Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord
SIMONE, Maryline ;PARISOT, Pascale ;GALEY, Bertrand-Pierre ;RUGGERI, Catherine
Auteur moral
France. Inspection générale de l'environnement et du développement durable (IGEDD)
;France. Inspection générale des affaires culturelles
;France. Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux
Auteur secondaire
Résumé
<div style="text-align: justify;">Le domaine national de Chambord, est constitué depuis 2005 en établissement public industriel et commercial ce qui a favorisé l'unification de sa gestion et la clarification d'une situation domaniale complexe. Cet établissement s'est vu confier en 2018 la gestion du parc de chasse de Rambouillet. L'exercice de la tutelle interministérielle n'est pas facilitée par le corpus réglementaire fondant la gouvernance de l'établissement et le maintien d'une « haute protection » du Président de la République, auquel la mission propose de mettre fin. La mission préconise également de rendre obligatoire un projet d'établissement au moins quinquennal associé d'un contrat d'objectifs et de performance et une restructuration du Conseil d'orientation, et de la direction générale. La question du cadre institutionnel des relations avec les partenaires locaux doit être reprise à la base en lien avec les services territoriaux de l'Etat. Une cartographie des risques partagée sur l'ensemble des activités s'impose avec mise en oeuvre d'un contrôle interne piloté par le comité de direction. Pièce maîtresse du domaine, le château est au coeur de la motivation des salariés comme de l'attraction du public. Mais la mission alerte sur l'appauvrissement de l'encadrement scientifique du contenu de la visite guidée, et l'absence préoccupante dans les effectifs d'un conservateur du patrimoine. La restauration du monument se poursuivra après arbitrages sur le schéma directeur de restauration remis fin 2022 par l'architecte en chef des monuments historiques. Les développements de nouvelles activités concentrées dans le parc ces trois dernières années, par la transformation des fermes de la commune en gîtes et la mise en place des activités agricoles et forestières représentent une compétence à acquérir et cultiver. Le plan d'aménagement forestier doit faire l'objet d'adaptation pour prendre en compte les conséquences du changement climatique et la valorisation financière de la séquestration du carbone par les forêts de Chambord et du parc de Rambouillet. La chasse à Chambord conservant un prestige considérable, objet d'un mécénat lucratif, doit trouver une place dans une médiation plus largement consacrée à la riche biodiversité présente dans le parc. Le Domaine national de Chambord est dans l'attente d'un plan de sobriété énergétique. En termes de gestion de ses ressources, le pari de l'autofinancement n'est pas loin d'être atteint, mais la hausse des recettes a pour pendant celle des dépenses, rendant les projections globales sur la trajectoire budgétaire rien moins qu'incertaines. S'agissant des moyens dévolus à la gestion, le renforcement du pilotage par une gestion des ressources humaines et des compétences plus professionnelle et une comptabilité analytique en coûts directs permettront un pilotage fin des différentes activités, avec information et association en amont du Conseil d'administration aux choix stratégiques. Le mécénat est une manne que le Domaine national de Chambord a su développer de façon habile, mais reste très aléatoire. De façon générale, la mission souligne aujourd'hui la nécessité d'une stabilisation des activités mises en place et d'un recentrage sur les missions essentielles de l'établissement avant d'engager tout nouveau projet.</div>
Editeur
IGEDD
;CGAER
;IGAC
Descripteur Urbamet
établissement public
;monument historique
;patrimoine architectural
;patrimoine naturel
;patrimoine culturel
;activité agricole
;mécénat
;financement
;restauration
;château
Descripteur écoplanete
établissement public à caractère industriel et commercial
;plan d'aménagement forestier
;chasse
;prévention des risques
Thème
Administration publique
Texte intégral
Rapport n°014676-01 Rapport n°202306 Rapport n°22091
MARS 2023
TOME I - RAPPORT
Bertrand-Pierre GALEY - IGAC
Pascale PARISOT - CGAAER
Catherine RUGGERI - IGAC
Maryline SIMONÉ - IGEDD
Mission-diagnostic sur le Domaine national de
Chambord
P
U
B
L
I É
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 3/65
Résumé
Le domaine national de Chambord a été acquis par l?État en 1930. En 2005 un établissement
public industriel et commercial est créé par la loi et a permis l?unification de sa gestion et la
clarification d?une situation domaniale complexe. Cet établissement s?est vu confier en 2018 la
gestion du parc de chasse de Rambouillet.
Ce statut et l?interprétation extensive de la liberté d?action qu?il comporte ont facilité le
développement de la fréquentation, la diversification des offres de loisirs, et la mise en oeuvre
de plusieurs projets de mise en valeur domaniale et agricole.
Gouvernance
La gouvernance de l?établissement repose sur des textes législatif et réglementaires qui ne
facilitent pas l?exercice de sa tutelle interministérielle, notamment en maintenant une « haute
protection » du Président de la République sans effet juridique défini, auquel la mission propose
de mettre fin. La mission préconise également de rendre obligatoire l?édition d?un projet
d?établissement portant sur au moins cinq ans, d?un contrat d?objectifs et de performance ; la
mission recommande une restructuration du Conseil d?orientation, aujourd?hui dysfonctionnel.
La mission questionne en outre le bicéphalisme directeur général/président, et propose que la
direction générale soit confortée par la transformation de trois postes du comité de direction en
postes de directeurs généraux adjoints compétents pour l?administration, le patrimoine culturel,
et le patrimoine vivant.
La direction générale du Domaine national de Chambord entretient de bonnes relations avec
les collectivités locales à commencer par la commune de Chambord. Toutefois, le projet
d?Opération grand site porté par la communauté de communes du Grand Chambord n?emporte
pas la mobilisation de ses partenaires locaux et la mission suggère que la question du cadre
institutionnel de ces relations soit reprise à la base en lien avec les services territoriaux de l?Etat.
La prévention des risques (risque d?image, risque économique, risque sanitaire?) n?est pas
intégrée dans le pilotage. Si les risques « incendie et intrusion » font l?objet de la vigilance
attendue et si un plan d?action est en cours sur les risques psycho-sociaux, une cartographie
partagée sur l?ensemble des activités avec mise en oeuvre d?un contrôle interne piloté par le
comité de direction s?impose.
La remise en dotation de la partie du parc de Rambouillet dédiée à la chasse, y compris les
terres cultivées par la Bergerie nationale, a permis une requalification de ce patrimoine ; la
mission considère toutefois que ce portage ne comporte pas de réelle synergie, coûte cher au
Domaine national de Chambord, et ne doit pas être considéré comme une solution durable à la
question de la gestion globale du Domaine de Rambouillet.
Mise en valeur
Pièce maîtresse du domaine, le château est au coeur de la motivation des salariés comme de
l?attraction du public. Une multiplication des offres autour de la visite comme les supports
numériques, divers véhicules de promenades (vélo, Rosalie, barque), et une boutique à l?offre
très variée gonflent utilement les recettes, mais la mission alerte sur la pollution de la vision
extérieure du château, sur l?appauvrissement de l?encadrement scientifique du contenu de la
visite, notamment guidée, et l?absence préoccupante dans les effectifs d?un conservateur du
patrimoine.
La restauration du monument, qui fait l?objet d?opérations d?importance, se poursuivra après
arbitrages sur le schéma directeur de restauration remis fin 2022 par l?architecte en chef des
monuments historiques. La maîtrise d?ouvrage doit s?exercer pleinement dans le cadre d?un
comité de suivi associant la tutelle et le contrôle scientifique et technique, et reprendre la main,
notamment sur les options de présentation du monument au public et d?organisation de la visite,
qui ne doivent pas être déterminées par le maître d?oeuvre.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 4/65
Les développements de nouveaux projets se sont concentrés principalement dans le parc ces
trois dernières années. Dans un objectif de générer des recettes sur les espaces à entretenir,
le Domaine national de Chambord a fait le choix de transformer les fermes de la commune en
gîtes et de mettre en place des activités agricoles et forestières. Les vignes, l?élevage ovin, le
potager, initialement prévu en permaculture, doivent trouver leur équilibre ; chaque activité
nouvelle représente une compétence à acquérir et cultiver.
Le plan d?aménagement forestier doit faire l?objet d?adaptation, d?une part, pour prendre en
compte les conséquences du changement climatique, d?autres part, pour intégrer les travaux
du prestataire La Belle Foret retenu pour une valorisation financière de la séquestration du
carbone par les forêts de Chambord et du parc de Rambouillet. Le projet de scierie mobile a fait
l?objet d?une étude économique convaincante mais repose dans sa conception sur un très faible
effectif, ce qui constitue en soi un risque. Les relations avec l?Office national des forêts, le Centre
national de la propriété forestière, comme avec les organismes publics ou privés locaux,
susceptibles d?apporter une expertise sont à soigner.
La chasse à Chambord conserve un prestige considérable et fait l?objet d?un mécénat lucratif
mais trop exclusif d?autres contreparties.
Cette chasse doit trouver une place dans une médiation plus largement consacrée à la riche
biodiversité présente dans le parc. Une préoccupation éthique et sanitaire sur le devenir du
gibier a conduit le domaine à investir en 2023 dans la mise en place d?un atelier de découpe
des produits de venaison. La projection économique est bien mesurée, mais là encore l?activité
reposera sur une très petite équipe et la mission appelle à une grande vigilance sur les
procédures sanitaires à respecter pour réaliser les objectifs de commercialisation visés.
Le Domaine national de Chambord est dans l?attente d?un plan de sobriété énergétique. Il
conviendrait que le plan énergie attendu pour 2023 aboutisse à des pratiques de réductions de
consommation pensées avec les salariés et des investissements judicieux pour une production
énergétique vertueuse, sur tous les sites du domaine.
Développement
En termes de gestion de ses ressources, le pari de l?autofinancement n?est pas loin d?être atteint,
notamment grâce aux développements facilités par les dérogations dont il bénéficie pour sa
gestion administrative : suppression du plafond d?emplois, capacité d?emprunt supérieure à 12
mois? Cependant, la hausse des recettes a pour pendant celle des dépenses, rendant les
projections globales sur la trajectoire budgétaire rien moins qu?incertaines.
S?agissant des moyens dévolus à la gestion, il convient de renforcer le pilotage par une gestion
des ressources humaines et des compétences plus professionnelle et une comptabilité
analytique en coûts directs qui permettent un pilotage fin des différentes activités, afin d?informer
suffisamment en amont le Conseil d?administration et l?associer véritablement aux choix
stratégiques. Le mécénat est une manne que le Domaine national de Chambord a su
développer de façon habile, mais qui reste très aléatoire. Les nouveaux projets s?éloignent du
coeur de métier de Chambord. Le pari des recettes en crédit carbone ou sur les produits de
venaison n?est pas encore gagné.
De façon générale, la mission souligne aujourd?hui la nécessité d?une stabilisation des activités
mises en place et d?un recentrage sur les missions essentielles de l?établissement avant
d?engager tout nouveau projet.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 5/65
Liste des recommandations
Délégaliser les dispositions non législatives de l?article 230
de la Loi du 23 Février 2005 et les modifier pour éliminer du texte la mention de la
« haute protection » du Président de la République ; ramener au niveau du décret
simple la nomination du ou des dirigeants de l?établissement ; porter à cinq ans
renouvelable deux fois pour trois ans le mandat du directeur général ; harmoniser
les dispositions législatives et réglementaires relatives à la gestion forestière.
(Ministères de tutelle) 13
Inscrire dans le décret statutaire l?obligation de conclure
avec les tutelles un contrat d?objectifs et de performance et de présenter aux
ministres un projet stratégique d?établissement, établir une lettre de mission
interministérielle pour le directeur général, réformer le conseil d?orientation, créer
trois postes de directeurs généraux adjoints pour l?administration, le patrimoine
culturel et le patrimoine vivant. (Ministères de tutelle, DNC) .................................. 15
Introduire dans le pilotage de l?établissement une méthode
partagée de cartographie et gestion des risques avec un contrôle interne continu
piloté par le comité de direction. (DNC) .................................................................. 16
Communiquer chaque année au conseil d?administration la
répartition des invitations à chasser par grandes catégories ; réfléchir également à
d?autres manières d?attirer et de remercier les mécènes et les relations utiles à
l?établissement. (DNC) 17
Relancer la réflexion sur l?avenir de l?ensemble du domaine
de Rambouillet ; maintenir provisoirement la gestion du parc de Rambouillet par le
Domaine national de Chambord. (Ministères de tutelle) ........................................ 18
Redéfinir et co-construire un véritable projet territorial avec
les collectivités, en associant plus étroitement les services déconcentrés de l?État.
(Services déconcentrés de l?Etat, DNC) ................................................................. 21
Maintenir dans la durée une communication interne
répondant aux besoins des salariés. (DNC) ........................................................... 23
Professionnaliser la gestion des ressources humaines ;
mettre en oeuvre des entretiens individuels et professionnels, qui permettent
d?identifier les signes de risques psycho-sociaux, d?établir un plan de formation et de
recenser les aspirations de chacun pour une évolution de parcours. (DNC) ......... 25
Mettre en place une direction de la conservation des
bâtiments et des collections et un service des publics qui programment le parcours
de visite, reprennent le contrôle de la visite guidée, organisent l?accueil des publics
prioritaires et créent les outils d?une connaissance des visiteurs. (DNC)............... 31
Mettre au service de la compréhension de l?histoire du
château l?ensemble des offres : abords dégagés, spectacle équestre, spectacles
vivants et expositions. (DNC) .................................................................................. 31
Mettre en place avec l?ONF un comité de suivi du plan
d?aménagement forestier ; conclure une convention entre l?ONF et le DNC pour
cadrer les relations scientifiques et techniques entre les deux établissements.
(Ministères de tutelle, ONF, DNC) ........................................................................... 34
Etablir une charte de cession des crédits carbone du
Domaine national de Chambord, auprès d?entreprises/organismes qui démontrent
leur engagement dans une démarche de progrès. (DNC) ..................................... 37
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 6/65
Gérer l?atelier de traitement de la venaison sans
concurrencer le secteur privé et avec une rigueur sanitaire extrême ; contribuer à un
guide des bonnes pratiques d?hygiène avec les fédérations de chasse ; ne pas
augmenter la pression de chasse dans le but de rentabiliser l?atelier. (DNC) ........ 39
Réfléchir à une gestion de certains ateliers agricoles et de
la Ferme du Pinay par un exploitant agricole indépendant, dans le respect des
objectifs du domaine ; être attentif, dans la durée, aux risques, pour l?image du
domaine, liés aux qualités gustative et sanitaire des produits mis sur le marché.
(DNC) 42
S?engager dans une démarche de sobriété énergétique
avec pour finalité l?autonomie du domaine et du village. (DNC) ............................. 44
Créer un service facturier en conformité avec les
recommandations du décret de 2012 sur la gestion budgétaire et comptable publique.
(DNC) 50
Missionner un commissaire aux comptes pour sécuriser les
contrôles et développer une culture de pilotage des risques et de la performance.
(DNC) 51
Lancer un audit externe de rentabilité pour les activités
commerciales en cours et projetées. (DNC) ........................................................... 56
Contenir la dynamique de recrutements en privilégiant le
coeur de mission de l?établissement ainsi qu?une consolidation des fonctions
supports à périmètre d?activités constant. (DNC) ................................................... 59
Stabiliser jusqu?en 2025 les activités commerciales en cours
ou votées par le conseil d?administration ; examiner avec prudence tout nouveau
projet. (DNC) 63
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 7/65
Sommaire
Résumé .................................................................................................................. 3
Liste des recommandations ................................................................................. 5
Sommaire ............................................................................................................... 7
Introduction ......................................................................................................... 9
1 Un régime d?exception perfectible pour une gouvernance améliorée ........ 11
1.1 Un régime d?exception perfectible .............................................................. 11
1.1.1 Une loi spéciale pour un établissement unique ................................. 11
1.1.2 Un décret statutaire porteur de faiblesses de tutelle et de gouvernance
.......................................................................................................... 13
1.1.3 La chasse, objet de gouvernance ou force gouvernante ? ................ 16
1.1.4 Le rattachement du parc de Rambouillet, un portage non pérenne ... 17
1.2 Des collectivités à la fois soucieuses et envieuses de l?attractivité de
Chambord .................................................................................................. 18
1.2.1 Des collectivités diversement concernées et impliquées ................... 18
1.2.2 L?Opération Grand Site, opportunité ou opportunisme ? .................... 20
1.3 Un accompagnement du développement des ressources humaines à
imaginer ..................................................................................................... 21
1.3.1 Une forte évolution des effectifs, en nombre comme en statut .......... 21
1.3.2 Des procédures administratives bien rôdées mais un dialogue social à
consolider .......................................................................................... 22
1.3.3 Une gestion des compétences à renforcer ........................................ 23
2 Une mise en valeur dynamique mais dispersée ........................................... 26
2.1 La valorisation du château : une mission essentielle à restructurer ............ 26
2.1.1 La visite du château reste l?attraction majeure, malgré la multiplication
d?offres annexes autour de lui ............................................................ 26
2.1.2 Conserver le patrimoine culturel du domaine .................................... 27
2.1.3 Ouvrir le monument au public dans des conditions dignes de sa qualité
.......................................................................................................... 28
2.2 Des activités environnementales et agricoles en évolution rapide .............. 32
2.2.1 Un patrimoine naturel historique à protéger face au changement
climatique .......................................................................................... 32
2.2.2 Un domaine qui se cherche en termes d?agro-écologie ..................... 39
2.2.3 Les actions de médiation ................................................................... 42
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 8/65
2.2.4 Aller vers l?excellence environnementale ........................................... 42
2.3 La révision des conventions domaniales : Le Relais de Chambord, un
exemple d?adaptation ................................................................................. 45
2.4 Dans tous les secteurs, le besoin d?élaborer une trajectoire de développement
durable du Domaine, avec ses tutelles, ses salariés et ses partenaires ..... 46
3 Depuis la création de l?EPIC en 2005, une stratégie payante de
développement ............................................................................................... 48
3.1 Une gestion administrative et financière fiable mais sous-paramétrée ....... 48
3.1.1 Une organisation maîtrisée qui octroie une latitude certaine à
l?établissement ................................................................................... 48
3.1.2 L?organisation financière n?a pas tiré toutes les conséquences de la
gestion budgétaire et comptable publique ......................................... 48
3.2 La soutenabilité budgétaire est assurée jusqu?en 2025, incertaine au-delà 52
3.2.1 Un modèle fondé sur la hausse des recettes propres ........................ 52
3.2.2 Des dépenses sous contrôle mais en forte expansion ....................... 58
3.3 Un budget soutenable à court terme mais incertain au-delà ....................... 61
3.3.1 Un budget solide et dynamique, des investissements à surveiller ..... 61
3.3.2 La situation patrimoniale est maîtrisée à court terme ........................ 62
3.3.3 La programmation des investissements devra être cadrée à long terme
.......................................................................................................... 63
Conclusion ........................................................................................................ 64
ANNEXES ............................................................................................................. 65
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 9/65
Introduction
Un chef d?oeuvre à l?unité administrative récemment retrouvée
Considéré dès sa construction en 1519 comme un chef d?oeuvre unique en son genre, qualifié
de « Château absolu » par Xavier Patier1, d?« oeuvre d?art énigmatique et majeure » par le
directeur général, Jean d?Haussonville, Chambord fascine depuis cinq siècles, , ayant conservé
une intégrité unique parmi les maisons royales ouvertes au public de France et sans doute
d?Europe.
Cette intégrité de l?ensemble chambourdin s?ajoute évidemment à la puissance du geste
architectural, symbole éclatant du génie créateur de la Renaissance, matrice de notre
civilisation : on est en présence d?un grand domaine de la couronne que l?on peut voir à peu
près comme il se présentait à Charles Quint quand François 1er l?y accueillit, et il en résulte un
effet de traversée du temps que peu de lieux dans le monde peuvent offrir à ce point. Quel grand
monument ancien, et plus généralement quelle oeuvre d?art du passé, est ainsi visible dans son
état natif, constitué d?un bâtiment et d?un territoire qui se donnent mutuellement sens comme
en témoigne le classement au titre des monuments historiques de l?ensemble du domaine, mur
d?enceinte compris ?
Acquis par l?État en 1930, il est alors l?objet des compétences croisées d?administrations
multiples. Il faut attendre 2005 pour que soit créé un « établissement public national à caractère
industriel et commercial du Domaine national de Chambord ».
Un changement de statut, de nature et d?échelle
Cette modification de statut et l?unité de commandement qu?il permet n?auraient rien signifié s?ils
n?avaient été mis au service d?un véritable changement de nature et d?échelle de l?institution qui
a en premier lieu mis fin à l?éclatement des gestions domaniales entre établissements publics
nationaux, collectivités territoriales et services de l?État pour recréer les moyens d?exercice du
droit de propriété de l?État à travers un représentant institutionnel unique.
Cette étape décisive et difficile, qui a marqué les débuts de l?EPIC, lui a permis de concevoir et
d?engager un développement de l?ensemble du domaine qui s?est traduit par la diversification
des activités et prestations offertes aux différents publics, par une politique volontariste de
maîtrise et de valorisation de la marque, et par une recherche de mécénat active.
Reconquête domaniale et développement des activités et des produits ont débouché sur la
reprise de la fréquentation et le changement d?échelle des recettes et des dépenses. Les
effectifs du personnel ont, quant à eux, quasiment doublé, notamment grâce à la sortie de
l?établissement de la liste des opérateurs de l?État soumis au plafond d?emplois.
La première mission d?inspection interministérielle
Une grande partie de ces évolutions s?est déroulée sous l?impulsion de Jean d?Haussonville,
nommé en 2010 et renouvelé depuis lors, dont la fin de mandat donne pour la première fois aux
inspections générales des trois ministères de tutelle l?occasion de procéder à un diagnostic
global de la situation, et de tracer des perspectives d?avenir. La règle de l?exercice impose de
mettre en évidence les questions non résolues et les pages qui restent à écrire.
L?impression générale de la mission est que les responsables de Chambord ont su mettre en
oeuvre le nouveau statut avec énergie, dans une lecture extensive de la liberté d?action qu?il
établit, permettant de multiplier les initiatives sur des terrains divers, parfois éloignés du coeur
de métier de l?institution. Le rapport s?attachera à déterminer dans quelle mesure ce
développement foisonnant a pu l?emporter, dans les priorités, sur la mise en place de
procédures internes de gestion et de contrôle solides, et prendre de vitesse les institutions et
1 Xavier Patier consacra un livre à Chambord après l?avoir administré.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 10/65
outils de tutelle.
On traitera en premier lieu de la gouvernance, des interactions entre le domaine et son
environnement, et de la mobilisation croissante des ressources humaines. L?annexion à
Chambord du Parc de Rambouillet sera examinée du point de vue de l?intérêt de ce site comme
de celui du Domaine national de Chambord (I).
La conservation et la valorisation du château, à la fois comme édifice majeur, lieu de visite et
objet scientifique de recherches restent des missions essentielles de l?établissement, dont la
responsabilité s?étend de la même manière sur le domaine, la forêt, et le village (II).
Le développement des activités et des recettes sera ensuite analysé, en s?intéressant
notamment aux effets de la rapidité et de la multiplicité des projets (III).
Les risques inhérents à la conduite d?un changement profond seront pris en compte pour se
demander si l?unité de commandement n?exclut pas les contre-pouvoirs légitimes si l?autonomie
institutionnelle n?inspire pas un syndrome autarcique, et si le développement des recettes reste
bien un moyen au service des fins de l?institution, qui ne sont pas économiques mais
patrimoniales, écologiques, et culturelles.
Les rapporteurs se plaisent enfin à souligner l?excellent accueil qui leur a été fait, la disponibilité
des personnes qu?ils ont souhaité rencontrer, et la qualité des informations qui ont permis
d?établir ce rapport.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 11/65
1 Un régime d?exception perfectible pour une
gouvernance améliorée
1.1 Un régime d?exception perfectible
Chambord a fait l?objet d?un texte législatif dont les inconvénients justifieraient un toilettage, et
d?un décret statutaire qui appelle des corrections indispensables.
1.1.1 Une loi spéciale pour un établissement unique
1.1.1.1 Du domaine de la couronne au grand site patrimonial public sous
« protection présidentielle »
Chambord devient propriété de l?État en 1930. Il était alors depuis plus d?un siècle une propriété
privée, ouverte au public, gérée par les représentants de ses propriétaires.
Le château figure sur la première liste des monuments historiques classés, édictée en 1840. Ce
classement fut étendu en 1997 à l?ensemble du parc, à son mur d?enceinte (y compris un tour
d?échelle), et à toutes les constructions qui s?y trouvent2 : En 1923, le parc avait été inscrit sur
la liste des sites de caractère artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque. En
l?an 2000, il est intégré au classement au patrimoine mondial du Val-de-Loire par l?UNESCO.
Dès 1947, enfin, Chambord fut classé réserve nationale de chasse, devenue depuis lors
« réserve nationale de chasse et de faune sauvage », label qui reflète la vocation initiale du
domaine de chasse qui entoure Chambord comme tout château royal.
Les Présidents de la République avaient repris cette tradition, d?abord à Marly et Rambouillet
puis à partir de 1965 à Chambord, en invitant pour des chasses présidentielles des
parlementaires, élus, hauts fonctionnaires et dirigeants d?entreprises, mais aussi des chefs
d?État étrangers en visite.
Pour remédier à la multiplicité des administrations présentes sur le site, le Président Pompidou
crée en 1970 la fonction de « Commissaire à l?aménagement du domaine de Chambord »,
nommé par le Président de la République, pour coordonner l?action des divers services et
établissements intervenant sur le Domaine.
1.1.1.2 Un statut législatif sur (dé)mesure
En 2005, l?article 230 de la loi du 23 Février relative au développement des territoires ruraux
crée un « établissement public national à caractère industriel et commercial placé sous la haute
protection du Président de la République et sous la tutelle de l'État dénommé « Domaine natio-
nal de Chambord »3 (annexe 5).
La première spécificité de Chambord est bien ce caractère « industriel et commercial ». Il
emporte des conséquences importantes dans la gestion, qui tant dans ses principes que dans
ses instruments comptables et juridiques, notamment en matière de personnel, relève ainsi du
droit privé. Ce statut favorise également une communication de l?établissement réactive,
efficace et dynamique.
La mention de la « haute protection du Président de la République », venant avant même celle
de la tutelle de l?État, constitue une autre spécificité dont ni la loi ni son décret en conseil d?État
2 Village, fermes, bâtiments divers, pavillons de garde et d?entrées, etc?
3 Le choix du véhicule législatif pour créer un établissement public, n?est nécessaire en droit que pour les
nouvelles catégories d?établissements publics ; il faut donc considérer qu?aucun autre établissement national
n?a de « spécialité analogue » à celle de Chambord, et que comme par exemple le Centre National d? art et de
culture Georges Pompidou il constituerait une catégorie à lui tout seul.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 12/65
ne précise les modalités. Elle s?est dans les faits traduite pendant un certain temps par la
nomination de collaborateurs ou de proches du chef de l?Etat comme présidents de
l?établissement. Elle ne se manifeste aujourd?hui que par l?« hébergement » des conseils
d?administration par l?Élysée.
La loi décrit les missions de l?établissement en manifestant clairement le regroupement des
missions du Centre des monuments nationaux (CMN), de l?Office national des forêts (ONF), et
de l?Office national de la chasse et de la faune sauvage4, attribuant notamment à l?EPIC des
missions de police de la nature.
Le paragraphe II de l?article 230 pose les cadres d?organisation et précise que le Président et le
Directeur général sont nommés « par décret » ; cette rédaction appelle en principe un décret
présidentiel simple de l?article 13 de la Constitution, mais le décret d?application l?a ? relevé? au
niveau du décret en conseil des Ministres. Le Directeur Général conserve en outre bizarrement
apposé au sien le titre obsolète de « Commissaire du domaine national de Chambord ».
Le paragraphe III remet en dotation à l?« établissement public les « biens constitutifs » et les
voies du domaine de Chambord », et attribue au directeur général les pouvoirs de police sur
ces voies. Il prévoit également une application du régime forestier dans des conditions de
partage des compétences et de conventionnement avec l?ONF insuffisamment précisées par
les dispositions du décret (cf. infra et annexe 16).
Cette clarification du régime domanial de Chambord sera complétée en 2012 par le Conseil
d?Etat qui en réponse à une demande d?avis du ministère de la Culture confirmera que
l?ensemble des biens immobiliers de Chambord ressortissent au domaine public à l?exception
de la forêt, rangée par la loi dans le domaine privé.
Les dispositions domaniales seront attaquées par la Commune de Chambord5 à l?occasion
d?une question prioritaire de constitutionnalité, au motif qu?elles priveraient la commune des
moyens d?exercer les compétences reconnues par l?article 72 de la Constitution, moyens qui
seront jugés insuffisants par le Conseil d?État en 2014.
Cette décision et cet avis constituent un complément jurisprudentiel du statut, définissant le droit
applicable avec bien plus de clarté qu?auparavant.
Ils s?attachent également, notamment à travers les contentieux qui inspireront une législation
protectrice, à maitriser les biens immatériels constitués par sa marque et son image.
1.1.1.3 L?extension à Rambouillet
En 2016, l?article 75 de la Loi sur la création artistique et le patrimoine ajouta au Code du
Patrimoine un article L. 621-41 permettant de confier au DNC, par décret en Conseil d?Etat, « la
gestion d'autres domaines nationaux ainsi que de domaines et d'immeubles appartenant à
l'État ».
Le Décret n° 2018-432 du 1er juin 2018 relatif au Domaine national de Chambord fit application
de cette disposition en transférant au DNC une partie du domaine national de Rambouillet, qui
perdait son statut de résidence présidentielle, à savoir le parc de chasse et ses dépendances,
alors que le château et son parc d?agrément revenaient au Centre des monuments nationaux.
Le reste de ce domaine demeurait affecté à la Bergerie nationale, établissement
d?enseignement du ministère chargé de l?agriculture, qui par ailleurs exploite les terres agricoles
faisant partie du domaine de chasse.
1.1.1.4 Un toilettage nécessaire ?
L?essentiel des dispositions de l?article 230 est de caractère règlementaire, et pourrait être
délégalisé et modifié par décret comme le permet l?article 37, alinéa 2 de la Constitution, laissant
4 Aujourd?hui l?Office français de la biodiversité.
5 Ces dispositions domaniales privent la commune et ses habitants de tout droit de propriété foncière.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 13/65
subsister une base législative réduite à l?essentiel.
La mention d?une « haute protection du Président de la République », souvenir du temps des
chasses, dépourvu de sens aujourd?hui, pourrait disparaître.
Cette mention accrédite une forme de « rattachement direct » de Chambord à la Présidence de
la République, ce qui selon la Cour des Comptes (rapport public de 2010) aboutit à ce que « les
ministères de tutelle ne se sentent pas toujours en mesure de jouer complètement leur rôle dans
ce qui leur paraît constituer une sorte de domaine réservé ». La nomination en Conseil des
ministres du président et du directeur général, qui les place au même niveau que les directeurs
de tutelle, contribue sans nul doute à cette forme d?inhibition, et n?a pas lieu d?être : un décret
simple suffirait comme pour les autres dirigeants des grands établissements culturels, à la
nomination desquels le Président de la République accorde la même attention.
La mission est partagée sur le bicéphalisme entre un président non exécutif du conseil
d?administration et un directeur général, qui n?existe plus guère dans la sphère culturelle que
dans les établissements d?enseignement6 . Si la situation actuelle est celle d?une harmonie
efficace entre les titulaires, cette bonne entente ne peut être préjugée, et n?a pas toujours existé.
La mission souligne la nécessité que le président soit choisi parmi les personnes exerçant
d?importantes responsabilités.
Il apparaît en revanche souhaitable d?allonger la durée du premier mandat du directeur général
à cinq ans, renouvelable deux fois pour trois ans, comme c?est le cas à Versailles. Une durée
initiale de trois ans rend en effet impossible de voir réaliser des projets significatifs, qu?il s?agisse
de travaux ou de développement. Elle encourage donc le directeur général, qui souhaite
évidemment faire ses preuves avant la date de renouvellement, à la précipitation voire à
l?agitation.
On relève enfin une contradiction entre cet article 230 et l?article 3-3 du Décret en ce qui concerne
l?exploitation des coupes de bois (cf annexe 16).
Délégaliser les dispositions non législatives de l?article 230 de la Loi
du 23 Février 2005 et les modifier pour éliminer du texte la mention de la « haute
protection » du Président de la République ; ramener au niveau du décret simple la
nomination du ou des dirigeants de l?établissement ; porter à cinq ans renouvelable deux
fois pour trois ans le mandat du directeur général ; harmoniser les dispositions
législatives et réglementaires relatives à la gestion forestière. (Ministères de tutelle)
1.1.2 Un décret statutaire porteur de faiblesses de tutelle et de
gouvernance
1.1.2.1 Des relations avec les ministères de tutelle peu ou mal organisées
Dans son rapport public de 2010, la Cour des Comptes estime que « la tutelle financière et
administrative sur l?établissement public devrait s?exercer suivant les procédures normales et
que les ministères concernés - le ministère chargé du budget pour l?une et les ministères
chargés de la culture et de l?environnement pour l?autre devraient jouer pleinement leur rôle ».
Le décret en Conseil d?État du 24 Juin 2005, pour l?application de l?article 230 (annexe 6),
précise que les trois ministères en charge de la tutelle de l?établissement sont les ministères de
la culture, de l?agriculture, et de l?environnement, mais n?organise nullement les modalités de
son exercice par des documents programmatiques.
La mission a pu constater que si un projet d?établissement a bien été établi par le directeur
6 À Versailles, à Fontainebleau, au Muséum National d?Histoire Naturelle (qui comme Chambord a des missions
très diverses et plusieurs tutelles), au CMN, etc? les présidents exercent le pouvoir exécutif.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 14/65
général pour les années 2015-2020, l?exercice n?a pas été renouvelé. Le contrat d?objectifs et
de performance fait de même l?objet de multiples itérations depuis 2017, et a été renvoyé aux
calendes grecques lors d?une récente séance du conseil d?administration.
Ces documents stratégiques peuvent être jugés surabondants et chronophages, ils n?en
demeurent pas moins particulièrement nécessaires au suivi de l?activité d?un établissement
jouissant d?une marge de manoeuvre juridique et financière très large, qui doit le rester. Or,
contrairement aux statuts d?autres établissements comparables, celui du DNC ne prévoit
l?établissement d?aucun document programmatique contractuel, se bornant à disposer dans son
article 5 que « La politique culturelle, scientifique, forestière et cynégétique de l'établissement
public, ses activités et ses investissements peuvent faire l'objet de contrats pluriannuels conclus
avec l'Etat ».
Il serait souhaitable que cette possibilité devienne une obligation, portant d?une part sur un projet
d?établissement de long terme exprimant des priorités et une vision politiques, régulièrement
complété par un contrat d?objectifs et de performance.
On relèvera enfin que, contrairement à la règle, le directeur général n?a jamais reçu de lettre de
mission. Les objectifs définis annuellement pour le calcul de la part variable de rémunération ne
suppléent en aucun cas à cette absence des directives politiques données en début de mandat,
et pour toute sa durée, au dirigeant d?un établissement public.
1.1.2.2 Des organes statutaires peu fonctionnels
Le conseil d?administration
Le conseil d?administration est composé7 d?une manière qui explique son caractère relativement
formel, accentué selon plusieurs participants par le cadre « impressionnant » de l?Elysée. Il
serait à cet égard souhaitable que cette habitude soit abandonnée ou modulée par la tenue d?au
moins la moitié des conseils sur place, à Chambord. Cette évolution aurait le double avantage
de libérer la parole de ceux des membres qui ne sont pas des habitués des palais nationaux, et
à l?inverse de s?assurer que les autres participants connaissent le domaine et le château, dont
des visites thématiques pourraient systématiquement être organisées à leur intention.
Le conseil se réunit trois ou quatre fois par an alors que le statut n?impose que deux séances,
ce qui serait insuffisant.
La composition du conseil (annexe 7) est à la fois difficile à remettre en cause et peu propice
aux véritables échanges de fond. Les séances durent en général une heure et demie à deux
heures ce qui semble très rapide, et la lecture des comptes rendus montre qu?ils sont consacrés
à des présentations qualifiées de « brillantes » mais « succinctes » du directeur général,
renvoyant à des dossiers bien composés et très clairs.
Comme dans tous les établissements publics de l?État, les éventuels débats entre
l?établissement et ses tutelles sont tranchés en amont par accord ou par arbitrage ministériel.
Les délibérations du conseil d?administration fondées sur leur consensus semblent être
adoptées sans débat contradictoire.
Il semble par ailleurs que le fonctionnement du CA et du pré-CA soit marqué par des
transmissions de documents en dernière minute, voire l?apparition à l?ordre du jour du CA de
dossiers qui n?ont pas été étudiés à l?avance ni vus en pré-CA. Cette pratique devrait aboutir
automatiquement à leur report. Il importe que le futur directeur général soit formellement
7 Composition du CA : Huit hauts fonctionnaires, trois représentants du personnel, quatre élus, et quatre
« personnalités extérieures choisies en raison de leurs compétences dans les domaines d?activité de
l?établissement, dont une titulaire d?un mandat électoral local et le président du comité d?orientation, en qualité
d?invité. La maire de Rambouillet, est personnalité qualifiée, alors que le décret rattachant Rambouillet à
Chambord prévoyait simplement que « le préfet des Yvelines, le maire de Rambouillet et le directeur du centre
d'enseignement zootechnique, Bergerie nationale de Rambouillet ou son représentant » assistaient au conseil
avec voix consultative? En droit strict cette disposition aurait dû interdire de faire de l?un de ses bénéficiaires
une personnalité qualifiée (annexe 7).
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 15/65
missionné pour y mettre fin.
Le conseil d?orientation
Le décret statutaire a créé par son article 15 un conseil d?orientation qui « est consulté sur la
politique culturelle, scientifique, forestière, cynégétique et commerciale de l'établissement et sur
toute autre question qui lui est soumise par le président du conseil d'administration ». Son
président est nommé par décret, ses membres par arrêté interministériel sur proposition du
président du conseil d?administration. Au nombre de trente au maximum, ils sont répartis entre
trois collèges respectivement composés de « personnalités du monde économique,
scientifique, culturel, cynégétique ou sylvicole », « d'organismes publics ou privés, français ou
étrangers, directement intéressés par les missions de l'établissement public » et d?« acteurs de
la vie locale ».
Difficile à composer et plus encore à réunir, cet organe est de l?avis général dysfonctionnel, et
l?arrivée de tous ses membres en fin de mandat, président compris, permet d?envisager sa
réforme complète. On trouvera en annexe une fiche ad hoc (annexe 8), proposant trois collèges
de six membres dont trois membres de droit, à coloration nettement plus scientifique que les
formations actuelles. Une interprétation souple du texte actuel permettrait, sans le modifier,
d?adopter cette composition.
L?un de ces collèges, dédié aux questions patrimoniales, pourrait former la base d?une
commission des collections rénovée, en y agrégeant l?équipe scientifique de l?établissement -
aujourd?hui décapitée et vestigiale, mais dont la reconstitution est proposée infra.
L?actuelle commission des collections présente en effet plusieurs insuffisances préoccupantes
et voit son fonctionnement à peu près interrompu depuis le départ en 2017 du conservateur en
chef qui assurait la direction du patrimoine.
1.1.2.3 Un comité de direction à restructurer
Le directeur général a sous son autorité directe sept directeurs, dont un directeur-adjoint ;
(annexe 9). Ce dernier cumule cette fonction avec celle de « directeur des publics », le « service
des publics » - qui comprend les agents qui assurent l?accueil du public et les visites guidées -
lui étant directement rattaché.
