Les exportations des déchets textiles et des textiles usagés
RIVOALLON PUSTOC H, Catherine ;SAINT-GERMAIN, Sabine ;CLAUSE, Emmanuel ;PASCAL, Michel
Auteur moral
France. Inspection générale de l'environnement et du développement durable (IGEDD)
;France. Conseil général de l'économie, de l'industrie, de l'énergie et des technologies
Auteur secondaire
Résumé
<div style="text-align: justify;">Limiter l'impact environnemental et sanitaire de l'export des fripes et des déchets de textiles d'habillement, de linges de maison et de chaussures (TLC) hors Union européenne, et en particulier en Afrique est un enjeu principal. Il est difficile d'établir et d'interpréter des données statistiques et il existe également un « à peu près » dans l'application des réglementations nationales, européennes et internationales compliquant le suivi et les contrôles et encourageant la fraude. Leur origine : les textes juridiques appliqués de manière peu coordonnée par les Etats membres en absence d'acte délégué encadrant, et à cause de la dualité des définitions des textiles usagés exportés. Depuis le 1er janvier 2007, les TLC neufs destinés aux particuliers sont soumis à une responsabilité élargie des producteurs (REP) et sont inscrits, depuis 2020, dans le cadre de l'éco-organisme « Refashion ». La consommation de TLC en France, avec une croissance modérée en volume et une baisse de qualité, réduit les possibilités de réemploi ou de réutilisation. La vente des textiles usagés représente une ressource importante pour les acteurs de la filière (environ la moitié de cette ressource), fragilisant son équilibre économique par une érosion de ces débouchés. 90% des TLC de seconde main qui ne trouvent pas preneur en France ou en Europe sont exportés, principalement en direction de l'Afrique. L'inadéquation avec la demande locale conduit à des volumes non vendus qui deviennent des déchets non traités par ces pays finissant en décharge sauvage ou dans la nature. Pour la réduire, il faut recourir à des outils contractuels de droit privé, respectant un cahier des charges précis concernant leurs caractéristiques, leur destination finale et les modalités de retour des produits non conformes, et conditionnant un soutien financier de Refashion. La question des exportations de déchets textiles doit être replacée dans l'économie actuelle de la filière et dans la construction d'une économie capable de traiter les déchets afin de réduire sa dépendance aux exportations. Pour cela, il faut une adaptation industrielle, économique et structurelle de la filière avec le soutien financier et opérationnel de Refashion, la mise en oeuvre des outils de traçabilité, une vision large de la notion de déchet textile, l'utilisation de toute la panoplie réglementaire la concernant, et plus d'exigence vis-à-vis du processus de sortie du statut de déchet. Des textes européens essentiels vont prochainement entrer en vigueur (le règlement éco-conception, celui sur les transferts transfrontaliers ou la révision de la directive cadre déchet). Leur bonne mise en oeuvre doit être préparée, accompagnée et complétée par diverses améliorations du fonctionnement de la filière REP et un renforcement de son financement afin de redonner confiance aux consommateurs.</div>
Editeur
IGEDD
;CGE
Descripteur Urbamet
déchet
;industrie textile
;exportation
Descripteur écoplanete
gestion des déchets
;traçabilité
Thème
Economie
;Environnement - Paysage
Texte intégral
Rapport n°015688-01 Rapport
n°2024/05/CGE/SG
Juin 2025
Emmanuel Clause - CGE
Michel Pascal - CGE
Catherine Rivoallon Pustoc?h - IGEDD
Sabine Saint-Germain - IGEDD
Les exportations des déchets textiles
et des textiles usagés
P
U
B
L
I É
Les auteurs attestent qu'aucun des éléments de leurs activités
passées ou présentes n'a affecté leur impartialité dans la rédaction
de ce rapport
Statut de communication
? Préparatoire à une décision administrative
? Non communicable
? Communicable (données confidentielles occultées)
X Communicable
PUBLIÉ
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Sommaire
Sommaire........................................................................................................................ 3
Résumé ........................................................................................................................... 6
Liste des recommandations .......................................................................................... 8
Liste des propositions opérationnelles attachées aux recommandations ................ 9
Introduction .................................................................................................................. 10
1. La production de textiles neufs et la gestion de leurs déchets ont de forts
impacts environnementaux .................................................................................... 10
1.1 Les données globales du marché des TLC .......................................................... 10
1.1.1. Une forte croissance de la production mondiale de textiles et de leur
mise sur le marché ..................................................................................... 11
1.1.2. La consommation européenne augmente et les prix baissent ............. 12
1.1.3. La consommation française présente les mêmes tendances ............... 12
1.2 Les données économiques et l?organisation du marché des TLC usagés ........... 15
1.2.1 L?Europe est le 1er exportateur mondial de fripes ....................................... 15
1.2.2 L?Europe exporte ses fripes majoritairement en Afrique et en Asie ............ 19
1.2.3 En France, la gestion des déchets TLC, soumise à la responsabilité élargie
des producteurs (REP), échappe en grande partie à l?éco-organisme
agréé .......................................................................................................... 22
1.2.3.1 La collecte des déchets textiles en France : sa structuration et ses
insuffisances .............................................................................................. 26
1.2.3.2 Le tri est soutenu mais reste insuffisant .................................................. 29
1.2.3.3 Le marché des vêtements de seconde main en Europe et en France ..... 30
1.2.3.4 L?équilibre de la filière des déchets TLC collectés en France repose sur
l?export........................................................................................................ 31
1.2.3.5 Les capacités de recyclage des textiles français sont insuffisantes et ne
seront pas disponibles à court terme .......................................................... 36
1.2.3.6 L?utilisation des combustibles solides de récupération (CSR) reste
marginale ................................................................................................... 36
1.3 Les conséquences sanitaires et environnementales des textiles et de leurs
déchets ............................................................................................................... 37
1.3.1 En amont, les pollutions générées par l?industrie textile ............................. 37
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1.3.2 En aval, les impacts des déchets textiles sur l?environnement et la santé
humaine ..................................................................................................... 38
1.3.3 L?accélération des impacts environnementaux et sanitaires liée à la Fast-
fashion........................................................................................................ 39
1.4 Le cadre juridique ne permet pas de juguler le volume des exportations de
déchets textiles ................................................................................................... 40
1.4.1 Un encadrement juridique des déchets textiles à plusieurs niveaux ........... 40
1.4.2 Des notions qui prêtent à de multiples interprétations (déchet, fripe,
réemploi, réutilisation, don) ........................................................................ 41
1.4.3 Une réglementation de l?exportation variable selon les pays de destination
qui n?est pas toujours respectée ................................................................. 46
1.4.4 Très peu de contrôles aux frontières et même en France .......................... 48
1.4.5 Les obligations au titre des installations classées et la connaissance des
flux ............................................................................................................. 48
1.4.6 Les obligations de traçabilité des déchets TLC, qu?ils restent en France ou
partent à l?exportation, ne paraissent ni respectées ni contrôlées .............. 50
2 Mieux et plus traiter les déchets textiles en France ............................................... 53
2.1 Limiter et encadrer les exportations de déchets textiles et de textiles usagés ..... 53
2.1.1 Le règlement de 2024 devrait ralentir les exportations si les fripes sont
considérées comme des déchets ............................................................... 53
2.1.2 La France porte une proposition de modification de la convention de Bâle
très radicale ................................................................................................ 54
2.2 La nécessaire augmentation des capacités de traitement des textiles en fin de
vie en France et en Europe ................................................................................. 54
2.2.1 Augmenter les capacités de recyclage et l?utilisation de la fibre recyclée ... 54
2.2.2 Développer l?éco-conception pour augmenter la durabilité, la recyclabilité,
l?incorporation de TLC recyclé et la réparabilité .......................................... 56
2.2.2.1 Les obligations de Refashion en matière d?éco-conception ..................... 56
2.2.2.2 D?importants changements vont intervenir avec le nouveau règlement
2024/1781 sur l?éco-conception .................................................................. 58
2.2.3 La proposition de loi sur la mode éphémère, une initiative intéressante..... 59
2.3 Aller plus loin avec des actions de sensibilisation sur les impacts
environnementaux et sanitaires des textiles et de leurs déchets ......................... 59
2.3.1 L?affichage environnemental doit faire ses preuves .................................... 59
2.3.2 Dresser un bilan de l?étiquetage environnemental pour les TLC ................ 61
2.4 Développer la réparation et la seconde main pour retarder la fin de vie des
produits ............................................................................................................... 61
2.5 Augmenter les éco-contributions pour financer les mesures nouvelles ................ 62
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Conclusion ................................................................................................................... 63
Annexes ........................................................................................................................ 64
Annexe 1. Lettre de mission........................................................................................ 65
Annexe 2. Liste des personnes rencontrées ............................................................. 68
Annexe 3. Glossaire des sigles et acronymes ........................................................... 74
Annexe 4. Exemples de messages sur la collecte évoquant des dons et semblant
exclure les TLC seulement abimés ou troués ....................................................... 76
Annexe 5. Les acteurs du marché de seconde main des textiles en France et en
Europe ...................................................................................................................... 79
Annexe 6. Présentation des solutions de recyclage en France ............................... 81
Annexe 7. Fiches pour quelques pays importateurs de déchets textiles ................ 85
Annexe 7.1. Fiche CHILI ............................................................................................ 85
Annexe 7.2. Fiche COTE d?IVOIRE ........................................................................... 88
Annexe 7.3. Fiche ÉMIRATS ARABES UNIS (EAU) ................................................. 91
Annexe 7.4. Fiche GHANA ........................................................................................ 94
Annexe 7.5. Fiche MADAGASCAR ........................................................................... 97
Annexe 7.6. Fiche PAKISTAN ................................................................................. 102
Annexe 7.7. Fiche TUNISIE ..................................................................................... 105
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Résumé
Le présent rapport a pour objet de faire des propositions pour limiter l?impact environnemental et
sanitaire de l?export des fripes et des déchets de textiles d?habillement, de linges de maison et de
chaussures (TLC) hors Union européenne, et en particulier en Afrique.
La mission a rencontré des difficultés pour établir et interpréter des données statistiques à cause
des ambiguïtés entre les textiles usagés et les déchets textiles. Elle a aussi constaté un « à peu
près » dans l?application des réglementations nationales, européennes et internationales qui
complique le suivi et les contrôles et encourage la fraude. Ces difficultés trouvent leur origine dans
les textes juridiques. Ainsi la directive cadre sur les déchets définit le déchet comme « toute
substance ou tout objet (?) dont le détenteur se défait ou dont il a l?intention ou l?obligation de se
défaire » mais prévoit également une « sortie du statut de déchet », appliquée jusqu?à présent de
manière peu coordonnée par les Etats membres en absence d?acte délégué l?encadrant. De son
côté, la nomenclature douanière ne fait pas de différence entre les « fripes » qui sont des déchets
au regard de la définition communautaire et celles qui n?en sont pas. Dans ce contexte, en France,
le port de vêtements de seconde main peut être du « réemploi » de produits qui ne sont jamais
passés par le stade du déchet ou de la « réutilisation » d?articles qui ont été pendant un temps des
déchets. Cette dualité se retrouve dans les exportations de textiles usagés.
Les TLC neufs destinés aux particuliers sont soumis à une responsabilité élargie des producteurs
(REP) depuis le 1er janvier 2007. L?éco-organisme correspondant se dénomme depuis 2020
« Refashion ».
La consommation de TLC en France est marquée par une croissance modérée en volume (+4%
en nombre de pièces entre 2018 et 2022) et une baisse de qualité (vêtements de moins en moins
chers comportant en outre de plus en plus de fibres synthétiques) qui réduit les possibilités de
réemploi ou de réutilisation.
La vente des textiles usagés représente une ressource importante pour les acteurs de la filière. La
part exportée représente environ la moitié de cette ressource. L?équilibre économique de la filière
se retrouve fragilisé par une érosion de ces débouchés. La mission considère cette érosion comme
structurelle et non pas conjoncturelle.
Une partie des TLC de seconde main qui ne trouvent pas preneur en France ou en Europe (90%
des TLC triés soit environ 100 000 tonnes) sont exportés. L?Afrique est directement ou
indirectement, la destination principale de ces exportations.
En raison d?une inadéquation avec la demande locale, entre 10 et 40% des volumes exportés ne
sont pas vendus comme article de seconde main et deviennent des déchets que ces pays ne sont
pas en mesure de traiter correctement et qui finissent en décharge sauvage ou dans la nature.
Pour réduire cette inadaptation de l?offre à la demande, la mission propose de recourir à des outils
contractuels de droit privé. Les contrats de vente à l?exportation de textiles usagés, ou déchets
textiles triés pour réutilisation, devraient respecter un cahier des charges précisant leurs
caractéristiques et leur destination finale et prévoyant les modalités de retour des produits non
conformes aux frais de l?exportateur. L?existence de ces contrats serait une condition d?obtention
du soutien financier de Refashion.
La mission ne s?est pas limitée à la seule question des exportations de déchets textiles mais a
cherché à replacer celle-ci dans l?économie actuelle de la filière, largement insatisfaisante, et
surtout dans la construction d?une économie capable de traiter les déchets en France et en Europe,
permettant ainsi de réduire sa dépendance aux exportations vers les pays tiers.
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Pour atteindre cet objectif, il convient que la filière s?adapte industriellement, économiquement et
structurellement avec le soutien financier et opérationnel de Refashion et ce, d?autant plus, que la
filière, qui ne collecte aujourd?hui que 32 % des TLC usagés, doit doubler ce taux d?ici 2028.
Cette approche nécessite de mettre en oeuvre des outils de traçabilité, pratiquement inexistants,
de conserver une vision large de la notion de déchet textile comme le propose la révision de la
directive cadre sur les déchets afin d?utiliser toute la panoplie réglementaire correspondant à cette
notion et de profiter de la mise en oeuvre de cette révision pour être beaucoup plus exigeant vis-à-
vis du processus de sortie du statut de déchet, notamment en introduisant un critère sur la capacité
des pays importateurs à traiter les déchets textiles ainsi qu?un dispositif de contrôle des sorties du
statut de déchet textile, inexistant actuellement.
Des textes européens essentiels vont prochainement entrer en vigueur, comme le règlement éco-
conception et le règlement sur les transferts transfrontaliers de déchets ou être finalisés, comme
la révision de la directive cadre déchet. Leur bonne mise en oeuvre doit être préparée et
accompagnée. Elle doit aussi être complétée par diverses améliorations du fonctionnement de la
filière REP et un renforcement de son financement.
Ce plan d?action devrait redonner confiance aux consommateurs qui hésiteront moins à contribuer
à la collecte séparée des TLC et éviteront de jeter leurs déchets textiles dans la poubelle ordinaire.
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Liste des recommandations
Recommandation 1. [DGPR] Modifier le cahier des charges de l?éco-organisme pour lui
demander de produire un rapport public annuel sur le devenir des TLC usagés et des
déchets textiles français exportés. ...................................................................................... 33
Recommandation 2. [DGPR] Demander à Refashion d?élaborer un cahier des charges type
sur la qualité et les caractéristiques des TLC usagés exportés, qu?ils soient ou non déchets,
prévoyant de rendre compte de leur destination finale, et de conditionner l?aide au tri à
l?intégration de celui-ci dans le contrat écrit entre exportateurs et importateurs en prévoyant
les modalités de retour des produits non conformes aux frais de l?exportateur. ................ 34
Recommandation 3. [DGPR] Modifier le cahier des charges de Refashion pour renforcer le
niveau de soutien au CSR tant que les solutions de recyclage seront insuffisantes pour faire
face à l?augmentation de la collecte et à la réduction des exportations. ............................ 37
Recommandation 4. [DGPR] : Transposer la révision de la directive cadre déchets en
maintenant pour les textiles la définition la plus large possible du déchet et en étant plus
exigeant sur les critères de sortie de statut de déchets, notamment sur la capacité des pays
destinataires à traiter les déchets afin de limiter les impacts sanitaires et environnementaux
............................................................................................................................................. 42
Recommandation 5. [DGDDI] : Adopter une instruction aux services des douanes leur
demandant de considérer systématiquement les produits classés en tant que fripes comme
des déchets sauf preuve formelle qu?ils sont sortis du statut de déchet. ........................... 44
Recommandation 6. [DGPR] : Mieux identifier et renforcer les contrôles des installations
classées réalisant des traitements de déchets textiles en application du titre V du code de
l?environnement sur les déchets. ......................................................................................... 49
Recommandation 7. [DGPR] : Obliger tous les acteurs de la filière des déchets textiles
(notamment collecteurs, trieurs, exportateurs, préparateurs en vue de la SSD) dans un
premier temps, à se référencer, puis dans un second temps, à se conventionner avec
Refashion et renforcer le soutien à la collecte. ................................................................... 51
Recommandation 8. [DGPR] : Mettre en oeuvre rapidement le règlement sur les transferts
transfrontaliers de déchets, après concertation avec les parties prenantes, en définissant le
rôle des acteurs en France (Administration, ADEME, Refashion). ..................................... 54
Recommandation 9. [DGPR] : Modifier le système d?aide de Refashion pour soutenir
directement les fabricants de fibres recyclées en France/Europe ou permettre à l?éco-
organisme d?investir dans ces installations, que le recyclage soit en boucle ouverte ou en
boucle fermée. ..................................................................................................................... 55
Recommandation 10. [CGDD] A compter de l?entrée en vigueur de l?acte délégué sur le
passeport numérique dans le domaine du textile, faire passer de 50% à 10% la proportion
de fibres synthétiques présentes dans les TLC au-delà de laquelle l?information du
consommateur sur le rejet de microfibres plastiques dans l?environnement lors du lavage
est obligatoire. ..................................................................................................................... 61
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Liste des propositions opérationnelles attachées aux
recommandations
Recommandation 4
4 a) Pour limiter la mise en oeuvre de l?exemption du statut de déchet prévue par la révision
de la directive cadre déchet, veiller à la définition des formations des acteurs du tri sur les
points de collecte et à l?élaboration des guides à leur attention prévus par la directive
révisée et demander à Refashion d?en contrôler le respect.
4 b) Exploiter au maximum les facultés offertes par la directive révisée pour renforcer et
garantir la traçabilité des textiles usagés et des déchets textiles sortis du statut de déchets
jusqu?à leur revente à des particuliers ou leur fin de vie.
Recommandation 6
6 a) Ajouter dans les priorités nationales du programme des ICPE, les installations traitant
les TLC (établissements, flux de déchets TLC, obligation de référencement et de
conventionnement (cf recommandation 7) et traçabilité (voir 1.4.6.1), collecte séparée des
déchets TLC).
6 b) Créer une sous-rubrique « TLC » dans les rubriques 2714 et 2791 de la nomenclature
des ICPE pour identifier les installations traitant des déchets TLC.
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Introduction
La mission s?est limitée aux produits de la filière REP (art L. 541-10 11° du code de l?environnement
(CE)) : les textiles d?habillement, les chaussures, le linge de maison neufs destinés aux particuliers
(TLC). Dans la suite du rapport, le terme « textile » désignera, les TLC. Il ne comprend ni les
invendus, ni les chutes de production. La très grande majorité des TLC comportant, même dans
des proportions faibles, du plastique et les chiffres sur la fin de vie des fibres synthétiques en
France étant très lacunaires, la mission n?a pas fait de développement spécifique sur celles-ci, sauf
dans de rares cas (affichage environnemental, étiquetage).
Elle a élargi le champ de ses investigations au-delà des seules questions d?exportation. En effet
les exportations de déchets textiles permettent à l?ensemble de ceux qui traitent ces déchets de
s?équilibrer financièrement. Si elles ralentissent en raison de nouvelles exigences de qualité ou de
suivi, ou pour des raisons de concurrence (fast-fashion, seconde main chinoise, saturation des
marchés locaux) il sera nécessaire de trouver de nouveaux exutoires en France.
La mission a souffert d?un manque de données publiques. Il existe des bases de données payantes
sur les TLC neufs, mais la mission n?y a pas eu accès, comme exprimé en dessous au 1.1.
S?agissant des fripes, elles sont encore moins documentées. La mission a toutefois été aidée par
le pôle données de l?IGEDD (accès et traitement des données BACI 1 ) et celui du CGE
(présentations graphiques), ainsi que par les données du service des douanes. En ce qui concerne
l?étranger, la mission n?a pas fait de déplacement mais a bénéficié de l?appui des personnels du
ministère de l?environnement placés auprès des Services économiques régionaux de la Direction
Générale du Trésor. Ainsi, une analyse plus détaillée sur sept pays a été effectuée.
1. La production de textiles neufs et la gestion de leurs
déchets ont de forts impacts environnementaux
1.1 Les données globales du marché des TLC
La mission a éprouvé des difficultés pour rassembler des données précises et fiables sur la
production et la consommation de textiles dans le monde et en Europe. Les données rassemblées
concernent des textiles qui ne relèvent pas que de la REP française (textiles, linges de maison
chaussures (TLC)), par exemple les tissus d?ameublement ou les vêtements professionnels, et,
elles sont le plus souvent agglomérées : il n?est pas possible de distinguer les seuls TLC.
Cependant la plus grande partie des volumes (cf. 1.1.1) est constituée des TLC.
Par ailleurs dans des documents officiels comme ceux de l?Agence européenne de l?environnement
(AEE), certaines données ne sont pas sourcées, elles sont extrapolées, sans que la méthode
d?approximation soit explicitée. De nombreuses données sont détenues dans des bases de
données payantes, auxquelles la mission n?a pas eu accès.
La mission a donc eu recours aux données collectées par des associations :
? s?agissant du marché mondial « Textile exchange », association non gouvernementale,
qui a pour objet de recueillir et de diffuser des données sur la production et la
consommation de textiles. Il convient de noter qu?elle est fréquemment utilisée et sert
de base de données par les acteurs français du secteur comme l?institut français de la
mode (IFM) et l?institut français du textile et de l?habillement (IFTH).
1 BACI (Base pour l?Analyse du Commerce International) fournit des données sur les flux commerciaux bilatéraux de 200 pays, pour plus de 5000 produits.
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? s?agissant du marché européen : l?association « Circle fashion for good »,
1.1.1. Une forte croissance de la production mondiale de
textiles et de leur mise sur le marché
La production mondiale de textiles a été de 124 Mt en 2023, soit une multiplication par 4,7 depuis
1975, et un doublement de la production par habitant. Ces évolutions sont illustrées par la figure 1
ci-dessous.
Les données et graphiques ci-dessous sont issus de rapports de l?association « Textile
exchange2 ».
Le plastique est prédominant dans les textiles : il concerne actuellement deux-tiers des textiles,
alors que sa part s?élevait à moins de 5% en 1975 et était de l?ordre de 10% en 1990.
Selon « Textile exchange », le pourcentage de textiles produits à partir de produits recyclés est
très faible : moins de 8%, et il a tendance à baisser.
La part croissante du polyester (une des fibres plastiques) dans la production s?explique en partie
par son faible coût. Ainsi, en 2023, le prix de la fibre polyester représentait la moitié de celle du
coton.3
L?ensemble de la chaîne de la valeur est dominé par la Chine, que ce soit en production de fibres,
de fils, de tissus et de vêtements.
2 Textile Exchange,est une association rassemblant plus de 800 marques textile. Ses données sont utilisées par le projet gouvernemental français
d?affichage environnemental « Ecobalyse »
3 source: CNCE,ZCE,Oanda and S&P global commodity insights
Figure 1. Evolution de la production mondiale par année et par nature de fibres (source :
Textile Exchange)
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1.1.2. La consommation européenne augmente et les prix
baissent
Entre 2005 et 2019, le marché européen de la consommation de textiles a augmenté de 15 % en
tonnage. Chaque citoyen de l?UE a acheté en moyenne 10 kg de vêtements en 2019. En revanche,
le montant acheté n?a augmenté que de 1% depuis le début du siècle, ce qui tend à signifier que
nous achetons des vêtements moins chers.
1.1.3. La consommation française présente les mêmes
tendances
La consommation française de textiles présentée ci-dessous porte sur les produits neufs
Production de
fibres
Préparation du fil Tissage Tricotage
Teinture Délavage Finitions Assemblage Consommation
Figure 2. Prédominance de la Chine dans la chaîne de valeur ? (Source Quantis 2018 et
carbon trust 2011 -Traduction assurée par la mission)
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Figure 3. Évolution de la consommation de textiles en valeur. (source : Institut
français de la mode (IFM))
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Figure 4. Évolution des mises sur le marché des TLC neufs de 2018 à 2022 en nombre
de pièces et en tonnes (source : Refashion)
En 2023, Refashion a annoncé que 833 000 tonnes ont été mises sur le marché pour 3,25 milliards
de pièces.
Il ressort de ces deux tableaux que la consommation a tendance à diminuer en valeur alors que la
consommation en volume augmente légèrement. On observe donc en France les mêmes
tendances qu?au niveau européen.
La mission n?a pas trouvé de données sur la part des fibres plastiques dans la composition des
textiles mis sur le marché en France. A priori, ces produits étant issus d?un marché mondialisé,
cette part devrait être proche des pourcentages représentés sur la figure 1, soit les deux tiers.
Le marché de la seconde main représente 12% du marché total en 2023, en augmentation estimée
à 15% par an (source IFM rapport Fashion reboot 2024) et 47% des Français ont acheté au moins
un vêtement de seconde main ces douze derniers mois : chiffre en constante augmentation depuis
l?arrivée des plateformes de revente en ligne.
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1.2 Les données économiques et l?organisation du marché des
TLC usagés
Les textiles usagés s?appellent parfois fripes, déchets textiles, textiles de seconde main, brut de
collecte, vêtements triés, vêtements réutilisables Ces ambiguïtés génèrent de la confusion et
nuisent à la traçabilité. La destination des TLC usagés est elle-même très diverse : la poubelle
ordinaire, la collecte séparée, le réemploi, la réutilisation, le recyclage, la valorisation énergétique,
l?élimination.
Dans ce chapitre, pour approcher le volume de TLC usagés , la mission a pris comme référence
le code de la nomenclature douanière 6309 dénommée « articles de friperie » 4 et 5.
1.2.1 L?Europe est le 1er exportateur mondial de fripes
Pour analyser les échanges internationaux, la mission a utilisé les données de la Base pour
l?Analyse du Commerce International (BACI).
4 6309 = Articles de friperie composées de vêtements, accessoires de vêtement, couvertures, linge de maison et articles d?aménagement intérieur
en tout type de matières textiles, y compris les chaussures et coiffures de tous genres, manifestement usagés et présentés en vrac ou en paquets
simplement ficelés ou en bales, sacs, ou conditionnements similaires (sauf tapis et autres revêtements de sol et sauf tapisseries) (source : portail
européen des douanes)
5 Il existe aussi des produits visés par la rubrique douanières 6310 (Chiffons en tous types de matières textiles ainsi que ficelles, cordes et cordages
et articles composés de ceux-ci, de matières textiles, sous forme de déchets ou d'articles hors d'usage, triés), que nous n?avons pas pris en compte
dans les chiffres, mais qui relève d?un traitement similaire. Nous ne les avons pas pris car il ne s?agit pas a priori de textiles usagés tels qu?ils sont
vendus sur les marchés en Afrique ;
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Figure 5. Diagramme Alluvial ? Flux des textiles usagés en tonnes (code 6309) entre
zones continentales en 2022 (Source : Mission à partir des données de la Base pour
l?Analyse du Commerce International (BACI))
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Figure 7 Carte des flux commerciaux des textiles usagés en tonnes (code 6309) de
l?Europe vers les 15 plus gros pays importateurs en 2022 (données : Mission à partir
des données BACI)
Figure 6. Carte mondiale des flux export/import de textiles usagés en tonnes (code 6309)
entre zones continentales en 2022 (Source : mission à partir des données BACI)
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Figure 8. Carte mondiale des flux commerciaux de textiles usagés (code 6309) de la
France vers les 15 plus gros pays importateurs en 2022 (Source : mission à partir des
données BACI)
On peut retenir les éléments suivants de la base : les textiles usagés font l?objet d?un commerce
mondial de près de six milliards de dollars en 2022.
En termes d?exportations, les gros exportateurs sont l?Europe, les Etats-Unis et, en croissance
rapide depuis 2010, la Chine. La France ne représente que 3,7% des exportations.
Le plus gros pays importateur est le Pakistan. Une partie des textiles usagés qui arrivent en Afrique
transitent notamment par le Pakistan et les Émirats arabes unis où ils sont triés.
Il est intéressant de noter que parmi les cinq plus gros pays d?importation, on trouve les Émirats
arabes unis qui interdisent l?entrée de déchets textile sur leur territoire mais sur lequel sont
implantées des plateformes de transbordement sous douane qui effectuent un tri avant
réexportation.
On remarque que le Ghana, dixième importateur mondial avec 131 668 tonnes, qui est
communément cité comme étant le principal destinataire africain de déchets textile, ne reçoit que
587 tonnes en provenance directe de France. Il constitue toutefois la cinquième destination des
exportations européennes, et la première destination de ces mêmes exportations en Afrique
subsaharienne.
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1.2.2 L?Europe exporte ses fripes majoritairement en Afrique
et en Asie
Les exportations européennes des textiles usagés ont triplé en 20 ans.
Figure 9. Évolution des exportations européennes de textiles usagés (source : Agence
européenne de l?environnement 2024)
Sur les dernières années, la part de l?Asie augmente
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Figure 10. Évolution des exportations européennes de textiles usagés sous les codes
6309 et 6310 6 par continent de destination (source : Agence européenne de
l?environnement 2024)
Si le taux de collecte en France est faible (32% en 2022), il est toutefois supérieur à celui de
nombreux pays de l?Union.
Figure 11. Taux de collecte des déchets textiles par pays dans l?Union européenne en
2020 (source : ETC CE Report 2024/5, Agence européenne de l?environnement)
6 Code 6310 : Chiffons en tous types de matières textiles ainsi que ficelles, cordes et cordages et articles composés de ceux-ci, de matières textiles,
sous forme de déchets ou d'articles hors d'usage, non triés (portail européen des douanes)
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Ces données sont issues des déclarations des Etats-Membres.
La figure 12 montre des différences entre les notions de déchets textile dans les différents
pays membres. Par ailleurs les définitions nationales restent ambiguës : s?agissant de la
France, le commentaire indiqué dans le tableau n?est pas conforme à la définition légale du
déchet.
Figure 12. Variabilité des définitions des déchets textiles dans l?Union européenne
(source : ETC CE Report 2024/5, Agence européenne de l?environnement)
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La figure 13 ci-dessous souligne qu?un certain nombre d?autres pays que la France (surtout
l?Allemagne et le Royaume Uni) dispose de capacités de tri très inférieures aux volumes
collectés ce qui laisse penser qu?une partie du tri est réalisée à l?extérieur des frontières
européennes.
.
Les chiffres français sont respectivement 260 000 tonnes de collecte et 188 000 tonnes de tri.
La situation en France n?est donc pas exceptionnelle (source : Rapport de Refashion 2022)7.
1.2.3 En France, la gestion des déchets TLC, soumise à la
responsabilité élargie des producteurs (REP),
échappe en grande partie à l?éco-organisme agréé
En vertu du 11° de l?article L. 541-10-1 du code de l?environnement, les TLC issus des ménages
relèvent du principe de responsabilité élargie des producteurs (REP). En application de ce principe,
7 Pour des raisons de décomptes les chiffres 2023 de Syderep sont légèrement différents des chiffres de Refashion : la collecte est de 268 00t et
le tri est de 180 000 t car 6 000 t collectées ne sont pas des TLC.
Figure 13. Capacités de collecte et de tri des principaux pays européens (source
ETC CE Report 2024/5, Agence européenne de l?environnement)
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les personnes responsables de leur mise sur le marché doivent assurer la prévention et la gestion
des déchets qu?elles génèrent.
Les metteurs sur le marché au sens de cet article ont le choix entre adhérer à l?éco-organisme
Refashion en lui versant une contribution financière, en échange de laquelle Refashion prend en
charge le traitement des déchets, ou mettre en place un système individuel à condition que ce
dernier soit agréé. En 2023, Refashion comptait 10 735 adhérents et aucun système individuel n?a
été sollicité ni donc agréé.
La figure 14 ci-dessous en résume l?essentiel. On retient notamment qu?après avoir été utilisés, les
TLC peuvent être stockés à plus ou moins long terme dans nos armoires, donnés ou vendus à un
particulier bien identifié, jetés dans la poubelle du tout-venant ou dans la poubelle des emballages,
ou confiés à un acteur de la filière spécialisé dans le traitement des textiles usagés via un collecteur,
une déchetterie, une ressourcerie, une collecte à la maison ou une association.
Les textiles confiés à un acteur de la filière (le « brut de collecte ») sont réutilisés pour le même
usage ou transférés à des opérateurs conventionnés ou non par Refashion (collecteurs et trieurs).
Après leur tri, ces déchets sont vendus (59%) en France, en Europe ou dans des pays tiers. Le
reste est recyclé, incinéré avec récupération énergétique (y compris la filière combustible solide de
récupération) ou éliminé en décharge (moins de 1% en décharge).
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Figure 14. Le cycle de vie des textiles, linges de maison et chaussures TLC (source : Rapport
d?activité de Refashion 2022)
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Ces deux figures illustrent bien le fait que le sort d?une part très significative du gisement est
inconnu de Refashion. La collecte que l?éco-organisme recense ne représente que 32% du
gisement. Le tri par des opérateurs conventionnés ne porte que sur 72% de la collecte. Au
final, Refashion n?a une vision que sur 23% du gisement. Le reste du gisement est traité par
des acteurs non conventionnés (environ le quart du gisement) ou est jeté dans la poubelle
tout-venant (environ la moitié du gisement).
On peut noter que 10% seulement des textiles réutilisés le sont en France ou en Europe (la
crème) mais que 90% sont exportés.
A la suite de la loi n° 2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et
l?économie solidaire, le cahier des charges de l?éco-organisme de la REP TLC adopté en 2022
comporte des objectifs, échelonnés dans le temps, plus nombreux et plus ambitieux
qu?auparavant (cf tableau 1 ci-dessous) :
Opérations Objectifs Commentaires de la mission
Collecte 60% des mises sur le marché
en 2028
Une trajectoire prédéfinie année
après année
Recyclage 70% en 2024, 80% en 2027, des
quantités collectées et triées,
non réutilisées ou
réemployées8
8 Il s?agit d?objectifs calculés par rapport à l?entrée dans une installation de recyclage (et non en sortie)
Figure 15. Zoom sur la deuxième vie de textiles après tri en 2022 (source : Refashion)
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Recyclage des déchets textiles
composés d?au moins 90% de
de matière synthétique
plastique
50% en 2025, 90% en 2028
Elimination Moins de 0,5 % des TLC
collectés ou soutenus sont
éliminés
Elimination = mise en décharge
ou incinération sans valorisation
énergétique
Réemploi/ réutilisation 120 000 tonnes dès 2024 dont
8% de TLC réemployé ou
réutilisé à moins de 1 500 km du
lieu de collecte en 2024. Ce taux
est porté à 15% en 2027
Objectif indicatif de réparation +35% en 2028 par rapport à
2019.
Tableau 1 : Présentation des objectifs de Refashion (source : Mission à partir du
cahier des charges de 2022 de l?éco-organisme)
A la différence du cahier des charges de l?éco-organisme pour les textiles sanitaires, publié le 20
décembre 20249, celui des TLC ménagers de Refashion ne comporte aucun objectif de réduction
quantités de déchets. Il ne comporte pas non plus d?objectif en termes d?exportation.
On peut noter que s?agissant de la collecte, l?objectif est de la doubler d?ici à 2028.
Signalons enfin que l?objectif de réemploi/réutilisation n?impose pas qu?il soit réalisé en France. Il
comporte néanmoins un sous-objectif de proximité géographique pour une partie du tonnage à
réemployer ou réutiliser. Il peut donc y être satisfait en sortant des frontières françaises.
1.2.3.1 La collecte des déchets textiles en France : sa
structuration et ses insuffisances
Pour connaitre la nature des déchets et la quote-part des textiles retrouvés dans les poubelles, la
mission s?est référée à une étude ModeCOM10 qui a été réalisée par l?ADEME en 1993, 2004 et
2017. Elle a permis de déterminer la composition des déchets collectés par le service public des
ordures ménagères. Concrètement, des échantillons de déchets ont été prélevés selon des
protocoles normalisés suivant un plan d?échantillonnage adapté, puis triés selon différentes
catégories (déchets putrescibles, papiers, cartons, plastiques?).
Tonnage (en milliers de tonnes)
Total des OMR 16 400
Textile 600 (3,7%)11
Tableau 2 : Quantité de déchets textiles dans les ordures ménagères résiduelles
(OMR) en 2017 (source : Mission d?après les données de Refashion et de l?Ademe)
Ces chiffres doivent néanmoins être analysés avec beaucoup de précautions.
9 Objectif de réduction de 15% quantités de déchets de lingettes en 2030 par rapport à 2025
10 Cette étude MODECOM : (MODE de Caractérisation des Ordures Ménagères) a étudié le contenu précis des ordures ménagères contenus dans
les poubelles tout-venant, et notamment les textiles.
11 Il s?agit des textiles et des chaussures, incluant sans doute les textiles techniques, sans précision sur l?inclusion ou non des linges de maison
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Tout d?abord parce qu?ils sont anciens et les données ont peut-être évolué depuis12. Ensuite parce
qu?ils résultent d?un échantillonnage avec toutes les marges d?incertitude à prendre en compte. Par
ailleurs l?appellation « textile » n?étant pas définie, il n?est pas possible de savoir si elle inclut les
textiles techniques et les linges de maison.
Enfin, un textile mouillé voit son poids augmenter. Compte tenu du taux d?humidité constaté dans
les OMR pour les textiles (30%) (étude ModeCOM 2017 page 26), ces chiffres paraissent
surestimés. Pour le raisonnement, la mission considère donc qu?un chiffre de 420 kt textiles jetés
dans les poubelles OMR serait plus proche de la réalité (600*0,7).
De son côté, l?éco-organisme Refashion déclare avoir soutenu en 2023 la collecte de près de 270
kt.
? Plus de la moitié de TLC sont jetés avec les ordures ménagères résiduelles (OMR)
La masse totale des déchets TLC n?est pas connue. L?éco organisme assimile le gisement de
textiles usagés à la commercialisation des produits textiles de l?année précédente. Ce calcul est
sans doute vrai en régime de croisière sur une très longue période, mais ce n?est évidemment pas
une donnée exacte. Par ailleurs, Refashion ne voit qu?une partie des déchets puisqu?un certain
nombre d?informations quantifiées sur les gisements sont manquantes : vols de TLC par des
réseaux illégaux dans les points d?apport volontaire (PAV), flux collectés par des opérateurs sans
convention avec l?éco-organisme (par exemple : ressourcerie non conventionnée), dépôts
sauvages et déchets TLC non déposés dans les bornes, mais dans les rues.
Le cahier des charges de la filière REP fait référence au volume de textiles neufs mis sur le marché
durant les trois années précédentes, soit 833 kt en 2023 (827kt en 2022).
Refashion a proposé à la direction générale de la prévention des risques (DGPR) en juin 2024 de
faire une étude de gisement conformément à l?article R. 541-175 du code de l?environnement. La
DGPR nous a indiqué qu?elle devrait s?appuyer sur le ModeCOM dont la mise à jour était prévue
mi 2025, sur les données remontées par les opérateurs conventionnés et sur une étude permettant
de quantifier le gisement auprès des acteurs non conventionnés. En résumé, les données de la
collecte peuvent être présentées ainsi :
Tonnage (milliers de tonnes) Pourcentage/gisement
Collecte séparée 270 32%
OMR 42013 51%
Total collecte + OMR 690 83%
« Gisement » 833
Tableau 3 : Répartition des TLC collectés entre collecte séparée et OMR
Attention : les années de référence ne sont pas les mêmes : 2023 pour la collecte séparée, 2017
pour les OMR. Mais les ordres de grandeur ne sont pas changés.
Ainsi la moitié du gisement des déchets textiles est jetée dans les OMR.
Trois explications peuvent être apportées à cette situation.
En premier lieu, les activités de collecte, de tri et de dons ou de revente de textiles usagés ont
historiquement été mises en place en France par des organismes appartenant à l?économie sociale
12 Par exemple, entre 1993 et 2017, les quantités de déchets textiles par habitant dans les OMR ont diminué de 35%.
13 Estimation de la mission sur des données 2023
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et solidaire (Emmaüs, Le Relais), qui demeurent encore majoritaires dans ce secteur, avec comme
objectif prioritaire non pas l?environnement, mais l?insertion de personnes en difficulté. Les acteurs
de cette économie n?ont donc pas intérêt à développer massivement la collecte, puisqu?elle pourrait
conduire à collecter davantage de TLC non réutilisables. Plusieurs collecteurs et trieurs réfutent
qu?ils traitent des déchets, préférant parler de produits.
En second lieu, les consignes de tri données aux usagers ne sont pas claires. La mission a en effet
constaté que les messages apposés sur les bornes de collecte faisaient appel au « don » de
textiles réutilisables, décourageant ainsi le dépôt de TLC qui ne le sont pas parce qu?en mauvais
état, déchirés, sales, mouillés (cf. en annexe 4). Il n?est dès lors pas étonnant que la majorité de
ces textiles non réutilisables soit retrouvée dans les poubelles OMR.
L?article 7.2 du cahier des charges prévoit pourtant que Refashion doit veiller à ce que « les
consignes de tri inscrites sur les points d?apport indiquent de manière visible et lisible que
l?ensemble des TLC usagés peuvent y être collectés, quel que soit leur état, à l?exception de ceux
souillés ou mouillés ». L?éco-organisme ne semble pas prendre de mesures contre les points
d?apport volontaire qui affichent des consignes non conformes à cette prescription en évoquant
des dons.
? Des collectivités responsables mais des acteurs très divers
Ce sont les communes, les établissements publics de coopération intercommunale ou des
métropoles comme à Lyon qui sont responsables de la collecte de l?ensemble des déchets des
ménages (cf L. 2224-13 du CGCT).
Chaque commune édicte donc son propre règlement de collecte des déchets ménagers. Depuis le
1er janvier 2025, la collecte des déchets textiles doit être séparée des autres déchets (art L. 2224-
16 du CGCT).
A l?opposé des déchets ménagers standards pour lesquels l?emport est généralement réalisé par
les collectivités, la très grande majorité des collectes des déchets textiles sont réalisées par des
acteurs de l?économie sociale et solidaire (ESS), et des acteurs privés qui ne demandent qu?une
autorisation d?utilisation du domaine public.
Individuellement, les collecteurs n?ont pas d?obligation de conventionnement avec Refashion.
En 2023, on recensait près de 47 500 points d?apport volontaire sur le territoire national sur environ
16 600 communes, moins de 500 de celles-ci ayant conclu une convention avec Refashion (source :
Refashion). Refashion commence à pourvoir lui-même à la collecte comme lui permet désormais
son cahier des charges soit en reprenant sans frais les TLC auprès de certains détenteurs de
déchets (collectivités locales, PAV de l?ESS, opérateurs du réemploi) soit en prenant en charge la
collecte dans des magasins de TLC neufs ou dans des entreprises. Si certains organismes
caritatifs donnent rapidement les TLC qu?ils ont reçus, la collecte des déchets textiles est largement
à la main d?acteurs qui cherchent à les revendre ou à les donner après tri. Ainsi, la collecte est
globalement subordonnée à sa rentabilité, donc au prix de rachat du « brut de collecte » ou des
fractions les plus valorisées après tri. Certes le conventionnement permet aujourd?hui une reprise
sans frais des textiles usagés collectés, mais il ne garantit pas la rémunération de la collecte.
Cette situation conduit certains collecteurs, en cas de difficultés économiques, à abandonner leur
activité. Des amoncellements de déchets textiles peuvent ainsi se retrouver brutalement sur la voie
publique.
La mission estime que, la continuité de la collecte devrait être une obligation collective pour
l?ensemble des acteurs de la filière REP.
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Remarque sur la notion d?économie sociale et solidaire : Les données habituelles séparent
généralement les acteurs de la collecte entre ceux de l?économie sociale et solidaire et les acteurs
à vocation économique. Dans la théorie, la définition de l?économie sociale et solidaire est
extrêmement ambiguë, elle comporte les associations, les mutuelles, les coopératives et
fondations. Dans la filière textile, le terme ESS correspond à des acteurs très hétérogènes. Il
rassemble à la fois des entreprises d?insertion employant des personnes en retour à l?emploi, mais
aussi des associations humanitaires cherchant à collecter des vêtements pour habiller des pauvres
en France ou à l?étranger comme le Secours Populaire, ou d?autres associations dont l?objectif est
au moins en partie de revendre des vêtements usagés pour financer leurs activités (Croix Rouge,
Paralysés de France?).
1.2.3.2 Le tri est soutenu mais reste insuffisant
En aval de la collecte, les vêtements usagés en vrac sont triés selon leur destination : des
vêtements en bon état revendables dans les pays développés appelés « la crème », des vêtements
revendables dans les pays en développement, en séparant les vêtements par type (homme, femme,
enfants, sous-vêtements), des tissus recyclables (par exemple, du coton réutilisable en chiffons,
des matières destinées à l?isolation ou au rembourrage, cf. 1.2.3.5) et finalement ceux qui seront
détruits, avec éventuellement une valorisation énergétique, ou mis en décharge.
Au regard des différents entretiens que la mission a menés avec les trieurs, il apparaît que la
France ne trie pas tout ce qu?elle collecte. Cela explique en partie la différence entre les 260 kt
collectés et les 188 kt triés. Refashion a ainsi conventionné avec des acteurs en Espagne, en
Belgique, aux Pays Bas et en Allemagne. Mais ces tris européens restent encore insuffisants. Une
partie importante du « brut de collecte » est donc envoyée pour tri en particulier en Tunisie,
Pakistan, Émirats arabes unis, Turquie. Ces exportations sont probablement motivées par des
manques de capacité de tri mais aussi par des raisons financières.
En aval du tri des opérations de tri fin, ou de surtri, ou le tri par matière et couleur notamment pour
le recyclage sont souvent mises en place. Pour des raisons de coût, ce surtri est généralement
réalisé dans des pays à bas coûts de main d?oeuvre.
Les recettes des trieurs proviennent de la vente de vêtements usagés triés, dans les pays
développés dont la France et dans les pays en développement (cf. 1.2.1). Selon Refashion en
2022, les exportations longues distances (hors UE) représentaient près de 55% des revenus des
trieurs, ce qui les rend particulièrement dépendants de ce marché.
L?autre part des revenus est constituée des déchets de textiles non réutilisables en l?état vendus
pour le recyclage qui seront notamment transformés en isolants.
Enfin, la filière d?élimination ne rapporte rien d?un point de vue économique, et bien au contraire
elle représente un poste de coût conséquent, il s?agit de la filière combustible solide de récupération
(CSR), dont le coût d?élimination toutes charges comprises est d?environ 200 euros la tonne.
Les recettes des trieurs ne couvrant pas l?intégralité des charges, Refashion leur verse un
complément dénommé coût net moyen des activités de tri (cf. figure 16). Ce montant est égal au
coût net du tri (soit 123 euros par tonne dans la figure), après déduction des recettes des ventes.
Le tableau ci-dessous, qui n?inclut pas les coûts de surtri, est une illustration des charges
supportées par la profession des trieurs et des recettes liées aux opérations de vente. Il met en
lumière la nécessité du soutien de Refashion qui compense le coût net du tri (CndT).
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Signalons enfin que les données sur le coût net du tri, recensées et traitées pour le compte de
l? «Observatoire relatif à l?évaluation des coûts nets moyens des activités de tri réalisées par les
opérateurs » par le cabinet Deloitte, ne sont contrôlées ni par ce cabinet d?audit, ni par Refashion
(qui n?a d?ailleurs pas accès aux données individuelles des 67 trieurs conventionnés) ; le cabinet
ne réalise qu?un contrôle de cohérence.
Refashion verse ainsi aux trieurs une contribution financière sur une base déclarative des trieurs,
pour l?instant sans possibilité de contrôle rigoureux.
1.2.3.3 Le marché des vêtements de seconde main en Europe et
en France
Le marché de la seconde main est un marché largement international qui n?est régulé ni en France
ni en Europe. Il est par conséquent difficile de trouver des données sur celui-ci, notamment eu
égard à la variabilité et à la quantité d?acteurs (cf. annexe 5). Néanmoins la mission s?est attachée
à présenter quelques chiffres et informations qualitatives.
L?Observatoire du réemploi et de la réutilisation, créé par l?article 25 de la loi Climat et Résilience,
est géré par l?ADEME pour plusieurs filières REP, notamment pour la filière TLC. Cependant, les
chiffres mis en ligne sur le site de l?ADEME mélangent réemploi (le produit n?est pas passé par le
stade du déchet) et réutilisation (le produit est passé par le stade du déchet) et n?individualisent
Figure 16. Équilibre économique des trieurs en 2021 (Source : Observatoire des coûts
du tri de Refashion)
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pas ceux qui concernent seulement la filière TLC14.
En 2018, le marché de la seconde main textile aussi dénommée « friperie » (appellations couvrant
à la fois les textiles usagés réutilisés et les textiles usagés réemployés) en France était évalué à
un milliard d?euros15, contre un marché de textiles neufs de 67 milliards d?euros. En 2023, le marché
potentiel est évalué à 6 milliards d?euros par l?Institut français de la Mode ce qui signifierait, si les
chiffres étaient homogènes, une très forte croissance en six ans. Compte tenu de l?objet de la lettre
de commande, ce champ n?a pas fait l?objet d?une expertise mais la mission considère qu?il serait
intéressant d?étudier les activités lucratives des ventes de seconde main quelles que soient leurs
modalités opérationnelles notamment via les plateformes de revente en ligne.
Même si le prix moyen à la vente de la seconde main oscille entre 12 et 60 euros le kg d?après
Refashion, la mission a retenu une base de 40 euros le kg16, ce qui représenterait 25 000 tonnes
de vêtements usagés vendus en France. Ces 25 000 tonnes de réemploi et de réutilisation sont à
comparer aux 11 000 tonnes de textiles réutilisés en France selon Refashion (6% de 188 000
tonnes), (cf. figures 14 et 15). Une grande partie du réemploi et de la réutilisation échappe donc à
Refashion. Par ailleurs ces chiffres restent très en deçà de l?objectif fixé à l?éco-organisme :
120 000 tonnes de TLC dès 202417.
Pour la mission, la réduction des tonnages exportés hors Europe nécessitera la révision de l?objectif
fixé par le cahier des charges pour le réemploi et la réutilisation (120 000 tonnes cf au 1.2.3). En
effet, d?après les douanes, 113 000 tonnes de déchets ont été exportées en 2024 et une grande
partie est réputée réemployée ou réutilisée. Il parait donc illusoire de vouloir réutiliser ou
réemployer l?ensemble de ces textiles en France.
Par ailleurs, l?activité de réemploi est en elle-même lucrative, se développe régulièrement, en partie
dans le cadre d?activités « souterraines », et concerne des produits qui ne sont jamais passés par
le stade du déchet. Par conséquent, Refashion dispose de peu de leviers.. La mission s?étonne
donc qu?un objectif mêlant réemploi et réutilisation lui soit fixé. Un objectif ne portant que sur la
réutilisation serait plus adapté au secteur des textiles parce que le réemploi n?est pas, à ce stade,
tracé.
De même, l?objectif de proximité (à moins de 1 500 km du lieu de collecte) ne devrait tenir compte
que de la réutilisation.
1.2.3.4 L?équilibre de la filière des déchets TLC collectés en
France repose sur l?export
? La situation dans chaque pays importateur est très variable
La mission a cherché à décrire la situation de quelques pays hors de l?Union européenne en
réalisant une série de « fiche pays » disponible en Annexe 7. Elles rassemblent les données
principales disponibles du secteur du traitement des déchets textiles et du marché de la fripe dans
les sept pays suivants : Chili, Côte d?Ivoire, Émirats arabes unis, Ghana, Madagascar, Pakistan,
Tunisie.
Pour ce travail, elle a bénéficié d?une aide très substantielle des correspondants du ministère de
l?environnement placés dans les services économiques régionaux (SER) relevant de la Direction
générale du trésor, placés dans les ambassades.
14 Voir la définition de ces notions au 1.4.2.1
15 https://start.lesechos.fr/societe/culture-tendances/business-de-la-friperie-comment-le-marche-sest-professionnalise-1174952
16 Source mission d?après les chiffres moyennés de kiloshop
17 Depuis la loi d?août 2015 sur la transition énergétique pour la croissance verte, l?article L. 541-1 du code de l?environnement prévoit que la politique
nationale se fixe comme objectif d?augmenter le réemploi et la réutilisation des déchets, notamment pour les TLC et que les cahiers des charges
des filières REP définissent en ce sens des objectifs adaptés à chaque filière. La loi de février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à
l?économie solidaire a chiffré cet objectif : atteindre 5% du tonnage de déchets ménagers en 2030.
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La situation de ces sept pays est très hétérogène. Le Ghana et Madagascar sont dans une situation
comparable. Ils importent et vendent de la fripe, et ils n?ont pas de capacité de traitement des
déchets, par exemple ils n?ont pas de décharge autorisée adaptée. La Tunisie, les Émirats arabes
unis et le Chili ont mis en place un système administratif d?installations de tri autorisées pour
lesquelles ils importent du « brut de collecte » d?Europe ou des Etats-Unis. Les fripes triées sont
ensuite soit vendues localement, soit réexportées tout particulièrement en Afrique. Mais le
traitement de la fin de vie des fripes reste rudimentaire ou inconnu. Au Chili par exemple les
déchets textiles sont déversés dans le désert d?Atacama dans des décharges illégales18.
Le Pakistan et l?Inde, outre les mêmes activités de tri et d?export de fripes, ont développé une
activité de recyclage (rembourrage, couvertures, et textiles de basse qualité). Il est difficile d?avoir
une vision objective des situations, puisque les données officielles sont rares et qu?une bonne
partie du commerce est informel.
Le cas du Ghana est le plus médiatisé. Les professionnels du commerce des vêtements usagés
disent que moins de 5% des textiles usagés arrivant dans le pays sont des déchets, alors que
plusieurs associations, dont la fondation OR, très implantée localement, donnent le chiffre de 40%.
La mission a constaté qu?en fait ces chiffres différents décrivent la même réalité. En effet presque
tous les vêtements arrivant au Ghana sont « réutilisables » 19 , mais 40% d?entre eux sont
directement éliminés car estimés comme « invendables », ne correspondant pas à la demande
locale. Et donc, il y aurait effectivement bien 40% de textiles usagés qui sont ou deviennent
immédiatement des déchets lorsqu?ils arrivent à destination20.
La mission estime que la situation du Ghana n?est qu?un exemple parmi d?autres et que les constats
menés à Accra ne peuvent pas être généralisés à tous les pays d?Afrique. Elle note cependant que
l?absence de système de gestion des déchets banals ménagers conduit à de nombreux points noirs
notamment au Kenya, au Sénégal, au Chili ou à Madagascar. Par ailleurs, elle regrette qu?un
certain nombre d?acteurs, dont l?Agence européenne de l?environnement, non seulement
considèrent le chiffre de 40% comme officiel, mais l?extrapolent à l?ensemble de l?Afrique, sans
aucune source autre que celles des ONG implantées au Ghana.
D?une manière générale, dans des pays où l?importation des fripes est interdite (Nigéria, Algérie,
Bolivie, Émirats arabes unis) la mission a observé que le secteur de la friperie se maintient et
continue à représenter une part majeure du secteur textile local. Son approvisionnement est assuré,
en partie au moins, par une activité de transfert depuis les pays voisins (Bénin-Ghana, Tunisie,
Chili?) dont les conditions de légalité ne sont pas connues.
C?est majoritairement en Afrique que les déchets textiles exportés sont considérés comme
réutilisés. En Asie, ils sont soit triés et réexportés, soit recyclés.
Cette rapide analyse souligne de nombreuses incertitudes, pourtant essentielles pour comprendre
la logique des acteurs en France et dans les pays d?importation afin de prendre d?éventuelles
mesures correctives. Des études régulières et approfondies devraient être réalisées.
La mission estime que l?éco-organisme des TLC devrait être chargé d?une activité de suivi des
exportations de textiles usagés.
18 Source SER Chili
19 La mission est mal à l?aise pour trouver le mot le plus adapté pour décrire des vêtements d?occasion qui sont en état satisfaisant pour pouvoir
être porté mais qui ne sont pas surs de trouver tous un marché. Le terme Wearable,utilisé en anglais par la Fondation Or resterait le plus adapté en
terme de sens. Nous ne lui avons pas trouvé de traduction aussi précise et élégante comme « portable » « mettable « .
20 Signalons le travail de la fondation OR qui apporte de nombreux éclairages sur le sujet : pourcentage de déchets, gestion des décharges d?Accra,
diffusion des fripes à l?intérieur du Ghana et à l?export.
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Juin 2025 Les exportations des déchets textiles et des textiles
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Recommandation 1. [DGPR] Modifier le cahier des charges de l?éco-organisme pour lui
demander de produire un rapport public annuel sur le devenir des TLC usagés et des
déchets textiles français exportés.
? La structure globale du marché des TLC usagés dans les pays en développement
s?appuie sur des trieurs ou grossistes et un réseau de détaillants
Le marché de la fripe occidentale en Afrique et dans les autres pays en développement est basé
sur une structure de commercialisation quasi constante :
? les importateurs, grossistes et/ou trieurs, s?approvisionnent en fripes dans les pays
occidentaux ; ces mêmes grossistes et/ou trieurs revendent leurs volumes, directement ou
via des intermédiaires, à des détaillants sous forme de balles de TLC de taille et de contenu
variés. Ces derniers les retrient éventuellement à l?arrivée dans le pays de destination ;
? les détaillants revendent localement, éventuellement les réparent ou les transforment.
En aval de cette organisation, un second marché local informel et pauvre peut être mis en place
pour retrier des vêtements « réutilisables » au milieu des rebuts, ou plutôt des décharges.
Les trieurs-importateurs de bruts de collecte
Dans certains pays comme la Tunisie, la Turquie, les Émirats Arabes Unis, le Pakistan, l?Inde et le
Chili se sont développées des activités de tri de vêtements usagés. Les trieurs opèrent dans des
conditions semblables à celles des trieurs français. Cette activité est néanmoins menée avec des
coûts de main-d?oeuvre moins élevés ce qui permet, pour un coût similaire au coût français,
d?assurer des tris plus poussés, adaptés à la demande (types de vêtements, couleurs, matières,
marques, etc.).
Les trieurs s?approvisionnent en « brut de collecte » depuis les pays occidentaux et parfois même
ils achètent des vêtements déjà triés dont ils assurent un « surtri » en fonction des demandes de
leurs clients. Il peut s?agir d?activités réglementées comme aux Émirats-Arabes-Unis ou en Tunisie.
Les ordres de grandeurs sont similaires d?un pays à l?autre. 5 à 10% de la collecte correspond à
de la « Crème » qui peut être revendue sur le marché occidental de la friperie. 40% à 50% est
revendu sur les marchés de seconde main essentiellement en Afrique et dans les pays d?Asie du
Sud Est. Plusieurs acteurs ont « boutique ouverte » sur internet, il est donc possible d?acheter des
balles sur leur site ou via des sites comme Amazon.
Ces activités sont considérées comme très rentables. A titre d?exemple, en Tunisie, les licences
de tri se négocient autour du million d?euros21.
La mission n?a disposé d?aucun élément sur la qualité des produits expédiés.
Les grossistes de TLC usagés triés
En aval des trieurs, des grossistes de vêtements d?occasion achètent par containers complets des
vêtements « portables » 22 . Ils effectuent les dédouanements, éventuellement retrient ou
reconditionnent les articles en balles plus petites. Puis ils revendent les balles principalement à
l?unité.
21 Source SER Tunisie
22 Voir note 14 page en bas de page précédente
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Selon les informations recueillies par la mission, les trieurs français ont très souvent des grossistes
ou des intermédiaires privilégiés. Certains se déplacent régulièrement pour entretenir la relation
commerciale, prospecter, être à l?écoute de la demande.
Sur la base des interlocuteurs auditionnés par la mission, la valeur à l?export depuis la France est
d?environ 500 ¤ la tonne de TLC triés. A la revente, les balles de 50 kg sont revendues 200 ¤ l?unité,
soit 4 000¤ la tonne. Après prise en compte des coûts de transport (2 000¤ pour un container de
20t23) et droits de douanes, une marge confortable reste à disposition de ces acteurs Cette activité
de grossiste est délicate à documenter. Les témoignages des trieurs français montrent que leurs
clients n?expriment jamais par écrit leurs désidératas.
Et aucune modalité écrite d?annulation de la vente en cas de non-conformité au cahier des charges,
voire de retour n?est prévue.
Il semble pourtant qu?un tri plus exigeant pourrait permettre de réduire la quantité de textiles usagés
directement jetés à leur arrivée dans les pays d?importation (cf. cas du Ghana décrit en annexe 7).
La mission propose donc que soient formalisées dans les clauses des contrats entre les acteurs
de la filière TLC qui exportent et leurs importateurs, des exigences sur la qualité et les
caractéristiques des TLC usagés, qu?ils soient déchets ou non, pour faire en sorte qu?ils soient à la
fois de bonne qualité et le plus conforme possible à la demande locale. Ces clauses pourraient
prévoir en outre, non seulement, qu?en cas de manquement, les TLC non satisfaisants doivent être
repris sans frais par l?exportateur mais aussi, que l?exportateur doive faire remonter à Refashion
des informations sur la destination finale des produits exportés. Refashion pourrait élaborer un
cahier des charges type auquel ces clauses devraient se conformer et retirer son soutien aux
exportateurs qui ne l?auraient pas respecté.
Actuellement, Refashion ne passe des conventions qu?avec certains trieurs-exportateurs. Avec
ceux-ci, cette proposition pourrait être rapidement mise en oeuvre. Elle pourra être étendue aux
autres exportateurs lorsqu?ils seront tous conventionnés avec l?éco-organisme comme le prévoit la
recommandation n°7.
Recommandation 2. [DGPR] Demander à Refashion d?élaborer un cahier des charges type
sur la qualité et les caractéristiques des TLC usagés exportés, qu?ils soient ou non déchets,
prévoyant de rendre compte de leur destination finale, et de conditionner l?aide au tri à
l?intégration de celui-ci dans le contrat écrit entre exportateurs et importateurs en prévoyant
les modalités de retour des produits non conformes aux frais de l?exportateur.
Les détaillants qui achètent aux grossistes
La description du fonctionnement des détaillants par la fondation OR sur le marché de Kantamanto
au Ghana semble être une bonne approche de l?activité de détaillant de la fripe. Travailleur pauvre,
il achète seul ou en coopération une balle de 50kg en choisissant une catégorie (jeans, vêtements
pour femmes ou enfants, layette, T-shirts, chemises, lingerie, etc?). C?est seulement au moment
où il ouvre la balle et prend connaissance de son contenu, qu?il trie les vêtements par niveau de
qualité en distinguant ce qui est gardé pour être revendu en propre et qui assure sa rentabilité de
ce qui sera revendu à des vendeurs ambulants et de ce qui est à ses yeux invendable et jeté. On
a vu plus haut que dans plusieurs pays, il n?y avait pas plus de filière organisée pour traiter ce refus
de tri que d?autres types de déchets.
? Un marché de la fripe dans les pays en développement en crise en 2024
Pendant la durée de la mission, les trieurs français ont déclaré être confrontés à une crise de
23 Source : CESAN
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l?export : baisse forte de la demande et des prix. Les acteurs concernés ne sont pas d?accord sur
le caractère conjoncturel ou structurel de cette crise. La mission pense qu?elle est structurelle et
que les causes en sont :
? la réputation de moindre qualité des fripes françaises par rapport à celle d?autres pays
européens ;
? la qualité des fripes européennes qui se dégrade du fait de la fast fashion ;
? la concurrence de la fast fashion ;
? la concurrence de la seconde main chinoise en nette augmentation.
Historiquement, le marché de la fripe dans les pays en développement a déjà été en crise de
demande dans les années 1990 et en 2005. La crise de 2005 a conduit les trieurs à négocier la
création de la filière REP textile.
? Un risque de déséquilibre économique durable du marché, mais limité.
Selon la mission les ressources de l?export de fripes vers l?Afrique et les autres pays en
développement sont les suivantes.
Le prix indicatif de la tonne départ France est de 500 ¤. Des données douanières confirment ces
prix avec une répartition entre 400 et 700 euros la tonne. Les données de l?Observatoire des coûts
du tri de Refashion valident également cet ordre de grandeur économique (environ 450 ¤).
Prix moyen de
la tonne des
fripes en euro
(estimation
mission)
Tonnage
exporté en
Afrique (en
milliers de
tonnes)
Chiffre
d?affaires
Afrique (M¤)
Tonnage
exporté dans le
monde y
compris Afrique
(en milliers de
tonnes)
Chiffre
d?affaires
monde (M¤)
500 63 31,5 113 56,5
Tableau 4 : Estimations des exportations françaises (source : Mission sur la base des
données en tonnage des douanes françaises 2024)
Selon les données BACI pour 2022, le montant des ventes des fripes françaises en Afrique s?élève
à 42 M¤ et dans le Monde à 66 M¤. Ces montants correspondent à des valeurs d?importateurs,
elles incluent les coûts de transport, de 100 ¤ la tonne (2 000¤ pour un container de 20t). Les
données BACI nettes de transport seraient 35,7 et 55,7 M¤.
Ces données de BACI et des douanes françaises sont donc cohérentes entre elles.
Globalement, nous retenons les chiffres figurant dans le tableau 4 ci-dessus soit 31,5 M¤ pour
l?Afrique et de 56,5 M¤ au total pour le monde24.
A titre d?exemple, si l?ensemble des volumes exportés en Afrique étaient supprimés et traités en
CSR, ou en incinération en France. Il y aurait, au-delà du manque à gagner constaté ci-dessus, un
coût supplémentaire, équivalent pour l?incinération ou la mise en CSR, que les trieurs seraient
amenés à répercuter sur Refashion, de l?ordre de 6,6 M¤ (105 euros la tonne, estimation mission).
Les ressources de Refashion sont de 132 M¤ en 2024, elles devraient être de 294 M¤ en 202825
24 Rappel : les recettes de la réutilisation des textiles usagés exportés représentent environ la moitié des recettes de la réutilisation.
25 Dossier de demande d?agrément de Refashion
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1.2.3.5 Les capacités de recyclage des textiles français sont
insuffisantes et ne seront pas disponibles à court terme
La question du recyclage n?est pas au coeur de la mission. Néanmoins la remise en cause de
l?exutoire que représente l?exportation des textiles usagés dans les pays en développement, est
susceptible de bouleverser l?économie du secteur avec au moins deux conséquences majeures
sur la filière : des enjeux d?équilibre économique ; un excès de matière collectée qui doit trouver à
court terme de nouveaux débouchés. Parmi ces débouchés, le recyclage pourrait occuper une
place de choix.
Il existe à ce jour cinq voies de recyclage de grande capacité des textiles usagés : l?utilisation
comme isolants thermiques ou phoniques notamment pour l?automobile, comme chiffons
industriels pour les produits en coton qui disposent de capacité de traitement en France ou en
Europe, la fabrication de couvertures essentiellement en Inde, l?effilochage et la réutilisation en
tissu bas de gamme, le rembourrage notamment au Pakistan.
