Projet de classement du site de la montagne d'Uchon - Rapport à la commission supérieure des sites, perspectives et paysages du 4 avril 2024
BRENTRUP, Serge
Auteur moral
France. Inspection générale de l'environnement et du développement durable (IGEDD)
Auteur secondaire
Résumé
<div style="text-align: justify;">Le massif d'Uchon, situé au sud-est d'Autun, dans le département de la Saône-et-Loire, culmine à 681 mètres. Alors que le Morvan qui l'entoure a vu ses boisements modifiés par les politiques et pratiques forestières priorisant les conifères à croissance rapide, la forêt d'Uchon a conservé une riche diversité de feuillus. Elle est de plus parsemée de chaos (amas rocheux) remarquables qui donnent lieu à de nombreuses légendes. Le présent rapport propose de classer le bois de la Ravière sur une superficie de 622 hectares, sur les critères pittoresque et légendaire. Le classement permettra de préserver une forêt présentant une qualité de paysage exceptionnelle et de protéger les chaos qu'elle recèle.</div>
Editeur
IGEDD
Descripteur Urbamet
fonctionnement des institutions
;paysage
;patrimoine naturel
;patrimoine culturel
;forêt
;protection du patrimoine
Descripteur écoplanete
commission supérieure des sites
;site classe
;protection de la forêt
;feuillu
Thème
Environnement - Paysage
Texte intégral
Rapport à la commission supérieure des sites,
perspectives et paysages du 4 avril 2024
Projet de classement du site de la montagne d?Uchon (71)
Rapport IGEDD n° 013732-02
établi par Serge BRENTRUP
Inspecteur général de l?administration du développement durable
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classement du site de la montagne d?Uchon (71)
UCHON
DIJON
Carte de la région Bourgogne-Franche-Comté avec localisation de Uchon, source : cartograf.fr
? Carte de localisation du bois de la Ravière et d?Uchon et Carte des protections, source : DREAL Bourgogne-Franche-Comté SBEP - François
BONNEAUD paysagiste dplg - Stéphane BERTIN, paysagiste concepteur et Pascal CHEVALLIER - Vue-d?ici, sigiste 2020
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Présentation du site
Le massif d?Uchon appartient géologiquement au Morvan. Extrémité sud-ouest de la montagne autunoise,
ce haut relief forestier est délimité par les vallées de l?Arroux, du Mesvrin et de la Dheune. Massif granitique
érodé, il culmine à 681 mètres. Territoire rural perché au-dessus de vallées, berceaux de villes importantes
comme Autun ou Le Creusot, il est entouré de vallées et de collines bocagères. Le massif forestier donne
ainsi une impression d?isolement, et ceci tant depuis l?extérieur qu?une fois à l?intérieur du site. Situation
singulière, c?est un massif qu?on peut cerner. Les hauts du massif et les versants sont occupés
majoritairement par les boisements. Les ambiances forestières sont contrastées (de la hêtraie-chênaie au
sous-bois lumineux, des plantations de douglas au sous-bois sombre).
La forte présence des boisements influence fortement la perception du site, les vues lointaines sont
refermées. On peut deviner un panorama par transparence, mais il reste difficile d?en appréhender
l?étendue, notamment à l?ouest du massif d?Uchon, compte tenu de l?ouverture de la vallée de l?Arroux et
de la pente forte des versants. Au sud, le belvédère des roches du Carnaval offre, lui, un vaste panorama,
grâce à la gestion du site sur plusieurs hectares pour dégager les chaos et maintenir les pelouses et les
landes.
La forêt uchonnaise
Jusqu?aux années 1950, la forêt uchonnaise est exclusivement feuillue, mais elle sera surexploitée pour
fournir les forges et les mines. Le hêtre, qui survit mal au traitement prolongé en taillis, cède du terrain aux
bouleaux, châtaigniers, chênes et charmes.
Après les années 1950, la mécanisation progressive de l?agriculture accèlère l?abandon des parcelles les
plus pentues inaccessibles aux machines modernes, qui se transforment en friches. La forêt se diversifie
et fait l?objet de nouveaux modes de gestion. Le taillis simple, omniprésent, devient taillis vieilli, taillis sous-
futaie ou pseudo-futaie.
La politique de reboisement engagée par l?Etat encourage parallèlement les plantations forestières sur les
terres libérées par l?agriculture. Les subventions du fonds forestier national créé en 1946 et de l?Etat
encouragent le remplacement des essences feuillues existantes (hêtre, châtaignier, chêne, frêne, etc.) par
des conifères à production rapide (douglas notamment). A Uchon, le paysage forestier se transforme
radicalement dans les années 1965-1970. En 1976, les friches et les bois occupent le coteau et referment
la clairière autour du village.
