Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état des lieux et nouvelles stratégies
PALHOL, Fabien ;BEUCHER, Stéphanie
Auteur moral
France. Inspection générale de l'environnement et du développement durable (IGEDD)
;France. Inspection générale de l'administration
Auteur secondaire
Résumé
<div style="text-align: justify;">Plusieurs cours d'eau français parcourent également d'autres États et font l'objet d'accords internationaux prévoyant l'instauration de commissions internationales afin de favoriser le dialogue entre États sur des diverses thématiques. La plupart ont été signés dans la deuxième moitié du XXe siècle, certains remontent au XVIIe siècle, d'autres ont été signés au XXIe siècle dans le cadre de la mise en oeuvre de la Directive cadre sur l'eau (DCE) sans oublier ceux à venir. La comitologie fluviale internationale, impliquant la France, s'inscrit à la fois dans un cadre d'intégration européenne et dans un cadre juridique mondial défini par les conventions d'Helsinki de 1992 et de New York de 1997, répondant aux besoins de la gouvernance fluviale locale et aux impératifs juridiques et diplomatiques internationaux. En résulte un très grand nombre de commissions, de sous-commissions, de groupes d'experts et groupes de travail à l'arborescence complexe. Un état des lieux exhaustif de la comitologie fluviale actuelle et à venir ainsi que des différents accords, conventions, arrangements a été dressé afin d'avoir une vision globale des enjeux. Une cartographie nationale et par bassin hydrographique a également été établie. Afin de rester influente, la France doit être représentée au bon niveau dans cette comitologie de 150 instances. Or, dans un contexte de réduction des effectifs dans les services déconcentrés de l'État et chez les opérateurs, la participation à l'ensemble des instances est parfois difficile. Les délégations françaises de plusieurs régions sont confrontées à cette problématique avec des agents peu formés aux enjeux diplomatiques transfrontaliers, des groupes de travail ou d'expert sans mandat des administrations centrales ou des chefs de délégation, et avec un coût pesant dans un contexte budgétaire contraint. La rencontre avec des délégations investies dans la comitologie internationale a permis d'apprécier leur travail, leurs difficultés et les leviers à mettre en oeuvre. Un tableau de l'organisation actuelle et de ses limites a été dressé afin de lister l'ensemble des enjeux : thématiques, géographiques, diplomatiques et financiers. L'analyse des accords internationaux, de leur périmètre et les entretiens menés ont permis de proposer des pistes pour construire une feuille de route afin que la mission internationale de la Direction de l'eau et de la biodiversité (DEB) puisse renforcer la vision stratégique française et répondre aux dysfonctionnements et/ou besoins du terrain. Interministérielle, elle s'articule autour de quatre éléments fondamentaux : la définition de mandats précis pour chacune des délégations ; la formation de ses membres aux enjeux internationaux et à la négociation ; la capitalisation du travail mené avec la construction d'une mémoire de la comitologie ; et la constitution d'un réseau et de son animation. Cette feuille de route peut se construire par étapes mais la clé de réussite de sa mise en oeuvre réside dans davantage de coordination interministérielle à tous les niveaux.</div>
Editeur
IGEDD
;IGA
Descripteur Urbamet
cours d'eau
;coopération transfrontalière
;coopération internationale
;gestion de l'eau
;réseau hydrographique
;diagnostic
;stratégie
;gouvernance
;cartographie
Descripteur écoplanete
politique de l'eau
Thème
Ressources - Nuisances
;Environnement - Paysage
Texte intégral
Rapport n° 015679-01A Rapport n° 24035
Février 2025
Stéphanie Beucher - IGA
Fabien Palhol - IGEDD
Comitologie internationale fluviale en
France hexagonale : état des lieux et
nouvelles stratégies
P
U
B
L
I É
Les auteurs attestent qu'aucun des éléments de leurs activités
passées ou présentes n'a affecté leur impartialité dans la rédaction
de ce rapport
Statut de communication
? Préparatoire à une décision administrative
? Non communicable
? Communicable (données confidentielles occultées)
? Communicable
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 3/110
Sommaire
Sommaire........................................................................................................................ 3
Résumé ........................................................................................................................... 6
Liste des recommandations .......................................................................................... 8
Introduction .................................................................................................................. 10
1 État des lieux ............................................................................................................. 12
1.1 Définitions et concepts clés ................................................................................. 12
1.1.1 Frontières ................................................................................................... 12
1.1.2 Cours d?eau internationaux ........................................................................ 12
1.1.3 Importance des cours d'eau transfrontaliers ............................................... 14
1.1.4 Commissions et accords internationaux ..................................................... 15
1.2 Enjeux thématiques ............................................................................................. 18
1.2.1 Gestion quantitative de l'eau ...................................................................... 18
1.2.2 Biodiversité................................................................................................. 18
1.2.3 Inondations................................................................................................. 19
1.2.4 Pollutions ................................................................................................... 19
1.2.5 Énergie (hydroélectricité) ........................................................................... 20
1.2.6 Transport fluvial .......................................................................................... 20
1.2.7 Ouvrages ................................................................................................... 20
1.3 Cartographie de la comitologie ............................................................................ 21
1.3.1 Escaut ........................................................................................................ 21
1.3.2 Meuse ........................................................................................................ 21
1.3.3 Moselle/Sarre ............................................................................................. 21
1.3.4 Rhin ............................................................................................................ 22
1.3.5 Doubs ......................................................................................................... 22
1.3.6 Rhône ........................................................................................................ 22
1.3.7 Bassins pyrénéens ..................................................................................... 25
1.3.8 Synthèse .................................................................................................... 25
2 Diagnostic de l?organisation actuelle ...................................................................... 28
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 4/110
2.1 Des commissions pas toujours bien dimensionnées ............................................ 28
2.1.1 Une tendance à la multiplication des sous-commissions et divers groupes
de travail ..................................................................................................... 28
2.1.2 Une tendance à aller au-delà du mandat des commissions ....................... 29
2.1.3 Trop de comitologie versus pas assez ....................................................... 30
2.2 Une gouvernance d?ensemble perfectible ............................................................ 31
2.2.1 Des systèmes d?acteurs variables .............................................................. 31
2.2.2 Des difficultés à avoir le bon niveau de représentation et de qualification .. 36
2.2.3 Des effectifs globalement insuffisants ........................................................ 36
2.3 Aspects financiers ................................................................................................ 38
3 Intégrer les enjeux des commissions internationales ........................................... 39
3.1 Enjeux thématiques ............................................................................................. 39
3.1.1 Conserver la plus-value de l?expertise technique des différents membres
de la délégation française tout en conservant une vision globale des sujets
................................................................................................................... 39
3.1.2 Mieux hiérarchiser les priorités ................................................................... 39
3.1.3 Aborder au bon niveau dans les comités la thématique du changement
climatique ................................................................................................... 40
3.1.4 Organiser la réponse française face aux sujets émergents ........................ 40
3.2 Enjeux géographiques ......................................................................................... 41
3.2.1 Définir les échelles pertinentes pour penser la coopération fluviale
transfrontalière ........................................................................................... 41
3.2.2 Articuler cadre national et différenciation géographique ............................. 42
3.2.3 Interroger la place des collectivités territoriales .......................................... 43
3.2.4 Mieux coordonner les échelles dans la gestion du transfrontalier .............. 44
3.3 Enjeux juridiques et diplomatiques....................................................................... 46
3.3.1 Définir et prioriser les objectifs des commissions fluviales internationales . 46
3.3.2 Évaluer les conséquences de l?absence de représentation dans certaines
commissions ou groupes de travail ............................................................ 46
3.3.3 Davantage intégrer dans les pratiques les comités internationaux comme
des lieux importants d?influence ................................................................. 47
3.4 Enjeux financiers ................................................................................................. 47
3.4.1 Impliquer la France au bon niveau : une tâche compliquée par le manque
de moyens humains et financiers ............................................................... 47
3.4.2 Planifier et prioriser les dépenses afférentes à la comitologie fluviale
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 5/110
internationale .............................................................................................. 48
4 Vers une stratégie nationale .................................................................................... 49
4.1 Posture ou positionnement .................................................................................. 49
4.2 Mandat................................................................................................................. 52
4.3 Formation et valorisation...................................................................................... 53
4.4 Capitalisation ....................................................................................................... 55
4.5 Animation ............................................................................................................. 57
Conclusion ................................................................................................................... 59
Annexes ........................................................................................................................ 61
Annexe 1. Lettre de mission........................................................................................ 62
Annexe 2. Liste des personnes rencontrées ............................................................. 65
Annexe 3. Glossaire des sigles et acronymes ........................................................... 76
Annexe 4. Les conventions de Helsinki (1992) et de New York (1997) .................... 80
Annexe 5. La Directive-cadre sur l'eau : un pilier de la gestion transfrontalière des
cours d'eau en Europe ............................................................................................ 85
Annexe 6. Cartographie des commissions ................................................................ 87
Escaut ....................................................................................................................... 87
Meuse ........................................................................................................................ 89
Moselle et Sarre ........................................................................................................ 89
Rhin ........................................................................................................................... 92
Doubs ........................................................................................................................ 95
Rhône ........................................................................................................................ 98
Bassins pyrénéens .................................................................................................. 102
Annexe 7. Annexe transition écologique ................................................................. 109
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 6/110
Résumé
Plusieurs cours d?eau français parcourent également le territoire d?autres États et font l?objet
d?accords internationaux prévoyant notamment l?instauration de commissions internationales
chargées de favoriser le dialogue entre États sur des thématiques variées telles que la gestion
quantitative et qualitative de l?eau, les inondations, la biodiversité, les pollutions, la navigation, la
gestion des ouvrages ou encore la production d?énergie. Si la plupart de ces accords ont été signés
dans la deuxième moitié du XXe siècle, certains sont plus anciens et remontent au XVIIe siècle
quand d?autres ont été signés au XXIe siècle dans le cadre de la mise en oeuvre de la Directive
cadre sur l?eau (DCE). Des accords sont encore à venir comme ceux sur le Rhône et le Doubs
dans le cadre de négociations avec la Suisse. La comitologie fluviale internationale, dans laquelle
est impliquée la France, s?inscrit à la fois dans un cadre d?intégration européenne et dans un cadre
juridique mondial défini par les conventions d?Helsinki de 1992, instrument juridique international
adopté sous l?égide de la Commission économique des Nations unies pour l'Europe (CEE-ONU)
et visant à assurer la gestion durable des ressources en eau partagées entre plusieurs États ; et
de New York de 1997, qui promeut l?utilisation équitable des cours d?eau et la prévention des
conflits. La comitologie fluviale internationale répond donc à la fois aux besoins de la gouvernance
fluviale locale dans chacun des bassins versants transfrontaliers (Escaut, Meuse, Rhin, Rhône,
Garonne, Adour, Nivelle, Bidassoa) et aux impératifs juridiques et diplomatiques internationaux.
En résulte un très grand nombre de commissions qui se sont agrégées au fil des années, chacune
créant des sous-commissions, groupes d?experts et groupes de travail, avec une arborescence
souvent complexe à saisir au premier abord. Le premier travail de la mission IGA-IGEDD a donc
été de faire un état des lieux le plus exhaustif possible de la comitologie fluviale actuelle et à venir
ainsi que des différents accords, conventions, arrangements qui la fondent, afin d?avoir une vision
globale des enjeux. Une cartographie nationale et par bassin hydrographique a ainsi pu être établie,
identifiant les principaux acteurs et sujets traités par les commissions.
Afin de rester influente sur les sujets fluviaux, la France se doit d?être représentée au bon niveau
dans cette comitologie foisonnante de 150 instances. Or dans un contexte de réduction des
effectifs dans les services déconcentrés de l?État et chez les opérateurs, la participation à
l?ensemble des instances existantes s?avère parfois difficile. C?est le cas particulièrement de la
délégation française en Grand Est impliquée dans de multiples commissions et groupes de travail,
mais d?autres régions se retrouvent de plus en plus confrontées à cette problématique, d?autant
que les agents sont souvent peu formés aux enjeux diplomatiques transfrontaliers, et assistent
généralement aux différents groupes de travail ou d?expert sans mandat précis de la part des
administrations centrales ou des chefs de délégation. En outre, la question du coût afférent aux
différentes commissions pèse de plus en plus sur les services dans un contexte budgétaire
contraint. Le deuxième champ d?investigation de la mission a donc consisté à rencontrer les
délégations investies dans la comitologie fluviale internationale afin d?apprécier leur travail au sein
des différentes instances, les difficultés auxquelles elles faisaient face ainsi que les leviers à mettre
en oeuvre pour faciliter leur participation à la gouvernance fluviale transfrontalière. La mission a
ainsi pu dresser un tableau de l?organisation actuelle et de ses limites afin de lister l?ensemble des
enjeux des commissions : enjeux thématiques qui nécessitent de s?interroger sur les priorités ainsi
que sur les sujets émergents, enjeux géographiques avec une articulation indispensable des
échelles du local au national afin de construire une stratégie française sur les questions fluviales
européennes, enjeux diplomatiques qui impliquent de définir le degré d?influence que la France
souhaite avoir au sein des commissions, enjeux financiers enfin qui nécessitent de mieux planifier
et prioriser les moyens attribués aux différentes instances.
Le travail d?analyse des accords internationaux ainsi que de leur périmètre, ainsi que les différents
entretiens menés tant en administration centrale que dans les différents bassins versants, ont
permis à la mission de proposer des pistes pour construire une feuille de route afin que la mission
internationale de la Direction de l?eau et de la biodiversité (DEB), qui pilote l?ensemble de la
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 7/110
comitologie, puisse à la fois renforcer la vision stratégique française des enjeux fluviaux et répondre
aux dysfonctionnements et/ou besoins observés sur le terrain. Cette feuille de route, qui doit partir
d?objectifs clairs et partagés en interministériel avec le ministère de l?Intérieur et le ministère de
l?Europe et des Affaires étrangères, s?articule autour de quatre éléments fondamentaux :
? la définition de mandats précis pour chacune des délégations ;
? la formation des membres de celles-ci aux enjeux internationaux et à la négociation
associée à la valorisation de leur fort investissement à l?international dans leurs parcours
de carrière ;
? la capitalisation du travail mené en construisant les éléments d?une mémoire de la
comitologie tant à l?échelle nationale qu?à celle des bassins au moyen notamment d?un
portail partagé par les parties prenantes ;
? et en dernier lieu, la constitution d?un réseau et de son animation. Cette feuille de route
peut se construire par étapes mais la clé de réussite de sa mise en oeuvre réside dans
davantage de coordination interministérielle à tous les niveaux.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 8/110
Liste des recommandations
Recommandation 1. [Chefs de délégation, en concertation avec les Préfets coordonnateurs
de bassin] Afin de stabiliser les effectifs mobilisés pour la comitologie internationale fluviale,
proposer aux pays partenaires de supprimer un groupe ou de fusionner des groupes à
thématique proche, avant toute création de tout nouveau sous-comité/groupe de
travail/groupe d?expert. Dans les bassins où cela apparaît pertinent, rechercher d?ores et
déjà, même en l?absence de création d?un nouveau groupe, la mutualisation de certains
groupes de travail ou groupes d?experts. ............................................................................ 29
Recommandation 2. [MEAE, MI] Renforcer l?animation par les préfectures sur les sujets et
programmes transfrontaliers, y compris ceux relatifs à l?eau. Affirmer davantage la place des
conseillers diplomatiques dans le pilotage et l?animation de la comitologie fluviale
internationale ....................................................................................................................... 34
Recommandation 3. [SG MTE] Prendre en compte la présence de quatre frontières dans
l?attribution de moyens à la DREAL Grand Est pour lui permettre de continuer à répondre
aux besoins de la représentation de la France dans les commissions qui la concerne.
Étendre cette prise en compte à d?autres DREAL si des besoins y sont avérés. .............. 38
Recommandation 4. [Préfets coordonnateurs de bassin, avec l?appui des DREAL] Dans une
logique de cohérence locale et d?optimisation des ressources, prévoir, après une analyse
au cas par cas, une implication plus forte des collectivités territoriales dans certains groupes
de travail et commissions. ................................................................................................... 44
Recommandation 5. [DEB, en associant les Préfets coordonnateurs de bassin] Prévoir à
l?échelle de chaque bassin, une réunion annuelle des chefs de délégation sous la présidence
conjointe du préfet coordonnateur de bassin et de la DEB, en y associant les acteurs
pertinents (préfets de départements, conseillers diplomatiques, chefs de service
déconcentrés, représentants des opérateurs, etc.) permettant de construire un "Dire de
l'État", éléments de langage indispensables au dialogue avec les autorités étrangères. .. 51
Recommandation 6. [DEB (MTE) et DUE (MEAE)] Réaffirmer le caractère interministériel
des enjeux fluviaux internationaux pour dépasser la dichotomie actuelle entre les enjeux
techniques et les enjeux diplomatiques, afin d?avoir une vision politique complète des sujets
et de permettre un dialogue cohérent et l?adoption d?une posture claire à l?international. . 52
Recommandation 7. [Préfets coordonnateurs de bassin] Établir pour chaque agent impliqué
dans les commissions internationales un mandat clair et formalisé, définissant les positions
à défendre, les objectifs à atteindre et les limites de son action, afin de garantir la cohérence
et l'efficacité de la représentation française au sein des instances transfrontalières. ........ 53
Recommandation 8. [DGALN, DAEI du MTE, SG MTE] Saisir les services ad hoc des
administrations centrales afin d?établir un programme de formation destinés aux différents
acteurs concernés par les sujets transfrontaliers. Élaborer un socle de base obligatoire pour
les agents représentants la France dans les comités internationaux (gouvernance, groupes
d?expert, groupes de travail), et définir les approfondissements nécessaires pour les chefs
de délégation. ...................................................................................................................... 54
Recommandation 9. [DREAL et autres services concernés] S?assurer de la bonne
intégration dans les fiches de poste de l?implication des agents dans les commissions
transfrontalières et de leur valorisation dans les éléments des évaluations annuelles. ..... 55
Recommandation 10. [SG MEAE, MI et Ministères « Territoires, Écologie, Logement »,
CGDD, CMVRH] Intégrer des éléments de valorisation des compétences acquises par la
participation aux commissions internationales dans les parcours professionnels, notamment
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 9/110
dans le cadre de démarches du type comités de domaine. ............................................... 55
Recommandation 11. [DREAL ; DEB] Systématiser la production par les DREAL d?un fonds
de dossier sur la comitologie fluviale internationale, afin d?entretenir la mémoire des
échanges et de favoriser la transmission au gré des changements de postes. Assurer la
centralisation à la DEB des documents juridiques et administratifs (à date et à venir) qui
fondent la comitologie fluviale internationale et permettent de justifier les mandats des
différentes délégations et créer un espace intranet dédié qui puisse être alimenté en
interministériel et par tous les acteurs concernés. .............................................................. 56
Recommandation 12. [DGALN] Constituer et animer un réseau des acteurs représentant la
France aux différents niveaux des commissions internationales fluviales. Pour le cas
spécifique des régions dialoguant avec un ensemble d?acteurs identiques (Grand Est et
Hauts-de-France d?une part, Bourgogne-Franche-Comté et Auvergne-Rhône-Alpes d?autre
part), décliner ce réseau à leur échelle. .............................................................................. 57
En plus de ces recommandations, la mission a souhaité mettre en avant un certain nombre
de préconisations au fil du rapport qui sont reprises ici.
? La mission préconise que les Conseillers diplomatiques auprès des préfets de région soient
gérés par la Direction de l?Union européenne du Ministère des Affaires étrangères plutôt
que par la Délégation pour les collectivités territoriales et la société civile (DCTCIV), sous
l?autorité de l?ambassadeur transfrontalier. (2.2.1.4)
? Afin de maintenir une présence française dans les commissions fluviales internationales,
la mission suggère la création d?ETP explicitement dédiés (au moins en partie) aux
commissions internationales. En outre, il manque dans l?ensemble des DREAL un
conseiller international qui pourrait avoir une vision d?ensemble. (2.2.3)
? La mission propose que le MI et le MEAE se saisissent du sujet des problématiques locales
transfrontalières pour aboutir à des dispositions permettant aux préfets de traiter ce type
de dossiers à leur niveau, et directement avec les interlocuteurs étrangers concernés.
(3.2.2)
? La mission préconise à la DGCL et à la DEB de réfléchir à la place que pourrait prendre la
Mission opérationnelle transfrontalière dans la comitologie fluviale internationale. (3.2.4)
? La mission préconise à la DEB d?être force de proposition pour définir l?ambition du MTE,
et plus largement de l?ensemble des administrations centrales concernées, sur le rôle, la
capacité d?influence, et le leadership que la France souhaite avoir au sein de ces
commissions fluviales internationales. En particulier, cette ambition permettra de mieux
intégrer l?échelle européenne dans les stratégies internationales fluviales. (4.1)
? La mission préconise que la valorisation de la participation aux commissions
internationales puisse être renforcée en intégrant de manière plus claire cette activité dans
les critères d'évaluation des comités de domaine du MTE. (4.3)
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 10/110
Introduction
La gestion des cours d'eau frontaliers ou transfrontaliers représente un enjeu majeur pour la France,
tant sur le plan environnemental qu'économique, politique et diplomatique. Les fleuves et rivières
qui traversent nos frontières sont des vecteurs de biodiversité, des sources d'eau potable, des axes
de transport et des zones d'activité économique. Ils sont également au coeur de problématiques
liées au changement climatique, à la pollution transfrontalière et à la préservation des écosystèmes
aquatiques. La coopération internationale dans ce domaine est donc essentielle pour assurer une
gestion durable et concertée de ces ressources communes.
Dans ce domaine, la Convention d'Helsinki de 1992 sur la protection et l'utilisation des cours d'eau
transfrontières et des lacs internationaux constitue un cadre juridique international fondamental.
Elle encourage les États à coopérer pour la gestion des ressources en eau partagées, en mettant
l'accent sur la prévention, le contrôle et la réduction des impacts transfrontaliers. Chaque partie
contractante est tenue de mettre en oeuvre les dispositions de cette convention.
Plusieurs traités récents de coopération bilatérale renforcent le cadre de cette collaboration
transfrontalière. Le Traité d'Aix-la-Chapelle, signé en 2019 entre la France et l'Allemagne, vise à
approfondir la coopération entre les deux pays dans divers domaines, y compris la gestion des
ressources naturelles et la protection de l'environnement. Ce traité prévoit notamment une
coordination renforcée en matière de politique environnementale et de développement durable, ce
qui inclut la gestion des cours d'eau transfrontaliers comme le Rhin. De la même façon, le Traité
du Quirinal, signé en 2021 entre la France et l'Italie, et le Traité de Barcelone, de 2023, entre la
France et l?Espagne, ont pour objectif de consolider les relations bilatérales et de promouvoir une
coopération étroite dans de nombreux secteurs, dont l'environnement et la gestion des ressources
en eau. Ces traités complètent un ensemble de traités, conventions ou accords internationaux
préexistants qui sont définis à l?échelle d?un cours d?eau ou d?un bassin hydrographique et qui
génèrent une comitologie importante.
Aujourd?hui, un premier constat rapide montre que l'action des services de l'État français au sein
des comités et groupes de travail internationaux consacrés à la gestion de ces cours d'eau est
confrontée à plusieurs défis. Parmi ceux-ci figurent par exemple la multiplicité des réunions et des
instances, le cloisonnement des politiques conduites par les différentes administrations centrales
concernées, le taux élevé de rotation du personnel, et le manque de coordination entre les
différents échelons administratifs. Ces problématiques semblent entraver l'efficacité de la
représentation française et limiter sa capacité à influencer les décisions prises au niveau
international.
La participation aux nombreuses réunions des commissions et des groupes de travail constitue
ainsi une charge significative pour les délégations françaises, en particulier dans la région Grand
Est. Les réunions sont non seulement fréquentes, mais elles impliquent également des contraintes
logistiques importantes, notamment lorsque les lieux de réunion sont éloignés des résidences
administratives des agents. Cette situation est exacerbée par le nombre élevé de commissions,
sous-commissions, groupes de travail et groupes d'experts, ce qui rend naturelle la tentation de
proposer une simplification substantielle de l'organisation actuelle. Cependant, une telle
simplification n'est pas aisée à mettre en oeuvre, car elle impliquerait de remettre en question des
conventions ou accords internationaux fondamentaux, avec le risque paradoxal d'introduire une
complexité accrue. A l?inverse, il n?est pas aisé pour les membres de la délégation de mesurer les
conséquences de l?absence de la France à certaines commissions et groupes de travail.
Parallèlement, les politiques des administrations centrales semblent très cloisonnées, ce qui se
traduit par un manque de vision globale et une coordination insuffisante entre les ministères
concernés. Le ministère chargé de la transition écologique est l'acteur principal qui gère la
comitologie fluviale internationale, mais la faible taille de la mission internationale de la Direction
de l'eau et de la biodiversité (DEB) limite sa capacité à tout gérer. De plus, le ministère de l'Europe
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 11/110
et des Affaires étrangères (MEAE) ne pilote plus la gouvernance des fleuves internationaux
européens, ce qui crée des lacunes dans la coordination interministérielle et complique la gestion
des relations transfrontalières.
De leur côté les membres des délégations françaises issus des services déconcentrés ont un
niveau d'expertise technique élevée sur un grand nombre de thématiques mais ne savent pas
nécessairement évaluer quels sont les sujets prioritaires ou quelle place accorder aux sujets
émergents en tenant compte des contraintes de moyens. En outre ils n'ont pas toujours conscience
des enjeux juridiques et diplomatiques plus larges associés aux commissions. Les comités sont
des lieux d'influence majeurs où se jouent des décisions stratégiques pour la gestion des cours
d'eau transfrontaliers mais les objectifs que leur donnent la France ne sont pas toujours clairs aux
yeux des délégations
Face à ces défis, il apparaît nécessaire de mettre en place une stratégie nationale coordonnée.
Elle doit intégrer les différentes stratégies nationales pertinentes dans les thématiques du ressort
de la comitologie internationale fluviale : gestion quantitative et qualitative de l'eau, biodiversité,
ouvrages hydrauliques, prévention des inondations, adaptation au changement climatique, lutte
contre les pollutions, transport fluvial, gestion des sédiments, etc.
Cette mission a pour ambition d'analyser ces différents enjeux et de proposer des pistes concrètes
d'amélioration pour renforcer l'action des services de l'État français dans les comités et groupes
de travail internationaux autour de la gestion des cours d'eau frontaliers ou transfrontaliers. Elle
s'appuie sur une série d'entretiens menés avec les acteurs concernés et vise à formuler des
recommandations opérationnelles pour une meilleure coordination, une efficacité accrue et une
influence renforcée de la France dans ce domaine stratégique.
Plusieurs annexes complètent le rapport :
? les annexes classiques comme la lettre de mission, la liste des personnes rencontrées ou
encore le glossaire ;
? des annexes précisant le cadre juridique de la gestion des fleuves internationaux et
européens ;
? des tableaux de synthèse présentant de manière plus détaillée que dans le rapport
l?ensemble des commissions fluviales internationales et les enjeux qu?elles portent ;
? une annexe concernant l?intégration des enjeux de transition écologique dans le cadre des
sujets de la mission. Cette question n?est pas centrale pour une mission qui visait avant
tout à faire un état des lieux d?une organisation et identifier les leviers d?amélioration, mais
les inspections essaient désormais d?intégrer quasi systématiquement des grilles
d?analyses des enjeux de transition dans leur rapport.
Un rapport séparé est également proposé. Il collige les textes des principaux accords, conventions
ou protocoles qui sous-tendent l?ensemble de la comitologie analysée dans ce rapport.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 12/110
1 État des lieux
Les fleuves et grands cours d'eau transfrontaliers occupent une place souvent importante et parfois
centrale dans le développement économique, social et environnemental des régions qu'ils
traversent. Ils apportent des ressources naturelles précieuses et constituent des vecteurs
d'interaction entre les nations, jouant un rôle essentiel dans la formation des frontières, la
coopération internationale et la préservation de l'environnement. La gestion conjointe de ces cours
d'eau entre les États riverains est indispensable pour assurer un équilibre entre exploitation durable
et préservation des écosystèmes.
1.1 Définitions et concepts clés
1.1.1 Frontières
Les frontières sont des lignes imaginaires ou physiques qui délimitent la souveraineté territoriale
des États. Elles jouent un rôle fondamental dans la détermination des juridictions politiques,
économiques et culturelles. Dans le contexte des cours d'eau transfrontaliers, la définition et la
gestion des frontières revêtent une importance particulière en raison des enjeux liés à l'accès aux
ressources, à la navigation, à la protection de l'environnement et dans l?animation de la coopération
internationale.
Bien que les frontières soient le résultat de processus socio-historiques inscrits dans le temps long,
la géographie peut proposer des repères physiques facilitant la démarcation sur le terrain, et les
fleuves et rivières servent fréquemment de limites « naturelles » entre les nations.
Cependant, les cours d'eau comme frontières présentent des défis particuliers. Les rivières non
canalisées peuvent naturellement changer de cours en raison de phénomènes tels que la
dissipation de leur énergie, l'érosion ou les crues, et ces modifications peuvent entraîner des
disputes territoriales si les États ne s'accordent pas sur la manière de gérer ces changements. Le
droit international prévoit des principes pour la délimitation des frontières fluviales. L'un des
concepts clés est celui du thalweg, qui désigne la ligne de plus grande profondeur d'un cours d'eau
navigable. Selon ce principe, la frontière est souvent fixée le long du thalweg pour assurer un accès
équitable à la navigation pour les États riverains. On notera cependant en France l?exception que
constitue le Doubs frontalier (Voir 1.3.5).
1.1.2 Cours d?eau internationaux
Les cours d'eau internationaux sont des fleuves, rivières ou lacs qui traversent ou forment la
frontière entre deux ou plusieurs États souverains. Leur gestion pose des défis particuliers en
raison des intérêts potentiellement divergents des pays riverains et de la nécessité d'une
coopération transfrontalière notamment pour assurer une utilisation équitable des ressources en
eau sur le long terme.
La classification des cours d'eau internationaux repose sur plusieurs critères qui influencent leur
statut juridique et la manière dont ils sont gérés. Une distinction importante s?opère entre les cours
d'eau navigables et non navigables. Les cours d'eau navigables sont des voies d'eau suffisamment
profondes et larges pour permettre le passage des navires. Leur importance économique est
significative, car ils facilitent le transport de marchandises et de personnes. Le Rhin, par exemple,
est l'un des fleuves les plus fréquentés d'Europe et joue un rôle clé dans le commerce international.
Les cours d'eau non navigables, en revanche, ne permettent pas ou plus la navigation commerciale
mais peuvent être essentiels pour l'approvisionnement en eau, l'irrigation, la production d?énergie,
la biodiversité. Ils peuvent également avoir une importance culturelle et récréative pour les
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 13/110
communautés locales. La distinction entre cours d'eau navigables et non navigables détermine
souvent les droits et obligations des États riverains en matière de navigation, de développement
économique et de protection environnementale.
La notion de bassin versant transfrontalier est également fondamentale. Un bassin versant
transfrontalier est une zone géographique où toutes les eaux de surface convergent vers un même
point de sortie, comme un fleuve ou un lac, et qui s'étend sur le territoire de plusieurs États. La
gestion des bassins versants transfrontaliers nécessite une approche intégrée qui tienne compte
des interactions entre les activités humaines et les écosystèmes à l'échelle du bassin entier. Au
sein de l?Union européenne, les concepts de district hydrographique et de district hydrographique
international sont également à prendre en considération. Au sens de la Directive cadre sur l?eau
(DCE), un district hydrographique est une zone terrestre et maritime, composée d?un ou plusieurs
bassins hydrographiques ainsi que des eaux souterraines et eaux côtières associées, identifiée
comme principale unité aux fins de la gestion des bassins hydrographiques. Un district
hydrographique est international lorsque sa délimitation géographique inclut des territoires
appartenant à plusieurs États membres et qu?ils décident d?avoir une gestion commune au sens
de la DCE. Ainsi la France métropolitaine compte neuf districts hydrographiques, regroupés en six
grands bassins associés aux territoires des Agences de l?eau (Figure 1). Excepté le bassin Loire-
Bretagne, les cinq autres grands bassins sont transfrontaliers mais seuls les bassins Seine-
Normandie1, Artois-Picardie2 et Rhône-Méditerranée3, 4 constituent des districts hydrographiques
internationaux (DHI) au sens de la DCE, le grand bassin Rhin-Meuse étant quant à lui concerné
par deux DHI distincts (Rhin et Meuse).
Les statuts juridiques spécifiques des cours d'eau internationaux sont régis par le droit international.
La Convention de l'ONU sur le droit relatif aux utilisations des cours d'eau internationaux à des fins
autres que la navigation (1997), dite convention de New-York, établit des règles pour l'utilisation
équitable et raisonnable des ressources en eau, la prévention des dommages significatifs aux
autres États riverains et la coopération en matière de protection et de conservation de
l'environnement. On notera que cette convention de l?ONU ne prévoit pas de mécanisme
institutionnel spécifique pour assurer sa mise en oeuvre. Elle repose sur la bonne foi des États
parties pour respecter les obligations et principes définis. En cas de différend, la Convention
suggère le recours à des négociations bilatérales ou à des mécanismes de règlement des conflits
tels que l?arbitrage ou la saisine de la Cour internationale de justice.
1 Car il inclut le bassin transfrontalier de l?Oise
2 Le DHI Escaut comprend toutes les eaux de surface naturelles et artificielles, les eaux souterraines et les eaux
côtières du bassin versant de l?Escaut, des bassins de la Somme, de l?Aa et de la Canche, des polders français du
Nord, des polders flamands jusqu?à l?Escaut oriental et au Grevelingenmeer aux Pays-Bas. Le DHI Escaut a été
délimité par un arrêté des gouvernements des états/régions riverains du bassin de l?Escaut (la France, le Royaume
de Belgique, la Région Wallonne, la Région Flamande, la Région de Bruxelles-Capitale, les Pays-Bas), sa
délimitation étant reprise dans l?Accord de l?Escaut de Gand du 3 décembre 2002.
3 La Garonne, dont le bassin est bien transfrontalier, est gérée au sens de la DCE par la France suite à un accord
avec l?Espagne, et ne figure donc pas dans la liste des DHI.
4 Également concerné par le DHI de l?Ebre
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 14/110
Figure 1 : Carte des districts hydrographiques nationaux et internationaux européens.
(Source : https://www.eea.europa.eu/en/analysis/maps-and-charts/map-of-rbds-and-sea )
1.1.3 Importance des cours d'eau transfrontaliers
Historiquement, les fleuves et les rivières ont pu servi de longue date de frontières entre les nations,
influençant la géopolitique et la formation des États. Le Rhin est par exemple une des lignes de
démarcation entre la France et l?Allemagne depuis le XVIIe siècle, jouant un rôle clé dans les
relations diplomatiques et les conflits européens. Certains de ces cours d'eau ont également été
des voies de communication cruciales, facilitant le commerce, les échanges culturels et la diffusion
des idées à travers le continent.
Les cours d'eau transfrontaliers sont des moteurs de développement pour les régions qu'ils
irriguent. Ils fournissent de l'eau pour l?alimentation, l'agriculture, l'industrie et l'approvisionnement
local, contribuant ainsi à la sécurité alimentaire et à la croissance économique. La présence d'un
cours d'eau a souvent favorisé l'installation d'infrastructures hydroélectriques, contribuant à la
production d'énergie. De plus, ils offrent des opportunités pour le transport fluvial, qui constitue
aujourd?hui encore un moyen de transport durable et économique. Ainsi le bassin du Rhin offre un
cadre de vie à 60 millions de personnes réparties sur neuf États, alimente 30 millions de personnes
en eau potable, et il constitue une des voies de navigation intérieure les plus fréquentées du monde
avec un trafic autour de 300 millions de tonnes5 par an.
5 Même si le trafic a connu une baisse notable en 2023 avec 262,3 millions de tonnes.
PUBLIÉ
https://www.eea.europa.eu/en/analysis/maps-and-charts/map-of-rbds-and-sea
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 15/110
Sur le plan environnemental, les cours d'eau et les fleuves abritent une biodiversité riche et des
écosystèmes sensibles et ceux qui sont transfrontaliers ne font évidemment pas exception. La
préservation de ces milieux est cruciale, notamment pour maintenir les services écosystémiques.
Les pressions anthropiques, telles que les pollutions industrielles, agricoles et urbaines, menacent
la qualité de l'eau et la santé des écosystèmes aquatiques. Le changement climatique ajoute un
élément de complexité, affectant les régimes hydrologiques et exacerbant les risques d'inondation
et de sécheresse.
Les cours d'eau transfrontaliers représentent un aspect important, mais non exclusif, des relations
entre pays voisins. En Europe, la gestion transfrontalière des cours d?eau est un vecteur important
de coopération et d?intégration européenne, qui dépasse les enjeux environnementaux pour revêtir
une dimension symbolique et culturelle forte. La gestion des cours d?eau internationaux doit être
holistique afin de prendre en compte l?ensemble des enjeux économiques, politiques, culturels,
environnementaux mais également les intérêts des différents usages du fleuve ou des différents
territoires qu?il traverse. Ainsi, les décisions prises dans le domaine fluvial peuvent avoir des
répercussions significatives sur d'autres secteurs. Par exemple, la construction d'un barrage pour
la production hydroélectrique peut affecter la navigation, modifier les écosystèmes aquatiques ou
influencer la disponibilité de l'eau pour l'irrigation en aval. En outre, les actions menées en amont
ont des répercussions en aval, ce qui implique une responsabilité partagée et la nécessité d?une
réelle solidarité amont-aval entre les pays riverains. Une gestion préventive, globale et intégrée
des cours d?eau internationaux est indispensable pour se prémunir des risques d?inondation, de
sécheresse ou de pollutions.
Cette nécessaire coopération entre pays voisins est facilitée par divers mécanismes institutionnels
et diplomatiques. La diplomatie environnementale joue un rôle clé en utilisant les enjeux
écologiques comme vecteurs de dialogue et de collaboration. Ainsi la convention d?Espoo6 est une
convention sur l?évaluation de l?impact sur l?environnement d?un projet dans les contextes
« transfrontières7 ». Les organisations internationales et régionales, telles que l'Union européenne,
offrent des cadres institutionnels pour la négociation et la mise en oeuvre d'accords transfrontaliers.
Les mécanismes de coopération sont nombreux et incluent la création de commissions
internationales, la signature de traités bilatéraux ou multilatéraux, et la participation à des
programmes conjoints. Ces structures permettent de coordonner les efforts, de partager les
informations et les ressources, et de résoudre les différends de manière pacifique.
1.1.4 Commissions et accords internationaux
La gestion des cours d'eau transfrontaliers est souvent encadrée par des accords internationaux
mis en oeuvre grâce à des commissions qui facilitent la coopération entre les États riverains. Ces
structures de gouvernance sont essentielles pour coordonner les politiques, harmoniser les
réglementations et résoudre les différends.
Les types de structures de gouvernance varient en fonction des besoins et des contextes. Les
commissions internationales sont des organismes permanents chargés de la coordination à long
terme. Par exemple, la Commission Internationale pour la Protection du Rhin (CIPR) réunit les
pays riverains pour travailler sur des questions liées à la qualité de l'eau, la biodiversité et la
prévention des risques. Les comités techniques sont des groupes traitant de sujets spécifiques
6 Convention qui émane de la CEE-ONU. Elle a été adoptée le 25 février 1991 à Espoo en Finlande et est entrée
en vigueur le 10 septembre 1997.
7 Dans le cadre des relations internationales, il est établi une distinction entre « transfrontalier » et transfrontière ».
Transfrontalier : qui constitue une frontière entre deux États au sens du droit international, comme le Rhin entre la
France et l?Allemagne ; Transfrontière : qui traverse physiquement une frontière sans pour autant constituer une
frontière au sens du droit international, comme la Meuse. Néanmoins en dehors des textes officiels dont le MEAE
est partie prenante, le terme transfrontalier est le plus souvent utilisé avec les deux acceptions.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 16/110
comme la qualité de l'eau ou la navigation. Les groupes d'experts rassemblent des spécialistes
pour apporter des connaissances scientifiques et techniques.
Les principaux traités et accords établissent des cadres juridiques pour réguler les interactions
entre les États riverains. Par exemple, la Convention d'Helsinki de 1992 sur la protection et
l?utilisation des cours d?eau transfrontières et des lacs internationaux promeut la coopération et les
mesures conjointes pour la prévention, le contrôle et la réduction des impacts transfrontaliers. La
Directive-cadre sur l'eau de l'Union européenne est un autre instrument clé qui vise à atteindre le
bon état écologique et chimique des eaux superficielles et souterraines, en encourageant les États
membres à travailler ensemble à l'échelle des bassins hydrographiques.
Ces accords et instances internationaux jouent un rôle crucial dans la mise en oeuvre des politiques
transfrontalières. Ils facilitent l'échange d'informations et de données, coordonnent les actions
telles que la construction d'infrastructures ou la réalisation d'études d'impact, et assurent le suivi
et l'évaluation des politiques mises en place. La participation active des États dans ces structures
est essentielle pour assurer une gestion efficace et durable des cours d'eau transfrontaliers.
1.1.4.1 Les conventions d'Helsinki et de New York : un cadre juridique international
pour une gestion durable des eaux transfrontalières
La Convention d'Helsinki de 1992 est un instrument juridique international important visant à
assurer la gestion durable des ressources en eau partagées entre plusieurs États. Adoptée sous
l'égide de la Commission économique des Nations unies pour l'Europe (CEE-ONU), elle promeut
une gestion équitable et intégrée des bassins fluviaux et des systèmes lacustres transfrontaliers.
Les principes clés de la Convention incluent la gestion intégrée des ressources en eau, la
coopération internationale pour prévenir et réduire les impacts négatifs des activités humaines, et
la prévention des conflits par la transparence et le partage d'informations. Les États parties
s'engagent à prévenir les dommages environnementaux transfrontaliers, à surveiller régulièrement
l'état écologique des eaux partagées, à consulter les autres États en cas de projets susceptibles
d'avoir un impact significatif, et à établir des accords bilatéraux ou multilatéraux pour une gestion
coordonnée. La mise en place de mécanismes de coopération tels que des commissions mixtes
doit faciliter le dialogue, l'échange de données et la prise de décisions concertées, contribuant ainsi
à une meilleure gestion des bassins versants et à la réduction des tensions entre pays (voir aussi
annexe 4).
La Convention de New York de 1997 est un cadre juridique international essentiel pour la gestion
des cours d?eau internationaux à des fins autres que la navigation. Adoptée par l?Assemblée
générale des Nations unies, elle établit des principes fondamentaux pour promouvoir une utilisation
équitable et durable des ressources hydriques transfrontalières. Ses principes directeurs incluent
l?utilisation équitable et raisonnable des cours d?eau partagés, l?obligation de ne pas causer de
dommage significatif à d?autres États riverains, et la coopération entre les pays à travers le partage
d?informations et la consultation sur des projets ayant un impact potentiel. Les États parties à la
Convention s?engagent à prévenir les conflits en favorisant le dialogue et en respectant les
obligations de notification préalable pour les projets susceptibles d?affecter les ressources
partagées. Ils doivent également prendre des mesures pour limiter la pollution, protéger les
écosystèmes aquatiques et échanger des données sur l?état des eaux et les usages envisagés. La
Convention encourage la conclusion d?accords bilatéraux ou multilatéraux pour une gestion
spécifique et adaptée aux réalités locales des bassins versants. Bien qu?elle ne prévoie pas de
mécanisme institutionnel centralisé, la Convention propose des outils tels que des accords
régionaux, la notification préalable et des mécanismes de règlement pacifique des différends (voir
aussi annexe 4).
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 17/110
Ces conventions sont deux instruments juridiques majeurs du droit international de l?eau, qui
partagent des objectifs communs tout en présentant des approches distinctes et complémentaires.
La Convention d?Helsinki privilégie la protection de l?environnement aquatique, avec un accent sur
la qualité de l?eau et la préservation des écosystèmes. Elle impose des mécanismes institutionnels
de coopération, tels que la création d?organismes communs, et encourage des accords bilatéraux
ou multilatéraux pour une gestion coordonnée des ressources.
De son côté, la Convention de New York met l?accent sur la codification des principes
fondamentaux du droit international de l?eau, tels que l?équité, la coopération et la prévention des
conflits, tout en détaillant des obligations procédurales comme la notification préalable et la
consultation.
Bien que la Convention de New York n?impose pas la création d?organismes communs, elle est
compatible avec la Convention d?Helsinki, qui en fournit des exemples concrets. Ensemble, ces
deux conventions renforcent le cadre juridique de la gestion durable des ressources hydriques
transfrontalières, en combinant protection environnementale et équité dans l?usage de l?eau.
1.1.4.2 La Directive-cadre sur l'eau : un pilier de la gestion transfrontalière des cours
d'eau en Europe
Adoptée le 23 octobre 2000, la Directive-cadre sur l'eau (DCE) de l'Union européenne constitue un
cadre juridique essentiel pour la protection et la gestion durable des ressources en eau au sein de
l'Union. Elle vise à atteindre un "bon état" écologique et chimique pour toutes les masses d'eau de
surface et un "bon état" quantitatif et chimique pour les eaux souterraines. Pour y parvenir, la DCE
impose aux États membres une gestion par district hydrographique, basée sur les bassins versants
plutôt que sur les frontières administratives, encourageant ainsi une approche intégrée. Les États
doivent analyser les pressions et impacts anthropiques, surveiller l'état des eaux, élaborer des
plans de gestion pour chaque district et assurer la participation du public. La coopération
internationale est essentielle pour les bassins transfrontaliers, nécessitant une coordination des
efforts entre les États membres et les pays tiers (c?est le cas de la Suisse pour la France). La DCE
a notamment renforcé la coopération transfrontalière en consolidant le rôle des commissions
internationales de bassins, qui coordonnent la mise en oeuvre de la directive et facilitent
l'élaboration de plans de gestion intégrés (voir aussi annexe 5).
1.1.4.3 La comitologie internationale fluviale
La comitologie internationale fluviale, qu?elle soit la conséquence de l?application de la Convention
d?Helsinki ou de traités parfois bien plus anciens, est un élément central dans la gestion des cours
d'eau transfrontaliers. Elle englobe les structures et les processus de coopération entre les États
riverains pour assurer une utilisation équitable, durable et pacifique des ressources en eau
partagées. Le terme "comitologie", dans le contexte international, fait référence aux mécanismes
institutionnels par lesquels les États collaborent au sein de comités, de commissions ou de groupes
de travail ou d?experts pour élaborer, mettre en oeuvre et superviser des politiques communes. En
matière fluviale, la comitologie se manifeste par la création d?instances internationales consacrées
à la gestion des cours d'eau transfrontaliers, telles que la Commission internationale de l'Escaut
ou la Commission centrale pour la navigation du Rhin.
Les objectifs principaux de la comitologie internationale fluviale sont multiples. Elle vise à
coordonner les politiques transfrontalières en harmonisant les législations et les pratiques entre les
pays riverains pour une gestion cohérente des cours d'eau. Elle promeut également une gestion
intégrée des ressources en eau, tenant compte notamment des aspects quantitatifs et qualitatifs
de l'eau, de la biodiversité, des risques d'inondation, des pollutions, de l'énergie hydroélectrique et
du transport fluvial. En outre, la comitologie offre des plateformes de dialogue pour prévenir et
résoudre les conflits liés à l'utilisation des ressources en eau partagées, favorisant ainsi la
préservation des équilibres et la stabilité régionale.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 18/110
La comitologie facilite également l'échange d'informations et de données entre les pays, ce qui est
essentiel pour une gestion basée sur des connaissances scientifiques solides. Elle doit permettre
de coordonner les actions, telles que la construction d'infrastructures, la réalisation d'études
d'impact ou la mise en place de programmes de surveillance de la qualité de l'eau. En outre, elle
est censée permettre d?assurer le suivi et l'évaluation des politiques mises en place, permettant
ainsi d'ajuster les stratégies en fonction des résultats obtenus.
Pour la France, la comitologie internationale fluviale (mais pas seulement) peut se révéler d'une
importance stratégique et lui permettre d?être influente et de promouvoir des modèles de gestion
efficace des ressources en eau partagées. Elle doit permettre à la France de respecter ses
engagements internationaux, notamment dans le cadre de la Directive-cadre sur l'eau de l'Union
européenne et des conventions internationales telles que la Convention d'Helsinki de 1992 sur la
protection et l'utilisation des cours d'eau transfrontaliers.
1.2 Enjeux thématiques
1.2.1 Gestion quantitative de l'eau
La gestion quantitative de l'eau dans les cours d'eau transfrontaliers revêt une importance cruciale
pour les pays riverains. Elle concerne la régulation des volumes et des débits afin de satisfaire
divers besoins tels que l'approvisionnement en eau potable ou en eau industrielle, l'irrigation, la
navigation, la production hydroélectrique et la prévention des crues. Les défis posés par le
changement climatique amplifient la complexité de cette gestion, en modifiant les régimes
hydrologiques et en exacerbant les tensions potentielles entre les différents usages de l'eau.
Les bassins alimentés par des glaciers, comme ceux du Rhin et du Rhône, sont particulièrement
vulnérables à long terme aux effets du changement climatique. La fonte des glaciers entraîne une
augmentation temporaire des débits estivaux, suivie d'une baisse à long terme, affectant la
disponibilité en eau en aval. Ces modifications hydrologiques auront des répercussions sur la
production hydroélectrique, le refroidissement de centrales, la navigation fluviale ou encore
l'agriculture.
1.2.2 Biodiversité
La biodiversité des cours d'eau constitue un patrimoine naturel qu?il convient de préserver. Ces
écosystèmes aquatiques abritent une multitude d'espèces animales et végétales, dont certaines
sont endémiques ou menacées. La préservation et la restauration de cette biodiversité sont
essentielles pour maintenir les équilibres écologiques et assurer les services écosystémiques tels
que la régulation de la qualité de l'eau ou des crues.
Les grands cours d'eau et les fleuves jouent un rôle important en tant que corridors écologiques,
permettant souvent le déplacement et la migration des espèces. Cependant, ils sont confrontés à
de nombreuses pressions anthropiques, notamment la perte d'habitats due à la construction
d'infrastructures comme les barrages et les digues ; la pollution provenant des rejets industriels,
agricoles et urbains ; et l'introduction d'espèces invasives. Ces facteurs perturbent les
écosystèmes locaux, concurrencent les espèces natives et modifient les équilibres écologiques.
Un exemple emblématique est celui du saumon dans le Rhin. Autrefois abondant, le saumon a
quasiment disparu du fleuve au milieu du XX? siècle en raison de la pollution, de la surpêche et de
la construction de barrages entravant sa migration. Depuis les années 1980, un effort international
coordonné a été entrepris pour réintroduire le saumon dans le Rhin. Des programmes de
repeuplement, l'amélioration de la qualité de l'eau et la restauration de la continuité écologique ont
permis un début de retour très progressif du saumon dans le fleuve, illustrant qu?un succès peut
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 19/110
être possible grâce à une coopération internationale8. Bien que cela ne soit pas l?objet de cette
mission, on notera toutefois une interrogation légitime sur l?opportunité de ces actions dans un
contexte de changement climatique qui pourrait causer un réchauffement des eaux du Rhin au-
delà d?une température propice à cette espèce.
1.2.3 Inondations
Les inondations représentent l'un des risques naturels les plus fréquents et les plus dévastateurs
dans les bassins fluviaux. Elles ont des conséquences significatives sur les populations, les
infrastructures, l'économie et l'environnement. La gestion des risques d'inondation dans un
contexte transfrontalier nécessite une coopération étroite entre les pays riverains pour prévoir,
prévenir et atténuer les impacts des crues.
La gestion des inondations implique une approche intégrée, comprenant la prévention, la protection,
la préparation, la réponse et le rétablissement. Les pays riverains doivent élaborer et mettre en
oeuvre des plans d'action communs, mettre en place des systèmes de prévision et d'alerte précoce
coordonnés et harmoniser les politiques d'aménagement du territoire pour limiter l'urbanisation
dans les zones inondables.
Le changement climatique influence la fréquence et l'intensité des inondations, avec une
augmentation des épisodes de précipitations extrêmes pouvant entraîner des crues soudaines et
plus sévères. Les pays riverains doivent donc intégrer les projections climatiques dans la
planification de la gestion des risques d'inondation, en améliorant les infrastructures, en adoptant
des solutions pertinentes et en renforçant la coopération pour partager les meilleures pratiques et
les technologies innovantes.
Malgré les efforts, des défis persistent, notamment les différences institutionnelles et législatives
entre les pays, le partage des coûts et des responsabilités, et l'harmonisation des données et des
technologies. Pour surmonter ces défis, il est crucial de renforcer les mécanismes de coopération
existants et de développer de nouveaux outils de gouvernance transfrontalière. En tenant compte
des impacts du changement climatique, les pays riverains peuvent améliorer la prévention, la
préparation et la réponse aux inondations, protégeant ainsi les populations, les infrastructures et
les écosystèmes.
1.2.4 Pollutions
La pollution des cours d'eau transfrontaliers est un problème environnemental majeur affectant la
qualité de l'eau, la santé des écosystèmes aquatiques et le bien-être des populations humaines.
Les sources de pollution sont multiples, provenant de l'industrie, de l'agriculture et des zones
urbaines. La nature transfrontalière des cours d'eau rend nécessaire une coopération entre les
pays riverains pour surveiller, prévenir et réduire les pollutions.
Ces pollutions peuvent être d?origines multiples : les rejets industriels contenant des métaux et des
produits chimiques toxiques ; ceux de l'agriculture, qui contribuent à la charge en produits
phytosanitaires et en nutriments, provoquant, entre autres, des phénomènes d'eutrophisation. Les
eaux usées domestiques et les eaux de ruissellement urbaines ajoutent à la dégradation de la
qualité des eaux fluviales. Des incidents majeurs, tels que l'accident de l?ancien groupe chimique
Sandoz en 1986 sur le Rhin, illustrent les impacts potentiels des pollutions transfrontalières. On
pourra également citer les pollutions de préoccupation émergente, comme celles liées aux
composés per- et polyfluoroalkylés, plus connus sous le nom de PFAS.
8 La mission appelle l?attention sur le rapport IGEDD Les piscicultures de repeuplement d?espèces en mauvais état
de conservation, publié en janvier 2025, qui montre que ce succès reste relatif dans le cas du saumon du Rhin.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 20/110
1.2.5 Énergie (hydroélectricité)
L'hydroélectricité est une source d'énergie renouvelable majeure qui exploite le potentiel
énergétique des cours d'eau. Dans le contexte des fleuves transfrontaliers, la production
hydroélectrique soulève des enjeux complexes liés à la gestion des ressources en eau, à
l'environnement et à la coopération internationale. L'exploitation de cette ressource doit concilier
les besoins énergétiques avec la préservation des écosystèmes et les intérêts des pays riverains.
Par exemple, le Rhône est l'un des fleuves les plus exploités pour l'hydroélectricité en France,
nécessitant une coopération avec la Suisse pour la régulation des débits en amont.
L'exploitation hydroélectrique peut avoir des impacts environnementaux significatifs, notamment la
modification des régimes hydrologiques, la fragmentation des habitats et la rétention des sédiments.
La construction et l'exploitation des installations sur des cours d'eau transfrontaliers nécessitent
des accords entre les pays concernés pour la répartition de l'énergie produite, la gestion des débits
et les compensations environnementales. La coopération internationale est encadrée par des
accords bilatéraux et multilatéraux définissant les droits et obligations de chaque partie, notamment
en termes d?accès à la force hydraulique.
1.2.6 Transport fluvial
Le transport fluvial est un mode de transport majeur pour le commerce intérieur et international,
offrant une alternative durable et économique au transport routier et ferroviaire. Les cours d'eau
transfrontaliers jouent un rôle clé dans la connectivité entre les pays, favorisant les échanges
commerciaux et contribuant au développement économique régional.
Les avantages du transport fluvial incluent une réduction des émissions de gaz à effet de serre,
une capacité de transport élevée et une connectivité régionale améliorée. Les fleuves tels que le
Rhin, l'une des voies navigables les plus importantes d'Europe, l?Escaut et la Moselle, sont encore
aujourd?hui essentiels pour le commerce international. La modernisation des infrastructures,
l'intégration multimodale et la digitalisation sont des défis et des opportunités pour améliorer
l'efficacité du transport fluvial.
1.2.7 Ouvrages
Les ouvrages hydrauliques tels que les barrages, les écluses, les digues et les canaux jouent un
rôle important dans la gestion des cours d'eau transfrontaliers. Ils sont importants pour la
production d'hydroélectricité, la navigation, la régulation des débits et la protection contre les
inondations. Cependant, leur construction, leur maintenance et leur gestion soulèvent des enjeux
environnementaux, sociaux et politiques, ainsi que de risques technologiques nécessitant une
coordination étroite entre les pays riverains.
La gestion de ces infrastructures hydrauliques requiert des accords pour leur conception, leur
construction et leur maintenance, ainsi que le partage des coûts et des bénéfices. Les ouvrages
peuvent par ailleurs modifier le régime hydrologique des cours d'eau, affectant les débits, la
température de l'eau et le transport des sédiments, avec des conséquences sur la biodiversité et
la qualité de l'eau.
La continuité écologique est également un enjeu fort, les ouvrages pouvant constituer des barrières
pour les poissons, notamment les espèces migratrices. La sécurité des ouvrages et la gestion des
crues nécessitent par ailleurs une surveillance et une coordination pour prévenir les risques liés
aux défaillances des infrastructures.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 21/110
1.3 Cartographie de la comitologie
Cette partie descriptive présente la synthèse des éléments du recensement qui a pu être effectué
par la mission sur les différents bassins du périmètre étudié. Elle est très largement complétée par
l?annexe 6 qui apporte des précisions sur ces bassins, ainsi que sur chaque commission :
convention à l?origine de la comitologie ; acteurs concernés ; composition actuelle de la délégation
française ; les thématiques concernées ; la structuration des différents comités ; et des éléments
budgétaires lorsque la mission en dispose. Par ailleurs, un rapport séparé reprend les textes des
différents textes, traités ou accords cités fondateurs à l?origine des différentes commissions.
1.3.1 Escaut
Cours d?eau important de l?Europe du Nord-Ouest, le bassin de l?Escaut couvre des territoires en
France, en Belgique et aux Pays-Bas. Il parcourt près de 360 kilomètres avant de se jeter dans la
mer du Nord près d'Anvers, deuxième plus grand port européen de marchandises.
Les commissions traitées dans ce rapport sont :
? la Commission internationale de l?Escaut (CIE),
? la Commission intergouvernementale Seine-Escaut.
Ces commissions génèrent respectivement 8 et 5 instances, allant de l?instance stratégique
jusqu?aux groupes de travail.
1.3.2 Meuse
La Meuse naît sur le plateau de Langres et traverse la Belgique et les Pays-Bas où elle rejoint le
réseau complexe des cours d'eau du delta Rhin-Meuse-Escaut avant de se jeter dans la mer du
Nord.
La seule commission traitant spécifiquement du sujet fluvial traitée identifiée est la Commission
internationale de la Meuse. Elle est structurée en 9 entités allant de l?assemblée plénière au groupe
de projet.
1.3.3 Moselle/Sarre
La Moselle est un affluent majeur en rive gauche du Rhin, prenant sa source en France, dans le
massif des Vosges, longeant également le Luxembourg et traversant l'Allemagne.
La Sarre, également originaire du massif des Vosges, traverse la Lorraine et les Länder de Sarre
et du Palatinat en Allemagne, avant de rejoindre la Moselle à proximité de Trèves.
Les commissions traitées dans ce rapport sont :
? la commission internationale de protection de la Moselle et de la Sarre (CIPMS),
? la commission de la Moselle,
? le comité technique LARSIM.
Ces commissions génèrent respectivement 9, 1 et 2 instances, allant de l?instance stratégique
jusqu?aux groupes d?étude.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 22/110
1.3.4 Rhin
Le Rhin est l'un des fleuves les plus importants d'Europe, s'étendant sur environ 1 230 kilomètres
depuis sa source dans les Alpes suisses jusqu'à la mer du Nord aux Pays-Bas. Il traverse ou borde
six pays : la Suisse, le Liechtenstein, l'Autriche, l'Allemagne, la France et les Pays-Bas.
Dans le domaine fluvial, plusieurs commissions existent avec un nombre très importants
d?instances associées. La plus ancienne9 est la Commission centrale pour la navigation du Rhin
(CCNR), fondée en 1815 et qui a pour mission d?assurer la prospérité et la sécurité de la navigation
rhénane.
En ce qui concerne le Rhin, la mission a considéré les commissions suivantes :
? la commission centrale pour la navigation du Rhin (CCNR),
? la commission internationale pour la protection du Rhin (CIPR),
? le comité A,
? la commission permanente.
Ces commissions génèrent un nombre important d?instances, allant de l?assemblée plénière
jusqu?aux sous-groupes de travail : 28 pour la CCNR ; 30 pour la CIPR ; 6 pour le comité A et 11
pour la commission permanente.
La comitologie fluviale internationale liée au Rhin est donc à elle seule à l?origine de 75 instances
de travail.
1.3.5 Doubs
Le Doubs est une rivière franco-suisse d'environ 453 kilomètres de long, prenant sa source dans
le Jura en France et formant partiellement la frontière avec la Suisse. Principal affluent de la Saône,
elle fait partie du bassin versant du Rhône.
Plusieurs commissions plus ou moins actives existent aujourd?hui sur le Doubs :
? la commission mixte en faveur de la pêche et pour la protection des milieux aquatiques,
? le groupe binational qualité des eaux,
? le comité de pilotage du Doubs franco-suisse,
? la comitologie de suivi du projet de renouvellement des concessions.
Ces commissions génèrent plusieurs instances, allant des instances de pilotage aux sous-comités
techniques : respectivement 2 instances pour les trois premières, et 3 instances pour le suivi du
projet de renouvellement des concessions.
1.3.6 Rhône
Le Rhône prend sa source dans le glacier du Rhône, dans le canton du Valais en Suisse. Il coule
vers l'ouest, traversant le lac Léman, puis entre en France en aval de Genève. Le fleuve suit ensuite
une direction sud, traversant les régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d'Azur et
longeant la région Occitanie, avant de se jeter dans la mer Méditerranée. On séparera ici le grand
bassin Rhône-Méditerranée entre sa partie lémanique et sa partie frontalière avec l?Italie.
9 Il s?agit également de la plus ancienne organisation internationale en activité au monde.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 23/110
1.3.6.1 Rhône lémanique
Si le Rhône lémanique est l?objet de nombreux traités et commissions reprises ici, il n?y a pour le
moment aucun accord qui concerne les eaux du Rhône en dehors de la partie strictement liée au
lac Léman et de la gestion de certains ouvrages hydro-électriques. Cette situation devrait
cependant évoluer rapidement avec la signature d?un accord franco-suisse sur la gestion des eaux
du Rhône et du lac Léman (voir encadré ci-dessous).
La mission a traité des commissions suivantes :
? la commission internationale pour la protection des eaux du Léman (CIPEL),
? la commission mixte pour la navigation sur le Léman,
? la commission consultative internationale pour la pêche dans le Léman,
? la commission permanente de surveillance pour l?aménagement hydroélectrique franco-
suisse d?Emosson (CPS),
? la commission franco-suisse d'étude pour les stockages dans le Léman des eaux d'Arve
dérivées dans Emosson,
? la commission consultative d?accompagnement du barrage de Chancy-Pougny,
? le comité du pilotage du protocole du 7 septembre 2015 relatif à la gestion sédimentaire
des retenues hydroélectriques du Haut-Rhône (APAVER).
En dehors de la CIPEL qui est structurée en 11 instances, toutes ces commissions génèrent 1 ou
2 commissions technique ou de pilotage (voir l?annexe 6 et la figure 2 pour le détail par commission).
Encadré 1 : projet d?accord franco-suisse sur la gestion des eaux du Rhône et du lac
Léman : vers une gouvernance transfrontière intégrée
Dans le cadre des négociations menées depuis plus de dix ans entre la France et la Suisse, un
accord de principe semble avoir été atteint sur la gestion des eaux du Rhône et du lac Léman.
Jusqu'à présent, les relations entre les deux pays en ce qui concerne le Rhône étaient encadrées
par une trentaine de conventions, sans vision intégrée. Ces conventions couvrent divers aspects
tels que la pollution, la navigation, l?hydroélectricité, et ont parfois été signées au niveau local.
Cependant, aucune approche globale de la gestion transfrontalière du fleuve n'existait, ce qui
créait de véritables problèmes, notamment en matière de gestion de l?eau et des ressources
hydriques dans un contexte de changement climatique.
Or, le lac Léman, qui est partagé entre la France et la Suisse (avec 40 % de l?eau provenant du
territoire français), est essentiellement contrôlé, pour ce qui est de son niveau et de son débit de
sortie, par les Suisses et plus précisément par le canton de Genève, à l?aide notamment du
barrage du Seujet à Genève, qui régule l?écoulement du Rhône. La Suisse décide donc
unilatéralement du niveau du lac et du débit du Rhône, y compris le débit minimum, sans réelle
consultation avec la France, bien que cette dernière soit riveraine du Léman. Le Rhône au niveau
du barrage du Seujet est alimenté par la fonte des glaciers, offrant un apport en eau important
au printemps et en été, au moment où l?aval en a le plus besoin. Cependant, le recul des glaciers
modifie cet équilibre hydrologique, rendant le fleuve de plus en plus dépendant des
précipitations. Cela conduit à des variations plus importantes, que ce soient des périodes
d?étiage marqué ou des crues. Enfin la France s?inquiète du maintien d?un débit suffisant au
niveau de la centrale nucléaire du Bugey (construction annoncée de deux EPR). Un débit
insuffisant pourrait également entraîner une remontée d?eau salée en Camargue, avec des
conséquences sur les rizicultures, ou encore une pression accrue sur les nappes souterraines
utilisées pour l?alimentation en eau potable de Lyon. Le mode de gestion actuel n?est par
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 24/110
conséquent plus satisfaisant pour la France, qui souhaite corriger cette situation pour parvenir à
une gestion plus équilibrée et partagée de la ressource commune et également plus fine grâce
à une meilleure prévision des événements extrêmes à venir.
Deux accords - qui devraient être officiellement signés d?ici la fin de l?année 2025 - posent les
bases de cette nouvelle gestion. Du premier accord-cadre résultera la création d'une commission
de coopération sur les eaux transfrontières du Rhône, qui se réunira au minimum une fois par
an ou à la demande des parties en cas de besoin. Cette commission aura pour mission de
superviser toutes les conventions existantes, sans s?y substituer, et jouera un rôle subsidiaire en
permettant de traiter les problèmes majeurs au niveau politique. Elle pourra aborder un large
éventail de sujets liés à la gestion à la fois qualitative et quantitative des eaux de surface et
souterraines, de la pollution à l?énergie.
Parallèlement à cet accord politique, un accord opérationnel sur la régulation des eaux du lac
Léman permettra la mise en place d?un dispositif opérationnel de prévention et de gestion des
crises (crues et étiages). Il fixera les seuils de débit déclenchant respectivement une cellule de
gestion de situation tendue ou de crise à 145 m³/s et 115 m³/s. Ces cellules de gestion se
réuniront y compris en anticipation, sur la base des prévisions météorologiques, avant que ces
seuils ne soient atteints. L?objectif est de prendre des décisions conjointes franco-suisses pour
orienter les autorités genevoises, responsables de la gestion du barrage du Seujet.
Un élément clé de ce deuxième accord réside dans la reconnaissance de la nécessité d'un débit
minimum en sortie de Genève, avec une limitation de la variabilité des débits. Bien que ce débit
minimum ne soit pas formellement inscrit dans l'accord (la Suisse était très réticente à ce sujet),
la valeur actuelle de 80 m³/s, actuellement établie par la Suisse, est jugée satisfaisante par la
France. En cas de modification de ce débit minimum, l?accord prévoit désormais une
concertation obligatoire entre les deux pays, marquant une rupture avec l?ancien modèle où la
Suisse notifiait simplement ses décisions, conformément à la convention liée au barrage
d?Emosson. Désormais, tout changement devra passer par la cellule stratégique franco-suisse,
et la commission de coopération transfrontalière sera informée des résultats.
Enfin, un des objectifs des négociations étaient de construire un accord vivant, évolutif et
adaptable, avec notamment la mise en place d?une cellule stratégique. Cette cellule, composée
d?experts franco-suisses, aura un rôle clé car ses travaux, tournés vers une meilleure
compréhension de l?hydrologie du Rhône et des paramètres affectant son fonctionnement,
seront fondés sur une démarche scientifique et sur l?exploitation des retours d?expérience franco-
suisses.
En définitive, les négociations autour de cet accord posent les bases historiques d?une nouvelle
gouvernance partagée des eaux du Rhône. Elles ont permis de nombreux échanges
interministériels entre les membres de la délégation française (Agence de l?eau, DREAL de
bassin, les préfectures, ambassade de France en Suisse, etc.) et d?avancer sur le partage des
données entre acteurs. La comitologie afférente à ces nouveaux accords nécessitera cependant
pour les acteurs du territoire, en particulier les équipes de la DREAL, de mobiliser du temps
agent pour en suivre la mise en oeuvre et participer à la cellule stratégique.
1.3.6.2 Comitologie avec l?Italie
Les enjeux avec l?Italie sont moindres et relèvent d?aménagements ponctuels comme la CTS, liée
à la gestion de la concession du Mont-Cenis. Il a été mentionné à la mission l?existence d?un comité
technique transfrontalier de la Roya mais il ne semble plus très actif du point de vue des acteurs
de l?État. La commission technique de surveillance franco-italienne (CTS) de la concession du
Mont-Cenis ne génère qu?une instance de travail.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 25/110
1.3.7 Bassins pyrénéens
La frontière franco-espagnole est traversée par sept cours d?eau transfrontaliers : il s?agit de la
Bidassoa, de la Nive, de la Nivelle, de l?Irati, de la Garonne, du Sègre et du Carol. Ces cours d?eau
font l?objet d?une coopération très contrastée selon les bassins versants.
La mission a retenu dans son périmètre de travail les commissions suivantes :
? la commission mixte des eaux transfrontalières (CMET),
? le comité de coordination chargé de suivre les questions de gestion de cours d?eau
transfrontières,
? la conférence atlantique transpyrénées (CAT),
? la commission mixte franco-espagnole de la Garonne supérieure,
? la commission mixte franco-espagnole du Lanoux,
? la commission technique mixte de la Bidassoa (CTMB).
La CMET et le comité de coordination et la CTMB ne sont constitués que d?une seule instance de
travail, les commissions relatives à la Garonne supérieure et au Lanoux ont chacune deux
instances, et la CAT comprend 4 instances allant de l?assemblée plénière au groupe de travail.
La CMET et le comité de coordination chargé de suivre les questions de gestion de cours d?eau
transfrontières semblent avoir le même objet. La CMET est plus ancienne quand le deuxième
comité a été créé plus spécifiquement dans le cadre de la mise en place de la DCE. Il serait sans
doute opportun de penser à fusionner les deux entités dans la mesure où les acteurs interrogés
les identifient mal.
1.3.8 Synthèse
Le tableau ci-dessous synthétise par grand bassin hydrographique les informations de ce chapitre
et de l?annexe 6. Il est complété par une cartographie de la comitologie fluviale internationale en
France hexagonale (Figure 2), ainsi que par un focus sur les bassins de l?Escaut, de la Meuse et
du Rhin qui génèrent plus de 70 % des instances et comités (Figure 3).
Bassin hydrographique
Nombre de textes
internationaux
considérés par la
mission
Comitologie
(nombre
d?instances
identifiées par la
mission)
Escaut 2 13
Meuse 1 9
Rhin 8 87
Rhône - Méditerranée 12 30
Adour-Garonne 6 11
TOTAL 28 150
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 26/110
Figure 2 : Cartographie de la comitologie fluviale internationale en France hexagonale.
(Source : mission, traitement IGEDD/ESPD/CL)
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 27/110
Figure 3 : Cartographie de la comitologie fluviale internationale sur les bassins de
l?Escaut, de la Meuse et du Rhin. (Source : mission, traitement IGEDD/ESPD/CL)
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 28/110
2 Diagnostic de l?organisation actuelle
Les analyses de la mission exposées dans cette partie s?appuient sur l?ensemble des entretiens
menés mais également sur le travail d?état des lieux et de retour d?expérience réalisé en avril 2024
par la DREAL Grand Est auprès des membres des délégation françaises qu?elle pilote.
2.1 Des commissions pas toujours bien dimensionnées
2.1.1 Une tendance à la multiplication des sous-commissions et divers
groupes de travail
La participation aux nombreuses réunions des commissions et des divers groupes de travail
constitue une charge significative pour les délégations françaises, en particulier dans la région
Grand Est. En effet, ces réunions, dont un grand nombre reste réalisé en présentiel, sont
extrêmement chronophages, non seulement en raison de leur fréquence élevée, mais aussi à
cause des contraintes logistiques qu'elles impliquent. Par exemple, lorsque le lieu de réunion est
très éloigné de la résidence administrative de l'agent ? comme c'est le cas pour un agent basé à
Châlons-en-Champagne devant se rendre à Coblence ? les temps de déplacement s'ajoutent au
temps consacré aux réunions, augmentant ainsi la charge globale.
Face au nombre élevé de commissions, sous-commissions, groupes de travail et groupes d'experts
(150 selon les éléments compilés par la mission, cf. 1.3), une réaction naturelle serait de proposer
une simplification substantielle de l'organisation actuelle afin de réduire la charge opérationnelle et
d'optimiser l'efficacité. Cependant, une telle simplification n'est pas aisée à mettre en oeuvre si elle
implique de remettre en question les conventions ou accords internationaux qui constituent le
fondement juridique de ces commissions. Ces instruments juridiques sont souvent le résultat de
longues négociations diplomatiques, et leur modification peut soulever des enjeux politiques
sensibles et en tout état de cause demanderait beaucoup de temps.
De plus, la fusion de certaines commissions peut paradoxalement introduire une complexité accrue.
En consolidant plusieurs entités en une seule, on risque d'élargir le champ des discussions et
d'augmenter le nombre de parties prenantes, ce qui peut alourdir le processus décisionnel. Les
agendas des réunions pourraient devenir plus chargés, et il pourrait être plus difficile de parvenir à
des consensus, en raison de la diversité des sujets abordés et des intérêts représentés.
Toute demande de simplification doit donc être préalablement discutée au sein de la délégation
française. C'est ce qu'a par exemple entrepris la DREAL Grand Est lors des ateliers qu'elle a
animés en avril 2024 pour réaliser un bilan avec l'ensemble des personnes impliquées dans chaque
comitologie concernée. Cependant, on peut regretter la faible implication de l'administration
centrale et des services préfectoraux lors de ces journées. Leur participation accrue à la
gouvernance globale des délégations française serait pourtant essentielle pour garantir une
approche harmonisée et efficace de toute éventuelle évolution de l?organisation des commissions.
Il est nécessaire d'évaluer soigneusement les implications d'une telle évolution. Une approche
pragmatique pourrait consister à améliorer la coordination entre les différentes instances existantes,
à optimiser les calendriers des réunions pour réduire les déplacements, ou à recourir davantage
aux technologies de communication à distance lorsque cela est possible et approprié. La
négociation d?un nouvel accord peut également être l?occasion de repenser la comitologie
existante : ce pourrait être le cas pour le Doubs dans le cadre de la mise en place d?une concession
unique.
L?objectif doit être d'explorer des solutions visant à alléger la charge opérationnelle tout en
maintenant l'efficacité et la qualité des travaux menés. Une stratégie possible serait de rationaliser
la structure actuelle des commissions et des groupes de travail en identifiant les redondances et
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 29/110
les chevauchements thématiques. Cette démarche pourrait permettre de concentrer les efforts sur
des instances clés, de réduire le nombre de réunions et, par conséquent, de diminuer les
contraintes logistiques et temporelles pesant sur les agents.
Toutefois, une telle initiative nécessite une concertation étroite avec les pays partenaires. Il s'agit
en effet de les convaincre de l'intérêt commun que représente une organisation plus efficiente, non
seulement pour la délégation française, mais également pour l'ensemble des parties prenantes.
En tout état de cause, avant la création de tout nouveau sous-comité, groupe de travail ou groupe
d'experts, il serait judicieux d'évaluer la possibilité de fusionner des groupes existants ayant des
thématiques similaires ou complémentaires.
Dans certains bassins versants où cela est pertinent, la mutualisation de certains groupes de travail
ou d'experts pourrait être envisagée. Cette approche favoriserait une meilleure coordination des
actions et une utilisation plus rationnelle des ressources, tout en évitant la multiplication des
instances et des réunions.
Recommandation 1. [Chefs de délégation, en concertation avec les Préfets coordonnateurs
de bassin] Afin de stabiliser les effectifs mobilisés pour la comitologie internationale
fluviale, proposer aux pays partenaires de supprimer un groupe ou de fusionner des
groupes à thématique proche, avant toute création de tout nouveau sous-comité/groupe de
travail/groupe d?expert. Dans les bassins où cela apparaît pertinent, rechercher d?ores et
déjà, même en l?absence de création d?un nouveau groupe, la mutualisation de certains
groupes de travail ou groupes d?experts.
2.1.2 Une tendance à aller au-delà du mandat des commissions
La mise en place d?une comitologie fluviale internationale a pour objectif la construction d?une
gestion intégrée des fleuves de chaque côté de la frontière. Toutefois, bien que les frontières au
sein de l?Union européenne soient des interfaces actives, elles n?ont pas pour autant disparu et les
politiques de gestion de l?eau restent définies prioritairement à l?échelle nationale. Or la coopération
transfrontalière peut être utilisée par les différents acteurs pour défendre leurs propres intérêts et
ceux de leur territoire au sein du bassin versant. Ainsi au sein de la CIE dont la vocation initiale est
la mise en oeuvre de la DCE, les pays de l?aval souhaiteraient élargir les missions de la commission
et mettre en place des exercices communs (sur les pollutions accidentelles par exemple) ou
contractualiser davantage les obligations quantitatives en termes de débit. Or pour la France, le
plus souvent pays de l?amont, il est difficile de s?engager sur des débits dans le contexte du
changement climatique (exception notable pour le Rhône). En outre de tels engagements
pourraient s?avérer très contraignants pour la gestion hydraulique nationale. La volonté des pays
voisins d?élargir les mandats des commissions se traduit également par la multiplication des
groupes de travail et d?experts comme à la CIPR. La France doit donc se positionner clairement
sur la pertinence de toute nouvelle création (voir recommandation 1).