La mission préconise que l?on s?inspire des exemples comparables, comme Versailles ou
Fontainebleau, pour entourer le directeur général de trois adjoints, nommés sur sa proposition
par les tutelles pour trois ans, responsables respectivement de l?administration générale, du
patrimoine culturel et du patrimoine vivant. Ces directeurs généraux adjoints devraient être
choisis parmi les administrateurs de l?État, les conservateurs en chef ou généraux du patrimoine
ou Ingénieurs des Ponts, eaux et forêts, ou les personnes disposant de titres, compétences et
expériences du même niveau.
Comme dans les établissements précités l?existence de directeurs généraux adjoints ne
s?oppose pas à ce que d?autres directeurs soient placés sous l?autorité directe du directeur
général, à effectif constant.
Inscrire dans le décret statutaire l?obligation de conclure avec les
tutelles un contrat d?objectifs et de performance et de présenter aux ministres un projet
stratégique d?établissement, établir une lettre de mission interministérielle pour le
directeur général, réformer le conseil d?orientation, créer trois postes de directeurs
généraux adjoints pour l?administration, le patrimoine culturel et le patrimoine vivant.
(Ministères de tutelle, DNC)
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 16/65
1.1.2.4 Une gestion des risques dans les activités insuffisamment portées par
le comité de direction
A l?exception de la spécifique prévention et gestion des risques incendie et intrusion, portée par
une responsable très écoutée par le directeur général, la prévention des risques pour
l?établissement et ses salariés n?est pas abordée de façon systémique. Plusieurs responsables
d?activité ont fait part à la mission de risques non maitrisés - système d?information, bâtiments,
risque médiatique (en lien avec la chasse), risques psycho-sociaux, ? - et ont le sentiment de
ne pas être écoutés.
La prévention du risque est très inégalement intégrée et partagée par les membres du comité
de direction selon leurs parcours respectifs. Une cartographie des risques est à travailler par
chaque équipe pour proposer des procédures ou actions qui en minimisent l?occurrence ou
l?impact. Ce plan d?actions partagé entre responsables de services, objet de révisions régulières
en fonction des résultats d?un contrôle interne continu, doit renforcer la cohésion et la solidarité
du comité de direction. La responsable « Qualité santé environnement » (QSE) en place
dispose des compétences pour faire vivre la thématique dans l?établissement, pourvu qu?elle
bénéficie du soutien nécessaire de la direction.
Introduire dans le pilotage de l?établissement une méthode partagée
de cartographie et gestion des risques avec un contrôle interne continu piloté par le
comité de direction. (DNC)
1.1.3 La chasse, objet de gouvernance ou force gouvernante ?
Chasser à Chambord représente une expérience unique.
La nécessité de réguler une population d?animaux captifs dans un espace étendu mais clos où
l?homme est le seul prédateur s?impose, mais l?image d?un privilège s?ajoute au discrédit de la
chasse dans une partie de l?opinion pour en faire un sujet d?éventuelles polémiques.
A l?inverse, la chasse compte pour beaucoup dans l?image de Chambord auprès des élites
dirigeantes politiques, économiques et administratives, parmi lesquelles cette passion demeure
vivace. C?est dans leur sein que se recrutent les mécènes et se constituent des réseaux de
soutien qui peuvent être utiles au domaine.
Le maintien du délicat équilibre entre ces divers éléments suppose probablement un effort de
formalisation de la gouvernance de la chasse à Chambord, ébauché en 2011 puis en 2015 par
des délibérations du conseil d?administration qui attribuent au directeur général un quota
d?invitations de mécènes ou « prospects ».
La question qui anime toutes les curiosités est celle de savoir qui sont les invités ; force est de
constater qu?il s?agit pour à peu près la moitié d?élus, hauts fonctionnaires et autres
personnalités, reçus au titre des relations publiques de l?établissement. Viennent ensuite les
personnalités du monde de la chasse, invitées aux quatre battues de l?Office français de la
biodiversité, et enfin les mécènes ou « prospects » qui représentent environ un tiers des invités,
et une recette de l?ordre du million d?euros annuels, bien plus donc que celle qu?aurait apporté
la commercialisation pure et simple proposée par la Cour des Comptes en 2010.
Il appartient donc bien au directeur général de décider de la répartition des invitations dont il
dispose au mieux des intérêts du domaine. Une nouvelle délibération allant en ce sens pourrait
être adoptée, et le directeur général invité à présenter chaque année un rapport sur la chasse,
comportant notamment la répartition des invités entre les grandes catégories ci-dessus
évoquées.
La mission salue les résultats obtenus par le mécénat cynégétique. Elle s?interroge néanmoins
sur ses limites et invite l?établissement à réfléchir à d?autres contreparties et outils de
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 17/65
prospection. D?autres activités du domaine pourraient en effet faire l?objet d?invitations
privilégiées.
Communiquer chaque année au conseil d?administration la
répartition des invitations à chasser par grandes catégories ; réfléchir également à
d?autres manières d?attirer et de remercier les mécènes et les relations utiles à
l?établissement. (DNC)
1.1.4 Le rattachement du parc de Rambouillet, un portage non pérenne
Par décret numéro 2018-432 du 1er juin 2018 relatif au domaine national de Chambord
modifiant le décret 2005-703 du 24 juin 2005, modifié relatif à l?établissement public du domaine
national de Chambord, l?établissement « est chargé de la gestion des parcelles et des
immeubles du domaine de Rambouillet dont la liste est fixée par arrêté conjoint des ministres
chargés de l?écologie, de la culture, de l?agriculture ».
Le parc de Rambouillet a beaucoup de similitudes avec le domaine national de Chambord, bien
que cinq fois plus petit.
Seule la gestion du parc a été confiée au domaine national de Chambord. Les six salariés
entretiennent la forêt, préparent les chasses notamment en élevant des faisans depuis
l?accouvage jusqu?au lâcher dans les tirés des chasses.
La prise en main des 600 ha8 du parc de Rambouillet par le domaine de Chambord depuis 3
ans se traduit par une dynamique de rénovation de bâtiments susceptibles d?être valorisés (La
Faisanderie, l?Octogone Louis XVI) et par la restauration des tirés, patrimoine naturel historique
de la chasse à Rambouillet9. L?EPIC espère un retour sur ces investissements par la mise en
location des bâtiments une fois rénovés et l?amélioration de l?accueil des chasseurs.
La gestion commune des parcs de Rambouillet et de Chambord permet d?offrir aux mécènes
potentiels deux types de chasse. L?association des amis de Chambord a d?ailleurs créé en son
sein une section « Les amis de Rambouillet ». Douze battues par an sont organisées à
Rambouillet.
Comme à Chambord, la gestion de la forêt est assumée par l?EPIC, notamment la vente des
bois.
Le domaine national de Chambord partage la gestion du domaine de Rambouillet avec le centre
des monuments nationaux (CMN) en charge du château, et la Bergerie nationale (Centre
d?enseignement zootechnique (CEZ)) qui exploite 150 ha de culture et prairies imbriquées dans
les chasses. Le ministère de la Défense y détient également une emprise excentrée.
Chacun de ces organismes a son propre personnel. La concertation entre eux est aujourd?hui
inexistante, qu?il s?agisse de l?entretien des espaces verts et des bâtiments ou de l?accueil du
public (110 000 visiteurs à la Bergerie aujourd?hui et 30 000 en croissance au château).
Une mission précédente des 3 inspections générales10 - CGAAER, IGAC et CGEDD - avait
recommandé qu?une entité unique soit en charge du domaine. A défaut de cette option, il est
nécessaire de mettre en place une coordination entre les trois établissements.
En l?état, les compétences de Chambord en matière de mécénat, de rénovation de bâtiments,
d?organisation de chasses bénéficient au parc de Rambouillet. Le système fonctionne grâce à
la solidité du chef d?équipe sur place. La direction de Chambord est en effet peu présente en
8 300 ha de forêt ; 200 ha ouverts ; 100 ha de tirés.
9 Le parc des chasses couvre une surface de 844 ha.
10 Rapport « Redonner un avenir au domaine de Rambouillet » de Jérôme Bouet, Alain Mangeol, Gilles Perron
et Michel Reffay, mars 2017.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 18/65
dehors des périodes de chasse auprès de l?équipe de Rambouillet, qui s?appuie néanmoins sur
les compétences de l?établissement public.
Le rattachement apparaît donc profitable au parc de Rambouillet, mais présente pour le DNC
un bilan négatif financé par la visite du Château de Chambord (voir partie III.B.1.), même si des
recettes sont attendues, dans le futur, du mécénat et des locations d?espace.
La mission considère que si le rattachement à Chambord du parc de Rambouillet a pu constituer
une solution opportune à un moment donné, elle n?apporte pas réellement de synergies entre
les deux sites, et ajoute à la complexité de la gestion du domaine de Rambouillet. Elle
recommande que cette dernière fasse l?objet de nouvelles réflexions.
Relancer la réflexion sur l?avenir de l?ensemble du domaine de
Rambouillet ; maintenir provisoirement la gestion du parc de Rambouillet par le Domaine
national de Chambord. (Ministères de tutelle)
1.2 Des collectivités à la fois soucieuses et envieuses de
l?attractivité de Chambord
Tous les représentants des collectivités rencontrés par la mission avouent le privilège
exceptionnel de pouvoir profiter d?un site aussi remarquable que Chambord mais souhaitent
parallèlement en tirer le meilleur profit dans leur périmètre respectif à la fois géographique et de
compétences, selon leur propre vision du territoire.
Exceptée la communauté de communes du Grand Chambord, les collectivités siègent au
Conseil d?administration du DNC : commune de Chambord, département du Loir-et-Cher,
communauté d?agglomération de Blois et Région Centre-Val-de-Loire.
Toutes reconnaissent le travail effectué ces dernières années par la direction générale du DNC.
1.2.1 Des collectivités diversement concernées et impliquées
1.2.1.1 Une cohabitation apaisée avec la commune de Chambord
L?ensemble de la direction du DNC et des élus rencontrés a fait état des relations difficiles voir
conflictuelles par le passé avec le maire de Chambord, en raison de la création de l?EPIC - en
particulier sur les sujets liés à la domanialité - mais aussi de la montée en puissance des
compétences de l?intercommunalité. En l?absence de gestion du domaine public communal, la
municipalité n?exerce plus, en réalité, que ses délégations d?état civil pour une population qui
continue de décroitre année après année11. A cet égard, la mission note que la conversion des
exploitations agricoles en gites12 contribue à cette tendance.
L?hypothèse parfois évoquée de supprimer la commune13 n?a plus cours aujourd?hui. La mission
est plutôt favorable à conserver cet espace démocratique qui par ailleurs ancre
institutionnellement le DNC dans son territoire. Il appartient à la direction du DNC d?entretenir
une relation de confiance.
1.2.1.2 Le besoin d?exister de la communauté de communes du Grand
Chambord
Le Grand Chambord, composé de 16 communes avec un total de 21 064 habitants, dont
Chambord, entoure le DNC. Elle est la première collectivité à profiter de l?attractivité du château
11 200 habitants en 1990, 185 en 1999, 150 en 2007, 120 en 2012, 93 en 2022.
12 Le taux d?occupation est aujourd?hui de l?ordre de 50% (35% au niveau départemental.
13 Article L. 2114-1 du code général des collectivités territoriales.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 19/65
sans y être officiellement associée puisque son président ne siège plus au CA, siège transmis
à la Région Centre-Val-de-Loire. Ses relations avec le DNC sont néanmoins cordiales. Pour
capter sa « part du gâteau », son exécutif entend mener à bien l?Opération Grand Site (OGS)
qu?elle porte depuis plusieurs années, sans avoir pour l?instant convaincu ni le DNC, ni les
maires de ses communes membres, ni les autres acteurs locaux de la pertinence d?une telle
démarche (cf. encadré ci-dessous).
Une collaboration s?est néanmoins concrétisée récemment avec la Communauté de commune
concernant l?implantation (permis d?aménager de la zone et étude de faisabilité) à Bracieux du
projet de brasserie artisanale, porté par le groupe Axéréal : acquisition d?un terrain de 5.000 m2
et construction d?un bâti de 1.000 m2 assorti d?un espace pédagogique, dégustation et vente
d?environ 1.200 m2. Ce projet a été officiellement annoncé par le DNC, début décembre 2022,
comme contribuant à « faire vivre les produits agro-alimentaires des territoires, relocaliser une
production en France et créer de l?activité et des emplois en territoire rural ? et participe au
rayonnement national et international de la marque Chambord ».
1.2.1.3 Une communauté d?agglomération de Blois (Agglopolys) disponible
L?agglomération de Blois rappelle que « Chambord appartient d?abord au territoire ». Elle a
notamment réussi à obtenir de la SNCF, en décembre 2013, la dénomination « Blois-
Chambord » pour sa gare qui est tout de même à 20 km du château. Eu égard aux compétences
de l?agglomération, la mission note que la mobilité et l?accès au domaine restent un sujet majeur
pour les visiteurs et le territoire : les transports en commun sont inexistants en hiver et très
insuffisants en été.
1.2.1.4 Le département du Loir-et-Cher et la région Centre-Val-de-Loir plus
éloignés
Centré sur ses compétences, le département du Loir-et-Cher participe principalement au
financement des pistes cyclables dans l?enceinte du domaine et continue de procéder à la
sécurisation des accès au domaine.14.
Deux fois par an (printemps et fêtes de Noël), le
département du Loir-et-Cher et la Région centre-Val-
de-Loire participent au financement d?une campagne
de communication dans le métro et sur les bus
parisiens, aux côtés du département d?Indre-et-Loire
et de Tours Métropole, qui offre ainsi une visibilité de
10 sites (5 dans chacun des deux départements,
dont Chambord avec la possibilité d?acheter des
pass multi-sites).
En conclusion, les collectivités s?accordent pour dire combien un travail remarquable a été
conduit. Le DNC doit rester ce moteur économique et touristique fort pour le territoire. En tant
que membres du CA, elles appellent cependant à la vigilance sur la multiplicité des activités. Le
Conseil d?administration du DNC reste pour certains élus « trop formel, trop parisien, très
administration centrale, mais il leur permet de s?exprimer ».
La perception d?un « domaine clos » au sens propre comme figuré invite à réfléchir à un
partenariat plus affirmé avec les collectivités, d?autant que la mission note que selon l?expression
de l?une d?entre elle « chacun travaille un peu pour soi ».
Plusieurs sujets sont pourtant sur la table :
- Des transports plus efficients et des mobilités douces sécurisées ;
- Un habitat, notamment locatif à l?année, qui se raréfie sous la pression des locations
saisonnières et touristiques ;
- Une synergie plus forte à encourager entre les différents châteaux ;
14 Le 10 juillet 2022, deux cyclistes ont été percutés par une voiture et sont décédés sur le coup.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 20/65
- La gestion sanitaire des produits issus des nombreuses chasses de la région.
1.2.2 L?Opération Grand Site, opportunité ou opportunisme ?
Par courrier du 17 avril 2019 (annexe 10), le ministre de la transition écologique et solidaire a
informé le préfet de Loir-et-Cher de son accord pour lancer une « Opération grand site », tout
en recommandant plus particulièrement de se ré-interroger sur la pertinence du périmètre (le
périmètre d?étude initial était centré uniquement sur le DNC), de traiter les enjeux de mobilités
aux échelles appropriées et de « fédérer tous les acteurs nécessaires à sa mise en oeuvre ».
Les Opérations Grand Site
Initiée en 1976, la politique nationale en direction des « Grands sites » a pour objectif de mettre
en oeuvre des réponses opérationnelles en faveur de sites classés renommés susceptibles de
subir des évolutions non maîtrisées telles que la sur-fréquentation, l?urbanisation et l?altération
du monde rural, notamment agricole. Inscrit dans le Code de l?environnement, le label Grand
Site de France15 garantit que le site soit préservé et géré selon les principes du développement
durable. Une OGS doit être avant tout un véritable laboratoire d?innovation qui place le paysage
au coeur des projets et doit trouver un consensus d?adhésion avec une implication essentielle
des élus locaux.
L?Opération Grand Site est l?aboutissement d?une démarche souvent longue et exigeante, dont
le double but est de :
- réhabiliter des espaces remarquables, dans le respect de la qualité des lieux et en concertation
avec l?ensemble des partenaires ;
- la doter d?un projet de préservation, de gestion et de mise en valeur, qui doit permettre un
accueil satisfaisant des visiteurs dans le respect des habitants et des territoires qui l?entourent.
L?objectif final étant de protéger l?environnement et la qualité des paysages, tout en poursuivant
le développement et l?attractivité du territoire et de son activité touristique.
Un projet territorial à revoir
L?OGS, portée par la communauté de communes du
Grand Chambord, a été évoquée dès 2015 à l?occasion
de la prescription du plan local d?urbanisme
intercommunal et s?est concrétisée en 2019 après accord
du ministre (cf ci-contre).
A ce stade, les acteurs locaux - élus, services de l?Etat,
associations - expriment une adhésion plus que
modérée. Le DNC, sans remettre ouvertement en cause
l?opération, s?estime déjà très engagé par la multiplicité
de classements sur son propre périmètre.
La mission note pour cette OGS, portée quasi
exclusivement par le président de la communauté du Grand Chambord et son directeur général
des services, une difficulté sérieuse de concertation, de méthode et de planification stratégique.
Un Grand Site ne doit en aucun cas être perçu comme uniquement un produit d?appel touristique.
La mission fait sienne la recommandation 9 du rapport récent de l?IGEDD concernant les GSF16,
d?associer étroitement les maires aux décisions, critère pour l?obtention du label « Grand Site ».
15 Vingt-et-un territoires ont le label et une trentaine, dont le Grand Chambord, sont entrés dans la démarche.
16 Rapport IGEDD n°014170-01 « les Grands Sites de France, la force fédératrice du paysage au coeur de
l?action des territoires », octobre 2022.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 21/65
Force est de constater, à ce stade, l?enlisement du projet et l?absence de levier local. Pour autant
la mission est sensible à la pertinence des objectifs de l?OGS pour répondre aux problématiques
du territoire. C?est pourquoi, la mission préconise de « donner du temps au temps » à ce projet
avec la perspective de voir émerger un cap clair et motivé, faisant fi des convoitises territoriales
individuelles.
A défaut, le DNC pourrait solliciter l?État et la Région pour inscrire la problématique de
l?environnement de Chambord, tels que ses accès et la mobilité, les structures d?accueil,
d?hébergement et de restauration et tout autre sujet mutualisable dans le cadre par exemple du
futur CPER ou tout autre outil à identifier.
Redéfinir et co-construire un véritable projet territorial avec les
collectivités, en associant plus étroitement les services déconcentrés de l?État. (Services
déconcentrés de l?Etat, DNC)
1.3 Un accompagnement du développement des ressources
humaines à imaginer
1.3.1 Une forte évolution des effectifs, en nombre comme en statut17
Dans sa trajectoire de développement, le DNC connait une évolution considérable de ses
ressources humaines, en nombre comme en compétences.
Entre 2010 et 2022, les effectifs passent de 132 ETPT en 2010 à 249 ETPT en 2022.
Les dépenses de personnel font plus que doubler. Cette hausse accompagne la croissance à
mêmes proportions des recettes.
L?accueil de personnel handicapé se situe entre 4,8 et 5% depuis 2018.
Le recours au CDD a été une stratégie très variable au fil du temps. De 20 % en 2010, il atteint
jusqu?à 50 % en 2018 et 2019 pour se stabiliser aujourd?hui à un taux avoisinant 14 % depuis
2020.
Le recours à l?intérim est inférieur à 0,5 % depuis 2018, après avoir été de l?ordre de 4 à 5 %
entre 2014 et 2016. Le DNC n?a plus aucun personnel mis à disposition depuis 2020, après
départs et passage en 2019 sur contrats de détachement des personnels mis à disposition du
ministère de la culture, de l?ONF, de l?OFB et de l?armée.
La mission constate que le domaine parie sur un niveau d?activité durable.
1.3.1.1 Une dynamique de recrutement fluide
L?établissement est dans une situation exceptionnelle qui l?exonère depuis 2018 du respect d?un
plafond d?emploi, sur instruction de la Présidence de la République (après concertation avec la
direction du budget et le ministère de la culture). Indéniablement, cette souplesse permet au
domaine de gérer au plus juste la saisonnalité de ses recrutements et les évolutions souhaitées
en lien avec son portefeuille d?activités. Toutefois, par un dialogue avec le comité de direction
la responsable RH doit contenir les entrées comme les sorties.
En termes de renouvellement, on notera que les chiffres démentent les propos de certains
salariés ; le taux de départ n?est pas alarmant.
17 Tableau de suivi des ETPT remis à la mission le 2 novembre 2022.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 22/65
Tableau 1 : Renouvellement des ressources humaines 2017-2021
Années
Départs
(hors emplois
aidés-apprentis)
Arrivées
(hors emplois
aidés-apprentis)
Total ETPT
(hors emplois
aidés-apprentis)
Taux de
départ
2021 8 14 206 4%
2020 12 17 191 6%
2019 13 39 210 6%
2018 10 10 155 6%
2017 11 9 137 8%
Source : Rapports annuels d?activité RH
1.3.1.2 Une égalité entre femmes et hommes encore incomplète
Le DNC affiche aujourd?hui une parfaite parité numérique femmes/hommes. Cette parité ne se
retrouve toutefois pas dans les postes à responsabilités : les femmes occupent à peine le quart
de ces postes ; 2 seulement siègent au CODIR, composé de 6 membres.
Par ailleurs, la pyramide des âges montre une répartition assez régulière des salariés sur les
différentes tranches d?âge.
1.3.2 Des procédures administratives bien rôdées mais un dialogue
social à consolider
Des procédures bien rodées sur les obligations sociales avec des accords signés
La diversité des métiers impose à la direction administrative de l?EPIC de clarifier les bases de
gestion des temps de travail et des ressources.
La mission a constaté cette dynamique de sécurisation du droit social via divers accords en
vigueur et révisés (annexe 11). Les négociations annuelles sur les salaires se tiennent bien18.
Ces accords sont dits consultables en version papier au service du personnel et en version
électronique.
Des risques de surchauffe à Chambord, qui invitent à un meilleur dialogue social
Les salariés sont représentés par un comité social économique (CSE), renouvelé a l?issue des
élections de mai 2022. La mission a pu constater que depuis 2019, il s?est réuni plus de 9 fois
par an, avec addition de séances exceptionnelles dédiées aux mesures prises relatives à
l?épidémie de COVID.
La mission entend et note dans les procès-verbaux du CSE que les questions de la qualité de
vie au travail (QVT) sont beaucoup plus prégnantes depuis 2 ans, avec, notamment, la
candidature et l?élection de représentants syndicaux en mai 2022. Le taux de participation des
représentants du personnel dans chaque réunion du CSE est important.
Une tension palpable en lien avec la charge de travail
Une grande part des entretiens menés par la mission avec différents membres de l?équipe de
direction et avec quelques salariés révèle une réelle tension, confirmée par l?écoute des
représentants du personnel. La fierté de travailler « pour le château [de Chambord] » génère
beaucoup de dévouement et la gestion du temps est un sujet sensible : la passion du métier et
l?exigence que tout soit toujours réalisé dans les temps amènent certains membres du personnel
à rester sur leur poste très au-delà des horaires assignés à leurs fonctions.
18 Rapports d?activité annuels RH.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 23/65
L?audit conduit par le cabinet Stimulus signale que les journées empiètent parfois sur les nuits,
sans respect du repos quotidien minimal imposé par le Code du travail 19 . Le caractère
exceptionnel de telles situations et la capacité à les juguler seraient à évaluer à travers les
entretiens individuels. Le secrétariat général envisage l?installation d?une badgeuse à très court
terme. L?outil, motivé par l?automatisation des saisies des situations individuelles pour le calcul
des salaires conduira inévitablement à une prise en compte des heures supplémentaires. Suite
à l?audit du cabinet Stimulus, une formation des managers à la détection des signaux de risques
psycho-sociaux a été programmée.
Un défaut d?information et un effritement de la cohésion
Le domaine national de Chambord n?échappe pas à la tension sociale qui a gagné une majorité
d?entreprises suite aux arrêts d?activité liés à la pandémie de Coronavirus. Les entretiens
montrent que le ferment de difficultés sociales est présent. La lecture de l?audit conduit par le
cabinet Stimulus entre octobre 2021 et mars 2022 sur la base de 39 entretiens individuels le
confirme. La circulation de l?information, sur les évènements comme sur les nouveaux
investissements est perçue comme insuffisamment fluide ; l?arrêt du travail engagé sur le
nouveau projet d?établissement, comme le défaut de partage des nouveaux objectifs entre
managers et avec les salariés privent le comité de direction d?outils pour fédérer et donner du
sens.
Lors des échanges, il apparait que l?équipe « château » estime porter la notoriété de Chambord
et que l?équipe « forêt » est perçue comme concentrant tous les moyens sur les nombreux
projets agricoles, cynégétiques et forestiers.
La journée du personnel qui se tient chaque dernier lundi du mois de novembre et à laquelle la
participation est obligatoire20 constitue l?unique rencontre de tous les salariés, rendue possible
par la fermeture du château.
Si la mission a perçu des signes des facteurs de risques psycho-sociaux identifiés dans le
rapport du cabinet Stimulus, l?établissement n?a connu ni grève ni contentieux RH ces quinze
dernières années et l?absentéisme ne fait pas l?objet d?un reporting. Le plan d?action élaboré
après les conclusions du cabinet Stimulus doit néanmoins être mis en oeuvre, évalué et ajusté
avec constance et méthode.
S?agissant de la communication interne, le plan d?actions établi suite à ce rapport permet aux
salariés de bénéficier de nouveau d?une lettre d?information21 que les chefs de service sont
invités à afficher pour ceux qui n?ont pas de messagerie électronique.
Maintenir dans la durée une communication interne répondant aux
besoins des salariés. (DNC)
1.3.3 Une gestion des compétences à renforcer
1.3.3.1 Un manque de structuration, voire d?anticipation
La mission a noté l?extrême diversité des métiers : 68 métiers au service de la culture, de la
forêt, de l?agriculture, des mécènes, des publics?
Au moment des élections de mars 2022, un quart des salariés sont agents de maitrise ; un quart
cadres (« encadrants » ou techniciens experts).
19 Diagnostic RPS - rapport d?audit du Cabinet Stimulus, mars 2022.
20 Livret d?accueil.
21 Jusqu?en 2018, un « Chambord Mag » informait les salariés au fil de l?année ; en 2019 un seul « Chambord
Mag » a été édité, faisant le bilan de l?année. Depuis Juin (une lettre « En Juin à Chambord »). Aujourd?hui,
mensuellement une « Lettrinfo » est destinée aux salariés, informant sur des points de la vie sociale et sur les
projets et réalisations du domaine.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 24/65
L?important développement des équipes justifie que les tutelles invitent instamment à la mise en
place d?une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GEPEC)22. La mission a
constaté que les procédures de gestion prévisionnelle des compétences font toujours défaut.
Le plan d?actions établi après le diagnostic pas le cabinet Stimulus les prévoit mais l?objectif
affiché du 1er trimestre 2023 paraît bien optimiste compte tenu du travail à mener.
Tous les salariés ne bénéficient pas d?un entretien annuel d?évaluation, ni semble-t-il d?un
entretien professionnel relatif à leur carrière.
1.3.3.2 Une politique de formation dynamique sur la sécurité mais flottante
sur les autres domaines
Des formations, notamment internalisées, mais pas de plan de formation identifié par la
mission
Evoquée par certains salariés, l?absence de plan de formation est constatée par la mission :
aucun document n?en fait état, hormis en ce qui concerne la sécurité23 . Certains rapports
d?activité du service des ressources humaines citent toutefois les thèmes de formation dont des
salariés ont été bénéficiaires sur l?année (annexe 12).
Une gestionnaire du personnel est bien identifiée « référente formation »24.
Diverses formations internes et externes sont proposées aux équipes25 et certains salariés ont
l?agilité d?aller chercher conseil et formation auprès de personnes d?expérience ; ils l?obtiennent
aisément du fait de leur appartenance au Château de Chambord26.
Les rapports d?activité du service des ressources humaines montrent que la place donnée à la
formation a beaucoup diminué au fil des années et ce avec une forte chute en 2019 avant même
le début de la crise sanitaire.
Tableau 2 : Volume de la formation (2017-2021)
Années
Thèmes
de formation
dispensés
Dont
formations
en interne
Nb de journées-
stagiaire
Dont thèmes
sécurité-
habilitations
2021 46 NR 153 54%
2020 23 NR 125 48%
2019 23 39 79
« principalement
sécurité et
habilitations »
2018 57 10 214 40%
2017 72 9 355 17%
« sécurité »
Source : Rapports annuels d?activité RH.
NR : non renseigné.
22 Lettre d?objectif du directeur général 2020 et 2021.
23 Le cabinet Stimulus confirme que « S'il est possible de monter en compétences sur le terrain, les formations
semblent peu accessibles en termes pratiques. » et aussi que « Si on peut gravir les échelons au sein du
domaine dans certaines directions, il est répété que les formations ne sont pas suffisantes pour effectuer au
mieux les missions et assumer les responsabilités inhérentes au poste ».
24 Les salariés sont informés par le livret d?accueil et l?organigramme, octobre 2022
25 « château » comme « forêt » : coaching vocal, lâcher-prise. Sur le contenu du parcours de visite en général
ou pour les publics spécialisés, chaque salarié interrogé nous évoque les formations internes dispensées par
Eric Johannot. L'enseignant détaché de l'Education Nationale auprès de Chambord forme les salariés sur les
visites des scolaires ; deux salariés sont formés pour le public non voyant.
26 Exemples : la responsable des ressources humaines s?appuie sur le réseau informel des EPIC (du ministère
de la culture), qui lui-même utilise les services d?un avocat du Cabinet Hoch ; le responsable de l?élevage ovin
s?appuie sur un réseau d?éleveurs de la race Solognot ; démarche similaire pour la viticulture et la vinification ;
les services financiers sollicitent des formations de la part des fournisseurs de logiciel ; le responsable
informatique choisit des prestataires ad hoc pour les besoins qui lui sont exprimés dans son domaine.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 25/65
Une action de formation en réponse à l?enquête sociale
Dans le plan d?action élaboré par l?établissement, une formation au management pour les
directeurs et chefs de service est en place depuis l?automne 2022 avec une remise à niveau
régulière prévue 1 fois tous les 2 ans. Il est en outre décidé - toujours dans le plan d?action- de
prévoir une formation systématique pour tout salarié amené à prendre de nouvelles fonctions
d?encadrement.
Rambouillet : une toute petite équipe très autonome
Les 5 salariés du parc de Rambouillet ont très peu de contacts avec les équipes du domaine
national de Chambord. Le chef d?équipe participe au comité de direction élargi une fois par mois.
Si le directeur de la chasse et de la forêt et le directeur général passent sur site de façon quasi
hebdomadaire pour les chasses, ils sont alors peu disponibles et les visites se font beaucoup
plus rares hors saison. L?équipe locale ne s?en plaint pas. Ses personnels sont destinataires des
comptes rendus des CSE mais ne les lisent pas.
La mission n?a pas entendu ni perçu de malaise : les salariés sont encore très conscients du
bénéfice, en termes de moyens et de souplesse de gestion, du rattachement du parc de
Rambouillet au DNC. Ils ont sollicité et obtenu 1 ETPT pour assumer les tâches
administratives27.
Professionnaliser la gestion des ressources humaines ; mettre en
oeuvre des entretiens individuels et professionnels, qui permettent d?identifier les signes
de risques psycho-sociaux, d?établir un plan de formation et de recenser les aspirations
de chacun pour une évolution de parcours. (DNC)
27 Il s?agit des tâches administratives non délocalisables : livraisons, expéditions, gestion des rendez-vous,
récupération des pièces comptables, etc... qui obéraient le temps disponible du chef d?équipe pour la conduite
des projets.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 26/65
2 Une mise en valeur dynamique mais dispersée
2.1 La valorisation du château : une mission essentielle à
restructurer
Au cours des dernières années, le château a bénéficié d?un certain nombre d?améliorations :
travaux de restauration, réaménagement de plusieurs salles, création d?espaces pour enfants
et mise à disposition d?outils de visite modernes comme l?HistoPad28.
Pour autant, nombre d?innovations et de nouvelles offres ont concerné les activités autres que
la visite, et la communication, qui s?appuie spontanément sur les éléments les plus nouveaux,
a pu parfois donner le sentiment, exprimé par divers interlocuteurs de la mission, que « le
château est devenu un fond de scène ».
Même si l?on doit se féliciter de voir se diversifier l?offre, la valorisation du château demeure la
mission essentielle de l?établissement, et sa visite l?activité principale des publics (2.1.1.). Elle
doit être soutenue par une action de conservation professionnalisée (2.1.2.) la régulation des
activités extérieures (2.1.3.1), et une politique des publics pilotée (2.1.3.2. et 2.1.3.3.).
2.1.1 La visite du château reste l?attraction majeure, malgré la
multiplication d?offres annexes autour de lui
Les tableaux ci-dessous montrent à la fois l?importance et les limites de la diversification des
offres opérée depuis la création de l?établissement public. Ces tableaux sont constitués en se
bornant à trois dates significatives : 2005, date de cette création, 2012, date depuis laquelle on
dispose de statistiques sur les activités autres que la visite du château, et 2019, année des 500
ans précédant la crise sanitaire.
Tableau 3 : Fréquentation du château de Chambord depuis 2005
et des activités extérieures depuis 2012
Année Visites château (VC) Activités extérieures (AE) % AE/VC
2005 651 000 Non communiqué SO
2012 775 000 (+ 19%) 23 000 2,9 %
2019 981 000 (+ 26%) 149 000 (+ 447 %) 15 %
2022 (BR) 853 000 (- 13 %) 177 000 (+ 72 %) 20,7%
Source : Régie de recettes du DNC ; traitement mission.
SO : Sans objet.
Tableau 4 : Fréquentation des activités extérieures payantes depuis 2012
Année Moyens de
promenade
Spectacle
équestre
Visites
forêt et
sorties
brame
Visites
du
potager
Animations
et ateliers
nature
Concerts
et
spectacles
Gîtes
2012 23 000 SO SO SO SO SO SO
2019 60 000 53 000 9 600 1 100 3 000 21 000 1 000
2022 63 000 91 000 6 800 1 600 2 800 3 000 600
Source : Régie de recettes ; traitement mission.SO : sans objet car ces années-là il n?y avait pas ces activités.
2005 fut une mauvaise année pour le château, dont la fréquentation (651 000 visiteurs) était en
décrue continue depuis 2000 après s?être maintenue autour de 750 000 de manière durable
dans les années 90. Elle dépasse ce chiffre dès 2011 et frise le million en 2019.
28 HistoPad : Tablette numérique interactive, pédagogique et ludique, utilisant la réalité augmentée pour
redécouvrir Chambord et explorer le château tel qu?il existait au XVIème siècle.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 27/65
Après la chute de fréquentation durant la crise sanitaire, le rattrapage des visites du château
demeure incomplet à 853 000 en 2022, alors que les activités extérieures dépassent le chiffre
de 2019 à 177 000.
Il faut souligner qu?aucune statistique ou étude ne permet de savoir, dans quelle mesure, ces
attractions diverses sont cumulées entre elles ou avec une visite du château - ce qui est
probablement presque toujours le cas. Cette réalité prive de sens l?addition de ces chiffres.
Les activités extérieures sont de natures très diverses ; les plus fréquentées sont les locations
de divers moyens de promenade (bicyclettes, « Rosalies », petits bateaux et voiturettes
électriques), avec 55 000 utilisateurs en 2019, d?une part, et d?autre part le spectacle équestre,
qui a accueilli la même année 53 000 visiteurs. Dans les deux cas, la croissance est
spectaculaire, puisqu?en 2013 ces deux activités attiraient 30 000 visiteurs chacune. Elle s?est
d?ailleurs poursuivie puisqu?en fin de saison 2022 la fréquentation avait atteint 63 000 pour les
engins de promenade et 90 000 pour le spectacle équestre.
Viennent ensuite les concerts et spectacles, dont la fréquentation est évidemment tributaire de
la programmation, mais aussi de la fréquentation générale : elle connaît un record en 2019,
année anniversaire exceptionnelle dans tous les secteurs accueillant du public. Lors des années
précédentes elle avait oscillé de 9 000 à 12 000 en 2016 et 2017, puis chuté à 3 600 en 2018.
Il en est de même pour les visites en forêt, au nombre de 9 000 en 2019 alors que leur étiage
habituel se situe entre 6 et 7 000.
Les autres activités comptabilisées - sorties brame, animations et ateliers nature, visites guidées
du potager, ne représentent pas plus de 4 000 visiteurs en tout. La capacité d?accueil des
installations, et dans le cas du brame une saisonnalité très étroite, expliquent en grande partie
ces faibles effectifs.
2.1.2 Conserver le patrimoine culturel du domaine
2.1.2.1 Réorganiser la maîtrise d?ouvrage des travaux
L?instrument classique de pilotage de la conservation des très grands monuments est un
schéma directeur, établi par l?architecte en chef des monuments historiques et validé par les
services des monuments historiques de la DRAC, en charge du contrôle scientifique et
technique des travaux. Après le schéma directeur 2008-2019, un nouveau projet (annexe 13) a
été remis au directeur général par l?architecte pendant le déroulement de la mission, après une
élaboration confidentielle à laquelle ce qui subsiste de service du patrimoine de l?établissement
n?a pas été associé.
Il conviendrait que, comme dans les autres grands monuments, l?élaboration du schéma puis le
suivi de sa mise en oeuvre soient organisés au sein d?un comité regroupant les responsables
de l?établissement, les représentants des tutelles et ceux de la DRAC, en charge du contrôle
scientifique et technique. Il faudrait pour cela que le DNC se dote des compétences scientifiques
qui lui font aujourd?hui défaut. Le collège patrimonial du conseil d?orientation devrait également
en connaître.
La proposition de M. Châtillon (ACMH) présente les mérites de l?exhaustivité et de la créativité,
et témoigne de la grande liberté laissée par le maître d?ouvrage. Elle aboutit à un total
d?opérations de 43 390 000¤ hors taxes et honoraires (environ 4,5M¤ pour ces derniers), soit
un tiers de plus que les dépenses réalisées de 2011 à 2021 (annexe 14). Il est donc clair que la
discussion du schéma sera l?une des missions prioritaires du futur directeur général.
La mission ne croit pas avoir besoin d?insister sur la priorité à donner aux restaurations
proprement dites, et notamment à celles des façades, sur diverses idées dont la mise en oeuvre
semble problématique comme par exemple l?établissement dans le donjon même de résidences
d?artistes et de logements locatifs. En l?occurrence, l?architecte en chef semble bien avoir agi
comme son propre maitre d?ouvrage, tout comme lorsqu?il suggère, apparemment de son propre
mouvement, de consacrer chaque étage à un thème qui lui semble pertinent en vue de la
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 28/65
« clarification du parcours muséographique » : « au rez-de-chaussée la nature et la chasse,
au premier étage les rois, les logis royaux, au deuxième la Renaissance, et sur les
terrasses : les utopies ».
On ne peut que regretter qu?aucun travail scientifique mobilisant des conservateurs, des
historiens, de muséographes et de scénographes, n?ait permis d?établir un programme pour
le circuit de visite sous l?égide du conseil d?orientation restructuré.