Aujourd?hui, l?agriculture occupe encore les principales clairières sommitales et les fonds de vallées, mais
le paysage du plateau et des versants est désormais forestier en majorité. De fait, le paysage se referme
nettement sur les anciennes landes et pâtures à l?ouest, autour du mont Julien et du Carnaval. Le village
d?Uchon est presque entièrement cerné par la forêt. Les petites parcelles de pâturage de proximité sont
devenues des jardins d?agrément souvent plantés d?arbres ornementaux (thuyas, érables, etc.) qui
renforcent la fermeture visuelle. Uchon n?est pratiquement plus visible de l?extérieur. La couverture
forestière est devenue hétérogène. Les versants est et sud du plateau d?Uchon sont plantés de vastes
parcelles de conifères dont le feuillage plus sombre tranche sur la forêt feuillue. A l?ouest et au nord, les
versants sont plus préservés, à l?exception de la vaste parcelle de douglas de la forêt de la Ravière.
La gestion forestière par coupe rase de certaines parcelles laisse des entailles dans le paysage.
Le plan d?aménagement et de développement durable (PADD) du schéma de cohérence territoriale (SCoT)
Autunois-Morvan, approuvé le 11 octobre 2016, précise que « la bonne gestion des massifs forestiers
constitue une priorité, car elle conditionne la durabilité de la valorisation de la ressource ». En cohérence
avec les orientations de la charte forestière mise en place à l?initiative du PNR du Morvan et avec les
orientations de la charte du parc, l?objectif principal est la gestion de la ressource, en maintenant ou en
renforçant la qualité écologique et paysagère des massifs forestiers, et la prise en compte des usages
multiples de la forêt, non liés à l?exploitation. Les communes, propriétaires de nombreuses forêts, sont
incitées à être actrices dans la mise en place d?une gestion durable de cette ressource.
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Carte des peuplements forestiers à Uchon, source : DREAL Bourgogne-Franche-Comté SBEP ? François BONNEAUD paysagiste
dplg ? Stéphane BERTIN, paysagiste concepteur et Pascal CHEVALLIER - Vue-d?ici, sigiste 2020
Les protections dans le périmètre du site proposé au classement
Loi de 1913 sur les monuments historiques
Sur la commune d?Uchon : l?édicule dit de la Belle Croix, oratoire qui se trouve à l?entrée du village, inscrit
au titre des monuments historiques en 1929.
Sur la commune de La Tagnière : les châteaux de Champignolle (MH inscrit en 1976) et de Trélague (MH
inscrit en 1986).
Loi de 1930 sur les sites
Sur la commune d?Uchon : l?église et les ruines du château d?Uchon avec l?oratoire sur 2 ha, site classé en
1940, ainsi que les « rochers du Carnaval »1, sur 11 ha, site classé en 1941.
Sur la commune de La Tagnière : la Roche de la « pierre qui croule », site classé en 1909 sur une surface
limitée au chaos lui-même.
L?église d?Uchon, l?oratoire de la belle Croix, la pierre qui croule, les rochers de Carnaval, sources : photos SB mars 2021 (église et
oratoire) et DREAL Bourgogne-Franche-Comté SBEP ? François BONNEAUD paysagiste dplg ? Stéphane BERTIN, paysagiste con-
cepteur et Pascal CHEVALLIER - Vue-d?ici, sigiste 2020 (photos début 20e siècle)
1 Les classements de la « Pierre qui croule » en 1909 et des « rochers de Carnaval » en 1941, ont un lien direct avec le critère légendaire.
UCHON
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Contexte de la demande de protection
Dans leur lettre du 1er avril 2019, la présidente de la région Bourgogne-Franche-Comté, le député
Rebeyrotte, le président du PNR du Morvan et le maire d?Autun sollicitaient le ministre en charge des sites
en vue d?une instance de classement de la forêt de la Ravière sur la commune d?Uchon. La demande
reposait notamment sur le risque de disparition de la forêt de feuillus de la Ravière sur une centaine
d?hectares, menacée par des coupes rases et des transformations de peuplements feuillus en plantations
résineuses.
Le 14 juin 2019, le ministre de la transition écologique et solidaire (MTES), François de Rugy, décidait
d?ouvrir une instance de classement au titre des sites sur la forêt de la Ravière sur trois propriétés privées,
soit 18 parcelles sur une étendue de 140 hectares. Les services de la DREAL Bourgogne-Franche-Comté
lancèrent une étude paysagère sur un périmètre plus large que le seul bois de la Ravière, afin de mieux
repérer le caractère remarquable et singulier du territoire et identifier les enjeux de protection. L?instance
de classement a ensuite été renouvelée par le ministère de la transition écologique (MTE) le 4 décembre
2020 sur trois propriétés couvrant la presque totalité du bois de la Ravière.