La mission a également relevé lors de ses entretiens que certains experts dans les groupes de
travail pouvaient être mis en difficulté si ceux-ci cessent d?être uniquement technique mais
deviennent davantage stratégique. C?est le cas du groupe d?experts Modélisation hydraulique du
comité technique LARSIM. Le modèle physique de bilan hydrologique LARSIM, développé dans le
cadre de la prévision des crues du Rhin, a été étendu à partir de 2008, dans le cadre d?un projet
Interreg, à la Moselle puis à la Sarre. Les réflexions sur la modélisation hydraulique s?inscrivent
dans le cadre de l?accord de 1987 entre la France, l?Allemagne et le Luxembourg relatif à l?annonce
des crues dans le bassin versant de la Moselle, complété par une convention de 2016, qui
institutionnalise la coopération autour du modèle de prévision des crues. Un comité technique
LARSIM a alors été créé et rattaché à la CIPMS pour bénéficier du soutien du secrétariat de cette
dernière pour la logistique et la traduction. Le modèle open source LARSIM développé par une
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 30/110
communauté d?utilisateurs basée principalement en Allemagne est plus complexe que les modèles
utilisés par le SCHAPI en France, mais offre d?importants bénéfices pour la DREAL Grand Est,
d?autant plus que la coopération autour de celui-ci est concrète, vivante, dynamique avec des
formations régulières. Au fil du temps, d?autres modélisations hydrauliques se sont révélées
intéressantes pour améliorer le modèle LARSIM. Un groupe de travail puis un groupe d?experts
rattaché au comité technique LARSIM ont été ajoutés, ce qui a entraîné un formalisme pesant
comparé au simple besoin d?échanges techniques initial et surtout a fait de ce groupe d?expert un
groupe en charge de questions plus politiques qui nécessitent des arbitrages complexes comme
la définition de seuils de débits ou de zones à risques, qui peuvent créer des tensions. Cet exemple,
qui peut sembler anecdotique, est révélateur du manque d?anticipation, à un niveau décisionnel
suffisant, des conséquences générées par la définition par le président du groupe d?experts
d?objectifs qui ne correspondent pas à la vocation initiale de ce groupe.
Par ailleurs, il peut exister des tensions entre ce qui est porté au sein des commissions
internationales et les politiques nationales. Ainsi si LARSIM fait gagner beaucoup de temps aux
agents de la DREAL, son utilisation en France pourrait être remise en cause par le SCHAPI qui
souhaite homogénéiser la prévision des crues sur le territoire national et entend supprimer les
outils locaux, alors que certains peuvent faire l?objet de conventions internationales comme c?est
le cas de LARSIM. Les agents de la DREAL Grand Est se retrouvent ainsi à nouveau en difficulté
entre les demandes nationales d?un côté et les enjeux de coopération transfrontalière de l?autre.
Cet exemple souligne la faible prise en compte en France des spécificités des questions
transfrontalières.
2.1.3 Trop de comitologie versus pas assez
Si la DREAL Grand Est fait face au défi d?une comitologie de plus en plus foisonnante, certains
territoires regrettent au contraire l?absence de structure de coopération transfrontalière permettant
de porter certains sujets. Ainsi les sujets qui relèvent des bassins de la Nive, la Nivelle ou de la
Bidassoa ne semblent pas suffisamment pris en compte. Il s?agit de petits sujets qui occupent peu
d?ETP à l?échelle locale et qui bien souvent ne relèvent pas de la convention d?Espoo sur
l?évaluation de l?impact des projets sur l?environnement dans le domaine transfrontalier, mais
l?absence de structure de coordination peut être dommageable pour les services voire conduire à
des situations très difficiles à démêler. Ainsi, la DDTM 64 profite de la CTMB pour discuter des
sujets de dragage qui concernent le domaine public terrestre, parce que celle-ci constitue le seul
lieu de discussion pour échanger sur les sujets transfrontaliers.
Autre exemple, dans le bassin versant de la Nivelle, l?INRAE souhaiterait supprimer un seuil sur la
rivière Aetzegaria, marquant la frontière avec l?Espagne, et réaliser une prise d'eau pour alimenter
une pisciculture sur la commune d'Ainhoa dans le département des Pyrénées-Atlantiques. Cette
demande est soumise à autorisation environnementale au titre de l'article L.214-1 du code de
l'environnement. Les travaux ne portent que sur le territoire français, mais leurs conséquences sur
la stabilité des berges et sur le débit minimum biologique concernent le territoire espagnol de la
Navarre, et nécessitent donc l'accord des autorités espagnoles, c'est-à-dire du gouvernement de
Navarre. La DDTM 64 a donné son accord de principe en attendant la réponse des autorités
espagnoles. L'INRAE a sollicité la Navarre en février 2023 qui a répondu que ces travaux devaient
être autorisés par la Commission internationale des Pyrénées (CIP). Or, il apparaît que la CIP ne
s'est pas réunie depuis 2014, ce qui a conduit au blocage du dossier.
Afin de débloquer la situation, la DDTM 64 a demandé à l'INRAE de déposer un dossier en
Espagne. L'idée est ensuite d'attendre l'instruction du dossier espagnol pour voir si des
modifications sont demandées avant de démarrer la consultation du public et de donner
l'autorisation en France. Au final, il est fortement probable que le projet dans sa globalité soit
autorisé par un acte français (l'autorisation environnementale) sur la partie du projet localisée en
France et un acte espagnol sur la partie du projet localisée en Espagne, mais à ce jour l?INRAE n?a
pas eu de retour du dossier espagnol. Ce sujet peut paraître anecdotique à l?échelle nationale mais
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 31/110
il contribue à générer des pertes de temps et d?énergie à l?échelle locale alors qu?une structure de
coordination sous l?égide du préfet permettrait probablement de débloquer rapidement de telles
situations et lancer ensuite lancer la consultation du public associée à la demande d?autorisation
environnementale pour des travaux localisés en France. Comme présenté dans la première partie
et en annexe 6, il existe en Pyrénées-Atlantiques deux réseaux transfrontaliers animés par les
collectivités locales. La préfecture est partie prenante de la Conférence atlantique transpyrénées
mais son GT eau est en sommeil depuis 2015, les autres sujets étant considérés comme
davantage prioritaires. En 2021, la CAPB a proposé la constitution d?un réseau unique via un
groupe de travail technique pour la gestion de l?eau transfrontalière (en intégrant au sein de la CAT
les réflexions portées par la charte de gestion des eaux partagées), mais la démarche ne semble
pas aboutie à ce jour. En outre, il est important de garder une animation côté État autour de ces
sujets.
2.2 Une gouvernance d?ensemble perfectible
2.2.1 Des systèmes d?acteurs variables
2.2.1.1 DREAL, DDT et opérateurs de l?État
Si les DREAL constituent dans la très grande majorité des cas les acteurs clés des systèmes de
gouvernance des cours d?eau transfrontaliers, ce n?est pas systématiquement le cas. La DREAL
Nouvelle-Aquitaine est ainsi peu impliquée dans les sujets de gestion des eaux transfrontalières.
Ces questions sont traitées par la DDTM 64 (sans doute lié au fait qu?ils ont en charge la station
navale de la Bidassoa et la gestion du domaine public maritime de ce cours d?eau) et dans une
moindre mesure par l?Agence de l?eau Adour-Garonne (unité territoriale de Pau). A l?inverse les
DDT(M) sont très inégalement impliquées selon les territoires. Elles ne le sont pas dans le bassin
rhénan car c?est la DREAL qui a la compétence police de l?eau sur le Rhin. La DDT est au contraire
très impliquée en Haute-Savoie pour le Rhône lémanique mais a peu de moyens humains10 pour
suivre les dossiers, quand de l?autre côté de la frontière il existe quatre cantons suisses qui peuvent
porter de multiples sujets qui incombent en France à la seule DDT. Enfin la mission fait le constat
que si les agences de l?eau ont été très impliquées par le passé, elles le sont de moins en moins11,
en dehors de la transmission de données précises. Les opérateurs de l?État considèrent que les
commissions très institutionnelles assez largement autopilotées comme la CIE ou la CIPR sont
souvent redondantes avec les instances nationales. Les personnes qui contribuent aux groupes
de travail n?y voient pas d?intérêt particulier, les objectifs des commissions étant parfois loin de leur
coeur d?activité. En outre le temps investi pour le transfrontalier n?est souvent pas valorisé au sein
des différents organismes parties prenantes. Or, comme évoqué plus haut, la présence d?experts
des opérateurs dans certains groupes de travail ou groupes d?experts serait d?un grand soutien
pour les services de l?État et permettrait d?avoir une gestion plus coordonnée de l?ensemble des
questions liées à l?eau dans un district hydrographique.
Pour ce qui concerne spécifiquement les agences de l?eau, leur activité reste largement centrée
sur le territoire national. Elles interviennent à l?international dans le cadre du soutien à la
coopération décentralisée (elles peuvent y consacrer jusqu?à 1 % de leur budget au titre de la loi
Oudin-Santini) ou de coopération institutionnelle avec des grands bassins de pays du Sud mais
elles sont souvent peu portées vers le transfrontalier. VNF, en tant qu?opérateur de transport se
projette quant à lui de plus en plus à l?échelle européenne. Sa participation aux commissions
internationales peut être intéressante pour identifier les bons acteurs et se constituer un réseau
mais une fois que c?est le cas, VNF préfèrera investir dans des projets permettant de développer
de nouveaux marchés. A ce titre, le projet Seine-Escaut présente un intérêt financier conséquent
10 Réduction générale d?effectif, vacance de poste sur une longue durée.
11 À l?exception de l?AERMC impliquée dans de nombreuses commissions.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 32/110
pour l?opérateur (fonds européens), ce qui ne sera que rarement le cas pour des commissions qui
sont avant tout des instances de dialogue et de partage d?informations. EDF, quant à lui, semble
l?opérateur le plus investi dans la comitologie transfrontalière, avec en plus une bonne coordination
entre le niveau local et le niveau national au sein du groupe, mais c?est sans doute lié aux nombreux
enjeux qui concernent les ouvrages qu?il exploite. Dans tous les cas, l?existence d?un modèle
économique semble aujourd?hui nécessaire pour inciter un opérateur à prendre part aux travaux
des commissions.
2.2.1.2 Le rôle des préfectures à affirmer
Les préfectures sont impliquées dans la comitologie fluviale internationale à plusieurs échelles. Le
préfet coordonnateur de bassin constitue l?autorité administrative compétente pour le grand bassin
au sens de la DCE. Il est souvent le chef de délégation au sein des commissions. Il porte en
principe une vision globale des problématiques du bassin et il anime et coordonne l?action des
préfets de régions et de départements du bassin. Il anime ainsi des réunions pluriannuelles avec
les acteurs concernés des services déconcentrés sur les enjeux globaux liés à l?eau. Les
problématiques transfrontalières peuvent y être abordées mais cela ne semble pas systématique.
Néanmoins le préfet coordonnateur de bassin constitue l?interlocuteur politique légitime non
seulement aux yeux des entités compétentes de l?autre côté de la frontière mais également de
ceux de la délégation française portant la parole de l?État. Lui sont remontées la plupart des
difficultés rencontrées par les services de l?État en région dans les commissions. Néanmoins, les
sujets de ces dernières étant très techniques, il délègue souvent sa fonction de chef de délégation
à la DREAL. Les préfets coordonnateurs de bassin ont d?ailleurs peu répondu aux sollicitations de
la mission pour un entretien, considérant sans doute que le pilotage revenait avant tout aux
services techniques. C?est néanmoins sous-estimer sans doute la dimension politique et surtout
interministérielle des commissions transfrontalières. Lorsque les commissions se situent dans la
région dont il a la charge, la coïncidence entre les limites administratives des services techniques
et ceux de la préfecture permet une bonne coordination des actions ; c?est souvent plus compliqué
dans les quelques cas où la ou les commissions concernent au premier chef une autre région du
bassin. D?une manière générale, les préfets à l?échelle du bassin ou à l?échelle régionale semblent
considérer la comitologie fluviale internationale comme trop consommatrice de temps, de moyens
et de frais de déplacement et seraient favorables à une simplification des entités ainsi qu?à une
réduction importante du nombre des groupes de travail.
L?échelon départemental ou celui des arrondissements est également essentiel car les services
préfectoraux sont alors situés en directe proximité avec les problématiques rencontrées, ce qui
n?est pas nécessairement le cas des préfectures de région parfois très éloignées physiquement de
la frontière. Les préfets et sous-préfets12 interrogés ont souvent une bonne conscience des enjeux
présents et à venir, notamment en termes de gestion quantitative de la ressource en eau. En effet
les choix opérés dans les commissions peuvent avoir un impact sur la gestion de crise dont ils sont
un acteur clé. Toutefois les préfets de départements ou les sous-préfets d?arrondissement
déplorent le fait d?être souvent éloignés du préfet coordonnateur de bassin et de ses services et
de ne pas avoir de moyens pour gérer les problématiques transfrontalières au-delà de la diplomatie
de courtoisie.
12 Ou anciens sous-préfets interrogés dans le cadre de leurs fonctions actuelles mais qui ont souvent fait part à la
mission de leur expérience passée sur le terrain lors des entretiens.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 33/110
2.2.1.3 Des SGAR qui peinent à jouer leur rôle d?interface
Le SGAR placé sous l?autorité du Préfet de région peut jouer un rôle clé au sein du système
d?acteurs propre à la comitologie fluviale internationale de par sa fonction transversale d?ensemblier
interministériel et son rôle de coordination de l?ensemble des administrations de l?État dans la
région. Il est ainsi en bonne position pour faire également le lien entre les services techniques
impliqués dans les commissions et la vision politique des préfectures. Sur le terrain, la mission a
pu constater que les relations avec les DREAL sur les questions de comitologie fluviale
internationale étaient plus ou moins fluides et régulières. Plusieurs explications peuvent être
avancées :
? Alors même qu?il coordonne des projets interministériels, le SGAR n?obtient les
informations concernant les commissions que via le secrétariat du préfet ou via les
directions régionales en fonction de relations interpersonnelles et non un cadre
professionnel institutionnalisé13. Les relations avec le MEAE en particulier sont faibles voire
quasiment nulles. Or, tant le SGAR que le préfet ont besoin d?un cadrage plus précis du
MEAE sur les sujets transfrontaliers afin d?avoir des éléments de langage vis-à-vis des
pays ou autorités compétentes situés de l?autre côté de la frontière.
? Le SGAR même en région frontalière ne dispose pas de service métier relatifs aux sujets
transfrontaliers. Le SGAR Hauts-de-France dispose d?une mission « Europe et
international » constituée de trois personnes qui s?occupent surtout de la coordination des
fonds européens hors FEDER ou du suivi des programmes Interreg. En Grand Est malgré
le E d?européennes ajouté au titre, le SGARE ne possède que deux ETP chargés des
questions énergétiques, agricoles et environnementales, sans spécialisation internationale.
? La conjoncture internationale et l?importance accrue des questions régaliennes (lutte contre
l?immigration clandestine, lutte contre le terrorisme, gestion des conséquences du Brexit
dans les Hauts-de-France) placent les sujets sécuritaires au premier plan et conduisent à
négliger les sujets civils comme la gestion de l?eau.
2.2.1.4 Des conseillers diplomatiques dont les missions restent à préciser
Le réseau des conseillers diplomatiques auprès des préfets de région (CDPR) a été créé en 2015.
Les principes et les modalités du dispositif ont fait l?objet d?une simple convention du 1er décembre
2015 adoptée par le ministre des affaires étrangères et le ministre de l?intérieur. Cette convention
définit les missions des CDPR : renforcement et attractivité des territoires, appui aux politiques de
coopération transfrontalière, appui à la mise en oeuvre de la politique nationale d?immigration et
aux relations consulaires et mobilisation des collectivités territoriales vers l?international. Elle a été
complétée par une lettre de cadrage signée par les secrétaires généraux de ces ministères le
24 juin 2019 Ce réseau de diplomates (16 postes aujourd?hui) a vocation à accompagner les
préfets de région dans les actions de coopération internationale. Ils exercent un rôle de facilitateur
et d?interface entre le ministère de l?Europe et des Affaires étrangères (ils dépendent de la
délégation pour les collectivités territoriales et la société civile au sein de la Direction générale de
la mondialisation) et les services déconcentrés de l?État d?une part et avec les divers acteurs
régionaux à l?international d?autre part. Leurs missions sont précisées par le préfet et donc sont
très variables selon les territoires. Le rôle de certains est avant tout de promouvoir le rayonnement
économique de la région à l?international quand d?autres sont plus en prises avec les thématiques
transfrontalières. Si les CDPR sont rattachés organiquement au préfet, ils peuvent être
fonctionnellement rattachés au SGAR.
Souvent de profil très généraliste, ils semblent peu impliqués dans la comitologie fluviale
internationale, sauf s?ils ont une appétence personnelle pour ces sujets. Or ils incarnent à la fois la
légitimité de l?administration préfectorale et la légitimité du diplomate rompu à la négociation avec
des acteurs internationaux. Ils pourraient donc davantage constituer une ressource précieuse en
13 Ce n?est d?ailleurs pas spécifique à la question fluviale.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 34/110
matière de culture diplomatique pour les services techniques membres de la délégation française.
Ils ne sont cependant souvent pas identifiés comme tels. Si leur rôle est actuellement plus
d?apporter de l?information aux préfets que de coordonner différents acteurs, ils pourraient produire
des notes actualisables sur les enjeux fluviaux internationaux à destination du préfet et des
services déconcentrés. Ces notes pourraient rappeler le contexte spécifique aux bassins, les
différentes commissions existantes, leurs objectifs et replacer ceux-ci dans le contexte plus large
de la coopération transfrontalière. Un tel document a été rédigé par le passé dans la région Grand
Est mais il faudrait généraliser la pratique et demander une actualisation régulière. Le conseiller
diplomatique peut également être un facilitateur. A l?occasion de réunions internationales qui ne
sont pas spécifiques aux fleuves internationaux, il peut faire passer des messages sur la gestion
de l?eau auprès des bons interlocuteurs. On pourrait imaginer que les conseillers diplomatiques
aient dans leur portefeuille de missions la veille sur l?ensemble des flux internationaux, les cours
d?eau constituant un type de flux.
En définitive, le MEAE ne semble pas encore avoir perçu l?importance de la fonction de conseiller
diplomatique auprès des préfets de région et le ministère de l?Intérieur la plus-value de l?apport
d?une culture différente dans le traitement des sujets transfrontaliers. Le réseau des CDPR
mériterait un pilotage plus fort avec une différenciation des types de CDPR selon les territoires
dans lesquels ils sont affectés. Les CDPR en poste dans les régions frontalières pourraient être
chargés du suivi, du partage et de la remontée d?information (vers le MEAE et la DAEI du ministère
de l?Intérieur mais également vers la DAEI du ministère chargé de la Transition écologique (MTE)
ou la mission internationale de la DEB) sur la comitologie transfrontalière dans leur lettre de mission.
Au niveau du MEAE, les auteurs du rapport sur la coopération transfrontalière des collectivités
territoriales14 préconisaient un rattachement des CDPR à la direction de l?Union européenne « car
les questions qu?ils traitent relèvent pour l?essentiel du sujets européens et intéressent les frontières
de l?État, tant dans la sphère régalienne que dans l?appui aux collectivités territoriales ». L?idée est
en effet très pertinente et permettrait une meilleure remontée de l?information en direction de
l?administration centrale des sujets discutés en commission mais également des difficultés
rencontrées. L?ambassadeur transfrontalier15 pourrait être l?interlocuteur privilégié des CDPR.
La mission préconise également que les conseillers diplomatiques auprès des préfets de
région soient gérés par la direction de l?Union européenne du ministère de l?Europe et des
Affaires étrangères plutôt que par la délégation pour les collectivités territoriales et la
société civile, sous l?autorité de l?ambassadeur transfrontalier.
Recommandation 2. [MEAE, MI] Renforcer l?animation par les préfectures sur les sujets et
programmes transfrontaliers, y compris ceux relatifs à l?eau. Affirmer davantage la place
des conseillers diplomatiques dans le pilotage et l?animation de la comitologie fluviale
internationale
14 F. Philizot, C. Desforges, A. Pommier, « La coopération transfrontalière des collectivités territoriales », Rapport
de l?Inspection générale de l?administration, n°22035-R, juillet 2022.
15 Le titre de cette fonction est : ambassadeur pour les commissions intergouvernementales, la coopération et les
questions frontalières
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 35/110
2.2.1.5 Des politiques d?administration centrales trop cloisonnées
Depuis maintenant plusieurs années, le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères ne pilote
plus la gouvernance des fleuves internationaux européens, hormis lors de la négociation d'accords
tels que ceux sur le Rhône et le Doubs évoqués précédemment. La Sous-direction de
l?environnement et du climat suit la Convention d'Helsinki et soutient des organismes internationaux
dans les pays en développement ? comme les projets sur le fleuve Sénégal ou le fleuve Mékong
? afin de participer à la promotion du modèle français de gestion intégrée de l'eau. Toutefois, les
travaux et la comitologie sur les fleuves européens ont été transférés par le ministère des Affaires
étrangères au ministère chargé de l?environnement au titre de sa compétence sur l?eau, sans
formation particulière ni inclusion systématique de ces tâches dans les fiches de postes des agents
concernés.
C?est donc désormais le MTE qui est l'acteur principal désigné pour gérer la comitologie fluviale
internationale. Bien que plusieurs directions métiers soient impliquées (y compris au sein du
ministère de l?aménagement du territoire et de la décentralisation pour la partie transport), c?est la
mission internationale de la direction de l'eau et de la biodiversité qui joue le rôle de pilotage.
Cependant, on comprend aisément les difficultés d?une équipe réduite à quelques personnes pour
gérer l?ensemble des sujets liés à cette comitologie.
Cette situation reflète un cloisonnement des politiques au sein de l'administration centrale,
caractérisé par un manque d'échanges interministériels. La mission internationale de la DEB n'est
pas nécessairement identifiée dans certaines directions du MEAE. Par exemple, lors de la
négociation de l'accord sur le Rhône, la Direction de l?Union européenne (UE) du MEAE a
principalement échangé avec les experts techniques de l'Agence de l'Eau Rhône-Méditerranée-
Corse (RMC) et de la DREAL de bassin, mais pas (ou peu) avec la DEB.
Pour remédier à ces absences d?échanges voire de connaissance réciproque, il serait nécessaire
que les administrations centrales émettent des mandats clairs et coordonnés. Une initiative
conjointe du MEAE et du MTE pourrait consister à missionner à la fois les DREAL et les conseillers
diplomatiques auprès des préfets de région. Pour toutes les Commissions Intergouvernementales
(CIG) techniques, la présence d'un représentant de l'administration centrale ayant une vision
globale du sujet ? mission qui pourrait être déléguée au conseiller diplomatique ? serait bénéfique.
La participation d'un représentant du MEAE aux côtés des experts thématiques permettrait plus
souvent de parvenir à des prises de position ou des solutions concertées. Les experts ont parfois
tendance à privilégier les solutions techniques sans forcément considérer tous les enjeux,
notamment politiques et institutionnels. À l'inverse, un diplomate pourrait surpondérer une décision
en faveur des usagers ou au profit d?une bonne entente avec nos partenaires. L'intervention
conjointe du MEAE ou du corps préfectoral, et des services déconcentrés ou opérateurs, garantirait
une prise en compte équilibrée des aspects techniques et politiques.
Enfin il est apparu à la mission que les directions de l?action européenne et internationale (DAEI)
du MI et du MTE pouvaient être davantage impliquées dans la coordination des acteurs français
de la coopération transfrontalière. Du côté du Ministère de l?Intérieur, la DAEI pourrait animer les
sujets de coopération transfrontalière en lien avec la DGCL et contribuer directement à l?animation
du réseau des conseillers diplomatiques, en demandant à ceux-ci de lui remonter de manière plus
systématique l?information concernant les territoires frontaliers dans lesquels ils exercent leurs
fonctions. La DAEI du ministère chargé de l?environnement a, quant à elle, délégué aux directions
techniques toutes les questions relatives aux conventions CEE-ONU. Elle ne supervise que de
manière très globale les sujets européens et ne s?occupe pas de la comitologie fluviale
internationale16.
16 Alors qu?historiquement la contribution obligatoire à certaines conventions passait par le budget de la DAEI, mais
en 2023 cela a été transféré à la DEB dans un souci de rationalisation.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 36/110
2.2.2 Des difficultés à avoir le bon niveau de représentation et de
qualification
De nombreux interlocuteurs de la mission ont rapporté des difficultés liées aux différences
d?organisation administrative dans les différents pays concernés, qui entraînent des lenteurs dans
le règlement de certains dossiers voire des incompréhensions mutuelles. Ces difficultés sont
inévitables mais en revanche il a été rapporté à la mission que les délégations étrangères ont
souvent une approche plus globale des sujets transfrontaliers et surtout ces sujets sont portés à
plus haut niveau. Il paraît donc important d?avoir systématiquement un bon niveau de
représentation côté français d?une part et d?autre part, une meilleure articulation au sein de la
délégation française entre administration centrale et services déconcentrés.
2.2.3 Des effectifs globalement insuffisants
Dans l?organisation actuelle des différentes commissions, la question des effectifs capables
d?assurer une présence française dans l?ensemble des instances et groupes de travail constitue
un enjeu majeur. L?ensemble des entretiens menés par la mission a permis de mesurer la tension
très forte qui pesait sur les délégations françaises quels que soient les bassins versants.
Un autre facteur limitant l'efficacité de la comitologie fluviale internationale réside dans le taux de
rotation élevé des équipes françaises, en contraste marqué avec la grande stabilité observée chez
nos homologues des pays voisins. Ce turn-over important au sein des services français entraîne
souvent une perte de mémoire institutionnelle et complique la continuité des actions engagées.
Les nouveaux agents missionnés doivent consacrer un temps considérable à s'approprier les
dossiers (quand ils existent !), à comprendre les enjeux transfrontaliers et à nouer des relations
avec les partenaires étrangers, ce qui peut retarder les prises de décision et affaiblir la position
française dans les négociations.
En face, la stabilité des équipes étrangères permet une capitalisation continue des connaissances
et une maîtrise approfondie des sujets, renforçant ainsi leur influence dans les instances
internationales. Cette asymétrie crée un déséquilibre qui peut nuire à l'efficacité des collaborations
et à la défense des intérêts français. Il est donc essentiel de mettre en place des mesures visant à
réduire le taux de rotation du personnel français impliqué dans ces commissions. Cela pourrait
passer par une meilleure reconnaissance de l'importance stratégique de ces postes, une
valorisation des carrières dans ce domaine et un renforcement des formations spécifiques pour les
agents concernés.
La question des effectifs est d?autant plus importante que plusieurs postes sont vacants ou vont
l?être dans un avenir proche et l?État peine à les pourvoir : c?est le cas par exemple du président du
comité technique permanent des barrages et des ouvrages hydrauliques (jusque-là exercé par un
agent de la DGPR) qui gère à la fois les ouvrages du Mont-Cenis et de la Garonne supérieure.
L?intention de l?administration centrale semble être que cette fonction soit reprise en local (une
personne pour le Lanoux et une autre pour le Mont-Cenis) mais les services déconcentrés ont du
mal à identifier les personnes ad hoc.
Une autre approche permettant de maîtriser les effectifs des services de l?État consacrés à la
comitologie internationale fluviale serait de confier, lorsque cela est pertinent techniquement, la
participation à certains groupes de travail ou d'experts à des opérateurs de l'État tels que les
agences de l?eau, le Cerema, l?OFB ou l'INRAE. Ces organismes possèdent une expertise
reconnue dans leurs domaines respectifs et bénéficient généralement d?un taux de rotation du
personnel plus faible que les administrations centrales ou les services déconcentrés. Cette stabilité
des effectifs favoriserait une meilleure capitalisation des connaissances et des pratiques et donc
une pertinence et une efficacité accrues à effectifs inchangés, assurant en outre une continuité
dans la représentation française au sein des instances internationales.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 37/110
Dans un contexte marqué par des contraintes budgétaires et des limitations en termes d'effectifs,
le recours à ces opérateurs permettrait d'optimiser les ressources humaines disponibles et de
maintenir un haut niveau de participation sans diluer la charge sur des agents dans les services
de l?État dont les missions habituelles sont éloignées des sujets internationaux. Dans ce cas, un
modèle économique pertinent reste à définir entre les services de l?État et les opérateurs pour
financer cette participation, actuellement en dehors des missions qui leur sont confiées.
Afin de maintenir une présence française dans les commissions fluviales internationales, la
mission suggère la création d?ETP explicitement dédiés (au moins en partie) aux
commissions internationales (voir tableau ci-dessous). En outre, il manque dans l?ensemble
des DREAL un conseiller international qui pourrait avoir une vision d?ensemble. Ce rôle est
en partie assuré en Grand-Est mais les missions associées restent peut-être encore à préciser.
Effectifs supplémentaires souhaitables
Hauts-de-
France
0,5 ETP DREAL
(0,5 ETP Agence de l?eau)
1 ETP en préfecture (région ou département du Nord) : directeur de projet
chargé du transfrontalier (hors périmètre sécurité)
Grand Est
1 ETP en DREAL en appui aux équipes existantes
1 ETP à l?Agence de l?eau Rhin Meuse (présidences ? expertise ?)
(1 ETP VNF sur les sujets transports)
1 ETP en préfecture de région ou département : directeur de projet chargé
du transfrontalier (hors périmètre sécurité)
Bassin RMC
1 ETP DREAL (contexte du nouvel accord franco-suisse sur le Rhône)
1 ETP en préfecture de région : directeur de projet chargé du transfrontalier
(hors périmètre sécurité)
Pyrénées
1 ETP à répartir entre les DREAL Nouvelle-Aquitaine et Occitanie (pour
structurer l?animation au niveau État des échanges avec l?Espagne)
1 ETP en préfecture du département des Pyrénées-Atlantiques : directeur
de projet chargé du transfrontalier (hors périmètre sécurité)
Selon les cas, les effectifs proposés ici pour les opérateurs pourraient être affectés aux DDT(M)
Conscient des contraintes budgétaires actuelles, la mission précise que ces effectifs pourraient
être obtenus par redéploiement à la suite d?un effort de priorisation des missions des services
concernés.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 38/110
2.3 Aspects financiers
Lorsque les commissions sont dotées d?un budget propre, les interlocuteurs de la mission
regrettent que les versements de l?administration centrale soient à budget constant sans tenir
compte de l?inflation (alors que celle-ci est bien prise en compte par les autres États dans ces
budgets), ni de la tendance à la multiplication des groupes de travail ou groupes d?experts.
L?augmentation des budgets peut en outre être liée aux frais du secrétariat permanent de la mission.
Si le siège est situé chez nos voisins comme c?est souvent le cas pour les grandes commissions
du Nord et de l?Est de la France, les salaires et les prix sont indexés sur ceux du pays qui accueille
l?entité. Afin d?avoir plus de marges de manoeuvre, certains services sont tentés de demander de
revoir la répartition financière prévue par chacune des conventions, celle-ci ne reflétant plus la
réalité des services rendus à chaque pays par les coopérations transfrontalières. Il est cependant
apparu à la mission que cela ne constituait pas nécessairement une piste à approfondir dans la
mesure où il fallait réexaminer les contributions allouées à la comitologie fluviale transfrontalière à
l?aune de l?ensemble des sujets transfrontaliers. Certains de nos voisins peuvent être beaucoup
plus impliqués dans d?autres sujets comme les mobilités par exemple. La réévaluation des
contributions financières nécessiterait donc d?avoir une approche globale et interministérielle.
Même lorsqu?il n?y a pas de budget propre à la commission, l?existence même d?une comitologie
nécessite a minima des frais de représentation lorsque la France accueille les délégations
étrangères. Si chez nos voisins, les montants en jeu ne semblent pas poser de problème, les
services de l?État en France n?ont plus le budget de fonctionnement adapté à la charge que
représente l?accueil des délégations étrangères, ce qui constitue une contrainte forte. Certains
interlocuteurs de la mission ont indiqué qu?ils préféraient renoncer à proposer un atelier sur un sujet
émergent qui leur semblait important, faute de moyens pour en assurer la logistique, alors même
que nos voisins en proposent régulièrement. Dans un contexte de transition écologique et de
tension budgétaire, l?appel à plus de sobriété dans les réunions internationales pourrait être un
sujet de discussion avec nos partenaires, mais il doit être porté à un niveau suffisant.
Les frais de traduction constituent également un poste important des frais associés aux
commissions fluviales internationales. Ceux-ci pourraient être réduits en passant à l?anglais et il
s?agit d?une solution qui serait souvent acceptée par nos voisins, mais cela suppose souvent une
remise à niveau linguistique des membres de la délégation française et un fonctionnement
dérogatoire par rapport aux instructions en vigueur relatives à l?usage du français dans les réunions
européennes et internationales.
D?une manière générale la question des financements des commissions internationales ou des
frais de représentation constitue un sujet sur lequel les administrations centrales doivent réfléchir,
si la France veut garder un niveau d?influence à la hauteur de ses ambitions.
Recommandation 3. [SG MTE] Prendre en compte la présence de quatre frontières dans
l?attribution de moyens à la DREAL Grand Est pour lui permettre de continuer à répondre
aux besoins de la représentation de la France dans les commissions qui la concerne.
Étendre cette prise en compte à d?autres DREAL si des besoins y sont avérés.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 39/110
3 Intégrer les enjeux des commissions internationales
3.1 Enjeux thématiques
3.1.1 Conserver la plus-value de l?expertise technique des différents
membres de la délégation française tout en conservant une vision
globale des sujets
La répartition actuelle des sujets entre les différentes directions d'administration centrale est
pertinente dans la mesure où elle permet de mobiliser des expertises techniques spécialisées.
Toutefois, cette organisation peut conduire à une absence de vision globale, limitant la capacité
des délégations françaises à appréhender l'ensemble des enjeux transfrontaliers de manière
intégrée. Il est donc crucial de conserver la plus-value apportée par chaque expert tout en évitant
une vision cloisonnée des sujets.
Par ailleurs, au niveau local, il est important de se demander comment éviter le prisme d'une vision
d'expert particulière. Un exemple illustratif est celui des débits réservés dans un contexte de
production hydroélectrique. Malgré le rôle transversal attendu des DREAL, un de ses agents ayant
une expérience approfondie dans le domaine de l?environnement pourrait percevoir de manière
moins claire les enjeux énergétiques. Une approche mettant uniquement l'accent sur les
dimensions environnementales et les compensations écologiques pourrait négliger des enjeux
énergétiques, et réciproquement, une vision strictement énergétique d?un dossier sans prise en
compte des enjeux environnementaux pourrait aboutir une impasse. Dans tous les cas, un manque
de vision transversale pourrait entrainer crispations et retards de solutions.
Cet exemple, proche d?une situation existante, souligne la difficulté à appréhender l'ensemble des
problématiques à leur juste mesure. Pour surmonter cet obstacle, il serait bénéfique de mettre en
place des mécanismes de coordination interservices au sein des délégations locales, avec les
administrations centrales, et entre ces administrations centrales. Ces mécanismes permettraient
de réunir des experts de différents domaines (environnement, énergie, économie, etc.) afin de
favoriser une compréhension mutuelle des enjeux et de développer des solutions équilibrées. Cette
approche multidisciplinaire garantirait que les décisions prises reflètent une vision globale et
cohérente des problématiques transfrontalières, et serait bien souvent au profit de l?intérêt français
dans les relations avec nos voisins.
3.1.2 Mieux hiérarchiser les priorités
Dans un contexte de ressources limitées, il est important de hiérarchiser les sujets afin d'allouer
efficacement les moyens humains et financiers. Se poser la question des priorités permet de
concentrer les efforts sur les enjeux les plus critiques pour la France dans le cadre de la gestion
des cours d'eau frontaliers ou transfrontaliers. Toutefois, il n'est pas toujours possible de répondre
clairement à cette question en raison de la complexité des sujets et de l'interdépendance des
enjeux.
Cette réflexion nécessite une approche collaborative impliquant l'ensemble des acteurs concernés,
y compris les administrations centrales, les services déconcentrés et les opérateurs de l'État. En
identifiant les sujets prioritaires sur leur bassin, mais aussi plus généralement avec un pays donné
(et donc potentiellement sur plusieurs bassins), les délégations françaises peuvent développer des
stratégies ciblées pour les aborder de manière proactive, tout en maintenant si possible une veille
sur les sujets moins prioritaires qui pourraient gagner en importance à l'avenir. Or actuellement les
délégations, bien qu?elles essaient d?avoir une organisation la plus agile possible, sont, dans la
majorité des cas, davantage dans une posture de réaction que dans une posture d?anticipation vis
à vis des commissions fluviales internationales.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 40/110
3.1.3 Aborder au bon niveau dans les comités la thématique du
changement climatique
Le changement climatique constitue un enjeu transversal majeur qui impacte l'ensemble des
aspects de la gestion des cours d'eau transfrontaliers, tels que la disponibilité des ressources en
eau, la biodiversité, la fréquence des événements extrêmes, ou encore les usages socio-
économiques. Il est donc légitime de s'interroger sur la manière dont cette thématique est intégrée
dans les travaux des comités et des groupes de travail internationaux.
Actuellement, il est nécessaire d'évaluer si le changement climatique est abordé au bon niveau
dans ces instances, ce qui n?est pas démontré d?après les constats de la mission. Cela implique
de vérifier de manière plus fine, pour chaque commission, si les impacts prévus du changement
climatique sont pris en compte dans la planification et la mise en oeuvre des projets, ainsi que dans
l'élaboration des politiques transfrontalières. Si ce n'est pas le cas, il pourrait être pertinent de
renforcer la prise en compte de cette thématique en :
? intégrant systématiquement le changement climatique dans les agendas des réunions et
des discussions stratégiques ;
? faisant intervenir périodiquement des experts en climatologie et en adaptation au
changement climatique au sein des délégations ;
? créant, si cela est pertinent (et dans les limites de la recommandation 1), des groupes de
travail spécifiques et transversaux consacrés à l'étude des impacts du changement
climatique sur les bassins transfrontaliers ;
? encourageant la coopération internationale pour partager les connaissances et les
meilleures pratiques en matière d'adaptation et d'atténuation.
En abordant le changement climatique au bon niveau, ces commissions contribueront à élaborer
des stratégies plus robustes et durables, et permettront de rationaliser les sujets traités en évitant
le traitement de sujets sous un angle qui serait rendu obsolète dans un contexte de climat
changeant.
3.1.4 Organiser la réponse française face aux sujets émergents
Les sujets émergents recouvrent des problématiques nouvelles ou en évolution rapide qui peuvent
avoir un impact significatif sur la gestion des cours d'eau transfrontaliers. Ils englobent des
thématiques telles que certains polluants ? comme les microplastiques, PFAS... ? les nouvelles
technologies de gestion de l'eau, y compris la digitalisation et les systèmes d'information
géographique, les aspects sociaux liés à la participation citoyenne et à la gouvernance participative,
ainsi que les risques liés à la sécurité de l'approvisionnement en eau et les cyberattaques sur les
infrastructures critiques.
Il est indispensable de déterminer quelle place accorder à ces sujets au sein des comités et des
groupes de travail existants. Intégrer ces thématiques permettrait aux délégations françaises de
rester à la pointe des enjeux internationaux, d'anticiper les défis futurs et de proposer des solutions
innovantes à nos partenaires. Cependant, l'intégration des sujets émergents soulève la question
de la création de nouveaux comités ou groupes de travail, ce qui est difficile à envisager dans un
contexte de moyens contraints. Il est donc crucial de trouver un équilibre entre la nécessité
d'aborder ces nouveaux enjeux et la gestion efficace des ressources disponibles.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 41/110
Une approche pragmatique consisterait à adapter la feuille de route des structures existantes pour
y intégrer les sujets émergents, plutôt que de créer de nouvelles instances. Les comités et groupes
de travail actuels doivent être à même d?élargir leur champ d'action pour inclure ces nouvelles
thématiques, en veillant à maintenir la cohérence et l'efficacité des discussions. Cette solution
permettrait de capitaliser sur l'expertise déjà présente au sein des groupes, tout en évitant une
fragmentation supplémentaire de la comitologie.
Par ailleurs, la mise en place d'une veille stratégique au sein de la gouvernance générale des
délégations françaises pourrait permettre d'identifier et de suivre les sujets émergents sans
nécessiter de nouvelles structures formelles. Cette veille pourrait s'appuyer sur des partenariats
avec des instituts de recherche et des universités, offrant ainsi un moyen efficace d'aborder ces
problématiques grâce à des expertises pointues et des analyses approfondies, sans alourdir la
structure organisationnelle.
3.2 Enjeux géographiques
3.2.1 Définir les échelles pertinentes pour penser la coopération fluviale
transfrontalière
La lettre de mission invitait les inspecteurs à réfléchir à la cohérence de l?action publique et de son
impact en matière de coopération fluviale internationale. Cela suppose de réfléchir aux échelles
pertinentes de gestion. Les entretiens menés par la mission révèlent que l?administration centrale
souhaiterait davantage déléguer aux services déconcentrés la charge des commissions,
considérant qu?ils ont une meilleure connaissance du terrain, alors que les services à l?échelle
régionale ou à celle du bassin déplorent un investissement insuffisant de l?administration centrale
qui pourrait leur fournir une vision plus large des problématiques qu?ils rencontrent sur le terrain.
Ainsi, sur un exemple très ponctuel, pour l?administration centrale, le remplacement au sein des
commissions du président du Comité technique permanent des barrages et des ouvrages
hydrauliques (agent de la DGPR jusque-là) doit être réfléchi en local, tandis qu?à l?échelle locale
on peine à identifier la personne qui pourrait assurer la fonction de chef de la délégation française
(que ce soit pour l?ouvrage du Lanoux ou celui du Mont-Cenis).
Pour la mission, il apparaît important de trouver le bon niveau de subsidiarité dans la gestion de
ces commissions. A cet égard, si l?échelle des grands bassins (celle des comités de bassin et des
agences de l?eau) a une cohérence d?un point de vue hydraulique, l?échelle régionale apparaît plus
pertinente afin de permettre l?engagement du préfet de région et de garantir une fluidité des
échanges avec les services de l?État en région. Néanmoins, dans certaines régions l?échelle du
département (c?est le cas par exemple pour la Haute-Savoie ou les Pyrénées-Atlantiques) paraît
plus appropriée du fait de l?éloignement des capitales régionales par rapport aux sujets frontaliers.
Toutefois, privilégier le bon niveau de subsidiarité ne doit pas impliquer un désengagement de
l?administration centrale qui doit garder une bonne connaissance globale de la comitologie et des
informations qui sont échangées dans les différents groupes (voire des décisions qui y sont prises
le cas échéant) grâce à un bon système de remontée et de centralisation de l?information, et en
retour grâce à une animation nationale de l?ensemble des thématiques et enjeux abordés dans ces
commissions. Pour certaines commissions ou groupes de travail liés à des sujets jugés
stratégiques, les services de l?administration centrale veilleront à assurer leur bon niveau
d?implication dans la préparation des dossiers et des éléments de langage.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 42/110
3.2.2 Articuler cadre national et différenciation géographique
La gestion des cours d'eau transfrontaliers nécessite une articulation harmonieuse entre le cadre
national et les spécificités géographiques locales. La différenciation géographique se manifeste
selon la proportion des sujets fluviaux dans les coopérations transfrontalières et l'importance du
transfrontalier à l'échelle régionale ou du bassin versant. Dans certaines régions, les enjeux
fluviaux constituent une part prépondérante des relations transfrontalières, tandis que dans
d'autres, ils sont moins significatifs.
Il est essentiel de déterminer qui identifie les sujets prioritaires lorsque l'implication locale est faible.
Sans une implication suffisante des acteurs locaux, certains enjeux peuvent passer inaperçus, ce
qui peut avoir des conséquences sur la gestion globale des cours d'eau transfrontaliers. Comme
évoqué précédemment, même les sujets qui ont peu ou pas d'impact à l'échelle nationale méritent
d'être placés sous la surveillance des services de l'État. Cela peut être réalisé grâce à des
mécanismes de coordination ad hoc, avec des acteurs clairement identifiés et une chaîne de
remontée d'information préalablement établie entre les services déconcentrés, les préfectures, et
les administrations centrales.
L'administration centrale chargée du pilotage thématique doit donc veiller à maintenir une
cohérence nationale tout en tenant compte des spécificités locales. Cela implique de connaître et
de reconnaître la diversité des situations géographiques et d'adapter les stratégies en
conséquence. Une approche différenciée permet de répondre de manière efficace aux enjeux
propres à chaque territoire, tout en s'assurant que les actions locales s'inscrivent dans le cadre des
politiques nationales et des engagements internationaux de la France. L?organisation territorialisée
actuelle des délégations françaises avec une implication forte des services déconcentrés est de ce
point de vue pertinente car elle permet de traiter les sujets au plus près des problèmes mais il
semble indispensable que cette approche soit complétée par une meilleure articulation avec le
niveau national. Les difficultés d?articulation entre les deux niveaux s?expliquent sans doute pour
partie par le fonctionnement en silo des différents ministères qui empêche d?identifier clairement
les bons interlocuteurs pour des sujets souvent transverses, mais aussi par la territorialisation
inachevée du MEAE qui reste mal ancrée dans les territoires, alors même qu?il porte la posture
stratégique française. La gestion des conseilleurs diplomatiques par la direction de l?Union
européenne, déjà évoquée, permettrait sans doute une territorialisation accrue des enjeux
stratégiques européens.
Enfin la comitologie internationale est parfois disproportionnée au regard des sujets qui se posent
à l?échelle locale (prélèvements en eaux, stations d?épuration sur des petits cours d?eau par
exemple). Ces sujets peu prioritaires aux échelles nationales n?entrent jamais dans les agendas
des commissions mais ne peuvent néanmoins pas être résolus en local car les acteurs n?ont pas
la compétence pour le faire. La mission propose que le MI et le MEAE se saisissent du sujet
des problématiques locales transfrontalières pour aboutir à des dispositions permettant
aux préfets de traiter ce type de dossiers à leur niveau, et directement avec les
interlocuteurs étrangers concernés.
Encadré 2 : La Cerdagne, un exemple de difficulté locale à laquelle la comitologie en place
ne permet pas de répondre
Le différend entre la France et l?Espagne autour du canal de Puigcerdà illustre une
problématique locale liée à la redevance pour prélèvement d?eau. Le canal, propriété de la
commune espagnole de Puigcerdà, prélève l?eau dans la rivière Carol en territoire français, mais
les collectivités espagnoles refusent de longue date de s?acquitter de cette redevance, malgré
les obligations légales établies par l?Agence de l?eau Rhône Méditerranée Corse.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 43/110
Les autorités espagnoles invoquent les traités historiques des Pyrénées (1659) et de Bayonne
(1866), qui ne prévoient pas explicitement de redevance financière, pour contester leur
assujettissement. Cependant, une étude juridique de 2013 a confirmé la compétence souveraine
de la France et la primauté du droit européen en matière de gestion de l?eau. Malgré cela, les
prélèvements non déclarés et impayés perdurent, et les tentatives de recouvrement via des
procédures administratives et judiciaires ont échoué.
Face à l'absence de réponse, une imposition d?office a été ordonnée en novembre 2014, puis
renouvelée en 2015, 2016 et 2017, pour un montant annuel d?environ 30 000 ¤. Cependant, les
mécanismes disponibles ne permettent pas de saisie sur les comptes bancaires des entités
étrangères, rendant le recouvrement impossible. Tous les titres émis ont donc été classés en
non-valeur.
En 2019, l?Agence de l?eau a engagé une action contentieuse pour récupérer les redevances
dues par Puigcerdà, mais le tribunal administratif de Lyon s?est déclaré incompétent sans statuer
sur le fond. L?appel de l?agence a abouti, en novembre 2022, à une confirmation de ce jugement
par la cour administrative d?appel, estimant que les titres de recette valent eux-mêmes titres
exécutoires.
Depuis 2019, l?agence de l?eau envoie chaque année des demandes de paiement sans titres de
recettes, toujours ignorées. Par ailleurs, la Commission internationale des Pyrénées (CIP),
réunie en 2014, n?a pas abordé la question des redevances mais a souligné l?urgence de
solutions techniques répondant aux besoins des deux pays. Lors de la Commission
administrative internationale de Puigcerdà (2017-2018), le refus de payer a été réaffirmé, sauf
décision contraire de la Commission mixte des eaux transfrontalières (CMET), qui ne s?est pas
réunie à ce jour.
3.2.3 Interroger la place des collectivités territoriales
Dans la plupart des commissions, les chefs de délégation ont fait le choix de ne pas (ou peu)
impliquer les collectivités territoriales afin de ne pas les laisser gérer des relations transfrontalières
à un niveau qui devrait être celui de l?État. D?ailleurs nos voisins nous reprochent de ne pas avoir
d?interlocuteurs à leur niveau quand l?État n?est pas impliqué. Ainsi à la frontière espagnole, les
confédérations hydrographiques comme celle de l?Ebre souhaiterait négocier avec d?autres acteurs
que les collectivités territoriales. En effet, en Espagne, les confédérations hydrographiques sont
placées sous la tutelle du ministère en charge de l?environnement, et la gestion de l?eau relève de
la compétence exclusive de l?État. La confédération hydrographique de l?Èbre a des missions
transversales portant sur la gestion de barrages (équivalent d?EDF pour le bassin de l?Èbre), la
distribution de l?eau sur ce bassin (équivalent de l?agence de l?eau et des services de police de
l?eau) et l?anticipation des besoins (équivalent de l?agence de l?eau, de la DREAL et services de
prévision des crues). Elle dialogue donc directement avec les régions espagnoles pour les enjeux
environnementaux et les autorités de l?État en charge des questions de sécurité.
Sur le Rhin, la Meuse ou l?Escaut, les délégations étrangères n?hésitent pas à court-circuiter la
délégation française de telle ou telle commission et à interpeler l?administration centrale dans
d?autres conférences internationales ou par courrier sur des sujets qui relèvent pourtant d?une
commission spécifique.
Néanmoins la place des collectivités territoriales dans la comitologie mérite d?être réinterrogée, du
fait notamment des compétences des collectivités « gémapiennes »17. En effet ces dernières
17 Une collectivité « gémapienne » a la compétence de la gestion des milieux aquatiques et de la prévention des
inondations (GEMAPI).
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 44/110
exercent désormais beaucoup des compétences (excepté sur le quantitatif) traitées dans certaines
commissions internationales. Elles sont parfois maîtres d?oeuvre des projets débattus en
commission. Elles possèdent également des moyens financiers qui ne sont pas nécessairement
pris en compte dans les analyses de la commission. C?est le cas en particulier pour la CIPEL. Les
eaux gérées par plusieurs collectivités françaises se jettent dans le Léman. Aujourd?hui, malgré les
compétences liées à la GEMAPI, elles ne sont informées qu?a posteriori de ce qui est discuté dans
la commission, au même titre que le grand public, alors que du côté suisse, les cantons concentrent
l?ensemble des compétences et sont des acteurs majeurs de la CIPEL. Il pourrait être envisager
de réunir le même jour une CIPEL restreinte et une CIPEL élargie afin d?intégrer des acteurs
désormais clés de la gestion de l?eau.
Enfin, les entretiens menés par la mission avec certaines collectivités locales montrent qu?elles ont
une appréhension beaucoup plus fluide des sujets transfrontaliers. Il s?agit pour elle d?enjeux
quotidiens auxquelles elles consacrent des ETP dédiés avec des agents formés au droit
international et à la négociation. Les directions techniques n?hésitent pas à aller voir les directions
supports qui ont une vision plus globale des relations bilatérales pour se mettre d?accord sur des
éléments de langage. Le bilinguisme voire le trilinguisme est en outre une compétence essentielle
des agents travaillant sur le transfrontalier. En termes de gouvernance des enjeux transfrontaliers,
le modèle de gouvernance des collectivités locales pourrait être inspirant pour les services de l?État
Recommandation 4. [Préfets coordonnateurs de bassin, avec l?appui des DREAL] Dans une
logique de cohérence locale et d?optimisation des ressources, prévoir, après une analyse
au cas par cas, une implication plus forte des collectivités territoriales dans certains
groupes de travail et commissions.
Le sujet de l?implication des collectivités territoriales pourrait faire l?objet de séminaires locaux à
l?initiative des DREAL, et pourrait également être traité au niveau national lors de la Conférence de
l?eau qui pourrait se tenir dans les mois à venir.
3.2.4 Mieux coordonner les échelles dans la gestion du transfrontalier
L'articulation des différentes échelles ? locale, régionale, nationale et transnationale ? est un enjeu
majeur dans la gestion des cours d'eau transfrontaliers. Il s'agit en effet de coordonner les actions
et les politiques à chaque niveau pour assurer une gestion cohérente et efficace.
Au niveau local, les acteurs sont directement confrontés aux problématiques spécifiques du terrain,
mais peu intégrés, pour ce qui est de la France, aux travaux des commissions internationales. Au
niveau régional, les services déconcentrés peuvent apporter une vision plus large tout en restant
connectés aux réalités locales. L'échelle régionale des services déconcentrés apparaît souvent
plus pertinente pour garantir une fluidité des échanges, notamment avec le préfet de région et ses
services, mais aussi avec toutes les autres échelles. Toutefois, dans certaines régions, l'échelle
départementale (préfecture, DDT(M)) peut être plus appropriée en raison de l'éloignement relatif
des capitales régionales par rapport à la frontière, comme c'est le cas pour la Haute-Savoie ou les
Pyrénées-Atlantiques.
Au niveau national, l'administration centrale doit jouer un rôle clé en fournissant une vision globale
et en s'assurant de la cohérence des actions avec les engagements internationaux de la France et
de l?équilibre visé des relations. Il est essentiel que l'administration centrale ne se désengage pas,
mais qu'à l?inverse elle renforce son action de pilotage et d?animation, et maintienne une bonne
connaissance de la comitologie et des informations échangées dans les différents groupes. Cela
nécessite un système efficace de remontée et de centralisation de l'information, ainsi qu'une
animation nationale de l'ensemble des thématiques et enjeux abordés dans ces commissions.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 45/110
Pour articuler efficacement ces différentes échelles, il est nécessaire de mettre en place des
mécanismes de coordination et de communication robustes. Cela peut inclure la création de
plateformes d'échange inter-échelles, la désignation de référents chargés de faciliter la
transmission d'informations, et l'établissement de procédures claires pour la remontée et la
diffusion des informations. Une telle articulation garantirait que les décisions prises à chaque
niveau sont fondées sur les réalités du terrain tout en s'alignant sur les objectifs nationaux et
internationaux de la France et les stratégies définies et mises en oeuvre pour les atteindre.
Il existe aujourd?hui un acteur dont la mission est justement de mettre en réseau les acteurs de la
coopération transfrontalière et d?articuler les échelles du local à l?européen, il s?agit de la Mission
opérationnelle transfrontalière (MOT), mais elle est peu impliquée dans les commissions fluviales
internationales. L?expertise de cet acteur pourrait donc davantage être sollicitée. La MOT est une
association créée en 1997 à l?initiative du gouvernement français, chargée de mettre en réseau les
acteurs de la coopération transfrontalière aux échelles locale, nationale et européenne. Une
centaine de collectivités territoriales frontalières y adhèrent. L?association demeure en France la
source principale, voire presque unique, pour connaître la réalité du fait transfrontalier, comme le
rappelle le rapport sur la coopération transfrontalière des collectivités locales18. Elle produit des
ressources très diverses soit générales, soit sur des cas particuliers (approche territoriale ou
thématique) y compris sur les sujets fluviaux. Il s?agit d?un acteur identifié par les partenaires
étrangers (la MOT est ainsi mobilisée comme expert du comité franco-allemand du traité d?Aix-la-
Chapelle). Elle travaille sur des questions qui intéressent les commissions fluviales avec la
commission européenne (cf. réflexion en cours sur le risque d?inondation avec la DG Regio).
Cependant étant avant tout la représentation des collectivités locales, elle est très peu mobilisée
pour la comitologie fluviale internationale, dans la mesure où ce sont essentiellement les agents
de l?État qui sont membres des délégations françaises. Dans les rares cas où des collectivités sont
impliquées, elle joue un rôle d?interface avec le niveau national, mais les collectivités aimeraient
davantage être mises en lien avec les services déconcentrés. L?article 2 des statuts de la MOT
révisés en 2023 (Figure 4) insiste sur le rôle essentiel de la mission pour articuler tous les niveaux
de la coopération transfrontalière. Ce même article 2 rappelle également la capacité de la MOT à
trouver des solutions techniques, juridiques et financières « permettant de lever les obstacles
inhérents aux situations transfrontalières ». La MOT dispose donc de compétences utiles aux
services déconcentrés de l?État impliqués dans les commissions internationales.
Figure 4 : Extrait des statuts de la Mission opérationnelle transfrontalière, version du
27 juin 2023 (Source : MOT)
18 F. Philizot, C. Desforges, A. Pommier, « La coopération transfrontalière des collectivités territoriales », Rapport
de l?Inspection générale de l?administration, n°22035-R, juillet 2022
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 46/110
La quasi-absence dans les réflexions sur les cours d?eau internationaux du seul acteur qui a une
expertise à la fois globale, territorialisée et thématisée des sujets transfrontaliers interroge. Cela
renvoie à l?ambiguïté des relations entre la MOT et l?État et ses opérateurs. L?expertise de la MOT
semble insuffisamment prise en compte au niveau ministériel, excepté par l?ambassadeur pour les
commissions intergouvernementales et la coopération transfrontalières. Du côté des opérateurs,
la MOT est en liaison étroite avec l?Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), qui
traite peu des sujets environnementaux. En outre, l?État ne considère pas suffisamment
l?association comme un acteur susceptible de dialoguer avec l?ensemble des acteurs représentant
l?État au niveau national mais surtout au niveau régional. Il semble donc important de concrétiser
dans le domaine fluvial l?axe 2 de la feuille de route 2024-2027 qui vise à faciliter l?identification des
enjeux transfrontaliers au niveau national. Cet axe invite à réaliser un panorama des besoins et
des enjeux en matière de coopération transfrontalière, « au moyen d?une méthodologie pérenne
de recueil des besoins et des enjeux, auquel la MOT pourra participer dans le cadre d?un dialogue
rénové avec l?État permettant d?établir conjointement une liste des priorités ». La mise en place
d?un comité interministériel sur les enjeux frontaliers pourrait permettre d?inclure l?eau dans les
sujets à discuter.
La mission préconise à la DGCL et à la DEB de réfléchir à la place que pourrait prendre la
Mission opérationnelle transfrontalière dans la comitologie fluviale internationale.
3.3 Enjeux juridiques et diplomatiques
3.3.1 Définir et prioriser les objectifs des commissions fluviales
internationales
Il y a actuellement un manque de vision claire concernant les objectifs des commissions fluviales
internationales existantes. Pour en améliorer l'efficacité, il est essentiel :
? de clarifier les objectifs de chaque commission, en définissant clairement leur mandat et
leurs attributions spécifiques ;
? d?équilibrer les considérations diplomatiques et économiques, afin que les négociations
internationales ne négligent pas les problématiques locales et régionales essentielles. En
effet, les accords sont négociés entre les États nations, tandis que la gestion des cours
d?eau est celle d?un espace fonctionnel de proximité de part et d?autre de la frontière. Par
exemple les problématiques de la dégradation de l?état des eaux (à la fois quantitative et
qualitative) dans le bassin versant du Doubs sont peu abordées dans les négociations
franco-suisses centrées sur la question des concessions hydro-électriques (alors même
que la puissance des centrales est faible au regard de la production nationale française) ;
? d?évaluer régulièrement l'impact des actions menées par les commissions, afin d'ajuster
les priorités en fonction des résultats obtenus et des évolutions des enjeux ;
? de réfléchir à la pertinence du maintien des commissions qui semblent des coquilles vides
comme la Commission internationale des Pyrénées.
3.3.2 Évaluer les conséquences de l?absence de représentation dans
certaines commissions ou groupes de travail
L'absence de représentants français dans certaines commissions ou groupes de travail peut avoir
des conséquences significatives, bien que parfois difficiles à quantifier précisément. Au-delà du
respect des engagements pris lors de la conclusion des traités ou accords internationaux, ne pas
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 47/110
être présent lors des discussions peut entraîner une perte d'influence dans les décisions prises,
car les intérêts et les positions françaises ne sont pas défendus ni pris en compte. De plus,
l'absence aux réunions prive les services français des informations échangées, affectant ainsi la
compréhension des enjeux et la capacité à réagir efficacement aux développements en cours
(nouvelles normes, évolutions de la réglementation européenne, etc.).
Cette situation peut également être perçue par les partenaires étrangers comme un manque
d'engagement ou d'intérêt, ce qui peut nuire aux relations diplomatiques et à la coopération
transfrontalière. Les commissions sont souvent des lieux où se dessinent des opportunités de
collaboration, de financement ou de mise en oeuvre de projets communs (Interreg, Feder, projets
locaux, etc.). Ne pas y participer peut conduire à manquer ces opportunités, ce qui pourrait
rapidement désavantager la France sur le plan économique, environnemental ou stratégique.
Pour la mission, il est essentiel de garantir une présence régulière et active dans ces instances
pour défendre les intérêts français, contribuer aux discussions et maintenir des relations
constructives avec nos partenaires transfrontaliers. Cette participation permet non seulement de
s'assurer que les décisions prises sont compatibles avec les politiques et les objectifs nationaux,
mais aussi de renforcer le rôle de la France en tant qu'acteur clé dans les thématiques abordées.
3.3.3 Davantage intégrer dans les pratiques les comités internationaux
comme des lieux importants d?influence
Les comités et commissions traitant des cours d'eau internationaux constituent des lieux
d'influence majeurs. Ils offrent une plateforme pour échanger des informations et des expertises,
permettant ainsi de partager des connaissances, d'harmoniser les pratiques et de développer des
approches communes face aux défis environnementaux et de gestion de l'eau.
Ces instances sont importantes pour négocier des accords politiques et des cadres juridiques,
élaborer des cadres juridiques et des normes qui régissent la gestion des ressources en eau
transfrontalières, mais qui peuvent également servir de précurseurs à des textes de plus large
portée. La participation active de la France dans ces comités permet de promouvoir ses intérêts
nationaux, d'influencer les orientations stratégiques et de veiller à ce que les décisions prises soient
en accord avec nos politiques et objectifs.
En outre, ces comités contribuent à renforcer la coopération internationale en établissant des
relations de confiance avec les pays voisins. Cela facilite la résolution de problèmes complexes, la
gestion de crises ou de tensions, la mise en oeuvre de projets communs et le développement de
solutions innovantes. Négliger ces espaces de dialogue et de décision peut là aussi entraîner une
perte d'influence pour la France, tant sur le plan technique que diplomatique.
Il convient donc de valoriser ces comités en y participant de manière proactive, en mandatant des
experts compétents et en défendant des positions stratégiques alignées sur les engagements
internationaux et les intérêts nationaux de la France.
3.4 Enjeux financiers
3.4.1 Impliquer la France au bon niveau : une tâche compliquée par le
manque de moyens humains et financiers
La gestion efficace de la comitologie fluviale internationale est actuellement fortement entravée par
le manque de moyens humains et financiers alloués aux services concernés. Ainsi, à la suite de la
réduction des effectifs lors de la fusion des régions, la DREAL Grand-Est n'était plus en mesure de
suivre de manière adéquate le groupe Fish de la Commission internationale pour la protection du
Rhin (CIPR). Elle ne pouvait assister qu'à une réunion par an, alors que le groupe en tenait trois
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 48/110
ou quatre. Cette absence prolongée s'est avérée dommageable, car la DREAL a dû déléguer sa
participation à l'Office Français de la Biodiversité (OFB), mais aussi à une association
environnementale locale qui ne maîtrisait pas pleinement le contexte global des discussions.
Cette situation a conduit à des décisions discutables, telles que le financement de passes à
poissons pour un montant de 80 millions d'euros, sans que la dévalaison (migration des poissons
vers l'aval) soit pour autant assurée. De plus, cela intervient dans un contexte de changement
climatique où il est probable que le Rhin ne soit plus un écosystème favorable au saumon à moyen
terme, bien que cette espèce soit emblématique du fleuve et que sa sauvegarde soit inscrite dans
le plan Rhin 2040.
Consciente de ces enjeux, la DREAL a récemment réaffecté une personne au sein du groupe Fish
afin de représenter les intérêts de l'État. Néanmoins, le dispositif demeure fragile en raison des
ressources limitées. Les différents interlocuteurs de la mission ont donc tendance à considérer qu?il
faudrait assurer la présence de représentants français dans tous les groupes d'experts pertinents,
afin d'orienter les discussions de manière favorable à la position française et de garantir une
défense efficace de nos intérêts. Une telle position n?est toutefois sans doute pas tenable dans un
contexte de fortes tensions sur les effectifs et les budgets, créant de fait un risque d?absence de
représentant français dans certains groupes potentiellement décisionnaires.
Il est en tout état de cause crucial de mener une réflexion coordonnée entre le MTE et le MEAE
pour évaluer précisément le coût de la présence de la délégation française dans l'ensemble des
commissions et ce qui est nécessaire pour faire face efficacement aux priorités élaborées. Cette
évaluation permettra de réaliser des arbitrages éclairés, même si les marges de manoeuvre sont
réduites dans le contexte budgétaire actuel.
3.4.2 Planifier et prioriser les dépenses afférentes à la comitologie fluviale
internationale
Dans un contexte de ressources limitées, il est indispensable de planifier rigoureusement les
dépenses liées à la comitologie fluviale internationale. Une anticipation des coûts et une
hiérarchisation des priorités permettent d'allouer efficacement les moyens financiers aux instances
et actions les plus stratégiques pour la France.
Il convient d'identifier les domaines et les commissions où la présence française est nécessaire,
en tenant compte des enjeux économiques, environnementaux et diplomatiques. Cette priorisation
doit être le fruit d'une concertation entre les différents ministères, les préfectures et les services
concernés, afin d'assurer une cohérence et une synergie des actions. Établir un plan budgétaire
prévisionnel permettra de rationaliser les dépenses, de maximiser l'efficacité de la participation
française et de garantir une utilisation optimale des fonds publics.
Par ailleurs, il est important de rechercher des solutions pour réduire les coûts sans compromettre
la qualité de la participation. Cela peut inclure l'utilisation accrue des technologies de
communication à distance pour limiter les déplacements, le partage de ressources entre services,
ou encore la formation de personnels polyvalents capables de représenter la France dans plusieurs
instances. En évitant les dépenses non essentielles et en optimisant les ressources humaines, la
France doit pouvoir maintenir une présence active et influente dans les commissions fluviales
internationales, malgré les contraintes budgétaires.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 49/110
4 Vers une stratégie nationale
La lettre de mission invitait les inspecteurs à proposer une feuille de route stratégique nationale
pour les bassins frontaliers. S?il apparaît clairement qu?une vision interministérielle coordonnée
doive être mise en place, dans l?organisation actuelle et la répartition des compétences entre
ministères, il semble que cette stratégie doive être portée par le MTE et en particulier par la mission
internationale de la DEB qui finance la contribution obligatoire de la France aux commissions et
qui est bien identifiée sur le terrain comme le principal interlocuteur national. Néanmoins la
définition d?une stratégie par la DEB concernant les bassins fluviaux transfrontaliers n?exclut pas
de repenser la place de la mission internationale par rapport aux autres administrations centrales.
La stratégie portée par la DEB doit s?inscrire dans un pilotage interministériel renforcé des sujets
de coopération transfrontalière et s?accompagner de moyens ad hoc si la France souhaite mener
une politique de l?eau ambitieuse à l?échelle européenne. La mission constate que la DEB, dans
sa configuration actuelle, n?a pas les moyens de définir seule cette feuille de route dont
l?élaboration et le pilotage doivent, dans tous les cas, mobiliser les autres directions
techniques concernées (énergie, transport, etc.), ainsi que, a minima, le MEAE et le MI.
4.1 Posture ou positionnement
Avant de définir les principaux axes d?une feuille de route nationale, il semble indispensable à la
mission de réfléchir aux objectifs pour la France de la comitologie fluviale internationale. Qu?attend
la France et en particulier le MTE de ces commissions ? En effet il semble que d?un point de vue
diplomatique, l?influence de la France en termes de gouvernance de l?eau se pense actuellement
plus à l?échelle mondiale19 qu?à l?échelle européenne. Il s?agit d?un choix stratégique qui peut avoir
des conséquences en termes d?influence sur le continent européen et à Bruxelles. Même si les
fleuves frontaliers français ne constituent pas pour le pays des enjeux économiques majeurs
(excepté peut-être en matière de production énergétique), ils constituent des laboratoires
importants de réflexion sur la biodiversité, sur les changements globaux ou encore sur les risques
et ils sont au coeur de bassins de vie rassemblant une population croissante, les interfaces
frontalières étant dans l?ensemble de plus en plus attractives. La vulnérabilité des populations
frontalières aux risques naturels et industriels dans les milieux fluviaux constitue également un
enjeu majeur dans un contexte de changement climatique. Il paraît donc indispensable de définir
précisément le rôle que la France souhaite y jouer et la posture qu?elle veut afficher vis-à-vis des
pays voisins qui consacrent beaucoup de temps et de ressources humaines et financières sur ces
sujets, avec des équipes stables qui suivent les travaux des commissions sur plusieurs années,
voire décennies.
Dans cette optique, la prise en compte du lien terre-mer dans les réflexions stratégiques relatives
aux fleuves transfrontaliers représente également un atout majeur pour la France, tant sur le plan
environnemental que diplomatique. En effet, la majorité des pollutions aboutissant dans les océans
proviennent des bassins fluviaux, comme en témoigne la présence croissante de polluants dits
émergents (par exemple les PFAS) dans les écosystèmes marins. La question du grand cycle de
l?eau ne saurait donc s?arrêter aux frontières terrestres?: elle requiert une approche intégrée qui
dépasse les segmentations habituelles entre gestion des fleuves, protection des zones côtières et
actions menées pour les mers et les océans.
En s?engageant activement au sein des commissions fluviales internationales, la France peut
déployer une politique d?influence cohérente et ambitieuse visant à limiter les transferts de
polluants vers les milieux marins, tout en préservant la biodiversité et la qualité des eaux. Cet
engagement est également une opportunité diplomatique?: il permet à la fois d?assumer un
19 Promotion du renforcement du rôle d?ONU-Eau et de la mise en oeuvre de la convention d?Helsinki, coopération
avec les pays en développement autour du fleuve Sénégal et du fleuve Mékong, actions de solidarité internationale
des Agences de l?eau dans le cadre du 1 % de la loi Oudin-Santini, etc.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 50/110
leadership européen sur les enjeux de prévention et de réduction des pollutions (chimiques,
microbiologiques, plastiques, etc.) et de porter auprès de la commission européenne (DG
Environnement) une vision intégrée de la gestion des bassins versants au niveau européen,
transposable au niveau mondial. Au-delà de l?aspect environnemental, ce positionnement valorise
l?expertise française en matière de recherche scientifique et de solutions d?ingénierie pour la
prévention des pollutions diffuses, l?assainissement des eaux ou la restauration des milieux
aquatiques.
Par ailleurs, cet ancrage international autour du couple fleuve-mer répond aux orientations
stratégiques de la France en matière de sécurité alimentaire, de résilience au changement
climatique et de protection des littoraux.
La mission préconise à la DEB d?être force de proposition pour définir l?ambition du MTE,
et plus largement de l?ensemble des administrations centrales concernées, sur le rôle, la
capacité d?influence, et le leadership que la France souhaite avoir au sein de ces
commissions fluviales internationales. En particulier, cette ambition permettra de mieux
intégrer l?échelle européenne dans les stratégies internationales fluviales.
En outre, il ressort de l?ensemble des entretiens menés par la mission qu?il manque d?une part une
vision globale et centralisée des enjeux liés à la comitologie fluviale internationale et d?autre part
une bonne coordination entre les échelons participant directement ou indirectement aux
commissions. Un des premiers axes d?une feuille de route nationale semble donc être de définir
des éléments de langage communs à partager avec l?ensemble des délégations françaises sur les
différents bassins et reflétant la position de notre pays en matière de gestion et de protection des
fleuves transfrontaliers. Le rapport de l?IGA sur la coopération frontalière des collectivités locales20
recommandait en 2022 de « prévoir une réunion annuelle des préfets de département et chefs de
service déconcentrés, sous la présidence du préfet de région, sur les sujets frontaliers en y
associant la ou les ambassades de France concernées, permettant de construire un "Dire de l'État"
position cohérente et partagée et point d'appui pour le dialogue avec les autorités étrangères
comme avec les collectivités territoriales ». Cette recommandation reste particulièrement
d?actualité sur le sujet fluvial. Il semble donc important à la mission que le préfet coordonnateur de
bassin, qui possède une vision à la fois globale et spécifique à son territoire des enjeux fluviaux,
puisse régulièrement échanger avec les chefs de délégation et tous les acteurs qui participent aux
commissions sur les éléments de langage à tenir lors de celles-ci. Ces éléments de langage doivent
être discutés avec la mission internationale de la DEB afin d?homogénéiser le discours sur les
grandes lignes stratégiques de la France, quel que soit le bassin versant. Il s?agit donc de définir
des éléments de langage nationaux, tout en respectant le principe de subsidiarité ainsi que les
spécificités locales. Par conséquent, cela implique que la posture française fasse l?objet
d?échanges remontants et descendants réguliers.
Il est essentiel que les stratégies sectorielles (biodiversité, prévention des risques, adaptation au
changement climatique, politiques énergétiques, navigation etc.) soient prises en compte lors de
l'élaboration des éléments de langage afin d'assurer une position française unifiée et alignée sur
les objectifs nationaux. Cela nécessite une collaboration étroite entre la DEB et les autres directions
concernées du ministère, ainsi qu'avec les opérateurs de l'État et les collectivités territoriales
impliquées. Une telle approche intégrée est nécessaire pour renforcer l'efficacité de la France dans
les instances internationales et facilitera la mise en oeuvre des politiques publiques relatives aux
cours d'eau transfrontaliers.
20 P. Philizot, C. Desforges, A. Pommier, « La coopération transfrontalière des collectivités territoriales », Rapport
de l?Inspection générale de l?administration, n°22035-R, juillet 2022.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 51/110
Recommandation 5. [DEB, en associant les Préfets coordonnateurs de bassin] Prévoir à
l?échelle de chaque bassin, une réunion annuelle des chefs de délégation sous la
présidence conjointe du préfet coordonnateur de bassin et de la DEB, en y associant les
acteurs pertinents (préfets de départements, conseillers diplomatiques, chefs de service
déconcentrés, représentants des opérateurs, etc.) permettant de construire un "Dire de
l'État", éléments de langage indispensables au dialogue avec les autorités étrangères.
Aujourd?hui, le préfet coordonnateur de bassin, du fait d?un agenda surchargé mais également
d?une conviction largement répandue dans la sphère État que ces commissions relèvent avant tout
d?enjeux techniques, délègue souvent son rôle de chef de délégation aux services experts en
particulier les DREAL. Il paraît donc important que la DEB incite davantage l?ensemble des services
de l?État en région à se coordonner régulièrement (au-delà du simple échange d?informations par
mail), afin de discuter des questions sensibles ou des difficultés d?ordre politiques rencontrées en
commission. Il s?agit en réalité de changer les représentations associées à la comitologie fluviale
internationale et de dépasser la dichotomie diplomatique/technique. La mission a eu le sentiment,
au fil de ses entretiens, que le ministère des affaires étrangères se préoccupait essentiellement
des commissions fluviales où il y avait des enjeux diplomatiques et stratégiques21 (CCNR, CIM,
CIPR pour ce qui concerne le franco-allemand, comitologie associée au futur accord sur le Rhône,
etc.) et peu des autres considérées comme de pures commissions techniques. Or dans l?ensemble
des commissions, la mission a relevé des sujets qui relèvent d?un positionnement politique à définir.
Nous sommes en réalité presque systématiquement dans du technique-stratégique et il apparaît
nécessaire dans une feuille de route stratégique de proposer des pistes pour dépasser cette
dichotomie, qui nuit aujourd?hui aux délégations françaises dans leur capacité d?anticipation et
d?influence. L?ensemble des services techniques rencontrés sont en forte demande d?échanges
plus réguliers avec les préfets sur les sujets fluviaux, qui constituent un enjeu important des
politiques d?aménagement du territoire. Même si cela implique davantage de réunions, ils
considèrent qu?à moyen et long terme, cela leur permettra de gagner du temps, de mieux structurer
la délégation française et d?être davantage légitimes dans les négociations avec les partenaires
étrangers. Le format et les modalités de la coordination au sein de chaque bassin versant peuvent
être discutés en fonction des enjeux locaux et l?importance des sujets internationaux (la
coordination doit être nécessairement plus étroite à la frontière rhénane qu?à la frontière
pyrénéenne), mais il paraît indispensable d?avoir un cadre minimal de coopération sur l?ensemble
du territoire. Si certains sujets locaux peuvent sembler anecdotiques du point de vue de
l?administration centrale, ils peuvent constituer des éléments de blocage fort à l?échelle locale et
avoir des conséquences sur d?autres sujets et à d?autres échelles. Ainsi l?eau constitue un élément
central de la coopération frontalière au pays basque. La MOT consacre d?ailleurs un atelier sur ce
sujet lors du Borders forum de décembre 2024, en invitant la communauté d?agglomération du
Pays basque. Or ce sujet n?est aujourd?hui plus pris en charge par la préfecture du département
des Pyrénées-Atlantiques et mal cerné à l?échelle régionale comme à l?échelle nationale. L?idée
d?une feuille de route nationale est qu?il n?y ait plus de sujet orphelin ou « hors du scope » en
administration centrale, facilitant ainsi le travail au plan local.
21 Avec un prisme particulier selon les directions membres de la délégation française. Ainsi la CCNR est suivie par
la Direction des affaires juridiques, sous l?angle essentiellement du droit, mais les enjeux des commissions
internationales sont multiples comme nous l?avons vu dans la troisième partie.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 52/110
Recommandation 6. [DEB (MTE) et DUE (MEAE)] Réaffirmer le caractère interministériel des
enjeux fluviaux internationaux pour dépasser la dichotomie actuelle entre les enjeux
techniques et les enjeux diplomatiques, afin d?avoir une vision politique complète des sujets
et de permettre un dialogue cohérent et l?adoption d?une posture claire à l?international.
Enfin la définition d?une stratégie nationale invite à réfléchir aux moyens que l?on souhaite
consacrer à la comitologie fluviale internationale : quel budget est-on prêt à consacrer à
l?organisation d?ateliers ou l?accueil de réunions sur notre territoire en plus des contributions
prévues par les conventions ? Sur quelles priorités ? Avec quelles attentes et quel rapport coût-
bénéfice ? Comment amener nos voisins à plus de sobriété dans les dépenses ? Comment
résoudre la question des ressources humaines : si l?on affecte des ETP à ces commissions, comme
le motiver par rapport aux contraintes d?effectifs globales ? Concernant les aspects financiers, il
s?agit évidemment de tenir compte des contraintes budgétaires actuelles tout en évitant les
postures dogmatiques avec des budgets figés ou les situations intenables (mise en difficulté des
DREAL pour des sommes dérisoires qui ne sont pas débloquées), de nature à décrédibiliser nos
représentations locales.
4.2 Mandat
Un des constats fait par la mission est celui de l?absence fréquente de mandat clair pour les
personnes impliquées dans les commissions internationales. Un mandat représente pour l?agent
une directive officielle qui lui est donnée, définissant ses objectifs, les positions qu?il doit défendre
ou tenir, et les limites de son action au sein d'une instance donnée. Il sert de cadre de référence
pour orienter les interventions des agents, assurer la cohérence des positions défendues et garantir
que les intérêts nationaux sont correctement représentés.
La clarté du mandat est essentielle pour plusieurs raisons. Tout d?abord, elle permet aux agents
de savoir précisément quelles sont les attentes de leur hiérarchie, et donc de l'État, qu'ils
représentent. Cela inclut les positions à défendre, les lignes rouges à ne pas franchir, les objectifs
à atteindre et les concessions possibles. Sans ce cadre, les agents risquent de prendre de bonne
foi des initiatives qui ne sont pas alignées avec les politiques nationales, ce qui peut conduire à
des incohérences ou à des contradictions dans la position française. Ce cadrage constitue un appui
précieux pour les agents, en leur offrant une orientation précise qui leur permet de savoir
exactement ce qui est attendu d'eux, évitant ainsi qu'ils ne se sentent livrés à eux-mêmes.