2.1.2.2 Remettre en ordre la conservation des collections
Le Domaine possède environ 6 000 objets dans sa collection, dont 140 objets sont classés au
titre des monuments historiques. C?est une collection modeste au regard de celle d?un musée
de France, et en l?absence de ce label, il n?existe pas, selon la note établie pour la Cour des
comptes, « d?obligation de récolement décennal ni d?un inventaire réglementaire 18 colonnes ».
Il semble cependant que des efforts aient été faits en ce sens, malheureusement sans être
assez soutenus et développés pour aboutir à un résultat satisfaisant. : un récolement a été
débuté en 2020. Faute de temps et de personnel, il ne s?est pas poursuivi.
La mission préconise qu?une fois le recrutement d?un conservateur du patrimoine intervenu, il
puisse solliciter l?Inspection du patrimoine pour aider l?établissement à définir un plan d?action,
et probablement le cahier des charges d?un travail à confier à une entreprise spécialisée.
L?option la plus intelligente consisterait sans doute à s?inspirer de la méthodologie appliquée par
le Centre des monuments nationaux qui a créé une base « Collectio » utilisant le logiciel « The
Museum System » (annexe 15).
2.1.3 Ouvrir le monument au public dans des conditions dignes de sa
qualité
2.1.3.1 Mettre les activités extérieures au service du château
Les activités extérieures se répartissent entre trois catégories : dans la première, on trouve
celles, très peu fréquentées, qui offrent une approche sérieuse du patrimoine naturel ou tentent
de donner une idée de ce que pouvait être l?économie vivrière d?une grande résidence. L?intérêt
actuel du public pour la biodiversité justifierait qu?un effort plus significatif de médiation soit
déployé sur ce thème (cf infra).
On trouve en second lieu les gros bataillons de la promenade véhiculée, qui permet de prendre
conscience du lien du château avec le domaine qui l?entoure, et de le voir sous des angles
multiples, et peut donc passer pour une contribution à sa valorisation. Toutefois, devant la
prolifération de ces véhicules divers, il convient de mettre en balance le surcroit de perspectives
et de « ludisation » de la visite extérieure du château apportés à quelques-uns (5% des visiteurs
environ) avec le risque de perturbation de la perception du château pour tous les autres.
La visibilité des points de vente de ces prestations et le pullulement aux pieds du monument de
petits véhicules parfois motorisés de toutes sortes ne sont en effet pas de nature à favoriser
l?effet de choc que doit produire la découverte du monument quand on a dépassé la halle
d?accueil (dont l?esthétique ne prépare guère le regard).
Il serait à souhaiter que davantage de discrétion soit recherchée en interdisant à ces engins les
deux côtés du château qui sont vus par les visiteurs en chemin vers le portail royal, et que les
guérites qui leur servent soient invisibles. En outre, le « café du puits », créé au pied du château,
devrait être déplacé et camouflé.
Le spectacle équestre, qui réunit en 2022 90 000 spectateurs, est conçu et présenté comme un
divertissement à base de cascades - joute et voltige - deux exercices d?ailleurs pratiqués et
prisés à la cour de François 1er, tout comme la fauconnerie dont quelques échantillons sont
présentés.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 29/65
Le classement de l?équitation française au patrimoine mondial culturel immatériel par l?UNESCO
serait mieux honoré par des démonstrations sérieusement appuyées sur son histoire pour en
faire un moment de médiation culturelle29.
2.1.3.2 Enrichir et recentrer le contenu de la visite
Le parcours de visite
Les collectes d?avis des visiteurs montrent à la fois la puissance de fascination du
monument, qui les conduit à juger en général positivement leur visite, et les carences de
l?organisation de la visite, qui est loin de faciliter l?orientation à la fois spatiale et historique.
Le plan de Chambord, avec sa symétrie parfaite, rend très difficile de se situer dans l?espace,
cependant que son histoire est complexe et relativement peu lisible dans les décors et les
aménagements. Ces derniers ont bénéficié de quelques modernisations, aménagements
et remeublements, avec notamment la refonte des salles consacrées au Comte de
Chambord, la création d?un espace dédié aux jeunes visiteurs, et surtout la recréation des
appartements de François 1er par le célèbre décorateur Jacques Garcia, qui a livré à
Chambord un exemple de son talent sous le contrôle d?un comité scientifique ad hoc. Le
résultat est indubitablement riche et plaisant comme un beau décor de série télévisée.
La reconstitution d?un service de la conservation et de la médiation sous l?autorité d?un
conservateur du patrimoine de poids permettrait de faire précéder les interventions dans le
château par une vraie réflexion sur la visite, tant dans son organisation pratique que de ses
contenus, et d?inscrire chaque rénovation ou réaménagement dans une perspective
d?ensemble scientifique et culturelle qui manque aujourd?hui.
La visite guidée
Une proportion significative des visiteurs (de l?ordre de 100 000) choisit la visite guidée par
un agent. On rencontre ici l?une des situations les plus surprenantes que la mission ait
constatée : si les visiteurs interrogés à la sortie se déclarent enchantés de leur visite, les
cadres de l?établissement reconnaissent que celle-ci est entièrement hors de contrôle quant
à ses contenus.
Difficile à l?époque où existait une direction du patrimoine à laquelle était rattachée cette
responsabilité, la formation des agents et le contrôle de leur discours sont décrits comme
impossibles par tous les responsables, qui qualifient par exemple la visite guidée
d?« impensé ». Il semblerait que deux membres du service, personnes très surqualifiées
pour cette fonction de guidage, auraient leurs propres conceptions, parfois marquées par
une lecture cabalistique de l?architecture, et que leurs collègues préféreraient la suivre
plutôt que celle, plus prosaïque, que leur imposerait une direction réelle. Le public trouve
sans doute son compte dans ces élucubrations chatoyantes, mais il n?est pas admissible
qu?un monument de l?État ne contrôle pas le discours tenu au public, dans la mesure où il
lui donne implicitement une estampille de crédibilité.
Le château souffre probablement ici d?une forme d?isolement et il serait souhaitable
qu?après une réorganisation reconstituant un service des publics au sein d?une direction
générale adjointe du patrimoine ce service produise un ou plusieurs canevas validés de
parcours de visite. Pour la formation des agents la meilleure solution serait que le DNC
passe une convention avec le centre de formation du CMN (« CMN Institut »).
Les expositions et les spectacles
Le parcours de visite est régulièrement complété par des expositions intégrées au circuit de
visite ordinaire, qui ne font l?objet d?aucune billetterie spécifique et d?aucun comptage.
29 Cf les actes du colloque sur l?équitation dans l?Europe de la Renaissance tenu à Saumur en 2002, coprésidé
par Monique Chatenet et organisé par le centre d?étude de la Renaissance à Tours (Editions Actes Sud).
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 30/65
D?une manière générale, d?ailleurs, le château dispose de très peu d?informations sur les
comportements des visiteurs : cumul entre la visite et une autre activité, préférences dans la
visite, type de circulation, temps passé sont autant de données inconnues, et qu?un véritable
service des publics aurait vocation à collecter.
Depuis 2010, trois expositions significatives, dont la grande exposition des 500 ans « Chambord,
l?utopie à l?oeuvre », ainsi qu?une exposition sur le Comte de Chambord et une autre sur l?image
du château à travers le temps, ont directement contribué à la compréhension du monument par
ses visiteurs. On peut y ajouter une exposition d?acquisitions récentes en 2010, et plus
récemment une exposition de photographies comparant Chambord et Udaïpur, cette dernière
était en place lors du passage de la mission, qui a pu constater son caractère artisanal?
Une vingtaine d?autres expositions, ont été consacrées à des artistes modernes et surtout
contemporains, dont certains présentèrent le résultat d?une résidence.
Chacun peut avoir une opinion plus ou moins tranchée sur l?intérêt de la présentation d?oeuvres
contemporaines d?art plastique dans un monument historique. Il est certain que les artistes
exposés à Chambord auront eu peu d?occasions de voir passer devant leurs oeuvres des foules
comparables à celles qui parcourent le château, et que l?espace ne leur est en général pas
mesuré. A l?inverse, nul ne prétend que ces expositions aient un impact sur la fréquentation - ni
dans un sens ni dans l?autre probablement. Les synthèses des questionnaires remplis par une
partie des visiteurs, mettent en évidence quelques protestations et un manque général d?intérêt
ou de compréhension.
Les artistes exposés peuvent être considérés comme de bons seconds rôles de l?art
contemporain, conformes à la doxa moderne mais bien établis et visuellement peu
« choquants » pour un oeil non averti. Il ne s?agit ni de jeunes artistes auxquels serait apportée
une visibilité de nature à les aider à « percer », ni de grandes vedettes comme Koons ou Kapoor,
qui ont peut-être apporté à Versailles un public nouveau en-dehors de la haute saison, alors
que les expositions de Chambord se déploient en pleine saison, dans les espaces les plus
prestigieux du château.
Il n?en demeure pas moins que ces expositions auraient aussi bien leur place dans un centre
d?art qu?au coeur d?un monument emblématique de la Renaissance.
Les difficultés du public à comprendre le monument pourraient en revanche être allégées par
des expositions explicatives, dont la réalisation régulière pourrait « sédimenter » les recherches,
et des éléments de discours de visite plus permanents. L?histoire du château et de ses habitants
célèbres, celle de l?art de la Renaissance, de l?architecture, de la vie de cour, constituent des
gisements à peu près infinis d?expositions qui seront l?occasion de recherches scientifiques et
permettront de faire progresser la connaissance du château et la culture des visiteurs.
Les événements culturels sont les lectures - de grande qualité, elles attirent quelques dizaines
de personnes pour écouter un écrivain - et les concerts, notamment ceux du festival annuel qui
se tient en Juillet et a trouvé une place dans le paysage régional. On peut remarquer que les
programmes de ce festival n?ont pas grand-chose de spécifiquement chambourdin, ni d?ailleurs
de thématique particulière : généralement de qualité, les concerts qui se succèdent pourraient
être donnés n?importe où, ce qui n?est pas forcément une critique. La musique de la
Renaissance n?y trouve pas forcément sa place, ce qui est symboliquement dommage même si
elle n?est pas forcément « facile à écouter ». Le baroque et même la musique romantique sont
tout aussi légitimes à Chambord, et on pourrait espérer un peu plus de « thématisation ».
En conclusion sur ce point, on doit signaler la pauvreté des instruments de connaissance des
publics et d?évaluation de la visite, tant qualitative que quantitative ; le livre d?or électronique,
malgré tout son intérêt, ne saurait se substituer à des enquêtes régulières et scientifiquement
menées par un véritable service des publics.
Elles fourniraient d?utiles outils de travail à un véritable service du patrimoine, compétent pour
la conservation, l?enrichissement des collections, et la médiation culturelle, placé sous l?autorité
d?un professionnel de la conservation et doté de compétences dans ces domaines ainsi que
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 31/65
d?une capacité sinon à conduire des recherches directement du moins à piloter des programmes
de recherches en lien avec les universités de la région.
2.1.3.3 L?accueil des publics scolaires et prioritaires
En 2019, Chambord a accueilli 66 000 visiteurs scolaires, chiffre qui traduit une augmentation
continue depuis 2005 (35 000). L?Éducation nationale met deux professeurs en décharge
pédagogique à disposition du Domaine, qui organise 2 fois par an une présentation de la saison
pour les enseignants. C?est un fonctionnement classique, qui pourrait se développer s?il existait
un lieu de pique-nique : la mission suggère qu?une salle soit dédiée à cet usage.30
L?inscription dans le pass Culture est « en cours ».
Les publics du champ social et handicapés ne font l?objet d?aucune action particulière.
Le domaine participe aux opérations « quartiers d?été » avec des opérations qualifiées de
« lambda, non innovantes, peu inventives » par un interlocuteur compétent.
Les responsables qui devraient piloter cette activité au DNC n?ont pas caché qu?en l?absence
d?un véritable service des publics elles demeureraient dans un état embryonnaire.
Mettre en place une direction de la conservation des bâtiments et des
collections et un service des publics qui programment le parcours de visite, reprennent
le contrôle de la visite guidée, organisent l?accueil des publics prioritaires et créent les
outils d?une connaissance des visiteurs. (DNC)
Mettre au service de la compréhension de l?histoire du château
l?ensemble des offres : abords dégagés, spectacle équestre, spectacles vivants et
expositions. (DNC)
2.1.3.4 L?accès numérique
Soutenue par une réflexion stratégique (mécénat de compétence), la politique numérique du
DNC se déploie dans deux directions principales : la médiation numérique pour enrichir
l?expérience de visite ou comme substitut pour les publics empêchés et la communication
digitale au service de son attractivité. Le troisième pan, l?innovation, gagnera à être développé
en lien avec une politique de recherche renforcée à l?instar du CMN.
La médiation numérique s?est déployée grâce à l?HistoPad, tablette d?aide à la visite, dont le
succès ne se dément pas, notamment auprès des jeunes et de leur famille, tout en augmentant
la durée moyenne de visite. Lancé en 2015 sous la houlette du conservateur du patrimoine, il
inaugure le développement d?une série d?outils développée dans la foulée (visites 3D,
cartographies interactives, ressources pédagogiques, jeux, applications mobiles) : la boussole
promenade scientifique à Chambord, l?expérience immersive au-dessus des toits de Chambord
à 360° ou le rallye-nature-connecté31.
Portée par la célébration des 500 ans, renforcée par la fermeture due à la crise sanitaire, la
médiation numérique s?est diversifiée avec cohérence, comme dans la plupart des principaux
monuments et avec des finalités identiques. Plusieurs partenariats y ont contribué.
30 Le « débotté » pourrait être affecté à cet usage, au moins en-dehors des journées de chasse.
31 https://www.chambord.org/fr/agenda/histopadchambord/
https://www.chambord.org/fr/decouvrir/pour-les-enfants/raconte-moi-chambord/
https://www.chambord.org/fr/communication-presse/les-projets-numeriques/promenade-scientifique-a-
chambord/
https://www.chambord.org/fr/communication-presse/les-projets-numeriques/chambord-360-fabuleux-voyage/
https://www.chambord.org/fr/communication-presse/les-projets-numeriques/le-rallye-nature-connecte/
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 32/65
Concernant le Metavers et le Web3.0, le DNC cible la création d?une marque forte ancrée dans
l?exploitation de l?imaginaire des jeux vidéo et du cinéma. Il s?agirait de lever des fonds et
développer des projets de gaming permettant la création de NFT (non-fungible token ou jeton
non fongible) achetés par les joueurs. Il est prématuré d?évaluer cette amorce de stratégie sur
un marché très spéculatif, mais dans l?hypothèse où elle prospérerait, elle devrait au minimum
être encadrée par le service numérique du ministère de la culture (SNum). D?autre part,
s?agissant du choix de la plateforme Ethéréum, la mission note qu?elle répond aux standards
actuels du marché. Elle est en effet considérée comme l?une des plus sécurisées tout en étant
engagée dans une démarche écoresponsable. Le DNC compte y déposer et protéger plusieurs
marques (pour un an).
2.2 Des activités environnementales et agricoles en évolution
rapide
2.2.1 Un patrimoine naturel historique à protéger face au changement
climatique
Le domaine national de Chambord est concerné par différents types de zonages et protections
qui l?obligent à des contraintes environnementales fortes.
Outre la protection au titre de l?inscription au patrimoine mondial de l?UNESCO, au titre des
monuments historiques et site naturel remarquable, le site est également classé et inscrit :
- Réserve nationale de Chasse et de Faune Sauvage (RNCFS) : le parc intra-muros est
classé depuis 194732.
- Réseau Natura 2000 : Le DNC est inscrit en partie au réseau Natura 2000 à la fois en tant
que Zone de Protection Spéciale (ZPS)33 désignée au titre de la Directive « Oiseaux » et en
tant que Zone Spéciale de Conservation (ZSC)34 désignée au titre de la directive « Habitats ».
- Zone naturelle d?intérêt écologique, faunistique et floristique : ce site est classé en
ZNIEFF de type I et II35 pour la richesse en espèces et habitats patrimoniaux
Pour mettre en oeuvre les directives Habitats et
Oiseaux évoquées supra, le DNC a réalisé un
document d'objectifs (DOCOB), à la fois
document de diagnostic (écologique et socio-
économique) et document de gestion (enjeux
et objectifs) de son site classé Natura 2000. Il
fixe des objectifs à court, moyen et plus long
terme de protection de la nature. Il est suivi par
les services de la Région Centre-Val-de-Loire.
Selon France Nature environnement
« Chambord est considéré comme un « hot
spot » de la biodiversité, notamment pour ses
populations exceptionnelles de grands rapaces
nicheurs. En 2022, on y compte 9 couples de balbuzards pêcheurs (16 jeunes à l?envol, ce qui,
par essaimage, est un des tous premiers foyers de restauration des populations nationales avec
la forêt d?Orléans). Sont également présents et installés naturellement 11 couples d?aigles bottés,
32 Arrêté du 4 avril 1974.
33 Arrêté ministériel du 07 mars 2006.
34 Arrêté ministériel du 13 avril 2007.
35 Une ZNIEFF est un inventaire scientifique qui localise et décrit les secteurs particulièrement intéressants sur
le plan écologique, faunistique et floristique, avec deux types de zones : ZNIEFF de type I, secteur de grand
intérêt biologiques ou écologiques qui abritent des espèces animales ou végétales patrimoniales (dont certaines
protégées) bien identifiées et ZNIEFF de type II, ensemble géographique qui désigne un ensemble naturel
étendu dont les équilibres généraux doivent être préservés.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 33/65
3 couples de circaètes Jean-le-blanc, 1 couple d?autours des palombes? et 2 couples de
cigognes noires, espèce particulièrement sensible au dérangement, sans compter une vingtaine
de pics cendrés. ».
Le DOCOB du site de Chambord date de 2014. Son évaluation est souhaitable pour envisager
sa révision.
2.2.1.1 Une gestion forestière en évolution
La forêt de Chambord est classée monument historique depuis 1997. Elle couvre un peu plus
de 5000 ha.
Un aménagement forestier en évolution pour s?adapter au changement climatique
La forêt de Chambord est majoritairement (70%) composée de chênes ; le pin sylvestre est
l?essence principale parmi les résineux avec 822 ha de futaie régulière ; 160 ha de pins laricio
et de pins maritime (futaies) contribuent à un apport de bois résineux de qualité3637.
La forêt du DNC ne peut pas être considérée comme une forêt classique :
- Elle est close depuis le XVIIème siècle, même si mitoyenne de la forêt de Boulogne ;
- Elle est terrain de chasse avec une pression cynégétique de cervidés/mouflons et san-
gliers importante, frein à son renouvellement naturel38 ; c?est un moteur pour le maintien
a minima de l?actuel taillis sous futaie (la moitié) ;
- Elle pousse sur un terrain sableux de piètre qualité ;
- Ses bois peuvent bénéficier d?une marque prestigieuse mais la qualité de ceux qui la
portent doit être à la hauteur.
Source : DOCOB du DNC
36 Les chênes : le chêne sessile majoritaire (1 622 ha), en mélange avec le chêne pédonculé (taillis-sous-futaie).
Le pin laricio et le pin maritime (peu représentés) contribuent à un apport de bois résineux de qualité avec 160
ha de futaie. Les principaux peuplements sont constitués pour moitié de taillis-sous-futaie (2 167 ha) et de
futaies (2 055 ha). Pour répondre aux objectifs cynégétique et paysager, le taillis-sous-futaie sera le traitement
recherché à Chambord.
37 Au XIXème siècle, le couvert forestier était plus limité (sud Cosson, Boulogne?) ; la lande était majoritaire.
38 Les cervidés et mouflons mangent les jeunes pousses, les sangliers retournent les sols et mangent les
glandées : le gibier freine le renouvellement naturel ; les cervidés abiment les écorces.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 34/65
Le changement climatique est une autre donnée importante : la forêt de Chambord souffre
depuis quelques années d?un dépérissement avec une descente de cime des bouleaux et des
pins sylvestres. Ce même phénomène est aussi observé dans la forêt de Boulogne.
Le plan de gestion forestier (2015-2034) a été réalisé en 2015 avec le support technique de
l?ONF. Le bilan de l?aménagement prévoit une surface de renouvellement des peuplements à
hauteur de 1 070 ha (25% de la surface en sylviculture) 39 .Après avis de l?ONF et du
Département santé des forêts du ministère de l?agriculture, conjointement avec l?INRAe40 - avis
formulé il y a quelques années déjà - il a été envisagé l?introduction de nouvelles essences plus
résistantes, sous financements du Plan de relance : le plan de gestion doit ce fait être modifié41.
Depuis la reprise de la gestion forestière par le DNC (décret de 2005 créant l?EPIC) les forestiers
du domaine sont autonomes. Ils gèrent les coupes et les ventes de bois. Comme signalé supra,
ce fonctionnement n?est pas conforme aux dispositions de l?article législatif fondant l?EPIC (cf
annexe 16).
Toutefois, le Code forestier impose un suivi de la gestion forestière avec l?ONF, qui ne peut
valider les modifications du plan de gestion sans avoir un minimum de données sur l?exploitation
en cours. Il convient de remettre en place des relations régulières, i.e. un comité de suivi une
fois par an ; et autant que possible un échange scientifique et technique.
Mettre en place avec l?ONF un comité de suivi du plan
d?aménagement forestier ; conclure une convention entre l?ONF et le DNC pour cadrer
les relations scientifiques et techniques entre les deux établissements. (Ministères de
tutelle, ONF, DNC)
La vente du bois s?inscrit dans la stratégie de marque du domaine et la distribution
s?opère en direct
Les chênes exploités sur le domaine souffrent des sols relativement pauvres et du traitement
en taillis-sous-futaie. Seules quelques billes de pied font l?objet d?un classement en merrain, le
reste des bois part en charpente, parquet et chauffage.
Pour les résineux, les peuplements de pins sylvestre ou de pin laricio fournissent de meilleurs
produits très recherchés par les scieries. Sur le Domaine, la grande
majorité des bois sont vendus sur pied. Les bois de qualité correcte
sont vendus façonnés (régie) bord de route.
Depuis une dizaine d?année, les ventes se font par appel d?offres gérés
par le Domaine ou de gré à gré. Sur une année, le volume moyen est
de :
- 2800 m3 pour les chênes (150¤ /m3) ;
- 2100 m3 pour les résineux (30 ¤ /m3)42.
La marque de Chambord permet une valorisation des bois de qualité.
Exemples souvent cités, les tonneaux, issus des merrains issus du bois
39 Aménagement forestier, Domaine National de Chambord 2015-2
40 Institut national de recherche pour l?agriculture, l?alimentation et l?environnement.
41 20 placettes sur 50 ha sont plantées, sur deux ans, dans le cadre du Plan de relance de l?Etat. Une première
campagne de 25 ha sur la saison 2022/23 et une nouvelle campagne de 25ha est prévue sur la saison 2023/24.
Un volet expérimental est conduit avec des essences de noisetier, hêtre oriental, testées par l?ONF ; on note
aussi des sapins de Turquie. La plantation se compose à 70 % d?essences principales et 30 % avec des
essences d?accompagnement. De grandes parcelles sont occupées par des résineux ; les petites parcelles en
expérience incluent un mélange comportant des chênes pubescents, tauzins et ibériques dans les zones
hydromorphes.
42 Chiffres représentant le bois non scié aujourd?hui, issus du dossier de présentation du projet de scierie.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 35/65
de qualité supérieure du domaine, dont la vente avoisine les 1 000¤ l?unité43.
Le projet suspendu de scierie mobile
Le DNC a élaboré le projet d?installer une scierie dite « mobile » qui nécessite aussi une
plateforme, un atelier de séchage, un rack?
Incontestablement l?usage et l?investissement d?une scierie mobile peuvent être amortis si elle
approvisionne des circuits courts, pari que fait le DNC. La scierie sur site permet de gérer soi-
même le volume des coupes alors que les exploitants demandent toujours des gros volumes
pour justifier le coût de leur chantier forestier. L?usage de la marque est aussi mieux maitrisé.
En revanche, l?argument de la diminution du nombre de scieries n?est pas retenu par la mission :
selon l?ONF, des opérateurs locaux pourraient traiter le bois du DNC.
Dans la préparation de son plan d?affaires, le DNC a approché de nombreux clients locaux
susceptibles d?être intéressés par le bois d?oeuvre comme par la sciure ou des déchets de sciage
(dosses, morceaux et pièces inexploitables).
Le DNC indique par ailleurs avoir l?intention de servir prioritairement les monuments classés qui
auraient besoin de bois de construction ou de charpente, à commencer par lui-même.
Si l?espoir d?une confortable marge financière justifie ce projet, la mission soulève plusieurs
points :
L?investissement a été estimé à 200 000¤ en Juin 2022 ; 275 000¤ fin 2022 incluant les
nécessaires aménagements de l?environnement. Incluse dans l?emprunt de BNP Paribas (1,5
million d?euros pour l?atelier de venaison et la scierie)44 qui a finalement été contracté pour le
seul atelier de venaison, la scierie serait amortie sur 8 et 10 ans (en fonction des éléments)
avec les recettes du bois scié. Les recettes estimées à 527 000¤ permettraient de dégager un
résultat de 325 000¤. À cela, la mission note qu?environ 100 000¤ doivent être déduits -
équivalent de la quantité de bois qui n?est plus vendu sur pied. La simulation est basée sur des
cours du bois scié élevés (500-700¤/m3) ; il est nécessaire d?anticiper que ce niveau de prix ne
restera probablement pas sur les 10 ans de l?amortissement de l?installation. Toutefois, la marge
est suffisante pour penser que ce n?est pas la chute des cours qui mettrait le DNC en difficulté
sur cette activité.
En revanche, l?équipe envisagée comprendra trois personnes dont un unique opérateur de
sciage, menuisier expérimenté, chargé de surcroit de la vente et de l?administration. En
l?absence de suppléance possible sur la fonction du sciage45 , la mission s?interroge sur les
conséquences d?une absence prolongée de cet unique opérateur et relève de nouveau la
tension imposée au comité de direction avec autant d?activités à encadrer incluant si peu de
compétences dans chaque équipe.
La simulation chiffre correctement le coût des salariés engagés sur la scierie mais
insuffisamment les coûts administratifs et d?encadrement afférents.
Enfin, vendre les déchets de scierie pour de la combustion (tuilerie) serait à considérer dans la
43 La production des merrains est réalisée à la merranderie Cizeau, à proximité de Chambord, après 24 mois
de ressuyage à l?air libre dans le parc de Chambord. La fabrication des fûts est assurée par la tonnellerie Cadus
implantée en Bourgogne.
44 « BNP PARIBAS Proposition Chambord 14 06 2022 : Construction d?un atelier de traitement de la viande de
gibier + divers et acquisition d?une scierie mobile. Montant du besoin exprimé et financement BNP Paribas 1
500 000¤ HT ».
45 Eléments de la fiche de poste : « être un menuisier de formation et de métier, personne qualifiée et
expérimentée avec plusieurs décennies d?expérience dans le sciage. Il assurera les différentes fonctions
indispensables en amont et en aval du sciage proprement dites et il optimisera le sciage de chaque pièce de
bois en fonction de sa qualité, l?usage et la commande, en ayant le moins de perte possible. Il assurera
également le suivi des stocks, entrée /sortie au niveau informatique. Ce travail nécessitera un jour par semaine
ou environ deux heures le matin. Il assurera la fonction commerciale et administrative : accueil clientèle, soit
téléphonique en apportant une solution au client, soit par mails, il établira des devis, il rédigera les bons de
commande et les bons de livraison jusqu?au document final de facturation pour l?agence comptable.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 36/65
comptabilité des crédits carbone du domaine.
En conclusion, la mission estime que ce projet de scierie mobile, certes intéressant « sur le
papier » comme expérience-pilote est susceptible d?engendrer de nombreuses difficultés de
gestion alors qu?un certain nombre de nouvelles activités lancées ou engagées par le domaine
ne sont pas encore à maturité ni stabilisées. À ce jour, la mission a été informée du refus du CA
d?opérer le recrutement envisagé.
Crédits carbone forestiers et Label Bas carbone
Dans la logique de toujours exploiter au mieux son potentiel, le Domaine national de Chambord
a entrepris une démarche pour valoriser en euros sonnants la séquestration de carbone sur sa
forêt et celle du Parc de Rambouillet ; 2,5 M¤ de recettes sont attendues sur les 5 premières
années du marché.
Il est indiqué à la mission que les dépenses incluent principalement, pour le titulaire du marché,
un intéressement calculé sur la base du futur chiffre d?affaires ainsi que 141 000¤ de dépenses
fixes. Sur les 5 ans de durée du marché, le chiffre d?affaires net de Chambord serait, sur la base
de 25 327 tonnes estimés, de : 2,526M¤ - 898 000¤ = 1,628M¤.
L?hypothèse d?un chiffre d?affaire net plus optimiste de 4,187 M¤ circule : la mission note que ce
sujet fait l?objet d?évaluations fort diverses !
S?appuyant sur les dispositions de l?article R. 2111-146 du Code de la commande publique, le
DNC a consulté cinq opérateurs dont la société La Belle Forêt pendant plus d?un an en amont
de la rédaction du cahier des charges de l? appel d?offre à prestataire pour gérer la comptabilité
et la commercialisation des crédits carbone (annexe 16).
Ce cahier des charges a été publié par la seule voie officielle (JOUE et BOAMP47).
Plusieurs opérateurs ont montré leur intérêt mais seule La Belle Forêt et l?ONF ont déposé une
offre ; après analyse dont la mission a pris connaissance, la société La Belle Forêt est
considérée par le DNC comme l?opérateur répondant le mieux aux attendus du cahier des
charges (annexe 17) et remporte l?appel d?offres.
La Belle Forêt propose de développer sur Chambord une méthode qui valorise les efforts de
préservation de la biodiversité, et se base sur le développement d?une sylviculture mélangée à
couvert continu. Le ministère en charge de l?agriculture attire l?attention sur les objectifs
nationaux réaffirmés de production de bois. L?impact sur les zones de production devrait être
limité dans la mesure où toutes les futaies ne sont pas concernées par la méthode proposée.
Le conseil d?administration a retenu le prestataire La Belle Forêt sous deux conditions : La Belle
Forêt, inspirée d?une méthode labellisée au niveau international, doit obtenir en France le
« Label Bas Carbone » du ministère de la transition écologique ; le plan de gestion de la forêt
doit être modifié. La décision a été rendue publique le 16 décembre 2022 par communiqué de
presse des ministres de l?agriculture et de la transition écologique, qui présente clairement
l?opération comme une « expérimentation » (annexe 19).
Si les experts de La Belle Forêt ont apporté une expertise utile au DNC sur l?approche d?une
méthode de valorisation de la séquestration du carbone forestier incluant un volet biodiversité,
la procédure suivie n?est peut-être pas optimale au regard des règles de concurrence en matière
de commande publique.
La mise en oeuvre devra s?avérer exemplaire et il conviendra de veiller à ce que la vente des
crédits carbone se fasse bien auprès d?entreprises en réelle démarche de progrès écologiques
et non d?éco-blanchiment.
46 Article R. 2111-1 : Afin de préparer la passation d'un marché, l'acheteur peut effectuer des consultations ou
réaliser des études de marché, solliciter des avis ou informer les opérateurs économiques de son projet et de
ses exigences.
47 Journal officiel de l?Union européenne daté du 25/5/2022 et Bulletin officiel des annonces de marché public
daté du 22/05/2022.
PUBLIÉ
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000037731045
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 37/65
Etablir une charte de cession des crédits carbone du Domaine
national de Chambord, auprès d?entreprises/organismes qui démontrent leur
engagement dans une démarche de progrès. (DNC)
Rambouillet
Le plan de gestion forestière 2013-2032 est établi pour 616 ha, avec une meilleure santé globale
des feuillus et résineux qu?à Chambord. Le marché du carbone forestier s?exercera aussi sur la
forêt du Parc de Rambouillet. La gestion forestière est assumée par l?équipe, qui entretient
encore quelques relations avec l?ONF local. Les ventes de bois sont administrées par le DNC.
La place singulière de la chasse : nécessité écologique ou commerce cynégétique
Comme déjà évoqué au 1.1.4, l?activité chasse reste indissociable de Chambord et, dans
l?inconscient collectif, elle reste même, à tort, le haut lieu de la chasse à courre48 qui ne s?y
pratique pourtant plus depuis 1947 !
La place de la chasse à Chambord est donc singulière car elle met ici en lumière la pratique
cynégétique, actuellement décriée au nom de la maltraitance animale, de la conservation des
espèces, de la sécurité des promeneurs en forêt? et forcément soumise à polémiques,
surenchéries par le secret bien gardé des invités.
La place de la chasse est également singulière car, comme évoqué précédemment, elle est
l?essence même du domaine et conditionne l?avenir de la forêt.
Il y a deux écoles : celle du « maintien de la chasse dans la plus grande discrétion » et celle de
l?explication ouverte de ses objectifs dans un souci de transparence. Le sujet n?est, à ce jour,
pas tranché, ni même débattu.
Environ 30 chasses par an sont organisées avec 500 invités pour les deux sites confondus.49
Les chasses occupent un tiers du temps de service des agents de la direction « chasse et forêt ».
Le DNC semble donner une priorité aux préoccupations cynégétiques dans la gestion du
domaine forestier, ce qui se traduit par le retournement tous les 3 ans des prairies et l?existence
d?une vingtaine d?aires d?« agrainage »50. L?agrainage peut être autorisé par dérogation51. Mais
certaines voix évoquent la pratique de « nourrissage », destiné à enrichir les tableaux de
chasse, sous couvert de permettre au public d?observer des animaux et de protéger la forêt. Si
elle était avérée, cette démarche de chasse commerciale poserait une question d?éthique.
Etant donné l?abondance du grand gibier à Chambord (comme en Sologne en particulier et dans
toute la France en général), des expérimentations pourraient être menées sur la réduction de
48 De multiples tweets récents évoquent encore la chasse à courre au sein du DNC. Source Twitter.
49 À Chambord, 15 battues au sanglier pendant 4 mois et 200 cervidés tirés, à Rambouillet, 12 battues au faisan.
50 L?agrainage est une pratique cynégétique consistant à nourrir des animaux sauvages dans leur
environnement naturel.
51 L. 425-5 « L'agrainage et l'affouragement sont autorisés dans des conditions définies par le schéma
départemental de gestion cynégétique. Le nourrissage en vue de concentrer des sangliers sur un territoire est
interdit. Le schéma départemental de gestion cynégétique peut autoriser des opérations d'agrainage
dissuasives en fonction des particularités locales. ».
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 38/65
ces populations et son intérêt pour la biodiversité.
Rambouillet
Le parc de Rambouillet permet de valoriser auprès des mécènes de Chambord une chasse
complémentaire avec des gibiers différents : le « poil » à Chambord, la « plume » à Rambouillet.
Les 65 mécènes actuels chassant à Rambouillet ont versé un droit d?entrée de 5 000¤.
Au sein du château, une salle au rez-de-chaussée du donjon (précédemment réserve de
tapisseries) est dédié au vestiaire des chasseurs : le « débotté ». La mission suggère qu?en
dehors des 14 jours de chasse le « débotté » soit affecté à un usage réellement et visiblement
public. Ce lieu pourrait être dédié à la pédagogie et à l?éducation sur l?intérêt et l?utilité de la
chasse durable à Chambord.
2.2.1.2 Un projet de valorisation des produits de venaison exemplaire ?
Le terme de « venaison » désigne toutes viandes des gibiers chassés et destinés à la
consommation humaine. Le devenir des produits de la chasse est un enjeu : d?une part, les
prestataires et les chasseurs capables de traiter les animaux tués font défaut ; d?autre part,
l?éthique impose de ne pas détruire des viandes propres à la consommation humaine. Enfin, la
valorisation sur le marché des viandes non consommées par les chasseurs (10% de la chasse52
+ l?import) impose des mesures sanitaires drastiques, agréées par l?État.
En France, la consommation moyenne de gibier se situe en moyenne entre 600 et 800 g/an53
(avis Anses 2018). 80% de la viande de gibier mise sur le marché est importée. Par ailleurs
c?est la division, presque par deux, du prix d?achat des carcasses du DNC par la société Vilette
(basée dans l?Aisne !) à l?issue de la période COVID qui a amené le DNC à s?engager sur une
autre stratégie, à savoir de traiter lui-même les produits issus de la venaison.
Après une étude très complète54, dont la mission a pris connaissance, le DNC a opté pour la
conversion d?un bâtiment technique du site « La faisanderie » en un atelier de traitement,
découpe et conditionnement des carcasses de sangliers et cervidés/mouflons (cf plan en
annexe 20). Une moyenne de 50 sangliers - 8 cerfs - 2 mouflons sont tirés chaque semaine,
soit, après parage et découpe, la production de 1 340 kg de viande/semaine ; sur une période
de 16 semaines. Le plan d?affaires établi par le consultant, étudié par la mission, pose
raisonnablement à 1,52¤ le coût de production d?1kg de viande exploitable. Dans son plan
d?affaire prévisionnel, le DNC compte sur 96 000¤ de bénéfice après amortissement, soit 1,9M¤
en cumul en fin de période d?emprunt sur 15 ans (annexe 21). La mise aux normes de
l'assainissement de cet atelier, et de celui du centre de collecte existant représente 500 000¤,
financée pour les deux tiers par le mécénat.
Ce projet a été solidement préparé et longuement discuté55. En interne comme à l?extérieur, les
avis sont très positifs56. Les utiles échanges préalables avec l?administration sanitaire57 ont été
conduits. La mission regrettera toutefois que le CSE, qui l?a demandée, n?avait pas été
destinataire de la note écrite relative à ce projet alors que son financement à hauteur de 1,5M¤
a été entériné au CA de Juin 2022.
L?ensemble des parties considèrent que le Domaine national de Chambord jouera, avec cet
atelier, son rôle de démonstrateur pour les régions voisines.
52 Rapport CGAAER - Valorisation de la venaison Mission n° 21032.
53 Avis ANSES 2018.
54 Le plan d?affaires de l?atelier a été réalisé en février 22 par le consultant Hervé Blandin.
55 Sujet abordé et encouragé déjà en 2020 en CA.
56 Interviews de parties prenantes et d?experts.
57 Service d?inspection vétérinaire de la direction départementale de l?emploi, du travail et des solidarités
(DDTES) et direction générale de l?alimentation du ministère en charge de l?agriculture.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 39/65
L?idée est donc pertinente, mais la mission attire l?attention de la direction générale de
Chambord sur les points suivants :
- L?installation de collecte du DNC est aujourd?hui reconnue par les services vétérinaires
sanitaires comme d?un très bon niveau ; ajouter un atelier de découpe impose des pra-
tiques d?hygiène extrêmement rigoureuses, chaque action étant susceptible d?être
source d?une contamination de la viande. L?agrément sanitaire sanctionne cette qualité
d?organisation sanitaire du travail. La suspension de l?agrément ou un incident sanitaire
nécessitant des retraits de produits écorneraient l?image du DNC et mettrait en péril le
retour sur investissement de l?atelier.
- Le plan d?affaires est basé sur une quantité élevée de gibier : 850 sangliers et 150 cer-
vidés exploitables (référence de l?année 2019/2020), donc une chasse sur le DNC de
près de 900 sangliers par an compte tenu des animaux déclassés vers l?équarrissage.
Il conviendrait, pour l?équilibre de la biodiversité du domaine de ne pas rechercher la
multiplication des tableaux de chasse pour une activité économique qui reste secon-
daire.