D?autres voies de recyclage font l?objet de recherche et développement notamment du recyclage
par effilochage pour réaliser du fil, du recyclage thermique pour les fibres plastiques dont le
polytéréphtalate d?éthylène (PET), ou du recyclage chimique. Ces solutions sont en cours
d?expérimentation sous forme d?usines pilotes. L?utilisation de déchets textiles y est plus
compliquée et plus chère que celle d?autres déchets comme des emballages. Le développement
de capacités de recyclage nécessitera des financements importants Il s?agira à la fois de financer
la construction des installations, mais aussi leur fonctionnement. Les filières de recyclage ne seront
pas disponibles avant cinq à dix ans.
On trouvera en annexe 6 des développements complémentaires sur ce sujet.
1.2.3.6 L?utilisation des combustibles solides de récupération
(CSR) reste marginale
Les CSR sont des déchets non valorisables sous forme de matière, qui sont préparés de manière
à pouvoir être valorisés énergétiquement dans des chaufferies (« chaufferies CSR »), et non dans
des installations de stockage de déchets non dangereux (c?est-à-dire des décharges). Les
chaufferies CSR sont techniquement des installations dans lesquelles on incinère des déchets
mais à la différence des incinérateurs, les déchets incinérés sont sélectionnés/préparés et l?objectif
premier de la chaufferie CSR est bien la production d?énergie.
Il ne peut être recouru à cet exutoire qu?après que la personne responsable des déchets ait mis en
oeuvre ou cherché à le faire, les solutions qui le précèdent dans l?ordre de priorité défini par la
hiérarchie des modes de traitement des déchets : prévention (notamment réemploi et réparation),
préparation en vue de la réutilisation, recyclage. Cet ordre de priorité, d?origine européenne, a été
transposé dans le droit français à l?article L. 541-1 II du code de l?environnement. Néanmoins, le
CSR est préférable à l?élimination qui se trouve au dernier rang dans la hiérarchie des déchets
précitée. Le CSR pourrait également, temporairement, absorber le surplus des déchets qui ne
seraient plus exportés et pas encore tous réutilisés ou recyclés en France ou en Europe. La part
des CSR issus de déchets textiles représente actuellement 8,7% de la masse des déchets textiles
triés, soit 16 000 tonnes en 202126. La production nationale de CSR tous produits confondus est
comprise entre 230 et 800 000 tonnes27, avec un objectif de croissance important à 2,5 Mt en 2025.
L?éventuelle augmentation de la destruction valorisation de textiles sous forme de CSR paraît donc
possible dans le cadre de cet objectif. Elle pourrait être de 100 000 t compte tenu de l?objectif
d?augmentation de la collecte.
A ce jour, la quantité de CSR issue du tri des déchets TLC des ménages est négligeable, elle
26 Source : rapport de Refashion de juin 2022 : « Quel avenir pour la filière CSR en France ? »
27 https://librairie.ademe.fr/energies/4502-fiche-technique-des-combustibles-solides-de-recuperation-csr-dans-l-industrie.html
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représente moins de 0,5% des volumes triés et est même limitée par le cahier des charges.
L?essentiel de la production de CSR issu de textile est en fait t liée à deux activités extérieures à la
filière TLC des ménages. Il s?agit en premier lieu de la destruction d?invendus de marques et de
contrefaçons, qui est généralement effectuée sous contrôle d?expert, et en second lieu, des
destructions de vêtements professionnels comme par exemple des uniformes que les entreprises
sont amenées à détruire, autant pour des enjeux de bonne gestion des déchets que pour des
questions de sécurité.
Sous réserve de disposer d?installations adaptées à la mise en forme de textiles sous forme de
CSR et d?installation habilitées à brûler les CSR, cette solution qui permet d?éliminer des flux de
textiles ne trouvant pas d?autre exutoire, pourrait être développée.
La mission ne préconise bien sûr pas que le CSR soit utilisé pour traiter tous les textiles usagés
collectés en France et jusqu?à présent exportés, mais cette hypothèse donne une idée de l?enjeu
économique, et permet de traiter les déchets textiles qui seront collectés en plus pour atteindre les
objectifs de collecte
Le niveau actuel du soutien au CSR prévu dans le cahier des charges est de 80 euros pour le tri
et de 80 euros pour la préparation et le traitement avec une baisse graduelle chaque année
jusqu?en 2028. Cette réduction du soutien ne parait pas opportune au moment où le CSR risque
d?être le seul exutoire facilement mobilisable. Il faudrait au contraire que la filière développe une
capacité supérieure de traitement des TLC.
Recommandation 3. [DGPR] Modifier le cahier des charges de Refashion pour renforcer
le niveau de soutien au CSR tant que les solutions de recyclage seront insuffisantes
pour faire face à l?augmentation de la collecte et à la réduction des exportations.
1.3 Les conséquences sanitaires et environnementales des
textiles et de leurs déchets
La mission s?est attachée à étudier les conséquences sanitaires, sociales et environnementales
des déchets textiles mais aussi celles de l?industrie du textile neuf.
1.3.1 En amont, les pollutions générées par l?industrie textile
La production de textiles génère de nombreux impacts environnementaux. Le polyester utilisé pour
les seuls textiles, qui est la matière première la plus produite, nécessite l?usage de 70 millions de
barils de pétrole par an dans le monde pour sa fabrication.
La culture du coton, première fibre végétale, est la première culture consommatrice de pesticides
au monde, mobilisant plus de 10 % des volumes épandus. Au stade de la fabrication, la teinture
des vêtements est également mobilisatrice de substances toxiques qui finissent en grande partie
dans les milieux aquatiques : 20 % de la pollution des eaux dans le monde serait ainsi imputable
à la teinture et au traitement des textiles.
Le secteur textile représente 10% de la consommation plastique (45,2 millions de tonnes en
2020)28. Les vêtements comportant des matières synthétiques relâchent à chaque lavage des
microfibres plastiques équivalant à plus de 24 milliards de bouteilles plastiques par an. Par ailleurs,
28 Les impacts des plastiques sur la santé humaine, Rapport de l?Office parlementaire d?évaluation des choix scientifiques et techniques (OPECST)
novembre 2024
https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0959652624036813#bib71 (1)
https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0959652624036813#bib182 (2)
PUBLIÉ
https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0959652624036813#bib71
https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0959652624036813#bib182
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d?après l?Agence européenne de l?environnement, près 35% des microplastiques primaires29 émis
dans les océans proviennent du secteur textile. L?industrie du textile représente environ 10 % des
émissions de gaz à effet de serre soit bien plus que les secteurs aérien et maritime réunis et ce
niveau pourrait même atteindre 26 % en 2050 si les tendances actuelles de la consommation se
poursuivaient. Elle génère 40 millions de tonnes de déchets par an, la plupart étant incinérés ou
mis en décharge.
Le secteur textile était en 2020 la troisième plus grande source d'utilisation des terres. Cette année-
là, il a fallu en moyenne 9 m3 d'eau, 400 m2 de terrain et 391 kg de matières premières pour fournir
des vêtements et des chaussures pour chaque citoyen de l'UE.
Selon l?Agence européenne pour l?environnement, l?empreinte carbone des textiles achetés dans
l?UE en 2020 est de 270 kg par personne, à comparer à l?empreinte carbone d?un Européen qui est
de 7,8 tonnes.
Une étude de l'ONU a estimé qu?en suivant les tendances actuelles l?empreinte carbone des
produits textiles pourrait augmenter de 60% d?ici 2030.
1.3.2 En aval, les impacts des déchets textiles sur
l?environnement et la santé humaine
L?exposition aux produits chimiques toxiques
La fabrication des vêtements mobilise de nombreux produits chimiques, parfois toxiques (phtalates,
formaldéhyde, composés perfluorés, alkylphénols 30). Une partie de ces produits reste présente
dans les vêtements durant tout leur cycle de vie. Ils sont très surveillés dans les pays occidentaux,
et beaucoup moins dans les pays de fabrication à bas coût de main d?oeuvre, notamment avec
l?essor de la fast fashion et l?envoi de colis de petite taille. Lorsqu'ils sont brûlés, ces textiles
contenant ainsi beaucoup de polymères libèrent des composés organiques volatils (COVs), des
particules fines et des gaz toxiques. Les déchets de ces produits ont des impacts qu?ils soient mis
en décharge ou incinérés. L?ONG WRAP estime à près de 200 les types de composants polluants
relargués dans l?environnement31. Néanmoins, les déchets envoyés en décharge ou incinérés en
Europe sont traités dans des installations encadrées par des règles européennes sur les émissions
industrielles et la gestion des déchets qui sont régulièrement tenues à jour.
Impacts sur la qualité de l'eau
Lorsque les déchets textiles, en particulier ceux contenant des fibres synthétiques se retrouvent
dans l'eau, ils libèrent pour une grande partie des microplastiques primaires (moins de 5 mm) qui
pénètrent dans les systèmes aquatiques et se retrouvent dans la chaîne alimentaire.
Impacts sur la qualité de l?air
L'incinération des déchets textiles, notamment dans des pays où la gestion des déchets est
insuffisante voire inexistante, génère une pollution de l'air. Les textiles composés de fibres
synthétiques à base de polyester, nylon ou acrylique, lorsqu?ils sont brûlés, libèrent des composés
organiques volatils (COVs), des particules fines et des gaz toxiques. Ces substances ont des effets
néfastes sur les voies respiratoires, notamment des irritations, des maladies pulmonaires
chroniques, et peuvent augmenter le risque de cancer à long terme pour les personnes exposées
à ces fumées.
29 Les micro-plastiques primaires sont intégrés volontairement dans les produits et les micro-plastiques secondaires résultent de la dégradation
dans l?environnement d?objets comportant du plastique (cf. rapport de l?IGEDD : La pollution par les micro-plastiques d?origine textile page 14)
30 https://www.ineris.fr/fr/ineris/actualites/textile-substances-chimiques-entourent
31 https://www.wrap.ngo/what-we-do/transform-textiles
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Impacts sanitaires
Les déchets textiles, en particulier lorsqu'ils sont abandonnés dans des décharges à ciel ouvert ou
dans des déchetteries peu organisées et disposant de peu de moyens, peuvent devenir un terrain
propice à la prolifération de bactéries et de champignons.
Les tissus en contact avec des matières organiques ou de l'eau stagnante peuvent être contaminés
par des pathogènes comme les bactéries (par exemple, E. coli, Salmonella) et des champignons
(par exemple, Aspergillus ou Candida). Les personnes qui manipulent ou vivent à proximité de ces
déchets risquent donc des infections cutanées, des maladies respiratoires et d'autres problèmes
de santé, notamment en raison de l'inhalation ou du contact direct avec ces contaminants.
De manière générale l?exposition des populations en proximité de décharges à ciel ouvert et de
sites d?incinération de textiles contribue à dégrader la santé humaine. Ces nuisances sont de tous
ordres. En 2019, l?ANSES a réalisé une première expertise sur les risques sanitaires auxquels sont
exposés les professionnels du secteur de la gestion et de la valorisation des déchets. Elle
recommandait d?investiguer plus finement notamment dans le secteur des déchets textiles,
estimant qu?il présentait un potentiel de risques chimiques et/ou biologiques indéterminés32 mais
qu?a priori, le risque chimique est jugé faible et le risque biologique limité.
Mais il ne fait pas de doute que les personnes travaillant dans le secteur de la collecte, du tri, du
recyclage et dans les décharges de déchets textiles s?exposent à des risques sur leur santé
puisqu?ils sont en contact direct avec des tissus de toutes natures pouvant contenir et libérer des
colorants chimiques et polluants (notamment dans le cas d?incinération). Lors des visites effectuées
sur les sites, la mission a constaté l?absence de protections (masques, gants) et de renouvellement
de l?air dans les installations. Ce constat peut sembler anecdotique par rapport à ce qui est vécu
par les populations destinataires des textiles de seconde main, néanmoins ces risques sanitaires
en France devraient être plus sérieusement pris en compte.
Les émissions de GES lors du traitement des déchets
En Europe, lorsque les textiles deviennent des déchets, ils sont généralement traités de trois
manières :
? Incinération : selon la composition du textile, l'incinération de 1 kg de déchets textiles peut
libérer entre 1,5 et 2,5 kg de CO? dans l?atmosphère.
? Recyclage et réutilisation : qui réduit l'empreinte carbone par rapport à l'incinération ou à
l'enfouissement. Le recyclage de textiles peut réduire les émissions de CO? de 50 à 75 %
par rapport à la production de nouveaux textiles mais les données restent à confirmer en
raison de l?absence de déploiement de processus à l?échelle industrielle et mondiale.
? Mise en décharge : les textiles jetés en décharge se décomposent lentement. Pour les
matériaux organiques comme le coton ou la laine, cette dégradation produit du méthane
(CH?), un gaz à effet de serre 25 à 28 fois plus puissant que le CO?. Les déchets textiles
représentent environ 5 % des déchets municipaux mondiaux ; une grande partie finit dans
les décharges notamment dans les pays où les structures de recyclage n?existent pas.
1.3.3 L?accélération des impacts environnementaux et
sanitaires liée à la Fast-fashion
Les impacts environnementaux et sanitaires se sont amplifiés avec l?arrivée de la mode éphémère,
32 Risques sanitaires pour les professionnels de la gestion des déchets en France, avis de l?ANSES novembre 2019 :
https://www.anses.fr/fr/system/files/CONSO2016SA0137Ra.pdf p.211
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dénommée fast-fashion 33 dans les années 1990 (par exemple Zara, H&M), et encore plus avec
l?ultra fast-fashion (notamment avec Shein) à partir des années 2000. Ce type de marketing, qui
repose sur des vêtements souvent de mauvaise qualité mais très bon marché, se traduit par une
croissance exponentielle de la consommation et donc des déchets.
Ce sont ces millions de pièces fabriquées dont les qualités varient et les quantités augmentent
chaque année qui ont un impact direct sur les ressources, l?énergie, le climat, la santé humaine et
la biodiversité. Certaines initiatives regroupant des fabricants, ONG, metteurs sur le marché,
chercheurs, consultants donnent accès à des outils permettant d?identifier et de mesurer
l?empreinte carbone de ces fabrications en vue de créer un effet de retournement dans la
conception pour favoriser la durabilité et la réutilisation mais rares sont ceux qui s?en saisissent.
1.4 Le cadre juridique ne permet pas de juguler le volume des
exportations de déchets textiles
1.4.1 Un encadrement juridique des déchets textiles à
plusieurs niveaux
Jusqu?à présent, trois grandes séries de textes, multilatéraux, européens et nationaux concernent
les déchets textiles et leurs exportations :
? le droit des déchets : la directive n° 2008/98/CE du 19 novembre 2008, modifiée, relative
aux déchets, dite directive cadre sur les déchets, en cours de révision, transposée dans le
droit national ;
? le droit des transferts transfrontaliers des déchets :
o la convention de Bâle du 22 mars 1989, modifiée, sur le contrôle des
mouvements transfrontières de déchets dangereux et leur élimination ; cette
convention vise à protéger la santé humaine et l?environnement contre les
effets nocifs que peuvent produire la production, les mouvements
transfrontières et la gestion des déchets dangereux et d?autres déchets ; la
France, partie à la convention, l?a ratifiée en 1992 ; l?Union européenne (UE)
est également partie à la convention de Bâle depuis 1994 ;
o le règlement n° 1003/2006 du 14 juin 2006, modifié, concernant les transferts
de déchets, transposant dans le droit de l?UE la convention de Bâle ; ce
règlement a été formellement remplacé par le règlement n° 2024/1157 du 11
avril 202434 ;
o la décision de l?OCDE C(2001)107/final sur le contrôle des mouvements
transfrontières de déchets destinés à des opérations de valorisation
qui s?applique à l?intérieur de la zone OCDE ;
? la règlementation douanière et plus précisément le règlement n° 952/2013 du 9 octobre
2013 établissant le code des douanes de l?Union, le règlement délégué n° 2015/2446 du
28 juillet 2015 complétant ce premier règlement et le règlement n° 2658/87 du 23 juillet
1987, modifié, relatif à la nomenclature tarifaire et statistique et au tarif douanier commun
et le code douanier national.
33 cf. note de bas de page n° 21.
34 il reste en vigueur jusqu?à la date d?application des dispositions du règlement de 2024 qui varie de mai 2024 à mai 2027 ;
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1.4.2 Des notions qui prêtent à de multiples interprétations
(déchet, fripe, réemploi, réutilisation, don)
Tous les textes précités s?accordent sur une définition très large du déchet mais qui n?est pas
homogène : toute substance ou objet qu?on élimine ou qu?on a l?intention d?éliminer selon la
convention de Bâle ; tout produit ou toute substance ou objet dont le détenteur se défait ou dont il
a l?intention de se défaire selon la directive cadre déchet ou la législation française35:
1.4.2.1 La révision de la directive cadre déchet clarifie la notion
de déchet textile
En ce qui concerne les fripes, c?est-à-dire des vêtements d?occasion, aussi dénommées « de
seconde main », elles se présentent sous deux formes juridiques en droit national :
? le réemploi (art L. 541-1-1 du code de l?environnement (CE)) : le textile n?a pas été jeté et
n?est pas passé par le stade de déchet ; il est réemployé pour le même usage qu?à son
origine. C?est le cas par exemple lorsque des vêtements sont directement donnés ou
vendus par des particuliers à des personnes, ou par l?intermédiaire de sites marchands
(Vinted, Le bon coin?). Cette seconde main échappe à la notion de déchets et ne devrait
donc pas être comptabilisée dans les statistiques des déchets ;
? la réutilisation (art L. 541-1-1 du CE) : dans ce cas, le textile a été abandonné par son
producteur et détenteur, il est donc devenu un déchet mais est utilisé à nouveau et reste
cependant un déchet tant qu?il n?est pas sorti du statut de déchet (voir le 1.4.3 sur cette
notion).
La révision de la directive cadre déchet a clarifié la notion de déchet textile. Est considéré comme
déchet textile tout TLC usagé qui fait l?objet d?une collecte séparée (cf article 22d) 2). Mais pour
encourager la réutilisation, elle introduit une nouvelle dérogation en prévoyant que cette
présomption est renversée lorsque le TLC, déposé par l?usager final, est « directement » jugé
« professionnellement » « apte au réemploi » par l?opérateur du réemploi ou une entité de l?ESS
(cf article 22 d) 3)36.
Pour la mission, cette évolution du texte permet de faire sortir du statut de déchet les TLC usagés
déposés à un point de collecte dès lors qu?une opération de tri immédiate est réalisée à ce même
point de collecte. En pratique, cette dérogation ne devrait concerner que les recycleries qui
revendent sur place et les associations caritatives qui redonnent les TLC localement. En
revanche, les reliquats de ces opérations de vente ou de don devraient redevenir des
déchets.
La directive (art 22d point 5 d)) prévoit d?appliquer les critères de la SSD pour la mise en oeuvre de
la dérogation du 3 de l?article 22d. En vertu de l?article 6 de la directive cadre déchet, un produit ne
peut sortir du statut de déchet que s?il « n?aura pas d?effets globaux nocifs sur l?environnement et
sur la santé humaine ». La Commission doit adopter des critères plus fins en application de ces
dispositions. La mission propose qu?un de ces critères de la SSD valant droit à l?export soit la
capacité des pays importateurs à traiter les déchets TLC, en s?inspirant du règlement 2024-1157.
Autrement dit, aucune SSD ne devrait être accordée à des produits destinés à des pays
importateurs qui ne figurent pas sur la liste des pays vers lesquels les exportations de
déchets sont autorisées par la Commission en application de l?article 41 du règlement 2024-
1157.
35 Article 3 de la directive cadre déchet définit ainsi le déchet : « toute substance ou tout objet dont le détenteur se défait ou dont il a l'intention ou
l'obligation de se défaire ». ; pour l?article L. 541-1-1 du code de l?environnement, le déchet est « toute substance ou tout objet, ou plus généralement
tout bien meuble, dont le détenteur se défait ou dont il a l'intention ou l'obligation de se défaire »
36 A défaut de version française officielle du texte final de la révision de la directive cadre déchet, les termes en italique résultent de la traduction
réalisée par la mission
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En revanche, des exigences d?un minimum de traçabilité de cette SSD sur le point de collecte sont
prévues par la directive révisée.
Aucun article de la directive n?explique comment interpréter et garantir le jugement de niveau
professionnel permettant de considérer que le TLC usagé est apte à la réutilisation et n?est donc
pas un déchet. Cependant, son considérant 48 explique que cette appréciation ne doit pas être
laissée au consommateur final mais à ceux qui reçoivent le TLC usagé au point de collecte et qui
doivent être formés, ou suivre des directives ou lignes directrices (guidelines). Le considérant 49
indique que la Commission est chargée de définir, dans le cadre d?un acte délégué, les critères de
sortie du statut de déchet (SSD) spécifique aux textiles sur la proposition du Joint Research Centre
(JRC) (sur ce point voir aussi 1.4.2.3).
Pour éviter un usage excessif, voir frauduleux de cette nouvelle « SSD », la mission préconise de
prêter une attention particulière aux formations qui seront requises et aux principes directeurs ou
directives qui seront élaborés pour garantir la qualité et l?intégrité du « jugement professionnel »
du tri à opérer, à l?occasion des discussions sur l?acte délégué de la Commission sur la SSD.
L?éco-organisme pourrait être chargé de contrôler la mise en oeuvre effective de ce dispositif,
incluant formation et principes directeurs et de sanctionner ceux qui ne le respecteraient pas,
comme par exemple via une suspension du contrat ou des aides.
Dans tous les cas, il faudra assurer la traçabilité de tous les déchets textiles et tous les textiles
sortis du statut de déchet. La mission considère d?ailleurs que les organismes de l?ESS qui gèrent
des déchets textiles doivent être soumis aux mêmes obligations de suivi et de rapportage que les
autres acteurs et qu?il ne parait pas nécessaire de mettre en oeuvre la faculté offerte par la directive
de les en exonérer en cas de formalités administratives jugées « disproportionnées » par ces
entités (article 22 c) 10).
Par ailleurs, la SSD doit être contrôlable et contrôlée, ce qui n?est pas le cas aujourd?hui.
Recommandation 4. [DGPR] : Transposer la révision de la directive cadre déchets en
maintenant pour les textiles la définition la plus large possible du déchet et en étant
plus exigeant sur les critères de sortie de statut de déchets, notamment sur la
capacité des pays destinataires à traiter les déchets afin de limiter les impacts
sanitaires et environnementaux
Propositions opérationnelles :
4 a) Pour limiter la mise en oeuvre de l?exemption du statut de déchet prévue par la révision
de la directive cadre déchet, veiller à la définition des formations des acteurs du tri sur les
points de collecte et à l?élaboration des guides à leur attention prévus par la directive
révisée et demander à Refashion d?en contrôler le respect.
4 b) Exploiter au maximum les facultés offertes par la directive révisée pour renforcer et
garantir la traçabilité des textiles usagés et des déchets textiles sortis du statut de déchets
jusqu?à leur revente à des particuliers ou leur fin de vie.
Le texte de la révision de la directive cadre déchets, issu du compromis de mars 2025 comporte
d?autres éléments intéressants, comme par exemple :
? la création d?une responsabilité élargie des producteurs (REP) pour la filière textile pour
tous les metteurs en marché à l?exception des tailleurs. A noter par ailleurs qu?alors que la
REP française en vigueur est limitée aux TLC ménagers, la directive l?élargit aux TLC
professionnels de même nature que les TLC ménagers. La possibilité de mise en place de
systèmes individuels pourrait devenir impossible. Ce dispositif conforterait le système
français sans l?affecter véritablement car aucun système individuel n?est agréé en France ;
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concernant les plateformes en ligne, elles seront soumises à des obligations spécifiques et
devront notamment s?assurer que les producteurs qui utilisent leurs services respectent la
REP ;
? l?obligation pour chaque Etat membre de tenir un registre des fabricants, importateurs,
distributeurs de TLC, sauf s?il s?agit de TLC usagés jugés aptes au réemploi ; la
Commission devra mettre en place dans les 30 mois suivant l?entrée en vigueur de la
directive un site regroupant l?ensemble de ces registres ; ces dispositions devraient
permettre une meilleure traçabilité et assurer un meilleur contrôle des obligations pesant
sur les acteurs ;
? l?obligation de tri avant toute exportation et l?obligation d?accompagner le produit d?une
information sur l?entreprise ayant accompli cette opération de tri ;
? l?obligation de soumettre le tri aux critères actualisés du marché destinataire ; sur le principe,
cette disposition constitue une clarification positive ; en outre, comme la mission le propose,
elle cherche à faire coïncider les TLC triés et exportés avec la demande locale ; elle soulève
néanmoins la question de sa mise en oeuvre concrète et de son contrôle ; la
recommandation 3 pourrait être mise en oeuvre pour la transposition de cette obligation ;
? l?harmonisation des critères de modulation des contributions financières en fonction de
l?éco-conception au sens du règlement éco-conception (voir une présentation de ce
règlement au 2.2.2.2) pour favoriser l?éco-conception et décourager les dérives de la fast
fashion ; l?idée ne peut qu?être saluée et éviterait que la France ne fasse cavalier seule
contre la fast fashion ;
? la possibilité pour les Etats-membres de moduler les contributions financières sur la base
des pratiques ayant une incidence sur la durée de vie des produits ; l?article 22 c) 3 a) vise
ici la mode dite éphémère ;
? la publication par les organismes de l?ESS comme par l?éco organisme du taux
d?exportation des textiles jugés aptes au réemploi et des déchets textiles ; même s?il aurait
été préférable de disposer des volumes et pas seulement du taux d?exportation, ces
informations permettront une meilleure surveillance des volumes et de la nature des
exportations des textiles usagés.
1.4.2.2 Au regard du droit des douanes, les fripes ne sont pas des
déchets mais le sont au regard de la convention de Bâle
La réglementation sur les transferts transfrontaliers de déchets vise à encadrer ces transferts très
rigoureusement lorsqu?ils portent sur des déchets dangereux (notifications qui sont en réalité des
autorisations) et de manière beaucoup plus légère (simple information) pour les déchets non
dangereux.
La convention de Bâle comme le règlement européen procède par croisement de listes de produits
et de critères de dangerosité. Les listes ont des noms différents mais sont identiques :
? Déchets dangereux : liste A (annexe VIII) de la convention de Bâle et liste orange (annexe
IV) des règlements de 2006 comme de 2024.
? Déchets non dangereux : liste B (annexe IX) de la convention de Bâle et liste verte (annexe
III) des règlements de 2006 comme de 2024.
Les déchets textiles sont considérés comme des déchets non dangereux et sont classés dans la
catégorie B 3030 dans le cadre de la convention de Bâle.
La réglementation douanière, quant à elle, comporte une nomenclature très fine et très précise
s?agissant des textiles. Les fripes sont classées au chapitre 63 du code des douanes et portent le
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code HS à 13 chiffres commençant par 6309. La liste des produits37 ainsi couverts n?évoque jamais
la notion de déchet même si elle souligne qu?ils sont « manifestement usagés ».
Le code HS commençant par 6310 regroupe pour sa part les « chiffons, ficelles, cordes et cordages,
en matières textiles, sous forme de déchets ou d?articles hors d?usage ».
En pratique, le présent rapport se centre sur le code HS 6309 qui semble le plus proche des TLC,
objets de la mission.
Ce sont les exportateurs qui attribuent des codes aux produits qu?ils exportent. Le service des
douanes vérifie à l?appui de documentations fournies par l?exportateur, la concordance des
nomenclatures douanières avec les désignations des articles et effectue parfois des contrôles
physiques, pour s?assurer de la véracité des informations et des codes HS mentionnés. Il a
d?ailleurs été indiqué à la mission que le service des douanes demandait aux exportateurs si leurs
fripes constituaient en tout ou partie des déchets. Il reconnait qu?il est incapable de savoir si le
produit exporté est un ou non un déchet et qu?en tout état de cause, les enjeux étant à ses yeux
faibles, il investigue peu cette question.
Il faut garder à l?esprit que si les articles exportés sont des produits sortis du statut de déchet et
non plus des déchets, ils ne seront pas soumis à la convention de Bale et au règlement
communautaire sur les transferts transfrontaliers, certains pays d?importation les accepteront ou
non, et les droits de douanes ne seront pas identiques.
Il apparait ainsi à ce stade une contradiction entre la nomenclature de la convention de Bâle
et celle du code des douanes, les articles de friperie constituant pour la première des déchets et
pour la seconde des produits.
La pratique des douanes ne parait pas conforme au règlement 2016/1245 du 28 juillet 2016
établissant un tableau de correspondance entre les codes de la nomenclature douanière et
les rubriques des déchets énumérées aux annexes III, IV et V du règlement n° 2013/200638.
En application de celui-ci, au code B 3030 correspondent 21 codes douaniers, dont le code HS
6309. Ce qui implique que les articles de friperie codifiés en 6309 doivent systématiquement être
considérées par le service des douanes comme des déchets, sauf si l?exportateur sont en mesure
de prouver qu?elles sont sorties du statut de déchet.
Recommandation 5. [DGDDI] : Adopter une instruction aux services des douanes leur
demandant de considérer systématiquement les produits classés en tant que fripes
comme des déchets sauf preuve formelle qu?ils sont sortis du statut de déchet.
1.4.2.3 Une notion de sortie de statut de déchets (SSD)
actuellement bien trop laxiste
L?article 6 de la directive cadre sur les déchets, qui n?est pas remis en cause par sa révision en
cours de publication, fixe les conditions générales dans lesquelles un déchet qui a subi une
opération de recyclage ou une autre opération de valorisation n?est plus considéré comme un
déchet. Cet article prévoit que la Commission prenne des actes d?exécution pour harmoniser au
sein de l?UE les critères de la SSD. Mais aucun acte d?exécution n?a été pris pour les textiles.
37 Code HS 6309 : Articles de friperie composés de vêtements, accessoires du vêtement, couvertures, linge de maison et articles d'aménagement
intérieur, en tous types de matières textiles, y.c. les chaussures et coiffures de tous genres, manifestement usagés et présentés en vrac ou en
paquets simples ficelés ou en balles, sacs ou conditionnements simil. (sauf tapis et autres revêtements de sol et sauf tapisseries) (source : Portail
européen des douanes, https://www.tarifdouanier.eu/2022/6309)
38 Ce règlement de 2016 a été adopté parce qu?il n?était « pas toujours possible d?établir une correspondance claire et complète entre les deux »
nomenclatures (Source : Considérants du règlement 2016/1245) https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:32016R1245
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Comme indiqué au 1.4.2.1, au considérant 42 de la révision de la directive cadre déchet, il est
demandé à la Commission d?adopter des critères spécifiques de SSD pour les déchets textiles.
L?article L. 541-4-3 du code de l?environnement, qui transpose l?article 6 de la directive cadre sur
les déchets, définit, pour l?ensemble des déchets, à quelles conditions cumulatives ils peuvent être
considérés comme n?étant plus des déchets :
? avoir subi un traitement ou une opération de valorisation, notamment de recyclage ou de
préparation en vue de la réutilisation,
? l?objet est utilisé à des fins spécifiques,
? il existe une demande ou un marché pour cet objet,
? il répond à des exigences techniques et aux normes en vigueur,
? et son utilisation n?a pas d?effets globaux nocifs pour l?environnement ou la santé humaine.
En application de cet article législatif et des articles D. 541-12-4 à D. 541-12-14 du code de
l?environnement, le ministre chargé de l?environnement fixe des critères plus précis de la sortie du
statut de déchet. S?agissant des déchets textiles, il faut se référer à l?arrêté du 11 décembre 2018
fixant les critères de sortie du statut de déchet pour les objets et produits chimiques ayant fait l'objet
d'une préparation en vue de la réutilisation ainsi qu?à l?arrêté du 25 février 2019 fixant les critères
de sortie du statut de déchet pour les chiffons d'essuyage coupés élaborés à partir de textiles
usagés pour un usage comme chiffons.
Sauf dans le cas de demande nouvelle pour une nouvelle catégorie de déchets, le producteur ou
le détenteur de déchets qui souhaite faire sortir du statut de déchet ces objets doit seulement
mettre en oeuvre les critères de l?arrêté de 2019 et en assurer la traçabilité en tenant un registre
(cf. article 4 de l?arrêté du 11 décembre 2018).
Ce dispositif, déjà peu contraignant, semble remis en cause par l?intervention de l?article 6 de
l?ordonnance n° 2020-920 du 29 juillet 2020 qui, en application de l?article 6 de la directive cadre
sur les déchets modifiée, a introduit un II à l?article L. 541-4-3. Cette disposition instaure une
présomption de compatibilité avec les critères de la sortie de statut de déchet si le déchet subit une
« opération de préparation en vue de sa réutilisation pour un usage identique » dès lors qu?il
respecte la législation et les normes en vigueur pour les TLC neufs. La préparation en vue de la
réutilisation consiste à contrôler, nettoyer ou réparer l?objet ou la substance (L. 541-1-1). Il suffirait
donc dans le droit actuel qu?un textile déposé dans un collecteur fasse l?objet d?un tri en vue d?un
usage identique et d?un contrôle (on peut se demander si le tri n?est d?ailleurs pas déjà une
opération de contrôle au sens de l?article L. 541-1-1) pour qu?il puisse sortir du statut de déchet.
Ces procédures de SSD, très légères, paraissent problématiques pour le bon suivi des textiles
usagés. La mission estime qu?il conviendrait de les renforcer afin de garantir la traçabilité de la
SSD et d?en permettre le contrôle La transposition de la révision de la directive cadre déchets et la
mise en oeuvre de son règlement d?application sur la SSD, théoriquement en 2026, devraient être
l?occasion d?un meilleur encadrement de la SSD (cf recommandation 4 sur l?établissement d?un
cahier des charges à l?exportation contrôlable par Refashion).
Actuellement, l?utilisation des arrêtés de SSD fait l?objet de très peu de contrôles. La mission a ainsi
constaté que la SSD est utilisée à l?exportation vers l?Afrique accompagnée de cahiers des charges
purement oraux.
Pour information, en absence de critères communs à l?ensemble de l?UE, la notion de SSD reste
actuellement nationale et ne vaut ni au sein de l?UE ni vis-à-vis des pays tiers vers lesquels les
produits sont exportés. Par conséquent, en application du IV de l?article L. 541-4-3 du code de
l?environnement, alors même qu?il a bénéficié d?une sortie de statut de déchet, le produit doit être
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exporté en tant que déchet sauf si l?exportateur démontre que le pays destinataire de cette
exportation n?a pas émis d?objection à la sortie de statut de déchet.
1.4.3 Une réglementation de l?exportation variable selon les
pays de destination qui n?est pas toujours respectée
Comme indiqué au 1.4.1, le droit des exportations de déchets résulte de la combinaison de
plusieurs textes internationaux (Convention de Bâle, décision de l?OCDE) et de règlements
européens qui les transposent au sein de l?UE. Les règles varient selon l?origine ou la destination
des déchets.
Le tableau ci-dessous (tableau 5) résume l?ensemble de la réglementation des exports et des
imports de déchets dans l?Union européenne.
Il en ressort que les exportations de déchets non dangereux comme les fripes vers les pays
n?appartenant pas à l?OCDE mais qui sont parties à la convention de Bâle, sont :
? interdites s?il s?agit d?éliminer ces déchets (voir l?article 34 du règlement) ;
? possibles s?il s?agit de les valoriser, si le pays d?importation l?accepte et l?a indiqué à la
Commission ; le pays peut les interdire, les soumettre à une procédure de notification
comme s?il s?agissait de déchets dangereux ou encore n?instaurer aucune procédure de
contrôle (article 37 du règlement).
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Tableau 5 : présentation synthétique de la réglementation des importations et des
exportations des déchets dans l?Union européenne selon leur pays d?origine ou de destination
(Source : site du ministère de la transition écologique39)
Le règlement 1418/2007 du 29 novembre 2007, modifié, présente les réponses données par les
Etats non OCDE parties à la convention de Bâle.
Le tableau 6 ci-après indique la position de certains Etats classés selon les volumes de fripes
importés de la France.
Pays, parties à la
Convention de Bâle, non
OCDE
Volumes exportés par
la France en tonnes
en 2022
Régime en application du
règlement 1418/2007
Pakistan 33 006 Absence de contrôle
Tunisie 30 886 Absence de contrôle
Émirats arabes unis 11 302 Interdiction
Haïti 7 376 Absence de contrôle
Togo 6 080 Interdiction
Madagascar 5 922 Notification et consentement
écrit préalable
Burkina Faso 5 185 Notification et consentement
écrit préalable
Sénégal 3 379 Absence de contrôle
Inde 2 278 Procédure de contrôle
spécifique
Rwanda 1 604 Interdiction
Benin 1 056 Notification et consentement
écrit préalable
Ghana 587 Procédure de contrôle
spécifique
Tableau 6 : Position de certains Etats d?importation non OCDE parties à la convention
de Bâle vis-à-vis des exportations de fripes de l?Union européenne (Source : mission
à partir des données douanières et du règlement 1418/2007)
Ce tableau montre de manière surprenante que dans les trois pays qui ont interdit l?importation
de déchets un volume conséquent de déchets textiles en 2022 est en réalité importé. Peut-
être par insuffisance de contrôles pour faire respecter la réglementation ou parce que les
déchets ne font que transiter dans une zone sous douane où ils peuvent être triés avant d?être
réexportés dans des pays voisins (cf. en annexe 7 les fiches pays).
39 https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/transferts-transfrontaliers-dechets
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1.4.4 Très peu de contrôles aux frontières et même en
France
Comme indiqué au 1.4.2.2, les contrôles aux frontières sont très rares et s?appuient sur les
déclarations faites par les opérateurs. Le Pôle national des transferts transfrontaliers de déchets
(PNTTD), autorité compétente française pour ces transferts en export, import et transit, service à
compétence nationale rattaché à la DGPR, n?est actuellement pas informé des flux de déchets de
TLC mais devrait l?être en 2026 lorsque la procédure sera totalement dématérialisée.
Par ailleurs, individuellement les collecteurs, trieurs, transporteurs, importateurs et exportateurs de
déchets textiles sont astreints de tenir et de mettre à jour des registres permettant de suivre le
devenir de ces déchets, mais ceux-ci n?étant ni dangereux ni inertes40, seuls sont obligés de les
déclarer à l?administration (L. 541-7 et R. 541-43 du code de l?environnement) dans le cadre du
« Registre national des déchets », les exploitants des installations d?incinération ou de stockage et
ceux dans lesquelles les déchets perdent leurs statuts de déchets.
La mission n?a pas pu savoir si l?administration contrôlait la mise en oeuvre de cette obligation.
En outre, en application de l?article R. 541-63, les exportateurs doivent notifier au PNTTD via
GISTRID (Gestion par Internet du Suivi des Transferts Internationaux de Déchets) des informations
sur les producteurs de déchets, les transporteurs de déchets, les installations d?élimination ou de
valorisation des déchets. A noter que l?annexe VII du règlement 2024/1157 prévoit en plus l?identité
de l?importateur. Cette plateforme, créée par l?arrêté du 23 juillet 2015, a pour finalités la gestion et
le suivi des demandes et documents transmis dans le cadre des transferts transfrontaliers de
déchets régis par les règlements communautaires.
Selon les informations recueillies par la mission, cette obligation ne serait presque jamais
respectée, notamment parce que l?application est difficile à renseigner.
Dans les faits, les sanctions portant sur des transferts de textiles sont très rares. alors que des
conteneurs entiers partent pour les Émirats arabes unis, seules cinq infractions ont été verbalisées ;
D?après le PNTTD qui n?est pas un service de contrôle mais qui apporte son appui à de tels services
(Douanes, Gendarmerie, inspection des ICPE?), 200 à 250 contrôles seraient réalisés chaque
année mais ils porteraient pour l?essentiel sur les déchets électriques et électroniques et des
véhicules hors d?usage.
1.4.5 Les obligations au titre des installations classées et la
connaissance des flux
Pour rappel, les installations classées pour l?environnement (ICPE), sont soumises à des régimes
administratifs en fonction des niveaux de dangers et inconvénients qu?elles présentent :
autorisation, enregistrement, ou déclaration du plus au moins impactant.
La filière de gestion des déchets textiles est principalement visée par deux rubriques de la
nomenclature des installations classées.
La première est la rubrique 271441 : « Installation de transit, regroupement, tri ou préparation en
vue de réutilisation de déchets non dangereux de papiers/cartons, plastiques, caoutchouc, textiles,
40 Les déchets non dangereux sont ceux qui ne présentent aucune des 15 propriétés de danger définies au niveau européen. Les déchets inertes
sont ceux qui ne subissent aucune modification physique, chimique ou biologique importante, qui ne se décomposent pas, ne brûlent pas, ne
produisent aucune réaction physique ou chimique, ne sont pas biodégradables et ne détériorent pas les matières avec lesquelles ils entrent en
contact d?une manière susceptible d?entraîner des atteintes à l?environnement ou à la santé humaine. (cf https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-
publiques/differentes-categories-dechets)
41 Cette rubrique est détaillée dans l?annexe 4 de l?article R. 511-9 du code de l?environnement
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bois, à l'exclusion des installations visées aux rubriques 271042, 271143 et 271944 ». Elles doivent
être déclarées si le volume susceptible d?être présent sur le site est supérieur à 100 m3 mais
inférieur à 1 000 m3 et enregistrées si ce volume dépasse 1 000 m3.
La seconde rubrique 2791 traite des « Installation de traitement de déchets non dangereux, à
l'exclusion des installations classées au titre des rubriques 2515, 2711, 2713, 2714, 2716, 2720,
2760, 2771, 2780, 2781, 2782, 2783, 2794, 2795 ou 2971 »
Aucune distinction n?est faite dans la liste des installations de ces rubriques pour identifier la nature
des produits gérés par ces sites. Une extraction des installations nominativement recensées dans
la base Géorisques au titre de cette rubrique montre plus de 2 000 installations pour la rubrique
2714 dont 1 400 sont soumises à enregistrement et 600 à déclaration. La mission considère que
la rubrique 2714 devrait prévoir des sous-rubriques dont une sur le traitement des déchets textiles
pour permettre l?identification des installations et en permettre le contrôle.
Cela étant, la réglementation ICPE vise à traiter les intérêts protégés cités à l?article 511-1 du code
de l?environnement à l?extérieur de l?installation. Mais elle ne recherche pas le bon traitement des
déchets à l?intérieur de l?installation. L?identification des sites traitant des déchets relève des
connaissances des DREAL ; Il est donc tout à fait possible de réaliser une action nationale ciblant
l?ensemble des centres de traitements des déchets textiles, centre de tri et installations avales
(usine de déchiquetage et de recyclage).
Enfin, la base de données des installations soumises à déclaration n?est pas à jour puisque,
s?agissant des déclarations, la saisie dans la base Géorisques n?a pas réintégré l?historique
antérieur à sa création.
Notons que sans être ICPE, les collecteurs qui collectent plus de 0,5 tonne de déchets textiles par
an devraient tous faire l?objet d?une déclaration en préfecture45. La mission constate par ailleurs
que les installations de déchets textiles ne sont pas citées dans les priorités nationales de
l?inspection des installations classées à la différence des installations de centres VHU et des
biodéchets. Le contrôle de la mise en oeuvre de l?obligation de collecte séparée des déchets est
en revanche prévu par les priorités nationales, mais seulement pour les professionnels. Il pourrait
être opportun d?étendre ce contrôle aux déchets textiles des ménages.
Enfin, la DGPR n?a qu?une connaissance très imparfaite des flux entre installations. En dehors des
installations classées, cette direction n?a pas d?information sur les acteurs de la filière de traitement
des déchets textiles impliqués dans le tri des déchets : tri, sur-tri, recyclerie, vente de fripes,
grossistes de fripes, recyclage. Elle ne dispose pas non plus d?information sur les modalités de
traitement des déchets.
Recommandation 6. [DGPR] : Mieux identifier et renforcer les contrôles des installations
classées réalisant des traitements de déchets textiles en application du titre V du
code de l?environnement sur les déchets.
Propositions opérationnelles :
6 a) Ajouter dans les priorités nationales du programme des ICPE, les installations
traitant les TLC (établissements, flux de déchets TLC, obligation de référencement et
de conventionnement (cf recommandation 7) et traçabilité (voir 1.4.6.1), collecte
séparée des déchets TLC).
42 « Installation de collecte de déchets apportés par le producteur initial de ces déchets, à l'exclusion des installations visées à la rubrique 2719 »
43 « Installation de transit, regroupement, tri ou préparation en vue de la réutilisation de déchets d'équipements électriques et électroniques, à
l'exclusion des installations visées à la rubrique 2719. »
44 « Installation temporaire de transit de déchets issus de pollutions accidentelles marines ou fluviales ou de déchets issus de catastrophes naturelles,
le volume susceptible d'être présent dans l'installation étant supérieur à 100 m³. »
45 Article R. 541-50 du code de l?environnement
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6 b) Créer une sous-rubrique « TLC » dans les rubriques 2714 et 2791 de la
nomenclature des ICPE pour identifier les installations traitant des déchets TLC.
1.4.6 Les obligations de traçabilité des déchets TLC, qu?ils
restent en France ou partent à l?exportation, ne paraissent ni
respectées ni contrôlées
1.4.6.1 Les obligations de traçabilité qui pèsent sur les
acteurs de la filière des déchets TLC
Comme précisé au 1.4.4, les collecteurs et les trieurs, doivent tenir un registre chronologique de la
réception, de l?expédition et du traitement des déchets en vertu de l?article R. 541-43 du code de
l?environnement. Un arrêté du 31 mai 2021 en fixe le contenu. Tous les déchets entrants et sortants
doivent y être consignés avec les codes qui leur sont attribués dans le cadre de la convention de
Bâle, et comporter les informations relatives notamment aux quantités exprimées en tonne ou m3,
l?origine, le mode de transport et la destination de ces déchets. Les entreprises qui traitent ces
déchets en vue de les faire sortir du statut de déchets doivent également tenir à jour un registre
chronologique.
Les installations de stockage et d?incinération et les installations effectuant une SSD des déchets
non dangereux non inertes, comme les déchets TLC, doivent renseigner ces informations dans la
base de données électronique centralisée dénommée « Registre national des déchets, terres
excavées et sédiments » depuis le 1er janvier 202246, intégrée depuis le 5 mai 2025 Trackdéchets.
La traçabilité ainsi imposée est particulièrement large que ce soit du point de vue des assujettis
(les associations sont par exemple expressément visées) ou de celui des opérations concernant
les déchets (transit, regroupement, collecte, tri, recyclage, sortie du statut de déchet, transport, les
opérations de négoces et de courtage).
Mais elle s?arrête au premier destinataire de l?exportation. Or, comme précédemment exposé, la
vie du TLC usagé exporté s?arrête rarement au premier importateur. Le textile usagé peut encore
faire l?objet de plusieurs tris, de recyclages, de reventes, de réexportations ou encore d?opération
d?élimination.
En outre, depuis le 1er janvier 2025, les exploitants des installations qui exercent une activité de
collecte, de transport, de négoce ou de courtage de déchets notamment textiles doivent délivrer
aux producteurs et précédents détenteurs de ces déchets une attestation « mentionnant les
quantités exprimées en tonnes, la nature des déchets qui leur ont été confiés l'année précédente
en vue de leur valorisation et leurs destinations de valorisation finale »47 . Cette obligation est
pénalement sanctionnée48 .
La mission ne sait pas si ces obligations sont respectées et n?a pas eu connaissance d?opérations
de contrôles par les services du MTE.
Pour améliorer la traçabilité des TLC usagés et assurer ainsi un meilleur fonctionnement de la
filière qui les gère, la mission propose, en complément de l?obligation de clauses contractuelles
entre les exportateurs et les importateurs mentionnée au 1.2.3.3 et dans la recommandation 2,
d?obliger tous les acteurs de la filière des déchets textiles à conventionner avec Refashion, comme
le code de l?environnement le prévoit pour les véhicules hors d?usage (VHU)49.
Ces contrats avec l?éco-organisme devraient imposer aux co-contractants la transmission des
46 https://rndts-diffusion.developpement-durable.gouv.fr/fr et décret n° 2021-321 du 25 mars 2021
47 Article D 543-284 du code de l?environnement
48 Article R. 541-78 18 du même code
44 Article L. 541-10-26 du même code50 Décret 2020-1758 du 29 décembre 2020 qui a notamment créé l?article R. 541-44-1 dans le code de
l?environnement et les arrêtés du 16 août 2021 et du 12 décembre 2022.
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données de traçabilité à l?éco-organisme. Cette obligation de conventionnement nécessiterait une
modification législative ainsi qu?une révision du cahier des charges de la filière TLC. Elle pourrait
être mise en place progressivement, d?abord via un simple référencement auprès de l?éco-
organisme.
La loi qui sera prise pour transposer la révision de la directive cadre déchet pourrait être l?occasion
d?instaurer cette obligation.
Recommandation 7. [DGPR] : Obliger tous les acteurs de la filière des déchets textiles
(notamment collecteurs, trieurs, exportateurs, préparateurs en vue de la SSD) dans
un premier temps, à se référencer, puis dans un second temps, à se conventionner
avec Refashion et renforcer le soutien à la collecte.
1.4.6.2 Les obligations de traçabilité qui pèsent sur Refashion
Jusqu?au 31 décembre 2022, les actions de reporting demandées à Refashion portaient sur les
quantités collectées puis réutilisées, le recyclage, la valorisation énergétique en CSR, la
valorisation énergétique hors CSR et les déchets mis en décharge.
Le reporting doit se faire dans GISTRID (base de données qui traite aussi des déchets au PNTTD,
cf 1.4.4) et dans la base de l?ADEME.
Depuis la loi précitée sur l?économie circulaire de février 2020, les éco-organismes doivent assurer
la traçabilité des déchets dont ils sont responsables jusqu?au traitement final de ceux-ci.
« Lorsque ces déchets quittent le territoire national pendant tout ou partie des étapes jusqu'au
traitement final, les éco-organismes sont tenus de déclarer auprès du ministre chargé de
l'environnement la nature, la quantité et la destination des déchets exportés » (art L. 541-10-
6 III du code de l?environnement). Compte tenu de la date de publication des textes d?application50,
ces dispositions sont effectives depuis le 1er janvier 2023.
Le cahier des charges de la filière REP approuvé par l?arrêté du 23 novembre 2022 modifié
mentionne dans ses orientations générales cette obligation de traçabilité qui se traduit par une
déclaration semestrielle via la plateforme GISTRID51 qui permet déjà aux exportateurs de déposer
et de consulter en ligne leurs demandes de transferts de déchets52.
Le PNTTD a indiqué à la mission que l?éco-organisme était très en retard dans le respect de son
obligation.
Dans la pratique, tous les exportateurs ne semblent pas avoir ouvert un accès à GISTRID et
Refashion a exprimé à la mission ses difficultés à collecter leurs données. Ainsi, sur la partie
exportation, Refashion ne dispose que des tonnages et des coordonnées du premier destinataire
déclaré par les exportateurs.
A ce stade, la mission a constaté que :
? Le type de réutilisation des TLC notamment en Europe ou dans les pays en développement
n?est pas documenté.
? Il n?y a pas de données sur les quantités de « brut de collecte » non traité en Europe et
exporté.
? Il n?y a pas de données sur les volumes d?exportations à fins de tri, de surtri (nouveau
50 Décret 2020-1758 du 29 décembre 2020 qui a notamment créé l?article R. 541-44-1 dans le code de l?environnement et les arrêtés du 16 août
2021 et du 12 décembre 2022.
51 Voir 1.4.4
52 Le PNTTD contrôle les notifications mais n?intervient pas dans le contrôle de la procédure « d?information ». Ce sont les services de gendarmerie
ou de douanes qui peuvent être amenés à vérifier l?existence et l?exactitude des documents nécessaires dans le cadre de cette procédure. (voir le
tableau 5 résumant les différentes procédures)
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tri exécuté sur un flux de déchets déjà trié).
? Pour le recyclage, on ne sait pas si le déchet textile sera recyclé en boucle fermée pour
refabriquer du fil textile ou en boucle ouverte en fil, rembourrage, couvertures, chiffons.
Refashion indique qu?il ne dispose pas de pouvoir de sanction contre les opérateurs qui ne lui
transmettraient pas d?informations et signale, qu?en tout état de cause lui-même comme ces
opérateurs ne connaissent que le premier destinataire du transfert et pas le destinataire final des
textiles. L?éco organisme explique qu?il n?est donc pas en mesure d?assurer un suivi exhaustif des
déchets exportés jusqu?à leur traitement final et que cette obligation s?ajoute à celles qui pèsent
sur les producteurs ou détenteurs de déchets qui procèdent à des transferts transfrontaliers de
déchets.
Les mesures précédemment proposées devraient permettre d?améliorer cette situation. Il serait
également souhaitable que Refashion ait accès aux déclarations faites par les exportateurs dans
le cadre de la réglementation sur le transfert transfrontalier des déchets. Pour ce faire, il pourrait
être envisagé de compléter le III de l?article L. 541-10-6 du code de l?environnement qui
définit les obligations de traçabilité imposées aux éco-organismes en précisant que le
« secret des affaires »53 ne peut être leur être opposé pour la collecte des données de traçabilité,
eux-mêmes étant tenus de ne pas divulguer d?information relevant de ce secret, comme le
prévoient d?ailleurs les futures dispositions des articles 22 c) et d) la directive cadre déchet.
La mission suggère qu?au titre de l?information des ménages producteurs de déchets, les données
de synthèse sur le devenir des textiles usagés collectés soient rendues publiques par Refashion.
53 Le secret des affaires est défini à l?article L. 151-1 du code du commerce
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2 Mieux et plus traiter les déchets textiles en France
Après avoir constaté que l?exportation des déchets textiles, qui représente environ la moitié des
ressources tirées de la vente de ceux-ci, est un élément essentiel pour l?équilibre de la filière, mais
qu?une part importante des textiles usagés envoyés à l?export étaient immédiatement incinérés ou
mis en décharge en générale sauvage à leur arrivée, la mission a essayé de trouver des solutions
pour limiter cet exutoire. Elle a examiné dans cette perspective les réglementations européennes
et nationales qui sont en cours de déploiement ou d?adoption ainsi que les projets de textes
internationaux et français. Au-delà, elle a également cherché à définir des mesures qui
permettraient d?augmenter le traitement en France des textiles en fin de vie.
2.1 Limiter et encadrer les exportations de déchets textiles et
de textiles usagés
2.1.1 Le règlement de 2024 devrait ralentir les exportations
si les fripes sont considérées comme des déchets
Le règlement 2024/1157 sur les transferts transfrontaliers de déchets entre en vigueur
progressivement.
Il est plus restrictif que le précédent règlement et comporte deux grandes innovations.
D?une part, d?après l?article 40, les exportations de déchets même non dangereux seront par
principe interdites vers les pays hors OCDE. Par exception, ces pays pourront recevoir les déchets,
s?ils le demandent et s?ils démontrent qu?ils ont mis en place et appliquent « toutes les mesures
nécessaires pour garantie que les déchets seront gérés d?une manière écologiquement
rationnelle » (art 42 et 59 du règlement).
D?autre part, les exportations de déchets non dangereux ne seront possibles que vers des
installations auditées par des tiers indépendants, pour valider leur capacité à gérer les déchets de
manière écologiquement rationnelle.
Par ailleurs, la personne qui organise le transfert devra notifier à la Commission les audits
demandés et reçus et ces notifications seront mises à la disposition du public.
La mission s?interroge sur la mise en oeuvre effective de ces dispositions. Quel sera le rôle des
États membres ? La Commission va-t-elle adapter ces exigences selon les capacités des pays à
se doter d?installations de traitement des déchets et de corps de contrôle ? L?indépendance de
l?auditeur sera-t-elle contrôlée ?
En tout état de cause, il va de soi que ces nouvelles règles n?auront d?effets sur les exportations
de textiles usagés que si ces produits sont considérés comme des déchets. Pour ce faire, il
faudrait que le règlement 2016/1245 du 28 juillet 2016 établissant un tableau de correspondance
entre les codes de la nomenclature douanière et les rubriques des déchets énumérées aux
annexes III, IV et V du règlement n° 2013/2006 soit effectivement mis en oeuvre.
Le règlement prévoit par ailleurs la mise en place d?un système centralisé qui permettra de
présenter et d?échanger toutes les informations et notifications reçues par les Etats membres dans
le cadre des transferts transfrontaliers de déchets. La Commission doit adopter courant 2025 pour
une mise en oeuvre à compter du 21 mai 2026 des actes d?exécution nécessaires à son
établissement. (Article 27 point 3)
Cette disposition est très intéressante en ce qu?elle permettra de mieux mesurer les mouvements
de déchets au sein de l?UE ainsi que les transferts transfrontaliers.
La mission estime que ce règlement doit être rapidement mis en oeuvre en déterminant le rôle des
services de l?Etat, de l?ADEME et de Refashion.
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Recommandation 8. [DGPR] : Mettre en oeuvre rapidement le règlement sur les transferts
transfrontaliers de déchets, après concertation avec les parties prenantes, en
définissant le rôle des acteurs en France (Administration, ADEME, Refashion).
2.1.2 La France porte une proposition de modification de la
convention de Bâle très radicale
La France pousse au sein de l?UE avec le Danemark, chef de file, et à un moindre degré la Suède,
une proposition de révision de la convention de Bâle qui tendrait notamment à soumettre à
notification (c?est-à-dire autorisation) les exportations de tous les déchets textiles non dangereux y
compris les fripes, qu?elles soient triées ou non, en créant pour eux un code Y50 relevant de
l?annexe II (examen spécial) ; cette classification conduirait à interdire les exportations de tout pays
de l?UE vers des pays non membre de l?OCDE en application de l?article 36 b) du règlement n°
1013/200654
Il s?agit donc d?une position très rigoureuse mais qui présente l?avantage d?une grande simplicité
de mise en oeuvre. L?exportation au départ de la France de toutes les fripes, qu?elles soient triées
ou non et quel que soit leur état, dans un pays non membres de l?OCDE, serait interdite.
Toutefois, compte tenu des intérêts économiques que représentent ces exportations pour l?Europe
et les pays tiers, il n?est pas certain que cette position puisse prévaloir au terme des négociations.
En outre, elle nécessiterait avant sa mise en oeuvre d?avoir trouvé en France de nouveaux exutoires
pour compenser ces interdictions d?exportation.
Sous cette réserve, la mission ne peut que soutenir cette position de la France.
Elle souligne néanmoins que l?intérêt de cette évolution de la Convention de Bâle ainsi que celui
du règlement de 2024 disparaitraient totalement si parallèlement l?Union adopte un règlement sur
la SSD trop ouvert qui conduirait à faire sortir du statut de déchet toutes les fripes dès lors qu?elles
sont triées. En effet, celles-ci échapperaient alors à la Convention de Bâle et au règlement de 2024.
2.2 La nécessaire augmentation des capacités de traitement des
textiles en fin de vie en France et en Europe
La mission a fait le constat que les capacités de traitement des déchets textiles sont limitées
quantitativement comme qualitativement.
2.2.1 Augmenter les capacités de recyclage et l?utilisation de
la fibre recyclée
Les filières de recyclage des TLC sont en France et en Europe peu développées et les débouchés
principaux sont essentiellement le bâtiment, l?automobile et les chiffons pour l?industrie. L?annexe
6 présente les solutions de recyclage.
La recyclabilité des textiles en fonction des technologies retenues (mécanique ? thermomécanique
? chimique-thermochimique) est un enjeu majeur pour limiter les volumes de déchets mais on peut
54 En effet les produits relevant de l?annexe II de la Convention de Bâle figure dans la partie 3 de l?annexe V du règlement 1013/2006
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constater que ce sujet n?a pas atteint sa phase de maturité lui permettant d?envisager le passage
à l?étape d?industrialisation.
L?ADEME a fait en 2023 une étude sur la recyclabilité des TLC. Elle évalue à 70 000 t et en
hypothèse haute à 137 000 t le potentiel de recyclage alors qu?entre 40 000 à 48 000 t sont
actuellement recyclées.
Il semble difficile, d?après les personnes interviewées, d?exiger un taux de recyclage optimum pour
l?ensemble des fibres entrant dans la composition des textiles car plus la matière subit des chocs
pendant sa phase de transformation et plus son fil deviendra fragile et court, ce qui en fera de fait
un déchet. Le recyclage du textile s?appuie donc sur une fabrication d?origine de qualité afin de
disposer de fil d?une longueur suffisante pour pouvoir envisager de constituer une bobine de fil à
tricoter ou à tisser.
Au-delà de la technicité, se pose la question des coûts et donc du prix de revient de l?article fabriqué
à partir de produits recyclés. Tous les interlocuteurs rencontrés s?accordent pour dire que bien que
nous maîtrisions plus ou moins bien la technologie, les coûts actuels de recyclage des textiles sont
élevés et ne sont pas compétitifs comparés au prix d?un article non recyclé et encore moins lorsque
ce même article est issu de la fast fashion. Certaines marques haut de gamme ou à valeur
technique s?y intéressent et financent la recherche et développement en France (CETI ? CETIA ?
ESTIA) avec pour objectif d?élaborer des collections textiles issues du recyclage des fibres et en
prévoyant la relocalisation de leur production sur le territoire national. Les perspectives sont
encourageantes mais on est encore loin de la conception d?une collection complète ; il s?agit
d?avantage d?une sélection de quelques produits dont les prix de vente au consommateur sont
élevés et qui offrent un niveau de marge suffisant pour les metteurs sur le marché. Ces « testeurs »
relèvent par contre que le choix d?élaborer un produit à partir de matières 100% recyclées est à la
fois exigeant dans sa technicité mais également au niveau de son style qui sera plus apuré, plus
basique et un peu moins « mode », ce qui n?est pas toujours du goût du consommateur.
Les primes versées par Refashion en fonction de l?incorporation de produits recyclés dans les
textiles mis sur le marché sont faibles55 et donc peu incitatives. Le cahier des charges de l?éco-
organisme prévoit que ces primes sont octroyées selon des critères de proximité précisées dans
le contrat type prévu à l?article R. 541-119 du code de l?environnement. En outre, il favorise le
recyclage en boucle fermée au détriment de la boucle ouverte56, alors que ce premier type de
recyclage est très exigeant, difficile à rentabiliser et finit par fragiliser la qualité des fibres. Ainsi le
dispositif de soutien n?encouragerait pas à développer en France une industrie du recyclage,
La mission propose que l?incitation soit beaucoup plus significative pour l?incorporation de fibres
recyclées collectées en France et pour la production de fibres recyclées en France ou en Europe.
Recommandation 9. [DGPR] : Modifier le système d?aide de Refashion pour soutenir
directement les fabricants de fibres recyclées en France/Europe ou permettre à l?éco-
organisme d?investir dans ces installations, que le recyclage soit en boucle ouverte
ou en boucle fermée.
55 1000 euros par tonne de matière recyclée incorporée dans le produit mis sur le marché s?il s?agit d?une boucle fermée, c?est-à-dire si matière
recyclée provient d?un déchet de la filière TLC et 500 euros si la matière recyclée provient d?une filière REP
56 Le recyclage en boucle fermée consiste à refaire du textile à partir de textiles, le recyclage en boucle ouverte entrante consiste à faire du textile
à partir de produits non textiles, le recyclage en boucle ouverte sortante consiste à faire des produits non textiles à partir de textiles
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2.2.2 Développer l?éco-conception pour augmenter la
durabilité, la recyclabilité, l?incorporation de TLC recyclé et la
réparabilité
La production de déchets est en lien direct avec les volumes de textiles qui pénètrent sur les
marchés. Le principe de la fast fashion est de proposer aux consommateurs des produits moins
chers, avec une très large gamme de choix. Le directeur général de La Poste a déclaré récemment
que parmi ses trois principaux clients, il y avait Shein et Temu, ces deux entreprises chinoises
leaders de la fast fashion.
Une étude de l?Institut français de la mode (IFM) (cf. tableau 7) montre qu?en France seuls 26%
des consommateurs attachent de l?importance aux impacts environnementaux et sociaux de leurs
achats de textiles.
Au regard de cette étude, le prix est le facteur le plus déterminant de l?acte d?achat en France. Le
rapport qualité-durabilité / prix est le second facteur. Mais dans des pays voisins comme
l?Allemagne, l?Italie, l?Angleterre et aux Etats-Unis, la qualité et la durabilité passent au 1er rang.
France Italie Allemagne Royaume-Uni Etats-Unis
Prix 59% 38% 43% 58% 57%
Qualité et durabilité 55% 61% 62% 61% 67%
Responsabilité sociale
et environnementale
26% 34% 28% 26% 28%
Authenticité 26% 36% 36% 26% 31%
Innovation et créativité 23% 32% 27% 24% 31%
Diversité et Inclusion 15% 22% 22% 18% 19%
Tableau 7 : Comprendre la mode soutenable, comportement de consommation des
jeunes adultes - Understanding the sustainable fashion consumption behaviors of
young adults - (Source : Chair IFM 2 juillet 2024 retraité par la mission)
2.2.2.1 Les obligations de Refashion en matière d?éco-conception
Le cahier des charges des éco-organismes de la filière REP TLC de 2022 consacre son deuxième
chapitre à l?éco-conception, montrant ainsi l?importance qui s?attache à de telles actions.
Le développement de l?éco-conception passe par la prise en compte d?un certain nombre de
paramètres depuis l?origine de la fabrication du produit et de son élaboration et bien en amont de
la décision finale d?achat. Très peu de marques établissent leurs collections avec des
préoccupations d?éco-conception.
Le cahier des charges de Refashion prévoit d?attribuer des primes ou des pénalités aux
producteurs qui répondent ou non à certains critères d?éco-conception.
Toutefois, la mise en oeuvre de telles mesures est reportée dans le temps s?agissant de la
recyclabilité et l?affichage environnemental.
En effet, il était demandé à Refashion, de réaliser une étude en lien avec l?Ademe sur la
recyclabilité des TLC et de la remettre, avec des propositions de primes et de pénalité, au ministre
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chargé de l?environnement avant le 1er janvier 2024. Une étude a été réalisée en décembre 2023
et propose quatre critères de recyclabilité pour les textiles et linges de maison (notamment limiter
le nombre de matières à deux hors élasthanne, ce dernier composant étant limité en pourcentage)
et deux pour les chaussures. Une seconde étude devait être réalisée pour permettre d?établir des
primes et des pénalités robustes. Refashion a également établi un plan d?action mais il n?est pas
chiffré. Ce document ne permet pas de connaître le coût des mesures proposées et les ressources
nécessaires, ainsi que les retombées économiques.
De même, le cahier des charges prévoit que l?éco-organisme propose des primes et pénalités
associées à l?affichage environnemental six mois après la parution du décret fixant la liste de
des produits soumis à tel affichage57. Or, à la date de finalisation du présent rapport, ce décret
n?était pas encore paru (cf 2.3.1)
En revanche, depuis le 1er janvier 2023, les éco contributions des producteurs sont modulées selon
des primes associées à des critères de durabilité telle que définie à l?annexe III du cahier des
charges58 (par exemple : boulochage, aspect après lavage, résistance à l?abrasion?), soit 0,70
euro pour les 100 000 premières pièces par catégories de produits mises sur le marché : 0,07 euro
au-delà.
Refashion s?est engagé à revoir les barèmes en fonction des résultats du bilan au 1er juillet 2024
des surcoûts liés aux exigences de durabilité. Depuis le 1er janvier 2023, les éco-contributions sont
modulées selon les primes associées à la certification par un ou plusieurs labels
environnementaux (Ecocert Textile, Oeko-tex Made in green, Bluesign, Fairtrade, Ecolabel
européen, Demeter, Gots, Bioré)59, soit 0,30 euro pour les 100 000 premières pièces par catégorie
de produits mises sur le marché et 0,03 euro au-delà.
Enfin, comme indiqué précédemment, des primes sont prévues pour encourager le recyclage.
Il est à noter qu?aucune prime n?est prévue si la matière recyclée provient de chutes de tissus ou
d?invendus.