En outre, un mandat clair facilite la préparation en amont des réunions. Les agents peuvent ainsi
se documenter sur les sujets pertinents, préparer des argumentaires solides et anticiper les
positions des partenaires étrangers. Cela renforce leur crédibilité et leur efficacité lors des
négociations, augmentant ainsi la capacité de la France à influencer les décisions prises au sein
des commissions.
Le mandat joue également un rôle crucial dans la responsabilisation des agents. En connaissant
précisément le cadre de leur intervention, ils peuvent agir en toute confiance, tout en étant
conscients des limites de leur champ d?action. Cela permet également à la hiérarchie de mieux
évaluer les performances des agents, en fonction de leur capacité à respecter et à mettre en oeuvre
le mandat qui leur a été confié.
Par ailleurs, la formalisation des mandats favorise une meilleure coordination interne. Lorsque tous
les membres d'une délégation partagent le même mandat, il est plus facile de tenir une position
unifiée et cohérente. Cela évite les divergences internes qui peuvent affaiblir la position française
face aux partenaires étrangers. De plus, en cas de rotation du personnel, un mandat clairement
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 53/110
défini facilite la transition et l'intégration des nouveaux agents, en leur fournissant un cadre de
référence dès leur prise de fonction.
Enfin, disposer d'un mandat clair permet aux agents de savoir précisément quelle position défendre
lors des négociations internationales. Cela doit permettre d?éviter que la France se voie imposer
des actions (travaux, financements, etc.) ou des normes qui auraient été validées par nos experts
sur la base de leur seule expertise technique, sans tenir compte des orientations stratégiques
nationales ni des implications politiques plus larges. En étant guidés par un mandat défini, les
agents peuvent aligner leur action sur les intérêts nationaux, garantir la cohérence de la posture
française et s'assurer que les engagements pris à l'international sont conformes aux objectifs et
aux politiques du pays. Ainsi, le mandat sert de cadre de référence qui concilie l'expertise technique
avec les impératifs stratégiques, évitant que des décisions soient prises en dehors des limites
établies et sans une connaissance approfondie de la position à tenir. Il est évident que l?on aura
vérifié avec l?agent qu?il accepte les termes du mandat qui lui est confié.
Recommandation 7. [Préfets coordonnateurs de bassin] Établir pour chaque agent impliqué
dans les commissions internationales un mandat clair et formalisé, définissant les positions
à défendre, les objectifs à atteindre et les limites de son action, afin de garantir la cohérence
et l'efficacité de la représentation française au sein des instances transfrontalières.
4.3 Formation et valorisation
De nombreux interlocuteurs de la mission ont insisté sur le coût d?entrée dans les commissions
fluviales internationales, car il s?agit de cadres auxquels ils ne sont ni habitués ni formés. Seule la
CCNR, plus ancienne organisation internationale, semble former spécifiquement les nouveaux
arrivants. Dans l?organisation actuelle, l?absence de formation ou d?accompagnement des agents
dans leur travail au sein des commissions internationales semble très pénalisante pour les
délégations françaises. L?objet transfrontalier est mal identifié et les services de l?État sont peu
rompus à la négociation en général.
Cette formation doit être pensée à plusieurs niveaux. Il s?agit en premier lieu d?apporter une culture
commune et une vision interministérielle à l?ensemble des membres des délégations françaises :
? le premier volet de cette culture commune consiste à acquérir les bases de la négociation
et de la pratique du consensus afin de favoriser de bonnes relations internationales.
L?expertise du MEAE et de l?Institut diplomatique et consulaire est ici indispensable ;
? le deuxième volet est technique. Il s?agit de favoriser l?échange d?expertises et de
comprendre les modalités d?une décision d?expertise, ainsi que ses conséquences
potentielles. Les différentes directions du MTE peuvent apporter cette connaissance en
lien avec le ministère chargé des territoires et de la décentralisation pour les questions
relatives aux transports et à l?aménagement du territoire ;
? le troisième volet concerne la défense de la souveraineté française et la gestion de crise
en contexte transfrontalier qui relève de l?expertise du MI. Les conseillers diplomatiques
sous la double tutelle du MEAE et du MI semblent des ressources appropriées pour
participer à ces formations. Celles-ci peuvent être organisés par ministère (avec des
échanges croisés) dans le cadre des formations de prise de poste. Par exemple la
DMATES pourrait rendre obligatoire cette formation pour l?ensemble des préfets, sous-
préfets et secrétaires généraux amenés à travailler dans un territoire frontalier.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 54/110
Le deuxième objectif de la formation est d?apporter aux membres des délégations un certain
nombre de fondamentaux :
? sur le fonctionnement d?une commission internationale ;
? sur les grands enjeux transfrontaliers avec une approche territoriale qui prend en compte
les deux côtés de la frontière. Dans la vision de certains services de l?État22, les cours d?eau
n?ont qu?une rive, celle dont ils ont la charge ;
? sur les différences culturelles, sur les différences de perception de tel ou tel sujet dans les
pays partenaires.
Pour cette formation généraliste sur le transfrontalier, l?expertise de la MOT pourrait être
ponctuellement utilisée en complément de séminaires organisés par les directions
d?administrations centrales ou les conseillers diplomatiques. Cette formation peut être organisée
sous forme de webinaires obligatoires pour réduire les coûts.
Enfin un niveau plus expert de formation peut être visé pour les chefs de délégation afin de leur
faire acquérir des savoir-faire et des savoir-être autour de l?agir à l?international. Cette formation
s?articulerait autour de différents champs :
? apprentissage des codes nationaux et internationaux ;
? apprentissage de l?art de la négociation et du sens du compromis ;
? renforcement linguistique en anglais pour réduire les frais d?interprétariat mais également
dans la langue utilisée dans les commissions auxquels ils participent. Cette maîtrise peut
s?avérer précieuse lors des échanges informels ;
? apprentissage des leviers pour faire valoir la position française en particulier à l?échelle de
l?Union européenne.
Cette formation plus poussée peut être assurée par les administrations centrales en partenariat
avec des universités ou euro-instituts comme celui de Kehl par exemple.
Plutôt que des formations trop générales, un accompagnement spécifique des chefs de délégation
peut être envisagé afin de répondre à leurs besoins spécifiques ou difficultés rencontrées en
commission.
Recommandation 8. [DGALN, DAEI du MTE, SG MTE] Saisir les services ad hoc des
administrations centrales afin d?établir un programme de formation destinés aux différents
acteurs concernés par les sujets transfrontaliers. Élaborer un socle de base obligatoire pour
les agents représentants la France dans les comités internationaux (gouvernance, groupes
d?expert, groupes de travail), et définir les approfondissements nécessaires pour les chefs
de délégation.
Une fois formés, les membres des délégations doivent être valorisés pour le travail effectué au sein
des commissions.
Le coût d?entrée dans les sujets transfrontaliers est important, la participation aux commissions est
chronophage et l?investissement des agents dans ces thématiques n?est que rarement valorisé
dans leur parcours de carrière (y compris à l?échelle d?un même service). Il y a là des perspectives
d?évolution importante. La mission a constaté que la participation aux commissions était rarement
incluse dans les fiches de poste. Les inclure explicitement serait un levier de transformation assez
simple à mettre en oeuvre. Les entretiens annuels sont également une occasion de valoriser la
22 Notamment dans les services préfectoraux
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 55/110
participation aux commissions. On pourrait en outre envisager que des agents du MI ou du MTE
investis sur le transfrontalier puissent rester plus que deux/trois ans en poste sans être pénalisés
dans la suite de leur carrière. La mission considère qu?une stabilité plus grande des équipes (avec
des agents en poste quatre ou cinq ans) serait fortement bénéfique pour la France pour les sujets
transfrontaliers.
Par ailleurs, la mission préconise que la valorisation de la participation aux commissions
internationales puisse être renforcée en intégrant de manière plus claire cette activité dans
les critères d'évaluation des comités de domaine du MTE. Ces comités, chargés d'évaluer les
compétences et les parcours professionnels des agents dans leurs domaines respectifs, pourraient
ainsi reconnaître l'engagement dans la comitologie internationale comme un élément significatif de
développement professionnel et de contribution aux objectifs stratégiques du ministère. Il serait
également opportun que les managers encouragent les agents impliqués dans ces commissions à
soumettre leurs dossiers pour une qualification en comité de domaine, afin de valoriser leur
expertise et leur investissement dans ces instances internationales.
Recommandation 9. [DREAL et autres services concernés] S?assurer de la bonne intégration
dans les fiches de poste de l?implication des agents dans les commissions transfrontalières
et de leur valorisation dans les éléments des évaluations annuelles.
Recommandation 10. [SG MEAE, MI et Ministères « Territoires, Écologie, Logement », CGDD,
CMVRH] Intégrer des éléments de valorisation des compétences acquises par la
participation aux commissions internationales dans les parcours professionnels,
notamment dans le cadre de démarches du type comités de domaine.
De plus, il serait pertinent de réfléchir au fléchage de certains postes pour des agents ayant
déjà une expérience dans les commissions internationales. Cette démarche permettrait de
capitaliser sur leur expertise spécifique et d'assurer une continuité dans la représentation française
au sein des instances transfrontalières. En reconnaissant officiellement cette compétence dans les
processus de recrutement et de mobilité interne, le ministère favoriserait le développement de
carrières intégrant une composante internationale forte, renforçant ainsi l?intérêt pour ces missions,
ainsi que l'efficacité et l'influence de la France dans ces domaines stratégiques.
Enfin, il serait bénéfique d'identifier suffisamment tôt des personnes ayant le profil pour
exercer les fonctions de secrétaire général de certaines commissions internationales. En
encourageant et en soutenant les agents qui disposent de la motivation, des compétences et de
l'expérience requises pour assumer de telles responsabilités, la France pourrait accroître son
influence et sa visibilité au sein de ces instances. La nomination de représentants français à ce
type de postes clés renforcerait notre capacité à orienter les travaux des commissions et à
promouvoir ses priorités stratégiques. Cela implique de repérer tôt les talents potentiels et de leur
offrir des opportunités de développement professionnel ciblées, afin de les préparer à assumer ces
fonctions.
4.4 Capitalisation
Une fois les différents axes de la stratégie nationale posés, il faut inscrire celle-ci dans la durée.
Dans un contexte budgétaire qui laisse peu de marges de manoeuvre en termes d?effectifs, mais
également dans un système administratif français qui favorise les changements de postes
fréquents, la capitalisation des données et informations qui concernent la comitologie fluviale
internationale est indispensable.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 56/110
La mission a rencontré des difficultés à rassembler l?ensemble des documents (conventions, traités,
accords, comptes-rendus de réunions, synthèses régionales sur les problématiques fluviales, etc.)
concernant la comitologie fluviale dans la mesure où il n?existait pas de fonds de dossier
synthétisant l?ensemble de la matière relative aux domaines traités par les commissions. La
documentation existe mais reste inégale selon les bassins versants et l?ensemble des acteurs
concernés n?en avait pas nécessairement connaissance. La mémoire des informations échangées
en commission et des décisions actées est davantage une mémoire humaine d?agents impliqués
pour des raisons personnelles dans les questions transfrontalières. Cela pose plusieurs difficultés :
d?une part cette mémoire n?est pas nécessairement entretenue en cas de changement de postes
ou de départ de l?agent en question. D?autre part, cette mémoire est nécessairement partielle et
partiale en fonction de l?agent qui a capitalisé les ressources : un agent de la DREAL ne va pas
prioriser les sujets de la même manière qu?un agent de préfecture. La documentation est beaucoup
plus structurée chez les opérateurs comme VNF et EDF ce qui y facilite la prise de décision. En
outre cette absence d?historique sur le temps long fragilise les délégations françaises quand elles
ont en face des interlocuteurs en poste depuis longtemps et ayant une connaissance fine des
travaux antérieurs.
Il semble logique que ce fonds de dossier soit produit par les DREAL qui sont au centre de la
gouvernance des commissions fluviales mais cela n?empêche pas l?apport de l?expertise d?autres
services déconcentrés ou des opérateurs. Surtout il ne s?agit pas de créer uniquement un fonds de
dossier papier transmis au gré des changements de poste, la mémoire des commissions doit rester
vivante et être enrichie, discutée, partagée entre tous les acteurs concernés. La mise en place par
la mission internationale de la DEB d?un portail intranet sur les commissions fluviales
internationales, alimenté ensuite par chaque délégation, permettrait de centraliser l?information
mais aussi de faciliter les échanges en interministériel et au sein des délégations en dehors des
réunions en présentiel.
Ce portail pourrait ainsi prévoir une rubrique « traités et conventions » pour l?information d?échelle
nationale, une rubrique « ressources par bassin », ainsi qu?un forum afin d?échanger sur les
difficultés rencontrées. Cela permettait entre autres des discussions interbassins car en face de
chaque délégation française il peut y avoir un seul et même interlocuteur étranger quand les
mêmes pays sont concernés (pour la CIE et les CIPMS par exemple).
La DEB peut également envisager de porter le développement d?un service numérique du type
Expertises-Territoires conçu par le Cerema, ou d?un outil similaire développé avec l?incubateur de
l?ANCT. Cette dernière n?ayant pas dans son portefeuille les problématiques transfrontalières en
dehors de la gestion des fonds européens, le portage de ce type d?application pour les
commissions fluviales internationales paraît moins envisageable à court terme. Toutefois, on peut
imaginer à long terme une réflexion interministérielle sur la définition de programmes
transfrontaliers animés par l?ANCT, ce qui permettrait de développer une ingénierie spécifique utile
à l?ensemble des acteurs des bassin fluviaux internationaux.
Recommandation 11. [DREAL ; DEB] Systématiser la production par les DREAL d?un fonds
de dossier sur la comitologie fluviale internationale, afin d?entretenir la mémoire des
échanges et de favoriser la transmission au gré des changements de postes. Assurer la
centralisation à la DEB des documents juridiques et administratifs (à date et à venir) qui
fondent la comitologie fluviale internationale et permettent de justifier les mandats des
différentes délégations et créer un espace intranet dédié qui puisse être alimenté en
interministériel et par tous les acteurs concernés.
A moyen terme, il serait intéressant pour la DEB d?évaluer les potentielles économies de moyens
entraînées par une telle mutualisation.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 57/110
4.5 Animation
En définitive, afin d?entretenir la mémoire des travaux des commissions, de mieux coordonner les
acteurs à toutes les échelles, de mieux identifier les personnes compétentes sur les sujets
transfrontaliers et utiliser au mieux les compétences, il apparaît nécessaire de davantage animer
le réseau des acteurs impliqués dans les commissions fluviales internationales. Une telle animation
doit être d?abord pensée dans une approche globale et interministérielle. Cela implique davantage
d?échanges entre le MEAE, le MI et le MTE. Cela pourrait se traduire par une rencontre annuelle
entre la mission internationale de la DEB, l?ambassadeur pour les commissions
intergouvernementales et la coopération transfrontalière et la DAEI du MI. Les conseillers
diplomatiques placés auprès des préfets de région pourraient jouer un rôle clé dans cette animation
dans la mesure où ils peuvent constituer un relais précieux entre le niveau national et les
problématiques régionales et locales. Surtout il paraît indispensable de renforcer l?animation par
les préfets coordonnateurs de bassin de la coopération transfrontalière qui semble partout
insuffisante selon les interlocuteurs rencontrés par la mission. Les préfets de départements ou les
sous-préfets d?arrondissement directement concernés sur leur territoire par les sujets
transfrontaliers devraient être davantage impliqués dans ce réseau d?acteurs. Actuellement ils
semblent très isolés au sein du système d?acteurs, alors qu?ils peuvent avoir une connaissance fine
du terrain et que leur regard peut se révéler très précieux.
La DREAL Grand Est a organisé en avril 2024 des ateliers pour faire le bilan des difficultés
rencontrées lors des commissions par les différents membres. Ces ateliers tenus sur deux jours
ont été très constructifs selon les participants. La DREAL déplore cependant l?absence de la DEB
et de la préfecture au-delà du seul conseiller diplomatique. De tels exercices devraient être
organisés régulièrement dans tous les bassins concernés23.
Recommandation 12. [DGALN] Constituer et animer un réseau des acteurs représentant la
France aux différents niveaux des commissions internationales fluviales. Pour le cas
spécifique des régions dialoguant avec un ensemble d?acteurs identiques (Grand Est et
Hauts-de-France d?une part, Bourgogne-Franche-Comté et Auvergne-Rhône-Alpes d?autre
part), décliner ce réseau à leur échelle.
L?animation du réseau d?acteurs impliqués dans les commissions fluviales passe en outre par la
mise en place de systèmes de compagnonnage afin de faciliter l?arrivée de nouveaux
membres/chefs de délégation et de faciliter la transmission des données tant techniques que
juridiques et diplomatiques. Il s?agit de déterminer quel(s) acteur(s) ou service(s) sont les mieux à
même de mettre en place ce type d?accompagnement.
Le réseau des acteurs impliqués dans les commissions fluviales internationales ne doit pas se
réduire aux seuls services de l?État. Le retour d?expérience, souvent très concret, des collectivités
locales peut être intéressant. Un travail partenarial avec les régions pourrait être mise en place sur
des sujets bien identifiés.
Enfin, la création d?un réseau permettrait de faciliter l?identification d?un vivier de compétences pour
assurer la représentation de la France au bon niveau. Comme indiqué précédemment, la création
de ce vivier passe aussi par une réflexion ministérielle, voire interministérielle, plus large sur les
carrières des agents impliqués dans les sujets transfrontaliers.
Le schéma présenté en page suivante reprend les principales actions permettant de mettre en
oeuvre la stratégie nationale esquissée par la mission. Il permet également d?apporter un cadrage
temporel pour leur déploiement.
23 La DREAL Hauts-de-France est d?ailleurs venue assister à l?exercice.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 58/110
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 59/110
Conclusion
Le travail de la mission a permis de faire un état des lieux de l?ensemble des commissions fluviales
internationales dans lesquelles la France est impliquée et de compiler les textes associés à cette
comitologie, travail de synthèse et de centralisation qui semble n?avoir jamais été réalisé jusque-
là. La comitologie fluviale internationale est foisonnante, avec 150 instances recensées par la
mission, correspondant aux travaux liés à 28 traités ou accords internationaux. Elle concerne
principalement le bassin versant du Rhin et de ses affluents (87 des 150 instances considérées)
mais les enjeux sont également nombreux pour les bassins de l?Escaut, de la Meuse, du Doubs et
du Rhône. Les cours d?eau frontaliers espagnols semblent être moins importants d?un point de vue
national. La gestion locale transfrontalière n?y est pas fluide pour autant, ce qui crée de nombreux
blocages. Seule la frontière italienne est peu concernée, au niveau national, par ces
problématiques.
L?analyse de l?ensemble des commissions hexagonales a permis de soulever un certain nombre
de problématiques comme les difficultés rencontrées par les délégations françaises pour envoyer
des agents dans l?ensemble des groupes et sous-groupes faute d?effectifs suffisants, ou l?absence
de mandat qui nuit à la légitimité ou au positionnement des délégations françaises. En outre, les
commissions internationales sont trop souvent considérées soit comme des instances techniques
gérées par les experts de terrain, soit comme des entités politiques au sein desquelles des
stratégies globales sont négociées indépendamment des problématiques spécifiques. D?une
manière plus générale, l?étude de la comitologie fluviale internationale reflète la faible prise en
compte de l?échelle européenne et des enjeux transfrontaliers par l?administration, malgré des
efforts ces dernières années pour mieux appréhender les spécificités de la coopération
transfrontalière.
Des leviers d?amélioration à différentes échelles peuvent être mobilisés. Il s?agit en premier lieu de
proposer une vision interministérielle claire et qui articule davantage les enjeux techniques et
diplomatiques. L?administration centrale, et en particulier la mission internationale de la DEB
directement en charge des commissions, doit définir quels sont les objectifs de ces commissions
pour la France et quels y sont les priorités pour notre pays. Le pilotage de l?ensemble des
commissions à l?échelle nationale peut être rendu plus efficace grâce à la mise en réseau de
l?ensemble des acteurs concernés et à la capitalisation de l?ensemble du travail mené dans chaque
commission. A l?échelle des différents bassins versants, des réunions plus fréquentes sous l?égide
du préfet coordonnateur de bassin et en partenariat avec la DEB permettraient de clarifier les
mandats des délégations en amont des commissions. La mission préconise de davantage associer
les CDPR en amont des commissions afin d?intégrer les questions techniques dans un contexte
stratégique plus vaste et de davantage faire le lien entre problématiques locales et postures
nationales. L?amélioration du système existant passe enfin par, d?une part davantage de formation
des agents membres des délégations afin de leur permettre d?acquérir une culture diplomatique et
des outils de négociation, d?autre part par une plus grande valorisation dans les parcours de
carrière des compétences acquises dans ce travail à l?international, travail qui implique un coût
d?entrée non négligeable et qui nécessiterait une plus grande stabilité des effectifs.
Certaines des mesures mises en avant dans ce rapport sont peu coûteuses et peuvent être mises
en oeuvre à court terme et permettre d?améliorer le quotidien des agents et l?efficacité de l?action
collective. D?autres, comme la question du renforcement des effectifs, apparaissent comme
indispensables au long cours mais plus difficiles à arbitrer. Cela renvoie à la question des
priorisations à effectuer rapidement, dans un cadre interministériel.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 60/110
Stéphanie Beucher
Fabien Palhol
Inspectrice générale adjointe de
l'administration
Inspecteur
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état de lieux et nouvelles stratégies
Page 61/110
Annexes
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état de lieux et nouvelles stratégies
Page 62/110
Annexe 1. Lettre de mission
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état de lieux et nouvelles stratégies
Page 63/110
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état de lieux et nouvelles stratégies
Page 64/110
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 65/110
Annexe 2. Liste des personnes rencontrées
Nom Prénom Organisme Fonction
LAUNOIS Lionel DGALN/DEB
Chef de la Mission de coordination
européenne et internationale
BERTHET Lionel Direction générale de la prévention des risques, MTE
Sous-directeur de la connaissance des
aléas et de la prévention
PERROT Etienne Direction générale de l?énergie et du climat, MTE
Chef de bureau énergies renouvelables
marines et hydrauliques SD3/3A
LAILHEUGUE François Direction générale de l?énergie et du climat, MTE
Adjoint au chef du bureau 3A du pôle
hydroélectricité SD3/3A
CHARRIER Aude
Direction de l?action européenne et internationale,
MTE
Sous-directrice de l?action européenne
RAMET Philippe
Direction de l?action européenne et internationale,
MTE
Adjoint à la sous-directrice de l?action
européenne
DE HARTINGH-BOCA Ghislaine
Direction de l?action européenne et internationale,
MTE
Chargée de mission enjeux multilatéraux
et suivi bilatéral
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 66/110
Nom Prénom Organisme Fonction
PIERRESTEGUY Grégory
Direction Générale de l'Aménagement, du Logement
et de la Nature, Sous-direction Territoires et Usagers
Adjoint à la Sous-directrice
PACCHIONI Kévin DGALN sous-direction Territoires/usagers Référent territorial « territoire et usagers »
PHANTHARANGSI Maryvonne Direction de l?eau et de la biodiversité, MTE
Coordonnatrice Europe et International
sur les sujets eau
DOUBLIC Thomas DGITM/DTFFP/ Département des transports fluviaux Chef du département
TEMPEZ Georges
Inspection générale de l?environnement et du
développement durable
Coordonnateur de la Mission d?inspection
générale territoriale de Metz
TORTEROTOT Jean-Philippe
Inspection générale de l?environnement et du
développement durable
Inspecteur général
DORLIAT-POUZET Isabelle Direction générale des collectivités locales
Sous-directrice, Compétences et
Institutions locales
COMPTE François Direction générale des collectivités locales
Chargé de mission au sein du bureau des
services publics locaux
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 67/110
Nom Prénom Organisme Fonction
WENNER Léonard Direction générale des collectivités locales
Chargé de mission au sein du bureau des
structures territoriales
LAPOUZE Patrick
Direction des affaires européennes et internationales,
Ministère de l?Intérieur
Directeur de projet
VOIRY Philippe MEAE
Ambassadeur pour les commissions
intergouvernementales, la coopération et
les questions frontalières
MIQUEL Pierre-Alexandre Direction de l?Union européenne, MEAE Directeur adjoint de l?Union européenne
GUIBERT Thomas Direction de l?Union européenne, MEAE Sous-directeur Europe 2
SANTILLI Corentin Direction de l?Union européenne, MEAE
Rédacteur chargé des relations
frontalières franco allemandes au sein de
la Mission de l?Allemagne et de l?Europe
alpine et adriatique
BELLENGER Dominique Direction des affaires juridiques du MEAE Adjoint de direction juridique
KONINCKX Fanny-Tsilla
Sous-Direction de l?Environnement et du Climat du
MEAE
Rédactrice - Eau et assainissement/
Gestion intégrée des ressources en eau/
Eaux transfrontalières
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 68/110
Nom Prénom Organisme Fonction
BLANC Frédéric
Délégation pour les collectivités territoriales et la
société civile, Direction générale de la mondialisation,
MEAE
Chargé de mission, Secrétaire général
adjoint de la Commission Nationale de la
Coopération Décentralisée, Pôle action
extérieure des collectivités territoriales
AFLALO Myriam
Délégation pour les collectivités territoriales et la
société civile, Direction générale de la mondialisation,
MEAE
Chargée de mission à la Délégation à
l?action extérieure des collectivités
territoriales
FARRET Régis
Représentation permanente de la France auprès de
l'Office des Nations unies à Genève et des
organisations internationales en Suisse
Conseiller Développement durable
BOUJU Samuel Préfecture de la région Grand Est SGARE
LACOSTE Philippe Préfecture de la région Grand Est
Conseiller diplomatique auprès du préfet
de région
DELACROY Jean-Gabriel Préfecture des Hauts-de-France
Secrétaire général pour les affaires
régionales
DELANNOY Hasiniaina Préfecture des Hauts-de-France
Chargée de mission Europe et
international auprès du préfet de la
région, SGAR
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 69/110
Nom Prénom Organisme Fonction
NORDI Hugues Préfecture de Bourgogne Franche-Comté
Conseiller diplomatique auprès du préfet
de région
BASTILLE Rémi Préfecture du Doubs Préfet
MATHEY Stéphanie DREAL Grand Est Directrice adjointe
MAZOYER David DREAL Grand Est Directeur adjoint
JELDEN Stella DREAL Grand Est / Direction
Directrice de projet Rhin et espaces
rhénans
HESTROFFER Philippe DREAL Grand Est / SPRNH / PMM Chef du pôle Meuse-Moselle
SOLTERMANN Yohan DREAL Grand Est / SPRNH / PMM / UH
Chef de l?unité Hydrométrie Meuse
Moselle
THOUVENOT Éric DREAL Grand Est / SPRNH / PRSC
Adjoint au chef du pôle Rhin et systèmes
connexes
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 70/110
Nom Prénom Organisme Fonction
ZILLHARDT Delphine DREAL Grand Est / SPRNH / PRS Cheffe du pôle Rhin-Sarre
LOMBARD Aline DREAL Grand Est / SEBP
Adjointe au chef du service Eau
Biodiversité Paysages, et adjointe au
délégué de bassin
MARCHAL Françoise DREAL Grand Est / SEBP / MAREB
Cheffe de la mission Axe rhénan : eau et
biodiversité
HALAIS Camille DREAL Grand Est / SEBP / MAREB
Chargée de mission Affaires
internationales
BACHMANN Vincent DREAL Grand Est / SEBP / MARPEN
Adjoint au chef de la mission Animation
régionale des polices de l?eau et de la
nature
CLERMONT-BROUILLET Florence DREAL Hauts-de-France Directrice adjointe
PREVOST Olivier DREAL Hauts-de-France Chef du pôle Délégation de bassin
DELORME Thierry DREAL Bourgogne-Franche-Comté Directeur adjoint
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 71/110
Nom Prénom Organisme Fonction
SION Antoine DREAL Bourgogne-Franche-Comté
Chef de service adjoint Biodiversité Eau
et Patrimoine
REGNIER Élise DREAL Auvergne-Rhône-Alpes Directrice adjointe
DAGUILLON David DREAL Auvergne-Rhône-Alpes / EHN Chef de projet
BLANC Michel DREAL Occitanie
Directeur adjoint, Direction des risques
naturels
SPYRATOS Vassilis DREAL Occitanie Direction de l?écologie
ASSADET Damien
Direction départementale des territoires de Haute-
Savoie
Chef du service eau et environnement
FRIEDLING Juliette
Direction départementale des territoires et de la mer
(DDTM) des Pyrénées atlantiques
Cheffe de service Gestion et Police de
l?eau
PAQUIN Philippe
Direction départementale des territoires et de la mer
(DDTM) des Pyrénées atlantiques
Chef du service administration de la mer,
Commandant en second de la station
navale française de la Bidassoa.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 72/110
Nom Prénom Organisme Fonction
HOELTZEL Marc Agence de l?eau Rhin-Meuse Directeur général
SANNIER Clément Agence de l?eau Rhin-Meuse Chef du pôle planification
BOURMAUD David Agence de l?eau Rhin-Meuse Chargé de mission international
CHOISY Guillaume Agence de l?eau Adour-Garonne Directeur
FILAUDEAU Sébastien Agence de l?eau Adour-Garonne
Chargé de mission
Délégation aux relations extérieures et à
la coopération internationale
MOULIS Marie-Christine
Agence de l?eau Adour-Garonne
Coordinatrice territoriale Garonne
MABRUT Véronique Agence de l?eau Adour-Garonne
Directrice, Délégation Adour et
côtiers24/09
RAMBEAU Christophe Agence de l?eau Adour-Garonne Coordonnateur territorial
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 73/110
Nom Prénom Organisme Fonction
MOURLON Nicolas Agence de l?eau Rhône Méditerranée Corse Directeur général
CHANTEPY Nicolas Agence de l?eau Rhône Méditerranée Corse Directeur général adjoint
BONACINA Karine Agence de l?eau Rhône Méditerranée Corse Directrice de la délégation de Montpellier
ROSSI Vivien Agence de l?eau Rhône Méditerranée Corse
Chef du service territorial Doubs,
Délégation de Besançon
LAVELLE Perrine
Voies Navigables de France
Cheffe de pôle Europe
RYCKEBUSCH Gilles Voies Navigables de France Nord-Pas-de-Calais
Directeur territorial
MATRAT Olivier Voies Navigables de France Nord-Pas-de-Calais Directeur territorial adjoint
VALENTIN Sophie-Charlotte Voies Navigables de France Nord-Est Directrice territoriale
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 74/110
Nom Prénom Organisme Fonction
LUGHERINI Xavier Voies Navigables de France Nord-Est
Responsable adjoint de l?arrondissement
Développement de la voie d?eau
QUIQUANDON Yann Voies Navigables de France Strasbourg Directeur territorial
THENOZ Philippe Voies Navigables de France Strasbourg Directeur territorial adjoint
DI CHIARA Valérie Voies Navigables de France Strasbourg
Cheffe du Service Technique de la Voie
d?Eau
KISTLER Jean-Laurent Voies Navigables de France Strasbourg
Chef du Service Développement et des
Relations Institutionnelles
VO Han
Direction Partenariats et financements, Communauté
d?Agglomération Pays Basque (CAPB)
Directrice
PEYRONY Jean Mission Opérationnelle Transfrontalière (MOT) Directeur général
TZETANOVA Petia Mission Opérationnelle Transfrontalière (MOT) Responsable de l?expertise juridique
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 75/110
Nom Prénom Organisme Fonction
DURET Alice Mission Opérationnelle Transfrontalière (MOT)
Chargée de mission études
transfrontalières et transitions
DE CHERGE Bruno EDF Hydro
Directeur Eau, Environnement, Territoires,
Climat
ROYER Jean-Philippe EDF Hydro-Est Attaché relations internationales
THEVENET Régis EDF Hydro-Est
Directeur Concessions, Environnement et
Relations Territoriales
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 76/110
Annexe 3. Glossaire des sigles et acronymes
Acronyme Signification
AERMC Agence de l?eau Rhône Méditerranée Corse
AERM Agence de l?eau Rhin Meuse
ANCT
Agence nationale de la cohésion des
territoires
APAVER
Comité du pilotage du Protocole du 7
septembre 2015 relatif à la gestion
sédimentaire des retenues hydroélectriques
du Haut-Rhône
BRGM
Bureau de recherches géologiques et
minières
CAI Commissions administratives internationales
CAT Conférence Atlantique Transpyrénéenne
CEE-ONU
Commission économique des Nations Unies
pour l?Europe
CDPR
Conseillers diplomatiques auprès des préfets
de région
CERGA Centrale électrique rhénane de Gambsheim
CCNR
Commission centrale pour la navigation du
Rhin
CHR
Commission internationale de l?hydrologie du
bassin du Rhin
CIE Commission internationale de l?Escaut.
CIG Commissions intergouvernementales
CIM Commission internationale de la Meuse
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 77/110
Acronyme Signification
CIP Commission internationale des Pyrénées
CIPMS
Commissions internationales de protection
de la Moselle et de la Sarre
CIPEL
Commission internationale pour la protection
des eaux du Léman
CIPR
Commission internationale pour la protection
du Rhin
CPS
Commission permanente de surveillance
pour l?aménagement hydroélectrique franco-
suisse d?Émosson
CMET Commission mixte des eaux transfrontalières
CTMB Commission technique mixte de la Bidassoa
CTS
Comité technique de surveillance du Mont-
Cenis
DAEI
Direction des affaires européennes et
internationales
DCE Directive cadre sur l?eau
DCTCIV
Délégation pour les collectivités territoriales
et la société civile
DDT Direction départementale des territoires
DDTM
Direction départementale des territoires et de
la mer
DEB Direction de l?eau et de la biodiversité
DGITM
Direction générale des infrastructures, des
transports et des mobilités
DGPR
Direction générale de la prévention des
risques
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 78/110
Acronyme Signification
DHI District hydrographique international
DREAL
Direction régionale de l'environnement, de
l'aménagement et du logement
DUE Direction de l?Union européenne
EPAMA
Établissement public d?aménagement de la
Meuse et de ses affluents
ETP Equivalent temps plein
FEDER Fonds européen de développement régional
GEIE Groupement européen d?intérêt économique
GT Groupe de travail
INRAE
Institut national de recherche pour
l?agriculture, l?alimentation et
l?environnement
MEAE
Ministère de l'Europe et des Affaires
étrangères
MEL Métropole européenne de Lille
MI Ministère de l?Intérieur
MOT Mission opérationnelle transfrontalière
MTE
Ministère de la Transition écologique, de la
Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la
Pêche
OFB Office français de la biodiversité
PFAS
Substances perfluoroalkylées et
polyfluoroalkylées
SG Secrétariat général
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 79/110
Acronyme Signification
SGAR
Secrétariat général pour les affaires
régionales
SGARE Secrétariat général pour les affaires
régionales et européennes
SIDPC Service interministériel de défense et
protection civile
SIM Société internationale de la Meuse
SPC Service de prévisions des crues
VNF Voies navigables de France
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 80/110
Annexe 4. Les conventions de Helsinki (1992) et de New
York (1997)
La convention d?Helsinki
La gestion durable des ressources en eau est aujourd?hui un enjeu crucial à l?échelle mondiale,
notamment dans les zones où ces ressources sont partagées par plusieurs États. La Convention
d?Helsinki de 1992, également connue sous le nom de « Convention sur la protection et l?utilisation
des cours d?eau transfrontières et des lacs internationaux », constitue l?un des instruments
juridiques internationaux les plus importants en matière de coopération transfrontalière sur les
ressources en eau. Adoptée sous l?égide de la Commission économique des Nations unies pour
l?Europe (CEE-ONU), cette convention vise à promouvoir une gestion équitable et durable des
eaux transfrontalières, tout en renforçant la coopération entre les États riverains.
Signée le 17 mars 1992 à Helsinki, en Finlande, elle est entrée en vigueur le 6 octobre 1996, et a
été approuvée par la France en 1998. À l'origine, elle s'adressait principalement aux États
membres de la CEE-ONU, couvrant ainsi l'Europe et une partie de l'Asie centrale. Cependant,
l'adoption en 2013 d'un amendement permettant à des États non membres de la CEE-ONU de
rejoindre la convention a élargi sa portée à l'échelle mondiale.
Le texte de la Convention met en lumière plusieurs principes clés relatifs à la gestion des eaux
transfrontalières, notamment :
? La gestion intégrée des ressources en eau : les États sont encouragés à adopter une
approche globale et durable de la gestion des bassins fluviaux et des systèmes lacustres
qui traversent plusieurs frontières. L'objectif est de concilier les besoins en eau de différents
secteurs, comme l'agriculture, l'industrie, l'environnement et les populations locales.
? La coopération internationale : la Convention encourage la coopération entre les États
riverains pour prévenir, contrôler et réduire les impacts transfrontaliers négatifs des
activités humaines sur les ressources en eau. Cela inclut la pollution, les prélèvements
excessifs d'eau, et les impacts liés aux infrastructures hydrauliques.
? La prévention et la réduction des conflits : en mettant l'accent sur la transparence, le
partage d'informations et la négociation, la Convention vise à prévenir les conflits potentiels
entre les États riverains sur l'utilisation des ressources hydriques.
Les obligations des États parties
Les États qui ont ratifié la Convention d'Helsinki s'engagent à respecter un certain nombre
d'obligations juridiques et pratiques en matière de gestion des ressources en eau partagées. Ces
obligations incluent :
? La prévention, le contrôle et la réduction des impacts transfrontaliers : chaque État partie
doit prendre les mesures appropriées pour prévenir les dommages environnementaux
causés par ses activités sur les eaux transfrontalières. Cela inclut la réduction des
émissions de polluants, la gestion des risques liés aux infrastructures et l'utilisation
rationnelle des ressources en eau.
? La surveillance et l'évaluation : les États parties sont tenus de surveiller régulièrement l?état
écologique des cours d'eau transfrontaliers et des lacs internationaux, et de partager ces
informations avec les autres États riverains. Cette surveillance permet de détecter
rapidement toute détérioration de la qualité des eaux et de prendre des mesures
correctives appropriées.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 81/110
? La notification et la consultation : en cas de projets ou d?activités susceptibles d'avoir un
impact significatif sur les eaux transfrontalières, les États concernés doivent se consulter
et échanger des informations en amont. Cela permet de minimiser les risques de conflits
et d?assurer que toutes les parties prenantes soient informées des conséquences
potentielles de certaines décisions.
? La mise en place d?accords bilatéraux ou multilatéraux : la Convention encourage la
conclusion d?accords spécifiques entre États riverains pour la gestion coordonnée des
bassins fluviaux ou des systèmes lacustres partagés. Ces accords visent à formaliser la
coopération, à définir des objectifs communs et à établir des mécanismes de gestion
concrets, tels que des commissions ou des organes transfrontaliers.
Les mécanismes de coopération transfrontalière
L'un des aspects fondamentaux de la Convention d'Helsinki est l'établissement de mécanismes de
coopération entre les États riverains. Ces mécanismes se déclinent principalement sous la forme
de commissions mixtes, de groupes de travail et d'accords bilatéraux ou multilatéraux. Parmi les
exemples les plus connus de telles coopérations figurent la Commission internationale pour la
protection du Rhin, la Convention pour la protection du Danube, ou encore la Commission
internationale pour la protection des eaux du Léman.
Ces commissions permettent aux États riverains de dialoguer de manière régulière, d?échanger
des données scientifiques et techniques, et de prendre des décisions concertées sur des questions
telles que la gestion des crues, la protection contre la pollution, ou encore la répartition des
ressources en eau. Ce type de coopération contribue à une meilleure gestion intégrée des bassins
versants et à la réduction des tensions entre les pays partageant une même ressource.
La convention de New York
La gestion des cours d?eau internationaux est un défi de plus en plus pressant dans un contexte
marqué par la croissance démographique, le développement économique et les changements
climatiques. Ces ressources partagées, essentielles à la vie humaine, à l?agriculture, à l?industrie
et à la préservation des écosystèmes, nécessitent une coopération efficace entre les États riverains
pour éviter les conflits et assurer une utilisation durable. La Convention de New York de 1997,
intitulée "Convention sur le droit relatif aux utilisations des cours d?eau internationaux à des fins
autres que la navigation", constitue le premier cadre juridique universel sur cette question. Adoptée
par l?Assemblée générale des Nations unies le 21 mai 1997 et entrée en vigueur le 17 août 2014,
elle offre une base pour la gouvernance mondiale des ressources hydriques transfrontalières.
La Convention de New York a été conçue dans un contexte où les tensions liées à l?eau
s?intensifiaient, exacerbées par une demande croissante et des impacts environnementaux
majeurs. Inspirée des travaux de la Commission du droit international, elle vise à codifier des
principes essentiels pour la gestion des cours d?eau partagés, tout en renforçant la coopération
entre les États pour prévenir et résoudre les différends.
Les principes fondamentaux de la Convention
La Convention repose sur trois principes directeurs principaux, qui structurent la gestion des cours
d?eau internationaux :
? L?utilisation équitable et raisonnable : énoncé à l?article 5, ce principe établit que chaque
État riverain a le droit d?utiliser les ressources en eau de manière équitable, tout en prenant
en compte les besoins des autres États partageant le même cours d?eau. Il s?agit
d?équilibrer les usages entre irrigation, approvisionnement en eau potable, production
d?énergie et besoins environnementaux.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 82/110
? L?obligation de ne pas causer de dommage significatif : l?article 7 oblige les États à éviter
toute activité susceptible d?entraîner des impacts négatifs graves sur les autres États
riverains. En cas de préjudice, des consultations doivent être menées pour évaluer et
corriger les impacts.
? La coopération entre les États : l?article 8 encourage les États riverains à travailler
ensemble à travers l?échange de données, la notification préalable et la concertation sur
des projets ou activités ayant un impact transfrontalier. Cette coopération est essentielle
pour garantir une gestion intégrée et harmonieuse des ressources partagées.
Les obligations des États parties
Les États qui adhèrent à la Convention de New York s?engagent à respecter plusieurs obligations
visant à promouvoir une gestion durable des cours d?eau transfrontaliers :
? Notification et consultation : les États doivent informer les autres parties en cas de projets
susceptibles d?affecter un cours d?eau partagé, comme la construction de barrages ou les
prélèvements importants d?eau. Cela permet aux parties concernées d?évaluer ensemble
les impacts et d?éviter les conflits.
? Échange d?informations et surveillance : les États sont tenus de partager régulièrement des
données sur la qualité, la quantité et l?état des cours d?eau, ainsi que sur les projets ou
activités ayant une influence potentielle sur ces ressources.
? Prévention de la pollution : chaque État est responsable de limiter les sources de pollution
transfrontalière afin de préserver la qualité des eaux internationales et de protéger les
écosystèmes aquatiques.
? Protection des écosystèmes : la conservation et la restauration des écosystèmes
aquatiques sont encouragées comme un moyen de garantir la pérennité des ressources
en eau.
Les mécanismes de coopération
La Convention de New York ne prévoit pas de mécanisme institutionnel centralisé pour superviser
sa mise en oeuvre, mais elle propose des outils pour faciliter la coopération entre États :
? Accords bilatéraux ou multilatéraux : les États sont encouragés à conclure des accords
spécifiques adaptés aux caractéristiques des bassins fluviaux ou lacustres qu?ils partagent.
Ces accords peuvent prévoir des mécanismes de gestion conjointe, comme des
commissions transfrontalières.
? Règlement pacifique des différends : la convention promeut la résolution des désaccords
par le dialogue, la médiation ou l?arbitrage, et propose des recours juridiques en dernier
ressort, comme l?intervention de la Cour internationale de justice.
Impact et défis de mise en oeuvre
Bien que la Convention de New York ait mis près de deux décennies à entrer en vigueur, elle
représente une avancée majeure pour le droit international de l?eau. Son adoption a permis de
codifier des principes clés pour une gestion pacifique et durable des cours d?eau internationaux.
Toutefois, son application reste limitée par le faible nombre de ratifications : seuls 39 États y sont
parties en 2024. Ce déficit réduit son influence dans les régions les plus touchées par les tensions
liées à l?eau, notamment en Afrique et en Asie.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 83/110
Malgré cela, la Convention a inspiré de nombreux accords régionaux et bilatéraux, comme ceux
pour le bassin du Mékong ou du Nil, et elle sert de référence dans les négociations internationales.
À mesure que les impacts des changements climatiques et de la pression démographique
s?intensifient, l?importance de ce cadre juridique ne cesse de croître.
Comparaison entre les Conventions d'Helsinki (1992) et de New York
(1997) sur le droit international de l'eau
Les ressources en eau douce, essentielles à la vie et au développement économique, sont souvent
partagées entre plusieurs États, ce qui engendre des défis juridiques et politiques complexes. Deux
conventions internationales majeures ont été adoptées pour encadrer l'utilisation et la protection
des cours d'eau transfrontaliers : la Convention d'Helsinki de 1992 sur la protection et l'utilisation
des cours d'eau transfrontaliers et des lacs internationaux, et la Convention de New York de 1997
sur le droit relatif aux utilisations des cours d'eau internationaux à des fins autres que la navigation.
Bien que ces deux instruments visent à réguler les mêmes ressources, ils présentent des
approches et des dispositions distinctes qui méritent une analyse comparative.
Portée et objectifs des conventions
La Convention d'Helsinki, élaborée sous l'égide de la Commission économique pour l'Europe des
Nations Unies (CEE-ONU), se concentre principalement sur la protection de l'environnement
aquatique. Elle vise à prévenir, contrôler et réduire les impacts transfrontaliers négatifs sur les
ressources en eau, en mettant l'accent sur la qualité de l'eau et la préservation des écosystèmes
aquatiques. Cette convention est conçue comme un accord environnemental multilatéral (AEM) et
prévoit des mécanismes institutionnels pour soutenir sa mise en oeuvre, notamment à travers des
réunions des Parties et des organes subsidiaires.
En revanche, la Convention de New York, résultat des travaux de la Commission du droit
international (CDI), s'attache principalement à codifier les principes du droit international relatifs à
l'utilisation équitable et raisonnable des cours d'eau internationaux. Elle aborde les questions de
répartition de l'eau entre les États riverains et établit des règles pour prévenir les dommages
significatifs causés par une utilisation non durable des ressources en eau.
Compatibilité et complémentarité entre les conventions
Malgré des différences d'approche, les deux conventions sont largement compatibles et
complémentaires. La Convention de New York, bien que centrée sur la répartition et l'utilisation
équitable de l'eau, intègre également des dispositions environnementales significatives,
reconnaissant l'importance de la protection et de la préservation des écosystèmes aquatiques. De
même, la Convention d'Helsinki, tout en mettant l'accent sur la qualité de l'eau et la protection de
l'environnement, englobe les principes fondamentaux de l'utilisation équitable et raisonnable des
ressources en eau.
La complémentarité entre les deux conventions se manifeste notamment dans les cas où l'une
fournit des orientations plus détaillées ou strictes que l'autre. Par exemple, la Convention d'Helsinki
offre des lignes directrices plus précises pour la prévention des impacts transfrontaliers, tandis que
la Convention de New York fournit un cadre juridique solide pour la répartition équitable des
ressources en eau.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 84/110
Principes substantiels : utilisation équitable et règle de non-dommage
Les deux conventions intègrent les principes fondamentaux du droit international de l'eau : le
principe de l'utilisation équitable et raisonnable et la règle de non-dommage.
Dans la Convention de New York, ces principes sont codifiés aux articles 5 à 7. Le principe de
l'utilisation équitable et raisonnable est énoncé à l'article 5, qui oblige les États à utiliser un cours
d'eau international de manière équitable et raisonnable, en tenant compte des besoins et des
circonstances de chaque État riverain. L'article 7 introduit la règle de non-dommage, exigeant des
États qu'ils prennent toutes les mesures appropriées pour prévenir les dommages significatifs aux
autres États riverains.
Dans la Convention d'Helsinki, le principe de non-dommage est mis en avant dès l'article 2, qui
stipule que les Parties doivent prendre toutes les mesures appropriées pour prévenir, maîtriser et
réduire tout impact transfrontière. Le principe de l'utilisation équitable est également présent, bien
que formulé dans le contexte de la prévention des dommages environnementaux.
La différence réside principalement dans la manière dont ces principes sont articulés. La
Convention de New York les présente comme des obligations distinctes mais égales, tandis que
la Convention d'Helsinki les intègre dans un cadre normatif axé sur la protection de l'environnement.
Obligations procédurales et coopération
La coopération entre les États riverains est un élément clé des deux conventions, mais elles
abordent cette question de manière différente.
La Convention d'Helsinki impose une obligation forte de coopération institutionnelle. Elle exige la
conclusion d'accords bilatéraux ou multilatéraux et la création d'organismes communs pour la
gestion des cours d'eau transfrontaliers. Ces organismes ont pour mission de développer des
objectifs communs en matière de qualité de l'eau, de surveiller les ressources en eau et de faciliter
l'échange d'informations.
La Convention de New York, bien qu'elle reconnaisse l'importance de la coopération, ne rend pas
obligatoire la création d'organismes communs. L'article 8 suggère simplement que les États
"pourraient" envisager de créer de tels mécanismes. Néanmoins, la convention contient des
obligations procédurales détaillées, notamment en matière de notification et de consultation sur les
mesures prévues qui pourraient avoir un impact sur d'autres États riverains.
Applicabilité sous le droit international
Du point de vue du droit des traités, les deux conventions peuvent s'appliquer simultanément aux
États qui sont parties aux deux instruments, à condition qu'il n'y ait pas de conflit entre leurs
dispositions. L'article 30 de la Convention de Vienne sur le droit des traités prévoit que lorsque
deux traités successifs portent sur le même sujet, les dispositions du traité le plus récent
s'appliquent, sauf si les parties ont manifesté une intention différente.
Dans le cas des Conventions d'Helsinki et de New York, il n'y a pas de conflit direct, mais plutôt
une complémentarité. La Convention de New York, à l'article 3, précise qu'elle ne porte pas atteinte
aux droits et obligations des États découlant d'accords antérieurs, sauf si un accord contraire est
conclu. Cela signifie que les États parties aux deux conventions peuvent appliquer les dispositions
les plus strictes ou les plus détaillées de l'une ou l'autre, renforçant ainsi le cadre juridique de la
gestion des ressources en eau transfrontalières.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 85/110
Annexe 5. La Directive-cadre sur l'eau : un pilier de la
gestion transfrontalière des cours d'eau en
Europe
La Directive-cadre sur l'eau (DCE ; 2000/60), adoptée le 23 octobre 2000 par le Parlement
européen et le Conseil de l'Union européenne, constitue un cadre juridique essentiel pour la
protection et la gestion durable des ressources en eau au sein de l'Union. Elle vise à prévenir et à
réduire la pollution, à promouvoir une utilisation durable de l'eau, à protéger l'environnement
aquatique et à atténuer les effets des inondations et des sécheresses. La DCE a un impact
significatif sur la comitologie internationale fluviale, renforçant la coopération entre les États
membres pour la gestion des bassins hydrographiques transfrontaliers.
Objectifs et exigences de la Directive-cadre sur l'eau
La DCE établit un objectif ambitieux : atteindre un "bon état" écologique et chimique pour toutes
les masses d'eau de surface (cours d'eau, lacs, eaux côtières et eaux de transition) et un "bon état"
quantitatif et chimique pour les eaux souterraines. Initialement fixé pour 2015, cet objectif a été
étendu à 2021 et 2027 pour certaines masses d'eau présentant des défis particuliers.
Pour atteindre ces objectifs, la DCE impose plusieurs obligations aux États membres :
? Gestion par district hydrographique : les États membres doivent organiser la gestion de
l'eau par district hydrographique, qui correspond à une zone géographique basée sur un
bassin versant plutôt que sur des frontières administratives. Cela encourage une approche
intégrée et cohérente de la gestion de l'eau.
? Analyse des pressions et impacts : les États doivent réaliser une analyse exhaustive des
caractéristiques de chaque district, identifier les pressions anthropiques significatives et
évaluer les impacts sur l'état des eaux.
? Surveillance de l'état des eaux : la mise en place de programmes de surveillance est
obligatoire pour suivre l'évolution de l'état des eaux et évaluer l'efficacité des mesures
prises.
? Élaboration de Plans de gestion des bassins hydrographiques : chaque État membre doit
élaborer un plan de gestion pour chaque district, détaillant les mesures nécessaires pour
atteindre les objectifs environnementaux fixés.
? Participation du public : La DCE insiste sur l'importance de l'information, de la consultation
et de la participation active du public et des parties prenantes dans l'élaboration et la mise
en oeuvre des plans de gestion.
? Coopération internationale : Pour les districts hydrographiques s'étendant sur plusieurs
États membres ou impliquant des pays tiers, la DCE exige une coordination des efforts
pour assurer une gestion cohérente du bassin dans son ensemble.
Impact sur la comitologie internationale fluviale
La DCE a renforcé la nécessité d'une coopération transfrontalière étroite, impactant directement la
comitologie internationale fluviale. Elle a conduit à la création ou au renforcement de commissions
internationales de bassins, impliquant les États riverains dans une gouvernance commune des
ressources en eau.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 86/110
La DCE encourage également les États membres à harmoniser leurs politiques de l'eau, leurs
méthodes d'évaluation et leurs mesures de gestion. Cela facilite la mise en oeuvre de stratégies
cohérentes à l'échelle du bassin, évitant les approches fragmentées. Les pays partageant un
bassin transfrontalier doivent collaborer pour élaborer des plans de gestion intégrés. Cela implique
un partage de données, une concertation sur les mesures à prendre et une coordination des
éléments de planification. Les problématiques telles que la pollution transfrontalière, la gestion des
risques d'inondation, la préservation de la biodiversité aquatique ou l'adaptation au changement
climatique nécessitent une approche concertée. La DCE facilite la mise en place de projets et de
programmes communs pour relever ces défis.
Enfin, la DCE a indirectement consolidé le rôle des commissions internationales existantes, comme
celles du Rhin, de la Meuse ou de l'Escaut, qui se voient confier la coordination de la mise en
oeuvre de la directive au niveau de leur bassin respectif. Ces commissions servent de plateformes
pour l'échange d'informations, la résolution de problèmes et la prise de décisions communes.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 87/110
Annexe 6. Cartographie des commissions
Cette annexe a pour but de présenter les commissions considérées dans ce rapport en les
contextualisant dans leur bassin respectif. Elle est complétée par un rapport annexe qui répertorie
les principaux textes et traités fondant les commissions prises en compte.
Escaut
L'Escaut est un fleuve transfrontalier d'une importance majeure pour l'Europe du Nord-Ouest. Il
prend sa source dans le département de l'Aisne en France et son bassin versant, d?environ
21 900 km², couvre des territoires en France, en Belgique et aux Pays-Bas. Il parcourt près de
360 kilomètres avant de se jeter dans la mer du Nord près d'Anvers, deuxième plus grand port
européen de marchandises. Le district hydrographique international de l?Escaut est un des plus
industrialisés et les plus peuplés d?Europe.
En 1994 les gouvernements de la République Française, de la Région Wallonne, de la Région
Flamande, de la Région de Bruxelles-Capitale et du Royaume des Pays-Bas ont signé l?Accord sur
la protection de l?Escaut et ont créé une Commission Internationale pour la Protection de l?Escaut
(CIPE). Suite à l?entrée en vigueur de la Directive Cadre européenne sur l?Eau, un nouvel Accord
de l?Escaut est signé. Il prévoit notamment une nouvelle dénomination pour la CIPE ; la
Commission internationale de l?Escaut (CIE). Son secrétariat permanent est situé à Anvers.
Commission internationale de l?Escaut
Convention Accord de Gand, 2002
Acteurs
République française ; Royaume de Belgique ; Région de Bruxelles-
Capitale ; Région flamande ; Région wallonne de Belgique ; Royaume des
Pays-Bas
Délégation FR Préfet des Hauts-de-France ; DREAL ; Agence de l?eau ; OFB ; VNF ; MEL
Thématiques Eau : quantitatif ; Eau : qualitatif ; Inondations ; Pollutions
Structuration
1 assemblée plénière ; Réunion des chefs de délégation ; 4 Groupes de
travail ; 2 groupes de projet
Éléments
budgétaires
431 000 euros dont 172 400 pour la France
L?Escaut fait également l?objet d?une comitologie spécifique lié à l?aménagement de la liaison Seine-
Escaut, située sur le tracé du corridor « Mer du Nord-Rhin-Méditerranée », validé par la
Commission Européenne le 27 juin 2019 (décision 2019/1118). Cet aménagement de 1 100 km de
voies fluviales au gabarit européen, dont la création d?un nouveau canal de 107 km (le canal Seine-
Nord-Europe) concerne traverse la France et la Belgique (Flandres, Wallonie). Il s?agit d?un projet
de grande envergure pour le développement du transport fluvial et la navigation intérieure par la
mise en réseau de 5 grands ports maritimes (Le Havre, Rouen, Dunkerque, Anvers et Zeebrugge),
60 ports intérieurs, 90 ports de plaisance et 360 communes riveraines de la voie d?eau. La
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 88/110
coopération transfrontalière entre les différents opérateurs de transport fluvial est étroite car les
enjeux financiers sont très importants et les acteurs ont obtenu des financements communs. La
mise en place de ce réseau de transport fluvial est accompagnée par le groupement européen
d?intérêt économique (GEIE) Seine-Escaut, instance partenariale créée le 26 mars 2010. Ce GEIE
réunit quatre acteurs de la voie d?eau en France et en Belgique : Voies navigables de France (VNF),
De Vlaamse Waterwag nv (DVW) et le Service Public de Wallonie (SPW), ainsi que la Société du
Canal Seine-Nord Europe (SCSNE), en charge de la construction du canal en France. La
commission intergouvernementale Seine-Escaut est l?organe de gouvernance du GEIE.
Commission intergouvernementale Seine-Escaut
Convention Déclaration ministérielle entre la France, la Flandre et la Wallonie de 2007
Acteurs
République française ; Royaume de Belgique ; région flamande ; région
wallonne
Délégation FR
VNF (direction nationale et territoriale) ; DGITM ; MEAE ; Ministère des
finances ; préfet Hauts de France ; vice-président transport Région Hauts-
de-France ; directeur de projet chargé du développement de l?axe Nord
auprès du préfet des Hauts de France.
Thématiques Transport ; Eau : quantitatif
Structuration
1 assemblée plénière (réunion 1 fois tous les 2 mois) ; 4 GT (dont 1 sur
l?eau)
Sur ce bassin, il existe également un protocole dit « Mageteaux » de coopération transfrontalière
pour sécuriser les territoires situés sous le niveau de la mer. Il s?agit d?une solution franco-belge
pour évacuer les eaux des crues entre Nieuport (Belgique) et Dunkerque. En période de crue, le
système consiste à procéder au transfert d?une partie des eaux des Moëres françaises et belges
par le canal de Furnes vers Dunkerque, en respectant des conditions spécifiques. Le projet est
soutenu et financé par l?Union européenne dans le cadre du programme INTERREG France-
Wallonie-Vlaanderen. En cas de crise, une petite comitologie peut être mise en place sous l?égide
du sous-préfet de Dunkerque. De nouveaux ouvrages ont été construits (station de pompage de
l?eau située à Furnes et permettant d?évacuer une partie des eaux des moëres vers le canal
Nieuport-Dunkerque ; un ouvrage vanné sur le site des 4 écluses de Dunkerque permettant
l?évacuation supplémentaire d?eaux du canal de Furnes à la mer), ce qui modifie les modalités de
gestion des eaux telles que définies dans la Convention franco-belge de 1890 et son avenant de
1968 qui régissent l?écoulement transfrontalier dans la zone du projet. Un nouvel avenant est donc
en attente de signature de la part du MEAE mais dans tous les cas les échanges et décisions en
cas de crise sont locaux, comme constaté lors des inondations de l?hiver 2023.
A titre d?information, on mentionnera ici la coopération sur la Lys (îlots de la Lys mitoyenne) qui
génère une comitologie à l?échelle locale (niveau communal/intercommunal + services de l?État).
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 89/110
Meuse
La Meuse naît sur le plateau de Langres, dans le département de la Haute-Marne en France. Elle
suit un cours sinueux vers le nord, traversant les anciennes régions françaises de la Champagne-
Ardenne et de la Lorraine. Après avoir pénétré en Belgique, elle passe par des villes importantes
comme Namur et Liège, puis entre aux Pays-Bas, où elle rejoint le réseau complexe des cours
d'eau du delta Rhin-Meuse-Escaut avant de se jeter dans la mer du Nord.
Le bassin versant de la Meuse, relativement étroit, couvre une superficie d'environ 36 000 km². Le
fleuve est navigable sur une grande partie de son cours, notamment grâce au canal de la Meuse
et aux nombreuses infrastructures fluviales qui facilitent le transport de marchandises.
Afin d?assurer une gestion durable et globale de l'eau du district hydrographique de la Meuse, un
accord international a été conclu. Cet accord a entrainé la création de la Commission internationale
de la Meuse dont le siège est situé à Liège.
Commission internationale de la Meuse
Convention Accord international sur la Meuse (Accord de Gand), 2002
Acteurs
République française ; Royaume de Belgique ; Région de Bruxelles-
Capitale ; Région flamande ; Région wallonne de Belgique ; République
fédérale d?Allemagne ; Royaume des Pays-Bas
Délégation FR Préfet coordonnateur de bassin ; DREAL ; Agence de l?eau ; EPAMA
Thématiques Eau : qualitatif ; Inondations ; Pollutions
Structuration
1 assemblée plénière ; Réunion des chefs de délégation ; 6 Groupes de
travail ; 1 groupe de projet (PFAS)
Moselle et Sarre
La Moselle est un affluent majeur en rive gauche du Rhin, prenant sa source en France, dans le
massif des Vosges, longeant également le Luxembourg et traversant l'Allemagne. Longue
d'environ 550 kilomètres, c?est sur cette rivière que se situe le tripoint Allemagne-France-
Luxembourg. En amont de la confluence située à Coblence, son bassin représente environ
28 300 km². La Moselle est navigable sur près de 400 km, de Nancy jusqu?à la confluence avec le
Rhin grâce à des aménagements réalisés notamment au XXe siècle (canalisation à grand gabarit
en 1964).
La Sarre, également originaire du massif des Vosges, coule vers le Nord en traversant la Lorraine
et les Lands de Sarre et du Palatinat en Allemagne, avant de rejoindre la Moselle à proximité de
Trèves. D?une longueur de 246 km, son bassin représente 7 430 km² environ.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 90/110
Plusieurs commissions participent à la bonne gestion de ces cours d?eau transfrontaliers :
Commissions internationales de Protection de la Moselle et de la Sarre
contre la pollution
Convention
Protocoles du 20 décembre 1961 concernant la constitution d'une
Commission internationale pour la protection de la Moselle contre la
pollution ; et d'une Commission internationale pour la protection de la Sarre
contre la pollution
Acteurs
République française ; République fédérale d?Allemagne ; Grand-duché du
Luxembourg
Délégation FR
Préfète coordonnatrice de bassin représentée par DREAL ; DREAL ;
AERM
Thématiques Eau : qualitatif ; Inondations ; Pollutions
Structuration
1 assemblée plénière ; 1 groupe stratégique de coordination ; 4 groupes de
travail ; 3 groupes d?étude
Éléments
budgétaires
Budget 2024 : 395 600 ¤24
On notera qu?un protocole complémentaire (Protocole complémentaire au Protocole concernant la
constitution d'une Commission internationale pour la protection de la Moselle contre la pollution et
au Protocole concernant la constitution d'une Commission internationale pour la protection de la
Sarre contre la pollution relatif à la création d'un Secrétariat commun), datant du 22 mars 1990,
institue un secrétariat commun à ces deux commissions.
Commission de la Moselle
Convention
Convention au sujet de la canalisation de la Moselle (Convention de la
Moselle), 1956
Acteurs
République française ; République fédérale d?Allemagne ; Grand-duché du
Luxembourg
Délégation FR MEAE (ambassadeur pour les commissions intergouvernementales) ; VNF
Thématiques Transport
Structuration 1 assemblée plénière
La Société Internationale de la Moselle (SIM) est une organisation transfrontalière créée le
29 janvier 1957 dans le cadre de la canalisation de la Moselle. Son siège est établi à Trèves, en
Allemagne, et elle associe les trois États riverains que sont l?Allemagne, la France et le
Luxembourg. Historiquement, sa mission principale était de gérer le financement des travaux
d?aménagement de la Moselle et de collecter les péages payés par les bateaux circulant sur cette
voie navigable internationale. Ces recettes étaient redistribuées aux trois pays selon une clé de
24 Clé de répartition (47,5 % pour la France et l?Allemagne, 5 % pour le Luxembourg)
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 91/110
répartition définie par la Convention de la Moselle. La gérance de la SIM est assurée par deux
dirigeants, l?un allemand et l?autre français, symbolisant la coopération entre les nations.
Au fil des décennies, la SIM a joué un rôle essentiel dans le développement et la gestion durable
de la Moselle, contribuant à son positionnement comme axe important de transport fluvial en
Europe. Cependant, un tournant majeur se profile avec la décision des trois pays riverains de
supprimer les péages sur la Moselle internationale à compter du 1er juillet 2025. Cette décision,
entérinée par un protocole d?amendement à la Convention de la Moselle signé par les
représentants des trois États, marque une étape historique. L?objectif affiché est de renforcer la
compétitivité du transport fluvial, un mode de transport durable et particulièrement adapté à des
secteurs clés comme l?agriculture, l?énergie, la chimie, l?acier et la construction.
Dans ce cadre, la SIM, qui avait rempli un rôle central dans la collecte et la répartition des péages,
sera liquidée. Cette évolution s?accompagne d?une poursuite des travaux de la Commission
Internationale de la Moselle, qui continuera de promouvoir les intérêts de la navigation fluviale et
de coordonner les efforts des trois États.
On notera également la création récente d?un comité technique dédié à un outil transnational de
prévision des crues. Développé dans le cadre des travaux sur la prévention des crues du Rhin, le
modèle physique de bilan hydrologique LARSIM a vu son usage étendu à la Moselle puis à la Sarre.
Suite à cette extension de son périmètre d?action, un comité technique LARSIM a alors été créé. Il
est rattaché à la CIPMS pour bénéficier du soutien du secrétariat de cette dernière pour la
logistique et la traduction
Comité technique LARSIM
Convention
Accord entre le gouvernement de la République française, le
gouvernement de la République fédérale d?Allemagne et le gouvernement
du Grand-Duché de Luxembourg relatif à l?annonce des crues dans le
bassin versant de la Moselle du 1er octobre 1987 ; convention de
coopération concernant la maintenance et l?assistance au système
transnational de prévision des crues LARSIM de 2024
Acteurs
République française ; République fédérale d?Allemagne ; Grand-Duché de
Luxembourg
Délégation FR DREAL
Thématiques Inondations
Structuration
1 assemblée plénière (3 réunions par an) ; 1 groupe de travail (2 réunions
par an)
Éléments
budgétaires
Budget 2024 : 89 222 euros (dont 33 601 euros pour la DREAL Grand Est ;
5000 euros par service de prévision des crues + 0,735 ¤/km2 de superficie
du pays/bassin versant) + développements spécifiques du modèle LARSIM
selon les besoins des SPC, à la charge de chaque SPC
Remarque : Le CT bénéficie de l'appui logistique du secrétariat des CIPMS
et verse à ce titre une contribution au budget des CIPMS (14 000 ¤ environ
en 2024). Les travaux du CT font l'objet de discussions avec les membres
des CIPMS à l'occasion de l'assemblée plénière annuelle des CIPMS.
Comité pérenne.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 92/110
Rhin
Le Rhin est l'un des fleuves les plus importants d'Europe, s'étendant sur environ 1 230 kilomètres
depuis sa source dans les Alpes suisses jusqu'à la mer du Nord aux Pays-Bas où il se divise en
plusieurs bras, mêlant partiellement ses eaux à celles de la Meuse et de l?Escaut pour former un
grand delta (Rijn-Maas-Scheldedelta). Il traverse ou borde six pays : la Suisse, le Liechtenstein,
l'Autriche, l'Allemagne, la France et les Pays-Bas. Son bassin versant recouvre environ 198 000 km,
à la fois sur ces 6 pays, mais aussi sur presque tout le Luxembourg, et dans une bien moindre
mesure sur les territoires belges et italiens. Les usages du Rhin sont plus nombreux et diversifiés
que pour tous les autres fleuves européens. Il s?agit également d?un des fleuves les plus aménagés.
En l?espace d?à peine deux siècles, l?ancien paysage naturel d?un fleuve en tresse avec un lit majeur
de plusieurs kilomètres de largeur a disparu cédant la place à un fleuve très anthropisé en
particulier sur le Rhin franco-allemand réduit à une voie d?eau unique navigable, enserrée entre les
digues de canalisation et partiellement régulée par les barrages hydroélectriques du Rhin supérieur
et du bassin amont.
Si le Rhin constitue un axe de développement économique majeur en Europe, il n?a pas le même
poids selon les pays, ce qui peut avoir un impact significatif sur la manière d?appréhender les
politiques de gestion commune. Même si la France possède 12 % du bassin versant du Rhin, à
l?échelle de l?hexagone, il ne représente que 5 % du territoire. La batellerie française ne représente
que 8 % des immatriculations sur le fleuve. Les sujets rhénans sont donc perçus comme moins
prioritaires en France qu?aux Pays Bas ou en Allemagne, pays dans lesquels le corridor rhénan
constitue un centre économique de premier plan.
Héritage de la tradition de coopération de l?Europe rhénane qui remonte au Moyen-Âge, le territoire
et l?enjeu de cet axe fluvial majeur ont donné lieu, dès le XIXe siècle et tout au long du XXe, à une
gouvernance complexe, avec de multiples structures. Le présent rapport ne s?intéressant qu?aux
commissions fluviales, nous ne citerons que les principales structures qui intègrent l?ensemble des
problématiques transfrontalières :
? Née en 1991, la conférence franco-germano-suisse du Rhin supérieur forme le cadre
institutionnel pour la coopération frontalière au niveau régional entre les trois États riverains.
Elle promeut une coopération de proximité destinée à rapprocher les habitants et faciliter
les projets transfrontaliers. Elle se décline en nombreux groupes de travail thématiques
portant sur l?aménagement du territoire, le transport, l?énergie, l?environnement, etc.
? Le comité de coopération transfrontalière institué par le Traité d?Aix-la-Chapelle de 2019 et
qui réunit le préfet de région, les principaux élus locaux, les eurodistricts, a pour objectif
d?améliorer l?articulation entre les problématiques locales et leur résolution par les
gouvernements nationaux.
Dans le domaine fluvial, plusieurs commissions existent avec un nombre très important d?instances
associées.
La plus ancienne25 est la Commission centrale pour la navigation du Rhin (CCNR), fondée en 1815
et qui a pour mission d?assurer la prospérité et la sécurité de la navigation rhénane. La CCNR
coopère aujourd?hui étroitement avec l?Union européenne et travaille sur des sujets qui intéressent
non seulement le Rhin, mais aussi la navigation intérieure européenne dans son ensemble.
25 Il s?agit également de la plus ancienne organisation internationale en activité au monde.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 93/110
Commission centrale pour la navigation du Rhin (CCNR)
Convention Convention de Mannheim (1868)
Acteurs
République française ; République fédérale d?Allemagne ; Royaume de
Belgique ; Confédération suisse.
Coopération avec l?UE depuis un accord administratif du 3 mars 2003
Délégation FR DGITM ; VNF ; Directeur des affaires juridiques (MEAE)
Thématiques Transport
Structuration Assemblée plénière (deux fois par an) ; 12 comités ; 15 GT
Éléments
budgétaires
Pris en charge par le MEAE
La Commission internationale pour la protection du Rhin (CIPR) est, quant à elle, une structure
intergouvernementale créée en 1950. Elle est compétente sur le Rhin depuis sa sortie du lac de
Constance jusqu?à son débouché dans la Mer du Nord. Depuis 1987, les objectifs de la CIPR sont
traduits dans des plans d?action à moyen terme (Plan Rhin 2020 et Plan Rhin 2040). Il s?agit de
recommandations communes destinées à être mises en oeuvre et financées au niveau national.
La CIPR est une instance puissante : au-delà du Rhin, ses activités servent d?exemples à de
nombreux autres bassin fluviaux. La coopération qu?elle a instituée a également influencé le
processus d?élaboration des directives cadres communautaires sur l?eau et les inondations.
Commission internationale pour la protection du Rhin (CIPR)
Convention Convention pour la protection du Rhin, 1999
Acteurs
République française ; République fédérale d?Allemagne ; Confédération
suisse ; Royaume des Pays-Bas ; Grand-duché du Luxembourg ;
Commission européenne
Délégation FR MTE ; DREAL ; AERM ; BRGM ; SIDPC 67
Thématiques Eau : quantitatif ; Eau : qualitatif ; Biodiversité ; Inondations ; Pollutions
Structuration
Conférence ministérielle sur le Rhin ; 4 instances stratégiques et de
coordination ; Réunion des chefs de délégation ; 3 groupes de travail ; 16
groupes d?experts + 5 autres groupes
Éléments
budgétaires
1 214 500 euros en 202426
26 Clé de répartition qui s?applique à 70 % du budget (le reste correspond au coût de l?application des directives
européennes auxquelles la Suisse n?est pas soumise) est la suivante : France 32,5 % ; Allemagne 32,5 %, Pays-
Bas 32,5 %, Suisse 12 %, Union européenne, 2,5 %, Luxembourg 2,5 %.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 94/110
La commission permanente pour l?aménagement du Rhin et le Comité A sont deux instances
franco-allemandes de coordination de la gestion des aménagements du Rhin, respectivement
entre Strasbourg et Lauterbourg et entre Bâle et Strasbourg.
Comité A
Convention
Convention franco-allemande relative à l'aménagement du cours supérieur
du Rhin entre Bale et Strasbourg, 1956
Acteurs République française ; République fédérale d?Allemagne
Délégation FR DGEC ; DREAL ; VNF ; EDF/CERGA ; OFB
Thématiques Ouvrages
Structuration
1 assemblée plénière ; 2 groupes de travail (dont un commun avec la
Commission permanente) ; 3 sous-groupes de travail
Éléments
budgétaires
Pas de budget dédié (frais d?organisation à la charge de la délégation qui
organise)
Commission permanente
Convention Convention franco-allemande du 6 décembre 1982
Acteurs République française ; République fédérale d?Allemagne
Délégation FR DGEC ; DREAL ; VNF ; EDF/CERGA27
Thématiques Ouvrages ; Inondations
Structuration
1 assemblée plénière ; 3 groupes de travail (dont un commun avec le
Comité A) ; 6 sous-groupes de travail ; 1 groupe d?experts
Éléments
budgétaires
Pas de budget dédié (frais d?organisation à la charge de la délégation qui
organise)
En complément des éléments précédents, on notera notamment l?existence de la Commission
Internationale de l?Hydrologie du bassin du Rhin (CHR), une organisation scientifique indépendante
fondée en 1970, dans le cadre de la « Décennie Hydrologique Internationale » initiée par l'UNESCO
et l'Organisation Météorologique Mondiale. Elle réunit les institutions hydrologiques des pays
riverains du Rhin, à savoir l'Allemagne, l'Autriche, la France, le Luxembourg, les Pays-Bas et la
Suisse (représentant également le Liechtenstein), avec pour mission de développer et diffuser des
connaissances transfrontalières sur l'hydrologie du bassin du Rhin.
Le fonctionnement de la CHR repose sur la coopération entre les instituts et services hydrologiques
des pays membres. Elle mène des recherches conjointes sur l'hydrologie du Rhin, favorise
l'échange de données et d'informations hydrologiques, et développe des méthodes standardisées
pour la collecte et le traitement de ces données. La CHR collabore également avec d'autres
27 Centrale électrique de Gambsheim
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 95/110
organisations internationales pour renforcer la gestion durable du bassin rhénan.
Le budget de la CHR est financé par les contributions des pays membres, proportionnellement à
leur implication et à leurs capacités financières. Ces fonds sont utilisés pour soutenir les activités
de recherche, l'organisation de réunions et d'ateliers, ainsi que la publication de rapports et
d'études.
Les thématiques abordées par la CHR couvrent un large éventail de sujets liés à l'hydrologie du
bassin du Rhin, notamment :
? La conservation de la base de connaissances hydrologiques et morphologiques : maintien
et expansion des connaissances fondamentales sur l'hydrologie et la morphologie du
bassin.
? Les effets du changement climatique, de l'utilisation des terres et de l'eau, et des
changements socio-économiques : étude de l'impact de ces facteurs sur le régime
hydrologique du Rhin, y compris les phénomènes de crues et de sécheresses.
Pour mener à bien ses missions, la CHR s'appuie sur des groupes de travail spécialisés, composés
d'experts des pays membres. Ces groupes se concentrent sur des domaines spécifiques tels que
la modélisation hydrologique, la gestion des ressources en eau, l'impact du changement climatique,
et la qualité de l'eau. Ils élaborent des projets de recherche, organisent des ateliers et publient des
rapports pour partager leurs conclusions avec les décideurs politiques et les parties prenantes.
Doubs
Le Doubs est une rivière franco-suisse d'environ 453 kilomètres de long, prenant sa source dans
le Jura en France et formant partiellement la frontière avec la Suisse. Principal affluent de la Saône,
elle fait partie du bassin versant du Rhône. Son bassin représente environ 7 700 km²
La frontière est au milieu du Doubs28 frontalier dans sa partie amont, du Lac des Brenets jusqu?au
lieu-dit Biaufond. A partir de là (borne 606), contrairement à la plupart des cours d?eau séparant
deux États, la frontière est située sur la rive suisse (le Doubs est alors 100 % français), jusqu?à ce
que le Doubs entre en Suisse et devienne 100 % suisse dans sa « boucle suisse » (ou Clos du
Doubs).
Ce tracé particulier de la frontière avec la Suisse au niveau du Doubs résulte de l?accord entre le
roi de France Louis XVI et le prince-évêque de Bâle Frédéric de Wangen (Traité de Versailles du
11 juillet 1780). En vertu de ce traité, toute utilisation des eaux du Doubs, y compris sa force motrice,
appartient à la France qui peut néanmoins autoriser la Suisse à l?exploiter en rive droite (usines
existantes en 1780). L?utilisation industrielle du cours d?eau et ses conséquences (déviation,
modification de débit, irrigation, pollution) rendent indispensable la mise en place d?une bonne
gouvernance du cours d?eau.
La coopération transfrontalière avec la Suisse s?inscrit dans un cadre particulier, puisque celle-ci
n?est pas membre de l?UE. Le pays choisit ce qu?il souhaite appliquer parmi l?ensemble du droit de
de l?UE et joue beaucoup de son droit confédéral, ce qui rend délicates les négociations avec les
Français. Il en résulte une comitologie assez complexe qui pourrait sans doute être simplifiée, mais
ceci nécessiterait un accord avec les acteurs locaux et la Suisse.
Plusieurs commissions plus ou moins actives existent aujourd?hui sur le Doubs.