- L?idée entendue de compléter les recettes de l?atelier par une prestation auprès d?autres
chasses de Sologne nécessite un cahier des charges extrêmement précis pour d?une
part traiter les produits d?une chasse éthique, mais surtout se protéger de la maladie
hautement contagieuse (PPA : peste porcine africaine) qui menace de façon de plus en
plus pressante les frontières de l?est de la France. Le DNC a la chance d?être clos et de
pouvoir ainsi assurer sa biosécurité. Mais toute introduction d?animal même mort est
susceptible de faire basculer le DNC dans une situation catastrophique qui mettrait en
péril ses chasses et son investissement.
- D?un point de vue juridique pour que le DNC se livre à des activités économiques dans
un champ concurrentiel, l?atelier doit répondre à ses besoins propres ; au-delà (traite-
ment d?autres chasses par exemple), il doit exister un intérêt public résultant notamment
de la carence ou de l?insuffisance de l?initiative privée (annexe 22).
La venaison à Rambouillet
Compte tenu des distances, le traitement à Chambord de la venaison de Rambouillet n?est pas
pertinente. Un atelier est en cours de montage à proximité qui permettra de traiter de façon plus
régulière le produit des chasses du Parc. Par ailleurs, Plusieurs restaurateurs locaux basent
leur carte sur le gibier ; l?un deux est demandeur de carcasses entières de sangliers et cervidés
ainsi que de la totalité du gibier provenant de Rambouillet58.
Gérer l?atelier de traitement de la venaison sans concurrencer le
secteur privé et avec une rigueur sanitaire extrême ; contribuer à un guide des bonnes
pratiques d?hygiène avec les fédérations de chasse ; ne pas augmenter la pression de
chasse dans le but de rentabiliser l?atelier. (DNC)
2.2.2 Un domaine qui se cherche en termes d?agro-écologie
Depuis 2018, le Domaine national de Chambord établit de nouvelles activités sur les espaces
non forestiers du parc, avec une intéressante logique de pratiques plébiscitées par les
consommateurs (permaculture, circuits courts?) et de financements de l?entretien du domaine,
mais qui l?emmène sur des métiers et donc des compétences, extrêmement divers.
2.2.2.1 Une activité viticole qui s?organise
58 Compte rendu du conseil d?administration, juin 2022.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 40/65
À proximité du château et en co-visibilité, il a été décidé en
2015 de planter 14 hectares de vignes biologiques (77.000
pieds de vigne - 5 cépages différents), au lieu-dit
« l?Ormetrou ». Ces vignes produiront à terme environ
70.000 bouteilles et devraient rapporter un million d?euros de
revenu net par an59. En 2021, 128 hectolitres ont été récoltés
pour 17 066 bouteilles produites. Pour la vinification,
Chambord a choisi comme partenaire Henry Marionnet60.
En lieu et place d?un projet initial de chai dessiné par
l?architecte Jean-Michel Wilmotte, abandonné en 2020 dans
un contexte d?augmentation du budget de cette opération et de crise sanitaire, l?aménagement
de ce chai est décidé à l?intérieur d?un bâtiment existant - la ferme de l?Ormetrou - solution moins
controversée et bien plus économe (cf. infra).
Là encore, ce projet a fait l?objet de mécénat d?entreprise61 et il est également possible pour
tout particulier « d?adopter un pied de vigne » pour 1 000¤ avec une défiscalisation à hauteur
de 66%.
Après un an de travaux, la réhabilitation s'est terminée au premier trimestre 2022 et le chai
inauguré début juillet 2022.
Chambord a ainsi emprunté 3M¤ pour son chai (0,55M¤ perçus en 2019 et une deuxième
tranche versée en 2020 de 2,45M¤). Sans la connaissance d?une analyse de rentabilité, la
mission n?a pu vérifier que ces emprunts sont bien financés par cette activité.
2.2.2.2 Une forte diversité de productions
Même si l?histoire montre qu?un vignoble a existé dès 1518 à Chambord et qu?un potager était
bien présent sur le domaine au XVIIème puis XIXème siècle62, il convient pour ces activités comme
pour toutes les autres et davantage pour les futures activités de s?interroger sur leur pertinence
au regard du décret statutaire du Domaine national de Chambord et sur les risques
économiques qu?ils engendrent (champ concurrentiel, gestion et ressources humaines internes).
Ainsi l?activité viticole qui se doit d?amortir la rénovation du bâtiment qui accueille le chai sur la
ferme de l?Ormetrou ; ainsi le potager qui permet la rénovation, le nettoyage du terrain et
l?ouverture au public des 5 000m² et d?un bâtiment de l?enceinte des écuries du Maréchal de
saxe, complété de l?exploitation de 5 ha mitoyens63 (annexe 24) ; ainsi le troupeau de moutons
de la race de faible effectif « Solognot » qui entretient prairies et sous-bois (annexe 23).
Les ruchers (annexe 25), la récolte et commercialisation de l?eau de bouleau, la collecte d?eau
de forage sur le domaine pour la brasserie d?Axereal dans la commune voisine de Bracieux sont
autant d?activités annexes dont l?objectif est de faire entrer des recettes avec une marge
conséquente via la boutique et les circuits courts, mais d?une diversité qui questionne sur la
capacité à mener et maitriser autant d?activités de front, même sous-traitées.
Travailler le potager selon les pratiques de la permaculture demande beaucoup de main
d?oeuvre, une expérience au long-cours et donc un engagement dans le temps long difficile à
exiger de la part des salariés. Aujourd?hui les ateliers viticole, potager, apicole sont certifiés
Bio, ce qui demande déjà beaucoup de technicité pour maîtriser la qualité visuelle, gustative et
sanitaire des produits.
59 Chiffre communiqué par la Direction générale du DNC.
60 Spécialiste des cépages anciens et du vin naturel, implanté en Sologne.
61 Groupama Paris Val-de-Loire, principal mécène.
62 [les parcelles] correspondent sur un plan de 1693, (?/?) du jardin de Bouray charpentier. D?autres plans
iconographiques du 18e siècle représentent les diverses utilisations de ce terrain (pépinières, prés, potager,
verger, forêt?) ». Source : Arrêté 20/0071 du 18 février 2020, portant prescription et attribution d?un dignostic
d?archéologie préventive.
63 Parcelle dite « des casernes ».
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 41/65
2.2.2.3 Des activités agricoles à stabiliser dans leur modèle avant d?imaginer
une autre valorisation de l?espace
L?idée avancée par la direction générale 64 de produire de l?agro-énergie (panneaux
photovoltaïques compatibles avec les installations et terres agricoles, géothermie,? ) est une
autre idée intéressante mais qui ne saurait s?imposer avant d?avoir pleinement stabilisé les
développements en cours. Chaque nouvelle recette potentielle nécessite un investissement du
management déjà saturé.
Le sujet du devenir de la ferme du Pinay, dernière ferme encore exploitée par un agriculteur,
doit aussi être abordé avec discernement. S?il est très pertinent de maîtriser cette exploitation
dans le futur pour contenir les modes de production et limiter les incidents sanitaires dans
l?espace clos du DNC, précipiter les choses à un moment pivot où l?établissement a déjà
beaucoup de projets à stabiliser serait contre-productif, voire dangereux pour l?équilibre général.
La mission a entendu dans les entretiens la saine réflexion sur une hypothèse de reprise de
l?exploitation au moment du départ en retraite de l?exploitant actuel. Mais la lecture des
documents montre que le DNC est déjà engagé dans une procédure juridique pour faire
reconnaître le caractère domanial de cette exploitation agricole. En tout état de cause, la
mission suggère de conserver une exploitation agricole qui entretient les espaces plutôt que de
transformer à son tour la ferme du Pinay en gîtes supplémentaires.
Considérant ces différentes activités agricoles, la mission attire l?attention sur les points
suivants :
- les raisonnements économiques de l?agriculture ne s?appliquent que partiellement au
domaine national de Chambord qui peut écouler ses produits en circuit court et appli-
quer des tarifs plus confortables que ceux du marché ;
- la technicité nécessaire pour s?inspirer de la ferme de Bec Hellouin (Eure) ou de la ferme
québécoise « Les Quatre temps », partenaire du domaine, sur la permaculture étaient
intéressants à considérer mais le relationnel, l?expérience et la technicité nécessaires
supposent des personnels investis dans la durée. Le glissement vers le positionnement
agriculture biologique est plus prudent, bien qu?appelant aussi beaucoup d?expérience
et de rigueur ;
- les productions agricoles, sur certaines opérations gourmandes en main d?oeuvre, font
appel à la bonne volonté pour compléter les ETP dédiés ; de motivantes, elles peuvent
aussi rapidement alourdir les journées des personnels les plus engagés ;
- les ateliers ovins, viticole, le potager, comme l?atelier de venaison suscitent, pour les
personnels qui ne sont pas engagés sur ces sujets, une vive inquiétude. Des ateliers de
visite dédiée pour les personnels, voire une invitation à venir ponctuellement donner un
coup de main devraient permettre de rassembler davantage autour de ce concept
louable de valorisation financière des espaces à entretenir. Cela contribuerait, là aussi,
à la fierté des réalisations accomplies sur le domaine ;
- la Bergerie nationale de Rambouillet, le potager du Roi (annexe 26) comme probable-
ment les enseignants des établissements de formation professionnelle agricole locaux
devraient pouvoir apporter une expertise solide, pertinente et durable dans le cadre de
conventions pluriannuelles ;
- plusieurs établissements d?enseignement agricole développent des formations pour
l?accueil de public sur les exploitations agricoles et forestières et pourraient être centres
de ressources pour le DNC.
64 Discussions avec la mission.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 42/65
L?agro-écologie à Rambouillet : une longueur d?avance
Si le DNC ne gère pas les espaces agricoles du domaine de Rambouillet, les terres exploitées
par la Bergerie nationale (BN) en culture et en pâturage ou fourrage pour les élevages de bovins
et ovins sont imbriquées dans la forêt. L?éco-pâturage dans les landes et l?agroforesterie
pratiquée en sous-bois ont une fonction de démonstration parmi les enseignements dispensés
plus largement par la BN sur l?agro-écologie.
La Bergerie nationale est un centre de ressources sur les productions animales ; elle héberge
et entretient à titre patrimonial le troupeau de race de très faible effectif Mérinos introduit sous
Louis XVI en cadeau du Roi d?Espagne. Ses béliers ont été diffusés sur tout le territoire pour
améliorer la production de laine des races françaises.
Réfléchir à une gestion de certains ateliers agricoles et de la Ferme
du Pinay par un exploitant agricole indépendant, dans le respect des objectifs du
domaine ; être attentif, dans la durée, aux risques, pour l?image du domaine, liés aux
qualités gustative et sanitaire des produits mis sur le marché. (DNC)
2.2.3 Les actions de médiation
Au-delà des actions de médiation numérique décrites au II.A.2.d., le DNC pourrait amplifier sa
démarche de médiation en présentiel de façon plus volontariste avec des visites du parc
commentées et autour de l?agroécologie. Le ministère de la transition écologique, attaché à
cette dimension éducative, pourrait à travers sa subvention65, qui couvre actuellement le déficit
budgétaire des actions conduites en matière de chasse et de biodiversité, demander au DNC
d?en consacrer une partie à la médiation, avec notamment la création et l?animation d?un espace
d?interprétation du domaine.
2.2.4 Aller vers l?excellence environnementale
Les 500 ans du domaine désormais révolus permettent d?ouvrir un nouveau cycle de
préservation, de transmission et de rayonnement de cette « cité idéale », voulue par François
1er. Un nouvel exercice de prospective à 10 ans par exemple pourrait être engagé, pour régler
non seulement les risques et points de vigilance évoqués dans le présent rapport mais aussi
pour proposer à Chambord une véritable vitrine de l?excellence environnementale.
L?anticipation du défi climatique et l?adaptation au changement climatique déjà réel (inondations,
dépérissement de la forêt, ?) doivent être amplifiées notamment par une plus grande prise en
compte de la dimension paysagère qui passe par des lieux à (re)conquérir, sans pour autant
banaliser le monument.
Le DNC pourrait ainsi se mobiliser concrètement pour entreprendre des actions liées aux
« Solutions fondées par la nature », qui selon l'Union internationale pour la conservation de la
nature (IUCN) « s?appuient sur les écosystèmes pour relever les défis que posent les
changements globaux à nos sociétés comme la lutte contre les changements climatiques, la
gestion des risques naturels, la santé, l?approvisionnement en eau ou encore la sécurité
alimentaire. ».
Dans le cadre de partenariats à imaginer, la présence plus affirmée d?une ou plusieurs
associations environnementales, à travers leurs représentations locales, auprès du DNC
pourrait également favoriser l?émergence de propositions intéressantes, en termes de
développement durable.
65 977 000¤ annuels (1/3 environ va à Rambouillet).
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 43/65
Plus généralement et malgré la nécessaire approche financière des tutelles, le bilan de ces
dernières années a démontré l?intérêt de laisser au DNC une grande part de créativité, qui devra
à l?avenir s?inscrire dans un projet stratégique, libéré des modes et tendances.
2.2.4.1 Une démarche de sobriété énergétique à amplifier
La direction du domaine pourrait dans la conjoncture actuelle d'augmentation des coûts de
l'énergie et considérer avec les salariés toutes les mesures possibles de sobriété à court et à
moyen termes.
Le DNC avait exprimé dès 2010 une volonté d?une production d?énergie plus vertueuse à
l?échelle du château et du patrimoine bâti du village par l?installation d?une chaudière collective
biomasse. En raison d?un dépassement de budget important, ce projet est abandonné. En 2015
est réalisé un audit sur les installations de chauffage sur les bâtiments du village et en 2016 est
commandée une étude diagnostic des installations électriques et énergétiques du château,
portant notamment sur le remplacement des 60 chaudières existantes et qui a rendu ses
conclusions en 2017. À ce jour, seulement une quinzaine de chaudières, certes de nouvelle
génération mais toujours à énergie fossile, a été remplacée. Si ces nouveaux équipements sont
certes opportuns, ils ne sont pas optimum, en termes d?économie d?énergie notamment. En
2022, le DNC a confié à l?architecte en chef des monuments historiques l?élaboration d?un
schéma directeur énergétique attendu en 2023. En 2022 toujours, le DNC a répondu à l?appel
à projet « plan de sobriété énergétique » dit Résilience 2 » pour s?engager vers la suppression
des chaudières fioul. La réponse à leur candidature (5 dossiers66) devrait être communiquée en
février 2023. En annexe 27, une fiche sur la transition énergétique et thermique rédigée par le
DNC récapitule la politique menée ces dernières années et envisagée pour le futur.
À l?occasion des fêtes de fin d?année 2022, le DNC a mis
en place une expérimentation symbolique de son
engagement Les illuminations de Noël ont été alimentées
grâce à l?énergie solaire. Une mini centrale
photovoltaïque67 composée de 54 panneaux, installée au
sol, a ainsi alimenté l?éclairage de l?allée du château et sa
soixantaine de sapins.
Le DNC, conscient des enjeux écologiques et financiers en
matière de consommation d?énergie, s?oriente donc, pas à
pas, vers des solutions pour amorcer l?énorme chantier qui l?attend, indiquant néanmoins que
« cette transformation n?est pas absorbable avant les 5 prochaines années ».
La posture de l?architecte en chef des monuments historiques indiquant que « Rien n?empêche
de faire de l?architecture et de la transition énergétique et qu?il n?y pas d?autocensure en la
matière » conforte les orientations qui seraient prises et amplifiées dans ce sens, sous réserve
du contrôle scientifique et technique de la DRAC.
66 Dossier PR 6987 - Rénovation des installations de chauffage du Village Nord du Domaine national de Cham-
bord pour 400 000¤
Dossier PR 7059 - Rénovation des installations de chauffage du Village Sud du Domaine national de Chambord
pour 325 000¤
Dossier PR 7068 - Rénovation des installations de chauffage des bâtiments techniques du Domaine national
de Chambord pour 320 000¤
Dossier PR 7086 - Rénovation thermique et énergétique complète pour 380 000¤
Dossier PR 7443 - Isolation en toiture des combles des maisons du village du Domaine national de Chambord
pour 246 000¤
67 Partenariat avec Groupe Roy Energie. Dispositif réutilisable et indépendant qui fonctionne hors réseau, avec
une batterie de 25 000 Wh assurant 8 heures d?autonomie.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 44/65
S?engager dans une démarche de sobriété énergétique avec pour
finalité l?autonomie du domaine et du village. (DNC)
2.2.4.2 Les accès à Chambord et une politique de mobilité à prendre à bras
le corps
La mission a fait le constat que l?immense majorité des visiteurs viennent à Chambord en
véhicule (voitures principalement et bus). La mobilité et les différents accès vers et à Chambord
ont été évoqués par la plupart des personnes auditionnées par la mission. Outre la question de
la sécurisation des accès, de la localisation des parkings (réflexion engagée par le DNC), la
mobilité a été particulièrement évoquée par les élus, reconnaissant ce « trou dans la raquette »
depuis de nombreuses années. La mission a bien donc noté cette réalité sans pouvoir, à ce
stade, y apporter une réponse concrète : ce sujet ne peut être traité qu?avec les collectivités
locales et nécessite une volonté politique forte. Le DNC pourrait néanmoins être « moteur » sur
cette question importante.
Une sécurité piétonnière insuffisante à Rambouillet
La problématique de la mobilité à Rambouillet est d?une autre nature que celle de Chambord
puisque la gestion à trois de l?ensemble du domaine (château, bergerie nationale et parc)
impose des droits et des devoirs encore balbutiants. Sur notamment les aspects très
préoccupants de la sécurité des piétons, Il conviendrait de définir rapidement, par convention,
les prérogatives de chacun qui, selon les témoignages, sont à ce jour mal définies.
2.2.4.3 Chambord, de l?ancrage territorial au rayonnement international
Dans la lignée des autres monuments historiques français, le château de Chambord participe
au rayonnement naturel de la France, de son histoire et de sa culture. Le DNC a la
responsabilité de s?inscrire dans une démarche non seulement territoriale mais aussi nationale
et internationale.
Pour ce faire, la mission salue l?ensemble des actions de communication mis en oeuvre par le
DNC.
Sa communication institutionnelle, commerciale, digitale (avec une présence notamment sur 7
réseaux sociaux, dont 2 chinois) et numérique et son implication dans la mission exploratoire
sur le Metavers permet, grâce à cette transversalité, de capter tous les publics, dont le très
jeune public.
La refonte du site a permis de déployer offres de e-billetterie, e-commerce depuis 2021,
préparation des visites plébiscitées par les étrangers, contenus exclusifs, notamment ludiques
et applications. Avec 22 millions de visiteurs uniques en 2022, le site constitue le coeur de la
stratégie digitale du DNC. Sa notoriété et sa qualité ont été primées à deux reprises.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 45/65
Si l?affiliation via les réseaux sociaux croît plus lentement,
le DNC se satisfait de communautés actives ; avec un peu
moins de 300 000 abonnés sur les principaux réseaux
sociaux 68 en 2022, Chambord n?a pas à rougir de la
comparaison avec les 350 000 abonnés du CNM, d?autant
que son taux d?engagement/follower le situe entre le 5ème
et le 7ème rang des comptes analysés par CLIC France-
Club Innovation & Culture. Le domaine reste évidemment
loin derrière les presque 9 millions d?abonnés du Louvre,
ou les 2,2 millions du Château de Versailles.
A noter que le succès du manga « One piece » (cf image
ci-contre) a participé de façon involontaire au
rajeunissement de l?image de Chambord.
Le concert de l?artiste Sting, initialement
programmé en 2020 mais reporté le 28 juin 2022
à cause de la crise sanitaire, attirant plus de
20 000 personnes, a remporté un vif succès. Il a
été décliné dans de multiples articles de presse
nationale et internationale La multi diffusion du
concert sur les chaînes de télévision françaises et
étrangères a montré de magnifiques images du
château et de ses abords permettant de marquer
l?esprit de potentiels visiteurs. Dans le cadre de la
deuxième édition de « Chambord Live », une nouvelle programmation est prévue avec le
groupe Imagine Dragons le 8 septembre 2023.
Le DNC a également la faculté de tirer parti de grands évènements que la France organise : La
coupe du monde de rugby (du 8 septembre au 28 octobre 2023) et les jeux olympiques de Paris
(du 26 juillet au 11 août 2024). Ces manifestations sont d?ores et déjà des terrains de jeux
intéressants à exploiter pour d?éventuelles collaborations avec les organisateurs, en privilégiant
une communication numérique et un tourisme français durable et fédérateur.
Les activités de tournage de films 69 , les réceptions, séminaires, accueils de délégations
étrangères et voyages officiels, outre l?aspect économique pour le DNC70 et ses environs,
concourent évidemment à la notoriété nationale et internationale du lieu et valorisent à la fois
les infrastructures mais aussi le savoir-faire des équipes.
L?ensemble de ces outils constituent indéniablement une image renouvelée du DNC et des
publics extrêmement divers.
2.3 La révision des conventions domaniales : Le Relais de
Chambord, un exemple d?adaptation
Le DNC a révisé toutes les concessions de restaurants et boutiques du village, dont l'offre
méritait une mise à jour et à niveau ; parmi ces derniers, l'hôtel du Grand Saint-Michel appelait
un intérêt particulier.
Jouissant d?une vue spectaculaire sur le château, le vétuste hôtel du Grand Saint-Michel
comptait au nombre des commerces dont la clarification domaniale conduisit à mettre fin aux
68 Facebook, Twitter, Instagram, TikTok + Pinterest, YouTube et Google+.
69 Les derniers films tournés à Chambord : les séries Serpent Queen et Diane de Poitiers et les longs-métrages
Qu?est ce qu?on a tous fait au bon Dieu ?, Coeurs vaillants et Comme un prince.
70 10.000¤/jour tournage intérieur et 5.000¤/jour tournage extérieur.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 46/65
baux commerciaux. Dès juillet 2013, le DNC lança un appel à manifestation d?intérêt (AMI)71
pour une offre hôtelière et une expérience-visiteurs de meilleure qualité tout en assurant une
redevance supérieure aux 2,5% sur le CA versés jusqu?à alors. Le cahier des charges n?hésite
pas à comparer Chambord « aux grands monuments de l?humanité comme la Grande Pyramide,
Angor Vat, le Machu Pichu avec pour point commun leur caractère sacré ». Il est à ce stade
prévu une AOT de 30 ans avec une redevance fixée à 10% du CA ; l?article 8-1 prévoit que
l?occupant supportera seul les conséquences d?accidents et dommages imprévus. Les offres
sont réceptionnées en octobre 2013. Trois resteront finalement en lice.
S?en suivent plusieurs mois d?itérations entre le DNC, pour lequel ces sujets constituent une
nouveauté, les administrations des ministères en charge de la culture et de l?économie, et les
commerçants détenteurs de baux commerciaux sur le domaine public. Les avis convergent pour
autoriser en 2014, sous le timbre du directeur de cabinet du ministre de l?économie, le DNC à
verser des indemnisations d?un montant de 4,8M¤, dont 3M¤ pour le seul Hôtel Saint-Michel et
selon des modalités avantageuses pour la SARL au plan fiscal. Chambord avait bien budgété
cette dépense au BI 2014 (sans provisionner le risque). Une solution ad hoc est néanmoins
imaginée et validée par le CA du 26 mars 2014 : l?adjudicataire s?engagera dans la convention
signée le 30 juin 2014 avec le préfet du département à verser aux cédants l?indemnisation de
3M¤, présentée comme la valeur vénale (fictive) des actifs laissés par ces derniers. En
contrepartie, Culturespaces obtiendra la prolongation de son AOT de moitié, soit 45 ans assortie
d?une diminution de sa redevance annuelle à 7,5% du CA au lieu de 10%.
La mission constate qu?il était nécessaire de conclure rapidement une transaction avec les
commerçants. Elle relève cependant le caractère inusité de l?évolution des stipulations
contractuelles entre le cahier des charges de l?AMI et la convention. Des négociations pré-
contractuelles ont été nécessaires avec l?adjudicataire. L?ensemble de cette procédure a été
validé par le CA et les ministères de tutelle.
En définitive, Le Relais de Chambord, dont l?ouverture a été repoussée de deux ans à la suite
des inondations de 2016 et l?exploitation handicapée par la crise sanitaire, a obtenu un avenant
stipulant cinq années supplémentaires d?adjudication, soit une durée de 50 ans.
Comme celui de la vente de crédits carbone, cet exemple d?une opération généralement jugée
très positive, tant l?hôtel Saint-Michel était vétuste, montre que le Domaine doit veiller d'autant
plus à maitriser rigoureusement les composantes juridiques et techniques de ses projets qu'ils
font appel à des compétences ne relevant pas de son coeur de métier. La concertation avec les
tutelles, qui permet le partage d'un ensemble d'expériences plus large, s'impose alors
particulièrement.
2.4 Dans tous les secteurs, le besoin d?élaborer une trajectoire
de développement durable du Domaine, avec ses tutelles, ses
salariés et ses partenaires
Le DNC doit construire durablement ses actions, dans un cadre contractualisé avec ses
ministères de tutelle et en concertation avec ses personnels.
Les constats de la mission sur la mise en valeur culturelle, environnementale et domaniale
invitent à la construction du projet d?établissement 2023/2030 évoqué supra autour
d?orientations stratégiques de long terme qui embrassent
- les activités économiques en se fondant sur un dialogue avec les services locaux ou
nationaux compétents des trois tutelles pour inscrire dans une projection à 3 ou 10 ans
les flux financiers et les investissements ;
- la mission culturelle, qui doit conjuguer le temps long de la recherche et de la restaura-
tion avec un projet de médiation structuré et évolutif ;
71 Validation au CA du 10 juillet 2013 ; lancement de l?AMI le 29 juillet 2013 avec le concours d?Image 7, conseil
du DNC en stratégie touristique et de mécénat, ainsi que pour la communication. Cette agence a aussi aidé le
DNC à identifier d?éventuels candidats parmi ses nombreuses relations.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 47/65
- l?engagement attendu des salariés dans la construction d?une relation de confiance,
montrant la valeur de l?implication de chacun et de tous, pour construire un « esprit d?en-
treprise » plus marqué, au-delà de la fierté de travailler dans ce lieu historique ;
- les objectifs environnementaux des politiques publiques pour lesquels le domaine est
attendu (mobilités, énergie, biodiversité, climat, risques naturels, agroécologie, gestion
forestière durable?).
Sur la base de ces lignes directrices, le COP 2023/2026 qu?appelle supra la mission, définira
les objectifs chiffrés et les indicateurs et jalons d?exécution des objectifs de court terme
convenus avec les ministères de tutelle.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 48/65
3 Depuis la création de l?EPIC en 2005, une stratégie
payante de développement
3.1 Une gestion administrative et financière fiable mais sous-
paramétrée
3.1.1 Une organisation maîtrisée qui octroie une latitude certaine à
l?établissement
La mission s?est livrée à un contrôle des fonctions financières articulé dans toute la mesure du
possible avec le contrôle organique concomitant de la Cour des comptes. Elle relève que ni
l?agent comptable, ni le contrôleur budgétaire et comptable ministériel (CBCM) ne font état de
risques en matière de pertinence des informations, de tenue des régies ou des procédures
d?achat, pas plus que de visas. Elle souligne la qualité satisfaisante des documents
préparatoires, même s?il arrive que l?ordonnateur adresse les conventions tardivement, y
compris au comptable.
L?agent comptable de l?EPA de Versailles où il réside principalement, suit depuis 2019 le DNC
au titre d?une adjonction de service. Concrètement, il participe chaque mois au comité de
direction élargi dont le niveau d?information le satisfait, et se rend à une ou deux reprises par
mois à Chambord. Il indique n?avoir pas le temps d?assister au CODIR hebdomadaire, plus
opérationnel. Le service compte quatre salariés expérimentés formés par la DGFIP, dont un
fondé de pouvoir depuis 8 ans qui « fait fonction » d?agent comptable.
Si la mission n?émet pas de réserve particulière sur ce fonctionnement, elle relève cependant
que le directeur général n?a pas souhaité conserver un agent comptable à temps plein en 2012
« en raison du caractère jugé pointilleux des contrôles opérés ».
Le régisseur de recettes est en charge de la billetterie. A compter de 2008, les recettes de toute
nature qui lui ont été rattachées n?ont cessé de croître en se diversifiant : évènements, locations
de véhicules, baux en tous genres, visites en forêt, ateliers , parkings en paiement etc?Si le
risque de caisse est considéré comme maîtrisé, la mission réserve à la Cour des comptes le
soin d?un contrôle approfondi de cette organisation, d?autant que la forte augmentation des
recettes entraîne la présence de 8 mandataires sur place formés pour gérer les fonds.
Le CBCM pour sa part participe à tous les pré-CA et CA. Le Domaine bénéficie d?un régime
particulier car le texte du contrôle a aménagé des visas non-contraignants. De ce fait, il n?exerce
pas de refus strict de visa et se situe plutôt dans un accompagnement juridique qu?il juge
suffisant.
La suppression du plafond d?emplois notifiée le 1erjanvier 201972 (annexe 28) et la possibilité
étendue de contracter des emprunts au-delà de douze mois lors du transfert du parc de
Rambouillet en 201873 constituent un allègement des contrôles. En définitive, l?EPIC jouit d?une
latitude dans l?exercice de ses missions qui l?obligent particulièrement en termes de maîtrise
des risques, d?autant qu?il est dépourvu de commissaire aux comptes.
3.1.2 L?organisation financière n?a pas tiré toutes les conséquences de
la gestion budgétaire et comptable publique
3.1.2.1 Une fonction achats formalisée des prestations de service
intellectuelles à limiter
La fonction est assurée par une unique salariée rattachée au service administratif et financier
72 Cf.infra page 58.
73 Décret n°2018-432 du 1er juin 2018 relatif au Domaine national de Chambord, article 14-alinéa 5.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 49/65
(SAF). Aucun problème particulier n?a été relevé en termes de visas, sachant que le fondé de
pouvoir participe aux commissions de commande publique. La mission souligne cependant le
risque attaché à la concentration du traitement des dossiers, nombreux et parfois complexes,
sur un seul responsable de rang intermédiaire. Une meilleure connaissance des achats avec
dispositions environnementales est également souhaitable.
S?agissant de l?achat de prestations de service intellectuelles, la mission constate que
Chambord a fait le choix de compenser son manque d?expertise interne en recourant à des
consultations externes, systématiques sur les questions juridiques et le développement
commercial (annexe 29). Si ces études, fruits de mécénats de compétences pour certaines,
répondent à un besoin avéré, l?absence de maîtrise partagée en interne peut fragiliser la solidité
des arbitrages. De surcroît, leur montant est significatif et croissant, signe d?une accélération
des projets et de facteurs de risques les entourant. La circulaire du Premier ministre du 19
janvier 202274 actualisée par la circulaire du 10 janvier 2023 du ministre chargé de la culture
visent à mieux encadrer et limiter l?achat de prestations externes. Dans l?attente de précisions
pour les établissements publics du ministère de la culture, la mission invite Chambord à ouvrir
sans tarder un chantier de réflexion sur :
- sa programmation d?achat de prestations ;
- la mise en oeuvre des prochaines préconisations ministérielles ;
- l?internalisation accrue de compétences de nature à favoriser l?apprentissage de ses
personnels.
Tableau 5 : montant des prestations juridiques 2019-2021 (en euros)
Source : Domaine national de Chambord
Les systèmes d?information font face à des enjeux de transformation
Les systèmes d?information financière
74 Circulaire du Premier ministre relative à l?encadrement du recours par les administrations et les
établissements publics de l?Etat aux prestations intellectuelles du 19 janvier 2022.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 50/65
Le système d?information financière SIREPA en version gestion budgétaire et comptable
publique (GBCP) est considéré comme stable par l?agent comptable. Il est également
susceptible d?évoluer vers un système internet sans difficulté majeure car les données existent
et sont de bonne qualité, sous la condition de disposer des ressources dédiées. Les
gestionnaires regrettent pour leur part le report depuis de longues années des investissements
relatifs au changement éventuel de logiciel, un certain nombre d?opérations nécessitant des
conversions manuelles sous forme de fichiers Excel. Comme pour tous les établissements, la
bascule qui devrait être opérée par la DGFIP dans INFINOE en 2024 sera l?occasion d?une mise
à niveau.
La mission a identifié un certain nombre d?opérations manuelles administrées par le service
financier multipliant les risques de cohérence qui gagneraient à être automatisées, notamment :
- les tableaux de trésorerie et d?écarts entre comptabilité budgétaire et générale, pointage
mensuel au mieux ;
- les tableaux budgétaires (prévision et exécution) sont saisis manuellement puis reco-
piés dans un masque dans SIREPA ;
- les tableaux de suivi des dépenses et recettes fléchées ;
- l?absence de logiciels de gestion de projet ; absence d?interface avec les outils de ges-
tion du service fait ;
- la gestion manuelle de la paie.
Pour la bascule dans l?INFINOE, il conviendra d?être vigilant à plusieurs titres :
- sur la nomenclature comptable, d?autant que l?infocentre va produire le compte finan-
cier ;
- sur la dématérialisation sur laquelle Chambord a accumulé du retard au point qu?au-
jourd?hui sur CHORUS 70% à 80% des factures sont rééditées sous forme papier pour
que les gestionnaires visent le service fait ;
- sur l?analyse incomplète des besoins spécifiques à Chambord dans la conduite d?INFI-
NOE, circonscrite à des entretiens opérés par l?agence comptable.
Ces constats conduisent la mission à préconiser que le DNC engage la réflexion autour de la
création d?un service facturier. Le service facturier est un mode d?organisation qui permet
d?optimiser la chaîne de la dépense, de réduire les délais de traitement, et in fine de garantir
une meilleure qualité de l?information financière et comptable. Il implique l?arrivée et le traitement
des factures en un point unique, rattaché à l?agent comptable. Dématérialisation et service
facturier entrent tous deux dans une logique de contrôle interne.
Créer un service facturier en conformité avec les recommandations
du décret de 2012 sur la gestion budgétaire et comptable publique. (DNC)
L?informatique générale
S?agissant plus largement des systèmes d?information du DNC, en dépit d?améliorations
structurantes depuis six ans, dont l?élaboration d?un schéma directeur et d?une feuille de route,
plusieurs pistes restent à développer75. Il s?agira prioritairement de renforcer la compétence
stratégique de l?équipe en lui conférant davantage de poids en interne pour favoriser la culture
informatique, en particulier sur les sujets de sécurité. La mission note d?ailleurs que le
responsable des SI, isolé, ne participe à aucun groupe métier inter-établissements du ministère
75 Audit de la gouvernance informatique, APOGEA, février 2021. Objectifs recommandés :
- contribution à la création de valeur,
- maîtrise des risques liés au SI,
- prise en compte des attentes des métiers,
- performance des processus informatiques,
- maîtrise des coûts des services fournis,
- gestion des compétences et préparation du futur.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 51/65
de la culture. Il conviendra également de travailler sur les interfaces informatiques et logiciels
des différents métiers qui font défaut en matière de gestion. l
Il s?agira enfin de :
- diminuer le nombre d?incidents (2 600 annuels) ou externaliser le help desk ;
- articuler stratégie des SI et stratégie de développement du DNC ;
- actualiser le plan d?actions ;
- trouver une articulation plus pertinente avec les conseils externes.
A l?évidence, la fonction informatique doit être réévaluée pour gagner en agilité.
3.1.2.2 Des contrôles de gestion et interne perfectibles et à sécuriser
Le SAF identifie un agent en charge du contrôle de gestion et plus marginalement du contrôle
interne.
La comptabilité analytique en coûts directs76 se déploie par activité commerciale et pour les
coûts des bâtiments. Elle est utile et les recrutements sont clairement isolés dans les activités,
mais répond à des besoins macro-économiques plus que de performance de la dépense. Elle
ne donne pas lieu à des reporting, le suivi des activités se résumant à la consommation des
budgets. Les affectations ne sont pas parfaitement homogènes d?une direction à l?autre, et il
manque des consolidations. Le CBCM n?est pas en mesure de juger de la pertinence des
rattachements des coûts.
De façon générale, les gestionnaires, « formés sur le tas » manifestent un dévouement précieux.
Pour autant, davantage de spécialisation sera souhaitable pour l?avenir.
Ainsi, les budgets prévisionnels des activités à développer ne sont pas conçus en liaison avec
le contrôle de gestion, la scierie mobile étant un bon exemple. Il est vrai que l?élaboration des
plans d?affaires fait l?objet de consultations externes ad hoc.
La mission constate que le pilotage des activités par le contrôle de gestion demeure imparfait ;
cela constitue un objectif pour l?avenir.
S?agissant du contrôle interne, une cartographie des risques a été établie en 2020 préparée
avec des groupes de travail métier et assortie d?un plan d?action en 2021 (annexe 30). Le recul
manque pour évaluer sa mise en oeuvre. Les notes transmises aux CA traduisent le degré
balbutiant de la réflexion sur le sujet (annexe 31). Malheureusement le comité d?audit censé
rassembler le DSI, l?agent comptable et les personnels du secrétariat général ne s?est jamais
réuni et a fortiori n?a pas produit de plan d?action. En définitive, seuls deux rapports d?audit
externes (sur le terrain social) ont été réalisés en 2014 et 2021.
L?établissement explique cette faiblesse par le manque de disponibilité liée au temps consacré
par les salariés au développement commercial. La mission note que certains cadres supérieurs
ne cachent pas l?indifférence que leur inspire la question du contrôle interne. Le conseil
d?administration n?émet pour sa part aucune remarque sur ce sujet.
Force est constater une approche formaliste du contrôle des risques budgétaires et comptables,
un domaine sensible après la fragilisation des équilibres économiques pendant la crise sanitaire.
Le manque de culture en matière de contrôle interne est flagrant et devra être corrigé par des
plans d?action opérationnels.
Missionner un commissaire aux comptes pour sécuriser les
contrôles et développer une culture de pilotage des risques et de la performance. (DNC)
76 Contrairement aux engagements de ventilation des coûts indirects du projet de service.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 52/65
3.2 La soutenabilité budgétaire est assurée jusqu?en 2025,
incertaine au-delà
3.2.1 Un modèle fondé sur la hausse des recettes propres
Les objectifs contractuels datent de 2013 et ne sont pas entièrement atteints
Le projet d?établissement présenté en 2013 constitue l?unique engagement contractuel de
l?établissement77. Il prévoit :
- l?autofinancement de l?exploitation en 2019 et le financement d?au moins 50% des in-
vestissements grâce à 1 million de visiteurs (contre 775 744 en 2012) ;
- la diversification des activités qui s?est traduite par l?augmentation du panier moyen dé-
pensé par visiteur (20,6¤ en 2021) ;
- l?augmentation de la subvention d?investissement MH (monument historique) du minis-
tère de la culture d?1,7M¤ à 2,5M¤ ;
- la diminution de la subvention du ministère de l?environnement de 1,5M¤ à 0,5M¤.
Ce pari a été en grande partie gagné, surtout si l?on corrige les soldes d?exploitation à compter
de 2018 de l?effet de périmètre du parc de Rambouillet qui crée une charge annuelle
supplémentaire de 0,5M¤78 . Les résultats traduisent une politique volontariste d?attractivité
touristique ainsi que d?internalisation et de diversification des ressources : reprise en régie
directe et facturation des parcs de stationnement, reprise en régie directe des activités
commerciales, politique de marque et boutiques, valorisation agricole et de la chasse, mécénat,
évènementiel.