Si le principe de classement a été compris et accepté par la mairie d?Uchon, le PNR Morvan et l?association
de sauvegarde du massif d?Uchon (SAMU), l?extension de la protection de 140 ha de forêt à une surface
projetée d?environ 1 400 ha sur la montagne d?Uchon a suscité un questionnement de la part de la direction
régionale de l?agriculture et de la forêt, voire une incompréhension (syndicat des propriétaires forestiers de
Saône-et-Loire, centre régional de la propriété forestière, chambre d?agriculture 71). Le classement était
jugé « inutile et nocif au bon équilibre forestier », avec une « somme de contraintes pour la gestion de la
forêt, coûteuses voire contre-productives ». Ma visite sur site a pourtant été l?occasion de constater de
nombreuses coupes rases illicites, car non déclarées et perçues comme des meurtrissures dans la forêt.
Pour les élus, le sujet est bien celui de la gestion forestière dans le Morvan, et notamment celui des coupes
rases qui sont récurrentes, avec ou sans autorisations, pour laisser place à des plantations de résineux (en
priorité le douglas), problématique d?ailleurs fortement partagée par les services de l?Etat (DREAL BFC et
DDT), à l?exception de la direction régionale de l?agriculture et de la forêt (DRAF), défavorable à un
classement au titre de la loi de 1930.
La DREAL a ensuite engagé un repérage fin des chaos granitiques complémentaire à la mission réalisée
en 2020 en utilisant un outil appelé LIDAR2 sur lequel un filtre a été appliqué pour repérer toutes les formes
arrondies de plus de 0,5 mètre. La carte en découlant (voir page 9) fait apparaître une densité très
importante de chaos sur le Bois de la Ravière, le village, le coteau abrupt occidental sous le village, le
Carnaval d?Uchon et le Mont Julien, le secteur de la Pierre qui croule.
Lors de l?enquête publique, des réactions diverses se sont faites entendre, interpellant le commissaire
enquêteur qui les a retranscrites dans son avis. En résumé, si certains y sont favorables, car « il faut
contrer l'enrésinement à tout prix et conserver les paysages » et s'il faut s?interroger sur « la pertinence
des plantations en monoculture, [?] et le maintien du biotope sur l'ensemble du massif », d?autres, pro-
priétaires fonciers et agriculteurs, ne l?entendent pas de cette oreille. La « spoliation » du droit de pro-
priété, l?inflation des coûts d'entretien et des assurances est en effet avancée, argumentant que « la filière
bois dans son ensemble est un grand pourvoyeur d'emplois sur le territoire ».
Toutes les parcelles incluses dans le périmètre du classement sont en effet exclusivement privées et
force est de constater que l'encadrement existant de la gestion durable des forêts avec les plans simples
de gestion (PSG), ou le code des bonnes pratiques sylvicoles (CBPS) selon la surface de la forêt, ne
suffisent pas à contrer et empêcher les pratiques frauduleuses, malgré les risques encourus par les con-
trevenants.
Sur les critères de classement
L?étude de pré-classement identifiait les critères « pittoresque » et « légendaire ».
2 Le LIDAR , acronyme anglais de « détection et télémétrie par la lumière », est une technologie de télédétection qui utilise des
faisceaux laser pour mesurer des distances et des mouvements précis en temps réel. La technologie LIDAR est également utilisée
pour évaluer les dangers et les catastrophes naturelles comme les coulées de lave, les glissements de terrain, les tsunamis et les
inondations.
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Sur le critère pittoresque
Baptisé « perle du Morvan » du fait des panoramas exceptionnels sur les monts voisins, le massif d?Uchon
répond au critère pittoresque. Ce critère est lié à trois éléments : le grand paysage, la forêt et les chaos
granitiques.
Les habitants sont très attachés à un paysage qu?ils considèrent comme particulièrement attractif et
original. Une des composantes principales de cet attachement est la spécificité granitique et notamment
les chaos. Ils sont un élément fondamental dans leur pratique du territoire, mais aussi dans l?imaginaire
territorial. Cet engouement pour les chaos contribue à entretenir les légendes de même que les légendes
suscitent l?attachement au paysage et à Uchon.
Sur le critère légendaire
L?enquête3 menée par la « Maison du patrimoine oral de Bourgogne » révèle la présence d?un maillage
narratif particulièrement vif et dense à Uchon. Les nombreuses légendes sont donc répertoriées sur le site
même de la commune d?Uchon et plus largement sur un périmètre étendu au canton, voire au département,
notamment durant les années 1930-1940 et les années 19804. Plusieurs d?entre elles sont au moins
antérieures au XIXe siècle5.
Les amas rocheux situés dans des endroits particulièrement pittoresques ou qui l'ont été avant d'être
envahis par les conifères, ont été clairement identifiés ainsi que les légendes inhérentes : c'est notamment
le cas de la griffe du diable, de la chambre de Mandrin ou de la Pierre qui croule.
Certains amas rocheux sont d?ores et déjà classés et largement décrits et illustrés, comme dans le bois de
la Ravière, « la roche monumentale et l'ensemble formé par la pierre qui branle et par la chambre du bois,
aussi appelée chambre des fées ». Les amas de moindre importance ou moins remarquables sont absents
de la littérature existante, il en est de même pour de nombreux rochers isolés qui nourrissent l'imaginaire
des promeneurs, exception faite des rochers de Carnaval, site classé et répertorié.