28 La partie formant frontière entre la Suisse et la France comprend :
- Le « Doubs mitoyen » : section qui s?étend de Villers-le-Lac (lac de Chaillexon) à la borne 606 (Biaufond)
- Le « Doubs français » : section comprise de la borne 606 (Biaufond) jusqu?à la borne 605 (Clairbief)
- Le « Doubs suisse » : section comprise de la borne 559 (Ocourt) jusqu?à la borne 558 (La Motte)
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 96/110
Commission mixte en faveur de la pêche et pour la protection des
milieux aquatiques
Convention
Accord cadre concernant l'exercice de la pêche et la protection des milieux
aquatiques dans la partie du Doubs formant frontière entre les deux États
(29 juillet 1991)
Acteurs République française ; Confédération suisse
Délégation FR
DREAL AURA ; DDT Doubs ; DREAL BFC ; OFB (à titre d'expert) ; le cas
échéant un représentant de l'agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse
Thématiques Pêche ; Biodiversité
Structuration
1 assemblée plénière (une réunion annuelle) ; 1 sous-commission
technique
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre
Groupe Binational Qualité des eaux (ne s?est plus réuni depuis 2018)
Convention
Pas de convention. Arrangement administratif entre la France et la Suisse
du 11 février 200829
Acteurs République française ; Confédération suisse
Délégation FR
Préfecture du Doubs ; DDT du Doubs ; DREAL BFC ; AERMC ; AFB ;
Fédération départemental de pêche et de protection du milieu aquatique ;
Conseil départemental du Doubs ; conseil régional Bourgogne Franche
Comté ; EPAGE (établissement public d?aménagement et de gestion des
eaux)
Thématiques Eau : qualitatif
Structuration
1 instance de pilotage ; 1 groupe technique qui continue de se réunir une
fois par an
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre
29 Arrangement visant la consultation de la Suisse dans le cadre de l'application de la Directive cadre sur l'eau de
l'UE par la France, dans le bassin versant du Doubs et les bassins mineurs le jouxtant
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 97/110
Comité de pilotage du Doubs franco-suisse30
Convention
Pas de convention. Constitué par échange de lettres entre DREAL
Bourgogne France Comté (21/12/2010) et l'Office Fédéral de
l?Environnement (10/03/2011) en s'appuyant sur le Règlement d'eau
général commun aux 3 aménagements hydroélectriques de 1969 ;
Règlement d'eau du Doubs franco-suisse entré en vigueur le 22 novembre
2017 qui doit d'appliquer jusqu'au renouvellement des concessions
Acteurs Office fédéral suisse de l?énergie et DREAL Bourgogne-France-Comté
Délégation FR DREAL ; AERMC ; OFB ; Préfecture du Doubs ; DDT
Thématiques Ouvrages ; Eau : qualitatif ; Eau : quantitatif
Structuration
1 instance stratégique (au moins une réunion annuelle) ; 1 comité de suivi
environnemental du règlement d?eau
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre
La dissymétrie dans le traitement des sujets de part et d?autre de la frontière est visible dans
l?appréhension des atteintes environnementales. Les réparations des dégradations
environnementales causées par l?activité économique sont compensées par l?office fédéral de
l?environnement ou par les cantons quand côté français c?est l?exploitant qui doit les réduire ou les
compenser (avec éventuellement des aides de l?Agence de l?eau).
Tous ces aspects expliquent les difficultés d?établissement d?une nouvelle convention relative à la
force-hydraulique et de l?accord cadre environnemental qui l?accompagnera. Le projet technique
d?accord-cadre international sur le Doubs franco-suisse et de la convention de partage de la force
hydraulique devait être rédigé fin 2023 afin de choisir le futur concessionnaire avant 2026 et que
la nouvelle concession unique puisse démarrer début 2030. Les négociations devraient être
relancées sous l?égide du MEAE, une fois l?accord sur le Rhône signé (voir 1.3.6). En attendant,
en l?absence d?acte législatif du fait de la situation politique nationale, la préfecture du Doubs a dû
construire un cadre juridique dérogatoire pour permettre la prolongation de la concession qui se
terminait en octobre 2024.
30 Dénommé Groupe de gestion de débits jusqu?en 2018.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 98/110
Comitologie de suivi du projet de renouvellement des concessions31
Convention
Comitologie préparatoire à la future convention force-hydraulique et au
futur accord cadre environnemental
Acteurs République française ; Confédération suisse
Délégation FR
Préfet du Doubs, ambassadeur pour la coopération transfrontalière MEAE,
DGEC, conseillers techniques (DREAL et conseiller diplomatique)
Thématiques Eau : quantitatif ; Eau qualitatif ; Ouvrages ; Pollution
Structuration
1 groupe de supervision (réunions a minima deux fois par an) ; 2 groupes
techniques (GT force hydraulique, GT Accord-Cadre/Environnement)
Rhône
Le Rhône prend sa source dans le glacier du Rhône, dans le canton du Valais en Suisse. Il coule
vers l'ouest, traversant le lac Léman, puis entre en France en aval de Genève. Le fleuve suit ensuite
une direction sud, traversant les régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d'Azur et
longeant la région Occitanie, avant de se jeter dans la mer Méditerranée par le delta de Camargue.
Le bassin versant du Rhône couvre environ 98 000 km² et son cours est long de 812 km.
Rhône lémanique
Le lac Léman, principalement alimenté par le Rhône constitue une frontière entre la Suisse dont
les cantons de Genève, de Vaud et du Valais se partagent la rive nord, et la France (département
de Haute-Savoie). Depuis le XIXe siècle, la régulation des eaux de sortie du Léman est de la seule
responsabilité du canton de Genève en Suisse, avec la construction de barrages (pont de la
Machine puis usine hydraulique de Coulouvrenière au XIXe siècle, barrage du Seujet depuis 1995).
Ainsi alors que la France devrait avoir un droit d?eau sur les 40 % du lac qui sont sur son territoire,
la France est totalement retrouve tributaire de la gestion hydraulique assurée par un service du
canton de Genève pour ce qui concerne l?alimentation du Rhône par le lac. Depuis une dizaine
d?années, dans un contexte de sécheresses fréquentes et de plus en plus sévères qui entraînent
une diminution des débits estivaux, la France demande à Berne de revoir la gestion des débits du
fleuve et réclame un accord pour améliorer le contrôle des débits du Rhône car de nombreux
secteurs stratégiques dépendent du fleuve comme le refroidissement des centrales nucléaires et
l?alimentation en eau potable de plus de 2 millions d?habitants en France. Si plusieurs commissions
encadrent les usages de l?eau, les aménagements partagés et la qualité de l?eau sur le Léman, le
futur accord serait le seul à traiter de la gestion quantitative de l?eau et pourrait ainsi permettre de
sécuriser davantage les débits côté français. Il est à l?inverse à noter que la Commission
internationale pour la protection du Léman qui existe depuis 1962 est un exemple réussi de
coopération transfrontalière car elle a permis une amélioration significative de la qualité des eaux
du lac depuis les années 1960.
31 Une fois les accords signés, le rôle des commissions devraient être redéfinis. La commission mixte pour la pêche
devrait disparaître au profit de la commission cadre chargée de la supervision de l?accord cadre environnemental.
Le groupe binational qualité des eaux et le comité de pilotage seraient remplacés par une commission
opérationnelle qui traiterait des sujets. La délégation française serait composée des services de l?État et de l?Agence
de l?eau (avec peut-être la participation de l?opérateur gémapien). S?ajouterait une commission territoriale qui
regrouperait l?ensemble des acteurs du Doubs franco-suisse (associations, collectivités, Parcs naturels régionaux).
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 99/110
Commission internationale pour la protection des eaux du Léman
Convention
Convention entre le Conseil fédéral suisse et le Gouvernement de la
République française concernant la protection des eaux du lac Léman
contre la pollution, du 16 novembre 1962
Acteurs République française ; Confédération suisse
Délégation FR
Préfet de région, DREAL de bassin, DDT 74, Conseil départemental de
Haute-Savoie, Conseil département de l?Ain, AERMC
Thématiques Pollutions
Structuration
1 secrétariat permanent ; 1 organe décisionnel (réunion une fois par an en
session ordinaire) ; 1 sous-commission technique (composée d?un bureau,
d?un conseil scientifique et d?un comité opérationnel structuré en 4 groupes
opérationnels + 1 groupe scientifique, 3 ou 4 réunions par an) ; 1 Groupe
Lutte contre les hydrocarbures ;1 Groupe de coordination franco-suisse
pour la mise en oeuvre de la DCE sur le territoire français couvert par la
CIPEL
Éléments
budgétaires
Clé de répartition France 25 % ; Suisse 75 %
Part secrétariat assurée par MTE (90 00 CHF environ en 2023) ; part
études et travaux assurée par la DREAL BOP 113 135 000 CHF en 2023 ;
part française 25 % du budget total ; chacune des Parties contractantes
assume les frais de sa délégation à la Commission et des experts
désignés par elle.
Commission mixte pour la navigation sur le Léman
Convention
Accord entre le Conseil fédéral suisse et le Gouvernement de la
République française concernant la navigation sur le Léman du 7
décembre 1976 / Décret n° 2019-644 du 25 juin 2019 portant publication
de l'accord sous forme d'échange de notes entre le Gouvernement de la
République française et le Conseil fédéral suisse portant modification du
règlement de la navigation sur le Léman du 7 décembre 1976 (ensemble
une annexe), signées à Berne les 23 avril et 14 mai 2019
Acteurs République française, Confédération suisse
Délégation FR Préfet de Savoie (éventuellement représenté par sous-préfet de Thonon)
Thématiques Transport
Structuration 1 instance de pilotage
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 100/110
Commission consultative internationale pour la pêche dans le Léman
Convention
Accord entre le Conseil fédéral suisse et le Gouvernement de la
République française concernant la pêche dans le lac Léman du 20
novembre 1980
Acteurs République française ; Confédération suisse
Délégation FR Préfet de Haute-Savoie, DDT Haute-Savoie, OFB, INRAE
Thématiques Pêche
Structuration
1 commission consultative ; 1 commission technique (groupe de travail
Plan d?aménagement piscicole)
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre
Commission permanente de surveillance pour l?aménagement
hydroélectrique franco-suisse d?Emosson (CPS)
Convention
Convention entre la Confédération suisse et la République française au
sujet de l?aménagement hydroélectrique d?Emosson du 23 août 1963
Acteurs République française ; Confédération suisse
Délégation FR
DGEC, DREAL, comité technique permanent des barrages et des
ouvrages hydrauliques
Thématiques Ouvrages, Énergie, Eau : quantitatif
Structuration 1 instance pilotage (réunion plénière) ; 1 comité technique permanent
Commission franco-suisse d'étude pour les stockages dans le Léman
des eaux d'Arve dérivées dans Emosson
Convention
Convention entre la Confédération suisse et la République française au
sujet de l?aménagement hydroélectrique d?Emosson du 23 août 1963
Acteurs République française ; Confédération suisse
Délégation FR DREAL, EDF, CNR
Thématiques Eau : quantitatif
Structuration
La commission est en réalité un groupe de travail (qui ne présente pas de
liens hiérarchique et organisationnel connu avec la CPS)
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 101/110
Commission consultative d?accompagnement du barrage de Chancy-
Pougny
Convention
Concession suisse pour l?utilisation de la force hydraulique du Rhône à
Chancy-Pougny du 12 mai 2003.
Acteurs République française ; Confédération suisse
Délégation FR
Préfecture Auvergne Rhône Alpes, DREAL, (+ parties prenantes, CNR,
association de protection de la nature, association de pêcheurs,
communes)
Thématiques Eau : quantitatif ; Sédiments ; Pêche ; Navigation
Structuration 1 assemblée plénière
Éléments
budgétaires
Pas de spécification à ce sujet
Comité du pilotage du Protocole du 7 septembre 2015 relatif à la
gestion sédimentaire des retenues hydroélectriques du Haut-Rhône
(APAVER)
Convention
Protocole du 7/09/2015 relatif à la gestion sédimentaire des retenues
hydroélectriques du Haut-Rhône conclu entre l?État français représenté par
le Préfet de l'Ain et la République et le canton de Genève représentée par
Conseiller d'État chargé de l?environnement, des transports et de
l?agriculture
Acteurs République française ; République et canton de Genève
Délégation FR Préfet, DREAL, CNR
Thématiques Sédiments ; Biodiversité ; Ouvrages
Structuration 1 comité de pilotage ; 1 comité technique
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 102/110
Comitologie avec l?Italie
Les enjeux avec l?Italie sont moindres et relèvent d?aménagements ponctuels comme la CTS, liée
à la gestion de la concession du Mont-Cenis. Il a été mentionné à la mission l?existence d?un comité
technique transfrontalier de la Roya mais il ne semble plus très actif du point de vue des acteurs
de l?État.
Commission technique de surveillance franco-italienne (CTS) de la
concession du Mont-Cenis
Convention
Convention franco-italienne sur l?aménagement hydro-électrique du Mont-
Cenis du 14 septembre 1960
Acteurs République française ; République italienne
Délégation FR DGPR ; EDF
Thématiques Ouvrages ; Énergie ; Eau : quantitatif
Structuration 1 instance
Éléments
budgétaires
Pas de spécification à ce sujet
Bassins pyrénéens
La frontière franco-espagnole est traversée par 7 cours d?eau transfrontaliers : il s?agit de la
Bidassoa, de la Nive, de la Nivelle, de l?Irati, de la Garonne, du Sègre et du Carol. Ces cours d?eau
font l?objet d?une coopération très contrastée selon les bassins versants.
Il existe deux instances qui gèrent ces cours d?eau transfrontalier. La première est la Commission
mixte des eaux transfrontalières (CMET) créée en 1976 par une décision de la Commission
internationale des Pyrénées, elle-même instituée en 1875 afin d?examiner les problèmes à l?origine
de conflits transfrontaliers entre la France et l?Espagne.
Commission Mixte des Eaux Transfrontalières (CMET)
Convention Constituée par une décision de la CIP (1976)
Acteurs République française ; Royaume d?Espagne
Délégation FR Préfet, AERMC
Thématiques Eau : quantitatif ; Eau : qualitatif
Structuration 1 assemblée plénière (peu de réunions, la dernière datant de 2011)
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 103/110
La seconde est le comité de coordination chargé de suivre les questions de gestion de cours d?eau
transfrontières a été également mis en place dans le cadre de l?arrangement administratif entre la
France et l?Espagne de 2006. Cet arrangement administratif de 2006 concerne la Bidassoa, la Nive,
la Nivelle, la Garonne, l?Ariège et le Sègre, cours d?eau qui s?écoulent en Espagne et en France ou
qui constituent une limite frontalière entre les deux États. Il acte le fait que les autorités locales
compétentes n?ont pas jugé nécessaire ni de délimiter un district hydrographique international ni
d?instituer une Commission internationale hydrographique. Les deux parties s?accordent donc pour
que la gestion ordinaire soit mise en oeuvre et assurée par chaque État sur son territoire mais aussi
pour créer un comité de coordination afin d?instaurer une coopération administrative régulière et
suivie entre les deux pays en ce qui concerne la mise en oeuvre de la DCE. Les deux commissions
ne semblent pas s?être réunies depuis plusieurs années et de ce fait leurs objectifs sont mal, voire
pas connus des acteurs locaux.
Comité de coordination chargé de suivre les questions de gestion de
cours d?eau transfrontières.
Convention Arrangement administratif entre la France et l?Espagne (2006)
Acteurs République française, Royaume d?Espagne
Délégation FR MTE, Préfet coordonnateur de bassin Adour-Garonne, Agence de l?eau
Adour-Garonne, Préfet coordonnateur du bassin Rhône-Méditerranée et
Corse, AERMC
Thématiques Eau : quantitatif ; Eau : qualitatif
Structuration 1 assemblée plénière (réunion annuelle) ; GT si nécessaire
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre
Les sujets qui ne relèvent pas de la DCE mais qui sont des sujets locaux (pollution, stations de
mesure à la frontière, etc.) sont traités par les structures de coopération transfrontalières mises en
place par les collectivités locales. Elles ne relèvent pas d?une comitologie au même titre que les
autres entités analysées par la mission mais tentent de mettre en oeuvre une gestion intégrée de
l?eau de part et d?autre de la frontière. Ainsi coexistent deux réseaux transfrontaliers : la Conférence
atlantique transpyrénées (CAT) et la charte de gestion des eaux partagées (voir tableau ci-dessous,
et Figure A6-1).
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 104/110
Conférence atlantique
transpyrénées
Charte de gestion des eaux
partagées
Acte
fondateur
Traité de Bayonne de 1995 qui initie
des approches bilatérales de
coopération entre collectivités locales /
Convention relative à la Conférence
Euro-régionale ou Conférence
Atlantique Transpyrénéennes signée
en 2007
Accord transfrontalier du 10
décembre 2014
Acteurs
Région, Préfet 64, président du CD
64, président du Conseil des élus du
Pays Basque, CAPB, Gouvernement
de Navarre (GONA)
GONA, Agence basque de l?eau,
DFG32, CD64, CAPB, Syndicat
mixte du bassin versant de la Nive,
Agence de l?eau Adour-Garonne
Thématiques
Problématiques variées (coopération
hospitalière, ouvrages d?art,
prévention des drogues, etc.) dont eau
quantitatif et qualitatif
Eau quantitatif et qualitatif,
Biodiversité
Structuration
1 conférence plénière ; 1 comité
directeur (instance décisionnelle) ; 1
cellule technique permanente ; Des
groupes de travail dont 1 GT EAU
Figure A6-1 : Territoire d?application de la charte de gestion des eaux partagées.
(Source : Agglo Sud Pays Basque)
32 Diputacion Foral du Gipuzkoa
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 105/110
Existent également des Commissions Administratives Internationales (CAI) qui s?inscrivent soient
dans le cadre des Traités des Pyrénées (1659) et de Bayonne (1866) comme la CAI du Canal de
Puigcerda ou la CAI du Canal d?Angoustrine et de Llivia soit dans le cadre de conventions plus
récentes (Lanoux, Garonne supérieure).
La Garonne coule essentiellement sur le territoire du sud-ouest français mais elle prend sa source
dans le Val d?Aran et y coule pendant 47 km avant de franchir la frontière. Depuis les années 1990
une gestion coordonnée et globale du fleuve a été mise en place mais elle est peu institutionnalisée.
Les commissions ne concernent que les ouvrages et les enjeux énergétiques.
Commission mixte franco-espagnole de la Garonne supérieure
Convention
Convention du 29 juillet 1963 entre les gouvernements français et
espagnol relative à l'aménagement du cours supérieur de la Garonne
Acteurs République française ; Royaume d?Espagne
Délégation FR
Président du Comité technique permanent des barrages et des ouvrages
hydrauliques, DREAL, EDF
Thématiques Ouvrages ; Énergie
Structuration
1 assemblée plénière triennale ; 1 sous-commission depuis 2023 (réunion
annuelle)
L?objectif de la convention de 1963 était, selon l?article 1, la création du réservoir français de Plan
d?Arem à la frontière franco-espagnole limité à la cote 575,24 mNGE (soit 577,50 mNGF).
L?Espagne a donné son accord pour qu?une partie de son territoire soit occupée pour créer ce
réservoir (article 2). La convention prévoit la livraison par l?Espagne d?un volume journalier
minimum de 350 000 m3 dans la retenue de Plan d?Arem (article 3), ainsi que la restitution gratuite
à l?Espagne de quantités d?énergie équivalente au quart de la chute située sur la frontière franco-
espagnole et à la moitié de la chute située en territoire espagnol. Depuis 2002, un accord entre
EDF et ENDESA a conduit à l?abandon de la restitution physique d?énergie au profit d?une
restitution valorisée en euros. Enfin la convention prévoyait la création d?une commission mixte
d?experts chargée de l?application de cette convention. Cette commission triennale qui se réunit en
alternance en France (années impaires) et en Espagne (années paires) se réunira en même temps
que la commission mixte franco-espagnole du Lanoux à partir de 2026. Depuis 2023, une sous-
commission a été constituée afin de préparer les travaux de la commission (la commission
s?intéresse notamment aux évolutions du mode de calcul du forfait d?énergie). La commission a
validé en 2023 un calcul de format d'énergie triennal afin de conformer son rythme à la périodicité
des commissions.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 106/110
Commission Mixte Franco-Espagnole du Lanoux
Convention Accord relatif au lac Lanoux du 12 juillet 1958
Acteurs République française, Royaume d?Espagne
Délégation FR
Président du Comité technique permanent des barrages et des ouvrages
hydrauliques, DREAL, EDF
Thématiques Ouvrages ; Énergie ; Eau : quantitatif
Structuration 1 assemblée plénière annuelle ; 1 sous-commission technique
Cette commission est liée à l?aménagement hydroélectrique de l?Hospitalet-Merens constitué d?une
haute chute et de deux basses chutes se rejoignant à l?usine de l?Hospitalet située dans la vallée
du Puymorens en Ariège. Le réservoir principal de la haute chute constitué par la retenue du
Lanoux (capacité de 67,9 millions de m3 à retenue normale et située à 2213 m d?altitude) est
alimenté par son bassin naturel (bassin versant de l?Ebre) et plusieurs prises d?eau. Les eaux du
bassin versant naturel du Lanoux sont détournées vers la chute de l?Hospitalet et prélevées sur les
débits du Carol (affluent du Sègre et sous affluent de l?Ebre).
L?accord de 1958 prévoit la restitution à l?Espagne par EDF d?un volume égal aux apports naturels
détournés du bassin du Carol. La restitution à cette rivière des apports détournés s?effectue par
une galerie d?environ cinq kilomètres, dite Galerie Ariège Carol, dans laquelle les eaux de l?Ariège
sont dérivées par une prise d?eau, jusqu?au Carol en aval du village de Porté-Puymorens avant la
traversée de la frontière (Figure A6-2).
Figure A6-2 : La retenue du Lanoux au sein de l?aménagement hydro-électrique de
l?Hospitalet. (Source : EdF)
La Bidassoa, fleuve côtier du pays basque qui prend sa source en Navarre espagnole et qui se
jette dans le golfe de Gascogne, forme l?extrémité occidentale de la frontière entre la France et
l?Espagne (Figure A6-3). Elle possède un estuaire autour duquel s?est formée l?agglomération
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 107/110
transfrontalière Hendaye-Irun-Fontarabie. L?île des Faisans est un condominium sur lequel la
France et l?Espagne exercent une souveraineté conjointe depuis le traité de Bayonne de 1856. Le
terrain de 3000 m² est dirigé par un vice-roi espagnol du 1er février au 31 juillet et par son
homologue français du 1er août au 31 janvier. La gestion du bassin versant de la Bidassoa est
divisée en deux selon une convention de 1959 : la partie qui relève du domaine public maritime
d?un côté, celle qui relève du domaine public fluvial de l?autre (Voir Figure A6-4). La CTMB gère la
partie qui relève du domaine public maritime, même si certains sujets comme le dragage peuvent
relever également de la partie terrestre. La délégation française est pilotée par la DDTM des
Pyrénées atlantiques. En effet, depuis 2017, la DDTM des Pyrénées atlantiques 33 et plus
particulièrement le délégué à la mer et au littoral a en charge la station navale française de la
Bidassoa. L?actuelle déléguée est donc commandante de la station navale française de la Bidassoa
et également vice reine de l?île des faisans. En vertu d?un protocole de 1978, la CTMB est un
organisme consultatif franco-espagnol de la commission internationale des Pyrénées. Or cette
commission ne s?est pas réunie depuis 2014, et plusieurs interlocuteurs de la mission ne savaient
pas si cette dernière était toujours active et quel était son mandat. En réalité cette commission est
toujours active et co-présidée par l?ambassadeur de la coopération transfrontalière et son
homologue espagnol. Actuellement, l?Espagne ne voit pas l?intérêt de la réunir malgré quelques
propositions françaises d?ordre du jour.
Commission technique mixte de la Bidassoa (CTMB)
Convention Convention entre la France et l'Espagne relative à la pêche en Bidassoa et
baie du Figuier (14 juillet 1959) / Protocole relatif à la commission technique
mixte de la Bidassoa entre le gouvernement de la République française et
le gouvernement de l'État espagnol (14 décembre 1978).
Acteurs République française ; Royaume d?Espagne
Délégation FR DDTM 1964 ; Préfet maritime ; collectivités locales concernées
Thématiques Pêche ; Plaisance ; Sédiments ; Infrastructures ; Biodiversité
Structuration 1 assemblée plénière qui se réunit autant que de besoin ; GT si travaux
spécifiques
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre (frais de traduction fléchés sur le BOP 205)
33 Jusque-là la fonction était assurée par le COMAR Bayonne mais il n?y a plus d?officier de la marine nationale à
Bayonne
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 108/110
Figure A6-3 : Frontière franco-espagnole sur la Bidassoa et dans la baie du figuier.
(Source : DDTM 64)
Figure A6-4 : Répartition des domaines publics maritime et fluvial de la Bidassoa selon
la convention du 14 juillet 1959. (Source : DDTM 64)
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 109/110
Annexe 7. Annexe transition écologique
Une réflexion inter-inspection est en cours pour évaluer l?intégration des enjeux de la transition
écologique dans les politiques publiques. Il s?agit à l?occasion des missions d?approfondir certains
indicateurs ou de proposer des grilles de lecture de ces enjeux, afin de donner des pistes aux
commanditaires pour mieux prendre en compte la transition écologique sur le sujet de la mission
demandée.
L?idée est de s?appuyer sur une analyse des six axes environnementaux de la taxonomie verte des
activités au niveau européen utilisée pour le budget vert : « Atténuation climat », « Adaptation
climat », « Eau », « Déchets », « Pollutions », « Biodiversité ».
Dans le cadre de la présente mission, l?axe déchet n?a pas été retenu car non pertinent pour les
commissions fluviales internationales. La mission a considéré qu?il était indispensable d?ajouter un
axe gouvernance car des politiques efficaces pour diminuer les impacts environnementaux ne
peuvent être mises en oeuvre que par un pilotage et mise en synergie des délégations françaises.
La mission n?était pas en mesure de faire une évaluation quantitative des différents axes pour
chaque commission et ce n?était pas l?objet du rapport. En revanche elle propose un diagramme
global avec une notation qualitative sur une échelle de -3 à +3 sur l?ensemble des commissions
afin d?attirer l?attention des délégations françaises sur les points de vigilance.
Même s?il y a toujours une marge d?amélioration, la plupart des axes semblent bien traités par les
commissions. Les questions de pollution (chimique, microbiologique, plastique, etc.) semblent
néanmoins un sujet qui reste à approfondir dans certains bassins versants (Doubs, bassins à la
frontière espagnole) ce qui entraine une note un peu moins bonne. C?est également le cas de la
gestion de la ressource en eau car les enjeux quantitatifs restent entiers pour de nombreux bassins
versants, dans un contexte de changement climatique. En outre le grand cycle de l?eau dans une
perspective intégrée terre-mer n?est pas apparu comme un angle traité par les instances des
commissions. Comme ce n?était pas l?objet de la mission, les recommandations de la mission ne
permettent pas d?amélioration significative de cette notation. L?exemple des entretiens menés sur
le Doubs montre qu?une vision plus globale des sujets fluviaux internationaux qui se posent
permettrait d?anticiper les problématiques de gestion quantitative de la ressource en eau
(aujourd?hui les commissions étudiées sont très centrées sur les sujets de renouvellement de
concession). La mise en oeuvre des recommandations 2 et 7 aiderait à la prise en compte de
l?ensemble des sujets observés par la préfecture du département.
En revanche, deux axes mériteraient une anticipation afin d?éviter de forts impacts
environnementaux à venir :
? l?adaptation au changement climatique, en dehors des travaux menés sur le Rhône, ne
semble pas suffisamment prise en compte de manière transversale à tous les groupes de
travail et d?experts. Les préconisations de la mission concernant la prise en compte des
sujets émergents devraient permettre de mieux le faire. Le contenu des commissions
n?étant pas l?objet du rapport, l?impact des préconisations à court terme sur ce sujet ne peut
être que limité ;
? les questions de gouvernance et de prise en compte transversale de l?ensemble des enjeux,
objet central d?analyse de la mission, constituent un élément de fragilité important. La prise
en compte des recommandations de la mission (recommandations 2 à 7 et 12 à 14) dont
certaines sont peu coûteuses et faciles à mettre en oeuvre à court termes constituerait un
progrès notable en matière d?anticipation des enjeux de la transition écologique et
d?influence de la France sur ces sujets.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 110/110
PUBLIÉ
Sommaire
Résumé
Liste des recommandations
Introduction
1 État des lieux
1.1 Définitions et concepts clés
1.1.1 Frontières
1.1.2 Cours d?eau internationaux
1.1.3 Importance des cours d'eau transfrontaliers
1.1.4 Commissions et accords internationaux
1.1.4.1 Les conventions d'Helsinki et de New York : un cadre juridique international pour une gestion durable des eaux transfrontalières
1.1.4.2 La Directive-cadre sur l'eau : un pilier de la gestion transfrontalière des cours d'eau en Europe
1.1.4.3 La comitologie internationale fluviale
1.2 Enjeux thématiques
1.2.1 Gestion quantitative de l'eau
1.2.2 Biodiversité
1.2.3 Inondations
1.2.4 Pollutions
1.2.5 Énergie (hydroélectricité)
1.2.6 Transport fluvial
1.2.7 Ouvrages
1.3 Cartographie de la comitologie
1.3.1 Escaut
1.3.2 Meuse
1.3.3 Moselle/Sarre
1.3.4 Rhin
1.3.5 Doubs
1.3.6 Rhône
1.3.6.1 Rhône lémanique
1.3.6.2 Comitologie avec l?Italie
1.3.7 Bassins pyrénéens
1.3.8 Synthèse
2 Diagnostic de l?organisation actuelle
2.1 Des commissions pas toujours bien dimensionnées
2.1.1 Une tendance à la multiplication des sous-commissions et divers groupes de travail
2.1.2 Une tendance à aller au-delà du mandat des commissions
2.1.3 Trop de comitologie versus pas assez
2.2 Une gouvernance d?ensemble perfectible
2.2.1 Des systèmes d?acteurs variables
2.2.1.1 DREAL, DDT et opérateurs de l?État
2.2.1.2 Le rôle des préfectures à affirmer
2.2.1.3 Des SGAR qui peinent à jouer leur rôle d?interface
2.2.1.4 Des conseillers diplomatiques dont les missions restent à préciser
2.2.1.5 Des politiques d?administration centrales trop cloisonnées
2.2.2 Des difficultés à avoir le bon niveau de représentation et de qualification
2.2.3 Des effectifs globalement insuffisants
2.3 Aspects financiers
3 Intégrer les enjeux des commissions internationales
3.1 Enjeux thématiques
3.1.1 Conserver la plus-value de l?expertise technique des différents membres de la délégation française tout en conservant une vision globale des sujets
3.1.2 Mieux hiérarchiser les priorités
3.1.3 Aborder au bon niveau dans les comités la thématique du changement climatique
3.1.4 Organiser la réponse française face aux sujets émergents
3.2 Enjeux géographiques
3.2.1 Définir les échelles pertinentes pour penser la coopération fluviale transfrontalière
3.2.2 Articuler cadre national et différenciation géographique
3.2.3 Interroger la place des collectivités territoriales
3.2.4 Mieux coordonner les échelles dans la gestion du transfrontalier
3.3 Enjeux juridiques et diplomatiques
3.3.1 Définir et prioriser les objectifs des commissions fluviales internationales
3.3.2 Évaluer les conséquences de l?absence de représentation dans certaines commissions ou groupes de travail
3.3.3 Davantage intégrer dans les pratiques les comités internationaux comme des lieux importants d?influence
3.4 Enjeux financiers
3.4.1 Impliquer la France au bon niveau : une tâche compliquée par le manque de moyens humains et financiers
3.4.2 Planifier et prioriser les dépenses afférentes à la comitologie fluviale internationale
4 Vers une stratégie nationale
4.1 Posture ou positionnement
4.2 Mandat
4.3 Formation et valorisation
4.4 Capitalisation
4.5 Animation
Conclusion
Annexes
Annexe 1. Lettre de mission
Annexe 2. Liste des personnes rencontrées
Annexe 3. Glossaire des sigles et acronymes
Annexe 4. Les conventions de Helsinki (1992) et de New York (1997)
Annexe 5. La Directive-cadre sur l'eau : un pilier de la gestion transfrontalière des cours d'eau en Europe
Annexe 6. Cartographie des commissions
Escaut
Meuse
Moselle et Sarre
Rhin
Doubs
Rhône
Bassins pyrénéens
Annexe 7. Annexe transition écologique
(ATTENTION: OPTION titre, le projet Seine-Escaut présente un intérêt financier conséquent
10 Réduction générale d?effectif, vacance de poste sur une longue durée.
11 À l?exception de l?AERMC impliquée dans de nombreuses commissions.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 32/110
pour l?opérateur (fonds européens), ce qui ne sera que rarement le cas pour des commissions qui
sont avant tout des instances de dialogue et de partage d?informations. EDF, quant à lui, semble
l?opérateur le plus investi dans la comitologie transfrontalière, avec en plus une bonne coordination
entre le niveau local et le niveau national au sein du groupe, mais c?est sans doute lié aux nombreux
enjeux qui concernent les ouvrages qu?il exploite. Dans tous les cas, l?existence d?un modèle
économique semble aujourd?hui nécessaire pour inciter un opérateur à prendre part aux travaux
des commissions.
2.2.1.2 Le rôle des préfectures à affirmer
Les préfectures sont impliquées dans la comitologie fluviale internationale à plusieurs échelles. Le
préfet coordonnateur de bassin constitue l?autorité administrative compétente pour le grand bassin
au sens de la DCE. Il est souvent le chef de délégation au sein des commissions. Il porte en
principe une vision globale des problématiques du bassin et il anime et coordonne l?action des
préfets de régions et de départements du bassin. Il anime ainsi des réunions pluriannuelles avec
les acteurs concernés des services déconcentrés sur les enjeux globaux liés à l?eau. Les
problématiques transfrontalières peuvent y être abordées mais cela ne semble pas systématique.
Néanmoins le préfet coordonnateur de bassin constitue l?interlocuteur politique légitime non
seulement aux yeux des entités compétentes de l?autre côté de la frontière mais également de
ceux de la délégation française portant la parole de l?État. Lui sont remontées la plupart des
difficultés rencontrées par les services de l?État en région dans les commissions. Néanmoins, les
sujets de ces dernières étant très techniques, il délègue souvent sa fonction de chef de délégation
à la DREAL. Les préfets coordonnateurs de bassin ont d?ailleurs peu répondu aux sollicitations de
la mission pour un entretien, considérant sans doute que le pilotage revenait avant tout aux
services techniques. C?est néanmoins sous-estimer sans doute la dimension politique et surtout
interministérielle des commissions transfrontalières. Lorsque les commissions se situent dans la
région dont il a la charge, la coïncidence entre les limites administratives des services techniques
et ceux de la préfecture permet une bonne coordination des actions ; c?est souvent plus compliqué
dans les quelques cas où la ou les commissions concernent au premier chef une autre région du
bassin. D?une manière générale, les préfets à l?échelle du bassin ou à l?échelle régionale semblent
considérer la comitologie fluviale internationale comme trop consommatrice de temps, de moyens
et de frais de déplacement et seraient favorables à une simplification des entités ainsi qu?à une
réduction importante du nombre des groupes de travail.
L?échelon départemental ou celui des arrondissements est également essentiel car les services
préfectoraux sont alors situés en directe proximité avec les problématiques rencontrées, ce qui
n?est pas nécessairement le cas des préfectures de région parfois très éloignées physiquement de
la frontière. Les préfets et sous-préfets12 interrogés ont souvent une bonne conscience des enjeux
présents et à venir, notamment en termes de gestion quantitative de la ressource en eau. En effet
les choix opérés dans les commissions peuvent avoir un impact sur la gestion de crise dont ils sont
un acteur clé. Toutefois les préfets de départements ou les sous-préfets d?arrondissement
déplorent le fait d?être souvent éloignés du préfet coordonnateur de bassin et de ses services et
de ne pas avoir de moyens pour gérer les problématiques transfrontalières au-delà de la diplomatie
de courtoisie.
12 Ou anciens sous-préfets interrogés dans le cadre de leurs fonctions actuelles mais qui ont souvent fait part à la
mission de leur expérience passée sur le terrain lors des entretiens.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 33/110
2.2.1.3 Des SGAR qui peinent à jouer leur rôle d?interface
Le SGAR placé sous l?autorité du Préfet de région peut jouer un rôle clé au sein du système
d?acteurs propre à la comitologie fluviale internationale de par sa fonction transversale d?ensemblier
interministériel et son rôle de coordination de l?ensemble des administrations de l?État dans la
région. Il est ainsi en bonne position pour faire également le lien entre les services techniques
impliqués dans les commissions et la vision politique des préfectures. Sur le terrain, la mission a
pu constater que les relations avec les DREAL sur les questions de comitologie fluviale
internationale étaient plus ou moins fluides et régulières. Plusieurs explications peuvent être
avancées :
? Alors même qu?il coordonne des projets interministériels, le SGAR n?obtient les
informations concernant les commissions que via le secrétariat du préfet ou via les
directions régionales en fonction de relations interpersonnelles et non un cadre
professionnel institutionnalisé13. Les relations avec le MEAE en particulier sont faibles voire
quasiment nulles. Or, tant le SGAR que le préfet ont besoin d?un cadrage plus précis du
MEAE sur les sujets transfrontaliers afin d?avoir des éléments de langage vis-à-vis des
pays ou autorités compétentes situés de l?autre côté de la frontière.
? Le SGAR même en région frontalière ne dispose pas de service métier relatifs aux sujets
transfrontaliers. Le SGAR Hauts-de-France dispose d?une mission « Europe et
international » constituée de trois personnes qui s?occupent surtout de la coordination des
fonds européens hors FEDER ou du suivi des programmes Interreg. En Grand Est malgré
le E d?européennes ajouté au titre, le SGARE ne possède que deux ETP chargés des
questions énergétiques, agricoles et environnementales, sans spécialisation internationale.
? La conjoncture internationale et l?importance accrue des questions régaliennes (lutte contre
l?immigration clandestine, lutte contre le terrorisme, gestion des conséquences du Brexit
dans les Hauts-de-France) placent les sujets sécuritaires au premier plan et conduisent à
négliger les sujets civils comme la gestion de l?eau.
2.2.1.4 Des conseillers diplomatiques dont les missions restent à préciser
Le réseau des conseillers diplomatiques auprès des préfets de région (CDPR) a été créé en 2015.
Les principes et les modalités du dispositif ont fait l?objet d?une simple convention du 1er décembre
2015 adoptée par le ministre des affaires étrangères et le ministre de l?intérieur. Cette convention
définit les missions des CDPR : renforcement et attractivité des territoires, appui aux politiques de
coopération transfrontalière, appui à la mise en oeuvre de la politique nationale d?immigration et
aux relations consulaires et mobilisation des collectivités territoriales vers l?international. Elle a été
complétée par une lettre de cadrage signée par les secrétaires généraux de ces ministères le
24 juin 2019 Ce réseau de diplomates (16 postes aujourd?hui) a vocation à accompagner les
préfets de région dans les actions de coopération internationale. Ils exercent un rôle de facilitateur
et d?interface entre le ministère de l?Europe et des Affaires étrangères (ils dépendent de la
délégation pour les collectivités territoriales et la société civile au sein de la Direction générale de
la mondialisation) et les services déconcentrés de l?État d?une part et avec les divers acteurs
régionaux à l?international d?autre part. Leurs missions sont précisées par le préfet et donc sont
très variables selon les territoires. Le rôle de certains est avant tout de promouvoir le rayonnement
économique de la région à l?international quand d?autres sont plus en prises avec les thématiques
transfrontalières. Si les CDPR sont rattachés organiquement au préfet, ils peuvent être
fonctionnellement rattachés au SGAR.
Souvent de profil très généraliste, ils semblent peu impliqués dans la comitologie fluviale
internationale, sauf s?ils ont une appétence personnelle pour ces sujets. Or ils incarnent à la fois la
légitimité de l?administration préfectorale et la légitimité du diplomate rompu à la négociation avec
des acteurs internationaux. Ils pourraient donc davantage constituer une ressource précieuse en
13 Ce n?est d?ailleurs pas spécifique à la question fluviale.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 34/110
matière de culture diplomatique pour les services techniques membres de la délégation française.
Ils ne sont cependant souvent pas identifiés comme tels. Si leur rôle est actuellement plus
d?apporter de l?information aux préfets que de coordonner différents acteurs, ils pourraient produire
des notes actualisables sur les enjeux fluviaux internationaux à destination du préfet et des
services déconcentrés. Ces notes pourraient rappeler le contexte spécifique aux bassins, les
différentes commissions existantes, leurs objectifs et replacer ceux-ci dans le contexte plus large
de la coopération transfrontalière. Un tel document a été rédigé par le passé dans la région Grand
Est mais il faudrait généraliser la pratique et demander une actualisation régulière. Le conseiller
diplomatique peut également être un facilitateur. A l?occasion de réunions internationales qui ne
sont pas spécifiques aux fleuves internationaux, il peut faire passer des messages sur la gestion
de l?eau auprès des bons interlocuteurs. On pourrait imaginer que les conseillers diplomatiques
aient dans leur portefeuille de missions la veille sur l?ensemble des flux internationaux, les cours
d?eau constituant un type de flux.
En définitive, le MEAE ne semble pas encore avoir perçu l?importance de la fonction de conseiller
diplomatique auprès des préfets de région et le ministère de l?Intérieur la plus-value de l?apport
d?une culture différente dans le traitement des sujets transfrontaliers. Le réseau des CDPR
mériterait un pilotage plus fort avec une différenciation des types de CDPR selon les territoires
dans lesquels ils sont affectés. Les CDPR en poste dans les régions frontalières pourraient être
chargés du suivi, du partage et de la remontée d?information (vers le MEAE et la DAEI du ministère
de l?Intérieur mais également vers la DAEI du ministère chargé de la Transition écologique (MTE)
ou la mission internationale de la DEB) sur la comitologie transfrontalière dans leur lettre de mission.
Au niveau du MEAE, les auteurs du rapport sur la coopération transfrontalière des collectivités
territoriales14 préconisaient un rattachement des CDPR à la direction de l?Union européenne « car
les questions qu?ils traitent relèvent pour l?essentiel du sujets européens et intéressent les frontières
de l?État, tant dans la sphère régalienne que dans l?appui aux collectivités territoriales ». L?idée est
en effet très pertinente et permettrait une meilleure remontée de l?information en direction de
l?administration centrale des sujets discutés en commission mais également des difficultés
rencontrées. L?ambassadeur transfrontalier15 pourrait être l?interlocuteur privilégié des CDPR.
La mission préconise également que les conseillers diplomatiques auprès des préfets de
région soient gérés par la direction de l?Union européenne du ministère de l?Europe et des
Affaires étrangères plutôt que par la délégation pour les collectivités territoriales et la
société civile, sous l?autorité de l?ambassadeur transfrontalier.
Recommandation 2. [MEAE, MI] Renforcer l?animation par les préfectures sur les sujets et
programmes transfrontaliers, y compris ceux relatifs à l?eau. Affirmer davantage la place
des conseillers diplomatiques dans le pilotage et l?animation de la comitologie fluviale
internationale
14 F. Philizot, C. Desforges, A. Pommier, « La coopération transfrontalière des collectivités territoriales », Rapport
de l?Inspection générale de l?administration, n°22035-R, juillet 2022.
15 Le titre de cette fonction est : ambassadeur pour les commissions intergouvernementales, la coopération et les
questions frontalières
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 35/110
2.2.1.5 Des politiques d?administration centrales trop cloisonnées
Depuis maintenant plusieurs années, le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères ne pilote
plus la gouvernance des fleuves internationaux européens, hormis lors de la négociation d'accords
tels que ceux sur le Rhône et le Doubs évoqués précédemment. La Sous-direction de
l?environnement et du climat suit la Convention d'Helsinki et soutient des organismes internationaux
dans les pays en développement ? comme les projets sur le fleuve Sénégal ou le fleuve Mékong
? afin de participer à la promotion du modèle français de gestion intégrée de l'eau. Toutefois, les
travaux et la comitologie sur les fleuves européens ont été transférés par le ministère des Affaires
étrangères au ministère chargé de l?environnement au titre de sa compétence sur l?eau, sans
formation particulière ni inclusion systématique de ces tâches dans les fiches de postes des agents
concernés.
C?est donc désormais le MTE qui est l'acteur principal désigné pour gérer la comitologie fluviale
internationale. Bien que plusieurs directions métiers soient impliquées (y compris au sein du
ministère de l?aménagement du territoire et de la décentralisation pour la partie transport), c?est la
mission internationale de la direction de l'eau et de la biodiversité qui joue le rôle de pilotage.
Cependant, on comprend aisément les difficultés d?une équipe réduite à quelques personnes pour
gérer l?ensemble des sujets liés à cette comitologie.
Cette situation reflète un cloisonnement des politiques au sein de l'administration centrale,
caractérisé par un manque d'échanges interministériels. La mission internationale de la DEB n'est
pas nécessairement identifiée dans certaines directions du MEAE. Par exemple, lors de la
négociation de l'accord sur le Rhône, la Direction de l?Union européenne (UE) du MEAE a
principalement échangé avec les experts techniques de l'Agence de l'Eau Rhône-Méditerranée-
Corse (RMC) et de la DREAL de bassin, mais pas (ou peu) avec la DEB.
Pour remédier à ces absences d?échanges voire de connaissance réciproque, il serait nécessaire
que les administrations centrales émettent des mandats clairs et coordonnés. Une initiative
conjointe du MEAE et du MTE pourrait consister à missionner à la fois les DREAL et les conseillers
diplomatiques auprès des préfets de région. Pour toutes les Commissions Intergouvernementales
(CIG) techniques, la présence d'un représentant de l'administration centrale ayant une vision
globale du sujet ? mission qui pourrait être déléguée au conseiller diplomatique ? serait bénéfique.
La participation d'un représentant du MEAE aux côtés des experts thématiques permettrait plus
souvent de parvenir à des prises de position ou des solutions concertées. Les experts ont parfois
tendance à privilégier les solutions techniques sans forcément considérer tous les enjeux,
notamment politiques et institutionnels. À l'inverse, un diplomate pourrait surpondérer une décision
en faveur des usagers ou au profit d?une bonne entente avec nos partenaires. L'intervention
conjointe du MEAE ou du corps préfectoral, et des services déconcentrés ou opérateurs, garantirait
une prise en compte équilibrée des aspects techniques et politiques.
Enfin il est apparu à la mission que les directions de l?action européenne et internationale (DAEI)
du MI et du MTE pouvaient être davantage impliquées dans la coordination des acteurs français
de la coopération transfrontalière. Du côté du Ministère de l?Intérieur, la DAEI pourrait animer les
sujets de coopération transfrontalière en lien avec la DGCL et contribuer directement à l?animation
du réseau des conseillers diplomatiques, en demandant à ceux-ci de lui remonter de manière plus
systématique l?information concernant les territoires frontaliers dans lesquels ils exercent leurs
fonctions. La DAEI du ministère chargé de l?environnement a, quant à elle, délégué aux directions
techniques toutes les questions relatives aux conventions CEE-ONU. Elle ne supervise que de
manière très globale les sujets européens et ne s?occupe pas de la comitologie fluviale
internationale16.
16 Alors qu?historiquement la contribution obligatoire à certaines conventions passait par le budget de la DAEI, mais
en 2023 cela a été transféré à la DEB dans un souci de rationalisation.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 36/110
2.2.2 Des difficultés à avoir le bon niveau de représentation et de
qualification
De nombreux interlocuteurs de la mission ont rapporté des difficultés liées aux différences
d?organisation administrative dans les différents pays concernés, qui entraînent des lenteurs dans
le règlement de certains dossiers voire des incompréhensions mutuelles. Ces difficultés sont
inévitables mais en revanche il a été rapporté à la mission que les délégations étrangères ont
souvent une approche plus globale des sujets transfrontaliers et surtout ces sujets sont portés à
plus haut niveau. Il paraît donc important d?avoir systématiquement un bon niveau de
représentation côté français d?une part et d?autre part, une meilleure articulation au sein de la
délégation française entre administration centrale et services déconcentrés.
2.2.3 Des effectifs globalement insuffisants
Dans l?organisation actuelle des différentes commissions, la question des effectifs capables
d?assurer une présence française dans l?ensemble des instances et groupes de travail constitue
un enjeu majeur. L?ensemble des entretiens menés par la mission a permis de mesurer la tension
très forte qui pesait sur les délégations françaises quels que soient les bassins versants.
Un autre facteur limitant l'efficacité de la comitologie fluviale internationale réside dans le taux de
rotation élevé des équipes françaises, en contraste marqué avec la grande stabilité observée chez
nos homologues des pays voisins. Ce turn-over important au sein des services français entraîne
souvent une perte de mémoire institutionnelle et complique la continuité des actions engagées.
Les nouveaux agents missionnés doivent consacrer un temps considérable à s'approprier les
dossiers (quand ils existent !), à comprendre les enjeux transfrontaliers et à nouer des relations
avec les partenaires étrangers, ce qui peut retarder les prises de décision et affaiblir la position
française dans les négociations.
En face, la stabilité des équipes étrangères permet une capitalisation continue des connaissances
et une maîtrise approfondie des sujets, renforçant ainsi leur influence dans les instances
internationales. Cette asymétrie crée un déséquilibre qui peut nuire à l'efficacité des collaborations
et à la défense des intérêts français. Il est donc essentiel de mettre en place des mesures visant à
réduire le taux de rotation du personnel français impliqué dans ces commissions. Cela pourrait
passer par une meilleure reconnaissance de l'importance stratégique de ces postes, une
valorisation des carrières dans ce domaine et un renforcement des formations spécifiques pour les
agents concernés.
La question des effectifs est d?autant plus importante que plusieurs postes sont vacants ou vont
l?être dans un avenir proche et l?État peine à les pourvoir : c?est le cas par exemple du président du
comité technique permanent des barrages et des ouvrages hydrauliques (jusque-là exercé par un
agent de la DGPR) qui gère à la fois les ouvrages du Mont-Cenis et de la Garonne supérieure.
L?intention de l?administration centrale semble être que cette fonction soit reprise en local (une
personne pour le Lanoux et une autre pour le Mont-Cenis) mais les services déconcentrés ont du
mal à identifier les personnes ad hoc.
Une autre approche permettant de maîtriser les effectifs des services de l?État consacrés à la
comitologie internationale fluviale serait de confier, lorsque cela est pertinent techniquement, la
participation à certains groupes de travail ou d'experts à des opérateurs de l'État tels que les
agences de l?eau, le Cerema, l?OFB ou l'INRAE. Ces organismes possèdent une expertise
reconnue dans leurs domaines respectifs et bénéficient généralement d?un taux de rotation du
personnel plus faible que les administrations centrales ou les services déconcentrés. Cette stabilité
des effectifs favoriserait une meilleure capitalisation des connaissances et des pratiques et donc
une pertinence et une efficacité accrues à effectifs inchangés, assurant en outre une continuité
dans la représentation française au sein des instances internationales.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 37/110
Dans un contexte marqué par des contraintes budgétaires et des limitations en termes d'effectifs,
le recours à ces opérateurs permettrait d'optimiser les ressources humaines disponibles et de
maintenir un haut niveau de participation sans diluer la charge sur des agents dans les services
de l?État dont les missions habituelles sont éloignées des sujets internationaux. Dans ce cas, un
modèle économique pertinent reste à définir entre les services de l?État et les opérateurs pour
financer cette participation, actuellement en dehors des missions qui leur sont confiées.
Afin de maintenir une présence française dans les commissions fluviales internationales, la
mission suggère la création d?ETP explicitement dédiés (au moins en partie) aux
commissions internationales (voir tableau ci-dessous). En outre, il manque dans l?ensemble
des DREAL un conseiller international qui pourrait avoir une vision d?ensemble. Ce rôle est
en partie assuré en Grand-Est mais les missions associées restent peut-être encore à préciser.
Effectifs supplémentaires souhaitables
Hauts-de-
France
0,5 ETP DREAL
(0,5 ETP Agence de l?eau)
1 ETP en préfecture (région ou département du Nord) : directeur de projet
chargé du transfrontalier (hors périmètre sécurité)
Grand Est
1 ETP en DREAL en appui aux équipes existantes
1 ETP à l?Agence de l?eau Rhin Meuse (présidences ? expertise ?)
(1 ETP VNF sur les sujets transports)
1 ETP en préfecture de région ou département : directeur de projet chargé
du transfrontalier (hors périmètre sécurité)
Bassin RMC
1 ETP DREAL (contexte du nouvel accord franco-suisse sur le Rhône)
1 ETP en préfecture de région : directeur de projet chargé du transfrontalier
(hors périmètre sécurité)
Pyrénées
1 ETP à répartir entre les DREAL Nouvelle-Aquitaine et Occitanie (pour
structurer l?animation au niveau État des échanges avec l?Espagne)
1 ETP en préfecture du département des Pyrénées-Atlantiques : directeur
de projet chargé du transfrontalier (hors périmètre sécurité)
Selon les cas, les effectifs proposés ici pour les opérateurs pourraient être affectés aux DDT(M)
Conscient des contraintes budgétaires actuelles, la mission précise que ces effectifs pourraient
être obtenus par redéploiement à la suite d?un effort de priorisation des missions des services
concernés.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 38/110
2.3 Aspects financiers
Lorsque les commissions sont dotées d?un budget propre, les interlocuteurs de la mission
regrettent que les versements de l?administration centrale soient à budget constant sans tenir
compte de l?inflation (alors que celle-ci est bien prise en compte par les autres États dans ces
budgets), ni de la tendance à la multiplication des groupes de travail ou groupes d?experts.
L?augmentation des budgets peut en outre être liée aux frais du secrétariat permanent de la mission.
Si le siège est situé chez nos voisins comme c?est souvent le cas pour les grandes commissions
du Nord et de l?Est de la France, les salaires et les prix sont indexés sur ceux du pays qui accueille
l?entité. Afin d?avoir plus de marges de manoeuvre, certains services sont tentés de demander de
revoir la répartition financière prévue par chacune des conventions, celle-ci ne reflétant plus la
réalité des services rendus à chaque pays par les coopérations transfrontalières. Il est cependant
apparu à la mission que cela ne constituait pas nécessairement une piste à approfondir dans la
mesure où il fallait réexaminer les contributions allouées à la comitologie fluviale transfrontalière à
l?aune de l?ensemble des sujets transfrontaliers. Certains de nos voisins peuvent être beaucoup
plus impliqués dans d?autres sujets comme les mobilités par exemple. La réévaluation des
contributions financières nécessiterait donc d?avoir une approche globale et interministérielle.
Même lorsqu?il n?y a pas de budget propre à la commission, l?existence même d?une comitologie
nécessite a minima des frais de représentation lorsque la France accueille les délégations
étrangères. Si chez nos voisins, les montants en jeu ne semblent pas poser de problème, les
services de l?État en France n?ont plus le budget de fonctionnement adapté à la charge que
représente l?accueil des délégations étrangères, ce qui constitue une contrainte forte. Certains
interlocuteurs de la mission ont indiqué qu?ils préféraient renoncer à proposer un atelier sur un sujet
émergent qui leur semblait important, faute de moyens pour en assurer la logistique, alors même
que nos voisins en proposent régulièrement. Dans un contexte de transition écologique et de
tension budgétaire, l?appel à plus de sobriété dans les réunions internationales pourrait être un
sujet de discussion avec nos partenaires, mais il doit être porté à un niveau suffisant.
Les frais de traduction constituent également un poste important des frais associés aux
commissions fluviales internationales. Ceux-ci pourraient être réduits en passant à l?anglais et il
s?agit d?une solution qui serait souvent acceptée par nos voisins, mais cela suppose souvent une
remise à niveau linguistique des membres de la délégation française et un fonctionnement
dérogatoire par rapport aux instructions en vigueur relatives à l?usage du français dans les réunions
européennes et internationales.
D?une manière générale la question des financements des commissions internationales ou des
frais de représentation constitue un sujet sur lequel les administrations centrales doivent réfléchir,
si la France veut garder un niveau d?influence à la hauteur de ses ambitions.
Recommandation 3. [SG MTE] Prendre en compte la présence de quatre frontières dans
l?attribution de moyens à la DREAL Grand Est pour lui permettre de continuer à répondre
aux besoins de la représentation de la France dans les commissions qui la concerne.
Étendre cette prise en compte à d?autres DREAL si des besoins y sont avérés.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 39/110
3 Intégrer les enjeux des commissions internationales
3.1 Enjeux thématiques
3.1.1 Conserver la plus-value de l?expertise technique des différents
membres de la délégation française tout en conservant une vision
globale des sujets
La répartition actuelle des sujets entre les différentes directions d'administration centrale est
pertinente dans la mesure où elle permet de mobiliser des expertises techniques spécialisées.
Toutefois, cette organisation peut conduire à une absence de vision globale, limitant la capacité
des délégations françaises à appréhender l'ensemble des enjeux transfrontaliers de manière
intégrée. Il est donc crucial de conserver la plus-value apportée par chaque expert tout en évitant
une vision cloisonnée des sujets.
Par ailleurs, au niveau local, il est important de se demander comment éviter le prisme d'une vision
d'expert particulière. Un exemple illustratif est celui des débits réservés dans un contexte de
production hydroélectrique. Malgré le rôle transversal attendu des DREAL, un de ses agents ayant
une expérience approfondie dans le domaine de l?environnement pourrait percevoir de manière
moins claire les enjeux énergétiques. Une approche mettant uniquement l'accent sur les
dimensions environnementales et les compensations écologiques pourrait négliger des enjeux
énergétiques, et réciproquement, une vision strictement énergétique d?un dossier sans prise en
compte des enjeux environnementaux pourrait aboutir une impasse. Dans tous les cas, un manque
de vision transversale pourrait entrainer crispations et retards de solutions.
Cet exemple, proche d?une situation existante, souligne la difficulté à appréhender l'ensemble des
problématiques à leur juste mesure. Pour surmonter cet obstacle, il serait bénéfique de mettre en
place des mécanismes de coordination interservices au sein des délégations locales, avec les
administrations centrales, et entre ces administrations centrales. Ces mécanismes permettraient
de réunir des experts de différents domaines (environnement, énergie, économie, etc.) afin de
favoriser une compréhension mutuelle des enjeux et de développer des solutions équilibrées. Cette
approche multidisciplinaire garantirait que les décisions prises reflètent une vision globale et
cohérente des problématiques transfrontalières, et serait bien souvent au profit de l?intérêt français
dans les relations avec nos voisins.
3.1.2 Mieux hiérarchiser les priorités
Dans un contexte de ressources limitées, il est important de hiérarchiser les sujets afin d'allouer
efficacement les moyens humains et financiers. Se poser la question des priorités permet de
concentrer les efforts sur les enjeux les plus critiques pour la France dans le cadre de la gestion
des cours d'eau frontaliers ou transfrontaliers. Toutefois, il n'est pas toujours possible de répondre
clairement à cette question en raison de la complexité des sujets et de l'interdépendance des
enjeux.
Cette réflexion nécessite une approche collaborative impliquant l'ensemble des acteurs concernés,
y compris les administrations centrales, les services déconcentrés et les opérateurs de l'État. En
identifiant les sujets prioritaires sur leur bassin, mais aussi plus généralement avec un pays donné
(et donc potentiellement sur plusieurs bassins), les délégations françaises peuvent développer des
stratégies ciblées pour les aborder de manière proactive, tout en maintenant si possible une veille
sur les sujets moins prioritaires qui pourraient gagner en importance à l'avenir. Or actuellement les
délégations, bien qu?elles essaient d?avoir une organisation la plus agile possible, sont, dans la
majorité des cas, davantage dans une posture de réaction que dans une posture d?anticipation vis
à vis des commissions fluviales internationales.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 40/110
3.1.3 Aborder au bon niveau dans les comités la thématique du
changement climatique
Le changement climatique constitue un enjeu transversal majeur qui impacte l'ensemble des
aspects de la gestion des cours d'eau transfrontaliers, tels que la disponibilité des ressources en
eau, la biodiversité, la fréquence des événements extrêmes, ou encore les usages socio-
économiques. Il est donc légitime de s'interroger sur la manière dont cette thématique est intégrée
dans les travaux des comités et des groupes de travail internationaux.
Actuellement, il est nécessaire d'évaluer si le changement climatique est abordé au bon niveau
dans ces instances, ce qui n?est pas démontré d?après les constats de la mission. Cela implique
de vérifier de manière plus fine, pour chaque commission, si les impacts prévus du changement
climatique sont pris en compte dans la planification et la mise en oeuvre des projets, ainsi que dans
l'élaboration des politiques transfrontalières. Si ce n'est pas le cas, il pourrait être pertinent de
renforcer la prise en compte de cette thématique en :
? intégrant systématiquement le changement climatique dans les agendas des réunions et
des discussions stratégiques ;
? faisant intervenir périodiquement des experts en climatologie et en adaptation au
changement climatique au sein des délégations ;
? créant, si cela est pertinent (et dans les limites de la recommandation 1), des groupes de
travail spécifiques et transversaux consacrés à l'étude des impacts du changement
climatique sur les bassins transfrontaliers ;
? encourageant la coopération internationale pour partager les connaissances et les
meilleures pratiques en matière d'adaptation et d'atténuation.
En abordant le changement climatique au bon niveau, ces commissions contribueront à élaborer
des stratégies plus robustes et durables, et permettront de rationaliser les sujets traités en évitant
le traitement de sujets sous un angle qui serait rendu obsolète dans un contexte de climat
changeant.
3.1.4 Organiser la réponse française face aux sujets émergents
Les sujets émergents recouvrent des problématiques nouvelles ou en évolution rapide qui peuvent
avoir un impact significatif sur la gestion des cours d'eau transfrontaliers. Ils englobent des
thématiques telles que certains polluants ? comme les microplastiques, PFAS... ? les nouvelles
technologies de gestion de l'eau, y compris la digitalisation et les systèmes d'information
géographique, les aspects sociaux liés à la participation citoyenne et à la gouvernance participative,
ainsi que les risques liés à la sécurité de l'approvisionnement en eau et les cyberattaques sur les
infrastructures critiques.
Il est indispensable de déterminer quelle place accorder à ces sujets au sein des comités et des
groupes de travail existants. Intégrer ces thématiques permettrait aux délégations françaises de
rester à la pointe des enjeux internationaux, d'anticiper les défis futurs et de proposer des solutions
innovantes à nos partenaires. Cependant, l'intégration des sujets émergents soulève la question
de la création de nouveaux comités ou groupes de travail, ce qui est difficile à envisager dans un
contexte de moyens contraints. Il est donc crucial de trouver un équilibre entre la nécessité
d'aborder ces nouveaux enjeux et la gestion efficace des ressources disponibles.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 41/110
Une approche pragmatique consisterait à adapter la feuille de route des structures existantes pour
y intégrer les sujets émergents, plutôt que de créer de nouvelles instances. Les comités et groupes
de travail actuels doivent être à même d?élargir leur champ d'action pour inclure ces nouvelles
thématiques, en veillant à maintenir la cohérence et l'efficacité des discussions. Cette solution
permettrait de capitaliser sur l'expertise déjà présente au sein des groupes, tout en évitant une
fragmentation supplémentaire de la comitologie.
Par ailleurs, la mise en place d'une veille stratégique au sein de la gouvernance générale des
délégations françaises pourrait permettre d'identifier et de suivre les sujets émergents sans
nécessiter de nouvelles structures formelles. Cette veille pourrait s'appuyer sur des partenariats
avec des instituts de recherche et des universités, offrant ainsi un moyen efficace d'aborder ces
problématiques grâce à des expertises pointues et des analyses approfondies, sans alourdir la
structure organisationnelle.
3.2 Enjeux géographiques
3.2.1 Définir les échelles pertinentes pour penser la coopération fluviale
transfrontalière
La lettre de mission invitait les inspecteurs à réfléchir à la cohérence de l?action publique et de son
impact en matière de coopération fluviale internationale. Cela suppose de réfléchir aux échelles
pertinentes de gestion. Les entretiens menés par la mission révèlent que l?administration centrale
souhaiterait davantage déléguer aux services déconcentrés la charge des commissions,
considérant qu?ils ont une meilleure connaissance du terrain, alors que les services à l?échelle
régionale ou à celle du bassin déplorent un investissement insuffisant de l?administration centrale
qui pourrait leur fournir une vision plus large des problématiques qu?ils rencontrent sur le terrain.
Ainsi, sur un exemple très ponctuel, pour l?administration centrale, le remplacement au sein des
commissions du président du Comité technique permanent des barrages et des ouvrages
hydrauliques (agent de la DGPR jusque-là) doit être réfléchi en local, tandis qu?à l?échelle locale
on peine à identifier la personne qui pourrait assurer la fonction de chef de la délégation française
(que ce soit pour l?ouvrage du Lanoux ou celui du Mont-Cenis).
Pour la mission, il apparaît important de trouver le bon niveau de subsidiarité dans la gestion de
ces commissions. A cet égard, si l?échelle des grands bassins (celle des comités de bassin et des
agences de l?eau) a une cohérence d?un point de vue hydraulique, l?échelle régionale apparaît plus
pertinente afin de permettre l?engagement du préfet de région et de garantir une fluidité des
échanges avec les services de l?État en région. Néanmoins, dans certaines régions l?échelle du
département (c?est le cas par exemple pour la Haute-Savoie ou les Pyrénées-Atlantiques) paraît
plus appropriée du fait de l?éloignement des capitales régionales par rapport aux sujets frontaliers.
Toutefois, privilégier le bon niveau de subsidiarité ne doit pas impliquer un désengagement de
l?administration centrale qui doit garder une bonne connaissance globale de la comitologie et des
informations qui sont échangées dans les différents groupes (voire des décisions qui y sont prises
le cas échéant) grâce à un bon système de remontée et de centralisation de l?information, et en
retour grâce à une animation nationale de l?ensemble des thématiques et enjeux abordés dans ces
commissions. Pour certaines commissions ou groupes de travail liés à des sujets jugés
stratégiques, les services de l?administration centrale veilleront à assurer leur bon niveau
d?implication dans la préparation des dossiers et des éléments de langage.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 42/110
3.2.2 Articuler cadre national et différenciation géographique
La gestion des cours d'eau transfrontaliers nécessite une articulation harmonieuse entre le cadre
national et les spécificités géographiques locales. La différenciation géographique se manifeste
selon la proportion des sujets fluviaux dans les coopérations transfrontalières et l'importance du
transfrontalier à l'échelle régionale ou du bassin versant. Dans certaines régions, les enjeux
fluviaux constituent une part prépondérante des relations transfrontalières, tandis que dans
d'autres, ils sont moins significatifs.
Il est essentiel de déterminer qui identifie les sujets prioritaires lorsque l'implication locale est faible.
Sans une implication suffisante des acteurs locaux, certains enjeux peuvent passer inaperçus, ce
qui peut avoir des conséquences sur la gestion globale des cours d'eau transfrontaliers. Comme
évoqué précédemment, même les sujets qui ont peu ou pas d'impact à l'échelle nationale méritent
d'être placés sous la surveillance des services de l'État. Cela peut être réalisé grâce à des
mécanismes de coordination ad hoc, avec des acteurs clairement identifiés et une chaîne de
remontée d'information préalablement établie entre les services déconcentrés, les préfectures, et
les administrations centrales.
L'administration centrale chargée du pilotage thématique doit donc veiller à maintenir une
cohérence nationale tout en tenant compte des spécificités locales. Cela implique de connaître et
de reconnaître la diversité des situations géographiques et d'adapter les stratégies en
conséquence. Une approche différenciée permet de répondre de manière efficace aux enjeux
propres à chaque territoire, tout en s'assurant que les actions locales s'inscrivent dans le cadre des
politiques nationales et des engagements internationaux de la France. L?organisation territorialisée
actuelle des délégations françaises avec une implication forte des services déconcentrés est de ce
point de vue pertinente car elle permet de traiter les sujets au plus près des problèmes mais il
semble indispensable que cette approche soit complétée par une meilleure articulation avec le
niveau national. Les difficultés d?articulation entre les deux niveaux s?expliquent sans doute pour
partie par le fonctionnement en silo des différents ministères qui empêche d?identifier clairement
les bons interlocuteurs pour des sujets souvent transverses, mais aussi par la territorialisation
inachevée du MEAE qui reste mal ancrée dans les territoires, alors même qu?il porte la posture
stratégique française. La gestion des conseilleurs diplomatiques par la direction de l?Union
européenne, déjà évoquée, permettrait sans doute une territorialisation accrue des enjeux
stratégiques européens.
Enfin la comitologie internationale est parfois disproportionnée au regard des sujets qui se posent
à l?échelle locale (prélèvements en eaux, stations d?épuration sur des petits cours d?eau par
exemple). Ces sujets peu prioritaires aux échelles nationales n?entrent jamais dans les agendas
des commissions mais ne peuvent néanmoins pas être résolus en local car les acteurs n?ont pas
la compétence pour le faire. La mission propose que le MI et le MEAE se saisissent du sujet
des problématiques locales transfrontalières pour aboutir à des dispositions permettant
aux préfets de traiter ce type de dossiers à leur niveau, et directement avec les
interlocuteurs étrangers concernés.
Encadré 2 : La Cerdagne, un exemple de difficulté locale à laquelle la comitologie en place
ne permet pas de répondre
Le différend entre la France et l?Espagne autour du canal de Puigcerdà illustre une
problématique locale liée à la redevance pour prélèvement d?eau. Le canal, propriété de la
commune espagnole de Puigcerdà, prélève l?eau dans la rivière Carol en territoire français, mais
les collectivités espagnoles refusent de longue date de s?acquitter de cette redevance, malgré
les obligations légales établies par l?Agence de l?eau Rhône Méditerranée Corse.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 43/110
Les autorités espagnoles invoquent les traités historiques des Pyrénées (1659) et de Bayonne
(1866), qui ne prévoient pas explicitement de redevance financière, pour contester leur
assujettissement. Cependant, une étude juridique de 2013 a confirmé la compétence souveraine
de la France et la primauté du droit européen en matière de gestion de l?eau. Malgré cela, les
prélèvements non déclarés et impayés perdurent, et les tentatives de recouvrement via des
procédures administratives et judiciaires ont échoué.
Face à l'absence de réponse, une imposition d?office a été ordonnée en novembre 2014, puis
renouvelée en 2015, 2016 et 2017, pour un montant annuel d?environ 30 000 ¤. Cependant, les
mécanismes disponibles ne permettent pas de saisie sur les comptes bancaires des entités
étrangères, rendant le recouvrement impossible. Tous les titres émis ont donc été classés en
non-valeur.
En 2019, l?Agence de l?eau a engagé une action contentieuse pour récupérer les redevances
dues par Puigcerdà, mais le tribunal administratif de Lyon s?est déclaré incompétent sans statuer
sur le fond. L?appel de l?agence a abouti, en novembre 2022, à une confirmation de ce jugement
par la cour administrative d?appel, estimant que les titres de recette valent eux-mêmes titres
exécutoires.
Depuis 2019, l?agence de l?eau envoie chaque année des demandes de paiement sans titres de
recettes, toujours ignorées. Par ailleurs, la Commission internationale des Pyrénées (CIP),
réunie en 2014, n?a pas abordé la question des redevances mais a souligné l?urgence de
solutions techniques répondant aux besoins des deux pays. Lors de la Commission
administrative internationale de Puigcerdà (2017-2018), le refus de payer a été réaffirmé, sauf
décision contraire de la Commission mixte des eaux transfrontalières (CMET), qui ne s?est pas
réunie à ce jour.
3.2.3 Interroger la place des collectivités territoriales
Dans la plupart des commissions, les chefs de délégation ont fait le choix de ne pas (ou peu)
impliquer les collectivités territoriales afin de ne pas les laisser gérer des relations transfrontalières
à un niveau qui devrait être celui de l?État. D?ailleurs nos voisins nous reprochent de ne pas avoir
d?interlocuteurs à leur niveau quand l?État n?est pas impliqué. Ainsi à la frontière espagnole, les
confédérations hydrographiques comme celle de l?Ebre souhaiterait négocier avec d?autres acteurs
que les collectivités territoriales. En effet, en Espagne, les confédérations hydrographiques sont
placées sous la tutelle du ministère en charge de l?environnement, et la gestion de l?eau relève de
la compétence exclusive de l?État. La confédération hydrographique de l?Èbre a des missions
transversales portant sur la gestion de barrages (équivalent d?EDF pour le bassin de l?Èbre), la
distribution de l?eau sur ce bassin (équivalent de l?agence de l?eau et des services de police de
l?eau) et l?anticipation des besoins (équivalent de l?agence de l?eau, de la DREAL et services de
prévision des crues). Elle dialogue donc directement avec les régions espagnoles pour les enjeux
environnementaux et les autorités de l?État en charge des questions de sécurité.
Sur le Rhin, la Meuse ou l?Escaut, les délégations étrangères n?hésitent pas à court-circuiter la
délégation française de telle ou telle commission et à interpeler l?administration centrale dans
d?autres conférences internationales ou par courrier sur des sujets qui relèvent pourtant d?une
commission spécifique.
Néanmoins la place des collectivités territoriales dans la comitologie mérite d?être réinterrogée, du
fait notamment des compétences des collectivités « gémapiennes »17. En effet ces dernières
17 Une collectivité « gémapienne » a la compétence de la gestion des milieux aquatiques et de la prévention des
inondations (GEMAPI).
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 44/110
exercent désormais beaucoup des compétences (excepté sur le quantitatif) traitées dans certaines
commissions internationales. Elles sont parfois maîtres d?oeuvre des projets débattus en
commission. Elles possèdent également des moyens financiers qui ne sont pas nécessairement
pris en compte dans les analyses de la commission. C?est le cas en particulier pour la CIPEL. Les
eaux gérées par plusieurs collectivités françaises se jettent dans le Léman. Aujourd?hui, malgré les
compétences liées à la GEMAPI, elles ne sont informées qu?a posteriori de ce qui est discuté dans
la commission, au même titre que le grand public, alors que du côté suisse, les cantons concentrent
l?ensemble des compétences et sont des acteurs majeurs de la CIPEL. Il pourrait être envisager
de réunir le même jour une CIPEL restreinte et une CIPEL élargie afin d?intégrer des acteurs
désormais clés de la gestion de l?eau.
Enfin, les entretiens menés par la mission avec certaines collectivités locales montrent qu?elles ont
une appréhension beaucoup plus fluide des sujets transfrontaliers. Il s?agit pour elle d?enjeux
quotidiens auxquelles elles consacrent des ETP dédiés avec des agents formés au droit
international et à la négociation. Les directions techniques n?hésitent pas à aller voir les directions
supports qui ont une vision plus globale des relations bilatérales pour se mettre d?accord sur des
éléments de langage. Le bilinguisme voire le trilinguisme est en outre une compétence essentielle
des agents travaillant sur le transfrontalier. En termes de gouvernance des enjeux transfrontaliers,
le modèle de gouvernance des collectivités locales pourrait être inspirant pour les services de l?État
Recommandation 4. [Préfets coordonnateurs de bassin, avec l?appui des DREAL] Dans une
logique de cohérence locale et d?optimisation des ressources, prévoir, après une analyse
au cas par cas, une implication plus forte des collectivités territoriales dans certains
groupes de travail et commissions.
Le sujet de l?implication des collectivités territoriales pourrait faire l?objet de séminaires locaux à
l?initiative des DREAL, et pourrait également être traité au niveau national lors de la Conférence de
l?eau qui pourrait se tenir dans les mois à venir.
3.2.4 Mieux coordonner les échelles dans la gestion du transfrontalier
L'articulation des différentes échelles ? locale, régionale, nationale et transnationale ? est un enjeu
majeur dans la gestion des cours d'eau transfrontaliers. Il s'agit en effet de coordonner les actions
et les politiques à chaque niveau pour assurer une gestion cohérente et efficace.
Au niveau local, les acteurs sont directement confrontés aux problématiques spécifiques du terrain,
mais peu intégrés, pour ce qui est de la France, aux travaux des commissions internationales. Au
niveau régional, les services déconcentrés peuvent apporter une vision plus large tout en restant
connectés aux réalités locales. L'échelle régionale des services déconcentrés apparaît souvent
plus pertinente pour garantir une fluidité des échanges, notamment avec le préfet de région et ses
services, mais aussi avec toutes les autres échelles. Toutefois, dans certaines régions, l'échelle
départementale (préfecture, DDT(M)) peut être plus appropriée en raison de l'éloignement relatif
des capitales régionales par rapport à la frontière, comme c'est le cas pour la Haute-Savoie ou les
Pyrénées-Atlantiques.
Au niveau national, l'administration centrale doit jouer un rôle clé en fournissant une vision globale
et en s'assurant de la cohérence des actions avec les engagements internationaux de la France et
de l?équilibre visé des relations. Il est essentiel que l'administration centrale ne se désengage pas,
mais qu'à l?inverse elle renforce son action de pilotage et d?animation, et maintienne une bonne
connaissance de la comitologie et des informations échangées dans les différents groupes. Cela
nécessite un système efficace de remontée et de centralisation de l'information, ainsi qu'une
animation nationale de l'ensemble des thématiques et enjeux abordés dans ces commissions.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 45/110
Pour articuler efficacement ces différentes échelles, il est nécessaire de mettre en place des
mécanismes de coordination et de communication robustes. Cela peut inclure la création de
plateformes d'échange inter-échelles, la désignation de référents chargés de faciliter la
transmission d'informations, et l'établissement de procédures claires pour la remontée et la
diffusion des informations. Une telle articulation garantirait que les décisions prises à chaque
niveau sont fondées sur les réalités du terrain tout en s'alignant sur les objectifs nationaux et
internationaux de la France et les stratégies définies et mises en oeuvre pour les atteindre.
Il existe aujourd?hui un acteur dont la mission est justement de mettre en réseau les acteurs de la
coopération transfrontalière et d?articuler les échelles du local à l?européen, il s?agit de la Mission
opérationnelle transfrontalière (MOT), mais elle est peu impliquée dans les commissions fluviales
internationales. L?expertise de cet acteur pourrait donc davantage être sollicitée. La MOT est une
association créée en 1997 à l?initiative du gouvernement français, chargée de mettre en réseau les
acteurs de la coopération transfrontalière aux échelles locale, nationale et européenne. Une
centaine de collectivités territoriales frontalières y adhèrent. L?association demeure en France la
source principale, voire presque unique, pour connaître la réalité du fait transfrontalier, comme le
rappelle le rapport sur la coopération transfrontalière des collectivités locales18. Elle produit des
ressources très diverses soit générales, soit sur des cas particuliers (approche territoriale ou
thématique) y compris sur les sujets fluviaux. Il s?agit d?un acteur identifié par les partenaires
étrangers (la MOT est ainsi mobilisée comme expert du comité franco-allemand du traité d?Aix-la-
Chapelle). Elle travaille sur des questions qui intéressent les commissions fluviales avec la
commission européenne (cf. réflexion en cours sur le risque d?inondation avec la DG Regio).
Cependant étant avant tout la représentation des collectivités locales, elle est très peu mobilisée
pour la comitologie fluviale internationale, dans la mesure où ce sont essentiellement les agents
de l?État qui sont membres des délégations françaises. Dans les rares cas où des collectivités sont
impliquées, elle joue un rôle d?interface avec le niveau national, mais les collectivités aimeraient
davantage être mises en lien avec les services déconcentrés. L?article 2 des statuts de la MOT
révisés en 2023 (Figure 4) insiste sur le rôle essentiel de la mission pour articuler tous les niveaux
de la coopération transfrontalière. Ce même article 2 rappelle également la capacité de la MOT à
trouver des solutions techniques, juridiques et financières « permettant de lever les obstacles
inhérents aux situations transfrontalières ». La MOT dispose donc de compétences utiles aux
services déconcentrés de l?État impliqués dans les commissions internationales.