Tableau 6 : évolution des recettes de fonctionnement 2005-2022 (milliers d?euros arrondis)
ANNEES 2005 2010 2012 2018 2019 2020 2021 2022
Subventions État fonct. 1 719 2 585 2 190 2 072 2 052 4 719 6 651 4 193
Autres subventions 0 23 99 150 209 1 226 1 723 295
Ressources propres dont 3 445 8 763 9 518 15 451 19 949 12 472 13 383 19 524
Entrées (1) 2 195 4 315 4 452 6 671 8 276 4 321 4 228 7 229
Visites guidées (2) 136 444 548 758 793 384 382 701
Audioguide/Histopad (3) 12 352 463 676 757 465 456 661
Total château (1+2+3) 2 343 5 111 5 463 8 105 9 829 5 170 5 066 8 591
Culture et spectacles 0 234 175 705 782 578 877 1 678
Parking 0 609 753 1 321 1 410 887 940 1 363
Boutiques, restaurants 789 1 775 2 089 3 484 4 260 2 631 3 248 4 160
Domanial 187 458 642 1 138 1 653 1 168 1 819 1 817
Forêt 103 311 216 355 752 1 186 826 938
Mécénat financier 0 5 10 176 887 245 271 529
Autres produits 23 259 69 167 381 608 336 447
TOTAL RECETTES FCT 5 163 11 371 11 808 17 673 22 211 18 418 21 658 24 012
Source : Mission à partir des données du DNC
77 Outre les objectifs de performance personnels assignés au directeur général. Le projet de COP 2021-2024,
non assorti d?indicateurs, n?a pas abouti.
78 3,68M¤ de 2018 à 2023, budget initial 2023 du DNC. Le ministère de la culture n?a pas suivi la demande de
mesure nouvelle de 2M¤ sur Rambouillet de l?établissement.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 53/65
Premier constat :
La création de l?EPIC en 2005 a relancé une dynamique de développement. Dès 2010, les
ressources propres avaient cru de 154% avec un doublement de la fréquentation et du total des
recettes de fonctionnement. A l?exclusion du mécénat qui s?était tari avec la perte des apports
antérieurs de la fondation Sommer et des Amis de Chambord, la création de valeur par des
activités était donc engagée avant 2010.
Second constat :
- Les recettes propres ont plus que doublé entre 2010 (8,7M¤) et 2022 (19,5M¤), grâce à
la valorisation des actifs. Elles ont été tirées par la fréquentation avec un effet prix ET
volume : En 2012, les recettes représentent 4,3M¤ avec 776 000 visiteurs pour le châ-
teau plus 23 000 visiteurs qui ont acheté une activité extérieure ; en 2022 les recettes
atteignent 7,2M¤ et se décomposent en 870 000 visites du monument plus 184 000 en
achat d?activités extérieures, soit 1 054 000 billets vendus au total ;
- Les recettes commerciales (de 1,7M¤ à 4,16M¤) ;
- Les recettes domaniales (de 0,4M¤ à 1,8M¤) ;
- Le mécénat financier79 avoisine 0,3 M¤ en moyenne et 0,5M¤ en 2022, signe de la fi-
délisation des donateurs. Le mécénat en numéraire atteint 1,2M¤ sur la période (cf ta-
bleau 10 infra).
Ces résultats sont remarquables.
Tableau 7 : part du monument dans les recettes propres de fonctionnement en milliers d?euros
Années 2012 2018 2019 2020 2021 2022
Château
+guides
+histopad
5463 58,3% 8105 52,5% 9829 49,3% 5170 41,4% 5066 37 ,8% 8591 44%
+boutiques
+restaurants 2089 22% 3484 22,5% 4260 21,3% 2631 21% 3248 24 ,3% 4160 21,3%
TOTAL
château 7552 80,3% 11584 75% 14089 70,6% 7801 62,4% 8314 62,1% 12751 65,3%
Source : Mission. Le calcul vise à donner une tendance, d?autres recettes pouvant être additionnées et celles
des restaurants et boutiques proratisées à la baisse car toute la clientèle ne visite pas le château.
Troisième constat :
La part du monument en tant que telle décroît en valeur relative dans les dépenses effectuées
par les visiteurs. Chambord a toujours été, plus qu?un monument, un domaine forestier et un
ensemble paysager, témoins de leur temps. Il n?y a pas lieu de s?étonner des résultats des
activités connexes à la visite du château. Cependant la mission rappelle que les activités
extérieures doivent être pensées comme un accompagnement à la curiosité et la
compréhension du monument pour les publics.
79 Le mécénat est triple : financier (concours libres d?affectation), affecté (ciblé sur des opérations précises) et
en nature ou de compétences.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 54/65
Tableau 8 : taux de ressources propres (RP) de fonctionnement 2010-2022 en euros
Années RP de
fonctionnement
Taux de RP
Chambord
Taux de RP
Rambouillet
Taux global de
RP
2010 8 763 144 76,9% - 76,9%
2018 15 451 353 89,7% 18,3% 87,9%
2019 19 949 115 91,2% 51% 89,9%
2020 12 472 348 67,4% 53,7% 66,8%
2021 13 383 129 64,4% 49,6% 63,9%
2022 19 523 664 83% 60,6% 82,2%
Source : Mission à partir des données du DNC
Malgré la croissance de ses ressources propres, le DNC ne parvient pas à financer ses charges
de fonctionnement en totalité. Cependant, avec 89% en 2018 et déjà 83% en 2022, Chambord
se situe sur une trajectoire positive.
Emprunts
Le DNC a, dès 2019, recouru à la faculté d?emprunter via deux emprunts sur 15 ans, l?un de
3M¤ pour financer la construction du chai à l?Ormetrou en juin 2020, l?autre de 1,5M¤ pour un
atelier de traitement de la venaison en octobre 2022, soit des remboursements mensuels de
30 696¤ dès 2023. La mission relève l?optimisme de ces engagements.
S?agissant de la fréquentation80 , si l?acmé de fréquentation se situe en 2019 lors de la
célébration des 500 ans de Chambord (917 000 visiteurs + 150 000 en extérieur), le retour, dès
2022, au niveau de 2018 est assez remarquable. Plus que le monument dont les visites entre
2012 et 2022 ont augmenté de 12%, les activités extérieures sont devenues moteurs de
croissance avec 21% du total des billets vendus du DNC. Par comparaison, les six monuments
les plus fréquentés81 du Centre des monuments nationaux connaissent une quasi-stagnation
ces dix dernières années.
En revanche, leur taux d?autonomie de fonctionnement est beaucoup plus élevé en moyenne.
Les comparaisons ne sont pas entièrement probantes en raison de mutualisations opérées par
le siège du CMN. Néanmoins, si l?on compare les résultats de Chambord aux seuls sites non
parisiens, le Mont-Saint-Michel et Carcassonne, on constate que les taux d?autonomie sont
structurellement supérieurs à ceux du DNC. En 2019, année de référence, Carcassonne atteint
150% et le Mont-Saint-Michel 260%. Face au retard initial de Chambord, ces chiffres traduisent
la dynamique de rattrapage du DNC mais aussi la nécessité de développer un pilotage par la
marge pour les projets d?activités nouvelles et l?établissement d?objectifs ambitieux et partagés
avec les tutelles sur ce ratio.
80 La mission relève un effet de périmètre puisque la cible de 1 million de visiteurs du projet de service englobe
les activités extérieures non comptabilisées avant 2012.
81 Arc de Triomphe (1,73M en 2012/1,63 en 2022), Carcassonne (0,472 en 2012/0,496 en 2022), Conciergerie
(0,456 en 2012/0,404 en 2022), Mont Saint-Michel (1,27 en 2012/1,198 en 2022), Panthéon (0,724 en
2012/0,854 en 2022), Sainte Chapelle (0,952 en 2012/1,1 en 2022). Pour mémoire, Rambouillet (0,028 en
2012/0,063 en 2022).
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 55/65
Tableau 9 : taux d?autonomie de fonctionnement 2011-2021 des cinq premiers monuments du CMN
Années 2011 2019 2021
Valeurs A B A B A B
Carcassonne 3,491 168% 4,222 149% 2,282 76%
Mt St Michel 10,579 293% 12,718 261% 5,711 118%
Arc de
Triomphe 10,895 306% 14,578 282% 4,365 99%
Panthéon 3,629 181% 5,275 187% 1,913 28%
Ste Chapelle 6,662 384% 11,556 411% 2,580 122%
Source : Mission d?après des données du Centre des monuments nationaux (en M¤)
A : recettes propres hors subvention
B : taux d?autonomie de fonctionnement (A/ dépenses de fonctionnement)
Mécénat
Il s?agit d?une véritable réussite du DNC. Le mécénat progresse fortement et durablement sous
toutes ses formes (annexe 32 : montants annuels détaillés). Le parc de Rambouillet en bénéficie
à son tour après son rattachement. Ces excellents résultats sont à inscrire au crédit du DNC.
Tableau 10 : part des différentes de mécénat à Chambord (2011-2021)
et Rambouillet (2019-2021) en milliers d?euros
CHAMBORD (2011-2021)
Mécénat Compétence Nature Numéraire Total
Fonctionnement 2 563 673 1 319 308 1 786 046 5 669 027
Investissements 1 572 334 289 683 10 018 701 11 880 718
Total 4 136 007 1 608 991 11 804 747 17 549 745
% 26,50% 9,10% 67,30% 100%
PARC DE RAMBOUILLET (2019-2021)
Mécénat Compétence Nature Numéraire Total
Fonctionnement 21 097 32 647 119 397 173 141
Investissements 96 242 - 478 000 574 242
Total 117 339 32 647 597 397 747 383
% 15,70% 4,40% 79,90% 100%
Source : Mission à partir des données DNC
Les 2/3 du mécénat collecté sont affectés aux opérations d?investissement, principalement sous
forme de numéraire (2/3), soit 1,2M¤ en moyenne annuelle, avec une nette accélération à partir
de 2018. Ce choix n?est pas contestable dès lors que le DNC veille à mieux équilibrer entre
activités commerciales et monument82. La régularité formelle des conventions n?appelle pas de
remarque.
En termes de soutenabilité 2023-2025, la mission insiste pour que le DNC stabilise ses
projections de mécénat au niveau de 2022 en raison du caractère personnalisé et aléatoire de
ces recettes. A intégrer dans la cartographie des risques.
La valorisation des activités par une segmentation de l?offre s?analyse comme une stratégie
82 In Developping a successful fundraising strategy (Réussir sa stratégie de recherche de mécénat), étude
réalisée en janvier 2019, la société Mac Kinsey retient 9 projets à mécéner, dont seulement 2 patrimoniaux : les
murs d?enceinte et la dorure des lanternons, préexistants de longue date, pour un montant total de fonds à lever
de 8,8M¤. Ces préconisations, qui n?engagent nullement Chambord, arrêtent un parti favorable au
développement d?activités valorisables à court terme.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 56/65
de marketing inspirée par le modèle économique du Château de Versailles. En termes de
performance, les données transmises par l?établissement font état d?un delta négatif à la charge
de Chambord de 3¤ par visiteur pour un coût de 3M¤ en 2022 contre 1,5M¤ en 2019.
« En dépit d?incertitudes sur le périmètre de coûts retenus », le modèle n?est donc pas encore
rentable. Quels sont les leviers pour l?avenir ?
- L?augmentation de la subvention pour charge de service public qui supposerait une ré-
vision des objectifs du COP 2023-2025 à construire ; le ministère de la culture a déjà
réservé une suite défavorable à cette demande du DNC en 2022 ;
- L?augmentation de la fréquentation : souhaitable par nature et créatrice de valeur à la
condition de piloter chaque segment d?offre à partir de la marge par usager (ie en cher-
chant au minimum l?équilibre analytique d?exploitation) sans verser dans le « tout com-
mercial »;
- L?augmentation du panier moyen du visiteur a connu une accélération parallèle à la
diversification des offres ; il a presque doublé en passant de 11,65¤ courants en 2012
à 21¤ en 2022, sans réduire le coût moyen par visiteur supporté par l?établissement, en
raison de la hausse des dépenses de fonctionnement. La mission attire l?attention sur
les limites du développement commercial en termes de performance dans le modèle
actuel et suggère de lancer un audit externe de rentabilité par activité ;
- La politique tarifaire est sous tension : d?une part, la gratuité concerne 26,4% des visi-
teurs, sans compter les 6,6% de scolaires et tarifs réduits, soit plus d?un tiers de la fré-
quentation ; d?autre part, le plein tarif pour le château a cru de 2/3 (65,5%) en 10 ans,
avec une nouvelle augmentation en 2023 de 10,3% portant le plein tarif à 16¤. A com-
parer aux 35% de gratuits et au plein tarif à 10¤ de l?Abbaye du Mont-Saint-Michel par
exemple au CMN, ou à l?établissement public du château de Versailles où les règles de
gratuité avant 26 ans sont équivalentes, pour un plein tarif de base à 19,5¤ mais avec
une richesse de visite très supérieure. Le plein tarif du château de Chenonceau, dont
l?exploitation est privée, s?établit à 15,5¤ ;
- Augmenter la part de visiteurs étrangers à plein tarif. Chambord a déjà exploré cette
piste avec un succès mitigé, s?agissant des non-européens, avant l?interruption de la
crise sanitaire. Elle demeure un levier d?innovation territoriale pour le Domaine. Bien
que son attractivité internationale soit incomparable à celle de Versailles, on observe
une reprise de bon augure.
Lancer un audit externe de rentabilité pour les activités
commerciales en cours et projetées. (DNC)
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 57/65
Les subventions
En fonctionnement : la subvention de fonctionnement a doublé à l?arrivée de Jean
d?Haussonville et n?a pas été réévaluée depuis, conformément aux engagements du projet
d?établissement (hors crise sanitaire). La croissance du chiffre d?affaires ne s?est donc pas
appuyée sur la dépense publique mais sur l?attractivité renforcée du domaine, les mécénats et
l?emprunt. La mission souligne cependant que contrairement à d?autres grands châteaux-
domaines, Chambord n?est pas un musée auquel incombent de lourdes obligations de
conservation et d?enrichissement des collections. C?est pourquoi le modèle antérieur de
développement au sein du CMN, hors travaux MH, était lui aussi économe en fonds publics.
Tableau 11 : évolution des subventions de fonctionnement - 2005-2023 (millions d?euros arrondis)
Ministères Culture
Transition écologique ONCFS +
Agriculture
Subventions
except. TOTAL
Chambord Rambouillet
2005 0,499 0,483 - 0,736 - 1,718
2010 1,053(1) 1,531 - 0,613 - 2,585
2012 1,045 1,145 - - - 2,190
2018 1,076 0,620 0,376 - - 2,072
2019 1,076 0,612 0,365 - - 2,053
2020 1,075 0,616 0,365 - 2,740(2) 4,796
2021 1,075 0,616 0,365 - 4,602 6,658
2022 1,075 0,616 0,365 - 2,000 5,747
2023 (BI) 1,070 0,616 0,365 - 0,130 2,181
Source : mission à partir des données du DNC
(1) y compris 0,245M¤ en compensation pour la gratuité 18-25 ans intégrée à la CSP à compter de 2014 et
0,017M¤ pour la gratuité des enseignants qui atteint 0,12 à partir de 2017.
(2) y compris 0,071M¤ du ministère de l?intérieur (Quartier d?été).
Crise sanitaire : Le ministère de la culture a attribué un montant de 14,165M¤ à Chambord en
3 ans, dont 11,5M¤ sur le plan de relance, réparti entre 9,165M¤ en fonctionnement et 5M¤ pour
des travaux sur monuments historiques. Le DNC a su d?une part en tirer le meilleur parti en
lançant un train de restaurations, dont celle, insigne, des lanternons et d?autre part équilibrer sa
situation patrimoniale et de trésorerie en diminuant ses coûts pendant la crise (annexe 33).
Tableau 12 : subventions exceptionnelles COVID entre 2020 et 2022 (M¤)
Exercices 2020 2021 2022
Fonctionnement 2,668 4,5 2
Investissement MH 5
Source : Mission à partir des données DNC
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 58/65
Les subventions d?investissement :
Ministères Culture
MH
Transition
écologique
excep.
Agriculture
Subventions
excep.
Etat
TOTAL
2005 1,185 1,185
2010 1,045 1,045
2012 1,786 0,216 2,002
2018 2,498 0,606 0,100 3,204
2019 2,353 0,400 2,753
2020 2,353 0,109 2,462
2021 2,353 5,160 7,513
2022 2,353 0,141 0,035 2,528
2023 (BI) 2,353 0,09 0,160 2,603
Source : Mission à partir des données DNC
Le ministère de la culture a porté sa subvention MH à 2,4M¤ conformément aux stipulations du
projet d?établissement, l?a complétée par 5M¤ sur le plan relance en 2021, contribué à la
reconstitution de la CAF en fonctionnement (annexe 14). Le ministère de l?environnement a
soutenu les projets qui le concernaient au cas par cas, celui de l?agriculture n?intervenant qu?à
titre marginal depuis son retrait (2010)83.
La mission observe que le prochain COP pourrait être l?occasion d?engager une nouvelle
discussion stratégique avec les tutelles et sur les axes de développement des activités
extérieures pour une contribution mieux ajustée du ministère de la transition écologique et
effective pour celui de l?agriculture.
3.2.2 Des dépenses sous contrôle mais en forte expansion
Tableau 14 : dépenses exécutées 2005-2022, BI 2023 en euros
DEPENSES
CP 2005 2012 2018 2019 2020 2021 2022 BI 2023
Personnel 1 881 131 6 062 847 7 740 662 9 680 598 9 057 675 9 761 106 11 306 935 11 597 400
Fonct. 1 310 812 4 913 236 8 550 409 11 771 798 6 739 431 7 964 282 10 309 397 10 326 800
Total fonct. 3 191 943 10 976 083 16 291 071 21 452 396 15 797 106 17 725 388 21 616 332 21 924 200
Invest. MH 1 005 240 4 290 751 1 690 719 1 547 588 2 965 609 5 355 896 5 630 264
Autres
invest. 156 284 1 826 883 3 650 097 2 294 001 2 004 689 5 018 267 2 951 028 5 060 934
Total invest. 156 284 2 832 123 7 940 848 3 984 720 3 552 277 7 983 876 8 306 924 10 691 198
Remb.
Emprunts - - - - 116 667 200 000 225 000 300 000
TOTAL DEP 3 348 227 13 808 206 24 231 919 25 437 116 19 466 050 25 909 264 30 148 256 32 915 398
Source : Mission d?après des données du DNC
Considérant 2019 comme un point haut de référence, deux postes de dépenses évoluent
significativement en dépit des incertitudes héritées de la crise sanitaire.
83 Evolution des subventions d?Etat perçues ? DNC - 12 octobre 2022 (remis sur table).
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 59/65
Des dépenses sous contrôle mais en forte expansion
Source : Budget initial 2023
3.2.2.1 Les dépenses de personnel connaissent une croissance continue dont
l?accélération en 2022 et 2023 ne convainc pas entièrement
Tableau 15 : évolution des emplois 2010-2023 en masse salariale (milliers d?¤ arrondis) et ETPT
Personnel 2010 2018 2019 2020 2021 2022 2023 BP
Masse
salariale 5 466 8 418 9 854 9 074 9 844 11 229 11 597
ETPT hors
externalisation 132 192 218 198 218 249 258
Moyenne MS
chargée/ETPT 41 266¤ 43 634¤ 45 082¤ 45 775¤ 44 823¤ 45 240¤ -
Source : Mission d?après les données du DNC
Le quasi-doublement des ressources propres, depuis 2010, s?accompagne d?une hausse de
112% de la masse salariale. La mission n?a pas observé de dérive des coûts moyens, ni de
rigidité particulière dans le pilotage des emplois par l?établissement en raison du volant de CDD.
Elle ne remet pas en cause l?internalisation qui autorise une certaine polyvalence et fixe des
personnels sur un site rural.
Elle s?interroge cependant sur l?accélération observée depuis trois ans et l?effet « boule de
neige » sur l?emploi du développement de nouveaux projets (venaison, scierie mobile, extension
des gîtes etc?), alors même qu?existent des incertitudes économiques. Eu égard à la faiblesse
relative de l?équipe administrative, la gestion d?un personnel de plus en plus nombreux et affecté
à des projets multiples pourrait au reste devenir une préoccupation pour le DNC. La mission
souscrit à la non-validation par le CA des augmentations prévues au budget initial pour 2023
sur ce point.
Contenir la dynamique de recrutements en privilégiant le coeur de
mission de l?établissement ainsi qu?une consolidation des fonctions supports à
périmètre d?activités constant. (DNC)
3.2.2.2 Les dépenses d?investissement s?accélèrent
Elles résultent de reports d?opérations MH programmées antérieurement ET de projets
commerciaux nouveaux en forte croissance depuis 2021 rendus possibles grâce aux emprunts.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 60/65
Tableau 16 : origine des recettes et destination des dépenses en investissement : 2005-2023 (M¤)
2010 2018 2019 2020 2021 2022 BR2 2023 BI
RECETTES
Sub. MH 1 045 000 2 352 984 2 352 984 2 352 984 7 352 984 2 513 194 2 632 862
Autres sub. - 934 165 37 146 112 762 160 000 16 000 50 000
Mécénats 119 353 2 462 070 776 008 1 039 828 869 920 1 487 800 873 000
Emprunts - - 550 000 2 450 000 - 1 500 000 -
Divers 4 368 - - 6 6449 - - -
TOTAL REC 1 168 721 5 749 219 3 716 138 5 962 023 8 382 904 5 516 994 3 555 862
DEPENSES (CP)
Travaux MH 952 636 4 290 751 1 690 719 1 547 588 2 965 609 5 715 702 5 680 264
Autres invest. 1 351 235 3 650 097 2 294 001 2 004 689 5 018 267 3986 849 6 067 935
TOTAL DEP 2 303 871 7 940 848 3 984 720 3 552 277 7 983 876 9 702 551 11 784 199
Source : Mission à partir des données DNC.
Pour mémoire, le projet d?établissement prévoyait un financement à 50% des investissements
par l?EPIC. Le contrat est rempli. Le niveau des dépenses de restauration des monuments
historiques (château, abords et enceinte) qui constitue statutairement une des missions
essentielles de l?EPIC, s?est redressé. Mais la mission note que, corrigé des subventions
exceptionnelles du plan de relance, ce niveau devient structurellement inférieur aux
investissements, certes ponctuels, finançant des activités nouvelles.
Tableau 17 : répartition des recettes et dépenses d?investissement en milliers d?¤, 2018-2023 BI
2018/2023 BI
Sub.
MH84
Autres
sub.
Mécénat Emprunt Total
recettes
Dépenses MH
(reports inclus)
Autres
dépenses
(reports inclus)
Total
dépense
s
Total 19 558 1 310 7 509 4 500 32 883 21 881 23 022 44 902
% Recettes
totales
59,5% 4% 23,8% 13,7% 100% 48,7% 51,3% 100%
Source : Mission.
La mission prend acte de la volonté de valoriser des actifs mais souligne la nécessité d?équilibrer
les opérations commerciales avec celles centrées sur le monument. Il est vrai que le classement
intégral du domaine plaide en faveur d?une vision large et que le DNC a formidablement
réhabilité les espaces dont il a la charge. Toutefois, l?abandon ou la révision de plusieurs projets
témoignent d?une forme d?emballement. Des plans d?affaires présentés au conseil
d?administration ont pu être finalement revus sans plus d?explications. Si l?on peut se féliciter
d?un pilotage réactif, la mission alerte sur la précipitation dans certains projets d?investissement.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 61/65
A titre d?exemple, les travaux d?édification d?un chai
traduisent un pilotage approximatif en termes de
soutenabilité financière et improbable en termes
architecturaux. Le projet prévoyait en effet des coûts
et une élévation du bâtiment contre lesquels la DRAC
avait alerté en vain. Seule l?intervention du ministère
de la culture a fini par avoir raison d?une prise de risque
à tous égards excessive du DNC. Au plan patrimonial,
le résultat est aujourd?hui satisfaisant.
3.3 Un budget soutenable à court terme mais incertain au-delà
Processus budgétaire et dialogue de gestion sont cadrés bien que les tutelles fassent état de
difficultés ponctuelles à obtenir des informations claires suffisamment en amont des instances
décisionnelles, notamment du pré-CA.
3.3.1 Un budget solide et dynamique, des investissements à surveiller
Tableau 18 : équilibres budgétaires 2019-2023 (BI) en euros et CP
Source : Mission à partir de données du DNC.
(1) Subvention pour charge de service public
Le budget en comptabilité budgétaire est solide (cf supra) car l?augmentation des dépenses
totales de fonctionnement est financée à la date du rapport. Les déficits de 2022 et 2023 sont
financés par des crédits encaissés les années précédentes et par un prélèvement sur le fonds
de roulement en 2023 d?un montant de 1,164M¤.
Le budget présente cependant des fragilités liées 1) à l?accroissement conjoncturel des
subventions COVID qui ont permis de dégager des excédents en 2020 et 2021 venus abonder
la CAF et 2) à l?impossibilité de certifier la pérennité de plusieurs prévisions de recettes :
- le mécénat est par nature volatil ;
- le pilotage des emplois par la masse salariale est soumis aux résultats des activités car
la tarification atteint déjà un niveau élevé ;
- des chocs externes peuvent affecter la fréquentation, la chasse et les coûts de fonction-
nement ;
- l?équilibre d?activités de plus en plus éloignées du coeur de métier de DNC est incertain.
Trois projets, programmés en 2023 ; accroissent la prise de risque sur le budget de
fonctionnement : l?atelier de venaison, l?émission de certificats carbone, marché particu-
lièrement spéculatif, et la scierie mobile aujourd?hui suspendue (cf détails supra partie
2.2.1.1.).
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 62/65
Tableau 19 : plans d?affaires venaison, carbone et scierie en euros, 2024-2027
Activité 2024 2025 2026 2027
Venaison résultat net 74 963 74 629 78 525 82 323
Carbone résultat net 1 278 000 1 278 000 1 278 000 1 278 000
Scierie résultat net 341 267 341 267 341 267 341 267
TOTAL 1 694 230 1 693 896 1 697 792 1 707 590
Source : Mission d?après des données DNC.
La mission ne s?estime pas en mesure d?évaluer la pertinence des plans d?affaires, faute de
vérification possible des imputations analytiques. Les chiffres s?entendent toutes dépenses de
fonctionnement et remboursement des emprunts déduits, mais bruts d?impôts. Le DNC insiste85
sur la stabilisation du périmètre d?activités après la mise en oeuvre de ces trois projets. La
mission souligne l?unanimité du soutien des membres du conseil d?administration.
Les investissements sont utilisés comme une variable d?ajustement budgétaire depuis 2020
dans la mesure où le décalage entre AE et CP a été accentué par des reports d?opérations. Ce
volant de crédits contribue à l?élasticité du pilotage budgétaire. Il est néanmoins conjoncturel.
3.3.2 La situation patrimoniale est maîtrisée à court terme
Tableau 20 : Synthèse budgétaire et comptable 2021 (exécuté), BR2 2022 et BI 2023
Source : DNC, BI 2023
85Procès-verbal du conseil d?administration du 15 mars 2022 notamment.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 63/65
Grâce à la CAF positive de 1,5M¤ reconstituée, en 2023 le fonds de roulement (FR) représente
89 jours de fonctionnement et le FR libre d?emplois (3,05M¤) 50 jours. Le besoin en fonds de
roulement (BFR) est positif de 0,74M¤, ce qui traduit une sollicitation de la trésorerie, mais pas
de tension en raison du niveau du FR. Le fonds de roulement est également sollicité pour
financer le déficit budgétaire de 5,6M¤, dont 1,16M¤ sur la CAF, et reste sous contrôle compte
tenu des différents soldes de gestion. La trésorerie passe de 10,6M¤ au 1er janvier 2023 à 4,7M¤
au 31 décembre 2023. A date, la mission ne dispose pas de prévisions pluriannuelles robustes
lui permettant de projeter les principales variables budgétaires et patrimoniales en termes de
soutenabilité au-delà de deux ou trois exercices. Ce travail devra être conduit prioritairement à
bien avec les tutelles.
3.3.3 La programmation des investissements devra être cadrée à long
terme
Le schéma directeur des monuments historiques 2008-2019 a consommé 32 M¤ de CP de
2012 à 2021. Le projet de schéma directeur 2022-2032 (annexe 13) rédigé par l?architecte en
chef des monuments historiques et non validé prévoit 43,39M¤ de dépenses, auxquelles
s?ajouteront entre 4,5M¤ et 7M¤ d?études et d?honoraires de maîtrise d?oeuvre. L?ouverture d?AE
à 50M¤ n?est, à subvention MH et mécénats constants, pas soutenable, nonobstant la nécessité
impérieuse de l?articuler avec la planification stratégique de Chambord, inexistante à ce jour
Plan pluriannuel d?investissement : la mission regrette que l?établissement n?ait pas élaboré
une planification stratégique à long terme de ses investissements mieux à même d?estimer leur
soutenabilité et permettant aux tutelles d?identifier les projets en amont. Elle dispose néanmoins
des prévisions transmises au CA à l?occasion du vote du BI 2023 (2023-2025) ; elles s?appuient
sur des prévisions d?ouverture de crédits pour les travaux sur monuments historiques qui ne
sont pas confirmées. Les enveloppes d?AE pour opérations spécifiques tablent sur les
ressources propres et une trésorerie qui restent sujettes à variation, même si l?établissement a
apporté, jusqu?à ce jour, la preuve du pilotage fin de ses dépenses.
Tableau 21 : prévisions d?investissement 2023-2025 en AE et CP en euros
Invest 2023 2024 2025
AE CP AE CP AE CP
courant 1 728 617 1 728 917 1 100 000 1 100 000 0 0
spécifique 2 799 220 3 332 318 3 465 700 1 725 700 2 927 000 2 032 700
acquisition 0 0 40 000 40 000 40 000 40 000
MH 1 919 730 5 630 264 2 276 000 2 728 843 4 996 420 5 372 420
TOTAL 6 447 567 10 691 499 6 881 700 5 594 543 7 963 420 7 445 120
Source : Mission à partir des données du DNC
En définitive, le budget à trois ans du DNC ne présente pas de risque important en termes de
soutenabilité grâce à sa situation patrimoniale et à la souplesse du pilotage de ses dépenses.
La mission attire cependant l?attention sur la fragilité grandissante de l?équilibre ressources
propres-dépenses. Elle invite l?établissement à auditer les récents projets d?investissement
financés pour partie par emprunt, ce qui restreint la possibilité de retour en arrière, et suggère
fortement de ne pas lancer de nouveau projet dans la première mandature du directeur général.
Stabiliser jusqu?en 2025 les activités commerciales en cours ou
votées par le conseil d?administration ; examiner avec prudence tout nouveau projet.
(DNC)
PUBLIÉ
Conclusion
La transformation de Chambord en EPIC a engendré un développement que l?actuelle équipe de
direction a amplifié en tirant le plus large parti des possibilités de ce vaste domaine et de sa place
insigne dans notre patrimoine. La forte augmentation de sa fréquentation en constitue la plus
saillante confirmation.
Qu?il s?agisse de clarification du statut domanial, d?exécution des travaux du premier schéma
directeur, de valorisation agricole, forestière et cynégétique, de rénovation des abords et espaces
d?accueil, de multiplication des offres commerciales ou de communication, Chambord présente
aujourd?hui un visage nouveau. Cette fructueuse quête de notoriété doit demeurer au service de
ses missions statutaires.
La fréquentation demeure au coeur de sa croissance, et la recherche de ressources propres conduit
l?établissement à multiplier des projets de toutes natures dont l?analyse suggère la nécessaire
stabilisation pour les prochaines années. Les dépenses suivant l?augmentation des recettes, la
maîtrise des risques internes et externes, pour les finances comme pour le pilotage des projets,
devra être mieux prise en compte et les logiques de performance renforcées.
Par ailleurs, il n?apparaît pas que le soin apporté au développement commercial trouve son pendant
dans la qualité de la visite du monument. La mission insiste sur l?impérieuse nécessité pour le DNC
de confier à un scientifique de haut niveau la recherche et la médiation patrimoniales, qu?il s?agisse
des bâtiments ou du parc.
Dans un souci de meilleur partage de la trajectoire de développement de Chambord, un dialogue
renforcé avec les tutelles est souhaitable ; les outils sont multiples mais l?élaboration d?un projet
stratégique d?établissement et la signature d?un contrat d?objectifs et de performance s?imposent
en toute hypothèse.
Le domaine pourrait, enfin, prendre toute sa place dans la réponse aux préoccupations
contemporaines concernant le devenir du patrimoine vivant et de la biodiversité dans une logique
d?excellence environnementale. Il dispose de la totalité des moyens à cette fin.
PUBLIÉ
ANNEXES
Cf TOME II du rapport
PUBLIÉ
Résumé
Liste des recommandations
Sommaire
Introduction
1 Un régime d?exception perfectible pour une gouvernance améliorée
1.1 Un régime d?exception perfectible
1.1.1 Une loi spéciale pour un établissement unique
1.1.1.1 Du domaine de la couronne au grand site patrimonial public sous « protection présidentielle »
1.1.1.2 Un statut législatif sur (dé)mesure
1.1.1.3 L?extension à Rambouillet
1.1.1.4 Un toilettage nécessaire ?
1.1.2 Un décret statutaire porteur de faiblesses de tutelle et de gouvernance
1.1.2.1 Des relations avec les ministères de tutelle peu ou mal organisées
1.1.2.2 Des organes statutaires peu fonctionnels
1.1.2.3 Un comité de direction à restructurer
1.1.2.4 Une gestion des risques dans les activités insuffisamment portées par le comité de direction
1.1.3 La chasse, objet de gouvernance ou force gouvernante ?
1.1.4 Le rattachement du parc de Rambouillet, un portage non pérenne
1.2 Des collectivités à la fois soucieuses et envieuses de l?attractivité de Chambord
1.2.1 Des collectivités diversement concernées et impliquées
1.2.1.1 Une cohabitation apaisée avec la commune de Chambord
1.2.1.2 Le besoin d?exister de la communauté de communes du Grand Chambord
1.2.1.3 Une communauté d?agglomération de Blois (Agglopolys) disponible
1.2.1.4 Le département du Loir-et-Cher et la région Centre-Val-de-Loir plus éloignés
1.2.2 L?Opération Grand Site, opportunité ou opportunisme ?
1.3 Un accompagnement du développement des ressources humaines à imaginer
1.3.1 Une forte évolution des effectifs, en nombre comme en statut16F
1.3.1.1 Une dynamique de recrutement fluide
1.3.1.2 Une égalité entre femmes et hommes encore incomplète
1.3.2 Des procédures administratives bien rôdées mais un dialogue social à consolider
1.3.3 Une gestion des compétences à renforcer
1.3.3.1 Un manque de structuration, voire d?anticipation
1.3.3.2 Une politique de formation dynamique sur la sécurité mais flottante sur les autres domaines
2 Une mise en valeur dynamique mais dispersée
2.1 La valorisation du château : une mission essentielle à restructurer
2.1.1 La visite du château reste l?attraction majeure, malgré la multiplication d?offres annexes autour de lui
2.1.2 Conserver le patrimoine culturel du domaine
2.1.2.1 Réorganiser la maîtrise d?ouvrage des travaux
2.1.2.2 Remettre en ordre la conservation des collections
2.1.3 Ouvrir le monument au public dans des conditions dignes de sa qualité
2.1.3.1 Mettre les activités extérieures au service du château
2.1.3.2 Enrichir et recentrer le contenu de la visite
2.1.3.3 L?accueil des publics scolaires et prioritaires
2.1.3.4 L?accès numérique
2.2 Des activités environnementales et agricoles en évolution rapide
2.2.1 Un patrimoine naturel historique à protéger face au changement climatique
2.2.1.1 Une gestion forestière en évolution
2.2.1.2 Un projet de valorisation des produits de venaison exemplaire ?
2.2.2 Un domaine qui se cherche en termes d?agro-écologie
2.2.2.1 Une activité viticole qui s?organise
2.2.2.2 Une forte diversité de productions
2.2.2.3 Des activités agricoles à stabiliser dans leur modèle avant d?imaginer une autre valorisation de l?espace
2.2.3 Les actions de médiation
2.2.4 Aller vers l?excellence environnementale
2.2.4.1 Une démarche de sobriété énergétique à amplifier
2.2.4.2 Les accès à Chambord et une politique de mobilité à prendre à bras le corps
2.2.4.3 Chambord, de l?ancrage territorial au rayonnement international
2.3 La révision des conventions domaniales : Le Relais de Chambord, un exemple d?adaptation
2.4 Dans tous les secteurs, le besoin d?élaborer une trajectoire de développement durable du Domaine, avec ses tutelles, ses salariés et ses partenaires
3 Depuis la création de l?EPIC en 2005, une stratégie payante de développement
3.1 Une gestion administrative et financière fiable mais sous-paramétrée
3.1.1 Une organisation maîtrisée qui octroie une latitude certaine à l?établissement
3.1.2 L?organisation financière n?a pas tiré toutes les conséquences de la gestion budgétaire et comptable publique
3.1.2.1 Une fonction achats formalisée des prestations de service intellectuelles à limiter
3.1.2.2 Des contrôles de gestion et interne perfectibles et à sécuriser
3.2 La soutenabilité budgétaire est assurée jusqu?en 2025, incertaine au-delà
3.2.1 Un modèle fondé sur la hausse des recettes propres
3.2.2 Des dépenses sous contrôle mais en forte expansion
3.2.2.1 Les dépenses de personnel connaissent une croissance continue dont l?accélération en 2022 et 2023 ne convainc pas entièrement
3.2.2.2 Les dépenses d?investissement s?accélèrent
3.3 Un budget soutenable à court terme mais incertain au-delà
3.3.1 Un budget solide et dynamique, des investissements à surveiller
3.3.2 La situation patrimoniale est maîtrisée à court terme
3.3.3 La programmation des investissements devra être cadrée à long terme
Conclusion
ANNEXES
(ATTENTION: OPTION le Web3.0, le DNC cible la création d?une marque forte ancrée dans
l?exploitation de l?imaginaire des jeux vidéo et du cinéma. Il s?agirait de lever des fonds et
développer des projets de gaming permettant la création de NFT (non-fungible token ou jeton
non fongible) achetés par les joueurs. Il est prématuré d?évaluer cette amorce de stratégie sur
un marché très spéculatif, mais dans l?hypothèse où elle prospérerait, elle devrait au minimum
être encadrée par le service numérique du ministère de la culture (SNum). D?autre part,
s?agissant du choix de la plateforme Ethéréum, la mission note qu?elle répond aux standards
actuels du marché. Elle est en effet considérée comme l?une des plus sécurisées tout en étant
engagée dans une démarche écoresponsable. Le DNC compte y déposer et protéger plusieurs
marques (pour un an).
2.2 Des activités environnementales et agricoles en évolution
rapide
2.2.1 Un patrimoine naturel historique à protéger face au changement
climatique
Le domaine national de Chambord est concerné par différents types de zonages et protections
qui l?obligent à des contraintes environnementales fortes.
Outre la protection au titre de l?inscription au patrimoine mondial de l?UNESCO, au titre des
monuments historiques et site naturel remarquable, le site est également classé et inscrit :
- Réserve nationale de Chasse et de Faune Sauvage (RNCFS) : le parc intra-muros est
classé depuis 194732.
- Réseau Natura 2000 : Le DNC est inscrit en partie au réseau Natura 2000 à la fois en tant
que Zone de Protection Spéciale (ZPS)33 désignée au titre de la Directive « Oiseaux » et en
tant que Zone Spéciale de Conservation (ZSC)34 désignée au titre de la directive « Habitats ».