Le secteur d?Uchon comprend le plus bel exemple de chaos granitique de Bourgogne.
Le secteur d?Uchon fait partie géologiquement du Morvan formé de terrains primitifs et granitiques. La roche mère a subi de nom-
breuses cassures. Par la suite, le granite de Luzy, à grains grossiers et à gros cristaux de feldspath s?est désintégré sous l?effet de
l?air et des intempéries, donnant naissance à un épais manteau d?arène6. En période de climat pluvieux, le granite porphyroïde du
massif d?Uchon formé à l?aire primaire, a subi une altération intense. Au fil des millénaires, le gel et les variations de température
ont accentué les fissures présentes naturellement dans le granite jusqu?à casser la roche et la séparer en blocs. L?eau de pluie s?est
alors infiltrée et a dissout peu à peu le granite en un sable appelé « arène granitique ». Les blocs de granite modelés sont alors
apparus par l?érosion. Certains ont basculé et se sont empilés formant des chaos granitiques aux formes insolites.
Création des chaos, source : DREAL Bourgogne-Franche-Comté SBEP ? François BONNEAUD paysagiste dplg ? Stéphane BER-
TIN, paysagiste concepteur et Pascal CHEVALLIER - Vue-d?ici, sigiste 2020
3 Source : Etude ethnologique 2020 - Maison du Patrimoine Oral de Bourgogne - DREAL BFC.
4 On citera notamment Chazelle, Truchot, Delmas, Seignolles, Dollet-Priet, Guillemot, Lequien, Saint-Yves, auteurs de nombreux récits et rapports de
légendes.
5 Pour rappel, l?intérêt pour la littérature orale était moindre voire quasi inexistant, avant la fin du XIXe siècle.
6 Le manteau d'arène enveloppe les roches granitiques et métamorphiques apparues en surface après le démantèlement de la
montagne.
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Les principaux sites porteurs de légendes ou de récits identifiés au fil des entretiens avec les habitants
sont : le chaos de la griffe du diable, le chaos de la pierre qui croule, la grotte à Mandrin, l?ensemble des
chaos du salon du diable, la pierre de la dame, le peut-crot, le lieu de culte préceltique et le chêne du lot.
Les récits légendaires se sont donc attachés en majorité aux chaos granitiques. Toutefois, des
personnages et des figures locales peuplent aussi la transmission orale et l?imaginaire local, comme les
Nouères, une famille de braconniers/brigands, ou le Lazarre de la beurche, le bougueu.
L?examen des récits entendus à Uchon dégage plusieurs motifs récurrents qui forment une thématique
transversale autour des notions de justice et d?injustice. Les personnages locaux sont souvent des figures
de rebelles, de marginaux qui échappent à la justice ou aux normes de la société. Les Uchonnais sont
donc particulièrement attachés au potentiel légendaire d?Uchon. Ils perçoivent ce lieu comme une terre de
légendes qui nourrit une « ambiance particulière », une « vibration unique », une dimension
« mystérieuse », revendiquée par beaucoup d?habitants.
Les entretiens montrent également que les habitants sont attachés à un paysage qualifié d?attractif et
d?original et dont la spécificité granitique est une composante essentielle, notamment les chaos. Cet
attachement au paysage fonctionne également aujourd?hui avec la forêt de feuillus, élément constitutif de
la cartographie de l?imaginaire territorial des habitants.
La griffe du diable dans une forêt de douglas, les chaos du Carnaval surplombant la vallée, les roches de Charbonnière dans une
forêt de feuillus, photos SB, mars 2021
L?étude ethnologique menée par la « maison du patrimoine oral de Bourgogne » montre donc que les
légendes recueillies à Uchon sont, pour la plupart, des formes d?appropriation, ce que l?on peut retrouver à
l?échelle régionale. A Uchon, les histoires de brigands liés à la Ravière, les histoires de diable, les histoires
de justice, les histoires celtes se multiplient. Les légendes racontent aussi de manière cachée ou protégée
des éléments ancestraux et fondamentaux qui ont marqué Uchon et structurent le fonctionnement du
territoire.
Le critère légendaire est ici indissociable du critère pittoresque.
Sur le périmètre de classement
La question du périmètre de classement s?est posée dès l?année 1941 au moment de la protection des
« rochers de Carnaval ». Le rapport de l?inspecteur général des sites du 25 mars 1941 retranscrit le débat
mettant en exergue le lien fort entre le classement de l?église, les « rochers de Carnaval » et les
« mégalithes et pierres branlantes » sur le site, qui avait eu lieu à la commission départementale des sites
et monuments naturels deux ans plus tôt.