Rapportées aux montants des éco-contributions60, ces modulations peuvent être importantes pour
les metteurs sur le marché. Par exemple, pour un tee-shirt homme labélisé, l?éco-contribution est
de 0,036 euro et l?éco-modulation de 0,30 euro.
Toutes ces mesures en faveur de la prise en compte de l?éco-conception pourraient améliorer la
fin de vie des textiles mais elles restent, à ce stade, peu mises en oeuvre. Les éco-modulations ne
représentent que quelques centimes d?euros et n?ont donc pas d?effet sur l?acte d?achat.
Dans sa demande d?agrément Refashion prévoyait les évolutions suivantes pour les trois éco-
modulations (EM) durabilité, labels, intégration de matière recyclée.
57 Voir l?article L. 541-9-12 du code de l?environnement
58 Arrêté du 23 novembre 2022 portant cahiers des charges des éco-organismes et des systèmes individuels de la filière à responsabilité élargie du
producteur des textiles, chaussures et linge de maison (TLC) - https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000046600083
59 L?ADEME a analysé et comparé ces huit labels dans une fiche éditée en 2024, extraite de l?étude « 100 labels environnementaux recommandés
par l?ADEME »
60 https://refashion.fr/pro/sites/default/files/fichiers/BAREME_ECO_CONTRIBUTION_2025_REFASHION_FR.pdf
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Figure 17 : Évolution des éco-modulations entre 2023 et 2028 (Source : Demande
d?agrément de Refashion)
Les 62 M¤ qui seraient versées par l?éco-organisme en 2028 correspondent à 380 millions de
pièces pour la durabilité, 680 millions pour les labels et 8 000 tonnes pour l?EM incorporation de
matières recyclées.
Concernant la réparabilité, la mission a fait le constat que Refashion ne parle que de réparation
dans sa demande d?agrément et que les critères de réparabilité ne font pas l?objet d?éco-modulation.
2.2.2.2 D?importants changements vont intervenir avec le nouveau
règlement 2024/1781 sur l?éco-conception
Le règlement 2024/1781 du 13 juin 2024 dit éco-conception, établissant un cadre pour la fixation
d?exigences en matière d?éco-conception pour des produits durables, va introduire de profonds
changements sur les produits mis sur le marché dans presque tous les secteurs.
Mais ils vont se déployer progressivement, au fur et à mesure que la Commission prendra des
actes délégués. Ceux-ci doivent être adoptés à partir du 19 juillet 2025 et comporter chacun une
période transitoire d?adaptation de 18 mois minimum.
Les textiles font partie des produits qui feront l?objet des premiers actes délégués (horizon 2027).
Le règlement prévoit que les produits ne pourront être mis sur le marché que s?ils respectent des
exigences d?éco-conception à déterminer (par exemple durabilité, réparabilité, contenu recyclé,
recyclabilité, incidences environnementales et production prévue de déchets) et que s?ils sont
accompagnés d?un « passeport numérique » permettant à différents acteurs de disposer
d?informations environnementales disponibles sur les produits, leurs emballages, leur manuel
d?utilisation ou un site internet. Ce passeport fera aussi l?objet d?un acte délégué.
Selon la teneur des actes délégués, les textiles vendus en Europe pourraient être moins
générateurs de déchets : plus grande durée de vie, meilleure recyclabilité, valorisation de boucles
fermées de recyclages.
De son côté, le passeport numérique peut permettre une bien meilleure traçabilité des produits au
sein de l?UE, jusqu?à ce qu?ils quittent son territoire.
La phase actuelle de rédaction au sein de groupes de travail des actes délégués est donc
essentielle. Les services français qui participent à ces groupes doivent y être particulièrement
vigilants.
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Enfin, la Commission fixera, par un acte d?exécution spécifique, des exigences minimales
applicables à la commande publique.
2.2.3 La proposition de loi sur la mode éphémère, une
initiative intéressante
Le 30 janvier 2024, Mme Anne-Cécile Violland et plusieurs autres députés ont déposé à
l?Assemblée nationale une proposition de loi visant à réduire l?impact environnemental de l?industrie
textile. Celle-ci cherche pour l?essentiel à lutter contre la mode éphémère (fast-fashion et ultra fast
fashion). Ce texte a été adopté en séance publique le 14 mars 2024 puis transmis au Sénat.
Le 10 juin 2025, le Sénat a modifié en 1ère lecture la proposition de loi votée par l?Assemblée
nationale.
Il a choisi de ne plus réglementer la mode éphémère mais la mode « ultra express » en la
caractérisant par deux critères : un nombre élevé de nouvelles références de produits neufs mis
sur le marché excédant des seuils définis par décret et une faible incitation à réparer ces produits.
Sans se prononcer sur leur pertinence, la mission recommande de veiller, en lien avec les
parlementaires français comme avec l?ensemble des acteurs, à ce qu?ils soient le plus proche
possible des tentatives européennes pour encadrer la fast-fashion comme le prévoit la révision de
la directive cadre déchets (cf le 1.4.2.1).
Elle signale une disposition qui lui parait très intéressante dans la mesure où elle autoriserait les
échanges entre les différents agents de contrôles (en particuliers, inspecteurs de l?environnement,
agents des douanes et de la répression des fraudes). De tels échanges rendraient beaucoup plus
efficaces les contrôles réalisés sur les opérateurs de la filière amont et aval.
2.3 Aller plus loin avec des actions de sensibilisation sur les
impacts environnementaux et sanitaires des textiles et de
leurs déchets
2.3.1 L?affichage environnemental doit faire ses preuves
Aux termes de l?article L. 541-9-11 du code de l?environnement l?affichage environnemental vise à
informer les consommateurs « de façon fiable et facilement compréhensible » sur « l'impact
environnemental des biens et services considérés sur l'ensemble de leur cycle de vie. ».
Ces dispositions ont été introduites dans le code de l?environnement par l?article 2 de la loi n° 2021-
1104 du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la
résilience face à ses effets dite Climat et résilience61.
L?article 2 prévoit une expérimentation, notamment dans le secteur des textiles d?habillement62, en
la faisant suivre d?une évaluation et de l?adoption d?un décret rendant l?affichage environnemental
obligatoire, « prioritairement pour le secteur du textile d?habillement ».
Onze expérimentations ont été menées en 2022, sous le pilotage du CGDD et de l?ADEME, avec
plus de 400 études de cas et plusieurs dizaines de marques engagées. Un comité d'experts a
ensuite été mobilisé sur le secteur textile afin d'éclairer les travaux des pouvoirs publics et d'aider
à la construction de la méthode d'affichage environnemental.
Du 28 novembre au 19 décembre 2024, un projet de décret après avis du Conseil d?Etat et un
projet d?arrêté fixant, respectivement, les modalités de calcul et de communication du coût
61 Cet article annule et remplace l?article 15 de la loi Antigaspillage pour une économie circulaire -AGEC (loi n° 2020-105 du 10 février 2021).
62 Les autres secteurs dans lesquels des expérimentations étaient prévues étaient l?alimentation, l?ameublement, l?hôtellerie, l?électronique.
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environnemental des produits textiles ainsi que le cadre relatif à la signalétique et à la méthodologie
de calcul, ont été mis en consultation auprès du public63.
L?affichage environnemental, dénommé « coût environnemental », serait exprimé par un nombre
entier résultant de l?addition de points représentant les impacts environnementaux du produit tout
au long de sa vie qu?il soit neuf ou remanufacturé.
La méthode de calcul du coût environnemental proposé par ces textes s?appuie sur l?analyse de
cycle de vie (ACV), et notamment sur les travaux européens (« product environmental footprint »
(PEF)).
La méthode européenne fondée sur le PEF prend en compte actuellement seize impacts
environnementaux64. Le projet d?arrêté leur attribue des coefficients de pondération (par exemple
21,06% pour le changement climatique et l?écotoxicité de l?eau douce)
L?administration française propose de compléter le PEF notamment en ce qui concerne l?export
hors Europe de vêtements en fin de vie, le relargage des microfibres, la durabilité non-physique
liée aux pratiques des marques et la propension qu?ont les vêtements à être utilisés plus longtemps.
Ainsi la durabilité non-physique d?un vêtement serait estimée à partir de critères liés à l?action de
la marque ayant un impact sur la durabilité du vêtement. Les vêtements de marques
particulièrement vertueuses auraient un coefficient de durabilité élevé (1,5), à l?inverse les
vêtements issus de marques de type « ultra fast fashion » auront un coefficient de durabilité bas
(0,5).
En absence de données sur les destinations précises des vêtements et sur le devenir sur place de
ceux-ci en fin de vie, des approximations ont été retenues par Ecobalyse65. Elles se fondent sur
les travaux de l?Agence européenne de l?environnement, eux-mêmes se référant, selon ses propres
dires, à l?étude de la Fondation OR au Ghana. Ainsi, les hypothèses retenues seraient que « 38%
des vêtements utilisés pour la première fois sont collectés et triés », que « 49% des vêtements
triés sont exportés hors d?Europe » et que « 50 % des vêtements exportés hors d?Europe sont
directement jetés ». Au total « la probabilité qu?un vêtement en fin de vie soit exporté hors Europe
puis jeté est de 9% ».
Pour les vêtements synthétiques ce pourcentage s?élève à 12% car des études montrent que ces
vêtements sont moins réutilisés dans les pays de destination que des vêtements en fibres
naturelles.
Deux paramètres sont envisagés pour établir un complément à la méthode PEF s?agissant de
l?impact « export hors d?Europe » :
? la masse du vêtement (produit fini),
? sa probabilité de terminer sa fin de vie hors Europe sous forme de déchets, dont la valeur
par défaut dépend de la classification du produit (matières synthétiques66 ou naturelles).
Par exemple pour un jean pesant 450g et fabriqué en Inde, l'impact de la fin de vie serait fixé à 4%
s?il était composé totalement en coton ou 12% s?il était totalement synthétique.
Au total, il est très difficile pour la mission d?apprécier les effets de l?affichage de ce « coût
environnemental », tel qu?il est prévu par les projets de textes mis en consultation, sur l?acte d?achat
63 https://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/textes-reglementaires-fixant-les-modalites-de-a3105.html
64 Citons notamment l?acidification, le changement climatique, ?ecotoxicité de l?eau douce, l?utilisation de ressources fossiles, la toxicité humaine.
65 Ecobalyse est une startup de l?Etat qui permet d?estimer rapidement les impacts environnementaux des produits textiles et alimentaires
https://fabrique-numerique.gitbook.io/ecobalyse
66 Prenant en compte les réponses apportées pendant la consultation publique sur le projet d?affichage environnemental pour les produits textiles,
Ecobalyse considère que le vêtement rentre dans la catégorie "matières synthétiques" dès lors que les matières synthétiques représentent plus de
50% de sa composition pour s?aligner sur le seuil à partir duquel une information sur la présence de microfibres plastiques doit être présentée (cf le
point XI de l?article R. 541-228 du code de l?environnement)
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des textiles, compte tenu des approximations retenues et des marges d?erreur.
La mission estime qu?il serait utile de faire un bilan et de mesurer les impacts de l?affichage
environnemental dans le secteur des textiles deux ans après sa mise en oeuvre.
2.3.2 Dresser un bilan de l?étiquetage environnemental pour
les TLC
L?article L. 541-9-1 du code de l?environnement prévoit que les producteurs, importateurs et tout
autre metteur sur le marché répondant à certains critères, doivent selon les catégories de produits
considérées, mettre à la disposition du consommateur au moment de l'acte d'achat et sous un
format dématérialisé accessible sans frais, les informations sur les caractéristiques
environnementales des produits générateurs de déchets.
Pour les TLC, il s?agit essentiellement des informations sur l'incorporation de matières recyclées,
la recyclabilité, la traçabilité géographique des principales étapes de la fabrication du vêtement et
la présence de microfibres plastiques dès lors qu?elles représentent plus de 50% de la composition
des TLC 67.
Ces dispositions s?appliquent à l?ensemble des produits neufs vendus aux consommateurs faisant
l?objet d?une REP et notamment aux TLC. Il serait intéressant d?en dresser un bilan régulièrement
pour vérifier ses effets sur la consommation des ménages.
Par ailleurs, la mission regrette que ce pourcentage soit si élevé. Elle préconise au XI de l?article
R. 541-228 du code de l?environnement, de le ramener à 10% comme cela était initialement prévu
pour le critère « export » de l?affichage environnemental des produits textiles.
Néanmoins, sachant que la composition des textiles est actuellement souvent très mal renseignée
par les metteurs sur le marché, elle propose de reporter l?entrée en vigueur de cette obligation à
celle de l?acte délégué sur le passeport numérique pris en application du règlement 2024/1781 sur
l?éco-conception (cf. 2.2.3.2)
Recommandation 10. [CGDD] A compter de l?entrée en vigueur de l?acte délégué sur le
passeport numérique dans le domaine du textile, faire passer de 50% à 10% la
proportion de fibres synthétiques présentes dans les TLC au-delà de laquelle
l?information du consommateur sur le rejet de microfibres plastiques dans
l?environnement lors du lavage est obligatoire.
2.4 Développer la réparation et la seconde main pour retarder la
fin de vie des produits
Le bonus réparation dans les TLC existe depuis novembre 2023 en application de la loi AGEC
(article L. 541-10-4 du CE). Il permet aux consommateurs de bénéficier d?un soutien financier
auprès d?artisans réparateurs labellisés. Dans cette phase de démarrage, peu d?artisans ont été
labélisés (1 530 artisans pour 826 000 réparations en 2024)
La mission considère que cette initiative est intéressante, en développement et reste à poursuivre.
67 voir les III, VI, X et XI de l?article R. 541-228 du code de l?environnement.
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2.5 Augmenter les éco-contributions pour financer les mesures
nouvelles
Dans le cadre de sa demande de renouvellement d?agrément en décembre 2022, Refashion a
prévu une trajectoire financière de 2023 à 2028 lui permettant de faire face aux nouvelles
obligations du cahier des charges modifié en 2022 : sur la durée de l?agrément, le besoin de
financement de Refashion devrait passer de 93M¤ en 2023 à 294M¤ en 2028, soit une croissance
de 26% par an.
Dans une présentation des engagements qu?il a pris dans le cadre de son nouveau cahier des
charges68, Refashion donne les exemples suivants d?évolution de l?éco-contribution par type de
TLC : la contribution moyenne passerait de 2023 à 2028 :
? pour un t-shirt de 0,022 ¤ à 0,078 ¤ ;
? pour un sneaker (chaussure) de 0,084 ¤ à 0,264 ¤ ;
? pour une taie d?oreiller de 0,032 ¤ à 0,101 ¤.
Malgré cette forte croissance, la part de l?éco-contribution dans le prix des TLC restera faible. Selon
le rapport CGE/ IGEDD/IGF de juin 2024 « Performances et gouvernance des filières à
responsabilité élargie du producteur » (p. 19), les éco-contributions de la filière TLC représentaient
en 2021 0,27% du chiffre d?affaires de celle-ci. Cette part était la plus faible de celles des filières
REP examinées ; celles-ci restaient néanmoins en dessous de 1% sauf la filière des éléments
d?ameublement (2,45%).
Figure 18 : Tableau comparant la part des éco-contributions par filière REP (source :
Rapport IGF, IGEDD, CGE « Performances et gouvernance des filières à responsabilité
élargie du producteur », annexe III, juin 2024)
68 « Accélérer la transition vers une mode 100% circulaire, 6 ans pour transformer, 2023-2028, Refashion »
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Conclusion
Les exportations de déchets textiles et de textiles usagés suscitent l?émoi et de vifs débats en
termes éthiques et écologiques, en France mais aussi dans toute l?Europe. Remettre en cause cet
exutoire amène à porter un regard non seulement sur ce que deviennent les textiles usagés dans
les pays d?importation mais aussi sur la manière dont les pays exportateurs gèrent l?intégralité du
cycle de vie de ces produits, avant même qu?ils ne deviennent des déchets. S?il apparait qu?une
partie de ces TLC usagés correspond à de vraies demandes des pays importateurs, il ressort aussi
du présent rapport que les efforts de traitement de leur fin de vie en France sont notoirement
insuffisants.
Au cours de la mission, ces constats sont apparus comme de plus en plus partagés : la proposition
de loi sur la mode éphémère a finalement repris son examen au Sénat, l?UE vient d?adopter une
révision de la directive cadre déchets ciblés notamment sur les textiles, des tentatives existent
aussi pour réviser la Convention de Bâle. L?équilibre économique de la filière des déchets TLC
semble lui aussi fragilisé par des évolutions rapides de leurs flux internationaux.
Le moment est sans doute propice à des actions déterminées en faveur de la prévention, du
contrôle et du traitement de ces déchets sur notre territoire, actions qui ne pourront toutefois porter
leurs fruits que si la notion de déchet n?est pas vidée de sa substance par une approche trop laxiste
de la sortie du statut de déchet.
Emmanuel Clause
Michel Pascal
Catherine Rivoallon
Pustoc?h
Sabine Saint-Germain
Ingénieur général
des mines
Ingénieur général
des mines
Inspectrice générale
de l?environnement et
du développement
durable
Inspectrice générale
de l?environnement
et du développement
durable
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Annexes
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Annexe 1. Lettre de mission
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Annexe 2. Liste des personnes rencontrées
Nom Prénom Organisme Fonction
COISSARD Vincent
DGPR/ services des risques sanitaires liés
à l?environnement des déchets et des
pollutions diffuses/ sous direction des
déchets et économie solidaire
Sous-directeur
OURY Jean-Luc
DGPR/SRSEDPD/SDDEC/Pôle national
des transferts transfrontaliers des déchets
PNTDD
Responsable du pôle
BAILLET Emilie
DGPR/SRSEDPD/SDDEC/Pôle national
des transferts transfrontaliers des déchets
PNTDD
Adjointe du responsable du
PNTDD
BOHUON Maud
DGPR/SRSEDPD/SDDEC/Bureau de la
prévention et des filières à responsabilité
élargie du producteur
CAUSSADE Pauline
DGPR/SRSEDPD/SDDEC/Bureau de la
prévention et des filières à responsabilité
élargie du producteur
Chargée d?étude
TOUBOULIC Nolwenn ADEME Chargée de mission
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Nom Prénom Organisme Fonction
MARTINEZ Océane
DGPR/SRSEDPD/SDDEC/ bureau de la
planification et de la gestion des déchets
Chargée de mission
MOUTIER Laure
DGPR/SRSEDPD/SDDEC/ bureau de la
planification et de la gestion des déchets
Chargée de mission
JUST Samuel MTECT/cabinet
Conseiller économie
circulaire et prévention des
risques
BOLO Philippe
Député, co-auteur de l?amendement à
l?origine de l?article 6 II de la loi industrie
verte
Député
EVEN Astrid
DGE/ Sous-direction des industries de
santé, des biens de consommation et de
l?agroalimentaire
Directrice de projet Mode,
luxe et biens de
consommation
BAY France
DGE/ Sous-direction des industries de
santé, des biens de consommation et de
l?agroalimentaire
LANGLOIS Tom DGE
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Nom Prénom Organisme Fonction
COUREAU Audrey
CGDD/service de l?économie verte et
solidaire
Cheffe de service
MOIZO Juliette
CGDD/SEVS /SDE2 bureau des produits et
de la consommation durable
Cheffe de bureau
HANOT Julie
CGDD/SEVS/SDE sous-direction des
entreprises
Sous-directrice
DEGRAS Pascal CGDD/SEVS
Chef de projet affichage
environnemental
SOUVARY Charlotte Zero Waste
Responsable du plaidoyer
Zero Waste France
REILLE Clarisse Institut français du textile et de l?habillement Directrice Générale
DEBRUYNE Eva Institut français du textile et de l?habillement
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Nom Prénom Organisme Fonction
GARBOWSKI Carole Institut français du textile et de l?habillement
CLEOSTRATE Corinne DGDDI (Douanes)
sous-directrice des affaires
juridiques et de la lutte
contre la fraude
SIMONNEAU Florian DGDDI
Chef du bureau restriction
et sécurisation des
échanges
THIRIOT Céline DGDDI
Chef du bureau de la
politique des contrôles
MINOT Jean-Christophe
FEDEREC - Fédération Professionnelle des
Entreprises du Recyclage
Président
ESCOFFIER
François FEDEREC Président
DUPONCHEL Pierre FEDEREC Président Textile
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Nom Prénom Organisme Fonction
BURNAND Manuel FEDEREC DG
LECOQ Frédéric LACOSTE Directeur RSE
HARDY Maud REFASHION DG
TOUNSI GOFFIN Marc REFASHION
Responsable traçabiité à
la direction des opérations
MARSEILLE
Virginie REFASHION Directrice des opérations
VERBOUD
Margarita REFASHION
Responsable des affaires
juridiques et
institutionnelles
BALDINI
Sandra REFASHION
Directrice de la
communication
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Nom Prénom Organisme Fonction
LE MEUR Erwan PAPREC DGA
CAUDRON Jean-Charles ADEME
Directeur de la supervision
des filières REP
MARION Rolland ADEME
Directeur de l?économie
circulaire
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Annexe 3. Glossaire des sigles et acronymes
Acronyme Signification
ADEME
Agence de l?environnement et de la maitrise de
l?énergie
AEE Agence européenne de l?environnement
ANSES
Agence nationale de sécurité sanitaire de
l?alimentation, de l?environnement et du travail
BACI Base pour l?analyse du commerce international
CETI Centre européen des textiles innovants
CETIA CETI Aquitaine
CGCT Code général des collectivités territoriales
CGDD
Commissariat général au développement
durable
CJUE Cour de justice de l?Union européenne
CndT Coût net du tri
CSR Combustible solide de récupération
DGDDI
Direction générale des douanes et des droits
indirects
DGPR Direction générale de prévention des risques
ESS Économie sociale et solidaire
FNADE
Fédération nationale des activités de dépollution
et de l?environnement
GES Gaz à effet de serre
ICPE Installations classées pour l?environnement
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Acronyme Signification
IFM Institut français de la mode
IFTH Institut français du textile et de l?habillement
ModeCOM Mode de caractérisation des ordures ménagères
OMR Ordures ménagères résiduelles
PNTTD Pôle national des transferts transfrontaliers de
déchets
PPL Proposition de loi
REP Responsabilité élargie des producteurs
SER Service économique régional des ambassades
SN2E Syndicat national des bureaux d?études en
environnement et énergie
TLC Textiles, linges de maison et chaussures
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Annexe 4. Exemples de messages sur la collecte évoquant
des dons et semblant exclure les TLC seulement
abimés ou troués
Comme le montrent les exemples ci-dessous, les messages diffusés auprès du grand public
introduisent des confusions s?agissant des dons de textiles. Ils laissent penser que les points
d?apports volontaires ne collectent que des dons alors que tous les déchets textiles doivent y être
déposés.
Les seuls TLC qui sont exclus sont ceux qui sont « souillés ou mouillés ». Mais là encore ces
termes devraient être complétés pour faire comprendre que les TLC un peu sales ou simplement
abimés ou troués sont acceptés.
Sur le site de Refashion :
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Sur des PAV (points d'apport volontaire)
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Annexe 5. Les acteurs du marché de seconde main des
textiles en France et en Europe
Des grossistes sur un marché largement mondial
Il existe des acteurs importants spécialisés dans la gestion de fripes en gros pour les marchés
français et européens. On peut citer à titre d?exemple Eurêka Frip près de Rouen. Il dispose de
capacités de stockage de pièces pendant plusieurs dizaines d?années en fonction des
approvisionnements et des tendances de mode des marchés.
Des boutiques spécialisées
Il existe plusieurs types de boutiques,
? Des boutiques largement assises sur de la collecte comme Bis Boutiques Solidaire ou les
boutiques de la Croix-Rouge qui récupèrent les collectes d?une vingtaine d?associations et
écoulent la partie écrémée vers des centres de tri standard à un prix compris entre zéro
et trente euros la tonne.
? Les boutiques des recycleries ou des boutiques d?associations environnementales
comme celles d?Oxfam.
? Des boutiques « standard » approvisionnées auprès de grossistes, avec des
positionnements variés, Guerrisol, Freepstar, Kiloshop acteurs historiques du secteur,
des orientations vintages (Fripouille vintage, Petitechineuse), des orientations jeunes
comme Kiloshop. Elles s?approvisionnent auprès des grossistes européens par exemple
des grossistes hongrois, ou polonais, pour certaines elles sont des filiales de grossistes
comme Eureka Fripe qui possède les marques Kiliwatch, culture vintage et Kiloshop et
réalise un chiffre d?affaires de 40 millions d?euros.
? Des boutiques intégrées à des trieurs, comme Ding Fring, dépendant du Relais, les prix
s?étendent de quelques euros à une vingtaine d?euros. Les pièces de marque ou de qualité
peuvent être vendues jusqu?à une cinquantaine d?euros.
Les sites en ligne
Une offre de textiles de seconde main est proposée par un grand nombre d?acteurs : Depop, Vinted,
ThredUp, VideDressing, Vestiaire collective, Veepee (vente privée.com) mais aussi des sites
généralistes comme Zalando, le Bon Coin, Amazon, Paruvendu? A titre d?exemple, Vinted a
réalisé un chiffre d?affaires 2018 de 24, 3 M¤ sur la plaque France, Belgique Espagne. L?enseigne
La Redoute dispose également d?un site de vente en ligne de vêtements multi-marques de seconde
main. Cette activité de vente semble en forte croissance et continuerait à croître, selon l?étude
Thread up.
Bon nombre de ces acteurs ne sont pas conventionnés avec Refashion, puisque leur modèle
économique est celui de la vente de la crème, qui vient compenser les coûts de collecte. C?est
même la vente de la crème qui pousse les acteurs à trier, et non l?inverse (tri pour des objectifs
environnementaux).
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Quelques enseignes (Zara?) ont mis en place des services de récupération de leurs vêtements
dans certains points de vente.
Les activités caritatives (dons de vêtements, vestiaires solidaires)
La collecte des vêtements usagés représente 60% des revenus des trieurs, alors qu?ils
représentent environ 5% du tonnage.
Figure 19 : Les activités de seconde main dans les enseignes (source Etude resale
report ThredUp 2023)
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Annexe 6. Présentation des solutions de recyclage en
France
Les voies historiques de recyclage des déchets textiles utilisées en France ont disparu. Il s?agissait
notamment de la fabrication de couvertures, notamment en laine particulièrement dans le Rhône
(fermeture de Gleyvod à Cours en 1952, Giroux&fils à Sérézin en 1966, de Poizat à Cours en 1972).
La fabrication de papier de chiffon n?est quant à elle plus qu?artisanale.
Il existe aujourd?hui néanmoins quelques installations de recyclage, quelques projets industriels se
profilent et des projets de recherche se mettent en place.
L?ADEME a publié une étude sur le « Potentiel de recyclabilité des textiles non réutilisables » en
septembre 2023.
1. Les solutions de recyclages actuellement industrialisées
Actuellement, les quatre grands exutoires de recyclage de textiles sont les suivants :
? - la réutilisation en chiffons industriels, -la réutilisation sous forme d?isolants
phoniques ou thermiques,
? le recyclage mécanique sous forme de fil tout particulièrement pour la laine et les
textiles tricotés,
? la réutilisation des ouates de rembourrage.
Il faut noter aussi que les vêtements sont parmi les textiles parmi les plus difficiles à recycler à
cause de l?ensemble du travail de mise à façon des vêtements : apprêtement (teinture?), couture
(présence de points durs, coutures, rivets, fermetures éclairs?). En comparaison, les linges de
maisons (draps, serviettes?) comportent moins de coutures et autres points durs. Il en est de
même pour les chutes de fabrication, qui représentent 15 à 20% des tissus et qui par nature ne
comportent pas de points durs. Il faut donc s?attendre à ce que ces gisements soient utilisés en
priorité. D?une manière générale, il existe peu de données publiques sur cette industrie du
recyclage, son marché et ses coûts.
La production d?isolants acoustiques et thermiques a comme principal marché l?isolant acoustique
automobile. Mais ce marché risque de voir ses ventes diminuer avec le développement des
voitures électriques dont les moteurs sont moins bruyants. Les quantités d?isolants acoustiques
nécessaires sont donc moindres. Par ailleurs, les isolants phoniques sont par nature des pièces
volumineuses, difficiles à transporter et produites près des usines.
L?utilisation des déchets textiles pour produire des isolants thermiques dans les constructions est
plus anecdotique. D?après les entretiens menés par la mission, il est environ 10% plus cher que
les productions d?isolants à partir de laine de verre ou de laine de roche et ne représente environ
que 10% des volumes vendus en France. Le principal producteur français est Métisse® filiale du
Relais à Billy Berclau. A ce jour, l?activité du Relais dans ce domaine, qui s?appuie sur la reprise
d?un des derniers effilocheurs français, est dans une situation de rentabilité délicate. Les process
des isolants thermiques et phoniques sont assez similaires, ils commencent par un déchiquetage
des vêtements, en chiquettes, avec élimination des points durs puis un effilochage.
Des trieurs rencontrés par la mission ont signalé deux autres voies de recyclage de vêtements
français réalisées principalement au Pakistan et en Inde.
Il s?agit, d?une part, de la réutilisation des remplissages de doudounes et manteaux. Après
démontage des vêtements ils seraient principalement utilisés comme rembourrage dans
l?ameublement. En Inde, la destruction préalable des vêtements serait exigée afin de s?assurer
qu?ils n?y seront pas réutilisés. Les vêtements sont lacérés à coups de couteaux métalliques au
moment de leur mise en balle.
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D?autre part, le fil des vêtements tricotés peut assez facilement être réutilisé après démontage du
tricot. Ceux qui ne sont pas jugés revendables en fripes sont donc triés à part. Ils sont ensuite triés
par couleur, et les fils sont ensuite reconstitués.
Dans son bilan, Refashion fait état de quatre types de recyclage : effilochage pour la constitution
de non-tissés pour le bâtiment, l?automobile et le rembourrage ; la coupe de chiffons ; le défibrage
pour des fils de nouvelle étoffe ; le broyage pour des composites plastiques, des briques ou du
béton. Les volumes recyclés sont estimés à 31,3% des volumes triés.
2. Les projets industriels de recyclages en cours de déploiement
La mission a pris connaissance des études de l?Ademe sur les perspectives de recyclage.
Figure 20 : Localisation des acteurs du recyclage en France et les projets en cours en 2023
(source : Potentiels du recyclage des textiles non réutilisables, synthèse, ADEME 2023)
La mission a également identifié deux types de projets de recyclage en cours de déploiement. Du
recyclage mécanique pour réaliser de nouveaux fils de cotons, poly-coton ou polyester, et du
recyclage chimique pour le polyester.
Pour le recyclage mécanique, il s'agit essentiellement des projets français autour des filages de
Charlieu, avec le centre de surtri matière et couleur Nouvelles fibres textiles à Amplepuis, et d?un
projet turc de 70 millions d?euros financé par la filiale de l?AFD. Le process pour réaliser du fil de
recyclage suppose les étapes suivantes :
? Le tri précis matière et couleur des vêtements collectés.
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? Le déchiquetage, l?élimination des points durs et l?effilochage.
? La torsion des fibres et le cardage qui aligne les fibres.
? La filature.
Le process est face à trois types de blocages.
En premier lieu, il est nécessaire de réaliser le tri de la matière dans des conditions
économiquement efficaces. Les technologies en cours de diffusion sont basées sur des machines
capables d?automatiser le dévracage des vêtements et d?identifier les matières par scan infrarouge.
Le projet d?Amplepuis vise en premier lieu l?identification pour recyclage des matières à forte teneur
en polyester. Une première unité capable de traiter 20 000 tonnes par an est en cours de mise en
route. Si elle s?avère fonctionnelle, un investissement complémentaire portant les capacités à 100
000 tonnes d?euros pourrait être envisagé à l?horizon de trois à cinq ans.
Le deuxième blocage réside dans la qualité du traitement de déchiquetage, d?enlèvement des
points dur et d?effilochage. L?enjeu crucial est celui de la longueur des fibres résiduelles qui est
bien plus courte que celle des fibres « naturelles ». Elle conditionne la quantité de matière recyclée
maximum qui peut être incorporée au fil de recyclage. Les Textiles de Charlieu ont aujourd?hui un
objectif de 30% de matière recyclée dans le fil de recyclage. Cette entreprise a une activité
commerciale de niche qui est essentiellement tournée vers la réalisation de sacs de caisse en
polyester recyclé. L?essentiel de la matière utilisée n?est pas constitué de vêtements recyclés faute
de ressource triée en quantité du point de vue de la matière et de la couleur. Les principales
sources sont des chutes de production textiles. Les tris réalisés à Amplepuis sont néanmoins
utilisés dans le process. Il convient de noter que l?usine de Tissages de Charlieu traite des fils
recyclés qui proviennent d?installations situées hors de France.
A plus long terme, le CETI évoque un objectif de 70% de matière recyclée dans les nouvelles fibres.
Ceci suppose que les fibres de longueur moyenne initiale de 32 mm gardent une longueur
moyenne de 23mm à l?issue de l?effilochage. Pour ce faire, les process d?effilochage doivent moins
casser de fibres et donc être plus lents, donc vraisemblablement plus.
A ce stade, la mise en oeuvre concrète des objectifs de Textiles de Charlieu nous semble une étape
importante.
Parmi les quatre projets de déploiement de recyclage chimique identifiés lors de la mission, seul
semble subsister le projet de Carbios avec une usine à Longlaville soutenu par France 2030. Il
s?agit à partir de PET usagé de récupérer les molécules monomères initiales, ici par une voie
enzymatique biologique. L?usine qui devrait démarrer en 2025, aura une capacité de de 50 000
tonnes de déchets par an. Toutefois compte tenu de la qualité des gisements la priorité de Carbios
sera de traiter des déchets d?emballages avant d?envisager l?utilisation de textiles usagés.
3. Les projets de recherche sur le recyclage thermique et chimique
Il existe de nombreux projets de recherche sur le recyclage des matières textiles.
Outre l?amélioration des process en cours de déploiement, il faut citer :
? Le recyclage thermique du PolyEthylèneTéréphtalate, polymère thermoplastique,
refondu en pellets avec lesquels il est possible de reconstituer des fibres synthétiques.
Ce process ne présente pas un coût énergétique aussi élevé que le recyclage chimique. En
revanche, il entraine un vieillissement du polymère, notamment en raison des ruptures de
ses chaines et des interactions avec ses charges (charge minérales, colorants?).
? Le recyclage chimique du coton qui permet de fabriquer des fibres similaires à la
viscose, produite à partir de bois.
Selon les informations collectées par la mission, ces process sont encore au niveau de la recherche
et ne seront pas en phase pilote avant cinq à dix ans.
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Au terme de cette analyse sur le recyclage, il est important que la 2ème phase de l?étude sur la
recyclabilité des textiles soit publiée.
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Annexe 7. Fiches pour quelques pays importateurs de
déchets textiles
Annexe 7.1. Fiche CHILI
Fiche réalisée à partir des éléments fournis par le service économique de Santiago de
l?Ambassade de France au Chili
1. Un essor fulgurant des importations de vêtements usagés
Selon les données de la Banque centrale, le Chili aurait importé près de 120 000 tonnes de textiles
usagés en 202369, faisant du pays le 6ème importateur mondial de vêtements de seconde main
(données BACI). Ce volume d?importation a connu une forte croissance pendant la pandémie de
Covid-19 (multiplication par près de trois entre 2020 et 2021). Malgré une baisse observée en 2022
et 2023, les volumes importés demeurent toujours à un niveau largement supérieur à ceux
observés avant la pandémie.
Importations de vêtements usagés au Chili entre 2017 et 2023 (en kt)
Année 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023
Quantité 69 66,3 64,4 53,0 156,7 131,6 120
Figure 21. Source : Banque centrale du Chili, quantité en milliers de tonnes
Figure 21. Évolution des importations textiles usagés du Chili, en pesos et en milliers de
tonnes (source : Banque centrale du Chili)
Les textiles usagés importés au Chili proviennent, principalement des États-Unis (46% en 2023),
de Corée du Sud (10 %), du Canada (9 %), de l?Union européenne (7 %, dont la moitié depuis
l?Allemagne) et de Chine (7%).
La France occupe une place dérisoire parmi les pays exportateurs : 24 tonnes en 2022 d?après
les données BACI.
69 Les données agrégées au niveau national proviennent de la Banque centrale du Chili tandis que les données désagrégées par partenaire
géographique sont issues des données des Nations unies, qui peuvent présenter des différences en raison de méthodologies différenciées.
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Au Chili, une grande partie des textiles usagés entre par le port d?Iquique, dans le nord du pays,
qui fait partie d?une zone franche (Zofri70) créée en 1975 afin de favoriser l?économie et l?emploi
locaux. Dans ce contexte fiscal favorable, l?importation des textiles de seconde main s?est
considérablement développée. Les déchets textiles importés, souvent bruts de collecte, subissent
plusieurs cycles de tri, de revente et de recyclage, en partie liés au secteur informel mais un
écosystème local d?entreprises du recyclage s?est développé (Procitex, Ecocitex, CIRKLA?).
Les TLC triés ou recyclés sont, soit vendus dans le pays comme par exemple sur le marché en
plein air d?Alto Hospicio, la Quebradilla, soit réexportés notamment vers le Pérou ou le Paraguay
(27 000 et 4 000 tonnes). Des études signalent qu?existent aussi des exportations de contrebande
vers la Colombie.
2. Le droit applicable aux transferts transfrontaliers de déchet
Le Chili a signé et ratifié la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontières de
déchets dangereux et de leur élimination.
Il est membre depuis 2010 de l?OCDE.
Par conséquent, la décision (2001) 107/FINAL s?applique aux transferts de déchets entre pays
membres de l?OCDE. S?agissant de déchets de la liste « verte » comme les déchets textiles, les
transferts ne sont soumis à aucune procédure de contrôle particulier.
3. De graves conséquences environnementales et sanitaires
La majeure partie des vêtements importés n?ayant pas été retenus pour être revendus ou recyclés
sont transportés, puis déversés dans des décharges illégales dans le désert d?Atacama (60% en
2021). Ce déversement produit d?importants dommages socio-environnementaux et sanitaires
dans le nord du pays : les vents puissants du désert d?Atacama dispersent les déchets, une partie
des vêtements est incinérée par des riverains, provoquant des émissions des fumées toxiques
préjudiciables, enfin, lorsqu?ils sont enfouis, les vêtements sont à l?origine de pollutions des sols et
des nappes phréatiques dans une région déjà très pauvre en eau.71
4. Un cadre légal et une action publique encore limités malgré une réelle volonté
politique de régulation des déchets textiles
Le ministère de l?environnement travaille actuellement sur l?intégration des textiles dans le champ
de la loi de 2016 établissant un mécanisme de responsabilité élargie des producteurs (REP).
L?ajout de cette disposition permettrait de contraindre légalement les entreprises importatrices du
secteur de la mode à financer la gestion et le recyclage des déchets textiles. Une étude d?impact
social et économique d?une telle modification législative est en cours.
Par ailleurs, une « stratégie d?économie circulaire pour les textiles » pour « réduire et prolonger la
durée de vie par la réutilisation, la réparation et la valorisation »72 est en préparation depuis 2023
avec la participation active d?acteurs privés comme publics, d?universitaires, de représentants du
secteur financier et de l?industrie textile réunis au sein d?un comité stratégique pour le textile.
Bien que la société civile chilienne soit largement mobilisée, l?initiative privée reste fortement
contrainte par l?obtention des divers permis sectoriels et environnementaux, y compris dans le
domaine du recyclage de textiles usagés. Plusieurs entreprises, notamment européennes, ont
essayé de développer des solutions de recyclage et de traitement des déchets textiles mais se
70 https://www.zofri.cl/
71 Voir par exemple le site Novethic : https://www.novethic.fr/actualite/environnement/pollution/isr-rse/pollution-textile-au-chili-une-decharge-de-
vetements-visible-depuis-l-espace-151559.html ou le reportage de FranceTVinfo : https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/chili-le-desert-
d-atacama-la-decharge-du-monde_5503644.html
72 Site du ministère chilien de l?Environnement : https://economiacircular.mma.gob.cl/textiles/
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https://www.novethic.fr/actualite/environnement/pollution/isr-rse/pollution-textile-au-chili-une-decharge-de-vetements-visible-depuis-l-espace-151559.html
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retrouvent confrontées à un régime administratif très contraignant, propre au cadre des affaires
chiliennes et qui rend les décisions d?investissement plus risquées en raison des faibles marges
du secteur du recyclage.
5. L?OCDE incite le Chili à intensifier ses efforts en matière de déchets
Le Chili a fait l?objet en 2024 d?un troisième examen environnemental de cette organisation de
coopération internationale73.
Le rapport souligne le taux très important de mise en décharge des déchets municipaux (92%).
Bien qu?il constate des progrès importants, le rapport recommande de moderniser les centres
d?enfouissement en imposant des normes environnementales plus strictes et de concevoir une
stratégie globale d?investissement à long terme dans les infrastructures de tri et de traitement des
déchets. Il invite aussi le Chili à accélérer l?extension de la REP aux textiles, classés parmi les
produits prioritaires par le pays lui-même.
73 https://www.oecd.org/fr/publications/examens-environnementaux-de-l-ocde-chili-2024-version-abregee_e8f9f4bd-fr/full-report.html
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Annexe 7.2. Fiche COTE d?IVOIRE
Cette fiche a été établie sur la base d?une note (non datée) de M. Kouakou David Brenoum du
laboratoire Espace, Système prospective, Institut de géographie tropicale, Université Félix
Houphouët-Boigny à Abidjan
Introduction
La Côte d?Ivoire connaît une urbanisation rapide. Cette urbanisation est corrélée à des mutations
dans tous les domaines, davantage perceptibles à Abidjan, la métropole ivoirienne (4, 4 millions
d?habitants, soit 38,5% de la population urbaine et 19,4% de la population totale du pays). Ces
mutations touchent le secteur de l?habillement et de la mode et concernent aussi les vêtements
d?occasion ou fripes. Interdits d?importation en Côte d?Ivoire en 1975 sous le régime du président
Félix Houphouët-Boigny, jusqu?en 1992, ces vêtements sont importés en grande quantité. Des
grands espaces de vente lui sont consacrés dans la capitale économique ivoirienne.
1 Historique
Le commerce de l?habillement d?occasion en Afrique coloniale a commencé après la deuxième
guerre mondiale quand l?Amérique riche entreprend un vaste mouvement de générosité envers
l?Europe et fait don des vêtements usagés. Avec le pouvoir d?achat des Européens qui s?est
amélioré et la reconstruction d?après-guerre, cela a été le tour de l?Europe d?envoyer ces textiles
dans les colonies puis dans les Etats africains naissants.
Dans la période post-indépendance, les pays d?Afrique noire adoptent des politiques de substitution
des importations et interdisent pour la plupart l?importation d?habillement d?occasion en vue de
protéger officiellement l?industrie naissante de toute concurrence.
Le président Houphouët-Boigny reste, quant à lui, fermement opposé au commerce de fripes,
symbole à ses yeux d?un recyclage stigmatisant pour la construction nationale. Il développe à cet
effet une législation contraignante jusqu?à la fin des années 1990, assurant la défense des
complexes industriels textiles de première génération. Une ordonnance du 30 septembre 1975
interdit ainsi l?importation sur le territoire douanier national de tous les articles de friperie. De même
est interdite l?installation d?usines de reconditionnement de friperie sur le territoire ivoirien.
Au-delà de la protection de l?industrie textile et du rejet d?une image dégradante pour le pays, cette
législation est motivée par le souci de préserver la santé des populations, car à l?époque, la fripe
était vendue en l?état sans traitement préalable. Ce qui posait des problèmes d?hygiène d?autant
plus qu?une bonne partie de la fripe provenait des bases des soldats américains de la guerre du
Vietnam.
Cependant, l?interdiction d?importation a été contournée. La fripe écoulée sur le marché ivoirien
serait issue de réexportations en provenance du Nigéria et du Ghana.
2 La libéralisation, un tournant décisif du marché de la fripe à Abidjan
À partir des années 1980, la libéralisation progressive des économies nationales amène la Côte
d?Ivoire, sous la pression des commerçants, à permettre l?entrée contrôlée de fripes. Une politique
de quotas est mise en place dans un premier temps. Elle débute en 1992 et une dizaine
d?importateurs nationaux ou originaires du Nigéria, du Ghana et du Liban sont comptabilisés. Puis,
intervient, en 1997, l?ouverture totale du marché national de la friperie aux flux internationaux. Elle
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est marquée par une augmentation significative du nombre des importateurs, jusqu?à atteindre une
cinquantaine. Les droits de douane sont toutefois élevés, l?importation de fripes étant taxée à plus
de 50% de leur valeur. Ce faisant, les marchandises transitent par d?autres ports de l?espace ouest-
africain (Tema au Ghana ou Cotonou au Bénin) dont les conditions fiscales et tarifaires sont plus
favorables. Par ailleurs, l?interdiction de vendre la fripe au Nigéria occasionne le développement
de flux à partir du Bénin vers le Ghana et la Côte d?Ivoire. Cette époque connaît une démultiplication
du nombre d?intermédiaires et des lieux de vente dans les marchés de la ville d?Abidjan.
Aujourd?hui, c?est un produit qui est directement importé en Côte d?Ivoire par les sociétés d?import-
export à partir des principaux foyers de charité de l?Armée du Salut, Goodwill, St Vincent-de-Paul,
de la Croix Rouge du Canada, des Etats-Unis, de la France, de bien d?autres pays européens et
asiatiques. Les balles importées par les grossistes sont vendues à des grossistes, fournisseurs
directs des détaillants de fripes sur les marchés spéciaux d?Abidjan.
3 De l?ampleur du marché de la fripe à Abidjan
Relativement peu important dans les années 1980, le marché de la fripe connaît une véritable
explosion à Abidjan. Les services des douanes ivoiriennes ont enregistré 31 539 tonnes de fripes
en 2014 contre 19 435 en 2009. Les volumes de la contrebande, difficilement quantifiables, ne
seraient pas moins importants.
Toute la ville est concernée, y compris les quartiers riches.
Il y a quinze marchés qui proposent de la fripe en 2020, contre 5 en 2005.
4 Moteurs du commerce de fripes
5.1 La création d?emplois
. Entre 1960 et 1980, la Côte d?Ivoire a connu une embellie économique, qualifiée de miracle
économique. Mais, suite au renchérissement du prix du pétrole et à la baisse des prix du café et
du cacao, le pays est entré en récession économique. Divers programmes d?ajustements
structurels (PAS) sont alors imposés au pays par la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire
International. En réponse, les populations investissent le secteur informel dont le commerce de
fripes. Son commerce ferait vivre des dizaines de milliers de personnes.
Exhortés depuis 1996 à reprendre en main le commerce local, secteur accaparé par les étrangers
(notamment Nigérians, Ghanéens, Béninois, nigériens, Guinéens et Libanais), les Ivoiriens sont de
plus en plus nombreux à vendre des vêtements d?occasion. Ainsi, au fil des années, la friperie s?est
progressivement transformée en une véritable industrie génératrice d?emplois informels et de
revenus en Côte d?Ivoire.
Outre les emplois directs mentionnés, le commerce d?habillement d?occasion entraîne de
nombreux emplois induits : buanderies, blanchisseries, ateliers de couture.
5.2 Des vêtements de grandes marques et de qualité
Toutes les classes sociales s?habillent en vêtements d?occasion. Ces personnes disent se tourner
vers eux pour la qualité des articles offerts. En effet, la plupart des produits vendus seraient
étiquetés des grandes marques de la mode vestimentaire. Ces vêtements seraient meilleurs et
plus durables que les habits neufs issus de la fast fashion.
Des articles de premier choix en très bon état, propres et jamais portés se retrouvent souvent dans
les balles parce que mal confectionnés ou invendus ou encore passés de mode. Ici, on trouve
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souvent des pièces uniques avec lesquelles le consommateur se singularise.
5 Les implantations des marchés de fripes et impacts environnementaux
Les marchés de fripes transforment le paysage d?Abidjan. Ils donnent lieu à des « baraquements
inesthétiques, à des étalages encombrants et à des entassements ou éparpillement d?articles à
même le sol sur des bâches en plastique. »
Dans la pratique de leurs activités, les commerçants génèrent beaucoup de déchets (des morceaux
de tissus des couturiers, des sachets d?eau ou de jus de fruits et des restes d?aliments) dont la
gestion n?est pas toujours aisée. Ces activités font naître des dépotoirs dans ces marchés ou leurs
environs.
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Annexe 7.3. Fiche ÉMIRATS ARABES UNIS (EAU)
1. Une activité de production de vêtements de première main limitée
En matière de vêtements la façade des émirats arabes unis est son activité de galeries
commerçantes de luxe essentiellement importé. L?évolution du souk de Dubaï, de l?échange de
tissus destinés à la taille de vêtements, vers des échoppes d?influence pakistanaise ou indienne
en marge des activités de confection de vêtements sur mesure témoigne du peu d?influence de
l?activité textile émirati.
Le pays profite néanmoins de ses ports pour développer une activité d?entrepôts, et de
transformation sous douane. Mais elle reste limitée par le difficile accès à la main d?oeuvre par
rapport à des pays comme la Turquie ou le Bengladesh.
2. En matière de seconde main, les EAU sont un hub de tri
Avec 9,7 millions d?habitants, les Émirats arabes unis ne sont pas une source importante de
vêtements de seconde main.
Néanmoins, nous avons jugé utile de traiter le cas des Émirats Arabes Unis. Ils sont en effet un
hub important de tri porté par une volonté d?implanter des centres de tri sur des zones franches
notamment à Sharjah.
Cette politique est évidente sur les bases de données.
Dans BACI, les Émirats arabes Unis importent pour 363 605 tonnes de fripes et déchets textiles
pour 220 millions de dollars. Les plus gros pays exportateurs sont le Royaume Uni et l?Australie
avec deux fournissent qui représentent 40% des volumes. Mais l?ensemble de l?Europe représente
137 000 t soit 37% des expéditions.
Pays exportateurs Total valeurs Tonnes
Royaume-Uni $62 205 73 561
Australie $30 310 73 307
Espagne $12 109 33 857
Allemagne $8 143 25 260
Belgique $4 909 17 720
Inde $16 819 16 320
États-Unis $19 574 16 149
Chine $10 580 11 206
France $4 796 11 088
Pakistan $9 385 10 231
Autres
Total général $220 694 363 605
Figure 22. Chiffres BACI des importations de fripes et déchets textiles vers les Émirats
Arabes Unis
Les EAU exportent 181 170 tonnes de fripes pour 162 millions de dollars. Nous retrouvons ainsi le
chiffre habituel de 50% de fripes réutilisables une fois triés. Mais nous ne savons pas identifier la
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destination de l?autre moitié des TLC usagés triés.
Pays Total valeurs Tonnes
Afrique subsaharienne (dont Tanzanie, Congo, Zambie,
Kenya?) $68 289 48 947
Asie de l'Est (Principalement Chine) $43 148 48 722
Asie du Sud (dont Inde et Pakistan) $6 330 19 378
Asie de l'Ouest (dont Irak 10 000t) $21 339 17 743
Europe du Nord $3 037 11 575
Europe de l'Ouest $2 205 7 914
Australie et Nouvelle-Zélande $1 052 7 421
Europe du Sud $1 581 4 958
Asie du Sud-Est $2 307 4 797
Amérique du Nord $803 3 430
Europe de l'Est $1 411 1 690
Afrique du Nord $4 934 1 597
Amérique latine et Caraïbes $2 458 1 576
Mélanésie $3 030 1 308
Figure 23. Chiffres BACI des exportations des Émirats Arabes Unis en milliers d?euros et
tonnes
L?Afrique subsaharienne et l?Asie de l?est avec notamment la Chine sont les deux plus gros
marchés émiratis. Par rapport aux autres pays trieurs, les Émirats arabes unis ont des clients
spécifiques, notamment l?Irak et les pays d?Afrique de l?ouest. On peut noter ci-dessous le faible
prix des déchets textiles envoyés en Inde.
Pays Total valeurs Tonnages
Chine $41 017 48 182
Inde $1 852 13 673
Irak $10 213 10 722
Royaume-Uni $2 486 10 652
Tanzanie $13 853 9 857
Australie $1 035 7 379
République démocratique du Congo $5 750 5 849
Pakistan $4 379 5 565
Zambie $10 205 5 163
Kenya $5 681 4 824
Figure 24. Dix premiers pays cibles des Émirats Arabes Unis en matière de fripes. Milliers
de dollars et tonnes.
La France exporte 11 000tonnes de fripes vers les Émirats Arabes Unis, qui est le quatrième plus
gros destinataire derrière le Pakistan, la Tunisie et la Belgique. En retour, la France importe 1 263
tonnes des EAU, probablement de la crème.
Mais le plus important dans notre analyse est que les principaux débouchés des EAU sont des
pays d?Afrique avec 48 947 tonnes de vêtements.
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3. Des entreprises internationales
Un certain nombre de trieurs internationaux sont implantés aux Émirats Arabes Unis.
On peut citer :
? Usman International, entreprise pakistanaise implantée aux Émirats, qui traite 1 300
containers de 40 pieds par an depuis 2008 https://www.usmaninternational.com/
? Golden Coast,
? Zaals Textile
? Al Anwar Trading
? Nord sud export à Sharjah, sur la zone franche de l?aéroport Alwir,
https://nordsudexport.com/
? Samar Textiles
? SK Export créé en 2020, au même endroit, https://sk-export.com/
4. Le droit applicable aux transferts transfrontaliers de déchet
Les Émirats Arabes Unis sont hors de l?OCDE. Dans le cadre de la convention de Bâle, ils ont
choisi d?interdire l?importation de fripes. Nous sommes donc confrontés à une situation ubuesque.
Le pays a développé une activité de tri de déchets textiles importés alors qu?il en interdit
formellement l?import.
Confronté à des manques de capacité de tri, un acteur français, le Relais envoie des bruts de
collecte vers les Émirats Arabes Unis. A l?initiative du PNTTD, les ports français ont refusé ces
exports. Pour contourner cette interdiction, le Relais est passé par les Pays-Bas, puis par la
Belgique. Dans le cadre de la coopération sur le suivi des déchets en Europe, les autorités
néerlandaises puis belges ont contacté leurs homologues français et fixé une position commune
sur les exportations françaises de brut de collecte et de fripes vers les Émirats Arabes Unis. Le
PNTTD a contacté son point de contact émirati sur le sujet, sans parvenir à faire évoluer la situation.
Le sujet ne semble pas suffisamment important pour attirer l?attention des autorités émiratis.
Les bases de données témoignent de la persistance de ces pratiques puisqu?il demeure des
exportations de fripes vers les Émirats Arabes Unis. Une partie correspond à de l?activité vers des
particuliers, y compris pour des fripes très haut de gamme de haute couture voire de collection,
mais l?essentiel des volumes est de la matière à trier.
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Annexe 7.4. Fiche GHANA
Sources : Direction générale du Trésor, Association des professionnels du textile de seconde
main au Ghana, Fondation Or, Greenpeace
1. Qui sont les acteurs ?
1.1. En France
La majorité des textiles usagés envoyés en Afrique de l'Ouest proviennent de structures à vocation
sociale et d'entreprises spécialisées dans la collecte et le tri des vêtements, telles que :
? Le Relais : Un acteur majeur qui traite des milliers de tonnes de vêtements usagés
chaque année. Au Sénégal, par exemple, cette entreprise fournit 500 tonnes de
vêtements annuellement, tout en triant 200 à 250 tonnes supplémentaires à son centre
de Diamniadio au Sénégal.
? Secours Catholique, Croix-Rouge, Emmaüs : Ces associations participent également à la
collecte et à l'exportation de vêtements usagés à destination de l'Afrique.
? Amiratex France : Spécialisée dans la vente de vêtements usagés et leur exportation vers
l'Afrique de l'Ouest, incluant le Burkina Faso et le Sénégal.
? FRIPEIN STORE UNITED : Grossiste en vêtements d'occasion exportant vers plusieurs
pays d'Afrique de l'Ouest, dont le Burkina Faso et le Sénégal.
1.2. Au Ghana
Le pays est le premier importateur de textiles usagés d?Afrique, mais la France n?est qu?en seizième
position au regard des tonnages d?importation. D?après les données du CEPII de 2021, le marché
représente 214 M$.
Les importations textiles chinoises ont inondé le marché, représentant plus de 60 % des produits
textiles vendus localement, ce qui a entraîné une baisse de la production domestique de plus de
50 % au cours des 20 dernières années.
Une balle de 45 kg de jeans peut coûter entre 50 000 et 70 000 francs CFA (environ 76 à 106
euros).
2. Quels sont les principes du traitement des textiles usagés et textiles
Le Ghana est le deuxième plus grand importateur mondial de vêtements d?occasion après le
Pakistan, avec 5,1 % de la part de marché mondiale (2020).
Le Royaume-Uni est le plus grand exportateur de vêtements d?occasion vers le Ghana, suivi de la
Chine. En 2022, un total de 121 934 tonnes de vêtements d?occasion, connus sous le nom d?Obroni
Wawu (vêtements d?hommes blancs morts) ont été importés au Ghana en provenance du monde
entier. Une partie est transportée directement vers d?autres régions du Ghana, et la majorité est
envoyée au marché de Kantamanto. De là, les vêtements d?occasion sont réexportés vers d?autres
pays d?Afrique de l?Ouest et vers d?autres régions du Ghana, avec environ 300 tonnes restant à
Kantamanto pour être vendues sur le marché. Le marché de Kantamanto est le plus grand marché
d'occasion du Ghana et l'un des plus grands du monde, avec 5 000 boutiques et 30 000 personnes
travaillant entre les étals en bois et les allées étroites. Autrefois connu pour ses vêtements
d'occasion de bonne qualité en provenance de l'Occident, plusieurs observateurs signalent que les
importations de vêtements d'occasion contiennent aujourd'hui des quantités croissantes d'articles
de mauvaise qualité et de fast fashion surproduits. Une enquête récente menée auprès de 370
détaillants du marché, révèle que les déchets dans les balles importées représentent moins de 5%
du tonnage. Toutefois, dans l?étude de Greenpeace, les commerçants ont indiqué que jusqu?à 60 %
PUBLIÉ
Juin 2025 Les exportations des déchets textiles et des textiles
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des vêtements usagés contenus dans ces balles sont invendables et qualifiés de « borla ». Tous
ces vêtements ne seront pas jetés, car les vêtements continuent à circuler sur le marché, où il
existe un marché de la « troisième main » et surtout un marché très actif de réparation. Environ 10
à 40 % d?entre eux finissant par être jetés. Les commerçants signalent que la qualité et la revente
des articles contenus dans les balles ont diminué au cours des 5 à 6 dernières années,
principalement en raison de leur mauvais état, mais aussi de styles inadaptés et du manque de
fonctionnalité pour le marché ghanéen, de sorte que le revenu qu?ils peuvent tirer d?une balle
typique est souvent insuffisant.
Le pourcentage de 40% de produits sortant des balles qui deviennent immédiatement des déchets
se trouve dans plusieurs documents : ceux de l?Agence européenne de l?environnement, de
l?Institut français de la mode, aussi de la Fondation Or et comme on l?a vu de Greenpeace.
L?association des professionnels de la seconde main (GUCDA Ghana Used Clothing Dealers
Association) conteste ce chiffre, en signalant que seuls 5% des textiles contenus dans les balles
sont des déchets.
En fait la mission s?est fait une opinion : tout le monde a raison. Il est en effet très vraisemblable
que 95% des textiles arrivant au Ghana sont des textiles en bon état, dit autrement que les
exportateurs n?envoient pas en fraude des « déchets ». Mais ils ne trouvent pas preneur une fois
arrivés. Et donc ils deviennent déchets parce que personne n?en veut.
Et en revanche tout le monde reconnaît qu?il n?y a aucune structure de gestion des déchets au
Ghana, les seules décharges autorisées étant pleines depuis plusieurs années. Les conditions de
travail et les infrastructures du marché sont dangereuses ? en novembre 2022, l?un des principaux
centres de refabrication où des millions de vêtements d?occasion sont réparés, teints, imprimés et
recyclés a été détruit par un incendie. Et le 3 janvier 2025, la totalité du marché de Kantamanto a
été détruite par un incendie, fort heureusement sans victime.
Greenpeace a conduit une étude très approfondie de caractérisation des déchets issus du marché
de Kantamanto. Elle a cherché à savoir quel était le devenir des balles, et comment les textiles,
même « mettables » devenaient des déchets.
Voici tout d?abord le résultat de cette étude sur les marques qui ont pu être identifiées des déchets
récupérés par Greenpeace :
Marque Nombre de vêtements Pourcentage
H&M 134 3,06
Marks and Spencer 131 3,00
Next 109 2,49
Zara 90 2,06
George 88 2,01
Primark 68 1,55
New look 64 1,46
Atmosphere 51 1,17
F&F 45 1,03
River Island 36 0,82
TU 35 0,80
Papaya 33 0,75
Topshop 30 0,69
Dorothy Perkins 23 0,53
Shein 22 0,50
Gao 19 0,43
BHS 18 0,41
PUBLIÉ
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Old Navy 15 0,34
Forever21 15 0,34
Fashion 14 0,32
Figure 25. Les résultats sur 4 373 vêtements
90% de ces produits contiennent des matières plastiques, la plupart mélangées à d?autres fibres
ce qui rendrait tout recyclage très difficile en Europe.
Dans son document le GUCDA a quant à elle produit un document d?une tonalité différente, fondée
sur le fait que favoriser la seconde main était bon pour l?environnement, puisqu?il évitait autant de
productions neuves avec de forts impacts sur l?environnement.
Leur conclusion est la suivante.
« Le rapport de la GUCDA vise naturellement à défendre le commerce des vêtements usagés, qui
représente une part importante de l?économie et des moyens de subsistance de nombreuses
personnes au Ghana, contre la publicité négative des médias occidentaux sur l?élimination des
vêtements usagés dans des décharges informelles à Accra. Ils décrivent le système du marché de
Kantamanto comme « un écosystème textile hautement durable sur le plan environnemental »
La conclusion du rapport de Greenpeace est le suivant : « Greenpeace et d?autres ONG ont
exprimé leur soutien aux communautés d?Accra qui vivent de l?importation de vêtements usagés et
ont proposé des solutions qui doivent être adoptées à la fois dans les pays exportateurs et au
Ghana. Néanmoins, présenter la situation d?Accra sous un jour trop positif, comme le fait le rapport
de la GUCDA, n?est peut-être pas utile face à une réalité environnementale vraiment difficile et au
besoin urgent d?améliorer les conditions environnementales, sanitaires et sociales générées par
les importations de vêtements usagés. »
Ces différences de point de vue procèdent de la même source du problème. Il y a trop de textiles
importés et de plus en plus de textiles de mauvaise qualité. Selon certains observateurs, « la
véritable source du problème, ce sont les volumes croissants de vêtements de mauvaise qualité,
jetables et de mode rapide, et les preuves que beaucoup de ces articles ne sont pas utiles,
utilisables ou revendables au Ghana et ne peuvent donc pas être remis à neuf, réparés ou recyclés,
malgré les compétences et la créativité des populations locales dans ces domaines. Cela ne tient
pas compte non plus du fait que la menace la plus immédiate pour le commerce des vêtements
d?occasion au Ghana n?est pas l?interdiction de l?exportation de vêtements d?occasion, mais
l?effondrement potentiel du système de collecte des vêtements d?occasion en Europe, qui est mis
à rude épreuve par les volumes de vêtements de mode rapide de faible valeur. Toutes les parties
impliquées dans ce système devraient donc porter leur attention sur cet échec du modèle
commercial de la mode rapide et trouver des solutions. »
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Annexe 7.5. Fiche MADAGASCAR
Cette fiche s?appuie sur les données transmises par la DGT/SE de Madagascar
Figure 26 : carte de Madagascar
Capitale : Antananarivo
Population en 2024 : 31,4 millions d?habitants et une projection à plus de 98 millions d?habitants à
horizon 2100
Commerce extérieur de Madagascar concernant le textile :
? Exportations de produits « Intégralité du HS code 63 - Autres articles textiles confectionnés
; assortiments ; friperie et chiffons » de la France vers Madagascar : 4,4 M USD en 2023,
contre 5M USD en 2022, soit une baisse de -12,3% entre 2023 et 2022 (source TradeMap)
? Importations de produits « Intégralité du HS code 63 - Autres articles textiles confectionnés
; assortiments ; friperie et chiffons » de la France en provenance Madagascar : 10.9 M USD
en 2023, contre 10.1 M USD en 2022 et 5,3 M USD en 2021, soit un volume qui a doublé
entre 2021 et 2023 (source TradeMap)
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? Importation de produits « Intégralité du HS code 63 - Autres articles textiles confectionnés
; assortiments ; friperie et chiffons » de Madagascar en provenance de tous pays : 88,4 M
USD en 2023 ; 101,9 M USD en 2022 et 92,9 M USD en 2021 (source TradeMap)
Figure 27. Provenance des importations arrivant à Madagascar
Figure 28. Provenance des codes HS 63 en arrivée à Madagascar
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Classement des 20 premiers pays exportateurs vers Madagascar pour les produits relevant du
HS code 63 « autres articles textiles confectionnés ; assortiments ; friperie et chiffons » - à valeur
d?importation en milliers d?USD (source TradeMap).
La France occupe le 3ème rang très loin derrière la Chine.
Les textiles provenant d?Inde, du Pakistan, des Émirats Arabes Unis, sont vraisemblablement pour
la plupart des textiles provenant d?ailleurs, notamment d?Europe, et transitant dans ces pays pour
être triés.
Pays
Valeur
importée en
2019
Valeur
importée
en 2020
Valeur
importée
en 2021
Valeur
importée en
2022
Valeur
importée en
2023
Total Monde 75 242 70 804 92 929 101 888 88 363
Chine 41 156 41 884 57 429 62 434 57 954
Pakistan 9 575 8 632 10 798 11 999 10 441
France 7 246 5 283 7 227 7 422 5 848
Inde 3 149 2 104 1 874 4 565 2 676
Émirats arabes unis 1 253 717 1 334 2 021 1 803
Etats-Unis
d'Amérique
1 250 1 106 1 953 1 874 1 391
Belgique 1 291 1 271 1 568 1 813 1 211
Canada 1 752 1 370 1 105 779 1 068
Afrique du Sud 552 655 991 1 531 945
Australie 1 421 1 179 1 291 1 383 929
Bangladesh 288 670 921 2 156 905
Allemagne 1 144 681 881 1 191 683
Taipei Chinois 432 1 000 2 273 428 405
Tanzanie 0 228 354
Italie 954 569 183 376 214
Turquie 51 50 901 166 213
Pays-Bas 1 15 64 174 199
PUBLIÉ
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Figure 29. Evolution des importations en valeur en arrivée Madagascar
Panorama du secteur textile à Madagascar :
Le secteur du textile et de l?habillement est le 1er secteur manufacturier de Madagascar et le plus
grand employeur de main-d?oeuvre après l?agriculture. Le secteur textile représenterait environ 1/5
du PIB national et totaliserait 7 % des investissements directs étrangers (IDE). La chaîne
d?approvisionnement du textile à Madagascar, qui comprend la culture du coton, son fibrage, sa
filature, son tissage et enfin la confection, fournit autour de 180 000 emplois formels, dont 110 000
par les sociétés de confection exportatrices. La plupart des usines sont situées à Antananarivo et
à Antsirabe.74
Madagascar est le premier pays exportateur de textile neuf vers l?UE et le 2ème pays exportateur
de textile (en 2022) vers les Etats-Unis, en Afrique subsaharienne.75 Les exportations textiles
représentent en 2022 près de 16,2 % des exportations totales du pays, quoiqu?en baisse par
rapport à 2021 (18%). Madagascar bénéficie de nombreux partenariats économiques, notamment
l?accord de partenariat économique intérimaire avec l?UE ratifié en 2013 et amendé en 2020 ainsi
que l?African Growth and Opportunity Act (AGOA) que Madagascar a réintégré en 2014. Le pays
peut également bénéficier d'un marché régional, étant présent dans trois organisations
économiques régionales (CDAA, COMESA, COI) et signataire de l'accord de libre-échange
tripartite (TFTA)
La loi des finances (LFI) 202276 a supprimé de nombreux avantages fiscaux relatifs aux Zones et
Entreprises Franches (ZEF) alors que le secteur textile représente la moitié des entreprises
franches du pays.