- Zone naturelle d?intérêt écologique, faunistique et floristique : ce site est classé en
ZNIEFF de type I et II35 pour la richesse en espèces et habitats patrimoniaux
Pour mettre en oeuvre les directives Habitats et
Oiseaux évoquées supra, le DNC a réalisé un
document d'objectifs (DOCOB), à la fois
document de diagnostic (écologique et socio-
économique) et document de gestion (enjeux
et objectifs) de son site classé Natura 2000. Il
fixe des objectifs à court, moyen et plus long
terme de protection de la nature. Il est suivi par
les services de la Région Centre-Val-de-Loire.
Selon France Nature environnement
« Chambord est considéré comme un « hot
spot » de la biodiversité, notamment pour ses
populations exceptionnelles de grands rapaces
nicheurs. En 2022, on y compte 9 couples de balbuzards pêcheurs (16 jeunes à l?envol, ce qui,
par essaimage, est un des tous premiers foyers de restauration des populations nationales avec
la forêt d?Orléans). Sont également présents et installés naturellement 11 couples d?aigles bottés,
32 Arrêté du 4 avril 1974.
33 Arrêté ministériel du 07 mars 2006.
34 Arrêté ministériel du 13 avril 2007.
35 Une ZNIEFF est un inventaire scientifique qui localise et décrit les secteurs particulièrement intéressants sur
le plan écologique, faunistique et floristique, avec deux types de zones : ZNIEFF de type I, secteur de grand
intérêt biologiques ou écologiques qui abritent des espèces animales ou végétales patrimoniales (dont certaines
protégées) bien identifiées et ZNIEFF de type II, ensemble géographique qui désigne un ensemble naturel
étendu dont les équilibres généraux doivent être préservés.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 33/65
3 couples de circaètes Jean-le-blanc, 1 couple d?autours des palombes? et 2 couples de
cigognes noires, espèce particulièrement sensible au dérangement, sans compter une vingtaine
de pics cendrés. ».
Le DOCOB du site de Chambord date de 2014. Son évaluation est souhaitable pour envisager
sa révision.
2.2.1.1 Une gestion forestière en évolution
La forêt de Chambord est classée monument historique depuis 1997. Elle couvre un peu plus
de 5000 ha.
Un aménagement forestier en évolution pour s?adapter au changement climatique
La forêt de Chambord est majoritairement (70%) composée de chênes ; le pin sylvestre est
l?essence principale parmi les résineux avec 822 ha de futaie régulière ; 160 ha de pins laricio
et de pins maritime (futaies) contribuent à un apport de bois résineux de qualité3637.
La forêt du DNC ne peut pas être considérée comme une forêt classique :
- Elle est close depuis le XVIIème siècle, même si mitoyenne de la forêt de Boulogne ;
- Elle est terrain de chasse avec une pression cynégétique de cervidés/mouflons et san-
gliers importante, frein à son renouvellement naturel38 ; c?est un moteur pour le maintien
a minima de l?actuel taillis sous futaie (la moitié) ;
- Elle pousse sur un terrain sableux de piètre qualité ;
- Ses bois peuvent bénéficier d?une marque prestigieuse mais la qualité de ceux qui la
portent doit être à la hauteur.
Source : DOCOB du DNC
36 Les chênes : le chêne sessile majoritaire (1 622 ha), en mélange avec le chêne pédonculé (taillis-sous-futaie).
Le pin laricio et le pin maritime (peu représentés) contribuent à un apport de bois résineux de qualité avec 160
ha de futaie. Les principaux peuplements sont constitués pour moitié de taillis-sous-futaie (2 167 ha) et de
futaies (2 055 ha). Pour répondre aux objectifs cynégétique et paysager, le taillis-sous-futaie sera le traitement
recherché à Chambord.
37 Au XIXème siècle, le couvert forestier était plus limité (sud Cosson, Boulogne?) ; la lande était majoritaire.
38 Les cervidés et mouflons mangent les jeunes pousses, les sangliers retournent les sols et mangent les
glandées : le gibier freine le renouvellement naturel ; les cervidés abiment les écorces.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 34/65
Le changement climatique est une autre donnée importante : la forêt de Chambord souffre
depuis quelques années d?un dépérissement avec une descente de cime des bouleaux et des
pins sylvestres. Ce même phénomène est aussi observé dans la forêt de Boulogne.
Le plan de gestion forestier (2015-2034) a été réalisé en 2015 avec le support technique de
l?ONF. Le bilan de l?aménagement prévoit une surface de renouvellement des peuplements à
hauteur de 1 070 ha (25% de la surface en sylviculture) 39 .Après avis de l?ONF et du
Département santé des forêts du ministère de l?agriculture, conjointement avec l?INRAe40 - avis
formulé il y a quelques années déjà - il a été envisagé l?introduction de nouvelles essences plus
résistantes, sous financements du Plan de relance : le plan de gestion doit ce fait être modifié41.
Depuis la reprise de la gestion forestière par le DNC (décret de 2005 créant l?EPIC) les forestiers
du domaine sont autonomes. Ils gèrent les coupes et les ventes de bois. Comme signalé supra,
ce fonctionnement n?est pas conforme aux dispositions de l?article législatif fondant l?EPIC (cf
annexe 16).
Toutefois, le Code forestier impose un suivi de la gestion forestière avec l?ONF, qui ne peut
valider les modifications du plan de gestion sans avoir un minimum de données sur l?exploitation
en cours. Il convient de remettre en place des relations régulières, i.e. un comité de suivi une
fois par an ; et autant que possible un échange scientifique et technique.
Mettre en place avec l?ONF un comité de suivi du plan
d?aménagement forestier ; conclure une convention entre l?ONF et le DNC pour cadrer
les relations scientifiques et techniques entre les deux établissements. (Ministères de
tutelle, ONF, DNC)
La vente du bois s?inscrit dans la stratégie de marque du domaine et la distribution
s?opère en direct
Les chênes exploités sur le domaine souffrent des sols relativement pauvres et du traitement
en taillis-sous-futaie. Seules quelques billes de pied font l?objet d?un classement en merrain, le
reste des bois part en charpente, parquet et chauffage.
Pour les résineux, les peuplements de pins sylvestre ou de pin laricio fournissent de meilleurs
produits très recherchés par les scieries. Sur le Domaine, la grande
majorité des bois sont vendus sur pied. Les bois de qualité correcte
sont vendus façonnés (régie) bord de route.
Depuis une dizaine d?année, les ventes se font par appel d?offres gérés
par le Domaine ou de gré à gré. Sur une année, le volume moyen est
de :
- 2800 m3 pour les chênes (150¤ /m3) ;
- 2100 m3 pour les résineux (30 ¤ /m3)42.
La marque de Chambord permet une valorisation des bois de qualité.
Exemples souvent cités, les tonneaux, issus des merrains issus du bois
39 Aménagement forestier, Domaine National de Chambord 2015-2
40 Institut national de recherche pour l?agriculture, l?alimentation et l?environnement.
41 20 placettes sur 50 ha sont plantées, sur deux ans, dans le cadre du Plan de relance de l?Etat. Une première
campagne de 25 ha sur la saison 2022/23 et une nouvelle campagne de 25ha est prévue sur la saison 2023/24.
Un volet expérimental est conduit avec des essences de noisetier, hêtre oriental, testées par l?ONF ; on note
aussi des sapins de Turquie. La plantation se compose à 70 % d?essences principales et 30 % avec des
essences d?accompagnement. De grandes parcelles sont occupées par des résineux ; les petites parcelles en
expérience incluent un mélange comportant des chênes pubescents, tauzins et ibériques dans les zones
hydromorphes.
42 Chiffres représentant le bois non scié aujourd?hui, issus du dossier de présentation du projet de scierie.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 35/65
de qualité supérieure du domaine, dont la vente avoisine les 1 000¤ l?unité43.
Le projet suspendu de scierie mobile
Le DNC a élaboré le projet d?installer une scierie dite « mobile » qui nécessite aussi une
plateforme, un atelier de séchage, un rack?
Incontestablement l?usage et l?investissement d?une scierie mobile peuvent être amortis si elle
approvisionne des circuits courts, pari que fait le DNC. La scierie sur site permet de gérer soi-
même le volume des coupes alors que les exploitants demandent toujours des gros volumes
pour justifier le coût de leur chantier forestier. L?usage de la marque est aussi mieux maitrisé.
En revanche, l?argument de la diminution du nombre de scieries n?est pas retenu par la mission :
selon l?ONF, des opérateurs locaux pourraient traiter le bois du DNC.
Dans la préparation de son plan d?affaires, le DNC a approché de nombreux clients locaux
susceptibles d?être intéressés par le bois d?oeuvre comme par la sciure ou des déchets de sciage
(dosses, morceaux et pièces inexploitables).
Le DNC indique par ailleurs avoir l?intention de servir prioritairement les monuments classés qui
auraient besoin de bois de construction ou de charpente, à commencer par lui-même.
Si l?espoir d?une confortable marge financière justifie ce projet, la mission soulève plusieurs
points :
L?investissement a été estimé à 200 000¤ en Juin 2022 ; 275 000¤ fin 2022 incluant les
nécessaires aménagements de l?environnement. Incluse dans l?emprunt de BNP Paribas (1,5
million d?euros pour l?atelier de venaison et la scierie)44 qui a finalement été contracté pour le
seul atelier de venaison, la scierie serait amortie sur 8 et 10 ans (en fonction des éléments)
avec les recettes du bois scié. Les recettes estimées à 527 000¤ permettraient de dégager un
résultat de 325 000¤. À cela, la mission note qu?environ 100 000¤ doivent être déduits -
équivalent de la quantité de bois qui n?est plus vendu sur pied. La simulation est basée sur des
cours du bois scié élevés (500-700¤/m3) ; il est nécessaire d?anticiper que ce niveau de prix ne
restera probablement pas sur les 10 ans de l?amortissement de l?installation. Toutefois, la marge
est suffisante pour penser que ce n?est pas la chute des cours qui mettrait le DNC en difficulté
sur cette activité.
En revanche, l?équipe envisagée comprendra trois personnes dont un unique opérateur de
sciage, menuisier expérimenté, chargé de surcroit de la vente et de l?administration. En
l?absence de suppléance possible sur la fonction du sciage45 , la mission s?interroge sur les
conséquences d?une absence prolongée de cet unique opérateur et relève de nouveau la
tension imposée au comité de direction avec autant d?activités à encadrer incluant si peu de
compétences dans chaque équipe.
La simulation chiffre correctement le coût des salariés engagés sur la scierie mais
insuffisamment les coûts administratifs et d?encadrement afférents.
Enfin, vendre les déchets de scierie pour de la combustion (tuilerie) serait à considérer dans la
43 La production des merrains est réalisée à la merranderie Cizeau, à proximité de Chambord, après 24 mois
de ressuyage à l?air libre dans le parc de Chambord. La fabrication des fûts est assurée par la tonnellerie Cadus
implantée en Bourgogne.
44 « BNP PARIBAS Proposition Chambord 14 06 2022 : Construction d?un atelier de traitement de la viande de
gibier + divers et acquisition d?une scierie mobile. Montant du besoin exprimé et financement BNP Paribas 1
500 000¤ HT ».
45 Eléments de la fiche de poste : « être un menuisier de formation et de métier, personne qualifiée et
expérimentée avec plusieurs décennies d?expérience dans le sciage. Il assurera les différentes fonctions
indispensables en amont et en aval du sciage proprement dites et il optimisera le sciage de chaque pièce de
bois en fonction de sa qualité, l?usage et la commande, en ayant le moins de perte possible. Il assurera
également le suivi des stocks, entrée /sortie au niveau informatique. Ce travail nécessitera un jour par semaine
ou environ deux heures le matin. Il assurera la fonction commerciale et administrative : accueil clientèle, soit
téléphonique en apportant une solution au client, soit par mails, il établira des devis, il rédigera les bons de
commande et les bons de livraison jusqu?au document final de facturation pour l?agence comptable.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 36/65
comptabilité des crédits carbone du domaine.
En conclusion, la mission estime que ce projet de scierie mobile, certes intéressant « sur le
papier » comme expérience-pilote est susceptible d?engendrer de nombreuses difficultés de
gestion alors qu?un certain nombre de nouvelles activités lancées ou engagées par le domaine
ne sont pas encore à maturité ni stabilisées. À ce jour, la mission a été informée du refus du CA
d?opérer le recrutement envisagé.
Crédits carbone forestiers et Label Bas carbone
Dans la logique de toujours exploiter au mieux son potentiel, le Domaine national de Chambord
a entrepris une démarche pour valoriser en euros sonnants la séquestration de carbone sur sa
forêt et celle du Parc de Rambouillet ; 2,5 M¤ de recettes sont attendues sur les 5 premières
années du marché.
Il est indiqué à la mission que les dépenses incluent principalement, pour le titulaire du marché,
un intéressement calculé sur la base du futur chiffre d?affaires ainsi que 141 000¤ de dépenses
fixes. Sur les 5 ans de durée du marché, le chiffre d?affaires net de Chambord serait, sur la base
de 25 327 tonnes estimés, de : 2,526M¤ - 898 000¤ = 1,628M¤.
L?hypothèse d?un chiffre d?affaire net plus optimiste de 4,187 M¤ circule : la mission note que ce
sujet fait l?objet d?évaluations fort diverses !
S?appuyant sur les dispositions de l?article R. 2111-146 du Code de la commande publique, le
DNC a consulté cinq opérateurs dont la société La Belle Forêt pendant plus d?un an en amont
de la rédaction du cahier des charges de l? appel d?offre à prestataire pour gérer la comptabilité
et la commercialisation des crédits carbone (annexe 16).
Ce cahier des charges a été publié par la seule voie officielle (JOUE et BOAMP47).
Plusieurs opérateurs ont montré leur intérêt mais seule La Belle Forêt et l?ONF ont déposé une
offre ; après analyse dont la mission a pris connaissance, la société La Belle Forêt est
considérée par le DNC comme l?opérateur répondant le mieux aux attendus du cahier des
charges (annexe 17) et remporte l?appel d?offres.
La Belle Forêt propose de développer sur Chambord une méthode qui valorise les efforts de
préservation de la biodiversité, et se base sur le développement d?une sylviculture mélangée à
couvert continu. Le ministère en charge de l?agriculture attire l?attention sur les objectifs
nationaux réaffirmés de production de bois. L?impact sur les zones de production devrait être
limité dans la mesure où toutes les futaies ne sont pas concernées par la méthode proposée.
Le conseil d?administration a retenu le prestataire La Belle Forêt sous deux conditions : La Belle
Forêt, inspirée d?une méthode labellisée au niveau international, doit obtenir en France le
« Label Bas Carbone » du ministère de la transition écologique ; le plan de gestion de la forêt
doit être modifié. La décision a été rendue publique le 16 décembre 2022 par communiqué de
presse des ministres de l?agriculture et de la transition écologique, qui présente clairement
l?opération comme une « expérimentation » (annexe 19).
Si les experts de La Belle Forêt ont apporté une expertise utile au DNC sur l?approche d?une
méthode de valorisation de la séquestration du carbone forestier incluant un volet biodiversité,
la procédure suivie n?est peut-être pas optimale au regard des règles de concurrence en matière
de commande publique.
La mise en oeuvre devra s?avérer exemplaire et il conviendra de veiller à ce que la vente des
crédits carbone se fasse bien auprès d?entreprises en réelle démarche de progrès écologiques
et non d?éco-blanchiment.
46 Article R. 2111-1 : Afin de préparer la passation d'un marché, l'acheteur peut effectuer des consultations ou
réaliser des études de marché, solliciter des avis ou informer les opérateurs économiques de son projet et de
ses exigences.
47 Journal officiel de l?Union européenne daté du 25/5/2022 et Bulletin officiel des annonces de marché public
daté du 22/05/2022.
PUBLIÉ
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000037731045
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 37/65
Etablir une charte de cession des crédits carbone du Domaine
national de Chambord, auprès d?entreprises/organismes qui démontrent leur
engagement dans une démarche de progrès. (DNC)
Rambouillet
Le plan de gestion forestière 2013-2032 est établi pour 616 ha, avec une meilleure santé globale
des feuillus et résineux qu?à Chambord. Le marché du carbone forestier s?exercera aussi sur la
forêt du Parc de Rambouillet. La gestion forestière est assumée par l?équipe, qui entretient
encore quelques relations avec l?ONF local. Les ventes de bois sont administrées par le DNC.
La place singulière de la chasse : nécessité écologique ou commerce cynégétique
Comme déjà évoqué au 1.1.4, l?activité chasse reste indissociable de Chambord et, dans
l?inconscient collectif, elle reste même, à tort, le haut lieu de la chasse à courre48 qui ne s?y
pratique pourtant plus depuis 1947 !
La place de la chasse à Chambord est donc singulière car elle met ici en lumière la pratique
cynégétique, actuellement décriée au nom de la maltraitance animale, de la conservation des
espèces, de la sécurité des promeneurs en forêt? et forcément soumise à polémiques,
surenchéries par le secret bien gardé des invités.
La place de la chasse est également singulière car, comme évoqué précédemment, elle est
l?essence même du domaine et conditionne l?avenir de la forêt.
Il y a deux écoles : celle du « maintien de la chasse dans la plus grande discrétion » et celle de
l?explication ouverte de ses objectifs dans un souci de transparence. Le sujet n?est, à ce jour,
pas tranché, ni même débattu.
Environ 30 chasses par an sont organisées avec 500 invités pour les deux sites confondus.49
Les chasses occupent un tiers du temps de service des agents de la direction « chasse et forêt ».
Le DNC semble donner une priorité aux préoccupations cynégétiques dans la gestion du
domaine forestier, ce qui se traduit par le retournement tous les 3 ans des prairies et l?existence
d?une vingtaine d?aires d?« agrainage »50. L?agrainage peut être autorisé par dérogation51. Mais
certaines voix évoquent la pratique de « nourrissage », destiné à enrichir les tableaux de
chasse, sous couvert de permettre au public d?observer des animaux et de protéger la forêt. Si
elle était avérée, cette démarche de chasse commerciale poserait une question d?éthique.
Etant donné l?abondance du grand gibier à Chambord (comme en Sologne en particulier et dans
toute la France en général), des expérimentations pourraient être menées sur la réduction de
48 De multiples tweets récents évoquent encore la chasse à courre au sein du DNC. Source Twitter.
49 À Chambord, 15 battues au sanglier pendant 4 mois et 200 cervidés tirés, à Rambouillet, 12 battues au faisan.
50 L?agrainage est une pratique cynégétique consistant à nourrir des animaux sauvages dans leur
environnement naturel.
51 L. 425-5 « L'agrainage et l'affouragement sont autorisés dans des conditions définies par le schéma
départemental de gestion cynégétique. Le nourrissage en vue de concentrer des sangliers sur un territoire est
interdit. Le schéma départemental de gestion cynégétique peut autoriser des opérations d'agrainage
dissuasives en fonction des particularités locales. ».
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 38/65
ces populations et son intérêt pour la biodiversité.
Rambouillet
Le parc de Rambouillet permet de valoriser auprès des mécènes de Chambord une chasse
complémentaire avec des gibiers différents : le « poil » à Chambord, la « plume » à Rambouillet.
Les 65 mécènes actuels chassant à Rambouillet ont versé un droit d?entrée de 5 000¤.
Au sein du château, une salle au rez-de-chaussée du donjon (précédemment réserve de
tapisseries) est dédié au vestiaire des chasseurs : le « débotté ». La mission suggère qu?en
dehors des 14 jours de chasse le « débotté » soit affecté à un usage réellement et visiblement
public. Ce lieu pourrait être dédié à la pédagogie et à l?éducation sur l?intérêt et l?utilité de la
chasse durable à Chambord.
2.2.1.2 Un projet de valorisation des produits de venaison exemplaire ?
Le terme de « venaison » désigne toutes viandes des gibiers chassés et destinés à la
consommation humaine. Le devenir des produits de la chasse est un enjeu : d?une part, les
prestataires et les chasseurs capables de traiter les animaux tués font défaut ; d?autre part,
l?éthique impose de ne pas détruire des viandes propres à la consommation humaine. Enfin, la
valorisation sur le marché des viandes non consommées par les chasseurs (10% de la chasse52
+ l?import) impose des mesures sanitaires drastiques, agréées par l?État.
En France, la consommation moyenne de gibier se situe en moyenne entre 600 et 800 g/an53
(avis Anses 2018). 80% de la viande de gibier mise sur le marché est importée. Par ailleurs
c?est la division, presque par deux, du prix d?achat des carcasses du DNC par la société Vilette
(basée dans l?Aisne !) à l?issue de la période COVID qui a amené le DNC à s?engager sur une
autre stratégie, à savoir de traiter lui-même les produits issus de la venaison.
Après une étude très complète54, dont la mission a pris connaissance, le DNC a opté pour la
conversion d?un bâtiment technique du site « La faisanderie » en un atelier de traitement,
découpe et conditionnement des carcasses de sangliers et cervidés/mouflons (cf plan en
annexe 20). Une moyenne de 50 sangliers - 8 cerfs - 2 mouflons sont tirés chaque semaine,
soit, après parage et découpe, la production de 1 340 kg de viande/semaine ; sur une période
de 16 semaines. Le plan d?affaires établi par le consultant, étudié par la mission, pose
raisonnablement à 1,52¤ le coût de production d?1kg de viande exploitable. Dans son plan
d?affaire prévisionnel, le DNC compte sur 96 000¤ de bénéfice après amortissement, soit 1,9M¤
en cumul en fin de période d?emprunt sur 15 ans (annexe 21). La mise aux normes de
l'assainissement de cet atelier, et de celui du centre de collecte existant représente 500 000¤,
financée pour les deux tiers par le mécénat.
Ce projet a été solidement préparé et longuement discuté55. En interne comme à l?extérieur, les
avis sont très positifs56. Les utiles échanges préalables avec l?administration sanitaire57 ont été
conduits. La mission regrettera toutefois que le CSE, qui l?a demandée, n?avait pas été
destinataire de la note écrite relative à ce projet alors que son financement à hauteur de 1,5M¤
a été entériné au CA de Juin 2022.
L?ensemble des parties considèrent que le Domaine national de Chambord jouera, avec cet
atelier, son rôle de démonstrateur pour les régions voisines.
52 Rapport CGAAER - Valorisation de la venaison Mission n° 21032.
53 Avis ANSES 2018.
54 Le plan d?affaires de l?atelier a été réalisé en février 22 par le consultant Hervé Blandin.
55 Sujet abordé et encouragé déjà en 2020 en CA.
56 Interviews de parties prenantes et d?experts.
57 Service d?inspection vétérinaire de la direction départementale de l?emploi, du travail et des solidarités
(DDTES) et direction générale de l?alimentation du ministère en charge de l?agriculture.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 39/65
L?idée est donc pertinente, mais la mission attire l?attention de la direction générale de
Chambord sur les points suivants :
- L?installation de collecte du DNC est aujourd?hui reconnue par les services vétérinaires
sanitaires comme d?un très bon niveau ; ajouter un atelier de découpe impose des pra-
tiques d?hygiène extrêmement rigoureuses, chaque action étant susceptible d?être
source d?une contamination de la viande. L?agrément sanitaire sanctionne cette qualité
d?organisation sanitaire du travail. La suspension de l?agrément ou un incident sanitaire
nécessitant des retraits de produits écorneraient l?image du DNC et mettrait en péril le
retour sur investissement de l?atelier.
- Le plan d?affaires est basé sur une quantité élevée de gibier : 850 sangliers et 150 cer-
vidés exploitables (référence de l?année 2019/2020), donc une chasse sur le DNC de
près de 900 sangliers par an compte tenu des animaux déclassés vers l?équarrissage.
Il conviendrait, pour l?équilibre de la biodiversité du domaine de ne pas rechercher la
multiplication des tableaux de chasse pour une activité économique qui reste secon-
daire.
- L?idée entendue de compléter les recettes de l?atelier par une prestation auprès d?autres
chasses de Sologne nécessite un cahier des charges extrêmement précis pour d?une
part traiter les produits d?une chasse éthique, mais surtout se protéger de la maladie
hautement contagieuse (PPA : peste porcine africaine) qui menace de façon de plus en
plus pressante les frontières de l?est de la France. Le DNC a la chance d?être clos et de
pouvoir ainsi assurer sa biosécurité. Mais toute introduction d?animal même mort est
susceptible de faire basculer le DNC dans une situation catastrophique qui mettrait en
péril ses chasses et son investissement.
- D?un point de vue juridique pour que le DNC se livre à des activités économiques dans
un champ concurrentiel, l?atelier doit répondre à ses besoins propres ; au-delà (traite-
ment d?autres chasses par exemple), il doit exister un intérêt public résultant notamment
de la carence ou de l?insuffisance de l?initiative privée (annexe 22).
La venaison à Rambouillet
Compte tenu des distances, le traitement à Chambord de la venaison de Rambouillet n?est pas
pertinente. Un atelier est en cours de montage à proximité qui permettra de traiter de façon plus
régulière le produit des chasses du Parc. Par ailleurs, Plusieurs restaurateurs locaux basent
leur carte sur le gibier ; l?un deux est demandeur de carcasses entières de sangliers et cervidés
ainsi que de la totalité du gibier provenant de Rambouillet58.
Gérer l?atelier de traitement de la venaison sans concurrencer le
secteur privé et avec une rigueur sanitaire extrême ; contribuer à un guide des bonnes
pratiques d?hygiène avec les fédérations de chasse ; ne pas augmenter la pression de
chasse dans le but de rentabiliser l?atelier. (DNC)
2.2.2 Un domaine qui se cherche en termes d?agro-écologie
Depuis 2018, le Domaine national de Chambord établit de nouvelles activités sur les espaces
non forestiers du parc, avec une intéressante logique de pratiques plébiscitées par les
consommateurs (permaculture, circuits courts?) et de financements de l?entretien du domaine,
mais qui l?emmène sur des métiers et donc des compétences, extrêmement divers.
2.2.2.1 Une activité viticole qui s?organise
58 Compte rendu du conseil d?administration, juin 2022.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 40/65
À proximité du château et en co-visibilité, il a été décidé en
2015 de planter 14 hectares de vignes biologiques (77.000
pieds de vigne - 5 cépages différents), au lieu-dit
« l?Ormetrou ». Ces vignes produiront à terme environ
70.000 bouteilles et devraient rapporter un million d?euros de
revenu net par an59. En 2021, 128 hectolitres ont été récoltés
pour 17 066 bouteilles produites. Pour la vinification,
Chambord a choisi comme partenaire Henry Marionnet60.
En lieu et place d?un projet initial de chai dessiné par
l?architecte Jean-Michel Wilmotte, abandonné en 2020 dans
un contexte d?augmentation du budget de cette opération et de crise sanitaire, l?aménagement
de ce chai est décidé à l?intérieur d?un bâtiment existant - la ferme de l?Ormetrou - solution moins
controversée et bien plus économe (cf. infra).
Là encore, ce projet a fait l?objet de mécénat d?entreprise61 et il est également possible pour
tout particulier « d?adopter un pied de vigne » pour 1 000¤ avec une défiscalisation à hauteur
de 66%.
Après un an de travaux, la réhabilitation s'est terminée au premier trimestre 2022 et le chai
inauguré début juillet 2022.
Chambord a ainsi emprunté 3M¤ pour son chai (0,55M¤ perçus en 2019 et une deuxième
tranche versée en 2020 de 2,45M¤). Sans la connaissance d?une analyse de rentabilité, la
mission n?a pu vérifier que ces emprunts sont bien financés par cette activité.
2.2.2.2 Une forte diversité de productions
Même si l?histoire montre qu?un vignoble a existé dès 1518 à Chambord et qu?un potager était
bien présent sur le domaine au XVIIème puis XIXème siècle62, il convient pour ces activités comme
pour toutes les autres et davantage pour les futures activités de s?interroger sur leur pertinence
au regard du décret statutaire du Domaine national de Chambord et sur les risques
économiques qu?ils engendrent (champ concurrentiel, gestion et ressources humaines internes).
Ainsi l?activité viticole qui se doit d?amortir la rénovation du bâtiment qui accueille le chai sur la
ferme de l?Ormetrou ; ainsi le potager qui permet la rénovation, le nettoyage du terrain et
l?ouverture au public des 5 000m² et d?un bâtiment de l?enceinte des écuries du Maréchal de
saxe, complété de l?exploitation de 5 ha mitoyens63 (annexe 24) ; ainsi le troupeau de moutons
de la race de faible effectif « Solognot » qui entretient prairies et sous-bois (annexe 23).
Les ruchers (annexe 25), la récolte et commercialisation de l?eau de bouleau, la collecte d?eau
de forage sur le domaine pour la brasserie d?Axereal dans la commune voisine de Bracieux sont
autant d?activités annexes dont l?objectif est de faire entrer des recettes avec une marge
conséquente via la boutique et les circuits courts, mais d?une diversité qui questionne sur la
capacité à mener et maitriser autant d?activités de front, même sous-traitées.
Travailler le potager selon les pratiques de la permaculture demande beaucoup de main
d?oeuvre, une expérience au long-cours et donc un engagement dans le temps long difficile à
exiger de la part des salariés. Aujourd?hui les ateliers viticole, potager, apicole sont certifiés
Bio, ce qui demande déjà beaucoup de technicité pour maîtriser la qualité visuelle, gustative et
sanitaire des produits.
59 Chiffre communiqué par la Direction générale du DNC.
60 Spécialiste des cépages anciens et du vin naturel, implanté en Sologne.
61 Groupama Paris Val-de-Loire, principal mécène.
62 [les parcelles] correspondent sur un plan de 1693, (?/?) du jardin de Bouray charpentier. D?autres plans
iconographiques du 18e siècle représentent les diverses utilisations de ce terrain (pépinières, prés, potager,
verger, forêt?) ». Source : Arrêté 20/0071 du 18 février 2020, portant prescription et attribution d?un dignostic
d?archéologie préventive.
63 Parcelle dite « des casernes ».
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 41/65
2.2.2.3 Des activités agricoles à stabiliser dans leur modèle avant d?imaginer
une autre valorisation de l?espace
L?idée avancée par la direction générale 64 de produire de l?agro-énergie (panneaux
photovoltaïques compatibles avec les installations et terres agricoles, géothermie,? ) est une
autre idée intéressante mais qui ne saurait s?imposer avant d?avoir pleinement stabilisé les
développements en cours. Chaque nouvelle recette potentielle nécessite un investissement du
management déjà saturé.
Le sujet du devenir de la ferme du Pinay, dernière ferme encore exploitée par un agriculteur,
doit aussi être abordé avec discernement. S?il est très pertinent de maîtriser cette exploitation
dans le futur pour contenir les modes de production et limiter les incidents sanitaires dans
l?espace clos du DNC, précipiter les choses à un moment pivot où l?établissement a déjà
beaucoup de projets à stabiliser serait contre-productif, voire dangereux pour l?équilibre général.
La mission a entendu dans les entretiens la saine réflexion sur une hypothèse de reprise de
l?exploitation au moment du départ en retraite de l?exploitant actuel. Mais la lecture des
documents montre que le DNC est déjà engagé dans une procédure juridique pour faire
reconnaître le caractère domanial de cette exploitation agricole. En tout état de cause, la
mission suggère de conserver une exploitation agricole qui entretient les espaces plutôt que de
transformer à son tour la ferme du Pinay en gîtes supplémentaires.
Considérant ces différentes activités agricoles, la mission attire l?attention sur les points
suivants :
- les raisonnements économiques de l?agriculture ne s?appliquent que partiellement au
domaine national de Chambord qui peut écouler ses produits en circuit court et appli-
quer des tarifs plus confortables que ceux du marché ;
- la technicité nécessaire pour s?inspirer de la ferme de Bec Hellouin (Eure) ou de la ferme
québécoise « Les Quatre temps », partenaire du domaine, sur la permaculture étaient
intéressants à considérer mais le relationnel, l?expérience et la technicité nécessaires
supposent des personnels investis dans la durée. Le glissement vers le positionnement
agriculture biologique est plus prudent, bien qu?appelant aussi beaucoup d?expérience
et de rigueur ;
- les productions agricoles, sur certaines opérations gourmandes en main d?oeuvre, font
appel à la bonne volonté pour compléter les ETP dédiés ; de motivantes, elles peuvent
aussi rapidement alourdir les journées des personnels les plus engagés ;
- les ateliers ovins, viticole, le potager, comme l?atelier de venaison suscitent, pour les
personnels qui ne sont pas engagés sur ces sujets, une vive inquiétude. Des ateliers de
visite dédiée pour les personnels, voire une invitation à venir ponctuellement donner un
coup de main devraient permettre de rassembler davantage autour de ce concept
louable de valorisation financière des espaces à entretenir. Cela contribuerait, là aussi,
à la fierté des réalisations accomplies sur le domaine ;
- la Bergerie nationale de Rambouillet, le potager du Roi (annexe 26) comme probable-
ment les enseignants des établissements de formation professionnelle agricole locaux
devraient pouvoir apporter une expertise solide, pertinente et durable dans le cadre de
conventions pluriannuelles ;
- plusieurs établissements d?enseignement agricole développent des formations pour
l?accueil de public sur les exploitations agricoles et forestières et pourraient être centres
de ressources pour le DNC.
64 Discussions avec la mission.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 42/65
L?agro-écologie à Rambouillet : une longueur d?avance
Si le DNC ne gère pas les espaces agricoles du domaine de Rambouillet, les terres exploitées
par la Bergerie nationale (BN) en culture et en pâturage ou fourrage pour les élevages de bovins
et ovins sont imbriquées dans la forêt. L?éco-pâturage dans les landes et l?agroforesterie
pratiquée en sous-bois ont une fonction de démonstration parmi les enseignements dispensés
plus largement par la BN sur l?agro-écologie.
La Bergerie nationale est un centre de ressources sur les productions animales ; elle héberge
et entretient à titre patrimonial le troupeau de race de très faible effectif Mérinos introduit sous
Louis XVI en cadeau du Roi d?Espagne. Ses béliers ont été diffusés sur tout le territoire pour
améliorer la production de laine des races françaises.
Réfléchir à une gestion de certains ateliers agricoles et de la Ferme
du Pinay par un exploitant agricole indépendant, dans le respect des objectifs du
domaine ; être attentif, dans la durée, aux risques, pour l?image du domaine, liés aux
qualités gustative et sanitaire des produits mis sur le marché. (DNC)
2.2.3 Les actions de médiation
Au-delà des actions de médiation numérique décrites au II.A.2.d., le DNC pourrait amplifier sa
démarche de médiation en présentiel de façon plus volontariste avec des visites du parc
commentées et autour de l?agroécologie. Le ministère de la transition écologique, attaché à
cette dimension éducative, pourrait à travers sa subvention65, qui couvre actuellement le déficit
budgétaire des actions conduites en matière de chasse et de biodiversité, demander au DNC
d?en consacrer une partie à la médiation, avec notamment la création et l?animation d?un espace
d?interprétation du domaine.
2.2.4 Aller vers l?excellence environnementale
Les 500 ans du domaine désormais révolus permettent d?ouvrir un nouveau cycle de
préservation, de transmission et de rayonnement de cette « cité idéale », voulue par François
1er. Un nouvel exercice de prospective à 10 ans par exemple pourrait être engagé, pour régler
non seulement les risques et points de vigilance évoqués dans le présent rapport mais aussi
pour proposer à Chambord une véritable vitrine de l?excellence environnementale.
L?anticipation du défi climatique et l?adaptation au changement climatique déjà réel (inondations,
dépérissement de la forêt, ?) doivent être amplifiées notamment par une plus grande prise en
compte de la dimension paysagère qui passe par des lieux à (re)conquérir, sans pour autant
banaliser le monument.
Le DNC pourrait ainsi se mobiliser concrètement pour entreprendre des actions liées aux
« Solutions fondées par la nature », qui selon l'Union internationale pour la conservation de la
nature (IUCN) « s?appuient sur les écosystèmes pour relever les défis que posent les
changements globaux à nos sociétés comme la lutte contre les changements climatiques, la
gestion des risques naturels, la santé, l?approvisionnement en eau ou encore la sécurité
alimentaire. ».
Dans le cadre de partenariats à imaginer, la présence plus affirmée d?une ou plusieurs
associations environnementales, à travers leurs représentations locales, auprès du DNC
pourrait également favoriser l?émergence de propositions intéressantes, en termes de
développement durable.
65 977 000¤ annuels (1/3 environ va à Rambouillet).
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 43/65
Plus généralement et malgré la nécessaire approche financière des tutelles, le bilan de ces
dernières années a démontré l?intérêt de laisser au DNC une grande part de créativité, qui devra
à l?avenir s?inscrire dans un projet stratégique, libéré des modes et tendances.
2.2.4.1 Une démarche de sobriété énergétique à amplifier
La direction du domaine pourrait dans la conjoncture actuelle d'augmentation des coûts de
l'énergie et considérer avec les salariés toutes les mesures possibles de sobriété à court et à
moyen termes.
Le DNC avait exprimé dès 2010 une volonté d?une production d?énergie plus vertueuse à
l?échelle du château et du patrimoine bâti du village par l?installation d?une chaudière collective
biomasse. En raison d?un dépassement de budget important, ce projet est abandonné. En 2015
est réalisé un audit sur les installations de chauffage sur les bâtiments du village et en 2016 est
commandée une étude diagnostic des installations électriques et énergétiques du château,
portant notamment sur le remplacement des 60 chaudières existantes et qui a rendu ses
conclusions en 2017. À ce jour, seulement une quinzaine de chaudières, certes de nouvelle
génération mais toujours à énergie fossile, a été remplacée. Si ces nouveaux équipements sont
certes opportuns, ils ne sont pas optimum, en termes d?économie d?énergie notamment. En
2022, le DNC a confié à l?architecte en chef des monuments historiques l?élaboration d?un
schéma directeur énergétique attendu en 2023. En 2022 toujours, le DNC a répondu à l?appel
à projet « plan de sobriété énergétique » dit Résilience 2 » pour s?engager vers la suppression
des chaudières fioul. La réponse à leur candidature (5 dossiers66) devrait être communiquée en
février 2023. En annexe 27, une fiche sur la transition énergétique et thermique rédigée par le
DNC récapitule la politique menée ces dernières années et envisagée pour le futur.
À l?occasion des fêtes de fin d?année 2022, le DNC a mis
en place une expérimentation symbolique de son
engagement Les illuminations de Noël ont été alimentées
grâce à l?énergie solaire. Une mini centrale
photovoltaïque67 composée de 54 panneaux, installée au
sol, a ainsi alimenté l?éclairage de l?allée du château et sa
soixantaine de sapins.
Le DNC, conscient des enjeux écologiques et financiers en
matière de consommation d?énergie, s?oriente donc, pas à
pas, vers des solutions pour amorcer l?énorme chantier qui l?attend, indiquant néanmoins que
« cette transformation n?est pas absorbable avant les 5 prochaines années ».
La posture de l?architecte en chef des monuments historiques indiquant que « Rien n?empêche
de faire de l?architecture et de la transition énergétique et qu?il n?y pas d?autocensure en la
matière » conforte les orientations qui seraient prises et amplifiées dans ce sens, sous réserve
du contrôle scientifique et technique de la DRAC.
