ou bien l?usage par amendement sur des terrasses en ville. Les épandages
génèrent un apport en matière organique important pour cette filière et doivent provenir de boues le
moins liquides possible, afin de limiter le retour vers la nappe. Ils ne concernent pas les cultures à
vocation alimentaire.
48 SYPRED : Syndicat des professionnels du recyclage, de la valorisation, de la régénération et du traitement des déchets dangereux. SYVED : Syndicat de valorisation et d?élimination des déchets
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2.2.5.3. Le mélange de boues pour déshydratation
Les échanges que les membres de la mission ont conduits avec certains prestataires privés
semblent indiquer que le mélange de boues de plusieurs ouvrages d?épuration se généralise,
notamment dans le cadre d?unités mutualisées de traitement et déshydratation.
L?objectif recherché par ces dispositifs est la rentabilisation des investissements de traitement-
déshydratation et la possibilité d?épandre sur des terres plus éloignées du site de production. Les
industriels anticipent aussi la mise en oeuvre de la DERU2 (cf. 1.3. ). L?autorisation de mélanger des
boues résulte d?un assouplissement de la réglementation qui date de la période post Covid49. Ce
décret modifie les articles R. 211-29 et R. 211-30 du code de l?environnement pour autoriser le
mélange de boues dès lors que chaque boue respecte les conditions réglementaires avant mélange,
et que le mélange est conforme aux prescriptions techniques applicables à l?épandage sur sols
agricoles. Ce mélange implique l?instruction de demandes d?autorisations préfectorales permettant
aux systèmes d'assainissement concernés d?importer ou d?exporter de la boue, puis de demandes
d?autorisations préfectorales relatives à l'épandage des boues mélangées. Donc, soit la STEU est
neuve et ce processus est prévu dès la conception, soit les DDT(M) devront instruire de nombreux
arrêtés modificatifs avec, pour certains dossiers, de nouvelles enquêtes publiques.
Ce processus technique implique que :
? les stations tiennent un registre de suivi des boues, avec les dates de prélèvement, les résultats
des analyses, les dates d'évacuation des boues ;
? les siccités des différents lots de boues soient proches donc que :
o la STEU de grande capacité dispose d?un silo qui permette de mélanger les boues en amont
de la filière d?épaississement,
o et que des analyses en PFAS dans les boues soient réalisées à différents points : en A6
(boue liquide produite par la station 1), en S6 (boue liquide évacuée par la station 1) puis en
S6 de la station 2 (boue mélangée avant épandage).
Il existe cependant, à ce stade, une difficulté règlementaire. Le décret susvisé impose que, à chaque
étape du mélange, la boue doit être conforme aux préconisations réglementaires pour l'épandage,
ce qui n?est pas le cas. Toutefois, le préfet peut autoriser le regroupement de boues dans des unités
d'entreposage ou de traitement communs, lorsque la composition de ces déchets répond aux
conditions prévues aux articles R. 211-38 à R. 211-45 du code de l?environnement, qui renvoient
elles-mêmes aux dispositions de l'arrêté ministériel de 1998 (caractéristiques des boues, distances
d'épandages, périodes d'épandage, etc.). Cette architecture réglementaire n?est pas adaptée à la
production de boues liquides contenant des PFAS qui peuvent devenir conformes aux normes, et
donc épandables, après épaississement. Une modification du décret ou des deux arrêtés
ministériels de 1998 (IOTA et ICPE), prenant en compte cette spécificité, est nécessaire.
2.2.5.4. La méthanisation
La digestion des boues par des méthaniseurs au sein des stations d?épuration se développe. Aucun
PFAS n?est éliminé par le processus de méthanisation et la question de la contamination PFAS se
reporte des boues aux digestats. Cette solution a toutefois l?avantage de diminuer fortement la
quantité de matière contenant des PFAS à traiter et présente un fort potentiel de généralisation (cf.
DERU2). Ces stations vont avoir aussi la capacité d?accueillir d?autres produits pour augmenter les
49 Décret n° 2021-147 du 11 février 2021 relatif au mélange de boues issues de l?assainissement des eaux usées urbaines et à la
rubrique 2.1.4.0 de la nomenclature des installations, ouvrages, travaux et activités soumises à la loi sur l?eau
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 38/161
capacités des méthaniseurs et produire une quantité importante d?énergie. Il faut prévoir un suivi de
la qualité PFAS des digestats qui seraient destinés à l?épandage agricole, et une filière pour éliminer
les digestats concentrés en PFAS, ce qui nécessitera de l?incinération après épaississement.
3. SYNTHESE DU PARANGONNAGE DE PAYS AYANT MIS EN PLACE UNE
REGLEMENTATION
L?objectif du parangonnage est multiple :
? assurer une bonne connaissance des réglementations mises en place par certains pays sur les PFAS dans les matières fertilisantes en général, et dans les boues de STEU valorisées par épandage agricole en particulier (valeurs de référence, périmètre des substances PFAS prises en compte?) ;
? comprendre les logiques et processus qui ont guidé leur définition et leur mise en place ;
? recueillir les retours d?expérience sur les pratiques de gestion et les impacts de ces réglementations.
La lettre de commande mentionnait une première liste de pays cibles pour ce parangonnage :
Autriche, Allemagne, Norvège, Suède, USA, Canada, Danemark, Belgique.
3.1. Processus ayant permis le parangonnage et ces limites
Au vu des délais contraints de la mission, trois voies de parangonnage ont été mobilisées en
parallèle : un travail d?analyse approfondie de la bibliographie, des échanges officiels (en
concertation avec la DG Trésor et la DAEI du MTE) avec les autorités et acteurs de ces
réglementations dans certains pays (ministères chargés de l?environnement, ministères chargés de
l?agriculture, agences, ?), quelques contacts directs, notamment avec des scientifiques de ces pays
collaborant avec des scientifiques français.
En l?absence d?anticipation pour la présente mission, il n?était pas possible de procéder par la voie
habituelle (questionnaire structuré établi par la mission et envoyé par les conseillers aux autorités
compétentes dans les pays, puis entretiens sur la base des réponses de ces autorités ? DG Trésor),
ni d?approcher un grand nombre de pays. Il a donc été convenu, à la demande de la DG Trésor, de
limiter à cinq le nombre de pays ciblés (Allemagne, Belgique, Canada, Danemark, Suède) et de
s?appuyer sur une procédure légère, sans questionnaire : identification par les conseillers des
ambassades des bons interlocuteurs et mise en contact avec les missionnés, entretiens de la
mission avec ces interlocuteurs en présence des conseillers, analyse par la mission des informations
recueillies et synthèse.
Parmi les autorités étrangères ainsi contactées dans des délais contraints, certaines ont pu être
réactives en proposant des entretiens approfondis, notamment dans le cas de la Belgique et du
Canada, quand les autres ont principalement communiqué des documents. Dans ces derniers cas,
l?analyse bibliographique a été la principale source d?information et a également porté sur certains
États des États-Unis. Le nombre limité de pays analysés et l?hétérogénéité des types de contacts
(entretiens approfondis, entretiens légers, documents) constituent donc une limite de ce travail de
parangonnage, mais le paysage ainsi dessiné illustre assez bien la diversité des situations,
notamment en lien avec la pratique plus ou moins développée de valorisation agricole des boues de
STEU.
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Les résultats du parangonnage sont restitués sous deux formes :
? ce chapitre 3 qui présente une synthèse interpays, structurée par thèmes : les facteurs à l?origine
de la mise en place d?une réglementation ; les valeurs réglementaires adoptées ; les logiques
ayant piloté leur détermination ; le retour d?expérience sur la mise en oeuvre de ces
réglementations (mesures d?accompagnement, impacts sur les filières) ;
? six fiches-pays détaillées (cf. annexe 6), qui présentent la situation dans chacun des six pays et
dans leurs provinces, régions ou Etats fédérés pour la Belgique (régions de la Flandre et de la
Wallonie), le Canada (niveau fédéral et province du Québec) et les USA (États du Maine, du
Michigan, du Connecticut).
3.2. Des points communs, malgré la diversité des contextes
D?une manière générale, cette étude montre que la régulation des PFAS dans les boues d?épuration,
et plus globalement dans les MFSC, constitue encore un domaine émergent.
3.2.1. Des facteurs communs à l?origine d?une volonté de régulation
Plusieurs dynamiques convergentes expliquent l?encadrement croissant des PFAS dans les boues
de stations d?épuration :
? la survenue de crises sanitaires et/ou environnementales médiatisées, ayant entraîné des
attentes fortes en matière de transparence et de surveillance des boues. Citons par exemple la
contamination d?exploitations laitières dans le Maine, la contamination d?origine industrielle en
Flandre près d?Anvers, un épisode de contamination de l?eau potable à Ronneby en Suède, ou
encore une pollution liée à l?usage de mousses anti-incendie à Korsør au Danemark ;
? la détection de contaminations PFAS suite à la mise en oeuvre d?un encadrement dans les
EDCH.
3.2.2. La préoccupation centrée sur les boues de stations d?épuration
Les boues sont perçues à la fois comme un levier d?économie circulaire (azote, phosphore, matière
organique) mais aussi comme un vecteur potentiel de polluants persistants. Dans la majorité des
pays étudiés, les boues de stations d?épuration concentrent l?attention des pouvoirs publics. Seule
l?Allemagne réglemente les PFAS dans l?ensemble des produits fertilisants, par l?ordonnance
générale sur les fertilisants (Düngemittelverordnung), complétée d?une ordonnance encadrant
spécifiquement la valorisation et la gestion des boues issues des stations d?épuration (AbfKlärV).
3.2.3. Certains composés PFAS systématiquement pris en compte
Les cadres de gestion de tous les pays prennent en compte a minima 2 composés incontournables :
le PFOS et le PFOA (seul le Canada au niveau fédéral fait exception en la matière, en réglementant
uniquement le PFOS). Les règlementations récentes tendent à élargir le spectre en prenant en
compte des sommes de composés.
3.2.4. Caractérisation et traçabilité des boues sont des enjeux majeurs
L?introduction d?une régulation normative ou réglementaire est généralement associée à des
exigences accrues, d?une part, en matière de surveillance et d?analyses régulières et, d?autre part,
en matière de recherche et de réduction des sources de contamination. La traçabilité des boues
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 40/161
devient un outil central, non seulement pour prévenir les transferts de pollution, mais aussi pour
apporter les garanties nécessaires à la restauration de la confiance.
3.2.5. Des taux de non-conformité faibles face aux réglementations
Dans la plupart des pays ayant suivi le taux de non conformités des boues aux seuils établis, ce
taux semble être resté à des niveaux acceptables (de l?ordre de 5 %). La seule exception majeure
est le Maine (USA) qui a imposé des normes extrêmement strictes et a dû en conséquence gérer
une masse importante de boues non conformes (cf. point 3.6).
3.3. Les composés PFAS retenus dans les cadres de gestion
Le nombre de substances PFAS prises en compte par les différents pays pour gérer le risque de
contamination des boues varie fortement de un à 22 composés, depuis des approches
« minimalistes » centrées sur un ou deux composés (Canada fédéral, Allemagne, Michigan) jusqu?à
des approches élargies intégrant des sommes de plus de 20 composés (Belgique, Danemark,
Suède, USA-Maine et Connecticut).
Le Tableau 9 récapitule les substances PFAS encadrées dans les boues de stations d?épuration
selon les pays et les seuils associés, ainsi que les valeurs de référence dans les sols lorsqu?elles
existent.
On remarque ainsi des constantes, lorsque les pays choisissent de retenir des indicateurs « sommes
de composés » :
? lorsqu?une somme de quatre composés PFAS fait l?objet d?une valeur seuil, il s?agit toujours des
quatre composés réglementés dans les denrées alimentaires (PFOS, PFOA, PFNA, PFHxS) ;
? lorsque la somme des composés retenus est de 20 ou plus, elle englobe les PFAS ciblés dans
la directive EDCH.
Le Québec fait un choix plus original, en réglementant une somme de 11 composés, dont cinq
composés non retenus en Europe : le 5:3 FTCA, le 7:3 FTCA, le NMeFOSAA, le NEtFOSAA et le
FHUEA.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 41/161
Tableau 9 : PFAS encadrés dans les boues de stations d?épuration, dans les pays étudiés et valeurs seuils
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 42/161
3.4. L?élaboration des cadres de gestion
Les cadres de gestion de la contamination par les PFAS des boues de stations d?épuration diffèrent
d?un pays à l?autre principalement sous deux angles :
? les axes structurant les cadres de gestion (quels paramètres sont encadrés ?) ;
? la démarche utilisée pour définir les valeurs seuil de ces paramètres.
3.4.1. Structure des cadres de gestion :
Selon leur niveau d?élaboration, les cadres de gestion sont structurés autour d?un à trois axes.
Le contrôle de la teneur en PFAS des sols : surveiller la teneur en PFAS des sols (par exemple
tous les cinq ans) est un moyen de connaître leur état et de préserver leur qualité. Cela permet de
fixer un seuil maximum au-delà duquel un sol ne pourrait plus recevoir de boues avec PFAS. Le
Danemark, la Suède ou encore la Flandre ont introduit de telles valeurs considérées comme des
objectifs cibles, sans toutefois qu?elles soient de nature réglementaire. Dans la pratique, la
déclinaison opérationnelle de cet axe reste très limitée du fait de la connaissance encore
fragmentaire des niveaux de contamination des sols. Si des programmes de mesure sont engagés
par certains pays dans le but de déterminer des valeurs de fond (à l?instar du RMQS en France), le
suivi opérationnel des sols recevant des boues n?est pas encore mis en oeuvre.
La régulation des flux de PFAS à la parcelle : peu de pays régulent directement les flux de PFAS
à la parcelle. Seule la Belgique-Flandre fixe de façon explicite, dans son cadre de gestion, un seuil
maximum d?apport annuel de PFAS à la parcelle (30 mg/ha/an pour la somme de 20 PFAS). Certains
territoires (Michigan, Québec) limitent indirectement l?apport de PFAS en gérant le couple « teneur
en PFAS des boues » et « dose annuelle de boue autorisée à l?épandage », la seconde étant
indexée à la première (notamment entre le seuil intermédiaire et le seuil maximal de teneur en PFAS
des boues). Les autres pays s?en tiennent généralement à la réglementation nationale sur les
apports annuels maximaux de boues autorisés, sans adaptation aux teneurs en PFAS. Le
Gouvernement wallon a toutefois divisé par deux les doses maximales (6 tonnes/ha/an au lieu de
12) à la suite de la crise PFAS traversée en 2021.
L?encadrement de la teneur en PFAS des boues : c?est l?approche dominante, le plus souvent
avec un seuil unique (seuil maximal) au-delà duquel l?épandage agricole des boues est interdit
(Canada, Allemagne), parfois avec deux seuils : un seuil intermédiaire et un seuil maximal qui
permettent une gestion par paliers (Québec, Michigan). Dans ce dernier cas, en plus de l?interdiction
au-delà du seuil maximal, le dépassement du seuil intermédiaire conduit à des restrictions d?usage
et à des mesures de mitigation (dose limitée, interdiction sur cultures alimentaires, distances
minimales fixées par rapport aux habitations, ?).
Le tableau ci-dessous présente les axes activés par les cadres de gestion des pays étudiés.
Tableau 10 : axes de gestion activés par les réglementations des pays objets du parangonnage
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B e
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-F la
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U SA
-M ai
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1 Teneur en PFAS des sols Seuil max cible X X
Seuil max limite réglementaire
2 Flux annuel de PFAS Flux de PFAS X
Quantité de boue X X X X X X
3 Teneur en PFAS des bouesSeuil max X X X X X X
Seuil intermédiaire / Seuil max X X X X
pas encore de mise en oeuvre opérationnelle
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3.4.2. Typologie des démarches :
L?élaboration des cadres de gestion s?appuie sur quatre grands types de démarches.
*Démarche pragmatique basée sur l?analyse des données nationales disponibles : cette
démarche consiste à compiler des campagnes nationales de mesure de contamination des boues,
en faire l?analyse et fixer des seuils en conséquence50. Elle présente plusieurs avantages car elle :
? est simple à mettre en oeuvre (campagnes de mesure) et à expliquer ;
? traite en priorité les cas extrêmes, plus susceptibles de causer des situations critiques ;
? passe un signal fort sur la nécessité de baisser les teneurs en PFAS des boues ;
? permet de choisir l?intensité de l?effort (ex : « taux de rejet » de 5 % des boues) et d?anticiper l?impact sur les filières de valorisation des boues ;
? peut être reconduite après cinq ans, en fixant de nouveaux seuils plus bas.
Elle présente toutefois la limite de n?être pas directement liée aux enjeux de santé humaine et
environnementale. Le niveau de l?effort n?est pas ajusté en fonction d?objectifs cibles de teneur en
PFAS des sols, des eaux, de la production agricole. De ce fait, l?effort peut s?avérer insuffisant, ou à
l?inverse disproportionné, pour atteindre des objectifs de préservation.
Cette démarche pragmatique peut constituer une première étape pertinente, de mise en oeuvre
rapide, pour introduire un premier cadre de gestion dans l?attente d?objectifs cibles de teneur en
PFAS des sols, des eaux et de la production agricole, et de moyens d?atteindre ces objectifs.
Plusieurs exemples étrangers (Belgique-Wallonie, USA-Michigan, Canada-Québec, Suède,
Allemagne) témoignent de la mise en oeuvre cette démarche pragmatique basée sur les données
pour établir leurs valeurs seuils.
Wallonie : deux audits successifs réalisés en 2024, sur plus de 200 échantillons de boues, ont
permis de caractériser les PFAS réellement détectés. Les valeurs cibles (40 et 400 µg/kg MS pour
?6 PFAS et ?22 PFAS) ont été définies sur cette base, montrant un faible taux de dépassement.
Michigan : l?État a préalablement exploité les données issues de 42 stations d?épuration avant
d?opter pour une approche par paliers comprenant trois classes de gestion (un seuil intermédiaire et
un seuil maximal pour le PFOS ou le PFOA).
Québec : la définition des seuils (PFOS, PFOA et ?11 PFAS) repose sur l?analyse de 181
échantillons. L?objectif était d?obtenir un cadre protecteur tout en maintenant la valorisation agricole
des boues. Les autorités ont évalué le taux de non-conformité potentiel avant d?arrêter des seuils à
deux niveaux (intermédiaire et maximal).
?France : Pour mettre en oeuvre cette démarche en France, il serait nécessaire d?organiser une
campagne nationale structurée de mesure des teneurs en PFAS des boues de STEU, des boues et
digestats d?ICPE, s?appuyant sur un protocole métrologique préalablement validé.
*Démarche pragmatique d?alignement sur les réglementations des pays voisins : cette
démarche consiste à adopter les éléments de réglementation des pays voisins. Elle peut être
justifiée par l?urgence de stopper des flux de boues importées de pays limitrophes51, ou bien plus
simplement par l?urgence d?introduire rapidement des éléments de réglementation en l?absence de
données nationales suffisamment solides pour mener la démarche précédente. Elle a été mise en
place au Canada au niveau fédéral.
Canada : le seuil provisoire de 50 µg/kg MS pour le PFOS, directement inspiré de la réglementation
50 Fixer un seuil à la valeur du quantile 95 % revient à écarter 5 % de boues de teneurs en PFAS les plus élevées. 51 Boues devenues non conformes dans ces pays suite à l?introduction d?une nouvelle réglementation.
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du Michigan, a été adopté par le Canada au niveau fédéral afin d?empêcher l?importation de
biosolides devenus non conformes aux règles de certains États (notamment après l?interdiction du
Maine en 2022).
* Démarche scientifique fondée sur des modèles et des valeurs cibles : cette démarche
repose sur la compréhension et la modélisation du devenir des PFAS apportés au champ à travers
l?épandage de boues : accumulation dans le sol, transfert vers les eaux de surface, transfert vers
les eaux souterraines, transfert vers la production végétale, dégradation? Les simulations à l?aide
des modèles permettent, selon les objectifs de teneur en PFAS des compartiments, de quantifier les
apports acceptables de PFAS via les matières fertilisantes et de fixer des valeurs seuils.
Les modèles présentent différents niveaux de sophistication (processus pris en compte) et
d?hypothèses simplificatrices. Les valeurs des cibles sont généralement issues de la réglementation
en vigueur (pour les sols, il peut s?agir d?un enrichissement en PFAS que l?on s?autorise par rapport
à une valeur de fond des teneurs en PFAS dans ce compartiment).
Une telle démarche scientifique a été mise en place dans plusieurs pays : Canada-Québec,
Belgique-Flandre, Danemark.
Québec : les seuils sont déterminés en modélisant l?accumulation de PFAS dans le sol sur 25 ans,
en supposant un sol initialement non contaminé et en fixant un niveau maximal d?enrichissement
admissible. L?approche est comparable à celle utilisée pour les métaux.
Flandre : le modèle développé par l?Institut de recherche VITO simule l?enrichissement des 30
premiers centimètres du sol sur 100 ans, en tenant compte du lessivage et d?un apport annuel défini.
Des valeurs cibles des sols pour deux composés (1,5 µg/kg pour PFOS, 1 µg/kg pour PFOA) servent
de base pour déterminer la concentration admissible dans les déchets utilisés en tant
qu?amendements et engrais (15 µg/kg MS pour 20 PFAS).
Danemark : les seuils définitifs de 2024 (10 µg/kg MS pour ?4 PFAS et 50 µg/kg MS pour ?22
PFAS) résultent d?un travail scientifique visant à assurer la compatibilité avec les critères de qualité
des sols, des eaux souterraines et de la chaîne alimentaire.
?France : l?INRAE, entre autres acteurs, possède à la fois l?expertise pour de tels travaux de
modélisation des dynamiques de contaminants dans les sols et une connaissance des teneurs en
PFAS des sols (réseau RMQS). Il pourrait le cas échéant coordonner une telle démarche.
*Démarche de précaution maximale, interdisant l?épandage de boues : dans certains cas
extrêmes, des pays ont été amenés à prendre des décisions radicales, interdisant tout apport de
PFAS sur les terres agricoles. Cela revient à ne permettre l?épandage que de boues dans lesquelles
aucun PFAS n?a été détecté.
USA-Maine et Connecticut : le Maine et le Connecticut ont adopté une telle interdiction des boues
dans lesquelles sont détectés des PFAS. Par exemple, le Maine interdit depuis 2022 l?épandage de
biosolides de teneur totale en PFAS dépassant 1 µg/kg MS, soit une interdiction de facto.
Europe : la Suisse et les Pays-Bas ont interdit, indépendamment des PFAS, l?épandage de boues
de STEU depuis 2000. L?Allemagne, dans le cadre de sa révision de la réglementation des
fertilisants, a annoncé la suppression progressive de l?épandage de boues d?épuration sur terres
agricoles, avec une interdiction complète prévue d?ici à 2029. Ceci le conduit à développer un autre
modèle notamment l?extraction du phosphore des boues pour en faire un nouveau produit.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 45/161
3.5. D?incitatifs à réglementaires, des cadres de gestion à portée variable
Les cadres de gestion présentent des natures de contraintes hétérogènes d?un pays à l?autre, depuis
des cadres à dominante incitative jusqu?à des cadres strictement réglementaires, en passant par
des démarches de certification volontaire à l?initiative des producteurs de boues.
Les cadres à portée réglementaire émergent souvent comme des réponses à des situations de crise
autour de pollutions par les PFAS. Les cadres incitatifs ou volontaires émergent plus souvent en
écho à une prise de conscience des enjeux, constituant à la fois un signal de mobilisation des acteurs
et une étape intermédiaire laissant le temps de définir une réglementation adaptée.
Nature des seuils fixés Pays
Cadre réglementaire strict Allemagne, Canada fédéral, Canada-Québec, USA-Maine
Valeurs « guides », « indicatives », « de référence »
Belgique (Wallonie et Flandre), Danemark
Certification volontaire Suède (REVAQ) Tableau 11 : nature des seuils (réglementaires, incitatifs, volontaires) introduits dans les cadres de gestion
des pays objets du parangonnage
Suède : les autorités suédoises, très actives dans la réglementation PFAS de l?eau potable, n?ont
pas fixé de cadre réglementaire PFAS pour les boues valorisées par épandage agricole (60 % des
boues). Elles ont mandaté le Swedish Geotechnical Institute (SGI) pour élaborer des « valeurs
guides préliminaires » pour les PFAS dans les sols et les eaux souterraines. En l?absence de limites
légales, les acteurs de la filière boues de stations d?épuration se sont dotés d?une certification
(REVAQ) qui fixe des valeurs cibles PFAS pour les boues (~7,5 µg/kg MS pour quatre PFAS ; ~25
µg/kg MS pour 22 PFAS), limites contraignantes pour la certification.
3.6. Impacts et mesures d?accompagnement : un recul insuffisant
À l?exception de l?Allemagne (2012), l?introduction de cadres de gestion de la contamination PFAS
des boues de stations d?épuration est postérieure à 2020 (cf. frise temporelle Figure 7). Le processus
général est celui d?une crise sanitaire déclenchant une prise de conscience de la problématique
PFAS dans les eaux. Les premières réponses prennent la forme de campagnes de mesure, d?une
réglementation sur les eaux potables puis, dans un second temps, sur les boues.
Figure 7 : frise temporelle de la mise en oeuvre de cadres de gestion des PFAS dans les boues, dans les pays objets du parangonnage (cf annexe 17 pour une frise plus détaillée)
USA (travaux EPA)
REGLEMENTATION PFAS BOUES
2024 2025 20262018 2019 2020 2021 2022 2023<2000 2000-2005 2005-2010 2010-2015 2016 2017
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Impacts généraux : les cadres de gestion de la contamination PFAS des boues d?épuration datant
de 2020, la plupart des pays manquent de recul et de données pour évaluer objectivement leur
impact sur les filières de valorisation des boues.
Le Maine et le Connecticut ont tous deux interdit (respectivement en 2022 et 2024) la vente ou
l?utilisation comme amendement de sol de tout biosolide52 contenant des PFAS. Dans le Maine, les
boues ont été envoyées à l?enfouissement ou traitées (incinération) avec une hausse significative
des coûts de traitement pour les maîtres d?ouvrage (doublement des coûts pour la ville de Bangor)
et une réduction rapide de la capacité des décharges, entrainant des surcoûts à moyen terme. Dans
le Connecticut, où l?épandage des boues était moins pratiqué, l?impact a été plus progressif
(stockage, transport hors État, incinération), mais des sites de compostage de boues municipales
ont dû stopper leur activité.
En Europe, le niveau d?exigence sur les teneurs en PFAS des boues est influencé par le poids de
l?épandage par rapport à l?incinération. Par exemple, dans le cas de la Belgique, les valeurs seuil de
teneur en PFAS des boues sont plus basses en Flandre où le taux d?épandage des boues est de
10 % à 20 %, qu?en Wallonie où le taux d?épandage est de 50 % à 70 %. L?impact potentiel le plus
direct signalé par les interlocuteurs de la mission est le risque d?une perte de confiance des
agriculteurs dans la qualité des boues et, de ce fait, une plus grande difficulté à les valoriser
(Belgique-Wallonie). Sous cet angle, l?introduction d?une réglementation est perçue comme un
facteur de confiance ayant un effet bénéfique.
Taux de conformité des boues aux réglementations : les taux de non-conformité des boues aux
réglementations PFAS nationales sont généralement très faibles.
Au Canada, selon les données fédérales, plus de 90 % des biosolides respectent la limite
réglementaire PFAS, cette limite visant à empêcher l?entrée de produits très contaminés.
En Allemagne, une étude de 2024 de l?Agence fédérale allemande de l?environnement a rassemblé
et analysé les données de 1 362 échantillons de boues de stations d?épuration destinées à être
utilisées comme fertilisant. 99,9 % des boues analysées respectaient la limite de 100 µg/kg pour
PFOS + PFOA, et étaient donc conformes à la réglementation allemande.
En Wallonie, deux campagnes de mesures réalisées en 2024 sur 218 échantillons de boues ont
confirmé que 96 % des boues étaient conformes au cadre de gestion (S22 < 40 µg/kg MS).
Campagnes de mesure et réévaluation des seuils : plusieurs pays ont mis en place des
programmes de suivi des teneurs en PFAS des boues, voire des sols ayant reçu des boues
(Wallonie, Danemark), tant pour contrôler la mise en oeuvre du cadre de gestion que pour mieux
connaître la situation. Ils envisagent de réévaluer au bout de quelques années les valeurs seuils de
leur cadre de gestion sur la base d?une meilleure connaissance de la dynamique des PFAS dans
les sols, des enjeux sanitaires associés et des éventuels impacts.
Mesures d?accompagnement des filières : la mission n?a pas pu identifier de cas significatifs de
mesures d?accompagnement pour les maîtres d?ouvrage de stations d?épuration ou bien les filières
de valorisation des boues. Les cas d?accompagnement financier direct des agriculteurs touchés
restent rares (cas du Maine ? annexe 6.6).
52 Les États-Unis et le Canada utilisent préférentiellement le terme de biosolide pour désigner les boues d?épuration traitées et
stabilisées, qui répondent à des critères réglementaires spécifiques permettant leur recyclage en tant que fertilisant.
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4. INTRODUCTION D?UN CADRE REGLEMENTAIRE SUR LES PFAS DANS
LES MATIERES FERTILISANTES
L?introduction d?un cadre de gestion de la contamination par les PFAS des matières fertilisantes
répond à des enjeux environnementaux, à des enjeux sanitaires, et à des enjeux d?économie
circulaire (cf. 4.1. ). Tous les acteurs appellent à la mise en place rapide d?un tel cadre de gestion
(cf. 4.2. ), garantie de qualité des produits et levier de confiance entre producteurs et utilisateurs,
mais aussi avec tous les acteurs concernés. Sur cette base, la mission formule des
recommandations (cf. 4.3. ) sur l?introduction d?un tel cadre de gestion, sur l?effort urgent de
connaissance effective des teneurs en PFAS des boues et des sols, sur la coordination d?ensemble,
sur le suivi des impacts de ce cadre de gestion et sur les dispositifs d?accompagnement
souhaitables.
4.1. Une stratégie à la croisée d?enjeux sanitaires, environnementaux et d?économie circulaire
En l?absence d?un encadrement réglementaire et d?une surveillance, le risque est significatif d?une
dissémination de PFAS dans l?environnement via les matières fertilisantes, et notamment via
l?épandage de boues et digestats des STEU et des ICPE. La maîtrise de ce risque est à la croisée
de trois enjeux :
? les enjeux environnementaux, liés à la qualité des sols agricoles et au risque d?accumulation des
substances PFAS dans ces sols, et de transfert vers les eaux, les biotopes, les végétaux ;
? les enjeux de santé humaine, liés au risque de contamination des eaux et de l?alimentation à
partir des sols ;
? les enjeux d?économie circulaire et de durabilité, liés aux objectifs sociétaux de recyclage, de
valorisation des déchets et d?optimisation de l?usage des ressources.
Articuler ces trois enjeux impose la mise en place d?une réglementation qui encadre les pratiques
par des règles claires, et limite efficacement les transferts de PFAS dans l?environnement à des
niveaux admissibles et durables. Le calendrier de mise en place de cette réglementation doit donner
aux acteurs le temps d?adapter leurs pratiques.