La crise de la Covid-19 a conduit à une baisse mondiale de la demande de textile qui persiste.
Après des années de croissance, l?industrie du textile a enregistré une baisse des exportations
vers les Etats-Unis et vers l'UE. La demande peine à redémarrer sur les différents marchés, et
notamment en Europe, ce qui freine la croissance du secteur textile dans le pays.
Selon le ministère de l?environnement malgache en septembre 2024, Madagascar produirait
chaque année environ 10 000 tonnes de déchets textiles par an.77 Quand ils ne sont pas éliminés
par incinération ou enfouissement, souvent illégal, les déchets textiles sont valorisés par le
réemploi en tant que tissu (notamment pour l?essuyage), fils, le recyclage chimique et mécanique.
Plusieurs projets portant sur le recyclage et la gestion de produits textiles :
? L?entreprise française Le Relais, a lancé en 2008 le centre « TARATRA » de valorisation
et de recyclage des produits textiles à Fianarantsoa78. Le textile, importé de France, est
74https://www.ilo.org/sites/default/files/wcmsp5/groups/public/@ed_dialogue/@sector/documents/publication/wcms_860693.pdf
75 https://www.agenceecofin.com/agrobusiness/2112-114845-madagascar-est-devenu-le-second-exportateur-de-vetements-a-
destination-des-usa-en-2022
76 https://www.impots.mg/public/wysiwyg/upload/files/DGI%20SLIDE.pdf
77 https://newsmada.com/2024/09/10/recyclage-des-dechets-textiles-madagascar-pret-a-relever-le-defi/
78 Le centre de tri TARATRA | Le Relais Madagascar
Slovaquie 52 7 66 107 153
Union européenne
non définie ailleurs
689 192 262 261 137
Thaïlande 16 29 33 39 127
PUBLIÉ
https://www.ilo.org/sites/default/files/wcmsp5/groups/public/@ed_dialogue/@sector/documents/publication/wcms_860693.pdf
https://www.agenceecofin.com/agrobusiness/2112-114845-madagascar-est-devenu-le-second-exportateur-de-vetements-a-destination-des-usa-en-2022
https://www.agenceecofin.com/agrobusiness/2112-114845-madagascar-est-devenu-le-second-exportateur-de-vetements-a-destination-des-usa-en-2022
https://www.impots.mg/public/wysiwyg/upload/files/DGI%20SLIDE.pdf
https://newsmada.com/2024/09/10/recyclage-des-dechets-textiles-madagascar-pret-a-relever-le-defi/
https://www.lerelais.mg/rubriques/centre-de-tri
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Juin 2025 Les exportations des déchets textiles et des textiles
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contrôlé, classé et conditionné pour ensuite approvisionner le marché local. 450 tonnes de
vêtements seraient traitées chaque mois par le centre.
? Le groupe industriel Socota, basé à Antsirabe et employant près de 5 000 personnes dans
l?industrie textile, a signé une convention de partenariat avec le ministère du Tourisme et
de l?artisanat en septembre 2024, portant sur le recyclage de ses déchets textiles (chutes
de tissus) au profit des artisans de la région Vakinankaratra.
? Fin 2022, un jeune entrepreneur français, Sofiane Bouhali, a créé la marque de
vêtements pour enfants et bébé « Azala » à partir de chutes de tissus et déchets
textiles79
? Le projet « Promotion de l?économie circulaire dans le secteur du textile et de l?habillement
par la gestion durable des produits chimiques et des déchets », financé par le Fonds pour
l?environnement mondial et soutenu par le ministère de l?Environnement malgache et
l?Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI), a été lancé à
Madagascar le 9 septembre80. Ce projet de 5 ans vise à promouvoir la réutilisation et le
recyclage des déchets textiles, favorisant ainsi le développement de l?économie circulaire
dans ce secteur. Trois entreprises du secteur textile (Aquarelle, Epsilon et Tropic Knits)
participeront au projet et serviront de sites pilotes.
79 https://www.intracen.org/fr/nouvelles-et-evenements/nouvelles/upcycling-un-nouveau-talent-a-madagascar
80 Ministère de l'Environnement et du Développement Durable | République de Madagascar
PUBLIÉ
https://www.intracen.org/fr/nouvelles-et-evenements/nouvelles/upcycling-un-nouveau-talent-a-madagascar
https://www.environnement.mg/?p=9713
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Annexe 7.6. Fiche PAKISTAN
Le Pakistan est le premier destinataire des exportations françaises. Il s?agit essentiellement de
fripes de seconde qualité, dont la moitié terminera en Afrique et de matières à recycler (fil de coton
ou rembourrage de manteaux).
1- Un pays avec un marché de la seconde main limité
Le Pakistan n?est pas un pays de fripes de seconde main important. La vente de fripe internationale
est interdite de fait. Contrairement à l?Inde, il n?y a pas de pratique organisée de vente de fripes
locales.
2- Un pays à l?activité textile importante
Le Pakistan est un pays de 221 millions d?habitants avec industrie textile importante, huitième
exportateur de textile d?Asie, active depuis la production de coton, la filature jusqu?à la confection.
Elle emploie environ 8 millions de personnes soit 40% de la main d?oeuvre industrielle. Elle
représente 8.5% du PIB 2020 de 1 076 milliards de dollars. Cette industrie a été mise en place au
moment de l?indépendance avec des caractéristiques très spécifiques : investissements nationaux
ou proche du pouvoir, protection militaire des usines, lutte contre la syndicalisation? Le pays est
notamment très présent dans le linge de maison.
Parmi les acteurs de promotion de l?industrie textile au Pakistan, il convient de citer « All Pakistan
Textile Mills Association », dont les données ont été utilisées pour élaborer cette fiche. Une baisse
de l?activité de plus de 20% a été observée en 2023. Cette baisse aurait entraîné la fermeture de
25 à 30% des usines textiles.
Une industrie du tri et du recyclage textile importante
a) Activité de tri
Selon l?acteur du secteur implanté dans la zone spéciale de Karachi en 2004, Retex global, le
Pakistan dispose de 82 centres de tri licenciés qui emploient 10 000 personnes. Ils réalisent 200
millions de dollars de chiffre d?affaires principalement via des exportations vers les pays en
développement. L?activité se développe sur la base des faibles coûts salariaux avec un salaire
minimum mensuel officiel à 1,60 euros de l?heure et 125 ¤ par mois. Le salaire mensuel moyen
après impôts de 170¤.
Une recherche rapide a permis d?identifier les acteurs suivants :
Umba group,
Usman international ou
Usman Global trading
Pakistan Karachi export
processing Zone,
Sharjah, Turquie (Mersin)
https://umba-group.com/
https://www.usmaninternational.com/
Deuxième plus gros trieur mondial
3800 containers de 40 pieds par an
53% Afrique
Bushra international Karachi http://www.bushra-intl.com/
Trieur
Imperial rags Karachi https://imperialrags.biz/
Al Tawakkal Karachi https://altawakkal.com/
Interloop https://interloop-pk.com/
Retex Global Karachi https://retexglobal.com/
Zeal textile https://zealtextile.net/
PUBLIÉ
https://umba-group.com/
https://www.usmaninternational.com/
http://www.bushra-intl.com/
https://imperialrags.biz/
https://retexglobal.com/
https://zealtextile.net/
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J and k textile Karachi https://jandktextile.com/
Imperial rags Karachi https://imperialrags.biz/
Jamal textile https://jamaltextilerecycling.com/
Figure 30. Les principaux acteurs
50% des pièces reçues sont réexportées, avec une valeur ajoutée de 30 à 40%. C?est le coeur du
marketting des acteurs identifiés revendre des fripes de qualité dans les pays développés, de la
seconde qualité en Afrique, des chaussures et des jouets, des chiffons pour l?industrie. Le devenir
des 50 autres pour cent est moins claire entre recyclage (rembourrage des manteaux, fil de laine,
recyclage du PET) et élimination en décharge.
Usman International qui est aussi implanté à Sharjah et en Turquie est le plus gros acteur
Pakistanais.
b) Activité de recyclage
Depuis la France, le Pakistan est avec l?Inde un pays ou semblent envoyés de nombreux
produits/déchets pour recyclage. Il s?agit notamment de doudounes et manteaux qui seraient
démontés manuellement et dont les rembourrages seraient réutilisés notamment dans
l?ameublement. Des produits tricotés seraient aussi, triés par matière et couleur, détricotés sur
place pour produire de nouveaux fils notamment de laine. Enfin des fripes de très basse qualité,
jugées non vendables, seraient envoyé pour recyclage depuis la France.
c) Données statistiques
Selon la base BACI, de synthèse des échanges mondiaux le Pakistan importe 436 000 t
de fripes sous le code 6309 pour 305 millions de dollars, et il exporte 250 000t pour 259
millions de dollars.
Les pays destinataires sont avant tout les pays d?Afrique 162 500 t pour 156 millions de
dollars, puis les pays développés Amérique du Nord et Europe 66 000 t et 83 millions de
dollars et enfin les pays d?Asie du Sud-Est pour 59 000t et 504 millions d?euros.
Le solde donne à penser qu?il y a une activité de tri qui repart vers l?Afrique en particulier,
et une activité de recyclage (ou d?élimination), peut-être aussi de réutilisation
1) Echanges avec la France et l?Europe
Depuis la France, la situation est un peu différente, les trieurs déclarent envoyer deux types de
produits au Pakistan, de la fripe de seconde ou troisième qualité qui aurait vocation a être recyclée,
et des produits à recycler. Il s?agit notamment de doudounes dont le rembourrage a vocation à être
réutilisé, ou de vêtements bas de gamme jugés inaptes à la fripe d?exportation et qui est exportée
au Pakistan sans suivi.
2) Les évolutions envisagées
Sur la base de la stratégie européenne pour des textiles durables et circulaires81, APTMA a
clairement identifié un vecteur de changement. Il identifie les changements suivants :
? le changement de nomenclature de certains déchets faussement importé sous le vocable
fripes,
? la traçabilité des installations de recyclage,
? le développement de systèmes de traitements des déchets, avec l?arrivée des premiers
incinérateurs,
81 https://environment.ec.europa.eu/strategy/textiles-strategy_en
PUBLIÉ
https://jandktextile.com/
https://imperialrags.biz/
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? l?installation d?usines de recyclage de fibre Polyester (recycled Polyester Staple Fiber
rPSF)
? et développer un système de traçabilité.
Sources :
? https://aptma.org.pk/eus-textile-waste-and-used-clothing-in-pakistan/
? https://www.bing.com/videos/search?q=textile%20au%20pakistan&view=detail&mid=62E
E0AD711C5D0DFAD0062EE0AD711C5D0DFAD00&ajaxhist=0
? "Le capitalisme à main armé" Laurent Gayer Chercheur au Centre d'études et de
recherches internationales (CERI/Sciences Po, Paris)
o https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-enjeux-internationaux/a-
karachi-l-industrie-du-textile-la-fast-fashion-et-la-pegre-6365324
? Noreen Akhtar : Eu green deal : implication for Pakistan?s textile sector
https://aptma.org.pk/wp-content/uploads/2023/11/EU-GREEN-DEAL-IMPLICATIONS-
FOR-PAKISTANI-TEXTILE-EXPORTERS.pdf
? Sustainable Consumption and Production Trends of Textiles and Apparel Industry in
Pakistan, Jawad Naeem & Amna Siddique
? Entretien avec la thésarde de Science po Eva Bossuyt.
PUBLIÉ
https://aptma.org.pk/eus-textile-waste-and-used-clothing-in-pakistan/
https://www.bing.com/videos/search?q=textile%20au%20pakistan&view=detail&mid=62EE0AD711C5D0DFAD0062EE0AD711C5D0DFAD00&ajaxhist=0
https://www.bing.com/videos/search?q=textile%20au%20pakistan&view=detail&mid=62EE0AD711C5D0DFAD0062EE0AD711C5D0DFAD00&ajaxhist=0
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-enjeux-internationaux/a-karachi-l-industrie-du-textile-la-fast-fashion-et-la-pegre-6365324
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-enjeux-internationaux/a-karachi-l-industrie-du-textile-la-fast-fashion-et-la-pegre-6365324
https://aptma.org.pk/wp-content/uploads/2023/11/EU-GREEN-DEAL-IMPLICATIONS-FOR-PAKISTANI-TEXTILE-EXPORTERS.pdf
https://aptma.org.pk/wp-content/uploads/2023/11/EU-GREEN-DEAL-IMPLICATIONS-FOR-PAKISTANI-TEXTILE-EXPORTERS.pdf
Juin 2025 Les exportations des déchets textiles et des textiles
usagés
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Annexe 7.7. Fiche TUNISIE
Cette fiche a été établie sur la base d?une note du SER
1. Qui sont les acteurs ?
1.1. En France
En France, les acteurs de la fripe destinée à l?export sont principalement les associations caritatives.
Le Relais d?Emmaüs est l?acteur majeur de la collecte des textiles usagés. Les associations
envoient ensuite ces textiles usagés dans des pays tiers, notamment en Tunisie, afin qu?ils y soient
triés à un coût moindre qu?en Europe.
1.2 En Tunisie
En Tunisie se trouvent 47 entrepôts industriels et 3 entrepôts francs82. Le tri est une activité
industrielle, cependant de nombreuses entreprises ne sont pas déclarées à l?Agence de Promotion
de l'Industrie et de l'Innovation APII. L?ANGED (Agence Nationale de Gestion des Déchets) a une
liste officielle des collecteurs/recycleurs agréés de déchets textiles, mais les capacités de recyclage
sont difficiles à évaluer, notamment parce que le secteur de la fripe a ses propres capacités qui ne
sont pas évaluées. Parmi les entreprises de recyclage recensées, 6 ont des filatures avec capacité
d?effilochage : une seule pour le recyclage textile-textile, 4-5 pour le recyclage textile en non-tissé
et quelques autres pour le recyclage textile en chiffons, serpillères, lingettes.
Le nombre d?entrepôts est limité. Lors d?un conseil ministériel, en date du 30 octobre 2003, il a été
décidé de ne plus autoriser l?ouverture de nouvelles unités. Ces entrepôts sont principalement
situés dans le Grand Tunis et les gouvernorats de Kairouan, Manouba et Sousse. Tunis.
1.3 Transport
Le transport entre la France et la Tunisie s?effectue par des transporteurs tunisiens ou français, tel
que Bolloré Logistics, qui effectuent des aller-retours. Le transport se fait principalement par
remorques qui transitent sur des navires rouliers et arrivent au port de Tunis-Radès. Le transport
se fait aussi par conteneurs mais la France l?utilise peu. Il concerne surtout les textiles en
provenance des Etats-Unis, du Canada et des pays nordiques, mais en proportion moindre.
2. Quels sont les principes du traitement des textiles usagés et textiles ?
2.1. Les principes
L?importation d?articles de fripes est très encadrée en Tunisie. La loi n?autorise l?importation de
fripes qu?en cas de délivrance d?une autorisation annuelle d?importation par le ministère du
Commerce après avis du ministère de l?Industrie83. Ces autorisations ne sont délivrées qu?aux
entreprises respectant cumulativement les cinq conditions suivantes84 :
? délivrance du régime de l?entrepôt industriel par le Ministère des Finances après avis du
Ministère chargé de l?Industrie (nouvel article 3 du décret de 2005) ;
? apurement d?au moins 50% des anciennes importations de fripes, permettant un
agrément du Ministère du Commerce et de l?Artisanat (article 6 du décret de 1995) ;
82 Liste p.8-9 rapport CONECT
83 Etude économique du secteur de la friperie en Tunisie (conect.org.tn), page 10-11
84 Décret n° 2005-2038 du 18 Juillet 2005, modifiant et complétant le décret n°95-2396 du 2 décembre 1995 relatif aux
modalités d'importation, de transformation et de distribution de la friperie
PUBLIÉ
https://www.conect.org.tn/wp-content/uploads/2022/07/Etude-eiconomique-du-secteur-de-la-friperie-en-Tunisie.pdf
https://www.pist.tn/jort/2005/2005F/Jo0592005.pdf
https://www.pist.tn/jort/1995/1995F/Jo09895.pdf
Juin 2025 Les exportations des déchets textiles et des textiles
usagés
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? réexportation dans les 6 mois suivant leur réception d?au moins 30% des fripes
importées ;
? transformation dans les 6 mois suivant leur réception d?au moins 20% des fripes
importées ;
? si mise sur le marché locale, respect des contingents annuels attribués par gouvernorat.
Les douanes tunisiennes ont fixé les modalités d?importation, de transformation et de distribution
de la friperie dans le décret 2005- 2038 du 18 juillet 2005 : « la friperie doit être importée en l?état
d?origine, non triée dans des sachets de collecte présentés en vrac, en balles, sacs ou
conditionnement similaires à l?exception des balles de tricots ou pulls en acrylique, en polyester ou
en coton importées obligatoirement pour l?effilochage ».85
Le décret 2005-2038 du 18 juillet 2005 définit les articles de friperie comme « les articles usagés
en matière de textile consistant en des vêtements et des accessoires de vêtements, couvertures,
linges de maison, et articles d?ameublement et autres articles usagés relevant de la position n°
63090000023 du tarif douanier » dans son article premier (nouveau). Ces articles doivent être
réexportés ou détruits et ne peuvent pas être mis à la consommation selon la loi tunisienne.
Les codes douaniers sont normalement fixés par le pays exportateur, et chaque pays a sa propre
interprétation de ce qu?elle considère comme déchet. Ainsi, la différence entre le code 6309 et le
code 6310 est ténue. Des déchets déclarés exportés en 6310 (de « vrais » déchets) sont reclassés
en 6309 (fripes) à l?arrivée.
Cette interprétation nationale des définitions douanières peut aussi évoluer dans le temps : la
Tunisie considérait les chaussures et les couvre-chefs importés comme des déchets en 1995, mais
plus en 2005.
L?existence du code du catalogue européen des déchets CED 200111 relatif aux déchets textiles
met en lumière la porosité et la complexité du classement des textiles usagés entre fripes et
déchets : toute la fripe tunisienne importée depuis l?UE a été exportée en tant que déchet sous ce
code alors même qu?une grande partie est importée en Tunisie en tant que fripe sous le code SH
6309. Malgré une uniformité des définitions au niveau national, la classification douanière est
difficile : les produits ne sont ni homogènes ni uniformes ce qui rend les contrôles, plutôt rares,
subjectifs.
Le régime de l?entrepôt industriel s?applique à l?importation de produits devant être utilisés pour la
fabrication destinée simultanément au marché intérieur et à la réexportation sans que l?industriel
soit en mesure de déterminer lors de la mise en oeuvre la partie qui sera finalement réexportée.
L'importation de la friperie est réalisée sous le régime de l'entrepôt industriel aux fins de son triage
et de sa transformation en chiffons d'essuyage et en effilochés. Le régime de l'entrepôt industriel
est accordé par décision du ministre des finances après avis du ministre de l'industrie.
Ces entrepôts bénéficient d?un régime de suspension qui leur permet d?importer la marchandise et
ne payer les droits que sur la proportion mise à la consommation sur le marché local. Mais la
catégorisation n?est pas claire puisque le rapport de la CONECT indique qu?actuellement on ne
parle plus du régime de l?entrepôt industriel mais du régime de transformation sous douane pour
l?exportation partielle puisque désormais l?entrepôt industriel doit être réservé à l?usage exclusif du
triage et de la transformation de la friperie (l?article 150 bis du Code des douanes promulgué par
le décret beylical du 29 décembre 1955 est remplacé par les dispositions du nouveau Code des
85 Ministère des Finances-Registre électronique des formalités fiscales et douanières condition n°10
PUBLIÉ
http://www.registre.finances.gov.tn/detail.php?code=56#:~:text=D%C3%A9cret%20%3A%20N%C2%B095%2D2396,annuel%20de%20la%20friperie%20import%C3%A9e.
Juin 2025 Les exportations des déchets textiles et des textiles
usagés
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douanes promulgué par la loi 2008-34 du 2 juin 2008 et plus particulièrement par les articles 201
à 205 de ce dernier code).
Le volume du marché de seconde main
Volume des importations tunisiennes de textiles usagés (code SH
6309), en tonnes
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023
Total
136 787 155 285
147
819
138
674
139
187
140
449
141
309
140
772
140
495
Dont UE
102 138 112 095
116
292
105
812
108
145
108
265
108
548
106
497
97
672
FRANCE
23 170 23 665 23 791 22 340 20 078
18 582 22 978 20 225 18
733
Volume des importations tunisiennes de déchets textiles (code SH 6310), en
tonnes
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023
Total 4 000 4 777 4 119 4 482 4 812 6 021 1 198 1 231 736
Dont UE 2 897 3 732 3 064 3 244 3 503 166 155 30 21
Dont France 21 34 22 15 17 4 6 6 2
Dont
avitaillement
48 72 20 360 518 703 1 021 1 201 716
Figure 31. Evolution des volumes d?importation pour le code HS 6309 et 10 en Tunisie
Mise sur le marché local :
La mise sur le marché local, aussi appelée mise à la consommation, est définie par des quotas
accordés aux industriels semestriellement. Les quotes-parts sont attribuées aux grossistes pour
une zone d?activité correspondant au gouvernorat de délivrance. Les grossistes doivent donc
fournir la fripe aux fripiers de leur gouvernorat possédant une carte de bénéficiaire. L?objectif est,
couplé à l?interdiction d?importation de fripes déjà triées, de créer de l?emploi et de couvrir
l?ensemble du territoire par une répartition uniforme des agréments. Mais dans les faits, les
grossistes inondent le marché au-delà de leurs zones légales, en recourant parfois à la corruption.
Les acteurs de la fripe ont aussi trouvé un moyen de contourner la loi en créant des entités
intermédiaire disposant de « patente » pour faire l?intermédiaire entre les gouvernorats. 80% des
autorisations octroyées le sont pour des personnes qui ne font pas partie du secteur, et
-
200
400
600
800
1 000
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023
Principaux pays exportateurs d'articles de fripes (6309) vers la
Tunisie depuis 2015, données INS
Bélgique France Allemagne Italie Pays bas Slovénie Royaume uni Suisse Canada Etats-unis
PUBLIÉ
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usagés
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l?importation est limitée à 10 tonnes chaque semestre par professionnel. Cette quantité n?est pas
suffisante pour un professionnel du secteur puisque 10 tonnes est le volume nécessaire pour un
seul mois d'exercice.86 Le contingent annuel, qui n?a pas été actualisé depuis 1995, est de l?ordre
de 10 500 tonnes par an. En 2024 ce quota n?est pas suffisant pour répondre aux besoins du
marché local. Selon les analyses de la CONECT, sur la base du quota accordé à la mise à la
consommation de la friperie (qui se situe à 12% du volume du textile neuf consommés sur le
marché local) et sur la base des 10 500 tonnes imposées en 1995, le quota destiné à la friperie
devrait se situer à environ 19 262 tonnes pour l?année 2015 et évoluerait à presque 21 200 tonnes
en 2020.
D?après les discussions du SER avec des acteurs du milieu, une licence d?importation de fripes
peut aisément s?acheter pour 4-5 M TND (un peu plus d?un million d?euros) avec un retour sur
investissement de l?ordre de 2 ans. Les quotas ne sont d?ailleurs que peu respectés : un trieur
tunisien vend pratiquement toute sa fripe sur le marché local, sans respecter la règle de 30% de
réexportation. Même si les fluctuations du marché à l?achat de la licence peuvent être assez
importantes, le marché local absorbe systématiquement les variations. Le risque pour les trieurs
est d?avoir des impayés, généralement de l?ordre de 10 à 15%, mais cette activité reste largement
rentable. D?autant plus que toute la chaîne de vente se fait en cash, de l?acheteur jusqu?au trieur
en passant par tous les intermédiaires. Le trieur doit simplement déposer l?argent à la banque pour
obtenir des devises et acheter ses fripes à l?étranger.
Les fripes mises sur le marché local sont l?« extra-crème », la « crème » et le « deuxième choix ».
Ces dénominations dépendent de la typologie du textile, de son âge, de son aspect, de ses défauts
et de sa marque. L?extra-crème correspond au haut du panier, avec des produits de grandes
marques, la « crème » a des produits récents, d?aspect neuf et sans défauts. Ces deux catégories
représenteraient seulement 2% des importations87. Le deuxième choix correspond à des textiles
pouvant présenter des défauts minimes ? un bouton en moins par exemple ? et de marques bas
de gamme ou moyenne gamme. Il est à noter que, d?après le rapport de la CONECT, les articles
définis comme déchets dans la loi - et énumérés dans la partie I sur les conditions d?importation -
inondent le marché tunisien, en particulier les articles en cuir et les chaussures, malgré l?obligation
de les détruire ou de les réexporter.
Le marché de la fripe est conséquent en Tunisie : plus de 80% des Tunisiens vont « à la fripe » et
achètent au moins une pièce par an soit un minimum de 10 M de pièces achetées, et les acteurs
tunisiens du textile indiquent que 70 000 tonnes de fripes vont sur le marché local chaque année,
soit à raison de 4 000 pièces par tonne, 280 M de pièces par an.
Il emploierait aussi indirectement 220 000 personnes, en majorité des femmes, notamment dans
les usines qui ont entre 150 et 200 employés pour les usines de taille moyenne et 1500 à 2000
employés pour les plus grosses. Les emplois sont générés par les usines mais aussi par la collecte,
les douanes, les transporteurs et tous les intermédiaires.
3. Réexport
Depuis l?entrée en vigueur du décret relatif aux modalités d'importation, de transformation et de
distribution de la friperie de 2005, les exportations n?auraient en moyenne pas atteint les
pourcentages fixés par la législation : 17 % en volume et 23 % en valeur selon la CONECT alors
que la loi impose un minimum de 30%
3.1 Réexport vers l?Algérie
En Algérie, la friperie est interdite d?importation depuis 2009, alors que le pays était historiquement
86 Passage de M Hamdi kannou Président Du Groupement Professionnel de la friperie | Facebook
87 Vidéo | Facebook Enquête sur la fripe tunisienne de TF1, à 3:53
PUBLIÉ
https://www.facebook.com/conect.tunisie/videos/passage-de-m-hamdi-kannou-pr%C3%A9sident-du-groupement-professionnel-de-la-friperie-r/2727057690648380/
https://www.facebook.com/watch/?v=520267568569558
Juin 2025 Les exportations des déchets textiles et des textiles
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largement approvisionné par le marché tunisien. La Tunisie servait alors principalement de marché
de transit avant d?atteindre les marchés algériens et libyens. Depuis l?interdiction, les fripes se sont
beaucoup plus développées sur le marché local. Cependant l?activité en Algérie n?a jamais
réellement cessé, un grand réseau de contrebande s?étant mis en place. On estime que 90% de la
friperie exposée aux clients en Algérie provient de la Tunisie via la région de Bir El-Ater, à 90
kilomètres au sud du chef-lieu de la wilaya de Tébessa. Le marché algérien est intéressant pour
les fripiers tunisiens puisqu?ils se font payer en euros. L?ordre de grandeur des flux de fripes vers
l?Algérie ne doit toutefois pas être surévalué, la plupart des fripes étant importées par des porteuses
de balles de textiles à travers les champs qui longent la frontière tuniso-algérienne et qui se
trouvent sur les deux territoires nationaux. D?après l?Institut national de la statistique (INS), la
Tunisie aurait officiellement exporté 49 tonnes de fripes à l?Algérie en 2023, soit moins de 0,17%
des exportations de fripes du pays.
3.2 Libye et Afrique subsaharienne
La Libye n?interdit pas l?importation de fripes. Par conséquent la Tunisie approvisionne beaucoup
le pays, qui sert aussi de relais pour l?Afrique subsaharienne. Les importations de fripes tunisiennes
ont fortement diminué ces derniers temps en raison du contexte sécuritaire de la Libye qui implique
des difficultés aux frontières, illustrées par la fermeture du poste frontière de Ras Jedir entre mars
et juillet 2024.
Les fripes destinées à la Libye et à l?Afrique subsaharienne sont surtout du troisième choix : les
acheteurs ne sont pas les ménages moyens libyens mais les migrants transitant par le pays ou les
personnes très pauvres. Les fripes destinées à l?Afrique subsaharienne sont aussi du troisième
choix ou des vêtements d?été. D?après l?INS, la Tunisie n?aurait exporté aucune fripe à la Libye
mais aurait exporté 4,58k tonnes de fripes à l?Afrique subsaharienne, soit 15,6% de ses
exportations.
Exportation par Produits en quantités (en tonnes)
6309 - Articles de friperie :
Série d'années
Pays 2023 2024
Benin 835 378
Guinée équatoriale 93 125
Gabon - 23
Ghana 177 150
Guinée 1 271 783
Côte d'ivoire 887 838
Mali 141 57
Niger 550 -
Guinée Bissau - 25
Sénégal 292 96
Togo 332 245
Burkina Faso - 30
Total 4 576 2 751
Figure 32. Données 2024 provisoires Source : Institut National de la Statistique INS
3.3 Quelle est l?industrie textile en Tunisie ?
D?après le rapport de la CONECT, 70% des entreprises du secteur sont des sous-traitants
confectionneurs de chaîne et trame et bonneterie, soit des activités à faible valeur ajoutée. Les
capacités de recyclage et de valorisation des textiles sont insuffisantes, ce qui montre qu?il n?y a
PUBLIÉ
http://apps.ins.tn/comex/fr/comex_nsh4_serie.php?chaptr=6309&b=q&b1=e&c=d
Juin 2025 Les exportations des déchets textiles et des textiles
usagés
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pas de réelle valorisation de la friperie : dans le meilleur des cas les fripes sont réexportées triées
(rapport CONECT p.15).
Le constat peut sembler contre-intuitif mais le marché européen importe principalement du déchet
textile de Tunisie (10 605 tonnes en 2023, dont 3 740 tonnes en France) et très peu de fripes (795
tonnes en 2023 dont 547 tonnes en France) d?après les chiffres UE, alors même qu?il exporte de
grandes quantités de ce qui est considéré comme du déchet en Europe mais comme des fripes en
Tunisie. Par déchet, il faut comprendre des chiffons d?essuyage, des draps blancs, des effilochés
pour des opérations de nettoyage ou de lavage en application industrielle. Ce sont des produits
très absorbants et techniquement intéressants. Ils proviennent soit des chutes des entreprises
textiles tunisiennes, qui sont moins performantes que les usines françaises et produisent donc plus
de chutes que ces dernières, soit de l?effiloché produit à partir de fripes ou autres matières textiles
de mauvaise qualité et pouvant répondre aux 20% de transformation et 30% d?export nécessaires
à une licence d?importation de fripes. Le recyclage des textiles est d?ailleurs toujours mécanique et
jamais chimique.
Les chiffres déclarés concernant les déchets textiles exportés sous le code SH 6310 vers la France
diffèrent également selon la source, mais relativement moins que les fripes : 3 740 tonnes (UE)
contre 5 492 tonnes (INS) de déchets en 2023.
Production tunisienne de déchets par les entreprises du secteur textile
D?après un rapport de Switchmed sur les déchets textiles en Tunisie et au Maroc, les déchets
textiles tunisiens générés par l?industrie sont de 31 k tonnes par an dont 25% fibres pures (coton
pur, synthétique pur?), 38% de mélanges de coton, plus difficiles à valoriser et sont à 55% issus
de coupe. 70% des déchets sont concentrés dans 5 régions voisines, avec 27% pour Monastir.
Les déchets réutilisables, représentant 6,3k tonnes, sont classés en deux catégories : le stock mort
(1,8 k tonne), qui correspond à l?ensemble des stocks entreposés depuis longtemps, invendus et
qui, s?ils ne sont pas réutilisés, peuvent être coupés en morceaux et gérés comme des déchets de
coupe, ainsi que la surproduction (4,5 k tonnes) qui, s?ils ne sont pas réutilisés, peuvent être
effilochés et gérés comme des déchets textiles.
A ces déchets textiles industriels s?ajoutent les déchets issus de la fripe : 24 % des fripes importées
ont été détruites sur la période 2007-2017 (rapport CONECT p.29). De plus, la loi exige que 20 %
des fripes importées soit transformées, le plus souvent en chiffons ou autres articles textiles
considérés comme des déchets, mais elle n?est que rarement respectée puisque la plupart des
entreprises de fripes industrielles tunisiennes ne font qu?une simple activité de tri et n?ont donc pas
la capacité de recyclage nécessaire. Ce problème représente une perte de valeur ajoutée pour la
filière qui pourrait développer ses activités de recyclage.
Et enfin il existe des déchets industriels générés par la destruction des prototypes et des non-
conformités qui, bien qu?illégale, est réalisée en Tunisie.
PUBLIÉ
https://switchmed.eu/wp-content/uploads/2021/07/MAROC_TUNISIE_DA_9_Cartographie_D%C3%A9chetsTextiles.pdf
Sommaire
Résumé
Liste des recommandations
Liste des propositions opérationnelles attachées aux recommandations
Introduction
1. La production de textiles neufs et la gestion de leurs déchets ont de forts impacts environnementaux
1.1 Les données globales du marché des TLC
1.1.1. Une forte croissance de la production mondiale de textiles et de leur mise sur le marché
1.1.2. La consommation européenne augmente et les prix baissent
1.1.3. La consommation française présente les mêmes tendances
1.2 Les données économiques et l?organisation du marché des TLC usagés
1.2.1 L?Europe est le 1er exportateur mondial de fripes
1.2.2 L?Europe exporte ses fripes majoritairement en Afrique et en Asie
1.2.3 En France, la gestion des déchets TLC, soumise à la responsabilité élargie des producteurs (REP), échappe en grande partie à l?éco-organisme agréé
1.2.3.1 La collecte des déchets textiles en France : sa structuration et ses insuffisances
1.2.3.2 Le tri est soutenu mais reste insuffisant
1.2.3.3 Le marché des vêtements de seconde main en Europe et en France
1.2.3.4 L?équilibre de la filière des déchets TLC collectés en France repose sur l?export
1.2.3.5 Les capacités de recyclage des textiles français sont insuffisantes et ne seront pas disponibles à court terme
1.2.3.6 L?utilisation des combustibles solides de récupération (CSR) reste marginale
1.3 Les conséquences sanitaires et environnementales des textiles et de leurs déchets
1.3.1 En amont, les pollutions générées par l?industrie textile
1.3.2 En aval, les impacts des déchets textiles sur l?environnement et la santé humaine
1.3.3 L?accélération des impacts environnementaux et sanitaires liée à la Fast-fashion
1.4 Le cadre juridique ne permet pas de juguler le volume des exportations de déchets textiles
1.4.1 Un encadrement juridique des déchets textiles à plusieurs niveaux
1.4.2 Des notions qui prêtent à de multiples interprétations (déchet, fripe, réemploi, réutilisation, don)
1.4.2.1 La révision de la directive cadre déchet clarifie la notion de déchet textile
1.4.2.2 Au regard du droit des douanes, les fripes ne sont pas des déchets mais le sont au regard de la convention de Bâle
1.4.2.3 Une notion de sortie de statut de déchets (SSD) actuellement bien trop laxiste
1.4.3 Une réglementation de l?exportation variable selon les pays de destination qui n?est pas toujours respectée
1.4.4 Très peu de contrôles aux frontières et même en France
1.4.5 Les obligations au titre des installations classées et la connaissance des flux
1.4.6 Les obligations de traçabilité des déchets TLC, qu?ils restent en France ou partent à l?exportation, ne paraissent ni respectées ni contrôlées
1.4.6.1 Les obligations de traçabilité qui pèsent sur les acteurs de la filière des déchets TLC
1.4.6.2 Les obligations de traçabilité qui pèsent sur Refashion
2 Mieux et plus traiter les déchets textiles en France
2.1 Limiter et encadrer les exportations de déchets textiles et de textiles usagés
2.1.1 Le règlement de 2024 devrait ralentir les exportations si les fripes sont considérées comme des déchets
2.1.2 La France porte une proposition de modification de la convention de Bâle très radicale
2.2 La nécessaire augmentation des capacités de traitement des textiles en fin de vie en France et en Europe
2.2.1 Augmenter les capacités de recyclage et l?utilisation de la fibre recyclée
2.2.2 Développer l?éco-conception pour augmenter la durabilité, la recyclabilité, l?incorporation de TLC recyclé et la réparabilité
2.2.2.1 Les obligations de Refashion en matière d?éco-conception
2.2.2.2 D?importants changements vont intervenir avec le nouveau règlement 2024/1781 sur l?éco-conception
2.2.3 La proposition de loi sur la mode éphémère, une initiative intéressante
2.3 Aller plus loin avec des actions de sensibilisation sur les impacts environnementaux et sanitaires des textiles et de leurs déchets
2.3.1 L?affichage environnemental doit faire ses preuves
2.3.2 Dresser un bilan de l?étiquetage environnemental pour les TLC
2.4 Développer la réparation et la seconde main pour retarder la fin de vie des produits
2.5 Augmenter les éco-contributions pour financer les mesures nouvelles
Conclusion
Annexes
Annexe 1. Lettre de mission
Annexe 2. Liste des personnes rencontrées
Annexe 3. Glossaire des sigles et acronymes
Annexe 4. Exemples de messages sur la collecte évoquant des dons et semblant exclure les TLC seulement abimés ou troués
Annexe 5. Les acteurs du marché de seconde main des textiles en France et en Europe
Annexe 6. Présentation des solutions de recyclage en France
Annexe 7. Fiches pour quelques pays importateurs de déchets textiles
Annexe 7.1. Fiche CHILI
Annexe 7.2. Fiche COTE d?IVOIRE
Annexe 7.3. Fiche ÉMIRATS ARABES UNIS (EAU)
Annexe 7.4. Fiche GHANA
Annexe 7.5. Fiche MADAGASCAR
Annexe 7.6. Fiche PAKISTAN
Annexe 7.7. Fiche TUNISIE
(ATTENTION: OPTION ation et l?obligation d?accompagner le produit d?une
information sur l?entreprise ayant accompli cette opération de tri ;
? l?obligation de soumettre le tri aux critères actualisés du marché destinataire ; sur le principe,
cette disposition constitue une clarification positive ; en outre, comme la mission le propose,
elle cherche à faire coïncider les TLC triés et exportés avec la demande locale ; elle soulève
néanmoins la question de sa mise en oeuvre concrète et de son contrôle ; la
recommandation 3 pourrait être mise en oeuvre pour la transposition de cette obligation ;
? l?harmonisation des critères de modulation des contributions financières en fonction de
l?éco-conception au sens du règlement éco-conception (voir une présentation de ce
règlement au 2.2.2.2) pour favoriser l?éco-conception et décourager les dérives de la fast
fashion ; l?idée ne peut qu?être saluée et éviterait que la France ne fasse cavalier seule
contre la fast fashion ;
? la possibilité pour les Etats-membres de moduler les contributions financières sur la base
des pratiques ayant une incidence sur la durée de vie des produits ; l?article 22 c) 3 a) vise
ici la mode dite éphémère ;
? la publication par les organismes de l?ESS comme par l?éco organisme du taux
d?exportation des textiles jugés aptes au réemploi et des déchets textiles ; même s?il aurait
été préférable de disposer des volumes et pas seulement du taux d?exportation, ces
informations permettront une meilleure surveillance des volumes et de la nature des
exportations des textiles usagés.
1.4.2.2 Au regard du droit des douanes, les fripes ne sont pas des
déchets mais le sont au regard de la convention de Bâle
La réglementation sur les transferts transfrontaliers de déchets vise à encadrer ces transferts très
rigoureusement lorsqu?ils portent sur des déchets dangereux (notifications qui sont en réalité des
autorisations) et de manière beaucoup plus légère (simple information) pour les déchets non
dangereux.
La convention de Bâle comme le règlement européen procède par croisement de listes de produits
et de critères de dangerosité. Les listes ont des noms différents mais sont identiques :
? Déchets dangereux : liste A (annexe VIII) de la convention de Bâle et liste orange (annexe
IV) des règlements de 2006 comme de 2024.
? Déchets non dangereux : liste B (annexe IX) de la convention de Bâle et liste verte (annexe
III) des règlements de 2006 comme de 2024.
Les déchets textiles sont considérés comme des déchets non dangereux et sont classés dans la
catégorie B 3030 dans le cadre de la convention de Bâle.
La réglementation douanière, quant à elle, comporte une nomenclature très fine et très précise
s?agissant des textiles. Les fripes sont classées au chapitre 63 du code des douanes et portent le
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code HS à 13 chiffres commençant par 6309. La liste des produits37 ainsi couverts n?évoque jamais
la notion de déchet même si elle souligne qu?ils sont « manifestement usagés ».
Le code HS commençant par 6310 regroupe pour sa part les « chiffons, ficelles, cordes et cordages,
en matières textiles, sous forme de déchets ou d?articles hors d?usage ».
En pratique, le présent rapport se centre sur le code HS 6309 qui semble le plus proche des TLC,
objets de la mission.
Ce sont les exportateurs qui attribuent des codes aux produits qu?ils exportent. Le service des
douanes vérifie à l?appui de documentations fournies par l?exportateur, la concordance des
nomenclatures douanières avec les désignations des articles et effectue parfois des contrôles
physiques, pour s?assurer de la véracité des informations et des codes HS mentionnés. Il a
d?ailleurs été indiqué à la mission que le service des douanes demandait aux exportateurs si leurs
fripes constituaient en tout ou partie des déchets. Il reconnait qu?il est incapable de savoir si le
produit exporté est un ou non un déchet et qu?en tout état de cause, les enjeux étant à ses yeux
faibles, il investigue peu cette question.
Il faut garder à l?esprit que si les articles exportés sont des produits sortis du statut de déchet et
non plus des déchets, ils ne seront pas soumis à la convention de Bale et au règlement
communautaire sur les transferts transfrontaliers, certains pays d?importation les accepteront ou
non, et les droits de douanes ne seront pas identiques.
Il apparait ainsi à ce stade une contradiction entre la nomenclature de la convention de Bâle
et celle du code des douanes, les articles de friperie constituant pour la première des déchets et
pour la seconde des produits.
La pratique des douanes ne parait pas conforme au règlement 2016/1245 du 28 juillet 2016
établissant un tableau de correspondance entre les codes de la nomenclature douanière et
les rubriques des déchets énumérées aux annexes III, IV et V du règlement n° 2013/200638.
En application de celui-ci, au code B 3030 correspondent 21 codes douaniers, dont le code HS
6309. Ce qui implique que les articles de friperie codifiés en 6309 doivent systématiquement être
considérées par le service des douanes comme des déchets, sauf si l?exportateur sont en mesure
de prouver qu?elles sont sorties du statut de déchet.
Recommandation 5. [DGDDI] : Adopter une instruction aux services des douanes leur
demandant de considérer systématiquement les produits classés en tant que fripes
comme des déchets sauf preuve formelle qu?ils sont sortis du statut de déchet.
1.4.2.3 Une notion de sortie de statut de déchets (SSD)
actuellement bien trop laxiste
L?article 6 de la directive cadre sur les déchets, qui n?est pas remis en cause par sa révision en
cours de publication, fixe les conditions générales dans lesquelles un déchet qui a subi une
opération de recyclage ou une autre opération de valorisation n?est plus considéré comme un
déchet. Cet article prévoit que la Commission prenne des actes d?exécution pour harmoniser au
sein de l?UE les critères de la SSD. Mais aucun acte d?exécution n?a été pris pour les textiles.
37 Code HS 6309 : Articles de friperie composés de vêtements, accessoires du vêtement, couvertures, linge de maison et articles d'aménagement
intérieur, en tous types de matières textiles, y.c. les chaussures et coiffures de tous genres, manifestement usagés et présentés en vrac ou en
paquets simples ficelés ou en balles, sacs ou conditionnements simil. (sauf tapis et autres revêtements de sol et sauf tapisseries) (source : Portail
européen des douanes, https://www.tarifdouanier.eu/2022/6309)
38 Ce règlement de 2016 a été adopté parce qu?il n?était « pas toujours possible d?établir une correspondance claire et complète entre les deux »
nomenclatures (Source : Considérants du règlement 2016/1245) https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:32016R1245
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Comme indiqué au 1.4.2.1, au considérant 42 de la révision de la directive cadre déchet, il est
demandé à la Commission d?adopter des critères spécifiques de SSD pour les déchets textiles.
L?article L. 541-4-3 du code de l?environnement, qui transpose l?article 6 de la directive cadre sur
les déchets, définit, pour l?ensemble des déchets, à quelles conditions cumulatives ils peuvent être
considérés comme n?étant plus des déchets :
? avoir subi un traitement ou une opération de valorisation, notamment de recyclage ou de
préparation en vue de la réutilisation,
? l?objet est utilisé à des fins spécifiques,
? il existe une demande ou un marché pour cet objet,
? il répond à des exigences techniques et aux normes en vigueur,
? et son utilisation n?a pas d?effets globaux nocifs pour l?environnement ou la santé humaine.
En application de cet article législatif et des articles D. 541-12-4 à D. 541-12-14 du code de
l?environnement, le ministre chargé de l?environnement fixe des critères plus précis de la sortie du
statut de déchet. S?agissant des déchets textiles, il faut se référer à l?arrêté du 11 décembre 2018
fixant les critères de sortie du statut de déchet pour les objets et produits chimiques ayant fait l'objet
d'une préparation en vue de la réutilisation ainsi qu?à l?arrêté du 25 février 2019 fixant les critères
de sortie du statut de déchet pour les chiffons d'essuyage coupés élaborés à partir de textiles
usagés pour un usage comme chiffons.
Sauf dans le cas de demande nouvelle pour une nouvelle catégorie de déchets, le producteur ou
le détenteur de déchets qui souhaite faire sortir du statut de déchet ces objets doit seulement
mettre en oeuvre les critères de l?arrêté de 2019 et en assurer la traçabilité en tenant un registre
(cf. article 4 de l?arrêté du 11 décembre 2018).
Ce dispositif, déjà peu contraignant, semble remis en cause par l?intervention de l?article 6 de
l?ordonnance n° 2020-920 du 29 juillet 2020 qui, en application de l?article 6 de la directive cadre
sur les déchets modifiée, a introduit un II à l?article L. 541-4-3. Cette disposition instaure une
présomption de compatibilité avec les critères de la sortie de statut de déchet si le déchet subit une
« opération de préparation en vue de sa réutilisation pour un usage identique » dès lors qu?il
respecte la législation et les normes en vigueur pour les TLC neufs. La préparation en vue de la
réutilisation consiste à contrôler, nettoyer ou réparer l?objet ou la substance (L. 541-1-1). Il suffirait
donc dans le droit actuel qu?un textile déposé dans un collecteur fasse l?objet d?un tri en vue d?un
usage identique et d?un contrôle (on peut se demander si le tri n?est d?ailleurs pas déjà une
opération de contrôle au sens de l?article L. 541-1-1) pour qu?il puisse sortir du statut de déchet.
Ces procédures de SSD, très légères, paraissent problématiques pour le bon suivi des textiles
usagés. La mission estime qu?il conviendrait de les renforcer afin de garantir la traçabilité de la
SSD et d?en permettre le contrôle La transposition de la révision de la directive cadre déchets et la
mise en oeuvre de son règlement d?application sur la SSD, théoriquement en 2026, devraient être
l?occasion d?un meilleur encadrement de la SSD (cf recommandation 4 sur l?établissement d?un
cahier des charges à l?exportation contrôlable par Refashion).
Actuellement, l?utilisation des arrêtés de SSD fait l?objet de très peu de contrôles. La mission a ainsi
constaté que la SSD est utilisée à l?exportation vers l?Afrique accompagnée de cahiers des charges
purement oraux.
Pour information, en absence de critères communs à l?ensemble de l?UE, la notion de SSD reste
actuellement nationale et ne vaut ni au sein de l?UE ni vis-à-vis des pays tiers vers lesquels les
produits sont exportés. Par conséquent, en application du IV de l?article L. 541-4-3 du code de
l?environnement, alors même qu?il a bénéficié d?une sortie de statut de déchet, le produit doit être
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exporté en tant que déchet sauf si l?exportateur démontre que le pays destinataire de cette
exportation n?a pas émis d?objection à la sortie de statut de déchet.
1.4.3 Une réglementation de l?exportation variable selon les
pays de destination qui n?est pas toujours respectée
Comme indiqué au 1.4.1, le droit des exportations de déchets résulte de la combinaison de
plusieurs textes internationaux (Convention de Bâle, décision de l?OCDE) et de règlements
européens qui les transposent au sein de l?UE. Les règles varient selon l?origine ou la destination
des déchets.
Le tableau ci-dessous (tableau 5) résume l?ensemble de la réglementation des exports et des
imports de déchets dans l?Union européenne.
Il en ressort que les exportations de déchets non dangereux comme les fripes vers les pays
n?appartenant pas à l?OCDE mais qui sont parties à la convention de Bâle, sont :
? interdites s?il s?agit d?éliminer ces déchets (voir l?article 34 du règlement) ;
? possibles s?il s?agit de les valoriser, si le pays d?importation l?accepte et l?a indiqué à la
Commission ; le pays peut les interdire, les soumettre à une procédure de notification
comme s?il s?agissait de déchets dangereux ou encore n?instaurer aucune procédure de
contrôle (article 37 du règlement).
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Tableau 5 : présentation synthétique de la réglementation des importations et des
exportations des déchets dans l?Union européenne selon leur pays d?origine ou de destination
(Source : site du ministère de la transition écologique39)
Le règlement 1418/2007 du 29 novembre 2007, modifié, présente les réponses données par les
Etats non OCDE parties à la convention de Bâle.
Le tableau 6 ci-après indique la position de certains Etats classés selon les volumes de fripes
importés de la France.
Pays, parties à la
Convention de Bâle, non
OCDE
Volumes exportés par
la France en tonnes
en 2022
Régime en application du
règlement 1418/2007
Pakistan 33 006 Absence de contrôle
Tunisie 30 886 Absence de contrôle
Émirats arabes unis 11 302 Interdiction
Haïti 7 376 Absence de contrôle
Togo 6 080 Interdiction
Madagascar 5 922 Notification et consentement
écrit préalable
Burkina Faso 5 185 Notification et consentement
écrit préalable
Sénégal 3 379 Absence de contrôle
Inde 2 278 Procédure de contrôle
spécifique
Rwanda 1 604 Interdiction
Benin 1 056 Notification et consentement
écrit préalable
Ghana 587 Procédure de contrôle
spécifique
Tableau 6 : Position de certains Etats d?importation non OCDE parties à la convention
de Bâle vis-à-vis des exportations de fripes de l?Union européenne (Source : mission
à partir des données douanières et du règlement 1418/2007)
Ce tableau montre de manière surprenante que dans les trois pays qui ont interdit l?importation
de déchets un volume conséquent de déchets textiles en 2022 est en réalité importé. Peut-
être par insuffisance de contrôles pour faire respecter la réglementation ou parce que les
déchets ne font que transiter dans une zone sous douane où ils peuvent être triés avant d?être
réexportés dans des pays voisins (cf. en annexe 7 les fiches pays).
39 https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/transferts-transfrontaliers-dechets
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1.4.4 Très peu de contrôles aux frontières et même en
France
Comme indiqué au 1.4.2.2, les contrôles aux frontières sont très rares et s?appuient sur les
déclarations faites par les opérateurs. Le Pôle national des transferts transfrontaliers de déchets
(PNTTD), autorité compétente française pour ces transferts en export, import et transit, service à
compétence nationale rattaché à la DGPR, n?est actuellement pas informé des flux de déchets de
TLC mais devrait l?être en 2026 lorsque la procédure sera totalement dématérialisée.
Par ailleurs, individuellement les collecteurs, trieurs, transporteurs, importateurs et exportateurs de
déchets textiles sont astreints de tenir et de mettre à jour des registres permettant de suivre le
devenir de ces déchets, mais ceux-ci n?étant ni dangereux ni inertes40, seuls sont obligés de les
déclarer à l?administration (L. 541-7 et R. 541-43 du code de l?environnement) dans le cadre du
« Registre national des déchets », les exploitants des installations d?incinération ou de stockage et
ceux dans lesquelles les déchets perdent leurs statuts de déchets.
La mission n?a pas pu savoir si l?administration contrôlait la mise en oeuvre de cette obligation.
En outre, en application de l?article R. 541-63, les exportateurs doivent notifier au PNTTD via
GISTRID (Gestion par Internet du Suivi des Transferts Internationaux de Déchets) des informations
sur les producteurs de déchets, les transporteurs de déchets, les installations d?élimination ou de
valorisation des déchets. A noter que l?annexe VII du règlement 2024/1157 prévoit en plus l?identité
de l?importateur. Cette plateforme, créée par l?arrêté du 23 juillet 2015, a pour finalités la gestion et
le suivi des demandes et documents transmis dans le cadre des transferts transfrontaliers de
déchets régis par les règlements communautaires.
Selon les informations recueillies par la mission, cette obligation ne serait presque jamais
respectée, notamment parce que l?application est difficile à renseigner.
Dans les faits, les sanctions portant sur des transferts de textiles sont très rares. alors que des
conteneurs entiers partent pour les Émirats arabes unis, seules cinq infractions ont été verbalisées ;
D?après le PNTTD qui n?est pas un service de contrôle mais qui apporte son appui à de tels services
(Douanes, Gendarmerie, inspection des ICPE?), 200 à 250 contrôles seraient réalisés chaque
année mais ils porteraient pour l?essentiel sur les déchets électriques et électroniques et des
véhicules hors d?usage.
1.4.5 Les obligations au titre des installations classées et la
connaissance des flux
Pour rappel, les installations classées pour l?environnement (ICPE), sont soumises à des régimes
administratifs en fonction des niveaux de dangers et inconvénients qu?elles présentent :
autorisation, enregistrement, ou déclaration du plus au moins impactant.
La filière de gestion des déchets textiles est principalement visée par deux rubriques de la
nomenclature des installations classées.
La première est la rubrique 271441 : « Installation de transit, regroupement, tri ou préparation en
vue de réutilisation de déchets non dangereux de papiers/cartons, plastiques, caoutchouc, textiles,
40 Les déchets non dangereux sont ceux qui ne présentent aucune des 15 propriétés de danger définies au niveau européen. Les déchets inertes
sont ceux qui ne subissent aucune modification physique, chimique ou biologique importante, qui ne se décomposent pas, ne brûlent pas, ne
produisent aucune réaction physique ou chimique, ne sont pas biodégradables et ne détériorent pas les matières avec lesquelles ils entrent en
contact d?une manière susceptible d?entraîner des atteintes à l?environnement ou à la santé humaine. (cf https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-
publiques/differentes-categories-dechets)
41 Cette rubrique est détaillée dans l?annexe 4 de l?article R. 511-9 du code de l?environnement
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bois, à l'exclusion des installations visées aux rubriques 271042, 271143 et 271944 ». Elles doivent
être déclarées si le volume susceptible d?être présent sur le site est supérieur à 100 m3 mais
inférieur à 1 000 m3 et enregistrées si ce volume dépasse 1 000 m3.
La seconde rubrique 2791 traite des « Installation de traitement de déchets non dangereux, à
l'exclusion des installations classées au titre des rubriques 2515, 2711, 2713, 2714, 2716, 2720,
2760, 2771, 2780, 2781, 2782, 2783, 2794, 2795 ou 2971 »
Aucune distinction n?est faite dans la liste des installations de ces rubriques pour identifier la nature
des produits gérés par ces sites. Une extraction des installations nominativement recensées dans
la base Géorisques au titre de cette rubrique montre plus de 2 000 installations pour la rubrique
2714 dont 1 400 sont soumises à enregistrement et 600 à déclaration. La mission considère que
la rubrique 2714 devrait prévoir des sous-rubriques dont une sur le traitement des déchets textiles
pour permettre l?identification des installations et en permettre le contrôle.
Cela étant, la réglementation ICPE vise à traiter les intérêts protégés cités à l?article 511-1 du code
de l?environnement à l?extérieur de l?installation. Mais elle ne recherche pas le bon traitement des
déchets à l?intérieur de l?installation. L?identification des sites traitant des déchets relève des
connaissances des DREAL ; Il est donc tout à fait possible de réaliser une action nationale ciblant
l?ensemble des centres de traitements des déchets textiles, centre de tri et installations avales
(usine de déchiquetage et de recyclage).
Enfin, la base de données des installations soumises à déclaration n?est pas à jour puisque,
s?agissant des déclarations, la saisie dans la base Géorisques n?a pas réintégré l?historique
antérieur à sa création.
Notons que sans être ICPE, les collecteurs qui collectent plus de 0,5 tonne de déchets textiles par
an devraient tous faire l?objet d?une déclaration en préfecture45. La mission constate par ailleurs
que les installations de déchets textiles ne sont pas citées dans les priorités nationales de
l?inspection des installations classées à la différence des installations de centres VHU et des
biodéchets. Le contrôle de la mise en oeuvre de l?obligation de collecte séparée des déchets est
en revanche prévu par les priorités nationales, mais seulement pour les professionnels. Il pourrait
être opportun d?étendre ce contrôle aux déchets textiles des ménages.
Enfin, la DGPR n?a qu?une connaissance très imparfaite des flux entre installations. En dehors des
installations classées, cette direction n?a pas d?information sur les acteurs de la filière de traitement
des déchets textiles impliqués dans le tri des déchets : tri, sur-tri, recyclerie, vente de fripes,
grossistes de fripes, recyclage. Elle ne dispose pas non plus d?information sur les modalités de
traitement des déchets.
Recommandation 6. [DGPR] : Mieux identifier et renforcer les contrôles des installations
classées réalisant des traitements de déchets textiles en application du titre V du
code de l?environnement sur les déchets.
Propositions opérationnelles :
6 a) Ajouter dans les priorités nationales du programme des ICPE, les installations
traitant les TLC (établissements, flux de déchets TLC, obligation de référencement et
de conventionnement (cf recommandation 7) et traçabilité (voir 1.4.6.1), collecte
séparée des déchets TLC).
42 « Installation de collecte de déchets apportés par le producteur initial de ces déchets, à l'exclusion des installations visées à la rubrique 2719 »
43 « Installation de transit, regroupement, tri ou préparation en vue de la réutilisation de déchets d'équipements électriques et électroniques, à
l'exclusion des installations visées à la rubrique 2719. »
44 « Installation temporaire de transit de déchets issus de pollutions accidentelles marines ou fluviales ou de déchets issus de catastrophes naturelles,
le volume susceptible d'être présent dans l'installation étant supérieur à 100 m³. »
45 Article R. 541-50 du code de l?environnement
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6 b) Créer une sous-rubrique « TLC » dans les rubriques 2714 et 2791 de la
nomenclature des ICPE pour identifier les installations traitant des déchets TLC.
1.4.6 Les obligations de traçabilité des déchets TLC, qu?ils
restent en France ou partent à l?exportation, ne paraissent ni
respectées ni contrôlées
1.4.6.1 Les obligations de traçabilité qui pèsent sur les
acteurs de la filière des déchets TLC
Comme précisé au 1.4.4, les collecteurs et les trieurs, doivent tenir un registre chronologique de la
réception, de l?expédition et du traitement des déchets en vertu de l?article R. 541-43 du code de
l?environnement. Un arrêté du 31 mai 2021 en fixe le contenu. Tous les déchets entrants et sortants
doivent y être consignés avec les codes qui leur sont attribués dans le cadre de la convention de
Bâle, et comporter les informations relatives notamment aux quantités exprimées en tonne ou m3,
l?origine, le mode de transport et la destination de ces déchets. Les entreprises qui traitent ces
déchets en vue de les faire sortir du statut de déchets doivent également tenir à jour un registre
chronologique.
Les installations de stockage et d?incinération et les installations effectuant une SSD des déchets
non dangereux non inertes, comme les déchets TLC, doivent renseigner ces informations dans la
base de données électronique centralisée dénommée « Registre national des déchets, terres
excavées et sédiments » depuis le 1er janvier 202246, intégrée depuis le 5 mai 2025 Trackdéchets.
La traçabilité ainsi imposée est particulièrement large que ce soit du point de vue des assujettis
(les associations sont par exemple expressément visées) ou de celui des opérations concernant
les déchets (transit, regroupement, collecte, tri, recyclage, sortie du statut de déchet, transport, les
opérations de négoces et de courtage).
Mais elle s?arrête au premier destinataire de l?exportation. Or, comme précédemment exposé, la
vie du TLC usagé exporté s?arrête rarement au premier importateur. Le textile usagé peut encore
faire l?objet de plusieurs tris, de recyclages, de reventes, de réexportations ou encore d?opération
d?élimination.
En outre, depuis le 1er janvier 2025, les exploitants des installations qui exercent une activité de
collecte, de transport, de négoce ou de courtage de déchets notamment textiles doivent délivrer
aux producteurs et précédents détenteurs de ces déchets une attestation « mentionnant les
quantités exprimées en tonnes, la nature des déchets qui leur ont été confiés l'année précédente
en vue de leur valorisation et leurs destinations de valorisation finale »47 . Cette obligation est
pénalement sanctionnée48 .
La mission ne sait pas si ces obligations sont respectées et n?a pas eu connaissance d?opérations
de contrôles par les services du MTE.
Pour améliorer la traçabilité des TLC usagés et assurer ainsi un meilleur fonctionnement de la
filière qui les gère, la mission propose, en complément de l?obligation de clauses contractuelles
entre les exportateurs et les importateurs mentionnée au 1.2.3.3 et dans la recommandation 2,
d?obliger tous les acteurs de la filière des déchets textiles à conventionner avec Refashion, comme
le code de l?environnement le prévoit pour les véhicules hors d?usage (VHU)49.
Ces contrats avec l?éco-organisme devraient imposer aux co-contractants la transmission des
46 https://rndts-diffusion.developpement-durable.gouv.fr/fr et décret n° 2021-321 du 25 mars 2021
47 Article D 543-284 du code de l?environnement
48 Article R. 541-78 18 du même code
44 Article L. 541-10-26 du même code50 Décret 2020-1758 du 29 décembre 2020 qui a notamment créé l?article R. 541-44-1 dans le code de
l?environnement et les arrêtés du 16 août 2021 et du 12 décembre 2022.
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Juin 2025 Les exportations des déchets textiles et des textiles
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données de traçabilité à l?éco-organisme. Cette obligation de conventionnement nécessiterait une
modification législative ainsi qu?une révision du cahier des charges de la filière TLC. Elle pourrait
être mise en place progressivement, d?abord via un simple référencement auprès de l?éco-
organisme.
La loi qui sera prise pour transposer la révision de la directive cadre déchet pourrait être l?occasion
d?instaurer cette obligation.
Recommandation 7. [DGPR] : Obliger tous les acteurs de la filière des déchets textiles
(notamment collecteurs, trieurs, exportateurs, préparateurs en vue de la SSD) dans
un premier temps, à se référencer, puis dans un second temps, à se conventionner
avec Refashion et renforcer le soutien à la collecte.
1.4.6.2 Les obligations de traçabilité qui pèsent sur Refashion
Jusqu?au 31 décembre 2022, les actions de reporting demandées à Refashion portaient sur les
quantités collectées puis réutilisées, le recyclage, la valorisation énergétique en CSR, la
valorisation énergétique hors CSR et les déchets mis en décharge.
Le reporting doit se faire dans GISTRID (base de données qui traite aussi des déchets au PNTTD,
cf 1.4.4) et dans la base de l?ADEME.
Depuis la loi précitée sur l?économie circulaire de février 2020, les éco-organismes doivent assurer
la traçabilité des déchets dont ils sont responsables jusqu?au traitement final de ceux-ci.
« Lorsque ces déchets quittent le territoire national pendant tout ou partie des étapes jusqu'au
traitement final, les éco-organismes sont tenus de déclarer auprès du ministre chargé de
l'environnement la nature, la quantité et la destination des déchets exportés » (art L. 541-10-
6 III du code de l?environnement). Compte tenu de la date de publication des textes d?application50,
ces dispositions sont effectives depuis le 1er janvier 2023.
Le cahier des charges de la filière REP approuvé par l?arrêté du 23 novembre 2022 modifié
mentionne dans ses orientations générales cette obligation de traçabilité qui se traduit par une
déclaration semestrielle via la plateforme GISTRID51 qui permet déjà aux exportateurs de déposer
et de consulter en ligne leurs demandes de transferts de déchets52.
Le PNTTD a indiqué à la mission que l?éco-organisme était très en retard dans le respect de son
obligation.
Dans la pratique, tous les exportateurs ne semblent pas avoir ouvert un accès à GISTRID et
Refashion a exprimé à la mission ses difficultés à collecter leurs données. Ainsi, sur la partie
exportation, Refashion ne dispose que des tonnages et des coordonnées du premier destinataire
déclaré par les exportateurs.
A ce stade, la mission a constaté que :
? Le type de réutilisation des TLC notamment en Europe ou dans les pays en développement
n?est pas documenté.
? Il n?y a pas de données sur les quantités de « brut de collecte » non traité en Europe et
exporté.
? Il n?y a pas de données sur les volumes d?exportations à fins de tri, de surtri (nouveau
50 Décret 2020-1758 du 29 décembre 2020 qui a notamment créé l?article R. 541-44-1 dans le code de l?environnement et les arrêtés du 16 août
2021 et du 12 décembre 2022.
51 Voir 1.4.4
52 Le PNTTD contrôle les notifications mais n?intervient pas dans le contrôle de la procédure « d?information ». Ce sont les services de gendarmerie
ou de douanes qui peuvent être amenés à vérifier l?existence et l?exactitude des documents nécessaires dans le cadre de cette procédure. (voir le
tableau 5 résumant les différentes procédures)
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tri exécuté sur un flux de déchets déjà trié).
? Pour le recyclage, on ne sait pas si le déchet textile sera recyclé en boucle fermée pour
refabriquer du fil textile ou en boucle ouverte en fil, rembourrage, couvertures, chiffons.
Refashion indique qu?il ne dispose pas de pouvoir de sanction contre les opérateurs qui ne lui
transmettraient pas d?informations et signale, qu?en tout état de cause lui-même comme ces
opérateurs ne connaissent que le premier destinataire du transfert et pas le destinataire final des
textiles. L?éco organisme explique qu?il n?est donc pas en mesure d?assurer un suivi exhaustif des
déchets exportés jusqu?à leur traitement final et que cette obligation s?ajoute à celles qui pèsent
sur les producteurs ou détenteurs de déchets qui procèdent à des transferts transfrontaliers de
déchets.
Les mesures précédemment proposées devraient permettre d?améliorer cette situation. Il serait
également souhaitable que Refashion ait accès aux déclarations faites par les exportateurs dans
le cadre de la réglementation sur le transfert transfrontalier des déchets. Pour ce faire, il pourrait
être envisagé de compléter le III de l?article L. 541-10-6 du code de l?environnement qui
définit les obligations de traçabilité imposées aux éco-organismes en précisant que le
« secret des affaires »53 ne peut être leur être opposé pour la collecte des données de traçabilité,
eux-mêmes étant tenus de ne pas divulguer d?information relevant de ce secret, comme le
prévoient d?ailleurs les futures dispositions des articles 22 c) et d) la directive cadre déchet.