66 Dossier PR 6987 - Rénovation des installations de chauffage du Village Nord du Domaine national de Cham-
bord pour 400 000¤
Dossier PR 7059 - Rénovation des installations de chauffage du Village Sud du Domaine national de Chambord
pour 325 000¤
Dossier PR 7068 - Rénovation des installations de chauffage des bâtiments techniques du Domaine national
de Chambord pour 320 000¤
Dossier PR 7086 - Rénovation thermique et énergétique complète pour 380 000¤
Dossier PR 7443 - Isolation en toiture des combles des maisons du village du Domaine national de Chambord
pour 246 000¤
67 Partenariat avec Groupe Roy Energie. Dispositif réutilisable et indépendant qui fonctionne hors réseau, avec
une batterie de 25 000 Wh assurant 8 heures d?autonomie.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 44/65
S?engager dans une démarche de sobriété énergétique avec pour
finalité l?autonomie du domaine et du village. (DNC)
2.2.4.2 Les accès à Chambord et une politique de mobilité à prendre à bras
le corps
La mission a fait le constat que l?immense majorité des visiteurs viennent à Chambord en
véhicule (voitures principalement et bus). La mobilité et les différents accès vers et à Chambord
ont été évoqués par la plupart des personnes auditionnées par la mission. Outre la question de
la sécurisation des accès, de la localisation des parkings (réflexion engagée par le DNC), la
mobilité a été particulièrement évoquée par les élus, reconnaissant ce « trou dans la raquette »
depuis de nombreuses années. La mission a bien donc noté cette réalité sans pouvoir, à ce
stade, y apporter une réponse concrète : ce sujet ne peut être traité qu?avec les collectivités
locales et nécessite une volonté politique forte. Le DNC pourrait néanmoins être « moteur » sur
cette question importante.
Une sécurité piétonnière insuffisante à Rambouillet
La problématique de la mobilité à Rambouillet est d?une autre nature que celle de Chambord
puisque la gestion à trois de l?ensemble du domaine (château, bergerie nationale et parc)
impose des droits et des devoirs encore balbutiants. Sur notamment les aspects très
préoccupants de la sécurité des piétons, Il conviendrait de définir rapidement, par convention,
les prérogatives de chacun qui, selon les témoignages, sont à ce jour mal définies.
2.2.4.3 Chambord, de l?ancrage territorial au rayonnement international
Dans la lignée des autres monuments historiques français, le château de Chambord participe
au rayonnement naturel de la France, de son histoire et de sa culture. Le DNC a la
responsabilité de s?inscrire dans une démarche non seulement territoriale mais aussi nationale
et internationale.
Pour ce faire, la mission salue l?ensemble des actions de communication mis en oeuvre par le
DNC.
Sa communication institutionnelle, commerciale, digitale (avec une présence notamment sur 7
réseaux sociaux, dont 2 chinois) et numérique et son implication dans la mission exploratoire
sur le Metavers permet, grâce à cette transversalité, de capter tous les publics, dont le très
jeune public.
La refonte du site a permis de déployer offres de e-billetterie, e-commerce depuis 2021,
préparation des visites plébiscitées par les étrangers, contenus exclusifs, notamment ludiques
et applications. Avec 22 millions de visiteurs uniques en 2022, le site constitue le coeur de la
stratégie digitale du DNC. Sa notoriété et sa qualité ont été primées à deux reprises.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 45/65
Si l?affiliation via les réseaux sociaux croît plus lentement,
le DNC se satisfait de communautés actives ; avec un peu
moins de 300 000 abonnés sur les principaux réseaux
sociaux 68 en 2022, Chambord n?a pas à rougir de la
comparaison avec les 350 000 abonnés du CNM, d?autant
que son taux d?engagement/follower le situe entre le 5ème
et le 7ème rang des comptes analysés par CLIC France-
Club Innovation & Culture. Le domaine reste évidemment
loin derrière les presque 9 millions d?abonnés du Louvre,
ou les 2,2 millions du Château de Versailles.
A noter que le succès du manga « One piece » (cf image
ci-contre) a participé de façon involontaire au
rajeunissement de l?image de Chambord.
Le concert de l?artiste Sting, initialement
programmé en 2020 mais reporté le 28 juin 2022
à cause de la crise sanitaire, attirant plus de
20 000 personnes, a remporté un vif succès. Il a
été décliné dans de multiples articles de presse
nationale et internationale La multi diffusion du
concert sur les chaînes de télévision françaises et
étrangères a montré de magnifiques images du
château et de ses abords permettant de marquer
l?esprit de potentiels visiteurs. Dans le cadre de la
deuxième édition de « Chambord Live », une nouvelle programmation est prévue avec le
groupe Imagine Dragons le 8 septembre 2023.
Le DNC a également la faculté de tirer parti de grands évènements que la France organise : La
coupe du monde de rugby (du 8 septembre au 28 octobre 2023) et les jeux olympiques de Paris
(du 26 juillet au 11 août 2024). Ces manifestations sont d?ores et déjà des terrains de jeux
intéressants à exploiter pour d?éventuelles collaborations avec les organisateurs, en privilégiant
une communication numérique et un tourisme français durable et fédérateur.
Les activités de tournage de films 69 , les réceptions, séminaires, accueils de délégations
étrangères et voyages officiels, outre l?aspect économique pour le DNC70 et ses environs,
concourent évidemment à la notoriété nationale et internationale du lieu et valorisent à la fois
les infrastructures mais aussi le savoir-faire des équipes.
L?ensemble de ces outils constituent indéniablement une image renouvelée du DNC et des
publics extrêmement divers.
2.3 La révision des conventions domaniales : Le Relais de
Chambord, un exemple d?adaptation
Le DNC a révisé toutes les concessions de restaurants et boutiques du village, dont l'offre
méritait une mise à jour et à niveau ; parmi ces derniers, l'hôtel du Grand Saint-Michel appelait
un intérêt particulier.
Jouissant d?une vue spectaculaire sur le château, le vétuste hôtel du Grand Saint-Michel
comptait au nombre des commerces dont la clarification domaniale conduisit à mettre fin aux
68 Facebook, Twitter, Instagram, TikTok + Pinterest, YouTube et Google+.
69 Les derniers films tournés à Chambord : les séries Serpent Queen et Diane de Poitiers et les longs-métrages
Qu?est ce qu?on a tous fait au bon Dieu ?, Coeurs vaillants et Comme un prince.
70 10.000¤/jour tournage intérieur et 5.000¤/jour tournage extérieur.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 46/65
baux commerciaux. Dès juillet 2013, le DNC lança un appel à manifestation d?intérêt (AMI)71
pour une offre hôtelière et une expérience-visiteurs de meilleure qualité tout en assurant une
redevance supérieure aux 2,5% sur le CA versés jusqu?à alors. Le cahier des charges n?hésite
pas à comparer Chambord « aux grands monuments de l?humanité comme la Grande Pyramide,
Angor Vat, le Machu Pichu avec pour point commun leur caractère sacré ». Il est à ce stade
prévu une AOT de 30 ans avec une redevance fixée à 10% du CA ; l?article 8-1 prévoit que
l?occupant supportera seul les conséquences d?accidents et dommages imprévus. Les offres
sont réceptionnées en octobre 2013. Trois resteront finalement en lice.
S?en suivent plusieurs mois d?itérations entre le DNC, pour lequel ces sujets constituent une
nouveauté, les administrations des ministères en charge de la culture et de l?économie, et les
commerçants détenteurs de baux commerciaux sur le domaine public. Les avis convergent pour
autoriser en 2014, sous le timbre du directeur de cabinet du ministre de l?économie, le DNC à
verser des indemnisations d?un montant de 4,8M¤, dont 3M¤ pour le seul Hôtel Saint-Michel et
selon des modalités avantageuses pour la SARL au plan fiscal. Chambord avait bien budgété
cette dépense au BI 2014 (sans provisionner le risque). Une solution ad hoc est néanmoins
imaginée et validée par le CA du 26 mars 2014 : l?adjudicataire s?engagera dans la convention
signée le 30 juin 2014 avec le préfet du département à verser aux cédants l?indemnisation de
3M¤, présentée comme la valeur vénale (fictive) des actifs laissés par ces derniers. En
contrepartie, Culturespaces obtiendra la prolongation de son AOT de moitié, soit 45 ans assortie
d?une diminution de sa redevance annuelle à 7,5% du CA au lieu de 10%.
La mission constate qu?il était nécessaire de conclure rapidement une transaction avec les
commerçants. Elle relève cependant le caractère inusité de l?évolution des stipulations
contractuelles entre le cahier des charges de l?AMI et la convention. Des négociations pré-
contractuelles ont été nécessaires avec l?adjudicataire. L?ensemble de cette procédure a été
validé par le CA et les ministères de tutelle.
En définitive, Le Relais de Chambord, dont l?ouverture a été repoussée de deux ans à la suite
des inondations de 2016 et l?exploitation handicapée par la crise sanitaire, a obtenu un avenant
stipulant cinq années supplémentaires d?adjudication, soit une durée de 50 ans.
Comme celui de la vente de crédits carbone, cet exemple d?une opération généralement jugée
très positive, tant l?hôtel Saint-Michel était vétuste, montre que le Domaine doit veiller d'autant
plus à maitriser rigoureusement les composantes juridiques et techniques de ses projets qu'ils
font appel à des compétences ne relevant pas de son coeur de métier. La concertation avec les
tutelles, qui permet le partage d'un ensemble d'expériences plus large, s'impose alors
particulièrement.
2.4 Dans tous les secteurs, le besoin d?élaborer une trajectoire
de développement durable du Domaine, avec ses tutelles, ses
salariés et ses partenaires
Le DNC doit construire durablement ses actions, dans un cadre contractualisé avec ses
ministères de tutelle et en concertation avec ses personnels.
Les constats de la mission sur la mise en valeur culturelle, environnementale et domaniale
invitent à la construction du projet d?établissement 2023/2030 évoqué supra autour
d?orientations stratégiques de long terme qui embrassent
- les activités économiques en se fondant sur un dialogue avec les services locaux ou
nationaux compétents des trois tutelles pour inscrire dans une projection à 3 ou 10 ans
les flux financiers et les investissements ;
- la mission culturelle, qui doit conjuguer le temps long de la recherche et de la restaura-
tion avec un projet de médiation structuré et évolutif ;
71 Validation au CA du 10 juillet 2013 ; lancement de l?AMI le 29 juillet 2013 avec le concours d?Image 7, conseil
du DNC en stratégie touristique et de mécénat, ainsi que pour la communication. Cette agence a aussi aidé le
DNC à identifier d?éventuels candidats parmi ses nombreuses relations.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 47/65
- l?engagement attendu des salariés dans la construction d?une relation de confiance,
montrant la valeur de l?implication de chacun et de tous, pour construire un « esprit d?en-
treprise » plus marqué, au-delà de la fierté de travailler dans ce lieu historique ;
- les objectifs environnementaux des politiques publiques pour lesquels le domaine est
attendu (mobilités, énergie, biodiversité, climat, risques naturels, agroécologie, gestion
forestière durable?).
Sur la base de ces lignes directrices, le COP 2023/2026 qu?appelle supra la mission, définira
les objectifs chiffrés et les indicateurs et jalons d?exécution des objectifs de court terme
convenus avec les ministères de tutelle.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 48/65
3 Depuis la création de l?EPIC en 2005, une stratégie
payante de développement
3.1 Une gestion administrative et financière fiable mais sous-
paramétrée
3.1.1 Une organisation maîtrisée qui octroie une latitude certaine à
l?établissement
La mission s?est livrée à un contrôle des fonctions financières articulé dans toute la mesure du
possible avec le contrôle organique concomitant de la Cour des comptes. Elle relève que ni
l?agent comptable, ni le contrôleur budgétaire et comptable ministériel (CBCM) ne font état de
risques en matière de pertinence des informations, de tenue des régies ou des procédures
d?achat, pas plus que de visas. Elle souligne la qualité satisfaisante des documents
préparatoires, même s?il arrive que l?ordonnateur adresse les conventions tardivement, y
compris au comptable.
L?agent comptable de l?EPA de Versailles où il réside principalement, suit depuis 2019 le DNC
au titre d?une adjonction de service. Concrètement, il participe chaque mois au comité de
direction élargi dont le niveau d?information le satisfait, et se rend à une ou deux reprises par
mois à Chambord. Il indique n?avoir pas le temps d?assister au CODIR hebdomadaire, plus
opérationnel. Le service compte quatre salariés expérimentés formés par la DGFIP, dont un
fondé de pouvoir depuis 8 ans qui « fait fonction » d?agent comptable.
Si la mission n?émet pas de réserve particulière sur ce fonctionnement, elle relève cependant
que le directeur général n?a pas souhaité conserver un agent comptable à temps plein en 2012
« en raison du caractère jugé pointilleux des contrôles opérés ».
Le régisseur de recettes est en charge de la billetterie. A compter de 2008, les recettes de toute
nature qui lui ont été rattachées n?ont cessé de croître en se diversifiant : évènements, locations
de véhicules, baux en tous genres, visites en forêt, ateliers , parkings en paiement etc?Si le
risque de caisse est considéré comme maîtrisé, la mission réserve à la Cour des comptes le
soin d?un contrôle approfondi de cette organisation, d?autant que la forte augmentation des
recettes entraîne la présence de 8 mandataires sur place formés pour gérer les fonds.
Le CBCM pour sa part participe à tous les pré-CA et CA. Le Domaine bénéficie d?un régime
particulier car le texte du contrôle a aménagé des visas non-contraignants. De ce fait, il n?exerce
pas de refus strict de visa et se situe plutôt dans un accompagnement juridique qu?il juge
suffisant.
La suppression du plafond d?emplois notifiée le 1erjanvier 201972 (annexe 28) et la possibilité
étendue de contracter des emprunts au-delà de douze mois lors du transfert du parc de
Rambouillet en 201873 constituent un allègement des contrôles. En définitive, l?EPIC jouit d?une
latitude dans l?exercice de ses missions qui l?obligent particulièrement en termes de maîtrise
des risques, d?autant qu?il est dépourvu de commissaire aux comptes.
3.1.2 L?organisation financière n?a pas tiré toutes les conséquences de
la gestion budgétaire et comptable publique
3.1.2.1 Une fonction achats formalisée des prestations de service
intellectuelles à limiter
La fonction est assurée par une unique salariée rattachée au service administratif et financier
72 Cf.infra page 58.
73 Décret n°2018-432 du 1er juin 2018 relatif au Domaine national de Chambord, article 14-alinéa 5.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 49/65
(SAF). Aucun problème particulier n?a été relevé en termes de visas, sachant que le fondé de
pouvoir participe aux commissions de commande publique. La mission souligne cependant le
risque attaché à la concentration du traitement des dossiers, nombreux et parfois complexes,
sur un seul responsable de rang intermédiaire. Une meilleure connaissance des achats avec
dispositions environnementales est également souhaitable.
S?agissant de l?achat de prestations de service intellectuelles, la mission constate que
Chambord a fait le choix de compenser son manque d?expertise interne en recourant à des
consultations externes, systématiques sur les questions juridiques et le développement
commercial (annexe 29). Si ces études, fruits de mécénats de compétences pour certaines,
répondent à un besoin avéré, l?absence de maîtrise partagée en interne peut fragiliser la solidité
des arbitrages. De surcroît, leur montant est significatif et croissant, signe d?une accélération
des projets et de facteurs de risques les entourant. La circulaire du Premier ministre du 19
janvier 202274 actualisée par la circulaire du 10 janvier 2023 du ministre chargé de la culture
visent à mieux encadrer et limiter l?achat de prestations externes. Dans l?attente de précisions
pour les établissements publics du ministère de la culture, la mission invite Chambord à ouvrir
sans tarder un chantier de réflexion sur :
- sa programmation d?achat de prestations ;
- la mise en oeuvre des prochaines préconisations ministérielles ;
- l?internalisation accrue de compétences de nature à favoriser l?apprentissage de ses
personnels.
Tableau 5 : montant des prestations juridiques 2019-2021 (en euros)
Source : Domaine national de Chambord
Les systèmes d?information font face à des enjeux de transformation
Les systèmes d?information financière
74 Circulaire du Premier ministre relative à l?encadrement du recours par les administrations et les
établissements publics de l?Etat aux prestations intellectuelles du 19 janvier 2022.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 50/65
Le système d?information financière SIREPA en version gestion budgétaire et comptable
publique (GBCP) est considéré comme stable par l?agent comptable. Il est également
susceptible d?évoluer vers un système internet sans difficulté majeure car les données existent
et sont de bonne qualité, sous la condition de disposer des ressources dédiées. Les
gestionnaires regrettent pour leur part le report depuis de longues années des investissements
relatifs au changement éventuel de logiciel, un certain nombre d?opérations nécessitant des
conversions manuelles sous forme de fichiers Excel. Comme pour tous les établissements, la
bascule qui devrait être opérée par la DGFIP dans INFINOE en 2024 sera l?occasion d?une mise
à niveau.
La mission a identifié un certain nombre d?opérations manuelles administrées par le service
financier multipliant les risques de cohérence qui gagneraient à être automatisées, notamment :
- les tableaux de trésorerie et d?écarts entre comptabilité budgétaire et générale, pointage
mensuel au mieux ;
- les tableaux budgétaires (prévision et exécution) sont saisis manuellement puis reco-
piés dans un masque dans SIREPA ;
- les tableaux de suivi des dépenses et recettes fléchées ;
- l?absence de logiciels de gestion de projet ; absence d?interface avec les outils de ges-
tion du service fait ;
- la gestion manuelle de la paie.
Pour la bascule dans l?INFINOE, il conviendra d?être vigilant à plusieurs titres :
- sur la nomenclature comptable, d?autant que l?infocentre va produire le compte finan-
cier ;
- sur la dématérialisation sur laquelle Chambord a accumulé du retard au point qu?au-
jourd?hui sur CHORUS 70% à 80% des factures sont rééditées sous forme papier pour
que les gestionnaires visent le service fait ;
- sur l?analyse incomplète des besoins spécifiques à Chambord dans la conduite d?INFI-
NOE, circonscrite à des entretiens opérés par l?agence comptable.
Ces constats conduisent la mission à préconiser que le DNC engage la réflexion autour de la
création d?un service facturier. Le service facturier est un mode d?organisation qui permet
d?optimiser la chaîne de la dépense, de réduire les délais de traitement, et in fine de garantir
une meilleure qualité de l?information financière et comptable. Il implique l?arrivée et le traitement
des factures en un point unique, rattaché à l?agent comptable. Dématérialisation et service
facturier entrent tous deux dans une logique de contrôle interne.
Créer un service facturier en conformité avec les recommandations
du décret de 2012 sur la gestion budgétaire et comptable publique. (DNC)
L?informatique générale
S?agissant plus largement des systèmes d?information du DNC, en dépit d?améliorations
structurantes depuis six ans, dont l?élaboration d?un schéma directeur et d?une feuille de route,
plusieurs pistes restent à développer75. Il s?agira prioritairement de renforcer la compétence
stratégique de l?équipe en lui conférant davantage de poids en interne pour favoriser la culture
informatique, en particulier sur les sujets de sécurité. La mission note d?ailleurs que le
responsable des SI, isolé, ne participe à aucun groupe métier inter-établissements du ministère
75 Audit de la gouvernance informatique, APOGEA, février 2021. Objectifs recommandés :
- contribution à la création de valeur,
- maîtrise des risques liés au SI,
- prise en compte des attentes des métiers,
- performance des processus informatiques,
- maîtrise des coûts des services fournis,
- gestion des compétences et préparation du futur.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 51/65
de la culture. Il conviendra également de travailler sur les interfaces informatiques et logiciels
des différents métiers qui font défaut en matière de gestion. l
Il s?agira enfin de :
- diminuer le nombre d?incidents (2 600 annuels) ou externaliser le help desk ;
- articuler stratégie des SI et stratégie de développement du DNC ;
- actualiser le plan d?actions ;
- trouver une articulation plus pertinente avec les conseils externes.
A l?évidence, la fonction informatique doit être réévaluée pour gagner en agilité.
3.1.2.2 Des contrôles de gestion et interne perfectibles et à sécuriser
Le SAF identifie un agent en charge du contrôle de gestion et plus marginalement du contrôle
interne.
La comptabilité analytique en coûts directs76 se déploie par activité commerciale et pour les
coûts des bâtiments. Elle est utile et les recrutements sont clairement isolés dans les activités,
mais répond à des besoins macro-économiques plus que de performance de la dépense. Elle
ne donne pas lieu à des reporting, le suivi des activités se résumant à la consommation des
budgets. Les affectations ne sont pas parfaitement homogènes d?une direction à l?autre, et il
manque des consolidations. Le CBCM n?est pas en mesure de juger de la pertinence des
rattachements des coûts.
De façon générale, les gestionnaires, « formés sur le tas » manifestent un dévouement précieux.
Pour autant, davantage de spécialisation sera souhaitable pour l?avenir.
Ainsi, les budgets prévisionnels des activités à développer ne sont pas conçus en liaison avec
le contrôle de gestion, la scierie mobile étant un bon exemple. Il est vrai que l?élaboration des
plans d?affaires fait l?objet de consultations externes ad hoc.
La mission constate que le pilotage des activités par le contrôle de gestion demeure imparfait ;
cela constitue un objectif pour l?avenir.
S?agissant du contrôle interne, une cartographie des risques a été établie en 2020 préparée
avec des groupes de travail métier et assortie d?un plan d?action en 2021 (annexe 30). Le recul
manque pour évaluer sa mise en oeuvre. Les notes transmises aux CA traduisent le degré
balbutiant de la réflexion sur le sujet (annexe 31). Malheureusement le comité d?audit censé
rassembler le DSI, l?agent comptable et les personnels du secrétariat général ne s?est jamais
réuni et a fortiori n?a pas produit de plan d?action. En définitive, seuls deux rapports d?audit
externes (sur le terrain social) ont été réalisés en 2014 et 2021.
L?établissement explique cette faiblesse par le manque de disponibilité liée au temps consacré
par les salariés au développement commercial. La mission note que certains cadres supérieurs
ne cachent pas l?indifférence que leur inspire la question du contrôle interne. Le conseil
d?administration n?émet pour sa part aucune remarque sur ce sujet.
Force est constater une approche formaliste du contrôle des risques budgétaires et comptables,
un domaine sensible après la fragilisation des équilibres économiques pendant la crise sanitaire.
Le manque de culture en matière de contrôle interne est flagrant et devra être corrigé par des
plans d?action opérationnels.
Missionner un commissaire aux comptes pour sécuriser les
contrôles et développer une culture de pilotage des risques et de la performance. (DNC)
76 Contrairement aux engagements de ventilation des coûts indirects du projet de service.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 52/65
3.2 La soutenabilité budgétaire est assurée jusqu?en 2025,
incertaine au-delà
3.2.1 Un modèle fondé sur la hausse des recettes propres
Les objectifs contractuels datent de 2013 et ne sont pas entièrement atteints
Le projet d?établissement présenté en 2013 constitue l?unique engagement contractuel de
l?établissement77. Il prévoit :
- l?autofinancement de l?exploitation en 2019 et le financement d?au moins 50% des in-
vestissements grâce à 1 million de visiteurs (contre 775 744 en 2012) ;
- la diversification des activités qui s?est traduite par l?augmentation du panier moyen dé-
pensé par visiteur (20,6¤ en 2021) ;
- l?augmentation de la subvention d?investissement MH (monument historique) du minis-
tère de la culture d?1,7M¤ à 2,5M¤ ;
- la diminution de la subvention du ministère de l?environnement de 1,5M¤ à 0,5M¤.
Ce pari a été en grande partie gagné, surtout si l?on corrige les soldes d?exploitation à compter
de 2018 de l?effet de périmètre du parc de Rambouillet qui crée une charge annuelle
supplémentaire de 0,5M¤78 . Les résultats traduisent une politique volontariste d?attractivité
touristique ainsi que d?internalisation et de diversification des ressources : reprise en régie
directe et facturation des parcs de stationnement, reprise en régie directe des activités
commerciales, politique de marque et boutiques, valorisation agricole et de la chasse, mécénat,
évènementiel.
Tableau 6 : évolution des recettes de fonctionnement 2005-2022 (milliers d?euros arrondis)
ANNEES 2005 2010 2012 2018 2019 2020 2021 2022
Subventions État fonct. 1 719 2 585 2 190 2 072 2 052 4 719 6 651 4 193
Autres subventions 0 23 99 150 209 1 226 1 723 295
Ressources propres dont 3 445 8 763 9 518 15 451 19 949 12 472 13 383 19 524
Entrées (1) 2 195 4 315 4 452 6 671 8 276 4 321 4 228 7 229
Visites guidées (2) 136 444 548 758 793 384 382 701
Audioguide/Histopad (3) 12 352 463 676 757 465 456 661
Total château (1+2+3) 2 343 5 111 5 463 8 105 9 829 5 170 5 066 8 591
Culture et spectacles 0 234 175 705 782 578 877 1 678
Parking 0 609 753 1 321 1 410 887 940 1 363
Boutiques, restaurants 789 1 775 2 089 3 484 4 260 2 631 3 248 4 160
Domanial 187 458 642 1 138 1 653 1 168 1 819 1 817
Forêt 103 311 216 355 752 1 186 826 938
Mécénat financier 0 5 10 176 887 245 271 529
Autres produits 23 259 69 167 381 608 336 447
TOTAL RECETTES FCT 5 163 11 371 11 808 17 673 22 211 18 418 21 658 24 012
Source : Mission à partir des données du DNC
77 Outre les objectifs de performance personnels assignés au directeur général. Le projet de COP 2021-2024,
non assorti d?indicateurs, n?a pas abouti.
78 3,68M¤ de 2018 à 2023, budget initial 2023 du DNC. Le ministère de la culture n?a pas suivi la demande de
mesure nouvelle de 2M¤ sur Rambouillet de l?établissement.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 53/65
Premier constat :
La création de l?EPIC en 2005 a relancé une dynamique de développement. Dès 2010, les
ressources propres avaient cru de 154% avec un doublement de la fréquentation et du total des
recettes de fonctionnement. A l?exclusion du mécénat qui s?était tari avec la perte des apports
antérieurs de la fondation Sommer et des Amis de Chambord, la création de valeur par des
activités était donc engagée avant 2010.
Second constat :
- Les recettes propres ont plus que doublé entre 2010 (8,7M¤) et 2022 (19,5M¤), grâce à
la valorisation des actifs. Elles ont été tirées par la fréquentation avec un effet prix ET
volume : En 2012, les recettes représentent 4,3M¤ avec 776 000 visiteurs pour le châ-
teau plus 23 000 visiteurs qui ont acheté une activité extérieure ; en 2022 les recettes
atteignent 7,2M¤ et se décomposent en 870 000 visites du monument plus 184 000 en
achat d?activités extérieures, soit 1 054 000 billets vendus au total ;
- Les recettes commerciales (de 1,7M¤ à 4,16M¤) ;
- Les recettes domaniales (de 0,4M¤ à 1,8M¤) ;
- Le mécénat financier79 avoisine 0,3 M¤ en moyenne et 0,5M¤ en 2022, signe de la fi-
délisation des donateurs. Le mécénat en numéraire atteint 1,2M¤ sur la période (cf ta-
bleau 10 infra).
Ces résultats sont remarquables.
Tableau 7 : part du monument dans les recettes propres de fonctionnement en milliers d?euros
Années 2012 2018 2019 2020 2021 2022
Château
+guides
+histopad
5463 58,3% 8105 52,5% 9829 49,3% 5170 41,4% 5066 37 ,8% 8591 44%
+boutiques
+restaurants 2089 22% 3484 22,5% 4260 21,3% 2631 21% 3248 24 ,3% 4160 21,3%
TOTAL
château 7552 80,3% 11584 75% 14089 70,6% 7801 62,4% 8314 62,1% 12751 65,3%
Source : Mission. Le calcul vise à donner une tendance, d?autres recettes pouvant être additionnées et celles
des restaurants et boutiques proratisées à la baisse car toute la clientèle ne visite pas le château.
Troisième constat :
La part du monument en tant que telle décroît en valeur relative dans les dépenses effectuées
par les visiteurs. Chambord a toujours été, plus qu?un monument, un domaine forestier et un
ensemble paysager, témoins de leur temps. Il n?y a pas lieu de s?étonner des résultats des
activités connexes à la visite du château. Cependant la mission rappelle que les activités
extérieures doivent être pensées comme un accompagnement à la curiosité et la
compréhension du monument pour les publics.
79 Le mécénat est triple : financier (concours libres d?affectation), affecté (ciblé sur des opérations précises) et
en nature ou de compétences.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 54/65
Tableau 8 : taux de ressources propres (RP) de fonctionnement 2010-2022 en euros
Années RP de
fonctionnement
Taux de RP
Chambord
Taux de RP
Rambouillet
Taux global de
RP
2010 8 763 144 76,9% - 76,9%
2018 15 451 353 89,7% 18,3% 87,9%
2019 19 949 115 91,2% 51% 89,9%
2020 12 472 348 67,4% 53,7% 66,8%
2021 13 383 129 64,4% 49,6% 63,9%
2022 19 523 664 83% 60,6% 82,2%
Source : Mission à partir des données du DNC
Malgré la croissance de ses ressources propres, le DNC ne parvient pas à financer ses charges
de fonctionnement en totalité. Cependant, avec 89% en 2018 et déjà 83% en 2022, Chambord
se situe sur une trajectoire positive.
Emprunts
Le DNC a, dès 2019, recouru à la faculté d?emprunter via deux emprunts sur 15 ans, l?un de
3M¤ pour financer la construction du chai à l?Ormetrou en juin 2020, l?autre de 1,5M¤ pour un
atelier de traitement de la venaison en octobre 2022, soit des remboursements mensuels de
30 696¤ dès 2023. La mission relève l?optimisme de ces engagements.
S?agissant de la fréquentation80 , si l?acmé de fréquentation se situe en 2019 lors de la
célébration des 500 ans de Chambord (917 000 visiteurs + 150 000 en extérieur), le retour, dès
2022, au niveau de 2018 est assez remarquable. Plus que le monument dont les visites entre
2012 et 2022 ont augmenté de 12%, les activités extérieures sont devenues moteurs de
croissance avec 21% du total des billets vendus du DNC. Par comparaison, les six monuments
les plus fréquentés81 du Centre des monuments nationaux connaissent une quasi-stagnation
ces dix dernières années.
En revanche, leur taux d?autonomie de fonctionnement est beaucoup plus élevé en moyenne.
Les comparaisons ne sont pas entièrement probantes en raison de mutualisations opérées par
le siège du CMN. Néanmoins, si l?on compare les résultats de Chambord aux seuls sites non
parisiens, le Mont-Saint-Michel et Carcassonne, on constate que les taux d?autonomie sont
structurellement supérieurs à ceux du DNC. En 2019, année de référence, Carcassonne atteint
150% et le Mont-Saint-Michel 260%. Face au retard initial de Chambord, ces chiffres traduisent
la dynamique de rattrapage du DNC mais aussi la nécessité de développer un pilotage par la
marge pour les projets d?activités nouvelles et l?établissement d?objectifs ambitieux et partagés
avec les tutelles sur ce ratio.
80 La mission relève un effet de périmètre puisque la cible de 1 million de visiteurs du projet de service englobe
les activités extérieures non comptabilisées avant 2012.
81 Arc de Triomphe (1,73M en 2012/1,63 en 2022), Carcassonne (0,472 en 2012/0,496 en 2022), Conciergerie
(0,456 en 2012/0,404 en 2022), Mont Saint-Michel (1,27 en 2012/1,198 en 2022), Panthéon (0,724 en
2012/0,854 en 2022), Sainte Chapelle (0,952 en 2012/1,1 en 2022). Pour mémoire, Rambouillet (0,028 en
2012/0,063 en 2022).
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 55/65
Tableau 9 : taux d?autonomie de fonctionnement 2011-2021 des cinq premiers monuments du CMN
Années 2011 2019 2021
Valeurs A B A B A B
Carcassonne 3,491 168% 4,222 149% 2,282 76%
Mt St Michel 10,579 293% 12,718 261% 5,711 118%
Arc de
Triomphe 10,895 306% 14,578 282% 4,365 99%
Panthéon 3,629 181% 5,275 187% 1,913 28%
Ste Chapelle 6,662 384% 11,556 411% 2,580 122%
Source : Mission d?après des données du Centre des monuments nationaux (en M¤)
A : recettes propres hors subvention
B : taux d?autonomie de fonctionnement (A/ dépenses de fonctionnement)
Mécénat
Il s?agit d?une véritable réussite du DNC. Le mécénat progresse fortement et durablement sous
toutes ses formes (annexe 32 : montants annuels détaillés). Le parc de Rambouillet en bénéficie
à son tour après son rattachement. Ces excellents résultats sont à inscrire au crédit du DNC.
Tableau 10 : part des différentes de mécénat à Chambord (2011-2021)
et Rambouillet (2019-2021) en milliers d?euros
CHAMBORD (2011-2021)
Mécénat Compétence Nature Numéraire Total
Fonctionnement 2 563 673 1 319 308 1 786 046 5 669 027
Investissements 1 572 334 289 683 10 018 701 11 880 718
Total 4 136 007 1 608 991 11 804 747 17 549 745
% 26,50% 9,10% 67,30% 100%
PARC DE RAMBOUILLET (2019-2021)
Mécénat Compétence Nature Numéraire Total
Fonctionnement 21 097 32 647 119 397 173 141
Investissements 96 242 - 478 000 574 242
Total 117 339 32 647 597 397 747 383
% 15,70% 4,40% 79,90% 100%
Source : Mission à partir des données DNC
Les 2/3 du mécénat collecté sont affectés aux opérations d?investissement, principalement sous
forme de numéraire (2/3), soit 1,2M¤ en moyenne annuelle, avec une nette accélération à partir
de 2018. Ce choix n?est pas contestable dès lors que le DNC veille à mieux équilibrer entre
activités commerciales et monument82. La régularité formelle des conventions n?appelle pas de
remarque.
En termes de soutenabilité 2023-2025, la mission insiste pour que le DNC stabilise ses
projections de mécénat au niveau de 2022 en raison du caractère personnalisé et aléatoire de
ces recettes. A intégrer dans la cartographie des risques.
La valorisation des activités par une segmentation de l?offre s?analyse comme une stratégie
82 In Developping a successful fundraising strategy (Réussir sa stratégie de recherche de mécénat), étude
réalisée en janvier 2019, la société Mac Kinsey retient 9 projets à mécéner, dont seulement 2 patrimoniaux : les
murs d?enceinte et la dorure des lanternons, préexistants de longue date, pour un montant total de fonds à lever
de 8,8M¤. Ces préconisations, qui n?engagent nullement Chambord, arrêtent un parti favorable au
développement d?activités valorisables à court terme.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 56/65
de marketing inspirée par le modèle économique du Château de Versailles. En termes de
performance, les données transmises par l?établissement font état d?un delta négatif à la charge
de Chambord de 3¤ par visiteur pour un coût de 3M¤ en 2022 contre 1,5M¤ en 2019.
« En dépit d?incertitudes sur le périmètre de coûts retenus », le modèle n?est donc pas encore
rentable. Quels sont les leviers pour l?avenir ?
- L?augmentation de la subvention pour charge de service public qui supposerait une ré-
vision des objectifs du COP 2023-2025 à construire ; le ministère de la culture a déjà
réservé une suite défavorable à cette demande du DNC en 2022 ;
- L?augmentation de la fréquentation : souhaitable par nature et créatrice de valeur à la
condition de piloter chaque segment d?offre à partir de la marge par usager (ie en cher-
chant au minimum l?équilibre analytique d?exploitation) sans verser dans le « tout com-
mercial »;
- L?augmentation du panier moyen du visiteur a connu une accélération parallèle à la
diversification des offres ; il a presque doublé en passant de 11,65¤ courants en 2012
à 21¤ en 2022, sans réduire le coût moyen par visiteur supporté par l?établissement, en
raison de la hausse des dépenses de fonctionnement. La mission attire l?attention sur
les limites du développement commercial en termes de performance dans le modèle
actuel et suggère de lancer un audit externe de rentabilité par activité ;
- La politique tarifaire est sous tension : d?une part, la gratuité concerne 26,4% des visi-
teurs, sans compter les 6,6% de scolaires et tarifs réduits, soit plus d?un tiers de la fré-
quentation ; d?autre part, le plein tarif pour le château a cru de 2/3 (65,5%) en 10 ans,
avec une nouvelle augmentation en 2023 de 10,3% portant le plein tarif à 16¤. A com-
parer aux 35% de gratuits et au plein tarif à 10¤ de l?Abbaye du Mont-Saint-Michel par
exemple au CMN, ou à l?établissement public du château de Versailles où les règles de
gratuité avant 26 ans sont équivalentes, pour un plein tarif de base à 19,5¤ mais avec
une richesse de visite très supérieure. Le plein tarif du château de Chenonceau, dont
l?exploitation est privée, s?établit à 15,5¤ ;
- Augmenter la part de visiteurs étrangers à plein tarif. Chambord a déjà exploré cette
piste avec un succès mitigé, s?agissant des non-européens, avant l?interruption de la
crise sanitaire. Elle demeure un levier d?innovation territoriale pour le Domaine. Bien
que son attractivité internationale soit incomparable à celle de Versailles, on observe
une reprise de bon augure.
Lancer un audit externe de rentabilité pour les activités
commerciales en cours et projetées. (DNC)
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 57/65
Les subventions
En fonctionnement : la subvention de fonctionnement a doublé à l?arrivée de Jean
d?Haussonville et n?a pas été réévaluée depuis, conformément aux engagements du projet
d?établissement (hors crise sanitaire). La croissance du chiffre d?affaires ne s?est donc pas
appuyée sur la dépense publique mais sur l?attractivité renforcée du domaine, les mécénats et
l?emprunt. La mission souligne cependant que contrairement à d?autres grands châteaux-
domaines, Chambord n?est pas un musée auquel incombent de lourdes obligations de
conservation et d?enrichissement des collections. C?est pourquoi le modèle antérieur de
développement au sein du CMN, hors travaux MH, était lui aussi économe en fonds publics.
Tableau 11 : évolution des subventions de fonctionnement - 2005-2023 (millions d?euros arrondis)
Ministères Culture
Transition écologique ONCFS +
Agriculture
Subventions
except. TOTAL
Chambord Rambouillet
2005 0,499 0,483 - 0,736 - 1,718
2010 1,053(1) 1,531 - 0,613 - 2,585
2012 1,045 1,145 - - - 2,190
2018 1,076 0,620 0,376 - - 2,072
2019 1,076 0,612 0,365 - - 2,053
2020 1,075 0,616 0,365 - 2,740(2) 4,796
2021 1,075 0,616 0,365 - 4,602 6,658
2022 1,075 0,616 0,365 - 2,000 5,747
2023 (BI) 1,070 0,616 0,365 - 0,130 2,181
Source : mission à partir des données du DNC
(1) y compris 0,245M¤ en compensation pour la gratuité 18-25 ans intégrée à la CSP à compter de 2014 et
0,017M¤ pour la gratuité des enseignants qui atteint 0,12 à partir de 2017.
(2) y compris 0,071M¤ du ministère de l?intérieur (Quartier d?été).
Crise sanitaire : Le ministère de la culture a attribué un montant de 14,165M¤ à Chambord en
3 ans, dont 11,5M¤ sur le plan de relance, réparti entre 9,165M¤ en fonctionnement et 5M¤ pour
des travaux sur monuments historiques. Le DNC a su d?une part en tirer le meilleur parti en
lançant un train de restaurations, dont celle, insigne, des lanternons et d?autre part équilibrer sa
situation patrimoniale et de trésorerie en diminuant ses coûts pendant la crise (annexe 33).
Tableau 12 : subventions exceptionnelles COVID entre 2020 et 2022 (M¤)
Exercices 2020 2021 2022
Fonctionnement 2,668 4,5 2
Investissement MH 5
Source : Mission à partir des données DNC
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 58/65
Les subventions d?investissement :
Ministères Culture
MH
Transition
écologique
excep.
Agriculture
Subventions
excep.