Le périmètre du site en instance de classement a été limité au massif forestier de la Ravière sur une surface
de 140 ha. Deux scénarios de périmètres étendus de classement ont été proposés par la DREAL
Bourgogne Franche-Comté en 2020 sur le territoire communal en totalité et sur un territoire plus étendu,
compte tenu notamment de l?appartenance du bois de la Ravière au grand ensemble du massif d?Uchon et
de la dispersion des chaos granitiques emblématiques sur le massif, avec l?idée d?intégrer les trois sites
classés actuels (Carnaval d?Uchon, l?église - les ruines du Château - l?oratoire, la Pierre qui croule). Les
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deux périmètres7 découlaient à la fois de l?analyse paysagère, de l?étude sur les légendes du site et de
l?étude forestière.
Dans le dossier de mars 2021, la limite nord était calée sur les crêtes des reliefs boisés qui constituent les
horizons au nord des hameaux de la Gravetière et des Theurets, la limite est s?appuyait, quant à elle, au
nord-est, sur la limite communale correspondant à la ligne de crête et au sud-est, se décalait de la limite
communale pour rester en limite du plateau. En limite ouest, le périmètre était calé sur la limite forestière
en pied du coteau du massif d?Uchon.
Les limites intérieures des scénarios présentés en mars 2021 ont été effacées pour supprimer les projets
de site inscrit et ne créer qu?un niveau de protection (site classé) en une seule entité. Les limites extérieures
ont été réajustées, à plusieurs reprises, pour correspondre à des limites physiques (routes, chemins, etc.)
ou communales. Il n?est donc plus proposé de site inscrit, le site classé étant désormais d?un seul tenant,
englobant l?ensemble des parties urbanisées, Il exclut la zone nord sur la commune de La Chapelle-sous-
Uchon dépourvue de chaos et la zone sud-ouest (scénario 1 de l?étude initiale).
Périmètre proposé par votre rapporteur en mars 2021, avec sites inscrits proposés
(zones en rouge sur le plan) - les limites hautes du site sont revues,
Sur la base du rapport de l?inspection générale du 31 mars 2021, la ministre de la transition écologique a
notamment indiqué, dans son courrier au préfet du 10 mai 2021, qu?il serait souhaitable que la limite nord
du périmètre soit affinée.
En réponse, le maire d?Uchon a envoyé des courriers le 15 novembre 2021 au député de Saône-et-Loire
et au sous-préfet d?Autun, exposant sa volonté de classement, demandant toutefois que le périmètre soit
réduit aux chaos, argumentant sa demande de « fédérer les administrés autour du projet et non de les
diviser » et informant « des divergences fondamentales des habitants et des propriétaires fonciers »,
position soutenue par le député Rebeyrotte.
Le périmètre a fortement été réduit, s?étendant désormais sur 622 hectares, soit environ la moitié du
périmètre proposé dans le scénario initial.
7 représentant respectivement 1 273 ha pour le scenario 1 et 1463 ha pour le scénario 2.
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Périmètre réduit en 2022 faisant figurer les chaos avec LIDAR, sur le massif d?Uchon,
source : DREAL Bourgogne-Franche-Comté, dossier 2022
Les parties soustraites au périmètre, en limites extérieures, composées d?espaces agricoles, de fermes et
d?étangs ont été jugées intéressantes, mais non exceptionnelles pour être intégrées dans le site classé. Le
grand paysage proposé au classement n?est pas pénalisé par cette extraction. Le périmètre du site classé
projeté concerne désormais les communes d?Uchon et de La Tagnière, la commune de la Chapelle-sous-
Uchon n?étant plus intégrée dans le périmètre.
Carte figurant le périmètre définitif, source : DREAL Bourgogne-Franche-Comté, 2023
Sites classés
Projet de site classé
Zones retirées
du périmètre
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Orientations de gestion
Les orientations de gestion du site présentées dans le rapport initial (développées en annexe 2) subsistent
en grande partie, à savoir :
- Etudier le contexte et le lieu d?implantation des chaos ;
- Protéger impérativement les chaos rocheux ;
- Prendre en compte les chaos rocheux dans la gestion forestière ;
- Favoriser et organiser les visites et les accès aux roches.
Orientations de gestion, source : DREAL Bourgogne-Franche-Comté SBEP ? François BONNEAUD paysagiste dplg ? Stéphane
BERTIN, paysagiste concepteur et Pascal CHEVALLIER - Vue-d?ici, sigiste 2020
Ces orientations précisent les objectifs à prendre en compte en matière de mise en valeur des lieux, de
bonnes pratiques sylvicoles, de maîtrise de la fréquentation pour préserver l'intérêt et la qualité paysagère
et patrimoniale des lieux. L?intérêt du classement sur les parties bâties réside essentiellement dans la
maîtrise des extensions et des rénovations, en l?absence de document d?urbanisme8.
L?enquête publique
L?enquête publique a été ouverte par arrêté préfectoral du 20 mars 2023 et s?est déroulée du 12 avril au
16 mai 2023. Elle a été confiée à monsieur René Piccini, commissaire enquêteur. Un dossier d?enquête et
un registre ont été mis à disposition du public dans les mairies d?Uchon, La Tagnière et Saint-Symphorien-
de-Marmagne. Le dossier était également disponible sur les sites internet de la préfecture de la Saône-et-
Loire et de la DREAL Bourgogne-Franche-Comté.