Figure 4 : Extrait des statuts de la Mission opérationnelle transfrontalière, version du
27 juin 2023 (Source : MOT)
18 F. Philizot, C. Desforges, A. Pommier, « La coopération transfrontalière des collectivités territoriales », Rapport
de l?Inspection générale de l?administration, n°22035-R, juillet 2022
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 46/110
La quasi-absence dans les réflexions sur les cours d?eau internationaux du seul acteur qui a une
expertise à la fois globale, territorialisée et thématisée des sujets transfrontaliers interroge. Cela
renvoie à l?ambiguïté des relations entre la MOT et l?État et ses opérateurs. L?expertise de la MOT
semble insuffisamment prise en compte au niveau ministériel, excepté par l?ambassadeur pour les
commissions intergouvernementales et la coopération transfrontalières. Du côté des opérateurs,
la MOT est en liaison étroite avec l?Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), qui
traite peu des sujets environnementaux. En outre, l?État ne considère pas suffisamment
l?association comme un acteur susceptible de dialoguer avec l?ensemble des acteurs représentant
l?État au niveau national mais surtout au niveau régional. Il semble donc important de concrétiser
dans le domaine fluvial l?axe 2 de la feuille de route 2024-2027 qui vise à faciliter l?identification des
enjeux transfrontaliers au niveau national. Cet axe invite à réaliser un panorama des besoins et
des enjeux en matière de coopération transfrontalière, « au moyen d?une méthodologie pérenne
de recueil des besoins et des enjeux, auquel la MOT pourra participer dans le cadre d?un dialogue
rénové avec l?État permettant d?établir conjointement une liste des priorités ». La mise en place
d?un comité interministériel sur les enjeux frontaliers pourrait permettre d?inclure l?eau dans les
sujets à discuter.
La mission préconise à la DGCL et à la DEB de réfléchir à la place que pourrait prendre la
Mission opérationnelle transfrontalière dans la comitologie fluviale internationale.
3.3 Enjeux juridiques et diplomatiques
3.3.1 Définir et prioriser les objectifs des commissions fluviales
internationales
Il y a actuellement un manque de vision claire concernant les objectifs des commissions fluviales
internationales existantes. Pour en améliorer l'efficacité, il est essentiel :
? de clarifier les objectifs de chaque commission, en définissant clairement leur mandat et
leurs attributions spécifiques ;
? d?équilibrer les considérations diplomatiques et économiques, afin que les négociations
internationales ne négligent pas les problématiques locales et régionales essentielles. En
effet, les accords sont négociés entre les États nations, tandis que la gestion des cours
d?eau est celle d?un espace fonctionnel de proximité de part et d?autre de la frontière. Par
exemple les problématiques de la dégradation de l?état des eaux (à la fois quantitative et
qualitative) dans le bassin versant du Doubs sont peu abordées dans les négociations
franco-suisses centrées sur la question des concessions hydro-électriques (alors même
que la puissance des centrales est faible au regard de la production nationale française) ;
? d?évaluer régulièrement l'impact des actions menées par les commissions, afin d'ajuster
les priorités en fonction des résultats obtenus et des évolutions des enjeux ;
? de réfléchir à la pertinence du maintien des commissions qui semblent des coquilles vides
comme la Commission internationale des Pyrénées.
3.3.2 Évaluer les conséquences de l?absence de représentation dans
certaines commissions ou groupes de travail
L'absence de représentants français dans certaines commissions ou groupes de travail peut avoir
des conséquences significatives, bien que parfois difficiles à quantifier précisément. Au-delà du
respect des engagements pris lors de la conclusion des traités ou accords internationaux, ne pas
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 47/110
être présent lors des discussions peut entraîner une perte d'influence dans les décisions prises,
car les intérêts et les positions françaises ne sont pas défendus ni pris en compte. De plus,
l'absence aux réunions prive les services français des informations échangées, affectant ainsi la
compréhension des enjeux et la capacité à réagir efficacement aux développements en cours
(nouvelles normes, évolutions de la réglementation européenne, etc.).
Cette situation peut également être perçue par les partenaires étrangers comme un manque
d'engagement ou d'intérêt, ce qui peut nuire aux relations diplomatiques et à la coopération
transfrontalière. Les commissions sont souvent des lieux où se dessinent des opportunités de
collaboration, de financement ou de mise en oeuvre de projets communs (Interreg, Feder, projets
locaux, etc.). Ne pas y participer peut conduire à manquer ces opportunités, ce qui pourrait
rapidement désavantager la France sur le plan économique, environnemental ou stratégique.
Pour la mission, il est essentiel de garantir une présence régulière et active dans ces instances
pour défendre les intérêts français, contribuer aux discussions et maintenir des relations
constructives avec nos partenaires transfrontaliers. Cette participation permet non seulement de
s'assurer que les décisions prises sont compatibles avec les politiques et les objectifs nationaux,
mais aussi de renforcer le rôle de la France en tant qu'acteur clé dans les thématiques abordées.
3.3.3 Davantage intégrer dans les pratiques les comités internationaux
comme des lieux importants d?influence
Les comités et commissions traitant des cours d'eau internationaux constituent des lieux
d'influence majeurs. Ils offrent une plateforme pour échanger des informations et des expertises,
permettant ainsi de partager des connaissances, d'harmoniser les pratiques et de développer des
approches communes face aux défis environnementaux et de gestion de l'eau.
Ces instances sont importantes pour négocier des accords politiques et des cadres juridiques,
élaborer des cadres juridiques et des normes qui régissent la gestion des ressources en eau
transfrontalières, mais qui peuvent également servir de précurseurs à des textes de plus large
portée. La participation active de la France dans ces comités permet de promouvoir ses intérêts
nationaux, d'influencer les orientations stratégiques et de veiller à ce que les décisions prises soient
en accord avec nos politiques et objectifs.
En outre, ces comités contribuent à renforcer la coopération internationale en établissant des
relations de confiance avec les pays voisins. Cela facilite la résolution de problèmes complexes, la
gestion de crises ou de tensions, la mise en oeuvre de projets communs et le développement de
solutions innovantes. Négliger ces espaces de dialogue et de décision peut là aussi entraîner une
perte d'influence pour la France, tant sur le plan technique que diplomatique.
Il convient donc de valoriser ces comités en y participant de manière proactive, en mandatant des
experts compétents et en défendant des positions stratégiques alignées sur les engagements
internationaux et les intérêts nationaux de la France.
3.4 Enjeux financiers
3.4.1 Impliquer la France au bon niveau : une tâche compliquée par le
manque de moyens humains et financiers
La gestion efficace de la comitologie fluviale internationale est actuellement fortement entravée par
le manque de moyens humains et financiers alloués aux services concernés. Ainsi, à la suite de la
réduction des effectifs lors de la fusion des régions, la DREAL Grand-Est n'était plus en mesure de
suivre de manière adéquate le groupe Fish de la Commission internationale pour la protection du
Rhin (CIPR). Elle ne pouvait assister qu'à une réunion par an, alors que le groupe en tenait trois
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 48/110
ou quatre. Cette absence prolongée s'est avérée dommageable, car la DREAL a dû déléguer sa
participation à l'Office Français de la Biodiversité (OFB), mais aussi à une association
environnementale locale qui ne maîtrisait pas pleinement le contexte global des discussions.
Cette situation a conduit à des décisions discutables, telles que le financement de passes à
poissons pour un montant de 80 millions d'euros, sans que la dévalaison (migration des poissons
vers l'aval) soit pour autant assurée. De plus, cela intervient dans un contexte de changement
climatique où il est probable que le Rhin ne soit plus un écosystème favorable au saumon à moyen
terme, bien que cette espèce soit emblématique du fleuve et que sa sauvegarde soit inscrite dans
le plan Rhin 2040.
Consciente de ces enjeux, la DREAL a récemment réaffecté une personne au sein du groupe Fish
afin de représenter les intérêts de l'État. Néanmoins, le dispositif demeure fragile en raison des
ressources limitées. Les différents interlocuteurs de la mission ont donc tendance à considérer qu?il
faudrait assurer la présence de représentants français dans tous les groupes d'experts pertinents,
afin d'orienter les discussions de manière favorable à la position française et de garantir une
défense efficace de nos intérêts. Une telle position n?est toutefois sans doute pas tenable dans un
contexte de fortes tensions sur les effectifs et les budgets, créant de fait un risque d?absence de
représentant français dans certains groupes potentiellement décisionnaires.
Il est en tout état de cause crucial de mener une réflexion coordonnée entre le MTE et le MEAE
pour évaluer précisément le coût de la présence de la délégation française dans l'ensemble des
commissions et ce qui est nécessaire pour faire face efficacement aux priorités élaborées. Cette
évaluation permettra de réaliser des arbitrages éclairés, même si les marges de manoeuvre sont
réduites dans le contexte budgétaire actuel.
3.4.2 Planifier et prioriser les dépenses afférentes à la comitologie fluviale
internationale
Dans un contexte de ressources limitées, il est indispensable de planifier rigoureusement les
dépenses liées à la comitologie fluviale internationale. Une anticipation des coûts et une
hiérarchisation des priorités permettent d'allouer efficacement les moyens financiers aux instances
et actions les plus stratégiques pour la France.
Il convient d'identifier les domaines et les commissions où la présence française est nécessaire,
en tenant compte des enjeux économiques, environnementaux et diplomatiques. Cette priorisation
doit être le fruit d'une concertation entre les différents ministères, les préfectures et les services
concernés, afin d'assurer une cohérence et une synergie des actions. Établir un plan budgétaire
prévisionnel permettra de rationaliser les dépenses, de maximiser l'efficacité de la participation
française et de garantir une utilisation optimale des fonds publics.
Par ailleurs, il est important de rechercher des solutions pour réduire les coûts sans compromettre
la qualité de la participation. Cela peut inclure l'utilisation accrue des technologies de
communication à distance pour limiter les déplacements, le partage de ressources entre services,
ou encore la formation de personnels polyvalents capables de représenter la France dans plusieurs
instances. En évitant les dépenses non essentielles et en optimisant les ressources humaines, la
France doit pouvoir maintenir une présence active et influente dans les commissions fluviales
internationales, malgré les contraintes budgétaires.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 49/110
4 Vers une stratégie nationale
La lettre de mission invitait les inspecteurs à proposer une feuille de route stratégique nationale
pour les bassins frontaliers. S?il apparaît clairement qu?une vision interministérielle coordonnée
doive être mise en place, dans l?organisation actuelle et la répartition des compétences entre
ministères, il semble que cette stratégie doive être portée par le MTE et en particulier par la mission
internationale de la DEB qui finance la contribution obligatoire de la France aux commissions et
qui est bien identifiée sur le terrain comme le principal interlocuteur national. Néanmoins la
définition d?une stratégie par la DEB concernant les bassins fluviaux transfrontaliers n?exclut pas
de repenser la place de la mission internationale par rapport aux autres administrations centrales.
La stratégie portée par la DEB doit s?inscrire dans un pilotage interministériel renforcé des sujets
de coopération transfrontalière et s?accompagner de moyens ad hoc si la France souhaite mener
une politique de l?eau ambitieuse à l?échelle européenne. La mission constate que la DEB, dans
sa configuration actuelle, n?a pas les moyens de définir seule cette feuille de route dont
l?élaboration et le pilotage doivent, dans tous les cas, mobiliser les autres directions
techniques concernées (énergie, transport, etc.), ainsi que, a minima, le MEAE et le MI.
4.1 Posture ou positionnement
Avant de définir les principaux axes d?une feuille de route nationale, il semble indispensable à la
mission de réfléchir aux objectifs pour la France de la comitologie fluviale internationale. Qu?attend
la France et en particulier le MTE de ces commissions ? En effet il semble que d?un point de vue
diplomatique, l?influence de la France en termes de gouvernance de l?eau se pense actuellement
plus à l?échelle mondiale19 qu?à l?échelle européenne. Il s?agit d?un choix stratégique qui peut avoir
des conséquences en termes d?influence sur le continent européen et à Bruxelles. Même si les
fleuves frontaliers français ne constituent pas pour le pays des enjeux économiques majeurs
(excepté peut-être en matière de production énergétique), ils constituent des laboratoires
importants de réflexion sur la biodiversité, sur les changements globaux ou encore sur les risques
et ils sont au coeur de bassins de vie rassemblant une population croissante, les interfaces
frontalières étant dans l?ensemble de plus en plus attractives. La vulnérabilité des populations
frontalières aux risques naturels et industriels dans les milieux fluviaux constitue également un
enjeu majeur dans un contexte de changement climatique. Il paraît donc indispensable de définir
précisément le rôle que la France souhaite y jouer et la posture qu?elle veut afficher vis-à-vis des
pays voisins qui consacrent beaucoup de temps et de ressources humaines et financières sur ces
sujets, avec des équipes stables qui suivent les travaux des commissions sur plusieurs années,
voire décennies.
Dans cette optique, la prise en compte du lien terre-mer dans les réflexions stratégiques relatives
aux fleuves transfrontaliers représente également un atout majeur pour la France, tant sur le plan
environnemental que diplomatique. En effet, la majorité des pollutions aboutissant dans les océans
proviennent des bassins fluviaux, comme en témoigne la présence croissante de polluants dits
émergents (par exemple les PFAS) dans les écosystèmes marins. La question du grand cycle de
l?eau ne saurait donc s?arrêter aux frontières terrestres?: elle requiert une approche intégrée qui
dépasse les segmentations habituelles entre gestion des fleuves, protection des zones côtières et
actions menées pour les mers et les océans.
En s?engageant activement au sein des commissions fluviales internationales, la France peut
déployer une politique d?influence cohérente et ambitieuse visant à limiter les transferts de
polluants vers les milieux marins, tout en préservant la biodiversité et la qualité des eaux. Cet
engagement est également une opportunité diplomatique?: il permet à la fois d?assumer un
19 Promotion du renforcement du rôle d?ONU-Eau et de la mise en oeuvre de la convention d?Helsinki, coopération
avec les pays en développement autour du fleuve Sénégal et du fleuve Mékong, actions de solidarité internationale
des Agences de l?eau dans le cadre du 1 % de la loi Oudin-Santini, etc.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 50/110
leadership européen sur les enjeux de prévention et de réduction des pollutions (chimiques,
microbiologiques, plastiques, etc.) et de porter auprès de la commission européenne (DG
Environnement) une vision intégrée de la gestion des bassins versants au niveau européen,
transposable au niveau mondial. Au-delà de l?aspect environnemental, ce positionnement valorise
l?expertise française en matière de recherche scientifique et de solutions d?ingénierie pour la
prévention des pollutions diffuses, l?assainissement des eaux ou la restauration des milieux
aquatiques.
Par ailleurs, cet ancrage international autour du couple fleuve-mer répond aux orientations
stratégiques de la France en matière de sécurité alimentaire, de résilience au changement
climatique et de protection des littoraux.
La mission préconise à la DEB d?être force de proposition pour définir l?ambition du MTE,
et plus largement de l?ensemble des administrations centrales concernées, sur le rôle, la
capacité d?influence, et le leadership que la France souhaite avoir au sein de ces
commissions fluviales internationales. En particulier, cette ambition permettra de mieux
intégrer l?échelle européenne dans les stratégies internationales fluviales.
En outre, il ressort de l?ensemble des entretiens menés par la mission qu?il manque d?une part une
vision globale et centralisée des enjeux liés à la comitologie fluviale internationale et d?autre part
une bonne coordination entre les échelons participant directement ou indirectement aux
commissions. Un des premiers axes d?une feuille de route nationale semble donc être de définir
des éléments de langage communs à partager avec l?ensemble des délégations françaises sur les
différents bassins et reflétant la position de notre pays en matière de gestion et de protection des
fleuves transfrontaliers. Le rapport de l?IGA sur la coopération frontalière des collectivités locales20
recommandait en 2022 de « prévoir une réunion annuelle des préfets de département et chefs de
service déconcentrés, sous la présidence du préfet de région, sur les sujets frontaliers en y
associant la ou les ambassades de France concernées, permettant de construire un "Dire de l'État"
position cohérente et partagée et point d'appui pour le dialogue avec les autorités étrangères
comme avec les collectivités territoriales ». Cette recommandation reste particulièrement
d?actualité sur le sujet fluvial. Il semble donc important à la mission que le préfet coordonnateur de
bassin, qui possède une vision à la fois globale et spécifique à son territoire des enjeux fluviaux,
puisse régulièrement échanger avec les chefs de délégation et tous les acteurs qui participent aux
commissions sur les éléments de langage à tenir lors de celles-ci. Ces éléments de langage doivent
être discutés avec la mission internationale de la DEB afin d?homogénéiser le discours sur les
grandes lignes stratégiques de la France, quel que soit le bassin versant. Il s?agit donc de définir
des éléments de langage nationaux, tout en respectant le principe de subsidiarité ainsi que les
spécificités locales. Par conséquent, cela implique que la posture française fasse l?objet
d?échanges remontants et descendants réguliers.
Il est essentiel que les stratégies sectorielles (biodiversité, prévention des risques, adaptation au
changement climatique, politiques énergétiques, navigation etc.) soient prises en compte lors de
l'élaboration des éléments de langage afin d'assurer une position française unifiée et alignée sur
les objectifs nationaux. Cela nécessite une collaboration étroite entre la DEB et les autres directions
concernées du ministère, ainsi qu'avec les opérateurs de l'État et les collectivités territoriales
impliquées. Une telle approche intégrée est nécessaire pour renforcer l'efficacité de la France dans
les instances internationales et facilitera la mise en oeuvre des politiques publiques relatives aux
cours d'eau transfrontaliers.
20 P. Philizot, C. Desforges, A. Pommier, « La coopération transfrontalière des collectivités territoriales », Rapport
de l?Inspection générale de l?administration, n°22035-R, juillet 2022.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 51/110
Recommandation 5. [DEB, en associant les Préfets coordonnateurs de bassin] Prévoir à
l?échelle de chaque bassin, une réunion annuelle des chefs de délégation sous la
présidence conjointe du préfet coordonnateur de bassin et de la DEB, en y associant les
acteurs pertinents (préfets de départements, conseillers diplomatiques, chefs de service
déconcentrés, représentants des opérateurs, etc.) permettant de construire un "Dire de
l'État", éléments de langage indispensables au dialogue avec les autorités étrangères.
Aujourd?hui, le préfet coordonnateur de bassin, du fait d?un agenda surchargé mais également
d?une conviction largement répandue dans la sphère État que ces commissions relèvent avant tout
d?enjeux techniques, délègue souvent son rôle de chef de délégation aux services experts en
particulier les DREAL. Il paraît donc important que la DEB incite davantage l?ensemble des services
de l?État en région à se coordonner régulièrement (au-delà du simple échange d?informations par
mail), afin de discuter des questions sensibles ou des difficultés d?ordre politiques rencontrées en
commission. Il s?agit en réalité de changer les représentations associées à la comitologie fluviale
internationale et de dépasser la dichotomie diplomatique/technique. La mission a eu le sentiment,
au fil de ses entretiens, que le ministère des affaires étrangères se préoccupait essentiellement
des commissions fluviales où il y avait des enjeux diplomatiques et stratégiques21 (CCNR, CIM,
CIPR pour ce qui concerne le franco-allemand, comitologie associée au futur accord sur le Rhône,
etc.) et peu des autres considérées comme de pures commissions techniques. Or dans l?ensemble
des commissions, la mission a relevé des sujets qui relèvent d?un positionnement politique à définir.
Nous sommes en réalité presque systématiquement dans du technique-stratégique et il apparaît
nécessaire dans une feuille de route stratégique de proposer des pistes pour dépasser cette
dichotomie, qui nuit aujourd?hui aux délégations françaises dans leur capacité d?anticipation et
d?influence. L?ensemble des services techniques rencontrés sont en forte demande d?échanges
plus réguliers avec les préfets sur les sujets fluviaux, qui constituent un enjeu important des
politiques d?aménagement du territoire. Même si cela implique davantage de réunions, ils
considèrent qu?à moyen et long terme, cela leur permettra de gagner du temps, de mieux structurer
la délégation française et d?être davantage légitimes dans les négociations avec les partenaires
étrangers. Le format et les modalités de la coordination au sein de chaque bassin versant peuvent
être discutés en fonction des enjeux locaux et l?importance des sujets internationaux (la
coordination doit être nécessairement plus étroite à la frontière rhénane qu?à la frontière
pyrénéenne), mais il paraît indispensable d?avoir un cadre minimal de coopération sur l?ensemble
du territoire. Si certains sujets locaux peuvent sembler anecdotiques du point de vue de
l?administration centrale, ils peuvent constituer des éléments de blocage fort à l?échelle locale et
avoir des conséquences sur d?autres sujets et à d?autres échelles. Ainsi l?eau constitue un élément
central de la coopération frontalière au pays basque. La MOT consacre d?ailleurs un atelier sur ce
sujet lors du Borders forum de décembre 2024, en invitant la communauté d?agglomération du
Pays basque. Or ce sujet n?est aujourd?hui plus pris en charge par la préfecture du département
des Pyrénées-Atlantiques et mal cerné à l?échelle régionale comme à l?échelle nationale. L?idée
d?une feuille de route nationale est qu?il n?y ait plus de sujet orphelin ou « hors du scope » en
administration centrale, facilitant ainsi le travail au plan local.
21 Avec un prisme particulier selon les directions membres de la délégation française. Ainsi la CCNR est suivie par
la Direction des affaires juridiques, sous l?angle essentiellement du droit, mais les enjeux des commissions
internationales sont multiples comme nous l?avons vu dans la troisième partie.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 52/110
Recommandation 6. [DEB (MTE) et DUE (MEAE)] Réaffirmer le caractère interministériel des
enjeux fluviaux internationaux pour dépasser la dichotomie actuelle entre les enjeux
techniques et les enjeux diplomatiques, afin d?avoir une vision politique complète des sujets
et de permettre un dialogue cohérent et l?adoption d?une posture claire à l?international.
Enfin la définition d?une stratégie nationale invite à réfléchir aux moyens que l?on souhaite
consacrer à la comitologie fluviale internationale : quel budget est-on prêt à consacrer à
l?organisation d?ateliers ou l?accueil de réunions sur notre territoire en plus des contributions
prévues par les conventions ? Sur quelles priorités ? Avec quelles attentes et quel rapport coût-
bénéfice ? Comment amener nos voisins à plus de sobriété dans les dépenses ? Comment
résoudre la question des ressources humaines : si l?on affecte des ETP à ces commissions, comme
le motiver par rapport aux contraintes d?effectifs globales ? Concernant les aspects financiers, il
s?agit évidemment de tenir compte des contraintes budgétaires actuelles tout en évitant les
postures dogmatiques avec des budgets figés ou les situations intenables (mise en difficulté des
DREAL pour des sommes dérisoires qui ne sont pas débloquées), de nature à décrédibiliser nos
représentations locales.
4.2 Mandat
Un des constats fait par la mission est celui de l?absence fréquente de mandat clair pour les
personnes impliquées dans les commissions internationales. Un mandat représente pour l?agent
une directive officielle qui lui est donnée, définissant ses objectifs, les positions qu?il doit défendre
ou tenir, et les limites de son action au sein d'une instance donnée. Il sert de cadre de référence
pour orienter les interventions des agents, assurer la cohérence des positions défendues et garantir
que les intérêts nationaux sont correctement représentés.
La clarté du mandat est essentielle pour plusieurs raisons. Tout d?abord, elle permet aux agents
de savoir précisément quelles sont les attentes de leur hiérarchie, et donc de l'État, qu'ils
représentent. Cela inclut les positions à défendre, les lignes rouges à ne pas franchir, les objectifs
à atteindre et les concessions possibles. Sans ce cadre, les agents risquent de prendre de bonne
foi des initiatives qui ne sont pas alignées avec les politiques nationales, ce qui peut conduire à
des incohérences ou à des contradictions dans la position française. Ce cadrage constitue un appui
précieux pour les agents, en leur offrant une orientation précise qui leur permet de savoir
exactement ce qui est attendu d'eux, évitant ainsi qu'ils ne se sentent livrés à eux-mêmes.
En outre, un mandat clair facilite la préparation en amont des réunions. Les agents peuvent ainsi
se documenter sur les sujets pertinents, préparer des argumentaires solides et anticiper les
positions des partenaires étrangers. Cela renforce leur crédibilité et leur efficacité lors des
négociations, augmentant ainsi la capacité de la France à influencer les décisions prises au sein
des commissions.
Le mandat joue également un rôle crucial dans la responsabilisation des agents. En connaissant
précisément le cadre de leur intervention, ils peuvent agir en toute confiance, tout en étant
conscients des limites de leur champ d?action. Cela permet également à la hiérarchie de mieux
évaluer les performances des agents, en fonction de leur capacité à respecter et à mettre en oeuvre
le mandat qui leur a été confié.
Par ailleurs, la formalisation des mandats favorise une meilleure coordination interne. Lorsque tous
les membres d'une délégation partagent le même mandat, il est plus facile de tenir une position
unifiée et cohérente. Cela évite les divergences internes qui peuvent affaiblir la position française
face aux partenaires étrangers. De plus, en cas de rotation du personnel, un mandat clairement
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 53/110
défini facilite la transition et l'intégration des nouveaux agents, en leur fournissant un cadre de
référence dès leur prise de fonction.
Enfin, disposer d'un mandat clair permet aux agents de savoir précisément quelle position défendre
lors des négociations internationales. Cela doit permettre d?éviter que la France se voie imposer
des actions (travaux, financements, etc.) ou des normes qui auraient été validées par nos experts
sur la base de leur seule expertise technique, sans tenir compte des orientations stratégiques
nationales ni des implications politiques plus larges. En étant guidés par un mandat défini, les
agents peuvent aligner leur action sur les intérêts nationaux, garantir la cohérence de la posture
française et s'assurer que les engagements pris à l'international sont conformes aux objectifs et
aux politiques du pays. Ainsi, le mandat sert de cadre de référence qui concilie l'expertise technique
avec les impératifs stratégiques, évitant que des décisions soient prises en dehors des limites
établies et sans une connaissance approfondie de la position à tenir. Il est évident que l?on aura
vérifié avec l?agent qu?il accepte les termes du mandat qui lui est confié.
Recommandation 7. [Préfets coordonnateurs de bassin] Établir pour chaque agent impliqué
dans les commissions internationales un mandat clair et formalisé, définissant les positions
à défendre, les objectifs à atteindre et les limites de son action, afin de garantir la cohérence
et l'efficacité de la représentation française au sein des instances transfrontalières.
4.3 Formation et valorisation
De nombreux interlocuteurs de la mission ont insisté sur le coût d?entrée dans les commissions
fluviales internationales, car il s?agit de cadres auxquels ils ne sont ni habitués ni formés. Seule la
CCNR, plus ancienne organisation internationale, semble former spécifiquement les nouveaux
arrivants. Dans l?organisation actuelle, l?absence de formation ou d?accompagnement des agents
dans leur travail au sein des commissions internationales semble très pénalisante pour les
délégations françaises. L?objet transfrontalier est mal identifié et les services de l?État sont peu
rompus à la négociation en général.
Cette formation doit être pensée à plusieurs niveaux. Il s?agit en premier lieu d?apporter une culture
commune et une vision interministérielle à l?ensemble des membres des délégations françaises :
? le premier volet de cette culture commune consiste à acquérir les bases de la négociation
et de la pratique du consensus afin de favoriser de bonnes relations internationales.
L?expertise du MEAE et de l?Institut diplomatique et consulaire est ici indispensable ;
? le deuxième volet est technique. Il s?agit de favoriser l?échange d?expertises et de
comprendre les modalités d?une décision d?expertise, ainsi que ses conséquences
potentielles. Les différentes directions du MTE peuvent apporter cette connaissance en
lien avec le ministère chargé des territoires et de la décentralisation pour les questions
relatives aux transports et à l?aménagement du territoire ;
? le troisième volet concerne la défense de la souveraineté française et la gestion de crise
en contexte transfrontalier qui relève de l?expertise du MI. Les conseillers diplomatiques
sous la double tutelle du MEAE et du MI semblent des ressources appropriées pour
participer à ces formations. Celles-ci peuvent être organisés par ministère (avec des
échanges croisés) dans le cadre des formations de prise de poste. Par exemple la
DMATES pourrait rendre obligatoire cette formation pour l?ensemble des préfets, sous-
préfets et secrétaires généraux amenés à travailler dans un territoire frontalier.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 54/110
Le deuxième objectif de la formation est d?apporter aux membres des délégations un certain
nombre de fondamentaux :
? sur le fonctionnement d?une commission internationale ;
? sur les grands enjeux transfrontaliers avec une approche territoriale qui prend en compte
les deux côtés de la frontière. Dans la vision de certains services de l?État22, les cours d?eau
n?ont qu?une rive, celle dont ils ont la charge ;
? sur les différences culturelles, sur les différences de perception de tel ou tel sujet dans les
pays partenaires.
Pour cette formation généraliste sur le transfrontalier, l?expertise de la MOT pourrait être
ponctuellement utilisée en complément de séminaires organisés par les directions
d?administrations centrales ou les conseillers diplomatiques. Cette formation peut être organisée
sous forme de webinaires obligatoires pour réduire les coûts.
Enfin un niveau plus expert de formation peut être visé pour les chefs de délégation afin de leur
faire acquérir des savoir-faire et des savoir-être autour de l?agir à l?international. Cette formation
s?articulerait autour de différents champs :
? apprentissage des codes nationaux et internationaux ;
? apprentissage de l?art de la négociation et du sens du compromis ;
? renforcement linguistique en anglais pour réduire les frais d?interprétariat mais également
dans la langue utilisée dans les commissions auxquels ils participent. Cette maîtrise peut
s?avérer précieuse lors des échanges informels ;
? apprentissage des leviers pour faire valoir la position française en particulier à l?échelle de
l?Union européenne.
Cette formation plus poussée peut être assurée par les administrations centrales en partenariat
avec des universités ou euro-instituts comme celui de Kehl par exemple.
Plutôt que des formations trop générales, un accompagnement spécifique des chefs de délégation
peut être envisagé afin de répondre à leurs besoins spécifiques ou difficultés rencontrées en
commission.
Recommandation 8. [DGALN, DAEI du MTE, SG MTE] Saisir les services ad hoc des
administrations centrales afin d?établir un programme de formation destinés aux différents
acteurs concernés par les sujets transfrontaliers. Élaborer un socle de base obligatoire pour
les agents représentants la France dans les comités internationaux (gouvernance, groupes
d?expert, groupes de travail), et définir les approfondissements nécessaires pour les chefs
de délégation.
Une fois formés, les membres des délégations doivent être valorisés pour le travail effectué au sein
des commissions.
Le coût d?entrée dans les sujets transfrontaliers est important, la participation aux commissions est
chronophage et l?investissement des agents dans ces thématiques n?est que rarement valorisé
dans leur parcours de carrière (y compris à l?échelle d?un même service). Il y a là des perspectives
d?évolution importante. La mission a constaté que la participation aux commissions était rarement
incluse dans les fiches de poste. Les inclure explicitement serait un levier de transformation assez
simple à mettre en oeuvre. Les entretiens annuels sont également une occasion de valoriser la
22 Notamment dans les services préfectoraux
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 55/110
participation aux commissions. On pourrait en outre envisager que des agents du MI ou du MTE
investis sur le transfrontalier puissent rester plus que deux/trois ans en poste sans être pénalisés
dans la suite de leur carrière. La mission considère qu?une stabilité plus grande des équipes (avec
des agents en poste quatre ou cinq ans) serait fortement bénéfique pour la France pour les sujets
transfrontaliers.
Par ailleurs, la mission préconise que la valorisation de la participation aux commissions
internationales puisse être renforcée en intégrant de manière plus claire cette activité dans
les critères d'évaluation des comités de domaine du MTE. Ces comités, chargés d'évaluer les
compétences et les parcours professionnels des agents dans leurs domaines respectifs, pourraient
ainsi reconnaître l'engagement dans la comitologie internationale comme un élément significatif de
développement professionnel et de contribution aux objectifs stratégiques du ministère. Il serait
également opportun que les managers encouragent les agents impliqués dans ces commissions à
soumettre leurs dossiers pour une qualification en comité de domaine, afin de valoriser leur
expertise et leur investissement dans ces instances internationales.
Recommandation 9. [DREAL et autres services concernés] S?assurer de la bonne intégration
dans les fiches de poste de l?implication des agents dans les commissions transfrontalières
et de leur valorisation dans les éléments des évaluations annuelles.
Recommandation 10. [SG MEAE, MI et Ministères « Territoires, Écologie, Logement », CGDD,
CMVRH] Intégrer des éléments de valorisation des compétences acquises par la
participation aux commissions internationales dans les parcours professionnels,
notamment dans le cadre de démarches du type comités de domaine.
De plus, il serait pertinent de réfléchir au fléchage de certains postes pour des agents ayant
déjà une expérience dans les commissions internationales. Cette démarche permettrait de
capitaliser sur leur expertise spécifique et d'assurer une continuité dans la représentation française
au sein des instances transfrontalières. En reconnaissant officiellement cette compétence dans les
processus de recrutement et de mobilité interne, le ministère favoriserait le développement de
carrières intégrant une composante internationale forte, renforçant ainsi l?intérêt pour ces missions,
ainsi que l'efficacité et l'influence de la France dans ces domaines stratégiques.
Enfin, il serait bénéfique d'identifier suffisamment tôt des personnes ayant le profil pour
exercer les fonctions de secrétaire général de certaines commissions internationales. En
encourageant et en soutenant les agents qui disposent de la motivation, des compétences et de
l'expérience requises pour assumer de telles responsabilités, la France pourrait accroître son
influence et sa visibilité au sein de ces instances. La nomination de représentants français à ce
type de postes clés renforcerait notre capacité à orienter les travaux des commissions et à
promouvoir ses priorités stratégiques. Cela implique de repérer tôt les talents potentiels et de leur
offrir des opportunités de développement professionnel ciblées, afin de les préparer à assumer ces
fonctions.
4.4 Capitalisation
Une fois les différents axes de la stratégie nationale posés, il faut inscrire celle-ci dans la durée.
Dans un contexte budgétaire qui laisse peu de marges de manoeuvre en termes d?effectifs, mais
également dans un système administratif français qui favorise les changements de postes
fréquents, la capitalisation des données et informations qui concernent la comitologie fluviale
internationale est indispensable.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 56/110
La mission a rencontré des difficultés à rassembler l?ensemble des documents (conventions, traités,
accords, comptes-rendus de réunions, synthèses régionales sur les problématiques fluviales, etc.)
concernant la comitologie fluviale dans la mesure où il n?existait pas de fonds de dossier
synthétisant l?ensemble de la matière relative aux domaines traités par les commissions. La
documentation existe mais reste inégale selon les bassins versants et l?ensemble des acteurs
concernés n?en avait pas nécessairement connaissance. La mémoire des informations échangées
en commission et des décisions actées est davantage une mémoire humaine d?agents impliqués
pour des raisons personnelles dans les questions transfrontalières. Cela pose plusieurs difficultés :
d?une part cette mémoire n?est pas nécessairement entretenue en cas de changement de postes
ou de départ de l?agent en question. D?autre part, cette mémoire est nécessairement partielle et
partiale en fonction de l?agent qui a capitalisé les ressources : un agent de la DREAL ne va pas
prioriser les sujets de la même manière qu?un agent de préfecture. La documentation est beaucoup
plus structurée chez les opérateurs comme VNF et EDF ce qui y facilite la prise de décision. En
outre cette absence d?historique sur le temps long fragilise les délégations françaises quand elles
ont en face des interlocuteurs en poste depuis longtemps et ayant une connaissance fine des
travaux antérieurs.
Il semble logique que ce fonds de dossier soit produit par les DREAL qui sont au centre de la
gouvernance des commissions fluviales mais cela n?empêche pas l?apport de l?expertise d?autres
services déconcentrés ou des opérateurs. Surtout il ne s?agit pas de créer uniquement un fonds de
dossier papier transmis au gré des changements de poste, la mémoire des commissions doit rester
vivante et être enrichie, discutée, partagée entre tous les acteurs concernés. La mise en place par
la mission internationale de la DEB d?un portail intranet sur les commissions fluviales
internationales, alimenté ensuite par chaque délégation, permettrait de centraliser l?information
mais aussi de faciliter les échanges en interministériel et au sein des délégations en dehors des
réunions en présentiel.
Ce portail pourrait ainsi prévoir une rubrique « traités et conventions » pour l?information d?échelle
nationale, une rubrique « ressources par bassin », ainsi qu?un forum afin d?échanger sur les
difficultés rencontrées. Cela permettait entre autres des discussions interbassins car en face de
chaque délégation française il peut y avoir un seul et même interlocuteur étranger quand les
mêmes pays sont concernés (pour la CIE et les CIPMS par exemple).
La DEB peut également envisager de porter le développement d?un service numérique du type
Expertises-Territoires conçu par le Cerema, ou d?un outil similaire développé avec l?incubateur de
l?ANCT. Cette dernière n?ayant pas dans son portefeuille les problématiques transfrontalières en
dehors de la gestion des fonds européens, le portage de ce type d?application pour les
commissions fluviales internationales paraît moins envisageable à court terme. Toutefois, on peut
imaginer à long terme une réflexion interministérielle sur la définition de programmes
transfrontaliers animés par l?ANCT, ce qui permettrait de développer une ingénierie spécifique utile
à l?ensemble des acteurs des bassin fluviaux internationaux.
Recommandation 11. [DREAL ; DEB] Systématiser la production par les DREAL d?un fonds
de dossier sur la comitologie fluviale internationale, afin d?entretenir la mémoire des
échanges et de favoriser la transmission au gré des changements de postes. Assurer la
centralisation à la DEB des documents juridiques et administratifs (à date et à venir) qui
fondent la comitologie fluviale internationale et permettent de justifier les mandats des
différentes délégations et créer un espace intranet dédié qui puisse être alimenté en
interministériel et par tous les acteurs concernés.
A moyen terme, il serait intéressant pour la DEB d?évaluer les potentielles économies de moyens
entraînées par une telle mutualisation.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 57/110
4.5 Animation
En définitive, afin d?entretenir la mémoire des travaux des commissions, de mieux coordonner les
acteurs à toutes les échelles, de mieux identifier les personnes compétentes sur les sujets
transfrontaliers et utiliser au mieux les compétences, il apparaît nécessaire de davantage animer
le réseau des acteurs impliqués dans les commissions fluviales internationales. Une telle animation
doit être d?abord pensée dans une approche globale et interministérielle. Cela implique davantage
d?échanges entre le MEAE, le MI et le MTE. Cela pourrait se traduire par une rencontre annuelle
entre la mission internationale de la DEB, l?ambassadeur pour les commissions
intergouvernementales et la coopération transfrontalière et la DAEI du MI. Les conseillers
diplomatiques placés auprès des préfets de région pourraient jouer un rôle clé dans cette animation
dans la mesure où ils peuvent constituer un relais précieux entre le niveau national et les
problématiques régionales et locales. Surtout il paraît indispensable de renforcer l?animation par
les préfets coordonnateurs de bassin de la coopération transfrontalière qui semble partout
insuffisante selon les interlocuteurs rencontrés par la mission. Les préfets de départements ou les
sous-préfets d?arrondissement directement concernés sur leur territoire par les sujets
transfrontaliers devraient être davantage impliqués dans ce réseau d?acteurs. Actuellement ils
semblent très isolés au sein du système d?acteurs, alors qu?ils peuvent avoir une connaissance fine
du terrain et que leur regard peut se révéler très précieux.
La DREAL Grand Est a organisé en avril 2024 des ateliers pour faire le bilan des difficultés
rencontrées lors des commissions par les différents membres. Ces ateliers tenus sur deux jours
ont été très constructifs selon les participants. La DREAL déplore cependant l?absence de la DEB
et de la préfecture au-delà du seul conseiller diplomatique. De tels exercices devraient être
organisés régulièrement dans tous les bassins concernés23.
Recommandation 12. [DGALN] Constituer et animer un réseau des acteurs représentant la
France aux différents niveaux des commissions internationales fluviales. Pour le cas
spécifique des régions dialoguant avec un ensemble d?acteurs identiques (Grand Est et
Hauts-de-France d?une part, Bourgogne-Franche-Comté et Auvergne-Rhône-Alpes d?autre
part), décliner ce réseau à leur échelle.
L?animation du réseau d?acteurs impliqués dans les commissions fluviales passe en outre par la
mise en place de systèmes de compagnonnage afin de faciliter l?arrivée de nouveaux
membres/chefs de délégation et de faciliter la transmission des données tant techniques que
juridiques et diplomatiques. Il s?agit de déterminer quel(s) acteur(s) ou service(s) sont les mieux à
même de mettre en place ce type d?accompagnement.
Le réseau des acteurs impliqués dans les commissions fluviales internationales ne doit pas se
réduire aux seuls services de l?État. Le retour d?expérience, souvent très concret, des collectivités
locales peut être intéressant. Un travail partenarial avec les régions pourrait être mise en place sur
des sujets bien identifiés.
Enfin, la création d?un réseau permettrait de faciliter l?identification d?un vivier de compétences pour
assurer la représentation de la France au bon niveau. Comme indiqué précédemment, la création
de ce vivier passe aussi par une réflexion ministérielle, voire interministérielle, plus large sur les
carrières des agents impliqués dans les sujets transfrontaliers.
Le schéma présenté en page suivante reprend les principales actions permettant de mettre en
oeuvre la stratégie nationale esquissée par la mission. Il permet également d?apporter un cadrage
temporel pour leur déploiement.
23 La DREAL Hauts-de-France est d?ailleurs venue assister à l?exercice.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 58/110
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 59/110
Conclusion
Le travail de la mission a permis de faire un état des lieux de l?ensemble des commissions fluviales
internationales dans lesquelles la France est impliquée et de compiler les textes associés à cette
comitologie, travail de synthèse et de centralisation qui semble n?avoir jamais été réalisé jusque-
là. La comitologie fluviale internationale est foisonnante, avec 150 instances recensées par la
mission, correspondant aux travaux liés à 28 traités ou accords internationaux. Elle concerne
principalement le bassin versant du Rhin et de ses affluents (87 des 150 instances considérées)
mais les enjeux sont également nombreux pour les bassins de l?Escaut, de la Meuse, du Doubs et
du Rhône. Les cours d?eau frontaliers espagnols semblent être moins importants d?un point de vue
national. La gestion locale transfrontalière n?y est pas fluide pour autant, ce qui crée de nombreux
blocages. Seule la frontière italienne est peu concernée, au niveau national, par ces
problématiques.
L?analyse de l?ensemble des commissions hexagonales a permis de soulever un certain nombre
de problématiques comme les difficultés rencontrées par les délégations françaises pour envoyer
des agents dans l?ensemble des groupes et sous-groupes faute d?effectifs suffisants, ou l?absence
de mandat qui nuit à la légitimité ou au positionnement des délégations françaises. En outre, les
commissions internationales sont trop souvent considérées soit comme des instances techniques
gérées par les experts de terrain, soit comme des entités politiques au sein desquelles des
stratégies globales sont négociées indépendamment des problématiques spécifiques. D?une
manière plus générale, l?étude de la comitologie fluviale internationale reflète la faible prise en
compte de l?échelle européenne et des enjeux transfrontaliers par l?administration, malgré des
efforts ces dernières années pour mieux appréhender les spécificités de la coopération
transfrontalière.
Des leviers d?amélioration à différentes échelles peuvent être mobilisés. Il s?agit en premier lieu de
proposer une vision interministérielle claire et qui articule davantage les enjeux techniques et
diplomatiques. L?administration centrale, et en particulier la mission internationale de la DEB
directement en charge des commissions, doit définir quels sont les objectifs de ces commissions
pour la France et quels y sont les priorités pour notre pays. Le pilotage de l?ensemble des
commissions à l?échelle nationale peut être rendu plus efficace grâce à la mise en réseau de
l?ensemble des acteurs concernés et à la capitalisation de l?ensemble du travail mené dans chaque
commission. A l?échelle des différents bassins versants, des réunions plus fréquentes sous l?égide
du préfet coordonnateur de bassin et en partenariat avec la DEB permettraient de clarifier les
mandats des délégations en amont des commissions. La mission préconise de davantage associer
les CDPR en amont des commissions afin d?intégrer les questions techniques dans un contexte
stratégique plus vaste et de davantage faire le lien entre problématiques locales et postures
nationales. L?amélioration du système existant passe enfin par, d?une part davantage de formation
des agents membres des délégations afin de leur permettre d?acquérir une culture diplomatique et
des outils de négociation, d?autre part par une plus grande valorisation dans les parcours de
carrière des compétences acquises dans ce travail à l?international, travail qui implique un coût
d?entrée non négligeable et qui nécessiterait une plus grande stabilité des effectifs.
Certaines des mesures mises en avant dans ce rapport sont peu coûteuses et peuvent être mises
en oeuvre à court terme et permettre d?améliorer le quotidien des agents et l?efficacité de l?action
collective. D?autres, comme la question du renforcement des effectifs, apparaissent comme
indispensables au long cours mais plus difficiles à arbitrer. Cela renvoie à la question des
priorisations à effectuer rapidement, dans un cadre interministériel.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 60/110
Stéphanie Beucher
Fabien Palhol
Inspectrice générale adjointe de
l'administration
Inspecteur
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état de lieux et nouvelles stratégies
Page 61/110
Annexes
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état de lieux et nouvelles stratégies
Page 62/110
Annexe 1. Lettre de mission
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état de lieux et nouvelles stratégies
Page 63/110
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état de lieux et nouvelles stratégies
Page 64/110
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 65/110
Annexe 2. Liste des personnes rencontrées
Nom Prénom Organisme Fonction
LAUNOIS Lionel DGALN/DEB
Chef de la Mission de coordination
européenne et internationale
BERTHET Lionel Direction générale de la prévention des risques, MTE
Sous-directeur de la connaissance des
aléas et de la prévention
PERROT Etienne Direction générale de l?énergie et du climat, MTE
Chef de bureau énergies renouvelables
marines et hydrauliques SD3/3A
LAILHEUGUE François Direction générale de l?énergie et du climat, MTE
Adjoint au chef du bureau 3A du pôle
hydroélectricité SD3/3A
CHARRIER Aude
Direction de l?action européenne et internationale,
MTE
Sous-directrice de l?action européenne
RAMET Philippe
Direction de l?action européenne et internationale,
MTE
Adjoint à la sous-directrice de l?action
européenne
DE HARTINGH-BOCA Ghislaine
Direction de l?action européenne et internationale,
MTE
Chargée de mission enjeux multilatéraux
et suivi bilatéral
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 66/110
Nom Prénom Organisme Fonction
PIERRESTEGUY Grégory
Direction Générale de l'Aménagement, du Logement
et de la Nature, Sous-direction Territoires et Usagers
Adjoint à la Sous-directrice
PACCHIONI Kévin DGALN sous-direction Territoires/usagers Référent territorial « territoire et usagers »
PHANTHARANGSI Maryvonne Direction de l?eau et de la biodiversité, MTE
Coordonnatrice Europe et International
sur les sujets eau
DOUBLIC Thomas DGITM/DTFFP/ Département des transports fluviaux Chef du département
TEMPEZ Georges
Inspection générale de l?environnement et du
développement durable
Coordonnateur de la Mission d?inspection
générale territoriale de Metz
TORTEROTOT Jean-Philippe
Inspection générale de l?environnement et du
développement durable
Inspecteur général
DORLIAT-POUZET Isabelle Direction générale des collectivités locales
Sous-directrice, Compétences et
Institutions locales
COMPTE François Direction générale des collectivités locales
Chargé de mission au sein du bureau des
services publics locaux
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 67/110
Nom Prénom Organisme Fonction
WENNER Léonard Direction générale des collectivités locales
Chargé de mission au sein du bureau des
structures territoriales
LAPOUZE Patrick
Direction des affaires européennes et internationales,
Ministère de l?Intérieur
Directeur de projet
VOIRY Philippe MEAE
Ambassadeur pour les commissions
intergouvernementales, la coopération et
les questions frontalières
MIQUEL Pierre-Alexandre Direction de l?Union européenne, MEAE Directeur adjoint de l?Union européenne
GUIBERT Thomas Direction de l?Union européenne, MEAE Sous-directeur Europe 2
SANTILLI Corentin Direction de l?Union européenne, MEAE
Rédacteur chargé des relations
frontalières franco allemandes au sein de
la Mission de l?Allemagne et de l?Europe
alpine et adriatique
BELLENGER Dominique Direction des affaires juridiques du MEAE Adjoint de direction juridique
KONINCKX Fanny-Tsilla
Sous-Direction de l?Environnement et du Climat du
MEAE
Rédactrice - Eau et assainissement/
Gestion intégrée des ressources en eau/
Eaux transfrontalières
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 68/110
Nom Prénom Organisme Fonction
BLANC Frédéric
Délégation pour les collectivités territoriales et la
société civile, Direction générale de la mondialisation,
MEAE
Chargé de mission, Secrétaire général
adjoint de la Commission Nationale de la
Coopération Décentralisée, Pôle action
extérieure des collectivités territoriales
AFLALO Myriam
Délégation pour les collectivités territoriales et la
société civile, Direction générale de la mondialisation,
MEAE
Chargée de mission à la Délégation à
l?action extérieure des collectivités
territoriales
FARRET Régis
Représentation permanente de la France auprès de
l'Office des Nations unies à Genève et des
organisations internationales en Suisse
Conseiller Développement durable
BOUJU Samuel Préfecture de la région Grand Est SGARE
LACOSTE Philippe Préfecture de la région Grand Est
Conseiller diplomatique auprès du préfet
de région
DELACROY Jean-Gabriel Préfecture des Hauts-de-France
Secrétaire général pour les affaires
régionales
DELANNOY Hasiniaina Préfecture des Hauts-de-France
Chargée de mission Europe et
international auprès du préfet de la
région, SGAR
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 69/110
Nom Prénom Organisme Fonction
NORDI Hugues Préfecture de Bourgogne Franche-Comté
Conseiller diplomatique auprès du préfet
de région
BASTILLE Rémi Préfecture du Doubs Préfet
MATHEY Stéphanie DREAL Grand Est Directrice adjointe
MAZOYER David DREAL Grand Est Directeur adjoint
JELDEN Stella DREAL Grand Est / Direction
Directrice de projet Rhin et espaces
rhénans
HESTROFFER Philippe DREAL Grand Est / SPRNH / PMM Chef du pôle Meuse-Moselle
SOLTERMANN Yohan DREAL Grand Est / SPRNH / PMM / UH
Chef de l?unité Hydrométrie Meuse
Moselle
THOUVENOT Éric DREAL Grand Est / SPRNH / PRSC
Adjoint au chef du pôle Rhin et systèmes
connexes
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 70/110
Nom Prénom Organisme Fonction
ZILLHARDT Delphine DREAL Grand Est / SPRNH / PRS Cheffe du pôle Rhin-Sarre
LOMBARD Aline DREAL Grand Est / SEBP
Adjointe au chef du service Eau
Biodiversité Paysages, et adjointe au
délégué de bassin
MARCHAL Françoise DREAL Grand Est / SEBP / MAREB
Cheffe de la mission Axe rhénan : eau et
biodiversité
HALAIS Camille DREAL Grand Est / SEBP / MAREB
Chargée de mission Affaires
internationales
BACHMANN Vincent DREAL Grand Est / SEBP / MARPEN
Adjoint au chef de la mission Animation
régionale des polices de l?eau et de la
nature
CLERMONT-BROUILLET Florence DREAL Hauts-de-France Directrice adjointe
PREVOST Olivier DREAL Hauts-de-France Chef du pôle Délégation de bassin
DELORME Thierry DREAL Bourgogne-Franche-Comté Directeur adjoint
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 71/110
Nom Prénom Organisme Fonction
SION Antoine DREAL Bourgogne-Franche-Comté
Chef de service adjoint Biodiversité Eau
et Patrimoine
REGNIER Élise DREAL Auvergne-Rhône-Alpes Directrice adjointe
DAGUILLON David DREAL Auvergne-Rhône-Alpes / EHN Chef de projet
BLANC Michel DREAL Occitanie
Directeur adjoint, Direction des risques
naturels
SPYRATOS Vassilis DREAL Occitanie Direction de l?écologie
ASSADET Damien
Direction départementale des territoires de Haute-
Savoie
Chef du service eau et environnement
FRIEDLING Juliette
Direction départementale des territoires et de la mer
(DDTM) des Pyrénées atlantiques
Cheffe de service Gestion et Police de
l?eau
PAQUIN Philippe
Direction départementale des territoires et de la mer
(DDTM) des Pyrénées atlantiques
Chef du service administration de la mer,
Commandant en second de la station
navale française de la Bidassoa.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 72/110
Nom Prénom Organisme Fonction
HOELTZEL Marc Agence de l?eau Rhin-Meuse Directeur général
SANNIER Clément Agence de l?eau Rhin-Meuse Chef du pôle planification
BOURMAUD David Agence de l?eau Rhin-Meuse Chargé de mission international
CHOISY Guillaume Agence de l?eau Adour-Garonne Directeur
FILAUDEAU Sébastien Agence de l?eau Adour-Garonne
Chargé de mission
Délégation aux relations extérieures et à
la coopération internationale
MOULIS Marie-Christine
Agence de l?eau Adour-Garonne
Coordinatrice territoriale Garonne
MABRUT Véronique Agence de l?eau Adour-Garonne
Directrice, Délégation Adour et
côtiers24/09
RAMBEAU Christophe Agence de l?eau Adour-Garonne Coordonnateur territorial
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 73/110
Nom Prénom Organisme Fonction
MOURLON Nicolas Agence de l?eau Rhône Méditerranée Corse Directeur général
CHANTEPY Nicolas Agence de l?eau Rhône Méditerranée Corse Directeur général adjoint
BONACINA Karine Agence de l?eau Rhône Méditerranée Corse Directrice de la délégation de Montpellier
ROSSI Vivien Agence de l?eau Rhône Méditerranée Corse
Chef du service territorial Doubs,
Délégation de Besançon
LAVELLE Perrine
Voies Navigables de France
Cheffe de pôle Europe
RYCKEBUSCH Gilles Voies Navigables de France Nord-Pas-de-Calais
Directeur territorial
MATRAT Olivier Voies Navigables de France Nord-Pas-de-Calais Directeur territorial adjoint
VALENTIN Sophie-Charlotte Voies Navigables de France Nord-Est Directrice territoriale
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 74/110
Nom Prénom Organisme Fonction
LUGHERINI Xavier Voies Navigables de France Nord-Est
Responsable adjoint de l?arrondissement
Développement de la voie d?eau
QUIQUANDON Yann Voies Navigables de France Strasbourg Directeur territorial
THENOZ Philippe Voies Navigables de France Strasbourg Directeur territorial adjoint
DI CHIARA Valérie Voies Navigables de France Strasbourg
Cheffe du Service Technique de la Voie
d?Eau
KISTLER Jean-Laurent Voies Navigables de France Strasbourg
Chef du Service Développement et des
Relations Institutionnelles
VO Han
Direction Partenariats et financements, Communauté
d?Agglomération Pays Basque (CAPB)
Directrice
PEYRONY Jean Mission Opérationnelle Transfrontalière (MOT) Directeur général
TZETANOVA Petia Mission Opérationnelle Transfrontalière (MOT) Responsable de l?expertise juridique
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 75/110
Nom Prénom Organisme Fonction
DURET Alice Mission Opérationnelle Transfrontalière (MOT)
Chargée de mission études
transfrontalières et transitions
DE CHERGE Bruno EDF Hydro
Directeur Eau, Environnement, Territoires,
Climat
ROYER Jean-Philippe EDF Hydro-Est Attaché relations internationales
THEVENET Régis EDF Hydro-Est
Directeur Concessions, Environnement et
Relations Territoriales
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 76/110
Annexe 3. Glossaire des sigles et acronymes
Acronyme Signification
AERMC Agence de l?eau Rhône Méditerranée Corse
AERM Agence de l?eau Rhin Meuse
ANCT
Agence nationale de la cohésion des
territoires
APAVER
Comité du pilotage du Protocole du 7
septembre 2015 relatif à la gestion
sédimentaire des retenues hydroélectriques
du Haut-Rhône
BRGM
Bureau de recherches géologiques et
minières
CAI Commissions administratives internationales
CAT Conférence Atlantique Transpyrénéenne
CEE-ONU
Commission économique des Nations Unies
pour l?Europe
CDPR
Conseillers diplomatiques auprès des préfets
de région
CERGA Centrale électrique rhénane de Gambsheim
CCNR
Commission centrale pour la navigation du
Rhin
CHR
Commission internationale de l?hydrologie du
bassin du Rhin
CIE Commission internationale de l?Escaut.
CIG Commissions intergouvernementales
CIM Commission internationale de la Meuse
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 77/110
Acronyme Signification
CIP Commission internationale des Pyrénées
CIPMS
Commissions internationales de protection
de la Moselle et de la Sarre
CIPEL
Commission internationale pour la protection
des eaux du Léman
CIPR
Commission internationale pour la protection
du Rhin
CPS
Commission permanente de surveillance
pour l?aménagement hydroélectrique franco-
suisse d?Émosson
CMET Commission mixte des eaux transfrontalières
CTMB Commission technique mixte de la Bidassoa
CTS
Comité technique de surveillance du Mont-
Cenis
DAEI
Direction des affaires européennes et
internationales
DCE Directive cadre sur l?eau
DCTCIV
Délégation pour les collectivités territoriales
et la société civile
DDT Direction départementale des territoires
DDTM
Direction départementale des territoires et de
la mer
DEB Direction de l?eau et de la biodiversité
DGITM
Direction générale des infrastructures, des
transports et des mobilités
DGPR
Direction générale de la prévention des
risques
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 78/110
Acronyme Signification
DHI District hydrographique international
DREAL
Direction régionale de l'environnement, de
l'aménagement et du logement
DUE Direction de l?Union européenne
EPAMA
Établissement public d?aménagement de la
Meuse et de ses affluents
ETP Equivalent temps plein
FEDER Fonds européen de développement régional
GEIE Groupement européen d?intérêt économique
GT Groupe de travail
INRAE
Institut national de recherche pour
l?agriculture, l?alimentation et
l?environnement
MEAE
Ministère de l'Europe et des Affaires
étrangères
MEL Métropole européenne de Lille
MI Ministère de l?Intérieur
MOT Mission opérationnelle transfrontalière
MTE
Ministère de la Transition écologique, de la
Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la
Pêche
OFB Office français de la biodiversité
PFAS
Substances perfluoroalkylées et
polyfluoroalkylées
SG Secrétariat général
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 79/110
Acronyme Signification
SGAR
Secrétariat général pour les affaires
régionales
SGARE Secrétariat général pour les affaires
régionales et européennes
SIDPC Service interministériel de défense et
protection civile
SIM Société internationale de la Meuse
SPC Service de prévisions des crues
VNF Voies navigables de France
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 80/110
Annexe 4. Les conventions de Helsinki (1992) et de New
York (1997)
La convention d?Helsinki
La gestion durable des ressources en eau est aujourd?hui un enjeu crucial à l?échelle mondiale,
notamment dans les zones où ces ressources sont partagées par plusieurs États. La Convention
d?Helsinki de 1992, également connue sous le nom de « Convention sur la protection et l?utilisation
des cours d?eau transfrontières et des lacs internationaux », constitue l?un des instruments
juridiques internationaux les plus importants en matière de coopération transfrontalière sur les
ressources en eau. Adoptée sous l?égide de la Commission économique des Nations unies pour
l?Europe (CEE-ONU), cette convention vise à promouvoir une gestion équitable et durable des
eaux transfrontalières, tout en renforçant la coopération entre les États riverains.
Signée le 17 mars 1992 à Helsinki, en Finlande, elle est entrée en vigueur le 6 octobre 1996, et a
été approuvée par la France en 1998. À l'origine, elle s'adressait principalement aux États
membres de la CEE-ONU, couvrant ainsi l'Europe et une partie de l'Asie centrale. Cependant,
l'adoption en 2013 d'un amendement permettant à des États non membres de la CEE-ONU de
rejoindre la convention a élargi sa portée à l'échelle mondiale.
Le texte de la Convention met en lumière plusieurs principes clés relatifs à la gestion des eaux
transfrontalières, notamment :
? La gestion intégrée des ressources en eau : les États sont encouragés à adopter une
approche globale et durable de la gestion des bassins fluviaux et des systèmes lacustres
qui traversent plusieurs frontières. L'objectif est de concilier les besoins en eau de différents
secteurs, comme l'agriculture, l'industrie, l'environnement et les populations locales.
? La coopération internationale : la Convention encourage la coopération entre les États
riverains pour prévenir, contrôler et réduire les impacts transfrontaliers négatifs des
activités humaines sur les ressources en eau. Cela inclut la pollution, les prélèvements
excessifs d'eau, et les impacts liés aux infrastructures hydrauliques.
? La prévention et la réduction des conflits : en mettant l'accent sur la transparence, le
partage d'informations et la négociation, la Convention vise à prévenir les conflits potentiels
entre les États riverains sur l'utilisation des ressources hydriques.
Les obligations des États parties
Les États qui ont ratifié la Convention d'Helsinki s'engagent à respecter un certain nombre
d'obligations juridiques et pratiques en matière de gestion des ressources en eau partagées. Ces
obligations incluent :
? La prévention, le contrôle et la réduction des impacts transfrontaliers : chaque État partie
doit prendre les mesures appropriées pour prévenir les dommages environnementaux
causés par ses activités sur les eaux transfrontalières. Cela inclut la réduction des
émissions de polluants, la gestion des risques liés aux infrastructures et l'utilisation
rationnelle des ressources en eau.
? La surveillance et l'évaluation : les États parties sont tenus de surveiller régulièrement l?état
écologique des cours d'eau transfrontaliers et des lacs internationaux, et de partager ces
informations avec les autres États riverains. Cette surveillance permet de détecter
rapidement toute détérioration de la qualité des eaux et de prendre des mesures
correctives appropriées.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 81/110
? La notification et la consultation : en cas de projets ou d?activités susceptibles d'avoir un
impact significatif sur les eaux transfrontalières, les États concernés doivent se consulter
et échanger des informations en amont. Cela permet de minimiser les risques de conflits
et d?assurer que toutes les parties prenantes soient informées des conséquences
potentielles de certaines décisions.
? La mise en place d?accords bilatéraux ou multilatéraux : la Convention encourage la
conclusion d?accords spécifiques entre États riverains pour la gestion coordonnée des
bassins fluviaux ou des systèmes lacustres partagés. Ces accords visent à formaliser la
coopération, à définir des objectifs communs et à établir des mécanismes de gestion
concrets, tels que des commissions ou des organes transfrontaliers.
Les mécanismes de coopération transfrontalière
L'un des aspects fondamentaux de la Convention d'Helsinki est l'établissement de mécanismes de
coopération entre les États riverains. Ces mécanismes se déclinent principalement sous la forme
de commissions mixtes, de groupes de travail et d'accords bilatéraux ou multilatéraux. Parmi les
exemples les plus connus de telles coopérations figurent la Commission internationale pour la
protection du Rhin, la Convention pour la protection du Danube, ou encore la Commission
internationale pour la protection des eaux du Léman.
Ces commissions permettent aux États riverains de dialoguer de manière régulière, d?échanger
des données scientifiques et techniques, et de prendre des décisions concertées sur des questions
telles que la gestion des crues, la protection contre la pollution, ou encore la répartition des
ressources en eau. Ce type de coopération contribue à une meilleure gestion intégrée des bassins
versants et à la réduction des tensions entre les pays partageant une même ressource.
La convention de New York
La gestion des cours d?eau internationaux est un défi de plus en plus pressant dans un contexte
marqué par la croissance démographique, le développement économique et les changements
climatiques. Ces ressources partagées, essentielles à la vie humaine, à l?agriculture, à l?industrie
et à la préservation des écosystèmes, nécessitent une coopération efficace entre les États riverains
pour éviter les conflits et assurer une utilisation durable. La Convention de New York de 1997,
intitulée "Convention sur le droit relatif aux utilisations des cours d?eau internationaux à des fins
autres que la navigation", constitue le premier cadre juridique universel sur cette question. Adoptée
par l?Assemblée générale des Nations unies le 21 mai 1997 et entrée en vigueur le 17 août 2014,
elle offre une base pour la gouvernance mondiale des ressources hydriques transfrontalières.
La Convention de New York a été conçue dans un contexte où les tensions liées à l?eau
s?intensifiaient, exacerbées par une demande croissante et des impacts environnementaux
majeurs. Inspirée des travaux de la Commission du droit international, elle vise à codifier des
principes essentiels pour la gestion des cours d?eau partagés, tout en renforçant la coopération
entre les États pour prévenir et résoudre les différends.
Les principes fondamentaux de la Convention
La Convention repose sur trois principes directeurs principaux, qui structurent la gestion des cours
d?eau internationaux :
? L?utilisation équitable et raisonnable : énoncé à l?article 5, ce principe établit que chaque
État riverain a le droit d?utiliser les ressources en eau de manière équitable, tout en prenant
en compte les besoins des autres États partageant le même cours d?eau. Il s?agit
d?équilibrer les usages entre irrigation, approvisionnement en eau potable, production
d?énergie et besoins environnementaux.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 82/110
? L?obligation de ne pas causer de dommage significatif : l?article 7 oblige les États à éviter
toute activité susceptible d?entraîner des impacts négatifs graves sur les autres États
riverains. En cas de préjudice, des consultations doivent être menées pour évaluer et
corriger les impacts.
? La coopération entre les États : l?article 8 encourage les États riverains à travailler
ensemble à travers l?échange de données, la notification préalable et la concertation sur
des projets ou activités ayant un impact transfrontalier. Cette coopération est essentielle
pour garantir une gestion intégrée et harmonieuse des ressources partagées.
Les obligations des États parties
Les États qui adhèrent à la Convention de New York s?engagent à respecter plusieurs obligations
visant à promouvoir une gestion durable des cours d?eau transfrontaliers :
? Notification et consultation : les États doivent informer les autres parties en cas de projets
susceptibles d?affecter un cours d?eau partagé, comme la construction de barrages ou les
prélèvements importants d?eau. Cela permet aux parties concernées d?évaluer ensemble
les impacts et d?éviter les conflits.
? Échange d?informations et surveillance : les États sont tenus de partager régulièrement des
données sur la qualité, la quantité et l?état des cours d?eau, ainsi que sur les projets ou
activités ayant une influence potentielle sur ces ressources.
? Prévention de la pollution : chaque État est responsable de limiter les sources de pollution
transfrontalière afin de préserver la qualité des eaux internationales et de protéger les
écosystèmes aquatiques.
? Protection des écosystèmes : la conservation et la restauration des écosystèmes
aquatiques sont encouragées comme un moyen de garantir la pérennité des ressources
en eau.
Les mécanismes de coopération
La Convention de New York ne prévoit pas de mécanisme institutionnel centralisé pour superviser
sa mise en oeuvre, mais elle propose des outils pour faciliter la coopération entre États :
? Accords bilatéraux ou multilatéraux : les États sont encouragés à conclure des accords
spécifiques adaptés aux caractéristiques des bassins fluviaux ou lacustres qu?ils partagent.
Ces accords peuvent prévoir des mécanismes de gestion conjointe, comme des
commissions transfrontalières.
? Règlement pacifique des différends : la convention promeut la résolution des désaccords
par le dialogue, la médiation ou l?arbitrage, et propose des recours juridiques en dernier
ressort, comme l?intervention de la Cour internationale de justice.
Impact et défis de mise en oeuvre
Bien que la Convention de New York ait mis près de deux décennies à entrer en vigueur, elle
représente une avancée majeure pour le droit international de l?eau. Son adoption a permis de
codifier des principes clés pour une gestion pacifique et durable des cours d?eau internationaux.
Toutefois, son application reste limitée par le faible nombre de ratifications : seuls 39 États y sont
parties en 2024. Ce déficit réduit son influence dans les régions les plus touchées par les tensions
liées à l?eau, notamment en Afrique et en Asie.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 83/110
Malgré cela, la Convention a inspiré de nombreux accords régionaux et bilatéraux, comme ceux
pour le bassin du Mékong ou du Nil, et elle sert de référence dans les négociations internationales.
À mesure que les impacts des changements climatiques et de la pression démographique
s?intensifient, l?importance de ce cadre juridique ne cesse de croître.
Comparaison entre les Conventions d'Helsinki (1992) et de New York
(1997) sur le droit international de l'eau
Les ressources en eau douce, essentielles à la vie et au développement économique, sont souvent
partagées entre plusieurs États, ce qui engendre des défis juridiques et politiques complexes. Deux
conventions internationales majeures ont été adoptées pour encadrer l'utilisation et la protection
des cours d'eau transfrontaliers : la Convention d'Helsinki de 1992 sur la protection et l'utilisation
des cours d'eau transfrontaliers et des lacs internationaux, et la Convention de New York de 1997
sur le droit relatif aux utilisations des cours d'eau internationaux à des fins autres que la navigation.
Bien que ces deux instruments visent à réguler les mêmes ressources, ils présentent des
approches et des dispositions distinctes qui méritent une analyse comparative.
Portée et objectifs des conventions
La Convention d'Helsinki, élaborée sous l'égide de la Commission économique pour l'Europe des
Nations Unies (CEE-ONU), se concentre principalement sur la protection de l'environnement
aquatique. Elle vise à prévenir, contrôler et réduire les impacts transfrontaliers négatifs sur les
ressources en eau, en mettant l'accent sur la qualité de l'eau et la préservation des écosystèmes
aquatiques. Cette convention est conçue comme un accord environnemental multilatéral (AEM) et
prévoit des mécanismes institutionnels pour soutenir sa mise en oeuvre, notamment à travers des
réunions des Parties et des organes subsidiaires.
En revanche, la Convention de New York, résultat des travaux de la Commission du droit
international (CDI), s'attache principalement à codifier les principes du droit international relatifs à
l'utilisation équitable et raisonnable des cours d'eau internationaux. Elle aborde les questions de
répartition de l'eau entre les États riverains et établit des règles pour prévenir les dommages
significatifs causés par une utilisation non durable des ressources en eau.
Compatibilité et complémentarité entre les conventions
Malgré des différences d'approche, les deux conventions sont largement compatibles et
complémentaires. La Convention de New York, bien que centrée sur la répartition et l'utilisation
équitable de l'eau, intègre également des dispositions environnementales significatives,
reconnaissant l'importance de la protection et de la préservation des écosystèmes aquatiques. De
même, la Convention d'Helsinki, tout en mettant l'accent sur la qualité de l'eau et la protection de
l'environnement, englobe les principes fondamentaux de l'utilisation équitable et raisonnable des
ressources en eau.
La complémentarité entre les deux conventions se manifeste notamment dans les cas où l'une
fournit des orientations plus détaillées ou strictes que l'autre. Par exemple, la Convention d'Helsinki
offre des lignes directrices plus précises pour la prévention des impacts transfrontaliers, tandis que
la Convention de New York fournit un cadre juridique solide pour la répartition équitable des
ressources en eau.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 84/110
Principes substantiels : utilisation équitable et règle de non-dommage
Les deux conventions intègrent les principes fondamentaux du droit international de l'eau : le
principe de l'utilisation équitable et raisonnable et la règle de non-dommage.
Dans la Convention de New York, ces principes sont codifiés aux articles 5 à 7. Le principe de
l'utilisation équitable et raisonnable est énoncé à l'article 5, qui oblige les États à utiliser un cours
d'eau international de manière équitable et raisonnable, en tenant compte des besoins et des
circonstances de chaque État riverain. L'article 7 introduit la règle de non-dommage, exigeant des
États qu'ils prennent toutes les mesures appropriées pour prévenir les dommages significatifs aux
autres États riverains.
Dans la Convention d'Helsinki, le principe de non-dommage est mis en avant dès l'article 2, qui
stipule que les Parties doivent prendre toutes les mesures appropriées pour prévenir, maîtriser et
réduire tout impact transfrontière. Le principe de l'utilisation équitable est également présent, bien
que formulé dans le contexte de la prévention des dommages environnementaux.
La différence réside principalement dans la manière dont ces principes sont articulés. La
Convention de New York les présente comme des obligations distinctes mais égales, tandis que
la Convention d'Helsinki les intègre dans un cadre normatif axé sur la protection de l'environnement.
Obligations procédurales et coopération
La coopération entre les États riverains est un élément clé des deux conventions, mais elles
abordent cette question de manière différente.
La Convention d'Helsinki impose une obligation forte de coopération institutionnelle. Elle exige la
conclusion d'accords bilatéraux ou multilatéraux et la création d'organismes communs pour la
gestion des cours d'eau transfrontaliers. Ces organismes ont pour mission de développer des
objectifs communs en matière de qualité de l'eau, de surveiller les ressources en eau et de faciliter
l'échange d'informations.
La Convention de New York, bien qu'elle reconnaisse l'importance de la coopération, ne rend pas
obligatoire la création d'organismes communs. L'article 8 suggère simplement que les États
"pourraient" envisager de créer de tels mécanismes. Néanmoins, la convention contient des
obligations procédurales détaillées, notamment en matière de notification et de consultation sur les
mesures prévues qui pourraient avoir un impact sur d'autres États riverains.
Applicabilité sous le droit international
Du point de vue du droit des traités, les deux conventions peuvent s'appliquer simultanément aux
États qui sont parties aux deux instruments, à condition qu'il n'y ait pas de conflit entre leurs
dispositions. L'article 30 de la Convention de Vienne sur le droit des traités prévoit que lorsque
deux traités successifs portent sur le même sujet, les dispositions du traité le plus récent
s'appliquent, sauf si les parties ont manifesté une intention différente.
Dans le cas des Conventions d'Helsinki et de New York, il n'y a pas de conflit direct, mais plutôt
une complémentarité. La Convention de New York, à l'article 3, précise qu'elle ne porte pas atteinte
aux droits et obligations des États découlant d'accords antérieurs, sauf si un accord contraire est
conclu. Cela signifie que les États parties aux deux conventions peuvent appliquer les dispositions
les plus strictes ou les plus détaillées de l'une ou l'autre, renforçant ainsi le cadre juridique de la
gestion des ressources en eau transfrontalières.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 85/110
Annexe 5. La Directive-cadre sur l'eau : un pilier de la
gestion transfrontalière des cours d'eau en
Europe
La Directive-cadre sur l'eau (DCE ; 2000/60), adoptée le 23 octobre 2000 par le Parlement
européen et le Conseil de l'Union européenne, constitue un cadre juridique essentiel pour la
protection et la gestion durable des ressources en eau au sein de l'Union. Elle vise à prévenir et à
réduire la pollution, à promouvoir une utilisation durable de l'eau, à protéger l'environnement
aquatique et à atténuer les effets des inondations et des sécheresses. La DCE a un impact
significatif sur la comitologie internationale fluviale, renforçant la coopération entre les États
membres pour la gestion des bassins hydrographiques transfrontaliers.
Objectifs et exigences de la Directive-cadre sur l'eau
La DCE établit un objectif ambitieux : atteindre un "bon état" écologique et chimique pour toutes
les masses d'eau de surface (cours d'eau, lacs, eaux côtières et eaux de transition) et un "bon état"
quantitatif et chimique pour les eaux souterraines. Initialement fixé pour 2015, cet objectif a été
étendu à 2021 et 2027 pour certaines masses d'eau présentant des défis particuliers.
Pour atteindre ces objectifs, la DCE impose plusieurs obligations aux États membres :
? Gestion par district hydrographique : les États membres doivent organiser la gestion de
l'eau par district hydrographique, qui correspond à une zone géographique basée sur un
bassin versant plutôt que sur des frontières administratives. Cela encourage une approche
intégrée et cohérente de la gestion de l'eau.
? Analyse des pressions et impacts : les États doivent réaliser une analyse exhaustive des
caractéristiques de chaque district, identifier les pressions anthropiques significatives et
évaluer les impacts sur l'état des eaux.
? Surveillance de l'état des eaux : la mise en place de programmes de surveillance est
obligatoire pour suivre l'évolution de l'état des eaux et évaluer l'efficacité des mesures
prises.
? Élaboration de Plans de gestion des bassins hydrographiques : chaque État membre doit
élaborer un plan de gestion pour chaque district, détaillant les mesures nécessaires pour
atteindre les objectifs environnementaux fixés.
? Participation du public : La DCE insiste sur l'importance de l'information, de la consultation
et de la participation active du public et des parties prenantes dans l'élaboration et la mise
en oeuvre des plans de gestion.
? Coopération internationale : Pour les districts hydrographiques s'étendant sur plusieurs
États membres ou impliquant des pays tiers, la DCE exige une coordination des efforts
pour assurer une gestion cohérente du bassin dans son ensemble.
Impact sur la comitologie internationale fluviale
La DCE a renforcé la nécessité d'une coopération transfrontalière étroite, impactant directement la
comitologie internationale fluviale. Elle a conduit à la création ou au renforcement de commissions
internationales de bassins, impliquant les États riverains dans une gouvernance commune des
ressources en eau.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 86/110
La DCE encourage également les États membres à harmoniser leurs politiques de l'eau, leurs
méthodes d'évaluation et leurs mesures de gestion. Cela facilite la mise en oeuvre de stratégies
cohérentes à l'échelle du bassin, évitant les approches fragmentées. Les pays partageant un
bassin transfrontalier doivent collaborer pour élaborer des plans de gestion intégrés. Cela implique
un partage de données, une concertation sur les mesures à prendre et une coordination des
éléments de planification. Les problématiques telles que la pollution transfrontalière, la gestion des
risques d'inondation, la préservation de la biodiversité aquatique ou l'adaptation au changement
climatique nécessitent une approche concertée. La DCE facilite la mise en place de projets et de
programmes communs pour relever ces défis.
Enfin, la DCE a indirectement consolidé le rôle des commissions internationales existantes, comme
celles du Rhin, de la Meuse ou de l'Escaut, qui se voient confier la coordination de la mise en
oeuvre de la directive au niveau de leur bassin respectif. Ces commissions servent de plateformes
pour l'échange d'informations, la résolution de problèmes et la prise de décisions communes.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 87/110
Annexe 6. Cartographie des commissions
Cette annexe a pour but de présenter les commissions considérées dans ce rapport en les
contextualisant dans leur bassin respectif. Elle est complétée par un rapport annexe qui répertorie
les principaux textes et traités fondant les commissions prises en compte.
Escaut
L'Escaut est un fleuve transfrontalier d'une importance majeure pour l'Europe du Nord-Ouest. Il
prend sa source dans le département de l'Aisne en France et son bassin versant, d?environ
21 900 km², couvre des territoires en France, en Belgique et aux Pays-Bas. Il parcourt près de
360 kilomètres avant de se jeter dans la mer du Nord près d'Anvers, deuxième plus grand port
européen de marchandises. Le district hydrographique international de l?Escaut est un des plus
industrialisés et les plus peuplés d?Europe.
En 1994 les gouvernements de la République Française, de la Région Wallonne, de la Région
Flamande, de la Région de Bruxelles-Capitale et du Royaume des Pays-Bas ont signé l?Accord sur
la protection de l?Escaut et ont créé une Commission Internationale pour la Protection de l?Escaut
(CIPE). Suite à l?entrée en vigueur de la Directive Cadre européenne sur l?Eau, un nouvel Accord
de l?Escaut est signé. Il prévoit notamment une nouvelle dénomination pour la CIPE ; la
Commission internationale de l?Escaut (CIE). Son secrétariat permanent est situé à Anvers.