4.2. Les points de vue des acteurs
Les membres de la mission ont rencontré des représentants de la totalité de la chaîne du producteur
(gestionnaire) au receveur (CAF), mis à part des élus propriétaires des STEU par manque de temps.
Les PFAS sont un sujet récent pour ces acteurs, qui n?a été investi que très récemment. Leurs
préoccupations sont principalement concentrées sur le produit et son usage, et les membres de la
mission ont été surpris par le manque de réflexion structurée sur le sol, sa capacité d?accumulation
des PFAS et de transfert vers l?ensemble de la vie biologique. Les acteurs ont :
? demandé la mise en oeuvre rapide de normes en France afin notamment de ne pas perdre la
confiance des receveurs, normes si possible communes au sein de l?Union européenne ;
? souligné la complexité du « règlement fertilisants » (R (UE) 2019/1009) qui peut conduire à des
différentes interprétations selon les pays, ce qui semble particulièrement important en agriculture
biologique ;
? demandé à normer la chaîne d?analyse (protocoles d?échantillonnage, prélèvement puis analyse)
afin de dépasser un débat stérile sur la qualité des données et leur comparaison.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 48/161
De ces rencontres, les points suivants sont éclairants dans le cadre de notre mission :
? Les représentants agricoles ne sont pas inquiets de l?introduction d?une norme, car il existe des
solutions techniques alternatives (engrais minéraux notamment) : les coûts sont différents, le
matériel à utiliser aussi, mais une progressivité de la mise en place de la norme permettrait de
s?adapter. La seule remarque formulée vient du fait que la France produit très peu d?intrants
minéraux et que ces produits ont des coûts hautement variables et un impact carbone plus
important que les boues. Ceci fragilise encore plus la souveraineté de la France dans la
production d?engrais à base d?azote et de phosphore.
? Les instituts techniques et le CIRAD soulignent un niveau en PFAS globalement plus élevé dans
les boues de STEU et produits de boues que dans les autres MFSC. Enfin, un certain nombre
de cahiers des charges en viticulture interdit l?usage de produits contenant des boues de STEU.
? L?AFAIA, syndicat professionnel des producteurs et metteurs en marché de matières fertilisantes
et intrants en France signale :
o constater une tendance baissière sur l?usage en France d?amendements minéraux
depuis 20 ans, plus importante que sur les amendements organiques ;
o que l?incitation au développement du compostage et de la méthanisation créée une
concurrence sur la matière première qui n?est pas extensible ;
o que le traitement des biodéchets en méthaniseur est en augmentation ;
o que, pour la filière d?épandage et pour les agriculteurs concernés, il n?est pas aisé de
passer des engrais organiques aux engrais minéraux car cela demande des outils
totalement différents ;
o avoir fait remonter à la Commission européenne une demande pour que le socle
commun intègre des normes pour les PFAS dans les MFSC ;
o une possible tension résultante sur les effluents d?élevage qui seront plus sollicités
du fait de la mise en place d?une norme sur les boues, alors que leur production est
en baisse du fait de la baisse du cheptel ;
o qu?il existe des pratiques illégales en dehors des réseaux de distribution, notamment
à proximité de certaines frontières. L?AFAIA estime ces flux en provenance de la
Belgique et des Pays-Bas à 500 000 tonnes MB/an, mais ce chiffre est impossible à
vérifier car aucune obligation de traçabilité n?existe. Cette absence de traçabilité et
les difficultés qu?elle génère ont aussi été identifiées lors de nos échanges avec des
acteurs de la région Grand-Est.
? Pour l?Institut national de l'origine et de la qualité (INAO), dans le cadre de la réglementation
Agriculture Biologique (AB), les organismes de contrôle (OC) contrôlent que les MFSC
employées par leurs opérateurs sont bien utilisables en agriculture biologique (UAB). Ils
n?effectuent pas de prélèvement directement sur les MFSC. En revanche, les prélèvements
réalisés sur des produits détectent régulièrement des contaminations par des pesticides classés
PFAS. En 2024, les OC ont détecté par leurs analyses 126 cas de contaminations de produits,
cultures ou parcelle bio par un pesticide classé PFAS, ce qui représente 8 % des contaminations
détectées par leurs analyses. Les enquêtes concluent principalement à des dérives de voisinage
ou rémanences et ont mené au déclassement ou au retrait de la vente de 64 produits. Aucune
contamination par le biais d?une MFSC n?est évoquée.
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? SYPREA, syndicat représentatif des gestionnaires de station d?épuration, regrette l?absence de
normes. Certains de ces adhérents comme VEOLIA et SUEZ réalisent depuis plusieurs années
des analyses de PFAS sur les phases aqueuses et solides. Un certain nombre de résultats
d?analyses rendus anonymes ont été fournis à la mission sous le sceau de la confidentialité,
indication d?une ouverture de ces acteurs au partage de leurs réflexions. De manière globale,
les adhérents de SYPREA estiment que la mise en oeuvre d?une norme similaire à la
règlementation de Belgique-Wallonie53 impacterait 5 % des boues et nécessiterait cinq ans
d?adaptation et d?investissement sans bouleversement de la filière, alors que la norme danoise54
imposerait une incinération d?une grande partie du gisement, ce qui est actuellement impossible
du fait du manque d?incinérateurs pour absorber ces produits.
? Les services de l?État, représentés par trois DREAL (CVL, AURA, GE), la DDT (41) et l?Agence
de l?Eau Loire Bretagne, travaillent trop souvent en silo. Ils déplorent le manque de consignes
nationales, le manque de normes, de moyens financiers pour diligenter des analyses, ainsi que
le manque de textes de référence leur permettant de prescrire des analyses afin d?obtenir de la
connaissance. Les échanges de courriers entre la DREAL CVL, la DEB et la DGPR sont annexés
au rapport et sont analysés dans d?autres parties du rapport. Il n?existe aujourd?hui aucun pilotage
national de la donnée recueillie sur le sujet (PFAS et boues de STEU et ICPE), et aucune
structure technique de référence n?est identifiée formellement, auprès de laquelle les services
pourraient obtenir des conseils, une aide méthodologique, ce qui est souvent le cas dans des
situations émergentes.
Par ailleurs, la coalition de collectivités européennes, lancée par la métropole de Lyon et qui s?est
réunie début février 2026 à Bruxelles, a publié le 24 février une série de demandes pour lutter contre
la pollution chimique. Les signataires, parmi lesquels les villes d?Oslo, Strasbourg, Bordeaux et
plusieurs métropoles, soutiennent le processus en cours en vue d?une restriction « universelle » des
PFAS, afin d?agir à la source. « Une industrie qui continue de dépendre des PFAS ne peut pas se
positionner de manière crédible comme étant durable ou à l?avant-garde dans son secteur », écrivent
les collectivités. Pour elles, « l?utilisation des PFAS est incompatible avec les objectifs européens
pour des sols en bonne santé, un air et une eau de qualité ». Les collectivités se mobilisent aussi
sur la dépollution et son financement : elles plaident pour un cadre européen de mesure de la
pollution afin d?établir un catalogue de sites potentiellement contaminés par les PFAS, afin de
hiérarchiser les actions de dépollution. Elles appellent à faciliter l?application du principe pollueur-
payeur et à financer un plan de réparation des sites orphelins via le système de responsabilité élargie
des producteurs, également préconisé par les ONG. Les collectivités plaident aussi pour la révision
du règlement REACH.
4.3. Cadres de gestion PFAS dans les MFSC et anticipation des impacts
Le cadre de gestion des PFAS dans les MFSC doit couvrir plusieurs composantes présentées ci-
dessous et objets de recommandations : la mesure des teneurs en PFAS des sols ; la mesure des
teneurs en PFAS des MFSC ; la coordination nationale du domaine PFAS-MFSC-Sols ; l?anticipation
des impacts et les mesures d?accompagnement.
53 Seuils de 40 µg/kg MS pour la somme de 6 PFAS et 400 µg/kg MS pour la somme de 22 PFAS, cf partie 3. 54 Seuils de 10 µg/kg MS pour la somme de 4 PFAS et 50 µg/kg MS pour la somme de 22 PFAS, cf partie 3.
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4.3.1. Pertinence de l?introduction rapide et progressive de seuils en PFAS dans les MFSC et proposition d?une méthode
Tous les acteurs rencontrés par la mission formulent le souhait d?une introduction rapide d?une telle
réglementation (cf. partie 4.2. ). Tant qu?un tel cadre réglementaire n?est pas mis en place, le risque
de transferts non maîtrisés de PFAS vers l?environnement est réel, et les filières de valorisation
agricole des boues sont vulnérables à une perte de confiance. Lorsque des dépassements de seuils
réglementaires « eau potable » sont observés, on assiste souvent à une incrimination à tort ou à
raison des épandages de boues, qui peut conduire certains agriculteurs à faire le choix d?arrêter le
recours à l?épandage, sous la double pression du risque encouru par leurs sols et de leur
environnement social.
Une réglementation encadrant trois paramètres : en cohérence avec le triptyque cité au chapitre
4.1, la règlementation devrait idéalement fixer des seuils réglementaires ou des valeurs cibles sur
trois composantes : les teneurs en PFAS admissibles des sols, les flux annuels maximum autorisés
de PFAS à la parcelle, les teneurs maximales en PFAS autorisées dans les MFSC.
? Un seuil de teneur maximum en PFAS des sols (TPFAS-SOLmax en µg PFAS/kg MS sol).
Règle 1 : au-delà de ce seuil, un sol ne peut recevoir que des MFSC « sans PFAS » (i.e. MFSC
de teneur en PFAS inférieure à la limite de quantification ou au seuil intermédiaire défini ci-après).
? Un seuil de quantité maximale annuelle de PFAS apportée aux terres agricoles, défini par
année ou par période de plusieurs années (QAPFAS en µg PFAS/ha/an).
Règle 2 : la quantité de PFAS apportée à une parcelle de superficie S sur une période de N
années, a priori via les boues et digestats, ne peut dépasser ce seuil (i.e. VMS*TPFAS-MFSC ne doit
pas dépasser S*N*QAPFAS).
? Des seuils maximum (voire intermédiaires) de teneur en PFAS des MFSC (TPFAS-MFSCint et
TPFAS-MFSCmax µg/kg MS) par PFAS individuels ou par groupes de PFAS.
Règle 3 : au-delà du seuil maximum l?usage de la MFSC est interdit ; en deçà du seuil
intermédiaire aucune limitation d?usage de la MFSC n?est imposée ; pour des teneurs en PFAS
intermédiaires entre les seuils intermédiaires et maximum, les usages de la MFSC sont encadrés
(surveillance renforcée des sols et des flux). Cette approche par paliers a été observée dans
certains territoires à l?occasion du parangonnage réalisé (État du Michigan, province de Québec)
(cf. 3. ).
Le choix des valeurs des seuils réglementaires, normatives ou indicatrices s?appuiera notamment
sur les préconisations de la mission commandée au Haut Conseil de Santé Publique (HCSP) et sur
les résultats du parangonnage. Cependant, si l?analyse du HCSP nécessite du temps, il est possible
de fixer un seuil temporaire équivalent à celui de la Wallonie qui semble un compromis raisonnable
pour une première étape, avec un contexte comparable au contexte français (cf. partie 3). En
complément, un dispositif opérationnel de suivi des PFAS dans les sols qui ont reçu des boues de
STEU ou ICPE devrait être mis en place (1 site analysé PFAS tous les X ha épandus, toutes les Y
années (par ex. 1 parcelle tous les 100 ha épandus, suivie tous les 5 ans).
Une règlementation fixant des objectifs à moyen terme et une trajectoire pour les atteindre :
Afin de permettre à l?ensemble des acteurs concernés de s?adapter de façon active sans une rupture
brutale, le cadre réglementaire devrait :
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? 2026-2028 : Introduire rapidement un premier cadre de norme (potentiellement en s?inspirant de
la norme wallonne) et consacrer les trois premières années à rassembler les connaissances ;
? 2029-2035 : Sur la base des connaissances acquises et des préconisations du HCSP, annoncer
des objectifs ambitieux à moyen terme (10 ans) : fixer les objectifs et définir la trajectoire sur les
sept années restantes donnant aux filières le temps de s?adapter.
Une circulaire cadre publiée rapidement serait un bon levier.
Une réglementation non figée, évoluant par étapes avec l?avancée des connaissances : le
manque actuel de connaissances objectives sur les teneurs en PFAS des matières fertilisantes
(particulièrement des boues de STEU et d?ICPE), sur les dynamiques de transfert et d?accumulation
des PFAS dans les sols, les eaux et les végétaux, sur les risques sanitaires associés aux différentes
substances PFAS est reconnu. La réglementation doit donc s?accompagner d?une poursuite des
efforts dans l?acquisition de la connaissance et s?appuyer sur ses résultats pour s?adapter en
conséquence. Cette adaptation doit se faire par étapes planifiées, sans changements impromptus
(stabilité des règles sur 3 ou 5 années et clauses de revoyure avec calendrier planifié).
Suivi de la réglementation PFAS dans les MFSC : Le suivi de la réglementation est un garant de
sa bonne mise en oeuvre et de la confiance des acteurs concernés. Les points suivants sont
considérés comme incontournables :
? établissement de certificats par lots de boue (mesures PFAS en complément des autres
mesures) ;
? adaptation du contrôle pour les trois gammes de STEU (<2 000 EH ; 2 000 à 10 000 EH; plus
de 10 000 EH) ;
Sur ces bases, la mission recommande de :
R1. Mettre en oeuvre un processus réglementaire « PFAS et matières fertilisantes »
rapide, échelonné en plusieurs étapes (DGAL, DEB, DGPR, DGPE, ?) : (1)
Diffuser une circulaire indiquant aux services de l?État la stratégie en deux étapes de
maîtrise des risques de contamination par les PFAS des MFSC et des sols ; (2) Lancer
la procédure d?intégration de seuils en PFAS dans le socle commun ; (3) Modifier
avant l?été 2026 les dispositions des arrêtés du 8 janvier 1998 (IOTA) et du 2 février
1998 (ICPE) selon les trois règles proposées par la mission avec les seuils préconisés
par le HCSP ou les seuils wallons dans un premier temps ; (4) Publier rapidement une
instruction technique de la DEB55 proposant aux services déconcentrés un protocole
métrologique ; (5) Mettre en place une certification des boues susceptibles d?être
épandues ; (6) Mettre en place un dispositif opérationnel de suivi des PFAS dans les
sols qui ont reçu des boues de STEU ou ICPE.
Cette recommandation nécessite également :
? un accompagnement des collectivités gestionnaires de STEU, notamment pour les petites
STEU ;
? un accompagnement des services en charge de la police de l?eau car de nombreux actes
administratifs seront nécessaires ;
55 Associée à celle de l?INERIS/BRGM similaire à l?instruction technique du 18 août 2025 de la DGAL
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? l?intégration d?une possibilité de mélange de boues liquides avant épaississement, notamment
dans le cadre d?unités de déshydratation mutualisées ;
? l?adaptation de certains incinérateurs afin d?augmenter leur capacité d?incinération avec un système en basse température (cf. annexe n°12).
En l?état actuel des données que la mission a pu analyser (cf. Tableau 7), il est envisageable qu?une
centaine de STEU de plus de 10 000 EH (5 % de l?effectif) et plus d?un millier de STEU de moins de
10 000 EH connaissent à certains moments des non-conformités de leurs boues par rapport aux
normes appliquées en Belgique-Wallonie. Le volume de boues non conformes est estimé à
40 000 t MS/an (à parts équivalentes entre les ~2 % des boues des STEU de plus de 10 000 EH et
les 10 % des boues des STEU de moins de 10 000 EH). La mission rappelle qu?il s?agit d?une
première estimation très fragile, au vu des limites du jeu de données disponibles. Cette estimation
pourra être consolidée en 2026-2027 au fil de la mise en oeuvre de la recommandation R4.
4.3.2. Une stabilisation des protocoles métrologiques des PFAS dans les matrices solides
L?expérience de mesure des teneurs en PFAS des boues de STEU du RSDE Loire Bretagne 2022
(cf. 2.2.2. ) démontre l?impératif d?une stabilisation des protocoles de prélèvement des boues et
digestats, et d?analyse de leurs teneurs en PFAS.
Le projet de norme ISO/DIS 25652 « Sédiments, sol, boues et déchets ? Analyse des PFAS par
CLHP et spectrométrie de masse » 56 est actuellement en voie de finalisation auprès des membres
de l?ISO et devrait être publié courant 2026. Il est disponible et peut d?ores et déjà servir de base
aux travaux de mesure des teneurs en PFAS dans les sols et boues qui ne pourraient attendre son
officialisation.
En parallèle à la publication de la norme ISO, l?accréditation des laboratoires d?analyse (et le cas
échéant des organismes de prélèvement) doit être stimulée. Pour cela, l?annonce d?une part de
l?organisation de campagnes nationales ambitieuses de mesure des PFAS dans les sols (cf. R3) et
dans les boues (cf. R4) et, d?autre part, de la mise en oeuvre d?un cadre de gestion prévoyant le suivi
PFAS des boues et digestats valorisés par épandage (cf. R1) ouvrira un marché qui incitera à une
concurrence entre les laboratoires d?analyse. Cette concurrence sera susceptible de faire baisser
les coûts.
Il sera particulièrement important de s?assurer de limites de quantification faibles pour la détection
individuelle des PFAS dans les matrices solides (par exemple <1 ou 2 µg/kg MS), ceci afin de
garantir la pertinence des indicateurs résultant de la somme de plusieurs PFAS (cf. Tableau 9 ; par
exemple somme de 22 PFAS < 400 µg/kg MS dans le cas de la réglementation wallonne).
Plusieurs éléments ne figurant pas dans la norme ISO/DIS 25652 devront être précisés :
? toujours associer la valeur de siccité des boues à la mesure de teneur en PFAS ;
? échantillonner les boues « prêtes à l?épandage agricole » (point S6 des STEU et non S4) ;
? dans le cas des campagnes de mesure exploratoires, il pourra être pertinent de doublement
mesurer (i) la teneur en PFAS des boues ou sols, (ii) la teneur en PFAS de leur phase aqueuse.
Cette seconde mesure est en effet susceptible de renseigner sur les transferts rapides de PFAS
des sols vers les eaux.
56 https://www.iso.org/fr/standard/91024.html
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 53/161
R2. Stabiliser les protocoles métrologiques des PFAS dans les matrices solides
(DGPR). Etablir dès 2026 un document-cadre sur les protocoles de prélèvement et
d?analyse des teneurs en PFAS des boues, digestats et sols (matrices solides), en
s?appuyant sur le projet de norme ISO/DIS 25652, sur les travaux de l?INERIS et
d?AQUAREF, et sur le retour d?expérience du RSDE Loire Bretagne 2022. Ce
document sera actualisé une fois publiée la norme ISO/DIS 25652. Exiger
l?accréditation correspondante des laboratoires d?analyse et des organismes de
prélèvement (acteurs à mobiliser : INERIS, AQUAREF, ?.).
4.3.3. Une organisation du suivi des teneurs en PFAS des sols
L?enjeu environnemental de préservation de la qualité des sols sur le moyen et long terme impose
de renforcer la connaissance des teneurs en PFAS des sols et de développer les connaissances
scientifiques sur les mécanismes d?accumulation et transfert qui contrôlent le devenir des PFAS
apportés aux sols via les MFSC. Pour cela, le suivi des teneurs en PFAS des sols doit être renforcé
de trois façons coordonnées par :
? les travaux du RMQS sur la caractérisation PFAS des sols : le RMQS prévoit le suivi des PFAS
dans les sols via un plan d?échantillonnage national de 170 stations, la quantification des
« valeurs de fond PFAS des sols », l?identification de situations anormales, la quantification des
évolutions des teneurs en PFAS (reprise d?échantillons anciens). Ces travaux déterminants
doivent être soutenus, voire amplifiés.
? une campagne de mesure initiale, au niveau national, des teneurs en PFAS des sols ayant reçu
des épandages de STEU ou d?ICPE au cours des 10 dernières années, notamment quand ces
boues ou digestats ont été diagnostiqués comme à teneur en PFAS élevée. Cette campagne
initiale de mesure des sols (~1000 stations) doit être liée à la campagne de caractérisation des
boues et digestats développée en 4.3.4.
? la mise en oeuvre opérationnelle de la composante « sols » de la réglementation de suivi des
PFAS dans les MFSC. Ce suivi doit permettre le contrôle réglementaire (cf. règle 1 du 4.1.), le
suivi de routine, le contrôle a posteriori (pour renseigner des cas de contamination des boues).
L?ensemble des données acquises sur les teneurs en PFAS des sols (travaux du RMQS, campagne
initiale, suivi réglementaire) doivent être rassemblées en un système d?information cohérent et être
régulièrement analysées (rapport annuel).
Par ailleurs, il est impératif de développer la connaissance scientifique, encore fragmentaire, sur les
mécanismes de transfert et d?accumulation des PFAS dans les sols, les eaux, les végétaux, les
plantes cultivées et leur partie alimentaire, et de soutenir le développement de modèles de
simulation paramétrés. Ces modèles pourront être mobilisés pour déterminer les seuils autorisables
de flux de PFAS aux parcelles en fonction des objectifs cibles (teneur maximum en PFAS des sols,
des eaux, de l?alimentation), dont les valeurs sont attendues notamment du HCSP. Le suivi de PFAS
par le RMQS s?articulera avec la future gouvernance qui sera mise en place en application de la
directive « sol ».
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 54/161
R3. Organiser le suivi des teneurs en PFAS des sols à l?échelle nationale (CGDD,
DEB, DGPR, DGAL). Cette organisation doit articuler (i) le suivi PFAS du RMQS, (ii)
une campagne de mesure nationale 2026-2027 dédiée aux sols ayant reçu des
épandages depuis 10 ans (en lien avec la campagne « boues de STEU et ICPE »),
(iii) la mise en oeuvre opérationnelle de la composante « sols » du cadre de gestion
PFAS et MFSC. Rassembler l?ensemble des données ainsi acquises en un système
d?information cohérent et en produire une analyse annuelle pour les trois à cinq
prochaines années. Soutenir le développement des connaissances scientifiques sur
les mécanismes de transfert de PFAS dans les sols et de modèles de simulation
adaptés. Mobiliser ces connaissances et modèles pour faire évoluer le cadre de
gestion. (acteurs à mobiliser : INRAE, BRGM, AQUAREF, ?.)
4.3.4. Campagne nationale 2026-2027 de mesure des teneurs en PFAS des boues et digestats valorisés par épandage agricole
La connaissance actuelle du niveau de contamination PFAS des boues valorisées par épandage
agricole est embryonnaire. Il est indispensable d?en acquérir rapidement une vision objective, à
même de guider la mise en place du cadre de gestion. La mission recommande de mettre en oeuvre
dès 2026 une campagne nationale de mesure des teneurs en PFAS des boues/digestats de
STEU/ICPE valorisées par épandage agricole, en s?appuyant sur le retour d?expérience du RSDE
Loire Bretagne 2022 (cf. 2.2)57. Les caractéristiques de cette campagne seraient :
? matrices mesurées : boues et digestats avant envoi à l?épandage agricole (point S6 du
synoptique SANDRE) ;
? entités échantillonnées (couverture nationale) :
o STEU valorisant leurs boues (et le cas échéant leurs digestats) par épandage agricole :
~2 800 STEU (10 % de l?effectif national) : 1 400 STEU de plus de 10 000 EH (100 %
de l?effectif) ; 1 400 STEU de moins de 10 000 EH (7 % de l?effectif), réparties par
bassins, régions, départements et tranches d?obligation de façon à fournir la vision la
mieux distribuée possible.
o ICPE valorisant leurs boues (et le cas échéant leurs digestats) par épandage agricole :
effectif à estimer.
? temporalité : période de 12 mois ; six dates de prélèvement par an coordonnées (un prélèvement
par période de deux mois ; au moins un mois entre deux prélèvements) ;
? PFAS : mesure d?une liste de PFAS à déterminer (~20 à 25 PFAS - eau potable / DCE) ;
? protocole de prélèvement et analyse : à définir sur la base du projet de norme ISO/DIS 25652 ;
? laboratoires d?analyse : chaque échantillon doit être l?objet de mesures indépendantes par deux
ou trois laboratoires d?analyse (dont un public) ;
? coordination, capitalisation, traitement des données : les résultats des analyses doivent être
capitalisés et traités en continu. Notamment, les STEU/ICPE pour lesquelles des mesures
seraient aberrantes, ou divergentes entre les deux laboratoires d?analyse, doivent être
rapidement identifiées et faire l?objet d?un suivi spécifique ;
? résultats : calcul d?indicateurs. Analyse statistique de la distribution des teneurs en PFAS
(détermination des quantiles) au niveau national et par bassins, voire par régions. Analyse des
57 Points de prélèvement des boues ; protocole de prélèvement et analyse ; manque d?échantillonnage des STEU de moins de 10 000
EH . ; taille réduite de l?échantillon
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 55/161
taux de non-conformité à différentes réglementations. Identification des cas extrêmes (20% les
plus élevés) et analyse des facteurs explicatifs.
Cette campagne pourrait être financée par les agences de l?eau et pilotée au niveau national par un
organisme public à définir. L?INERIS (métrologie ? risque) et INRAE (sol, eau et MAFOR) sont
particulièrement investis dans le domaine. Elle devra être articulée avec la campagne de suivi des
teneurs en PFAS des sols (cf. recommandation 3) : pour chaque STEU, ICPE et flux de boue ou
digestat, une parcelle épandue représentative fera l?objet d?une mesure PFAS-sols.
R4. Organiser une campagne nationale de mesure des teneurs en PFAS des boues
et digestats (DEB, DGPR). Organiser dès 2026 une campagne nationale de mesure
des teneurs en PFAS des boues et digestats de STEU et ICPE, rassembler l?ensemble
des données ainsi acquises en un système d?information cohérent et en produire une
analyse. Mobiliser ces connaissances et modèles pour faire évoluer le cadre de
gestion (acteurs : DEB, INRAE, BRGM, AQUAREF, ?.)
4.3.5. Une amélioration de l?information sur les MAFOR
Un travail d?actualisation et de synthèse des données sur la production et la valorisation de MAFOR
doit impérativement être mené. Il devra exploiter notamment le PKGC 2021 (enquête sur les
pratiques culturales, SSP), les données du service des données et études statistiques (Sdes) et les
données de la base de données du registre des émissions polluantes (BDREP58). Il devra également
porter sur les digestats de méthaniseurs valorisés par épandage agricole et traiter les informations
partielles sur les importations de MAFOR.
Ce travail d?actualisation et de mise à jour régulier pourra permettre un suivi global des filières en
charge de la valorisation des MAFOR.
R5. Créer une base de données sur la production et la valorisation de toutes les
MAFOR (MAASA, MTE). Demander dès 2026 au SSP de constituer cette base puis
de la mettre à jour. Intégrer les éléments en provenance ou à destination d?autres
pays. Intégrer et vérifier la cohérence des informations fournies par les gestionnaires
de STEU ou d?ICPE.
L?ensemble des données acquises permettra d?éclairer plus précisément l?impact sur toutes les
filières.
4.3.6. Coordination nationale du suivi des teneurs en PFAS des MFSC et des sols
L?importance des enjeux environnementaux, sanitaires et d?économie circulaire associés à la
maîtrise des flux de PFAS dans l?environnement impose qu?une instance nationale coordonne le
sujet des « PFAS dans les matières fertilisantes et dans les sols ». Cette instance nationale pourrait
avoir des groupes miroirs par bassin. La mission de cette instance sera (1) de coordonner le recueil,
l?analyse et le partage de l?information sur la règlementation, sur les mesures de terrain, sur les
impacts et sur les situations à risque ; (2) de faire émerger de la concertation des voies d?adaptation
pertinentes ; (3) de mener la réflexion sur l?évolution de la réglementation en fonction de
l?actualisation des connaissances. Elle devra définir les conditions de centralisation des données
collectées et d?amélioration de la traçabilité des boues et digestats valorisés par épandage. Elle
58 Base de données du registre des émissions polluantes (https://www.ineris.fr/fr/risques/dossiers-thematiques/directive-emissions-
industrielles-ied-bref-mtd/donnees-registre
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 56/161
désignera un acteur public référent national en charge de la gestion et de l?analyse de ces données.
Cette instance de coordination pourrait être mise en place pour une durée de cinq années :
? deux années consacrées à la mise en oeuvre du cadre de gestion initial, à la métrologie et à l?observation,
? trois années consacrées au suivi de l?adaptation des filières, au suivi des systèmes de traitement des PFAS et à l?actualisation du cadre de gestion.
Un mode de collaboration devra être défini entre la puissance publique (DG MTE et MAASA, DGS,
AE), la recherche publique (INRAE, INERIS, AQUAREF) et les filières concernées (collectivités,
exploitants de STEU, industriels ICPE, secteur agricole, laboratoires d?analyse?). Cette
gouvernance pourrait s?inspirer du Comité de rénovation des normes en agriculture (CORENA). Elle
bénéficierait à être spécifique à la gestion des PFAS au moins dans les cinq premières années afin
de bien appréhender notamment les conséquences sur les filières. Elle devra se faire en harmonie
avec la gouvernance qui sera mise en place en déclinaison de la directive « sols ».
R6. Mettre en place une gouvernance et une coordination nationale du suivi des
teneurs en PFAS des MFSC et des sols (toutes DG concernées - MAASA, MTE,
MS). Mettre en place pour une durée de cinq ans renouvelables une instance
nationale de coordination du sujet « PFAS dans les sols et les matières fertilisantes »,
chargée de suivre la mise en oeuvre du cadre de gestion, de coordonner les
programmes de recueil, d?analyse et de partage des données, d?évaluer l?impact sur
les filières, d?évaluer l?évolution des systèmes de traitement et les stratégies
d?adaptation, de réfléchir à l?actualisation du cadre de gestion (acteurs à mobiliser :
recherche, filières économiques).
4.3.7. Mesures d?anticipation des impacts et d?accompagnement
L?introduction d?un cadre de gestion de la contamination par les PFAS des MFSC s?accompagnera
d?impacts tant sur les filières productrices des MFSC que sur les filières utilisatrices. Ces impacts
doivent être évalués dans l?absolu, mais aussi par rapport à l?absence de cadre de gestion.
Les impacts les plus importants seront positifs : sur la qualité des MFSC, en particulier celle des
boues destinées à l?épandage agricole ; sur la préservation de la qualité des sols ; sur la réduction
des risques sanitaires et environnementaux. Ils se traduiront par un renforcement de la confiance
entre les utilisateurs des MFSC, leurs producteurs, et les autres acteurs concernés (collectivités,
producteurs d?eau potable?).
Certains impacts s?avéreront à l?inverse négatifs : le retrait pour non-conformité d?un volume de
MFSC ; l?augmentation résultante des coûts des MFSC en général ; les nouvelles charges pour les
utilisateurs de boues et digestats qui auront été déclassés ; l?augmentation, pour les industriels
(ICPE) et les collectivités (MO de STEU), des coûts liés à la destruction des MFSC non conformes.