L?avis d?ouverture a été affiché sur les panneaux officiels des communes et en différents points du site. Il
a également fait l?objet de parutions dans « L?Exploitant agricole de Saône-et-Loire », et « Le Journal de
Saône-et-Loire ».
Le commissaire enquêteur a effectué quatre permanences en mairie d?Uchon, où il a reçu 83 personnes.
8 Un projet de PLUi est en cours d?élaboration sur la communauté de communes « Grand Autunois Morvan » en phase PADD.
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76 observations ont été enregistrées émanant d'associations, de syndicats professionnels, de propriétaires
et de particuliers. Les avis sont partagés entre favorables et défavorables. La plupart des observations
défavorables sont fondées sur la crainte que le classement entraîne des contraintes supplémentaires quant
à l?exploitation forestière. Quelques observations ont porté sur le périmètre, jugé soit trop important, soit
trop restreint.
Concernant l?exploitation forestière, la DREAL a rappelé que les travaux d?entretien courant ne sont pas
soumis à autorisation. Pour les autres travaux, les pétitionnaires seront accompagnés par les services de
l?Etat. Enfin, 50% des forêts incluses dans le périmètre du site classé sont soumises à un plan simple de
gestion (PSG), ce qui dispense d?autorisations.
Concernant la définition du périmètre, la DREAL a rappelé que celui-ci est cohérent avec le souci de
protéger la montagne forestière géographique d?Uchon et les grands secteurs de chaos. Le commissaire
enquêteur a rendu un avis favorable sans réserve ni recommandation le 13 juin 2023. La commission
départementale de la nature, des paysages et des sites (CDNPS) de Saône-et-Loire du 21 septembre 2023
a émis un avis favorable (9 pour, 2 contre, 1 abstention).
On notera que dans l?étude commandée par la DREAL, il était proposé d?inscrire, au sein du site à classer,
un chapelet d?environ quarante zones bâties sur une superficie totale d?environ 40 hectares concernant
trois communes (35 ha sur Uchon, moins d?un hectare sur La Tagnière et trois ha sur La Chapelle-sous-
Uchon). Cette proposition est née des discussions avec les élus qui souhaitaient, a minima, sortir les zones
urbanisées ou à urbaniser du classement, pour alléger les procédures lors de l?instruction des permis et
des déclarations préalables, voire également les zones agricoles9. Cette proposition a fait l?objet d?un avis
défavorable de l?inspecteur général en avril 2021, argumenté notamment par le fait que la vocation du site
inscrit n?est pas de suppléer celle du site classé, et que l?extraction des parcelles dans le site classé est
difficilement recevable au sens de la cohérence du paysage.
Les conseils municipaux d?Uchon (10 novembre 2022), de La Tagnière (9 février 2023) et de Saint-
Symphorien-de-Marmagne (7 février 2023) ont donné un avis favorable à l?unanimité.
Conclusion
La protection du massif d?Uchon trouve sa légitimité au regard de la qualité de son paysage exceptionnel,
de la symbiose entre végétal et minéral et de son unicité. La découverte des chaos granitiques reste un
moment exceptionnel en Bourgogne-Franche-Comté.
Le classement du massif d'Uchon et ses chaos légendaires renforcera le regard de l'État sur les travaux
et aménagements dans le site, sans impacter la gestion forestière courante, l?entretien, l?affouage10, les
prélèvements diffus et les coupes d'éclaircies, tel que l?atteste le tout récent plan simple de gestion du
bois de la Ravière accepté en juin 2021 pour la période 2022-203711.
En conséquence, je propose à votre commission :
- de donner un avis favorable au classement au titre des sites du « massif d?Uchon et ses chaos
légendaires » sur les communes d'Uchon, La Tagnière et Saint-Symphorien-de-Marmagne.
- de retenir le critère pittoresque et le critère légendaire confortatif du critère pittoresque, sur le
périmètre redéfini et présenté à l?enquête publique (périmètre qui englobera les trois sites classés
existants, sans création de site inscrit morcelé au sein du site classé).
- de donner au site le nom de « massif d?Uchon et ses chaos légendaires ».
Serge BRENTRUP
9 L?opposition des élus et des habitants était forte au début de l?étude sur le maintien des parcelles bâties ou à bâtir dans le périmètre du site classé,
ainsi que pour les agriculteurs sur les terres cultivables, et pour les forestiers sur l?ensemble du massif boisé.
10 L'affouage est la possibilité donnée par le Code forestier à un conseil municipal de réserver une partie des bois de la forêt communale pour l'usage
domestique des habitants.
11 no d?agrément 71-0418-2
PUBLIÉ
12/14 Rapport IGEDD n° 013732-02, en commission supérieure des sites, perspectives et paysages - projet de
classement du site de la montagne d?Uchon (71)
ANNEXE 1 - Orientations de gestion développées dans le dossier DREAL, 2020
Etudier le contexte et le lieu d?implantation des chaos
- Une analyse du contexte de chaque chaos doit être faite au regard de sa situation, son histoire, les
légendes, ses accès, son isolement (groupe, voisinage), les vues?