Commission internationale de l?Escaut
Convention Accord de Gand, 2002
Acteurs
République française ; Royaume de Belgique ; Région de Bruxelles-
Capitale ; Région flamande ; Région wallonne de Belgique ; Royaume des
Pays-Bas
Délégation FR Préfet des Hauts-de-France ; DREAL ; Agence de l?eau ; OFB ; VNF ; MEL
Thématiques Eau : quantitatif ; Eau : qualitatif ; Inondations ; Pollutions
Structuration
1 assemblée plénière ; Réunion des chefs de délégation ; 4 Groupes de
travail ; 2 groupes de projet
Éléments
budgétaires
431 000 euros dont 172 400 pour la France
L?Escaut fait également l?objet d?une comitologie spécifique lié à l?aménagement de la liaison Seine-
Escaut, située sur le tracé du corridor « Mer du Nord-Rhin-Méditerranée », validé par la
Commission Européenne le 27 juin 2019 (décision 2019/1118). Cet aménagement de 1 100 km de
voies fluviales au gabarit européen, dont la création d?un nouveau canal de 107 km (le canal Seine-
Nord-Europe) concerne traverse la France et la Belgique (Flandres, Wallonie). Il s?agit d?un projet
de grande envergure pour le développement du transport fluvial et la navigation intérieure par la
mise en réseau de 5 grands ports maritimes (Le Havre, Rouen, Dunkerque, Anvers et Zeebrugge),
60 ports intérieurs, 90 ports de plaisance et 360 communes riveraines de la voie d?eau. La
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 88/110
coopération transfrontalière entre les différents opérateurs de transport fluvial est étroite car les
enjeux financiers sont très importants et les acteurs ont obtenu des financements communs. La
mise en place de ce réseau de transport fluvial est accompagnée par le groupement européen
d?intérêt économique (GEIE) Seine-Escaut, instance partenariale créée le 26 mars 2010. Ce GEIE
réunit quatre acteurs de la voie d?eau en France et en Belgique : Voies navigables de France (VNF),
De Vlaamse Waterwag nv (DVW) et le Service Public de Wallonie (SPW), ainsi que la Société du
Canal Seine-Nord Europe (SCSNE), en charge de la construction du canal en France. La
commission intergouvernementale Seine-Escaut est l?organe de gouvernance du GEIE.
Commission intergouvernementale Seine-Escaut
Convention Déclaration ministérielle entre la France, la Flandre et la Wallonie de 2007
Acteurs
République française ; Royaume de Belgique ; région flamande ; région
wallonne
Délégation FR
VNF (direction nationale et territoriale) ; DGITM ; MEAE ; Ministère des
finances ; préfet Hauts de France ; vice-président transport Région Hauts-
de-France ; directeur de projet chargé du développement de l?axe Nord
auprès du préfet des Hauts de France.
Thématiques Transport ; Eau : quantitatif
Structuration
1 assemblée plénière (réunion 1 fois tous les 2 mois) ; 4 GT (dont 1 sur
l?eau)
Sur ce bassin, il existe également un protocole dit « Mageteaux » de coopération transfrontalière
pour sécuriser les territoires situés sous le niveau de la mer. Il s?agit d?une solution franco-belge
pour évacuer les eaux des crues entre Nieuport (Belgique) et Dunkerque. En période de crue, le
système consiste à procéder au transfert d?une partie des eaux des Moëres françaises et belges
par le canal de Furnes vers Dunkerque, en respectant des conditions spécifiques. Le projet est
soutenu et financé par l?Union européenne dans le cadre du programme INTERREG France-
Wallonie-Vlaanderen. En cas de crise, une petite comitologie peut être mise en place sous l?égide
du sous-préfet de Dunkerque. De nouveaux ouvrages ont été construits (station de pompage de
l?eau située à Furnes et permettant d?évacuer une partie des eaux des moëres vers le canal
Nieuport-Dunkerque ; un ouvrage vanné sur le site des 4 écluses de Dunkerque permettant
l?évacuation supplémentaire d?eaux du canal de Furnes à la mer), ce qui modifie les modalités de
gestion des eaux telles que définies dans la Convention franco-belge de 1890 et son avenant de
1968 qui régissent l?écoulement transfrontalier dans la zone du projet. Un nouvel avenant est donc
en attente de signature de la part du MEAE mais dans tous les cas les échanges et décisions en
cas de crise sont locaux, comme constaté lors des inondations de l?hiver 2023.
A titre d?information, on mentionnera ici la coopération sur la Lys (îlots de la Lys mitoyenne) qui
génère une comitologie à l?échelle locale (niveau communal/intercommunal + services de l?État).
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 89/110
Meuse
La Meuse naît sur le plateau de Langres, dans le département de la Haute-Marne en France. Elle
suit un cours sinueux vers le nord, traversant les anciennes régions françaises de la Champagne-
Ardenne et de la Lorraine. Après avoir pénétré en Belgique, elle passe par des villes importantes
comme Namur et Liège, puis entre aux Pays-Bas, où elle rejoint le réseau complexe des cours
d'eau du delta Rhin-Meuse-Escaut avant de se jeter dans la mer du Nord.
Le bassin versant de la Meuse, relativement étroit, couvre une superficie d'environ 36 000 km². Le
fleuve est navigable sur une grande partie de son cours, notamment grâce au canal de la Meuse
et aux nombreuses infrastructures fluviales qui facilitent le transport de marchandises.
Afin d?assurer une gestion durable et globale de l'eau du district hydrographique de la Meuse, un
accord international a été conclu. Cet accord a entrainé la création de la Commission internationale
de la Meuse dont le siège est situé à Liège.
Commission internationale de la Meuse
Convention Accord international sur la Meuse (Accord de Gand), 2002
Acteurs
République française ; Royaume de Belgique ; Région de Bruxelles-
Capitale ; Région flamande ; Région wallonne de Belgique ; République
fédérale d?Allemagne ; Royaume des Pays-Bas
Délégation FR Préfet coordonnateur de bassin ; DREAL ; Agence de l?eau ; EPAMA
Thématiques Eau : qualitatif ; Inondations ; Pollutions
Structuration
1 assemblée plénière ; Réunion des chefs de délégation ; 6 Groupes de
travail ; 1 groupe de projet (PFAS)
Moselle et Sarre
La Moselle est un affluent majeur en rive gauche du Rhin, prenant sa source en France, dans le
massif des Vosges, longeant également le Luxembourg et traversant l'Allemagne. Longue
d'environ 550 kilomètres, c?est sur cette rivière que se situe le tripoint Allemagne-France-
Luxembourg. En amont de la confluence située à Coblence, son bassin représente environ
28 300 km². La Moselle est navigable sur près de 400 km, de Nancy jusqu?à la confluence avec le
Rhin grâce à des aménagements réalisés notamment au XXe siècle (canalisation à grand gabarit
en 1964).
La Sarre, également originaire du massif des Vosges, coule vers le Nord en traversant la Lorraine
et les Lands de Sarre et du Palatinat en Allemagne, avant de rejoindre la Moselle à proximité de
Trèves. D?une longueur de 246 km, son bassin représente 7 430 km² environ.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 90/110
Plusieurs commissions participent à la bonne gestion de ces cours d?eau transfrontaliers :
Commissions internationales de Protection de la Moselle et de la Sarre
contre la pollution
Convention
Protocoles du 20 décembre 1961 concernant la constitution d'une
Commission internationale pour la protection de la Moselle contre la
pollution ; et d'une Commission internationale pour la protection de la Sarre
contre la pollution
Acteurs
République française ; République fédérale d?Allemagne ; Grand-duché du
Luxembourg
Délégation FR
Préfète coordonnatrice de bassin représentée par DREAL ; DREAL ;
AERM
Thématiques Eau : qualitatif ; Inondations ; Pollutions
Structuration
1 assemblée plénière ; 1 groupe stratégique de coordination ; 4 groupes de
travail ; 3 groupes d?étude
Éléments
budgétaires
Budget 2024 : 395 600 ¤24
On notera qu?un protocole complémentaire (Protocole complémentaire au Protocole concernant la
constitution d'une Commission internationale pour la protection de la Moselle contre la pollution et
au Protocole concernant la constitution d'une Commission internationale pour la protection de la
Sarre contre la pollution relatif à la création d'un Secrétariat commun), datant du 22 mars 1990,
institue un secrétariat commun à ces deux commissions.
Commission de la Moselle
Convention
Convention au sujet de la canalisation de la Moselle (Convention de la
Moselle), 1956
Acteurs
République française ; République fédérale d?Allemagne ; Grand-duché du
Luxembourg
Délégation FR MEAE (ambassadeur pour les commissions intergouvernementales) ; VNF
Thématiques Transport
Structuration 1 assemblée plénière
La Société Internationale de la Moselle (SIM) est une organisation transfrontalière créée le
29 janvier 1957 dans le cadre de la canalisation de la Moselle. Son siège est établi à Trèves, en
Allemagne, et elle associe les trois États riverains que sont l?Allemagne, la France et le
Luxembourg. Historiquement, sa mission principale était de gérer le financement des travaux
d?aménagement de la Moselle et de collecter les péages payés par les bateaux circulant sur cette
voie navigable internationale. Ces recettes étaient redistribuées aux trois pays selon une clé de
24 Clé de répartition (47,5 % pour la France et l?Allemagne, 5 % pour le Luxembourg)
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 91/110
répartition définie par la Convention de la Moselle. La gérance de la SIM est assurée par deux
dirigeants, l?un allemand et l?autre français, symbolisant la coopération entre les nations.
Au fil des décennies, la SIM a joué un rôle essentiel dans le développement et la gestion durable
de la Moselle, contribuant à son positionnement comme axe important de transport fluvial en
Europe. Cependant, un tournant majeur se profile avec la décision des trois pays riverains de
supprimer les péages sur la Moselle internationale à compter du 1er juillet 2025. Cette décision,
entérinée par un protocole d?amendement à la Convention de la Moselle signé par les
représentants des trois États, marque une étape historique. L?objectif affiché est de renforcer la
compétitivité du transport fluvial, un mode de transport durable et particulièrement adapté à des
secteurs clés comme l?agriculture, l?énergie, la chimie, l?acier et la construction.
Dans ce cadre, la SIM, qui avait rempli un rôle central dans la collecte et la répartition des péages,
sera liquidée. Cette évolution s?accompagne d?une poursuite des travaux de la Commission
Internationale de la Moselle, qui continuera de promouvoir les intérêts de la navigation fluviale et
de coordonner les efforts des trois États.
On notera également la création récente d?un comité technique dédié à un outil transnational de
prévision des crues. Développé dans le cadre des travaux sur la prévention des crues du Rhin, le
modèle physique de bilan hydrologique LARSIM a vu son usage étendu à la Moselle puis à la Sarre.
Suite à cette extension de son périmètre d?action, un comité technique LARSIM a alors été créé. Il
est rattaché à la CIPMS pour bénéficier du soutien du secrétariat de cette dernière pour la
logistique et la traduction
Comité technique LARSIM
Convention
Accord entre le gouvernement de la République française, le
gouvernement de la République fédérale d?Allemagne et le gouvernement
du Grand-Duché de Luxembourg relatif à l?annonce des crues dans le
bassin versant de la Moselle du 1er octobre 1987 ; convention de
coopération concernant la maintenance et l?assistance au système
transnational de prévision des crues LARSIM de 2024
Acteurs
République française ; République fédérale d?Allemagne ; Grand-Duché de
Luxembourg
Délégation FR DREAL
Thématiques Inondations
Structuration
1 assemblée plénière (3 réunions par an) ; 1 groupe de travail (2 réunions
par an)
Éléments
budgétaires
Budget 2024 : 89 222 euros (dont 33 601 euros pour la DREAL Grand Est ;
5000 euros par service de prévision des crues + 0,735 ¤/km2 de superficie
du pays/bassin versant) + développements spécifiques du modèle LARSIM
selon les besoins des SPC, à la charge de chaque SPC
Remarque : Le CT bénéficie de l'appui logistique du secrétariat des CIPMS
et verse à ce titre une contribution au budget des CIPMS (14 000 ¤ environ
en 2024). Les travaux du CT font l'objet de discussions avec les membres
des CIPMS à l'occasion de l'assemblée plénière annuelle des CIPMS.
Comité pérenne.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 92/110
Rhin
Le Rhin est l'un des fleuves les plus importants d'Europe, s'étendant sur environ 1 230 kilomètres
depuis sa source dans les Alpes suisses jusqu'à la mer du Nord aux Pays-Bas où il se divise en
plusieurs bras, mêlant partiellement ses eaux à celles de la Meuse et de l?Escaut pour former un
grand delta (Rijn-Maas-Scheldedelta). Il traverse ou borde six pays : la Suisse, le Liechtenstein,
l'Autriche, l'Allemagne, la France et les Pays-Bas. Son bassin versant recouvre environ 198 000 km,
à la fois sur ces 6 pays, mais aussi sur presque tout le Luxembourg, et dans une bien moindre
mesure sur les territoires belges et italiens. Les usages du Rhin sont plus nombreux et diversifiés
que pour tous les autres fleuves européens. Il s?agit également d?un des fleuves les plus aménagés.
En l?espace d?à peine deux siècles, l?ancien paysage naturel d?un fleuve en tresse avec un lit majeur
de plusieurs kilomètres de largeur a disparu cédant la place à un fleuve très anthropisé en
particulier sur le Rhin franco-allemand réduit à une voie d?eau unique navigable, enserrée entre les
digues de canalisation et partiellement régulée par les barrages hydroélectriques du Rhin supérieur
et du bassin amont.
Si le Rhin constitue un axe de développement économique majeur en Europe, il n?a pas le même
poids selon les pays, ce qui peut avoir un impact significatif sur la manière d?appréhender les
politiques de gestion commune. Même si la France possède 12 % du bassin versant du Rhin, à
l?échelle de l?hexagone, il ne représente que 5 % du territoire. La batellerie française ne représente
que 8 % des immatriculations sur le fleuve. Les sujets rhénans sont donc perçus comme moins
prioritaires en France qu?aux Pays Bas ou en Allemagne, pays dans lesquels le corridor rhénan
constitue un centre économique de premier plan.
Héritage de la tradition de coopération de l?Europe rhénane qui remonte au Moyen-Âge, le territoire
et l?enjeu de cet axe fluvial majeur ont donné lieu, dès le XIXe siècle et tout au long du XXe, à une
gouvernance complexe, avec de multiples structures. Le présent rapport ne s?intéressant qu?aux
commissions fluviales, nous ne citerons que les principales structures qui intègrent l?ensemble des
problématiques transfrontalières :
? Née en 1991, la conférence franco-germano-suisse du Rhin supérieur forme le cadre
institutionnel pour la coopération frontalière au niveau régional entre les trois États riverains.
Elle promeut une coopération de proximité destinée à rapprocher les habitants et faciliter
les projets transfrontaliers. Elle se décline en nombreux groupes de travail thématiques
portant sur l?aménagement du territoire, le transport, l?énergie, l?environnement, etc.
? Le comité de coopération transfrontalière institué par le Traité d?Aix-la-Chapelle de 2019 et
qui réunit le préfet de région, les principaux élus locaux, les eurodistricts, a pour objectif
d?améliorer l?articulation entre les problématiques locales et leur résolution par les
gouvernements nationaux.
Dans le domaine fluvial, plusieurs commissions existent avec un nombre très important d?instances
associées.
La plus ancienne25 est la Commission centrale pour la navigation du Rhin (CCNR), fondée en 1815
et qui a pour mission d?assurer la prospérité et la sécurité de la navigation rhénane. La CCNR
coopère aujourd?hui étroitement avec l?Union européenne et travaille sur des sujets qui intéressent
non seulement le Rhin, mais aussi la navigation intérieure européenne dans son ensemble.
25 Il s?agit également de la plus ancienne organisation internationale en activité au monde.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 93/110
Commission centrale pour la navigation du Rhin (CCNR)
Convention Convention de Mannheim (1868)
Acteurs
République française ; République fédérale d?Allemagne ; Royaume de
Belgique ; Confédération suisse.
Coopération avec l?UE depuis un accord administratif du 3 mars 2003
Délégation FR DGITM ; VNF ; Directeur des affaires juridiques (MEAE)
Thématiques Transport
Structuration Assemblée plénière (deux fois par an) ; 12 comités ; 15 GT
Éléments
budgétaires
Pris en charge par le MEAE
La Commission internationale pour la protection du Rhin (CIPR) est, quant à elle, une structure
intergouvernementale créée en 1950. Elle est compétente sur le Rhin depuis sa sortie du lac de
Constance jusqu?à son débouché dans la Mer du Nord. Depuis 1987, les objectifs de la CIPR sont
traduits dans des plans d?action à moyen terme (Plan Rhin 2020 et Plan Rhin 2040). Il s?agit de
recommandations communes destinées à être mises en oeuvre et financées au niveau national.
La CIPR est une instance puissante : au-delà du Rhin, ses activités servent d?exemples à de
nombreux autres bassin fluviaux. La coopération qu?elle a instituée a également influencé le
processus d?élaboration des directives cadres communautaires sur l?eau et les inondations.
Commission internationale pour la protection du Rhin (CIPR)
Convention Convention pour la protection du Rhin, 1999
Acteurs
République française ; République fédérale d?Allemagne ; Confédération
suisse ; Royaume des Pays-Bas ; Grand-duché du Luxembourg ;
Commission européenne
Délégation FR MTE ; DREAL ; AERM ; BRGM ; SIDPC 67
Thématiques Eau : quantitatif ; Eau : qualitatif ; Biodiversité ; Inondations ; Pollutions
Structuration
Conférence ministérielle sur le Rhin ; 4 instances stratégiques et de
coordination ; Réunion des chefs de délégation ; 3 groupes de travail ; 16
groupes d?experts + 5 autres groupes
Éléments
budgétaires
1 214 500 euros en 202426
26 Clé de répartition qui s?applique à 70 % du budget (le reste correspond au coût de l?application des directives
européennes auxquelles la Suisse n?est pas soumise) est la suivante : France 32,5 % ; Allemagne 32,5 %, Pays-
Bas 32,5 %, Suisse 12 %, Union européenne, 2,5 %, Luxembourg 2,5 %.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 94/110
La commission permanente pour l?aménagement du Rhin et le Comité A sont deux instances
franco-allemandes de coordination de la gestion des aménagements du Rhin, respectivement
entre Strasbourg et Lauterbourg et entre Bâle et Strasbourg.
Comité A
Convention
Convention franco-allemande relative à l'aménagement du cours supérieur
du Rhin entre Bale et Strasbourg, 1956
Acteurs République française ; République fédérale d?Allemagne
Délégation FR DGEC ; DREAL ; VNF ; EDF/CERGA ; OFB
Thématiques Ouvrages
Structuration
1 assemblée plénière ; 2 groupes de travail (dont un commun avec la
Commission permanente) ; 3 sous-groupes de travail
Éléments
budgétaires
Pas de budget dédié (frais d?organisation à la charge de la délégation qui
organise)
Commission permanente
Convention Convention franco-allemande du 6 décembre 1982
Acteurs République française ; République fédérale d?Allemagne
Délégation FR DGEC ; DREAL ; VNF ; EDF/CERGA27
Thématiques Ouvrages ; Inondations
Structuration
1 assemblée plénière ; 3 groupes de travail (dont un commun avec le
Comité A) ; 6 sous-groupes de travail ; 1 groupe d?experts
Éléments
budgétaires
Pas de budget dédié (frais d?organisation à la charge de la délégation qui
organise)
En complément des éléments précédents, on notera notamment l?existence de la Commission
Internationale de l?Hydrologie du bassin du Rhin (CHR), une organisation scientifique indépendante
fondée en 1970, dans le cadre de la « Décennie Hydrologique Internationale » initiée par l'UNESCO
et l'Organisation Météorologique Mondiale. Elle réunit les institutions hydrologiques des pays
riverains du Rhin, à savoir l'Allemagne, l'Autriche, la France, le Luxembourg, les Pays-Bas et la
Suisse (représentant également le Liechtenstein), avec pour mission de développer et diffuser des
connaissances transfrontalières sur l'hydrologie du bassin du Rhin.
Le fonctionnement de la CHR repose sur la coopération entre les instituts et services hydrologiques
des pays membres. Elle mène des recherches conjointes sur l'hydrologie du Rhin, favorise
l'échange de données et d'informations hydrologiques, et développe des méthodes standardisées
pour la collecte et le traitement de ces données. La CHR collabore également avec d'autres
27 Centrale électrique de Gambsheim
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 95/110
organisations internationales pour renforcer la gestion durable du bassin rhénan.
Le budget de la CHR est financé par les contributions des pays membres, proportionnellement à
leur implication et à leurs capacités financières. Ces fonds sont utilisés pour soutenir les activités
de recherche, l'organisation de réunions et d'ateliers, ainsi que la publication de rapports et
d'études.
Les thématiques abordées par la CHR couvrent un large éventail de sujets liés à l'hydrologie du
bassin du Rhin, notamment :
? La conservation de la base de connaissances hydrologiques et morphologiques : maintien
et expansion des connaissances fondamentales sur l'hydrologie et la morphologie du
bassin.
? Les effets du changement climatique, de l'utilisation des terres et de l'eau, et des
changements socio-économiques : étude de l'impact de ces facteurs sur le régime
hydrologique du Rhin, y compris les phénomènes de crues et de sécheresses.
Pour mener à bien ses missions, la CHR s'appuie sur des groupes de travail spécialisés, composés
d'experts des pays membres. Ces groupes se concentrent sur des domaines spécifiques tels que
la modélisation hydrologique, la gestion des ressources en eau, l'impact du changement climatique,
et la qualité de l'eau. Ils élaborent des projets de recherche, organisent des ateliers et publient des
rapports pour partager leurs conclusions avec les décideurs politiques et les parties prenantes.
Doubs
Le Doubs est une rivière franco-suisse d'environ 453 kilomètres de long, prenant sa source dans
le Jura en France et formant partiellement la frontière avec la Suisse. Principal affluent de la Saône,
elle fait partie du bassin versant du Rhône. Son bassin représente environ 7 700 km²
La frontière est au milieu du Doubs28 frontalier dans sa partie amont, du Lac des Brenets jusqu?au
lieu-dit Biaufond. A partir de là (borne 606), contrairement à la plupart des cours d?eau séparant
deux États, la frontière est située sur la rive suisse (le Doubs est alors 100 % français), jusqu?à ce
que le Doubs entre en Suisse et devienne 100 % suisse dans sa « boucle suisse » (ou Clos du
Doubs).
Ce tracé particulier de la frontière avec la Suisse au niveau du Doubs résulte de l?accord entre le
roi de France Louis XVI et le prince-évêque de Bâle Frédéric de Wangen (Traité de Versailles du
11 juillet 1780). En vertu de ce traité, toute utilisation des eaux du Doubs, y compris sa force motrice,
appartient à la France qui peut néanmoins autoriser la Suisse à l?exploiter en rive droite (usines
existantes en 1780). L?utilisation industrielle du cours d?eau et ses conséquences (déviation,
modification de débit, irrigation, pollution) rendent indispensable la mise en place d?une bonne
gouvernance du cours d?eau.
La coopération transfrontalière avec la Suisse s?inscrit dans un cadre particulier, puisque celle-ci
n?est pas membre de l?UE. Le pays choisit ce qu?il souhaite appliquer parmi l?ensemble du droit de
de l?UE et joue beaucoup de son droit confédéral, ce qui rend délicates les négociations avec les
Français. Il en résulte une comitologie assez complexe qui pourrait sans doute être simplifiée, mais
ceci nécessiterait un accord avec les acteurs locaux et la Suisse.
Plusieurs commissions plus ou moins actives existent aujourd?hui sur le Doubs.
28 La partie formant frontière entre la Suisse et la France comprend :
- Le « Doubs mitoyen » : section qui s?étend de Villers-le-Lac (lac de Chaillexon) à la borne 606 (Biaufond)
- Le « Doubs français » : section comprise de la borne 606 (Biaufond) jusqu?à la borne 605 (Clairbief)
- Le « Doubs suisse » : section comprise de la borne 559 (Ocourt) jusqu?à la borne 558 (La Motte)
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 96/110
Commission mixte en faveur de la pêche et pour la protection des
milieux aquatiques
Convention
Accord cadre concernant l'exercice de la pêche et la protection des milieux
aquatiques dans la partie du Doubs formant frontière entre les deux États
(29 juillet 1991)
Acteurs République française ; Confédération suisse
Délégation FR
DREAL AURA ; DDT Doubs ; DREAL BFC ; OFB (à titre d'expert) ; le cas
échéant un représentant de l'agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse
Thématiques Pêche ; Biodiversité
Structuration
1 assemblée plénière (une réunion annuelle) ; 1 sous-commission
technique
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre
Groupe Binational Qualité des eaux (ne s?est plus réuni depuis 2018)
Convention
Pas de convention. Arrangement administratif entre la France et la Suisse
du 11 février 200829
Acteurs République française ; Confédération suisse
Délégation FR
Préfecture du Doubs ; DDT du Doubs ; DREAL BFC ; AERMC ; AFB ;
Fédération départemental de pêche et de protection du milieu aquatique ;
Conseil départemental du Doubs ; conseil régional Bourgogne Franche
Comté ; EPAGE (établissement public d?aménagement et de gestion des
eaux)
Thématiques Eau : qualitatif
Structuration
1 instance de pilotage ; 1 groupe technique qui continue de se réunir une
fois par an
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre
29 Arrangement visant la consultation de la Suisse dans le cadre de l'application de la Directive cadre sur l'eau de
l'UE par la France, dans le bassin versant du Doubs et les bassins mineurs le jouxtant
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 97/110
Comité de pilotage du Doubs franco-suisse30
Convention
Pas de convention. Constitué par échange de lettres entre DREAL
Bourgogne France Comté (21/12/2010) et l'Office Fédéral de
l?Environnement (10/03/2011) en s'appuyant sur le Règlement d'eau
général commun aux 3 aménagements hydroélectriques de 1969 ;
Règlement d'eau du Doubs franco-suisse entré en vigueur le 22 novembre
2017 qui doit d'appliquer jusqu'au renouvellement des concessions
Acteurs Office fédéral suisse de l?énergie et DREAL Bourgogne-France-Comté
Délégation FR DREAL ; AERMC ; OFB ; Préfecture du Doubs ; DDT
Thématiques Ouvrages ; Eau : qualitatif ; Eau : quantitatif
Structuration
1 instance stratégique (au moins une réunion annuelle) ; 1 comité de suivi
environnemental du règlement d?eau
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre
La dissymétrie dans le traitement des sujets de part et d?autre de la frontière est visible dans
l?appréhension des atteintes environnementales. Les réparations des dégradations
environnementales causées par l?activité économique sont compensées par l?office fédéral de
l?environnement ou par les cantons quand côté français c?est l?exploitant qui doit les réduire ou les
compenser (avec éventuellement des aides de l?Agence de l?eau).
Tous ces aspects expliquent les difficultés d?établissement d?une nouvelle convention relative à la
force-hydraulique et de l?accord cadre environnemental qui l?accompagnera. Le projet technique
d?accord-cadre international sur le Doubs franco-suisse et de la convention de partage de la force
hydraulique devait être rédigé fin 2023 afin de choisir le futur concessionnaire avant 2026 et que
la nouvelle concession unique puisse démarrer début 2030. Les négociations devraient être
relancées sous l?égide du MEAE, une fois l?accord sur le Rhône signé (voir 1.3.6). En attendant,
en l?absence d?acte législatif du fait de la situation politique nationale, la préfecture du Doubs a dû
construire un cadre juridique dérogatoire pour permettre la prolongation de la concession qui se
terminait en octobre 2024.
30 Dénommé Groupe de gestion de débits jusqu?en 2018.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 98/110
Comitologie de suivi du projet de renouvellement des concessions31
Convention
Comitologie préparatoire à la future convention force-hydraulique et au
futur accord cadre environnemental
Acteurs République française ; Confédération suisse
Délégation FR
Préfet du Doubs, ambassadeur pour la coopération transfrontalière MEAE,
DGEC, conseillers techniques (DREAL et conseiller diplomatique)
Thématiques Eau : quantitatif ; Eau qualitatif ; Ouvrages ; Pollution
Structuration
1 groupe de supervision (réunions a minima deux fois par an) ; 2 groupes
techniques (GT force hydraulique, GT Accord-Cadre/Environnement)
Rhône
Le Rhône prend sa source dans le glacier du Rhône, dans le canton du Valais en Suisse. Il coule
vers l'ouest, traversant le lac Léman, puis entre en France en aval de Genève. Le fleuve suit ensuite
une direction sud, traversant les régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d'Azur et
longeant la région Occitanie, avant de se jeter dans la mer Méditerranée par le delta de Camargue.
Le bassin versant du Rhône couvre environ 98 000 km² et son cours est long de 812 km.
Rhône lémanique
Le lac Léman, principalement alimenté par le Rhône constitue une frontière entre la Suisse dont
les cantons de Genève, de Vaud et du Valais se partagent la rive nord, et la France (département
de Haute-Savoie). Depuis le XIXe siècle, la régulation des eaux de sortie du Léman est de la seule
responsabilité du canton de Genève en Suisse, avec la construction de barrages (pont de la
Machine puis usine hydraulique de Coulouvrenière au XIXe siècle, barrage du Seujet depuis 1995).
Ainsi alors que la France devrait avoir un droit d?eau sur les 40 % du lac qui sont sur son territoire,
la France est totalement retrouve tributaire de la gestion hydraulique assurée par un service du
canton de Genève pour ce qui concerne l?alimentation du Rhône par le lac. Depuis une dizaine
d?années, dans un contexte de sécheresses fréquentes et de plus en plus sévères qui entraînent
une diminution des débits estivaux, la France demande à Berne de revoir la gestion des débits du
fleuve et réclame un accord pour améliorer le contrôle des débits du Rhône car de nombreux
secteurs stratégiques dépendent du fleuve comme le refroidissement des centrales nucléaires et
l?alimentation en eau potable de plus de 2 millions d?habitants en France. Si plusieurs commissions
encadrent les usages de l?eau, les aménagements partagés et la qualité de l?eau sur le Léman, le
futur accord serait le seul à traiter de la gestion quantitative de l?eau et pourrait ainsi permettre de
sécuriser davantage les débits côté français. Il est à l?inverse à noter que la Commission
internationale pour la protection du Léman qui existe depuis 1962 est un exemple réussi de
coopération transfrontalière car elle a permis une amélioration significative de la qualité des eaux
du lac depuis les années 1960.
31 Une fois les accords signés, le rôle des commissions devraient être redéfinis. La commission mixte pour la pêche
devrait disparaître au profit de la commission cadre chargée de la supervision de l?accord cadre environnemental.
Le groupe binational qualité des eaux et le comité de pilotage seraient remplacés par une commission
opérationnelle qui traiterait des sujets. La délégation française serait composée des services de l?État et de l?Agence
de l?eau (avec peut-être la participation de l?opérateur gémapien). S?ajouterait une commission territoriale qui
regrouperait l?ensemble des acteurs du Doubs franco-suisse (associations, collectivités, Parcs naturels régionaux).
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 99/110
Commission internationale pour la protection des eaux du Léman
Convention
Convention entre le Conseil fédéral suisse et le Gouvernement de la
République française concernant la protection des eaux du lac Léman
contre la pollution, du 16 novembre 1962
Acteurs République française ; Confédération suisse
Délégation FR
Préfet de région, DREAL de bassin, DDT 74, Conseil départemental de
Haute-Savoie, Conseil département de l?Ain, AERMC
Thématiques Pollutions
Structuration
1 secrétariat permanent ; 1 organe décisionnel (réunion une fois par an en
session ordinaire) ; 1 sous-commission technique (composée d?un bureau,
d?un conseil scientifique et d?un comité opérationnel structuré en 4 groupes
opérationnels + 1 groupe scientifique, 3 ou 4 réunions par an) ; 1 Groupe
Lutte contre les hydrocarbures ;1 Groupe de coordination franco-suisse
pour la mise en oeuvre de la DCE sur le territoire français couvert par la
CIPEL
Éléments
budgétaires
Clé de répartition France 25 % ; Suisse 75 %
Part secrétariat assurée par MTE (90 00 CHF environ en 2023) ; part
études et travaux assurée par la DREAL BOP 113 135 000 CHF en 2023 ;
part française 25 % du budget total ; chacune des Parties contractantes
assume les frais de sa délégation à la Commission et des experts
désignés par elle.
Commission mixte pour la navigation sur le Léman
Convention
Accord entre le Conseil fédéral suisse et le Gouvernement de la
République française concernant la navigation sur le Léman du 7
décembre 1976 / Décret n° 2019-644 du 25 juin 2019 portant publication
de l'accord sous forme d'échange de notes entre le Gouvernement de la
République française et le Conseil fédéral suisse portant modification du
règlement de la navigation sur le Léman du 7 décembre 1976 (ensemble
une annexe), signées à Berne les 23 avril et 14 mai 2019
Acteurs République française, Confédération suisse
Délégation FR Préfet de Savoie (éventuellement représenté par sous-préfet de Thonon)
Thématiques Transport
Structuration 1 instance de pilotage
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 100/110
Commission consultative internationale pour la pêche dans le Léman
Convention
Accord entre le Conseil fédéral suisse et le Gouvernement de la
République française concernant la pêche dans le lac Léman du 20
novembre 1980
Acteurs République française ; Confédération suisse
Délégation FR Préfet de Haute-Savoie, DDT Haute-Savoie, OFB, INRAE
Thématiques Pêche
Structuration
1 commission consultative ; 1 commission technique (groupe de travail
Plan d?aménagement piscicole)
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre
Commission permanente de surveillance pour l?aménagement
hydroélectrique franco-suisse d?Emosson (CPS)
Convention
Convention entre la Confédération suisse et la République française au
sujet de l?aménagement hydroélectrique d?Emosson du 23 août 1963
Acteurs République française ; Confédération suisse
Délégation FR
DGEC, DREAL, comité technique permanent des barrages et des
ouvrages hydrauliques
Thématiques Ouvrages, Énergie, Eau : quantitatif
Structuration 1 instance pilotage (réunion plénière) ; 1 comité technique permanent
Commission franco-suisse d'étude pour les stockages dans le Léman
des eaux d'Arve dérivées dans Emosson
Convention
Convention entre la Confédération suisse et la République française au
sujet de l?aménagement hydroélectrique d?Emosson du 23 août 1963
Acteurs République française ; Confédération suisse
Délégation FR DREAL, EDF, CNR
Thématiques Eau : quantitatif
Structuration
La commission est en réalité un groupe de travail (qui ne présente pas de
liens hiérarchique et organisationnel connu avec la CPS)
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 101/110
Commission consultative d?accompagnement du barrage de Chancy-
Pougny
Convention
Concession suisse pour l?utilisation de la force hydraulique du Rhône à
Chancy-Pougny du 12 mai 2003.
Acteurs République française ; Confédération suisse
Délégation FR
Préfecture Auvergne Rhône Alpes, DREAL, (+ parties prenantes, CNR,
association de protection de la nature, association de pêcheurs,
communes)
Thématiques Eau : quantitatif ; Sédiments ; Pêche ; Navigation
Structuration 1 assemblée plénière
Éléments
budgétaires
Pas de spécification à ce sujet
Comité du pilotage du Protocole du 7 septembre 2015 relatif à la
gestion sédimentaire des retenues hydroélectriques du Haut-Rhône
(APAVER)
Convention
Protocole du 7/09/2015 relatif à la gestion sédimentaire des retenues
hydroélectriques du Haut-Rhône conclu entre l?État français représenté par
le Préfet de l'Ain et la République et le canton de Genève représentée par
Conseiller d'État chargé de l?environnement, des transports et de
l?agriculture
Acteurs République française ; République et canton de Genève
Délégation FR Préfet, DREAL, CNR
Thématiques Sédiments ; Biodiversité ; Ouvrages
Structuration 1 comité de pilotage ; 1 comité technique
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 102/110
Comitologie avec l?Italie
Les enjeux avec l?Italie sont moindres et relèvent d?aménagements ponctuels comme la CTS, liée
à la gestion de la concession du Mont-Cenis. Il a été mentionné à la mission l?existence d?un comité
technique transfrontalier de la Roya mais il ne semble plus très actif du point de vue des acteurs
de l?État.
Commission technique de surveillance franco-italienne (CTS) de la
concession du Mont-Cenis
Convention
Convention franco-italienne sur l?aménagement hydro-électrique du Mont-
Cenis du 14 septembre 1960
Acteurs République française ; République italienne
Délégation FR DGPR ; EDF
Thématiques Ouvrages ; Énergie ; Eau : quantitatif
Structuration 1 instance
Éléments
budgétaires
Pas de spécification à ce sujet
Bassins pyrénéens
La frontière franco-espagnole est traversée par 7 cours d?eau transfrontaliers : il s?agit de la
Bidassoa, de la Nive, de la Nivelle, de l?Irati, de la Garonne, du Sègre et du Carol. Ces cours d?eau
font l?objet d?une coopération très contrastée selon les bassins versants.
Il existe deux instances qui gèrent ces cours d?eau transfrontalier. La première est la Commission
mixte des eaux transfrontalières (CMET) créée en 1976 par une décision de la Commission
internationale des Pyrénées, elle-même instituée en 1875 afin d?examiner les problèmes à l?origine
de conflits transfrontaliers entre la France et l?Espagne.
Commission Mixte des Eaux Transfrontalières (CMET)
Convention Constituée par une décision de la CIP (1976)
Acteurs République française ; Royaume d?Espagne
Délégation FR Préfet, AERMC
Thématiques Eau : quantitatif ; Eau : qualitatif
Structuration 1 assemblée plénière (peu de réunions, la dernière datant de 2011)
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 103/110
La seconde est le comité de coordination chargé de suivre les questions de gestion de cours d?eau
transfrontières a été également mis en place dans le cadre de l?arrangement administratif entre la
France et l?Espagne de 2006. Cet arrangement administratif de 2006 concerne la Bidassoa, la Nive,
la Nivelle, la Garonne, l?Ariège et le Sègre, cours d?eau qui s?écoulent en Espagne et en France ou
qui constituent une limite frontalière entre les deux États. Il acte le fait que les autorités locales
compétentes n?ont pas jugé nécessaire ni de délimiter un district hydrographique international ni
d?instituer une Commission internationale hydrographique. Les deux parties s?accordent donc pour
que la gestion ordinaire soit mise en oeuvre et assurée par chaque État sur son territoire mais aussi
pour créer un comité de coordination afin d?instaurer une coopération administrative régulière et
suivie entre les deux pays en ce qui concerne la mise en oeuvre de la DCE. Les deux commissions
ne semblent pas s?être réunies depuis plusieurs années et de ce fait leurs objectifs sont mal, voire
pas connus des acteurs locaux.
Comité de coordination chargé de suivre les questions de gestion de
cours d?eau transfrontières.
Convention Arrangement administratif entre la France et l?Espagne (2006)
Acteurs République française, Royaume d?Espagne
Délégation FR MTE, Préfet coordonnateur de bassin Adour-Garonne, Agence de l?eau
Adour-Garonne, Préfet coordonnateur du bassin Rhône-Méditerranée et
Corse, AERMC
Thématiques Eau : quantitatif ; Eau : qualitatif
Structuration 1 assemblée plénière (réunion annuelle) ; GT si nécessaire
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre
Les sujets qui ne relèvent pas de la DCE mais qui sont des sujets locaux (pollution, stations de
mesure à la frontière, etc.) sont traités par les structures de coopération transfrontalières mises en
place par les collectivités locales. Elles ne relèvent pas d?une comitologie au même titre que les
autres entités analysées par la mission mais tentent de mettre en oeuvre une gestion intégrée de
l?eau de part et d?autre de la frontière. Ainsi coexistent deux réseaux transfrontaliers : la Conférence
atlantique transpyrénées (CAT) et la charte de gestion des eaux partagées (voir tableau ci-dessous,
et Figure A6-1).
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 104/110
Conférence atlantique
transpyrénées
Charte de gestion des eaux
partagées
Acte
fondateur
Traité de Bayonne de 1995 qui initie
des approches bilatérales de
coopération entre collectivités locales /
Convention relative à la Conférence
Euro-régionale ou Conférence
Atlantique Transpyrénéennes signée
en 2007
Accord transfrontalier du 10
décembre 2014
Acteurs
Région, Préfet 64, président du CD
64, président du Conseil des élus du
Pays Basque, CAPB, Gouvernement
de Navarre (GONA)
GONA, Agence basque de l?eau,
DFG32, CD64, CAPB, Syndicat
mixte du bassin versant de la Nive,
Agence de l?eau Adour-Garonne
Thématiques
Problématiques variées (coopération
hospitalière, ouvrages d?art,
prévention des drogues, etc.) dont eau
quantitatif et qualitatif
Eau quantitatif et qualitatif,
Biodiversité
Structuration
1 conférence plénière ; 1 comité
directeur (instance décisionnelle) ; 1
cellule technique permanente ; Des
groupes de travail dont 1 GT EAU
Figure A6-1 : Territoire d?application de la charte de gestion des eaux partagées.
(Source : Agglo Sud Pays Basque)
32 Diputacion Foral du Gipuzkoa
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 105/110
Existent également des Commissions Administratives Internationales (CAI) qui s?inscrivent soient
dans le cadre des Traités des Pyrénées (1659) et de Bayonne (1866) comme la CAI du Canal de
Puigcerda ou la CAI du Canal d?Angoustrine et de Llivia soit dans le cadre de conventions plus
récentes (Lanoux, Garonne supérieure).
La Garonne coule essentiellement sur le territoire du sud-ouest français mais elle prend sa source
dans le Val d?Aran et y coule pendant 47 km avant de franchir la frontière. Depuis les années 1990
une gestion coordonnée et globale du fleuve a été mise en place mais elle est peu institutionnalisée.
Les commissions ne concernent que les ouvrages et les enjeux énergétiques.
Commission mixte franco-espagnole de la Garonne supérieure
Convention
Convention du 29 juillet 1963 entre les gouvernements français et
espagnol relative à l'aménagement du cours supérieur de la Garonne
Acteurs République française ; Royaume d?Espagne
Délégation FR
Président du Comité technique permanent des barrages et des ouvrages
hydrauliques, DREAL, EDF
Thématiques Ouvrages ; Énergie
Structuration
1 assemblée plénière triennale ; 1 sous-commission depuis 2023 (réunion
annuelle)
L?objectif de la convention de 1963 était, selon l?article 1, la création du réservoir français de Plan
d?Arem à la frontière franco-espagnole limité à la cote 575,24 mNGE (soit 577,50 mNGF).
L?Espagne a donné son accord pour qu?une partie de son territoire soit occupée pour créer ce
réservoir (article 2). La convention prévoit la livraison par l?Espagne d?un volume journalier
minimum de 350 000 m3 dans la retenue de Plan d?Arem (article 3), ainsi que la restitution gratuite
à l?Espagne de quantités d?énergie équivalente au quart de la chute située sur la frontière franco-
espagnole et à la moitié de la chute située en territoire espagnol. Depuis 2002, un accord entre
EDF et ENDESA a conduit à l?abandon de la restitution physique d?énergie au profit d?une
restitution valorisée en euros. Enfin la convention prévoyait la création d?une commission mixte
d?experts chargée de l?application de cette convention. Cette commission triennale qui se réunit en
alternance en France (années impaires) et en Espagne (années paires) se réunira en même temps
que la commission mixte franco-espagnole du Lanoux à partir de 2026. Depuis 2023, une sous-
commission a été constituée afin de préparer les travaux de la commission (la commission
s?intéresse notamment aux évolutions du mode de calcul du forfait d?énergie). La commission a
validé en 2023 un calcul de format d'énergie triennal afin de conformer son rythme à la périodicité
des commissions.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 106/110
Commission Mixte Franco-Espagnole du Lanoux
Convention Accord relatif au lac Lanoux du 12 juillet 1958
Acteurs République française, Royaume d?Espagne
Délégation FR
Président du Comité technique permanent des barrages et des ouvrages
hydrauliques, DREAL, EDF
Thématiques Ouvrages ; Énergie ; Eau : quantitatif
Structuration 1 assemblée plénière annuelle ; 1 sous-commission technique
Cette commission est liée à l?aménagement hydroélectrique de l?Hospitalet-Merens constitué d?une
haute chute et de deux basses chutes se rejoignant à l?usine de l?Hospitalet située dans la vallée
du Puymorens en Ariège. Le réservoir principal de la haute chute constitué par la retenue du
Lanoux (capacité de 67,9 millions de m3 à retenue normale et située à 2213 m d?altitude) est
alimenté par son bassin naturel (bassin versant de l?Ebre) et plusieurs prises d?eau. Les eaux du
bassin versant naturel du Lanoux sont détournées vers la chute de l?Hospitalet et prélevées sur les
débits du Carol (affluent du Sègre et sous affluent de l?Ebre).
L?accord de 1958 prévoit la restitution à l?Espagne par EDF d?un volume égal aux apports naturels
détournés du bassin du Carol. La restitution à cette rivière des apports détournés s?effectue par
une galerie d?environ cinq kilomètres, dite Galerie Ariège Carol, dans laquelle les eaux de l?Ariège
sont dérivées par une prise d?eau, jusqu?au Carol en aval du village de Porté-Puymorens avant la
traversée de la frontière (Figure A6-2).
Figure A6-2 : La retenue du Lanoux au sein de l?aménagement hydro-électrique de
l?Hospitalet. (Source : EdF)
La Bidassoa, fleuve côtier du pays basque qui prend sa source en Navarre espagnole et qui se
jette dans le golfe de Gascogne, forme l?extrémité occidentale de la frontière entre la France et
l?Espagne (Figure A6-3). Elle possède un estuaire autour duquel s?est formée l?agglomération
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 107/110
transfrontalière Hendaye-Irun-Fontarabie. L?île des Faisans est un condominium sur lequel la
France et l?Espagne exercent une souveraineté conjointe depuis le traité de Bayonne de 1856. Le
terrain de 3000 m² est dirigé par un vice-roi espagnol du 1er février au 31 juillet et par son
homologue français du 1er août au 31 janvier. La gestion du bassin versant de la Bidassoa est
divisée en deux selon une convention de 1959 : la partie qui relève du domaine public maritime
d?un côté, celle qui relève du domaine public fluvial de l?autre (Voir Figure A6-4). La CTMB gère la
partie qui relève du domaine public maritime, même si certains sujets comme le dragage peuvent
relever également de la partie terrestre. La délégation française est pilotée par la DDTM des
Pyrénées atlantiques. En effet, depuis 2017, la DDTM des Pyrénées atlantiques 33 et plus
particulièrement le délégué à la mer et au littoral a en charge la station navale française de la
Bidassoa. L?actuelle déléguée est donc commandante de la station navale française de la Bidassoa
et également vice reine de l?île des faisans. En vertu d?un protocole de 1978, la CTMB est un
organisme consultatif franco-espagnol de la commission internationale des Pyrénées. Or cette
commission ne s?est pas réunie depuis 2014, et plusieurs interlocuteurs de la mission ne savaient
pas si cette dernière était toujours active et quel était son mandat. En réalité cette commission est
toujours active et co-présidée par l?ambassadeur de la coopération transfrontalière et son
homologue espagnol. Actuellement, l?Espagne ne voit pas l?intérêt de la réunir malgré quelques
propositions françaises d?ordre du jour.
Commission technique mixte de la Bidassoa (CTMB)
Convention Convention entre la France et l'Espagne relative à la pêche en Bidassoa et
baie du Figuier (14 juillet 1959) / Protocole relatif à la commission technique
mixte de la Bidassoa entre le gouvernement de la République française et
le gouvernement de l'État espagnol (14 décembre 1978).
Acteurs République française ; Royaume d?Espagne
Délégation FR DDTM 1964 ; Préfet maritime ; collectivités locales concernées
Thématiques Pêche ; Plaisance ; Sédiments ; Infrastructures ; Biodiversité
Structuration 1 assemblée plénière qui se réunit autant que de besoin ; GT si travaux
spécifiques
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre (frais de traduction fléchés sur le BOP 205)
33 Jusque-là la fonction était assurée par le COMAR Bayonne mais il n?y a plus d?officier de la marine nationale à
Bayonne
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 108/110
Figure A6-3 : Frontière franco-espagnole sur la Bidassoa et dans la baie du figuier.
(Source : DDTM 64)
Figure A6-4 : Répartition des domaines publics maritime et fluvial de la Bidassoa selon
la convention du 14 juillet 1959. (Source : DDTM 64)
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 109/110
Annexe 7. Annexe transition écologique
Une réflexion inter-inspection est en cours pour évaluer l?intégration des enjeux de la transition
écologique dans les politiques publiques. Il s?agit à l?occasion des missions d?approfondir certains
indicateurs ou de proposer des grilles de lecture de ces enjeux, afin de donner des pistes aux
commanditaires pour mieux prendre en compte la transition écologique sur le sujet de la mission
demandée.
L?idée est de s?appuyer sur une analyse des six axes environnementaux de la taxonomie verte des
activités au niveau européen utilisée pour le budget vert : « Atténuation climat », « Adaptation
climat », « Eau », « Déchets », « Pollutions », « Biodiversité ».
Dans le cadre de la présente mission, l?axe déchet n?a pas été retenu car non pertinent pour les
commissions fluviales internationales. La mission a considéré qu?il était indispensable d?ajouter un
axe gouvernance car des politiques efficaces pour diminuer les impacts environnementaux ne
peuvent être mises en oeuvre que par un pilotage et mise en synergie des délégations françaises.
La mission n?était pas en mesure de faire une évaluation quantitative des différents axes pour
chaque commission et ce n?était pas l?objet du rapport. En revanche elle propose un diagramme
global avec une notation qualitative sur une échelle de -3 à +3 sur l?ensemble des commissions
afin d?attirer l?attention des délégations françaises sur les points de vigilance.
Même s?il y a toujours une marge d?amélioration, la plupart des axes semblent bien traités par les
commissions. Les questions de pollution (chimique, microbiologique, plastique, etc.) semblent
néanmoins un sujet qui reste à approfondir dans certains bassins versants (Doubs, bassins à la
frontière espagnole) ce qui entraine une note un peu moins bonne. C?est également le cas de la
gestion de la ressource en eau car les enjeux quantitatifs restent entiers pour de nombreux bassins
versants, dans un contexte de changement climatique. En outre le grand cycle de l?eau dans une
perspective intégrée terre-mer n?est pas apparu comme un angle traité par les instances des
commissions. Comme ce n?était pas l?objet de la mission, les recommandations de la mission ne
permettent pas d?amélioration significative de cette notation. L?exemple des entretiens menés sur
le Doubs montre qu?une vision plus globale des sujets fluviaux internationaux qui se posent
permettrait d?anticiper les problématiques de gestion quantitative de la ressource en eau
(aujourd?hui les commissions étudiées sont très centrées sur les sujets de renouvellement de
concession). La mise en oeuvre des recommandations 2 et 7 aiderait à la prise en compte de
l?ensemble des sujets observés par la préfecture du département.
En revanche, deux axes mériteraient une anticipation afin d?éviter de forts impacts
environnementaux à venir :
? l?adaptation au changement climatique, en dehors des travaux menés sur le Rhône, ne
semble pas suffisamment prise en compte de manière transversale à tous les groupes de
travail et d?experts. Les préconisations de la mission concernant la prise en compte des
sujets émergents devraient permettre de mieux le faire. Le contenu des commissions
n?étant pas l?objet du rapport, l?impact des préconisations à court terme sur ce sujet ne peut
être que limité ;
? les questions de gouvernance et de prise en compte transversale de l?ensemble des enjeux,
objet central d?analyse de la mission, constituent un élément de fragilité important. La prise
en compte des recommandations de la mission (recommandations 2 à 7 et 12 à 14) dont
certaines sont peu coûteuses et faciles à mettre en oeuvre à court termes constituerait un
progrès notable en matière d?anticipation des enjeux de la transition écologique et
d?influence de la France sur ces sujets.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 110/110
PUBLIÉ
Sommaire
Résumé
Liste des recommandations
Introduction
1 État des lieux
1.1 Définitions et concepts clés
1.1.1 Frontières
1.1.2 Cours d?eau internationaux
1.1.3 Importance des cours d'eau transfrontaliers
1.1.4 Commissions et accords internationaux
1.1.4.1 Les conventions d'Helsinki et de New York : un cadre juridique international pour une gestion durable des eaux transfrontalières
1.1.4.2 La Directive-cadre sur l'eau : un pilier de la gestion transfrontalière des cours d'eau en Europe
1.1.4.3 La comitologie internationale fluviale
1.2 Enjeux thématiques
1.2.1 Gestion quantitative de l'eau
1.2.2 Biodiversité
1.2.3 Inondations
1.2.4 Pollutions
1.2.5 Énergie (hydroélectricité)
1.2.6 Transport fluvial
1.2.7 Ouvrages
1.3 Cartographie de la comitologie
1.3.1 Escaut
1.3.2 Meuse
1.3.3 Moselle/Sarre
1.3.4 Rhin
1.3.5 Doubs
1.3.6 Rhône
1.3.6.1 Rhône lémanique
1.3.6.2 Comitologie avec l?Italie
1.3.7 Bassins pyrénéens
1.3.8 Synthèse
2 Diagnostic de l?organisation actuelle
2.1 Des commissions pas toujours bien dimensionnées
2.1.1 Une tendance à la multiplication des sous-commissions et divers groupes de travail
2.1.2 Une tendance à aller au-delà du mandat des commissions
2.1.3 Trop de comitologie versus pas assez
2.2 Une gouvernance d?ensemble perfectible
2.2.1 Des systèmes d?acteurs variables
2.2.1.1 DREAL, DDT et opérateurs de l?État
2.2.1.2 Le rôle des préfectures à affirmer
2.2.1.3 Des SGAR qui peinent à jouer leur rôle d?interface
2.2.1.4 Des conseillers diplomatiques dont les missions restent à préciser
2.2.1.5 Des politiques d?administration centrales trop cloisonnées
2.2.2 Des difficultés à avoir le bon niveau de représentation et de qualification
2.2.3 Des effectifs globalement insuffisants
2.3 Aspects financiers
3 Intégrer les enjeux des commissions internationales
3.1 Enjeux thématiques
3.1.1 Conserver la plus-value de l?expertise technique des différents membres de la délégation française tout en conservant une vision globale des sujets
3.1.2 Mieux hiérarchiser les priorités
3.1.3 Aborder au bon niveau dans les comités la thématique du changement climatique
3.1.4 Organiser la réponse française face aux sujets émergents
3.2 Enjeux géographiques
3.2.1 Définir les échelles pertinentes pour penser la coopération fluviale transfrontalière
3.2.2 Articuler cadre national et différenciation géographique
3.2.3 Interroger la place des collectivités territoriales
3.2.4 Mieux coordonner les échelles dans la gestion du transfrontalier
3.3 Enjeux juridiques et diplomatiques
3.3.1 Définir et prioriser les objectifs des commissions fluviales internationales
3.3.2 Évaluer les conséquences de l?absence de représentation dans certaines commissions ou groupes de travail
3.3.3 Davantage intégrer dans les pratiques les comités internationaux comme des lieux importants d?influence
3.4 Enjeux financiers
3.4.1 Impliquer la France au bon niveau : une tâche compliquée par le manque de moyens humains et financiers
3.4.2 Planifier et prioriser les dépenses afférentes à la comitologie fluviale internationale
4 Vers une stratégie nationale
4.1 Posture ou positionnement
4.2 Mandat
4.3 Formation et valorisation
4.4 Capitalisation
4.5 Animation
Conclusion
Annexes
Annexe 1. Lettre de mission
Annexe 2. Liste des personnes rencontrées
Annexe 3. Glossaire des sigles et acronymes
Annexe 4. Les conventions de Helsinki (1992) et de New York (1997)
Annexe 5. La Directive-cadre sur l'eau : un pilier de la gestion transfrontalière des cours d'eau en Europe
Annexe 6. Cartographie des commissions
Escaut
Meuse
Moselle et Sarre
Rhin
Doubs
Rhône
Bassins pyrénéens
Annexe 7. Annexe transition écologique
INVALIDE) (ATTENTION: OPTION ée.
11 À l?exception de l?AERMC impliquée dans de nombreuses commissions.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 32/110
pour l?opérateur (fonds européens), ce qui ne sera que rarement le cas pour des commissions qui
sont avant tout des instances de dialogue et de partage d?informations. EDF, quant à lui, semble
l?opérateur le plus investi dans la comitologie transfrontalière, avec en plus une bonne coordination
entre le niveau local et le niveau national au sein du groupe, mais c?est sans doute lié aux nombreux
enjeux qui concernent les ouvrages qu?il exploite. Dans tous les cas, l?existence d?un modèle
économique semble aujourd?hui nécessaire pour inciter un opérateur à prendre part aux travaux
des commissions.
2.2.1.2 Le rôle des préfectures à affirmer
Les préfectures sont impliquées dans la comitologie fluviale internationale à plusieurs échelles. Le
préfet coordonnateur de bassin constitue l?autorité administrative compétente pour le grand bassin
au sens de la DCE. Il est souvent le chef de délégation au sein des commissions. Il porte en
principe une vision globale des problématiques du bassin et il anime et coordonne l?action des
préfets de régions et de départements du bassin. Il anime ainsi des réunions pluriannuelles avec
les acteurs concernés des services déconcentrés sur les enjeux globaux liés à l?eau. Les
problématiques transfrontalières peuvent y être abordées mais cela ne semble pas systématique.
Néanmoins le préfet coordonnateur de bassin constitue l?interlocuteur politique légitime non
seulement aux yeux des entités compétentes de l?autre côté de la frontière mais également de
ceux de la délégation française portant la parole de l?État. Lui sont remontées la plupart des
difficultés rencontrées par les services de l?État en région dans les commissions. Néanmoins, les
sujets de ces dernières étant très techniques, il délègue souvent sa fonction de chef de délégation
à la DREAL. Les préfets coordonnateurs de bassin ont d?ailleurs peu répondu aux sollicitations de
la mission pour un entretien, considérant sans doute que le pilotage revenait avant tout aux
services techniques. C?est néanmoins sous-estimer sans doute la dimension politique et surtout
interministérielle des commissions transfrontalières. Lorsque les commissions se situent dans la
région dont il a la charge, la coïncidence entre les limites administratives des services techniques
et ceux de la préfecture permet une bonne coordination des actions ; c?est souvent plus compliqué
dans les quelques cas où la ou les commissions concernent au premier chef une autre région du
bassin. D?une manière générale, les préfets à l?échelle du bassin ou à l?échelle régionale semblent
considérer la comitologie fluviale internationale comme trop consommatrice de temps, de moyens
et de frais de déplacement et seraient favorables à une simplification des entités ainsi qu?à une
réduction importante du nombre des groupes de travail.
L?échelon départemental ou celui des arrondissements est également essentiel car les services
préfectoraux sont alors situés en directe proximité avec les problématiques rencontrées, ce qui
n?est pas nécessairement le cas des préfectures de région parfois très éloignées physiquement de
la frontière. Les préfets et sous-préfets12 interrogés ont souvent une bonne conscience des enjeux
présents et à venir, notamment en termes de gestion quantitative de la ressource en eau. En effet
les choix opérés dans les commissions peuvent avoir un impact sur la gestion de crise dont ils sont
un acteur clé. Toutefois les préfets de départements ou les sous-préfets d?arrondissement
déplorent le fait d?être souvent éloignés du préfet coordonnateur de bassin et de ses services et
de ne pas avoir de moyens pour gérer les problématiques transfrontalières au-delà de la diplomatie
de courtoisie.
12 Ou anciens sous-préfets interrogés dans le cadre de leurs fonctions actuelles mais qui ont souvent fait part à la
mission de leur expérience passée sur le terrain lors des entretiens.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 33/110
2.2.1.3 Des SGAR qui peinent à jouer leur rôle d?interface
Le SGAR placé sous l?autorité du Préfet de région peut jouer un rôle clé au sein du système
d?acteurs propre à la comitologie fluviale internationale de par sa fonction transversale d?ensemblier
interministériel et son rôle de coordination de l?ensemble des administrations de l?État dans la
région. Il est ainsi en bonne position pour faire également le lien entre les services techniques
impliqués dans les commissions et la vision politique des préfectures. Sur le terrain, la mission a
pu constater que les relations avec les DREAL sur les questions de comitologie fluviale
internationale étaient plus ou moins fluides et régulières. Plusieurs explications peuvent être
avancées :
? Alors même qu?il coordonne des projets interministériels, le SGAR n?obtient les
informations concernant les commissions que via le secrétariat du préfet ou via les
directions régionales en fonction de relations interpersonnelles et non un cadre
professionnel institutionnalisé13. Les relations avec le MEAE en particulier sont faibles voire
quasiment nulles. Or, tant le SGAR que le préfet ont besoin d?un cadrage plus précis du
MEAE sur les sujets transfrontaliers afin d?avoir des éléments de langage vis-à-vis des
pays ou autorités compétentes situés de l?autre côté de la frontière.
? Le SGAR même en région frontalière ne dispose pas de service métier relatifs aux sujets
transfrontaliers. Le SGAR Hauts-de-France dispose d?une mission « Europe et
international » constituée de trois personnes qui s?occupent surtout de la coordination des
fonds européens hors FEDER ou du suivi des programmes Interreg. En Grand Est malgré
le E d?européennes ajouté au titre, le SGARE ne possède que deux ETP chargés des
questions énergétiques, agricoles et environnementales, sans spécialisation internationale.
? La conjoncture internationale et l?importance accrue des questions régaliennes (lutte contre
l?immigration clandestine, lutte contre le terrorisme, gestion des conséquences du Brexit
dans les Hauts-de-France) placent les sujets sécuritaires au premier plan et conduisent à
négliger les sujets civils comme la gestion de l?eau.
2.2.1.4 Des conseillers diplomatiques dont les missions restent à préciser
Le réseau des conseillers diplomatiques auprès des préfets de région (CDPR) a été créé en 2015.
Les principes et les modalités du dispositif ont fait l?objet d?une simple convention du 1er décembre
2015 adoptée par le ministre des affaires étrangères et le ministre de l?intérieur. Cette convention
définit les missions des CDPR : renforcement et attractivité des territoires, appui aux politiques de
coopération transfrontalière, appui à la mise en oeuvre de la politique nationale d?immigration et
aux relations consulaires et mobilisation des collectivités territoriales vers l?international. Elle a été
complétée par une lettre de cadrage signée par les secrétaires généraux de ces ministères le
24 juin 2019 Ce réseau de diplomates (16 postes aujourd?hui) a vocation à accompagner les
préfets de région dans les actions de coopération internationale. Ils exercent un rôle de facilitateur
et d?interface entre le ministère de l?Europe et des Affaires étrangères (ils dépendent de la
délégation pour les collectivités territoriales et la société civile au sein de la Direction générale de
la mondialisation) et les services déconcentrés de l?État d?une part et avec les divers acteurs
régionaux à l?international d?autre part. Leurs missions sont précisées par le préfet et donc sont
très variables selon les territoires. Le rôle de certains est avant tout de promouvoir le rayonnement
économique de la région à l?international quand d?autres sont plus en prises avec les thématiques
transfrontalières. Si les CDPR sont rattachés organiquement au préfet, ils peuvent être
fonctionnellement rattachés au SGAR.
Souvent de profil très généraliste, ils semblent peu impliqués dans la comitologie fluviale
internationale, sauf s?ils ont une appétence personnelle pour ces sujets. Or ils incarnent à la fois la
légitimité de l?administration préfectorale et la légitimité du diplomate rompu à la négociation avec
des acteurs internationaux. Ils pourraient donc davantage constituer une ressource précieuse en
13 Ce n?est d?ailleurs pas spécifique à la question fluviale.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 34/110
matière de culture diplomatique pour les services techniques membres de la délégation française.
Ils ne sont cependant souvent pas identifiés comme tels. Si leur rôle est actuellement plus
d?apporter de l?information aux préfets que de coordonner différents acteurs, ils pourraient produire
des notes actualisables sur les enjeux fluviaux internationaux à destination du préfet et des
services déconcentrés. Ces notes pourraient rappeler le contexte spécifique aux bassins, les
différentes commissions existantes, leurs objectifs et replacer ceux-ci dans le contexte plus large
de la coopération transfrontalière. Un tel document a été rédigé par le passé dans la région Grand
Est mais il faudrait généraliser la pratique et demander une actualisation régulière. Le conseiller
diplomatique peut également être un facilitateur. A l?occasion de réunions internationales qui ne
sont pas spécifiques aux fleuves internationaux, il peut faire passer des messages sur la gestion
de l?eau auprès des bons interlocuteurs. On pourrait imaginer que les conseillers diplomatiques
aient dans leur portefeuille de missions la veille sur l?ensemble des flux internationaux, les cours
d?eau constituant un type de flux.
En définitive, le MEAE ne semble pas encore avoir perçu l?importance de la fonction de conseiller
diplomatique auprès des préfets de région et le ministère de l?Intérieur la plus-value de l?apport
d?une culture différente dans le traitement des sujets transfrontaliers. Le réseau des CDPR
mériterait un pilotage plus fort avec une différenciation des types de CDPR selon les territoires
dans lesquels ils sont affectés. Les CDPR en poste dans les régions frontalières pourraient être
chargés du suivi, du partage et de la remontée d?information (vers le MEAE et la DAEI du ministère
de l?Intérieur mais également vers la DAEI du ministère chargé de la Transition écologique (MTE)
ou la mission internationale de la DEB) sur la comitologie transfrontalière dans leur lettre de mission.
Au niveau du MEAE, les auteurs du rapport sur la coopération transfrontalière des collectivités
territoriales14 préconisaient un rattachement des CDPR à la direction de l?Union européenne « car
les questions qu?ils traitent relèvent pour l?essentiel du sujets européens et intéressent les frontières
de l?État, tant dans la sphère régalienne que dans l?appui aux collectivités territoriales ». L?idée est
en effet très pertinente et permettrait une meilleure remontée de l?information en direction de
l?administration centrale des sujets discutés en commission mais également des difficultés
rencontrées. L?ambassadeur transfrontalier15 pourrait être l?interlocuteur privilégié des CDPR.
La mission préconise également que les conseillers diplomatiques auprès des préfets de
région soient gérés par la direction de l?Union européenne du ministère de l?Europe et des
Affaires étrangères plutôt que par la délégation pour les collectivités territoriales et la
société civile, sous l?autorité de l?ambassadeur transfrontalier.
Recommandation 2. [MEAE, MI] Renforcer l?animation par les préfectures sur les sujets et
programmes transfrontaliers, y compris ceux relatifs à l?eau. Affirmer davantage la place
des conseillers diplomatiques dans le pilotage et l?animation de la comitologie fluviale
internationale
14 F. Philizot, C. Desforges, A. Pommier, « La coopération transfrontalière des collectivités territoriales », Rapport
de l?Inspection générale de l?administration, n°22035-R, juillet 2022.
15 Le titre de cette fonction est : ambassadeur pour les commissions intergouvernementales, la coopération et les
questions frontalières
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 35/110
2.2.1.5 Des politiques d?administration centrales trop cloisonnées
Depuis maintenant plusieurs années, le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères ne pilote
plus la gouvernance des fleuves internationaux européens, hormis lors de la négociation d'accords
tels que ceux sur le Rhône et le Doubs évoqués précédemment. La Sous-direction de
l?environnement et du climat suit la Convention d'Helsinki et soutient des organismes internationaux
dans les pays en développement ? comme les projets sur le fleuve Sénégal ou le fleuve Mékong
? afin de participer à la promotion du modèle français de gestion intégrée de l'eau. Toutefois, les
travaux et la comitologie sur les fleuves européens ont été transférés par le ministère des Affaires
étrangères au ministère chargé de l?environnement au titre de sa compétence sur l?eau, sans
formation particulière ni inclusion systématique de ces tâches dans les fiches de postes des agents
concernés.
C?est donc désormais le MTE qui est l'acteur principal désigné pour gérer la comitologie fluviale
internationale. Bien que plusieurs directions métiers soient impliquées (y compris au sein du
ministère de l?aménagement du territoire et de la décentralisation pour la partie transport), c?est la
mission internationale de la direction de l'eau et de la biodiversité qui joue le rôle de pilotage.
Cependant, on comprend aisément les difficultés d?une équipe réduite à quelques personnes pour
gérer l?ensemble des sujets liés à cette comitologie.
Cette situation reflète un cloisonnement des politiques au sein de l'administration centrale,
caractérisé par un manque d'échanges interministériels. La mission internationale de la DEB n'est
pas nécessairement identifiée dans certaines directions du MEAE. Par exemple, lors de la
négociation de l'accord sur le Rhône, la Direction de l?Union européenne (UE) du MEAE a
principalement échangé avec les experts techniques de l'Agence de l'Eau Rhône-Méditerranée-
Corse (RMC) et de la DREAL de bassin, mais pas (ou peu) avec la DEB.
Pour remédier à ces absences d?échanges voire de connaissance réciproque, il serait nécessaire
que les administrations centrales émettent des mandats clairs et coordonnés. Une initiative
conjointe du MEAE et du MTE pourrait consister à missionner à la fois les DREAL et les conseillers
diplomatiques auprès des préfets de région. Pour toutes les Commissions Intergouvernementales
(CIG) techniques, la présence d'un représentant de l'administration centrale ayant une vision
globale du sujet ? mission qui pourrait être déléguée au conseiller diplomatique ? serait bénéfique.
La participation d'un représentant du MEAE aux côtés des experts thématiques permettrait plus
souvent de parvenir à des prises de position ou des solutions concertées. Les experts ont parfois
tendance à privilégier les solutions techniques sans forcément considérer tous les enjeux,
notamment politiques et institutionnels. À l'inverse, un diplomate pourrait surpondérer une décision
en faveur des usagers ou au profit d?une bonne entente avec nos partenaires. L'intervention
conjointe du MEAE ou du corps préfectoral, et des services déconcentrés ou opérateurs, garantirait
une prise en compte équilibrée des aspects techniques et politiques.
Enfin il est apparu à la mission que les directions de l?action européenne et internationale (DAEI)
du MI et du MTE pouvaient être davantage impliquées dans la coordination des acteurs français
de la coopération transfrontalière. Du côté du Ministère de l?Intérieur, la DAEI pourrait animer les
sujets de coopération transfrontalière en lien avec la DGCL et contribuer directement à l?animation
du réseau des conseillers diplomatiques, en demandant à ceux-ci de lui remonter de manière plus
systématique l?information concernant les territoires frontaliers dans lesquels ils exercent leurs
fonctions. La DAEI du ministère chargé de l?environnement a, quant à elle, délégué aux directions
techniques toutes les questions relatives aux conventions CEE-ONU. Elle ne supervise que de
manière très globale les sujets européens et ne s?occupe pas de la comitologie fluviale
internationale16.
16 Alors qu?historiquement la contribution obligatoire à certaines conventions passait par le budget de la DAEI, mais
en 2023 cela a été transféré à la DEB dans un souci de rationalisation.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 36/110
2.2.2 Des difficultés à avoir le bon niveau de représentation et de
qualification
De nombreux interlocuteurs de la mission ont rapporté des difficultés liées aux différences
d?organisation administrative dans les différents pays concernés, qui entraînent des lenteurs dans
le règlement de certains dossiers voire des incompréhensions mutuelles. Ces difficultés sont
inévitables mais en revanche il a été rapporté à la mission que les délégations étrangères ont
souvent une approche plus globale des sujets transfrontaliers et surtout ces sujets sont portés à
plus haut niveau. Il paraît donc important d?avoir systématiquement un bon niveau de
représentation côté français d?une part et d?autre part, une meilleure articulation au sein de la
délégation française entre administration centrale et services déconcentrés.
2.2.3 Des effectifs globalement insuffisants
Dans l?organisation actuelle des différentes commissions, la question des effectifs capables
d?assurer une présence française dans l?ensemble des instances et groupes de travail constitue
un enjeu majeur. L?ensemble des entretiens menés par la mission a permis de mesurer la tension
très forte qui pesait sur les délégations françaises quels que soient les bassins versants.
Un autre facteur limitant l'efficacité de la comitologie fluviale internationale réside dans le taux de
rotation élevé des équipes françaises, en contraste marqué avec la grande stabilité observée chez
nos homologues des pays voisins. Ce turn-over important au sein des services français entraîne
souvent une perte de mémoire institutionnelle et complique la continuité des actions engagées.
Les nouveaux agents missionnés doivent consacrer un temps considérable à s'approprier les
dossiers (quand ils existent !), à comprendre les enjeux transfrontaliers et à nouer des relations
avec les partenaires étrangers, ce qui peut retarder les prises de décision et affaiblir la position
française dans les négociations.
En face, la stabilité des équipes étrangères permet une capitalisation continue des connaissances
et une maîtrise approfondie des sujets, renforçant ainsi leur influence dans les instances
internationales. Cette asymétrie crée un déséquilibre qui peut nuire à l'efficacité des collaborations
et à la défense des intérêts français. Il est donc essentiel de mettre en place des mesures visant à
réduire le taux de rotation du personnel français impliqué dans ces commissions. Cela pourrait
passer par une meilleure reconnaissance de l'importance stratégique de ces postes, une
valorisation des carrières dans ce domaine et un renforcement des formations spécifiques pour les
agents concernés.
La question des effectifs est d?autant plus importante que plusieurs postes sont vacants ou vont
l?être dans un avenir proche et l?État peine à les pourvoir : c?est le cas par exemple du président du
comité technique permanent des barrages et des ouvrages hydrauliques (jusque-là exercé par un
agent de la DGPR) qui gère à la fois les ouvrages du Mont-Cenis et de la Garonne supérieure.
L?intention de l?administration centrale semble être que cette fonction soit reprise en local (une
personne pour le Lanoux et une autre pour le Mont-Cenis) mais les services déconcentrés ont du
mal à identifier les personnes ad hoc.
Une autre approche permettant de maîtriser les effectifs des services de l?État consacrés à la
comitologie internationale fluviale serait de confier, lorsque cela est pertinent techniquement, la
participation à certains groupes de travail ou d'experts à des opérateurs de l'État tels que les
agences de l?eau, le Cerema, l?OFB ou l'INRAE. Ces organismes possèdent une expertise
reconnue dans leurs domaines respectifs et bénéficient généralement d?un taux de rotation du
personnel plus faible que les administrations centrales ou les services déconcentrés. Cette stabilité
des effectifs favoriserait une meilleure capitalisation des connaissances et des pratiques et donc
une pertinence et une efficacité accrues à effectifs inchangés, assurant en outre une continuité
dans la représentation française au sein des instances internationales.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 37/110
Dans un contexte marqué par des contraintes budgétaires et des limitations en termes d'effectifs,
le recours à ces opérateurs permettrait d'optimiser les ressources humaines disponibles et de
maintenir un haut niveau de participation sans diluer la charge sur des agents dans les services
de l?État dont les missions habituelles sont éloignées des sujets internationaux. Dans ce cas, un
modèle économique pertinent reste à définir entre les services de l?État et les opérateurs pour
financer cette participation, actuellement en dehors des missions qui leur sont confiées.
Afin de maintenir une présence française dans les commissions fluviales internationales, la
mission suggère la création d?ETP explicitement dédiés (au moins en partie) aux
commissions internationales (voir tableau ci-dessous). En outre, il manque dans l?ensemble
des DREAL un conseiller international qui pourrait avoir une vision d?ensemble. Ce rôle est
en partie assuré en Grand-Est mais les missions associées restent peut-être encore à préciser.
Effectifs supplémentaires souhaitables
Hauts-de-
France
0,5 ETP DREAL
(0,5 ETP Agence de l?eau)
1 ETP en préfecture (région ou département du Nord) : directeur de projet
chargé du transfrontalier (hors périmètre sécurité)
Grand Est
1 ETP en DREAL en appui aux équipes existantes
1 ETP à l?Agence de l?eau Rhin Meuse (présidences ? expertise ?)
(1 ETP VNF sur les sujets transports)
1 ETP en préfecture de région ou département : directeur de projet chargé
du transfrontalier (hors périmètre sécurité)
Bassin RMC
1 ETP DREAL (contexte du nouvel accord franco-suisse sur le Rhône)
1 ETP en préfecture de région : directeur de projet chargé du transfrontalier
(hors périmètre sécurité)
Pyrénées
1 ETP à répartir entre les DREAL Nouvelle-Aquitaine et Occitanie (pour
structurer l?animation au niveau État des échanges avec l?Espagne)
1 ETP en préfecture du département des Pyrénées-Atlantiques : directeur
de projet chargé du transfrontalier (hors périmètre sécurité)
Selon les cas, les effectifs proposés ici pour les opérateurs pourraient être affectés aux DDT(M)
Conscient des contraintes budgétaires actuelles, la mission précise que ces effectifs pourraient
être obtenus par redéploiement à la suite d?un effort de priorisation des missions des services
concernés.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 38/110
2.3 Aspects financiers
Lorsque les commissions sont dotées d?un budget propre, les interlocuteurs de la mission
regrettent que les versements de l?administration centrale soient à budget constant sans tenir
compte de l?inflation (alors que celle-ci est bien prise en compte par les autres États dans ces
budgets), ni de la tendance à la multiplication des groupes de travail ou groupes d?experts.
L?augmentation des budgets peut en outre être liée aux frais du secrétariat permanent de la mission.
Si le siège est situé chez nos voisins comme c?est souvent le cas pour les grandes commissions
du Nord et de l?Est de la France, les salaires et les prix sont indexés sur ceux du pays qui accueille
l?entité. Afin d?avoir plus de marges de manoeuvre, certains services sont tentés de demander de
revoir la répartition financière prévue par chacune des conventions, celle-ci ne reflétant plus la
réalité des services rendus à chaque pays par les coopérations transfrontalières. Il est cependant
apparu à la mission que cela ne constituait pas nécessairement une piste à approfondir dans la
mesure où il fallait réexaminer les contributions allouées à la comitologie fluviale transfrontalière à
l?aune de l?ensemble des sujets transfrontaliers. Certains de nos voisins peuvent être beaucoup
plus impliqués dans d?autres sujets comme les mobilités par exemple. La réévaluation des
contributions financières nécessiterait donc d?avoir une approche globale et interministérielle.
Même lorsqu?il n?y a pas de budget propre à la commission, l?existence même d?une comitologie
nécessite a minima des frais de représentation lorsque la France accueille les délégations
étrangères. Si chez nos voisins, les montants en jeu ne semblent pas poser de problème, les
services de l?État en France n?ont plus le budget de fonctionnement adapté à la charge que
représente l?accueil des délégations étrangères, ce qui constitue une contrainte forte. Certains
interlocuteurs de la mission ont indiqué qu?ils préféraient renoncer à proposer un atelier sur un sujet
émergent qui leur semblait important, faute de moyens pour en assurer la logistique, alors même
que nos voisins en proposent régulièrement. Dans un contexte de transition écologique et de
tension budgétaire, l?appel à plus de sobriété dans les réunions internationales pourrait être un
sujet de discussion avec nos partenaires, mais il doit être porté à un niveau suffisant.
Les frais de traduction constituent également un poste important des frais associés aux
commissions fluviales internationales. Ceux-ci pourraient être réduits en passant à l?anglais et il
s?agit d?une solution qui serait souvent acceptée par nos voisins, mais cela suppose souvent une
remise à niveau linguistique des membres de la délégation française et un fonctionnement
dérogatoire par rapport aux instructions en vigueur relatives à l?usage du français dans les réunions
européennes et internationales.
D?une manière générale la question des financements des commissions internationales ou des
frais de représentation constitue un sujet sur lequel les administrations centrales doivent réfléchir,
si la France veut garder un niveau d?influence à la hauteur de ses ambitions.
Recommandation 3. [SG MTE] Prendre en compte la présence de quatre frontières dans
l?attribution de moyens à la DREAL Grand Est pour lui permettre de continuer à répondre
aux besoins de la représentation de la France dans les commissions qui la concerne.