L?ampleur économique de ces impacts dépendra principalement de trois facteurs : (i) la superficie
de sols agricoles dont la teneur en PFAS interdirait tout apport supplémentaire de PFAS ; (ii) le
tonnage de MFSC, boues et digestats de STEU et ICPE, qui s?avèreront non conformes aux valeurs
seuils ; (iii) le coût de traitement ou destruction des MFSC non conformes.
Il convient toutefois de nuancer ces impacts en tenant compte de la mise en oeuvre de la DERU2
(art11 ? autonomie énergétique) à l?horizon 2035 qui conduira à augmenter fortement la part des
boues destinées à une valorisation énergétique.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 57/161
L?état actuel des connaissances ne permet pas de caractériser, quantifier et localiser ces impacts
négatifs. La mise en oeuvre des recommandations R3 (contamination PFAS des sols et
connaissances sur les transferts), R4 (contamination PFAS des boues et digestats de STEU et
ICPE) et R5 (coordination et suivi des impacts), articulée avec la prise en compte des avis qui seront
formulés par le HCSP sur les seuils sanitaires, en donnera une vision plus objective d?ici fin 2027.
Afin d?anticiper les impacts négatifs et d?optimiser la capacité d?adaptation des filières sans attendre
2028, la mission préconise de mettre en oeuvre de façon précoce les mesures-cadres suivantes :
? réduire à la source l?usage des PFAS ;
? renforcer la capacité d?identification et de traitement des sources de PFAS quand des cas de
contamination sont détectés (ex : dans le cas de contaminations PFAS des eaux potables,
renforcer la capacité à identifier les plans d?épandages sur la zone d?alimentation et les STEU et
ICPE productrices, à mener l?analyse PFAS de leurs produits et des sols concernés) ;
? renforcer la gestion des conventions spéciales de raccordement ICPE sur les STEU urbaines ;
? estimer l?impact de la gestion des boues non conformes sur les coûts de l?assainissement et
prévoir un dispositif d?accompagnement des STEU de petite taille (moins de 10 000 EH) ;
? identifier les filières permettant la neutralisation des MFSC non-conformes PFAS : solutions
techniques (prétraitement poussé des boues ; production d?énergie ; incinération basse
température; filières technologiques, brevets), capacité des infrastructures, investissements
nécessaires ;
? renforcer le suivi de l?import-export des boues de STEU et ICPE ;
? sensibiliser les acteurs agricoles concernés au suivi des PFAS dans les sols ;
? mobiliser en tant que besoin pour cela le fonds de garantie existant actuellement pourvu à
hauteur de 3.7 millions d?euros, en le renforçant (cf. annexe n°12).
R7. Anticiper les impacts du cadre de gestion PFAS et MFSC, mesures
d?accompagnement (toutes DG du MAASA et MTE concernées). Suivre les
impacts associés à l?introduction du « cadre de gestion PFAS et MFSC » sur les
volumes de MFSC non conformes, les surfaces de sols agricoles dépassant les
normes de teneur en PFAS, les coûts de traitement ou destruction des MFSC non
conformes. Mettre en oeuvre les mesures cadre d?accompagnement préconisées et
remobiliser pour cela le fonds de garantie existant actuellement pourvu à hauteur de
3,7 millions d?euros, en le renforçant (acteurs à mobiliser : les filières, les collectivités,
CAF).
CONCLUSION
Le risque de diffusion de PFAS dans l?environnement, via l?épandage de matières fertilisantes et
supports de cultures, est réel et requiert l?introduction urgente d?un cadre de gestion adapté. Ce
risque concerne principalement les matières fertilisantes d?origine résiduaire, potentiellement
vectrices de PFAS liés à leurs flux d?alimentation : boues et digestats de stations d?épuration
urbaines, d?installations classées pour la protection de l?environnement, de méthaniseurs.
Ce cadre de gestion se situe à la croisée d?enjeux majeurs : des enjeux sanitaires (l?eau potable et
l?alimentation), des enjeux environnementaux (la qualité des sols et des eaux, la santé des biotes et
des écosystèmes) et des enjeux d?économie circulaire (la gestion durable des ressources et le
recyclage des déchets). Le présent rapport dresse un état des lieux de la situation française actuelle
à partir des informations disponibles et analyse les cadres de gestion mis en oeuvre dans plusieurs
pays. Sur cette base, qui devra être consolidée, il formule des recommandations sur la structure
d?un cadre de gestion des PFAS dans les matières fertilisantes, sur le phasage de sa mise en oeuvre,
sur les conditions de son efficacité.
La maîtrise du risque lié aux PFAS dans les matières fertilisantes s?inscrit dans un ensemble plus
large de contaminants déjà encadrés (métaux, PCB, ?) et doit impérativement être abordée de
manière cohérente avec les dispositifs existants. Le « socle commun sur les matières
fertilisantes » constitue ce cadre réglementaire harmonisant les exigences de qualité sanitaire et
agronomique applicables aux matières épandues sur les sols. Sa mise en oeuvre nécessitera un
investissement accru des services de l?État qui doit être anticipé.
La maîtrise de ce risque doit également s?appuyer sur un renforcement significatif des
connaissances et des outils associés, depuis les dispositifs de mesure et de suivi, de traçabilité et
de partage de l?information ; jusqu?à la connaissance scientifique des mécanismes de transfert des
contaminants entre les sols, les eaux et les plantes qui permettra d?optimiser les actions et la
réglementation en fonction des objectifs sanitaires et environnementaux.
Enfin, le gisement des matières fertilisantes d?origine résiduaire fera face dans les prochaines
décennies, en France comme dans d?autres pays, à des mutations importantes : priorité donnée à
la valorisation énergétique d?une partie des matières organiques résiduaires, technologies
d?extraction des éléments d?intérêt (ex. phosphore), adaptation des territoires à l?acceptation sociale
de l?épandage, évolution des coûts des matières fertilisantes organiques et minérales? Ces
perspectives imposent une concertation renforcée entre les pouvoirs publics, garants des objectifs
sanitaires et environnementaux, et les acteurs des filières concernées.
Signatures des auteurs
ANNEXES
Annexe 2 : Bibliographie
Annexe 3 : Liste des personnes rencontrées
Annexe 4 : Liste des sigles utilisés
Annexe 5 : Liste des tableaux et figures du corps du rapport
Annexe 6 : Fiches de synthèse par pays
Annexe 7 : Définitions
Annexe 8 : Les campagnes RSDE dans le bassin Loire Bretagne
Annexe 9 : Illustration d?un protocole d?échantillonnage, applicable à différentes MFSC
Annexe 10 : Échange de courriers entre la DREAL de Bassin Loire Bretagne et la DEB et la DGPR
Annexe 11 : Incinération basse température ? société Véolia Brevet n°23 02257
Annexe 12 : Fonds de garantie des risques liés à l?épandage agricole des boues d?épuration
(FGRE)
Annexe 13 : Impact de siccité des boues sur leur teneur en PFAS
Annexe 14 : Épaississement des boues en station d?épuration
Annexe 15 : Les différentes boues ? origines - destinations
Annexe 16 : Analyse d?impact de l?application du socle commun pour le cadmium
Annexe 17 : Frise temporelle : prise en compte depuis les années 2000 de la problématique PFAS
dans les EDCH et les boues
Annexe 18 : Méthodes d?analyse des échantillons (préparation, extraction, mesure) et risques de
contamination accidentelle des échantillons et précautions
Annexe 19 : La production de MAFOR en France : origines et volumes
Annexe 20 : Extrait étude SYNTEAU sur l?impact de la DERU2 article 11
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Annexe 1 : Lettre de commande et saisine du HCSP
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Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 66/161
Annexe 2 : Bibliographie
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Santé Publique France, 2019, Imprégnation de la population française par les composés perfluorés :
Programme national de biosurveillance, Esteban 2014-2016.
SGI (Statens geotekniska Institut), 2015, Preliminary guideline values for PFAS in soil and
groundwater.
STAHL et al, 2018, Concentrations and Distribution Patterns of Perfluoroalkyl Acids in Sewage
Sludge and in Biowaste in Hesse, Germany, Journal of Agricultural and Food Chemistry, Vol
66/Issue 39,
SYNTEAU, 2026, Nouvelle réglementation européenne sur le traitement des eaux usées : l?ampleur
du défi pour la France.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 69/161
Annexe 3 : Liste des personnes rencontrées
Nom Prénom Organisme Fonction Date de rencontre
SCHMITT Alby IGEDD Inspecteur général 03/09/2025
KALTEMBACHER Henri BEA-RI Directeur 04/09/2025
LEFRANC Agnès DGPR Sous directrice santé et
environnement 10/09/2025
RAUD Géraldine DGPR Chef du bureau de l?appui aux
politiques publiques 10/09/2025
VEAUX Clarisse DGPR
du copilotage du plan
protection et de la gestion de
l'eau, des ressources minérales
et des écosystèmes aquatiques
contre les pollutions
domestiques et industrielles
VENTURINI Christophe DEB Adjoint de la cheffe du bureau de
la lutte contre les pollutions
domestiques et industrielles
bureau de la lutte contre les
pollutions domestiques et
SOERE PRO 26/09/2025
sécurité sanitaire des aliments 29/09/2025
PRUNAUX Olivier DGAL Sous-directeur adjoint de la
santé et protection des végétaux 29/09/2025
PRINTZ Bruno DGAL Chef du bureau des intrants et du
biocontrôle 29/09/2025
Nom Prénom Organisme Fonction Date de rencontre
THEVENIN Nicolas DGAL Chargé d?études au bureau des
intrants et du biocontrôle 29/09/2025
DUNAND Arnaud DGPE
Sous-directeur de la
territoires
30/09/2025
économie circulaire 30/09/2025
sols, économie circulaire 30/09/2025
circulaire 30/09/2025
l?environnement et à
bureau de l?environnement,
extérieur et produits chimiques
REVENIER Clémentine DREAL AURA Chef du service risques
industriels 01/10/2025
MARIE Christophe DRAAF AURA Responsable de l?unité santé des
végétaux 01/10/2025
Nom Prénom Organisme Fonction Date de rencontre
DURAND Christèle DRAAF AURA Chargée de missions pollutions
environnementales 01/10/2025
évaluation des risques 10/10/2025
produits réglementés 10/10/2025
DUMENIL Jean-Rémi ANSES Coordinateur d?expertises
scientifiques 10/10/2025
scientifiques 10/10/2025
Produits 17/10/2025
Vigne et du Vin
DELESTRE Arnaud Chambres d?Agriculture
France
vice-président de Chambres
de l?environnement
France
France
Nom Prénom Organisme Fonction Date de rencontre
LACARCE Eva ITAB Cheffe de projet Agronomie
Durabilité/Sol 24/10/2025
Transformation 24/10/2025
(Canada)
LAJUGIE Pascal DREAL GE Chef du service prévention des
risques anthropiques 29/10/2025
chroniques santé environnement 29/10/2025
MOINECOURT Maud DRAAF GE
régional de l?alimentation
BRULE Hervé DREAL CVL Directeur 04/11/2025
GOBLET Maud DREAL CVL
risques chroniques et
Biodiversité, Risques Naturels et
charge de l?animation du RMQS
12/11/2025
Nom Prénom Organisme Fonction Date de rencontre
BRIOT- DIETSCH Anne Société Casc4de Chef de projet 17/11/2025
DUCIEL Laura Société Casc4de Ingénieur de recherche 17/11/2025
FRANCOIS Patrice DDT Loir et Cher Directeur adjoint 18/11/2025
HESSE Anne-Sophie DDT Loir et Cher Cheffe de l?unité ressources en
eau et milieux aquatiques 18/11/2025
SEGUI Alexandre VEOLIA
environnement 20/11/2025
LANAE 20/11/2025
environnement - LANAE 20/11/2025
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 74/161
Nom Prénom Organisme Fonction Date de rencontre
GENERET Alfred SPF (Belgique) Attaché, chargé de l?autorisation
de la mise sur le marché belge
des engrais et amendements
administratif sur les PFAS 24/11/2025
NYS Florence UNIFA Déléguée nationale 25/11/2025
CATRYCKE Florence UNIFA Directrice Réglementation et
Normalisation 25/11/2025
AQUAREF 26/11/2025
Souterraines
26/11/2025
Souterraines
26/11/2025
PLANQUES Benoît AFAIA Président d?honneur 04/12/2025
VANAKEN Niko OVAM ? Agence
régional de l?alimentation 09/12/2025
GENDEBIEN Anne SPW Wallonie Attachée au département des
sols 11/12/2025
président de VOLTERRA
Nom Prénom Organisme Fonction Date de rencontre
MARONNE Philippine SYPREA Chargée de mission Valorisation
organique 12/12/2025
valorisation - SAUR 12/12/2025
BIGUEREAU Justine SILAB
SILAB et accompagnatrice de
SYPREA dans les relations
SUEZ Eau France 08/01/2026
SUEZ Eau France
réglementation SUEZ Recyclage
Recyclage et valorisation 08/01/2026
Bretagne
Bretagne
Bretagne
MERCURE-GODIN Vanessa
Ministère de
Lutte contre les
élimination
27/01/2026
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 76/161
Annexe 4 : Liste des sigles utilisés
6 :2FTS Sulfonate de fluorotélomère
ACIA Agence canadienne d?inspection des aliments
AGEC Anti gaspillage pour une économie circulaire (loi AGEC)
AMM Autorisation de mise sur le marché
ANSES Agence nationale de sécurité sanitaire de l?alimentation, de l?environnement
et du travail
Agence régionale de santé
Base de données du registre des émissions polluantes et des déchets
BEA-RI Bureau d?enquêtes et d?analyses sur les risques industriels
BRGM Bureau de recherches géologiques et minières
CGAAER Conseil général de l?alimentation, de l?agriculture, et des espaces ruraux
CIRAD Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le
développement
CNRS Centre national de la recherche scientifique
DAEI Direction des affaires européennes et internationales
DCE Directive cadre sur l?eau
DDT Direction départementale des territoires
DEB
DERU
DGPE Direction générale de la performance économique et environnementale des
entreprises
DGS Direction générale de la santé
DRAAF Direction régionale de l?alimentation, de l?agriculture et de la forêt
DREAL Direction régionale de l?environnement, de l?aménagement et du logement
ECHA Agence européenne des produits chimiques
EDCH
EFSA
ICPE Installation classée pour la protection de l?environnement
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 77/161
IGEDD Inspection générale de l?environnement et du développement durable
INRAE Institut national de recherche pour l?agriculture, l?alimentation et
l?environnement
INERIS Institut national de l?environnement industriel et des risques
IOTA Installations, ouvrages, travaux et activités
ITAB Institut de l?agriculture et de l?alimentation biologiques
ITAVI Institut technique des filières avicole, cunicole, piscicole
MAFOR Matières fertilisantes d?origine résiduaires
MFSC
MTE
MTEBNICN
Ministère de la transition écologique (pour MTEBNICN)
Ministère de la transition écologique, de la biodiversité, des négociations
internationales sur le climat et la nature
OCDE Organisation de coopération et développement économiques
PCI Pouvoir calorifique Inférieur
Acide perfluorobutanoïque
Acide perfluorobutanesulfonique
PFUnDA
PFUnDS
RMQS
RSDE
Réseau de mesures de la qualité des sols
Recherche et réduction des rejets de substances dangereuses dans les eaux
SDAGE Schéma directeur d?aménagement et de gestion des eaux
SPF Santé publique, sécurité de la chaîne alimentaire et environnement
(Belgique)
STEU
SVHC
TFA
Substances of Very High Concern
Acide trifluoroacétique
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 79/161
Annexe 5 : Liste des tableaux et figures
Table des tableaux du corps du rapport
Tableau 1 : estimation des tonnages annuels (2022) des différents types de boues (source Sdes) ................................................................................................................................. 22
Tableau 2 : répartition des effectifs de STEU, des capacités de traitement, des débits journaliers traités et de la production de boues selon les tranches nominales de STEU (source BdD Assainissement collectif) ............................................................................... 23
Tableau 3 : valorisation des boues de STEU (source BdD Assainissement collectif) ........ 23
Tableau 4 : tonnage annuel des différentes boues d?ICPE (SDES) ................................... 24
Tableau 5 : destination des différentes boues d?ICPE (MTE-DGPR/ bueau des déchets) . 24
Tableau 6 : teneurs en PFAS des boues de STEU de plus de 10 000 EH dans le cadre du RSDE 2022 LB : analyse statistique des valeurs pour chacun des cinq PFAS et pour la somme des cinq PFAS. ..................................................................................................... 31
Tableau 7 : confrontation des teneurs en PFAS des boues de STEU mesurées dans le cadre du RSDE LB 2022 aux seuils des réglementations de différents pays. ............................. 32
Tableau 8 : valeurs de fond des teneurs en PFAS des sols issus d?études belges, néerlandaises et allemandes (source rapport INERIS 2025 « Valeur de fond des PFAS dans les sols européens ») ......................................................................................................... 34
Tableau 9 : PFAS encadrés dans les boues de stations d?épuration, dans les pays étudiés et valeurs seuils ................................................................................................................. 41
Tableau 10 : axes de gestion activés par les réglementations des pays objets du parangonnage .................................................................................................................... 42
Tableau 11 : nature des seuils (réglementaires, incitatifs, volontaires) introduits dans les cadres de gestion des pays objets du parangonnage ........................................................ 45
Table des figures du corps du rapport :
Figure 1 : catégories de matières fertilisantes et supports de culture (source DGAL 2024) ........................................................................................................................................... 16
Figure 2 : catégories de dispenses d?autorisations de mise sur le marché des MFSC prévues par l?article L255-5 du code rural et de la pêche maritime (source DGAL 2024)................ 17
Figure 3 : part des MAFOR épandues sur les divers types de grandes cultures et de prairies selon leur provenance (Données Agreste ? Enquête PKGC 2011) ................................... 25
Figure 4 : destination des boues d?épuration dans différents pays de l?Union Européenne (ASTEE 2020) .................................................................................................................... 26
Figure 5 : évolution des livraisons des engrais minéraux en France métropolitaine, en tonnes d?éléments nutritifs (Source UNIFA 2024) .......................................................................... 27
Figure 6 : synoptiques d'une station de traitement des eaux usées : (gauche) points
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 80/161
réglementaires ; (droite) points logiques ? (source SANDRE) ........................................... 28
Figure 7 : frise temporelle de la mise en oeuvre de cadres de gestion des PFAS dans les boues, dans les pays objets du parangonnage (cf annexe 17 pour une frise plus détaillée) ........................................................................................................................................... 45
Liste des tableaux et figures des annexes :
Figure n°1 : utilisations finales des biosolides produits au Canada (M and M, 202359) 81
Figure n°2 : destination des boues urbaines produites au Québec en 2023 82
Figure n°3 : gestion des boues de stations d'épuration collectives en Wallonie60 95
Figure n°4 : part des boues de station d?épuration valorisée en agriculture en Suède 102
Figure n°5 : modalités de traitement des boues de STEU au Danemark 106
Figure n°6 : histogramme des sommes de teneurs en 5 PFAS par STEU (moyenne des six
échantillons de boue pour une même STEU). Ordonnées en échelle logarithmique à
gauche, en échelle naturelle à droite. La couleur de la barre d?une STEU représente son
laboratoire d?analyse. Le laboratoire d?analyse représenté en rouge présente des valeurs
d?un facteur 10 à 100 supérieures aux valeurs des autres laboratoires. 118
Figure 6a : histogramme des sommes de teneurs en 5 PFAS par STEU (moyenne des 6
échantillons de boue pour une même STEU). Ordonnées en échelle naturelle. La couleur
de la barre d?une STEU représente son laboratoire d?analyse (hors laboratoire d?analyse
écarté). 120
Figure n°7 : lien entre teneur en PFAS et siccité de l?échantillon 134
Figure n°8 : évolution de la teneur en PFAS et de la siccité au cours de la déshydratation
135
Figure n°9 : variation de la valeur de concentration en PFAS de la boue en fonction de son
niveau de déshydratation (taux d?humidité) 135
Figure n° 10 : les techniques d?épaississement 137
Figure n°11 : répartition géographique des quantités de déchets et d?effluents industriels
destinés à la valorisation agronomique en 2008 (source Esco MAFOR 2014) 139
Figure n°12 : Frise temporelle détaillée de la mise en oeuvre de cadres de gestion des PFAS dans
les boues, dans les pays objets du parangonnage (détaille la figure 7 du corps du rapport) 152
Tableau n°1 : nouvelles analyses exigées selon le type de MRF dans le « nouveau » code
83
Tableau n°2 : paramètres PFAS et teneurs maximales associés aux catégories I1 et I2
84
Tableau n°3 : sélection des PFAS comme indicateurs, basés sur la liste des biosolides
municipaux canadiens (Extrait de la note technique 2025, source ECC) 85
Tableau n°4 : résumé des impacts théoriques sur les données québecoises, selon 2
versions du paramètre sommatif PFAS 87
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 81/161
Tableau n° 4a : Valorisation des boues produites par les stations d'épuration en Allemagne (source
EFA 2024) 91
Tableau n 5 : analyse statistique des teneurs en PFAS des boues des stations d?épuration
au Danemark (résultats sur la base de 215 échantillons de boue) 112
Tableau n°6 : seuils de gestion du PFOA et du PFOS dans les biosolides, dans l?Etat du
Michigan 115
Tableau n°7 : valeurs des limites de quantification et pourcentage de mesures sous la limite
de quantification. Pour chacun des 6 laboratoires d?analyse (en ligne), valeurs des LQ pour
chacun des 5 PFAS (en colonne) et nombre et pourcentage de mesures sous la LQ. 118
Tableau 7a : confrontation des teneurs en PFAS des boues de STEU mesurées dans le
cadre du RSDE LB 2022 aux seuils des réglementations de différents pays. 121
Tableau n°8 : tonnage de boues ICPE 140
Tableau n°9 : production de MAFOR en France source ICARE 140
Tableau n°10 : déchets et sous-produits : source CGEDD/CGAAER 2015 140
Tableau n°11 : synthèse des données MAFOR 141
Tableau n°12 : tonnage de boues de STEU source Sdes 142
Tableau n°13 : poids total et poids sec des différentes boues produites 142
Tableau n°14 : production de boues des ICPE 143
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 82/161
Annexe 6 : Fiches de synthèse par pays
6.1. CANADA - QUEBEC
1. Eléments de contexte et pratiques concernant la valorisation des MFSC
? Une culture développée de valorisation des « biosolides »
Les biosolides sont définis61 au Canada comme le principal produit organique solide issu du
traitement des eaux usées qui peut être valorisé. Par facilité, les termes « biosolides » et « boues »
sont utilisés ici de manière interchangeable.
Les biosolides sont généralement reconnus comme des matières intéressantes d?un point de vue
agronomique, nécessitant d?être valorisées compte tenu des enjeux environnementaux,
économiques et de souveraineté, tout en étant encadrées réglementairement depuis des décennies.
À l?exception du Nouveau-Brunswick, toutes les provinces canadiennes autorisent l?épandage de
boues traitées.
Sur l?ensemble du Canada, 989 000 tonnes de biosolides sont produites annuellement1 : plus de
50 % sont épandus sur des terres agricoles (35 % pour la production de cultures et 23 % pour le
pâturage) ; 27% sont enfouis ; seulement 15% sont incinérés.
Figure n°1 : utilisations finales des biosolides produits au Canada (M and M, 202362)
Concernant spécifiquement le Québec : 39% des boues municipales produites sont épandues sur
les sols agricoles63. Au total, 60% des boues municipales sont recyclées, intégrant la méthanisation
et le compostage.
Canada, Santé Canada, mars 2025. 62 Canadian Municipal Biosolids Market. Markets and Markets, 2023. 63Bilan 2023 de la gestion des matières résiduelles au Québec. https://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/sites/default/files/documents/bilan-gmr-2023-complet.pdf
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 83/161
Figure n°2 : destination des boues urbaines produites au Québec en 2023
? Répartition des compétences gouvernementales et provinciales sur les matières fertilisantes
Le Gouvernement fédéral est chargé d?établir des seuils réglementaires nationaux dans le cadre de
la Loi sur les engrais (Fertilizers Act). Ces seuils s?appliquent à tous les produits vendus ou importés
à l?échelle du pays.
Les provinces peuvent cependant légiférer et fixer des seuils et règles additionnelles dans le respect
de leurs compétences territoriales en matière d?agriculture et d?environnement. Les exigences fixées
par les provinces en matière de déchets et de MFSC peuvent varier significativement d?une région
à l?autre.
? Un élément déclencheur de la réglementation en 2023
Le Maine (USA) interdit complètement l?épandage de boues sur son territoire dès avril 2022, en lien
avec la découverte de contaminations par les PFAS ayant conduit à la fermeture d?exploitations
laitières. Cette interdiction soudaine conduit, entre autres conséquences, à des flux significatifs de
boues exportées vers le Canada voisin, en l?absence de réglementation canadienne.
Plus généralement, d?après les données d?importation de l?Agence Canadienne d?Inspection des
Aliments (ACIA), les importations de biosolides des États-Unis vers le Canada n?ont cessé
d?augmenter au cours de la dernière décennie.
En parallèle, des reportages canadiens mettent en cause en 2023 l'épandage de boues contaminées
par des PFAS sur certaines terres agricoles et se font le relais de fortes préoccupations sociétales.
Ces évènements participent à l?instauration d?un cadre réglementaire spécifique aux PFAS dans les
boues, tant par les autorités canadiennes que par les autorités québécoises.
2. Encadrement réglementaire et seuils fixés pour les PFAS dans les MFSC
? Canada
L?ACIA réglemente la vente et l?importation d?engrais sous forme de biosolides. En octobre 2024,
elle a mis en oeuvre une norme provisoire de 50 µg/kg de MS pour le PFOS dans les biosolides, le
respect de ce seuil conditionnant l?importation ou la vente au Canada en tant qu?engrais, ce qui
permet de réguler les flux de boues importées d?origine américaine notamment. Cette norme était
directement inspirée de la réglementation américaine.
Une analyse des biosolides canadiens, basée sur les résultats de la surveillance du Gouvernement
et des analyses facultatives effectuées par l?industrie de façon préliminaire à l?introduction des
réglementations, a par ailleurs indiqué que plus de 90 % des biosolides produits au Canada
présentent une concentration inférieure à ce seuil de 50 µg/kg de MS pour le PFOS.
? Québec
Le Gouvernement du Québec instaure en 2023 un moratoire temporaire sur l?épandage agricole de
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 84/161
biosolides importés. Ce moratoire vise à assurer la protection des sols québécois le temps qu?un
mécanisme de contrôle des PFAS soit instauré dans les MFSC importées (il sera levé a priori en
novembre 2028).
Au Québec, l?utilisation des boues est encadrée depuis plus de 40 ans par un guide portant sur le
recyclage des matières résiduelles fertilisantes (MFR) ou ses versions antérieures. Ce guide64 offrait
un cadre sécuritaire à la filière de valorisation des MFR en fixant des critères de qualité et des
conditions d?épandage, tout en rappelant les bénéfices et enjeux de cette valorisation.
L?entrée en vigueur de la nouvelle loi sur la qualité de l?environnement (LQE) en mars 2018 implique
que la mise en oeuvre de certaines activités à risque au plan environnemental soit fixée par voie
règlementaire. Par conséquent, la quasi intégralité du guide complété de nouvelles dispositions,
dont des paramètres intéressant les PFAS, a été reprise dans un « code de gestion des matières
résiduelles fertilisantes », publié par le décret 188-2025 du 26 février 202565, et en vigueur depuis
le 1er novembre 2025.
Les MRF doivent respecter des critères de qualité regroupés dans des catégories :
? la teneur en contaminants chimiques (C),
? la teneur en agents pathogènes (P),
? la charge olfactive (O),
? la teneur en corps étrangers (E).
Les PFAS sont intégrés dans une nouvelle catégorie, nommée I pour « critères investigateurs
préventifs », destinée à terme à inclure d?autres contaminants.
Les paramètres analytiques à contrôler font l?objet d?un ciblage par type de MRF : le tableau ci-
dessous illustre les nouvelles analyses demandées par le code de gestion des MRF.
Tableau n°1 : nouvelles analyses exigées selon le type de MRF dans le « nouveau » code
Les critères de qualité fixés pour les PFAS ne concernent que les « biosolides municipaux,
papetiers, résidus de désencrage, procédés mixtes et MRF dérivées ». Autrement dit, ces nouveaux
critères ne s?imposent pas pour les MFSC minérales, les amendements calciques et magnésiens,
et d?autres MFSC telles que les matières végétales et les boues issues d?autres filières industrielles.
Trois paramètres PFAS ont été considérés comme pertinents :
? la teneur en PFOS,
? la teneur en PFOA,
? la teneur d?une somme de 11 PFAS66.
L?approche retenue par le Québec est de fixer deux seuils pour chaque paramètre et pour chaque
catégorie :
? un seuil intermédiaire en deçà duquel l?utilisation de la MFSC n?est soumise à aucune restriction,
? un seuil maximal au-delà duquel la valorisation de la MFSC n?est plus possible.
Les biosolides dont la teneur en PFAS est comprise entre le seuil intermédiaire et le seuil maximal
font l?objet d?un suivi et d?une restriction d?utilisation.
Paramètres investigateurs
Somme de 11 PFAS
Aucune restriction d?usage
Interdiction de valorisation en milieu agricole ou sylvicole67
Tableau n°2 : paramètres PFAS et teneurs maximales associés aux catégories I1 et I2
Un biosolide classé I2 verra son utilisation encadrée par des mesures de mitigation, identiques
aux mesures prises pour les catégories C2 (contaminants chimiques mieux documentés, parmi
lesquels des métaux).
Ces mesures sont jugées appropriées dans l?attente du développement de la connaissance, et
impliquent notamment68 :
? une régulation des doses d?épandage permises, ne devant pas excéder l?équivalent d?une moyenne de 4,4 tonnes de MS ha/an, calculée sur une période de trois années consécutives,
? des distances séparatrices plus grandes par rapport aux cours d?eau et aux habitations,
? l?interdiction d?épandage sur des cultures destinées à l?alimentation humaine et sur les pâturages.
Le code de gestion précise enfin que les analyses de PFAS dans les biosolides doivent être
réalisées a minima une fois par période de 12 mois par des laboratoires accrédités, ou par défaut
des laboratoires répondant aux exigences de la norme internationale ISO/CEI 17025, utilisant
préférentiellement la méthode américaine US EPA 1633 (citée en partie 2.4.1). Il définit la méthode
de calcul à employer pour la somme des 11 PFAS considérés.
3. Méthode de détermination de ces seuils
Le Canada a opté pour le choix d?un seuil (50 µg/kg de MS) pour un seul composé : le PFOS,
considéré comme un indicateur suffisant et représentatif du niveau de contamination en PFAS des
boues. Il a été choisi en prenant pour référence le seuil le plus restrictif retenu par l?État du Michigan
66 PFBA, PFPeA, PFHxA, PFDA, PFDS, 6:2 FTS, 5:3 FTCA, 7:3 FTCA, NmeFOSAA, NEtFOSAA, FHUEA. 67 Sous certaines conditions strictes, les MFSC hors catégorie peuvent être utilisées sur des sites dégradés, tels que des
sites miniers. 68Code de gestion des matières résiduelles fertilisantes ? guide de référence. https://www.environnement.gouv.qc.ca/matieres/code-gestion-mrf/code-gestion-matieres-residuelles-fertilisantes-guide-
reference-cgmrf.pdf
(USA), permettant une utilisation des boues sans limitation d?usage.