La mission suggère qu?au titre de l?information des ménages producteurs de déchets, les données
de synthèse sur le devenir des textiles usagés collectés soient rendues publiques par Refashion.
53 Le secret des affaires est défini à l?article L. 151-1 du code du commerce
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2 Mieux et plus traiter les déchets textiles en France
Après avoir constaté que l?exportation des déchets textiles, qui représente environ la moitié des
ressources tirées de la vente de ceux-ci, est un élément essentiel pour l?équilibre de la filière, mais
qu?une part importante des textiles usagés envoyés à l?export étaient immédiatement incinérés ou
mis en décharge en générale sauvage à leur arrivée, la mission a essayé de trouver des solutions
pour limiter cet exutoire. Elle a examiné dans cette perspective les réglementations européennes
et nationales qui sont en cours de déploiement ou d?adoption ainsi que les projets de textes
internationaux et français. Au-delà, elle a également cherché à définir des mesures qui
permettraient d?augmenter le traitement en France des textiles en fin de vie.
2.1 Limiter et encadrer les exportations de déchets textiles et
de textiles usagés
2.1.1 Le règlement de 2024 devrait ralentir les exportations
si les fripes sont considérées comme des déchets
Le règlement 2024/1157 sur les transferts transfrontaliers de déchets entre en vigueur
progressivement.
Il est plus restrictif que le précédent règlement et comporte deux grandes innovations.
D?une part, d?après l?article 40, les exportations de déchets même non dangereux seront par
principe interdites vers les pays hors OCDE. Par exception, ces pays pourront recevoir les déchets,
s?ils le demandent et s?ils démontrent qu?ils ont mis en place et appliquent « toutes les mesures
nécessaires pour garantie que les déchets seront gérés d?une manière écologiquement
rationnelle » (art 42 et 59 du règlement).
D?autre part, les exportations de déchets non dangereux ne seront possibles que vers des
installations auditées par des tiers indépendants, pour valider leur capacité à gérer les déchets de
manière écologiquement rationnelle.
Par ailleurs, la personne qui organise le transfert devra notifier à la Commission les audits
demandés et reçus et ces notifications seront mises à la disposition du public.
La mission s?interroge sur la mise en oeuvre effective de ces dispositions. Quel sera le rôle des
États membres ? La Commission va-t-elle adapter ces exigences selon les capacités des pays à
se doter d?installations de traitement des déchets et de corps de contrôle ? L?indépendance de
l?auditeur sera-t-elle contrôlée ?
En tout état de cause, il va de soi que ces nouvelles règles n?auront d?effets sur les exportations
de textiles usagés que si ces produits sont considérés comme des déchets. Pour ce faire, il
faudrait que le règlement 2016/1245 du 28 juillet 2016 établissant un tableau de correspondance
entre les codes de la nomenclature douanière et les rubriques des déchets énumérées aux
annexes III, IV et V du règlement n° 2013/2006 soit effectivement mis en oeuvre.
Le règlement prévoit par ailleurs la mise en place d?un système centralisé qui permettra de
présenter et d?échanger toutes les informations et notifications reçues par les Etats membres dans
le cadre des transferts transfrontaliers de déchets. La Commission doit adopter courant 2025 pour
une mise en oeuvre à compter du 21 mai 2026 des actes d?exécution nécessaires à son
établissement. (Article 27 point 3)
Cette disposition est très intéressante en ce qu?elle permettra de mieux mesurer les mouvements
de déchets au sein de l?UE ainsi que les transferts transfrontaliers.
La mission estime que ce règlement doit être rapidement mis en oeuvre en déterminant le rôle des
services de l?Etat, de l?ADEME et de Refashion.
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Recommandation 8. [DGPR] : Mettre en oeuvre rapidement le règlement sur les transferts
transfrontaliers de déchets, après concertation avec les parties prenantes, en
définissant le rôle des acteurs en France (Administration, ADEME, Refashion).
2.1.2 La France porte une proposition de modification de la
convention de Bâle très radicale
La France pousse au sein de l?UE avec le Danemark, chef de file, et à un moindre degré la Suède,
une proposition de révision de la convention de Bâle qui tendrait notamment à soumettre à
notification (c?est-à-dire autorisation) les exportations de tous les déchets textiles non dangereux y
compris les fripes, qu?elles soient triées ou non, en créant pour eux un code Y50 relevant de
l?annexe II (examen spécial) ; cette classification conduirait à interdire les exportations de tout pays
de l?UE vers des pays non membre de l?OCDE en application de l?article 36 b) du règlement n°
1013/200654
Il s?agit donc d?une position très rigoureuse mais qui présente l?avantage d?une grande simplicité
de mise en oeuvre. L?exportation au départ de la France de toutes les fripes, qu?elles soient triées
ou non et quel que soit leur état, dans un pays non membres de l?OCDE, serait interdite.
Toutefois, compte tenu des intérêts économiques que représentent ces exportations pour l?Europe
et les pays tiers, il n?est pas certain que cette position puisse prévaloir au terme des négociations.
En outre, elle nécessiterait avant sa mise en oeuvre d?avoir trouvé en France de nouveaux exutoires
pour compenser ces interdictions d?exportation.
Sous cette réserve, la mission ne peut que soutenir cette position de la France.
Elle souligne néanmoins que l?intérêt de cette évolution de la Convention de Bâle ainsi que celui
du règlement de 2024 disparaitraient totalement si parallèlement l?Union adopte un règlement sur
la SSD trop ouvert qui conduirait à faire sortir du statut de déchet toutes les fripes dès lors qu?elles
sont triées. En effet, celles-ci échapperaient alors à la Convention de Bâle et au règlement de 2024.
2.2 La nécessaire augmentation des capacités de traitement des
textiles en fin de vie en France et en Europe
La mission a fait le constat que les capacités de traitement des déchets textiles sont limitées
quantitativement comme qualitativement.
2.2.1 Augmenter les capacités de recyclage et l?utilisation de
la fibre recyclée
Les filières de recyclage des TLC sont en France et en Europe peu développées et les débouchés
principaux sont essentiellement le bâtiment, l?automobile et les chiffons pour l?industrie. L?annexe
6 présente les solutions de recyclage.
La recyclabilité des textiles en fonction des technologies retenues (mécanique ? thermomécanique
? chimique-thermochimique) est un enjeu majeur pour limiter les volumes de déchets mais on peut
54 En effet les produits relevant de l?annexe II de la Convention de Bâle figure dans la partie 3 de l?annexe V du règlement 1013/2006
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constater que ce sujet n?a pas atteint sa phase de maturité lui permettant d?envisager le passage
à l?étape d?industrialisation.
L?ADEME a fait en 2023 une étude sur la recyclabilité des TLC. Elle évalue à 70 000 t et en
hypothèse haute à 137 000 t le potentiel de recyclage alors qu?entre 40 000 à 48 000 t sont
actuellement recyclées.
Il semble difficile, d?après les personnes interviewées, d?exiger un taux de recyclage optimum pour
l?ensemble des fibres entrant dans la composition des textiles car plus la matière subit des chocs
pendant sa phase de transformation et plus son fil deviendra fragile et court, ce qui en fera de fait
un déchet. Le recyclage du textile s?appuie donc sur une fabrication d?origine de qualité afin de
disposer de fil d?une longueur suffisante pour pouvoir envisager de constituer une bobine de fil à
tricoter ou à tisser.
Au-delà de la technicité, se pose la question des coûts et donc du prix de revient de l?article fabriqué
à partir de produits recyclés. Tous les interlocuteurs rencontrés s?accordent pour dire que bien que
nous maîtrisions plus ou moins bien la technologie, les coûts actuels de recyclage des textiles sont
élevés et ne sont pas compétitifs comparés au prix d?un article non recyclé et encore moins lorsque
ce même article est issu de la fast fashion. Certaines marques haut de gamme ou à valeur
technique s?y intéressent et financent la recherche et développement en France (CETI ? CETIA ?
ESTIA) avec pour objectif d?élaborer des collections textiles issues du recyclage des fibres et en
prévoyant la relocalisation de leur production sur le territoire national. Les perspectives sont
encourageantes mais on est encore loin de la conception d?une collection complète ; il s?agit
d?avantage d?une sélection de quelques produits dont les prix de vente au consommateur sont
élevés et qui offrent un niveau de marge suffisant pour les metteurs sur le marché. Ces « testeurs »
relèvent par contre que le choix d?élaborer un produit à partir de matières 100% recyclées est à la
fois exigeant dans sa technicité mais également au niveau de son style qui sera plus apuré, plus
basique et un peu moins « mode », ce qui n?est pas toujours du goût du consommateur.
Les primes versées par Refashion en fonction de l?incorporation de produits recyclés dans les
textiles mis sur le marché sont faibles55 et donc peu incitatives. Le cahier des charges de l?éco-
organisme prévoit que ces primes sont octroyées selon des critères de proximité précisées dans
le contrat type prévu à l?article R. 541-119 du code de l?environnement. En outre, il favorise le
recyclage en boucle fermée au détriment de la boucle ouverte56, alors que ce premier type de
recyclage est très exigeant, difficile à rentabiliser et finit par fragiliser la qualité des fibres. Ainsi le
dispositif de soutien n?encouragerait pas à développer en France une industrie du recyclage,
La mission propose que l?incitation soit beaucoup plus significative pour l?incorporation de fibres
recyclées collectées en France et pour la production de fibres recyclées en France ou en Europe.
Recommandation 9. [DGPR] : Modifier le système d?aide de Refashion pour soutenir
directement les fabricants de fibres recyclées en France/Europe ou permettre à l?éco-
organisme d?investir dans ces installations, que le recyclage soit en boucle ouverte
ou en boucle fermée.
55 1000 euros par tonne de matière recyclée incorporée dans le produit mis sur le marché s?il s?agit d?une boucle fermée, c?est-à-dire si matière
recyclée provient d?un déchet de la filière TLC et 500 euros si la matière recyclée provient d?une filière REP
56 Le recyclage en boucle fermée consiste à refaire du textile à partir de textiles, le recyclage en boucle ouverte entrante consiste à faire du textile
à partir de produits non textiles, le recyclage en boucle ouverte sortante consiste à faire des produits non textiles à partir de textiles
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2.2.2 Développer l?éco-conception pour augmenter la
durabilité, la recyclabilité, l?incorporation de TLC recyclé et la
réparabilité
La production de déchets est en lien direct avec les volumes de textiles qui pénètrent sur les
marchés. Le principe de la fast fashion est de proposer aux consommateurs des produits moins
chers, avec une très large gamme de choix. Le directeur général de La Poste a déclaré récemment
que parmi ses trois principaux clients, il y avait Shein et Temu, ces deux entreprises chinoises
leaders de la fast fashion.
Une étude de l?Institut français de la mode (IFM) (cf. tableau 7) montre qu?en France seuls 26%
des consommateurs attachent de l?importance aux impacts environnementaux et sociaux de leurs
achats de textiles.
Au regard de cette étude, le prix est le facteur le plus déterminant de l?acte d?achat en France. Le
rapport qualité-durabilité / prix est le second facteur. Mais dans des pays voisins comme
l?Allemagne, l?Italie, l?Angleterre et aux Etats-Unis, la qualité et la durabilité passent au 1er rang.
France Italie Allemagne Royaume-Uni Etats-Unis
Prix 59% 38% 43% 58% 57%
Qualité et durabilité 55% 61% 62% 61% 67%
Responsabilité sociale
et environnementale
26% 34% 28% 26% 28%
Authenticité 26% 36% 36% 26% 31%
Innovation et créativité 23% 32% 27% 24% 31%
Diversité et Inclusion 15% 22% 22% 18% 19%
Tableau 7 : Comprendre la mode soutenable, comportement de consommation des
jeunes adultes - Understanding the sustainable fashion consumption behaviors of
young adults - (Source : Chair IFM 2 juillet 2024 retraité par la mission)
2.2.2.1 Les obligations de Refashion en matière d?éco-conception
Le cahier des charges des éco-organismes de la filière REP TLC de 2022 consacre son deuxième
chapitre à l?éco-conception, montrant ainsi l?importance qui s?attache à de telles actions.
Le développement de l?éco-conception passe par la prise en compte d?un certain nombre de
paramètres depuis l?origine de la fabrication du produit et de son élaboration et bien en amont de
la décision finale d?achat. Très peu de marques établissent leurs collections avec des
préoccupations d?éco-conception.
Le cahier des charges de Refashion prévoit d?attribuer des primes ou des pénalités aux
producteurs qui répondent ou non à certains critères d?éco-conception.
Toutefois, la mise en oeuvre de telles mesures est reportée dans le temps s?agissant de la
recyclabilité et l?affichage environnemental.
En effet, il était demandé à Refashion, de réaliser une étude en lien avec l?Ademe sur la
recyclabilité des TLC et de la remettre, avec des propositions de primes et de pénalité, au ministre
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chargé de l?environnement avant le 1er janvier 2024. Une étude a été réalisée en décembre 2023
et propose quatre critères de recyclabilité pour les textiles et linges de maison (notamment limiter
le nombre de matières à deux hors élasthanne, ce dernier composant étant limité en pourcentage)
et deux pour les chaussures. Une seconde étude devait être réalisée pour permettre d?établir des
primes et des pénalités robustes. Refashion a également établi un plan d?action mais il n?est pas
chiffré. Ce document ne permet pas de connaître le coût des mesures proposées et les ressources
nécessaires, ainsi que les retombées économiques.
De même, le cahier des charges prévoit que l?éco-organisme propose des primes et pénalités
associées à l?affichage environnemental six mois après la parution du décret fixant la liste de
des produits soumis à tel affichage57. Or, à la date de finalisation du présent rapport, ce décret
n?était pas encore paru (cf 2.3.1)
En revanche, depuis le 1er janvier 2023, les éco contributions des producteurs sont modulées selon
des primes associées à des critères de durabilité telle que définie à l?annexe III du cahier des
charges58 (par exemple : boulochage, aspect après lavage, résistance à l?abrasion?), soit 0,70
euro pour les 100 000 premières pièces par catégories de produits mises sur le marché : 0,07 euro
au-delà.
Refashion s?est engagé à revoir les barèmes en fonction des résultats du bilan au 1er juillet 2024
des surcoûts liés aux exigences de durabilité. Depuis le 1er janvier 2023, les éco-contributions sont
modulées selon les primes associées à la certification par un ou plusieurs labels
environnementaux (Ecocert Textile, Oeko-tex Made in green, Bluesign, Fairtrade, Ecolabel
européen, Demeter, Gots, Bioré)59, soit 0,30 euro pour les 100 000 premières pièces par catégorie
de produits mises sur le marché et 0,03 euro au-delà.
Enfin, comme indiqué précédemment, des primes sont prévues pour encourager le recyclage.
Il est à noter qu?aucune prime n?est prévue si la matière recyclée provient de chutes de tissus ou
d?invendus.
Rapportées aux montants des éco-contributions60, ces modulations peuvent être importantes pour
les metteurs sur le marché. Par exemple, pour un tee-shirt homme labélisé, l?éco-contribution est
de 0,036 euro et l?éco-modulation de 0,30 euro.
Toutes ces mesures en faveur de la prise en compte de l?éco-conception pourraient améliorer la
fin de vie des textiles mais elles restent, à ce stade, peu mises en oeuvre. Les éco-modulations ne
représentent que quelques centimes d?euros et n?ont donc pas d?effet sur l?acte d?achat.
Dans sa demande d?agrément Refashion prévoyait les évolutions suivantes pour les trois éco-
modulations (EM) durabilité, labels, intégration de matière recyclée.
57 Voir l?article L. 541-9-12 du code de l?environnement
58 Arrêté du 23 novembre 2022 portant cahiers des charges des éco-organismes et des systèmes individuels de la filière à responsabilité élargie du
producteur des textiles, chaussures et linge de maison (TLC) - https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000046600083
59 L?ADEME a analysé et comparé ces huit labels dans une fiche éditée en 2024, extraite de l?étude « 100 labels environnementaux recommandés
par l?ADEME »
60 https://refashion.fr/pro/sites/default/files/fichiers/BAREME_ECO_CONTRIBUTION_2025_REFASHION_FR.pdf
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Figure 17 : Évolution des éco-modulations entre 2023 et 2028 (Source : Demande
d?agrément de Refashion)
Les 62 M¤ qui seraient versées par l?éco-organisme en 2028 correspondent à 380 millions de
pièces pour la durabilité, 680 millions pour les labels et 8 000 tonnes pour l?EM incorporation de
matières recyclées.
Concernant la réparabilité, la mission a fait le constat que Refashion ne parle que de réparation
dans sa demande d?agrément et que les critères de réparabilité ne font pas l?objet d?éco-modulation.
2.2.2.2 D?importants changements vont intervenir avec le nouveau
règlement 2024/1781 sur l?éco-conception
Le règlement 2024/1781 du 13 juin 2024 dit éco-conception, établissant un cadre pour la fixation
d?exigences en matière d?éco-conception pour des produits durables, va introduire de profonds
changements sur les produits mis sur le marché dans presque tous les secteurs.
Mais ils vont se déployer progressivement, au fur et à mesure que la Commission prendra des
actes délégués. Ceux-ci doivent être adoptés à partir du 19 juillet 2025 et comporter chacun une
période transitoire d?adaptation de 18 mois minimum.
Les textiles font partie des produits qui feront l?objet des premiers actes délégués (horizon 2027).
Le règlement prévoit que les produits ne pourront être mis sur le marché que s?ils respectent des
exigences d?éco-conception à déterminer (par exemple durabilité, réparabilité, contenu recyclé,
recyclabilité, incidences environnementales et production prévue de déchets) et que s?ils sont
accompagnés d?un « passeport numérique » permettant à différents acteurs de disposer
d?informations environnementales disponibles sur les produits, leurs emballages, leur manuel
d?utilisation ou un site internet. Ce passeport fera aussi l?objet d?un acte délégué.
Selon la teneur des actes délégués, les textiles vendus en Europe pourraient être moins
générateurs de déchets : plus grande durée de vie, meilleure recyclabilité, valorisation de boucles
fermées de recyclages.
De son côté, le passeport numérique peut permettre une bien meilleure traçabilité des produits au
sein de l?UE, jusqu?à ce qu?ils quittent son territoire.
La phase actuelle de rédaction au sein de groupes de travail des actes délégués est donc
essentielle. Les services français qui participent à ces groupes doivent y être particulièrement
vigilants.
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Enfin, la Commission fixera, par un acte d?exécution spécifique, des exigences minimales
applicables à la commande publique.
2.2.3 La proposition de loi sur la mode éphémère, une
initiative intéressante
Le 30 janvier 2024, Mme Anne-Cécile Violland et plusieurs autres députés ont déposé à
l?Assemblée nationale une proposition de loi visant à réduire l?impact environnemental de l?industrie
textile. Celle-ci cherche pour l?essentiel à lutter contre la mode éphémère (fast-fashion et ultra fast
fashion). Ce texte a été adopté en séance publique le 14 mars 2024 puis transmis au Sénat.
Le 10 juin 2025, le Sénat a modifié en 1ère lecture la proposition de loi votée par l?Assemblée
nationale.
Il a choisi de ne plus réglementer la mode éphémère mais la mode « ultra express » en la
caractérisant par deux critères : un nombre élevé de nouvelles références de produits neufs mis
sur le marché excédant des seuils définis par décret et une faible incitation à réparer ces produits.
Sans se prononcer sur leur pertinence, la mission recommande de veiller, en lien avec les
parlementaires français comme avec l?ensemble des acteurs, à ce qu?ils soient le plus proche
possible des tentatives européennes pour encadrer la fast-fashion comme le prévoit la révision de
la directive cadre déchets (cf le 1.4.2.1).
Elle signale une disposition qui lui parait très intéressante dans la mesure où elle autoriserait les
échanges entre les différents agents de contrôles (en particuliers, inspecteurs de l?environnement,
agents des douanes et de la répression des fraudes). De tels échanges rendraient beaucoup plus
efficaces les contrôles réalisés sur les opérateurs de la filière amont et aval.
2.3 Aller plus loin avec des actions de sensibilisation sur les
impacts environnementaux et sanitaires des textiles et de
leurs déchets
2.3.1 L?affichage environnemental doit faire ses preuves
Aux termes de l?article L. 541-9-11 du code de l?environnement l?affichage environnemental vise à
informer les consommateurs « de façon fiable et facilement compréhensible » sur « l'impact
environnemental des biens et services considérés sur l'ensemble de leur cycle de vie. ».
Ces dispositions ont été introduites dans le code de l?environnement par l?article 2 de la loi n° 2021-
1104 du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la
résilience face à ses effets dite Climat et résilience61.
L?article 2 prévoit une expérimentation, notamment dans le secteur des textiles d?habillement62, en
la faisant suivre d?une évaluation et de l?adoption d?un décret rendant l?affichage environnemental
obligatoire, « prioritairement pour le secteur du textile d?habillement ».
Onze expérimentations ont été menées en 2022, sous le pilotage du CGDD et de l?ADEME, avec
plus de 400 études de cas et plusieurs dizaines de marques engagées. Un comité d'experts a
ensuite été mobilisé sur le secteur textile afin d'éclairer les travaux des pouvoirs publics et d'aider
à la construction de la méthode d'affichage environnemental.
Du 28 novembre au 19 décembre 2024, un projet de décret après avis du Conseil d?Etat et un
projet d?arrêté fixant, respectivement, les modalités de calcul et de communication du coût
61 Cet article annule et remplace l?article 15 de la loi Antigaspillage pour une économie circulaire -AGEC (loi n° 2020-105 du 10 février 2021).
62 Les autres secteurs dans lesquels des expérimentations étaient prévues étaient l?alimentation, l?ameublement, l?hôtellerie, l?électronique.
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environnemental des produits textiles ainsi que le cadre relatif à la signalétique et à la méthodologie
de calcul, ont été mis en consultation auprès du public63.
L?affichage environnemental, dénommé « coût environnemental », serait exprimé par un nombre
entier résultant de l?addition de points représentant les impacts environnementaux du produit tout
au long de sa vie qu?il soit neuf ou remanufacturé.
La méthode de calcul du coût environnemental proposé par ces textes s?appuie sur l?analyse de
cycle de vie (ACV), et notamment sur les travaux européens (« product environmental footprint »
(PEF)).
La méthode européenne fondée sur le PEF prend en compte actuellement seize impacts
environnementaux64. Le projet d?arrêté leur attribue des coefficients de pondération (par exemple
21,06% pour le changement climatique et l?écotoxicité de l?eau douce)
L?administration française propose de compléter le PEF notamment en ce qui concerne l?export
hors Europe de vêtements en fin de vie, le relargage des microfibres, la durabilité non-physique
liée aux pratiques des marques et la propension qu?ont les vêtements à être utilisés plus longtemps.
Ainsi la durabilité non-physique d?un vêtement serait estimée à partir de critères liés à l?action de
la marque ayant un impact sur la durabilité du vêtement. Les vêtements de marques
particulièrement vertueuses auraient un coefficient de durabilité élevé (1,5), à l?inverse les
vêtements issus de marques de type « ultra fast fashion » auront un coefficient de durabilité bas
(0,5).
En absence de données sur les destinations précises des vêtements et sur le devenir sur place de
ceux-ci en fin de vie, des approximations ont été retenues par Ecobalyse65. Elles se fondent sur
les travaux de l?Agence européenne de l?environnement, eux-mêmes se référant, selon ses propres
dires, à l?étude de la Fondation OR au Ghana. Ainsi, les hypothèses retenues seraient que « 38%
des vêtements utilisés pour la première fois sont collectés et triés », que « 49% des vêtements
triés sont exportés hors d?Europe » et que « 50 % des vêtements exportés hors d?Europe sont
directement jetés ». Au total « la probabilité qu?un vêtement en fin de vie soit exporté hors Europe
puis jeté est de 9% ».
Pour les vêtements synthétiques ce pourcentage s?élève à 12% car des études montrent que ces
vêtements sont moins réutilisés dans les pays de destination que des vêtements en fibres
naturelles.
Deux paramètres sont envisagés pour établir un complément à la méthode PEF s?agissant de
l?impact « export hors d?Europe » :
? la masse du vêtement (produit fini),
? sa probabilité de terminer sa fin de vie hors Europe sous forme de déchets, dont la valeur
par défaut dépend de la classification du produit (matières synthétiques66 ou naturelles).
Par exemple pour un jean pesant 450g et fabriqué en Inde, l'impact de la fin de vie serait fixé à 4%
s?il était composé totalement en coton ou 12% s?il était totalement synthétique.
Au total, il est très difficile pour la mission d?apprécier les effets de l?affichage de ce « coût
environnemental », tel qu?il est prévu par les projets de textes mis en consultation, sur l?acte d?achat
63 https://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/textes-reglementaires-fixant-les-modalites-de-a3105.html
64 Citons notamment l?acidification, le changement climatique, ?ecotoxicité de l?eau douce, l?utilisation de ressources fossiles, la toxicité humaine.
65 Ecobalyse est une startup de l?Etat qui permet d?estimer rapidement les impacts environnementaux des produits textiles et alimentaires
https://fabrique-numerique.gitbook.io/ecobalyse
66 Prenant en compte les réponses apportées pendant la consultation publique sur le projet d?affichage environnemental pour les produits textiles,
Ecobalyse considère que le vêtement rentre dans la catégorie "matières synthétiques" dès lors que les matières synthétiques représentent plus de
50% de sa composition pour s?aligner sur le seuil à partir duquel une information sur la présence de microfibres plastiques doit être présentée (cf le
point XI de l?article R. 541-228 du code de l?environnement)
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des textiles, compte tenu des approximations retenues et des marges d?erreur.
La mission estime qu?il serait utile de faire un bilan et de mesurer les impacts de l?affichage
environnemental dans le secteur des textiles deux ans après sa mise en oeuvre.
2.3.2 Dresser un bilan de l?étiquetage environnemental pour
les TLC
L?article L. 541-9-1 du code de l?environnement prévoit que les producteurs, importateurs et tout
autre metteur sur le marché répondant à certains critères, doivent selon les catégories de produits
considérées, mettre à la disposition du consommateur au moment de l'acte d'achat et sous un
format dématérialisé accessible sans frais, les informations sur les caractéristiques
environnementales des produits générateurs de déchets.
Pour les TLC, il s?agit essentiellement des informations sur l'incorporation de matières recyclées,
la recyclabilité, la traçabilité géographique des principales étapes de la fabrication du vêtement et
la présence de microfibres plastiques dès lors qu?elles représentent plus de 50% de la composition
des TLC 67.
Ces dispositions s?appliquent à l?ensemble des produits neufs vendus aux consommateurs faisant
l?objet d?une REP et notamment aux TLC. Il serait intéressant d?en dresser un bilan régulièrement
pour vérifier ses effets sur la consommation des ménages.
Par ailleurs, la mission regrette que ce pourcentage soit si élevé. Elle préconise au XI de l?article
R. 541-228 du code de l?environnement, de le ramener à 10% comme cela était initialement prévu
pour le critère « export » de l?affichage environnemental des produits textiles.
Néanmoins, sachant que la composition des textiles est actuellement souvent très mal renseignée
par les metteurs sur le marché, elle propose de reporter l?entrée en vigueur de cette obligation à
celle de l?acte délégué sur le passeport numérique pris en application du règlement 2024/1781 sur
l?éco-conception (cf. 2.2.3.2)
Recommandation 10. [CGDD] A compter de l?entrée en vigueur de l?acte délégué sur le
passeport numérique dans le domaine du textile, faire passer de 50% à 10% la
proportion de fibres synthétiques présentes dans les TLC au-delà de laquelle
l?information du consommateur sur le rejet de microfibres plastiques dans
l?environnement lors du lavage est obligatoire.
2.4 Développer la réparation et la seconde main pour retarder la
fin de vie des produits
Le bonus réparation dans les TLC existe depuis novembre 2023 en application de la loi AGEC
(article L. 541-10-4 du CE). Il permet aux consommateurs de bénéficier d?un soutien financier
auprès d?artisans réparateurs labellisés. Dans cette phase de démarrage, peu d?artisans ont été
labélisés (1 530 artisans pour 826 000 réparations en 2024)
La mission considère que cette initiative est intéressante, en développement et reste à poursuivre.
67 voir les III, VI, X et XI de l?article R. 541-228 du code de l?environnement.
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2.5 Augmenter les éco-contributions pour financer les mesures
nouvelles
Dans le cadre de sa demande de renouvellement d?agrément en décembre 2022, Refashion a
prévu une trajectoire financière de 2023 à 2028 lui permettant de faire face aux nouvelles
obligations du cahier des charges modifié en 2022 : sur la durée de l?agrément, le besoin de
financement de Refashion devrait passer de 93M¤ en 2023 à 294M¤ en 2028, soit une croissance
de 26% par an.
Dans une présentation des engagements qu?il a pris dans le cadre de son nouveau cahier des
charges68, Refashion donne les exemples suivants d?évolution de l?éco-contribution par type de
TLC : la contribution moyenne passerait de 2023 à 2028 :
? pour un t-shirt de 0,022 ¤ à 0,078 ¤ ;
? pour un sneaker (chaussure) de 0,084 ¤ à 0,264 ¤ ;
? pour une taie d?oreiller de 0,032 ¤ à 0,101 ¤.
Malgré cette forte croissance, la part de l?éco-contribution dans le prix des TLC restera faible. Selon
le rapport CGE/ IGEDD/IGF de juin 2024 « Performances et gouvernance des filières à
responsabilité élargie du producteur » (p. 19), les éco-contributions de la filière TLC représentaient
en 2021 0,27% du chiffre d?affaires de celle-ci. Cette part était la plus faible de celles des filières
REP examinées ; celles-ci restaient néanmoins en dessous de 1% sauf la filière des éléments
d?ameublement (2,45%).
Figure 18 : Tableau comparant la part des éco-contributions par filière REP (source :
Rapport IGF, IGEDD, CGE « Performances et gouvernance des filières à responsabilité
élargie du producteur », annexe III, juin 2024)
68 « Accélérer la transition vers une mode 100% circulaire, 6 ans pour transformer, 2023-2028, Refashion »
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Conclusion
Les exportations de déchets textiles et de textiles usagés suscitent l?émoi et de vifs débats en
termes éthiques et écologiques, en France mais aussi dans toute l?Europe. Remettre en cause cet
exutoire amène à porter un regard non seulement sur ce que deviennent les textiles usagés dans
les pays d?importation mais aussi sur la manière dont les pays exportateurs gèrent l?intégralité du
cycle de vie de ces produits, avant même qu?ils ne deviennent des déchets. S?il apparait qu?une
partie de ces TLC usagés correspond à de vraies demandes des pays importateurs, il ressort aussi
du présent rapport que les efforts de traitement de leur fin de vie en France sont notoirement
insuffisants.
Au cours de la mission, ces constats sont apparus comme de plus en plus partagés : la proposition
de loi sur la mode éphémère a finalement repris son examen au Sénat, l?UE vient d?adopter une
révision de la directive cadre déchets ciblés notamment sur les textiles, des tentatives existent
aussi pour réviser la Convention de Bâle. L?équilibre économique de la filière des déchets TLC
semble lui aussi fragilisé par des évolutions rapides de leurs flux internationaux.
Le moment est sans doute propice à des actions déterminées en faveur de la prévention, du
contrôle et du traitement de ces déchets sur notre territoire, actions qui ne pourront toutefois porter
leurs fruits que si la notion de déchet n?est pas vidée de sa substance par une approche trop laxiste
de la sortie du statut de déchet.
Emmanuel Clause
Michel Pascal
Catherine Rivoallon
Pustoc?h
Sabine Saint-Germain
Ingénieur général
des mines
Ingénieur général
des mines
Inspectrice générale
de l?environnement et
du développement
durable
Inspectrice générale
de l?environnement
et du développement
durable
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Annexes
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Annexe 1. Lettre de mission
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Annexe 2. Liste des personnes rencontrées
Nom Prénom Organisme Fonction
COISSARD Vincent
DGPR/ services des risques sanitaires liés
à l?environnement des déchets et des
pollutions diffuses/ sous direction des
déchets et économie solidaire
Sous-directeur
OURY Jean-Luc
DGPR/SRSEDPD/SDDEC/Pôle national
des transferts transfrontaliers des déchets
PNTDD
Responsable du pôle
BAILLET Emilie
DGPR/SRSEDPD/SDDEC/Pôle national
des transferts transfrontaliers des déchets
PNTDD
Adjointe du responsable du
PNTDD
BOHUON Maud
DGPR/SRSEDPD/SDDEC/Bureau de la
prévention et des filières à responsabilité
élargie du producteur
CAUSSADE Pauline
DGPR/SRSEDPD/SDDEC/Bureau de la
prévention et des filières à responsabilité
élargie du producteur
Chargée d?étude
TOUBOULIC Nolwenn ADEME Chargée de mission
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Nom Prénom Organisme Fonction
MARTINEZ Océane
DGPR/SRSEDPD/SDDEC/ bureau de la
planification et de la gestion des déchets
Chargée de mission
MOUTIER Laure
DGPR/SRSEDPD/SDDEC/ bureau de la
planification et de la gestion des déchets
Chargée de mission
JUST Samuel MTECT/cabinet
Conseiller économie
circulaire et prévention des
risques
BOLO Philippe
Député, co-auteur de l?amendement à
l?origine de l?article 6 II de la loi industrie
verte
Député
EVEN Astrid
DGE/ Sous-direction des industries de
santé, des biens de consommation et de
l?agroalimentaire
Directrice de projet Mode,
luxe et biens de
consommation
BAY France
DGE/ Sous-direction des industries de
santé, des biens de consommation et de
l?agroalimentaire
LANGLOIS Tom DGE
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Nom Prénom Organisme Fonction
COUREAU Audrey
CGDD/service de l?économie verte et
solidaire
Cheffe de service
MOIZO Juliette
CGDD/SEVS /SDE2 bureau des produits et
de la consommation durable
Cheffe de bureau
HANOT Julie
CGDD/SEVS/SDE sous-direction des
entreprises
Sous-directrice
DEGRAS Pascal CGDD/SEVS
Chef de projet affichage
environnemental
SOUVARY Charlotte Zero Waste
Responsable du plaidoyer
Zero Waste France
REILLE Clarisse Institut français du textile et de l?habillement Directrice Générale
DEBRUYNE Eva Institut français du textile et de l?habillement
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Nom Prénom Organisme Fonction
GARBOWSKI Carole Institut français du textile et de l?habillement
CLEOSTRATE Corinne DGDDI (Douanes)
sous-directrice des affaires
juridiques et de la lutte
contre la fraude
SIMONNEAU Florian DGDDI
Chef du bureau restriction
et sécurisation des
échanges
THIRIOT Céline DGDDI
Chef du bureau de la
politique des contrôles
MINOT Jean-Christophe
FEDEREC - Fédération Professionnelle des
Entreprises du Recyclage
Président
ESCOFFIER
François FEDEREC Président
DUPONCHEL Pierre FEDEREC Président Textile
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Nom Prénom Organisme Fonction
BURNAND Manuel FEDEREC DG
LECOQ Frédéric LACOSTE Directeur RSE
HARDY Maud REFASHION DG
TOUNSI GOFFIN Marc REFASHION
Responsable traçabiité à
la direction des opérations
MARSEILLE
Virginie REFASHION Directrice des opérations
VERBOUD
Margarita REFASHION
Responsable des affaires
juridiques et
institutionnelles
BALDINI
Sandra REFASHION
Directrice de la
communication
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Nom Prénom Organisme Fonction
LE MEUR Erwan PAPREC DGA
CAUDRON Jean-Charles ADEME
Directeur de la supervision
des filières REP
MARION Rolland ADEME
Directeur de l?économie
circulaire
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Annexe 3. Glossaire des sigles et acronymes
Acronyme Signification
ADEME
Agence de l?environnement et de la maitrise de
l?énergie
AEE Agence européenne de l?environnement
ANSES
Agence nationale de sécurité sanitaire de
l?alimentation, de l?environnement et du travail
BACI Base pour l?analyse du commerce international
CETI Centre européen des textiles innovants
CETIA CETI Aquitaine
CGCT Code général des collectivités territoriales
CGDD
Commissariat général au développement
durable
CJUE Cour de justice de l?Union européenne
CndT Coût net du tri
CSR Combustible solide de récupération
DGDDI
Direction générale des douanes et des droits
indirects
DGPR Direction générale de prévention des risques
ESS Économie sociale et solidaire
FNADE
Fédération nationale des activités de dépollution
et de l?environnement
GES Gaz à effet de serre
ICPE Installations classées pour l?environnement
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Acronyme Signification
IFM Institut français de la mode
IFTH Institut français du textile et de l?habillement
ModeCOM Mode de caractérisation des ordures ménagères
OMR Ordures ménagères résiduelles
PNTTD Pôle national des transferts transfrontaliers de
déchets
PPL Proposition de loi
REP Responsabilité élargie des producteurs
SER Service économique régional des ambassades
SN2E Syndicat national des bureaux d?études en
environnement et énergie
TLC Textiles, linges de maison et chaussures
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Annexe 4. Exemples de messages sur la collecte évoquant
des dons et semblant exclure les TLC seulement
abimés ou troués
Comme le montrent les exemples ci-dessous, les messages diffusés auprès du grand public
introduisent des confusions s?agissant des dons de textiles. Ils laissent penser que les points
d?apports volontaires ne collectent que des dons alors que tous les déchets textiles doivent y être
déposés.
Les seuls TLC qui sont exclus sont ceux qui sont « souillés ou mouillés ». Mais là encore ces
termes devraient être complétés pour faire comprendre que les TLC un peu sales ou simplement
abimés ou troués sont acceptés.
Sur le site de Refashion :
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Sur des PAV (points d'apport volontaire)
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Annexe 5. Les acteurs du marché de seconde main des
textiles en France et en Europe
Des grossistes sur un marché largement mondial
Il existe des acteurs importants spécialisés dans la gestion de fripes en gros pour les marchés
français et européens. On peut citer à titre d?exemple Eurêka Frip près de Rouen. Il dispose de
capacités de stockage de pièces pendant plusieurs dizaines d?années en fonction des
approvisionnements et des tendances de mode des marchés.
Des boutiques spécialisées
Il existe plusieurs types de boutiques,
? Des boutiques largement assises sur de la collecte comme Bis Boutiques Solidaire ou les
boutiques de la Croix-Rouge qui récupèrent les collectes d?une vingtaine d?associations et
écoulent la partie écrémée vers des centres de tri standard à un prix compris entre zéro
et trente euros la tonne.
? Les boutiques des recycleries ou des boutiques d?associations environnementales
comme celles d?Oxfam.
? Des boutiques « standard » approvisionnées auprès de grossistes, avec des
positionnements variés, Guerrisol, Freepstar, Kiloshop acteurs historiques du secteur,
des orientations vintages (Fripouille vintage, Petitechineuse), des orientations jeunes
comme Kiloshop. Elles s?approvisionnent auprès des grossistes européens par exemple
des grossistes hongrois, ou polonais, pour certaines elles sont des filiales de grossistes
comme Eureka Fripe qui possède les marques Kiliwatch, culture vintage et Kiloshop et
réalise un chiffre d?affaires de 40 millions d?euros.
? Des boutiques intégrées à des trieurs, comme Ding Fring, dépendant du Relais, les prix
s?étendent de quelques euros à une vingtaine d?euros. Les pièces de marque ou de qualité
peuvent être vendues jusqu?à une cinquantaine d?euros.
Les sites en ligne
Une offre de textiles de seconde main est proposée par un grand nombre d?acteurs : Depop, Vinted,
ThredUp, VideDressing, Vestiaire collective, Veepee (vente privée.com) mais aussi des sites
généralistes comme Zalando, le Bon Coin, Amazon, Paruvendu? A titre d?exemple, Vinted a
réalisé un chiffre d?affaires 2018 de 24, 3 M¤ sur la plaque France, Belgique Espagne. L?enseigne
La Redoute dispose également d?un site de vente en ligne de vêtements multi-marques de seconde
main. Cette activité de vente semble en forte croissance et continuerait à croître, selon l?étude
Thread up.
Bon nombre de ces acteurs ne sont pas conventionnés avec Refashion, puisque leur modèle
économique est celui de la vente de la crème, qui vient compenser les coûts de collecte. C?est
même la vente de la crème qui pousse les acteurs à trier, et non l?inverse (tri pour des objectifs
environnementaux).
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Quelques enseignes (Zara?) ont mis en place des services de récupération de leurs vêtements
dans certains points de vente.
Les activités caritatives (dons de vêtements, vestiaires solidaires)
La collecte des vêtements usagés représente 60% des revenus des trieurs, alors qu?ils
représentent environ 5% du tonnage.
Figure 19 : Les activités de seconde main dans les enseignes (source Etude resale
report ThredUp 2023)
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Annexe 6. Présentation des solutions de recyclage en
France
Les voies historiques de recyclage des déchets textiles utilisées en France ont disparu. Il s?agissait
notamment de la fabrication de couvertures, notamment en laine particulièrement dans le Rhône
(fermeture de Gleyvod à Cours en 1952, Giroux&fils à Sérézin en 1966, de Poizat à Cours en 1972).
La fabrication de papier de chiffon n?est quant à elle plus qu?artisanale.
Il existe aujourd?hui néanmoins quelques installations de recyclage, quelques projets industriels se
profilent et des projets de recherche se mettent en place.
L?ADEME a publié une étude sur le « Potentiel de recyclabilité des textiles non réutilisables » en
septembre 2023.
1. Les solutions de recyclages actuellement industrialisées
Actuellement, les quatre grands exutoires de recyclage de textiles sont les suivants :
? - la réutilisation en chiffons industriels, -la réutilisation sous forme d?isolants
phoniques ou thermiques,
? le recyclage mécanique sous forme de fil tout particulièrement pour la laine et les
textiles tricotés,
? la réutilisation des ouates de rembourrage.
Il faut noter aussi que les vêtements sont parmi les textiles parmi les plus difficiles à recycler à
cause de l?ensemble du travail de mise à façon des vêtements : apprêtement (teinture?), couture
(présence de points durs, coutures, rivets, fermetures éclairs?). En comparaison, les linges de
maisons (draps, serviettes?) comportent moins de coutures et autres points durs. Il en est de
même pour les chutes de fabrication, qui représentent 15 à 20% des tissus et qui par nature ne
comportent pas de points durs. Il faut donc s?attendre à ce que ces gisements soient utilisés en
priorité. D?une manière générale, il existe peu de données publiques sur cette industrie du
recyclage, son marché et ses coûts.
La production d?isolants acoustiques et thermiques a comme principal marché l?isolant acoustique
automobile. Mais ce marché risque de voir ses ventes diminuer avec le développement des
voitures électriques dont les moteurs sont moins bruyants. Les quantités d?isolants acoustiques
nécessaires sont donc moindres. Par ailleurs, les isolants phoniques sont par nature des pièces
volumineuses, difficiles à transporter et produites près des usines.
L?utilisation des déchets textiles pour produire des isolants thermiques dans les constructions est
plus anecdotique. D?après les entretiens menés par la mission, il est environ 10% plus cher que
les productions d?isolants à partir de laine de verre ou de laine de roche et ne représente environ
que 10% des volumes vendus en France. Le principal producteur français est Métisse® filiale du
Relais à Billy Berclau. A ce jour, l?activité du Relais dans ce domaine, qui s?appuie sur la reprise
d?un des derniers effilocheurs français, est dans une situation de rentabilité délicate. Les process
des isolants thermiques et phoniques sont assez similaires, ils commencent par un déchiquetage
des vêtements, en chiquettes, avec élimination des points durs puis un effilochage.
Des trieurs rencontrés par la mission ont signalé deux autres voies de recyclage de vêtements
français réalisées principalement au Pakistan et en Inde.
Il s?agit, d?une part, de la réutilisation des remplissages de doudounes et manteaux. Après
démontage des vêtements ils seraient principalement utilisés comme rembourrage dans
l?ameublement. En Inde, la destruction préalable des vêtements serait exigée afin de s?assurer
qu?ils n?y seront pas réutilisés. Les vêtements sont lacérés à coups de couteaux métalliques au
moment de leur mise en balle.
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D?autre part, le fil des vêtements tricotés peut assez facilement être réutilisé après démontage du
tricot. Ceux qui ne sont pas jugés revendables en fripes sont donc triés à part. Ils sont ensuite triés
par couleur, et les fils sont ensuite reconstitués.
Dans son bilan, Refashion fait état de quatre types de recyclage : effilochage pour la constitution
de non-tissés pour le bâtiment, l?automobile et le rembourrage ; la coupe de chiffons ; le défibrage
pour des fils de nouvelle étoffe ; le broyage pour des composites plastiques, des briques ou du
béton. Les volumes recyclés sont estimés à 31,3% des volumes triés.
2. Les projets industriels de recyclages en cours de déploiement
La mission a pris connaissance des études de l?Ademe sur les perspectives de recyclage.
Figure 20 : Localisation des acteurs du recyclage en France et les projets en cours en 2023
(source : Potentiels du recyclage des textiles non réutilisables, synthèse, ADEME 2023)
La mission a également identifié deux types de projets de recyclage en cours de déploiement. Du
recyclage mécanique pour réaliser de nouveaux fils de cotons, poly-coton ou polyester, et du
recyclage chimique pour le polyester.
Pour le recyclage mécanique, il s'agit essentiellement des projets français autour des filages de
Charlieu, avec le centre de surtri matière et couleur Nouvelles fibres textiles à Amplepuis, et d?un
projet turc de 70 millions d?euros financé par la filiale de l?AFD. Le process pour réaliser du fil de
recyclage suppose les étapes suivantes :
? Le tri précis matière et couleur des vêtements collectés.
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? Le déchiquetage, l?élimination des points durs et l?effilochage.
? La torsion des fibres et le cardage qui aligne les fibres.
? La filature.
Le process est face à trois types de blocages.
En premier lieu, il est nécessaire de réaliser le tri de la matière dans des conditions
économiquement efficaces. Les technologies en cours de diffusion sont basées sur des machines
capables d?automatiser le dévracage des vêtements et d?identifier les matières par scan infrarouge.
Le projet d?Amplepuis vise en premier lieu l?identification pour recyclage des matières à forte teneur
en polyester. Une première unité capable de traiter 20 000 tonnes par an est en cours de mise en
route. Si elle s?avère fonctionnelle, un investissement complémentaire portant les capacités à 100
000 tonnes d?euros pourrait être envisagé à l?horizon de trois à cinq ans.
Le deuxième blocage réside dans la qualité du traitement de déchiquetage, d?enlèvement des
points dur et d?effilochage. L?enjeu crucial est celui de la longueur des fibres résiduelles qui est
bien plus courte que celle des fibres « naturelles ». Elle conditionne la quantité de matière recyclée
maximum qui peut être incorporée au fil de recyclage. Les Textiles de Charlieu ont aujourd?hui un
objectif de 30% de matière recyclée dans le fil de recyclage. Cette entreprise a une activité
commerciale de niche qui est essentiellement tournée vers la réalisation de sacs de caisse en
polyester recyclé. L?essentiel de la matière utilisée n?est pas constitué de vêtements recyclés faute
de ressource triée en quantité du point de vue de la matière et de la couleur. Les principales
sources sont des chutes de production textiles. Les tris réalisés à Amplepuis sont néanmoins
utilisés dans le process. Il convient de noter que l?usine de Tissages de Charlieu traite des fils
recyclés qui proviennent d?installations situées hors de France.
A plus long terme, le CETI évoque un objectif de 70% de matière recyclée dans les nouvelles fibres.
Ceci suppose que les fibres de longueur moyenne initiale de 32 mm gardent une longueur
moyenne de 23mm à l?issue de l?effilochage. Pour ce faire, les process d?effilochage doivent moins
casser de fibres et donc être plus lents, donc vraisemblablement plus.
A ce stade, la mise en oeuvre concrète des objectifs de Textiles de Charlieu nous semble une étape
importante.
Parmi les quatre projets de déploiement de recyclage chimique identifiés lors de la mission, seul
semble subsister le projet de Carbios avec une usine à Longlaville soutenu par France 2030. Il
s?agit à partir de PET usagé de récupérer les molécules monomères initiales, ici par une voie
enzymatique biologique. L?usine qui devrait démarrer en 2025, aura une capacité de de 50 000
tonnes de déchets par an. Toutefois compte tenu de la qualité des gisements la priorité de Carbios
sera de traiter des déchets d?emballages avant d?envisager l?utilisation de textiles usagés.
3. Les projets de recherche sur le recyclage thermique et chimique
Il existe de nombreux projets de recherche sur le recyclage des matières textiles.
Outre l?amélioration des process en cours de déploiement, il faut citer :
? Le recyclage thermique du PolyEthylèneTéréphtalate, polymère thermoplastique,
refondu en pellets avec lesquels il est possible de reconstituer des fibres synthétiques.
Ce process ne présente pas un coût énergétique aussi élevé que le recyclage chimique. En
revanche, il entraine un vieillissement du polymère, notamment en raison des ruptures de
ses chaines et des interactions avec ses charges (charge minérales, colorants?).
? Le recyclage chimique du coton qui permet de fabriquer des fibres similaires à la
viscose, produite à partir de bois.
Selon les informations collectées par la mission, ces process sont encore au niveau de la recherche
et ne seront pas en phase pilote avant cinq à dix ans.
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Au terme de cette analyse sur le recyclage, il est important que la 2ème phase de l?étude sur la
recyclabilité des textiles soit publiée.
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Annexe 7. Fiches pour quelques pays importateurs de
déchets textiles
Annexe 7.1. Fiche CHILI
Fiche réalisée à partir des éléments fournis par le service économique de Santiago de
l?Ambassade de France au Chili
1. Un essor fulgurant des importations de vêtements usagés
Selon les données de la Banque centrale, le Chili aurait importé près de 120 000 tonnes de textiles
usagés en 202369, faisant du pays le 6ème importateur mondial de vêtements de seconde main
(données BACI). Ce volume d?importation a connu une forte croissance pendant la pandémie de
Covid-19 (multiplication par près de trois entre 2020 et 2021). Malgré une baisse observée en 2022
et 2023, les volumes importés demeurent toujours à un niveau largement supérieur à ceux
observés avant la pandémie.
Importations de vêtements usagés au Chili entre 2017 et 2023 (en kt)
Année 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023
Quantité 69 66,3 64,4 53,0 156,7 131,6 120
Figure 21. Source : Banque centrale du Chili, quantité en milliers de tonnes
Figure 21. Évolution des importations textiles usagés du Chili, en pesos et en milliers de
tonnes (source : Banque centrale du Chili)
Les textiles usagés importés au Chili proviennent, principalement des États-Unis (46% en 2023),
de Corée du Sud (10 %), du Canada (9 %), de l?Union européenne (7 %, dont la moitié depuis
l?Allemagne) et de Chine (7%).
La France occupe une place dérisoire parmi les pays exportateurs : 24 tonnes en 2022 d?après
les données BACI.
69 Les données agrégées au niveau national proviennent de la Banque centrale du Chili tandis que les données désagrégées par partenaire
géographique sont issues des données des Nations unies, qui peuvent présenter des différences en raison de méthodologies différenciées.
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Au Chili, une grande partie des textiles usagés entre par le port d?Iquique, dans le nord du pays,
qui fait partie d?une zone franche (Zofri70) créée en 1975 afin de favoriser l?économie et l?emploi
locaux. Dans ce contexte fiscal favorable, l?importation des textiles de seconde main s?est
considérablement développée. Les déchets textiles importés, souvent bruts de collecte, subissent
plusieurs cycles de tri, de revente et de recyclage, en partie liés au secteur informel mais un
écosystème local d?entreprises du recyclage s?est développé (Procitex, Ecocitex, CIRKLA?).
Les TLC triés ou recyclés sont, soit vendus dans le pays comme par exemple sur le marché en
plein air d?Alto Hospicio, la Quebradilla, soit réexportés notamment vers le Pérou ou le Paraguay
(27 000 et 4 000 tonnes). Des études signalent qu?existent aussi des exportations de contrebande
vers la Colombie.
2. Le droit applicable aux transferts transfrontaliers de déchet
Le Chili a signé et ratifié la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontières de
déchets dangereux et de leur élimination.
Il est membre depuis 2010 de l?OCDE.
Par conséquent, la décision (2001) 107/FINAL s?applique aux transferts de déchets entre pays
membres de l?OCDE. S?agissant de déchets de la liste « verte » comme les déchets textiles, les
transferts ne sont soumis à aucune procédure de contrôle particulier.
3. De graves conséquences environnementales et sanitaires
La majeure partie des vêtements importés n?ayant pas été retenus pour être revendus ou recyclés
sont transportés, puis déversés dans des décharges illégales dans le désert d?Atacama (60% en
2021). Ce déversement produit d?importants dommages socio-environnementaux et sanitaires
dans le nord du pays : les vents puissants du désert d?Atacama dispersent les déchets, une partie
des vêtements est incinérée par des riverains, provoquant des émissions des fumées toxiques
préjudiciables, enfin, lorsqu?ils sont enfouis, les vêtements sont à l?origine de pollutions des sols et
des nappes phréatiques dans une région déjà très pauvre en eau.71
4. Un cadre légal et une action publique encore limités malgré une réelle volonté
politique de régulation des déchets textiles
Le ministère de l?environnement travaille actuellement sur l?intégration des textiles dans le champ
de la loi de 2016 établissant un mécanisme de responsabilité élargie des producteurs (REP).
L?ajout de cette disposition permettrait de contraindre légalement les entreprises importatrices du
secteur de la mode à financer la gestion et le recyclage des déchets textiles. Une étude d?impact
social et économique d?une telle modification législative est en cours.
Par ailleurs, une « stratégie d?économie circulaire pour les textiles » pour « réduire et prolonger la
durée de vie par la réutilisation, la réparation et la valorisation »72 est en préparation depuis 2023
avec la participation active d?acteurs privés comme publics, d?universitaires, de représentants du
secteur financier et de l?industrie textile réunis au sein d?un comité stratégique pour le textile.
Bien que la société civile chilienne soit largement mobilisée, l?initiative privée reste fortement
contrainte par l?obtention des divers permis sectoriels et environnementaux, y compris dans le
domaine du recyclage de textiles usagés. Plusieurs entreprises, notamment européennes, ont
essayé de développer des solutions de recyclage et de traitement des déchets textiles mais se
70 https://www.zofri.cl/
71 Voir par exemple le site Novethic : https://www.novethic.fr/actualite/environnement/pollution/isr-rse/pollution-textile-au-chili-une-decharge-de-
vetements-visible-depuis-l-espace-151559.html ou le reportage de FranceTVinfo : https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/chili-le-desert-
d-atacama-la-decharge-du-monde_5503644.html
72 Site du ministère chilien de l?Environnement : https://economiacircular.mma.gob.cl/textiles/
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https://www.novethic.fr/actualite/environnement/pollution/isr-rse/pollution-textile-au-chili-une-decharge-de-vetements-visible-depuis-l-espace-151559.html
https://www.novethic.fr/actualite/environnement/pollution/isr-rse/pollution-textile-au-chili-une-decharge-de-vetements-visible-depuis-l-espace-151559.html
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retrouvent confrontées à un régime administratif très contraignant, propre au cadre des affaires
chiliennes et qui rend les décisions d?investissement plus risquées en raison des faibles marges
du secteur du recyclage.
5. L?OCDE incite le Chili à intensifier ses efforts en matière de déchets
Le Chili a fait l?objet en 2024 d?un troisième examen environnemental de cette organisation de
coopération internationale73.
Le rapport souligne le taux très important de mise en décharge des déchets municipaux (92%).
Bien qu?il constate des progrès importants, le rapport recommande de moderniser les centres
d?enfouissement en imposant des normes environnementales plus strictes et de concevoir une
stratégie globale d?investissement à long terme dans les infrastructures de tri et de traitement des
déchets. Il invite aussi le Chili à accélérer l?extension de la REP aux textiles, classés parmi les
produits prioritaires par le pays lui-même.
73 https://www.oecd.org/fr/publications/examens-environnementaux-de-l-ocde-chili-2024-version-abregee_e8f9f4bd-fr/full-report.html
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Annexe 7.2. Fiche COTE d?IVOIRE
Cette fiche a été établie sur la base d?une note (non datée) de M. Kouakou David Brenoum du
laboratoire Espace, Système prospective, Institut de géographie tropicale, Université Félix
Houphouët-Boigny à Abidjan
Introduction
La Côte d?Ivoire connaît une urbanisation rapide. Cette urbanisation est corrélée à des mutations
dans tous les domaines, davantage perceptibles à Abidjan, la métropole ivoirienne (4, 4 millions
d?habitants, soit 38,5% de la population urbaine et 19,4% de la population totale du pays). Ces
mutations touchent le secteur de l?habillement et de la mode et concernent aussi les vêtements
d?occasion ou fripes. Interdits d?importation en Côte d?Ivoire en 1975 sous le régime du président
Félix Houphouët-Boigny, jusqu?en 1992, ces vêtements sont importés en grande quantité. Des
grands espaces de vente lui sont consacrés dans la capitale économique ivoirienne.
1 Historique
Le commerce de l?habillement d?occasion en Afrique coloniale a commencé après la deuxième
guerre mondiale quand l?Amérique riche entreprend un vaste mouvement de générosité envers
l?Europe et fait don des vêtements usagés. Avec le pouvoir d?achat des Européens qui s?est
amélioré et la reconstruction d?après-guerre, cela a été le tour de l?Europe d?envoyer ces textiles
dans les colonies puis dans les Etats africains naissants.
Dans la période post-indépendance, les pays d?Afrique noire adoptent des politiques de substitution
des importations et interdisent pour la plupart l?importation d?habillement d?occasion en vue de
protéger officiellement l?industrie naissante de toute concurrence.
Le président Houphouët-Boigny reste, quant à lui, fermement opposé au commerce de fripes,
symbole à ses yeux d?un recyclage stigmatisant pour la construction nationale. Il développe à cet
effet une législation contraignante jusqu?à la fin des années 1990, assurant la défense des
complexes industriels textiles de première génération. Une ordonnance du 30 septembre 1975
interdit ainsi l?importation sur le territoire douanier national de tous les articles de friperie. De même
est interdite l?installation d?usines de reconditionnement de friperie sur le territoire ivoirien.
Au-delà de la protection de l?industrie textile et du rejet d?une image dégradante pour le pays, cette
législation est motivée par le souci de préserver la santé des populations, car à l?époque, la fripe
était vendue en l?état sans traitement préalable. Ce qui posait des problèmes d?hygiène d?autant
plus qu?une bonne partie de la fripe provenait des bases des soldats américains de la guerre du
Vietnam.
Cependant, l?interdiction d?importation a été contournée. La fripe écoulée sur le marché ivoirien
serait issue de réexportations en provenance du Nigéria et du Ghana.
2 La libéralisation, un tournant décisif du marché de la fripe à Abidjan
À partir des années 1980, la libéralisation progressive des économies nationales amène la Côte
d?Ivoire, sous la pression des commerçants, à permettre l?entrée contrôlée de fripes. Une politique
de quotas est mise en place dans un premier temps. Elle débute en 1992 et une dizaine
d?importateurs nationaux ou originaires du Nigéria, du Ghana et du Liban sont comptabilisés. Puis,
intervient, en 1997, l?ouverture totale du marché national de la friperie aux flux internationaux. Elle
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est marquée par une augmentation significative du nombre des importateurs, jusqu?à atteindre une
cinquantaine. Les droits de douane sont toutefois élevés, l?importation de fripes étant taxée à plus
de 50% de leur valeur. Ce faisant, les marchandises transitent par d?autres ports de l?espace ouest-
africain (Tema au Ghana ou Cotonou au Bénin) dont les conditions fiscales et tarifaires sont plus
favorables. Par ailleurs, l?interdiction de vendre la fripe au Nigéria occasionne le développement
de flux à partir du Bénin vers le Ghana et la Côte d?Ivoire. Cette époque connaît une démultiplication
du nombre d?intermédiaires et des lieux de vente dans les marchés de la ville d?Abidjan.
Aujourd?hui, c?est un produit qui est directement importé en Côte d?Ivoire par les sociétés d?import-
export à partir des principaux foyers de charité de l?Armée du Salut, Goodwill, St Vincent-de-Paul,
de la Croix Rouge du Canada, des Etats-Unis, de la France, de bien d?autres pays européens et
asiatiques. Les balles importées par les grossistes sont vendues à des grossistes, fournisseurs
directs des détaillants de fripes sur les marchés spéciaux d?Abidjan.
3 De l?ampleur du marché de la fripe à Abidjan
Relativement peu important dans les années 1980, le marché de la fripe connaît une véritable
explosion à Abidjan. Les services des douanes ivoiriennes ont enregistré 31 539 tonnes de fripes
en 2014 contre 19 435 en 2009. Les volumes de la contrebande, difficilement quantifiables, ne
seraient pas moins importants.
Toute la ville est concernée, y compris les quartiers riches.
Il y a quinze marchés qui proposent de la fripe en 2020, contre 5 en 2005.
4 Moteurs du commerce de fripes
5.1 La création d?emplois
. Entre 1960 et 1980, la Côte d?Ivoire a connu une embellie économique, qualifiée de miracle
économique. Mais, suite au renchérissement du prix du pétrole et à la baisse des prix du café et
du cacao, le pays est entré en récession économique. Divers programmes d?ajustements
structurels (PAS) sont alors imposés au pays par la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire
International. En réponse, les populations investissent le secteur informel dont le commerce de
fripes. Son commerce ferait vivre des dizaines de milliers de personnes.
Exhortés depuis 1996 à reprendre en main le commerce local, secteur accaparé par les étrangers
(notamment Nigérians, Ghanéens, Béninois, nigériens, Guinéens et Libanais), les Ivoiriens sont de
plus en plus nombreux à vendre des vêtements d?occasion. Ainsi, au fil des années, la friperie s?est
progressivement transformée en une véritable industrie génératrice d?emplois informels et de
revenus en Côte d?Ivoire.
Outre les emplois directs mentionnés, le commerce d?habillement d?occasion entraîne de
nombreux emplois induits : buanderies, blanchisseries, ateliers de couture.
5.2 Des vêtements de grandes marques et de qualité
Toutes les classes sociales s?habillent en vêtements d?occasion. Ces personnes disent se tourner
vers eux pour la qualité des articles offerts. En effet, la plupart des produits vendus seraient
étiquetés des grandes marques de la mode vestimentaire. Ces vêtements seraient meilleurs et
plus durables que les habits neufs issus de la fast fashion.
Des articles de premier choix en très bon état, propres et jamais portés se retrouvent souvent dans
les balles parce que mal confectionnés ou invendus ou encore passés de mode. Ici, on trouve
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souvent des pièces uniques avec lesquelles le consommateur se singularise.
5 Les implantations des marchés de fripes et impacts environnementaux
Les marchés de fripes transforment le paysage d?Abidjan. Ils donnent lieu à des « baraquements
inesthétiques, à des étalages encombrants et à des entassements ou éparpillement d?articles à
même le sol sur des bâches en plastique. »
Dans la pratique de leurs activités, les commerçants génèrent beaucoup de déchets (des morceaux
de tissus des couturiers, des sachets d?eau ou de jus de fruits et des restes d?aliments) dont la
gestion n?est pas toujours aisée. Ces activités font naître des dépotoirs dans ces marchés ou leurs
environs.
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Annexe 7.3. Fiche ÉMIRATS ARABES UNIS (EAU)
1. Une activité de production de vêtements de première main limitée
En matière de vêtements la façade des émirats arabes unis est son activité de galeries
commerçantes de luxe essentiellement importé. L?évolution du souk de Dubaï, de l?échange de
tissus destinés à la taille de vêtements, vers des échoppes d?influence pakistanaise ou indienne
en marge des activités de confection de vêtements sur mesure témoigne du peu d?influence de
l?activité textile émirati.
Le pays profite néanmoins de ses ports pour développer une activité d?entrepôts, et de
transformation sous douane. Mais elle reste limitée par le difficile accès à la main d?oeuvre par
rapport à des pays comme la Turquie ou le Bengladesh.
2. En matière de seconde main, les EAU sont un hub de tri
Avec 9,7 millions d?habitants, les Émirats arabes unis ne sont pas une source importante de
vêtements de seconde main.
Néanmoins, nous avons jugé utile de traiter le cas des Émirats Arabes Unis. Ils sont en effet un
hub important de tri porté par une volonté d?implanter des centres de tri sur des zones franches
notamment à Sharjah.
Cette politique est évidente sur les bases de données.
Dans BACI, les Émirats arabes Unis importent pour 363 605 tonnes de fripes et déchets textiles
pour 220 millions de dollars. Les plus gros pays exportateurs sont le Royaume Uni et l?Australie
avec deux fournissent qui représentent 40% des volumes. Mais l?ensemble de l?Europe représente
137 000 t soit 37% des expéditions.
Pays exportateurs Total valeurs Tonnes
Royaume-Uni $62 205 73 561
Australie $30 310 73 307
Espagne $12 109 33 857
Allemagne $8 143 25 260
Belgique $4 909 17 720
Inde $16 819 16 320
États-Unis $19 574 16 149
Chine $10 580 11 206
France $4 796 11 088
Pakistan $9 385 10 231
Autres
Total général $220 694 363 605
Figure 22. Chiffres BACI des importations de fripes et déchets textiles vers les Émirats
Arabes Unis
Les EAU exportent 181 170 tonnes de fripes pour 162 millions de dollars. Nous retrouvons ainsi le
chiffre habituel de 50% de fripes réutilisables une fois triés. Mais nous ne savons pas identifier la
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destination de l?autre moitié des TLC usagés triés.
Pays Total valeurs Tonnes
Afrique subsaharienne (dont Tanzanie, Congo, Zambie,
Kenya?) $68 289 48 947
Asie de l'Est (Principalement Chine) $43 148 48 722
Asie du Sud (dont Inde et Pakistan) $6 330 19 378
Asie de l'Ouest (dont Irak 10 000t) $21 339 17 743
Europe du Nord $3 037 11 575
Europe de l'Ouest $2 205 7 914
Australie et Nouvelle-Zélande $1 052 7 421
Europe du Sud $1 581 4 958
Asie du Sud-Est $2 307 4 797
Amérique du Nord $803 3 430
Europe de l'Est $1 411 1 690
Afrique du Nord $4 934 1 597
Amérique latine et Caraïbes $2 458 1 576
Mélanésie $3 030 1 308
Figure 23. Chiffres BACI des exportations des Émirats Arabes Unis en milliers d?euros et
tonnes
L?Afrique subsaharienne et l?Asie de l?est avec notamment la Chine sont les deux plus gros
marchés émiratis. Par rapport aux autres pays trieurs, les Émirats arabes unis ont des clients
spécifiques, notamment l?Irak et les pays d?Afrique de l?ouest. On peut noter ci-dessous le faible
prix des déchets textiles envoyés en Inde.
Pays Total valeurs Tonnages
Chine $41 017 48 182
Inde $1 852 13 673
Irak $10 213 10 722
Royaume-Uni $2 486 10 652
Tanzanie $13 853 9 857
Australie $1 035 7 379
République démocratique du Congo $5 750 5 849
Pakistan $4 379 5 565
Zambie $10 205 5 163
Kenya $5 681 4 824
Figure 24. Dix premiers pays cibles des Émirats Arabes Unis en matière de fripes. Milliers
de dollars et tonnes.
La France exporte 11 000tonnes de fripes vers les Émirats Arabes Unis, qui est le quatrième plus
gros destinataire derrière le Pakistan, la Tunisie et la Belgique. En retour, la France importe 1 263
tonnes des EAU, probablement de la crème.
Mais le plus important dans notre analyse est que les principaux débouchés des EAU sont des
pays d?Afrique avec 48 947 tonnes de vêtements.