Étendre cette prise en compte à d?autres DREAL si des besoins y sont avérés.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 39/110
3 Intégrer les enjeux des commissions internationales
3.1 Enjeux thématiques
3.1.1 Conserver la plus-value de l?expertise technique des différents
membres de la délégation française tout en conservant une vision
globale des sujets
La répartition actuelle des sujets entre les différentes directions d'administration centrale est
pertinente dans la mesure où elle permet de mobiliser des expertises techniques spécialisées.
Toutefois, cette organisation peut conduire à une absence de vision globale, limitant la capacité
des délégations françaises à appréhender l'ensemble des enjeux transfrontaliers de manière
intégrée. Il est donc crucial de conserver la plus-value apportée par chaque expert tout en évitant
une vision cloisonnée des sujets.
Par ailleurs, au niveau local, il est important de se demander comment éviter le prisme d'une vision
d'expert particulière. Un exemple illustratif est celui des débits réservés dans un contexte de
production hydroélectrique. Malgré le rôle transversal attendu des DREAL, un de ses agents ayant
une expérience approfondie dans le domaine de l?environnement pourrait percevoir de manière
moins claire les enjeux énergétiques. Une approche mettant uniquement l'accent sur les
dimensions environnementales et les compensations écologiques pourrait négliger des enjeux
énergétiques, et réciproquement, une vision strictement énergétique d?un dossier sans prise en
compte des enjeux environnementaux pourrait aboutir une impasse. Dans tous les cas, un manque
de vision transversale pourrait entrainer crispations et retards de solutions.
Cet exemple, proche d?une situation existante, souligne la difficulté à appréhender l'ensemble des
problématiques à leur juste mesure. Pour surmonter cet obstacle, il serait bénéfique de mettre en
place des mécanismes de coordination interservices au sein des délégations locales, avec les
administrations centrales, et entre ces administrations centrales. Ces mécanismes permettraient
de réunir des experts de différents domaines (environnement, énergie, économie, etc.) afin de
favoriser une compréhension mutuelle des enjeux et de développer des solutions équilibrées. Cette
approche multidisciplinaire garantirait que les décisions prises reflètent une vision globale et
cohérente des problématiques transfrontalières, et serait bien souvent au profit de l?intérêt français
dans les relations avec nos voisins.
3.1.2 Mieux hiérarchiser les priorités
Dans un contexte de ressources limitées, il est important de hiérarchiser les sujets afin d'allouer
efficacement les moyens humains et financiers. Se poser la question des priorités permet de
concentrer les efforts sur les enjeux les plus critiques pour la France dans le cadre de la gestion
des cours d'eau frontaliers ou transfrontaliers. Toutefois, il n'est pas toujours possible de répondre
clairement à cette question en raison de la complexité des sujets et de l'interdépendance des
enjeux.
Cette réflexion nécessite une approche collaborative impliquant l'ensemble des acteurs concernés,
y compris les administrations centrales, les services déconcentrés et les opérateurs de l'État. En
identifiant les sujets prioritaires sur leur bassin, mais aussi plus généralement avec un pays donné
(et donc potentiellement sur plusieurs bassins), les délégations françaises peuvent développer des
stratégies ciblées pour les aborder de manière proactive, tout en maintenant si possible une veille
sur les sujets moins prioritaires qui pourraient gagner en importance à l'avenir. Or actuellement les
délégations, bien qu?elles essaient d?avoir une organisation la plus agile possible, sont, dans la
majorité des cas, davantage dans une posture de réaction que dans une posture d?anticipation vis
à vis des commissions fluviales internationales.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 40/110
3.1.3 Aborder au bon niveau dans les comités la thématique du
changement climatique
Le changement climatique constitue un enjeu transversal majeur qui impacte l'ensemble des
aspects de la gestion des cours d'eau transfrontaliers, tels que la disponibilité des ressources en
eau, la biodiversité, la fréquence des événements extrêmes, ou encore les usages socio-
économiques. Il est donc légitime de s'interroger sur la manière dont cette thématique est intégrée
dans les travaux des comités et des groupes de travail internationaux.
Actuellement, il est nécessaire d'évaluer si le changement climatique est abordé au bon niveau
dans ces instances, ce qui n?est pas démontré d?après les constats de la mission. Cela implique
de vérifier de manière plus fine, pour chaque commission, si les impacts prévus du changement
climatique sont pris en compte dans la planification et la mise en oeuvre des projets, ainsi que dans
l'élaboration des politiques transfrontalières. Si ce n'est pas le cas, il pourrait être pertinent de
renforcer la prise en compte de cette thématique en :
? intégrant systématiquement le changement climatique dans les agendas des réunions et
des discussions stratégiques ;
? faisant intervenir périodiquement des experts en climatologie et en adaptation au
changement climatique au sein des délégations ;
? créant, si cela est pertinent (et dans les limites de la recommandation 1), des groupes de
travail spécifiques et transversaux consacrés à l'étude des impacts du changement
climatique sur les bassins transfrontaliers ;
? encourageant la coopération internationale pour partager les connaissances et les
meilleures pratiques en matière d'adaptation et d'atténuation.
En abordant le changement climatique au bon niveau, ces commissions contribueront à élaborer
des stratégies plus robustes et durables, et permettront de rationaliser les sujets traités en évitant
le traitement de sujets sous un angle qui serait rendu obsolète dans un contexte de climat
changeant.
3.1.4 Organiser la réponse française face aux sujets émergents
Les sujets émergents recouvrent des problématiques nouvelles ou en évolution rapide qui peuvent
avoir un impact significatif sur la gestion des cours d'eau transfrontaliers. Ils englobent des
thématiques telles que certains polluants ? comme les microplastiques, PFAS... ? les nouvelles
technologies de gestion de l'eau, y compris la digitalisation et les systèmes d'information
géographique, les aspects sociaux liés à la participation citoyenne et à la gouvernance participative,
ainsi que les risques liés à la sécurité de l'approvisionnement en eau et les cyberattaques sur les
infrastructures critiques.
Il est indispensable de déterminer quelle place accorder à ces sujets au sein des comités et des
groupes de travail existants. Intégrer ces thématiques permettrait aux délégations françaises de
rester à la pointe des enjeux internationaux, d'anticiper les défis futurs et de proposer des solutions
innovantes à nos partenaires. Cependant, l'intégration des sujets émergents soulève la question
de la création de nouveaux comités ou groupes de travail, ce qui est difficile à envisager dans un
contexte de moyens contraints. Il est donc crucial de trouver un équilibre entre la nécessité
d'aborder ces nouveaux enjeux et la gestion efficace des ressources disponibles.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 41/110
Une approche pragmatique consisterait à adapter la feuille de route des structures existantes pour
y intégrer les sujets émergents, plutôt que de créer de nouvelles instances. Les comités et groupes
de travail actuels doivent être à même d?élargir leur champ d'action pour inclure ces nouvelles
thématiques, en veillant à maintenir la cohérence et l'efficacité des discussions. Cette solution
permettrait de capitaliser sur l'expertise déjà présente au sein des groupes, tout en évitant une
fragmentation supplémentaire de la comitologie.
Par ailleurs, la mise en place d'une veille stratégique au sein de la gouvernance générale des
délégations françaises pourrait permettre d'identifier et de suivre les sujets émergents sans
nécessiter de nouvelles structures formelles. Cette veille pourrait s'appuyer sur des partenariats
avec des instituts de recherche et des universités, offrant ainsi un moyen efficace d'aborder ces
problématiques grâce à des expertises pointues et des analyses approfondies, sans alourdir la
structure organisationnelle.
3.2 Enjeux géographiques
3.2.1 Définir les échelles pertinentes pour penser la coopération fluviale
transfrontalière
La lettre de mission invitait les inspecteurs à réfléchir à la cohérence de l?action publique et de son
impact en matière de coopération fluviale internationale. Cela suppose de réfléchir aux échelles
pertinentes de gestion. Les entretiens menés par la mission révèlent que l?administration centrale
souhaiterait davantage déléguer aux services déconcentrés la charge des commissions,
considérant qu?ils ont une meilleure connaissance du terrain, alors que les services à l?échelle
régionale ou à celle du bassin déplorent un investissement insuffisant de l?administration centrale
qui pourrait leur fournir une vision plus large des problématiques qu?ils rencontrent sur le terrain.
Ainsi, sur un exemple très ponctuel, pour l?administration centrale, le remplacement au sein des
commissions du président du Comité technique permanent des barrages et des ouvrages
hydrauliques (agent de la DGPR jusque-là) doit être réfléchi en local, tandis qu?à l?échelle locale
on peine à identifier la personne qui pourrait assurer la fonction de chef de la délégation française
(que ce soit pour l?ouvrage du Lanoux ou celui du Mont-Cenis).
Pour la mission, il apparaît important de trouver le bon niveau de subsidiarité dans la gestion de
ces commissions. A cet égard, si l?échelle des grands bassins (celle des comités de bassin et des
agences de l?eau) a une cohérence d?un point de vue hydraulique, l?échelle régionale apparaît plus
pertinente afin de permettre l?engagement du préfet de région et de garantir une fluidité des
échanges avec les services de l?État en région. Néanmoins, dans certaines régions l?échelle du
département (c?est le cas par exemple pour la Haute-Savoie ou les Pyrénées-Atlantiques) paraît
plus appropriée du fait de l?éloignement des capitales régionales par rapport aux sujets frontaliers.
Toutefois, privilégier le bon niveau de subsidiarité ne doit pas impliquer un désengagement de
l?administration centrale qui doit garder une bonne connaissance globale de la comitologie et des
informations qui sont échangées dans les différents groupes (voire des décisions qui y sont prises
le cas échéant) grâce à un bon système de remontée et de centralisation de l?information, et en
retour grâce à une animation nationale de l?ensemble des thématiques et enjeux abordés dans ces
commissions. Pour certaines commissions ou groupes de travail liés à des sujets jugés
stratégiques, les services de l?administration centrale veilleront à assurer leur bon niveau
d?implication dans la préparation des dossiers et des éléments de langage.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 42/110
3.2.2 Articuler cadre national et différenciation géographique
La gestion des cours d'eau transfrontaliers nécessite une articulation harmonieuse entre le cadre
national et les spécificités géographiques locales. La différenciation géographique se manifeste
selon la proportion des sujets fluviaux dans les coopérations transfrontalières et l'importance du
transfrontalier à l'échelle régionale ou du bassin versant. Dans certaines régions, les enjeux
fluviaux constituent une part prépondérante des relations transfrontalières, tandis que dans
d'autres, ils sont moins significatifs.
Il est essentiel de déterminer qui identifie les sujets prioritaires lorsque l'implication locale est faible.
Sans une implication suffisante des acteurs locaux, certains enjeux peuvent passer inaperçus, ce
qui peut avoir des conséquences sur la gestion globale des cours d'eau transfrontaliers. Comme
évoqué précédemment, même les sujets qui ont peu ou pas d'impact à l'échelle nationale méritent
d'être placés sous la surveillance des services de l'État. Cela peut être réalisé grâce à des
mécanismes de coordination ad hoc, avec des acteurs clairement identifiés et une chaîne de
remontée d'information préalablement établie entre les services déconcentrés, les préfectures, et
les administrations centrales.
L'administration centrale chargée du pilotage thématique doit donc veiller à maintenir une
cohérence nationale tout en tenant compte des spécificités locales. Cela implique de connaître et
de reconnaître la diversité des situations géographiques et d'adapter les stratégies en
conséquence. Une approche différenciée permet de répondre de manière efficace aux enjeux
propres à chaque territoire, tout en s'assurant que les actions locales s'inscrivent dans le cadre des
politiques nationales et des engagements internationaux de la France. L?organisation territorialisée
actuelle des délégations françaises avec une implication forte des services déconcentrés est de ce
point de vue pertinente car elle permet de traiter les sujets au plus près des problèmes mais il
semble indispensable que cette approche soit complétée par une meilleure articulation avec le
niveau national. Les difficultés d?articulation entre les deux niveaux s?expliquent sans doute pour
partie par le fonctionnement en silo des différents ministères qui empêche d?identifier clairement
les bons interlocuteurs pour des sujets souvent transverses, mais aussi par la territorialisation
inachevée du MEAE qui reste mal ancrée dans les territoires, alors même qu?il porte la posture
stratégique française. La gestion des conseilleurs diplomatiques par la direction de l?Union
européenne, déjà évoquée, permettrait sans doute une territorialisation accrue des enjeux
stratégiques européens.
Enfin la comitologie internationale est parfois disproportionnée au regard des sujets qui se posent
à l?échelle locale (prélèvements en eaux, stations d?épuration sur des petits cours d?eau par
exemple). Ces sujets peu prioritaires aux échelles nationales n?entrent jamais dans les agendas
des commissions mais ne peuvent néanmoins pas être résolus en local car les acteurs n?ont pas
la compétence pour le faire. La mission propose que le MI et le MEAE se saisissent du sujet
des problématiques locales transfrontalières pour aboutir à des dispositions permettant
aux préfets de traiter ce type de dossiers à leur niveau, et directement avec les
interlocuteurs étrangers concernés.
Encadré 2 : La Cerdagne, un exemple de difficulté locale à laquelle la comitologie en place
ne permet pas de répondre
Le différend entre la France et l?Espagne autour du canal de Puigcerdà illustre une
problématique locale liée à la redevance pour prélèvement d?eau. Le canal, propriété de la
commune espagnole de Puigcerdà, prélève l?eau dans la rivière Carol en territoire français, mais
les collectivités espagnoles refusent de longue date de s?acquitter de cette redevance, malgré
les obligations légales établies par l?Agence de l?eau Rhône Méditerranée Corse.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 43/110
Les autorités espagnoles invoquent les traités historiques des Pyrénées (1659) et de Bayonne
(1866), qui ne prévoient pas explicitement de redevance financière, pour contester leur
assujettissement. Cependant, une étude juridique de 2013 a confirmé la compétence souveraine
de la France et la primauté du droit européen en matière de gestion de l?eau. Malgré cela, les
prélèvements non déclarés et impayés perdurent, et les tentatives de recouvrement via des
procédures administratives et judiciaires ont échoué.
Face à l'absence de réponse, une imposition d?office a été ordonnée en novembre 2014, puis
renouvelée en 2015, 2016 et 2017, pour un montant annuel d?environ 30 000 ¤. Cependant, les
mécanismes disponibles ne permettent pas de saisie sur les comptes bancaires des entités
étrangères, rendant le recouvrement impossible. Tous les titres émis ont donc été classés en
non-valeur.
En 2019, l?Agence de l?eau a engagé une action contentieuse pour récupérer les redevances
dues par Puigcerdà, mais le tribunal administratif de Lyon s?est déclaré incompétent sans statuer
sur le fond. L?appel de l?agence a abouti, en novembre 2022, à une confirmation de ce jugement
par la cour administrative d?appel, estimant que les titres de recette valent eux-mêmes titres
exécutoires.
Depuis 2019, l?agence de l?eau envoie chaque année des demandes de paiement sans titres de
recettes, toujours ignorées. Par ailleurs, la Commission internationale des Pyrénées (CIP),
réunie en 2014, n?a pas abordé la question des redevances mais a souligné l?urgence de
solutions techniques répondant aux besoins des deux pays. Lors de la Commission
administrative internationale de Puigcerdà (2017-2018), le refus de payer a été réaffirmé, sauf
décision contraire de la Commission mixte des eaux transfrontalières (CMET), qui ne s?est pas
réunie à ce jour.
3.2.3 Interroger la place des collectivités territoriales
Dans la plupart des commissions, les chefs de délégation ont fait le choix de ne pas (ou peu)
impliquer les collectivités territoriales afin de ne pas les laisser gérer des relations transfrontalières
à un niveau qui devrait être celui de l?État. D?ailleurs nos voisins nous reprochent de ne pas avoir
d?interlocuteurs à leur niveau quand l?État n?est pas impliqué. Ainsi à la frontière espagnole, les
confédérations hydrographiques comme celle de l?Ebre souhaiterait négocier avec d?autres acteurs
que les collectivités territoriales. En effet, en Espagne, les confédérations hydrographiques sont
placées sous la tutelle du ministère en charge de l?environnement, et la gestion de l?eau relève de
la compétence exclusive de l?État. La confédération hydrographique de l?Èbre a des missions
transversales portant sur la gestion de barrages (équivalent d?EDF pour le bassin de l?Èbre), la
distribution de l?eau sur ce bassin (équivalent de l?agence de l?eau et des services de police de
l?eau) et l?anticipation des besoins (équivalent de l?agence de l?eau, de la DREAL et services de
prévision des crues). Elle dialogue donc directement avec les régions espagnoles pour les enjeux
environnementaux et les autorités de l?État en charge des questions de sécurité.
Sur le Rhin, la Meuse ou l?Escaut, les délégations étrangères n?hésitent pas à court-circuiter la
délégation française de telle ou telle commission et à interpeler l?administration centrale dans
d?autres conférences internationales ou par courrier sur des sujets qui relèvent pourtant d?une
commission spécifique.
Néanmoins la place des collectivités territoriales dans la comitologie mérite d?être réinterrogée, du
fait notamment des compétences des collectivités « gémapiennes »17. En effet ces dernières
17 Une collectivité « gémapienne » a la compétence de la gestion des milieux aquatiques et de la prévention des
inondations (GEMAPI).
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 44/110
exercent désormais beaucoup des compétences (excepté sur le quantitatif) traitées dans certaines
commissions internationales. Elles sont parfois maîtres d?oeuvre des projets débattus en
commission. Elles possèdent également des moyens financiers qui ne sont pas nécessairement
pris en compte dans les analyses de la commission. C?est le cas en particulier pour la CIPEL. Les
eaux gérées par plusieurs collectivités françaises se jettent dans le Léman. Aujourd?hui, malgré les
compétences liées à la GEMAPI, elles ne sont informées qu?a posteriori de ce qui est discuté dans
la commission, au même titre que le grand public, alors que du côté suisse, les cantons concentrent
l?ensemble des compétences et sont des acteurs majeurs de la CIPEL. Il pourrait être envisager
de réunir le même jour une CIPEL restreinte et une CIPEL élargie afin d?intégrer des acteurs
désormais clés de la gestion de l?eau.
Enfin, les entretiens menés par la mission avec certaines collectivités locales montrent qu?elles ont
une appréhension beaucoup plus fluide des sujets transfrontaliers. Il s?agit pour elle d?enjeux
quotidiens auxquelles elles consacrent des ETP dédiés avec des agents formés au droit
international et à la négociation. Les directions techniques n?hésitent pas à aller voir les directions
supports qui ont une vision plus globale des relations bilatérales pour se mettre d?accord sur des
éléments de langage. Le bilinguisme voire le trilinguisme est en outre une compétence essentielle
des agents travaillant sur le transfrontalier. En termes de gouvernance des enjeux transfrontaliers,
le modèle de gouvernance des collectivités locales pourrait être inspirant pour les services de l?État
Recommandation 4. [Préfets coordonnateurs de bassin, avec l?appui des DREAL] Dans une
logique de cohérence locale et d?optimisation des ressources, prévoir, après une analyse
au cas par cas, une implication plus forte des collectivités territoriales dans certains
groupes de travail et commissions.
Le sujet de l?implication des collectivités territoriales pourrait faire l?objet de séminaires locaux à
l?initiative des DREAL, et pourrait également être traité au niveau national lors de la Conférence de
l?eau qui pourrait se tenir dans les mois à venir.
3.2.4 Mieux coordonner les échelles dans la gestion du transfrontalier
L'articulation des différentes échelles ? locale, régionale, nationale et transnationale ? est un enjeu
majeur dans la gestion des cours d'eau transfrontaliers. Il s'agit en effet de coordonner les actions
et les politiques à chaque niveau pour assurer une gestion cohérente et efficace.
Au niveau local, les acteurs sont directement confrontés aux problématiques spécifiques du terrain,
mais peu intégrés, pour ce qui est de la France, aux travaux des commissions internationales. Au
niveau régional, les services déconcentrés peuvent apporter une vision plus large tout en restant
connectés aux réalités locales. L'échelle régionale des services déconcentrés apparaît souvent
plus pertinente pour garantir une fluidité des échanges, notamment avec le préfet de région et ses
services, mais aussi avec toutes les autres échelles. Toutefois, dans certaines régions, l'échelle
départementale (préfecture, DDT(M)) peut être plus appropriée en raison de l'éloignement relatif
des capitales régionales par rapport à la frontière, comme c'est le cas pour la Haute-Savoie ou les
Pyrénées-Atlantiques.
Au niveau national, l'administration centrale doit jouer un rôle clé en fournissant une vision globale
et en s'assurant de la cohérence des actions avec les engagements internationaux de la France et
de l?équilibre visé des relations. Il est essentiel que l'administration centrale ne se désengage pas,
mais qu'à l?inverse elle renforce son action de pilotage et d?animation, et maintienne une bonne
connaissance de la comitologie et des informations échangées dans les différents groupes. Cela
nécessite un système efficace de remontée et de centralisation de l'information, ainsi qu'une
animation nationale de l'ensemble des thématiques et enjeux abordés dans ces commissions.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 45/110
Pour articuler efficacement ces différentes échelles, il est nécessaire de mettre en place des
mécanismes de coordination et de communication robustes. Cela peut inclure la création de
plateformes d'échange inter-échelles, la désignation de référents chargés de faciliter la
transmission d'informations, et l'établissement de procédures claires pour la remontée et la
diffusion des informations. Une telle articulation garantirait que les décisions prises à chaque
niveau sont fondées sur les réalités du terrain tout en s'alignant sur les objectifs nationaux et
internationaux de la France et les stratégies définies et mises en oeuvre pour les atteindre.
Il existe aujourd?hui un acteur dont la mission est justement de mettre en réseau les acteurs de la
coopération transfrontalière et d?articuler les échelles du local à l?européen, il s?agit de la Mission
opérationnelle transfrontalière (MOT), mais elle est peu impliquée dans les commissions fluviales
internationales. L?expertise de cet acteur pourrait donc davantage être sollicitée. La MOT est une
association créée en 1997 à l?initiative du gouvernement français, chargée de mettre en réseau les
acteurs de la coopération transfrontalière aux échelles locale, nationale et européenne. Une
centaine de collectivités territoriales frontalières y adhèrent. L?association demeure en France la
source principale, voire presque unique, pour connaître la réalité du fait transfrontalier, comme le
rappelle le rapport sur la coopération transfrontalière des collectivités locales18. Elle produit des
ressources très diverses soit générales, soit sur des cas particuliers (approche territoriale ou
thématique) y compris sur les sujets fluviaux. Il s?agit d?un acteur identifié par les partenaires
étrangers (la MOT est ainsi mobilisée comme expert du comité franco-allemand du traité d?Aix-la-
Chapelle). Elle travaille sur des questions qui intéressent les commissions fluviales avec la
commission européenne (cf. réflexion en cours sur le risque d?inondation avec la DG Regio).
Cependant étant avant tout la représentation des collectivités locales, elle est très peu mobilisée
pour la comitologie fluviale internationale, dans la mesure où ce sont essentiellement les agents
de l?État qui sont membres des délégations françaises. Dans les rares cas où des collectivités sont
impliquées, elle joue un rôle d?interface avec le niveau national, mais les collectivités aimeraient
davantage être mises en lien avec les services déconcentrés. L?article 2 des statuts de la MOT
révisés en 2023 (Figure 4) insiste sur le rôle essentiel de la mission pour articuler tous les niveaux
de la coopération transfrontalière. Ce même article 2 rappelle également la capacité de la MOT à
trouver des solutions techniques, juridiques et financières « permettant de lever les obstacles
inhérents aux situations transfrontalières ». La MOT dispose donc de compétences utiles aux
services déconcentrés de l?État impliqués dans les commissions internationales.
Figure 4 : Extrait des statuts de la Mission opérationnelle transfrontalière, version du
27 juin 2023 (Source : MOT)
18 F. Philizot, C. Desforges, A. Pommier, « La coopération transfrontalière des collectivités territoriales », Rapport
de l?Inspection générale de l?administration, n°22035-R, juillet 2022
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 46/110
La quasi-absence dans les réflexions sur les cours d?eau internationaux du seul acteur qui a une
expertise à la fois globale, territorialisée et thématisée des sujets transfrontaliers interroge. Cela
renvoie à l?ambiguïté des relations entre la MOT et l?État et ses opérateurs. L?expertise de la MOT
semble insuffisamment prise en compte au niveau ministériel, excepté par l?ambassadeur pour les
commissions intergouvernementales et la coopération transfrontalières. Du côté des opérateurs,
la MOT est en liaison étroite avec l?Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), qui
traite peu des sujets environnementaux. En outre, l?État ne considère pas suffisamment
l?association comme un acteur susceptible de dialoguer avec l?ensemble des acteurs représentant
l?État au niveau national mais surtout au niveau régional. Il semble donc important de concrétiser
dans le domaine fluvial l?axe 2 de la feuille de route 2024-2027 qui vise à faciliter l?identification des
enjeux transfrontaliers au niveau national. Cet axe invite à réaliser un panorama des besoins et
des enjeux en matière de coopération transfrontalière, « au moyen d?une méthodologie pérenne
de recueil des besoins et des enjeux, auquel la MOT pourra participer dans le cadre d?un dialogue
rénové avec l?État permettant d?établir conjointement une liste des priorités ». La mise en place
d?un comité interministériel sur les enjeux frontaliers pourrait permettre d?inclure l?eau dans les
sujets à discuter.
La mission préconise à la DGCL et à la DEB de réfléchir à la place que pourrait prendre la
Mission opérationnelle transfrontalière dans la comitologie fluviale internationale.
3.3 Enjeux juridiques et diplomatiques
3.3.1 Définir et prioriser les objectifs des commissions fluviales
internationales
Il y a actuellement un manque de vision claire concernant les objectifs des commissions fluviales
internationales existantes. Pour en améliorer l'efficacité, il est essentiel :
? de clarifier les objectifs de chaque commission, en définissant clairement leur mandat et
leurs attributions spécifiques ;
? d?équilibrer les considérations diplomatiques et économiques, afin que les négociations
internationales ne négligent pas les problématiques locales et régionales essentielles. En
effet, les accords sont négociés entre les États nations, tandis que la gestion des cours
d?eau est celle d?un espace fonctionnel de proximité de part et d?autre de la frontière. Par
exemple les problématiques de la dégradation de l?état des eaux (à la fois quantitative et
qualitative) dans le bassin versant du Doubs sont peu abordées dans les négociations
franco-suisses centrées sur la question des concessions hydro-électriques (alors même
que la puissance des centrales est faible au regard de la production nationale française) ;
? d?évaluer régulièrement l'impact des actions menées par les commissions, afin d'ajuster
les priorités en fonction des résultats obtenus et des évolutions des enjeux ;
? de réfléchir à la pertinence du maintien des commissions qui semblent des coquilles vides
comme la Commission internationale des Pyrénées.
3.3.2 Évaluer les conséquences de l?absence de représentation dans
certaines commissions ou groupes de travail
L'absence de représentants français dans certaines commissions ou groupes de travail peut avoir
des conséquences significatives, bien que parfois difficiles à quantifier précisément. Au-delà du
respect des engagements pris lors de la conclusion des traités ou accords internationaux, ne pas
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 47/110
être présent lors des discussions peut entraîner une perte d'influence dans les décisions prises,
car les intérêts et les positions françaises ne sont pas défendus ni pris en compte. De plus,
l'absence aux réunions prive les services français des informations échangées, affectant ainsi la
compréhension des enjeux et la capacité à réagir efficacement aux développements en cours
(nouvelles normes, évolutions de la réglementation européenne, etc.).
Cette situation peut également être perçue par les partenaires étrangers comme un manque
d'engagement ou d'intérêt, ce qui peut nuire aux relations diplomatiques et à la coopération
transfrontalière. Les commissions sont souvent des lieux où se dessinent des opportunités de
collaboration, de financement ou de mise en oeuvre de projets communs (Interreg, Feder, projets
locaux, etc.). Ne pas y participer peut conduire à manquer ces opportunités, ce qui pourrait
rapidement désavantager la France sur le plan économique, environnemental ou stratégique.
Pour la mission, il est essentiel de garantir une présence régulière et active dans ces instances
pour défendre les intérêts français, contribuer aux discussions et maintenir des relations
constructives avec nos partenaires transfrontaliers. Cette participation permet non seulement de
s'assurer que les décisions prises sont compatibles avec les politiques et les objectifs nationaux,
mais aussi de renforcer le rôle de la France en tant qu'acteur clé dans les thématiques abordées.
3.3.3 Davantage intégrer dans les pratiques les comités internationaux
comme des lieux importants d?influence
Les comités et commissions traitant des cours d'eau internationaux constituent des lieux
d'influence majeurs. Ils offrent une plateforme pour échanger des informations et des expertises,
permettant ainsi de partager des connaissances, d'harmoniser les pratiques et de développer des
approches communes face aux défis environnementaux et de gestion de l'eau.
Ces instances sont importantes pour négocier des accords politiques et des cadres juridiques,
élaborer des cadres juridiques et des normes qui régissent la gestion des ressources en eau
transfrontalières, mais qui peuvent également servir de précurseurs à des textes de plus large
portée. La participation active de la France dans ces comités permet de promouvoir ses intérêts
nationaux, d'influencer les orientations stratégiques et de veiller à ce que les décisions prises soient
en accord avec nos politiques et objectifs.
En outre, ces comités contribuent à renforcer la coopération internationale en établissant des
relations de confiance avec les pays voisins. Cela facilite la résolution de problèmes complexes, la
gestion de crises ou de tensions, la mise en oeuvre de projets communs et le développement de
solutions innovantes. Négliger ces espaces de dialogue et de décision peut là aussi entraîner une
perte d'influence pour la France, tant sur le plan technique que diplomatique.
Il convient donc de valoriser ces comités en y participant de manière proactive, en mandatant des
experts compétents et en défendant des positions stratégiques alignées sur les engagements
internationaux et les intérêts nationaux de la France.
3.4 Enjeux financiers
3.4.1 Impliquer la France au bon niveau : une tâche compliquée par le
manque de moyens humains et financiers
La gestion efficace de la comitologie fluviale internationale est actuellement fortement entravée par
le manque de moyens humains et financiers alloués aux services concernés. Ainsi, à la suite de la
réduction des effectifs lors de la fusion des régions, la DREAL Grand-Est n'était plus en mesure de
suivre de manière adéquate le groupe Fish de la Commission internationale pour la protection du
Rhin (CIPR). Elle ne pouvait assister qu'à une réunion par an, alors que le groupe en tenait trois
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 48/110
ou quatre. Cette absence prolongée s'est avérée dommageable, car la DREAL a dû déléguer sa
participation à l'Office Français de la Biodiversité (OFB), mais aussi à une association
environnementale locale qui ne maîtrisait pas pleinement le contexte global des discussions.
Cette situation a conduit à des décisions discutables, telles que le financement de passes à
poissons pour un montant de 80 millions d'euros, sans que la dévalaison (migration des poissons
vers l'aval) soit pour autant assurée. De plus, cela intervient dans un contexte de changement
climatique où il est probable que le Rhin ne soit plus un écosystème favorable au saumon à moyen
terme, bien que cette espèce soit emblématique du fleuve et que sa sauvegarde soit inscrite dans
le plan Rhin 2040.
Consciente de ces enjeux, la DREAL a récemment réaffecté une personne au sein du groupe Fish
afin de représenter les intérêts de l'État. Néanmoins, le dispositif demeure fragile en raison des
ressources limitées. Les différents interlocuteurs de la mission ont donc tendance à considérer qu?il
faudrait assurer la présence de représentants français dans tous les groupes d'experts pertinents,
afin d'orienter les discussions de manière favorable à la position française et de garantir une
défense efficace de nos intérêts. Une telle position n?est toutefois sans doute pas tenable dans un
contexte de fortes tensions sur les effectifs et les budgets, créant de fait un risque d?absence de
représentant français dans certains groupes potentiellement décisionnaires.
Il est en tout état de cause crucial de mener une réflexion coordonnée entre le MTE et le MEAE
pour évaluer précisément le coût de la présence de la délégation française dans l'ensemble des
commissions et ce qui est nécessaire pour faire face efficacement aux priorités élaborées. Cette
évaluation permettra de réaliser des arbitrages éclairés, même si les marges de manoeuvre sont
réduites dans le contexte budgétaire actuel.
3.4.2 Planifier et prioriser les dépenses afférentes à la comitologie fluviale
internationale
Dans un contexte de ressources limitées, il est indispensable de planifier rigoureusement les
dépenses liées à la comitologie fluviale internationale. Une anticipation des coûts et une
hiérarchisation des priorités permettent d'allouer efficacement les moyens financiers aux instances
et actions les plus stratégiques pour la France.
Il convient d'identifier les domaines et les commissions où la présence française est nécessaire,
en tenant compte des enjeux économiques, environnementaux et diplomatiques. Cette priorisation
doit être le fruit d'une concertation entre les différents ministères, les préfectures et les services
concernés, afin d'assurer une cohérence et une synergie des actions. Établir un plan budgétaire
prévisionnel permettra de rationaliser les dépenses, de maximiser l'efficacité de la participation
française et de garantir une utilisation optimale des fonds publics.
Par ailleurs, il est important de rechercher des solutions pour réduire les coûts sans compromettre
la qualité de la participation. Cela peut inclure l'utilisation accrue des technologies de
communication à distance pour limiter les déplacements, le partage de ressources entre services,
ou encore la formation de personnels polyvalents capables de représenter la France dans plusieurs
instances. En évitant les dépenses non essentielles et en optimisant les ressources humaines, la
France doit pouvoir maintenir une présence active et influente dans les commissions fluviales
internationales, malgré les contraintes budgétaires.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 49/110
4 Vers une stratégie nationale
La lettre de mission invitait les inspecteurs à proposer une feuille de route stratégique nationale
pour les bassins frontaliers. S?il apparaît clairement qu?une vision interministérielle coordonnée
doive être mise en place, dans l?organisation actuelle et la répartition des compétences entre
ministères, il semble que cette stratégie doive être portée par le MTE et en particulier par la mission
internationale de la DEB qui finance la contribution obligatoire de la France aux commissions et
qui est bien identifiée sur le terrain comme le principal interlocuteur national. Néanmoins la
définition d?une stratégie par la DEB concernant les bassins fluviaux transfrontaliers n?exclut pas
de repenser la place de la mission internationale par rapport aux autres administrations centrales.
La stratégie portée par la DEB doit s?inscrire dans un pilotage interministériel renforcé des sujets
de coopération transfrontalière et s?accompagner de moyens ad hoc si la France souhaite mener
une politique de l?eau ambitieuse à l?échelle européenne. La mission constate que la DEB, dans
sa configuration actuelle, n?a pas les moyens de définir seule cette feuille de route dont
l?élaboration et le pilotage doivent, dans tous les cas, mobiliser les autres directions
techniques concernées (énergie, transport, etc.), ainsi que, a minima, le MEAE et le MI.
4.1 Posture ou positionnement
Avant de définir les principaux axes d?une feuille de route nationale, il semble indispensable à la
mission de réfléchir aux objectifs pour la France de la comitologie fluviale internationale. Qu?attend
la France et en particulier le MTE de ces commissions ? En effet il semble que d?un point de vue
diplomatique, l?influence de la France en termes de gouvernance de l?eau se pense actuellement
plus à l?échelle mondiale19 qu?à l?échelle européenne. Il s?agit d?un choix stratégique qui peut avoir
des conséquences en termes d?influence sur le continent européen et à Bruxelles. Même si les
fleuves frontaliers français ne constituent pas pour le pays des enjeux économiques majeurs
(excepté peut-être en matière de production énergétique), ils constituent des laboratoires
importants de réflexion sur la biodiversité, sur les changements globaux ou encore sur les risques
et ils sont au coeur de bassins de vie rassemblant une population croissante, les interfaces
frontalières étant dans l?ensemble de plus en plus attractives. La vulnérabilité des populations
frontalières aux risques naturels et industriels dans les milieux fluviaux constitue également un
enjeu majeur dans un contexte de changement climatique. Il paraît donc indispensable de définir
précisément le rôle que la France souhaite y jouer et la posture qu?elle veut afficher vis-à-vis des
pays voisins qui consacrent beaucoup de temps et de ressources humaines et financières sur ces
sujets, avec des équipes stables qui suivent les travaux des commissions sur plusieurs années,
voire décennies.
Dans cette optique, la prise en compte du lien terre-mer dans les réflexions stratégiques relatives
aux fleuves transfrontaliers représente également un atout majeur pour la France, tant sur le plan
environnemental que diplomatique. En effet, la majorité des pollutions aboutissant dans les océans
proviennent des bassins fluviaux, comme en témoigne la présence croissante de polluants dits
émergents (par exemple les PFAS) dans les écosystèmes marins. La question du grand cycle de
l?eau ne saurait donc s?arrêter aux frontières terrestres?: elle requiert une approche intégrée qui
dépasse les segmentations habituelles entre gestion des fleuves, protection des zones côtières et
actions menées pour les mers et les océans.
En s?engageant activement au sein des commissions fluviales internationales, la France peut
déployer une politique d?influence cohérente et ambitieuse visant à limiter les transferts de
polluants vers les milieux marins, tout en préservant la biodiversité et la qualité des eaux. Cet
engagement est également une opportunité diplomatique?: il permet à la fois d?assumer un
19 Promotion du renforcement du rôle d?ONU-Eau et de la mise en oeuvre de la convention d?Helsinki, coopération
avec les pays en développement autour du fleuve Sénégal et du fleuve Mékong, actions de solidarité internationale
des Agences de l?eau dans le cadre du 1 % de la loi Oudin-Santini, etc.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 50/110
leadership européen sur les enjeux de prévention et de réduction des pollutions (chimiques,
microbiologiques, plastiques, etc.) et de porter auprès de la commission européenne (DG
Environnement) une vision intégrée de la gestion des bassins versants au niveau européen,
transposable au niveau mondial. Au-delà de l?aspect environnemental, ce positionnement valorise
l?expertise française en matière de recherche scientifique et de solutions d?ingénierie pour la
prévention des pollutions diffuses, l?assainissement des eaux ou la restauration des milieux
aquatiques.
Par ailleurs, cet ancrage international autour du couple fleuve-mer répond aux orientations
stratégiques de la France en matière de sécurité alimentaire, de résilience au changement
climatique et de protection des littoraux.
La mission préconise à la DEB d?être force de proposition pour définir l?ambition du MTE,
et plus largement de l?ensemble des administrations centrales concernées, sur le rôle, la
capacité d?influence, et le leadership que la France souhaite avoir au sein de ces
commissions fluviales internationales. En particulier, cette ambition permettra de mieux
intégrer l?échelle européenne dans les stratégies internationales fluviales.
En outre, il ressort de l?ensemble des entretiens menés par la mission qu?il manque d?une part une
vision globale et centralisée des enjeux liés à la comitologie fluviale internationale et d?autre part
une bonne coordination entre les échelons participant directement ou indirectement aux
commissions. Un des premiers axes d?une feuille de route nationale semble donc être de définir
des éléments de langage communs à partager avec l?ensemble des délégations françaises sur les
différents bassins et reflétant la position de notre pays en matière de gestion et de protection des
fleuves transfrontaliers. Le rapport de l?IGA sur la coopération frontalière des collectivités locales20
recommandait en 2022 de « prévoir une réunion annuelle des préfets de département et chefs de
service déconcentrés, sous la présidence du préfet de région, sur les sujets frontaliers en y
associant la ou les ambassades de France concernées, permettant de construire un "Dire de l'État"
position cohérente et partagée et point d'appui pour le dialogue avec les autorités étrangères
comme avec les collectivités territoriales ». Cette recommandation reste particulièrement
d?actualité sur le sujet fluvial. Il semble donc important à la mission que le préfet coordonnateur de
bassin, qui possède une vision à la fois globale et spécifique à son territoire des enjeux fluviaux,
puisse régulièrement échanger avec les chefs de délégation et tous les acteurs qui participent aux
commissions sur les éléments de langage à tenir lors de celles-ci. Ces éléments de langage doivent
être discutés avec la mission internationale de la DEB afin d?homogénéiser le discours sur les
grandes lignes stratégiques de la France, quel que soit le bassin versant. Il s?agit donc de définir
des éléments de langage nationaux, tout en respectant le principe de subsidiarité ainsi que les
spécificités locales. Par conséquent, cela implique que la posture française fasse l?objet
d?échanges remontants et descendants réguliers.
Il est essentiel que les stratégies sectorielles (biodiversité, prévention des risques, adaptation au
changement climatique, politiques énergétiques, navigation etc.) soient prises en compte lors de
l'élaboration des éléments de langage afin d'assurer une position française unifiée et alignée sur
les objectifs nationaux. Cela nécessite une collaboration étroite entre la DEB et les autres directions
concernées du ministère, ainsi qu'avec les opérateurs de l'État et les collectivités territoriales
impliquées. Une telle approche intégrée est nécessaire pour renforcer l'efficacité de la France dans
les instances internationales et facilitera la mise en oeuvre des politiques publiques relatives aux
cours d'eau transfrontaliers.
20 P. Philizot, C. Desforges, A. Pommier, « La coopération transfrontalière des collectivités territoriales », Rapport
de l?Inspection générale de l?administration, n°22035-R, juillet 2022.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 51/110
Recommandation 5. [DEB, en associant les Préfets coordonnateurs de bassin] Prévoir à
l?échelle de chaque bassin, une réunion annuelle des chefs de délégation sous la
présidence conjointe du préfet coordonnateur de bassin et de la DEB, en y associant les
acteurs pertinents (préfets de départements, conseillers diplomatiques, chefs de service
déconcentrés, représentants des opérateurs, etc.) permettant de construire un "Dire de
l'État", éléments de langage indispensables au dialogue avec les autorités étrangères.
Aujourd?hui, le préfet coordonnateur de bassin, du fait d?un agenda surchargé mais également
d?une conviction largement répandue dans la sphère État que ces commissions relèvent avant tout
d?enjeux techniques, délègue souvent son rôle de chef de délégation aux services experts en
particulier les DREAL. Il paraît donc important que la DEB incite davantage l?ensemble des services
de l?État en région à se coordonner régulièrement (au-delà du simple échange d?informations par
mail), afin de discuter des questions sensibles ou des difficultés d?ordre politiques rencontrées en
commission. Il s?agit en réalité de changer les représentations associées à la comitologie fluviale
internationale et de dépasser la dichotomie diplomatique/technique. La mission a eu le sentiment,
au fil de ses entretiens, que le ministère des affaires étrangères se préoccupait essentiellement
des commissions fluviales où il y avait des enjeux diplomatiques et stratégiques21 (CCNR, CIM,
CIPR pour ce qui concerne le franco-allemand, comitologie associée au futur accord sur le Rhône,
etc.) et peu des autres considérées comme de pures commissions techniques. Or dans l?ensemble
des commissions, la mission a relevé des sujets qui relèvent d?un positionnement politique à définir.
Nous sommes en réalité presque systématiquement dans du technique-stratégique et il apparaît
nécessaire dans une feuille de route stratégique de proposer des pistes pour dépasser cette
dichotomie, qui nuit aujourd?hui aux délégations françaises dans leur capacité d?anticipation et
d?influence. L?ensemble des services techniques rencontrés sont en forte demande d?échanges
plus réguliers avec les préfets sur les sujets fluviaux, qui constituent un enjeu important des
politiques d?aménagement du territoire. Même si cela implique davantage de réunions, ils
considèrent qu?à moyen et long terme, cela leur permettra de gagner du temps, de mieux structurer
la délégation française et d?être davantage légitimes dans les négociations avec les partenaires
étrangers. Le format et les modalités de la coordination au sein de chaque bassin versant peuvent
être discutés en fonction des enjeux locaux et l?importance des sujets internationaux (la
coordination doit être nécessairement plus étroite à la frontière rhénane qu?à la frontière
pyrénéenne), mais il paraît indispensable d?avoir un cadre minimal de coopération sur l?ensemble
du territoire. Si certains sujets locaux peuvent sembler anecdotiques du point de vue de
l?administration centrale, ils peuvent constituer des éléments de blocage fort à l?échelle locale et
avoir des conséquences sur d?autres sujets et à d?autres échelles. Ainsi l?eau constitue un élément
central de la coopération frontalière au pays basque. La MOT consacre d?ailleurs un atelier sur ce
sujet lors du Borders forum de décembre 2024, en invitant la communauté d?agglomération du
Pays basque. Or ce sujet n?est aujourd?hui plus pris en charge par la préfecture du département
des Pyrénées-Atlantiques et mal cerné à l?échelle régionale comme à l?échelle nationale. L?idée
d?une feuille de route nationale est qu?il n?y ait plus de sujet orphelin ou « hors du scope » en
administration centrale, facilitant ainsi le travail au plan local.
21 Avec un prisme particulier selon les directions membres de la délégation française. Ainsi la CCNR est suivie par
la Direction des affaires juridiques, sous l?angle essentiellement du droit, mais les enjeux des commissions
internationales sont multiples comme nous l?avons vu dans la troisième partie.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 52/110
Recommandation 6. [DEB (MTE) et DUE (MEAE)] Réaffirmer le caractère interministériel des
enjeux fluviaux internationaux pour dépasser la dichotomie actuelle entre les enjeux
techniques et les enjeux diplomatiques, afin d?avoir une vision politique complète des sujets
et de permettre un dialogue cohérent et l?adoption d?une posture claire à l?international.
Enfin la définition d?une stratégie nationale invite à réfléchir aux moyens que l?on souhaite
consacrer à la comitologie fluviale internationale : quel budget est-on prêt à consacrer à
l?organisation d?ateliers ou l?accueil de réunions sur notre territoire en plus des contributions
prévues par les conventions ? Sur quelles priorités ? Avec quelles attentes et quel rapport coût-
bénéfice ? Comment amener nos voisins à plus de sobriété dans les dépenses ? Comment
résoudre la question des ressources humaines : si l?on affecte des ETP à ces commissions, comme
le motiver par rapport aux contraintes d?effectifs globales ? Concernant les aspects financiers, il
s?agit évidemment de tenir compte des contraintes budgétaires actuelles tout en évitant les
postures dogmatiques avec des budgets figés ou les situations intenables (mise en difficulté des
DREAL pour des sommes dérisoires qui ne sont pas débloquées), de nature à décrédibiliser nos
représentations locales.
4.2 Mandat
Un des constats fait par la mission est celui de l?absence fréquente de mandat clair pour les
personnes impliquées dans les commissions internationales. Un mandat représente pour l?agent
une directive officielle qui lui est donnée, définissant ses objectifs, les positions qu?il doit défendre
ou tenir, et les limites de son action au sein d'une instance donnée. Il sert de cadre de référence
pour orienter les interventions des agents, assurer la cohérence des positions défendues et garantir
que les intérêts nationaux sont correctement représentés.
La clarté du mandat est essentielle pour plusieurs raisons. Tout d?abord, elle permet aux agents
de savoir précisément quelles sont les attentes de leur hiérarchie, et donc de l'État, qu'ils
représentent. Cela inclut les positions à défendre, les lignes rouges à ne pas franchir, les objectifs
à atteindre et les concessions possibles. Sans ce cadre, les agents risquent de prendre de bonne
foi des initiatives qui ne sont pas alignées avec les politiques nationales, ce qui peut conduire à
des incohérences ou à des contradictions dans la position française. Ce cadrage constitue un appui
précieux pour les agents, en leur offrant une orientation précise qui leur permet de savoir
exactement ce qui est attendu d'eux, évitant ainsi qu'ils ne se sentent livrés à eux-mêmes.
En outre, un mandat clair facilite la préparation en amont des réunions. Les agents peuvent ainsi
se documenter sur les sujets pertinents, préparer des argumentaires solides et anticiper les
positions des partenaires étrangers. Cela renforce leur crédibilité et leur efficacité lors des
négociations, augmentant ainsi la capacité de la France à influencer les décisions prises au sein
des commissions.
Le mandat joue également un rôle crucial dans la responsabilisation des agents. En connaissant
précisément le cadre de leur intervention, ils peuvent agir en toute confiance, tout en étant
conscients des limites de leur champ d?action. Cela permet également à la hiérarchie de mieux
évaluer les performances des agents, en fonction de leur capacité à respecter et à mettre en oeuvre
le mandat qui leur a été confié.
Par ailleurs, la formalisation des mandats favorise une meilleure coordination interne. Lorsque tous
les membres d'une délégation partagent le même mandat, il est plus facile de tenir une position
unifiée et cohérente. Cela évite les divergences internes qui peuvent affaiblir la position française
face aux partenaires étrangers. De plus, en cas de rotation du personnel, un mandat clairement
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 53/110
défini facilite la transition et l'intégration des nouveaux agents, en leur fournissant un cadre de
référence dès leur prise de fonction.
Enfin, disposer d'un mandat clair permet aux agents de savoir précisément quelle position défendre
lors des négociations internationales. Cela doit permettre d?éviter que la France se voie imposer
des actions (travaux, financements, etc.) ou des normes qui auraient été validées par nos experts
sur la base de leur seule expertise technique, sans tenir compte des orientations stratégiques
nationales ni des implications politiques plus larges. En étant guidés par un mandat défini, les
agents peuvent aligner leur action sur les intérêts nationaux, garantir la cohérence de la posture
française et s'assurer que les engagements pris à l'international sont conformes aux objectifs et
aux politiques du pays. Ainsi, le mandat sert de cadre de référence qui concilie l'expertise technique
avec les impératifs stratégiques, évitant que des décisions soient prises en dehors des limites
établies et sans une connaissance approfondie de la position à tenir. Il est évident que l?on aura
vérifié avec l?agent qu?il accepte les termes du mandat qui lui est confié.
Recommandation 7. [Préfets coordonnateurs de bassin] Établir pour chaque agent impliqué
dans les commissions internationales un mandat clair et formalisé, définissant les positions
à défendre, les objectifs à atteindre et les limites de son action, afin de garantir la cohérence
et l'efficacité de la représentation française au sein des instances transfrontalières.
4.3 Formation et valorisation
De nombreux interlocuteurs de la mission ont insisté sur le coût d?entrée dans les commissions
fluviales internationales, car il s?agit de cadres auxquels ils ne sont ni habitués ni formés. Seule la
CCNR, plus ancienne organisation internationale, semble former spécifiquement les nouveaux
arrivants. Dans l?organisation actuelle, l?absence de formation ou d?accompagnement des agents
dans leur travail au sein des commissions internationales semble très pénalisante pour les
délégations françaises. L?objet transfrontalier est mal identifié et les services de l?État sont peu
rompus à la négociation en général.
Cette formation doit être pensée à plusieurs niveaux. Il s?agit en premier lieu d?apporter une culture
commune et une vision interministérielle à l?ensemble des membres des délégations françaises :
? le premier volet de cette culture commune consiste à acquérir les bases de la négociation
et de la pratique du consensus afin de favoriser de bonnes relations internationales.
L?expertise du MEAE et de l?Institut diplomatique et consulaire est ici indispensable ;
? le deuxième volet est technique. Il s?agit de favoriser l?échange d?expertises et de
comprendre les modalités d?une décision d?expertise, ainsi que ses conséquences
potentielles. Les différentes directions du MTE peuvent apporter cette connaissance en
lien avec le ministère chargé des territoires et de la décentralisation pour les questions
relatives aux transports et à l?aménagement du territoire ;
? le troisième volet concerne la défense de la souveraineté française et la gestion de crise
en contexte transfrontalier qui relève de l?expertise du MI. Les conseillers diplomatiques
sous la double tutelle du MEAE et du MI semblent des ressources appropriées pour
participer à ces formations. Celles-ci peuvent être organisés par ministère (avec des
échanges croisés) dans le cadre des formations de prise de poste. Par exemple la
DMATES pourrait rendre obligatoire cette formation pour l?ensemble des préfets, sous-
préfets et secrétaires généraux amenés à travailler dans un territoire frontalier.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 54/110
Le deuxième objectif de la formation est d?apporter aux membres des délégations un certain
nombre de fondamentaux :
? sur le fonctionnement d?une commission internationale ;
? sur les grands enjeux transfrontaliers avec une approche territoriale qui prend en compte
les deux côtés de la frontière. Dans la vision de certains services de l?État22, les cours d?eau
n?ont qu?une rive, celle dont ils ont la charge ;
? sur les différences culturelles, sur les différences de perception de tel ou tel sujet dans les
pays partenaires.
Pour cette formation généraliste sur le transfrontalier, l?expertise de la MOT pourrait être
ponctuellement utilisée en complément de séminaires organisés par les directions
d?administrations centrales ou les conseillers diplomatiques. Cette formation peut être organisée
sous forme de webinaires obligatoires pour réduire les coûts.
Enfin un niveau plus expert de formation peut être visé pour les chefs de délégation afin de leur
faire acquérir des savoir-faire et des savoir-être autour de l?agir à l?international. Cette formation
s?articulerait autour de différents champs :
? apprentissage des codes nationaux et internationaux ;
? apprentissage de l?art de la négociation et du sens du compromis ;
? renforcement linguistique en anglais pour réduire les frais d?interprétariat mais également
dans la langue utilisée dans les commissions auxquels ils participent. Cette maîtrise peut
s?avérer précieuse lors des échanges informels ;
? apprentissage des leviers pour faire valoir la position française en particulier à l?échelle de
l?Union européenne.
Cette formation plus poussée peut être assurée par les administrations centrales en partenariat
avec des universités ou euro-instituts comme celui de Kehl par exemple.
Plutôt que des formations trop générales, un accompagnement spécifique des chefs de délégation
peut être envisagé afin de répondre à leurs besoins spécifiques ou difficultés rencontrées en
commission.
Recommandation 8. [DGALN, DAEI du MTE, SG MTE] Saisir les services ad hoc des
administrations centrales afin d?établir un programme de formation destinés aux différents
acteurs concernés par les sujets transfrontaliers. Élaborer un socle de base obligatoire pour
les agents représentants la France dans les comités internationaux (gouvernance, groupes
d?expert, groupes de travail), et définir les approfondissements nécessaires pour les chefs
de délégation.
Une fois formés, les membres des délégations doivent être valorisés pour le travail effectué au sein
des commissions.
Le coût d?entrée dans les sujets transfrontaliers est important, la participation aux commissions est
chronophage et l?investissement des agents dans ces thématiques n?est que rarement valorisé
dans leur parcours de carrière (y compris à l?échelle d?un même service). Il y a là des perspectives
d?évolution importante. La mission a constaté que la participation aux commissions était rarement
incluse dans les fiches de poste. Les inclure explicitement serait un levier de transformation assez
simple à mettre en oeuvre. Les entretiens annuels sont également une occasion de valoriser la
22 Notamment dans les services préfectoraux
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 55/110
participation aux commissions. On pourrait en outre envisager que des agents du MI ou du MTE
investis sur le transfrontalier puissent rester plus que deux/trois ans en poste sans être pénalisés
dans la suite de leur carrière. La mission considère qu?une stabilité plus grande des équipes (avec
des agents en poste quatre ou cinq ans) serait fortement bénéfique pour la France pour les sujets
transfrontaliers.
Par ailleurs, la mission préconise que la valorisation de la participation aux commissions
internationales puisse être renforcée en intégrant de manière plus claire cette activité dans
les critères d'évaluation des comités de domaine du MTE. Ces comités, chargés d'évaluer les
compétences et les parcours professionnels des agents dans leurs domaines respectifs, pourraient
ainsi reconnaître l'engagement dans la comitologie internationale comme un élément significatif de
développement professionnel et de contribution aux objectifs stratégiques du ministère. Il serait
également opportun que les managers encouragent les agents impliqués dans ces commissions à
soumettre leurs dossiers pour une qualification en comité de domaine, afin de valoriser leur
expertise et leur investissement dans ces instances internationales.
Recommandation 9. [DREAL et autres services concernés] S?assurer de la bonne intégration
dans les fiches de poste de l?implication des agents dans les commissions transfrontalières
et de leur valorisation dans les éléments des évaluations annuelles.
Recommandation 10. [SG MEAE, MI et Ministères « Territoires, Écologie, Logement », CGDD,
CMVRH] Intégrer des éléments de valorisation des compétences acquises par la
participation aux commissions internationales dans les parcours professionnels,
notamment dans le cadre de démarches du type comités de domaine.
De plus, il serait pertinent de réfléchir au fléchage de certains postes pour des agents ayant
déjà une expérience dans les commissions internationales. Cette démarche permettrait de
capitaliser sur leur expertise spécifique et d'assurer une continuité dans la représentation française
au sein des instances transfrontalières. En reconnaissant officiellement cette compétence dans les
processus de recrutement et de mobilité interne, le ministère favoriserait le développement de
carrières intégrant une composante internationale forte, renforçant ainsi l?intérêt pour ces missions,
ainsi que l'efficacité et l'influence de la France dans ces domaines stratégiques.
Enfin, il serait bénéfique d'identifier suffisamment tôt des personnes ayant le profil pour
exercer les fonctions de secrétaire général de certaines commissions internationales. En
encourageant et en soutenant les agents qui disposent de la motivation, des compétences et de
l'expérience requises pour assumer de telles responsabilités, la France pourrait accroître son
influence et sa visibilité au sein de ces instances. La nomination de représentants français à ce
type de postes clés renforcerait notre capacité à orienter les travaux des commissions et à
promouvoir ses priorités stratégiques. Cela implique de repérer tôt les talents potentiels et de leur
offrir des opportunités de développement professionnel ciblées, afin de les préparer à assumer ces
fonctions.
4.4 Capitalisation
Une fois les différents axes de la stratégie nationale posés, il faut inscrire celle-ci dans la durée.
Dans un contexte budgétaire qui laisse peu de marges de manoeuvre en termes d?effectifs, mais
également dans un système administratif français qui favorise les changements de postes
fréquents, la capitalisation des données et informations qui concernent la comitologie fluviale
internationale est indispensable.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 56/110
La mission a rencontré des difficultés à rassembler l?ensemble des documents (conventions, traités,
accords, comptes-rendus de réunions, synthèses régionales sur les problématiques fluviales, etc.)
concernant la comitologie fluviale dans la mesure où il n?existait pas de fonds de dossier
synthétisant l?ensemble de la matière relative aux domaines traités par les commissions. La
documentation existe mais reste inégale selon les bassins versants et l?ensemble des acteurs
concernés n?en avait pas nécessairement connaissance. La mémoire des informations échangées
en commission et des décisions actées est davantage une mémoire humaine d?agents impliqués
pour des raisons personnelles dans les questions transfrontalières. Cela pose plusieurs difficultés :
d?une part cette mémoire n?est pas nécessairement entretenue en cas de changement de postes
ou de départ de l?agent en question. D?autre part, cette mémoire est nécessairement partielle et
partiale en fonction de l?agent qui a capitalisé les ressources : un agent de la DREAL ne va pas
prioriser les sujets de la même manière qu?un agent de préfecture. La documentation est beaucoup
plus structurée chez les opérateurs comme VNF et EDF ce qui y facilite la prise de décision. En
outre cette absence d?historique sur le temps long fragilise les délégations françaises quand elles
ont en face des interlocuteurs en poste depuis longtemps et ayant une connaissance fine des
travaux antérieurs.
Il semble logique que ce fonds de dossier soit produit par les DREAL qui sont au centre de la
gouvernance des commissions fluviales mais cela n?empêche pas l?apport de l?expertise d?autres
services déconcentrés ou des opérateurs. Surtout il ne s?agit pas de créer uniquement un fonds de
dossier papier transmis au gré des changements de poste, la mémoire des commissions doit rester
vivante et être enrichie, discutée, partagée entre tous les acteurs concernés. La mise en place par
la mission internationale de la DEB d?un portail intranet sur les commissions fluviales
internationales, alimenté ensuite par chaque délégation, permettrait de centraliser l?information
mais aussi de faciliter les échanges en interministériel et au sein des délégations en dehors des
réunions en présentiel.
Ce portail pourrait ainsi prévoir une rubrique « traités et conventions » pour l?information d?échelle
nationale, une rubrique « ressources par bassin », ainsi qu?un forum afin d?échanger sur les
difficultés rencontrées. Cela permettait entre autres des discussions interbassins car en face de
chaque délégation française il peut y avoir un seul et même interlocuteur étranger quand les
mêmes pays sont concernés (pour la CIE et les CIPMS par exemple).
La DEB peut également envisager de porter le développement d?un service numérique du type
Expertises-Territoires conçu par le Cerema, ou d?un outil similaire développé avec l?incubateur de
l?ANCT. Cette dernière n?ayant pas dans son portefeuille les problématiques transfrontalières en
dehors de la gestion des fonds européens, le portage de ce type d?application pour les
commissions fluviales internationales paraît moins envisageable à court terme. Toutefois, on peut
imaginer à long terme une réflexion interministérielle sur la définition de programmes
transfrontaliers animés par l?ANCT, ce qui permettrait de développer une ingénierie spécifique utile
à l?ensemble des acteurs des bassin fluviaux internationaux.
Recommandation 11. [DREAL ; DEB] Systématiser la production par les DREAL d?un fonds
de dossier sur la comitologie fluviale internationale, afin d?entretenir la mémoire des
échanges et de favoriser la transmission au gré des changements de postes. Assurer la
centralisation à la DEB des documents juridiques et administratifs (à date et à venir) qui
fondent la comitologie fluviale internationale et permettent de justifier les mandats des
différentes délégations et créer un espace intranet dédié qui puisse être alimenté en
interministériel et par tous les acteurs concernés.
A moyen terme, il serait intéressant pour la DEB d?évaluer les potentielles économies de moyens
entraînées par une telle mutualisation.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 57/110
4.5 Animation
En définitive, afin d?entretenir la mémoire des travaux des commissions, de mieux coordonner les
acteurs à toutes les échelles, de mieux identifier les personnes compétentes sur les sujets
transfrontaliers et utiliser au mieux les compétences, il apparaît nécessaire de davantage animer
le réseau des acteurs impliqués dans les commissions fluviales internationales. Une telle animation
doit être d?abord pensée dans une approche globale et interministérielle. Cela implique davantage
d?échanges entre le MEAE, le MI et le MTE. Cela pourrait se traduire par une rencontre annuelle
entre la mission internationale de la DEB, l?ambassadeur pour les commissions
intergouvernementales et la coopération transfrontalière et la DAEI du MI. Les conseillers
diplomatiques placés auprès des préfets de région pourraient jouer un rôle clé dans cette animation
dans la mesure où ils peuvent constituer un relais précieux entre le niveau national et les
problématiques régionales et locales. Surtout il paraît indispensable de renforcer l?animation par
les préfets coordonnateurs de bassin de la coopération transfrontalière qui semble partout
insuffisante selon les interlocuteurs rencontrés par la mission. Les préfets de départements ou les
sous-préfets d?arrondissement directement concernés sur leur territoire par les sujets
transfrontaliers devraient être davantage impliqués dans ce réseau d?acteurs. Actuellement ils
semblent très isolés au sein du système d?acteurs, alors qu?ils peuvent avoir une connaissance fine
du terrain et que leur regard peut se révéler très précieux.
La DREAL Grand Est a organisé en avril 2024 des ateliers pour faire le bilan des difficultés
rencontrées lors des commissions par les différents membres. Ces ateliers tenus sur deux jours
ont été très constructifs selon les participants. La DREAL déplore cependant l?absence de la DEB
et de la préfecture au-delà du seul conseiller diplomatique. De tels exercices devraient être
organisés régulièrement dans tous les bassins concernés23.
Recommandation 12. [DGALN] Constituer et animer un réseau des acteurs représentant la
France aux différents niveaux des commissions internationales fluviales. Pour le cas
spécifique des régions dialoguant avec un ensemble d?acteurs identiques (Grand Est et
Hauts-de-France d?une part, Bourgogne-Franche-Comté et Auvergne-Rhône-Alpes d?autre
part), décliner ce réseau à leur échelle.
L?animation du réseau d?acteurs impliqués dans les commissions fluviales passe en outre par la
mise en place de systèmes de compagnonnage afin de faciliter l?arrivée de nouveaux
membres/chefs de délégation et de faciliter la transmission des données tant techniques que
juridiques et diplomatiques. Il s?agit de déterminer quel(s) acteur(s) ou service(s) sont les mieux à
même de mettre en place ce type d?accompagnement.
Le réseau des acteurs impliqués dans les commissions fluviales internationales ne doit pas se
réduire aux seuls services de l?État. Le retour d?expérience, souvent très concret, des collectivités
locales peut être intéressant. Un travail partenarial avec les régions pourrait être mise en place sur
des sujets bien identifiés.
Enfin, la création d?un réseau permettrait de faciliter l?identification d?un vivier de compétences pour
assurer la représentation de la France au bon niveau. Comme indiqué précédemment, la création
de ce vivier passe aussi par une réflexion ministérielle, voire interministérielle, plus large sur les
carrières des agents impliqués dans les sujets transfrontaliers.
Le schéma présenté en page suivante reprend les principales actions permettant de mettre en
oeuvre la stratégie nationale esquissée par la mission. Il permet également d?apporter un cadrage
temporel pour leur déploiement.
23 La DREAL Hauts-de-France est d?ailleurs venue assister à l?exercice.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 58/110
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 59/110
Conclusion
Le travail de la mission a permis de faire un état des lieux de l?ensemble des commissions fluviales
internationales dans lesquelles la France est impliquée et de compiler les textes associés à cette
comitologie, travail de synthèse et de centralisation qui semble n?avoir jamais été réalisé jusque-
là. La comitologie fluviale internationale est foisonnante, avec 150 instances recensées par la
mission, correspondant aux travaux liés à 28 traités ou accords internationaux. Elle concerne
principalement le bassin versant du Rhin et de ses affluents (87 des 150 instances considérées)
mais les enjeux sont également nombreux pour les bassins de l?Escaut, de la Meuse, du Doubs et
du Rhône. Les cours d?eau frontaliers espagnols semblent être moins importants d?un point de vue
national. La gestion locale transfrontalière n?y est pas fluide pour autant, ce qui crée de nombreux
blocages. Seule la frontière italienne est peu concernée, au niveau national, par ces
problématiques.
L?analyse de l?ensemble des commissions hexagonales a permis de soulever un certain nombre
de problématiques comme les difficultés rencontrées par les délégations françaises pour envoyer
des agents dans l?ensemble des groupes et sous-groupes faute d?effectifs suffisants, ou l?absence
de mandat qui nuit à la légitimité ou au positionnement des délégations françaises. En outre, les
commissions internationales sont trop souvent considérées soit comme des instances techniques
gérées par les experts de terrain, soit comme des entités politiques au sein desquelles des
stratégies globales sont négociées indépendamment des problématiques spécifiques. D?une
manière plus générale, l?étude de la comitologie fluviale internationale reflète la faible prise en
compte de l?échelle européenne et des enjeux transfrontaliers par l?administration, malgré des
efforts ces dernières années pour mieux appréhender les spécificités de la coopération
transfrontalière.
Des leviers d?amélioration à différentes échelles peuvent être mobilisés. Il s?agit en premier lieu de
proposer une vision interministérielle claire et qui articule davantage les enjeux techniques et
diplomatiques. L?administration centrale, et en particulier la mission internationale de la DEB
directement en charge des commissions, doit définir quels sont les objectifs de ces commissions
pour la France et quels y sont les priorités pour notre pays. Le pilotage de l?ensemble des
commissions à l?échelle nationale peut être rendu plus efficace grâce à la mise en réseau de
l?ensemble des acteurs concernés et à la capitalisation de l?ensemble du travail mené dans chaque
commission. A l?échelle des différents bassins versants, des réunions plus fréquentes sous l?égide
du préfet coordonnateur de bassin et en partenariat avec la DEB permettraient de clarifier les
mandats des délégations en amont des commissions. La mission préconise de davantage associer
les CDPR en amont des commissions afin d?intégrer les questions techniques dans un contexte
stratégique plus vaste et de davantage faire le lien entre problématiques locales et postures
nationales. L?amélioration du système existant passe enfin par, d?une part davantage de formation
des agents membres des délégations afin de leur permettre d?acquérir une culture diplomatique et
des outils de négociation, d?autre part par une plus grande valorisation dans les parcours de
carrière des compétences acquises dans ce travail à l?international, travail qui implique un coût
d?entrée non négligeable et qui nécessiterait une plus grande stabilité des effectifs.
Certaines des mesures mises en avant dans ce rapport sont peu coûteuses et peuvent être mises
en oeuvre à court terme et permettre d?améliorer le quotidien des agents et l?efficacité de l?action
collective. D?autres, comme la question du renforcement des effectifs, apparaissent comme
indispensables au long cours mais plus difficiles à arbitrer. Cela renvoie à la question des
priorisations à effectuer rapidement, dans un cadre interministériel.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état des lieux et nouvelles stratégies
Page 60/110
Stéphanie Beucher
Fabien Palhol
Inspectrice générale adjointe de
l'administration
Inspecteur
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état de lieux et nouvelles stratégies
Page 61/110
Annexes
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état de lieux et nouvelles stratégies
Page 62/110
Annexe 1. Lettre de mission
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état de lieux et nouvelles stratégies
Page 63/110
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale :
état de lieux et nouvelles stratégies
Page 64/110
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 65/110
Annexe 2. Liste des personnes rencontrées
Nom Prénom Organisme Fonction
LAUNOIS Lionel DGALN/DEB
Chef de la Mission de coordination
européenne et internationale
BERTHET Lionel Direction générale de la prévention des risques, MTE
Sous-directeur de la connaissance des
aléas et de la prévention
PERROT Etienne Direction générale de l?énergie et du climat, MTE
Chef de bureau énergies renouvelables
marines et hydrauliques SD3/3A
LAILHEUGUE François Direction générale de l?énergie et du climat, MTE
Adjoint au chef du bureau 3A du pôle
hydroélectricité SD3/3A
CHARRIER Aude
Direction de l?action européenne et internationale,
MTE
Sous-directrice de l?action européenne
RAMET Philippe
Direction de l?action européenne et internationale,
MTE
Adjoint à la sous-directrice de l?action
européenne
DE HARTINGH-BOCA Ghislaine
Direction de l?action européenne et internationale,
MTE
Chargée de mission enjeux multilatéraux
et suivi bilatéral
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 66/110
Nom Prénom Organisme Fonction
PIERRESTEGUY Grégory
Direction Générale de l'Aménagement, du Logement
et de la Nature, Sous-direction Territoires et Usagers
Adjoint à la Sous-directrice
PACCHIONI Kévin DGALN sous-direction Territoires/usagers Référent territorial « territoire et usagers »
PHANTHARANGSI Maryvonne Direction de l?eau et de la biodiversité, MTE
Coordonnatrice Europe et International
sur les sujets eau
DOUBLIC Thomas DGITM/DTFFP/ Département des transports fluviaux Chef du département
TEMPEZ Georges
Inspection générale de l?environnement et du
développement durable
Coordonnateur de la Mission d?inspection
générale territoriale de Metz
TORTEROTOT Jean-Philippe
Inspection générale de l?environnement et du
développement durable
Inspecteur général
DORLIAT-POUZET Isabelle Direction générale des collectivités locales
Sous-directrice, Compétences et
Institutions locales
COMPTE François Direction générale des collectivités locales
Chargé de mission au sein du bureau des
services publics locaux
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 67/110
Nom Prénom Organisme Fonction
WENNER Léonard Direction générale des collectivités locales
Chargé de mission au sein du bureau des
structures territoriales
LAPOUZE Patrick
Direction des affaires européennes et internationales,
Ministère de l?Intérieur
Directeur de projet
VOIRY Philippe MEAE
Ambassadeur pour les commissions
intergouvernementales, la coopération et
les questions frontalières
MIQUEL Pierre-Alexandre Direction de l?Union européenne, MEAE Directeur adjoint de l?Union européenne
GUIBERT Thomas Direction de l?Union européenne, MEAE Sous-directeur Europe 2
SANTILLI Corentin Direction de l?Union européenne, MEAE
Rédacteur chargé des relations
frontalières franco allemandes au sein de
la Mission de l?Allemagne et de l?Europe
alpine et adriatique
BELLENGER Dominique Direction des affaires juridiques du MEAE Adjoint de direction juridique
KONINCKX Fanny-Tsilla
Sous-Direction de l?Environnement et du Climat du
MEAE
Rédactrice - Eau et assainissement/
Gestion intégrée des ressources en eau/
Eaux transfrontalières
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 68/110
Nom Prénom Organisme Fonction
BLANC Frédéric
Délégation pour les collectivités territoriales et la
société civile, Direction générale de la mondialisation,
MEAE
Chargé de mission, Secrétaire général
adjoint de la Commission Nationale de la
Coopération Décentralisée, Pôle action
extérieure des collectivités territoriales
AFLALO Myriam
Délégation pour les collectivités territoriales et la
société civile, Direction générale de la mondialisation,
MEAE
Chargée de mission à la Délégation à
l?action extérieure des collectivités
territoriales
FARRET Régis
Représentation permanente de la France auprès de
l'Office des Nations unies à Genève et des
organisations internationales en Suisse
Conseiller Développement durable
BOUJU Samuel Préfecture de la région Grand Est SGARE
LACOSTE Philippe Préfecture de la région Grand Est
Conseiller diplomatique auprès du préfet
de région
DELACROY Jean-Gabriel Préfecture des Hauts-de-France
Secrétaire général pour les affaires
régionales
DELANNOY Hasiniaina Préfecture des Hauts-de-France
Chargée de mission Europe et
international auprès du préfet de la
région, SGAR
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 69/110
Nom Prénom Organisme Fonction
NORDI Hugues Préfecture de Bourgogne Franche-Comté
Conseiller diplomatique auprès du préfet
de région
BASTILLE Rémi Préfecture du Doubs Préfet
MATHEY Stéphanie DREAL Grand Est Directrice adjointe
MAZOYER David DREAL Grand Est Directeur adjoint
JELDEN Stella DREAL Grand Est / Direction
Directrice de projet Rhin et espaces
rhénans
HESTROFFER Philippe DREAL Grand Est / SPRNH / PMM Chef du pôle Meuse-Moselle
SOLTERMANN Yohan DREAL Grand Est / SPRNH / PMM / UH
Chef de l?unité Hydrométrie Meuse
Moselle
THOUVENOT Éric DREAL Grand Est / SPRNH / PRSC
Adjoint au chef du pôle Rhin et systèmes
connexes
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 70/110
Nom Prénom Organisme Fonction
ZILLHARDT Delphine DREAL Grand Est / SPRNH / PRS Cheffe du pôle Rhin-Sarre
LOMBARD Aline DREAL Grand Est / SEBP
Adjointe au chef du service Eau
Biodiversité Paysages, et adjointe au
délégué de bassin
MARCHAL Françoise DREAL Grand Est / SEBP / MAREB
Cheffe de la mission Axe rhénan : eau et
biodiversité
HALAIS Camille DREAL Grand Est / SEBP / MAREB
Chargée de mission Affaires
internationales
BACHMANN Vincent DREAL Grand Est / SEBP / MARPEN
Adjoint au chef de la mission Animation
régionale des polices de l?eau et de la
nature
CLERMONT-BROUILLET Florence DREAL Hauts-de-France Directrice adjointe
PREVOST Olivier DREAL Hauts-de-France Chef du pôle Délégation de bassin
DELORME Thierry DREAL Bourgogne-Franche-Comté Directeur adjoint
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 71/110
Nom Prénom Organisme Fonction
SION Antoine DREAL Bourgogne-Franche-Comté
Chef de service adjoint Biodiversité Eau
et Patrimoine
REGNIER Élise DREAL Auvergne-Rhône-Alpes Directrice adjointe
DAGUILLON David DREAL Auvergne-Rhône-Alpes / EHN Chef de projet
BLANC Michel DREAL Occitanie
Directeur adjoint, Direction des risques
naturels
SPYRATOS Vassilis DREAL Occitanie Direction de l?écologie
ASSADET Damien
Direction départementale des territoires de Haute-
Savoie
Chef du service eau et environnement
FRIEDLING Juliette
Direction départementale des territoires et de la mer
(DDTM) des Pyrénées atlantiques
Cheffe de service Gestion et Police de
l?eau
PAQUIN Philippe
Direction départementale des territoires et de la mer
(DDTM) des Pyrénées atlantiques
Chef du service administration de la mer,
Commandant en second de la station
navale française de la Bidassoa.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 72/110
Nom Prénom Organisme Fonction
HOELTZEL Marc Agence de l?eau Rhin-Meuse Directeur général
SANNIER Clément Agence de l?eau Rhin-Meuse Chef du pôle planification
BOURMAUD David Agence de l?eau Rhin-Meuse Chargé de mission international
CHOISY Guillaume Agence de l?eau Adour-Garonne Directeur
FILAUDEAU Sébastien Agence de l?eau Adour-Garonne
Chargé de mission
Délégation aux relations extérieures et à
la coopération internationale
MOULIS Marie-Christine
Agence de l?eau Adour-Garonne
Coordinatrice territoriale Garonne
MABRUT Véronique Agence de l?eau Adour-Garonne
Directrice, Délégation Adour et
côtiers24/09
RAMBEAU Christophe Agence de l?eau Adour-Garonne Coordonnateur territorial
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 73/110
Nom Prénom Organisme Fonction
MOURLON Nicolas Agence de l?eau Rhône Méditerranée Corse Directeur général
CHANTEPY Nicolas Agence de l?eau Rhône Méditerranée Corse Directeur général adjoint
BONACINA Karine Agence de l?eau Rhône Méditerranée Corse Directrice de la délégation de Montpellier
ROSSI Vivien Agence de l?eau Rhône Méditerranée Corse
Chef du service territorial Doubs,
Délégation de Besançon
LAVELLE Perrine
Voies Navigables de France
Cheffe de pôle Europe
RYCKEBUSCH Gilles Voies Navigables de France Nord-Pas-de-Calais
Directeur territorial
MATRAT Olivier Voies Navigables de France Nord-Pas-de-Calais Directeur territorial adjoint
VALENTIN Sophie-Charlotte Voies Navigables de France Nord-Est Directrice territoriale
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 74/110
Nom Prénom Organisme Fonction
LUGHERINI Xavier Voies Navigables de France Nord-Est
Responsable adjoint de l?arrondissement
Développement de la voie d?eau
QUIQUANDON Yann Voies Navigables de France Strasbourg Directeur territorial
THENOZ Philippe Voies Navigables de France Strasbourg Directeur territorial adjoint
DI CHIARA Valérie Voies Navigables de France Strasbourg
Cheffe du Service Technique de la Voie
d?Eau
KISTLER Jean-Laurent Voies Navigables de France Strasbourg
Chef du Service Développement et des
Relations Institutionnelles
VO Han
Direction Partenariats et financements, Communauté
d?Agglomération Pays Basque (CAPB)
Directrice
PEYRONY Jean Mission Opérationnelle Transfrontalière (MOT) Directeur général
TZETANOVA Petia Mission Opérationnelle Transfrontalière (MOT) Responsable de l?expertise juridique
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies Page 75/110
Nom Prénom Organisme Fonction
DURET Alice Mission Opérationnelle Transfrontalière (MOT)
Chargée de mission études
transfrontalières et transitions
DE CHERGE Bruno EDF Hydro
Directeur Eau, Environnement, Territoires,
Climat
ROYER Jean-Philippe EDF Hydro-Est Attaché relations internationales
THEVENET Régis EDF Hydro-Est
Directeur Concessions, Environnement et
Relations Territoriales
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 76/110
Annexe 3. Glossaire des sigles et acronymes
Acronyme Signification
AERMC Agence de l?eau Rhône Méditerranée Corse
AERM Agence de l?eau Rhin Meuse
ANCT
Agence nationale de la cohésion des
territoires
APAVER
Comité du pilotage du Protocole du 7
septembre 2015 relatif à la gestion
sédimentaire des retenues hydroélectriques
du Haut-Rhône
BRGM
Bureau de recherches géologiques et
minières
CAI Commissions administratives internationales
CAT Conférence Atlantique Transpyrénéenne
CEE-ONU
Commission économique des Nations Unies
pour l?Europe
CDPR
Conseillers diplomatiques auprès des préfets
de région
CERGA Centrale électrique rhénane de Gambsheim
CCNR
Commission centrale pour la navigation du
Rhin
CHR
Commission internationale de l?hydrologie du
bassin du Rhin
CIE Commission internationale de l?Escaut.