La motivation première a été l?établissement d?une barrière afin de stopper l?exportation des États-
Unis vers le Canada de biosolides qui ne seraient plus conformes à la réglementation américaine.
L?approche retenue par le Québec a conduit à fixer des seuils plus restrictifs que le seuil canadien.
Cette approche, fondée sur une documentation étayée, est présentée ci-après.
? Choix d?une approche par paliers :
Cette approche par paliers, se déclinant en fonction de deux seuils, est similaire à l?approche
couramment appliquée pour d?autres contaminants, et adoptée par l?État du Michigan depuis
plusieurs années. Le retour d?expérience du Michigan soutient l?hypothèse du niveau de
contamination en PFOS en tant qu?indicateur solide de la concentration totale des PFAS dans les
biosolides, et montre l?efficacité d?une approche graduée pour réduire les teneurs en PFOS des
boues69 .
? Sélection des composés PFAS et évaluation des impacts :
La méthode de sélection des PFAS à prendre en compte dans la réglementation a fait l?objet d?une
note publiée70.
Elle s?appuie sur plusieurs éléments de connaissance et de métrologie, dont :
? la connaissance des composés PFAS prévalents dans les analyses de boues essentiellement urbaines, issues des données canadiennes et québecoises disponibles, dont des études menées par l?Université de Montréal,
? la capacité analytique actuelle au sein du Ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs au Québec (MELCCFP), et notamment les limites de détection et de quantification pour chaque PFAS choisi.
Le tableau ci-dessous est directement extrait de la note technique précitée.
Tableau n°3 : sélection des PFAS comme indicateurs, basés sur la liste des biosolides municipaux canadiens (Extrait de la note technique 2025, source ECC)
69. Land application of biosolids containing PFAS : interim strategy. EGLE (Département de l?Environnement des Grands
Lacs et de l?Énergie du Michigan), 2022. https://www.michigan.gov/egle/about/organization/water-resources/biosolids/pfas-related 70 Sélection des SPFA incluses dans les paramètres investigateurs et préventifs de la catégorie « I » du Code de gestion
des matières résiduelles fertilisantes ? Note technique 2025. https://www.environnement.gouv.qc.ca/matieres/articles/selection-spfa.pdf
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 87/161
La liste des PFAS retenus est évolutive et tient compte des connaissances scientifiques à date et
de l?évolution des méthodes analytiques.
Compte tenu de ces éléments, le PFOS et le PFOA ont été rapidement sélectionnés en tant
qu?indicateurs individuels, étant les PFAS les plus étudiés dans le monde et ceux dont l?impact
sanitaire est bien documenté.
Le Québec s?est attaché à prendre en compte un troisième indicateur correspondant à une somme
élargie de composés. Une analyse des impacts théoriques71, également publiée, a été menée en
fonction de deux versions du paramètre sommatif PFAS :
? une 1ère version basée sur les 11 composés PFAS retenus dans la rédaction du code de gestion des MFR,
? une 2ème version élargie aux 35 composés PFAS analysables par le MELCCFP, en sus du PFOS et du PFOA, à la date des travaux.
Limites : il est opportun de souligner que cette liste de 37 composés exclut des composés PFAS
pourtant fortement quantifiés dans certaines études scientifiques72 menées par l?université de
Montréal, mais considérés comme insuffisamment détectables selon la méthode mise en oeuvre par
le MELCCFP73.
C?est le cas des composés de la famille des diPAP, tels que le 6:2 diPAP ou encore le 8:2 diPAP,
qui contribuent majoritairement à la concentration totale de PFAS dans les biosolides, boues et
composts selon l?étude citée. Le choix de retenir ou non les diPAP dans la réglementation a fait
l?objet de débats entre la communauté scientifique et les autorités.
On notera également que le TFA n?est pas non plus intégré à la liste des composés d?intérêt à
quantifier dans les boues, car peu quantifié.
Pour ces deux versions du paramètre somme de PFAS, le taux de non-conformité actuel des boues
(base des données québécoises disponibles) a été évalué par rapport aux seuils fixés pour les
catégories I1 et I2 (la méthode de détermination des valeurs de ces seuils est évoquée ci-après).
Cette étude comparative ne montre aucune différence entre les deux versions dans la répartition
des boues les catégories I1, I2 et hors catégorie. En d?autres termes, aucun échantillon ne change
de catégorie selon que l?on considère le paramètre ?11 PFAS ou ?35 PFAS. L?interprétation faite
par les autorités de ces résultats a priori surprenants repose sur la très faible prévalence des 24
autres PFAS analysés dans la version élargie.
71 Impacts théoriques des seuils établis pour les substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (SPFA) incluses dans
les paramètres investigateurs et préventifs du Code de gestion des matières résiduelles fertilisantes ? Note technique 2025.
https://www.environnement.gouv.qc.ca/matieres/mat_res/fertilisantes/impacts-theoriques-seuils-spfa-code-gestion- matieres-residuelles-fertilisantes.pdf
72 Par exemple : PFAS profiles in biosolids, composts, and chemical fertilizers intended for agricultural land application in Quebec (Canada) (Saliu and all, 2024).
73 Sélection des SPFA incluses dans les paramètres investigateurs et préventifs de la catégorie « I » du Code de gestion des matières résiduelles fertilisantes ? Note technique 2025. https://www.environnement.gouv.qc.ca/matieres/articles/selection-spfa.pdf
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 88/161
A l?aune de ces résultats, l?option de retenir le paramètre sommatif pour 11 PFAS a été confortée.
Données du Québec : 69 échantillons de boues
Paramètres PFAS utilisés
% catégorie I1 % catégorie I2 % hors catégorie
Paramètres I du code de gestion des MRF : PFOS, PFOA et ?11 PFAS
75 % 19 % 6 %
Tous les PFAS analysables par le MELCCFP en 2024 : PFOS, PFOA et ?35 PFAS
75 % 19 % 6 %
Tableau n°4 : résumé des impacts théoriques sur les données québecoises, selon 2 versions du paramètre sommatif
PFAS
Par ailleurs, le Gouvernement québécois a également évalué les impacts en s?appuyant cette fois
sur 112 données canadiennes, en se fondant sur l?hypothèse unique du paramètre ?11 PFAS. Cette
analyse conclut à un taux de non-conformité de 4 % (classement « hors catégorie ») des boues
urbaines.
Au final, le taux de classement prévisionnel de boues en « hors catégorie » interdisant leur
valorisation sur des terres agricoles ou sylvicoles est de 4 à 6 %, sur la base de la teneur en PFAS
analysée dans 181 échantillons de boues urbaines canadiennes et québécoises.
? Méthodes de détermination des valeurs des seuils réglementaires :
L?objectif pilotant le choix des valeurs réglementaires est de limiter la pression d?accumulation en
PFAS dans les sols recevant des biosolides, en se basant sur un niveau d?enrichissement maximal
à ne pas dépasser dans ces sols.
La détermination des valeurs des seuils proposées pour les PFAS dans les biosolides s?inspire de
la démarche utilisée pour déterminer les valeurs seuils pour certains métaux, bien que les données
disponibles soient dans le cas des PFAS très lacunaires.
En l?absence de données suffisantes, le modèle de calcul utilisé est fondé sur l?hypothèse d?un
niveau initial de contamination des sols équivalent à zéro ; ce niveau de contamination va
progressivement croître par la contribution d?épandages réguliers de biosolides sur une durée de 25
ans, sans qu?il ne puisse dépasser la valeur cible de qualité des sols préalablement définie.
Ce modèle s?est basé en partie sur une approche conservatrice, en considérant que les PFAS
s?accumulaient dans les sols sans tenir compte des migrations de PFAS dans les compartiments air
et eau et des transferts vers les végétaux. C?est donc un « pire scénario » selon lequel les
épandages contribuent régulièrement à l?accumulation des PFAS dans les sols, sans « sortie de
PFAS ». Pour autant, une limite de ce modèle de type « baignoire » réside dans l?absence de prise
en compte de la contamination préexistante des sols.
Les teneurs maximales proposées pour le PFOS et le PFOA dans les boues ont été développées
en utilisant les valeurs cibles de qualité des sols établies par l?État de New York74, parmi les plus
restrictives d?Amérique du Nord, et à même de protéger également la qualité de l?eau souterraine
utilisée comme eau de consommation.
Les teneurs maximales proposées pour la somme de 11 PFAS ont été calculées en s?appuyant sur
74 https://dec.ny.gov/sites/default/files/2024-06/draftcp51revised.pdf. Les valeurs cibles pour les sols sont de 0.88µg/kg
pour le PFOS et de 0.66µg/kg pour le PFOA, sans aucune restriction d?usage.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 89/161
la recommandation pour la qualité des sols, publiée par le Conseil canadien des ministres de
l?environnement (CCME), de 10µg/ kg pour le seul PFOS, transposée à la somme de 11 PFAS,
toujours dans une approche sécuritaire.
Enfin, les doses d?épandage maximales autorisées pour les biosolides de catégorie I2 (une moyenne
de 4,4 tonnes de MS ha/an, sur trois années consécutives) sont dérivées des mesures de mitigation
déjà appliquées pour d?autres contaminants mieux documentés.
4. Evaluation des impacts sur les filières, et mesures d?accompagnement
L?introduction des seuils, qu?il s?agisse de normes provisoires au Canada (2024) ou de dispositions
fixées par décret au Québec (2025), est très récente. Elle ne permet pas un retour d?expérience
approfondi.
? Canada
L?introduction de la norme en PFOS s?est accompagnée d?une mise en oeuvre progressive assortie
d?actions pédagogiques des organismes de contrôle.
Les autorités canadiennes soulignent une certaine adhésion à la démarche, tant des filières
agricoles que des filières industrielles, partiellement liée au fait qu?elle s?appuie sur une approche à
la fois scientifique (démarche américaine) et pragmatique.
? Québec
? Evaluation prévisionnelle des impacts économiques
L?évaluation des impacts, en particulier économiques, liés à l?introduction de cette réglementation a
fait l?objet d?une note publiée par le Gouvernement québécois en 202575.
L?ajout de nouvelles analyses demandées pour les PFAS se traduit par des coûts supplémentaires
annuels estimés à environ 260 000 dollars par an pour les entreprises, calcul basé sur un coût
analytique élevé (1 385 dollars) du fait du très faible nombre de laboratoires équipés et accrédités
en 2023, et d?un nombre d?analyses annuelles estimé à 188. Il est attendu une diminution
significative du coût analytique moyen au fil des années.
A cela s?ajoute une augmentation des quantités de MFR devant être éliminées comme suite à
l?instauration de la catégorie I, pour un coût annuel potentiel supplémentaire d?environ 557 000
dollars. Ce calcul s?appuie sur un coût moyen du transport et de l?élimination des boues de 96 dollars
la tonne, à comparer au coût moyen du transport et de la valorisation des boues de 65 dollars la
tonne.
Le volume de boues ne respectant pas les critères de la catégorie I (« hors catégorie ») est calculé
sur la base d?un taux de non-conformité d?environ 4% (cf. supra). 57% de ces boues auraient été
destinées à l?épandage, soit un volume final de 18 000 tonnes additionnelles de boues à détruire.
Ces coûts sont basés sur une hypothèse conservatrice et représentent donc plutôt la borne
supérieure des impacts potentiels.
75 Code de gestion des matières résiduelles fertilisantes, et ses modifications à 4 règlements : analyse d?impact
réglementaire, 2025. https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/environnement/publications-adm/lois-
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 90/161
? Consultations préalables et anticipation de la date d?entrée en vigueur de la
réglementation
Le ministère québécois a procédé à différentes consultations avant l?entrée en vigueur des seuils
PFAS par décret. Ainsi, une centaine d?experts et d?organismes spécialistes du domaine des PFAS
et des MFSC ont été consultés, incluant des représentants des ordres professionnels des
agronomes, des chimistes, des collectivités, des filières industrielles et agricoles, des entreprises
spécialisées dans la valorisation des boues, des scientifiques, ?
L?approche par paliers a été plébiscitée, notamment par les professionnels de la filière valorisation
des MFSC.
Le décret 188-2025 du 26 février 2025 publié en mars 2025 est entré en vigueur au 1er novembre
2025. Cette période a été retenue car la fin d?année marque la fin de la saison des épandages, ce
qui facilite la transition et évite un changement des règles en milieu d?année.
Il convient enfin de souligner la volonté manifeste du Gouvernement québécois d?accompagner les
différents acteurs par la production de documents guides pédagogiques en parallèle et en amont de
la publication du décret : note d?impacts théoriques, guide de référence qui tient lieu de vadémécum
expliquant pour chaque article du décret les attendus, ?
? La traçabilité de l?information est considérée comme incontournable au maintien de la
confiance entre les acteurs
Les responsabilités du « générateur » de la MFSC, du « promoteur 76» et de l?exploitant agricole ou
sylvicole sont clairement établies dans le code de gestion des MFR.
Le générateur de la MFSC est ainsi tenu de procéder à sa catégorisation (ou de déléguer cette tâche
au promoteur). Il doit conserver pendant une période minimale de cinq ans l?ensemble des
informations ayant permis de catégoriser la MFSC, dont les coordonnées, les process et traitements
subis, ainsi que les valeurs moyennes des résultats des analyses obligatoires. Une fiche consignant
ces mêmes informations accompagne par ailleurs la MFSC jusqu?à l?utilisateur final.
Certains acteurs ont mentionné que l?existence de telles données de catégorisation archivées sur
une longue période permettait de faciliter les appels d?offres et d?impacter favorablement l?activité et
l?image de l?entreprise.
Le transfert des informations, d?un maillon à l?autre au sein de la chaîne de valorisation des MFSC,
est considéré comme un pilier important de la sécurité des activités de valorisation, permettant la
confiance entre les générateurs de MFSC (en l?occurrence les industries et collectivités), les
« promoteurs » en charge du recyclage et de la valorisation des MFSC et les utilisateurs finaux,
exploitants agricoles ou forestiers.
Le Gouvernement québécois considère également que les nouveaux seuils fixés pour les PFAS
favorisent le retour de l?acceptabilité sociale et la confiance de la population.
76 Le « promoteur du projet de valorisation » est défini comme un intermédiaire entre le générateur et l?exploitant agricole
ou sylvicole utilisateur de la MFSC. Le promoteur peut organiser le transport de la MFSC jusqu?au lieu d?épandage ou de stockage, et est responsable de la réception et du stockage sur le lieu de valorisation.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 91/161
6.2. ALLEMAGNE
1. Eléments de contexte et pratiques concernant la valorisation des MFSC
? La valorisation des boues de stations d?épuration
Le volume annuel de boues produites en Allemagne est estimé à 1,74 million de tonnes MS77.
Environ 22 % (0,4 million de tonnes) sont valorisées par épandage agricole et 77 % envoyées à
l?incinération.
Tableau n° 4a : Valorisation des boues produites par les stations d'épuration en Allemagne (source EFA 2024)
? Répartition des compétences gouvernementales sur la gestion des déchets
L?Allemagne est un État fédéral : la gestion des déchets combine des compétences partagées entre
le Bund (fédéral), les Länders (États fédérés) et les communes.
Le niveau fédéral est en charge du cadre législatif et stratégique. Il élabore le cadre juridique national
(lois fondamentales sur les déchets) et est en charge de transposer le droit européen en droit
allemand (par ex. directives européennes sur les déchets, l?économie circulaire, les emballages,
etc.). Le principal texte est le Circular Economy Act (KrWG)78, qui fixe les principes de gestion, la
prévention, le recyclage, et les obligations générales des producteurs et des collectivités. Il établit
également les normes générales de protection de l?environnement liées aux déchets (prix planchers,
interdictions de mise en décharge, principe de responsabilité du producteur, etc.) et définit les
responsabilités des producteurs dans la filière des déchets. Les autorités fédérales (ministère de
l?environnement et agences spécialisées comme l?Umweltbundesamt) participent à la planification
stratégique, à la recherche et aux évaluations environnementales.
Les Länders mettent en oeuvre la législation fédérale et peuvent la compléter par des
réglementations régionales (lois régionales) selon leur contexte territorial. Ils sont notamment en
charge de l?élaboration de plans régionaux de gestion des déchets (planification des infrastructures,
des installations de traitement, et des objectifs locaux). Ils assurent la supervision administrative :
surveillance de l?application des lois, délivrance des autorisations, contrôle des installations de
traitement et élimination.
Enfin, les autorités locales (communes, districts) sont en charge de la planification et de la gestion
opérationnelle : collecte, transport, tri et traitement des déchets ménagers et assimilés, constitution
de structures intercommunales volontaires (par exemple des associations de communes) pour
77 Rapport 2024 « Etude de la présence de PFAS dans l?environnement » de l?Agence allemande de l?environnement 78https://www.bundesumweltministerium.de/en/law/circular-economy-and-safeguard-the-environmentally-compatible-
management-of-waste
mutualiser la gestion des déchets dans certains territoires.
? Eléments déclencheurs de la réglementation PFAS dans les boues
Des épisodes de contamination dès 2000. Des épisodes de contamination des sols agricoles par
des PFAS ont été documentés en Allemagne dans les années 2000, notamment autour de sites où
des boues ou des composts contenant des tensioactifs fluorés avaient été utilisés comme fertilisant :
ces incidents ont montré la capacité de PFOS et PFOA à persister et à se diffuser dans
l?environnement à partir des boues appliquées sur le sol.
L?introduction d?une réglementation en 2012. Ces constats ont incité les autorités allemandes à
intégrer, dès 2012, une valeur limite dans la DüMV (Ordonnance sur la fertilisation, voir plus loin)
pour réduire l?entrée de ces substances dans les sols agricoles via les boues. La limite de 100 µg/kg
(soit 100 ng/g) pour la somme de PFOS et PFOA s?inscrit dans cet objectif de prévention des risques
environnementaux liés à leur usage comme fertilisant.
L?Agence fédérale de l?environnement (Umwelt Bundesamt) au début des années 2020 a initié
un projet de recherche « Étude de la présence de PFAS dans les flux de déchets », sur la base de
l'annexe A de la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants (POP), qui inclut
des représentants du groupe des PFAS. Le rapport correspondant « Enquête sur la présence de
PFAS dans les flux de déchets »79 a été publié en 2024.
Le projet visait l'identification, la quantification et l'évaluation initiales de la présence de PFAS dans
certains flux de déchets (textiles, boues d?épuration municipales, boues de papèteries, sols,
peintures?). Les mesures de teneurs en PFAS s?appuyaient sur des méthodes globales (paramètre
EOF sur le fluor organique total) et non pas spécifiques (pas de mesure de PFAS individualisés).
? Mesures de teneurs en PFAS des boues réalisées dans le cadre du projet. Dans le cadre
de ce projet, des boues d'épuration ont été analysées. Au total, 17 échantillons de boues
d'épuration ont été étudiés (neuf de stations d'épuration industrielles associées à des produits
contenant des PFAS ; huit de stations d'épuration municipales ayant déjà présenté des niveaux
élevés de PFAS par le passé). Les échantillons de boues ont tous été prélevés par les exploitants
des stations d'épuration respectives et lyophilisés sur place. Les teneurs maximales en EOF
étaient respectivement de 5 000 ?g/kg pour les stations industrielles, et de 750 ?g/kg pour les
stations municipales (rapport p.97). La teneur en PFAS moyenne des boues des stations
municipales était de 338 µg/kg.
? Compilation de mesures antérieures de teneurs en PFAS des boues (revue
bibliographique). Par ailleurs, une compilation de six publications, portant sur les teneurs en
PFAS de 71 échantillons boues de stations d?épuration municipales allemandes, donne la valeur
moyenne de 67 µg/kg MS (rapport AFE 2024).
Les teneurs mesurées dans le projet (EOF) sont supérieures à celles des analyses ciblées
classiques de PFAS (PFAS individuels), trouvées dans la revue bibliographique. Les mesures
ciblées ne quantifient qu?une partie des PFAS et la mesure EOF, qui quantifie le fluor total, mesure
au-delà des PFAS.
Une étude (Stahl et al 2018) indique que 86 % des PFAS présents dans les boues sont des PFAS
à chaine longue. Elle indique également un apport de fluor organique dans les stations d'épuration,
79 https://www.umweltbundesamt.de/publikationen/untersuchung-des-vorkommens-von-pfas-per (Untersuchung des Vorkommens von
ainsi qu'une accumulation dans les boues d'épuration, véritables puits de pollution.
2. Encadrement réglementaire et seuils fixés pour les PFAS dans les MFSC
L'ordonnance "fertilisation" (Düngemittelverordnung ? DüMV) encadre la qualité des produits
fertilisants. Elle a progressivement intégré des seuils sur les PFAS.
Jusque 2012, cette réglementation ne comportait pas de campagne d?analyse concernant les PFAS.
La révision de 2012 a introduit des restrictions concernant certains PFAS dans les matières
premières destinées à la production de fertilisants et pour les fertilisants eux-mêmes :
? un seuil limite pour la somme PFOS+PFOA < 100 µg/kg MS a été fixé, ces deux PFAS étant
considérés comme les plus dangereux. Cette limite s?applique particulièrement aux boues de
stations d?épuration destinées à des usages agricoles ou paysagers. Si cette limite est dépassée,
les boues ne peuvent pas être directement appliquées au sol et doivent être incinérées ou
traitées autrement ;
? une exigence d?étiquetage a été introduite lorsque la concentration PFOS + PFOA dépasse 50
µg/kg MS.
Cette réglementation se concentre sur deux PFAS et un seuil simple. Elle ne couvre pas un spectre
plus large de PFAS, ni une somme totale de PFAS.
La révision de 2019 n?a introduit ni abaissement du seuil réglementaire, ni augmentation du nombre
de PFAS pris en compte. Depuis, on ne relève pas de modification sur la DüMV.
L?ordonnance allemande sur les boues de stations d?épuration (AbfKlärV)80 est une
réglementation fédérale qui encadre la valorisation et la gestion des boues issues des stations
d?épuration (Klärschlamm). Elle fait partie du droit allemand des déchets et de la protection de
l?environnement, et complète d?autres règlements comme la Düngemittelverordnung (fertilisants)
lorsque les boues sont destinées à des usages agronomiques.
Elle s?applique à la valorisation de boues de stations d?épuration, y compris les mélanges de boues
et les composts à base de boues, quel que soit le mode d?utilisation (épandage agricole, paysager
ou autres). Ses objectifs-clef sont (i) de limiter les apports de contaminants dans les sols (polluants
inorganiques et organiques, composés organiques persistants, métaux lourds?) par l?utilisation de
boues issues de stations d?épuration ; (ii) de fixer des conditions d?autorisation de l?épandage sans
impact environnemental significatif.
Ainsi, la AbfKlärV fixe :
? des critères de qualité et de volume pour l?épandage sur sols agricoles et paysagers ;
? des valeurs limites pour certains contaminants dans les boues et dans les sols traités, au-delà
desquelles l?utilisation sur sol n?est pas autorisée ;
? des obligations d?analyse et de surveillance des boues avant épandage ;
? des conditions de fréquence et de procédure pour l?application des boues dans un cadre
conforme à la protection de l?environnement.
Plus généralement, l?ordonnance prévoit une limitation progressive de l?utilisation des boues sur les
80 Abfall-Klärschlamm-Verordnung ou AbfKlärV ou Klärschlammverordnung
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 94/161
sols agricoles, compte tenu des risques liés aux contaminants présents dans les boues :
? jusqu?à 2029, seules les boues de stations < 100 000 EH pourront être utilisées sur sol dans
des conditions définies ;
? à partir de 2032, cette possibilité sera limitée aux boues de stations < 50 000 EH.
L?AbfKlärV interdit explicitement d?appliquer sur des sols agricoles ou horticoles des boues issues
de stations d?épuration autres que celles traitant principalement des eaux usées domestiques,
urbaines ou ayant une charge polluante similaire. Autrement dit, des boues provenant de stations
industrielles spécialisées (traitement d?eaux industrielles non domestiques) ne peuvent pas être
épandues sur des terres agricoles.
L?encadrement réglementaire PFAS des boues de stations d?épuration urbaines est donc limité à
deux PFAS (PFOA et PFOS) et un seuil appliqué à la somme de la concentration de ces deux
composés.
Des analyses scientifiques et des recommandations récentes (par ex. BAM et d?autres institutions)
soulignent que de nombreux autres PFAS peuvent être présents dans les boues, et que l?actuelle
limite sur PFOS + PFOA peut être « insuffisante » pour assurer une protection environnementale
complète.
A l?heure actuelle, il n?existe pas de contraintes applicables au suivi ni de contraintes fixant des
apports maximaux d?épandage par hectare sur une période donnée.
3. Méthode de détermination de ces seuils
À l?époque de l?introduction de limites réglementaires, à la fin des années 2000 suite aux épisodes
de contamination des sols agricoles par des PFAS, la réglementation allemande a ciblé le PFOS et
le PFOA qui étaient les PFAS les mieux étudiés, historiquement les plus utilisés et souvent présents
à des niveaux mesurables dans les boues et sols. Il n?existait pas encore de données sur l?ensemble
des milliers de PFAS possibles, ni de méthodes normalisées pour les mesurer. Cette simplification
visait à créer un indicateur réglementaire pragmatique pour encadrer l?usage agricole des boues
sans nécessiter une analyse complexe de plusieurs dizaines de substances, ce qui peut aujourd?hui
être jugé insuffisant.
Contrairement à certaines normes (par exemple pour l?eau potable où des agences d?évaluation du
risque fixent des critères basés sur une Valeur Toxicologique de Référence (VTR)), la valeur de 100
µg/kg dans la DüMV ne repose pas sur un calcul de risque sanitaire direct issu d?études
toxicologiques (comme un niveau sans effet observable ou un apport quotidien tolérable). Elle visait
à introduire une limite réglementaire pratique pour réduire l?accumulation des PFOS/PFOA dans les
sols et restreindre l?usage agricole de boues fortement contaminées (au-delà de ce seuil, les boues
doivent être incinérées ou valorisées autrement).
4. Evaluation des impacts sur les filières, et mesures d?accompagnement
? Taux de non-conformité des boues à la réglementation PFAS (DüMV)
La très grande majorité des boues de stations d?épuration destinées à la valorisation agricole sont
conformes à la réglementation PFAS de DüMV.
Le rapport de 2024 de l?Umweltbundesamt (Agence fédérale allemande de l?environnement) cité
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 95/161
plus haut, a rassemblé et analysé les données de 1362 échantillons de boues de stations d?épuration
destinées à être utilisées comme fertilisant (teneur combinée en PFOS + PFOA). Il indique que 26
échantillons (~1,9%) dépassaient le seuil de 50 µg/kg MS (seuil d?étiquetage obligatoire) et seuls
deux échantillons (~0,15 %) dépassaient la limite réglementaire de 100 µg/kg MS.
Ainsi, 99,9% des boues analysées respectent la limite de 100 µg/kg pour PFOS + PFOA, et sont
conformes à la réglementation allemande (Düngemittelverordnung / DüMV) pour l?usage agricole.
Les 0,15% qui excèdent le seuil de 100 µg/kg doivent être traités autrement (par exemple par
incinération), ce qui ne constitue pas un problème majeur dans le contexte allemand où 77% des
boues sont envoyées à l?incinération.
Ces chiffres ne présument pas des teneurs en PFAS des 77% de boues de stations d?épuration qui
partent par défaut vers l?incinération.
? Evaluation prévisionnelle des impacts économiques
A ce stade, il semble qu?aucun impact économique significatif n?ait résulté de l?introduction du seuil
réglementaire PFOS+PFOA < 100 µg.kg MS.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 96/161
6.3. BELGIQUE (régions de la Flandre et de la Wallonie)
1. Eléments de contexte et pratiques concernant la valorisation des MFSC
? Répartition des compétences fédérales et régionales
Les trois régions belges que sont la Flandre, la Wallonie et la région de Bruxelles-Capitale sont
responsables de la réglementation, du contrôle et de la gestion des sols sur leur territoire,
notamment en ce qui concerne la qualité des sols, la contamination (y compris par des substances
comme les PFAS) et les mesures de remédiation.
Au niveau fédéral, il existe une supervision indicative et une coordination par le service public fédéral
santé et environnement et via des comités de coordination comme le CCPIE (comité de coordination
pour la politique internationale de l'environnement). Ceux-ci assurent la cohérence avec les
obligations européennes et internationales, et soutiennent la coopération entre régions pour certains
aspects transversaux, comme la surveillance environnementale et la gestion des risques.
Au regard de cette répartition des compétences, la mission a rencontré le niveau fédéral belge ainsi
que des interlocuteurs des régions wallonne et flamande, très concernées par la problématique des
PFAS et ayant fixé des seuils et mesures de gestion pour le moment différents.
? Des pratiques de valorisation des MFSC très hétérogènes en Belgique
Ces différences d?approches entre les deux territoires de Flandre et Wallonie s?expliquent au moins
partiellement par l?hétérogénéité des pratiques agricoles et économiques et par les choix politiques,
conduisant à l?incinération systématique des boues de station d?épuration en Flandre, et à une
valorisation d?une partie importante des boues par épandage sur des sols agricoles en Wallonie.
La Flandre présente une forte densité d?élevages, conduisant à une production importante d?azote
et de phosphore facilement valorisable par épandage agricole. Du fait de ce gisement de fertilisants,
la valorisation agronomique des boues de station d?épuration apparaît moins attractive.
A l?opposé en Wallonie, avant la forte médiatisation de la problématique PFAS en Belgique, 70%
des boues produites (environ 50 000 tonnes MS/an81) étaient épandues sur les sols agricoles, à
hauteur de 5% de la surface agricole utile (SAU) wallonne.
Les boues sont déshydratées et chaulées de façon systématique avant épandage sur les sols
agricoles en Wallonie.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 97/161
Figure n°3 : Gestion des boues de stations d'épuration collectives en Wallonie82
La valorisation agricole des boues est privilégiée en région wallonne, car elle s?inscrit dans le respect
de la politique wallonne en matière de hiérarchisation de la gestion des déchets. Cette
hiérarchisation donne la priorité à la valorisation « matière » par rapport à la valorisation
« énergétique », tout en assurant un maximum de sécurité sanitaire et environnementale83. Cette
valorisation agricole s?effectue conformément aux dispositions de l?arrêté royal modifié du 28 janvier
2013 relatif à la mise sur le marché et l?utilisation des engrais et amendements de sols et de l?Arrêté
du Gouvernement Wallon (AGW) du 12 janvier 1995 relatif à l?utilisation des boues sur ou dans les
sols. Tous deux imposent le respect de critères de qualité et la traçabilité des boues épandues sur
les sols agricoles.