- Etudier sa perception actuelle et ce qui peut être apporté ou modifié pour en améliorer l?esprit.
- Situer le chaos dans une dynamique de mise en valeur et d?accessibilité.
- Evaluer l?évolution du contexte du chaos avec la gestion forestière des parcelles.
Protéger impérativement les chaos rocheux
- Ne pas déplacer les roches lors de l?exploitation forestière.
- Couper et évacuer les arbres qui seraient susceptibles d?endommager le chaos.
- Exploiter les arbres proches des roches avec des moyens en garantissant l?intégrité. Ne pas utiliser
d?engin mécanique à proximité des chaos. Respecter une certaine distance.
- Ne pas modifier la topographie et les écoulements d?eau tant au-dessus qu?en dessous des chaos pour
éviter de déchausser les chaos. Bannir le dessouchage dans et près des chaos.
Prendre en compte les chaos rocheux dans la gestion forestière
- Eviter le mitage forestier et les contrastes de peuplement autour des chaos. Conserver une logique
paysagère d?ensemble incluant les chaos. (Futaie jardinée avec régénération naturelle).
- Ne pas planter et ne pas laisser de régénération de conifères à proximité des roches principales. Enlever
les conifères poussant dans les chaos.
- Conserver les feuillus entourant les chaos qui par leur ombre, génèrent un sous-bois sans ronces ni
friche.
- Respecter une distance de quelques mètres pour planter des feuillus à proximité des chaos. Maintenir
au cas par cas la présence d?une végétation proche du chaos ou de quelques feuillus remarquables.
- Favoriser la vue vers le panorama depuis le chaos et ses abords. Si les chaos restent dans la forêt,
entretenir les clairières les entourant pour éviter l?enfrichement.
Favoriser et organiser les visites et les accès aux roches
- Mettre en valeur les chemins publics menant aux roches principales.
- Mettre en place des conventions de passage sur les emprises privées, pour assurer un cheminement
permettant la découverte des principaux chaos remarquables du site.
- Canaliser la fréquentation, diversifier les points de visites des chaos.
- Informer et signaler la présence de certains chaos.
- Tenir compte de l?ensemble des chaos ou des groupes de chaos (secteur) pour décliner les accès
possibles (stationnement, chemin, balisage). Proposer une boucle de découverte pour chaque secteur.
- Valoriser un cheminement public en façade ouest d?Uchon reliant les secteurs de chaos.
- Prévoir une gestion régulière de la végétation pour maintenir l?ouverture et l?accès autour des roches
(fauche, pâturage). Maintenir un couvert herbeux tapissant le sol et prévenant les risques d?érosion sur
les secteurs ouverts et gérés.
PUBLIÉ
ANNEXE 2 - Note de Catherine Candelier, chargée d?études, IGEDD - novembre 2023
Le critère légendaire et la loi du 2 mai 1930
Un critère présent dès l?origine en 1906 et confirmé en 1930
La première loi relative à l?inscription et au classement des sites (21 avril 1906) n?indique formellement
que deux critères pouvant déclencher une protection : artistique ou pittoresque. Pour autant, Maurice
Faure, sénateur et rapporteur de la proposition de loi, déclare lors du débat parlementaire : : « ? nous
avons si passionnément à coeur de garder intact avec un soin jaloux ce qui distingue notre pays des
autres pays, ce qui le fait aimer et admirer entre tous, ce qui est sa parure et son orgueil, c'est-à-dire ses
plus beaux paysages, ses sites les plus remarquables, ses monuments naturels les plus intéressants au
point de vue artistique ou légendaire. »12
La loi du 2 mai 1930, qui vient modifier la loi de 1906, dispose qu?un site peut être protégé à l?appui de
cinq critères : artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque.
La définition du critère légendaire en 2000
La circulaire d?orientations pour la politique des sites du 30 octobre 200013 définit un site légendaire
comme « lieu associé à une légende locale ou nationale » et donne l?exemple des sites des Romans de
la Table Ronde. La circulaire indique que « ce thème a été peu mobilisé à ce jour ».
Un très petit nombre de sites qualifiés explicitement de légendaires
Ce n?est qu?après la Seconde Guerre mondiale que les sites commenceront à être classés en privilégiant
l?un ou l?autre des cinq critères possibles ou en les combinant. Jusqu?alors, ils sont classés avec
l?ensemble des critères. Seuls 14 arrêtés ou décrets de classement concernant 10 sites ou groupe de
sites ont été pris en mettant en avant le critère légendaire, celui-ci étant toujours accompagné d?un autre
critère.
Département Site Critères Date
35 L'ensemble formé par le site de la baie du Mont Saint-Michel sur les
communes de Cherrueix, Roz-sur-Couesnon etc.