CIG Commissions intergouvernementales
CIM Commission internationale de la Meuse
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 77/110
Acronyme Signification
CIP Commission internationale des Pyrénées
CIPMS
Commissions internationales de protection
de la Moselle et de la Sarre
CIPEL
Commission internationale pour la protection
des eaux du Léman
CIPR
Commission internationale pour la protection
du Rhin
CPS
Commission permanente de surveillance
pour l?aménagement hydroélectrique franco-
suisse d?Émosson
CMET Commission mixte des eaux transfrontalières
CTMB Commission technique mixte de la Bidassoa
CTS
Comité technique de surveillance du Mont-
Cenis
DAEI
Direction des affaires européennes et
internationales
DCE Directive cadre sur l?eau
DCTCIV
Délégation pour les collectivités territoriales
et la société civile
DDT Direction départementale des territoires
DDTM
Direction départementale des territoires et de
la mer
DEB Direction de l?eau et de la biodiversité
DGITM
Direction générale des infrastructures, des
transports et des mobilités
DGPR
Direction générale de la prévention des
risques
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 78/110
Acronyme Signification
DHI District hydrographique international
DREAL
Direction régionale de l'environnement, de
l'aménagement et du logement
DUE Direction de l?Union européenne
EPAMA
Établissement public d?aménagement de la
Meuse et de ses affluents
ETP Equivalent temps plein
FEDER Fonds européen de développement régional
GEIE Groupement européen d?intérêt économique
GT Groupe de travail
INRAE
Institut national de recherche pour
l?agriculture, l?alimentation et
l?environnement
MEAE
Ministère de l'Europe et des Affaires
étrangères
MEL Métropole européenne de Lille
MI Ministère de l?Intérieur
MOT Mission opérationnelle transfrontalière
MTE
Ministère de la Transition écologique, de la
Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la
Pêche
OFB Office français de la biodiversité
PFAS
Substances perfluoroalkylées et
polyfluoroalkylées
SG Secrétariat général
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 79/110
Acronyme Signification
SGAR
Secrétariat général pour les affaires
régionales
SGARE Secrétariat général pour les affaires
régionales et européennes
SIDPC Service interministériel de défense et
protection civile
SIM Société internationale de la Meuse
SPC Service de prévisions des crues
VNF Voies navigables de France
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 80/110
Annexe 4. Les conventions de Helsinki (1992) et de New
York (1997)
La convention d?Helsinki
La gestion durable des ressources en eau est aujourd?hui un enjeu crucial à l?échelle mondiale,
notamment dans les zones où ces ressources sont partagées par plusieurs États. La Convention
d?Helsinki de 1992, également connue sous le nom de « Convention sur la protection et l?utilisation
des cours d?eau transfrontières et des lacs internationaux », constitue l?un des instruments
juridiques internationaux les plus importants en matière de coopération transfrontalière sur les
ressources en eau. Adoptée sous l?égide de la Commission économique des Nations unies pour
l?Europe (CEE-ONU), cette convention vise à promouvoir une gestion équitable et durable des
eaux transfrontalières, tout en renforçant la coopération entre les États riverains.
Signée le 17 mars 1992 à Helsinki, en Finlande, elle est entrée en vigueur le 6 octobre 1996, et a
été approuvée par la France en 1998. À l'origine, elle s'adressait principalement aux États
membres de la CEE-ONU, couvrant ainsi l'Europe et une partie de l'Asie centrale. Cependant,
l'adoption en 2013 d'un amendement permettant à des États non membres de la CEE-ONU de
rejoindre la convention a élargi sa portée à l'échelle mondiale.
Le texte de la Convention met en lumière plusieurs principes clés relatifs à la gestion des eaux
transfrontalières, notamment :
? La gestion intégrée des ressources en eau : les États sont encouragés à adopter une
approche globale et durable de la gestion des bassins fluviaux et des systèmes lacustres
qui traversent plusieurs frontières. L'objectif est de concilier les besoins en eau de différents
secteurs, comme l'agriculture, l'industrie, l'environnement et les populations locales.
? La coopération internationale : la Convention encourage la coopération entre les États
riverains pour prévenir, contrôler et réduire les impacts transfrontaliers négatifs des
activités humaines sur les ressources en eau. Cela inclut la pollution, les prélèvements
excessifs d'eau, et les impacts liés aux infrastructures hydrauliques.
? La prévention et la réduction des conflits : en mettant l'accent sur la transparence, le
partage d'informations et la négociation, la Convention vise à prévenir les conflits potentiels
entre les États riverains sur l'utilisation des ressources hydriques.
Les obligations des États parties
Les États qui ont ratifié la Convention d'Helsinki s'engagent à respecter un certain nombre
d'obligations juridiques et pratiques en matière de gestion des ressources en eau partagées. Ces
obligations incluent :
? La prévention, le contrôle et la réduction des impacts transfrontaliers : chaque État partie
doit prendre les mesures appropriées pour prévenir les dommages environnementaux
causés par ses activités sur les eaux transfrontalières. Cela inclut la réduction des
émissions de polluants, la gestion des risques liés aux infrastructures et l'utilisation
rationnelle des ressources en eau.
? La surveillance et l'évaluation : les États parties sont tenus de surveiller régulièrement l?état
écologique des cours d'eau transfrontaliers et des lacs internationaux, et de partager ces
informations avec les autres États riverains. Cette surveillance permet de détecter
rapidement toute détérioration de la qualité des eaux et de prendre des mesures
correctives appropriées.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 81/110
? La notification et la consultation : en cas de projets ou d?activités susceptibles d'avoir un
impact significatif sur les eaux transfrontalières, les États concernés doivent se consulter
et échanger des informations en amont. Cela permet de minimiser les risques de conflits
et d?assurer que toutes les parties prenantes soient informées des conséquences
potentielles de certaines décisions.
? La mise en place d?accords bilatéraux ou multilatéraux : la Convention encourage la
conclusion d?accords spécifiques entre États riverains pour la gestion coordonnée des
bassins fluviaux ou des systèmes lacustres partagés. Ces accords visent à formaliser la
coopération, à définir des objectifs communs et à établir des mécanismes de gestion
concrets, tels que des commissions ou des organes transfrontaliers.
Les mécanismes de coopération transfrontalière
L'un des aspects fondamentaux de la Convention d'Helsinki est l'établissement de mécanismes de
coopération entre les États riverains. Ces mécanismes se déclinent principalement sous la forme
de commissions mixtes, de groupes de travail et d'accords bilatéraux ou multilatéraux. Parmi les
exemples les plus connus de telles coopérations figurent la Commission internationale pour la
protection du Rhin, la Convention pour la protection du Danube, ou encore la Commission
internationale pour la protection des eaux du Léman.
Ces commissions permettent aux États riverains de dialoguer de manière régulière, d?échanger
des données scientifiques et techniques, et de prendre des décisions concertées sur des questions
telles que la gestion des crues, la protection contre la pollution, ou encore la répartition des
ressources en eau. Ce type de coopération contribue à une meilleure gestion intégrée des bassins
versants et à la réduction des tensions entre les pays partageant une même ressource.
La convention de New York
La gestion des cours d?eau internationaux est un défi de plus en plus pressant dans un contexte
marqué par la croissance démographique, le développement économique et les changements
climatiques. Ces ressources partagées, essentielles à la vie humaine, à l?agriculture, à l?industrie
et à la préservation des écosystèmes, nécessitent une coopération efficace entre les États riverains
pour éviter les conflits et assurer une utilisation durable. La Convention de New York de 1997,
intitulée "Convention sur le droit relatif aux utilisations des cours d?eau internationaux à des fins
autres que la navigation", constitue le premier cadre juridique universel sur cette question. Adoptée
par l?Assemblée générale des Nations unies le 21 mai 1997 et entrée en vigueur le 17 août 2014,
elle offre une base pour la gouvernance mondiale des ressources hydriques transfrontalières.
La Convention de New York a été conçue dans un contexte où les tensions liées à l?eau
s?intensifiaient, exacerbées par une demande croissante et des impacts environnementaux
majeurs. Inspirée des travaux de la Commission du droit international, elle vise à codifier des
principes essentiels pour la gestion des cours d?eau partagés, tout en renforçant la coopération
entre les États pour prévenir et résoudre les différends.
Les principes fondamentaux de la Convention
La Convention repose sur trois principes directeurs principaux, qui structurent la gestion des cours
d?eau internationaux :
? L?utilisation équitable et raisonnable : énoncé à l?article 5, ce principe établit que chaque
État riverain a le droit d?utiliser les ressources en eau de manière équitable, tout en prenant
en compte les besoins des autres États partageant le même cours d?eau. Il s?agit
d?équilibrer les usages entre irrigation, approvisionnement en eau potable, production
d?énergie et besoins environnementaux.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 82/110
? L?obligation de ne pas causer de dommage significatif : l?article 7 oblige les États à éviter
toute activité susceptible d?entraîner des impacts négatifs graves sur les autres États
riverains. En cas de préjudice, des consultations doivent être menées pour évaluer et
corriger les impacts.
? La coopération entre les États : l?article 8 encourage les États riverains à travailler
ensemble à travers l?échange de données, la notification préalable et la concertation sur
des projets ou activités ayant un impact transfrontalier. Cette coopération est essentielle
pour garantir une gestion intégrée et harmonieuse des ressources partagées.
Les obligations des États parties
Les États qui adhèrent à la Convention de New York s?engagent à respecter plusieurs obligations
visant à promouvoir une gestion durable des cours d?eau transfrontaliers :
? Notification et consultation : les États doivent informer les autres parties en cas de projets
susceptibles d?affecter un cours d?eau partagé, comme la construction de barrages ou les
prélèvements importants d?eau. Cela permet aux parties concernées d?évaluer ensemble
les impacts et d?éviter les conflits.
? Échange d?informations et surveillance : les États sont tenus de partager régulièrement des
données sur la qualité, la quantité et l?état des cours d?eau, ainsi que sur les projets ou
activités ayant une influence potentielle sur ces ressources.
? Prévention de la pollution : chaque État est responsable de limiter les sources de pollution
transfrontalière afin de préserver la qualité des eaux internationales et de protéger les
écosystèmes aquatiques.
? Protection des écosystèmes : la conservation et la restauration des écosystèmes
aquatiques sont encouragées comme un moyen de garantir la pérennité des ressources
en eau.
Les mécanismes de coopération
La Convention de New York ne prévoit pas de mécanisme institutionnel centralisé pour superviser
sa mise en oeuvre, mais elle propose des outils pour faciliter la coopération entre États :
? Accords bilatéraux ou multilatéraux : les États sont encouragés à conclure des accords
spécifiques adaptés aux caractéristiques des bassins fluviaux ou lacustres qu?ils partagent.
Ces accords peuvent prévoir des mécanismes de gestion conjointe, comme des
commissions transfrontalières.
? Règlement pacifique des différends : la convention promeut la résolution des désaccords
par le dialogue, la médiation ou l?arbitrage, et propose des recours juridiques en dernier
ressort, comme l?intervention de la Cour internationale de justice.
Impact et défis de mise en oeuvre
Bien que la Convention de New York ait mis près de deux décennies à entrer en vigueur, elle
représente une avancée majeure pour le droit international de l?eau. Son adoption a permis de
codifier des principes clés pour une gestion pacifique et durable des cours d?eau internationaux.
Toutefois, son application reste limitée par le faible nombre de ratifications : seuls 39 États y sont
parties en 2024. Ce déficit réduit son influence dans les régions les plus touchées par les tensions
liées à l?eau, notamment en Afrique et en Asie.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 83/110
Malgré cela, la Convention a inspiré de nombreux accords régionaux et bilatéraux, comme ceux
pour le bassin du Mékong ou du Nil, et elle sert de référence dans les négociations internationales.
À mesure que les impacts des changements climatiques et de la pression démographique
s?intensifient, l?importance de ce cadre juridique ne cesse de croître.
Comparaison entre les Conventions d'Helsinki (1992) et de New York
(1997) sur le droit international de l'eau
Les ressources en eau douce, essentielles à la vie et au développement économique, sont souvent
partagées entre plusieurs États, ce qui engendre des défis juridiques et politiques complexes. Deux
conventions internationales majeures ont été adoptées pour encadrer l'utilisation et la protection
des cours d'eau transfrontaliers : la Convention d'Helsinki de 1992 sur la protection et l'utilisation
des cours d'eau transfrontaliers et des lacs internationaux, et la Convention de New York de 1997
sur le droit relatif aux utilisations des cours d'eau internationaux à des fins autres que la navigation.
Bien que ces deux instruments visent à réguler les mêmes ressources, ils présentent des
approches et des dispositions distinctes qui méritent une analyse comparative.
Portée et objectifs des conventions
La Convention d'Helsinki, élaborée sous l'égide de la Commission économique pour l'Europe des
Nations Unies (CEE-ONU), se concentre principalement sur la protection de l'environnement
aquatique. Elle vise à prévenir, contrôler et réduire les impacts transfrontaliers négatifs sur les
ressources en eau, en mettant l'accent sur la qualité de l'eau et la préservation des écosystèmes
aquatiques. Cette convention est conçue comme un accord environnemental multilatéral (AEM) et
prévoit des mécanismes institutionnels pour soutenir sa mise en oeuvre, notamment à travers des
réunions des Parties et des organes subsidiaires.
En revanche, la Convention de New York, résultat des travaux de la Commission du droit
international (CDI), s'attache principalement à codifier les principes du droit international relatifs à
l'utilisation équitable et raisonnable des cours d'eau internationaux. Elle aborde les questions de
répartition de l'eau entre les États riverains et établit des règles pour prévenir les dommages
significatifs causés par une utilisation non durable des ressources en eau.
Compatibilité et complémentarité entre les conventions
Malgré des différences d'approche, les deux conventions sont largement compatibles et
complémentaires. La Convention de New York, bien que centrée sur la répartition et l'utilisation
équitable de l'eau, intègre également des dispositions environnementales significatives,
reconnaissant l'importance de la protection et de la préservation des écosystèmes aquatiques. De
même, la Convention d'Helsinki, tout en mettant l'accent sur la qualité de l'eau et la protection de
l'environnement, englobe les principes fondamentaux de l'utilisation équitable et raisonnable des
ressources en eau.
La complémentarité entre les deux conventions se manifeste notamment dans les cas où l'une
fournit des orientations plus détaillées ou strictes que l'autre. Par exemple, la Convention d'Helsinki
offre des lignes directrices plus précises pour la prévention des impacts transfrontaliers, tandis que
la Convention de New York fournit un cadre juridique solide pour la répartition équitable des
ressources en eau.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 84/110
Principes substantiels : utilisation équitable et règle de non-dommage
Les deux conventions intègrent les principes fondamentaux du droit international de l'eau : le
principe de l'utilisation équitable et raisonnable et la règle de non-dommage.
Dans la Convention de New York, ces principes sont codifiés aux articles 5 à 7. Le principe de
l'utilisation équitable et raisonnable est énoncé à l'article 5, qui oblige les États à utiliser un cours
d'eau international de manière équitable et raisonnable, en tenant compte des besoins et des
circonstances de chaque État riverain. L'article 7 introduit la règle de non-dommage, exigeant des
États qu'ils prennent toutes les mesures appropriées pour prévenir les dommages significatifs aux
autres États riverains.
Dans la Convention d'Helsinki, le principe de non-dommage est mis en avant dès l'article 2, qui
stipule que les Parties doivent prendre toutes les mesures appropriées pour prévenir, maîtriser et
réduire tout impact transfrontière. Le principe de l'utilisation équitable est également présent, bien
que formulé dans le contexte de la prévention des dommages environnementaux.
La différence réside principalement dans la manière dont ces principes sont articulés. La
Convention de New York les présente comme des obligations distinctes mais égales, tandis que
la Convention d'Helsinki les intègre dans un cadre normatif axé sur la protection de l'environnement.
Obligations procédurales et coopération
La coopération entre les États riverains est un élément clé des deux conventions, mais elles
abordent cette question de manière différente.
La Convention d'Helsinki impose une obligation forte de coopération institutionnelle. Elle exige la
conclusion d'accords bilatéraux ou multilatéraux et la création d'organismes communs pour la
gestion des cours d'eau transfrontaliers. Ces organismes ont pour mission de développer des
objectifs communs en matière de qualité de l'eau, de surveiller les ressources en eau et de faciliter
l'échange d'informations.
La Convention de New York, bien qu'elle reconnaisse l'importance de la coopération, ne rend pas
obligatoire la création d'organismes communs. L'article 8 suggère simplement que les États
"pourraient" envisager de créer de tels mécanismes. Néanmoins, la convention contient des
obligations procédurales détaillées, notamment en matière de notification et de consultation sur les
mesures prévues qui pourraient avoir un impact sur d'autres États riverains.
Applicabilité sous le droit international
Du point de vue du droit des traités, les deux conventions peuvent s'appliquer simultanément aux
États qui sont parties aux deux instruments, à condition qu'il n'y ait pas de conflit entre leurs
dispositions. L'article 30 de la Convention de Vienne sur le droit des traités prévoit que lorsque
deux traités successifs portent sur le même sujet, les dispositions du traité le plus récent
s'appliquent, sauf si les parties ont manifesté une intention différente.
Dans le cas des Conventions d'Helsinki et de New York, il n'y a pas de conflit direct, mais plutôt
une complémentarité. La Convention de New York, à l'article 3, précise qu'elle ne porte pas atteinte
aux droits et obligations des États découlant d'accords antérieurs, sauf si un accord contraire est
conclu. Cela signifie que les États parties aux deux conventions peuvent appliquer les dispositions
les plus strictes ou les plus détaillées de l'une ou l'autre, renforçant ainsi le cadre juridique de la
gestion des ressources en eau transfrontalières.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 85/110
Annexe 5. La Directive-cadre sur l'eau : un pilier de la
gestion transfrontalière des cours d'eau en
Europe
La Directive-cadre sur l'eau (DCE ; 2000/60), adoptée le 23 octobre 2000 par le Parlement
européen et le Conseil de l'Union européenne, constitue un cadre juridique essentiel pour la
protection et la gestion durable des ressources en eau au sein de l'Union. Elle vise à prévenir et à
réduire la pollution, à promouvoir une utilisation durable de l'eau, à protéger l'environnement
aquatique et à atténuer les effets des inondations et des sécheresses. La DCE a un impact
significatif sur la comitologie internationale fluviale, renforçant la coopération entre les États
membres pour la gestion des bassins hydrographiques transfrontaliers.
Objectifs et exigences de la Directive-cadre sur l'eau
La DCE établit un objectif ambitieux : atteindre un "bon état" écologique et chimique pour toutes
les masses d'eau de surface (cours d'eau, lacs, eaux côtières et eaux de transition) et un "bon état"
quantitatif et chimique pour les eaux souterraines. Initialement fixé pour 2015, cet objectif a été
étendu à 2021 et 2027 pour certaines masses d'eau présentant des défis particuliers.
Pour atteindre ces objectifs, la DCE impose plusieurs obligations aux États membres :
? Gestion par district hydrographique : les États membres doivent organiser la gestion de
l'eau par district hydrographique, qui correspond à une zone géographique basée sur un
bassin versant plutôt que sur des frontières administratives. Cela encourage une approche
intégrée et cohérente de la gestion de l'eau.
? Analyse des pressions et impacts : les États doivent réaliser une analyse exhaustive des
caractéristiques de chaque district, identifier les pressions anthropiques significatives et
évaluer les impacts sur l'état des eaux.
? Surveillance de l'état des eaux : la mise en place de programmes de surveillance est
obligatoire pour suivre l'évolution de l'état des eaux et évaluer l'efficacité des mesures
prises.
? Élaboration de Plans de gestion des bassins hydrographiques : chaque État membre doit
élaborer un plan de gestion pour chaque district, détaillant les mesures nécessaires pour
atteindre les objectifs environnementaux fixés.
? Participation du public : La DCE insiste sur l'importance de l'information, de la consultation
et de la participation active du public et des parties prenantes dans l'élaboration et la mise
en oeuvre des plans de gestion.
? Coopération internationale : Pour les districts hydrographiques s'étendant sur plusieurs
États membres ou impliquant des pays tiers, la DCE exige une coordination des efforts
pour assurer une gestion cohérente du bassin dans son ensemble.
Impact sur la comitologie internationale fluviale
La DCE a renforcé la nécessité d'une coopération transfrontalière étroite, impactant directement la
comitologie internationale fluviale. Elle a conduit à la création ou au renforcement de commissions
internationales de bassins, impliquant les États riverains dans une gouvernance commune des
ressources en eau.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 86/110
La DCE encourage également les États membres à harmoniser leurs politiques de l'eau, leurs
méthodes d'évaluation et leurs mesures de gestion. Cela facilite la mise en oeuvre de stratégies
cohérentes à l'échelle du bassin, évitant les approches fragmentées. Les pays partageant un
bassin transfrontalier doivent collaborer pour élaborer des plans de gestion intégrés. Cela implique
un partage de données, une concertation sur les mesures à prendre et une coordination des
éléments de planification. Les problématiques telles que la pollution transfrontalière, la gestion des
risques d'inondation, la préservation de la biodiversité aquatique ou l'adaptation au changement
climatique nécessitent une approche concertée. La DCE facilite la mise en place de projets et de
programmes communs pour relever ces défis.
Enfin, la DCE a indirectement consolidé le rôle des commissions internationales existantes, comme
celles du Rhin, de la Meuse ou de l'Escaut, qui se voient confier la coordination de la mise en
oeuvre de la directive au niveau de leur bassin respectif. Ces commissions servent de plateformes
pour l'échange d'informations, la résolution de problèmes et la prise de décisions communes.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 87/110
Annexe 6. Cartographie des commissions
Cette annexe a pour but de présenter les commissions considérées dans ce rapport en les
contextualisant dans leur bassin respectif. Elle est complétée par un rapport annexe qui répertorie
les principaux textes et traités fondant les commissions prises en compte.
Escaut
L'Escaut est un fleuve transfrontalier d'une importance majeure pour l'Europe du Nord-Ouest. Il
prend sa source dans le département de l'Aisne en France et son bassin versant, d?environ
21 900 km², couvre des territoires en France, en Belgique et aux Pays-Bas. Il parcourt près de
360 kilomètres avant de se jeter dans la mer du Nord près d'Anvers, deuxième plus grand port
européen de marchandises. Le district hydrographique international de l?Escaut est un des plus
industrialisés et les plus peuplés d?Europe.
En 1994 les gouvernements de la République Française, de la Région Wallonne, de la Région
Flamande, de la Région de Bruxelles-Capitale et du Royaume des Pays-Bas ont signé l?Accord sur
la protection de l?Escaut et ont créé une Commission Internationale pour la Protection de l?Escaut
(CIPE). Suite à l?entrée en vigueur de la Directive Cadre européenne sur l?Eau, un nouvel Accord
de l?Escaut est signé. Il prévoit notamment une nouvelle dénomination pour la CIPE ; la
Commission internationale de l?Escaut (CIE). Son secrétariat permanent est situé à Anvers.
Commission internationale de l?Escaut
Convention Accord de Gand, 2002
Acteurs
République française ; Royaume de Belgique ; Région de Bruxelles-
Capitale ; Région flamande ; Région wallonne de Belgique ; Royaume des
Pays-Bas
Délégation FR Préfet des Hauts-de-France ; DREAL ; Agence de l?eau ; OFB ; VNF ; MEL
Thématiques Eau : quantitatif ; Eau : qualitatif ; Inondations ; Pollutions
Structuration
1 assemblée plénière ; Réunion des chefs de délégation ; 4 Groupes de
travail ; 2 groupes de projet
Éléments
budgétaires
431 000 euros dont 172 400 pour la France
L?Escaut fait également l?objet d?une comitologie spécifique lié à l?aménagement de la liaison Seine-
Escaut, située sur le tracé du corridor « Mer du Nord-Rhin-Méditerranée », validé par la
Commission Européenne le 27 juin 2019 (décision 2019/1118). Cet aménagement de 1 100 km de
voies fluviales au gabarit européen, dont la création d?un nouveau canal de 107 km (le canal Seine-
Nord-Europe) concerne traverse la France et la Belgique (Flandres, Wallonie). Il s?agit d?un projet
de grande envergure pour le développement du transport fluvial et la navigation intérieure par la
mise en réseau de 5 grands ports maritimes (Le Havre, Rouen, Dunkerque, Anvers et Zeebrugge),
60 ports intérieurs, 90 ports de plaisance et 360 communes riveraines de la voie d?eau. La
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 88/110
coopération transfrontalière entre les différents opérateurs de transport fluvial est étroite car les
enjeux financiers sont très importants et les acteurs ont obtenu des financements communs. La
mise en place de ce réseau de transport fluvial est accompagnée par le groupement européen
d?intérêt économique (GEIE) Seine-Escaut, instance partenariale créée le 26 mars 2010. Ce GEIE
réunit quatre acteurs de la voie d?eau en France et en Belgique : Voies navigables de France (VNF),
De Vlaamse Waterwag nv (DVW) et le Service Public de Wallonie (SPW), ainsi que la Société du
Canal Seine-Nord Europe (SCSNE), en charge de la construction du canal en France. La
commission intergouvernementale Seine-Escaut est l?organe de gouvernance du GEIE.
Commission intergouvernementale Seine-Escaut
Convention Déclaration ministérielle entre la France, la Flandre et la Wallonie de 2007
Acteurs
République française ; Royaume de Belgique ; région flamande ; région
wallonne
Délégation FR
VNF (direction nationale et territoriale) ; DGITM ; MEAE ; Ministère des
finances ; préfet Hauts de France ; vice-président transport Région Hauts-
de-France ; directeur de projet chargé du développement de l?axe Nord
auprès du préfet des Hauts de France.
Thématiques Transport ; Eau : quantitatif
Structuration
1 assemblée plénière (réunion 1 fois tous les 2 mois) ; 4 GT (dont 1 sur
l?eau)
Sur ce bassin, il existe également un protocole dit « Mageteaux » de coopération transfrontalière
pour sécuriser les territoires situés sous le niveau de la mer. Il s?agit d?une solution franco-belge
pour évacuer les eaux des crues entre Nieuport (Belgique) et Dunkerque. En période de crue, le
système consiste à procéder au transfert d?une partie des eaux des Moëres françaises et belges
par le canal de Furnes vers Dunkerque, en respectant des conditions spécifiques. Le projet est
soutenu et financé par l?Union européenne dans le cadre du programme INTERREG France-
Wallonie-Vlaanderen. En cas de crise, une petite comitologie peut être mise en place sous l?égide
du sous-préfet de Dunkerque. De nouveaux ouvrages ont été construits (station de pompage de
l?eau située à Furnes et permettant d?évacuer une partie des eaux des moëres vers le canal
Nieuport-Dunkerque ; un ouvrage vanné sur le site des 4 écluses de Dunkerque permettant
l?évacuation supplémentaire d?eaux du canal de Furnes à la mer), ce qui modifie les modalités de
gestion des eaux telles que définies dans la Convention franco-belge de 1890 et son avenant de
1968 qui régissent l?écoulement transfrontalier dans la zone du projet. Un nouvel avenant est donc
en attente de signature de la part du MEAE mais dans tous les cas les échanges et décisions en
cas de crise sont locaux, comme constaté lors des inondations de l?hiver 2023.
A titre d?information, on mentionnera ici la coopération sur la Lys (îlots de la Lys mitoyenne) qui
génère une comitologie à l?échelle locale (niveau communal/intercommunal + services de l?État).
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 89/110
Meuse
La Meuse naît sur le plateau de Langres, dans le département de la Haute-Marne en France. Elle
suit un cours sinueux vers le nord, traversant les anciennes régions françaises de la Champagne-
Ardenne et de la Lorraine. Après avoir pénétré en Belgique, elle passe par des villes importantes
comme Namur et Liège, puis entre aux Pays-Bas, où elle rejoint le réseau complexe des cours
d'eau du delta Rhin-Meuse-Escaut avant de se jeter dans la mer du Nord.
Le bassin versant de la Meuse, relativement étroit, couvre une superficie d'environ 36 000 km². Le
fleuve est navigable sur une grande partie de son cours, notamment grâce au canal de la Meuse
et aux nombreuses infrastructures fluviales qui facilitent le transport de marchandises.
Afin d?assurer une gestion durable et globale de l'eau du district hydrographique de la Meuse, un
accord international a été conclu. Cet accord a entrainé la création de la Commission internationale
de la Meuse dont le siège est situé à Liège.
Commission internationale de la Meuse
Convention Accord international sur la Meuse (Accord de Gand), 2002
Acteurs
République française ; Royaume de Belgique ; Région de Bruxelles-
Capitale ; Région flamande ; Région wallonne de Belgique ; République
fédérale d?Allemagne ; Royaume des Pays-Bas
Délégation FR Préfet coordonnateur de bassin ; DREAL ; Agence de l?eau ; EPAMA
Thématiques Eau : qualitatif ; Inondations ; Pollutions
Structuration
1 assemblée plénière ; Réunion des chefs de délégation ; 6 Groupes de
travail ; 1 groupe de projet (PFAS)
Moselle et Sarre
La Moselle est un affluent majeur en rive gauche du Rhin, prenant sa source en France, dans le
massif des Vosges, longeant également le Luxembourg et traversant l'Allemagne. Longue
d'environ 550 kilomètres, c?est sur cette rivière que se situe le tripoint Allemagne-France-
Luxembourg. En amont de la confluence située à Coblence, son bassin représente environ
28 300 km². La Moselle est navigable sur près de 400 km, de Nancy jusqu?à la confluence avec le
Rhin grâce à des aménagements réalisés notamment au XXe siècle (canalisation à grand gabarit
en 1964).
La Sarre, également originaire du massif des Vosges, coule vers le Nord en traversant la Lorraine
et les Lands de Sarre et du Palatinat en Allemagne, avant de rejoindre la Moselle à proximité de
Trèves. D?une longueur de 246 km, son bassin représente 7 430 km² environ.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 90/110
Plusieurs commissions participent à la bonne gestion de ces cours d?eau transfrontaliers :
Commissions internationales de Protection de la Moselle et de la Sarre
contre la pollution
Convention
Protocoles du 20 décembre 1961 concernant la constitution d'une
Commission internationale pour la protection de la Moselle contre la
pollution ; et d'une Commission internationale pour la protection de la Sarre
contre la pollution
Acteurs
République française ; République fédérale d?Allemagne ; Grand-duché du
Luxembourg
Délégation FR
Préfète coordonnatrice de bassin représentée par DREAL ; DREAL ;
AERM
Thématiques Eau : qualitatif ; Inondations ; Pollutions
Structuration
1 assemblée plénière ; 1 groupe stratégique de coordination ; 4 groupes de
travail ; 3 groupes d?étude
Éléments
budgétaires
Budget 2024 : 395 600 ¤24
On notera qu?un protocole complémentaire (Protocole complémentaire au Protocole concernant la
constitution d'une Commission internationale pour la protection de la Moselle contre la pollution et
au Protocole concernant la constitution d'une Commission internationale pour la protection de la
Sarre contre la pollution relatif à la création d'un Secrétariat commun), datant du 22 mars 1990,
institue un secrétariat commun à ces deux commissions.
Commission de la Moselle
Convention
Convention au sujet de la canalisation de la Moselle (Convention de la
Moselle), 1956
Acteurs
République française ; République fédérale d?Allemagne ; Grand-duché du
Luxembourg
Délégation FR MEAE (ambassadeur pour les commissions intergouvernementales) ; VNF
Thématiques Transport
Structuration 1 assemblée plénière
La Société Internationale de la Moselle (SIM) est une organisation transfrontalière créée le
29 janvier 1957 dans le cadre de la canalisation de la Moselle. Son siège est établi à Trèves, en
Allemagne, et elle associe les trois États riverains que sont l?Allemagne, la France et le
Luxembourg. Historiquement, sa mission principale était de gérer le financement des travaux
d?aménagement de la Moselle et de collecter les péages payés par les bateaux circulant sur cette
voie navigable internationale. Ces recettes étaient redistribuées aux trois pays selon une clé de
24 Clé de répartition (47,5 % pour la France et l?Allemagne, 5 % pour le Luxembourg)
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 91/110
répartition définie par la Convention de la Moselle. La gérance de la SIM est assurée par deux
dirigeants, l?un allemand et l?autre français, symbolisant la coopération entre les nations.
Au fil des décennies, la SIM a joué un rôle essentiel dans le développement et la gestion durable
de la Moselle, contribuant à son positionnement comme axe important de transport fluvial en
Europe. Cependant, un tournant majeur se profile avec la décision des trois pays riverains de
supprimer les péages sur la Moselle internationale à compter du 1er juillet 2025. Cette décision,
entérinée par un protocole d?amendement à la Convention de la Moselle signé par les
représentants des trois États, marque une étape historique. L?objectif affiché est de renforcer la
compétitivité du transport fluvial, un mode de transport durable et particulièrement adapté à des
secteurs clés comme l?agriculture, l?énergie, la chimie, l?acier et la construction.
Dans ce cadre, la SIM, qui avait rempli un rôle central dans la collecte et la répartition des péages,
sera liquidée. Cette évolution s?accompagne d?une poursuite des travaux de la Commission
Internationale de la Moselle, qui continuera de promouvoir les intérêts de la navigation fluviale et
de coordonner les efforts des trois États.
On notera également la création récente d?un comité technique dédié à un outil transnational de
prévision des crues. Développé dans le cadre des travaux sur la prévention des crues du Rhin, le
modèle physique de bilan hydrologique LARSIM a vu son usage étendu à la Moselle puis à la Sarre.
Suite à cette extension de son périmètre d?action, un comité technique LARSIM a alors été créé. Il
est rattaché à la CIPMS pour bénéficier du soutien du secrétariat de cette dernière pour la
logistique et la traduction
Comité technique LARSIM
Convention
Accord entre le gouvernement de la République française, le
gouvernement de la République fédérale d?Allemagne et le gouvernement
du Grand-Duché de Luxembourg relatif à l?annonce des crues dans le
bassin versant de la Moselle du 1er octobre 1987 ; convention de
coopération concernant la maintenance et l?assistance au système
transnational de prévision des crues LARSIM de 2024
Acteurs
République française ; République fédérale d?Allemagne ; Grand-Duché de
Luxembourg
Délégation FR DREAL
Thématiques Inondations
Structuration
1 assemblée plénière (3 réunions par an) ; 1 groupe de travail (2 réunions
par an)
Éléments
budgétaires
Budget 2024 : 89 222 euros (dont 33 601 euros pour la DREAL Grand Est ;
5000 euros par service de prévision des crues + 0,735 ¤/km2 de superficie
du pays/bassin versant) + développements spécifiques du modèle LARSIM
selon les besoins des SPC, à la charge de chaque SPC
Remarque : Le CT bénéficie de l'appui logistique du secrétariat des CIPMS
et verse à ce titre une contribution au budget des CIPMS (14 000 ¤ environ
en 2024). Les travaux du CT font l'objet de discussions avec les membres
des CIPMS à l'occasion de l'assemblée plénière annuelle des CIPMS.
Comité pérenne.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 92/110
Rhin
Le Rhin est l'un des fleuves les plus importants d'Europe, s'étendant sur environ 1 230 kilomètres
depuis sa source dans les Alpes suisses jusqu'à la mer du Nord aux Pays-Bas où il se divise en
plusieurs bras, mêlant partiellement ses eaux à celles de la Meuse et de l?Escaut pour former un
grand delta (Rijn-Maas-Scheldedelta). Il traverse ou borde six pays : la Suisse, le Liechtenstein,
l'Autriche, l'Allemagne, la France et les Pays-Bas. Son bassin versant recouvre environ 198 000 km,
à la fois sur ces 6 pays, mais aussi sur presque tout le Luxembourg, et dans une bien moindre
mesure sur les territoires belges et italiens. Les usages du Rhin sont plus nombreux et diversifiés
que pour tous les autres fleuves européens. Il s?agit également d?un des fleuves les plus aménagés.
En l?espace d?à peine deux siècles, l?ancien paysage naturel d?un fleuve en tresse avec un lit majeur
de plusieurs kilomètres de largeur a disparu cédant la place à un fleuve très anthropisé en
particulier sur le Rhin franco-allemand réduit à une voie d?eau unique navigable, enserrée entre les
digues de canalisation et partiellement régulée par les barrages hydroélectriques du Rhin supérieur
et du bassin amont.
Si le Rhin constitue un axe de développement économique majeur en Europe, il n?a pas le même
poids selon les pays, ce qui peut avoir un impact significatif sur la manière d?appréhender les
politiques de gestion commune. Même si la France possède 12 % du bassin versant du Rhin, à
l?échelle de l?hexagone, il ne représente que 5 % du territoire. La batellerie française ne représente
que 8 % des immatriculations sur le fleuve. Les sujets rhénans sont donc perçus comme moins
prioritaires en France qu?aux Pays Bas ou en Allemagne, pays dans lesquels le corridor rhénan
constitue un centre économique de premier plan.
Héritage de la tradition de coopération de l?Europe rhénane qui remonte au Moyen-Âge, le territoire
et l?enjeu de cet axe fluvial majeur ont donné lieu, dès le XIXe siècle et tout au long du XXe, à une
gouvernance complexe, avec de multiples structures. Le présent rapport ne s?intéressant qu?aux
commissions fluviales, nous ne citerons que les principales structures qui intègrent l?ensemble des
problématiques transfrontalières :
? Née en 1991, la conférence franco-germano-suisse du Rhin supérieur forme le cadre
institutionnel pour la coopération frontalière au niveau régional entre les trois États riverains.
Elle promeut une coopération de proximité destinée à rapprocher les habitants et faciliter
les projets transfrontaliers. Elle se décline en nombreux groupes de travail thématiques
portant sur l?aménagement du territoire, le transport, l?énergie, l?environnement, etc.
? Le comité de coopération transfrontalière institué par le Traité d?Aix-la-Chapelle de 2019 et
qui réunit le préfet de région, les principaux élus locaux, les eurodistricts, a pour objectif
d?améliorer l?articulation entre les problématiques locales et leur résolution par les
gouvernements nationaux.
Dans le domaine fluvial, plusieurs commissions existent avec un nombre très important d?instances
associées.
La plus ancienne25 est la Commission centrale pour la navigation du Rhin (CCNR), fondée en 1815
et qui a pour mission d?assurer la prospérité et la sécurité de la navigation rhénane. La CCNR
coopère aujourd?hui étroitement avec l?Union européenne et travaille sur des sujets qui intéressent
non seulement le Rhin, mais aussi la navigation intérieure européenne dans son ensemble.
25 Il s?agit également de la plus ancienne organisation internationale en activité au monde.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 93/110
Commission centrale pour la navigation du Rhin (CCNR)
Convention Convention de Mannheim (1868)
Acteurs
République française ; République fédérale d?Allemagne ; Royaume de
Belgique ; Confédération suisse.
Coopération avec l?UE depuis un accord administratif du 3 mars 2003
Délégation FR DGITM ; VNF ; Directeur des affaires juridiques (MEAE)
Thématiques Transport
Structuration Assemblée plénière (deux fois par an) ; 12 comités ; 15 GT
Éléments
budgétaires
Pris en charge par le MEAE
La Commission internationale pour la protection du Rhin (CIPR) est, quant à elle, une structure
intergouvernementale créée en 1950. Elle est compétente sur le Rhin depuis sa sortie du lac de
Constance jusqu?à son débouché dans la Mer du Nord. Depuis 1987, les objectifs de la CIPR sont
traduits dans des plans d?action à moyen terme (Plan Rhin 2020 et Plan Rhin 2040). Il s?agit de
recommandations communes destinées à être mises en oeuvre et financées au niveau national.
La CIPR est une instance puissante : au-delà du Rhin, ses activités servent d?exemples à de
nombreux autres bassin fluviaux. La coopération qu?elle a instituée a également influencé le
processus d?élaboration des directives cadres communautaires sur l?eau et les inondations.
Commission internationale pour la protection du Rhin (CIPR)
Convention Convention pour la protection du Rhin, 1999
Acteurs
République française ; République fédérale d?Allemagne ; Confédération
suisse ; Royaume des Pays-Bas ; Grand-duché du Luxembourg ;
Commission européenne
Délégation FR MTE ; DREAL ; AERM ; BRGM ; SIDPC 67
Thématiques Eau : quantitatif ; Eau : qualitatif ; Biodiversité ; Inondations ; Pollutions
Structuration
Conférence ministérielle sur le Rhin ; 4 instances stratégiques et de
coordination ; Réunion des chefs de délégation ; 3 groupes de travail ; 16
groupes d?experts + 5 autres groupes
Éléments
budgétaires
1 214 500 euros en 202426
26 Clé de répartition qui s?applique à 70 % du budget (le reste correspond au coût de l?application des directives
européennes auxquelles la Suisse n?est pas soumise) est la suivante : France 32,5 % ; Allemagne 32,5 %, Pays-
Bas 32,5 %, Suisse 12 %, Union européenne, 2,5 %, Luxembourg 2,5 %.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 94/110
La commission permanente pour l?aménagement du Rhin et le Comité A sont deux instances
franco-allemandes de coordination de la gestion des aménagements du Rhin, respectivement
entre Strasbourg et Lauterbourg et entre Bâle et Strasbourg.
Comité A
Convention
Convention franco-allemande relative à l'aménagement du cours supérieur
du Rhin entre Bale et Strasbourg, 1956
Acteurs République française ; République fédérale d?Allemagne
Délégation FR DGEC ; DREAL ; VNF ; EDF/CERGA ; OFB
Thématiques Ouvrages
Structuration
1 assemblée plénière ; 2 groupes de travail (dont un commun avec la
Commission permanente) ; 3 sous-groupes de travail
Éléments
budgétaires
Pas de budget dédié (frais d?organisation à la charge de la délégation qui
organise)
Commission permanente
Convention Convention franco-allemande du 6 décembre 1982
Acteurs République française ; République fédérale d?Allemagne
Délégation FR DGEC ; DREAL ; VNF ; EDF/CERGA27
Thématiques Ouvrages ; Inondations
Structuration
1 assemblée plénière ; 3 groupes de travail (dont un commun avec le
Comité A) ; 6 sous-groupes de travail ; 1 groupe d?experts
Éléments
budgétaires
Pas de budget dédié (frais d?organisation à la charge de la délégation qui
organise)
En complément des éléments précédents, on notera notamment l?existence de la Commission
Internationale de l?Hydrologie du bassin du Rhin (CHR), une organisation scientifique indépendante
fondée en 1970, dans le cadre de la « Décennie Hydrologique Internationale » initiée par l'UNESCO
et l'Organisation Météorologique Mondiale. Elle réunit les institutions hydrologiques des pays
riverains du Rhin, à savoir l'Allemagne, l'Autriche, la France, le Luxembourg, les Pays-Bas et la
Suisse (représentant également le Liechtenstein), avec pour mission de développer et diffuser des
connaissances transfrontalières sur l'hydrologie du bassin du Rhin.
Le fonctionnement de la CHR repose sur la coopération entre les instituts et services hydrologiques
des pays membres. Elle mène des recherches conjointes sur l'hydrologie du Rhin, favorise
l'échange de données et d'informations hydrologiques, et développe des méthodes standardisées
pour la collecte et le traitement de ces données. La CHR collabore également avec d'autres
27 Centrale électrique de Gambsheim
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 95/110
organisations internationales pour renforcer la gestion durable du bassin rhénan.
Le budget de la CHR est financé par les contributions des pays membres, proportionnellement à
leur implication et à leurs capacités financières. Ces fonds sont utilisés pour soutenir les activités
de recherche, l'organisation de réunions et d'ateliers, ainsi que la publication de rapports et
d'études.
Les thématiques abordées par la CHR couvrent un large éventail de sujets liés à l'hydrologie du
bassin du Rhin, notamment :
? La conservation de la base de connaissances hydrologiques et morphologiques : maintien
et expansion des connaissances fondamentales sur l'hydrologie et la morphologie du
bassin.
? Les effets du changement climatique, de l'utilisation des terres et de l'eau, et des
changements socio-économiques : étude de l'impact de ces facteurs sur le régime
hydrologique du Rhin, y compris les phénomènes de crues et de sécheresses.
Pour mener à bien ses missions, la CHR s'appuie sur des groupes de travail spécialisés, composés
d'experts des pays membres. Ces groupes se concentrent sur des domaines spécifiques tels que
la modélisation hydrologique, la gestion des ressources en eau, l'impact du changement climatique,
et la qualité de l'eau. Ils élaborent des projets de recherche, organisent des ateliers et publient des
rapports pour partager leurs conclusions avec les décideurs politiques et les parties prenantes.
Doubs
Le Doubs est une rivière franco-suisse d'environ 453 kilomètres de long, prenant sa source dans
le Jura en France et formant partiellement la frontière avec la Suisse. Principal affluent de la Saône,
elle fait partie du bassin versant du Rhône. Son bassin représente environ 7 700 km²
La frontière est au milieu du Doubs28 frontalier dans sa partie amont, du Lac des Brenets jusqu?au
lieu-dit Biaufond. A partir de là (borne 606), contrairement à la plupart des cours d?eau séparant
deux États, la frontière est située sur la rive suisse (le Doubs est alors 100 % français), jusqu?à ce
que le Doubs entre en Suisse et devienne 100 % suisse dans sa « boucle suisse » (ou Clos du
Doubs).
Ce tracé particulier de la frontière avec la Suisse au niveau du Doubs résulte de l?accord entre le
roi de France Louis XVI et le prince-évêque de Bâle Frédéric de Wangen (Traité de Versailles du
11 juillet 1780). En vertu de ce traité, toute utilisation des eaux du Doubs, y compris sa force motrice,
appartient à la France qui peut néanmoins autoriser la Suisse à l?exploiter en rive droite (usines
existantes en 1780). L?utilisation industrielle du cours d?eau et ses conséquences (déviation,
modification de débit, irrigation, pollution) rendent indispensable la mise en place d?une bonne
gouvernance du cours d?eau.
La coopération transfrontalière avec la Suisse s?inscrit dans un cadre particulier, puisque celle-ci
n?est pas membre de l?UE. Le pays choisit ce qu?il souhaite appliquer parmi l?ensemble du droit de
de l?UE et joue beaucoup de son droit confédéral, ce qui rend délicates les négociations avec les
Français. Il en résulte une comitologie assez complexe qui pourrait sans doute être simplifiée, mais
ceci nécessiterait un accord avec les acteurs locaux et la Suisse.
Plusieurs commissions plus ou moins actives existent aujourd?hui sur le Doubs.
28 La partie formant frontière entre la Suisse et la France comprend :
- Le « Doubs mitoyen » : section qui s?étend de Villers-le-Lac (lac de Chaillexon) à la borne 606 (Biaufond)
- Le « Doubs français » : section comprise de la borne 606 (Biaufond) jusqu?à la borne 605 (Clairbief)
- Le « Doubs suisse » : section comprise de la borne 559 (Ocourt) jusqu?à la borne 558 (La Motte)
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 96/110
Commission mixte en faveur de la pêche et pour la protection des
milieux aquatiques
Convention
Accord cadre concernant l'exercice de la pêche et la protection des milieux
aquatiques dans la partie du Doubs formant frontière entre les deux États
(29 juillet 1991)
Acteurs République française ; Confédération suisse
Délégation FR
DREAL AURA ; DDT Doubs ; DREAL BFC ; OFB (à titre d'expert) ; le cas
échéant un représentant de l'agence de l'eau Rhône-Méditerranée-Corse
Thématiques Pêche ; Biodiversité
Structuration
1 assemblée plénière (une réunion annuelle) ; 1 sous-commission
technique
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre
Groupe Binational Qualité des eaux (ne s?est plus réuni depuis 2018)
Convention
Pas de convention. Arrangement administratif entre la France et la Suisse
du 11 février 200829
Acteurs République française ; Confédération suisse
Délégation FR
Préfecture du Doubs ; DDT du Doubs ; DREAL BFC ; AERMC ; AFB ;
Fédération départemental de pêche et de protection du milieu aquatique ;
Conseil départemental du Doubs ; conseil régional Bourgogne Franche
Comté ; EPAGE (établissement public d?aménagement et de gestion des
eaux)
Thématiques Eau : qualitatif
Structuration
1 instance de pilotage ; 1 groupe technique qui continue de se réunir une
fois par an
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre
29 Arrangement visant la consultation de la Suisse dans le cadre de l'application de la Directive cadre sur l'eau de
l'UE par la France, dans le bassin versant du Doubs et les bassins mineurs le jouxtant
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 97/110
Comité de pilotage du Doubs franco-suisse30
Convention
Pas de convention. Constitué par échange de lettres entre DREAL
Bourgogne France Comté (21/12/2010) et l'Office Fédéral de
l?Environnement (10/03/2011) en s'appuyant sur le Règlement d'eau
général commun aux 3 aménagements hydroélectriques de 1969 ;
Règlement d'eau du Doubs franco-suisse entré en vigueur le 22 novembre
2017 qui doit d'appliquer jusqu'au renouvellement des concessions
Acteurs Office fédéral suisse de l?énergie et DREAL Bourgogne-France-Comté
Délégation FR DREAL ; AERMC ; OFB ; Préfecture du Doubs ; DDT
Thématiques Ouvrages ; Eau : qualitatif ; Eau : quantitatif
Structuration
1 instance stratégique (au moins une réunion annuelle) ; 1 comité de suivi
environnemental du règlement d?eau
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre
La dissymétrie dans le traitement des sujets de part et d?autre de la frontière est visible dans
l?appréhension des atteintes environnementales. Les réparations des dégradations
environnementales causées par l?activité économique sont compensées par l?office fédéral de
l?environnement ou par les cantons quand côté français c?est l?exploitant qui doit les réduire ou les
compenser (avec éventuellement des aides de l?Agence de l?eau).
Tous ces aspects expliquent les difficultés d?établissement d?une nouvelle convention relative à la
force-hydraulique et de l?accord cadre environnemental qui l?accompagnera. Le projet technique
d?accord-cadre international sur le Doubs franco-suisse et de la convention de partage de la force
hydraulique devait être rédigé fin 2023 afin de choisir le futur concessionnaire avant 2026 et que
la nouvelle concession unique puisse démarrer début 2030. Les négociations devraient être
relancées sous l?égide du MEAE, une fois l?accord sur le Rhône signé (voir 1.3.6). En attendant,
en l?absence d?acte législatif du fait de la situation politique nationale, la préfecture du Doubs a dû
construire un cadre juridique dérogatoire pour permettre la prolongation de la concession qui se
terminait en octobre 2024.
30 Dénommé Groupe de gestion de débits jusqu?en 2018.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 98/110
Comitologie de suivi du projet de renouvellement des concessions31
Convention
Comitologie préparatoire à la future convention force-hydraulique et au
futur accord cadre environnemental
Acteurs République française ; Confédération suisse
Délégation FR
Préfet du Doubs, ambassadeur pour la coopération transfrontalière MEAE,
DGEC, conseillers techniques (DREAL et conseiller diplomatique)
Thématiques Eau : quantitatif ; Eau qualitatif ; Ouvrages ; Pollution
Structuration
1 groupe de supervision (réunions a minima deux fois par an) ; 2 groupes
techniques (GT force hydraulique, GT Accord-Cadre/Environnement)
Rhône
Le Rhône prend sa source dans le glacier du Rhône, dans le canton du Valais en Suisse. Il coule
vers l'ouest, traversant le lac Léman, puis entre en France en aval de Genève. Le fleuve suit ensuite
une direction sud, traversant les régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d'Azur et
longeant la région Occitanie, avant de se jeter dans la mer Méditerranée par le delta de Camargue.
Le bassin versant du Rhône couvre environ 98 000 km² et son cours est long de 812 km.
Rhône lémanique
Le lac Léman, principalement alimenté par le Rhône constitue une frontière entre la Suisse dont
les cantons de Genève, de Vaud et du Valais se partagent la rive nord, et la France (département
de Haute-Savoie). Depuis le XIXe siècle, la régulation des eaux de sortie du Léman est de la seule
responsabilité du canton de Genève en Suisse, avec la construction de barrages (pont de la
Machine puis usine hydraulique de Coulouvrenière au XIXe siècle, barrage du Seujet depuis 1995).
Ainsi alors que la France devrait avoir un droit d?eau sur les 40 % du lac qui sont sur son territoire,
la France est totalement retrouve tributaire de la gestion hydraulique assurée par un service du
canton de Genève pour ce qui concerne l?alimentation du Rhône par le lac. Depuis une dizaine
d?années, dans un contexte de sécheresses fréquentes et de plus en plus sévères qui entraînent
une diminution des débits estivaux, la France demande à Berne de revoir la gestion des débits du
fleuve et réclame un accord pour améliorer le contrôle des débits du Rhône car de nombreux
secteurs stratégiques dépendent du fleuve comme le refroidissement des centrales nucléaires et
l?alimentation en eau potable de plus de 2 millions d?habitants en France. Si plusieurs commissions
encadrent les usages de l?eau, les aménagements partagés et la qualité de l?eau sur le Léman, le
futur accord serait le seul à traiter de la gestion quantitative de l?eau et pourrait ainsi permettre de
sécuriser davantage les débits côté français. Il est à l?inverse à noter que la Commission
internationale pour la protection du Léman qui existe depuis 1962 est un exemple réussi de
coopération transfrontalière car elle a permis une amélioration significative de la qualité des eaux
du lac depuis les années 1960.
31 Une fois les accords signés, le rôle des commissions devraient être redéfinis. La commission mixte pour la pêche
devrait disparaître au profit de la commission cadre chargée de la supervision de l?accord cadre environnemental.
Le groupe binational qualité des eaux et le comité de pilotage seraient remplacés par une commission
opérationnelle qui traiterait des sujets. La délégation française serait composée des services de l?État et de l?Agence
de l?eau (avec peut-être la participation de l?opérateur gémapien). S?ajouterait une commission territoriale qui
regrouperait l?ensemble des acteurs du Doubs franco-suisse (associations, collectivités, Parcs naturels régionaux).
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 99/110
Commission internationale pour la protection des eaux du Léman
Convention
Convention entre le Conseil fédéral suisse et le Gouvernement de la
République française concernant la protection des eaux du lac Léman
contre la pollution, du 16 novembre 1962
Acteurs République française ; Confédération suisse
Délégation FR
Préfet de région, DREAL de bassin, DDT 74, Conseil départemental de
Haute-Savoie, Conseil département de l?Ain, AERMC
Thématiques Pollutions
Structuration
1 secrétariat permanent ; 1 organe décisionnel (réunion une fois par an en
session ordinaire) ; 1 sous-commission technique (composée d?un bureau,
d?un conseil scientifique et d?un comité opérationnel structuré en 4 groupes
opérationnels + 1 groupe scientifique, 3 ou 4 réunions par an) ; 1 Groupe
Lutte contre les hydrocarbures ;1 Groupe de coordination franco-suisse
pour la mise en oeuvre de la DCE sur le territoire français couvert par la
CIPEL
Éléments
budgétaires
Clé de répartition France 25 % ; Suisse 75 %
Part secrétariat assurée par MTE (90 00 CHF environ en 2023) ; part
études et travaux assurée par la DREAL BOP 113 135 000 CHF en 2023 ;
part française 25 % du budget total ; chacune des Parties contractantes
assume les frais de sa délégation à la Commission et des experts
désignés par elle.
Commission mixte pour la navigation sur le Léman
Convention
Accord entre le Conseil fédéral suisse et le Gouvernement de la
République française concernant la navigation sur le Léman du 7
décembre 1976 / Décret n° 2019-644 du 25 juin 2019 portant publication
de l'accord sous forme d'échange de notes entre le Gouvernement de la
République française et le Conseil fédéral suisse portant modification du
règlement de la navigation sur le Léman du 7 décembre 1976 (ensemble
une annexe), signées à Berne les 23 avril et 14 mai 2019
Acteurs République française, Confédération suisse
Délégation FR Préfet de Savoie (éventuellement représenté par sous-préfet de Thonon)
Thématiques Transport
Structuration 1 instance de pilotage
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 100/110
Commission consultative internationale pour la pêche dans le Léman
Convention
Accord entre le Conseil fédéral suisse et le Gouvernement de la
République française concernant la pêche dans le lac Léman du 20
novembre 1980
Acteurs République française ; Confédération suisse
Délégation FR Préfet de Haute-Savoie, DDT Haute-Savoie, OFB, INRAE
Thématiques Pêche
Structuration
1 commission consultative ; 1 commission technique (groupe de travail
Plan d?aménagement piscicole)
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre
Commission permanente de surveillance pour l?aménagement
hydroélectrique franco-suisse d?Emosson (CPS)
Convention
Convention entre la Confédération suisse et la République française au
sujet de l?aménagement hydroélectrique d?Emosson du 23 août 1963
Acteurs République française ; Confédération suisse
Délégation FR
DGEC, DREAL, comité technique permanent des barrages et des
ouvrages hydrauliques
Thématiques Ouvrages, Énergie, Eau : quantitatif
Structuration 1 instance pilotage (réunion plénière) ; 1 comité technique permanent
Commission franco-suisse d'étude pour les stockages dans le Léman
des eaux d'Arve dérivées dans Emosson
Convention
Convention entre la Confédération suisse et la République française au
sujet de l?aménagement hydroélectrique d?Emosson du 23 août 1963
Acteurs République française ; Confédération suisse
Délégation FR DREAL, EDF, CNR
Thématiques Eau : quantitatif
Structuration
La commission est en réalité un groupe de travail (qui ne présente pas de
liens hiérarchique et organisationnel connu avec la CPS)
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 101/110
Commission consultative d?accompagnement du barrage de Chancy-
Pougny
Convention
Concession suisse pour l?utilisation de la force hydraulique du Rhône à
Chancy-Pougny du 12 mai 2003.
Acteurs République française ; Confédération suisse
Délégation FR
Préfecture Auvergne Rhône Alpes, DREAL, (+ parties prenantes, CNR,
association de protection de la nature, association de pêcheurs,
communes)
Thématiques Eau : quantitatif ; Sédiments ; Pêche ; Navigation
Structuration 1 assemblée plénière
Éléments
budgétaires
Pas de spécification à ce sujet
Comité du pilotage du Protocole du 7 septembre 2015 relatif à la
gestion sédimentaire des retenues hydroélectriques du Haut-Rhône
(APAVER)
Convention
Protocole du 7/09/2015 relatif à la gestion sédimentaire des retenues
hydroélectriques du Haut-Rhône conclu entre l?État français représenté par
le Préfet de l'Ain et la République et le canton de Genève représentée par
Conseiller d'État chargé de l?environnement, des transports et de
l?agriculture
Acteurs République française ; République et canton de Genève
Délégation FR Préfet, DREAL, CNR
Thématiques Sédiments ; Biodiversité ; Ouvrages
Structuration 1 comité de pilotage ; 1 comité technique
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 102/110
Comitologie avec l?Italie
Les enjeux avec l?Italie sont moindres et relèvent d?aménagements ponctuels comme la CTS, liée
à la gestion de la concession du Mont-Cenis. Il a été mentionné à la mission l?existence d?un comité
technique transfrontalier de la Roya mais il ne semble plus très actif du point de vue des acteurs
de l?État.
Commission technique de surveillance franco-italienne (CTS) de la
concession du Mont-Cenis
Convention
Convention franco-italienne sur l?aménagement hydro-électrique du Mont-
Cenis du 14 septembre 1960
Acteurs République française ; République italienne
Délégation FR DGPR ; EDF
Thématiques Ouvrages ; Énergie ; Eau : quantitatif
Structuration 1 instance
Éléments
budgétaires
Pas de spécification à ce sujet
Bassins pyrénéens
La frontière franco-espagnole est traversée par 7 cours d?eau transfrontaliers : il s?agit de la
Bidassoa, de la Nive, de la Nivelle, de l?Irati, de la Garonne, du Sègre et du Carol. Ces cours d?eau
font l?objet d?une coopération très contrastée selon les bassins versants.
Il existe deux instances qui gèrent ces cours d?eau transfrontalier. La première est la Commission
mixte des eaux transfrontalières (CMET) créée en 1976 par une décision de la Commission
internationale des Pyrénées, elle-même instituée en 1875 afin d?examiner les problèmes à l?origine
de conflits transfrontaliers entre la France et l?Espagne.
Commission Mixte des Eaux Transfrontalières (CMET)
Convention Constituée par une décision de la CIP (1976)
Acteurs République française ; Royaume d?Espagne
Délégation FR Préfet, AERMC
Thématiques Eau : quantitatif ; Eau : qualitatif
Structuration 1 assemblée plénière (peu de réunions, la dernière datant de 2011)
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 103/110
La seconde est le comité de coordination chargé de suivre les questions de gestion de cours d?eau
transfrontières a été également mis en place dans le cadre de l?arrangement administratif entre la
France et l?Espagne de 2006. Cet arrangement administratif de 2006 concerne la Bidassoa, la Nive,
la Nivelle, la Garonne, l?Ariège et le Sègre, cours d?eau qui s?écoulent en Espagne et en France ou
qui constituent une limite frontalière entre les deux États. Il acte le fait que les autorités locales
compétentes n?ont pas jugé nécessaire ni de délimiter un district hydrographique international ni
d?instituer une Commission internationale hydrographique. Les deux parties s?accordent donc pour
que la gestion ordinaire soit mise en oeuvre et assurée par chaque État sur son territoire mais aussi
pour créer un comité de coordination afin d?instaurer une coopération administrative régulière et
suivie entre les deux pays en ce qui concerne la mise en oeuvre de la DCE. Les deux commissions
ne semblent pas s?être réunies depuis plusieurs années et de ce fait leurs objectifs sont mal, voire
pas connus des acteurs locaux.
Comité de coordination chargé de suivre les questions de gestion de
cours d?eau transfrontières.
Convention Arrangement administratif entre la France et l?Espagne (2006)
Acteurs République française, Royaume d?Espagne
Délégation FR MTE, Préfet coordonnateur de bassin Adour-Garonne, Agence de l?eau
Adour-Garonne, Préfet coordonnateur du bassin Rhône-Méditerranée et
Corse, AERMC
Thématiques Eau : quantitatif ; Eau : qualitatif
Structuration 1 assemblée plénière (réunion annuelle) ; GT si nécessaire
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre
Les sujets qui ne relèvent pas de la DCE mais qui sont des sujets locaux (pollution, stations de
mesure à la frontière, etc.) sont traités par les structures de coopération transfrontalières mises en
place par les collectivités locales. Elles ne relèvent pas d?une comitologie au même titre que les
autres entités analysées par la mission mais tentent de mettre en oeuvre une gestion intégrée de
l?eau de part et d?autre de la frontière. Ainsi coexistent deux réseaux transfrontaliers : la Conférence
atlantique transpyrénées (CAT) et la charte de gestion des eaux partagées (voir tableau ci-dessous,
et Figure A6-1).
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 104/110
Conférence atlantique
transpyrénées
Charte de gestion des eaux
partagées
Acte
fondateur
Traité de Bayonne de 1995 qui initie
des approches bilatérales de
coopération entre collectivités locales /
Convention relative à la Conférence
Euro-régionale ou Conférence
Atlantique Transpyrénéennes signée
en 2007
Accord transfrontalier du 10
décembre 2014
Acteurs
Région, Préfet 64, président du CD
64, président du Conseil des élus du
Pays Basque, CAPB, Gouvernement
de Navarre (GONA)
GONA, Agence basque de l?eau,
DFG32, CD64, CAPB, Syndicat
mixte du bassin versant de la Nive,
Agence de l?eau Adour-Garonne
Thématiques
Problématiques variées (coopération
hospitalière, ouvrages d?art,
prévention des drogues, etc.) dont eau
quantitatif et qualitatif
Eau quantitatif et qualitatif,
Biodiversité
Structuration
1 conférence plénière ; 1 comité
directeur (instance décisionnelle) ; 1
cellule technique permanente ; Des
groupes de travail dont 1 GT EAU
Figure A6-1 : Territoire d?application de la charte de gestion des eaux partagées.
(Source : Agglo Sud Pays Basque)
32 Diputacion Foral du Gipuzkoa
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 105/110
Existent également des Commissions Administratives Internationales (CAI) qui s?inscrivent soient
dans le cadre des Traités des Pyrénées (1659) et de Bayonne (1866) comme la CAI du Canal de
Puigcerda ou la CAI du Canal d?Angoustrine et de Llivia soit dans le cadre de conventions plus
récentes (Lanoux, Garonne supérieure).
La Garonne coule essentiellement sur le territoire du sud-ouest français mais elle prend sa source
dans le Val d?Aran et y coule pendant 47 km avant de franchir la frontière. Depuis les années 1990
une gestion coordonnée et globale du fleuve a été mise en place mais elle est peu institutionnalisée.
Les commissions ne concernent que les ouvrages et les enjeux énergétiques.
Commission mixte franco-espagnole de la Garonne supérieure
Convention
Convention du 29 juillet 1963 entre les gouvernements français et
espagnol relative à l'aménagement du cours supérieur de la Garonne
Acteurs République française ; Royaume d?Espagne
Délégation FR
Président du Comité technique permanent des barrages et des ouvrages
hydrauliques, DREAL, EDF
Thématiques Ouvrages ; Énergie
Structuration
1 assemblée plénière triennale ; 1 sous-commission depuis 2023 (réunion
annuelle)
L?objectif de la convention de 1963 était, selon l?article 1, la création du réservoir français de Plan
d?Arem à la frontière franco-espagnole limité à la cote 575,24 mNGE (soit 577,50 mNGF).
L?Espagne a donné son accord pour qu?une partie de son territoire soit occupée pour créer ce
réservoir (article 2). La convention prévoit la livraison par l?Espagne d?un volume journalier
minimum de 350 000 m3 dans la retenue de Plan d?Arem (article 3), ainsi que la restitution gratuite
à l?Espagne de quantités d?énergie équivalente au quart de la chute située sur la frontière franco-
espagnole et à la moitié de la chute située en territoire espagnol. Depuis 2002, un accord entre
EDF et ENDESA a conduit à l?abandon de la restitution physique d?énergie au profit d?une
restitution valorisée en euros. Enfin la convention prévoyait la création d?une commission mixte
d?experts chargée de l?application de cette convention. Cette commission triennale qui se réunit en
alternance en France (années impaires) et en Espagne (années paires) se réunira en même temps
que la commission mixte franco-espagnole du Lanoux à partir de 2026. Depuis 2023, une sous-
commission a été constituée afin de préparer les travaux de la commission (la commission
s?intéresse notamment aux évolutions du mode de calcul du forfait d?énergie). La commission a
validé en 2023 un calcul de format d'énergie triennal afin de conformer son rythme à la périodicité
des commissions.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 106/110
Commission Mixte Franco-Espagnole du Lanoux
Convention Accord relatif au lac Lanoux du 12 juillet 1958
Acteurs République française, Royaume d?Espagne
Délégation FR
Président du Comité technique permanent des barrages et des ouvrages
hydrauliques, DREAL, EDF
Thématiques Ouvrages ; Énergie ; Eau : quantitatif
Structuration 1 assemblée plénière annuelle ; 1 sous-commission technique
Cette commission est liée à l?aménagement hydroélectrique de l?Hospitalet-Merens constitué d?une
haute chute et de deux basses chutes se rejoignant à l?usine de l?Hospitalet située dans la vallée
du Puymorens en Ariège. Le réservoir principal de la haute chute constitué par la retenue du
Lanoux (capacité de 67,9 millions de m3 à retenue normale et située à 2213 m d?altitude) est
alimenté par son bassin naturel (bassin versant de l?Ebre) et plusieurs prises d?eau. Les eaux du
bassin versant naturel du Lanoux sont détournées vers la chute de l?Hospitalet et prélevées sur les
débits du Carol (affluent du Sègre et sous affluent de l?Ebre).
L?accord de 1958 prévoit la restitution à l?Espagne par EDF d?un volume égal aux apports naturels
détournés du bassin du Carol. La restitution à cette rivière des apports détournés s?effectue par
une galerie d?environ cinq kilomètres, dite Galerie Ariège Carol, dans laquelle les eaux de l?Ariège
sont dérivées par une prise d?eau, jusqu?au Carol en aval du village de Porté-Puymorens avant la
traversée de la frontière (Figure A6-2).
Figure A6-2 : La retenue du Lanoux au sein de l?aménagement hydro-électrique de
l?Hospitalet. (Source : EdF)
La Bidassoa, fleuve côtier du pays basque qui prend sa source en Navarre espagnole et qui se
jette dans le golfe de Gascogne, forme l?extrémité occidentale de la frontière entre la France et
l?Espagne (Figure A6-3). Elle possède un estuaire autour duquel s?est formée l?agglomération
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 107/110
transfrontalière Hendaye-Irun-Fontarabie. L?île des Faisans est un condominium sur lequel la
France et l?Espagne exercent une souveraineté conjointe depuis le traité de Bayonne de 1856. Le
terrain de 3000 m² est dirigé par un vice-roi espagnol du 1er février au 31 juillet et par son
homologue français du 1er août au 31 janvier. La gestion du bassin versant de la Bidassoa est
divisée en deux selon une convention de 1959 : la partie qui relève du domaine public maritime
d?un côté, celle qui relève du domaine public fluvial de l?autre (Voir Figure A6-4). La CTMB gère la
partie qui relève du domaine public maritime, même si certains sujets comme le dragage peuvent
relever également de la partie terrestre. La délégation française est pilotée par la DDTM des
Pyrénées atlantiques. En effet, depuis 2017, la DDTM des Pyrénées atlantiques 33 et plus
particulièrement le délégué à la mer et au littoral a en charge la station navale française de la
Bidassoa. L?actuelle déléguée est donc commandante de la station navale française de la Bidassoa
et également vice reine de l?île des faisans. En vertu d?un protocole de 1978, la CTMB est un
organisme consultatif franco-espagnol de la commission internationale des Pyrénées. Or cette
commission ne s?est pas réunie depuis 2014, et plusieurs interlocuteurs de la mission ne savaient
pas si cette dernière était toujours active et quel était son mandat. En réalité cette commission est
toujours active et co-présidée par l?ambassadeur de la coopération transfrontalière et son
homologue espagnol. Actuellement, l?Espagne ne voit pas l?intérêt de la réunir malgré quelques
propositions françaises d?ordre du jour.
Commission technique mixte de la Bidassoa (CTMB)
Convention Convention entre la France et l'Espagne relative à la pêche en Bidassoa et
baie du Figuier (14 juillet 1959) / Protocole relatif à la commission technique
mixte de la Bidassoa entre le gouvernement de la République française et
le gouvernement de l'État espagnol (14 décembre 1978).
Acteurs République française ; Royaume d?Espagne
Délégation FR DDTM 1964 ; Préfet maritime ; collectivités locales concernées
Thématiques Pêche ; Plaisance ; Sédiments ; Infrastructures ; Biodiversité
Structuration 1 assemblée plénière qui se réunit autant que de besoin ; GT si travaux
spécifiques
Éléments
budgétaires
Pas de budget propre (frais de traduction fléchés sur le BOP 205)
33 Jusque-là la fonction était assurée par le COMAR Bayonne mais il n?y a plus d?officier de la marine nationale à
Bayonne
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 108/110
Figure A6-3 : Frontière franco-espagnole sur la Bidassoa et dans la baie du figuier.
(Source : DDTM 64)
Figure A6-4 : Répartition des domaines publics maritime et fluvial de la Bidassoa selon
la convention du 14 juillet 1959. (Source : DDTM 64)
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 109/110
Annexe 7. Annexe transition écologique
Une réflexion inter-inspection est en cours pour évaluer l?intégration des enjeux de la transition
écologique dans les politiques publiques. Il s?agit à l?occasion des missions d?approfondir certains
indicateurs ou de proposer des grilles de lecture de ces enjeux, afin de donner des pistes aux
commanditaires pour mieux prendre en compte la transition écologique sur le sujet de la mission
demandée.
L?idée est de s?appuyer sur une analyse des six axes environnementaux de la taxonomie verte des
activités au niveau européen utilisée pour le budget vert : « Atténuation climat », « Adaptation
climat », « Eau », « Déchets », « Pollutions », « Biodiversité ».
Dans le cadre de la présente mission, l?axe déchet n?a pas été retenu car non pertinent pour les
commissions fluviales internationales. La mission a considéré qu?il était indispensable d?ajouter un
axe gouvernance car des politiques efficaces pour diminuer les impacts environnementaux ne
peuvent être mises en oeuvre que par un pilotage et mise en synergie des délégations françaises.
La mission n?était pas en mesure de faire une évaluation quantitative des différents axes pour
chaque commission et ce n?était pas l?objet du rapport. En revanche elle propose un diagramme
global avec une notation qualitative sur une échelle de -3 à +3 sur l?ensemble des commissions
afin d?attirer l?attention des délégations françaises sur les points de vigilance.
Même s?il y a toujours une marge d?amélioration, la plupart des axes semblent bien traités par les
commissions. Les questions de pollution (chimique, microbiologique, plastique, etc.) semblent
néanmoins un sujet qui reste à approfondir dans certains bassins versants (Doubs, bassins à la
frontière espagnole) ce qui entraine une note un peu moins bonne. C?est également le cas de la
gestion de la ressource en eau car les enjeux quantitatifs restent entiers pour de nombreux bassins
versants, dans un contexte de changement climatique. En outre le grand cycle de l?eau dans une
perspective intégrée terre-mer n?est pas apparu comme un angle traité par les instances des
commissions. Comme ce n?était pas l?objet de la mission, les recommandations de la mission ne
permettent pas d?amélioration significative de cette notation. L?exemple des entretiens menés sur
le Doubs montre qu?une vision plus globale des sujets fluviaux internationaux qui se posent
permettrait d?anticiper les problématiques de gestion quantitative de la ressource en eau
(aujourd?hui les commissions étudiées sont très centrées sur les sujets de renouvellement de
concession). La mise en oeuvre des recommandations 2 et 7 aiderait à la prise en compte de
l?ensemble des sujets observés par la préfecture du département.
En revanche, deux axes mériteraient une anticipation afin d?éviter de forts impacts
environnementaux à venir :
? l?adaptation au changement climatique, en dehors des travaux menés sur le Rhône, ne
semble pas suffisamment prise en compte de manière transversale à tous les groupes de
travail et d?experts. Les préconisations de la mission concernant la prise en compte des
sujets émergents devraient permettre de mieux le faire. Le contenu des commissions
n?étant pas l?objet du rapport, l?impact des préconisations à court terme sur ce sujet ne peut
être que limité ;
? les questions de gouvernance et de prise en compte transversale de l?ensemble des enjeux,
objet central d?analyse de la mission, constituent un élément de fragilité important. La prise
en compte des recommandations de la mission (recommandations 2 à 7 et 12 à 14) dont
certaines sont peu coûteuses et faciles à mettre en oeuvre à court termes constituerait un
progrès notable en matière d?anticipation des enjeux de la transition écologique et
d?influence de la France sur ces sujets.
PUBLIÉ
Février 2025 Comitologie internationale fluviale en France
hexagonale : état de lieux et nouvelles stratégies
Page 110/110
PUBLIÉ
Sommaire
Résumé
Liste des recommandations
Introduction
1 État des lieux
1.1 Définitions et concepts clés
1.1.1 Frontières
1.1.2 Cours d?eau internationaux
1.1.3 Importance des cours d'eau transfrontaliers
1.1.4 Commissions et accords internationaux
1.1.4.1 Les conventions d'Helsinki et de New York : un cadre juridique international pour une gestion durable des eaux transfrontalières
1.1.4.2 La Directive-cadre sur l'eau : un pilier de la gestion transfrontalière des cours d'eau en Europe
1.1.4.3 La comitologie internationale fluviale
1.2 Enjeux thématiques
1.2.1 Gestion quantitative de l'eau
1.2.2 Biodiversité
1.2.3 Inondations
1.2.4 Pollutions
1.2.5 Énergie (hydroélectricité)
1.2.6 Transport fluvial
1.2.7 Ouvrages
1.3 Cartographie de la comitologie
1.3.1 Escaut
1.3.2 Meuse
1.3.3 Moselle/Sarre
1.3.4 Rhin
1.3.5 Doubs
1.3.6 Rhône
1.3.6.1 Rhône lémanique
1.3.6.2 Comitologie avec l?Italie
1.3.7 Bassins pyrénéens
1.3.8 Synthèse
2 Diagnostic de l?organisation actuelle
2.1 Des commissions pas toujours bien dimensionnées
2.1.1 Une tendance à la multiplication des sous-commissions et divers groupes de travail
2.1.2 Une tendance à aller au-delà du mandat des commissions
2.1.3 Trop de comitologie versus pas assez
2.2 Une gouvernance d?ensemble perfectible
2.2.1 Des systèmes d?acteurs variables
2.2.1.1 DREAL, DDT et opérateurs de l?État
2.2.1.2 Le rôle des préfectures à affirmer
2.2.1.3 Des SGAR qui peinent à jouer leur rôle d?interface
2.2.1.4 Des conseillers diplomatiques dont les missions restent à préciser
2.2.1.5 Des politiques d?administration centrales trop cloisonnées
2.2.2 Des difficultés à avoir le bon niveau de représentation et de qualification
2.2.3 Des effectifs globalement insuffisants
2.3 Aspects financiers
3 Intégrer les enjeux des commissions internationales
3.1 Enjeux thématiques
3.1.1 Conserver la plus-value de l?expertise technique des différents membres de la délégation française tout en conservant une vision globale des sujets
3.1.2 Mieux hiérarchiser les priorités
3.1.3 Aborder au bon niveau dans les comités la thématique du changement climatique
3.1.4 Organiser la réponse française face aux sujets émergents
3.2 Enjeux géographiques
3.2.1 Définir les échelles pertinentes pour penser la coopération fluviale transfrontalière
3.2.2 Articuler cadre national et différenciation géographique
3.2.3 Interroger la place des collectivités territoriales
3.2.4 Mieux coordonner les échelles dans la gestion du transfrontalier
3.3 Enjeux juridiques et diplomatiques
3.3.1 Définir et prioriser les objectifs des commissions fluviales internationales
3.3.2 Évaluer les conséquences de l?absence de représentation dans certaines commissions ou groupes de travail
3.3.3 Davantage intégrer dans les pratiques les comités internationaux comme des lieux importants d?influence
3.4 Enjeux financiers
3.4.1 Impliquer la France au bon niveau : une tâche compliquée par le manque de moyens humains et financiers
3.4.2 Planifier et prioriser les dépenses afférentes à la comitologie fluviale internationale
4 Vers une stratégie nationale
4.1 Posture ou positionnement
4.2 Mandat
4.3 Formation et valorisation
4.4 Capitalisation
4.5 Animation
Conclusion
Annexes
Annexe 1. Lettre de mission
Annexe 2. Liste des personnes rencontrées
Annexe 3. Glossaire des sigles et acronymes
Annexe 4. Les conventions de Helsinki (1992) et de New York (1997)
Annexe 5. La Directive-cadre sur l'eau : un pilier de la gestion transfrontalière des cours d'eau en Europe
Annexe 6. Cartographie des commissions
Escaut
Meuse
Moselle et Sarre
Rhin
Doubs
Rhône
Bassins pyrénéens
Annexe 7. Annexe transition écologique
INVALIDE)