La valorisation des boues de stations d?épuration est soumise à une certification d?usage, qui exige
d?identifier l?origine des boues et les processus ayant conduit à leur production et d?analyser des
paramètres physico-chimiques et biologiques. Cela permet de déterminer la qualité agronomique
des boues ainsi que leur teneur pour certains métaux lourds et oligo-éléments essentiels.
? Eléments déclencheurs de la réglementation PFAS dans les boues de stations d?épuration
o Flandre
Au printemps 2021, ce qui sera plus tard appelé la « crise des PFAS » éclate en Flandre à la suite
de révélations concernant l'entreprise 3M à Zwijndrecht, dans la banlieue d'Anvers. De très fortes
concentrations en PFAS sont retrouvées dans le sol, l?eau et le biote à proximité. Cet épisode est
qualifié de « plus grand scandale environnemental de Belgique ». La Flandre met alors en place une
série de mesures pour le suivi des PFAS dans les différents compartiments (eau distribuée, eaux
de surface, eaux souterraines, sols).
o Wallonie
Dans le même pas de temps en 2021, l'administration wallonne est avertie de la présence de PFAS
dans l'eau distribuée au sein de la base militaire américaine de Chièvres, à des niveaux dépassant
les normes en vigueur aux États-Unis (70 ng/ L) mais pas européennes (100 ng/L). Malgré la mise
en place d?un plan d?action par l?administration wallonne, ces évènements sont à l?origine d?une crise
82 https://etat.environnement.wallonie.be/contents/indicatorsheets/DECHETS%208.html# 83 Site du ministère wallon de l?environnement : https://environnement.wallonie.be/home/milieux/sol/matieres-fertilisantes-
et-sediments/boues-d-epuration.html
politico-médiatique qui a nécessité la création d'une structure de pilotage interdisciplinaire réactive.
Parmi les différentes mesures engagées figure une campagne d?analyse de la qualité de l?eau à
grande échelle, qui débute en septembre 2023, l?ensemble des résultats étant disponibles en
décembre 2023. Elle résulte de la volonté forte du Gouvernement wallon d?obtenir une vue
d'ensemble complète de la situation en matière de qualité de l'eau potable dans les 641 zones du
réseau de distribution wallon, dans un délai très court. Quatre zones seulement sur les 641 se sont
avérées non conformes à la future norme européenne de 100 ng/L.
2. Encadrement des PFAS dans les MFSC
? Flandre
Depuis le 1er juin 2012, le VLAREMA (règlement flamand pour la gestion durable des cycles de
matériaux et des déchets), définit des critères pour l?utilisation des déchets comme matières
premières, notamment pour les engrais et amendements du sol.
Les normes prévues par le VLAREMA pour les déchets utilisés comme amendements/engrais
imposent à la fois des seuils maximaux de contaminants et des doses maximales autorisées par
hectare/an. Les seuils fixés tiennent compte de l?objectif de protection des sols et des eaux
souterraines et sont donc articulés avec les dispositions du VLAREBO (règlement flamand sur la
qualité des sols).
La fixation de seuils pour les PFAS repose sur une étude préparatoire réalisée par l?institut flamand
de recherche scientifique et technologique VITO, commandée par l'OVAM84, visant à dériver des
normes au moins pour deux PFAS-clés : PFOS et PFOA.
Sur la base de ces travaux, les autorités flamandes publient en 202285 un cadre de référence
provisoire pour les PFAS dans les déchets destinés à être utilisés en tant qu?amendements ou
fertilisants, et portant à la fois sur des concentrations cibles et sur des apports maximaux.
Valeurs cibles pour les PFAS :
Une valeur de référence de 15 ?g/kg MS est utilisée pour la somme des 20 composés PFAS de
la directive EDCH.
Seuls 17 composés PFAS ont été pris en compte dans l'évaluation, car trois composés PFAS ne
pouvaient pas être quantifiés analytiquement (PFUnDS, PFDoDS, PFTrDS).
Limitation des doses d'épandage :
La charge maximale autorisée apportée par les amendements ou engrais sur le sol est de 30
mg/ha/an pour la somme des 17 composés PFAS mentionnés (annexe 2.3.1.C du VLAREMA).
Cette charge maximale de 30 mg/ha/an correspondrait à deux tonnes MS/ha/an à la concentration
maximum autorisée de 15 µg/kg MS.
Ce cadre de référence n?a pas valeur réglementaire contraignante.
84OVAM : Openbare Vlaamse Afvalstoffenmaatschappij, organisme flamand responsable de la politique des déchets et de
la gestion des sols en Flandre 85Toetsingswaarden voor PFAS in afvalstoffen bestemd voor gebruik in of als bodemverbeteraar of meststof publicatiedatum (OVAM, 2022) : Valeurs de référence pour les PFAS dans les déchets destinés à être utilisés dans ou comme amendements ou engrais https://www.vlaanderen.be/publicaties/toetsingswaarden-voor-pfas-in-afvalstoffen-bestemd-voor-gebruik-in-of-als- bodemverbeteraar-of-meststof
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 99/161
? Wallonie
Le Gouvernement wallon a annoncé, par une circulaire du 10 octobre 2024 reprise dans un
communiqué de presse86, plusieurs mesures temporaires fondées sur le principe de précaution, pour
limiter les risques liés à la valorisation des boues en agriculture. Ces mesures sont entrées en
vigueur le 1er janvier 2025.
Valeurs cibles pour les PFAS dans les boues :
Une valeur cible de 40 µg/kg MS est fixée pour la somme des teneurs en six PFAS prioritaires
(PFOS, PFOA, PFNA, PFHxS, PFDA, PFHxA).
Une valeur cible de 400 µg/kg MS est fixée pour la somme de 22 PFAS, afin de limiter leur
concentration dans les boues destinées à l?épandage.
Si au moins une de ces deux valeurs est dépassée après contre-analyse, les boues concernées ne
peuvent plus être valorisées en agriculture et sont destinées à l?incinération.
Depuis le 1er janvier 2025, la valorisation agricole des boues d?une station d?épuration pour laquelle
deux lots de boues consécutifs sont déclassés est interdite jusqu?à ce que six échantillons
consécutifs (sur la base d?une analyse par mois) respectent les valeurs cibles.
Limitation des doses d'épandage :
Le Gouvernement wallon limite les doses d?épandage de boues à six au lieu de 12 tonnes de
MS/ha sur une période de trois ans, tel qu?imposé actuellement dans la règlementation wallonne,
quel que soit le type de culture.
Comme pour la Flandre, il s?agit de « normes de qualité » et non de normes à valeur réglementaire,
mais elles font globalement l?objet d?une adhésion des acteurs des filières concernées. Le
producteur de boues a tout intérêt à garantir le respect de ces normes de qualité suite à la crise de
confiance qu?a traversée la Wallonie.
3. Modalités de détermination de ces seuils
Flandre
La méthodologie utilisée par l?institut de recherche VITO s?inspire d?une méthodologie déjà éprouvée
pour d?autres contaminants, détaillée dans une publication antérieure (OVAM, 201687).
Pour les polluants organiques, le modèle utilisé vise à déterminer la concentration maximale
admissible du polluant dans un amendement/engrais qui entraînera un « enrichissement maximal
admissible » préalablement fixé de l'horizon du sol (30 cm supérieurs) sur une période de 100 ans,
en considérant un apport de deux tonnes de MS/ha/an.
Les processus pertinents d?entrée/sortie considérés de prime abord concernent l?apport anthropique,
le dépôt atmosphérique, l?absorption par les plantes, le lessivage, la dégradation biologique. L?étude
souligne que les processus de lessivage sont considérés comme essentiels pour les polluants
organiques, notamment les polluants organiques les plus toxiques. En revanche, les contaminations
apportées par les dépôts atmosphériques et les « sorties » de PFAS via le transfert sol/plantes ou
86https://coppieters.wallonie.be/home/communiques-de-presse/presses/le-gouvernement-wallon-limite-l'usage-de-boues-
Vlaanderen (OVAM, 2016) : Définition et justification des normes de conception pour l'utilisation de matières premières comme amendement de sols/engrais en Flandre. https://ovam.vlaanderen.be/c/document_library/get_file?uuid=d0677334-d41a-eb05-b3b3- 3896d0b70b36&groupId=177281
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 100/161
par volatilisation n?ont pas été pris en compte par le modèle.
L'enrichissement maximal admissible du sol est défini dans cette étude comme l'enrichissement à
hauteur de 150% de la valeur cible du sol.
Les normes établies pour les amendements et engrais s?appuient donc sur des valeurs cibles ou
valeurs de fond définies pour les sols flamands. L?article 3 du décret du 20 octobre 2006 relatif à
l?assainissement et à la protection du sol indique qu?il s?agit des teneurs qui sont retrouvées « comme
fond normal dans des sols non pollués ayant des caractéristiques similaires ». Elles sont fixées pour
correspondre au percentile 90 des données disponibles (INERIS, 202588).
Deux études publiées en 202189 et 202490 ont été menées dans la région flamande pour déterminer
ces valeurs de fond « cibles » dans les sols, qui ont conduit à retenir les valeurs suivantes pour deux
PFAS uniquement :
? 1,5 ?g/kg MS pour le PFOS ;
? 1 ?g/kg MS pour le PFOA.
Ce sont ces deux valeurs cibles dans les sols qui ont été utilisées dans la modélisation flamande,
pour aboutir à la détermination de la valeur de référence de 15 ?g/kg MS pour les 20 PFAS de la
directive EDCH, dans les amendements et engrais.
L?extension de la valeur fixée aux 20 composés de la directive EDCH est un choix de l?autorité de
gestion afin d?établir une cohérence avec les enjeux majeurs du milieu « eau ».
Wallonie
Résultats de deux « audits » commandités par le Gouvernement wallon à la Société Publique
de Gestion de l?Eau (SPGE91).
*Premier audit : un premier « audit » mené par la SPGE en avril et mai 2024 a permis de faire le
point sur les teneurs en PFAS dans les eaux usées traitées et les boues issues de stations
d?épuration. 27 PFAS ont ainsi été analysés dans 112 échantillons de boues déshydratées issues
de 98 stations. En effet, le comité de suivi, institué en avril 202492 pour suivre de manière proactive
la question des PFAS en assainissement, a décidé d?analyser l?ensemble des PFAS ciblés par la
directive EDCH et par la directive DCE, soit 26 composés, ainsi que le 6 :2 FTS retrouvé dans
certaines mousses anti-incendie93.
Seuls les résultats sur les boues de stations d?épuration sont présentés ici (le détail des résultats
88 Valeurs de fond des PFAS dans les sols européens et cadre de gestion des sols contaminés par les PFAS sur le
territoire flamand (INERIS, 2025). https://www.ineris.fr/fr/valeurs-fond-pfas-sols-europeens-cadre-gestion-sols-contamines-pfas-territoire-flamand 89 Afleiden van streefwaarden voor perfluorverbindingen en enkele andere 'emerging contaminants'. Deel 1. Analyses (OVAM, 2021) : Détermination des valeurs cibles pour les composés perfluorés et certains autres contaminants émergents. Partie 1. Analyses. https://www.vlaanderen.be/publicaties/afleiden-van-streefwaarden-voor-perfluorverbindingen-en-enkele-andere-
emerging-contaminants-deel-1-analyses 90 Bepalen van streefwaarden voor pfas in ground en grondwater (OVAM, 2024) : Détermination des valeurs cibles pour les PFAS dans le sol et les eaux souterraines https://www.vlaanderen.be/publicaties/bepalen-van-streefwaarden-voor-pfas-in-grond-en-grondwater 91En Wallonie, l?assainissement est coordonné depuis 2000 par la SGPE qui, avec les 7 Organismes d?Assainissement
Agréés, assure l?exploitation de 459 stations d?épuration publiques. 92 Il réunit la SPGE, le Service Public de Wallonie ? Agriculture, Ressources Naturelles et Environnement (SPW ? ARNE)
et l?Institut Scientifique de Service Public. 93 En revanche, le 6 :2 FTOH et le 8 :2 FTOH ne pouvaient pas être analysés de façon fiable et ont été exclus de la liste.
https://environnement.wallonie.be/files/Images/Actualit%c3%a9s/2024_PFAS_Stations_Epuration/PFAS%20dans%2 0les%20eaux%20%c3%a9pur%c3%a9es%20et%20les%20boues%20urbaines%20r%c3%a9siduaires%20en%20W allonie%20-%20Etat%20des%20lieux.pdf
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 101/161
sur l?ensemble des échantillons d?eaux usées et de boues est disponible dans le rapport93) :
? Dix PFAS (PFHpS, PFNS, PFDS, PFUnDS, PFDoDS, PFTrDS, HPFO-DA/GenX, DONA, PFODA et C6O4) n?ont jamais été détectés ;
? sept PFAS sont détectés dans plus de la moitié des échantillons de boues, valorisées en agriculture ou non (PFOS, PFDoDA, PFDA, PFUnDA, PFOA, PFTeDA et PFHxA),
o dont quatre ont été détectés dans plus de 90 % des cas (PFOS, PFDA, PFDoDA et PFUnDA) ;
o dont un a été détecté dans tous les échantillons (PFOS), parfois avec de fortes concentrations.
*Deuxième audit : ce deuxième audit a été réalisé entre fin octobre 2024 et début janvier 2025, afin
de disposer d?un nouvel état des lieux, six mois après le premier audit.
La liste des composés recherchés n?est pas tout à fait la même : cette fois, le comité de suivi a fait
analyser 22 composés PFAS figurant dans la circulaire ministérielle d?octobre 2024, dans 106
échantillons de boues déshydratées provenant de 105 sites.
Là encore, seuls les résultats d?analyse sur les boues sont présentés (cf. note 94) :
? neuf PFAS sur les 22 composés recherchés n?ont jamais été quantifiés dans les boues valorisées en agriculture (PFTrDA, PFBS, PFPeS, PFHpS, PFNS, PFDS, PFUnDS, PFDoDS et PFTrDS) ;
? cinq PFAS sont quantifiés dans plus de la moitié des échantillons (PFOA, PFDA, PFUnDA, PFDoDA et PFOS) ;
? les composés PFOS, PFDA et PFDoDA ont été retrouvés dans plus de 90% des échantillons, ce qui est cohérent avec les résultats du 1er audit.
Aucun échantillon n?a dépassé le seuil réglementaire de 400 µg/kg MS pour la somme des 22
PFAS, et la majorité des échantillons (98,5 %) étaient également sous le seuil de 40 ?g/kg MS
pour la somme des six PFAS.
Le TFA a également été recherché dans 105 échantillons de boues. Il a été quantifié dans seulement
deux échantillons à un taux de 69 ?g/kg MS (fréquence de quantification équivalente à 1,9%).
Les conclusions issues de ces deux campagnes d?analyses réalisées en 2024 sur des panels de
respectivement 112 et 106 échantillons de boues déshydratées ont confirmé que, pour la plupart
des boues y compris celles valorisées en agriculture, les concentrations de PFAS étaient
relativement faibles, et que la majorité des échantillons (96%) avaient des concentrations cumulées
pour la somme de 22 PFAS en dessous de 40 µg/kg MS.
L?étude affirme par ailleurs que, au regard des données disponibles, il n?est pas probant d?établir
des corrélations directes entre les teneurs en PFAS mesurées dans les rejets aqueux des stations
d?épuration et dans les boues déshydratées.
La valeur cible de 40 µg/kg MS fixée pour la somme de six PFAS s?appuie en grande partie
sur les résultats des deux campagnes d?analyses précédemment citées.
La distribution statistique des concentrations mesurées a été utilisée comme référence de contexte
pour définir des valeurs cibles qui soient à la fois protectrices et réalistes. Les six substances
retenues sont fréquemment retrouvées dans les boues et bien documentées, elles incluent par
ailleurs les quatre composés PFAS réglementés dans les denrées alimentaires (PFOS, PFOA,
PFNA, PFHxS).
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 102/161
Des débats avec la communauté scientifique ont émergé, portant sur l?intérêt qu?il y aurait à
s?appuyer sur un modèle intégrant des valeurs cibles toxicologiques et des valeurs seuils dans les
sols avec un niveau d?enrichissement maximal autorisé par l?épandage de boues.
Une des difficultés soulignées par la communauté scientifique résidait dans le fait qu?il n?existe pas
de Valeur Toxicologique de Référence (VTR) probante, établie pour la somme des six PFAS retenus
par le Gouvernement.
En l?absence de cadre réglementaire ou normatif européen et dans la mesure où les données
scientifiques restaient partielles, les autorités wallonnes ont confirmé l?opportunité de disposer de
cet indicateur de gestion « somme des six PFAS ». Une évaluation de la pertinence de ces valeurs
cibles est engagée en 2026, pour tenir compte de l?évolution rapide des connaissances scientifiques
et de l?amélioration de la performance analytique.
La valeur cible de 400 µg/kg MS fixée pour la somme de 22 PFAS correspond à la valeur
établie par le Danemark, considérée par la Wallonie comme pertinente et fondée sur une analyse
de risque prenant en compte des valeurs maximales admissibles dans les sols.
Le TFA, très peu retrouvé dans les échantillons de boues analysés et bien davantage présent dans
le milieu aqueux, n?est pas considéré comme un bon indicateur de contamination en PFAS des
boues par les scientifiques wallons, et ne fait donc pas partie des composés retenus.
La division par deux des apports de boue annuels maximaux autorisés à l?hectare résulte de choix
politiques réaffirmant l?importance de préserver la qualité des sols en jouant sur différents leviers
d?action. Elle revient indirectement à limiter le flux de PFAS apportés à la parcelle.
Une campagne d?analyse a en parallèle été menée sur d?autres matières fertilisantes que les boues
(y compris des composts et des digestats). Les résultats ne sont pas encore publiés, les premières
données semblent confirmer que les composts, digestats, et a fortiori les effluents d?élevage sont
moins contaminés par les PFAS que les boues de stations d?épuration.
Enfin, une réflexion est en cours pour intégrer la problématique des PFAS aux dispositions du
« décret sols » du 1er mars 2018 concernant les PNN (polluants non normés).
4. Evaluation des impacts sur les filières, et mesures d?accompagnement
? Flandre
Les valeurs cibles fixées en Flandre pour les PFAS dans les boues et plus généralement les engrais
et amendements sont parmi les plus basses d?Europe. Pour autant, l?impact sur les filières est jugé
minime, dans la mesure où les boues sont quasi systématiquement incinérées.
? Wallonie
Une crise de confiance à l?égard des boues
Comme indiqué précédemment, la Wallonie a dû faire face à une crise de confiance majeure de la
profession agricole et de la population, avec une stigmatisation de l?épandage des boues en
particulier, et des réactions de rejets des agriculteurs même lorsque la conformité des boues aux
valeurs cibles définies était assurée.
Au final, la part des boues épandues sur les sols agricoles a enregistré une diminution depuis 2023
(65% au lieu de 70-72% précédemment), ceci alors même que la très grande majorité des boues
sont conformes aux valeurs cibles actuellement proposées (cf. résultats des audits menés par la
SPGE).
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 103/161
Des difficultés logistiques liées principalement au stockage des boues
La mission a pris note, lors des entretiens menés, de la problématique que constitue le stockage
des boues dans l?attente des résultats d?analyse : le déplacement de boues chaulées déshydratées
demeure problématique (instabilité et modification de la structure, risque de lixiviation, ?). Les
stations d?épuration ne sont pas non plus dimensionnées pour réaliser un stockage tampon de
longue durée.
Il semble que, en Wallonie, le stockage des boues en bord de champ soit autorisé dans l?attente des
résultats analytiques, mais l?exploitant s?expose à la gestion du devenir de ces boues en cas de non-
respect des valeurs cibles, y compris en terme d?image.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 104/161
6.4. SUEDE
1. Eléments de contexte et pratiques concernant la valorisation des MFSC95
? La valorisation des boues de station d?épuration
Les statistiques publiées par l?Agence suédoise de protection de l?environnement96 montrent que la
production nationale de boues de stations d?épuration municipales est stable autour de 200 000
tonnes MS par an (198 000 tonnes en 2022), et que la part valorisée en agriculture est en
augmentation notable (25% en 2010, 50% en 2021-2023, 60% en 2024)97.
Figure n°4 : part des boues de station d?épuration valorisée en agriculture en Suède
? Cadre réglementaire et normatif suédois sur la gestion des déchets
L?épandage des boues d?épuration sur les terres agricoles est réglementé par la directive
européenne relative aux boues d?épuration (86/278/CEE), la norme SNFS 1994:2 et l?article 20 de
la norme SFS 1998:944. La Suède rend compte annuellement à l?UE du respect de cette
réglementation. Les informations communiquées doivent être mises à la disposition du public.
L?Agence suédoise de protection de l?environnement les rend publiques depuis 2023.
Une grande partie des boues d'épuration utilisées sur les terres agricoles provient de stations
d'épuration certifiées SPCR 167.
? Eléments déclencheurs de la réglementation PFAS dans les boues de station d?épuration
Les inquiétudes face à la pollution liée aux PFAS concernent majoritairement l?eau potable,
notamment après l?affaire de Ronneby en 2013 qui a fait l?objet d?une forte attention dans la presse.
La contamination aux PFAS des eaux potables à Ronneby en 2013 : les PFAS contenus dans
des mousses extinctrices utilisées par le ministère de la Défense durant plus de 25 ans, pour une
flottille d?avions F17 proche d?un aéroport, ont pollué les eaux souterraines, source d?eau potable à
Ronneby. L?eau contaminée présentait des teneurs en PFAS supérieures à 10 000 ng/l pendant
95 Cette fiche s?appuie notamment sur les sites de l?Agence suédoise de protection de l?environnement, du Swedish Geotechnical Institute,
du Research Institute of Sweden (RISE), ainsi que sur une note de 2023 de la DG Trésor 96 https://www.ri.se/sv/svenskanaringsplattformen/nyheter/okad-slamanvandning-i-sverige 97 https://www-naturvardsverket-se.translate.goog/data-och-statistik/avlopp/avloppsslam-pa-jordbruksmark-anvandning-
innehall-och-spridningsplatser/?_x_tr_sl=auto&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=wapp
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 105/161
plusieurs années. 160 personnes ont ainsi été contaminées à Ronneby par ingestion d?eau potable
polluée aux PFAS : la concentration dans le sang des victimes dépassait 600 ng/ml, le niveau le
plus élevé mesuré à ce jour.
Selon un rapport "Eau potable contaminée par les PFAS en Suède" publié en 2022 par la Société
suédoise pour la conservation de la nature (Naturskyddsföreningen)98 , plus de 2 millions de suédois
(20 % de la population) consommaient de l?eau dont la teneur en PFAS dépasserait la norme
danoise de 2 ng/l.
Dans ce contexte, la décision prise le 27 avril 2023 par le Gouvernement d?accepter les travaux de
drainage de l?aéroport de Karlsborg au bord du lac Vättern, a été fortement critiquée dans la presse
par les ONG : les eaux souterraines polluées sous l?aéroport devaient être drainées vers le lac
Vättern, réserve d?eau potable de 0,3 million d?habitants, dont la concentration en PFAS-4 dépassait
déjà la norme danoise de 2 ng/L. Des organisations ont fait appel de la décision du Gouvernement
auprès de la cour suprême suédoise.
La Suède fait partie des cinq pays européens (avec le Danemark, l?Allemagne, la Norvège et les
Pays-Bas) qui ont proposé en 2023 à l?Agence européenne des produits chimiques (ECHA) une
interdiction historique de tous les PFAS en Europe (soit plus de 10 000 composés perfluorés)99. La
participation de la Suède à cette initiative a été trans-partite : décidée par un Gouvernement social-
démocrate et vert, elle a été soutenue par l?alliance de droite et d?extrême droite qui a pris le pouvoir
après les élections de septembre 2022.
2. Encadrement et seuils fixés pour les PFAS dans les MFSC
Malgré une valorisation agricole significative des boues de stations d?épuration (60 %), il n?existe
pas actuellement d?encadrement réglementaire de leur contamination aux PFAS.
Dans le domaine de l?eau potable, la Suède s?est montrée pionnière dans la lutte contre les PFAS.
Elle a introduit des normes nationales plus strictes que celles imposées par l?UE. Ainsi, depuis le
1er janvier 2023, les normes suédoises pour l?eau potable limitent la présence de quatre composés
PFAS (PFOA, PFNA, PFOS et PFHxS) à 4 ng/l (contre 2 ng/l au Danemark), et celle de 21 composés
PFAS100 à 100 ng/l. En introduisant un 21ème PFAS et en fixant un seuil supplémentaire sur la somme
de quatre PFAS, les normes suédoises sont plus strictes que la norme européenne (qui fixe
uniquement un seuil pour la somme des teneurs en 20 PFAS à 100 ng/l). Les opérateurs d?eau
potable disposaient d?une période transitoire de trois ans pour prendre des mesures permettant
d?atteindre ces normes, avant qu?elles ne deviennent obligatoires au 1er janvier 2026.
Hormis l?eau potable, la Suède n?impose pas de restrictions sur les PFAS qui soient plus strictes que
le cadre européen, en particulier sur les concentrations dans les denrées alimentaires. Le
Gouvernement ne souhaite pas introduire de nouvelles normes qui seraient plus ambitieuses que
celles en discussion au niveau européen, afin de ne pas réduire la compétitivité des entreprises
suédoises.
Les valeurs guides dans les sols et les eaux souterraines : toutefois, afin de disposer de lignes
directrices permettant d'évaluer les risques que représente une zone contaminée par des composés
PFAS pour la santé humaine et l'environnement (valeurs guides générales du ministère de
98 https://cdn.naturskyddsforeningen.se/uploads/2022/04/29085341/31562_5f4cf4187858cb3.pdf 99 Leur proposition a été remise à l?ECHA, le 13 janvier 2023. Sur cette base, l?ECHA a ensuite publié la proposition
d?interdiction le 7 février 2023. La période de consultation sur cette proposition s?est ouverte le 22 mars 2023 pour une durée de 6 mois.
100 Ces 21 PFAS couvrent les 20 substances PFAS spécifiées dans la directive (UE) 2020/2184 du Parlement européen et du Conseil ainsi que le 6 :2 FTS.
l'environnement et de l'énergie, décret n° S 2014/8774/SAM), le Gouvernement a mandaté le
Swedish Geotechnical Institute (SGI) pour élaborer des « valeurs-guides préliminaires » pour les
PFAS dans les sols et les eaux souterraines. Elles ne constituent pas à proprement parler des seuils
réglementaires, mais des seuils d'évaluation des risques pour la santé humaine et l'environnement.
Elles peuvent donc orienter la gestion des apports de MFSC, et particulièrement de boues de STEU.
Ces valeurs-guides préliminaires sur la teneur en PFAS des sols et des eaux souterraines,
présentées ci-dessous, ont été publiées dans un rapport du SGI de 2015101 :
? PFOS : les valeurs-guides préliminaires pour les sols ont été fixées à 20 µg/kg MS pour les sols
moins sensibles (visant à protéger les eaux souterraines en tant que ressource naturelle) et à 3
µg/kg MS pour les sols à usage sensible (visant, en plus de la protection des eaux souterraines,
à protéger l?environnement du sol ? exemple : zones résidentielles -). La valeur guide pour les
eaux souterraines est de 0,045 ?g PFOS/L et est régie par la protection des eaux souterraines.
? Autres PFAS : le rapport de 2015 n?introduit pas de valeurs-guides, faute d?éléments de
connaissance suffisants.
La certification volontaire applicable aux boues : en Suède, certaines directives volontaires ont
été mises en place soit pour pallier l?absence de limites légales nationales spécifiques (ex. pour les
PFAS), soit pour aller au-delà des réglementations nationales et européennes. C?est le cas de la
certification REVAQ102 (système de certification pour les boues d?épuration).
La certification REVAQ SPCR 167 repose sur :
? la surveillance analytique des PFAS dans les boues, incluant des seuils internes pour quatre
PFAS et 22 PFAS ;
? un travail systématique en amont pour réduire leur entrée dans les stations ;
? une approche de qualité globale supérieure aux seules obligations légales, visant à garantir que
les boues réutilisées en agriculture ne présentent pas de risque excessif lié à ces substances
persistantes.
La certification inclut des « action limits » pour des groupes de PFAS spécifiques : par exemple, des
limites indicatives de ~7,5 µg/kg MS pour quatre PFAS (PFAS4) et ~25 µg/kg MS pour un ensemble
de 22 PFAS (PFAS22). Ces valeurs ne sont pas des normes réglementaires ou juridiques, mais sont
contraignantes pour la certification. Elles servent à guider la gestion de la qualité des boues dans
des démarches volontaires. On estime aujourd?hui que la moitié des boues issues des stations
d?épuration suédoises sont certifiées selon le système REVAQ.
3. Méthode de détermination de ces seuils
? Sélection des composés PFAS et évaluation des impacts :
Les travaux de SGI ont porté sur une liste de 19 composés PFAS, établie après consultation des
différentes autorités concernées103 :
? PFBA, PFPeA, PFHxA, PFHpA, PFOA, PFNA, PFDA, PFUnDA, PFDoDA ;
101 « Valeurs guides préliminaires pour les substances PFAS dans les sols et les eaux souterraines » (SGI Statens
geoteknika institut 2015) https://sgi.diva-portal.org/smash/record.jsf?pid=diva2%3A1300083&dswid=-3323 102 https://www.ri.se/en/infrastructure/water/story/the-revaq-certified-sjostadsverket-is-responsible-for-the-sludge 103 Autorité suédoise de la mer et de l?eau (HaV), l?Agence suédoise des produits chimiques (KemI), l?Agence nationale
suédoise de l?alimentation (SLV), l?Agence suédoise de la protection civile (MSB), l?Agence suédoise de protection de l?environnement (NV) et le Service géologique de Suède (SGU), Université suédoise des sciences agricoles (SLU), trois laboratoires commerciaux d?analyse (ALcontrol Laboratories, ALS Scandinavia et Eurofins Environment)
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 107/161
? 6 :2 FTS, PFOSA ;
? Méthodes de détermination des valeurs des seuils :
Valeurs guides dans les sols et les eaux souterraines : considérant que les données nécessaires
à l'élaboration de valeurs-guides étaient insuffisantes pour la plupart des composés PFAS et que
seul le PFOS disposait de données scientifiques suffisamment complètes, le SGI a choisi de se
concentrer en priorité sur l'établissement de valeurs-guides pour le PFOS, puis de les compléter
pour les autres composés PFAS (en commençant par le PFOA) lorsque les données nécessaires
seront disponibles.
Les valeurs-guides pour le PFOS dans les sols ont été calculées selon la méthodologie
précédemment élaborée par l'Agence suédoise de protection de l'environnement pour le calcul des
valeurs-guides relatives à d?autres contaminants des sols. Cette méthodologie repose sur le principe
que les valeurs-guides établies tiennent compte des risques qu'une zone contaminée représente
pour les populations riveraines et pour l'environnement, tant en amont qu'en aval.
Elle couvre deux types d'utilisation des sols : les sols sensibles où l?objectif est de protéger les eaux
souterraines et l?environnement du sol (par exemple, les zones résidentielles), et les sols moins
sensibles où l?objectif est de protéger les eaux souterraines (par exemple, les zones industrielles).