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3. Des entreprises internationales
Un certain nombre de trieurs internationaux sont implantés aux Émirats Arabes Unis.
On peut citer :
? Usman International, entreprise pakistanaise implantée aux Émirats, qui traite 1 300
containers de 40 pieds par an depuis 2008 https://www.usmaninternational.com/
? Golden Coast,
? Zaals Textile
? Al Anwar Trading
? Nord sud export à Sharjah, sur la zone franche de l?aéroport Alwir,
https://nordsudexport.com/
? Samar Textiles
? SK Export créé en 2020, au même endroit, https://sk-export.com/
4. Le droit applicable aux transferts transfrontaliers de déchet
Les Émirats Arabes Unis sont hors de l?OCDE. Dans le cadre de la convention de Bâle, ils ont
choisi d?interdire l?importation de fripes. Nous sommes donc confrontés à une situation ubuesque.
Le pays a développé une activité de tri de déchets textiles importés alors qu?il en interdit
formellement l?import.
Confronté à des manques de capacité de tri, un acteur français, le Relais envoie des bruts de
collecte vers les Émirats Arabes Unis. A l?initiative du PNTTD, les ports français ont refusé ces
exports. Pour contourner cette interdiction, le Relais est passé par les Pays-Bas, puis par la
Belgique. Dans le cadre de la coopération sur le suivi des déchets en Europe, les autorités
néerlandaises puis belges ont contacté leurs homologues français et fixé une position commune
sur les exportations françaises de brut de collecte et de fripes vers les Émirats Arabes Unis. Le
PNTTD a contacté son point de contact émirati sur le sujet, sans parvenir à faire évoluer la situation.
Le sujet ne semble pas suffisamment important pour attirer l?attention des autorités émiratis.
Les bases de données témoignent de la persistance de ces pratiques puisqu?il demeure des
exportations de fripes vers les Émirats Arabes Unis. Une partie correspond à de l?activité vers des
particuliers, y compris pour des fripes très haut de gamme de haute couture voire de collection,
mais l?essentiel des volumes est de la matière à trier.
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Annexe 7.4. Fiche GHANA
Sources : Direction générale du Trésor, Association des professionnels du textile de seconde
main au Ghana, Fondation Or, Greenpeace
1. Qui sont les acteurs ?
1.1. En France
La majorité des textiles usagés envoyés en Afrique de l'Ouest proviennent de structures à vocation
sociale et d'entreprises spécialisées dans la collecte et le tri des vêtements, telles que :
? Le Relais : Un acteur majeur qui traite des milliers de tonnes de vêtements usagés
chaque année. Au Sénégal, par exemple, cette entreprise fournit 500 tonnes de
vêtements annuellement, tout en triant 200 à 250 tonnes supplémentaires à son centre
de Diamniadio au Sénégal.
? Secours Catholique, Croix-Rouge, Emmaüs : Ces associations participent également à la
collecte et à l'exportation de vêtements usagés à destination de l'Afrique.
? Amiratex France : Spécialisée dans la vente de vêtements usagés et leur exportation vers
l'Afrique de l'Ouest, incluant le Burkina Faso et le Sénégal.
? FRIPEIN STORE UNITED : Grossiste en vêtements d'occasion exportant vers plusieurs
pays d'Afrique de l'Ouest, dont le Burkina Faso et le Sénégal.
1.2. Au Ghana
Le pays est le premier importateur de textiles usagés d?Afrique, mais la France n?est qu?en seizième
position au regard des tonnages d?importation. D?après les données du CEPII de 2021, le marché
représente 214 M$.
Les importations textiles chinoises ont inondé le marché, représentant plus de 60 % des produits
textiles vendus localement, ce qui a entraîné une baisse de la production domestique de plus de
50 % au cours des 20 dernières années.
Une balle de 45 kg de jeans peut coûter entre 50 000 et 70 000 francs CFA (environ 76 à 106
euros).
2. Quels sont les principes du traitement des textiles usagés et textiles
Le Ghana est le deuxième plus grand importateur mondial de vêtements d?occasion après le
Pakistan, avec 5,1 % de la part de marché mondiale (2020).
Le Royaume-Uni est le plus grand exportateur de vêtements d?occasion vers le Ghana, suivi de la
Chine. En 2022, un total de 121 934 tonnes de vêtements d?occasion, connus sous le nom d?Obroni
Wawu (vêtements d?hommes blancs morts) ont été importés au Ghana en provenance du monde
entier. Une partie est transportée directement vers d?autres régions du Ghana, et la majorité est
envoyée au marché de Kantamanto. De là, les vêtements d?occasion sont réexportés vers d?autres
pays d?Afrique de l?Ouest et vers d?autres régions du Ghana, avec environ 300 tonnes restant à
Kantamanto pour être vendues sur le marché. Le marché de Kantamanto est le plus grand marché
d'occasion du Ghana et l'un des plus grands du monde, avec 5 000 boutiques et 30 000 personnes
travaillant entre les étals en bois et les allées étroites. Autrefois connu pour ses vêtements
d'occasion de bonne qualité en provenance de l'Occident, plusieurs observateurs signalent que les
importations de vêtements d'occasion contiennent aujourd'hui des quantités croissantes d'articles
de mauvaise qualité et de fast fashion surproduits. Une enquête récente menée auprès de 370
détaillants du marché, révèle que les déchets dans les balles importées représentent moins de 5%
du tonnage. Toutefois, dans l?étude de Greenpeace, les commerçants ont indiqué que jusqu?à 60 %
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des vêtements usagés contenus dans ces balles sont invendables et qualifiés de « borla ». Tous
ces vêtements ne seront pas jetés, car les vêtements continuent à circuler sur le marché, où il
existe un marché de la « troisième main » et surtout un marché très actif de réparation. Environ 10
à 40 % d?entre eux finissant par être jetés. Les commerçants signalent que la qualité et la revente
des articles contenus dans les balles ont diminué au cours des 5 à 6 dernières années,
principalement en raison de leur mauvais état, mais aussi de styles inadaptés et du manque de
fonctionnalité pour le marché ghanéen, de sorte que le revenu qu?ils peuvent tirer d?une balle
typique est souvent insuffisant.
Le pourcentage de 40% de produits sortant des balles qui deviennent immédiatement des déchets
se trouve dans plusieurs documents : ceux de l?Agence européenne de l?environnement, de
l?Institut français de la mode, aussi de la Fondation Or et comme on l?a vu de Greenpeace.
L?association des professionnels de la seconde main (GUCDA Ghana Used Clothing Dealers
Association) conteste ce chiffre, en signalant que seuls 5% des textiles contenus dans les balles
sont des déchets.
En fait la mission s?est fait une opinion : tout le monde a raison. Il est en effet très vraisemblable
que 95% des textiles arrivant au Ghana sont des textiles en bon état, dit autrement que les
exportateurs n?envoient pas en fraude des « déchets ». Mais ils ne trouvent pas preneur une fois
arrivés. Et donc ils deviennent déchets parce que personne n?en veut.
Et en revanche tout le monde reconnaît qu?il n?y a aucune structure de gestion des déchets au
Ghana, les seules décharges autorisées étant pleines depuis plusieurs années. Les conditions de
travail et les infrastructures du marché sont dangereuses ? en novembre 2022, l?un des principaux
centres de refabrication où des millions de vêtements d?occasion sont réparés, teints, imprimés et
recyclés a été détruit par un incendie. Et le 3 janvier 2025, la totalité du marché de Kantamanto a
été détruite par un incendie, fort heureusement sans victime.
Greenpeace a conduit une étude très approfondie de caractérisation des déchets issus du marché
de Kantamanto. Elle a cherché à savoir quel était le devenir des balles, et comment les textiles,
même « mettables » devenaient des déchets.
Voici tout d?abord le résultat de cette étude sur les marques qui ont pu être identifiées des déchets
récupérés par Greenpeace :
Marque Nombre de vêtements Pourcentage
H&M 134 3,06
Marks and Spencer 131 3,00
Next 109 2,49
Zara 90 2,06
George 88 2,01
Primark 68 1,55
New look 64 1,46
Atmosphere 51 1,17
F&F 45 1,03
River Island 36 0,82
TU 35 0,80
Papaya 33 0,75
Topshop 30 0,69
Dorothy Perkins 23 0,53
Shein 22 0,50
Gao 19 0,43
BHS 18 0,41
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Old Navy 15 0,34
Forever21 15 0,34
Fashion 14 0,32
Figure 25. Les résultats sur 4 373 vêtements
90% de ces produits contiennent des matières plastiques, la plupart mélangées à d?autres fibres
ce qui rendrait tout recyclage très difficile en Europe.
Dans son document le GUCDA a quant à elle produit un document d?une tonalité différente, fondée
sur le fait que favoriser la seconde main était bon pour l?environnement, puisqu?il évitait autant de
productions neuves avec de forts impacts sur l?environnement.
Leur conclusion est la suivante.
« Le rapport de la GUCDA vise naturellement à défendre le commerce des vêtements usagés, qui
représente une part importante de l?économie et des moyens de subsistance de nombreuses
personnes au Ghana, contre la publicité négative des médias occidentaux sur l?élimination des
vêtements usagés dans des décharges informelles à Accra. Ils décrivent le système du marché de
Kantamanto comme « un écosystème textile hautement durable sur le plan environnemental »
La conclusion du rapport de Greenpeace est le suivant : « Greenpeace et d?autres ONG ont
exprimé leur soutien aux communautés d?Accra qui vivent de l?importation de vêtements usagés et
ont proposé des solutions qui doivent être adoptées à la fois dans les pays exportateurs et au
Ghana. Néanmoins, présenter la situation d?Accra sous un jour trop positif, comme le fait le rapport
de la GUCDA, n?est peut-être pas utile face à une réalité environnementale vraiment difficile et au
besoin urgent d?améliorer les conditions environnementales, sanitaires et sociales générées par
les importations de vêtements usagés. »
Ces différences de point de vue procèdent de la même source du problème. Il y a trop de textiles
importés et de plus en plus de textiles de mauvaise qualité. Selon certains observateurs, « la
véritable source du problème, ce sont les volumes croissants de vêtements de mauvaise qualité,
jetables et de mode rapide, et les preuves que beaucoup de ces articles ne sont pas utiles,
utilisables ou revendables au Ghana et ne peuvent donc pas être remis à neuf, réparés ou recyclés,
malgré les compétences et la créativité des populations locales dans ces domaines. Cela ne tient
pas compte non plus du fait que la menace la plus immédiate pour le commerce des vêtements
d?occasion au Ghana n?est pas l?interdiction de l?exportation de vêtements d?occasion, mais
l?effondrement potentiel du système de collecte des vêtements d?occasion en Europe, qui est mis
à rude épreuve par les volumes de vêtements de mode rapide de faible valeur. Toutes les parties
impliquées dans ce système devraient donc porter leur attention sur cet échec du modèle
commercial de la mode rapide et trouver des solutions. »
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Annexe 7.5. Fiche MADAGASCAR
Cette fiche s?appuie sur les données transmises par la DGT/SE de Madagascar
Figure 26 : carte de Madagascar
Capitale : Antananarivo
Population en 2024 : 31,4 millions d?habitants et une projection à plus de 98 millions d?habitants à
horizon 2100
Commerce extérieur de Madagascar concernant le textile :
? Exportations de produits « Intégralité du HS code 63 - Autres articles textiles confectionnés
; assortiments ; friperie et chiffons » de la France vers Madagascar : 4,4 M USD en 2023,
contre 5M USD en 2022, soit une baisse de -12,3% entre 2023 et 2022 (source TradeMap)
? Importations de produits « Intégralité du HS code 63 - Autres articles textiles confectionnés
; assortiments ; friperie et chiffons » de la France en provenance Madagascar : 10.9 M USD
en 2023, contre 10.1 M USD en 2022 et 5,3 M USD en 2021, soit un volume qui a doublé
entre 2021 et 2023 (source TradeMap)
PUBLIÉ
Juin 2025 Les exportations des déchets textiles et des textiles
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? Importation de produits « Intégralité du HS code 63 - Autres articles textiles confectionnés
; assortiments ; friperie et chiffons » de Madagascar en provenance de tous pays : 88,4 M
USD en 2023 ; 101,9 M USD en 2022 et 92,9 M USD en 2021 (source TradeMap)
Figure 27. Provenance des importations arrivant à Madagascar
Figure 28. Provenance des codes HS 63 en arrivée à Madagascar
PUBLIÉ
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Classement des 20 premiers pays exportateurs vers Madagascar pour les produits relevant du
HS code 63 « autres articles textiles confectionnés ; assortiments ; friperie et chiffons » - à valeur
d?importation en milliers d?USD (source TradeMap).
La France occupe le 3ème rang très loin derrière la Chine.
Les textiles provenant d?Inde, du Pakistan, des Émirats Arabes Unis, sont vraisemblablement pour
la plupart des textiles provenant d?ailleurs, notamment d?Europe, et transitant dans ces pays pour
être triés.
Pays
Valeur
importée en
2019
Valeur
importée
en 2020
Valeur
importée
en 2021
Valeur
importée en
2022
Valeur
importée en
2023
Total Monde 75 242 70 804 92 929 101 888 88 363
Chine 41 156 41 884 57 429 62 434 57 954
Pakistan 9 575 8 632 10 798 11 999 10 441
France 7 246 5 283 7 227 7 422 5 848
Inde 3 149 2 104 1 874 4 565 2 676
Émirats arabes unis 1 253 717 1 334 2 021 1 803
Etats-Unis
d'Amérique
1 250 1 106 1 953 1 874 1 391
Belgique 1 291 1 271 1 568 1 813 1 211
Canada 1 752 1 370 1 105 779 1 068
Afrique du Sud 552 655 991 1 531 945
Australie 1 421 1 179 1 291 1 383 929
Bangladesh 288 670 921 2 156 905
Allemagne 1 144 681 881 1 191 683
Taipei Chinois 432 1 000 2 273 428 405
Tanzanie 0 228 354
Italie 954 569 183 376 214
Turquie 51 50 901 166 213
Pays-Bas 1 15 64 174 199
PUBLIÉ
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Figure 29. Evolution des importations en valeur en arrivée Madagascar
Panorama du secteur textile à Madagascar :
Le secteur du textile et de l?habillement est le 1er secteur manufacturier de Madagascar et le plus
grand employeur de main-d?oeuvre après l?agriculture. Le secteur textile représenterait environ 1/5
du PIB national et totaliserait 7 % des investissements directs étrangers (IDE). La chaîne
d?approvisionnement du textile à Madagascar, qui comprend la culture du coton, son fibrage, sa
filature, son tissage et enfin la confection, fournit autour de 180 000 emplois formels, dont 110 000
par les sociétés de confection exportatrices. La plupart des usines sont situées à Antananarivo et
à Antsirabe.74
Madagascar est le premier pays exportateur de textile neuf vers l?UE et le 2ème pays exportateur
de textile (en 2022) vers les Etats-Unis, en Afrique subsaharienne.75 Les exportations textiles
représentent en 2022 près de 16,2 % des exportations totales du pays, quoiqu?en baisse par
rapport à 2021 (18%). Madagascar bénéficie de nombreux partenariats économiques, notamment
l?accord de partenariat économique intérimaire avec l?UE ratifié en 2013 et amendé en 2020 ainsi
que l?African Growth and Opportunity Act (AGOA) que Madagascar a réintégré en 2014. Le pays
peut également bénéficier d'un marché régional, étant présent dans trois organisations
économiques régionales (CDAA, COMESA, COI) et signataire de l'accord de libre-échange
tripartite (TFTA)
La loi des finances (LFI) 202276 a supprimé de nombreux avantages fiscaux relatifs aux Zones et
Entreprises Franches (ZEF) alors que le secteur textile représente la moitié des entreprises
franches du pays.
La crise de la Covid-19 a conduit à une baisse mondiale de la demande de textile qui persiste.
Après des années de croissance, l?industrie du textile a enregistré une baisse des exportations
vers les Etats-Unis et vers l'UE. La demande peine à redémarrer sur les différents marchés, et
notamment en Europe, ce qui freine la croissance du secteur textile dans le pays.
Selon le ministère de l?environnement malgache en septembre 2024, Madagascar produirait
chaque année environ 10 000 tonnes de déchets textiles par an.77 Quand ils ne sont pas éliminés
par incinération ou enfouissement, souvent illégal, les déchets textiles sont valorisés par le
réemploi en tant que tissu (notamment pour l?essuyage), fils, le recyclage chimique et mécanique.
Plusieurs projets portant sur le recyclage et la gestion de produits textiles :
? L?entreprise française Le Relais, a lancé en 2008 le centre « TARATRA » de valorisation
et de recyclage des produits textiles à Fianarantsoa78. Le textile, importé de France, est
74https://www.ilo.org/sites/default/files/wcmsp5/groups/public/@ed_dialogue/@sector/documents/publication/wcms_860693.pdf
75 https://www.agenceecofin.com/agrobusiness/2112-114845-madagascar-est-devenu-le-second-exportateur-de-vetements-a-
destination-des-usa-en-2022
76 https://www.impots.mg/public/wysiwyg/upload/files/DGI%20SLIDE.pdf
77 https://newsmada.com/2024/09/10/recyclage-des-dechets-textiles-madagascar-pret-a-relever-le-defi/
78 Le centre de tri TARATRA | Le Relais Madagascar
Slovaquie 52 7 66 107 153
Union européenne
non définie ailleurs
689 192 262 261 137
Thaïlande 16 29 33 39 127
PUBLIÉ
https://www.ilo.org/sites/default/files/wcmsp5/groups/public/@ed_dialogue/@sector/documents/publication/wcms_860693.pdf
https://www.agenceecofin.com/agrobusiness/2112-114845-madagascar-est-devenu-le-second-exportateur-de-vetements-a-destination-des-usa-en-2022
https://www.agenceecofin.com/agrobusiness/2112-114845-madagascar-est-devenu-le-second-exportateur-de-vetements-a-destination-des-usa-en-2022
https://www.impots.mg/public/wysiwyg/upload/files/DGI%20SLIDE.pdf
https://newsmada.com/2024/09/10/recyclage-des-dechets-textiles-madagascar-pret-a-relever-le-defi/
https://www.lerelais.mg/rubriques/centre-de-tri
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contrôlé, classé et conditionné pour ensuite approvisionner le marché local. 450 tonnes de
vêtements seraient traitées chaque mois par le centre.
? Le groupe industriel Socota, basé à Antsirabe et employant près de 5 000 personnes dans
l?industrie textile, a signé une convention de partenariat avec le ministère du Tourisme et
de l?artisanat en septembre 2024, portant sur le recyclage de ses déchets textiles (chutes
de tissus) au profit des artisans de la région Vakinankaratra.
? Fin 2022, un jeune entrepreneur français, Sofiane Bouhali, a créé la marque de
vêtements pour enfants et bébé « Azala » à partir de chutes de tissus et déchets
textiles79
? Le projet « Promotion de l?économie circulaire dans le secteur du textile et de l?habillement
par la gestion durable des produits chimiques et des déchets », financé par le Fonds pour
l?environnement mondial et soutenu par le ministère de l?Environnement malgache et
l?Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI), a été lancé à
Madagascar le 9 septembre80. Ce projet de 5 ans vise à promouvoir la réutilisation et le
recyclage des déchets textiles, favorisant ainsi le développement de l?économie circulaire
dans ce secteur. Trois entreprises du secteur textile (Aquarelle, Epsilon et Tropic Knits)
participeront au projet et serviront de sites pilotes.
79 https://www.intracen.org/fr/nouvelles-et-evenements/nouvelles/upcycling-un-nouveau-talent-a-madagascar
80 Ministère de l'Environnement et du Développement Durable | République de Madagascar
PUBLIÉ
https://www.intracen.org/fr/nouvelles-et-evenements/nouvelles/upcycling-un-nouveau-talent-a-madagascar
https://www.environnement.mg/?p=9713
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Annexe 7.6. Fiche PAKISTAN
Le Pakistan est le premier destinataire des exportations françaises. Il s?agit essentiellement de
fripes de seconde qualité, dont la moitié terminera en Afrique et de matières à recycler (fil de coton
ou rembourrage de manteaux).
1- Un pays avec un marché de la seconde main limité
Le Pakistan n?est pas un pays de fripes de seconde main important. La vente de fripe internationale
est interdite de fait. Contrairement à l?Inde, il n?y a pas de pratique organisée de vente de fripes
locales.
2- Un pays à l?activité textile importante
Le Pakistan est un pays de 221 millions d?habitants avec industrie textile importante, huitième
exportateur de textile d?Asie, active depuis la production de coton, la filature jusqu?à la confection.
Elle emploie environ 8 millions de personnes soit 40% de la main d?oeuvre industrielle. Elle
représente 8.5% du PIB 2020 de 1 076 milliards de dollars. Cette industrie a été mise en place au
moment de l?indépendance avec des caractéristiques très spécifiques : investissements nationaux
ou proche du pouvoir, protection militaire des usines, lutte contre la syndicalisation? Le pays est
notamment très présent dans le linge de maison.
Parmi les acteurs de promotion de l?industrie textile au Pakistan, il convient de citer « All Pakistan
Textile Mills Association », dont les données ont été utilisées pour élaborer cette fiche. Une baisse
de l?activité de plus de 20% a été observée en 2023. Cette baisse aurait entraîné la fermeture de
25 à 30% des usines textiles.
Une industrie du tri et du recyclage textile importante
a) Activité de tri
Selon l?acteur du secteur implanté dans la zone spéciale de Karachi en 2004, Retex global, le
Pakistan dispose de 82 centres de tri licenciés qui emploient 10 000 personnes. Ils réalisent 200
millions de dollars de chiffre d?affaires principalement via des exportations vers les pays en
développement. L?activité se développe sur la base des faibles coûts salariaux avec un salaire
minimum mensuel officiel à 1,60 euros de l?heure et 125 ¤ par mois. Le salaire mensuel moyen
après impôts de 170¤.
Une recherche rapide a permis d?identifier les acteurs suivants :
Umba group,
Usman international ou
Usman Global trading
Pakistan Karachi export
processing Zone,
Sharjah, Turquie (Mersin)
https://umba-group.com/
https://www.usmaninternational.com/
Deuxième plus gros trieur mondial
3800 containers de 40 pieds par an
53% Afrique
Bushra international Karachi http://www.bushra-intl.com/
Trieur
Imperial rags Karachi https://imperialrags.biz/
Al Tawakkal Karachi https://altawakkal.com/
Interloop https://interloop-pk.com/
Retex Global Karachi https://retexglobal.com/
Zeal textile https://zealtextile.net/
PUBLIÉ
https://umba-group.com/
https://www.usmaninternational.com/
http://www.bushra-intl.com/
https://imperialrags.biz/
https://retexglobal.com/
https://zealtextile.net/
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J and k textile Karachi https://jandktextile.com/
Imperial rags Karachi https://imperialrags.biz/
Jamal textile https://jamaltextilerecycling.com/
Figure 30. Les principaux acteurs
50% des pièces reçues sont réexportées, avec une valeur ajoutée de 30 à 40%. C?est le coeur du
marketting des acteurs identifiés revendre des fripes de qualité dans les pays développés, de la
seconde qualité en Afrique, des chaussures et des jouets, des chiffons pour l?industrie. Le devenir
des 50 autres pour cent est moins claire entre recyclage (rembourrage des manteaux, fil de laine,
recyclage du PET) et élimination en décharge.
Usman International qui est aussi implanté à Sharjah et en Turquie est le plus gros acteur
Pakistanais.
b) Activité de recyclage
Depuis la France, le Pakistan est avec l?Inde un pays ou semblent envoyés de nombreux
produits/déchets pour recyclage. Il s?agit notamment de doudounes et manteaux qui seraient
démontés manuellement et dont les rembourrages seraient réutilisés notamment dans
l?ameublement. Des produits tricotés seraient aussi, triés par matière et couleur, détricotés sur
place pour produire de nouveaux fils notamment de laine. Enfin des fripes de très basse qualité,
jugées non vendables, seraient envoyé pour recyclage depuis la France.
c) Données statistiques
Selon la base BACI, de synthèse des échanges mondiaux le Pakistan importe 436 000 t
de fripes sous le code 6309 pour 305 millions de dollars, et il exporte 250 000t pour 259
millions de dollars.
Les pays destinataires sont avant tout les pays d?Afrique 162 500 t pour 156 millions de
dollars, puis les pays développés Amérique du Nord et Europe 66 000 t et 83 millions de
dollars et enfin les pays d?Asie du Sud-Est pour 59 000t et 504 millions d?euros.
Le solde donne à penser qu?il y a une activité de tri qui repart vers l?Afrique en particulier,
et une activité de recyclage (ou d?élimination), peut-être aussi de réutilisation
1) Echanges avec la France et l?Europe
Depuis la France, la situation est un peu différente, les trieurs déclarent envoyer deux types de
produits au Pakistan, de la fripe de seconde ou troisième qualité qui aurait vocation a être recyclée,
et des produits à recycler. Il s?agit notamment de doudounes dont le rembourrage a vocation à être
réutilisé, ou de vêtements bas de gamme jugés inaptes à la fripe d?exportation et qui est exportée
au Pakistan sans suivi.
2) Les évolutions envisagées
Sur la base de la stratégie européenne pour des textiles durables et circulaires81, APTMA a
clairement identifié un vecteur de changement. Il identifie les changements suivants :
? le changement de nomenclature de certains déchets faussement importé sous le vocable
fripes,
? la traçabilité des installations de recyclage,
? le développement de systèmes de traitements des déchets, avec l?arrivée des premiers
incinérateurs,
81 https://environment.ec.europa.eu/strategy/textiles-strategy_en
PUBLIÉ
https://jandktextile.com/
https://imperialrags.biz/
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? l?installation d?usines de recyclage de fibre Polyester (recycled Polyester Staple Fiber
rPSF)
? et développer un système de traçabilité.
Sources :
? https://aptma.org.pk/eus-textile-waste-and-used-clothing-in-pakistan/
? https://www.bing.com/videos/search?q=textile%20au%20pakistan&view=detail&mid=62E
E0AD711C5D0DFAD0062EE0AD711C5D0DFAD00&ajaxhist=0
? "Le capitalisme à main armé" Laurent Gayer Chercheur au Centre d'études et de
recherches internationales (CERI/Sciences Po, Paris)
o https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-enjeux-internationaux/a-
karachi-l-industrie-du-textile-la-fast-fashion-et-la-pegre-6365324
? Noreen Akhtar : Eu green deal : implication for Pakistan?s textile sector
https://aptma.org.pk/wp-content/uploads/2023/11/EU-GREEN-DEAL-IMPLICATIONS-
FOR-PAKISTANI-TEXTILE-EXPORTERS.pdf
? Sustainable Consumption and Production Trends of Textiles and Apparel Industry in
Pakistan, Jawad Naeem & Amna Siddique
? Entretien avec la thésarde de Science po Eva Bossuyt.
PUBLIÉ
https://aptma.org.pk/eus-textile-waste-and-used-clothing-in-pakistan/
https://www.bing.com/videos/search?q=textile%20au%20pakistan&view=detail&mid=62EE0AD711C5D0DFAD0062EE0AD711C5D0DFAD00&ajaxhist=0
https://www.bing.com/videos/search?q=textile%20au%20pakistan&view=detail&mid=62EE0AD711C5D0DFAD0062EE0AD711C5D0DFAD00&ajaxhist=0
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-enjeux-internationaux/a-karachi-l-industrie-du-textile-la-fast-fashion-et-la-pegre-6365324
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-enjeux-internationaux/a-karachi-l-industrie-du-textile-la-fast-fashion-et-la-pegre-6365324
https://aptma.org.pk/wp-content/uploads/2023/11/EU-GREEN-DEAL-IMPLICATIONS-FOR-PAKISTANI-TEXTILE-EXPORTERS.pdf
https://aptma.org.pk/wp-content/uploads/2023/11/EU-GREEN-DEAL-IMPLICATIONS-FOR-PAKISTANI-TEXTILE-EXPORTERS.pdf
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Annexe 7.7. Fiche TUNISIE
Cette fiche a été établie sur la base d?une note du SER
1. Qui sont les acteurs ?
1.1. En France
En France, les acteurs de la fripe destinée à l?export sont principalement les associations caritatives.
Le Relais d?Emmaüs est l?acteur majeur de la collecte des textiles usagés. Les associations
envoient ensuite ces textiles usagés dans des pays tiers, notamment en Tunisie, afin qu?ils y soient
triés à un coût moindre qu?en Europe.
1.2 En Tunisie
En Tunisie se trouvent 47 entrepôts industriels et 3 entrepôts francs82. Le tri est une activité
industrielle, cependant de nombreuses entreprises ne sont pas déclarées à l?Agence de Promotion
de l'Industrie et de l'Innovation APII. L?ANGED (Agence Nationale de Gestion des Déchets) a une
liste officielle des collecteurs/recycleurs agréés de déchets textiles, mais les capacités de recyclage
sont difficiles à évaluer, notamment parce que le secteur de la fripe a ses propres capacités qui ne
sont pas évaluées. Parmi les entreprises de recyclage recensées, 6 ont des filatures avec capacité
d?effilochage : une seule pour le recyclage textile-textile, 4-5 pour le recyclage textile en non-tissé
et quelques autres pour le recyclage textile en chiffons, serpillères, lingettes.
Le nombre d?entrepôts est limité. Lors d?un conseil ministériel, en date du 30 octobre 2003, il a été
décidé de ne plus autoriser l?ouverture de nouvelles unités. Ces entrepôts sont principalement
situés dans le Grand Tunis et les gouvernorats de Kairouan, Manouba et Sousse. Tunis.
1.3 Transport
Le transport entre la France et la Tunisie s?effectue par des transporteurs tunisiens ou français, tel
que Bolloré Logistics, qui effectuent des aller-retours. Le transport se fait principalement par
remorques qui transitent sur des navires rouliers et arrivent au port de Tunis-Radès. Le transport
se fait aussi par conteneurs mais la France l?utilise peu. Il concerne surtout les textiles en
provenance des Etats-Unis, du Canada et des pays nordiques, mais en proportion moindre.
2. Quels sont les principes du traitement des textiles usagés et textiles ?
2.1. Les principes
L?importation d?articles de fripes est très encadrée en Tunisie. La loi n?autorise l?importation de
fripes qu?en cas de délivrance d?une autorisation annuelle d?importation par le ministère du
Commerce après avis du ministère de l?Industrie83. Ces autorisations ne sont délivrées qu?aux
entreprises respectant cumulativement les cinq conditions suivantes84 :
? délivrance du régime de l?entrepôt industriel par le Ministère des Finances après avis du
Ministère chargé de l?Industrie (nouvel article 3 du décret de 2005) ;
? apurement d?au moins 50% des anciennes importations de fripes, permettant un
agrément du Ministère du Commerce et de l?Artisanat (article 6 du décret de 1995) ;
82 Liste p.8-9 rapport CONECT
83 Etude économique du secteur de la friperie en Tunisie (conect.org.tn), page 10-11
84 Décret n° 2005-2038 du 18 Juillet 2005, modifiant et complétant le décret n°95-2396 du 2 décembre 1995 relatif aux
modalités d'importation, de transformation et de distribution de la friperie
PUBLIÉ
https://www.conect.org.tn/wp-content/uploads/2022/07/Etude-eiconomique-du-secteur-de-la-friperie-en-Tunisie.pdf
https://www.pist.tn/jort/2005/2005F/Jo0592005.pdf
https://www.pist.tn/jort/1995/1995F/Jo09895.pdf
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? réexportation dans les 6 mois suivant leur réception d?au moins 30% des fripes
importées ;
? transformation dans les 6 mois suivant leur réception d?au moins 20% des fripes
importées ;
? si mise sur le marché locale, respect des contingents annuels attribués par gouvernorat.
Les douanes tunisiennes ont fixé les modalités d?importation, de transformation et de distribution
de la friperie dans le décret 2005- 2038 du 18 juillet 2005 : « la friperie doit être importée en l?état
d?origine, non triée dans des sachets de collecte présentés en vrac, en balles, sacs ou
conditionnement similaires à l?exception des balles de tricots ou pulls en acrylique, en polyester ou
en coton importées obligatoirement pour l?effilochage ».85
Le décret 2005-2038 du 18 juillet 2005 définit les articles de friperie comme « les articles usagés
en matière de textile consistant en des vêtements et des accessoires de vêtements, couvertures,
linges de maison, et articles d?ameublement et autres articles usagés relevant de la position n°
63090000023 du tarif douanier » dans son article premier (nouveau). Ces articles doivent être
réexportés ou détruits et ne peuvent pas être mis à la consommation selon la loi tunisienne.
Les codes douaniers sont normalement fixés par le pays exportateur, et chaque pays a sa propre
interprétation de ce qu?elle considère comme déchet. Ainsi, la différence entre le code 6309 et le
code 6310 est ténue. Des déchets déclarés exportés en 6310 (de « vrais » déchets) sont reclassés
en 6309 (fripes) à l?arrivée.
Cette interprétation nationale des définitions douanières peut aussi évoluer dans le temps : la
Tunisie considérait les chaussures et les couvre-chefs importés comme des déchets en 1995, mais
plus en 2005.
L?existence du code du catalogue européen des déchets CED 200111 relatif aux déchets textiles
met en lumière la porosité et la complexité du classement des textiles usagés entre fripes et
déchets : toute la fripe tunisienne importée depuis l?UE a été exportée en tant que déchet sous ce
code alors même qu?une grande partie est importée en Tunisie en tant que fripe sous le code SH
6309. Malgré une uniformité des définitions au niveau national, la classification douanière est
difficile : les produits ne sont ni homogènes ni uniformes ce qui rend les contrôles, plutôt rares,
subjectifs.
Le régime de l?entrepôt industriel s?applique à l?importation de produits devant être utilisés pour la
fabrication destinée simultanément au marché intérieur et à la réexportation sans que l?industriel
soit en mesure de déterminer lors de la mise en oeuvre la partie qui sera finalement réexportée.
L'importation de la friperie est réalisée sous le régime de l'entrepôt industriel aux fins de son triage
et de sa transformation en chiffons d'essuyage et en effilochés. Le régime de l'entrepôt industriel
est accordé par décision du ministre des finances après avis du ministre de l'industrie.
Ces entrepôts bénéficient d?un régime de suspension qui leur permet d?importer la marchandise et
ne payer les droits que sur la proportion mise à la consommation sur le marché local. Mais la
catégorisation n?est pas claire puisque le rapport de la CONECT indique qu?actuellement on ne
parle plus du régime de l?entrepôt industriel mais du régime de transformation sous douane pour
l?exportation partielle puisque désormais l?entrepôt industriel doit être réservé à l?usage exclusif du
triage et de la transformation de la friperie (l?article 150 bis du Code des douanes promulgué par
le décret beylical du 29 décembre 1955 est remplacé par les dispositions du nouveau Code des
85 Ministère des Finances-Registre électronique des formalités fiscales et douanières condition n°10
PUBLIÉ
http://www.registre.finances.gov.tn/detail.php?code=56#:~:text=D%C3%A9cret%20%3A%20N%C2%B095%2D2396,annuel%20de%20la%20friperie%20import%C3%A9e.
Juin 2025 Les exportations des déchets textiles et des textiles
usagés
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douanes promulgué par la loi 2008-34 du 2 juin 2008 et plus particulièrement par les articles 201
à 205 de ce dernier code).
Le volume du marché de seconde main
Volume des importations tunisiennes de textiles usagés (code SH
6309), en tonnes
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023
Total
136 787 155 285
147
819
138
674
139
187
140
449
141
309
140
772
140
495
Dont UE
102 138 112 095
116
292
105
812
108
145
108
265
108
548
106
497
97
672
FRANCE
23 170 23 665 23 791 22 340 20 078
18 582 22 978 20 225 18
733
Volume des importations tunisiennes de déchets textiles (code SH 6310), en
tonnes
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023
Total 4 000 4 777 4 119 4 482 4 812 6 021 1 198 1 231 736
Dont UE 2 897 3 732 3 064 3 244 3 503 166 155 30 21
Dont France 21 34 22 15 17 4 6 6 2
Dont
avitaillement
48 72 20 360 518 703 1 021 1 201 716
Figure 31. Evolution des volumes d?importation pour le code HS 6309 et 10 en Tunisie
Mise sur le marché local :
La mise sur le marché local, aussi appelée mise à la consommation, est définie par des quotas
accordés aux industriels semestriellement. Les quotes-parts sont attribuées aux grossistes pour
une zone d?activité correspondant au gouvernorat de délivrance. Les grossistes doivent donc
fournir la fripe aux fripiers de leur gouvernorat possédant une carte de bénéficiaire. L?objectif est,
couplé à l?interdiction d?importation de fripes déjà triées, de créer de l?emploi et de couvrir
l?ensemble du territoire par une répartition uniforme des agréments. Mais dans les faits, les
grossistes inondent le marché au-delà de leurs zones légales, en recourant parfois à la corruption.
Les acteurs de la fripe ont aussi trouvé un moyen de contourner la loi en créant des entités
intermédiaire disposant de « patente » pour faire l?intermédiaire entre les gouvernorats. 80% des
autorisations octroyées le sont pour des personnes qui ne font pas partie du secteur, et
-
200
400
600
800
1 000
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023
Principaux pays exportateurs d'articles de fripes (6309) vers la
Tunisie depuis 2015, données INS
Bélgique France Allemagne Italie Pays bas Slovénie Royaume uni Suisse Canada Etats-unis
PUBLIÉ
Juin 2025 Les exportations des déchets textiles et des textiles
usagés
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l?importation est limitée à 10 tonnes chaque semestre par professionnel. Cette quantité n?est pas
suffisante pour un professionnel du secteur puisque 10 tonnes est le volume nécessaire pour un
seul mois d'exercice.86 Le contingent annuel, qui n?a pas été actualisé depuis 1995, est de l?ordre
de 10 500 tonnes par an. En 2024 ce quota n?est pas suffisant pour répondre aux besoins du
marché local. Selon les analyses de la CONECT, sur la base du quota accordé à la mise à la
consommation de la friperie (qui se situe à 12% du volume du textile neuf consommés sur le
marché local) et sur la base des 10 500 tonnes imposées en 1995, le quota destiné à la friperie
devrait se situer à environ 19 262 tonnes pour l?année 2015 et évoluerait à presque 21 200 tonnes
en 2020.
D?après les discussions du SER avec des acteurs du milieu, une licence d?importation de fripes
peut aisément s?acheter pour 4-5 M TND (un peu plus d?un million d?euros) avec un retour sur
investissement de l?ordre de 2 ans. Les quotas ne sont d?ailleurs que peu respectés : un trieur
tunisien vend pratiquement toute sa fripe sur le marché local, sans respecter la règle de 30% de
réexportation. Même si les fluctuations du marché à l?achat de la licence peuvent être assez
importantes, le marché local absorbe systématiquement les variations. Le risque pour les trieurs
est d?avoir des impayés, généralement de l?ordre de 10 à 15%, mais cette activité reste largement
rentable. D?autant plus que toute la chaîne de vente se fait en cash, de l?acheteur jusqu?au trieur
en passant par tous les intermédiaires. Le trieur doit simplement déposer l?argent à la banque pour
obtenir des devises et acheter ses fripes à l?étranger.
Les fripes mises sur le marché local sont l?« extra-crème », la « crème » et le « deuxième choix ».
Ces dénominations dépendent de la typologie du textile, de son âge, de son aspect, de ses défauts
et de sa marque. L?extra-crème correspond au haut du panier, avec des produits de grandes
marques, la « crème » a des produits récents, d?aspect neuf et sans défauts. Ces deux catégories
représenteraient seulement 2% des importations87. Le deuxième choix correspond à des textiles
pouvant présenter des défauts minimes ? un bouton en moins par exemple ? et de marques bas
de gamme ou moyenne gamme. Il est à noter que, d?après le rapport de la CONECT, les articles
définis comme déchets dans la loi - et énumérés dans la partie I sur les conditions d?importation -
inondent le marché tunisien, en particulier les articles en cuir et les chaussures, malgré l?obligation
de les détruire ou de les réexporter.
Le marché de la fripe est conséquent en Tunisie : plus de 80% des Tunisiens vont « à la fripe » et
achètent au moins une pièce par an soit un minimum de 10 M de pièces achetées, et les acteurs
tunisiens du textile indiquent que 70 000 tonnes de fripes vont sur le marché local chaque année,
soit à raison de 4 000 pièces par tonne, 280 M de pièces par an.
Il emploierait aussi indirectement 220 000 personnes, en majorité des femmes, notamment dans
les usines qui ont entre 150 et 200 employés pour les usines de taille moyenne et 1500 à 2000
employés pour les plus grosses. Les emplois sont générés par les usines mais aussi par la collecte,
les douanes, les transporteurs et tous les intermédiaires.
3. Réexport
Depuis l?entrée en vigueur du décret relatif aux modalités d'importation, de transformation et de
distribution de la friperie de 2005, les exportations n?auraient en moyenne pas atteint les
pourcentages fixés par la législation : 17 % en volume et 23 % en valeur selon la CONECT alors
que la loi impose un minimum de 30%
3.1 Réexport vers l?Algérie
En Algérie, la friperie est interdite d?importation depuis 2009, alors que le pays était historiquement
86 Passage de M Hamdi kannou Président Du Groupement Professionnel de la friperie | Facebook
87 Vidéo | Facebook Enquête sur la fripe tunisienne de TF1, à 3:53
PUBLIÉ
https://www.facebook.com/conect.tunisie/videos/passage-de-m-hamdi-kannou-pr%C3%A9sident-du-groupement-professionnel-de-la-friperie-r/2727057690648380/
https://www.facebook.com/watch/?v=520267568569558
Juin 2025 Les exportations des déchets textiles et des textiles
usagés
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largement approvisionné par le marché tunisien. La Tunisie servait alors principalement de marché
de transit avant d?atteindre les marchés algériens et libyens. Depuis l?interdiction, les fripes se sont
beaucoup plus développées sur le marché local. Cependant l?activité en Algérie n?a jamais
réellement cessé, un grand réseau de contrebande s?étant mis en place. On estime que 90% de la
friperie exposée aux clients en Algérie provient de la Tunisie via la région de Bir El-Ater, à 90
kilomètres au sud du chef-lieu de la wilaya de Tébessa. Le marché algérien est intéressant pour
les fripiers tunisiens puisqu?ils se font payer en euros. L?ordre de grandeur des flux de fripes vers
l?Algérie ne doit toutefois pas être surévalué, la plupart des fripes étant importées par des porteuses
de balles de textiles à travers les champs qui longent la frontière tuniso-algérienne et qui se
trouvent sur les deux territoires nationaux. D?après l?Institut national de la statistique (INS), la
Tunisie aurait officiellement exporté 49 tonnes de fripes à l?Algérie en 2023, soit moins de 0,17%
des exportations de fripes du pays.
3.2 Libye et Afrique subsaharienne
La Libye n?interdit pas l?importation de fripes. Par conséquent la Tunisie approvisionne beaucoup
le pays, qui sert aussi de relais pour l?Afrique subsaharienne. Les importations de fripes tunisiennes
ont fortement diminué ces derniers temps en raison du contexte sécuritaire de la Libye qui implique
des difficultés aux frontières, illustrées par la fermeture du poste frontière de Ras Jedir entre mars
et juillet 2024.
Les fripes destinées à la Libye et à l?Afrique subsaharienne sont surtout du troisième choix : les
acheteurs ne sont pas les ménages moyens libyens mais les migrants transitant par le pays ou les
personnes très pauvres. Les fripes destinées à l?Afrique subsaharienne sont aussi du troisième
choix ou des vêtements d?été. D?après l?INS, la Tunisie n?aurait exporté aucune fripe à la Libye
mais aurait exporté 4,58k tonnes de fripes à l?Afrique subsaharienne, soit 15,6% de ses
exportations.
Exportation par Produits en quantités (en tonnes)
6309 - Articles de friperie :
Série d'années
Pays 2023 2024
Benin 835 378
Guinée équatoriale 93 125
Gabon - 23
Ghana 177 150
Guinée 1 271 783
Côte d'ivoire 887 838
Mali 141 57
Niger 550 -
Guinée Bissau - 25
Sénégal 292 96
Togo 332 245
Burkina Faso - 30
Total 4 576 2 751
Figure 32. Données 2024 provisoires Source : Institut National de la Statistique INS
3.3 Quelle est l?industrie textile en Tunisie ?
D?après le rapport de la CONECT, 70% des entreprises du secteur sont des sous-traitants
confectionneurs de chaîne et trame et bonneterie, soit des activités à faible valeur ajoutée. Les
capacités de recyclage et de valorisation des textiles sont insuffisantes, ce qui montre qu?il n?y a
PUBLIÉ
http://apps.ins.tn/comex/fr/comex_nsh4_serie.php?chaptr=6309&b=q&b1=e&c=d
Juin 2025 Les exportations des déchets textiles et des textiles
usagés
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pas de réelle valorisation de la friperie : dans le meilleur des cas les fripes sont réexportées triées
(rapport CONECT p.15).
Le constat peut sembler contre-intuitif mais le marché européen importe principalement du déchet
textile de Tunisie (10 605 tonnes en 2023, dont 3 740 tonnes en France) et très peu de fripes (795
tonnes en 2023 dont 547 tonnes en France) d?après les chiffres UE, alors même qu?il exporte de
grandes quantités de ce qui est considéré comme du déchet en Europe mais comme des fripes en
Tunisie. Par déchet, il faut comprendre des chiffons d?essuyage, des draps blancs, des effilochés
pour des opérations de nettoyage ou de lavage en application industrielle. Ce sont des produits
très absorbants et techniquement intéressants. Ils proviennent soit des chutes des entreprises
textiles tunisiennes, qui sont moins performantes que les usines françaises et produisent donc plus
de chutes que ces dernières, soit de l?effiloché produit à partir de fripes ou autres matières textiles
de mauvaise qualité et pouvant répondre aux 20% de transformation et 30% d?export nécessaires
à une licence d?importation de fripes. Le recyclage des textiles est d?ailleurs toujours mécanique et
jamais chimique.
Les chiffres déclarés concernant les déchets textiles exportés sous le code SH 6310 vers la France
diffèrent également selon la source, mais relativement moins que les fripes : 3 740 tonnes (UE)
contre 5 492 tonnes (INS) de déchets en 2023.
Production tunisienne de déchets par les entreprises du secteur textile
D?après un rapport de Switchmed sur les déchets textiles en Tunisie et au Maroc, les déchets
textiles tunisiens générés par l?industrie sont de 31 k tonnes par an dont 25% fibres pures (coton
pur, synthétique pur?), 38% de mélanges de coton, plus difficiles à valoriser et sont à 55% issus
de coupe. 70% des déchets sont concentrés dans 5 régions voisines, avec 27% pour Monastir.
Les déchets réutilisables, représentant 6,3k tonnes, sont classés en deux catégories : le stock mort
(1,8 k tonne), qui correspond à l?ensemble des stocks entreposés depuis longtemps, invendus et
qui, s?ils ne sont pas réutilisés, peuvent être coupés en morceaux et gérés comme des déchets de
coupe, ainsi que la surproduction (4,5 k tonnes) qui, s?ils ne sont pas réutilisés, peuvent être
effilochés et gérés comme des déchets textiles.
A ces déchets textiles industriels s?ajoutent les déchets issus de la fripe : 24 % des fripes importées
ont été détruites sur la période 2007-2017 (rapport CONECT p.29). De plus, la loi exige que 20 %
des fripes importées soit transformées, le plus souvent en chiffons ou autres articles textiles
considérés comme des déchets, mais elle n?est que rarement respectée puisque la plupart des
entreprises de fripes industrielles tunisiennes ne font qu?une simple activité de tri et n?ont donc pas
la capacité de recyclage nécessaire. Ce problème représente une perte de valeur ajoutée pour la
filière qui pourrait développer ses activités de recyclage.
Et enfin il existe des déchets industriels générés par la destruction des prototypes et des non-
conformités qui, bien qu?illégale, est réalisée en Tunisie.
PUBLIÉ
https://switchmed.eu/wp-content/uploads/2021/07/MAROC_TUNISIE_DA_9_Cartographie_D%C3%A9chetsTextiles.pdf
Sommaire
Résumé
Liste des recommandations
Liste des propositions opérationnelles attachées aux recommandations
Introduction
1. La production de textiles neufs et la gestion de leurs déchets ont de forts impacts environnementaux
1.1 Les données globales du marché des TLC
1.1.1. Une forte croissance de la production mondiale de textiles et de leur mise sur le marché
1.1.2. La consommation européenne augmente et les prix baissent
1.1.3. La consommation française présente les mêmes tendances
1.2 Les données économiques et l?organisation du marché des TLC usagés
1.2.1 L?Europe est le 1er exportateur mondial de fripes
1.2.2 L?Europe exporte ses fripes majoritairement en Afrique et en Asie
1.2.3 En France, la gestion des déchets TLC, soumise à la responsabilité élargie des producteurs (REP), échappe en grande partie à l?éco-organisme agréé
1.2.3.1 La collecte des déchets textiles en France : sa structuration et ses insuffisances
1.2.3.2 Le tri est soutenu mais reste insuffisant
1.2.3.3 Le marché des vêtements de seconde main en Europe et en France
1.2.3.4 L?équilibre de la filière des déchets TLC collectés en France repose sur l?export
1.2.3.5 Les capacités de recyclage des textiles français sont insuffisantes et ne seront pas disponibles à court terme
1.2.3.6 L?utilisation des combustibles solides de récupération (CSR) reste marginale
1.3 Les conséquences sanitaires et environnementales des textiles et de leurs déchets
1.3.1 En amont, les pollutions générées par l?industrie textile
1.3.2 En aval, les impacts des déchets textiles sur l?environnement et la santé humaine
1.3.3 L?accélération des impacts environnementaux et sanitaires liée à la Fast-fashion
1.4 Le cadre juridique ne permet pas de juguler le volume des exportations de déchets textiles
1.4.1 Un encadrement juridique des déchets textiles à plusieurs niveaux
1.4.2 Des notions qui prêtent à de multiples interprétations (déchet, fripe, réemploi, réutilisation, don)
1.4.2.1 La révision de la directive cadre déchet clarifie la notion de déchet textile
1.4.2.2 Au regard du droit des douanes, les fripes ne sont pas des déchets mais le sont au regard de la convention de Bâle
1.4.2.3 Une notion de sortie de statut de déchets (SSD) actuellement bien trop laxiste
1.4.3 Une réglementation de l?exportation variable selon les pays de destination qui n?est pas toujours respectée
1.4.4 Très peu de contrôles aux frontières et même en France
1.4.5 Les obligations au titre des installations classées et la connaissance des flux
1.4.6 Les obligations de traçabilité des déchets TLC, qu?ils restent en France ou partent à l?exportation, ne paraissent ni respectées ni contrôlées
1.4.6.1 Les obligations de traçabilité qui pèsent sur les acteurs de la filière des déchets TLC
1.4.6.2 Les obligations de traçabilité qui pèsent sur Refashion
2 Mieux et plus traiter les déchets textiles en France
2.1 Limiter et encadrer les exportations de déchets textiles et de textiles usagés
2.1.1 Le règlement de 2024 devrait ralentir les exportations si les fripes sont considérées comme des déchets
2.1.2 La France porte une proposition de modification de la convention de Bâle très radicale
2.2 La nécessaire augmentation des capacités de traitement des textiles en fin de vie en France et en Europe
2.2.1 Augmenter les capacités de recyclage et l?utilisation de la fibre recyclée
2.2.2 Développer l?éco-conception pour augmenter la durabilité, la recyclabilité, l?incorporation de TLC recyclé et la réparabilité
2.2.2.1 Les obligations de Refashion en matière d?éco-conception
2.2.2.2 D?importants changements vont intervenir avec le nouveau règlement 2024/1781 sur l?éco-conception
2.2.3 La proposition de loi sur la mode éphémère, une initiative intéressante
2.3 Aller plus loin avec des actions de sensibilisation sur les impacts environnementaux et sanitaires des textiles et de leurs déchets
2.3.1 L?affichage environnemental doit faire ses preuves
2.3.2 Dresser un bilan de l?étiquetage environnemental pour les TLC
2.4 Développer la réparation et la seconde main pour retarder la fin de vie des produits
2.5 Augmenter les éco-contributions pour financer les mesures nouvelles
Conclusion
Annexes
Annexe 1. Lettre de mission
Annexe 2. Liste des personnes rencontrées
Annexe 3. Glossaire des sigles et acronymes
Annexe 4. Exemples de messages sur la collecte évoquant des dons et semblant exclure les TLC seulement abimés ou troués
Annexe 5. Les acteurs du marché de seconde main des textiles en France et en Europe
Annexe 6. Présentation des solutions de recyclage en France
Annexe 7. Fiches pour quelques pays importateurs de déchets textiles
Annexe 7.1. Fiche CHILI
Annexe 7.2. Fiche COTE d?IVOIRE
Annexe 7.3. Fiche ÉMIRATS ARABES UNIS (EAU)
Annexe 7.4. Fiche GHANA
Annexe 7.5. Fiche MADAGASCAR
Annexe 7.6. Fiche PAKISTAN
Annexe 7.7. Fiche TUNISIE
INVALIDE) (ATTENTION: OPTION tinataire ; sur le principe,
cette disposition constitue une clarification positive ; en outre, comme la mission le propose,
elle cherche à faire coïncider les TLC triés et exportés avec la demande locale ; elle soulève
néanmoins la question de sa mise en oeuvre concrète et de son contrôle ; la
recommandation 3 pourrait être mise en oeuvre pour la transposition de cette obligation ;
? l?harmonisation des critères de modulation des contributions financières en fonction de
l?éco-conception au sens du règlement éco-conception (voir une présentation de ce
règlement au 2.2.2.2) pour favoriser l?éco-conception et décourager les dérives de la fast
fashion ; l?idée ne peut qu?être saluée et éviterait que la France ne fasse cavalier seule
contre la fast fashion ;
? la possibilité pour les Etats-membres de moduler les contributions financières sur la base
des pratiques ayant une incidence sur la durée de vie des produits ; l?article 22 c) 3 a) vise
ici la mode dite éphémère ;
? la publication par les organismes de l?ESS comme par l?éco organisme du taux
d?exportation des textiles jugés aptes au réemploi et des déchets textiles ; même s?il aurait
été préférable de disposer des volumes et pas seulement du taux d?exportation, ces
informations permettront une meilleure surveillance des volumes et de la nature des
exportations des textiles usagés.
1.4.2.2 Au regard du droit des douanes, les fripes ne sont pas des
déchets mais le sont au regard de la convention de Bâle
La réglementation sur les transferts transfrontaliers de déchets vise à encadrer ces transferts très
rigoureusement lorsqu?ils portent sur des déchets dangereux (notifications qui sont en réalité des
autorisations) et de manière beaucoup plus légère (simple information) pour les déchets non
dangereux.
La convention de Bâle comme le règlement européen procède par croisement de listes de produits
et de critères de dangerosité. Les listes ont des noms différents mais sont identiques :
? Déchets dangereux : liste A (annexe VIII) de la convention de Bâle et liste orange (annexe
IV) des règlements de 2006 comme de 2024.
? Déchets non dangereux : liste B (annexe IX) de la convention de Bâle et liste verte (annexe
III) des règlements de 2006 comme de 2024.
Les déchets textiles sont considérés comme des déchets non dangereux et sont classés dans la
catégorie B 3030 dans le cadre de la convention de Bâle.
La réglementation douanière, quant à elle, comporte une nomenclature très fine et très précise
s?agissant des textiles. Les fripes sont classées au chapitre 63 du code des douanes et portent le
PUBLIÉ
Juin 2025 Les exportations des déchets textiles et des textiles
usagés
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code HS à 13 chiffres commençant par 6309. La liste des produits37 ainsi couverts n?évoque jamais
la notion de déchet même si elle souligne qu?ils sont « manifestement usagés ».
Le code HS commençant par 6310 regroupe pour sa part les « chiffons, ficelles, cordes et cordages,
en matières textiles, sous forme de déchets ou d?articles hors d?usage ».
En pratique, le présent rapport se centre sur le code HS 6309 qui semble le plus proche des TLC,
objets de la mission.
Ce sont les exportateurs qui attribuent des codes aux produits qu?ils exportent. Le service des
douanes vérifie à l?appui de documentations fournies par l?exportateur, la concordance des
nomenclatures douanières avec les désignations des articles et effectue parfois des contrôles
physiques, pour s?assurer de la véracité des informations et des codes HS mentionnés. Il a
d?ailleurs été indiqué à la mission que le service des douanes demandait aux exportateurs si leurs
fripes constituaient en tout ou partie des déchets. Il reconnait qu?il est incapable de savoir si le
produit exporté est un ou non un déchet et qu?en tout état de cause, les enjeux étant à ses yeux
faibles, il investigue peu cette question.
Il faut garder à l?esprit que si les articles exportés sont des produits sortis du statut de déchet et
non plus des déchets, ils ne seront pas soumis à la convention de Bale et au règlement
communautaire sur les transferts transfrontaliers, certains pays d?importation les accepteront ou
non, et les droits de douanes ne seront pas identiques.
Il apparait ainsi à ce stade une contradiction entre la nomenclature de la convention de Bâle
et celle du code des douanes, les articles de friperie constituant pour la première des déchets et
pour la seconde des produits.
La pratique des douanes ne parait pas conforme au règlement 2016/1245 du 28 juillet 2016
établissant un tableau de correspondance entre les codes de la nomenclature douanière et
les rubriques des déchets énumérées aux annexes III, IV et V du règlement n° 2013/200638.
En application de celui-ci, au code B 3030 correspondent 21 codes douaniers, dont le code HS
6309. Ce qui implique que les articles de friperie codifiés en 6309 doivent systématiquement être
considérées par le service des douanes comme des déchets, sauf si l?exportateur sont en mesure
de prouver qu?elles sont sorties du statut de déchet.
Recommandation 5. [DGDDI] : Adopter une instruction aux services des douanes leur
demandant de considérer systématiquement les produits classés en tant que fripes
comme des déchets sauf preuve formelle qu?ils sont sortis du statut de déchet.
1.4.2.3 Une notion de sortie de statut de déchets (SSD)
actuellement bien trop laxiste
L?article 6 de la directive cadre sur les déchets, qui n?est pas remis en cause par sa révision en
cours de publication, fixe les conditions générales dans lesquelles un déchet qui a subi une
opération de recyclage ou une autre opération de valorisation n?est plus considéré comme un
déchet. Cet article prévoit que la Commission prenne des actes d?exécution pour harmoniser au
sein de l?UE les critères de la SSD. Mais aucun acte d?exécution n?a été pris pour les textiles.
37 Code HS 6309 : Articles de friperie composés de vêtements, accessoires du vêtement, couvertures, linge de maison et articles d'aménagement
intérieur, en tous types de matières textiles, y.c. les chaussures et coiffures de tous genres, manifestement usagés et présentés en vrac ou en
paquets simples ficelés ou en balles, sacs ou conditionnements simil. (sauf tapis et autres revêtements de sol et sauf tapisseries) (source : Portail
européen des douanes, https://www.tarifdouanier.eu/2022/6309)
38 Ce règlement de 2016 a été adopté parce qu?il n?était « pas toujours possible d?établir une correspondance claire et complète entre les deux »
nomenclatures (Source : Considérants du règlement 2016/1245) https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:32016R1245
PUBLIÉ
Juin 2025 Les exportations des déchets textiles et des textiles
usagés
Page 45/110
Comme indiqué au 1.4.2.1, au considérant 42 de la révision de la directive cadre déchet, il est
demandé à la Commission d?adopter des critères spécifiques de SSD pour les déchets textiles.
L?article L. 541-4-3 du code de l?environnement, qui transpose l?article 6 de la directive cadre sur
les déchets, définit, pour l?ensemble des déchets, à quelles conditions cumulatives ils peuvent être
considérés comme n?étant plus des déchets :
? avoir subi un traitement ou une opération de valorisation, notamment de recyclage ou de
préparation en vue de la réutilisation,
? l?objet est utilisé à des fins spécifiques,
? il existe une demande ou un marché pour cet objet,
? il répond à des exigences techniques et aux normes en vigueur,
? et son utilisation n?a pas d?effets globaux nocifs pour l?environnement ou la santé humaine.
En application de cet article législatif et des articles D. 541-12-4 à D. 541-12-14 du code de
l?environnement, le ministre chargé de l?environnement fixe des critères plus précis de la sortie du
statut de déchet. S?agissant des déchets textiles, il faut se référer à l?arrêté du 11 décembre 2018
fixant les critères de sortie du statut de déchet pour les objets et produits chimiques ayant fait l'objet
d'une préparation en vue de la réutilisation ainsi qu?à l?arrêté du 25 février 2019 fixant les critères
de sortie du statut de déchet pour les chiffons d'essuyage coupés élaborés à partir de textiles
usagés pour un usage comme chiffons.
Sauf dans le cas de demande nouvelle pour une nouvelle catégorie de déchets, le producteur ou
le détenteur de déchets qui souhaite faire sortir du statut de déchet ces objets doit seulement
mettre en oeuvre les critères de l?arrêté de 2019 et en assurer la traçabilité en tenant un registre
(cf. article 4 de l?arrêté du 11 décembre 2018).
Ce dispositif, déjà peu contraignant, semble remis en cause par l?intervention de l?article 6 de
l?ordonnance n° 2020-920 du 29 juillet 2020 qui, en application de l?article 6 de la directive cadre
sur les déchets modifiée, a introduit un II à l?article L. 541-4-3. Cette disposition instaure une
présomption de compatibilité avec les critères de la sortie de statut de déchet si le déchet subit une
« opération de préparation en vue de sa réutilisation pour un usage identique » dès lors qu?il
respecte la législation et les normes en vigueur pour les TLC neufs. La préparation en vue de la
réutilisation consiste à contrôler, nettoyer ou réparer l?objet ou la substance (L. 541-1-1). Il suffirait
donc dans le droit actuel qu?un textile déposé dans un collecteur fasse l?objet d?un tri en vue d?un
usage identique et d?un contrôle (on peut se demander si le tri n?est d?ailleurs pas déjà une
opération de contrôle au sens de l?article L. 541-1-1) pour qu?il puisse sortir du statut de déchet.
Ces procédures de SSD, très légères, paraissent problématiques pour le bon suivi des textiles
usagés. La mission estime qu?il conviendrait de les renforcer afin de garantir la traçabilité de la
SSD et d?en permettre le contrôle La transposition de la révision de la directive cadre déchets et la
mise en oeuvre de son règlement d?application sur la SSD, théoriquement en 2026, devraient être
l?occasion d?un meilleur encadrement de la SSD (cf recommandation 4 sur l?établissement d?un
cahier des charges à l?exportation contrôlable par Refashion).
Actuellement, l?utilisation des arrêtés de SSD fait l?objet de très peu de contrôles. La mission a ainsi
constaté que la SSD est utilisée à l?exportation vers l?Afrique accompagnée de cahiers des charges
purement oraux.
Pour information, en absence de critères communs à l?ensemble de l?UE, la notion de SSD reste
actuellement nationale et ne vaut ni au sein de l?UE ni vis-à-vis des pays tiers vers lesquels les
produits sont exportés. Par conséquent, en application du IV de l?article L. 541-4-3 du code de
l?environnement, alors même qu?il a bénéficié d?une sortie de statut de déchet, le produit doit être
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exporté en tant que déchet sauf si l?exportateur démontre que le pays destinataire de cette
exportation n?a pas émis d?objection à la sortie de statut de déchet.
1.4.3 Une réglementation de l?exportation variable selon les
pays de destination qui n?est pas toujours respectée
Comme indiqué au 1.4.1, le droit des exportations de déchets résulte de la combinaison de
plusieurs textes internationaux (Convention de Bâle, décision de l?OCDE) et de règlements
européens qui les transposent au sein de l?UE. Les règles varient selon l?origine ou la destination
des déchets.
Le tableau ci-dessous (tableau 5) résume l?ensemble de la réglementation des exports et des
imports de déchets dans l?Union européenne.
Il en ressort que les exportations de déchets non dangereux comme les fripes vers les pays
n?appartenant pas à l?OCDE mais qui sont parties à la convention de Bâle, sont :
? interdites s?il s?agit d?éliminer ces déchets (voir l?article 34 du règlement) ;
? possibles s?il s?agit de les valoriser, si le pays d?importation l?accepte et l?a indiqué à la
Commission ; le pays peut les interdire, les soumettre à une procédure de notification
comme s?il s?agissait de déchets dangereux ou encore n?instaurer aucune procédure de
contrôle (article 37 du règlement).
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Tableau 5 : présentation synthétique de la réglementation des importations et des
exportations des déchets dans l?Union européenne selon leur pays d?origine ou de destination
(Source : site du ministère de la transition écologique39)
Le règlement 1418/2007 du 29 novembre 2007, modifié, présente les réponses données par les
Etats non OCDE parties à la convention de Bâle.
Le tableau 6 ci-après indique la position de certains Etats classés selon les volumes de fripes
importés de la France.
Pays, parties à la
Convention de Bâle, non
OCDE
Volumes exportés par
la France en tonnes
en 2022
Régime en application du
règlement 1418/2007
Pakistan 33 006 Absence de contrôle
Tunisie 30 886 Absence de contrôle
Émirats arabes unis 11 302 Interdiction
Haïti 7 376 Absence de contrôle
Togo 6 080 Interdiction
Madagascar 5 922 Notification et consentement
écrit préalable
Burkina Faso 5 185 Notification et consentement
écrit préalable
Sénégal 3 379 Absence de contrôle
Inde 2 278 Procédure de contrôle
spécifique
Rwanda 1 604 Interdiction
Benin 1 056 Notification et consentement
écrit préalable
Ghana 587 Procédure de contrôle
spécifique
Tableau 6 : Position de certains Etats d?importation non OCDE parties à la convention
de Bâle vis-à-vis des exportations de fripes de l?Union européenne (Source : mission
à partir des données douanières et du règlement 1418/2007)
Ce tableau montre de manière surprenante que dans les trois pays qui ont interdit l?importation
de déchets un volume conséquent de déchets textiles en 2022 est en réalité importé. Peut-
être par insuffisance de contrôles pour faire respecter la réglementation ou parce que les
déchets ne font que transiter dans une zone sous douane où ils peuvent être triés avant d?être
réexportés dans des pays voisins (cf. en annexe 7 les fiches pays).
39 https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/transferts-transfrontaliers-dechets
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1.4.4 Très peu de contrôles aux frontières et même en
France
Comme indiqué au 1.4.2.2, les contrôles aux frontières sont très rares et s?appuient sur les
déclarations faites par les opérateurs. Le Pôle national des transferts transfrontaliers de déchets
(PNTTD), autorité compétente française pour ces transferts en export, import et transit, service à
compétence nationale rattaché à la DGPR, n?est actuellement pas informé des flux de déchets de
TLC mais devrait l?être en 2026 lorsque la procédure sera totalement dématérialisée.
Par ailleurs, individuellement les collecteurs, trieurs, transporteurs, importateurs et exportateurs de
déchets textiles sont astreints de tenir et de mettre à jour des registres permettant de suivre le
devenir de ces déchets, mais ceux-ci n?étant ni dangereux ni inertes40, seuls sont obligés de les
déclarer à l?administration (L. 541-7 et R. 541-43 du code de l?environnement) dans le cadre du
« Registre national des déchets », les exploitants des installations d?incinération ou de stockage et
ceux dans lesquelles les déchets perdent leurs statuts de déchets.
La mission n?a pas pu savoir si l?administration contrôlait la mise en oeuvre de cette obligation.