LHP14 25 mai 1987
50 L'ensemble formé par le site de la baie du Mont Saint-Michel sur les
communes de Ceaux, Champeaux et Courtils etc.
LHP 25 mai 1987
35 L'ensemble constitué par le domaine public maritime de la baie du
Mont Saint-Michel sur les départements de la Manche et de l'Ille-et-
Vilaine
LHP 28 mai 1987
50 L'ensemble constitué par le domaine public maritime de la baie du
Mont Saint-Michel sur les départements de la Manche et de l'Ille-et-
Vilaine
LHP 28 mai 1987
27 Le parc du château de Fontaine-la-Soret AHLP 26 décembre 1988
2A Le site de Roccapina sur la commune de Sartène ainsi que le domaine
public maritime au droit des parties terrestres
LP 14 mars 1990
30 Le site formé par le sanctuaire Notre-Dame-de-Grâce, la colline sur
laquelle il s'érige et par leurs abords sur le territoire de la commune
de Rochefort-du-Gard
LP 5 juin 1992
50 Les cinq sites des Romans de la Table Ronde sur les communes de
Saint-Georges-de-Rouelley (Manche) pour le site de la Fosse Arthour,
et de Banvou, du Châtellier, de la Ferrière-aux-Etangs et de Saint-
Mars-d'Egrenne (Orne)
LP 17 juin 1994
12 Idem
13 Circulaire DNP/SP n°2000-1
14 L : légendaire, P : pittoresque, H : historique, A : artistique, S : scientifique
PUBLIÉ
14/14 Rapport IGEDD n° 013732-02, en commission supérieure des sites, perspectives et paysages - projet de
classement du site de la montagne d?Uchon (71)
61 Les cinq sites des Romans de la Table Ronde: à Banvou pour le site de
la Chapelle et de la Fontaine Miraculeuse de Saint-Ernier, au Châtellier,
à la Ferrière-aux-Etangs, à Saint-Mars-d'Egrenne (Orne) et à Saint-
Georges-de-Rouelley (Manche)
LP 17 juin 1994
8 Les rochers des Dames de Meuse et leurs abords sur le territoire des
communes d'Anchamps, de Laifour, des Mazures et de Revin
PSL 3 février 1997
29 Le Menez Hom PL 14 octobre 2004
29 Ensemble formé par la Montagne de Locronan dite "Menez Lokorn" PLH 20 novembre 2007
24 le Roc Branlant et ses abords LP 21 juin 2011
973 L'ensemble formé par les abattis et la montagne Cottica HSLP 15 décembre 2011
Il est cependant évident que de nombreux sites ont été classés avec la préoccupation d?un lien avec une
légende, et ce dès le début du 20ème siècle. En témoignent les dénominations de certains sites (« La
pierre au diable », « La pierre qui croule », « La pierre branlante » etc.), mais aussi jusque dans les
années 1940, les nombreux arbres protégés (« Le tilleul d?Abélard », « Le chêne aux loups », « L?ormeau
dit Philippe Auguste », sans compter les arbres de « Sully » dont il n?est pas toujours attesté qu?ils datent
bien de l?époque d?Henry IV).
Jamais tout seul !
Les premiers sites classés officiellement avec le critère légendaire furent ceux de la Baie du Mont-Saint-
Michel en 1987. Et il est intéressant de constater que la mise en avant du caractère légendaire (dans le
sens propre du terme, puisque c?est le premier cité dans l?ordre du texte des décrets) nous vient tout droit
du Conseiller d?Etat, rapporteur du projet de décret.
Si le critère légendaire est bien un critère à égalité avec les quatre autres issus de la loi de 1930, utilisable
pour qualifier et déterminer un site, il n?a pour autant jamais été utilisé seul, à l?instar du critère artistique
et contrairement aux trois autres critères15 - mais toujours en accompagnement d?un autre. On notera à
cet égard la position du Conseil d?Etat en 2011 lors du classement du Roc Branlant et ses abords : le
critère légendaire est « confortatif » du pittoresque et apparaît donc comme un caractère secondaire. Il
semble par ailleurs, comme cela a été souligné à l?occasion de l?examen du classement d?un des sites
des Romans de la Table Ronde en 1990, que le caractère légendaire a été considéré par l?administration
des sites comme un élément distinct de la notion de paysage. Dans le cas d?espèce, le classement s?est
limité à un périmètre restreint, centré sur l?objet de la légende (la tombe du roi Arthur), excluant
volontairement son contexte paysager.
Jusqu?à nos jours donc, le critère légendaire apparaît comme insuffisant à motiver à lui seul un
classement.
15 Existence d?une multitude de sites classés avec l?unique caractère pittoresque, 4 « scientifique », 14 « historique »
PUBLIÉ
Présentation du site
Les protections dans le périmètre du site proposé au classement
Contexte de la demande de protection
Sur les critères de classement
Sur le critère pittoresque
Sur le critère légendaire
Sur le périmètre de classement
Orientations de gestion
L?enquête publique
Conclusion