Seuils de certification PFAS REVAQ dans les boues :
Les valeurs seuils PFAS dans REVAQ (SPCR 167) sont des valeurs opérationnelles internes,
construites par les gestionnaires du système REVAQ (les compagnies d?eau suédoises regroupées
dans Svenskt Vatten).
Elles résultent d?un processus fondé sur des données de terrain, des évaluations toxicologiques et
des objectifs de réduction continue. Entre 2010 et 2020, les stations d?épuration suédoises ont mené
des campagnes d?analyse sur des PFAS individuels (ex. PFOS, PFOA), un groupe ?noyau? de quatre
PFAS utilisé comme indicateur, un groupe élargi de 22 PFAS. Sur cette base, les valeurs-seuils ont
été fixées comme limites compatibles avec le niveau de contamination réellement mesuré, afin d?être
atteignables pour les stations certifiées, mais suffisamment exigeantes pour stimuler la réduction
amont.
4. Evaluation des impacts sur les filières, et mesures d?accompagnement
Les principales destinations des boues non certifiées REVAQ sont :
? l?incinération avec valorisation énergétique qui est une option très courante (50 à 60 %) ;
? l?usage en travaux publics pour des remblais et couverture de décharges (20 à 30 %) ;
? l?épandage agricole qui est autorisé mais moins accepté par les utilisateurs aval (10 à 20 %) ;
? la mise en décharge qui reste marginale (moins de 5 %) ;
? la récupération de phosphore qui est en développement (moins de 5 %).
La mission n?a pas pu collecter d?informations détaillées sur les impacts éventuels liés à l?introduction
des valeurs-guides dans les sols et les eaux souterraines, et d?une démarche de certification dans
les boues. Elle suppose toutefois que ces impacts restent modestes, considérant l?absence de
mesure contraignante associée.
6.5. DANEMARK
1. Eléments de contexte et pratiques concernant la valorisation des MFSC
? La valorisation des boues de stations d?épuration
Le Danemark compte plus de 1000 STEU, généralement gérées par des municipalités. La
production annuelle de boues de STEU est estimée en 2025 à 160 000 tonnes MS/an104 (1,2 millions
de tonnes de boues en poids humide). Cette production est stable. Un article de 2005105 signalait
une baisse progressive de la production (de 170 000 tonnes MS en 1994 à 140 000 tonnes MS en
2002), mais le volume semble être remonté depuis.
Le traitement et la valorisation des boues se font selon plusieurs filières :
? ~25 % des boues sont incinérées (en mono-combustion ou co-incinération), souvent dans des
installations spécialisées, avec récupération d?énergie possible. ;
? ~75 % des boues sont traitées puis valorisées :
? ~45 % des boues sont d?abord digérées anaérobiquement pour produire du biogaz, puis le
digestat est utilisé comme fertilisant agricole ou matière organique utile ;
? ~25 % des boues sont simplement déshydratées et traitées (additifs), destinées à une
valorisation ultérieure (souvent agricole) ;
? ~5 % des boues sont compostées ou minéralisées, ce qui en fait une matière organique plus
stable et adaptée à certaines applications agricoles ou industrielles ;
? < 1 % est transformé en biochar via pyrolyse, une forme de carbone stable utilisée dans
certains sols ou applications industrielles.
Figure n°5 : modalités de traitement des boues de STEU au Danemark
Après traitement et stabilisation, environ 93% des boues traitées finissent en épandage agricole ou
dans des usages associés (comme fertilisant ou amendement organique) et 7% aboutissent en mise
en décharge, généralement à la suite d?une incinération externe ou si elles ne peuvent être utilisées
104https://www.phosphorusplatform.eu/images/download/Report%20PhosphorusProject%20Denmark%20for%20ESPP.p
Incinération : environ 25%
Déshydratation et valorisation :
autrement.
L?ordonnance ministérielle n° 49 du 20 janvier 2000 (« Statutory Order on Sludge ») est la principale
base juridique pour l?utilisation de boues en agriculture au Danemark. Elle introduit notamment des
critères de qualité des boues et de qualité des sols :
? seules les boues qui respectent des limites strictes pour certains métaux lourds et de certains polluants organiques autorisés peuvent être utilisées ;
? le sol doit satisfaire à des critères spécifiques de qualité pour que l?application de boues soit autorisée.
Les boues doivent obligatoirement subir un traitement (stabilisation, compostage ou hygiénisation
contrôlée) avant épandage sur les terres agricoles. Les boues hygiénisées (par exemple par
pasteurisation) et répondant à des critères microbiologiques (absence de Salmonella, faible nombre
de streptocoques fécaux) ne sont soumises à aucune restriction spécifique d?utilisation ; les boues
seulement stabilisées ou compostées sont soumises à des restrictions d?usage (épandage sur des
sols accueillant des produits non destinés à une consommation immédiate, obligation de labourer
rapidement après épandage, etc.).
L?épandage agricole des boues est autorisé à hauteur de sept tonnes/ha/an. La qualité des boues
doit être contrôlée une fois par an pour les polluants organiques réglementés (une fois tous les trois
mois pour les métaux lourds). La qualité des sols doit être contrôlée avant le premier épandage de
boues.
Rôle de l?État (niveau national)
Législation et normes environnementales : le ministère chargé de l?environnement (et son agence,
la Danish Environmental Protection Agency) élabore, administre et supervise les règles relatives à
la gestion des eaux usées et des boues issues des stations d?épuration. Cela inclut les normes
nationales de qualité, les obligations découlant de la directive européenne sur les eaux résiduaires
urbaines (qui couvre indirectement aussi la gestion des boues), ainsi que les critères
environnementaux sur l?utilisation ou l?élimination des boues. Ainsi, les normes de traitement des
boues, de protection des milieux et les grandes orientations (taxes environnementales sur les rejets,
cadre réglementaire européen, etc.) sont définies au niveau central, l?État fixant les axes et les
objectifs.
Surveillance et orientation stratégique : l?agence est l?autorité de contrôle pour les permis de rejets
et pour le respect des objectifs environnementaux. Elle assure une supervision administrative et
technique, notamment pour les installations ayant un impact significatif sur l?environnement. Elle
fournit des lignes directrices, appuie la recherche et coordonne au plan national les politiques liées
aux ressources (azote, phosphore) issues de la gestion des boues.
Rôle des municipalités
De leur côté, les municipalités sont en charge (i) de l?exploitation et de la maintenance des stations
et réseaux, (ii) de la planification locale des services d?assainissement, (iii) de la gestion
opérationnelle des boues (traitement, valorisation, élimination) et (iv) de la délivrance des
autorisations d?exploitation et surveillance locale.
? Eléments déclencheurs de la réglementation PFAS et biosolides
Un incident local a été particulièrement déterminant dans la sensibilité à la contamination par les
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 110/161
PFAS.
Pollution accidentelle lors d?exercices de lutte contre l?incendie : en 2020, des PFAS ont été
détectés à des niveaux élevés dans les eaux usées municipales autour de Korsør. Début 2021, les
autorités locales en ont identifié la source (utilisation historique de mousses anti-incendie contenant
notamment du PFOS et du PFHxS, lors d?exercices de formation à la lutte contre l?incendie menés
à Korsør entre 1969 et 2001). La même année, des analyses ont montré des concentrations
préoccupantes de PFAS dans l?environnement et dans la viande de bovins ayant pâturé à proximité.
Les impacts ont été multiples :
? sols : les concentrations totales de PFAS analysés dans les sols pouvaient atteindre autour de
1 450 µg/kg MS dans les zones les plus touchées ;
? eaux souterraines : des PFAS ont été détectés dans tous les puits de surveillance, avec des
teneurs allant de 90 à plus de 123 000 ng/l selon les composés et l?emplacement ;
? eaux de surface : dans la baie voisine (Korsør Cove), on a mesuré jusqu?à 77 ng/l de PFOS dans
l?eau, et jusqu?à 34 000 ng/l dans un ruisseau d?écoulement lié au site ;
? biote et contamination alimentaire : des analyses sanguines réalisées auprès des membres
d?une association locale d?éleveurs ont révélé des niveaux de PFOS et PFHxS bien supérieurs
aux références danoises normales, suggérant une exposition humaine via la chaîne alimentaire.
Ceci a suscité une forte préoccupation environnementale et sanitaire. Ce type d?événement a mis
clairement en évidence le caractère persistant et accumulatif des PFAS dans l?environnement et la
chaîne alimentaire. Depuis 2021, des mesures de traitement (zones de drainage captées et usines
de traitement sur site) ont été mises en place pour limiter la diffusion vers les nappes et cours d?eau.
Bien que le Danemark ne manufacture pas lui-même beaucoup de PFAS, des concentrations
élevées ont été ensuite retrouvées dans des sites d?essais et d?entraînement, notamment des
stations d?essais de mousses anti-incendie, des zones d?essais militaires, ou encore des décharges.
Les régions estiment que jusqu'à 15 000 sites pourraient présenter des sols contaminés par les
PFAS en raison d'activités potentiellement polluantes.
En 2023, le Danemark et d?autres pays ont soumis une proposition à l?Agence européenne des
produits chimiques (ECHA) pour restreindre l?usage des PFAS à l?échelle de l?UE. Cette
collaboration a renforcé la position réglementaire nationale du Danemark en matière de restrictions
et d?interdictions ciblées.
En 2024, le Gouvernement et les différents partis politiques106 ont conclu un accord sur un plan
national d?action PFAS107. Il a été doté d?un budget de 404 millions DKK pour sa première phase
2024-2027. Ce plan fixe un cadre d?action structuré et vise à « protéger les citoyens contre leur
exposition aux PFAS dans leur vie quotidienne et dans l'environnement. Les efforts déployés auront
un impact considérable, notamment en privilégiant l'élimination des PFAS de l'eau potable et la
dépollution des sols, l'interdiction et l'élimination progressive des PFAS dans les produits et
l'industrie, la collaboration avec le secteur privé et la diffusion d'informations complètes et
actualisées sur les PFAS auprès du public. ».
106 Le gouvernement danois, les Démocrates danois, la Gauche verte, l'Alliance libérale, le Parti populaire conservateur,
l'Alliance rouge verte danoise, le Parti social libéral danois et l'Alternative 107 https://mim.dk/media/hszhzysc/agreement-on-a-national-action-plan-for-pfas.pdf?
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 111/161
Concernant les boues de STEU, le plan national d?actions PFAS prévoit que « Les parties
conviennent de la nécessité de fixer des valeurs limites contraignantes pour les PFAS dans les
boues d'épuration à des fins agricoles de 0,01 mg/kg de matière sèche pour le PFAS4 et de 0,05
mg/kg de matière sèche pour le PFAS22. »
2. Encadrement et seuils fixés pour les PFAS dans les MFSC
Les composés PFAS ciblés par le cadre de référence
Les autorités danoises prévoient une limitation des quantités de 22 PFAS dont 10 acides perfluorés
carboxyliques (PFCA),10 acides perfluorés sulfoniques (PFSA), un précurseur (PFOSA) et un
fluorotélomère (6 :2 FTS) :
? PFCA : PFBA ; PFPeA ; PFHxA ; PFHpA ; PFOA ; PFNA ; PFDA ; PFUnDA ; PFDoDA ; PFTrDA ;
? PFSA : PFBS ; PFPeS ; PFHxS ; PFHpS ; PFOS ; PFNS ; PFDS ; PFUnDS ; PFDoDS ; PFTrDS ;
? autres composés PFAS : PFOSA (un précurseur) et 6 :2 FTS (fluorotélomère).
Les valeurs de référence retenues
Les valeurs de référence existantes ont été établies en deux étapes.
En 2021, l?Agence danoise de protection de l?environnement (Danish Environmental Protection
Agency, Miljøstyrelsen) a publié deux valeurs-seuil indicatives (« cut-off values » / indicative limit
values) pour la teneur en PFAS dans les boues de stations d?épuration destinées à être utilisées en
agriculture :
? somme de quatre PFAS clés (PFOA, PFOS, PFNA, PFHxS) : ? 10 µg/kg MS ;
? somme de 22 PFAS analysés : ? 400 µg/kg MS.
L?approche adoptée était préventive : ces seuils, établis sur la base d'une étude bibliographique
menée par l'Agence, étaient proposés comme indicatifs pour orienter les autorités locales et les
exploitants de stations d?épuration vers des concentrations de PFAS dans les boues considérées
compatibles avec des critères de qualité du sol, de protection des eaux souterraines, eaux de
surface et de la chaîne alimentaire via les cultures.
Pour être utilisées en agriculture, les boues doivent répondre à ces seuils indicatifs, et si cela n?est
pas possible, elles doivent être traitées autrement ou destinées à des filières non agricoles (par
exemple incinération, traitement thermique). Pour autant, ces valeurs ne sont pas juridiquement
contraignantes.
En 2024, le plan national d?action PFAS retient des valeurs seuils encore plus restrictives pour les
boues de STEU valorisées en agriculture, sur la base de travaux scientifiques commandités par
l?Agence (cf. 3. méthode de détermination des seuils) :
? somme de 4 PFAS inférieure à 10 µg/kg de MS ;
? somme de 22 PFAS inférieure à 50 µg/kg de MS.
Les contraintes de suivi
La qualité des boues doit être contrôlée une fois par an pour les polluants organiques (une fois tous
les trois mois pour les métaux lourds). La qualité des sols doit être contrôlée avant le premier
épandage de boues.
Les contraintes d?épandage
L?épandage agricole des boues est autorisé à hauteur de sept tonnes/ha/an.
3. Méthode de détermination de ces seuils
Dans la perspective de la définition de « valeurs-seuil indicatives pour les teneurs en PFAS des
boues de stations d?épuration », l?Agence Danoise de protection de l?environnement avait
commandité une étude scientifique approfondie, coordonnée par l?Université d'Aarhus. Le rapport
« Derivation of cut-off values for PFAS in sewage sludge »108 a été remis en 2023.
Son objectif était de proposer, sur des bases scientifiques robustes, des valeurs-seuils pour la teneur
en PFAS des boues de STEU compatibles avec les enjeux de protection des eaux de surface, des
eaux souterraines, des sols et de la santé humaine.
La démarche repose sur l?exploration de quatre voies de contamination par les PFAS liant
l?épandage des boues à des enjeux de santé humaine (cibles : eau potable, alimentation) ou
environnementale (cibles : sol, eaux de surface) :
? boues ? sol ? biote du sol (micororganismes, invertébrés, espèces végétales) ;
? boues ? sol ? eau interstitielle du sol ? eaux de surface ? organismes aquatiques ;
? boues ? sol ? eau interstitielle du sol ? eaux souterraines ? eau potable ? humains ;
? boues ? sol ? cultures fourragères ? bétail ? aliments (viande, produits laitiers) ? humains.
Pour chacune des cibles de ces voies de contamination, des « teneurs acceptables » ont été
définies.
Ce rapport s?est concentré principalement sur quatre PFAS (PFOS, PFOA, PFNA, PFHxS) entrant
dans la définition des critères de qualité des eaux souterraines. La seule source de PFAS considérée
est l?apport par les boues de stations d?épuration (pas de prise en compte des apports
atmosphériques ou de la diffusion à partir de sources ponctuelles).
Modélisation des processus : la modélisation repose sur des méthodes et équations issues des
documents publiés109 par l?ECHA et par l?Agence Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA).
Les principaux processus restitués par le modèle sont :
Adsorption-désorption : elles couvrent l?adsorption-désorption des PFAS sur ou depuis la phase
minérale ainsi que l?adsorption-désorption sur ou depuis la phase organique. Ces processus
présentent des dynamiques rapides.
L?adsorption-désorption répartit les PFAS, notamment ceux apportés via les boues, entre la phase
solide (matrice du sol) et la phase aqueuse (eau interstitielle). Ces processus dépendent du PFAS,
du sol (minéralogie, matière organique, pH), de la température ?). Le coefficient de distribution (Kd)
est le rapport entre la teneur en PFAS de la phase solide (µg/kg MS) à la concentration de la phase
liquide (eau interstitielle) (µg/l) une fois l'équilibre atteint. Plus Kd est élevé, plus le PFAS est adsorbé
et moins il est mobile. Les valeurs des coefficients de distribution sont issues de la littérature
scientifique : les valeurs ont été compilées et la médiane a été retenue comme valeur de base des
108 « Derivation of cut-off values for PFAS in sewage sludge?, 2023, Environmental project n°2232, Ministry of Environment
of Denmark. https://www2.mst.dk/Udgiv/publications/2023/03/978-87-7038-497-1.pdf 109 ?Guidance on information requirements and chemical safety assessment, Chapter R16 : environmental exposure
assessment? (https://www.rivm.nl/en/guidance-on-information-requirements-and-chemical-safety-assessment- chapter-r16-environmental)
paramètres.
Piégeage : le piégeage (phase organique condensée, microporosité, encapsulation?) présente des
dynamiques lentes et des stockages peu réversibles (PFAS non extractibles, non mobilisables).
Dégradation des PFAS : c?est le processus par lequel les PFAS se dégradent en molécules plus
petites (éventuellement d?autres PFAS). Il est caractérisé par le temps de demi-vie. La demi-vie de
dégradation des PFAS (DT50) a été fixée, par mesure de précaution, à 100 ans dans la majorité
des calculs. Très peu d'études ont déterminé DT50.
Valeurs cibles :
Eaux souterraines : les seuils tolérés de contamination des eaux souterraines en vigueur sont
respectivement de 2 ng/l pour PFAS4 et de 100 ng/l pour PFAS22.
Eaux de surface : les normes danoises sont liées aux normes européennes de qualité des eaux de
surface (DCE) et correspondent pour le PFOS à une teneur moyenne annuelle de 0,65 ng/l, et à
une valeur maximum tolérée de 36 µg/l.
Sols : il n'existe pas de normes de qualité des sols fondées sur l'écotoxicologie. Sur la base des
campagnes de mesure, les valeurs indicatives de teneur en PFAS des sols (ETCsoil) sont de 16
?g/kg pour le PFOS et de 2,0 ?g/kg pour le PFOA (source EPA 2023 "Derivation of cut-off values
for PFAS in sewage sludge")110.
Alimentation : la VTR établie en 2020 par l?EFSA est une dose hebdomadaire tolérable de 4,4 ng /
kg masse corporelle pour PFAS4.
Le modèle est généralement utilisé pour simuler les dynamiques de stockage dans les sols et de
transfert vers les eaux de surface, les eaux souterraines, et les végétaux à partir de scénarios
d?apports. Dans le cadre de l?étude, le modèle a été utilisé en « rétropropagation », de façon à
déterminer les apports compatibles avec les valeurs cibles pour les différents compartiments (sols,
eaux de surface, eaux souterraines, ? cf. ci-dessus).
Prédictions du modèle : le rapport conclut :
? en rappelant tout d?abord qu?il est impossible de déterminer de manière fiable une limite
supérieure absolue « sûre » pour les PFAS dans les boues, en raison des approximations
effectuées et des incertitudes fortes tant sur les valeurs-cibles que sur la modélisation des
transferts de PFAS dans les sols ;
? qu'une concentration dans les boues de 15 ?g /kg MS pour PFAS4 est hautement susceptible
d'être en totale conformité avec les seuils environnementaux actuels dans le sol, l'eau douce et
les eaux souterraines.
En conséquence le rapport recommande, par mesure de précaution et de gestion des risques,
d'utiliser la concentration maximale indicative de 15 ?g PFAS4 /kg MS comme base pour dériver une
valeur limite réglementaire.
4. Evaluation des impacts sur les filières, et mesures d?accompagnement
L?étude de 2023 « Derivation of cut-off values for PFAS in sewage sludge »111 du ministère de
110 EPA, 2023, Derivation of cut-off values for PFAS in sewage sludge 111 « Derivation of cut-off values for PFAS in sewage sludge?, 2023, Environmental project n°2232, Ministry of Environment
of Denmark. https://www2.mst.dk/Udgiv/publications/2023/03/978-87-7038-497-1.pdf
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 114/161
l?environnement présente dans son annexe C les concentrations en 22 PFAS mesurées dans 215
échantillons de boues provenant de stations d?épuration :
? pour la somme de quatre PFAS prioritaires (PFAS4), la médiane (« 50P ») observée est de 7,49 µg/kg MS (valeurs entre 0,36 et 65,15 ?g/kg) ;
? pour la somme des 22 PFAS retenus (PFAS22), la médiane observée est de 22,94 µg/kg MS (valeurs entre 5,3 et 110,15 ?g/kg MS).
Tableau n°5 : analyse statistique des teneurs en PFAS des boues des stations d?épuration au Danemark (résultats sur la
base de 215 échantillons de boue111)
Ces niveaux médians sont inférieurs aux limites réglementaires qui ont été proposées (par exemple,
400 µg/kg puis 50 µg/kg MS pour la somme des 22 PFAS), pour autant plus de 10 % des boues
produites pourraient s?avérer non conformes à ces deux seuils.
La réglementation étant récente, le recul n?est pas encore suffisant pour identifier des impacts
concrets.
6.6. ETATS DU MAINE ET DU MICHIGAN (USA)
Aux États-Unis, les engrais et amendements sont réglementés par chaque État et non au niveau
fédéral. Cette situation a donné lieu à un large éventail d?approches à travers le pays, allant de
l?inaction à l?interdiction totale de l?épandage de biosolides112.
Après une présentation synthétique de la stratégie PFAS de l?Environmental Protection Agency
(EPA) au niveau fédéral, nous présentons ci-après, de manière non exhaustive, les modalités de
gestion des PFAS dans les boues par les Etats du Maine et du Michigan.
1. La stratégie PFAS de l?US EPA
La stratégie de l?US EPA contre les PFAS repose sur une approche « multi-volets » visant à protéger
la santé publique, surveiller et réduire la contamination, renforcer la réglementation et
responsabiliser les pollueurs.
L?EPA a ainsi adopté une PFAS Strategic Roadmap (Feuille de route PFAS) structurée autour de
trois axes principaux :
? Recherche : renforcer la science, la compréhension des risques pour la santé et des impacts environnementaux des PFAS, et développer des méthodes de détection.
? Restriction : réduire l?entrée de PFAS dans l?air, l?eau et les sols, notamment par des normes, des interdictions ou des limites.
? Remédiation : accélérer les nettoyages et interventions sur les sites contaminés.
En 2024, l?EPA a établi les premières normes nationales juridiquement contraignantes pour la qualité
de l?eau potable, limitant la concentration de plusieurs PFAS, comme le PFOA et le PFOS. Elles
s?accompagnent de financements pour aider les États et territoires à surveiller et traiter l?eau
contaminée. L?EPA a par ailleurs publié de nouvelles méthodes analytiques pour mesurer un grand
nombre de PFAS dans différents milieux (eau, sols, sédiments, air)113 et a intégré plusieurs PFAS
dans des programmes de suivi comme le Toxics Release Inventory (registre des émissions
toxiques).
Concernant spécifiquement les boues de stations d?épuration, l?EPA se concentre actuellement sur
des travaux scientifiques et méthodologiques, plutôt que sur une régulation finale immédiate des
PFAS dans les boues de stations d?épuration. Néanmoins, ces travaux visent à préparer des
décisions réglementaires plus robustes à l?avenir et à guider les autorités locales et les industries
vers des pratiques réduisant la présence des PFAS dans les boues.
2. Etat du Maine : le choix de l?interdiction d?épandage
Règlementation : à la suite de la contamination avérée de plusieurs exploitations laitières via
l?épandage de biosolides, le Maine a mis en oeuvre une nouvelle loi en avril 2022 qui interdit
l?épandage de biosolides dont les niveaux de PFAS totaux sont égaux ou supérieurs à 1 ?g/kg MS.
112Les biosolides sont définis comme le principal produit organique solide issu du traitement des eaux usées qui peut être valorisé. Par facilité, les termes « biosolides » et « boues » sont utilisés ici de manière interchangeable. 113 EPA Method 1633, qui permet de mesurer un grand nombre de PFAS (40 analysés) dans plusieurs types de matrices,
y compris les boues de stations d?épuration. Cette méthode améliore la fiabilité des données de surveillance et est en cours d?intégration dans le cadre réglementaire des méthodes officielles. https://www.epa.gov/system/files/documents/2024-12/method-1633a-december-5-2024-508-compliant.pdf
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 116/161
Ce seuil extrêmement bas conduit en réalité à l?interdiction effective de l?épandage de biosolides.
Par conséquent, les biosolides produits dans le Maine doivent être soit transportés en dehors de
l?État vers des États plus permissifs (y compris exportés vers le Canada), soit éliminés par d?autres
moyens que l?épandage.
Accompagnement : en parallèle, l?État du Maine a également introduit plusieurs lois mettant en
oeuvre des dispositions d?accompagnement :
? la loi LD 558114 approuvée le 10 juin 2021 exige l?élaboration d?un plan d?étude de recherche
complet pour identifier et aider les agriculteurs qui pourraient être touchés par la contamination
par les PFAS ;
? la loi LD 221115 (approuvée le 1er juillet 2021) prévoit des crédits budgétaires pour les années
fiscales 2021-2023 afin de fournir des fonds pour réduire, nettoyer et atténuer les menaces ou
les dangers posés par les PFAS, Cela comprend des fonds pour soutenir le traitement de l?eau
potable et les analyses de l?environnement et la gestion des déchets contaminés en raison des
PFAS. Son objectif est de soutenir les agriculteurs touchés par la contamination de leurs champs
par les PFAS.
3. Etat du Michigan : une approche par paliers
En 2021, après un examen approfondi des données disponibles sur les PFAS présents dans les
biosolides, le département de l?Environnement, des Grands Lacs et de l?Énergie (EGLE) a mis en
oeuvre une stratégie provisoire pour contrôler l?épandage de biosolides contenant des PFAS116.
Cette stratégie provisoire, entrée en vigueur le 1?? janvier 2024, visait à servir de mesure de
protection jusqu?à ce que l?US EPA achève son évaluation fondée sur les risques des PFAS présents
dans les biosolides (la version finale n?étant pas encore publiée).
Elle se concentre pour l?instant sur deux PFAS : le PFOA et le PFOS.
114 https://legislature.maine.gov/doc/8093 115 https://legiscan.com/ME/text/LD221/2021 116 Land application of biosolids containing PFAS: interim strategy, mars 2021 (EGLE)
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 117/161
EGLE a confronté les données de contamination publiées et les résultats d?une étude menée auprès
de 42 stations d?épuration municipales, ce qui lui a permis de classer les matières dans trois groupes
en fonction du niveau de contamination.
Paramètre PFAS
<20 20 20 ? C < 100 100 ? 100
Aucune restriction d?usage Obligation de communiquer chaque année un résultat d?analyse à l?agriculteur
Utilisation encadrée Application limitée à 1,5
tonne MS/ acre117 ou
stratégie d?atténuation des risques approuvée par EGLE au moins 14 jours avant épandage. Plan de réduction des sources de contamination et investigations.
« Biosolides impactés industriellement » Interdiction de valorisation en milieu agricole Plan de réduction des sources de contamination et investigations
Tableau n°6 : seuils de gestion du PFOA et du PFOS dans les biosolides, dans l?Etat du Michigan
Cette approche graduée à deux seuils s?avère efficace pour empêcher les biosolides fortement
contaminés d?atteindre les terres agricoles, tout en permettant de poursuivre les efforts d?adaptation
des process des stations d?épuration ou de réorientation des déchets.
Les biosolides contaminés à un niveau acceptable se voient imposer des mesures d?atténuation,
impliquant une régulation des doses d?épandage permises. Dès dépassement du seuil le plus faible
(20 µg/kg MS pour l?un ou l?autre PFAS indicateur), un plan de réduction des sources de
contamination doit être entrepris.
Les résultats sur la période 2018-2024 attestent que l?approche d?EGLE a permis de réduire avec
succès le niveau de PFOS et de PFOA présent dans les biosolides, par l?identification et la réduction
des sources de contamination associée à une surveillance analytique des stations considérées
comme exposées à des activités industrielles118.
Cette stratégie a inspiré la méthode de gestion retenue par le Québec.
117 Environ 0,405 hectare. 118 https://www.michigan.gov/egle/about/organization/water-resources/biosolids/pfas-related
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 118/161
Annexe 7 : Définitions
Installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) : installations pouvant avoir
des impacts (pollution de l'eau, de l'air, des sols, etc.) et présenter des dangers (incendie, explosion,
etc.) pour l'environnement, la santé et la sécurité publique. Elles sont soumises à la réglementation
spécifique des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE). Classées selon
le niveau de danger qu'elles présentent elles sont soumises à des procédures de déclaration,
d?enregistrement, d?autorisation.
Installations, ouvrages, travaux, activités (IOTA) : infrastructures ou projets ayant des impacts
ou présentent des dangers pour le milieu aquatique et la ressource en eau : prélèvements, rejets,
impacts sur le milieu aquatique, le milieu marin, la sécurité publique, etc. Pour ces raisons, les IOTA
sont soumis à des réglementations spécifiques.
Matières fertilisantes d'origine résiduaire (MAFOR) : matières diverses issues de déchets et
utilisées pour la fertilisation agricole, telles que les effluents d'élevage, les boues issues du
traitement des eaux usées urbaines ou domestiques, les matières, eaux et boues d?épuration issues
des industries, les composts, les digestats de méthanisation, ? Les MAFOR constituent une sous-
partie des MFSC.
Matières fertilisantes et supports de cultures (MFSC) : définies par l'article L255-1 du code rural
et de la pêche maritime (CRPM), elles englobent une plus large gamme de produits, y compris les
matières naturelles, animales, minérales, et synthétiques, qui peuvent être utilisées pour la
fertilisation et l'amélioration des sols. On distingue d?une part les matières fertilisantes apportées sur
les sols qui intègrent les engrais, les amendements et les biostimulants et, d?autre part, les supports
de culture qui servent eux-mêmes de milieu de culture à certains végétaux.
Recherche et réduction des rejets de substances dangereuses dans l'eau (RSDE) : Action mise
en place afin d?améliorer la qualité de l?environnement aquatique. RSDE 1 (2002-2007) a permis de
réaliser l?inventaire de 106 substances chimiques dans les rejets aqueux de 3000 sites industriels.
RSDE 2 (2009-2016), encadrée par la circulaire du 5 janvier 2009, a permis la mise en place
d?actions déclinées par secteur industriel (surveillance, quantification, réduction des flux de
substances dangereuses) généralisées à l?ensemble des ICPE soumises à autorisation et ayant un
rejet dans le milieu aquatique.
Siccité : taux de matière sèche des boues. La consistance des boues dépend du taux de matière
sèche. Les boues liquides ont une siccité comprise entre 0% et 10%, les boues pâteuses entre 10%
et 25%, les boues solides entre 25% et 85%, les boues sèches ont une siccité supérieure à 85%.
Stations d?épuration (STEP), stations de traitement des eaux usées (STEU) : Equipements
permettant de traiter les eaux usées, c?est-à-dire les eaux utilisées et dégradées par des usagers
domestiques, urbains ou industriels, avant de les rejeter dans les milieux naturels, afin de ne pas
altérer l?environnement. Dans une STEU, les eaux usées passent une succession d?étapes :
prétraitement (dégrillage, dessablage, décantation primaire dont les résidus forment les boues),
traitement secondaire (dégradation biologique complétée par des procédés physico-chimiques,
décantation secondaire, clarification), traitement des boues des STEU.