En outre, en application de l?article R. 541-63, les exportateurs doivent notifier au PNTTD via
GISTRID (Gestion par Internet du Suivi des Transferts Internationaux de Déchets) des informations
sur les producteurs de déchets, les transporteurs de déchets, les installations d?élimination ou de
valorisation des déchets. A noter que l?annexe VII du règlement 2024/1157 prévoit en plus l?identité
de l?importateur. Cette plateforme, créée par l?arrêté du 23 juillet 2015, a pour finalités la gestion et
le suivi des demandes et documents transmis dans le cadre des transferts transfrontaliers de
déchets régis par les règlements communautaires.
Selon les informations recueillies par la mission, cette obligation ne serait presque jamais
respectée, notamment parce que l?application est difficile à renseigner.
Dans les faits, les sanctions portant sur des transferts de textiles sont très rares. alors que des
conteneurs entiers partent pour les Émirats arabes unis, seules cinq infractions ont été verbalisées ;
D?après le PNTTD qui n?est pas un service de contrôle mais qui apporte son appui à de tels services
(Douanes, Gendarmerie, inspection des ICPE?), 200 à 250 contrôles seraient réalisés chaque
année mais ils porteraient pour l?essentiel sur les déchets électriques et électroniques et des
véhicules hors d?usage.
1.4.5 Les obligations au titre des installations classées et la
connaissance des flux
Pour rappel, les installations classées pour l?environnement (ICPE), sont soumises à des régimes
administratifs en fonction des niveaux de dangers et inconvénients qu?elles présentent :
autorisation, enregistrement, ou déclaration du plus au moins impactant.
La filière de gestion des déchets textiles est principalement visée par deux rubriques de la
nomenclature des installations classées.
La première est la rubrique 271441 : « Installation de transit, regroupement, tri ou préparation en
vue de réutilisation de déchets non dangereux de papiers/cartons, plastiques, caoutchouc, textiles,
40 Les déchets non dangereux sont ceux qui ne présentent aucune des 15 propriétés de danger définies au niveau européen. Les déchets inertes
sont ceux qui ne subissent aucune modification physique, chimique ou biologique importante, qui ne se décomposent pas, ne brûlent pas, ne
produisent aucune réaction physique ou chimique, ne sont pas biodégradables et ne détériorent pas les matières avec lesquelles ils entrent en
contact d?une manière susceptible d?entraîner des atteintes à l?environnement ou à la santé humaine. (cf https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-
publiques/differentes-categories-dechets)
41 Cette rubrique est détaillée dans l?annexe 4 de l?article R. 511-9 du code de l?environnement
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bois, à l'exclusion des installations visées aux rubriques 271042, 271143 et 271944 ». Elles doivent
être déclarées si le volume susceptible d?être présent sur le site est supérieur à 100 m3 mais
inférieur à 1 000 m3 et enregistrées si ce volume dépasse 1 000 m3.
La seconde rubrique 2791 traite des « Installation de traitement de déchets non dangereux, à
l'exclusion des installations classées au titre des rubriques 2515, 2711, 2713, 2714, 2716, 2720,
2760, 2771, 2780, 2781, 2782, 2783, 2794, 2795 ou 2971 »
Aucune distinction n?est faite dans la liste des installations de ces rubriques pour identifier la nature
des produits gérés par ces sites. Une extraction des installations nominativement recensées dans
la base Géorisques au titre de cette rubrique montre plus de 2 000 installations pour la rubrique
2714 dont 1 400 sont soumises à enregistrement et 600 à déclaration. La mission considère que
la rubrique 2714 devrait prévoir des sous-rubriques dont une sur le traitement des déchets textiles
pour permettre l?identification des installations et en permettre le contrôle.
Cela étant, la réglementation ICPE vise à traiter les intérêts protégés cités à l?article 511-1 du code
de l?environnement à l?extérieur de l?installation. Mais elle ne recherche pas le bon traitement des
déchets à l?intérieur de l?installation. L?identification des sites traitant des déchets relève des
connaissances des DREAL ; Il est donc tout à fait possible de réaliser une action nationale ciblant
l?ensemble des centres de traitements des déchets textiles, centre de tri et installations avales
(usine de déchiquetage et de recyclage).
Enfin, la base de données des installations soumises à déclaration n?est pas à jour puisque,
s?agissant des déclarations, la saisie dans la base Géorisques n?a pas réintégré l?historique
antérieur à sa création.
Notons que sans être ICPE, les collecteurs qui collectent plus de 0,5 tonne de déchets textiles par
an devraient tous faire l?objet d?une déclaration en préfecture45. La mission constate par ailleurs
que les installations de déchets textiles ne sont pas citées dans les priorités nationales de
l?inspection des installations classées à la différence des installations de centres VHU et des
biodéchets. Le contrôle de la mise en oeuvre de l?obligation de collecte séparée des déchets est
en revanche prévu par les priorités nationales, mais seulement pour les professionnels. Il pourrait
être opportun d?étendre ce contrôle aux déchets textiles des ménages.
Enfin, la DGPR n?a qu?une connaissance très imparfaite des flux entre installations. En dehors des
installations classées, cette direction n?a pas d?information sur les acteurs de la filière de traitement
des déchets textiles impliqués dans le tri des déchets : tri, sur-tri, recyclerie, vente de fripes,
grossistes de fripes, recyclage. Elle ne dispose pas non plus d?information sur les modalités de
traitement des déchets.
Recommandation 6. [DGPR] : Mieux identifier et renforcer les contrôles des installations
classées réalisant des traitements de déchets textiles en application du titre V du
code de l?environnement sur les déchets.
Propositions opérationnelles :
6 a) Ajouter dans les priorités nationales du programme des ICPE, les installations
traitant les TLC (établissements, flux de déchets TLC, obligation de référencement et
de conventionnement (cf recommandation 7) et traçabilité (voir 1.4.6.1), collecte
séparée des déchets TLC).
42 « Installation de collecte de déchets apportés par le producteur initial de ces déchets, à l'exclusion des installations visées à la rubrique 2719 »
43 « Installation de transit, regroupement, tri ou préparation en vue de la réutilisation de déchets d'équipements électriques et électroniques, à
l'exclusion des installations visées à la rubrique 2719. »
44 « Installation temporaire de transit de déchets issus de pollutions accidentelles marines ou fluviales ou de déchets issus de catastrophes naturelles,
le volume susceptible d'être présent dans l'installation étant supérieur à 100 m³. »
45 Article R. 541-50 du code de l?environnement
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6 b) Créer une sous-rubrique « TLC » dans les rubriques 2714 et 2791 de la
nomenclature des ICPE pour identifier les installations traitant des déchets TLC.
1.4.6 Les obligations de traçabilité des déchets TLC, qu?ils
restent en France ou partent à l?exportation, ne paraissent ni
respectées ni contrôlées
1.4.6.1 Les obligations de traçabilité qui pèsent sur les
acteurs de la filière des déchets TLC
Comme précisé au 1.4.4, les collecteurs et les trieurs, doivent tenir un registre chronologique de la
réception, de l?expédition et du traitement des déchets en vertu de l?article R. 541-43 du code de
l?environnement. Un arrêté du 31 mai 2021 en fixe le contenu. Tous les déchets entrants et sortants
doivent y être consignés avec les codes qui leur sont attribués dans le cadre de la convention de
Bâle, et comporter les informations relatives notamment aux quantités exprimées en tonne ou m3,
l?origine, le mode de transport et la destination de ces déchets. Les entreprises qui traitent ces
déchets en vue de les faire sortir du statut de déchets doivent également tenir à jour un registre
chronologique.
Les installations de stockage et d?incinération et les installations effectuant une SSD des déchets
non dangereux non inertes, comme les déchets TLC, doivent renseigner ces informations dans la
base de données électronique centralisée dénommée « Registre national des déchets, terres
excavées et sédiments » depuis le 1er janvier 202246, intégrée depuis le 5 mai 2025 Trackdéchets.
La traçabilité ainsi imposée est particulièrement large que ce soit du point de vue des assujettis
(les associations sont par exemple expressément visées) ou de celui des opérations concernant
les déchets (transit, regroupement, collecte, tri, recyclage, sortie du statut de déchet, transport, les
opérations de négoces et de courtage).
Mais elle s?arrête au premier destinataire de l?exportation. Or, comme précédemment exposé, la
vie du TLC usagé exporté s?arrête rarement au premier importateur. Le textile usagé peut encore
faire l?objet de plusieurs tris, de recyclages, de reventes, de réexportations ou encore d?opération
d?élimination.
En outre, depuis le 1er janvier 2025, les exploitants des installations qui exercent une activité de
collecte, de transport, de négoce ou de courtage de déchets notamment textiles doivent délivrer
aux producteurs et précédents détenteurs de ces déchets une attestation « mentionnant les
quantités exprimées en tonnes, la nature des déchets qui leur ont été confiés l'année précédente
en vue de leur valorisation et leurs destinations de valorisation finale »47 . Cette obligation est
pénalement sanctionnée48 .
La mission ne sait pas si ces obligations sont respectées et n?a pas eu connaissance d?opérations
de contrôles par les services du MTE.
Pour améliorer la traçabilité des TLC usagés et assurer ainsi un meilleur fonctionnement de la
filière qui les gère, la mission propose, en complément de l?obligation de clauses contractuelles
entre les exportateurs et les importateurs mentionnée au 1.2.3.3 et dans la recommandation 2,
d?obliger tous les acteurs de la filière des déchets textiles à conventionner avec Refashion, comme
le code de l?environnement le prévoit pour les véhicules hors d?usage (VHU)49.
Ces contrats avec l?éco-organisme devraient imposer aux co-contractants la transmission des
46 https://rndts-diffusion.developpement-durable.gouv.fr/fr et décret n° 2021-321 du 25 mars 2021
47 Article D 543-284 du code de l?environnement
48 Article R. 541-78 18 du même code
44 Article L. 541-10-26 du même code50 Décret 2020-1758 du 29 décembre 2020 qui a notamment créé l?article R. 541-44-1 dans le code de
l?environnement et les arrêtés du 16 août 2021 et du 12 décembre 2022.
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https://rndts-diffusion.developpement-durable.gouv.fr/fr
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données de traçabilité à l?éco-organisme. Cette obligation de conventionnement nécessiterait une
modification législative ainsi qu?une révision du cahier des charges de la filière TLC. Elle pourrait
être mise en place progressivement, d?abord via un simple référencement auprès de l?éco-
organisme.
La loi qui sera prise pour transposer la révision de la directive cadre déchet pourrait être l?occasion
d?instaurer cette obligation.
Recommandation 7. [DGPR] : Obliger tous les acteurs de la filière des déchets textiles
(notamment collecteurs, trieurs, exportateurs, préparateurs en vue de la SSD) dans
un premier temps, à se référencer, puis dans un second temps, à se conventionner
avec Refashion et renforcer le soutien à la collecte.
1.4.6.2 Les obligations de traçabilité qui pèsent sur Refashion
Jusqu?au 31 décembre 2022, les actions de reporting demandées à Refashion portaient sur les
quantités collectées puis réutilisées, le recyclage, la valorisation énergétique en CSR, la
valorisation énergétique hors CSR et les déchets mis en décharge.
Le reporting doit se faire dans GISTRID (base de données qui traite aussi des déchets au PNTTD,
cf 1.4.4) et dans la base de l?ADEME.
Depuis la loi précitée sur l?économie circulaire de février 2020, les éco-organismes doivent assurer
la traçabilité des déchets dont ils sont responsables jusqu?au traitement final de ceux-ci.
« Lorsque ces déchets quittent le territoire national pendant tout ou partie des étapes jusqu'au
traitement final, les éco-organismes sont tenus de déclarer auprès du ministre chargé de
l'environnement la nature, la quantité et la destination des déchets exportés » (art L. 541-10-
6 III du code de l?environnement). Compte tenu de la date de publication des textes d?application50,
ces dispositions sont effectives depuis le 1er janvier 2023.
Le cahier des charges de la filière REP approuvé par l?arrêté du 23 novembre 2022 modifié
mentionne dans ses orientations générales cette obligation de traçabilité qui se traduit par une
déclaration semestrielle via la plateforme GISTRID51 qui permet déjà aux exportateurs de déposer
et de consulter en ligne leurs demandes de transferts de déchets52.
Le PNTTD a indiqué à la mission que l?éco-organisme était très en retard dans le respect de son
obligation.
Dans la pratique, tous les exportateurs ne semblent pas avoir ouvert un accès à GISTRID et
Refashion a exprimé à la mission ses difficultés à collecter leurs données. Ainsi, sur la partie
exportation, Refashion ne dispose que des tonnages et des coordonnées du premier destinataire
déclaré par les exportateurs.
A ce stade, la mission a constaté que :
? Le type de réutilisation des TLC notamment en Europe ou dans les pays en développement
n?est pas documenté.
? Il n?y a pas de données sur les quantités de « brut de collecte » non traité en Europe et
exporté.
? Il n?y a pas de données sur les volumes d?exportations à fins de tri, de surtri (nouveau
50 Décret 2020-1758 du 29 décembre 2020 qui a notamment créé l?article R. 541-44-1 dans le code de l?environnement et les arrêtés du 16 août
2021 et du 12 décembre 2022.
51 Voir 1.4.4
52 Le PNTTD contrôle les notifications mais n?intervient pas dans le contrôle de la procédure « d?information ». Ce sont les services de gendarmerie
ou de douanes qui peuvent être amenés à vérifier l?existence et l?exactitude des documents nécessaires dans le cadre de cette procédure. (voir le
tableau 5 résumant les différentes procédures)
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tri exécuté sur un flux de déchets déjà trié).
? Pour le recyclage, on ne sait pas si le déchet textile sera recyclé en boucle fermée pour
refabriquer du fil textile ou en boucle ouverte en fil, rembourrage, couvertures, chiffons.
Refashion indique qu?il ne dispose pas de pouvoir de sanction contre les opérateurs qui ne lui
transmettraient pas d?informations et signale, qu?en tout état de cause lui-même comme ces
opérateurs ne connaissent que le premier destinataire du transfert et pas le destinataire final des
textiles. L?éco organisme explique qu?il n?est donc pas en mesure d?assurer un suivi exhaustif des
déchets exportés jusqu?à leur traitement final et que cette obligation s?ajoute à celles qui pèsent
sur les producteurs ou détenteurs de déchets qui procèdent à des transferts transfrontaliers de
déchets.
Les mesures précédemment proposées devraient permettre d?améliorer cette situation. Il serait
également souhaitable que Refashion ait accès aux déclarations faites par les exportateurs dans
le cadre de la réglementation sur le transfert transfrontalier des déchets. Pour ce faire, il pourrait
être envisagé de compléter le III de l?article L. 541-10-6 du code de l?environnement qui
définit les obligations de traçabilité imposées aux éco-organismes en précisant que le
« secret des affaires »53 ne peut être leur être opposé pour la collecte des données de traçabilité,
eux-mêmes étant tenus de ne pas divulguer d?information relevant de ce secret, comme le
prévoient d?ailleurs les futures dispositions des articles 22 c) et d) la directive cadre déchet.
La mission suggère qu?au titre de l?information des ménages producteurs de déchets, les données
de synthèse sur le devenir des textiles usagés collectés soient rendues publiques par Refashion.
53 Le secret des affaires est défini à l?article L. 151-1 du code du commerce
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2 Mieux et plus traiter les déchets textiles en France
Après avoir constaté que l?exportation des déchets textiles, qui représente environ la moitié des
ressources tirées de la vente de ceux-ci, est un élément essentiel pour l?équilibre de la filière, mais
qu?une part importante des textiles usagés envoyés à l?export étaient immédiatement incinérés ou
mis en décharge en générale sauvage à leur arrivée, la mission a essayé de trouver des solutions
pour limiter cet exutoire. Elle a examiné dans cette perspective les réglementations européennes
et nationales qui sont en cours de déploiement ou d?adoption ainsi que les projets de textes
internationaux et français. Au-delà, elle a également cherché à définir des mesures qui
permettraient d?augmenter le traitement en France des textiles en fin de vie.
2.1 Limiter et encadrer les exportations de déchets textiles et
de textiles usagés
2.1.1 Le règlement de 2024 devrait ralentir les exportations
si les fripes sont considérées comme des déchets
Le règlement 2024/1157 sur les transferts transfrontaliers de déchets entre en vigueur
progressivement.
Il est plus restrictif que le précédent règlement et comporte deux grandes innovations.
D?une part, d?après l?article 40, les exportations de déchets même non dangereux seront par
principe interdites vers les pays hors OCDE. Par exception, ces pays pourront recevoir les déchets,
s?ils le demandent et s?ils démontrent qu?ils ont mis en place et appliquent « toutes les mesures
nécessaires pour garantie que les déchets seront gérés d?une manière écologiquement
rationnelle » (art 42 et 59 du règlement).
D?autre part, les exportations de déchets non dangereux ne seront possibles que vers des
installations auditées par des tiers indépendants, pour valider leur capacité à gérer les déchets de
manière écologiquement rationnelle.
Par ailleurs, la personne qui organise le transfert devra notifier à la Commission les audits
demandés et reçus et ces notifications seront mises à la disposition du public.
La mission s?interroge sur la mise en oeuvre effective de ces dispositions. Quel sera le rôle des
États membres ? La Commission va-t-elle adapter ces exigences selon les capacités des pays à
se doter d?installations de traitement des déchets et de corps de contrôle ? L?indépendance de
l?auditeur sera-t-elle contrôlée ?
En tout état de cause, il va de soi que ces nouvelles règles n?auront d?effets sur les exportations
de textiles usagés que si ces produits sont considérés comme des déchets. Pour ce faire, il
faudrait que le règlement 2016/1245 du 28 juillet 2016 établissant un tableau de correspondance
entre les codes de la nomenclature douanière et les rubriques des déchets énumérées aux
annexes III, IV et V du règlement n° 2013/2006 soit effectivement mis en oeuvre.
Le règlement prévoit par ailleurs la mise en place d?un système centralisé qui permettra de
présenter et d?échanger toutes les informations et notifications reçues par les Etats membres dans
le cadre des transferts transfrontaliers de déchets. La Commission doit adopter courant 2025 pour
une mise en oeuvre à compter du 21 mai 2026 des actes d?exécution nécessaires à son
établissement. (Article 27 point 3)
Cette disposition est très intéressante en ce qu?elle permettra de mieux mesurer les mouvements
de déchets au sein de l?UE ainsi que les transferts transfrontaliers.
La mission estime que ce règlement doit être rapidement mis en oeuvre en déterminant le rôle des
services de l?Etat, de l?ADEME et de Refashion.
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Recommandation 8. [DGPR] : Mettre en oeuvre rapidement le règlement sur les transferts
transfrontaliers de déchets, après concertation avec les parties prenantes, en
définissant le rôle des acteurs en France (Administration, ADEME, Refashion).
2.1.2 La France porte une proposition de modification de la
convention de Bâle très radicale
La France pousse au sein de l?UE avec le Danemark, chef de file, et à un moindre degré la Suède,
une proposition de révision de la convention de Bâle qui tendrait notamment à soumettre à
notification (c?est-à-dire autorisation) les exportations de tous les déchets textiles non dangereux y
compris les fripes, qu?elles soient triées ou non, en créant pour eux un code Y50 relevant de
l?annexe II (examen spécial) ; cette classification conduirait à interdire les exportations de tout pays
de l?UE vers des pays non membre de l?OCDE en application de l?article 36 b) du règlement n°
1013/200654
Il s?agit donc d?une position très rigoureuse mais qui présente l?avantage d?une grande simplicité
de mise en oeuvre. L?exportation au départ de la France de toutes les fripes, qu?elles soient triées
ou non et quel que soit leur état, dans un pays non membres de l?OCDE, serait interdite.
Toutefois, compte tenu des intérêts économiques que représentent ces exportations pour l?Europe
et les pays tiers, il n?est pas certain que cette position puisse prévaloir au terme des négociations.
En outre, elle nécessiterait avant sa mise en oeuvre d?avoir trouvé en France de nouveaux exutoires
pour compenser ces interdictions d?exportation.
Sous cette réserve, la mission ne peut que soutenir cette position de la France.
Elle souligne néanmoins que l?intérêt de cette évolution de la Convention de Bâle ainsi que celui
du règlement de 2024 disparaitraient totalement si parallèlement l?Union adopte un règlement sur
la SSD trop ouvert qui conduirait à faire sortir du statut de déchet toutes les fripes dès lors qu?elles
sont triées. En effet, celles-ci échapperaient alors à la Convention de Bâle et au règlement de 2024.
2.2 La nécessaire augmentation des capacités de traitement des
textiles en fin de vie en France et en Europe
La mission a fait le constat que les capacités de traitement des déchets textiles sont limitées
quantitativement comme qualitativement.
2.2.1 Augmenter les capacités de recyclage et l?utilisation de
la fibre recyclée
Les filières de recyclage des TLC sont en France et en Europe peu développées et les débouchés
principaux sont essentiellement le bâtiment, l?automobile et les chiffons pour l?industrie. L?annexe
6 présente les solutions de recyclage.
La recyclabilité des textiles en fonction des technologies retenues (mécanique ? thermomécanique
? chimique-thermochimique) est un enjeu majeur pour limiter les volumes de déchets mais on peut
54 En effet les produits relevant de l?annexe II de la Convention de Bâle figure dans la partie 3 de l?annexe V du règlement 1013/2006
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constater que ce sujet n?a pas atteint sa phase de maturité lui permettant d?envisager le passage
à l?étape d?industrialisation.
L?ADEME a fait en 2023 une étude sur la recyclabilité des TLC. Elle évalue à 70 000 t et en
hypothèse haute à 137 000 t le potentiel de recyclage alors qu?entre 40 000 à 48 000 t sont
actuellement recyclées.
Il semble difficile, d?après les personnes interviewées, d?exiger un taux de recyclage optimum pour
l?ensemble des fibres entrant dans la composition des textiles car plus la matière subit des chocs
pendant sa phase de transformation et plus son fil deviendra fragile et court, ce qui en fera de fait
un déchet. Le recyclage du textile s?appuie donc sur une fabrication d?origine de qualité afin de
disposer de fil d?une longueur suffisante pour pouvoir envisager de constituer une bobine de fil à
tricoter ou à tisser.
Au-delà de la technicité, se pose la question des coûts et donc du prix de revient de l?article fabriqué
à partir de produits recyclés. Tous les interlocuteurs rencontrés s?accordent pour dire que bien que
nous maîtrisions plus ou moins bien la technologie, les coûts actuels de recyclage des textiles sont
élevés et ne sont pas compétitifs comparés au prix d?un article non recyclé et encore moins lorsque
ce même article est issu de la fast fashion. Certaines marques haut de gamme ou à valeur
technique s?y intéressent et financent la recherche et développement en France (CETI ? CETIA ?
ESTIA) avec pour objectif d?élaborer des collections textiles issues du recyclage des fibres et en
prévoyant la relocalisation de leur production sur le territoire national. Les perspectives sont
encourageantes mais on est encore loin de la conception d?une collection complète ; il s?agit
d?avantage d?une sélection de quelques produits dont les prix de vente au consommateur sont
élevés et qui offrent un niveau de marge suffisant pour les metteurs sur le marché. Ces « testeurs »
relèvent par contre que le choix d?élaborer un produit à partir de matières 100% recyclées est à la
fois exigeant dans sa technicité mais également au niveau de son style qui sera plus apuré, plus
basique et un peu moins « mode », ce qui n?est pas toujours du goût du consommateur.
Les primes versées par Refashion en fonction de l?incorporation de produits recyclés dans les
textiles mis sur le marché sont faibles55 et donc peu incitatives. Le cahier des charges de l?éco-
organisme prévoit que ces primes sont octroyées selon des critères de proximité précisées dans
le contrat type prévu à l?article R. 541-119 du code de l?environnement. En outre, il favorise le
recyclage en boucle fermée au détriment de la boucle ouverte56, alors que ce premier type de
recyclage est très exigeant, difficile à rentabiliser et finit par fragiliser la qualité des fibres. Ainsi le
dispositif de soutien n?encouragerait pas à développer en France une industrie du recyclage,
La mission propose que l?incitation soit beaucoup plus significative pour l?incorporation de fibres
recyclées collectées en France et pour la production de fibres recyclées en France ou en Europe.
Recommandation 9. [DGPR] : Modifier le système d?aide de Refashion pour soutenir
directement les fabricants de fibres recyclées en France/Europe ou permettre à l?éco-
organisme d?investir dans ces installations, que le recyclage soit en boucle ouverte
ou en boucle fermée.
55 1000 euros par tonne de matière recyclée incorporée dans le produit mis sur le marché s?il s?agit d?une boucle fermée, c?est-à-dire si matière
recyclée provient d?un déchet de la filière TLC et 500 euros si la matière recyclée provient d?une filière REP
56 Le recyclage en boucle fermée consiste à refaire du textile à partir de textiles, le recyclage en boucle ouverte entrante consiste à faire du textile
à partir de produits non textiles, le recyclage en boucle ouverte sortante consiste à faire des produits non textiles à partir de textiles
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2.2.2 Développer l?éco-conception pour augmenter la
durabilité, la recyclabilité, l?incorporation de TLC recyclé et la
réparabilité
La production de déchets est en lien direct avec les volumes de textiles qui pénètrent sur les
marchés. Le principe de la fast fashion est de proposer aux consommateurs des produits moins
chers, avec une très large gamme de choix. Le directeur général de La Poste a déclaré récemment
que parmi ses trois principaux clients, il y avait Shein et Temu, ces deux entreprises chinoises
leaders de la fast fashion.
Une étude de l?Institut français de la mode (IFM) (cf. tableau 7) montre qu?en France seuls 26%
des consommateurs attachent de l?importance aux impacts environnementaux et sociaux de leurs
achats de textiles.
Au regard de cette étude, le prix est le facteur le plus déterminant de l?acte d?achat en France. Le
rapport qualité-durabilité / prix est le second facteur. Mais dans des pays voisins comme
l?Allemagne, l?Italie, l?Angleterre et aux Etats-Unis, la qualité et la durabilité passent au 1er rang.
France Italie Allemagne Royaume-Uni Etats-Unis
Prix 59% 38% 43% 58% 57%
Qualité et durabilité 55% 61% 62% 61% 67%
Responsabilité sociale
et environnementale
26% 34% 28% 26% 28%
Authenticité 26% 36% 36% 26% 31%
Innovation et créativité 23% 32% 27% 24% 31%
Diversité et Inclusion 15% 22% 22% 18% 19%
Tableau 7 : Comprendre la mode soutenable, comportement de consommation des
jeunes adultes - Understanding the sustainable fashion consumption behaviors of
young adults - (Source : Chair IFM 2 juillet 2024 retraité par la mission)
2.2.2.1 Les obligations de Refashion en matière d?éco-conception
Le cahier des charges des éco-organismes de la filière REP TLC de 2022 consacre son deuxième
chapitre à l?éco-conception, montrant ainsi l?importance qui s?attache à de telles actions.
Le développement de l?éco-conception passe par la prise en compte d?un certain nombre de
paramètres depuis l?origine de la fabrication du produit et de son élaboration et bien en amont de
la décision finale d?achat. Très peu de marques établissent leurs collections avec des
préoccupations d?éco-conception.
Le cahier des charges de Refashion prévoit d?attribuer des primes ou des pénalités aux
producteurs qui répondent ou non à certains critères d?éco-conception.
Toutefois, la mise en oeuvre de telles mesures est reportée dans le temps s?agissant de la
recyclabilité et l?affichage environnemental.
En effet, il était demandé à Refashion, de réaliser une étude en lien avec l?Ademe sur la
recyclabilité des TLC et de la remettre, avec des propositions de primes et de pénalité, au ministre
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chargé de l?environnement avant le 1er janvier 2024. Une étude a été réalisée en décembre 2023
et propose quatre critères de recyclabilité pour les textiles et linges de maison (notamment limiter
le nombre de matières à deux hors élasthanne, ce dernier composant étant limité en pourcentage)
et deux pour les chaussures. Une seconde étude devait être réalisée pour permettre d?établir des
primes et des pénalités robustes. Refashion a également établi un plan d?action mais il n?est pas
chiffré. Ce document ne permet pas de connaître le coût des mesures proposées et les ressources
nécessaires, ainsi que les retombées économiques.
De même, le cahier des charges prévoit que l?éco-organisme propose des primes et pénalités
associées à l?affichage environnemental six mois après la parution du décret fixant la liste de
des produits soumis à tel affichage57. Or, à la date de finalisation du présent rapport, ce décret
n?était pas encore paru (cf 2.3.1)
En revanche, depuis le 1er janvier 2023, les éco contributions des producteurs sont modulées selon
des primes associées à des critères de durabilité telle que définie à l?annexe III du cahier des
charges58 (par exemple : boulochage, aspect après lavage, résistance à l?abrasion?), soit 0,70
euro pour les 100 000 premières pièces par catégories de produits mises sur le marché : 0,07 euro
au-delà.
Refashion s?est engagé à revoir les barèmes en fonction des résultats du bilan au 1er juillet 2024
des surcoûts liés aux exigences de durabilité. Depuis le 1er janvier 2023, les éco-contributions sont
modulées selon les primes associées à la certification par un ou plusieurs labels
environnementaux (Ecocert Textile, Oeko-tex Made in green, Bluesign, Fairtrade, Ecolabel
européen, Demeter, Gots, Bioré)59, soit 0,30 euro pour les 100 000 premières pièces par catégorie
de produits mises sur le marché et 0,03 euro au-delà.
Enfin, comme indiqué précédemment, des primes sont prévues pour encourager le recyclage.
Il est à noter qu?aucune prime n?est prévue si la matière recyclée provient de chutes de tissus ou
d?invendus.
Rapportées aux montants des éco-contributions60, ces modulations peuvent être importantes pour
les metteurs sur le marché. Par exemple, pour un tee-shirt homme labélisé, l?éco-contribution est
de 0,036 euro et l?éco-modulation de 0,30 euro.
Toutes ces mesures en faveur de la prise en compte de l?éco-conception pourraient améliorer la
fin de vie des textiles mais elles restent, à ce stade, peu mises en oeuvre. Les éco-modulations ne
représentent que quelques centimes d?euros et n?ont donc pas d?effet sur l?acte d?achat.
Dans sa demande d?agrément Refashion prévoyait les évolutions suivantes pour les trois éco-
modulations (EM) durabilité, labels, intégration de matière recyclée.
57 Voir l?article L. 541-9-12 du code de l?environnement
58 Arrêté du 23 novembre 2022 portant cahiers des charges des éco-organismes et des systèmes individuels de la filière à responsabilité élargie du
producteur des textiles, chaussures et linge de maison (TLC) - https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000046600083
59 L?ADEME a analysé et comparé ces huit labels dans une fiche éditée en 2024, extraite de l?étude « 100 labels environnementaux recommandés
par l?ADEME »
60 https://refashion.fr/pro/sites/default/files/fichiers/BAREME_ECO_CONTRIBUTION_2025_REFASHION_FR.pdf
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Figure 17 : Évolution des éco-modulations entre 2023 et 2028 (Source : Demande
d?agrément de Refashion)
Les 62 M¤ qui seraient versées par l?éco-organisme en 2028 correspondent à 380 millions de
pièces pour la durabilité, 680 millions pour les labels et 8 000 tonnes pour l?EM incorporation de
matières recyclées.
Concernant la réparabilité, la mission a fait le constat que Refashion ne parle que de réparation
dans sa demande d?agrément et que les critères de réparabilité ne font pas l?objet d?éco-modulation.
2.2.2.2 D?importants changements vont intervenir avec le nouveau
règlement 2024/1781 sur l?éco-conception
Le règlement 2024/1781 du 13 juin 2024 dit éco-conception, établissant un cadre pour la fixation
d?exigences en matière d?éco-conception pour des produits durables, va introduire de profonds
changements sur les produits mis sur le marché dans presque tous les secteurs.
Mais ils vont se déployer progressivement, au fur et à mesure que la Commission prendra des
actes délégués. Ceux-ci doivent être adoptés à partir du 19 juillet 2025 et comporter chacun une
période transitoire d?adaptation de 18 mois minimum.
Les textiles font partie des produits qui feront l?objet des premiers actes délégués (horizon 2027).
Le règlement prévoit que les produits ne pourront être mis sur le marché que s?ils respectent des
exigences d?éco-conception à déterminer (par exemple durabilité, réparabilité, contenu recyclé,
recyclabilité, incidences environnementales et production prévue de déchets) et que s?ils sont
accompagnés d?un « passeport numérique » permettant à différents acteurs de disposer
d?informations environnementales disponibles sur les produits, leurs emballages, leur manuel
d?utilisation ou un site internet. Ce passeport fera aussi l?objet d?un acte délégué.
Selon la teneur des actes délégués, les textiles vendus en Europe pourraient être moins
générateurs de déchets : plus grande durée de vie, meilleure recyclabilité, valorisation de boucles
fermées de recyclages.
De son côté, le passeport numérique peut permettre une bien meilleure traçabilité des produits au
sein de l?UE, jusqu?à ce qu?ils quittent son territoire.
La phase actuelle de rédaction au sein de groupes de travail des actes délégués est donc
essentielle. Les services français qui participent à ces groupes doivent y être particulièrement
vigilants.
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Enfin, la Commission fixera, par un acte d?exécution spécifique, des exigences minimales
applicables à la commande publique.
2.2.3 La proposition de loi sur la mode éphémère, une
initiative intéressante
Le 30 janvier 2024, Mme Anne-Cécile Violland et plusieurs autres députés ont déposé à
l?Assemblée nationale une proposition de loi visant à réduire l?impact environnemental de l?industrie
textile. Celle-ci cherche pour l?essentiel à lutter contre la mode éphémère (fast-fashion et ultra fast
fashion). Ce texte a été adopté en séance publique le 14 mars 2024 puis transmis au Sénat.
Le 10 juin 2025, le Sénat a modifié en 1ère lecture la proposition de loi votée par l?Assemblée
nationale.
Il a choisi de ne plus réglementer la mode éphémère mais la mode « ultra express » en la
caractérisant par deux critères : un nombre élevé de nouvelles références de produits neufs mis
sur le marché excédant des seuils définis par décret et une faible incitation à réparer ces produits.
Sans se prononcer sur leur pertinence, la mission recommande de veiller, en lien avec les
parlementaires français comme avec l?ensemble des acteurs, à ce qu?ils soient le plus proche
possible des tentatives européennes pour encadrer la fast-fashion comme le prévoit la révision de
la directive cadre déchets (cf le 1.4.2.1).
Elle signale une disposition qui lui parait très intéressante dans la mesure où elle autoriserait les
échanges entre les différents agents de contrôles (en particuliers, inspecteurs de l?environnement,
agents des douanes et de la répression des fraudes). De tels échanges rendraient beaucoup plus
efficaces les contrôles réalisés sur les opérateurs de la filière amont et aval.
2.3 Aller plus loin avec des actions de sensibilisation sur les
impacts environnementaux et sanitaires des textiles et de
leurs déchets
2.3.1 L?affichage environnemental doit faire ses preuves
Aux termes de l?article L. 541-9-11 du code de l?environnement l?affichage environnemental vise à
informer les consommateurs « de façon fiable et facilement compréhensible » sur « l'impact
environnemental des biens et services considérés sur l'ensemble de leur cycle de vie. ».
Ces dispositions ont été introduites dans le code de l?environnement par l?article 2 de la loi n° 2021-
1104 du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la
résilience face à ses effets dite Climat et résilience61.
L?article 2 prévoit une expérimentation, notamment dans le secteur des textiles d?habillement62, en
la faisant suivre d?une évaluation et de l?adoption d?un décret rendant l?affichage environnemental
obligatoire, « prioritairement pour le secteur du textile d?habillement ».
Onze expérimentations ont été menées en 2022, sous le pilotage du CGDD et de l?ADEME, avec
plus de 400 études de cas et plusieurs dizaines de marques engagées. Un comité d'experts a
ensuite été mobilisé sur le secteur textile afin d'éclairer les travaux des pouvoirs publics et d'aider
à la construction de la méthode d'affichage environnemental.
Du 28 novembre au 19 décembre 2024, un projet de décret après avis du Conseil d?Etat et un
projet d?arrêté fixant, respectivement, les modalités de calcul et de communication du coût
61 Cet article annule et remplace l?article 15 de la loi Antigaspillage pour une économie circulaire -AGEC (loi n° 2020-105 du 10 février 2021).
62 Les autres secteurs dans lesquels des expérimentations étaient prévues étaient l?alimentation, l?ameublement, l?hôtellerie, l?électronique.
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environnemental des produits textiles ainsi que le cadre relatif à la signalétique et à la méthodologie
de calcul, ont été mis en consultation auprès du public63.
L?affichage environnemental, dénommé « coût environnemental », serait exprimé par un nombre
entier résultant de l?addition de points représentant les impacts environnementaux du produit tout
au long de sa vie qu?il soit neuf ou remanufacturé.
La méthode de calcul du coût environnemental proposé par ces textes s?appuie sur l?analyse de
cycle de vie (ACV), et notamment sur les travaux européens (« product environmental footprint »
(PEF)).
La méthode européenne fondée sur le PEF prend en compte actuellement seize impacts
environnementaux64. Le projet d?arrêté leur attribue des coefficients de pondération (par exemple
21,06% pour le changement climatique et l?écotoxicité de l?eau douce)
L?administration française propose de compléter le PEF notamment en ce qui concerne l?export
hors Europe de vêtements en fin de vie, le relargage des microfibres, la durabilité non-physique
liée aux pratiques des marques et la propension qu?ont les vêtements à être utilisés plus longtemps.
Ainsi la durabilité non-physique d?un vêtement serait estimée à partir de critères liés à l?action de
la marque ayant un impact sur la durabilité du vêtement. Les vêtements de marques
particulièrement vertueuses auraient un coefficient de durabilité élevé (1,5), à l?inverse les
vêtements issus de marques de type « ultra fast fashion » auront un coefficient de durabilité bas
(0,5).
En absence de données sur les destinations précises des vêtements et sur le devenir sur place de
ceux-ci en fin de vie, des approximations ont été retenues par Ecobalyse65. Elles se fondent sur
les travaux de l?Agence européenne de l?environnement, eux-mêmes se référant, selon ses propres
dires, à l?étude de la Fondation OR au Ghana. Ainsi, les hypothèses retenues seraient que « 38%
des vêtements utilisés pour la première fois sont collectés et triés », que « 49% des vêtements
triés sont exportés hors d?Europe » et que « 50 % des vêtements exportés hors d?Europe sont
directement jetés ». Au total « la probabilité qu?un vêtement en fin de vie soit exporté hors Europe
puis jeté est de 9% ».
Pour les vêtements synthétiques ce pourcentage s?élève à 12% car des études montrent que ces
vêtements sont moins réutilisés dans les pays de destination que des vêtements en fibres
naturelles.
Deux paramètres sont envisagés pour établir un complément à la méthode PEF s?agissant de
l?impact « export hors d?Europe » :
? la masse du vêtement (produit fini),
? sa probabilité de terminer sa fin de vie hors Europe sous forme de déchets, dont la valeur
par défaut dépend de la classification du produit (matières synthétiques66 ou naturelles).
Par exemple pour un jean pesant 450g et fabriqué en Inde, l'impact de la fin de vie serait fixé à 4%
s?il était composé totalement en coton ou 12% s?il était totalement synthétique.
Au total, il est très difficile pour la mission d?apprécier les effets de l?affichage de ce « coût
environnemental », tel qu?il est prévu par les projets de textes mis en consultation, sur l?acte d?achat
63 https://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/textes-reglementaires-fixant-les-modalites-de-a3105.html
64 Citons notamment l?acidification, le changement climatique, ?ecotoxicité de l?eau douce, l?utilisation de ressources fossiles, la toxicité humaine.
65 Ecobalyse est une startup de l?Etat qui permet d?estimer rapidement les impacts environnementaux des produits textiles et alimentaires
https://fabrique-numerique.gitbook.io/ecobalyse
66 Prenant en compte les réponses apportées pendant la consultation publique sur le projet d?affichage environnemental pour les produits textiles,
Ecobalyse considère que le vêtement rentre dans la catégorie "matières synthétiques" dès lors que les matières synthétiques représentent plus de
50% de sa composition pour s?aligner sur le seuil à partir duquel une information sur la présence de microfibres plastiques doit être présentée (cf le
point XI de l?article R. 541-228 du code de l?environnement)
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des textiles, compte tenu des approximations retenues et des marges d?erreur.
La mission estime qu?il serait utile de faire un bilan et de mesurer les impacts de l?affichage
environnemental dans le secteur des textiles deux ans après sa mise en oeuvre.
2.3.2 Dresser un bilan de l?étiquetage environnemental pour
les TLC
L?article L. 541-9-1 du code de l?environnement prévoit que les producteurs, importateurs et tout
autre metteur sur le marché répondant à certains critères, doivent selon les catégories de produits
considérées, mettre à la disposition du consommateur au moment de l'acte d'achat et sous un
format dématérialisé accessible sans frais, les informations sur les caractéristiques
environnementales des produits générateurs de déchets.
Pour les TLC, il s?agit essentiellement des informations sur l'incorporation de matières recyclées,
la recyclabilité, la traçabilité géographique des principales étapes de la fabrication du vêtement et
la présence de microfibres plastiques dès lors qu?elles représentent plus de 50% de la composition
des TLC 67.
Ces dispositions s?appliquent à l?ensemble des produits neufs vendus aux consommateurs faisant
l?objet d?une REP et notamment aux TLC. Il serait intéressant d?en dresser un bilan régulièrement
pour vérifier ses effets sur la consommation des ménages.
Par ailleurs, la mission regrette que ce pourcentage soit si élevé. Elle préconise au XI de l?article
R. 541-228 du code de l?environnement, de le ramener à 10% comme cela était initialement prévu
pour le critère « export » de l?affichage environnemental des produits textiles.
Néanmoins, sachant que la composition des textiles est actuellement souvent très mal renseignée
par les metteurs sur le marché, elle propose de reporter l?entrée en vigueur de cette obligation à
celle de l?acte délégué sur le passeport numérique pris en application du règlement 2024/1781 sur
l?éco-conception (cf. 2.2.3.2)
Recommandation 10. [CGDD] A compter de l?entrée en vigueur de l?acte délégué sur le
passeport numérique dans le domaine du textile, faire passer de 50% à 10% la
proportion de fibres synthétiques présentes dans les TLC au-delà de laquelle
l?information du consommateur sur le rejet de microfibres plastiques dans
l?environnement lors du lavage est obligatoire.
2.4 Développer la réparation et la seconde main pour retarder la
fin de vie des produits
Le bonus réparation dans les TLC existe depuis novembre 2023 en application de la loi AGEC
(article L. 541-10-4 du CE). Il permet aux consommateurs de bénéficier d?un soutien financier
auprès d?artisans réparateurs labellisés. Dans cette phase de démarrage, peu d?artisans ont été
labélisés (1 530 artisans pour 826 000 réparations en 2024)
La mission considère que cette initiative est intéressante, en développement et reste à poursuivre.
67 voir les III, VI, X et XI de l?article R. 541-228 du code de l?environnement.
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2.5 Augmenter les éco-contributions pour financer les mesures
nouvelles
Dans le cadre de sa demande de renouvellement d?agrément en décembre 2022, Refashion a
prévu une trajectoire financière de 2023 à 2028 lui permettant de faire face aux nouvelles
obligations du cahier des charges modifié en 2022 : sur la durée de l?agrément, le besoin de
financement de Refashion devrait passer de 93M¤ en 2023 à 294M¤ en 2028, soit une croissance
de 26% par an.
Dans une présentation des engagements qu?il a pris dans le cadre de son nouveau cahier des
charges68, Refashion donne les exemples suivants d?évolution de l?éco-contribution par type de
TLC : la contribution moyenne passerait de 2023 à 2028 :
? pour un t-shirt de 0,022 ¤ à 0,078 ¤ ;
? pour un sneaker (chaussure) de 0,084 ¤ à 0,264 ¤ ;
? pour une taie d?oreiller de 0,032 ¤ à 0,101 ¤.
Malgré cette forte croissance, la part de l?éco-contribution dans le prix des TLC restera faible. Selon
le rapport CGE/ IGEDD/IGF de juin 2024 « Performances et gouvernance des filières à
responsabilité élargie du producteur » (p. 19), les éco-contributions de la filière TLC représentaient
en 2021 0,27% du chiffre d?affaires de celle-ci. Cette part était la plus faible de celles des filières
REP examinées ; celles-ci restaient néanmoins en dessous de 1% sauf la filière des éléments
d?ameublement (2,45%).
Figure 18 : Tableau comparant la part des éco-contributions par filière REP (source :
Rapport IGF, IGEDD, CGE « Performances et gouvernance des filières à responsabilité
élargie du producteur », annexe III, juin 2024)
68 « Accélérer la transition vers une mode 100% circulaire, 6 ans pour transformer, 2023-2028, Refashion »
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Conclusion
Les exportations de déchets textiles et de textiles usagés suscitent l?émoi et de vifs débats en
termes éthiques et écologiques, en France mais aussi dans toute l?Europe. Remettre en cause cet
exutoire amène à porter un regard non seulement sur ce que deviennent les textiles usagés dans
les pays d?importation mais aussi sur la manière dont les pays exportateurs gèrent l?intégralité du
cycle de vie de ces produits, avant même qu?ils ne deviennent des déchets. S?il apparait qu?une
partie de ces TLC usagés correspond à de vraies demandes des pays importateurs, il ressort aussi
du présent rapport que les efforts de traitement de leur fin de vie en France sont notoirement
insuffisants.
Au cours de la mission, ces constats sont apparus comme de plus en plus partagés : la proposition
de loi sur la mode éphémère a finalement repris son examen au Sénat, l?UE vient d?adopter une
révision de la directive cadre déchets ciblés notamment sur les textiles, des tentatives existent
aussi pour réviser la Convention de Bâle. L?équilibre économique de la filière des déchets TLC
semble lui aussi fragilisé par des évolutions rapides de leurs flux internationaux.
Le moment est sans doute propice à des actions déterminées en faveur de la prévention, du
contrôle et du traitement de ces déchets sur notre territoire, actions qui ne pourront toutefois porter
leurs fruits que si la notion de déchet n?est pas vidée de sa substance par une approche trop laxiste
de la sortie du statut de déchet.
Emmanuel Clause
Michel Pascal
Catherine Rivoallon
Pustoc?h
Sabine Saint-Germain
Ingénieur général
des mines
Ingénieur général
des mines
Inspectrice générale
de l?environnement et
du développement
durable
Inspectrice générale
de l?environnement
et du développement
durable
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Annexes
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Annexe 1. Lettre de mission
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Annexe 2. Liste des personnes rencontrées
Nom Prénom Organisme Fonction
COISSARD Vincent
DGPR/ services des risques sanitaires liés
à l?environnement des déchets et des
pollutions diffuses/ sous direction des
déchets et économie solidaire
Sous-directeur
OURY Jean-Luc
DGPR/SRSEDPD/SDDEC/Pôle national
des transferts transfrontaliers des déchets
PNTDD
Responsable du pôle
BAILLET Emilie
DGPR/SRSEDPD/SDDEC/Pôle national
des transferts transfrontaliers des déchets
PNTDD
Adjointe du responsable du
PNTDD
BOHUON Maud
DGPR/SRSEDPD/SDDEC/Bureau de la
prévention et des filières à responsabilité
élargie du producteur
CAUSSADE Pauline
DGPR/SRSEDPD/SDDEC/Bureau de la
prévention et des filières à responsabilité
élargie du producteur
Chargée d?étude
TOUBOULIC Nolwenn ADEME Chargée de mission
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Nom Prénom Organisme Fonction
MARTINEZ Océane
DGPR/SRSEDPD/SDDEC/ bureau de la
planification et de la gestion des déchets
Chargée de mission
MOUTIER Laure
DGPR/SRSEDPD/SDDEC/ bureau de la
planification et de la gestion des déchets
Chargée de mission
JUST Samuel MTECT/cabinet
Conseiller économie
circulaire et prévention des
risques
BOLO Philippe
Député, co-auteur de l?amendement à
l?origine de l?article 6 II de la loi industrie
verte
Député
EVEN Astrid
DGE/ Sous-direction des industries de
santé, des biens de consommation et de
l?agroalimentaire
Directrice de projet Mode,
luxe et biens de
consommation
BAY France
DGE/ Sous-direction des industries de
santé, des biens de consommation et de
l?agroalimentaire
LANGLOIS Tom DGE
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Nom Prénom Organisme Fonction
COUREAU Audrey
CGDD/service de l?économie verte et
solidaire
Cheffe de service
MOIZO Juliette
CGDD/SEVS /SDE2 bureau des produits et
de la consommation durable
Cheffe de bureau
HANOT Julie
CGDD/SEVS/SDE sous-direction des
entreprises
Sous-directrice
DEGRAS Pascal CGDD/SEVS
Chef de projet affichage
environnemental
SOUVARY Charlotte Zero Waste
Responsable du plaidoyer
Zero Waste France
REILLE Clarisse Institut français du textile et de l?habillement Directrice Générale
DEBRUYNE Eva Institut français du textile et de l?habillement
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Nom Prénom Organisme Fonction
GARBOWSKI Carole Institut français du textile et de l?habillement
CLEOSTRATE Corinne DGDDI (Douanes)
sous-directrice des affaires
juridiques et de la lutte
contre la fraude
SIMONNEAU Florian DGDDI
Chef du bureau restriction
et sécurisation des
échanges
THIRIOT Céline DGDDI
Chef du bureau de la
politique des contrôles
MINOT Jean-Christophe
FEDEREC - Fédération Professionnelle des
Entreprises du Recyclage
Président
ESCOFFIER
François FEDEREC Président
DUPONCHEL Pierre FEDEREC Président Textile
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Nom Prénom Organisme Fonction
BURNAND Manuel FEDEREC DG
LECOQ Frédéric LACOSTE Directeur RSE
HARDY Maud REFASHION DG
TOUNSI GOFFIN Marc REFASHION
Responsable traçabiité à
la direction des opérations
MARSEILLE
Virginie REFASHION Directrice des opérations
VERBOUD
Margarita REFASHION
Responsable des affaires
juridiques et
institutionnelles
BALDINI
Sandra REFASHION
Directrice de la
communication
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Nom Prénom Organisme Fonction
LE MEUR Erwan PAPREC DGA
CAUDRON Jean-Charles ADEME
Directeur de la supervision
des filières REP
MARION Rolland ADEME
Directeur de l?économie
circulaire
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Annexe 3. Glossaire des sigles et acronymes
Acronyme Signification
ADEME
Agence de l?environnement et de la maitrise de
l?énergie
AEE Agence européenne de l?environnement
ANSES
Agence nationale de sécurité sanitaire de
l?alimentation, de l?environnement et du travail
BACI Base pour l?analyse du commerce international
CETI Centre européen des textiles innovants
CETIA CETI Aquitaine
CGCT Code général des collectivités territoriales
CGDD
Commissariat général au développement
durable
CJUE Cour de justice de l?Union européenne
CndT Coût net du tri
CSR Combustible solide de récupération
DGDDI
Direction générale des douanes et des droits
indirects
DGPR Direction générale de prévention des risques
ESS Économie sociale et solidaire
FNADE
Fédération nationale des activités de dépollution
et de l?environnement
GES Gaz à effet de serre
ICPE Installations classées pour l?environnement
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Acronyme Signification
IFM Institut français de la mode
IFTH Institut français du textile et de l?habillement
ModeCOM Mode de caractérisation des ordures ménagères
OMR Ordures ménagères résiduelles
PNTTD Pôle national des transferts transfrontaliers de
déchets
PPL Proposition de loi
REP Responsabilité élargie des producteurs
SER Service économique régional des ambassades
SN2E Syndicat national des bureaux d?études en
environnement et énergie
TLC Textiles, linges de maison et chaussures
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Annexe 4. Exemples de messages sur la collecte évoquant
des dons et semblant exclure les TLC seulement
abimés ou troués
Comme le montrent les exemples ci-dessous, les messages diffusés auprès du grand public
introduisent des confusions s?agissant des dons de textiles. Ils laissent penser que les points
d?apports volontaires ne collectent que des dons alors que tous les déchets textiles doivent y être
déposés.
Les seuls TLC qui sont exclus sont ceux qui sont « souillés ou mouillés ». Mais là encore ces
termes devraient être complétés pour faire comprendre que les TLC un peu sales ou simplement
abimés ou troués sont acceptés.
Sur le site de Refashion :
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Sur des PAV (points d'apport volontaire)
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Annexe 5. Les acteurs du marché de seconde main des
textiles en France et en Europe
Des grossistes sur un marché largement mondial
Il existe des acteurs importants spécialisés dans la gestion de fripes en gros pour les marchés
français et européens. On peut citer à titre d?exemple Eurêka Frip près de Rouen. Il dispose de
capacités de stockage de pièces pendant plusieurs dizaines d?années en fonction des
approvisionnements et des tendances de mode des marchés.
Des boutiques spécialisées
Il existe plusieurs types de boutiques,
? Des boutiques largement assises sur de la collecte comme Bis Boutiques Solidaire ou les
boutiques de la Croix-Rouge qui récupèrent les collectes d?une vingtaine d?associations et
écoulent la partie écrémée vers des centres de tri standard à un prix compris entre zéro
et trente euros la tonne.
? Les boutiques des recycleries ou des boutiques d?associations environnementales
comme celles d?Oxfam.
? Des boutiques « standard » approvisionnées auprès de grossistes, avec des
positionnements variés, Guerrisol, Freepstar, Kiloshop acteurs historiques du secteur,
des orientations vintages (Fripouille vintage, Petitechineuse), des orientations jeunes
comme Kiloshop. Elles s?approvisionnent auprès des grossistes européens par exemple
des grossistes hongrois, ou polonais, pour certaines elles sont des filiales de grossistes
comme Eureka Fripe qui possède les marques Kiliwatch, culture vintage et Kiloshop et
réalise un chiffre d?affaires de 40 millions d?euros.
? Des boutiques intégrées à des trieurs, comme Ding Fring, dépendant du Relais, les prix
s?étendent de quelques euros à une vingtaine d?euros. Les pièces de marque ou de qualité
peuvent être vendues jusqu?à une cinquantaine d?euros.
Les sites en ligne
Une offre de textiles de seconde main est proposée par un grand nombre d?acteurs : Depop, Vinted,
ThredUp, VideDressing, Vestiaire collective, Veepee (vente privée.com) mais aussi des sites
généralistes comme Zalando, le Bon Coin, Amazon, Paruvendu? A titre d?exemple, Vinted a
réalisé un chiffre d?affaires 2018 de 24, 3 M¤ sur la plaque France, Belgique Espagne. L?enseigne
La Redoute dispose également d?un site de vente en ligne de vêtements multi-marques de seconde
main. Cette activité de vente semble en forte croissance et continuerait à croître, selon l?étude
Thread up.
Bon nombre de ces acteurs ne sont pas conventionnés avec Refashion, puisque leur modèle
économique est celui de la vente de la crème, qui vient compenser les coûts de collecte. C?est
même la vente de la crème qui pousse les acteurs à trier, et non l?inverse (tri pour des objectifs
environnementaux).
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Quelques enseignes (Zara?) ont mis en place des services de récupération de leurs vêtements
dans certains points de vente.
Les activités caritatives (dons de vêtements, vestiaires solidaires)
La collecte des vêtements usagés représente 60% des revenus des trieurs, alors qu?ils
représentent environ 5% du tonnage.
Figure 19 : Les activités de seconde main dans les enseignes (source Etude resale
report ThredUp 2023)
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Annexe 6. Présentation des solutions de recyclage en
France
Les voies historiques de recyclage des déchets textiles utilisées en France ont disparu. Il s?agissait
notamment de la fabrication de couvertures, notamment en laine particulièrement dans le Rhône
(fermeture de Gleyvod à Cours en 1952, Giroux&fils à Sérézin en 1966, de Poizat à Cours en 1972).
La fabrication de papier de chiffon n?est quant à elle plus qu?artisanale.
Il existe aujourd?hui néanmoins quelques installations de recyclage, quelques projets industriels se
profilent et des projets de recherche se mettent en place.
L?ADEME a publié une étude sur le « Potentiel de recyclabilité des textiles non réutilisables » en
septembre 2023.
1. Les solutions de recyclages actuellement industrialisées
Actuellement, les quatre grands exutoires de recyclage de textiles sont les suivants :
? - la réutilisation en chiffons industriels, -la réutilisation sous forme d?isolants
phoniques ou thermiques,
? le recyclage mécanique sous forme de fil tout particulièrement pour la laine et les
textiles tricotés,
? la réutilisation des ouates de rembourrage.
Il faut noter aussi que les vêtements sont parmi les textiles parmi les plus difficiles à recycler à
cause de l?ensemble du travail de mise à façon des vêtements : apprêtement (teinture?), couture
(présence de points durs, coutures, rivets, fermetures éclairs?). En comparaison, les linges de
maisons (draps, serviettes?) comportent moins de coutures et autres points durs. Il en est de
même pour les chutes de fabrication, qui représentent 15 à 20% des tissus et qui par nature ne
comportent pas de points durs. Il faut donc s?attendre à ce que ces gisements soient utilisés en
priorité. D?une manière générale, il existe peu de données publiques sur cette industrie du
recyclage, son marché et ses coûts.
La production d?isolants acoustiques et thermiques a comme principal marché l?isolant acoustique
automobile. Mais ce marché risque de voir ses ventes diminuer avec le développement des
voitures électriques dont les moteurs sont moins bruyants. Les quantités d?isolants acoustiques
nécessaires sont donc moindres. Par ailleurs, les isolants phoniques sont par nature des pièces
volumineuses, difficiles à transporter et produites près des usines.
L?utilisation des déchets textiles pour produire des isolants thermiques dans les constructions est
plus anecdotique. D?après les entretiens menés par la mission, il est environ 10% plus cher que
les productions d?isolants à partir de laine de verre ou de laine de roche et ne représente environ
que 10% des volumes vendus en France. Le principal producteur français est Métisse® filiale du
Relais à Billy Berclau. A ce jour, l?activité du Relais dans ce domaine, qui s?appuie sur la reprise
d?un des derniers effilocheurs français, est dans une situation de rentabilité délicate. Les process
des isolants thermiques et phoniques sont assez similaires, ils commencent par un déchiquetage
des vêtements, en chiquettes, avec élimination des points durs puis un effilochage.
Des trieurs rencontrés par la mission ont signalé deux autres voies de recyclage de vêtements
français réalisées principalement au Pakistan et en Inde.
Il s?agit, d?une part, de la réutilisation des remplissages de doudounes et manteaux. Après
démontage des vêtements ils seraient principalement utilisés comme rembourrage dans
l?ameublement. En Inde, la destruction préalable des vêtements serait exigée afin de s?assurer
qu?ils n?y seront pas réutilisés. Les vêtements sont lacérés à coups de couteaux métalliques au
moment de leur mise en balle.
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D?autre part, le fil des vêtements tricotés peut assez facilement être réutilisé après démontage du
tricot. Ceux qui ne sont pas jugés revendables en fripes sont donc triés à part. Ils sont ensuite triés
par couleur, et les fils sont ensuite reconstitués.
Dans son bilan, Refashion fait état de quatre types de recyclage : effilochage pour la constitution
de non-tissés pour le bâtiment, l?automobile et le rembourrage ; la coupe de chiffons ; le défibrage
pour des fils de nouvelle étoffe ; le broyage pour des composites plastiques, des briques ou du
béton. Les volumes recyclés sont estimés à 31,3% des volumes triés.
2. Les projets industriels de recyclages en cours de déploiement
La mission a pris connaissance des études de l?Ademe sur les perspectives de recyclage.
Figure 20 : Localisation des acteurs du recyclage en France et les projets en cours en 2023
(source : Potentiels du recyclage des textiles non réutilisables, synthèse, ADEME 2023)
La mission a également identifié deux types de projets de recyclage en cours de déploiement. Du
recyclage mécanique pour réaliser de nouveaux fils de cotons, poly-coton ou polyester, et du
recyclage chimique pour le polyester.
Pour le recyclage mécanique, il s'agit essentiellement des projets français autour des filages de
Charlieu, avec le centre de surtri matière et couleur Nouvelles fibres textiles à Amplepuis, et d?un
projet turc de 70 millions d?euros financé par la filiale de l?AFD. Le process pour réaliser du fil de
recyclage suppose les étapes suivantes :
? Le tri précis matière et couleur des vêtements collectés.
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? Le déchiquetage, l?élimination des points durs et l?effilochage.
? La torsion des fibres et le cardage qui aligne les fibres.
? La filature.
Le process est face à trois types de blocages.
En premier lieu, il est nécessaire de réaliser le tri de la matière dans des conditions
économiquement efficaces. Les technologies en cours de diffusion sont basées sur des machines
capables d?automatiser le dévracage des vêtements et d?identifier les matières par scan infrarouge.
Le projet d?Amplepuis vise en premier lieu l?identification pour recyclage des matières à forte teneur
en polyester. Une première unité capable de traiter 20 000 tonnes par an est en cours de mise en
route. Si elle s?avère fonctionnelle, un investissement complémentaire portant les capacités à 100
000 tonnes d?euros pourrait être envisagé à l?horizon de trois à cinq ans.
Le deuxième blocage réside dans la qualité du traitement de déchiquetage, d?enlèvement des
points dur et d?effilochage. L?enjeu crucial est celui de la longueur des fibres résiduelles qui est
bien plus courte que celle des fibres « naturelles ». Elle conditionne la quantité de matière recyclée
maximum qui peut être incorporée au fil de recyclage. Les Textiles de Charlieu ont aujourd?hui un
objectif de 30% de matière recyclée dans le fil de recyclage. Cette entreprise a une activité
commerciale de niche qui est essentiellement tournée vers la réalisation de sacs de caisse en
polyester recyclé. L?essentiel de la matière utilisée n?est pas constitué de vêtements recyclés faute
de ressource triée en quantité du point de vue de la matière et de la couleur. Les principales
sources sont des chutes de production textiles. Les tris réalisés à Amplepuis sont néanmoins
utilisés dans le process. Il convient de noter que l?usine de Tissages de Charlieu traite des fils
recyclés qui proviennent d?installations situées hors de France.
A plus long terme, le CETI évoque un objectif de 70% de matière recyclée dans les nouvelles fibres.
Ceci suppose que les fibres de longueur moyenne initiale de 32 mm gardent une longueur
moyenne de 23mm à l?issue de l?effilochage. Pour ce faire, les process d?effilochage doivent moins
casser de fibres et donc être plus lents, donc vraisemblablement plus.
A ce stade, la mise en oeuvre concrète des objectifs de Textiles de Charlieu nous semble une étape
importante.
Parmi les quatre projets de déploiement de recyclage chimique identifiés lors de la mission, seul
semble subsister le projet de Carbios avec une usine à Longlaville soutenu par France 2030. Il
s?agit à partir de PET usagé de récupérer les molécules monomères initiales, ici par une voie
enzymatique biologique. L?usine qui devrait démarrer en 2025, aura une capacité de de 50 000
tonnes de déchets par an. Toutefois compte tenu de la qualité des gisements la priorité de Carbios
sera de traiter des déchets d?emballages avant d?envisager l?utilisation de textiles usagés.
3. Les projets de recherche sur le recyclage thermique et chimique
Il existe de nombreux projets de recherche sur le recyclage des matières textiles.
Outre l?amélioration des process en cours de déploiement, il faut citer :
? Le recyclage thermique du PolyEthylèneTéréphtalate, polymère thermoplastique,
refondu en pellets avec lesquels il est possible de reconstituer des fibres synthétiques.
Ce process ne présente pas un coût énergétique aussi élevé que le recyclage chimique. En
revanche, il entraine un vieillissement du polymère, notamment en raison des ruptures de
ses chaines et des interactions avec ses charges (charge minérales, colorants?).
? Le recyclage chimique du coton qui permet de fabriquer des fibres similaires à la
viscose, produite à partir de bois.
Selon les informations collectées par la mission, ces process sont encore au niveau de la recherche
et ne seront pas en phase pilote avant cinq à dix ans.
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Au terme de cette analyse sur le recyclage, il est important que la 2ème phase de l?étude sur la
recyclabilité des textiles soit publiée.
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Annexe 7. Fiches pour quelques pays importateurs de
déchets textiles
Annexe 7.1. Fiche CHILI
Fiche réalisée à partir des éléments fournis par le service économique de Santiago de
l?Ambassade de France au Chili
1. Un essor fulgurant des importations de vêtements usagés
Selon les données de la Banque centrale, le Chili aurait importé près de 120 000 tonnes de textiles
usagés en 202369, faisant du pays le 6ème importateur mondial de vêtements de seconde main
(données BACI). Ce volume d?importation a connu une forte croissance pendant la pandémie de
Covid-19 (multiplication par près de trois entre 2020 et 2021). Malgré une baisse observée en 2022
et 2023, les volumes importés demeurent toujours à un niveau largement supérieur à ceux
observés avant la pandémie.
Importations de vêtements usagés au Chili entre 2017 et 2023 (en kt)
Année 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023
Quantité 69 66,3 64,4 53,0 156,7 131,6 120
Figure 21. Source : Banque centrale du Chili, quantité en milliers de tonnes
Figure 21. Évolution des importations textiles usagés du Chili, en pesos et en milliers de
tonnes (source : Banque centrale du Chili)
Les textiles usagés importés au Chili proviennent, principalement des États-Unis (46% en 2023),
de Corée du Sud (10 %), du Canada (9 %), de l?Union européenne (7 %, dont la moitié depuis
l?Allemagne) et de Chine (7%).
La France occupe une place dérisoire parmi les pays exportateurs : 24 tonnes en 2022 d?après
les données BACI.
69 Les données agrégées au niveau national proviennent de la Banque centrale du Chili tandis que les données désagrégées par partenaire
géographique sont issues des données des Nations unies, qui peuvent présenter des différences en raison de méthodologies différenciées.
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Au Chili, une grande partie des textiles usagés entre par le port d?Iquique, dans le nord du pays,
qui fait partie d?une zone franche (Zofri70) créée en 1975 afin de favoriser l?économie et l?emploi
locaux. Dans ce contexte fiscal favorable, l?importation des textiles de seconde main s?est
considérablement développée. Les déchets textiles importés, souvent bruts de collecte, subissent
plusieurs cycles de tri, de revente et de recyclage, en partie liés au secteur informel mais un
écosystème local d?entreprises du recyclage s?est développé (Procitex, Ecocitex, CIRKLA?).
Les TLC triés ou recyclés sont, soit vendus dans le pays comme par exemple sur le marché en
plein air d?Alto Hospicio, la Quebradilla, soit réexportés notamment vers le Pérou ou le Paraguay
(27 000 et 4 000 tonnes). Des études signalent qu?existent aussi des exportations de contrebande
vers la Colombie.
2. Le droit applicable aux transferts transfrontaliers de déchet
Le Chili a signé et ratifié la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontières de
déchets dangereux et de leur élimination.
Il est membre depuis 2010 de l?OCDE.
Par conséquent, la décision (2001) 107/FINAL s?applique aux transferts de déchets entre pays
membres de l?OCDE. S?agissant de déchets de la liste « verte » comme les déchets textiles, les
transferts ne sont soumis à aucune procédure de contrôle particulier.
3. De graves conséquences environnementales et sanitaires
La majeure partie des vêtements importés n?ayant pas été retenus pour être revendus ou recyclés
sont transportés, puis déversés dans des décharges illégales dans le désert d?Atacama (60% en
2021). Ce déversement produit d?importants dommages socio-environnementaux et sanitaires
dans le nord du pays : les vents puissants du désert d?Atacama dispersent les déchets, une partie
des vêtements est incinérée par des riverains, provoquant des émissions des fumées toxiques
préjudiciables, enfin, lorsqu?ils sont enfouis, les vêtements sont à l?origine de pollutions des sols et
des nappes phréatiques dans une région déjà très pauvre en eau.71
4. Un cadre légal et une action publique encore limités malgré une réelle volonté
politique de régulation des déchets textiles
Le ministère de l?environnement travaille actuellement sur l?intégration des textiles dans le champ
de la loi de 2016 établissant un mécanisme de responsabilité élargie des producteurs (REP).