Substances perfluoroalkyles ou polyfluoroalkyles (PFAS) : molécules formées d'une chaîne
d'atomes de carbone plus ou moins longue, linéaire, ramifiée ou cyclique, contenant au moins un
groupement méthyl (CH3) ou méthylène (CH2), saturé et complètement fluoré. À ce squelette
fluorocarboné s'ajoutent différents groupes fonctionnels, conférant des propriétés spécifiques selon
les composés.
Annexe 8 : Les campagnes RSDE dans le bassin Loire Bretagne
Résumé : Le taux de conformité des boues de stations d?épuration françaises face aux
réglementations « PFAS dans les boues de STEU » de différents pays (États-Unis, Allemagne,
Belgique, Danemark) a été évalué sur la base des données de teneurs en PFAS des boues de STEU
de plus de 10 000 équivalent-habitants acquises dans le cadre du RSDE Loire Bretagne 2022. Ces
valeurs fournissent une première indication, mais l?échantillon est encore trop réduit pour permettre
une généralisation nationale.
Pour les boues traitées déshydratées (9 STEU, 48 échantillons) le taux de conformité aux
réglementations américaine, allemande, belge-wallonne est supérieur à 98%, et de 88% face à la
réglementation danoise.
Pour les boues brutes liquides en sortie de file eau (26 STEU, 139 échantillons) le taux de conformité
face aux réglementations américaine, allemande, belge-wallonne est de ~75%, et de 62% face à la
réglementation danoise.
La campagne RSDE Loire-Bretagne 2022 a permis de rassembler des mesures de teneurs en PFAS
des boues de STEU de plus de 10 000 équivalent-habitants, sur 332 échantillons de boues issus de
52 STEU (dont 3 STEU qui ont opéré des prélèvements de boues en deux points, soit 55 STEU
virtuelles). De façon générale chaque STEU a procédé à 6 prélèvements de boues à des dates
différentes sur la période 2022-2024. Ces prélèvements ont été réalisés soit en sortie de la File Eau
(points A6 ou S4, cf. Figure 6), soit en sortie du process de traitement et déshydratation des boues
(point S6). Chaque échantillon prélevé a fait l?objet de mesure des teneurs individuelles en 5
PFAS (PFOS, PFOA, PFDA, PFHxA, PFHxS).
Une première analyse statistique des résultats a mis en lumière certaines valeurs de teneurs en
PFAS anormalement élevées (par rapport aux données de la bibliographie nationale et
internationale). Il en résultait des taux de non-conformité virtuelle, par rapport aux réglementations
« PFAS dans les boues » d?autres pays », anormalement élevés (~50%).
Ceci a conduit à approfondir l?analyse critique des données. Deux facteurs majeurs sont apparus :
? L?un des laboratoires d?analyse fournit des teneurs en PFAS anormalement élevées, 10 à 100
fois supérieures aux teneurs de trois autres laboratoires et bien en dehors des gammes de
teneurs en PFAS des boues connues dans la littérature nationale ou internationale. Les données
de ce laboratoire d?analyse, jugées irréalistes pour plusieurs raisons détaillées ci-après, ont été
retirées du jeu de données.
? Les échantillons de boue prélevés en sortie de la File Eau (boues brutes liquides prélevées en
A6 ou S4) présentent des teneurs en PFAS significativement plus élevées que les échantillons
prélevés après traitement des boues (boues traitées déshydratées prélevées en S6). Seules les
mesures réalisées sur les échantillons de boue prélevés en S6 sont représentatives des teneurs
en PFAS des boues valorisées par épandage. En conséquence l?analyse statistique a porté à la
fois sur le jeu de données d?ensemble (hors laboratoire écarté) et sur les jeux de données
séparés (échantillons prélevés en A6-S4 ; échantillons prélevés en S6).
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Analyse des teneurs en PFAS par laboratoire d?analyse
Les organismes préleveurs (9) et laboratoires d?analyse (6) sont connus119 pour 46 STEU (dont 3
STEU avec double point de prélèvement) et 298 échantillons de boue. Chacun des 6 laboratoires
d?analyse a réalisé les mesures de teneur en PFAS des échantillons de boues selon des méthodes
propres, internes au laboratoire. Les limites de quantification diffèrent ainsi d?un laboratoire à l?autre.
(1) Pourcentage de mesures sous la LQ : Une analyse du pourcentage de mesures dont le
résultat est sous la limite de quantification (cf. tableau 1) met en lumière plusieurs faits :
? Aucun laboratoire ne présente systématiquement des mesures sous la LQ.
? Un laboratoire présente un pourcentage de mesures « sous la LQ » de 24%. Ses valeurs de LQ
ne sont pas plus faibles que les autres laboratoires. Ce faible pourcentage s?est avéré
directement lié aux valeurs très élevées des mesures de teneurs en PFAS de ce laboratoire.
? Les cinq autres laboratoires présentent des pourcentages équivalents de mesures « sous la
LQ », compris entre 59% et 69% (globalement pour ces 5 laboratoires, ~2/3 des mesures de
teneurs en PFAS des boues présentent des valeurs très faibles, sous la LQ).
Tableau n°7 : valeurs des limites de quantification et pourcentage de mesures sous la LQ. Pour chacun des 6 laboratoires
d?analyse (en ligne), valeurs des LQ pour chacun des 5 PFAS (en colonne) et nombre et pourcentage de mesures sous la
LQ.
(2) Teneurs en PFAS : Une analyse statistique a été menée sur les valeurs de sommes de teneurs
en 5 PFAS des échantillons (moyennées par STEU) (cf. figure 1). Elle met en lumière le fait que
l?un des laboratoires d?analyse fournit des valeurs de teneurs en PFAS des boues beaucoup plus
élevées que les autres (d?un facteur 10 à 100). Aucun élément n?indique un risque PFAS
spécifique aux STEU suivies par ce laboratoire.
Figure n°6 : histogramme des sommes de teneurs en 5 PFAS par STEU (moyenne des six échantillons de boue pour
une même STEU). Ordonnées en échelle logarithmique à gauche, en échelle naturelle à droite. La couleur de la barre
d?une STEU représente son laboratoire d?analyse. Le laboratoire d?analyse représenté en rouge présente des valeurs
d?un facteur 10 à 100 supérieures aux valeurs des autres laboratoires.
119 En revanche pour 6 STEU (34 échantillons), ils n?ont pas encore été formellement identifiés.
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A défaut de mesures croisées des différents laboratoires sur un même jeu d?échantillons de boues,
qui permettraient d?évaluer objectivement leur cohérence et d?éventuelles divergences, cette
analyse a conduit à questionner le réalisme des données du laboratoire aux valeurs très élevées.
Un dernier élément a été pris en compte, communiqué par ce laboratoire : il a réalisé en 2025, à la
demande de l?un des exploitants et selon un nouveau protocole analytique, de nouvelles mesures
sur des boues de plusieurs STEU pour lesquelles il avait trouvé en 2023-2024 des résultats très
élevés. Ses nouveaux résultats de 2025 rejoignent l?ordre de grandeur des valeurs mesurées par
les 5 autres laboratoires en 2023-2024.
Sur cette base il a été décidé d?écarter du jeu de données les résultats d?analyse de ce laboratoire,
dont les valeurs très élevées ont été jugées non réalistes. De même ont été écartées les mesures
réalisées sur des STEU sans identification claire du laboratoire d?analyse. Les valeurs pour les 27
STEU restantes sont présentées dans la figure ci-dessous.
Figure 6a : Histogramme des sommes de teneurs en 5 PFAS par STEU (moyenne des 6 échantillons de boue pour une
même STEU). Ordonnées en échelle naturelle. La couleur de la barre d?une STEU représente son laboratoire d?analyse
(hors laboratoire d?analyse écarté).
Analyse des taux de conformité
Il résulte du traitement des données de teneurs en PFAS des boues du RSDE Loire Bretagne 2022,
que le taux de conformité des échantillons de boues de STEU aux réglementations « PFAS dans
les boues de STEU » de différents pays est supérieur à 98%, à l?exception de la réglementation
danoise (taux de conformité 88 %).
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Tableau 7a : Confrontation des teneurs en PFAS des boues de STEU mesurées dans le cadre du RSDE LB 2022 aux
seuils des réglementations de différents pays.
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Annexe 9 : Illustration d?un protocole d?échantillonnage, applicable à différentes MFSC
Ce protocole a été proposé dans l?instruction technique du 18 août 2025 de la DGAL, applicable à différentes MFSC tels que les engrais liquides, les engrais sous forme de granulés, ou encore les digestats
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Annexe 10 : Échange de courriers entre la DREAL de Bassin Loire Bretagne et la DEB et la DGPR
L?objectif de cette annexe est de regrouper l?essentiel des échanges entre une DREAL de bassin et
les directions d?administration centrale. Ces échanges illustrent bien les besoins de pilotage et
d?accompagnement qui ont été listés dans les recommandations.
Le questionnement de la DREAL de bassin résulte d?un partage d?informations entre les DREAL et
certains services instructeurs
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Il analyse techniquement le sujet, le pose en droit et admet les limites de sa capacité à agir.
La réponse faite soutient la démarche et se reporte sur la mission confiée sur les aspects de droit.
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La dernière demande de la DREAL est la validation d?un courrier type des services en charge de la
police des eaux vers les collectivités. Il démontre la nécessité d?un soutien et renforce le besoin
d?une circulaire au préfet afin chaque directeur départemental puisse facilement prendre l?attache
des maitres d?ouvrage et que collectivement on puisse avoir une base de données exhaustive et
représentative.
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Annexe 11 : Incinération basse température ? société Véolia Brevet n°23 02257
Dans la recherche de solution d?élimination des PFAS, la société VEOLIA ouest Europe, qui a
déposé le brevet n°23 02257, a testé un système qui permet une élimination des PFAS à une
température inférieure à 1000°C. Cette solution innovante permet d?utiliser les fours traditionnels en
les adaptant, moyennant un investissement d?environ 200 000 euros TTC. Les résultats obtenus leur
permettent :
? de ne pas avoir d?acide fluoridrique dans les fumées ;
? de concentrer les PFAS restants dans les résidus qui seront à stocker en classe 1.
Cette solution est déjà en service dans une quinze de lignes en Europe.
Le MTE a réalisé en 2025 une campagne d?analyse des émissions de PFAS dans les rejets gazeux
sur une quinzaine de lignes d?incinération en France.
Les résultats obtenus sont soit inférieurs à 30 µg/m3, soit proches de la limite de détection.
Le procédé testé est en service depuis 2024 en France.
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Annexe 12 : Fonds de garantie des risques liés à l?épandage agricole des boues d?épuration (FGRE)
Source DGPE
Objet : préciser le périmètre du fonds (FGRE), son fonctionnement, ses modalités l?indemnisation et
les pistes pour l?avenir pour l?indemnisation de ces sols agricoles pollués.
Contexte
Le fonds de garantie des risques liés à l'épandage agricole des boues d'épuration (FGRE) urbaines
ou industrielles, créé par la loi n°2006-1772 du 30 décembre 2006 sur l?eau et les milieux aquatiques
(L425-1 code des assurances), est chargé d'indemniser les préjudices subis par les exploitants
agricoles et les propriétaires des terres agricoles et forestières dans les cas où ces terres, ayant
reçu des épandages de boues d'épuration urbaines ou industrielles, deviendraient totalement ou
partiellement impropres à la culture en raison de la réalisation d'un risque sanitaire ou de la
survenance d'un dommage écologique lié à l'épandage, dès lors que, du fait de l'état des
connaissances scientifiques et techniques, ce risque ou ce dommage ne pouvait être connu au
moment de l'épandage. Ce fonds est codifié dans le code des assurances aux articles L.425-1 et
R.424-1 à R.424-1.
Les ressources du FGRE ont été constituées par une taxe annuelle due par les producteurs de
boues. Elle avait été calculée sur la quantité de matière sèche de boues produites par les
producteurs. Le montant de cette taxe a été fixé à 0,5 euros par tonne de boues. Fin 2024, le fonds
s'établit à 3731185,11 ¤. Il n?a, depuis sa création, jamais été mobilisé, ce qui a conduit le ministère
de l?économie et des finances à supprimer depuis 2017, par la loi de finance du 29 décembre 2016,
la taxe qui l?abonde.
Le Ministère en charge de l?agriculture avait exprimé à l?époque son désaccord sur la suppression
de la taxe finançant le fonds de garantie.
La gestion comptable et financière du fonds de garantie est assurée par la Caisse centrale de
réassurance. Bien que ce fonds ne soit plus alimenté et inutilisable, ces ressources sont destinées
actuellement à couvrir les frais exposés par la Caisse centrale de réassurance pour la gestion du
fonds de garantie. Pour cela, un solde débiteur est prélevé chaque année.
Le périmètre indemnisable
Tout risque sanitaire ou dommage écologique lié à un épandage de boues d?épuration urbaines ou
industrielles dès lors que, du fait de l'état des connaissances scientifiques et techniques, ce risque
ou ce dommage ne pouvait être connu au moment de l?épandage. « dans la mesure où ce risque ou
ce dommage n'est pas assurable par les contrats d'assurance de responsabilité civile du maître
d'ouvrage des systèmes de traitement collectif des eaux usées domestiques ou, le cas échéant, de
son ou ses délégataires, de l'entreprise de vidange, ou du maître d'ouvrage des systèmes de
traitement des eaux usées industrielles, ci-après désignés par l'expression : "producteurs de boues",
ou par les contrats d'assurance relatifs à la production et à l'élimination des boues ».
Instruction des demandes d?indemnisation : (R424-11 à R424-17)
Les exploitations agricoles et les propriétaires de terres agricoles et forestières transmettent les
demandent d?indemnisation de dommages causés par l?épandage agricole des boues d?épuration
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 136/161
au préfet qui transmet le dossier au ministre en charge de l?environnement en vue de la saisine de
la commission nationale d?expertise120.
Cette dernière est présidée par le ministre chargé de l'environnement ou son représentant qui
assume également la fonction de secrétariat général. Elle est en charge d?émettre un avis sur
l'éligibilité des demandes à une indemnisation par le fonds de garantie. La commission peut être en
outre consultée par le ministre chargé de l'environnement sur les projets de textes réglementaires
relatifs aux boues d'épuration.
Les membres de la commission nationale d'expertise (liste fixée dans l?Arrêté du 7 janvier 2011
portant nomination à la commission d'expertise relative à l'indemnisation des risques liés à
l'épandage agricole des boues d'épuration urbaines ou industrielles121) sont nommés pour une durée
de cinq ans renouvelables par arrêté du ministre chargé de l'environnement.
L?indemnisation des dommages sanitaires et environnementaux liés aux épandages de boues
urbaines et industrielles est à la responsabilité Ministère de l?environnement qui publie deux arrêtés
pour :
- installer la commission nationale d?expertise (le MASA fait partie des 17 représentants ou
personnalités désignés pour faire partie de la Commission)122 ;
- diffuser le dossier de demande d?indemnisation des agriculteurs et propriétaires.
120 https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006073984/LEGISCTA000020637735 121 https://www.bulletin-officiel.developpement-durable.gouv.fr/notice?id=Bulletinofficiel-0024805&reqId=2d942d07-c019-4c1a-99d4-
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 137/161
Annexe 13 : Impact de siccité des boues sur leur teneur en PFAS
La logique de contrôle des teneurs en PFAS des boues valorisées en épandage agricoles impose
un prélèvement au point S6 pour les STEU qui ont une filière d?épaississement des boues. Ainsi,
l?information sur la siccité de la boue123 analysée est importante afin de pouvoir analyser si une
relation existe entre le processus de traitement de la boue et les valeurs mesurées, mais nécessite
aussi une mesure de la boue en S4. Dans la pratique, les campagnes de mesure des teneurs en
PFAS des boues réalisées dans le cadre du RSDE (cf. annexe n°8) en Loire Bretagne ont
principalement porté sur des échantillons prélevés en A6 ou S4, à la sortie de la filière Eau124. Il
s?agit alors de boues liquides (5% de taux de matière sèche).
Le processus de traitement des boues brutes liquides (S4) en boues traitées (S6) compte plusieurs
étapes : un apport d?additifs (ex. chaux), une déshydratation (par pressage ou centrifugation) dont
le lixiviat liquide est redirigé dans le réseau en entrée de station. De ce fait, les mesures de teneur
en PFAS des boues en A6 (boue brute liquide) et en S6 (boue traitée) diffèrent par deux aspects :
(i) une partie des composés PFAS présents dans les boues liquides en A6 (lixiviat de la
déshydratation) reste dans la phase aqueuse et retourne en amont de la station ; (ii) la matière sèche
ne représente pas la même proportion de l?échantillon.
Selon le niveau de déshydratation de l?échantillon de boue (taux d?humidité entre 33% et 95%), la
valeur de concentration en PFAS peut être multipliée par 10 à 20, ramenée à une unité en µg/ kg de
MS.
Figure n°7 : lien entre teneur en PFAS et siccité de l?échantillon
123 Poids le matière sèche sur poids de la boue, ou pourcentage massique de matière sèche. 124 Dans le cadre du RSDE il était demandé soit de faire une mesure unique au point A6 soit une mesure au point S6
avec une mesure complémentaire sur les additifs utilisés. La plupart des maîtres d?ouvrage ont privilégié la mesure unique en A6.
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Figure n°8 : évolution de la teneur en PFAS et de la siccité au cours de la déshydratation
En faisant l?hypothèse de concentrations de PFAS CS dans la phase solide et CL dans la phase liquide non modifiées par le process, la concentration en PFAS de l?échantillon dépend de son humidité H selon la relation CPFAS = CS + H/(1-H)*CL . MS = (1-H)*Mechantillon ML = H* Mechantillon = H/(1-H) * MS MPFAS = MS*CS + ML*CL =MS*CS + H/(1- H)*MS*CL = MS * (CS + H/(1-H)*CL) CPFAS = MPFAS / MS = CS + H/(1-H)*CL
Figure n°9 : Variation de la valeur de concentration en PFAS de la boue en fonction de son niveau de déshydratation (taux d?humidité)
Ainsi, pour des humidités respectivement de 95% (boue liquide), 50% (boue pâteuse) et 33% (boue
déshydratée), la concentration CPFAS vaut respectivement (CS + 19*CL), (CS + CL) et (CS + CL/2), soit
potentiellement un facteur de 10 à 20 entre les humidités de 95% et de 33%.
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Annexe 14 : Épaississement des boues en station d?épuration
L'ensemble des combinaisons possibles montre qu'il existe en théorie un grand nombre de types de
boues. Toutefois, en résumant les situations les plus fréquemment rencontrées en France, les
principaux types de boues proposées au recyclage en agriculture sont les suivants :
? - boues liquides (2 à 5% de siccité) issues de traitements aérobies de l?eau, qui correspondent en général à de petites stations (moins de 3 000 EH) qui opèrent au plus un épaississement puis un stockage des boues non traitées ;
? - boues pâteuses (15 à 25% de siccité) issues de traitements aérobies ou anaérobies, qui correspondent à des stations de taille moyenne (de 5 000 à 20 000 EH) qui opèrent en général une déshydratation sur filtre à bande presseuse ou en centrifugeuse ;
? - boues chaulées (25 à 30% de siccité) pâteuses ou solides, qui correspondent à des stations (environ 200 en France) de taille moyenne ou grande (de 20 000 à 100 000 EH) qui opèrent un traitement chimique à la chaux sur une boue déshydratée ;
? - boues physico-chimiques (très souvent il s'agit aussi de boues chaulées) qui sont rarement mises en agriculture ;
? - boues compostées qui correspondent à des stations de taille moyenne en général (environ 70 stations en France) qui opèrent un traitement par compostage sur une boue déshydratée ;
? - boues de lits de séchage qui sont issues de petites stations ;
? - boues de lagunage (catégorie particulière de boues liquides, le traitement de ces boues se fait de façon extensive, selon un mode anaérobie, au fond des bassins, qui ne sont curés au mieux qu?une fois tous les 10 ans) ;
? - boues séchées, qui sont présentes en France dans quelques grandes stations malgré le coût élevé de leur production, ;
? - boues solides (plus de 30% de siccité) faiblement chaulées résultent d?un traitement par filtre- presse ou d?un conditionnement thermique et concernent des stations de grande taille (plus de 100 000 EH) (INERIS, 2007).
Le graphique suivant permet d?illustrer en fonction de l?origine de la boue au sein d?une STEU les
différentes solutions pour les épaissir. Ce rappel technique est nécessaire car les solutions de
traitement des boues en excédent de teneur en PFAS ne seront pas les mêmes.
Source www.techniques-ingénieur.fr janvier 2026
Les différentes techniques sont récapitulées dans les deux graphiques suivants :
Figure n° 10 : les techniques d?épaississement
La consistance d?une boue est soit liquide (siccité inférieure à 15%), soit pâteuse (entre 20 à 60 %),
soit solide (supérieure à 60 %).
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 141/161
En fonction de la technique utilisée, la teneur en eau varie fortement et le tableau ci-dessous
récapitule les ordres de grandeurs :
Type de stockage et de traitement Siccité % Commentaire
Stockage statique en sortie de
décanteur
Silo décanteur 10 Petites stations d?épuration
Filtre presse à bande 25
Filtre presse à plateau 30 Existe en version mobile
Filtre presse à membrane 35
Filtre presse à vis 20
Pressoir rotatif 35
Déshydratation thermique 40 à 90 Très grandes stations d?épuration
Le filtre à plateau existe aussi en version mobile afin de pouvoir se déplacer dans différents sites de
production, ce qui peut être utile pour le cas où les boues sont polluées.
Les boues doivent être épandues avec un matériel adapté selon leur siccité. Ainsi, les boues
liquides sont épandues avec des tonnes à lisier (palette, pendillard ou enfouisseur). Les boues
pâteuses et solides sont épandues avant des épandeurs à hérissons verticaux ou horizontaux
avec ou sans table d?épandage. Ainsi, tout changement de siccité aura un impact sur la filière
d?épandage car le matériel sera à modifier.
Pour être incinérée, il est nécessaire :
? pour un lit fluidifié, d?avoir une siccité proche de 40 % ;
? pour un incinérateur de déchets ménagers, d?avoir une siccité proche de 65 %.
Enfin, lors de nos échanges avec les gestionnaires privés de filière d?assainissement, il est apparu
que, pour un maître d?ouvrage ayant plusieurs unités de traitement comprenant une station
d?épuration de grande taille (supérieur à 10 000 EH) et d?autres de taille plus limitée (inférieur à 5000
EH), les boues liquides des petites unités sont transportées vers la grande unité afin d?être épaissies
sur un seul site. Cette situation permet de rentabiliser l?investissement d?épaississement malgré le
coût de transport initial. Par contre, ce procédé concentre les PFAS extraits lors de l?épaississement
à un endroit particulier ce qui est une donnée à suivre.
Une centrifugeuse fonctionne sans avoir recours à de hautes pressions. La boue est injectée dans
un canal circulaire situé à la périphérie d?une roue rotative. Une force centrifuge agit sur les boues
ce qui favorise la séparation entre le liquide et le solide. Le taux de siccité est de 35%.
Le séchage partiel a pour but d?augmenter la sécheresse des boues jusqu?à atteindre une valeur
acceptable permettant leur combustion dans un incinérateur à lits fluidifiés. Cette valeur doit être
entre 35 à 45% de siccité.
Pour l?introduction dans un incinérateur à déchets ménagers un taux de 65% est recommandé car
proche de l?humidité des déchets ménagers.
Le séchage poussé vise à avoir une siccité entre 60 à 90%.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 142/161
Annexe 15 : Les différentes boues ? origines - destinations
Les sources d?informations sont nombreuses pour tenter d?aborder la production de MAFOR et
surtout celles qui ont dans leur process ou dans leur composition des boues.
L?exploitation du PKGC 2011 par de nombreuses études est la seule source qui permet de visualiser
la répartition géographique permet de constater de fortes disparités régionales. Cette information
sera importante dans les zones où la part des boues impactées par les PFAS est très importante et
qui ne serait pas une zone d?élevage.
De fortes disparités régionales
Figure n°11 : répartition géographique des quantités de déchets et d?effluents industriels destinés à la valorisation agronomique en 2008 (source Esco MAFOR 2014)
Cette annexe regroupe la majeure partie des données collectées de différentes sources et va
montrer la difficulté d?obtenir des données précises et localisées. Les tableaux ci-dessous
synthétisent les principaux chiffrages collectés et l?on constate leur légère divergence.
Dans l?analyses des conséquences de la mise en place d?une norme, il est utile d?avoir la localisation
de la STEU avec des PFAS en excès :
? pour la filière épandage : de regarder sur son bassin versant si l?épandage de fertilisant organique est important et s?il existe des gisements potentiels à proximité ;
? pour la filière élimination : de regarder la localisation des fours et leur usage ;
? pour la filière gestion : de connaître le positionnement des autres STEU, de savoir si leur moyen de déshydratation est très utilisé, de connaître les possibilités ou non de mélange et ou de méthanisation.
Les unités de référence sont différentes (matière sèche ou matière brute, matière dangereuse ou
non dangereuse voir non spécifiée, précision différente car des objectifs d?analyse à des territoire
différents ?nationaux ou locaux). On constate que les missions de ces dernières années utilisent les
premières informations souvent issues de leur ministère d?origine :
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 143/161
T MS
industrie papetière, industrie alimentaire)
Boues non dangereuses provenant du traitement de déchets 16 500
Boues issues de l'industrie papetière 63 100
Boues issues des industries alimentaires 133 500
Total boues ICPE 273 400
Tableau n°8 : tonnage de boues ICPE
MAFOR Mt % épandage
Production annuelle totale de MAFOR en France 729 (Mt MB)
Effluent élevage 109 (Mt MB) 94 %
Boues de STEP, compost, digestat de
méthanisation
Superficies épandues SAU (millions ha) % épandage
SAU en France 29
brutes ou composté
Tableau n°9 : production de MAFOR en France source ICARE
L?ESCo MAFOR 2014 prend comme hypothèse que les 109 Mt MB (matière brute y compris celles
au champ) le volume d?effluents d?élevage produits et collectés annuellement en France, équivalent
à 31 Mt MS (matière sèche), estimation reprise par un rapport CGEDD/CGAAER de 2015 sans que
le détail de calcul y figure.
Déchets et sous-produits épandus Production
annuelle (Mt MS) Part relative (%) Commentaires
Effluents d'élevage 31 77,5
déchets organiques urbains et industriels 3 7,5
Boues urbaines 1 2,5
Boues industrielles 4 10
biochars, refioms) 1 2,5
Total 40 100 Tableau n°10: déchets et sous produits : source CGEDD/CGAAER 2015
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 144/161
Déchets et sous-produits épandus Production
annuelle (Mt MB) Composté Méthanisé
Effluents d'élevage 122,6 12,6 1
Déchets ménagers et assimilés et
autres déchets organiques urbains
Boues urbaines 4,24 1,32
Boues industrielles 19,6 0,55 0,19 Tableau n°11 : Synthèse des données MAFOR
Tonnages annuels de boues produits et épandues par les ICPE
La mission retient les estimations de 0,25 Mt MS/an de production de boues d?ICPE non
dangereuses et 0,15 Mt MS/an d?épandage et compostage de boues d?ICPE non dangereuses.
Diversité des boues et tonnages annuels
La gestion des déchets est encadrée principalement par le code de l?environnement, notamment les
articles L541-1 et suivants. Ils définissent ce qu?est un déchet, les responsabilités des producteurs,
les règles de collecte, transport, traitement et traçabilité, les sanctions en cas de non-respect.
Les boues sont juridiquement considérées comme des déchets125 et doivent à ce titre respecter ces
règles. Elles sont réparties en quatre familles (cf. définitions en annexe) :
? les boues ordinaires, non dangereuses (incluant les boues de STEU) ;
? les boues d?effluents industriels non dangereuses ou dangereuses (incluant les boues d?ICPE) ;
? les boues et déchets liquides provenant du traitement des déchets non dangereux ou dangereux ;
? les boues de dragage non dangereuses ou dangereuses.
La traçabilité des boues implique que l'ensemble des opérations relatives à leur gestion (production,
expédition, réception ou traitement) soient enregistrées dans des registres de suivi des déchets
(REP)126 tenus à disposition du service d'inspection des installations classées.
Le tableau 12, issu de sources hétérogènes (BDREP, BNPE, enquêtes), présente l?estimation 2022
du tonnage annuel de chaque type de boues, déclaré en poids sec (tonnes matière sèche (t MS)).
Le tonnage des boues de STEU est de 1 Mt MS, celui des boues d?ICPE non dangereuses de 0,25
Mt MS.
Tonnage de boues ICPE : L?estimation ci-dessus d?un tonnage annuel de 0,25 Mt MS de boues
d?ICPE a été confrontée aux données nationales du Service des données et études statistiques
(Sdes)127 (tableau n°12). Elles conduisent à une estimation des tonnages annuels de 2,74 millions
de tonnes.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 145/161
boues d'effluents industriels non dangereuses (hors traitement
de déchet, industrie papetière, industrie alimentaire)
603 000 t
boues non dangereuses provenant du traitement de déchets 165 000 t
boues issues de l'industrie papetière 631 000 t
boues issues des industries alimentaires 1 335 000 t
Total boues ICPE 2 734 000 t
Tableau n°12 : tonnage de boues de STEU source Sdes
L?écart entre les deux estimations (0,25 million t par compilation de BDREP, BNPE et enquêtes ;
2,74 millions t MS par les données du SDES) n?a pu être formellement élucidé dans le cadre de la
mission. La mission fait l?hypothèse que les données du SDES sont exprimées en tonnage brut
(siccité 10 %).
Tableau n°13 : Poids total et poids sec des différentes boues produites
La mission retient un tonnage de production de boues d?ICPE non dangereuses de 0,25 Mt MS/an.
Traitement des boues
Selon les données de la Base de données des eaux résiduaires urbaines (BDERU128), 85% des
boues de STEU (861 000 t MS) subissent un recyclage matière ou organique (épandage,
compostage).
Selon les données de la Base de données du registre des émissions polluantes (BDREP129), 40 %
des boues industrielles non dangereuses (98 000 t MS) subissent un recyclage matière ou organique
(épandage, compostage). Les données nationales du service des données et études statistiques
(Sdes) indiquent quant à elles un taux de recyclage matière ou organique (épandage, compostage)
128 Base de données des eaux résiduaires urbaines (https://assainissement.developpement-
durable.gouv.fr/pages/data/basededonnee.php#) 129 Base de données du registre des émissions polluantes (https://www.ineris.fr/fr/risques/dossiers-thematiques/directive-emissions-
industrielles-ied-bref-mtd/donnees-registre
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 146/161
bien plus élevé de 78%, soit un tonnage de 2,13 Mt (ou 213 000 t MS).
La mission retient un tonnage d?épandage et compostage des boues d?ICPE de 0,1 à 0,2 Mt MS/an.