L?ajout de cette disposition permettrait de contraindre légalement les entreprises importatrices du
secteur de la mode à financer la gestion et le recyclage des déchets textiles. Une étude d?impact
social et économique d?une telle modification législative est en cours.
Par ailleurs, une « stratégie d?économie circulaire pour les textiles » pour « réduire et prolonger la
durée de vie par la réutilisation, la réparation et la valorisation »72 est en préparation depuis 2023
avec la participation active d?acteurs privés comme publics, d?universitaires, de représentants du
secteur financier et de l?industrie textile réunis au sein d?un comité stratégique pour le textile.
Bien que la société civile chilienne soit largement mobilisée, l?initiative privée reste fortement
contrainte par l?obtention des divers permis sectoriels et environnementaux, y compris dans le
domaine du recyclage de textiles usagés. Plusieurs entreprises, notamment européennes, ont
essayé de développer des solutions de recyclage et de traitement des déchets textiles mais se
70 https://www.zofri.cl/
71 Voir par exemple le site Novethic : https://www.novethic.fr/actualite/environnement/pollution/isr-rse/pollution-textile-au-chili-une-decharge-de-
vetements-visible-depuis-l-espace-151559.html ou le reportage de FranceTVinfo : https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/chili-le-desert-
d-atacama-la-decharge-du-monde_5503644.html
72 Site du ministère chilien de l?Environnement : https://economiacircular.mma.gob.cl/textiles/
PUBLIÉ
https://www.novethic.fr/actualite/environnement/pollution/isr-rse/pollution-textile-au-chili-une-decharge-de-vetements-visible-depuis-l-espace-151559.html
https://www.novethic.fr/actualite/environnement/pollution/isr-rse/pollution-textile-au-chili-une-decharge-de-vetements-visible-depuis-l-espace-151559.html
Juin 2025 Les exportations des déchets textiles et des textiles
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retrouvent confrontées à un régime administratif très contraignant, propre au cadre des affaires
chiliennes et qui rend les décisions d?investissement plus risquées en raison des faibles marges
du secteur du recyclage.
5. L?OCDE incite le Chili à intensifier ses efforts en matière de déchets
Le Chili a fait l?objet en 2024 d?un troisième examen environnemental de cette organisation de
coopération internationale73.
Le rapport souligne le taux très important de mise en décharge des déchets municipaux (92%).
Bien qu?il constate des progrès importants, le rapport recommande de moderniser les centres
d?enfouissement en imposant des normes environnementales plus strictes et de concevoir une
stratégie globale d?investissement à long terme dans les infrastructures de tri et de traitement des
déchets. Il invite aussi le Chili à accélérer l?extension de la REP aux textiles, classés parmi les
produits prioritaires par le pays lui-même.
73 https://www.oecd.org/fr/publications/examens-environnementaux-de-l-ocde-chili-2024-version-abregee_e8f9f4bd-fr/full-report.html
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Annexe 7.2. Fiche COTE d?IVOIRE
Cette fiche a été établie sur la base d?une note (non datée) de M. Kouakou David Brenoum du
laboratoire Espace, Système prospective, Institut de géographie tropicale, Université Félix
Houphouët-Boigny à Abidjan
Introduction
La Côte d?Ivoire connaît une urbanisation rapide. Cette urbanisation est corrélée à des mutations
dans tous les domaines, davantage perceptibles à Abidjan, la métropole ivoirienne (4, 4 millions
d?habitants, soit 38,5% de la population urbaine et 19,4% de la population totale du pays). Ces
mutations touchent le secteur de l?habillement et de la mode et concernent aussi les vêtements
d?occasion ou fripes. Interdits d?importation en Côte d?Ivoire en 1975 sous le régime du président
Félix Houphouët-Boigny, jusqu?en 1992, ces vêtements sont importés en grande quantité. Des
grands espaces de vente lui sont consacrés dans la capitale économique ivoirienne.
1 Historique
Le commerce de l?habillement d?occasion en Afrique coloniale a commencé après la deuxième
guerre mondiale quand l?Amérique riche entreprend un vaste mouvement de générosité envers
l?Europe et fait don des vêtements usagés. Avec le pouvoir d?achat des Européens qui s?est
amélioré et la reconstruction d?après-guerre, cela a été le tour de l?Europe d?envoyer ces textiles
dans les colonies puis dans les Etats africains naissants.
Dans la période post-indépendance, les pays d?Afrique noire adoptent des politiques de substitution
des importations et interdisent pour la plupart l?importation d?habillement d?occasion en vue de
protéger officiellement l?industrie naissante de toute concurrence.
Le président Houphouët-Boigny reste, quant à lui, fermement opposé au commerce de fripes,
symbole à ses yeux d?un recyclage stigmatisant pour la construction nationale. Il développe à cet
effet une législation contraignante jusqu?à la fin des années 1990, assurant la défense des
complexes industriels textiles de première génération. Une ordonnance du 30 septembre 1975
interdit ainsi l?importation sur le territoire douanier national de tous les articles de friperie. De même
est interdite l?installation d?usines de reconditionnement de friperie sur le territoire ivoirien.
Au-delà de la protection de l?industrie textile et du rejet d?une image dégradante pour le pays, cette
législation est motivée par le souci de préserver la santé des populations, car à l?époque, la fripe
était vendue en l?état sans traitement préalable. Ce qui posait des problèmes d?hygiène d?autant
plus qu?une bonne partie de la fripe provenait des bases des soldats américains de la guerre du
Vietnam.
Cependant, l?interdiction d?importation a été contournée. La fripe écoulée sur le marché ivoirien
serait issue de réexportations en provenance du Nigéria et du Ghana.
2 La libéralisation, un tournant décisif du marché de la fripe à Abidjan
À partir des années 1980, la libéralisation progressive des économies nationales amène la Côte
d?Ivoire, sous la pression des commerçants, à permettre l?entrée contrôlée de fripes. Une politique
de quotas est mise en place dans un premier temps. Elle débute en 1992 et une dizaine
d?importateurs nationaux ou originaires du Nigéria, du Ghana et du Liban sont comptabilisés. Puis,
intervient, en 1997, l?ouverture totale du marché national de la friperie aux flux internationaux. Elle
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est marquée par une augmentation significative du nombre des importateurs, jusqu?à atteindre une
cinquantaine. Les droits de douane sont toutefois élevés, l?importation de fripes étant taxée à plus
de 50% de leur valeur. Ce faisant, les marchandises transitent par d?autres ports de l?espace ouest-
africain (Tema au Ghana ou Cotonou au Bénin) dont les conditions fiscales et tarifaires sont plus
favorables. Par ailleurs, l?interdiction de vendre la fripe au Nigéria occasionne le développement
de flux à partir du Bénin vers le Ghana et la Côte d?Ivoire. Cette époque connaît une démultiplication
du nombre d?intermédiaires et des lieux de vente dans les marchés de la ville d?Abidjan.
Aujourd?hui, c?est un produit qui est directement importé en Côte d?Ivoire par les sociétés d?import-
export à partir des principaux foyers de charité de l?Armée du Salut, Goodwill, St Vincent-de-Paul,
de la Croix Rouge du Canada, des Etats-Unis, de la France, de bien d?autres pays européens et
asiatiques. Les balles importées par les grossistes sont vendues à des grossistes, fournisseurs
directs des détaillants de fripes sur les marchés spéciaux d?Abidjan.
3 De l?ampleur du marché de la fripe à Abidjan
Relativement peu important dans les années 1980, le marché de la fripe connaît une véritable
explosion à Abidjan. Les services des douanes ivoiriennes ont enregistré 31 539 tonnes de fripes
en 2014 contre 19 435 en 2009. Les volumes de la contrebande, difficilement quantifiables, ne
seraient pas moins importants.
Toute la ville est concernée, y compris les quartiers riches.
Il y a quinze marchés qui proposent de la fripe en 2020, contre 5 en 2005.
4 Moteurs du commerce de fripes
5.1 La création d?emplois
. Entre 1960 et 1980, la Côte d?Ivoire a connu une embellie économique, qualifiée de miracle
économique. Mais, suite au renchérissement du prix du pétrole et à la baisse des prix du café et
du cacao, le pays est entré en récession économique. Divers programmes d?ajustements
structurels (PAS) sont alors imposés au pays par la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire
International. En réponse, les populations investissent le secteur informel dont le commerce de
fripes. Son commerce ferait vivre des dizaines de milliers de personnes.
Exhortés depuis 1996 à reprendre en main le commerce local, secteur accaparé par les étrangers
(notamment Nigérians, Ghanéens, Béninois, nigériens, Guinéens et Libanais), les Ivoiriens sont de
plus en plus nombreux à vendre des vêtements d?occasion. Ainsi, au fil des années, la friperie s?est
progressivement transformée en une véritable industrie génératrice d?emplois informels et de
revenus en Côte d?Ivoire.
Outre les emplois directs mentionnés, le commerce d?habillement d?occasion entraîne de
nombreux emplois induits : buanderies, blanchisseries, ateliers de couture.
5.2 Des vêtements de grandes marques et de qualité
Toutes les classes sociales s?habillent en vêtements d?occasion. Ces personnes disent se tourner
vers eux pour la qualité des articles offerts. En effet, la plupart des produits vendus seraient
étiquetés des grandes marques de la mode vestimentaire. Ces vêtements seraient meilleurs et
plus durables que les habits neufs issus de la fast fashion.
Des articles de premier choix en très bon état, propres et jamais portés se retrouvent souvent dans
les balles parce que mal confectionnés ou invendus ou encore passés de mode. Ici, on trouve
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souvent des pièces uniques avec lesquelles le consommateur se singularise.
5 Les implantations des marchés de fripes et impacts environnementaux
Les marchés de fripes transforment le paysage d?Abidjan. Ils donnent lieu à des « baraquements
inesthétiques, à des étalages encombrants et à des entassements ou éparpillement d?articles à
même le sol sur des bâches en plastique. »
Dans la pratique de leurs activités, les commerçants génèrent beaucoup de déchets (des morceaux
de tissus des couturiers, des sachets d?eau ou de jus de fruits et des restes d?aliments) dont la
gestion n?est pas toujours aisée. Ces activités font naître des dépotoirs dans ces marchés ou leurs
environs.
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Annexe 7.3. Fiche ÉMIRATS ARABES UNIS (EAU)
1. Une activité de production de vêtements de première main limitée
En matière de vêtements la façade des émirats arabes unis est son activité de galeries
commerçantes de luxe essentiellement importé. L?évolution du souk de Dubaï, de l?échange de
tissus destinés à la taille de vêtements, vers des échoppes d?influence pakistanaise ou indienne
en marge des activités de confection de vêtements sur mesure témoigne du peu d?influence de
l?activité textile émirati.
Le pays profite néanmoins de ses ports pour développer une activité d?entrepôts, et de
transformation sous douane. Mais elle reste limitée par le difficile accès à la main d?oeuvre par
rapport à des pays comme la Turquie ou le Bengladesh.
2. En matière de seconde main, les EAU sont un hub de tri
Avec 9,7 millions d?habitants, les Émirats arabes unis ne sont pas une source importante de
vêtements de seconde main.
Néanmoins, nous avons jugé utile de traiter le cas des Émirats Arabes Unis. Ils sont en effet un
hub important de tri porté par une volonté d?implanter des centres de tri sur des zones franches
notamment à Sharjah.
Cette politique est évidente sur les bases de données.
Dans BACI, les Émirats arabes Unis importent pour 363 605 tonnes de fripes et déchets textiles
pour 220 millions de dollars. Les plus gros pays exportateurs sont le Royaume Uni et l?Australie
avec deux fournissent qui représentent 40% des volumes. Mais l?ensemble de l?Europe représente
137 000 t soit 37% des expéditions.
Pays exportateurs Total valeurs Tonnes
Royaume-Uni $62 205 73 561
Australie $30 310 73 307
Espagne $12 109 33 857
Allemagne $8 143 25 260
Belgique $4 909 17 720
Inde $16 819 16 320
États-Unis $19 574 16 149
Chine $10 580 11 206
France $4 796 11 088
Pakistan $9 385 10 231
Autres
Total général $220 694 363 605
Figure 22. Chiffres BACI des importations de fripes et déchets textiles vers les Émirats
Arabes Unis
Les EAU exportent 181 170 tonnes de fripes pour 162 millions de dollars. Nous retrouvons ainsi le
chiffre habituel de 50% de fripes réutilisables une fois triés. Mais nous ne savons pas identifier la
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destination de l?autre moitié des TLC usagés triés.
Pays Total valeurs Tonnes
Afrique subsaharienne (dont Tanzanie, Congo, Zambie,
Kenya?) $68 289 48 947
Asie de l'Est (Principalement Chine) $43 148 48 722
Asie du Sud (dont Inde et Pakistan) $6 330 19 378
Asie de l'Ouest (dont Irak 10 000t) $21 339 17 743
Europe du Nord $3 037 11 575
Europe de l'Ouest $2 205 7 914
Australie et Nouvelle-Zélande $1 052 7 421
Europe du Sud $1 581 4 958
Asie du Sud-Est $2 307 4 797
Amérique du Nord $803 3 430
Europe de l'Est $1 411 1 690
Afrique du Nord $4 934 1 597
Amérique latine et Caraïbes $2 458 1 576
Mélanésie $3 030 1 308
Figure 23. Chiffres BACI des exportations des Émirats Arabes Unis en milliers d?euros et
tonnes
L?Afrique subsaharienne et l?Asie de l?est avec notamment la Chine sont les deux plus gros
marchés émiratis. Par rapport aux autres pays trieurs, les Émirats arabes unis ont des clients
spécifiques, notamment l?Irak et les pays d?Afrique de l?ouest. On peut noter ci-dessous le faible
prix des déchets textiles envoyés en Inde.
Pays Total valeurs Tonnages
Chine $41 017 48 182
Inde $1 852 13 673
Irak $10 213 10 722
Royaume-Uni $2 486 10 652
Tanzanie $13 853 9 857
Australie $1 035 7 379
République démocratique du Congo $5 750 5 849
Pakistan $4 379 5 565
Zambie $10 205 5 163
Kenya $5 681 4 824
Figure 24. Dix premiers pays cibles des Émirats Arabes Unis en matière de fripes. Milliers
de dollars et tonnes.
La France exporte 11 000tonnes de fripes vers les Émirats Arabes Unis, qui est le quatrième plus
gros destinataire derrière le Pakistan, la Tunisie et la Belgique. En retour, la France importe 1 263
tonnes des EAU, probablement de la crème.
Mais le plus important dans notre analyse est que les principaux débouchés des EAU sont des
pays d?Afrique avec 48 947 tonnes de vêtements.
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3. Des entreprises internationales
Un certain nombre de trieurs internationaux sont implantés aux Émirats Arabes Unis.
On peut citer :
? Usman International, entreprise pakistanaise implantée aux Émirats, qui traite 1 300
containers de 40 pieds par an depuis 2008 https://www.usmaninternational.com/
? Golden Coast,
? Zaals Textile
? Al Anwar Trading
? Nord sud export à Sharjah, sur la zone franche de l?aéroport Alwir,
https://nordsudexport.com/
? Samar Textiles
? SK Export créé en 2020, au même endroit, https://sk-export.com/
4. Le droit applicable aux transferts transfrontaliers de déchet
Les Émirats Arabes Unis sont hors de l?OCDE. Dans le cadre de la convention de Bâle, ils ont
choisi d?interdire l?importation de fripes. Nous sommes donc confrontés à une situation ubuesque.
Le pays a développé une activité de tri de déchets textiles importés alors qu?il en interdit
formellement l?import.
Confronté à des manques de capacité de tri, un acteur français, le Relais envoie des bruts de
collecte vers les Émirats Arabes Unis. A l?initiative du PNTTD, les ports français ont refusé ces
exports. Pour contourner cette interdiction, le Relais est passé par les Pays-Bas, puis par la
Belgique. Dans le cadre de la coopération sur le suivi des déchets en Europe, les autorités
néerlandaises puis belges ont contacté leurs homologues français et fixé une position commune
sur les exportations françaises de brut de collecte et de fripes vers les Émirats Arabes Unis. Le
PNTTD a contacté son point de contact émirati sur le sujet, sans parvenir à faire évoluer la situation.
Le sujet ne semble pas suffisamment important pour attirer l?attention des autorités émiratis.
Les bases de données témoignent de la persistance de ces pratiques puisqu?il demeure des
exportations de fripes vers les Émirats Arabes Unis. Une partie correspond à de l?activité vers des
particuliers, y compris pour des fripes très haut de gamme de haute couture voire de collection,
mais l?essentiel des volumes est de la matière à trier.
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Annexe 7.4. Fiche GHANA
Sources : Direction générale du Trésor, Association des professionnels du textile de seconde
main au Ghana, Fondation Or, Greenpeace
1. Qui sont les acteurs ?
1.1. En France
La majorité des textiles usagés envoyés en Afrique de l'Ouest proviennent de structures à vocation
sociale et d'entreprises spécialisées dans la collecte et le tri des vêtements, telles que :
? Le Relais : Un acteur majeur qui traite des milliers de tonnes de vêtements usagés
chaque année. Au Sénégal, par exemple, cette entreprise fournit 500 tonnes de
vêtements annuellement, tout en triant 200 à 250 tonnes supplémentaires à son centre
de Diamniadio au Sénégal.
? Secours Catholique, Croix-Rouge, Emmaüs : Ces associations participent également à la
collecte et à l'exportation de vêtements usagés à destination de l'Afrique.
? Amiratex France : Spécialisée dans la vente de vêtements usagés et leur exportation vers
l'Afrique de l'Ouest, incluant le Burkina Faso et le Sénégal.
? FRIPEIN STORE UNITED : Grossiste en vêtements d'occasion exportant vers plusieurs
pays d'Afrique de l'Ouest, dont le Burkina Faso et le Sénégal.
1.2. Au Ghana
Le pays est le premier importateur de textiles usagés d?Afrique, mais la France n?est qu?en seizième
position au regard des tonnages d?importation. D?après les données du CEPII de 2021, le marché
représente 214 M$.
Les importations textiles chinoises ont inondé le marché, représentant plus de 60 % des produits
textiles vendus localement, ce qui a entraîné une baisse de la production domestique de plus de
50 % au cours des 20 dernières années.
Une balle de 45 kg de jeans peut coûter entre 50 000 et 70 000 francs CFA (environ 76 à 106
euros).
2. Quels sont les principes du traitement des textiles usagés et textiles
Le Ghana est le deuxième plus grand importateur mondial de vêtements d?occasion après le
Pakistan, avec 5,1 % de la part de marché mondiale (2020).
Le Royaume-Uni est le plus grand exportateur de vêtements d?occasion vers le Ghana, suivi de la
Chine. En 2022, un total de 121 934 tonnes de vêtements d?occasion, connus sous le nom d?Obroni
Wawu (vêtements d?hommes blancs morts) ont été importés au Ghana en provenance du monde
entier. Une partie est transportée directement vers d?autres régions du Ghana, et la majorité est
envoyée au marché de Kantamanto. De là, les vêtements d?occasion sont réexportés vers d?autres
pays d?Afrique de l?Ouest et vers d?autres régions du Ghana, avec environ 300 tonnes restant à
Kantamanto pour être vendues sur le marché. Le marché de Kantamanto est le plus grand marché
d'occasion du Ghana et l'un des plus grands du monde, avec 5 000 boutiques et 30 000 personnes
travaillant entre les étals en bois et les allées étroites. Autrefois connu pour ses vêtements
d'occasion de bonne qualité en provenance de l'Occident, plusieurs observateurs signalent que les
importations de vêtements d'occasion contiennent aujourd'hui des quantités croissantes d'articles
de mauvaise qualité et de fast fashion surproduits. Une enquête récente menée auprès de 370
détaillants du marché, révèle que les déchets dans les balles importées représentent moins de 5%
du tonnage. Toutefois, dans l?étude de Greenpeace, les commerçants ont indiqué que jusqu?à 60 %
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des vêtements usagés contenus dans ces balles sont invendables et qualifiés de « borla ». Tous
ces vêtements ne seront pas jetés, car les vêtements continuent à circuler sur le marché, où il
existe un marché de la « troisième main » et surtout un marché très actif de réparation. Environ 10
à 40 % d?entre eux finissant par être jetés. Les commerçants signalent que la qualité et la revente
des articles contenus dans les balles ont diminué au cours des 5 à 6 dernières années,
principalement en raison de leur mauvais état, mais aussi de styles inadaptés et du manque de
fonctionnalité pour le marché ghanéen, de sorte que le revenu qu?ils peuvent tirer d?une balle
typique est souvent insuffisant.
Le pourcentage de 40% de produits sortant des balles qui deviennent immédiatement des déchets
se trouve dans plusieurs documents : ceux de l?Agence européenne de l?environnement, de
l?Institut français de la mode, aussi de la Fondation Or et comme on l?a vu de Greenpeace.
L?association des professionnels de la seconde main (GUCDA Ghana Used Clothing Dealers
Association) conteste ce chiffre, en signalant que seuls 5% des textiles contenus dans les balles
sont des déchets.
En fait la mission s?est fait une opinion : tout le monde a raison. Il est en effet très vraisemblable
que 95% des textiles arrivant au Ghana sont des textiles en bon état, dit autrement que les
exportateurs n?envoient pas en fraude des « déchets ». Mais ils ne trouvent pas preneur une fois
arrivés. Et donc ils deviennent déchets parce que personne n?en veut.
Et en revanche tout le monde reconnaît qu?il n?y a aucune structure de gestion des déchets au
Ghana, les seules décharges autorisées étant pleines depuis plusieurs années. Les conditions de
travail et les infrastructures du marché sont dangereuses ? en novembre 2022, l?un des principaux
centres de refabrication où des millions de vêtements d?occasion sont réparés, teints, imprimés et
recyclés a été détruit par un incendie. Et le 3 janvier 2025, la totalité du marché de Kantamanto a
été détruite par un incendie, fort heureusement sans victime.
Greenpeace a conduit une étude très approfondie de caractérisation des déchets issus du marché
de Kantamanto. Elle a cherché à savoir quel était le devenir des balles, et comment les textiles,
même « mettables » devenaient des déchets.
Voici tout d?abord le résultat de cette étude sur les marques qui ont pu être identifiées des déchets
récupérés par Greenpeace :
Marque Nombre de vêtements Pourcentage
H&M 134 3,06
Marks and Spencer 131 3,00
Next 109 2,49
Zara 90 2,06
George 88 2,01
Primark 68 1,55
New look 64 1,46
Atmosphere 51 1,17
F&F 45 1,03
River Island 36 0,82
TU 35 0,80
Papaya 33 0,75
Topshop 30 0,69
Dorothy Perkins 23 0,53
Shein 22 0,50
Gao 19 0,43
BHS 18 0,41
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Old Navy 15 0,34
Forever21 15 0,34
Fashion 14 0,32
Figure 25. Les résultats sur 4 373 vêtements
90% de ces produits contiennent des matières plastiques, la plupart mélangées à d?autres fibres
ce qui rendrait tout recyclage très difficile en Europe.
Dans son document le GUCDA a quant à elle produit un document d?une tonalité différente, fondée
sur le fait que favoriser la seconde main était bon pour l?environnement, puisqu?il évitait autant de
productions neuves avec de forts impacts sur l?environnement.
Leur conclusion est la suivante.
« Le rapport de la GUCDA vise naturellement à défendre le commerce des vêtements usagés, qui
représente une part importante de l?économie et des moyens de subsistance de nombreuses
personnes au Ghana, contre la publicité négative des médias occidentaux sur l?élimination des
vêtements usagés dans des décharges informelles à Accra. Ils décrivent le système du marché de
Kantamanto comme « un écosystème textile hautement durable sur le plan environnemental »
La conclusion du rapport de Greenpeace est le suivant : « Greenpeace et d?autres ONG ont
exprimé leur soutien aux communautés d?Accra qui vivent de l?importation de vêtements usagés et
ont proposé des solutions qui doivent être adoptées à la fois dans les pays exportateurs et au
Ghana. Néanmoins, présenter la situation d?Accra sous un jour trop positif, comme le fait le rapport
de la GUCDA, n?est peut-être pas utile face à une réalité environnementale vraiment difficile et au
besoin urgent d?améliorer les conditions environnementales, sanitaires et sociales générées par
les importations de vêtements usagés. »
Ces différences de point de vue procèdent de la même source du problème. Il y a trop de textiles
importés et de plus en plus de textiles de mauvaise qualité. Selon certains observateurs, « la
véritable source du problème, ce sont les volumes croissants de vêtements de mauvaise qualité,
jetables et de mode rapide, et les preuves que beaucoup de ces articles ne sont pas utiles,
utilisables ou revendables au Ghana et ne peuvent donc pas être remis à neuf, réparés ou recyclés,
malgré les compétences et la créativité des populations locales dans ces domaines. Cela ne tient
pas compte non plus du fait que la menace la plus immédiate pour le commerce des vêtements
d?occasion au Ghana n?est pas l?interdiction de l?exportation de vêtements d?occasion, mais
l?effondrement potentiel du système de collecte des vêtements d?occasion en Europe, qui est mis
à rude épreuve par les volumes de vêtements de mode rapide de faible valeur. Toutes les parties
impliquées dans ce système devraient donc porter leur attention sur cet échec du modèle
commercial de la mode rapide et trouver des solutions. »
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Annexe 7.5. Fiche MADAGASCAR
Cette fiche s?appuie sur les données transmises par la DGT/SE de Madagascar
Figure 26 : carte de Madagascar
Capitale : Antananarivo
Population en 2024 : 31,4 millions d?habitants et une projection à plus de 98 millions d?habitants à
horizon 2100
Commerce extérieur de Madagascar concernant le textile :
? Exportations de produits « Intégralité du HS code 63 - Autres articles textiles confectionnés
; assortiments ; friperie et chiffons » de la France vers Madagascar : 4,4 M USD en 2023,
contre 5M USD en 2022, soit une baisse de -12,3% entre 2023 et 2022 (source TradeMap)
? Importations de produits « Intégralité du HS code 63 - Autres articles textiles confectionnés
; assortiments ; friperie et chiffons » de la France en provenance Madagascar : 10.9 M USD
en 2023, contre 10.1 M USD en 2022 et 5,3 M USD en 2021, soit un volume qui a doublé
entre 2021 et 2023 (source TradeMap)
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? Importation de produits « Intégralité du HS code 63 - Autres articles textiles confectionnés
; assortiments ; friperie et chiffons » de Madagascar en provenance de tous pays : 88,4 M
USD en 2023 ; 101,9 M USD en 2022 et 92,9 M USD en 2021 (source TradeMap)
Figure 27. Provenance des importations arrivant à Madagascar
Figure 28. Provenance des codes HS 63 en arrivée à Madagascar
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Classement des 20 premiers pays exportateurs vers Madagascar pour les produits relevant du
HS code 63 « autres articles textiles confectionnés ; assortiments ; friperie et chiffons » - à valeur
d?importation en milliers d?USD (source TradeMap).
La France occupe le 3ème rang très loin derrière la Chine.
Les textiles provenant d?Inde, du Pakistan, des Émirats Arabes Unis, sont vraisemblablement pour
la plupart des textiles provenant d?ailleurs, notamment d?Europe, et transitant dans ces pays pour
être triés.
Pays
Valeur
importée en
2019
Valeur
importée
en 2020
Valeur
importée
en 2021
Valeur
importée en
2022
Valeur
importée en
2023
Total Monde 75 242 70 804 92 929 101 888 88 363
Chine 41 156 41 884 57 429 62 434 57 954
Pakistan 9 575 8 632 10 798 11 999 10 441
France 7 246 5 283 7 227 7 422 5 848
Inde 3 149 2 104 1 874 4 565 2 676
Émirats arabes unis 1 253 717 1 334 2 021 1 803
Etats-Unis
d'Amérique
1 250 1 106 1 953 1 874 1 391
Belgique 1 291 1 271 1 568 1 813 1 211
Canada 1 752 1 370 1 105 779 1 068
Afrique du Sud 552 655 991 1 531 945
Australie 1 421 1 179 1 291 1 383 929
Bangladesh 288 670 921 2 156 905
Allemagne 1 144 681 881 1 191 683
Taipei Chinois 432 1 000 2 273 428 405
Tanzanie 0 228 354
Italie 954 569 183 376 214
Turquie 51 50 901 166 213
Pays-Bas 1 15 64 174 199
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Figure 29. Evolution des importations en valeur en arrivée Madagascar
Panorama du secteur textile à Madagascar :
Le secteur du textile et de l?habillement est le 1er secteur manufacturier de Madagascar et le plus
grand employeur de main-d?oeuvre après l?agriculture. Le secteur textile représenterait environ 1/5
du PIB national et totaliserait 7 % des investissements directs étrangers (IDE). La chaîne
d?approvisionnement du textile à Madagascar, qui comprend la culture du coton, son fibrage, sa
filature, son tissage et enfin la confection, fournit autour de 180 000 emplois formels, dont 110 000
par les sociétés de confection exportatrices. La plupart des usines sont situées à Antananarivo et
à Antsirabe.74
Madagascar est le premier pays exportateur de textile neuf vers l?UE et le 2ème pays exportateur
de textile (en 2022) vers les Etats-Unis, en Afrique subsaharienne.75 Les exportations textiles
représentent en 2022 près de 16,2 % des exportations totales du pays, quoiqu?en baisse par
rapport à 2021 (18%). Madagascar bénéficie de nombreux partenariats économiques, notamment
l?accord de partenariat économique intérimaire avec l?UE ratifié en 2013 et amendé en 2020 ainsi
que l?African Growth and Opportunity Act (AGOA) que Madagascar a réintégré en 2014. Le pays
peut également bénéficier d'un marché régional, étant présent dans trois organisations
économiques régionales (CDAA, COMESA, COI) et signataire de l'accord de libre-échange
tripartite (TFTA)
La loi des finances (LFI) 202276 a supprimé de nombreux avantages fiscaux relatifs aux Zones et
Entreprises Franches (ZEF) alors que le secteur textile représente la moitié des entreprises
franches du pays.
La crise de la Covid-19 a conduit à une baisse mondiale de la demande de textile qui persiste.
Après des années de croissance, l?industrie du textile a enregistré une baisse des exportations
vers les Etats-Unis et vers l'UE. La demande peine à redémarrer sur les différents marchés, et
notamment en Europe, ce qui freine la croissance du secteur textile dans le pays.
Selon le ministère de l?environnement malgache en septembre 2024, Madagascar produirait
chaque année environ 10 000 tonnes de déchets textiles par an.77 Quand ils ne sont pas éliminés
par incinération ou enfouissement, souvent illégal, les déchets textiles sont valorisés par le
réemploi en tant que tissu (notamment pour l?essuyage), fils, le recyclage chimique et mécanique.
Plusieurs projets portant sur le recyclage et la gestion de produits textiles :
? L?entreprise française Le Relais, a lancé en 2008 le centre « TARATRA » de valorisation
et de recyclage des produits textiles à Fianarantsoa78. Le textile, importé de France, est
74https://www.ilo.org/sites/default/files/wcmsp5/groups/public/@ed_dialogue/@sector/documents/publication/wcms_860693.pdf
75 https://www.agenceecofin.com/agrobusiness/2112-114845-madagascar-est-devenu-le-second-exportateur-de-vetements-a-
destination-des-usa-en-2022
76 https://www.impots.mg/public/wysiwyg/upload/files/DGI%20SLIDE.pdf
77 https://newsmada.com/2024/09/10/recyclage-des-dechets-textiles-madagascar-pret-a-relever-le-defi/
78 Le centre de tri TARATRA | Le Relais Madagascar
Slovaquie 52 7 66 107 153
Union européenne
non définie ailleurs
689 192 262 261 137
Thaïlande 16 29 33 39 127
PUBLIÉ
https://www.ilo.org/sites/default/files/wcmsp5/groups/public/@ed_dialogue/@sector/documents/publication/wcms_860693.pdf
https://www.agenceecofin.com/agrobusiness/2112-114845-madagascar-est-devenu-le-second-exportateur-de-vetements-a-destination-des-usa-en-2022
https://www.agenceecofin.com/agrobusiness/2112-114845-madagascar-est-devenu-le-second-exportateur-de-vetements-a-destination-des-usa-en-2022
https://www.impots.mg/public/wysiwyg/upload/files/DGI%20SLIDE.pdf
https://newsmada.com/2024/09/10/recyclage-des-dechets-textiles-madagascar-pret-a-relever-le-defi/
https://www.lerelais.mg/rubriques/centre-de-tri
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Juin 2025 Les exportations des déchets textiles et des textiles
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contrôlé, classé et conditionné pour ensuite approvisionner le marché local. 450 tonnes de
vêtements seraient traitées chaque mois par le centre.
? Le groupe industriel Socota, basé à Antsirabe et employant près de 5 000 personnes dans
l?industrie textile, a signé une convention de partenariat avec le ministère du Tourisme et
de l?artisanat en septembre 2024, portant sur le recyclage de ses déchets textiles (chutes
de tissus) au profit des artisans de la région Vakinankaratra.
? Fin 2022, un jeune entrepreneur français, Sofiane Bouhali, a créé la marque de
vêtements pour enfants et bébé « Azala » à partir de chutes de tissus et déchets
textiles79
? Le projet « Promotion de l?économie circulaire dans le secteur du textile et de l?habillement
par la gestion durable des produits chimiques et des déchets », financé par le Fonds pour
l?environnement mondial et soutenu par le ministère de l?Environnement malgache et
l?Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI), a été lancé à
Madagascar le 9 septembre80. Ce projet de 5 ans vise à promouvoir la réutilisation et le
recyclage des déchets textiles, favorisant ainsi le développement de l?économie circulaire
dans ce secteur. Trois entreprises du secteur textile (Aquarelle, Epsilon et Tropic Knits)
participeront au projet et serviront de sites pilotes.
79 https://www.intracen.org/fr/nouvelles-et-evenements/nouvelles/upcycling-un-nouveau-talent-a-madagascar
80 Ministère de l'Environnement et du Développement Durable | République de Madagascar
PUBLIÉ
https://www.intracen.org/fr/nouvelles-et-evenements/nouvelles/upcycling-un-nouveau-talent-a-madagascar
https://www.environnement.mg/?p=9713
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Annexe 7.6. Fiche PAKISTAN
Le Pakistan est le premier destinataire des exportations françaises. Il s?agit essentiellement de
fripes de seconde qualité, dont la moitié terminera en Afrique et de matières à recycler (fil de coton
ou rembourrage de manteaux).
1- Un pays avec un marché de la seconde main limité
Le Pakistan n?est pas un pays de fripes de seconde main important. La vente de fripe internationale
est interdite de fait. Contrairement à l?Inde, il n?y a pas de pratique organisée de vente de fripes
locales.
2- Un pays à l?activité textile importante
Le Pakistan est un pays de 221 millions d?habitants avec industrie textile importante, huitième
exportateur de textile d?Asie, active depuis la production de coton, la filature jusqu?à la confection.
Elle emploie environ 8 millions de personnes soit 40% de la main d?oeuvre industrielle. Elle
représente 8.5% du PIB 2020 de 1 076 milliards de dollars. Cette industrie a été mise en place au
moment de l?indépendance avec des caractéristiques très spécifiques : investissements nationaux
ou proche du pouvoir, protection militaire des usines, lutte contre la syndicalisation? Le pays est
notamment très présent dans le linge de maison.
Parmi les acteurs de promotion de l?industrie textile au Pakistan, il convient de citer « All Pakistan
Textile Mills Association », dont les données ont été utilisées pour élaborer cette fiche. Une baisse
de l?activité de plus de 20% a été observée en 2023. Cette baisse aurait entraîné la fermeture de
25 à 30% des usines textiles.
Une industrie du tri et du recyclage textile importante
a) Activité de tri
Selon l?acteur du secteur implanté dans la zone spéciale de Karachi en 2004, Retex global, le
Pakistan dispose de 82 centres de tri licenciés qui emploient 10 000 personnes. Ils réalisent 200
millions de dollars de chiffre d?affaires principalement via des exportations vers les pays en
développement. L?activité se développe sur la base des faibles coûts salariaux avec un salaire
minimum mensuel officiel à 1,60 euros de l?heure et 125 ¤ par mois. Le salaire mensuel moyen
après impôts de 170¤.
Une recherche rapide a permis d?identifier les acteurs suivants :
Umba group,
Usman international ou
Usman Global trading
Pakistan Karachi export
processing Zone,
Sharjah, Turquie (Mersin)
https://umba-group.com/
https://www.usmaninternational.com/
Deuxième plus gros trieur mondial
3800 containers de 40 pieds par an
53% Afrique
Bushra international Karachi http://www.bushra-intl.com/
Trieur
Imperial rags Karachi https://imperialrags.biz/
Al Tawakkal Karachi https://altawakkal.com/
Interloop https://interloop-pk.com/
Retex Global Karachi https://retexglobal.com/
Zeal textile https://zealtextile.net/
PUBLIÉ
https://umba-group.com/
https://www.usmaninternational.com/
http://www.bushra-intl.com/
https://imperialrags.biz/
https://retexglobal.com/
https://zealtextile.net/
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J and k textile Karachi https://jandktextile.com/
Imperial rags Karachi https://imperialrags.biz/
Jamal textile https://jamaltextilerecycling.com/
Figure 30. Les principaux acteurs
50% des pièces reçues sont réexportées, avec une valeur ajoutée de 30 à 40%. C?est le coeur du
marketting des acteurs identifiés revendre des fripes de qualité dans les pays développés, de la
seconde qualité en Afrique, des chaussures et des jouets, des chiffons pour l?industrie. Le devenir
des 50 autres pour cent est moins claire entre recyclage (rembourrage des manteaux, fil de laine,
recyclage du PET) et élimination en décharge.
Usman International qui est aussi implanté à Sharjah et en Turquie est le plus gros acteur
Pakistanais.
b) Activité de recyclage
Depuis la France, le Pakistan est avec l?Inde un pays ou semblent envoyés de nombreux
produits/déchets pour recyclage. Il s?agit notamment de doudounes et manteaux qui seraient
démontés manuellement et dont les rembourrages seraient réutilisés notamment dans
l?ameublement. Des produits tricotés seraient aussi, triés par matière et couleur, détricotés sur
place pour produire de nouveaux fils notamment de laine. Enfin des fripes de très basse qualité,
jugées non vendables, seraient envoyé pour recyclage depuis la France.
c) Données statistiques
Selon la base BACI, de synthèse des échanges mondiaux le Pakistan importe 436 000 t
de fripes sous le code 6309 pour 305 millions de dollars, et il exporte 250 000t pour 259
millions de dollars.
Les pays destinataires sont avant tout les pays d?Afrique 162 500 t pour 156 millions de
dollars, puis les pays développés Amérique du Nord et Europe 66 000 t et 83 millions de
dollars et enfin les pays d?Asie du Sud-Est pour 59 000t et 504 millions d?euros.
Le solde donne à penser qu?il y a une activité de tri qui repart vers l?Afrique en particulier,
et une activité de recyclage (ou d?élimination), peut-être aussi de réutilisation
1) Echanges avec la France et l?Europe
Depuis la France, la situation est un peu différente, les trieurs déclarent envoyer deux types de
produits au Pakistan, de la fripe de seconde ou troisième qualité qui aurait vocation a être recyclée,
et des produits à recycler. Il s?agit notamment de doudounes dont le rembourrage a vocation à être
réutilisé, ou de vêtements bas de gamme jugés inaptes à la fripe d?exportation et qui est exportée
au Pakistan sans suivi.
2) Les évolutions envisagées
Sur la base de la stratégie européenne pour des textiles durables et circulaires81, APTMA a
clairement identifié un vecteur de changement. Il identifie les changements suivants :
? le changement de nomenclature de certains déchets faussement importé sous le vocable
fripes,
? la traçabilité des installations de recyclage,
? le développement de systèmes de traitements des déchets, avec l?arrivée des premiers
incinérateurs,
81 https://environment.ec.europa.eu/strategy/textiles-strategy_en
PUBLIÉ
https://jandktextile.com/
https://imperialrags.biz/
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? l?installation d?usines de recyclage de fibre Polyester (recycled Polyester Staple Fiber
rPSF)
? et développer un système de traçabilité.
Sources :
? https://aptma.org.pk/eus-textile-waste-and-used-clothing-in-pakistan/
? https://www.bing.com/videos/search?q=textile%20au%20pakistan&view=detail&mid=62E
E0AD711C5D0DFAD0062EE0AD711C5D0DFAD00&ajaxhist=0
? "Le capitalisme à main armé" Laurent Gayer Chercheur au Centre d'études et de
recherches internationales (CERI/Sciences Po, Paris)
o https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-enjeux-internationaux/a-
karachi-l-industrie-du-textile-la-fast-fashion-et-la-pegre-6365324
? Noreen Akhtar : Eu green deal : implication for Pakistan?s textile sector
https://aptma.org.pk/wp-content/uploads/2023/11/EU-GREEN-DEAL-IMPLICATIONS-
FOR-PAKISTANI-TEXTILE-EXPORTERS.pdf
? Sustainable Consumption and Production Trends of Textiles and Apparel Industry in
Pakistan, Jawad Naeem & Amna Siddique
? Entretien avec la thésarde de Science po Eva Bossuyt.
PUBLIÉ
https://aptma.org.pk/eus-textile-waste-and-used-clothing-in-pakistan/
https://www.bing.com/videos/search?q=textile%20au%20pakistan&view=detail&mid=62EE0AD711C5D0DFAD0062EE0AD711C5D0DFAD00&ajaxhist=0
https://www.bing.com/videos/search?q=textile%20au%20pakistan&view=detail&mid=62EE0AD711C5D0DFAD0062EE0AD711C5D0DFAD00&ajaxhist=0
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-enjeux-internationaux/a-karachi-l-industrie-du-textile-la-fast-fashion-et-la-pegre-6365324
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-enjeux-internationaux/a-karachi-l-industrie-du-textile-la-fast-fashion-et-la-pegre-6365324
https://aptma.org.pk/wp-content/uploads/2023/11/EU-GREEN-DEAL-IMPLICATIONS-FOR-PAKISTANI-TEXTILE-EXPORTERS.pdf
https://aptma.org.pk/wp-content/uploads/2023/11/EU-GREEN-DEAL-IMPLICATIONS-FOR-PAKISTANI-TEXTILE-EXPORTERS.pdf
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Annexe 7.7. Fiche TUNISIE
Cette fiche a été établie sur la base d?une note du SER
1. Qui sont les acteurs ?
1.1. En France
En France, les acteurs de la fripe destinée à l?export sont principalement les associations caritatives.
Le Relais d?Emmaüs est l?acteur majeur de la collecte des textiles usagés. Les associations
envoient ensuite ces textiles usagés dans des pays tiers, notamment en Tunisie, afin qu?ils y soient
triés à un coût moindre qu?en Europe.
1.2 En Tunisie
En Tunisie se trouvent 47 entrepôts industriels et 3 entrepôts francs82. Le tri est une activité
industrielle, cependant de nombreuses entreprises ne sont pas déclarées à l?Agence de Promotion
de l'Industrie et de l'Innovation APII. L?ANGED (Agence Nationale de Gestion des Déchets) a une
liste officielle des collecteurs/recycleurs agréés de déchets textiles, mais les capacités de recyclage
sont difficiles à évaluer, notamment parce que le secteur de la fripe a ses propres capacités qui ne
sont pas évaluées. Parmi les entreprises de recyclage recensées, 6 ont des filatures avec capacité
d?effilochage : une seule pour le recyclage textile-textile, 4-5 pour le recyclage textile en non-tissé
et quelques autres pour le recyclage textile en chiffons, serpillères, lingettes.
Le nombre d?entrepôts est limité. Lors d?un conseil ministériel, en date du 30 octobre 2003, il a été
décidé de ne plus autoriser l?ouverture de nouvelles unités. Ces entrepôts sont principalement
situés dans le Grand Tunis et les gouvernorats de Kairouan, Manouba et Sousse. Tunis.
1.3 Transport
Le transport entre la France et la Tunisie s?effectue par des transporteurs tunisiens ou français, tel
que Bolloré Logistics, qui effectuent des aller-retours. Le transport se fait principalement par
remorques qui transitent sur des navires rouliers et arrivent au port de Tunis-Radès. Le transport
se fait aussi par conteneurs mais la France l?utilise peu. Il concerne surtout les textiles en
provenance des Etats-Unis, du Canada et des pays nordiques, mais en proportion moindre.
2. Quels sont les principes du traitement des textiles usagés et textiles ?
2.1. Les principes
L?importation d?articles de fripes est très encadrée en Tunisie. La loi n?autorise l?importation de
fripes qu?en cas de délivrance d?une autorisation annuelle d?importation par le ministère du
Commerce après avis du ministère de l?Industrie83. Ces autorisations ne sont délivrées qu?aux
entreprises respectant cumulativement les cinq conditions suivantes84 :
? délivrance du régime de l?entrepôt industriel par le Ministère des Finances après avis du
Ministère chargé de l?Industrie (nouvel article 3 du décret de 2005) ;
? apurement d?au moins 50% des anciennes importations de fripes, permettant un
agrément du Ministère du Commerce et de l?Artisanat (article 6 du décret de 1995) ;
82 Liste p.8-9 rapport CONECT
83 Etude économique du secteur de la friperie en Tunisie (conect.org.tn), page 10-11
84 Décret n° 2005-2038 du 18 Juillet 2005, modifiant et complétant le décret n°95-2396 du 2 décembre 1995 relatif aux
modalités d'importation, de transformation et de distribution de la friperie
PUBLIÉ
https://www.conect.org.tn/wp-content/uploads/2022/07/Etude-eiconomique-du-secteur-de-la-friperie-en-Tunisie.pdf
https://www.pist.tn/jort/2005/2005F/Jo0592005.pdf
https://www.pist.tn/jort/1995/1995F/Jo09895.pdf
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? réexportation dans les 6 mois suivant leur réception d?au moins 30% des fripes
importées ;
? transformation dans les 6 mois suivant leur réception d?au moins 20% des fripes
importées ;
? si mise sur le marché locale, respect des contingents annuels attribués par gouvernorat.
Les douanes tunisiennes ont fixé les modalités d?importation, de transformation et de distribution
de la friperie dans le décret 2005- 2038 du 18 juillet 2005 : « la friperie doit être importée en l?état
d?origine, non triée dans des sachets de collecte présentés en vrac, en balles, sacs ou
conditionnement similaires à l?exception des balles de tricots ou pulls en acrylique, en polyester ou
en coton importées obligatoirement pour l?effilochage ».85
Le décret 2005-2038 du 18 juillet 2005 définit les articles de friperie comme « les articles usagés
en matière de textile consistant en des vêtements et des accessoires de vêtements, couvertures,
linges de maison, et articles d?ameublement et autres articles usagés relevant de la position n°
63090000023 du tarif douanier » dans son article premier (nouveau). Ces articles doivent être
réexportés ou détruits et ne peuvent pas être mis à la consommation selon la loi tunisienne.
Les codes douaniers sont normalement fixés par le pays exportateur, et chaque pays a sa propre
interprétation de ce qu?elle considère comme déchet. Ainsi, la différence entre le code 6309 et le
code 6310 est ténue. Des déchets déclarés exportés en 6310 (de « vrais » déchets) sont reclassés
en 6309 (fripes) à l?arrivée.
Cette interprétation nationale des définitions douanières peut aussi évoluer dans le temps : la
Tunisie considérait les chaussures et les couvre-chefs importés comme des déchets en 1995, mais
plus en 2005.
L?existence du code du catalogue européen des déchets CED 200111 relatif aux déchets textiles
met en lumière la porosité et la complexité du classement des textiles usagés entre fripes et
déchets : toute la fripe tunisienne importée depuis l?UE a été exportée en tant que déchet sous ce
code alors même qu?une grande partie est importée en Tunisie en tant que fripe sous le code SH
6309. Malgré une uniformité des définitions au niveau national, la classification douanière est
difficile : les produits ne sont ni homogènes ni uniformes ce qui rend les contrôles, plutôt rares,
subjectifs.
Le régime de l?entrepôt industriel s?applique à l?importation de produits devant être utilisés pour la
fabrication destinée simultanément au marché intérieur et à la réexportation sans que l?industriel
soit en mesure de déterminer lors de la mise en oeuvre la partie qui sera finalement réexportée.
L'importation de la friperie est réalisée sous le régime de l'entrepôt industriel aux fins de son triage
et de sa transformation en chiffons d'essuyage et en effilochés. Le régime de l'entrepôt industriel
est accordé par décision du ministre des finances après avis du ministre de l'industrie.
Ces entrepôts bénéficient d?un régime de suspension qui leur permet d?importer la marchandise et
ne payer les droits que sur la proportion mise à la consommation sur le marché local. Mais la
catégorisation n?est pas claire puisque le rapport de la CONECT indique qu?actuellement on ne
parle plus du régime de l?entrepôt industriel mais du régime de transformation sous douane pour
l?exportation partielle puisque désormais l?entrepôt industriel doit être réservé à l?usage exclusif du
triage et de la transformation de la friperie (l?article 150 bis du Code des douanes promulgué par
le décret beylical du 29 décembre 1955 est remplacé par les dispositions du nouveau Code des
85 Ministère des Finances-Registre électronique des formalités fiscales et douanières condition n°10
PUBLIÉ
http://www.registre.finances.gov.tn/detail.php?code=56#:~:text=D%C3%A9cret%20%3A%20N%C2%B095%2D2396,annuel%20de%20la%20friperie%20import%C3%A9e.
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douanes promulgué par la loi 2008-34 du 2 juin 2008 et plus particulièrement par les articles 201
à 205 de ce dernier code).
Le volume du marché de seconde main
Volume des importations tunisiennes de textiles usagés (code SH
6309), en tonnes
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023
Total
136 787 155 285
147
819
138
674
139
187
140
449
141
309
140
772
140
495
Dont UE
102 138 112 095
116
292
105
812
108
145
108
265
108
548
106
497
97
672
FRANCE
23 170 23 665 23 791 22 340 20 078
18 582 22 978 20 225 18
733
Volume des importations tunisiennes de déchets textiles (code SH 6310), en
tonnes
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023
Total 4 000 4 777 4 119 4 482 4 812 6 021 1 198 1 231 736
Dont UE 2 897 3 732 3 064 3 244 3 503 166 155 30 21
Dont France 21 34 22 15 17 4 6 6 2
Dont
avitaillement
48 72 20 360 518 703 1 021 1 201 716
Figure 31. Evolution des volumes d?importation pour le code HS 6309 et 10 en Tunisie
Mise sur le marché local :
La mise sur le marché local, aussi appelée mise à la consommation, est définie par des quotas
accordés aux industriels semestriellement. Les quotes-parts sont attribuées aux grossistes pour
une zone d?activité correspondant au gouvernorat de délivrance. Les grossistes doivent donc
fournir la fripe aux fripiers de leur gouvernorat possédant une carte de bénéficiaire. L?objectif est,
couplé à l?interdiction d?importation de fripes déjà triées, de créer de l?emploi et de couvrir
l?ensemble du territoire par une répartition uniforme des agréments. Mais dans les faits, les
grossistes inondent le marché au-delà de leurs zones légales, en recourant parfois à la corruption.
Les acteurs de la fripe ont aussi trouvé un moyen de contourner la loi en créant des entités
intermédiaire disposant de « patente » pour faire l?intermédiaire entre les gouvernorats. 80% des
autorisations octroyées le sont pour des personnes qui ne font pas partie du secteur, et
-
200
400
600
800
1 000
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023
Principaux pays exportateurs d'articles de fripes (6309) vers la
Tunisie depuis 2015, données INS
Bélgique France Allemagne Italie Pays bas Slovénie Royaume uni Suisse Canada Etats-unis
PUBLIÉ
Juin 2025 Les exportations des déchets textiles et des textiles
usagés
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l?importation est limitée à 10 tonnes chaque semestre par professionnel. Cette quantité n?est pas
suffisante pour un professionnel du secteur puisque 10 tonnes est le volume nécessaire pour un
seul mois d'exercice.86 Le contingent annuel, qui n?a pas été actualisé depuis 1995, est de l?ordre
de 10 500 tonnes par an. En 2024 ce quota n?est pas suffisant pour répondre aux besoins du
marché local. Selon les analyses de la CONECT, sur la base du quota accordé à la mise à la
consommation de la friperie (qui se situe à 12% du volume du textile neuf consommés sur le
marché local) et sur la base des 10 500 tonnes imposées en 1995, le quota destiné à la friperie
devrait se situer à environ 19 262 tonnes pour l?année 2015 et évoluerait à presque 21 200 tonnes
en 2020.
D?après les discussions du SER avec des acteurs du milieu, une licence d?importation de fripes
peut aisément s?acheter pour 4-5 M TND (un peu plus d?un million d?euros) avec un retour sur
investissement de l?ordre de 2 ans. Les quotas ne sont d?ailleurs que peu respectés : un trieur
tunisien vend pratiquement toute sa fripe sur le marché local, sans respecter la règle de 30% de
réexportation. Même si les fluctuations du marché à l?achat de la licence peuvent être assez
importantes, le marché local absorbe systématiquement les variations. Le risque pour les trieurs
est d?avoir des impayés, généralement de l?ordre de 10 à 15%, mais cette activité reste largement
rentable. D?autant plus que toute la chaîne de vente se fait en cash, de l?acheteur jusqu?au trieur
en passant par tous les intermédiaires. Le trieur doit simplement déposer l?argent à la banque pour
obtenir des devises et acheter ses fripes à l?étranger.
Les fripes mises sur le marché local sont l?« extra-crème », la « crème » et le « deuxième choix ».
Ces dénominations dépendent de la typologie du textile, de son âge, de son aspect, de ses défauts
et de sa marque. L?extra-crème correspond au haut du panier, avec des produits de grandes
marques, la « crème » a des produits récents, d?aspect neuf et sans défauts. Ces deux catégories
représenteraient seulement 2% des importations87. Le deuxième choix correspond à des textiles
pouvant présenter des défauts minimes ? un bouton en moins par exemple ? et de marques bas
de gamme ou moyenne gamme. Il est à noter que, d?après le rapport de la CONECT, les articles
définis comme déchets dans la loi - et énumérés dans la partie I sur les conditions d?importation -
inondent le marché tunisien, en particulier les articles en cuir et les chaussures, malgré l?obligation
de les détruire ou de les réexporter.
Le marché de la fripe est conséquent en Tunisie : plus de 80% des Tunisiens vont « à la fripe » et
achètent au moins une pièce par an soit un minimum de 10 M de pièces achetées, et les acteurs
tunisiens du textile indiquent que 70 000 tonnes de fripes vont sur le marché local chaque année,
soit à raison de 4 000 pièces par tonne, 280 M de pièces par an.
Il emploierait aussi indirectement 220 000 personnes, en majorité des femmes, notamment dans
les usines qui ont entre 150 et 200 employés pour les usines de taille moyenne et 1500 à 2000
employés pour les plus grosses. Les emplois sont générés par les usines mais aussi par la collecte,
les douanes, les transporteurs et tous les intermédiaires.
3. Réexport
Depuis l?entrée en vigueur du décret relatif aux modalités d'importation, de transformation et de
distribution de la friperie de 2005, les exportations n?auraient en moyenne pas atteint les
pourcentages fixés par la législation : 17 % en volume et 23 % en valeur selon la CONECT alors
que la loi impose un minimum de 30%
3.1 Réexport vers l?Algérie
En Algérie, la friperie est interdite d?importation depuis 2009, alors que le pays était historiquement
86 Passage de M Hamdi kannou Président Du Groupement Professionnel de la friperie | Facebook
87 Vidéo | Facebook Enquête sur la fripe tunisienne de TF1, à 3:53
PUBLIÉ
https://www.facebook.com/conect.tunisie/videos/passage-de-m-hamdi-kannou-pr%C3%A9sident-du-groupement-professionnel-de-la-friperie-r/2727057690648380/
https://www.facebook.com/watch/?v=520267568569558
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usagés
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largement approvisionné par le marché tunisien. La Tunisie servait alors principalement de marché
de transit avant d?atteindre les marchés algériens et libyens. Depuis l?interdiction, les fripes se sont
beaucoup plus développées sur le marché local. Cependant l?activité en Algérie n?a jamais
réellement cessé, un grand réseau de contrebande s?étant mis en place. On estime que 90% de la
friperie exposée aux clients en Algérie provient de la Tunisie via la région de Bir El-Ater, à 90
kilomètres au sud du chef-lieu de la wilaya de Tébessa. Le marché algérien est intéressant pour
les fripiers tunisiens puisqu?ils se font payer en euros. L?ordre de grandeur des flux de fripes vers
l?Algérie ne doit toutefois pas être surévalué, la plupart des fripes étant importées par des porteuses
de balles de textiles à travers les champs qui longent la frontière tuniso-algérienne et qui se
trouvent sur les deux territoires nationaux. D?après l?Institut national de la statistique (INS), la
Tunisie aurait officiellement exporté 49 tonnes de fripes à l?Algérie en 2023, soit moins de 0,17%
des exportations de fripes du pays.
3.2 Libye et Afrique subsaharienne
La Libye n?interdit pas l?importation de fripes. Par conséquent la Tunisie approvisionne beaucoup
le pays, qui sert aussi de relais pour l?Afrique subsaharienne. Les importations de fripes tunisiennes
ont fortement diminué ces derniers temps en raison du contexte sécuritaire de la Libye qui implique
des difficultés aux frontières, illustrées par la fermeture du poste frontière de Ras Jedir entre mars
et juillet 2024.
Les fripes destinées à la Libye et à l?Afrique subsaharienne sont surtout du troisième choix : les
acheteurs ne sont pas les ménages moyens libyens mais les migrants transitant par le pays ou les
personnes très pauvres. Les fripes destinées à l?Afrique subsaharienne sont aussi du troisième
choix ou des vêtements d?été. D?après l?INS, la Tunisie n?aurait exporté aucune fripe à la Libye
mais aurait exporté 4,58k tonnes de fripes à l?Afrique subsaharienne, soit 15,6% de ses
exportations.
Exportation par Produits en quantités (en tonnes)
6309 - Articles de friperie :
Série d'années
Pays 2023 2024
Benin 835 378
Guinée équatoriale 93 125
Gabon - 23
Ghana 177 150
Guinée 1 271 783
Côte d'ivoire 887 838
Mali 141 57
Niger 550 -
Guinée Bissau - 25
Sénégal 292 96
Togo 332 245
Burkina Faso - 30
Total 4 576 2 751
Figure 32. Données 2024 provisoires Source : Institut National de la Statistique INS
3.3 Quelle est l?industrie textile en Tunisie ?
D?après le rapport de la CONECT, 70% des entreprises du secteur sont des sous-traitants
confectionneurs de chaîne et trame et bonneterie, soit des activités à faible valeur ajoutée. Les
capacités de recyclage et de valorisation des textiles sont insuffisantes, ce qui montre qu?il n?y a
PUBLIÉ
http://apps.ins.tn/comex/fr/comex_nsh4_serie.php?chaptr=6309&b=q&b1=e&c=d
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pas de réelle valorisation de la friperie : dans le meilleur des cas les fripes sont réexportées triées
(rapport CONECT p.15).
Le constat peut sembler contre-intuitif mais le marché européen importe principalement du déchet
textile de Tunisie (10 605 tonnes en 2023, dont 3 740 tonnes en France) et très peu de fripes (795
tonnes en 2023 dont 547 tonnes en France) d?après les chiffres UE, alors même qu?il exporte de
grandes quantités de ce qui est considéré comme du déchet en Europe mais comme des fripes en
Tunisie. Par déchet, il faut comprendre des chiffons d?essuyage, des draps blancs, des effilochés
pour des opérations de nettoyage ou de lavage en application industrielle. Ce sont des produits
très absorbants et techniquement intéressants. Ils proviennent soit des chutes des entreprises
textiles tunisiennes, qui sont moins performantes que les usines françaises et produisent donc plus
de chutes que ces dernières, soit de l?effiloché produit à partir de fripes ou autres matières textiles
de mauvaise qualité et pouvant répondre aux 20% de transformation et 30% d?export nécessaires
à une licence d?importation de fripes. Le recyclage des textiles est d?ailleurs toujours mécanique et
jamais chimique.
Les chiffres déclarés concernant les déchets textiles exportés sous le code SH 6310 vers la France
diffèrent également selon la source, mais relativement moins que les fripes : 3 740 tonnes (UE)
contre 5 492 tonnes (INS) de déchets en 2023.
Production tunisienne de déchets par les entreprises du secteur textile
D?après un rapport de Switchmed sur les déchets textiles en Tunisie et au Maroc, les déchets
textiles tunisiens générés par l?industrie sont de 31 k tonnes par an dont 25% fibres pures (coton
pur, synthétique pur?), 38% de mélanges de coton, plus difficiles à valoriser et sont à 55% issus
de coupe. 70% des déchets sont concentrés dans 5 régions voisines, avec 27% pour Monastir.
Les déchets réutilisables, représentant 6,3k tonnes, sont classés en deux catégories : le stock mort
(1,8 k tonne), qui correspond à l?ensemble des stocks entreposés depuis longtemps, invendus et
qui, s?ils ne sont pas réutilisés, peuvent être coupés en morceaux et gérés comme des déchets de
coupe, ainsi que la surproduction (4,5 k tonnes) qui, s?ils ne sont pas réutilisés, peuvent être
effilochés et gérés comme des déchets textiles.
A ces déchets textiles industriels s?ajoutent les déchets issus de la fripe : 24 % des fripes importées
ont été détruites sur la période 2007-2017 (rapport CONECT p.29). De plus, la loi exige que 20 %
des fripes importées soit transformées, le plus souvent en chiffons ou autres articles textiles
considérés comme des déchets, mais elle n?est que rarement respectée puisque la plupart des
entreprises de fripes industrielles tunisiennes ne font qu?une simple activité de tri et n?ont donc pas
la capacité de recyclage nécessaire. Ce problème représente une perte de valeur ajoutée pour la
filière qui pourrait développer ses activités de recyclage.
Et enfin il existe des déchets industriels générés par la destruction des prototypes et des non-
conformités qui, bien qu?illégale, est réalisée en Tunisie.
PUBLIÉ
https://switchmed.eu/wp-content/uploads/2021/07/MAROC_TUNISIE_DA_9_Cartographie_D%C3%A9chetsTextiles.pdf
Sommaire
Résumé
Liste des recommandations
Liste des propositions opérationnelles attachées aux recommandations
Introduction
1. La production de textiles neufs et la gestion de leurs déchets ont de forts impacts environnementaux
1.1 Les données globales du marché des TLC
1.1.1. Une forte croissance de la production mondiale de textiles et de leur mise sur le marché
1.1.2. La consommation européenne augmente et les prix baissent
1.1.3. La consommation française présente les mêmes tendances
1.2 Les données économiques et l?organisation du marché des TLC usagés
1.2.1 L?Europe est le 1er exportateur mondial de fripes
1.2.2 L?Europe exporte ses fripes majoritairement en Afrique et en Asie
1.2.3 En France, la gestion des déchets TLC, soumise à la responsabilité élargie des producteurs (REP), échappe en grande partie à l?éco-organisme agréé
1.2.3.1 La collecte des déchets textiles en France : sa structuration et ses insuffisances
1.2.3.2 Le tri est soutenu mais reste insuffisant
1.2.3.3 Le marché des vêtements de seconde main en Europe et en France
1.2.3.4 L?équilibre de la filière des déchets TLC collectés en France repose sur l?export
1.2.3.5 Les capacités de recyclage des textiles français sont insuffisantes et ne seront pas disponibles à court terme
1.2.3.6 L?utilisation des combustibles solides de récupération (CSR) reste marginale
1.3 Les conséquences sanitaires et environnementales des textiles et de leurs déchets
1.3.1 En amont, les pollutions générées par l?industrie textile
1.3.2 En aval, les impacts des déchets textiles sur l?environnement et la santé humaine
1.3.3 L?accélération des impacts environnementaux et sanitaires liée à la Fast-fashion
1.4 Le cadre juridique ne permet pas de juguler le volume des exportations de déchets textiles
1.4.1 Un encadrement juridique des déchets textiles à plusieurs niveaux
1.4.2 Des notions qui prêtent à de multiples interprétations (déchet, fripe, réemploi, réutilisation, don)
1.4.2.1 La révision de la directive cadre déchet clarifie la notion de déchet textile
1.4.2.2 Au regard du droit des douanes, les fripes ne sont pas des déchets mais le sont au regard de la convention de Bâle
1.4.2.3 Une notion de sortie de statut de déchets (SSD) actuellement bien trop laxiste
1.4.3 Une réglementation de l?exportation variable selon les pays de destination qui n?est pas toujours respectée
1.4.4 Très peu de contrôles aux frontières et même en France
1.4.5 Les obligations au titre des installations classées et la connaissance des flux
1.4.6 Les obligations de traçabilité des déchets TLC, qu?ils restent en France ou partent à l?exportation, ne paraissent ni respectées ni contrôlées
1.4.6.1 Les obligations de traçabilité qui pèsent sur les acteurs de la filière des déchets TLC
1.4.6.2 Les obligations de traçabilité qui pèsent sur Refashion
2 Mieux et plus traiter les déchets textiles en France
2.1 Limiter et encadrer les exportations de déchets textiles et de textiles usagés
2.1.1 Le règlement de 2024 devrait ralentir les exportations si les fripes sont considérées comme des déchets
2.1.2 La France porte une proposition de modification de la convention de Bâle très radicale
2.2 La nécessaire augmentation des capacités de traitement des textiles en fin de vie en France et en Europe
2.2.1 Augmenter les capacités de recyclage et l?utilisation de la fibre recyclée
2.2.2 Développer l?éco-conception pour augmenter la durabilité, la recyclabilité, l?incorporation de TLC recyclé et la réparabilité
2.2.2.1 Les obligations de Refashion en matière d?éco-conception
2.2.2.2 D?importants changements vont intervenir avec le nouveau règlement 2024/1781 sur l?éco-conception
2.2.3 La proposition de loi sur la mode éphémère, une initiative intéressante
2.3 Aller plus loin avec des actions de sensibilisation sur les impacts environnementaux et sanitaires des textiles et de leurs déchets
2.3.1 L?affichage environnemental doit faire ses preuves
2.3.2 Dresser un bilan de l?étiquetage environnemental pour les TLC
2.4 Développer la réparation et la seconde main pour retarder la fin de vie des produits
2.5 Augmenter les éco-contributions pour financer les mesures nouvelles
Conclusion
Annexes
Annexe 1. Lettre de mission
Annexe 2. Liste des personnes rencontrées
Annexe 3. Glossaire des sigles et acronymes
Annexe 4. Exemples de messages sur la collecte évoquant des dons et semblant exclure les TLC seulement abimés ou troués
Annexe 5. Les acteurs du marché de seconde main des textiles en France et en Europe
Annexe 6. Présentation des solutions de recyclage en France
Annexe 7. Fiches pour quelques pays importateurs de déchets textiles
Annexe 7.1. Fiche CHILI
Annexe 7.2. Fiche COTE d?IVOIRE
Annexe 7.3. Fiche ÉMIRATS ARABES UNIS (EAU)
Annexe 7.4. Fiche GHANA
Annexe 7.5. Fiche MADAGASCAR
Annexe 7.6. Fiche PAKISTAN
Annexe 7.7. Fiche TUNISIE
INVALIDE)