Tableau n°14 : production de boues des ICPE
Les boues d?effluents industriels non dangereuses ou dangereuses. Il s?agit des :
? boues et résidus solides provenant du traitement des eaux usées industrielles, y compris le traitement externe/physique ;
? déchets solides et liquides provenant de la décontamination des sols et des eaux souterraines ;
? boues provenant du nettoyage des chaudières ;
? déchets provenant de la préparation des eaux de refroidissement et des colonnes de refroidissement;
? boues de forage.
Le traitement des eaux usées a lieu dans de nombreux secteurs de l?industrie manufacturière. Les
boues d?effluents industriels sont dangereuses quand elles contiennent des hydrocarbures et des
métaux lourds.
Les boues et déchets liquides provenant du traitement des déchets
Ces déchets comprennent différents types de boues et de déchets liquides provenant d?installations
de traitement des déchets. Ils comprennent les déchets provenant du traitement physico-chimique
des déchets dangereux, les liquides et boues provenant du traitement anaérobie des déchets, les
lixiviats de décharges et les boues de traitement des effluents provenant de la régénération des
huiles. Les boues et déchets liquides provenant du traitement des déchets sont dangereux ou non
dangereux.
Les boues ordinaires, non dangereuses
Il s?agit de boues d?épuration des eaux usées municipales et de boues organiques provenant de la
préparation et de la transformation des produits alimentaires. Elles proviennent principalement des
ménages et de branches industrielles rejetant des eaux usées organiques (principalement pâte et
papier, ainsi que préparation et transformation de produits alimentaires). Elles peuvent aussi être
présentes dans les stations d?épuration des eaux usées ou dans le traitement anaérobie des
déchets. Toutes les boues ordinaires sont non dangereuses.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 147/161
Les boues de dragage non dangereuses ou dangereuses
Il s?agit de déchets qui proviennent principalement de la construction et de la maintenance de projets
hydrologiques, du dragage et de travaux sous la surface de l?eau. Ils sont dangereux quand ils
contiennent des métaux lourds ou des polluants organiques.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 148/161
Annexe 16 : Analyse d?impact de l?application du socle commun pour le cadmium
1.1.1 Un impact quasi nul des teneurs autorisées pour les boues
Les entretiens et les retours de la consultation publique font apparaitre que « La conformité des
MIATE130 aux teneurs de la catégories B2 ne semble pas poser de difficultés ».
En complément, la mission a procédé à une analyse rapide des données disponibles issues à la fois
de la BD SILLAGE (boues épandues en France sauf dans la région Grand-Est) et de la BD utilisée
pour la région Grand-Est. Les données recueillies représentent 426 stations d?épuration, environ
182 000 tonnes de MS de boues et 1 307 données d?analyse de la teneur en cadmium. Les résultats
traduisent une teneur moyenne en cadmium de 0,83 mg/kg MS et le tableau suivant précise la
ventilation en classes de teneurs.
T > 10 mg T entre 10 et 5 mg T entre 5 et 2 mg T < 2 mg
Nombre analyses 0 2 48 1257
Nbre de station 0 1 17 408
Source : bases de données SILLAGE et Grand-Est. Traitement mission.
Si l?on considère les résultats de cet échantillon (qui représente 38 % des boues épandues), cela signifie
que :
? tous les épandages de boues seraient conformes avec le taux de 10 mg prévu à la date d?entrée en vigueur du socle commun ;
? une station (sur 426 ayant renseigné les teneurs en cadmium) ne serait plus en mesure d?épandre les boues produites avec une teneur maximale de 5 mg/kg de MS.
Ces ordres de grandeur, confirmés par les principaux opérateurs rencontrés, montrent que les
teneurs maximales (en mg Cd/kg MS) prévues ne constituent pas une contrainte pour l?épandage
des boues issues des stations d?épuration.
1.1.2 Un impact significatif des flux
L?estimation de l?impact des flux de cadmium autorisés sur l?épandage des boues est plus délicate
à réaliser. En effet, elle nécessiterait à la fois de :
? évaluer le caractère restrictif des flux, ce qui implique de disposer des données qualitatives et quantitatives des boues épandues par parcelle, et ce pour une période minimale de trois ans ;
? évaluer les possibilités de valorisation des boues « écartées » du fait de dépassement des flux, ce qui impliquerait de caractériser les possibilités locales d?augmentation des surfaces d?épandage autour des stations d?épuration concernées ;
? appréhender l?éventuelle évolution des pratiques des agriculteurs confrontés à une diminution des apports possibles et l?acceptabilité de l?épandage des boues par de nouveaux agriculteurs ;
? évaluer les possibilités et les coûts de traitement des boues écartées du fait des flux et en absence d?autres possibilités de valorisation131.
130[1] Matières d'intérêt agronomique issues du traitement des eaux. 131[2] Les professionnels rencontrés citent des coûts d?incinération de 200-240 ¤ par tonne (avec TGAP), avec 150 ¤/t de plus pour la
déshydratation dans le cas de boues liquides. En comparaison la valorisation de ces matières coute 30-50 ¤ / t MB compostée ou
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 149/161
La mission n?a pas été en mesure de réaliser une évaluation aussi précise qui nécessiterait une
complétude des données pluriannuelles à la parcelle et la réalisation d?études localisées (SAU
disponible, évolution potentielle des pratiques, acceptabilité de l?épandage de boues, etc.).
Néanmoins, plusieurs sources d?informations peuvent permettre d?appréhender l?impact des flux :
1) Une analyse réalisée lors de l?élaboration du socle commun mentionne que les tonnages de boues épandues impactés par le texte socle commun (en considérant la version 2023 avec un flux ponctuel de cuivre multiplié par trois) seraient les suivants :
? Tonnage MS concerné par la limitation des flux : 172 000 t de MS (soit 37,5 % des boues).
? Tonnage MS qui ne pourrait plus être épandu sans surface supplémentaire : 31 000 t de MS (soit 6,5 % des boues).
? Surface épandable (ha) supplémentaire nécessaire pour épandre les tonnages impactés : 3 800 ha.
Bien évidemment, les flux de cadmium n?étant pas les seuls flux considérés dans le socle
commun, certains tonnages sont impactés du fait d?autres ETM.
2) Une enquête réalisée par AMORCE auprès de ses adhérents montre que le pourcentage de tonnage de boues non-conformes entre l?apport moyen annuel comparé au flux de référence annuel serait inférieur à 2 % pour le premier seuil d?évolution des flux, mais qu?il pourrait dépasser 40 % pour le seuil ultime à savoir 2 g/ha. Ces chiffres doivent être considérés uniquement comme des ordres de grandeur, car l?échantillon ne peut prétendre à une réelle représentativité des boues d?épuration françaises.
3) Les estimations formulées par les différents opérateurs, à savoir que les flux maximums de cadmium autorisés constitueraient une contrainte pour environ 15 % des boues aujourd?hui épandues. Cela signifie, non pas que ces boues ne pourront plus être épandues, mais qu?elles devront l?être sur des surfaces plus importantes.
4) Une analyse sommaire réalisée par la mission à partir des données concernant une partie des boues d?épuration urbaine épandue dans la région Grand-Est, qui converge également vers les mêmes ordres de grandeur.
Ces différentes sources d?informations permettent d?appréhender les ordres de grandeur des tonnages de
boues concernées par la mise en oeuvre de nouveaux flux maximum pour le cadmium. À ce stade, et
même s?il faut rester prudent du fait de l?imprécision des données et calculs, la mission considère qu?avec
un flux :
? annuel de référence équivalent à 5 g/ha, le tonnage des boues concernées reste mesuré (estimation : 7,5 % ± 5 % des tonnes de MS) ;
? annuel de référence équivalent à 2 g/ha, le tonnage des boues concernées pourrait devenir significatif et remettre en question ce mode de valorisation des boues, au moins dans certains territoires (estimation : 35 % ± 10 % des tonnes de MS).
épandue.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 150/161
Annexe 17 : Frise temporelle : prise en compte depuis les années 2000 de la problématique PFAS dans les EDCH et les
boues
Figure n°12 : Frise temporelle détaillée de la mise en oeuvre de cadres de gestion des PFAS dans les boues,
dans les pays objets du parangonnage (détaille la figure 7 du corps du rapport)
USA (travaux EPA) 1 2 3 4
Maine 1 2 3
Canada 1 2 3
Belgique-Flandres 1 2 3
Belgique-Wallonie 1 2 3
Suède 1 2 3
REGLEMENTATION PFAS BOUES
USA (travaux EPA) 1 Crises : contamination autour des sites d eproduction de PFAS
2 Emergence de la préoccupation : Inquiétudes sur PFOS et PFOA
3 Surveillance : PFOA stewardship program
4 Règlementation : Eau Potable
Maine 1 Crises : Fermes contaminées (lait, sols, eau) après épandages
2 Surveillance : Campagnes de suivi
3 Règlementation : interdiction totale épandage biosolides avec PFAS
Connecticut 1 Règlementation : interdiction totale épandage biosolides avec PFAS
Michigan 1 Surveillance : programmes de suivi
2 Emergence de la préoccupation : constat de contamination des boues
3 Règlementation : introduction de seuils de gestion
Maryland 1 Emergence de la préoccupation : eau potable, eaux souterraines
2 Crises : sites militaires extrêmement pollués
3 Emergence de la préoccupation : boues
4 Règlementation : introduction d'un cadre de gestion temporaire
5 Règlementation : construction d'un cadre réglementaire
Canada 1 Emergence de la préoccupation : PFOS
2 Règlementation : eau potable
3 Règlementation : norme provisoire sur les boues (pour réguler les importations des Etats limitrophes des USA)
Québec 1 Surveillance : programme de mesures et recherches universtaires
2 Règlementation : norme provisoire sur les boues
Europe 1 Règlementation : Directive (UE) 2020/2184 sur l'eau potable
Allemagne 1 Crises : épisodes de contamination
2 Règlementation PFAS dans les boues
3 Surveillance : Etude PFAS (rapport AFE 2024)
Danemark 1 Crise : pollution majeure
2 Règlementation : introduction de valeurs indicatives
3 Surveillance : Plan PFAS
3 Surveillance : programme de surveillance
Belgique-Wallonie 1 Crise de Chièvre
2 Surveillance : Campagne extensive
2 Règlementation : introduction de valeurs cibles dans les sols
3 Règlementation : Normes PFAS dans la certification volontaire REVAQ
2024 2025 20262018 2019 2020 2021 2022 20232017<2000 2000-2005 2005-2010 2010-2015 2016
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 151/161
Annexe 18 : Méthodes d?analyse des échantillons (préparation, extraction, mesure) et risques de contamination
accidentelle des échantillons et précautions
L?ensemble des acteurs contactés par la mission exprime le besoin d?un cadre normatif fixant des
méthodes robustes et performantes d?analyse des PFAS dans les échantillons de boue132,
permettant d?harmoniser les pratiques, d?intercomparer et interpréter les résultats.
Des pratiques d?analyse hétérogènes en l?absence de cadre normatif
A ce jour, il n?existe pas de norme validée en Europe ou en France pour l?analyse des PFAS dans
les MFSC, ni de laboratoires accrédités en France.
De ce fait, les laboratoires utilisent des méthodes internes et de nombreux paramètres de ces
méthodes, indispensables à l?évaluation d?ensemble de la performance analytique, s?avèrent très
hétérogènes d?un laboratoire à l?autre : modalités d?extraction, limites de quantification, incertitude
de mesure analytique, etc. Des écarts manifestes existent notamment dans l?analyse des boues
liquides et solides, avec des incertitudes de mesure plus élevées pour les boues liquides.
En l?absence de méthode normalisée, des laboratoires pourraient en théorie être accrédités sur la
base d?une méthode interne. Toutefois, l?accréditation par le COFRAC est subordonnée à la
réalisation d?essais inter-laboratoires (EIL), peu organisés jusqu?à présent. Le BIPEA, une
association internationale de laboratoires reconnue pour l?organisation d?EIL, propose depuis
septembre 2025 un circuit d?EIL pour la recherche d?une vingtaine de PFAS dans les boues133.
Les méthodes d?extraction
Préalablement à l?analyse proprement dite, les PFAS sont généralement extraits de la matrice solide
de l?échantillon selon des méthodes adaptées à cette matrice. Les méthodes d?extraction peuvent
varier selon les laboratoires et les pays :
? extraction par un solvant pour les matrices solides (méthode la plus fréquente) ;
? dilution de l?aliquote134 avec de l?eau exempte de PFAS (méthode moins fréquente), mais qui
conduit à récupérer majoritairement les PFAS hydrophiles ; la norme 1633135 validée par
l?EPA en décembre 2024 autorise cette pratique de dilution selon certaines conditions, et est
par ailleurs déployée sur les territoires des Etats-Unis et du Canada par des laboratoires
accrédités.
Les modalités d?extraction et de préparation de l?échantillon influencent significativement les
résultats. Par exemple, la méthode de dilution d?une matrice solide dans l?eau implique d?utiliser une
technique d?analyse développée pour les phases aqueuses, avec souvent des limites de
quantification plus basses.
132 L?analyse des mesures de teneur en PFAS des boues de stations d?épuration réalisées dans le cadre du RSDE 2022
sur le bassin Loire Bretagne (cf. 2.2.2) montre des écarts statistiques parfois très significatifs entre laboratoires d?analyse (facteur supérieur à 10 entre les médianes) ce qui fragilise l?interprétation qui peut être faite de ces données.
133 https://extranet.bipea.org/app_pub/_common/fic_circuit.aspx?code_circuit=38b&code_langue=FR 134 petite fraction de l?échantillon qui sera analysée, représentative de l?échantillon entier 135 EPA, United States Environmental Protection Agency : Method 1633, Revision A : Analysis of Per- and Polyfluoroalkyl
Substances (PFAS) in Aqueous, Solid, Biosolids, and Tissue Samples by LC-MS/MS
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 152/161
Les méthodes d?analyse
méthodes globales (ANSES, 2025) :
? les analyses quantitatives ciblées concernent des composés PFAS préalablement identifiés,
pour lesquels des standards analytiques sont disponibles. Ces analyses font le plus souvent
appel à une chromatographie en phase liquide (LC) couplée à la spectrométrie de masse en
tandem (MS/ MS). La chromatographie en phase gazeuse (GC) peut s?appliquer à un nombre
plus restreint de PFAS, dont des PFAS plus volatiles ;
? les analyses non-ciblées permettent la détection et quantification des substances présentes
dans les échantillons, sans qu?elles soient connues a priori individuellement ou que l?on dispose
de standards spécifiques. Elles nécessitent des instruments bénéficiant d?une résolution et d?une
précision en masse élevées (dont la spectrométrie de masse à haute résolution (HRMS) en
mode balayage complet) (ANSES, 2025) ;
? enfin, des méthodes d?analyses globales ou semi-globales sont déployées ou en cours de
déploiement dans d?autres matrices que les MFSC (eaux, sols), et permettent d?acquérir des
informations plus globales sans pouvoir identifier et quantifier précisément les composés PFAS
individuellement.
Nous citons ci-dessous, sans recherche d?exhaustivité, certaines approches indiciaires globales,
donc non-ciblées, reposant sur la quantification de l?élément fluor, par exemple :
? la résonance magnétique nucléaire (RMN) du fluor, pour le moment d?avantage développée pour
les matrices « sols » et « eaux » : elle permet de mesurer le fluor total soluble, les PFAS totaux,
voire certaines familles de PFAS de configuration chimique particulière en s?appuyant sur des
signatures spectrales. Cette méthode n?a pas vocation à détecter des concentrations faibles car
elle est peu sensible (limites de quantification élevées dans l?eau et le sol), mais offre une vision
d?ensemble de la pollution fluorée avec un accès à des informations d?ordre structural grâce à
l?interprétation de spectres obtenus ;
? la méthode indiciaire par absorption du fluor organique (AOF/ Adsorbable Organic Fluorine)
mentionnée dans les arrêtés du 20 juin 2023 et du 3 septembre 2025136. Ces arrêtés prescrivent
tous deux des campagnes de surveillance dans certains rejets aqueux, incluant une mesure de
la quantité totale de fluor par cette méthode. Elle présente toutefois l?inconvénient d?être peu
sensible, avec une limite de quantification de l?ordre de 2µg/l, et n?est pas conçue pour les
matrices solides ni pour la recherche de composés volatiles. Un autre biais résulte de la
possibilité d?interférences avec le fluor inorganique « non PFAS » qui peuvent conduire à des
surestimations potentiellement fortes de la teneur en PFAS.
Des études137 soulignent que, dans le cadre de l'évaluation de la contamination environnementale
par les PFAS, l'AOF ou encore l?EOF (mesurant le fluor organique extractible, méthode plus adaptée
136 Arrêté du 20 juin 2023 relatif à l'analyse des substances per- et polyfluoroalkylées dans les rejets aqueux des
installations classées pour la protection de l'environnement relevant du régime de l'autorisation et arrêté du 3 septembre 2025 relatif à l'analyse de substances per- et polyfluoroalkylées dans les eaux en entrée et sortie de stations de traitement des eaux usées urbaines.
137 La plupart des méthodes et approches existantes ont été testées sur des échantillons d?eaux usées, de boues ou de sous-produits dans le cadre du projet européen PROMISCES (Preventing Recalcitrant Organic Mobile Industrial chemicalS for Circular Economy in the Soil-sediment-water system), qui s?est déroulé de 2021 à 2025. Ce projet a contribué au développement des méthodes analytiques et confirme l?intérêt de compléter les analyses ciblées par des approches plus globales afin de mieux apprécier la contamination.
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 153/161
aux sols et aux boues) ne sont pas entièrement efficaces en tant qu'indicateurs pour évaluer la
« quantité totale de PFAS », car ils peuvent intégrer des fluors non PFAS et donc fortement
surestimer la teneur effective en PFAS. Cependant, ces méthodes s?avèrent utiles pour mieux
comprendre les sources de fluor dans l'environnement.
Les méthodes globales ne peuvent pas, à elles seules, fonder la prise de décision face à une
pollution supposée ou avérée par les PFAS mais apportent des informations complémentaires utiles
sur la contamination fluorée des milieux, et méritent donc de compléter les approches ciblées
« classiques » plus sensibles.
Un projet de norme internationale en cours
Une norme ISO (ISO/DIS 25652) est en voie de finalisation au moment de la rédaction du présent
rapport. Sa publication est attendue pour mi-2026 (ou de façon plus réaliste fin 2026).
Elle permettra de répondre aux enjeux d?harmonisation des méthodes analytiques pour :
? la matrice boues ainsi que pour les matrices sols et sédiments ;
? les substances listées dans son domaine d?application e (une cinquantaine de PFAS).
Le BRGM a publié une note de synthèse sur ce projet de norme en octobre 2024138.
La publication de cette norme internationale facilitera l?organisation d?essais inter-laboratoires et in
fine les demandes d?accréditation des laboratoires. Son contenu est connu et peut d?ores et déjà
être utilisé par les laboratoires qui le souhaitent.
Risques de contamination accidentelle des échantillons et précautions
La plupart des références bibliographiques consultées insistent sur la nécessité de porter une
attention particulière au risque de contaminations accidentelles des échantillons, depuis leur
prélèvement jusqu?à leur analyse au laboratoire, risque lié au caractère ubiquiste des PFAS.
Par exemple, le projet PFASOL (cf. 2.2.3) préconise, dans le cadre de prélèvements de la matrice
solide « sols », d?utiliser des matériels en inox plein sans revêtement, des gants en nitrile non
poudrés, ainsi que des flacons en polyéthylène haute densité sans étanchéification en téflon, et
d?éviter autant que possible le port de produits corporels contenant des PFAS.
Des positions plus nuancées (INERIS/BRGM) considèrent cependant que l?impact de la
contamination accidentelle d?un échantillon est moindre lorsqu?il s?agit de matrices présentant des
teneurs en PFAS assez élevées (mesurées en µg/kg de MS pour les boues, et non en ng/L). De leur
avis, compte tenu des valeurs parfois importantes constatées, la seule éventuelle contamination lors
du prélèvement ne peut justifier ces valeurs. Ce point a été confirmé par la DEB et la DGPR dans
son courrier (cf. annexe n°10) au DREAL de Bassin Loire Bretagne.
La remise en cause systématique de mesures fournissant des valeurs élevées par l?argument d?une
contamination accidentelle hypothétique lors du prélèvement n?apparaît pas légitime.
138 https://ssp-infoterre.brgm.fr/sites/default/files/documents/2024-10/BRGM-RP-73936-FR_note-PFAS.pdf
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 154/161
Annexe 19 : La production de MAFOR en France : origines et volumes
Une expertise scientifique collective (INRAE, CNRS) sur la valorisation agricole des matières
fertilisantes d?origine résiduaire a été publiée en 2014139 (Etude ESCO MAFOR). Les données
relatives aux gisements de matières résiduaires, à la part valorisable en agriculture et aux pratiques
d'épandage sont très difficiles à rassembler pour toutes les MAFOR objets de cette expertise et à
analyser. En effet, elles sont collectées de différentes manières, ne sont pas centralisées, sont
incomplètement informatisées, sont exprimées dans différentes unités de mesures (matière brute
versus matière sèche). Enfin, certains gisements ne sont renseignés au niveau national que par des
enquêtes réalisées il y a plus de 20 ans, qui n'ont pas été actualisées. Des données plus récentes
existent, mais ne sont disponibles que pour certaines régions ou ne se basent pas sur la même
typologie des matières, rendant délicate l'articulation entre les données et l'estimation de l'évolution
des gisements au cours du temps.
Il convient de souligner que les déjections directement émises au champ par les animaux, non
récupérables (estimées à environ 50 % de la totalité des effluents d?élevage), ne sont pas
considérées comme des MAFOR, car elles ne sont pas "épandues" au sens strict (c'est-à-dire par
l'Homme). Ces apports "non maîtrisés" de déjections constituent néanmoins un élément contextuel
à prendre en compte dans toute réflexion globale portant sur les modalités d?utilisation et
d?encadrement réglementaire des MAFOR : au même titre que les déjections récupérables, elles
sont susceptibles d?apporter des éléments fertilisants et de la matière organique, mais également
d'être vectrices de contaminations.
Par ailleurs, faute de données fiabilisées, les quantités importées et exportées sont exclues de
l?analyse alors qu?elles semblent constituer des volumes significatifs140.
Pour ces différentes raisons, il n?a pas été possible de fournir, dans le cadre de cette mission, une
image globale précise des flux de MAFOR actuellement épandues en France.
De l?ensemble des informations rassemblées par l?ESCo MAFOR 2014, plusieurs points peuvent
être mis en exergue :
? les effluents d?élevage produits en France représentent un volume annuel de 109 Mt MB (matière
brute) équivalent à 31 Mt MS (matière sèche)141, répartis pour moitié entre émissions au champ
(déjections directes) et pour moitié effluents collectés ;
? les effluents d?élevage collectés représentent ~78 % des MAFOR épandues et constituent le
principal gisement non impacté par une source soit industrielle soit urbaine. Ils proviennent à
73 % de l?élevage bovin (source AGRESTe). Ce segment est depuis quelques années en
décapitalisation, ce qui induit une diminution des quantités produites, les valeurs présentées
constituant un maximum disponible ;
? la quantité de boues produites par les STEU urbaines est estimée à 976 000 tonnes MS en 1998
(IFEN, 1998) et à 1 180 000 tonnes MS en 2008 (MEEDDAT, 2009), soit une augmentation
139 « Valorisation des matières fertilisantes d?origine résiduaire sur les sols à usage agricole ou forestier : impacts agronomiques,
environnementaux, socio-économiques » (https://www.inrae.fr/sites/default/files/pdf/MAFOR-synthese-vf-oct2014.pdf) 140 Selon l?étude ESCO MAFOR (2014), qui s?appuie sur une enquête de l?UNIFA de 2013, 0.7 Mt de MS (volailles et porcs) étaient
importés annuellement depuis les Pays Bas et la Belgique. Les DRAAF interrogées (Grand Est, Auvergne Rhône Alpes et Pays de la Loire) n?ont aucune traçabilité de ces importations.
141 Cette estimation est reprise dans un rapport CGEDD/CGAAER de 2015 sur les épandages de matières fertilisantes d?origine résiduaire, sans que le détail de calcul y figure (https://agriculture.gouv.fr/sites/default/files/cgaaer_14074_2015_rapport.pdf)
Rapport CGAAER n° 25101 , IGEDD n° 016408-01 Page 155/161
d?environ 21 % en 10 ans. Les prévisions établies par la Commission européenne pour la France
à l?horizon 2020 (Milieu Ltd et al., 2010) s?élevaient à 1 600 000 t MS / an142. La production
globale de boue entrant dans un processus d?épandage était estimée à 1.6 Mt MS (2014), devant
progresser à 2 Mt MS ;
? la production et la valorisation des déchets organiques (y compris les boues et effluents
industriels) ne sont pas réparties de manière homogène sur le territoire (production au nord et à
l?ouest, besoin important à l?est et au sud, notamment en zones céréalières). Cette répartition
inégale constitue un frein à l?utilisation de ces matières. En effet, la concentration de l?élevage
dans certaines régions françaises, dont les effluents sont peu transportables, est synonyme de
concentration du gisement de ce type de MAFOR. De même, les villes constituent des gisements
localisés de MAFOR, principalement utilisables par l?agriculture périurbaine ;
? ces concentrations de populations humaine (zone urbaine) et animale (régions d?élevage)
mobilisent des aliments qui ne sont pas produits sur place : ainsi, un épandage localisé des
MAFOR produites par ces populations ne permet pas de restituer l?azote mobilisé dans les
régions productrices de ces aliments, et ainsi de boucler le cycle de l?azote ;
? l?Etat ne dispose pas de la connaissance des flux de MAFOR à l?import et à l?export. La mise en
oeuvre de normes va conduire à supprimer des gisements donc va probablement, par un effet
rebond, renchérir la matière importée qui va se transporter sur de plus grandes distances.
Ces données sont globalement cohérentes avec celles collectées dans l?annexe 16.
142 Référence février 2012 - Panorama des projets de recherche et perspectives sur la problématique des micropolluants dans les boues
de stations de traitement des eaux usées urbaines
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Annexe 20 : Extrait étude SYNTEAU sur l?impact de la DERU2 article 11
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Résumé
1. L?encadrement réglementaire
1.1. Les composés PFAS en France et en Europe : définitions, enjeux associés et encadrement réglementaire
1.1.1. Définitions et présentation générale des PFAS
1.1.2. Cadre réglementaire européen
1.1.2.1. Des restrictions de fabrication et d?utilisation des PFAS, en voie de renforcement
1.1.2.2. Un cadre réglementaire européen uniquement pour l?eau et l?alimentation
1.1.3. Prise en compte française
1.1.3.1. Encadrement national et plan d?actions interministériel sur les PFAS
1.1.3.2. La loi de février 2025, une spécificité française
1.1.3.3. Un début d?encadrement par bassin par les SDAGE
1.1.3.4. Des études et missions diligentées récemment
1.2. Réglementation française applicable aux matières fertilisantes
1.2.1. Définitions
1.2.2.1. Une « offre réglementaire » souple selon le type de MFSC
1.2.2.2. La réglementation ICPE et IOTA sur les boues
1.2.2.3. L?introduction à venir du « socle commun » en France
1.3. Une directive « eaux résiduaires urbaines 2 », impactant le gisement de boues
2. Cadre général des matières fertilisantes en France
2.1. Matières fertilisantes utilisées en France ? origines, quantités, usages et enjeux
2.1.1. Matières organiques
2.1.1.1. La production de MAFOR en France : origines et volumes
2.1.1.2. Boues (STEU et ICPE) et digestats (méthaniseurs)
2.1.1.3. Synthèse sur les tonnages de MAFOR
2.1.2. L?utilisation des MAFOR : enjeux et source de tension pour les différentes filières d?épandage
2.1.2.1. Principaux usages
2.1.2.2. La diminution du gisement de MAFOR : enjeux et impacts
2.1.3. Matières minérales
2.2.1. Métrologie des PFAS dans les MFSC
2.2.1.1. Echantillonnage et prélèvement des MFSC pour l?analyse des PFAS
2.2.1.2. Méthodes d?analyse des échantillons (préparation, extraction, mesure)
2.2.1.3. Risques de contamination accidentelle des échantillons et précautions
2.2.2. Niveaux de contamination en PFAS des différentes MFSC : données françaises disponibles
2.2.2.1. Teneurs en PFAS des boues de STEU urbaines
2.2.2.2. Analyse des PFAS dans les boues du RSDE Loire Bretagne 2022
2.2.2.3. Les analyses PFAS dans les boues par les opérateurs de STEU
2.2.2.4. Revue bibliographique des données françaises disponibles sur la contamination de toutes les MFSC
2.2.3. Contamination PFAS des compartiments associés
2.2.4. Des cas emblématiques de contamination par les PFAS des MFSC et de modes de gestion sur le territoire français
2.2.5. Que faire des boues contaminées ?
2.2.5.1. Incinération
2.2.5.2. Foresterie
2.2.5.4. La méthanisation
3. Synthèse du parangonnage de pays ayant mis en place une réglementation
3.1. Processus ayant permis le parangonnage et ces limites
3.2. Des points communs, malgré la diversité des contextes
3.2.1. Des facteurs communs à l?origine d?une volonté de régulation
3.2.2. La préoccupation centrée sur les boues de stations d?épuration
3.2.3. Certains composés PFAS systématiquement pris en compte
3.2.4. Caractérisation et traçabilité des boues sont des enjeux majeurs
3.2.5. Des taux de non-conformité faibles face aux réglementations
3.3. Les composés PFAS retenus dans les cadres de gestion
3.4. L?élaboration des cadres de gestion
3.4.1. Structure des cadres de gestion :
3.4.2. Typologie des démarches :
3.5. D?incitatifs à réglementaires, des cadres de gestion à portée variable
3.6. Impacts et mesures d?accompagnement : un recul insuffisant
4. Introduction d?un cadre réglementaire sur les PFAS dans les matières fertilisantes
4.1. Une stratégie à la croisée d?enjeux sanitaires, environnementaux et d?économie circulaire
4.2. Les points de vue des acteurs
4.3. Cadres de gestion PFAS dans les MFSC et anticipation des impacts
4.3.1. Pertinence de l?introduction rapide et progressive de seuils en PFAS dans les MFSC et proposition d?une méthode
4.3.2. Une stabilisation des protocoles métrologiques des PFAS dans les matrices solides
4.3.3. Une organisation du suivi des teneurs en PFAS des sols
4.3.4. Campagne nationale 2026-2027 de mesure des teneurs en PFAS des boues et digestats valorisés par épandage agricole
4.3.5. Une amélioration de l?information sur les MAFOR
4.3.6. Coordination nationale du suivi des teneurs en PFAS des MFSC et des sols
4.3.7. Mesures d?anticipation des impacts et d?accompagnement
Conclusion
Annexes
De fortes disparités régionales
1.1.1 Un impact quasi nul des teneurs autorisées pour les boues
1.1.2 Un impact significatif des flux
Des pratiques d?analyse hétérogènes en l?absence de cadre normatif
Les méthodes d?extraction
Les méthodes d?analyse
INVALIDE)