Etat
TOTAL
2005 1,185 1,185
2010 1,045 1,045
2012 1,786 0,216 2,002
2018 2,498 0,606 0,100 3,204
2019 2,353 0,400 2,753
2020 2,353 0,109 2,462
2021 2,353 5,160 7,513
2022 2,353 0,141 0,035 2,528
2023 (BI) 2,353 0,09 0,160 2,603
Source : Mission à partir des données DNC
Le ministère de la culture a porté sa subvention MH à 2,4M¤ conformément aux stipulations du
projet d?établissement, l?a complétée par 5M¤ sur le plan relance en 2021, contribué à la
reconstitution de la CAF en fonctionnement (annexe 14). Le ministère de l?environnement a
soutenu les projets qui le concernaient au cas par cas, celui de l?agriculture n?intervenant qu?à
titre marginal depuis son retrait (2010)83.
La mission observe que le prochain COP pourrait être l?occasion d?engager une nouvelle
discussion stratégique avec les tutelles et sur les axes de développement des activités
extérieures pour une contribution mieux ajustée du ministère de la transition écologique et
effective pour celui de l?agriculture.
3.2.2 Des dépenses sous contrôle mais en forte expansion
Tableau 14 : dépenses exécutées 2005-2022, BI 2023 en euros
DEPENSES
CP 2005 2012 2018 2019 2020 2021 2022 BI 2023
Personnel 1 881 131 6 062 847 7 740 662 9 680 598 9 057 675 9 761 106 11 306 935 11 597 400
Fonct. 1 310 812 4 913 236 8 550 409 11 771 798 6 739 431 7 964 282 10 309 397 10 326 800
Total fonct. 3 191 943 10 976 083 16 291 071 21 452 396 15 797 106 17 725 388 21 616 332 21 924 200
Invest. MH 1 005 240 4 290 751 1 690 719 1 547 588 2 965 609 5 355 896 5 630 264
Autres
invest. 156 284 1 826 883 3 650 097 2 294 001 2 004 689 5 018 267 2 951 028 5 060 934
Total invest. 156 284 2 832 123 7 940 848 3 984 720 3 552 277 7 983 876 8 306 924 10 691 198
Remb.
Emprunts - - - - 116 667 200 000 225 000 300 000
TOTAL DEP 3 348 227 13 808 206 24 231 919 25 437 116 19 466 050 25 909 264 30 148 256 32 915 398
Source : Mission d?après des données du DNC
Considérant 2019 comme un point haut de référence, deux postes de dépenses évoluent
significativement en dépit des incertitudes héritées de la crise sanitaire.
83 Evolution des subventions d?Etat perçues ? DNC - 12 octobre 2022 (remis sur table).
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 59/65
Des dépenses sous contrôle mais en forte expansion
Source : Budget initial 2023
3.2.2.1 Les dépenses de personnel connaissent une croissance continue dont
l?accélération en 2022 et 2023 ne convainc pas entièrement
Tableau 15 : évolution des emplois 2010-2023 en masse salariale (milliers d?¤ arrondis) et ETPT
Personnel 2010 2018 2019 2020 2021 2022 2023 BP
Masse
salariale 5 466 8 418 9 854 9 074 9 844 11 229 11 597
ETPT hors
externalisation 132 192 218 198 218 249 258
Moyenne MS
chargée/ETPT 41 266¤ 43 634¤ 45 082¤ 45 775¤ 44 823¤ 45 240¤ -
Source : Mission d?après les données du DNC
Le quasi-doublement des ressources propres, depuis 2010, s?accompagne d?une hausse de
112% de la masse salariale. La mission n?a pas observé de dérive des coûts moyens, ni de
rigidité particulière dans le pilotage des emplois par l?établissement en raison du volant de CDD.
Elle ne remet pas en cause l?internalisation qui autorise une certaine polyvalence et fixe des
personnels sur un site rural.
Elle s?interroge cependant sur l?accélération observée depuis trois ans et l?effet « boule de
neige » sur l?emploi du développement de nouveaux projets (venaison, scierie mobile, extension
des gîtes etc?), alors même qu?existent des incertitudes économiques. Eu égard à la faiblesse
relative de l?équipe administrative, la gestion d?un personnel de plus en plus nombreux et affecté
à des projets multiples pourrait au reste devenir une préoccupation pour le DNC. La mission
souscrit à la non-validation par le CA des augmentations prévues au budget initial pour 2023
sur ce point.
Contenir la dynamique de recrutements en privilégiant le coeur de
mission de l?établissement ainsi qu?une consolidation des fonctions supports à
périmètre d?activités constant. (DNC)
3.2.2.2 Les dépenses d?investissement s?accélèrent
Elles résultent de reports d?opérations MH programmées antérieurement ET de projets
commerciaux nouveaux en forte croissance depuis 2021 rendus possibles grâce aux emprunts.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 60/65
Tableau 16 : origine des recettes et destination des dépenses en investissement : 2005-2023 (M¤)
2010 2018 2019 2020 2021 2022 BR2 2023 BI
RECETTES
Sub. MH 1 045 000 2 352 984 2 352 984 2 352 984 7 352 984 2 513 194 2 632 862
Autres sub. - 934 165 37 146 112 762 160 000 16 000 50 000
Mécénats 119 353 2 462 070 776 008 1 039 828 869 920 1 487 800 873 000
Emprunts - - 550 000 2 450 000 - 1 500 000 -
Divers 4 368 - - 6 6449 - - -
TOTAL REC 1 168 721 5 749 219 3 716 138 5 962 023 8 382 904 5 516 994 3 555 862
DEPENSES (CP)
Travaux MH 952 636 4 290 751 1 690 719 1 547 588 2 965 609 5 715 702 5 680 264
Autres invest. 1 351 235 3 650 097 2 294 001 2 004 689 5 018 267 3986 849 6 067 935
TOTAL DEP 2 303 871 7 940 848 3 984 720 3 552 277 7 983 876 9 702 551 11 784 199
Source : Mission à partir des données DNC.
Pour mémoire, le projet d?établissement prévoyait un financement à 50% des investissements
par l?EPIC. Le contrat est rempli. Le niveau des dépenses de restauration des monuments
historiques (château, abords et enceinte) qui constitue statutairement une des missions
essentielles de l?EPIC, s?est redressé. Mais la mission note que, corrigé des subventions
exceptionnelles du plan de relance, ce niveau devient structurellement inférieur aux
investissements, certes ponctuels, finançant des activités nouvelles.
Tableau 17 : répartition des recettes et dépenses d?investissement en milliers d?¤, 2018-2023 BI
2018/2023 BI
Sub.
MH84
Autres
sub.
Mécénat Emprunt Total
recettes
Dépenses MH
(reports inclus)
Autres
dépenses
(reports inclus)
Total
dépense
s
Total 19 558 1 310 7 509 4 500 32 883 21 881 23 022 44 902
% Recettes
totales
59,5% 4% 23,8% 13,7% 100% 48,7% 51,3% 100%
Source : Mission.
La mission prend acte de la volonté de valoriser des actifs mais souligne la nécessité d?équilibrer
les opérations commerciales avec celles centrées sur le monument. Il est vrai que le classement
intégral du domaine plaide en faveur d?une vision large et que le DNC a formidablement
réhabilité les espaces dont il a la charge. Toutefois, l?abandon ou la révision de plusieurs projets
témoignent d?une forme d?emballement. Des plans d?affaires présentés au conseil
d?administration ont pu être finalement revus sans plus d?explications. Si l?on peut se féliciter
d?un pilotage réactif, la mission alerte sur la précipitation dans certains projets d?investissement.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 61/65
A titre d?exemple, les travaux d?édification d?un chai
traduisent un pilotage approximatif en termes de
soutenabilité financière et improbable en termes
architecturaux. Le projet prévoyait en effet des coûts
et une élévation du bâtiment contre lesquels la DRAC
avait alerté en vain. Seule l?intervention du ministère
de la culture a fini par avoir raison d?une prise de risque
à tous égards excessive du DNC. Au plan patrimonial,
le résultat est aujourd?hui satisfaisant.
3.3 Un budget soutenable à court terme mais incertain au-delà
Processus budgétaire et dialogue de gestion sont cadrés bien que les tutelles fassent état de
difficultés ponctuelles à obtenir des informations claires suffisamment en amont des instances
décisionnelles, notamment du pré-CA.
3.3.1 Un budget solide et dynamique, des investissements à surveiller
Tableau 18 : équilibres budgétaires 2019-2023 (BI) en euros et CP
Source : Mission à partir de données du DNC.
(1) Subvention pour charge de service public
Le budget en comptabilité budgétaire est solide (cf supra) car l?augmentation des dépenses
totales de fonctionnement est financée à la date du rapport. Les déficits de 2022 et 2023 sont
financés par des crédits encaissés les années précédentes et par un prélèvement sur le fonds
de roulement en 2023 d?un montant de 1,164M¤.
Le budget présente cependant des fragilités liées 1) à l?accroissement conjoncturel des
subventions COVID qui ont permis de dégager des excédents en 2020 et 2021 venus abonder
la CAF et 2) à l?impossibilité de certifier la pérennité de plusieurs prévisions de recettes :
- le mécénat est par nature volatil ;
- le pilotage des emplois par la masse salariale est soumis aux résultats des activités car
la tarification atteint déjà un niveau élevé ;
- des chocs externes peuvent affecter la fréquentation, la chasse et les coûts de fonction-
nement ;
- l?équilibre d?activités de plus en plus éloignées du coeur de métier de DNC est incertain.
Trois projets, programmés en 2023 ; accroissent la prise de risque sur le budget de
fonctionnement : l?atelier de venaison, l?émission de certificats carbone, marché particu-
lièrement spéculatif, et la scierie mobile aujourd?hui suspendue (cf détails supra partie
2.2.1.1.).
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 62/65
Tableau 19 : plans d?affaires venaison, carbone et scierie en euros, 2024-2027
Activité 2024 2025 2026 2027
Venaison résultat net 74 963 74 629 78 525 82 323
Carbone résultat net 1 278 000 1 278 000 1 278 000 1 278 000
Scierie résultat net 341 267 341 267 341 267 341 267
TOTAL 1 694 230 1 693 896 1 697 792 1 707 590
Source : Mission d?après des données DNC.
La mission ne s?estime pas en mesure d?évaluer la pertinence des plans d?affaires, faute de
vérification possible des imputations analytiques. Les chiffres s?entendent toutes dépenses de
fonctionnement et remboursement des emprunts déduits, mais bruts d?impôts. Le DNC insiste85
sur la stabilisation du périmètre d?activités après la mise en oeuvre de ces trois projets. La
mission souligne l?unanimité du soutien des membres du conseil d?administration.
Les investissements sont utilisés comme une variable d?ajustement budgétaire depuis 2020
dans la mesure où le décalage entre AE et CP a été accentué par des reports d?opérations. Ce
volant de crédits contribue à l?élasticité du pilotage budgétaire. Il est néanmoins conjoncturel.
3.3.2 La situation patrimoniale est maîtrisée à court terme
Tableau 20 : Synthèse budgétaire et comptable 2021 (exécuté), BR2 2022 et BI 2023
Source : DNC, BI 2023
85Procès-verbal du conseil d?administration du 15 mars 2022 notamment.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 63/65
Grâce à la CAF positive de 1,5M¤ reconstituée, en 2023 le fonds de roulement (FR) représente
89 jours de fonctionnement et le FR libre d?emplois (3,05M¤) 50 jours. Le besoin en fonds de
roulement (BFR) est positif de 0,74M¤, ce qui traduit une sollicitation de la trésorerie, mais pas
de tension en raison du niveau du FR. Le fonds de roulement est également sollicité pour
financer le déficit budgétaire de 5,6M¤, dont 1,16M¤ sur la CAF, et reste sous contrôle compte
tenu des différents soldes de gestion. La trésorerie passe de 10,6M¤ au 1er janvier 2023 à 4,7M¤
au 31 décembre 2023. A date, la mission ne dispose pas de prévisions pluriannuelles robustes
lui permettant de projeter les principales variables budgétaires et patrimoniales en termes de
soutenabilité au-delà de deux ou trois exercices. Ce travail devra être conduit prioritairement à
bien avec les tutelles.
3.3.3 La programmation des investissements devra être cadrée à long
terme
Le schéma directeur des monuments historiques 2008-2019 a consommé 32 M¤ de CP de
2012 à 2021. Le projet de schéma directeur 2022-2032 (annexe 13) rédigé par l?architecte en
chef des monuments historiques et non validé prévoit 43,39M¤ de dépenses, auxquelles
s?ajouteront entre 4,5M¤ et 7M¤ d?études et d?honoraires de maîtrise d?oeuvre. L?ouverture d?AE
à 50M¤ n?est, à subvention MH et mécénats constants, pas soutenable, nonobstant la nécessité
impérieuse de l?articuler avec la planification stratégique de Chambord, inexistante à ce jour
Plan pluriannuel d?investissement : la mission regrette que l?établissement n?ait pas élaboré
une planification stratégique à long terme de ses investissements mieux à même d?estimer leur
soutenabilité et permettant aux tutelles d?identifier les projets en amont. Elle dispose néanmoins
des prévisions transmises au CA à l?occasion du vote du BI 2023 (2023-2025) ; elles s?appuient
sur des prévisions d?ouverture de crédits pour les travaux sur monuments historiques qui ne
sont pas confirmées. Les enveloppes d?AE pour opérations spécifiques tablent sur les
ressources propres et une trésorerie qui restent sujettes à variation, même si l?établissement a
apporté, jusqu?à ce jour, la preuve du pilotage fin de ses dépenses.
Tableau 21 : prévisions d?investissement 2023-2025 en AE et CP en euros
Invest 2023 2024 2025
AE CP AE CP AE CP
courant 1 728 617 1 728 917 1 100 000 1 100 000 0 0
spécifique 2 799 220 3 332 318 3 465 700 1 725 700 2 927 000 2 032 700
acquisition 0 0 40 000 40 000 40 000 40 000
MH 1 919 730 5 630 264 2 276 000 2 728 843 4 996 420 5 372 420
TOTAL 6 447 567 10 691 499 6 881 700 5 594 543 7 963 420 7 445 120
Source : Mission à partir des données du DNC
En définitive, le budget à trois ans du DNC ne présente pas de risque important en termes de
soutenabilité grâce à sa situation patrimoniale et à la souplesse du pilotage de ses dépenses.
La mission attire cependant l?attention sur la fragilité grandissante de l?équilibre ressources
propres-dépenses. Elle invite l?établissement à auditer les récents projets d?investissement
financés pour partie par emprunt, ce qui restreint la possibilité de retour en arrière, et suggère
fortement de ne pas lancer de nouveau projet dans la première mandature du directeur général.
Stabiliser jusqu?en 2025 les activités commerciales en cours ou
votées par le conseil d?administration ; examiner avec prudence tout nouveau projet.
(DNC)
PUBLIÉ
Conclusion
La transformation de Chambord en EPIC a engendré un développement que l?actuelle équipe de
direction a amplifié en tirant le plus large parti des possibilités de ce vaste domaine et de sa place
insigne dans notre patrimoine. La forte augmentation de sa fréquentation en constitue la plus
saillante confirmation.
Qu?il s?agisse de clarification du statut domanial, d?exécution des travaux du premier schéma
directeur, de valorisation agricole, forestière et cynégétique, de rénovation des abords et espaces
d?accueil, de multiplication des offres commerciales ou de communication, Chambord présente
aujourd?hui un visage nouveau. Cette fructueuse quête de notoriété doit demeurer au service de
ses missions statutaires.
La fréquentation demeure au coeur de sa croissance, et la recherche de ressources propres conduit
l?établissement à multiplier des projets de toutes natures dont l?analyse suggère la nécessaire
stabilisation pour les prochaines années. Les dépenses suivant l?augmentation des recettes, la
maîtrise des risques internes et externes, pour les finances comme pour le pilotage des projets,
devra être mieux prise en compte et les logiques de performance renforcées.
Par ailleurs, il n?apparaît pas que le soin apporté au développement commercial trouve son pendant
dans la qualité de la visite du monument. La mission insiste sur l?impérieuse nécessité pour le DNC
de confier à un scientifique de haut niveau la recherche et la médiation patrimoniales, qu?il s?agisse
des bâtiments ou du parc.
Dans un souci de meilleur partage de la trajectoire de développement de Chambord, un dialogue
renforcé avec les tutelles est souhaitable ; les outils sont multiples mais l?élaboration d?un projet
stratégique d?établissement et la signature d?un contrat d?objectifs et de performance s?imposent
en toute hypothèse.
Le domaine pourrait, enfin, prendre toute sa place dans la réponse aux préoccupations
contemporaines concernant le devenir du patrimoine vivant et de la biodiversité dans une logique
d?excellence environnementale. Il dispose de la totalité des moyens à cette fin.
PUBLIÉ
ANNEXES
Cf TOME II du rapport
PUBLIÉ
Résumé
Liste des recommandations
Sommaire
Introduction
1 Un régime d?exception perfectible pour une gouvernance améliorée
1.1 Un régime d?exception perfectible
1.1.1 Une loi spéciale pour un établissement unique
1.1.1.1 Du domaine de la couronne au grand site patrimonial public sous « protection présidentielle »
1.1.1.2 Un statut législatif sur (dé)mesure
1.1.1.3 L?extension à Rambouillet
1.1.1.4 Un toilettage nécessaire ?
1.1.2 Un décret statutaire porteur de faiblesses de tutelle et de gouvernance
1.1.2.1 Des relations avec les ministères de tutelle peu ou mal organisées
1.1.2.2 Des organes statutaires peu fonctionnels
1.1.2.3 Un comité de direction à restructurer
1.1.2.4 Une gestion des risques dans les activités insuffisamment portées par le comité de direction
1.1.3 La chasse, objet de gouvernance ou force gouvernante ?
1.1.4 Le rattachement du parc de Rambouillet, un portage non pérenne
1.2 Des collectivités à la fois soucieuses et envieuses de l?attractivité de Chambord
1.2.1 Des collectivités diversement concernées et impliquées
1.2.1.1 Une cohabitation apaisée avec la commune de Chambord
1.2.1.2 Le besoin d?exister de la communauté de communes du Grand Chambord
1.2.1.3 Une communauté d?agglomération de Blois (Agglopolys) disponible
1.2.1.4 Le département du Loir-et-Cher et la région Centre-Val-de-Loir plus éloignés
1.2.2 L?Opération Grand Site, opportunité ou opportunisme ?
1.3 Un accompagnement du développement des ressources humaines à imaginer
1.3.1 Une forte évolution des effectifs, en nombre comme en statut16F
1.3.1.1 Une dynamique de recrutement fluide
1.3.1.2 Une égalité entre femmes et hommes encore incomplète
1.3.2 Des procédures administratives bien rôdées mais un dialogue social à consolider
1.3.3 Une gestion des compétences à renforcer
1.3.3.1 Un manque de structuration, voire d?anticipation
1.3.3.2 Une politique de formation dynamique sur la sécurité mais flottante sur les autres domaines
2 Une mise en valeur dynamique mais dispersée
2.1 La valorisation du château : une mission essentielle à restructurer
2.1.1 La visite du château reste l?attraction majeure, malgré la multiplication d?offres annexes autour de lui
2.1.2 Conserver le patrimoine culturel du domaine
2.1.2.1 Réorganiser la maîtrise d?ouvrage des travaux
2.1.2.2 Remettre en ordre la conservation des collections
2.1.3 Ouvrir le monument au public dans des conditions dignes de sa qualité
2.1.3.1 Mettre les activités extérieures au service du château
2.1.3.2 Enrichir et recentrer le contenu de la visite
2.1.3.3 L?accueil des publics scolaires et prioritaires
2.1.3.4 L?accès numérique
2.2 Des activités environnementales et agricoles en évolution rapide
2.2.1 Un patrimoine naturel historique à protéger face au changement climatique
2.2.1.1 Une gestion forestière en évolution
2.2.1.2 Un projet de valorisation des produits de venaison exemplaire ?
2.2.2 Un domaine qui se cherche en termes d?agro-écologie
2.2.2.1 Une activité viticole qui s?organise
2.2.2.2 Une forte diversité de productions
2.2.2.3 Des activités agricoles à stabiliser dans leur modèle avant d?imaginer une autre valorisation de l?espace
2.2.3 Les actions de médiation
2.2.4 Aller vers l?excellence environnementale
2.2.4.1 Une démarche de sobriété énergétique à amplifier
2.2.4.2 Les accès à Chambord et une politique de mobilité à prendre à bras le corps
2.2.4.3 Chambord, de l?ancrage territorial au rayonnement international
2.3 La révision des conventions domaniales : Le Relais de Chambord, un exemple d?adaptation
2.4 Dans tous les secteurs, le besoin d?élaborer une trajectoire de développement durable du Domaine, avec ses tutelles, ses salariés et ses partenaires
3 Depuis la création de l?EPIC en 2005, une stratégie payante de développement
3.1 Une gestion administrative et financière fiable mais sous-paramétrée
3.1.1 Une organisation maîtrisée qui octroie une latitude certaine à l?établissement
3.1.2 L?organisation financière n?a pas tiré toutes les conséquences de la gestion budgétaire et comptable publique
3.1.2.1 Une fonction achats formalisée des prestations de service intellectuelles à limiter
3.1.2.2 Des contrôles de gestion et interne perfectibles et à sécuriser
3.2 La soutenabilité budgétaire est assurée jusqu?en 2025, incertaine au-delà
3.2.1 Un modèle fondé sur la hausse des recettes propres
3.2.2 Des dépenses sous contrôle mais en forte expansion
3.2.2.1 Les dépenses de personnel connaissent une croissance continue dont l?accélération en 2022 et 2023 ne convainc pas entièrement
3.2.2.2 Les dépenses d?investissement s?accélèrent
3.3 Un budget soutenable à court terme mais incertain au-delà
3.3.1 Un budget solide et dynamique, des investissements à surveiller
3.3.2 La situation patrimoniale est maîtrisée à court terme
3.3.3 La programmation des investissements devra être cadrée à long terme
Conclusion
ANNEXES
INVALIDE) (ATTENTION: OPTION g permettant la création de NFT (non-fungible token ou jeton
non fongible) achetés par les joueurs. Il est prématuré d?évaluer cette amorce de stratégie sur
un marché très spéculatif, mais dans l?hypothèse où elle prospérerait, elle devrait au minimum
être encadrée par le service numérique du ministère de la culture (SNum). D?autre part,
s?agissant du choix de la plateforme Ethéréum, la mission note qu?elle répond aux standards
actuels du marché. Elle est en effet considérée comme l?une des plus sécurisées tout en étant
engagée dans une démarche écoresponsable. Le DNC compte y déposer et protéger plusieurs
marques (pour un an).
2.2 Des activités environnementales et agricoles en évolution
rapide
2.2.1 Un patrimoine naturel historique à protéger face au changement
climatique
Le domaine national de Chambord est concerné par différents types de zonages et protections
qui l?obligent à des contraintes environnementales fortes.
Outre la protection au titre de l?inscription au patrimoine mondial de l?UNESCO, au titre des
monuments historiques et site naturel remarquable, le site est également classé et inscrit :
- Réserve nationale de Chasse et de Faune Sauvage (RNCFS) : le parc intra-muros est
classé depuis 194732.
- Réseau Natura 2000 : Le DNC est inscrit en partie au réseau Natura 2000 à la fois en tant
que Zone de Protection Spéciale (ZPS)33 désignée au titre de la Directive « Oiseaux » et en
tant que Zone Spéciale de Conservation (ZSC)34 désignée au titre de la directive « Habitats ».
- Zone naturelle d?intérêt écologique, faunistique et floristique : ce site est classé en
ZNIEFF de type I et II35 pour la richesse en espèces et habitats patrimoniaux
Pour mettre en oeuvre les directives Habitats et
Oiseaux évoquées supra, le DNC a réalisé un
document d'objectifs (DOCOB), à la fois
document de diagnostic (écologique et socio-
économique) et document de gestion (enjeux
et objectifs) de son site classé Natura 2000. Il
fixe des objectifs à court, moyen et plus long
terme de protection de la nature. Il est suivi par
les services de la Région Centre-Val-de-Loire.
Selon France Nature environnement
« Chambord est considéré comme un « hot
spot » de la biodiversité, notamment pour ses
populations exceptionnelles de grands rapaces
nicheurs. En 2022, on y compte 9 couples de balbuzards pêcheurs (16 jeunes à l?envol, ce qui,
par essaimage, est un des tous premiers foyers de restauration des populations nationales avec
la forêt d?Orléans). Sont également présents et installés naturellement 11 couples d?aigles bottés,
32 Arrêté du 4 avril 1974.
33 Arrêté ministériel du 07 mars 2006.
34 Arrêté ministériel du 13 avril 2007.
35 Une ZNIEFF est un inventaire scientifique qui localise et décrit les secteurs particulièrement intéressants sur
le plan écologique, faunistique et floristique, avec deux types de zones : ZNIEFF de type I, secteur de grand
intérêt biologiques ou écologiques qui abritent des espèces animales ou végétales patrimoniales (dont certaines
protégées) bien identifiées et ZNIEFF de type II, ensemble géographique qui désigne un ensemble naturel
étendu dont les équilibres généraux doivent être préservés.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 33/65
3 couples de circaètes Jean-le-blanc, 1 couple d?autours des palombes? et 2 couples de
cigognes noires, espèce particulièrement sensible au dérangement, sans compter une vingtaine
de pics cendrés. ».
Le DOCOB du site de Chambord date de 2014. Son évaluation est souhaitable pour envisager
sa révision.
2.2.1.1 Une gestion forestière en évolution
La forêt de Chambord est classée monument historique depuis 1997. Elle couvre un peu plus
de 5000 ha.
Un aménagement forestier en évolution pour s?adapter au changement climatique
La forêt de Chambord est majoritairement (70%) composée de chênes ; le pin sylvestre est
l?essence principale parmi les résineux avec 822 ha de futaie régulière ; 160 ha de pins laricio
et de pins maritime (futaies) contribuent à un apport de bois résineux de qualité3637.
La forêt du DNC ne peut pas être considérée comme une forêt classique :
- Elle est close depuis le XVIIème siècle, même si mitoyenne de la forêt de Boulogne ;
- Elle est terrain de chasse avec une pression cynégétique de cervidés/mouflons et san-
gliers importante, frein à son renouvellement naturel38 ; c?est un moteur pour le maintien
a minima de l?actuel taillis sous futaie (la moitié) ;
- Elle pousse sur un terrain sableux de piètre qualité ;
- Ses bois peuvent bénéficier d?une marque prestigieuse mais la qualité de ceux qui la
portent doit être à la hauteur.
Source : DOCOB du DNC
36 Les chênes : le chêne sessile majoritaire (1 622 ha), en mélange avec le chêne pédonculé (taillis-sous-futaie).
Le pin laricio et le pin maritime (peu représentés) contribuent à un apport de bois résineux de qualité avec 160
ha de futaie. Les principaux peuplements sont constitués pour moitié de taillis-sous-futaie (2 167 ha) et de
futaies (2 055 ha). Pour répondre aux objectifs cynégétique et paysager, le taillis-sous-futaie sera le traitement
recherché à Chambord.
37 Au XIXème siècle, le couvert forestier était plus limité (sud Cosson, Boulogne?) ; la lande était majoritaire.
38 Les cervidés et mouflons mangent les jeunes pousses, les sangliers retournent les sols et mangent les
glandées : le gibier freine le renouvellement naturel ; les cervidés abiment les écorces.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 34/65
Le changement climatique est une autre donnée importante : la forêt de Chambord souffre
depuis quelques années d?un dépérissement avec une descente de cime des bouleaux et des
pins sylvestres. Ce même phénomène est aussi observé dans la forêt de Boulogne.
Le plan de gestion forestier (2015-2034) a été réalisé en 2015 avec le support technique de
l?ONF. Le bilan de l?aménagement prévoit une surface de renouvellement des peuplements à
hauteur de 1 070 ha (25% de la surface en sylviculture) 39 .Après avis de l?ONF et du
Département santé des forêts du ministère de l?agriculture, conjointement avec l?INRAe40 - avis
formulé il y a quelques années déjà - il a été envisagé l?introduction de nouvelles essences plus
résistantes, sous financements du Plan de relance : le plan de gestion doit ce fait être modifié41.
Depuis la reprise de la gestion forestière par le DNC (décret de 2005 créant l?EPIC) les forestiers
du domaine sont autonomes. Ils gèrent les coupes et les ventes de bois. Comme signalé supra,
ce fonctionnement n?est pas conforme aux dispositions de l?article législatif fondant l?EPIC (cf
annexe 16).
Toutefois, le Code forestier impose un suivi de la gestion forestière avec l?ONF, qui ne peut
valider les modifications du plan de gestion sans avoir un minimum de données sur l?exploitation
en cours. Il convient de remettre en place des relations régulières, i.e. un comité de suivi une
fois par an ; et autant que possible un échange scientifique et technique.
Mettre en place avec l?ONF un comité de suivi du plan
d?aménagement forestier ; conclure une convention entre l?ONF et le DNC pour cadrer
les relations scientifiques et techniques entre les deux établissements. (Ministères de
tutelle, ONF, DNC)
La vente du bois s?inscrit dans la stratégie de marque du domaine et la distribution
s?opère en direct
Les chênes exploités sur le domaine souffrent des sols relativement pauvres et du traitement
en taillis-sous-futaie. Seules quelques billes de pied font l?objet d?un classement en merrain, le
reste des bois part en charpente, parquet et chauffage.
Pour les résineux, les peuplements de pins sylvestre ou de pin laricio fournissent de meilleurs
produits très recherchés par les scieries. Sur le Domaine, la grande
majorité des bois sont vendus sur pied. Les bois de qualité correcte
sont vendus façonnés (régie) bord de route.
Depuis une dizaine d?année, les ventes se font par appel d?offres gérés
par le Domaine ou de gré à gré. Sur une année, le volume moyen est
de :
- 2800 m3 pour les chênes (150¤ /m3) ;
- 2100 m3 pour les résineux (30 ¤ /m3)42.
La marque de Chambord permet une valorisation des bois de qualité.
Exemples souvent cités, les tonneaux, issus des merrains issus du bois
39 Aménagement forestier, Domaine National de Chambord 2015-2
40 Institut national de recherche pour l?agriculture, l?alimentation et l?environnement.
41 20 placettes sur 50 ha sont plantées, sur deux ans, dans le cadre du Plan de relance de l?Etat. Une première
campagne de 25 ha sur la saison 2022/23 et une nouvelle campagne de 25ha est prévue sur la saison 2023/24.
Un volet expérimental est conduit avec des essences de noisetier, hêtre oriental, testées par l?ONF ; on note
aussi des sapins de Turquie. La plantation se compose à 70 % d?essences principales et 30 % avec des
essences d?accompagnement. De grandes parcelles sont occupées par des résineux ; les petites parcelles en
expérience incluent un mélange comportant des chênes pubescents, tauzins et ibériques dans les zones
hydromorphes.
42 Chiffres représentant le bois non scié aujourd?hui, issus du dossier de présentation du projet de scierie.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 35/65
de qualité supérieure du domaine, dont la vente avoisine les 1 000¤ l?unité43.
Le projet suspendu de scierie mobile
Le DNC a élaboré le projet d?installer une scierie dite « mobile » qui nécessite aussi une
plateforme, un atelier de séchage, un rack?
Incontestablement l?usage et l?investissement d?une scierie mobile peuvent être amortis si elle
approvisionne des circuits courts, pari que fait le DNC. La scierie sur site permet de gérer soi-
même le volume des coupes alors que les exploitants demandent toujours des gros volumes
pour justifier le coût de leur chantier forestier. L?usage de la marque est aussi mieux maitrisé.
En revanche, l?argument de la diminution du nombre de scieries n?est pas retenu par la mission :
selon l?ONF, des opérateurs locaux pourraient traiter le bois du DNC.
Dans la préparation de son plan d?affaires, le DNC a approché de nombreux clients locaux
susceptibles d?être intéressés par le bois d?oeuvre comme par la sciure ou des déchets de sciage
(dosses, morceaux et pièces inexploitables).
Le DNC indique par ailleurs avoir l?intention de servir prioritairement les monuments classés qui
auraient besoin de bois de construction ou de charpente, à commencer par lui-même.
Si l?espoir d?une confortable marge financière justifie ce projet, la mission soulève plusieurs
points :
L?investissement a été estimé à 200 000¤ en Juin 2022 ; 275 000¤ fin 2022 incluant les
nécessaires aménagements de l?environnement. Incluse dans l?emprunt de BNP Paribas (1,5
million d?euros pour l?atelier de venaison et la scierie)44 qui a finalement été contracté pour le
seul atelier de venaison, la scierie serait amortie sur 8 et 10 ans (en fonction des éléments)
avec les recettes du bois scié. Les recettes estimées à 527 000¤ permettraient de dégager un
résultat de 325 000¤. À cela, la mission note qu?environ 100 000¤ doivent être déduits -
équivalent de la quantité de bois qui n?est plus vendu sur pied. La simulation est basée sur des
cours du bois scié élevés (500-700¤/m3) ; il est nécessaire d?anticiper que ce niveau de prix ne
restera probablement pas sur les 10 ans de l?amortissement de l?installation. Toutefois, la marge
est suffisante pour penser que ce n?est pas la chute des cours qui mettrait le DNC en difficulté
sur cette activité.
En revanche, l?équipe envisagée comprendra trois personnes dont un unique opérateur de
sciage, menuisier expérimenté, chargé de surcroit de la vente et de l?administration. En
l?absence de suppléance possible sur la fonction du sciage45 , la mission s?interroge sur les
conséquences d?une absence prolongée de cet unique opérateur et relève de nouveau la
tension imposée au comité de direction avec autant d?activités à encadrer incluant si peu de
compétences dans chaque équipe.
La simulation chiffre correctement le coût des salariés engagés sur la scierie mais
insuffisamment les coûts administratifs et d?encadrement afférents.
Enfin, vendre les déchets de scierie pour de la combustion (tuilerie) serait à considérer dans la
43 La production des merrains est réalisée à la merranderie Cizeau, à proximité de Chambord, après 24 mois
de ressuyage à l?air libre dans le parc de Chambord. La fabrication des fûts est assurée par la tonnellerie Cadus
implantée en Bourgogne.
44 « BNP PARIBAS Proposition Chambord 14 06 2022 : Construction d?un atelier de traitement de la viande de
gibier + divers et acquisition d?une scierie mobile. Montant du besoin exprimé et financement BNP Paribas 1
500 000¤ HT ».
45 Eléments de la fiche de poste : « être un menuisier de formation et de métier, personne qualifiée et
expérimentée avec plusieurs décennies d?expérience dans le sciage. Il assurera les différentes fonctions
indispensables en amont et en aval du sciage proprement dites et il optimisera le sciage de chaque pièce de
bois en fonction de sa qualité, l?usage et la commande, en ayant le moins de perte possible. Il assurera
également le suivi des stocks, entrée /sortie au niveau informatique. Ce travail nécessitera un jour par semaine
ou environ deux heures le matin. Il assurera la fonction commerciale et administrative : accueil clientèle, soit
téléphonique en apportant une solution au client, soit par mails, il établira des devis, il rédigera les bons de
commande et les bons de livraison jusqu?au document final de facturation pour l?agence comptable.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 36/65
comptabilité des crédits carbone du domaine.
En conclusion, la mission estime que ce projet de scierie mobile, certes intéressant « sur le
papier » comme expérience-pilote est susceptible d?engendrer de nombreuses difficultés de
gestion alors qu?un certain nombre de nouvelles activités lancées ou engagées par le domaine
ne sont pas encore à maturité ni stabilisées. À ce jour, la mission a été informée du refus du CA
d?opérer le recrutement envisagé.
Crédits carbone forestiers et Label Bas carbone
Dans la logique de toujours exploiter au mieux son potentiel, le Domaine national de Chambord
a entrepris une démarche pour valoriser en euros sonnants la séquestration de carbone sur sa
forêt et celle du Parc de Rambouillet ; 2,5 M¤ de recettes sont attendues sur les 5 premières
années du marché.
Il est indiqué à la mission que les dépenses incluent principalement, pour le titulaire du marché,
un intéressement calculé sur la base du futur chiffre d?affaires ainsi que 141 000¤ de dépenses
fixes. Sur les 5 ans de durée du marché, le chiffre d?affaires net de Chambord serait, sur la base
de 25 327 tonnes estimés, de : 2,526M¤ - 898 000¤ = 1,628M¤.
L?hypothèse d?un chiffre d?affaire net plus optimiste de 4,187 M¤ circule : la mission note que ce
sujet fait l?objet d?évaluations fort diverses !
S?appuyant sur les dispositions de l?article R. 2111-146 du Code de la commande publique, le
DNC a consulté cinq opérateurs dont la société La Belle Forêt pendant plus d?un an en amont
de la rédaction du cahier des charges de l? appel d?offre à prestataire pour gérer la comptabilité
et la commercialisation des crédits carbone (annexe 16).
Ce cahier des charges a été publié par la seule voie officielle (JOUE et BOAMP47).
Plusieurs opérateurs ont montré leur intérêt mais seule La Belle Forêt et l?ONF ont déposé une
offre ; après analyse dont la mission a pris connaissance, la société La Belle Forêt est
considérée par le DNC comme l?opérateur répondant le mieux aux attendus du cahier des
charges (annexe 17) et remporte l?appel d?offres.
La Belle Forêt propose de développer sur Chambord une méthode qui valorise les efforts de
préservation de la biodiversité, et se base sur le développement d?une sylviculture mélangée à
couvert continu. Le ministère en charge de l?agriculture attire l?attention sur les objectifs
nationaux réaffirmés de production de bois. L?impact sur les zones de production devrait être
limité dans la mesure où toutes les futaies ne sont pas concernées par la méthode proposée.
Le conseil d?administration a retenu le prestataire La Belle Forêt sous deux conditions : La Belle
Forêt, inspirée d?une méthode labellisée au niveau international, doit obtenir en France le
« Label Bas Carbone » du ministère de la transition écologique ; le plan de gestion de la forêt
doit être modifié. La décision a été rendue publique le 16 décembre 2022 par communiqué de
presse des ministres de l?agriculture et de la transition écologique, qui présente clairement
l?opération comme une « expérimentation » (annexe 19).
Si les experts de La Belle Forêt ont apporté une expertise utile au DNC sur l?approche d?une
méthode de valorisation de la séquestration du carbone forestier incluant un volet biodiversité,
la procédure suivie n?est peut-être pas optimale au regard des règles de concurrence en matière
de commande publique.
La mise en oeuvre devra s?avérer exemplaire et il conviendra de veiller à ce que la vente des
crédits carbone se fasse bien auprès d?entreprises en réelle démarche de progrès écologiques
et non d?éco-blanchiment.
46 Article R. 2111-1 : Afin de préparer la passation d'un marché, l'acheteur peut effectuer des consultations ou
réaliser des études de marché, solliciter des avis ou informer les opérateurs économiques de son projet et de
ses exigences.
47 Journal officiel de l?Union européenne daté du 25/5/2022 et Bulletin officiel des annonces de marché public
daté du 22/05/2022.
PUBLIÉ
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000037731045
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 37/65
Etablir une charte de cession des crédits carbone du Domaine
national de Chambord, auprès d?entreprises/organismes qui démontrent leur
engagement dans une démarche de progrès. (DNC)
Rambouillet
Le plan de gestion forestière 2013-2032 est établi pour 616 ha, avec une meilleure santé globale
des feuillus et résineux qu?à Chambord. Le marché du carbone forestier s?exercera aussi sur la
forêt du Parc de Rambouillet. La gestion forestière est assumée par l?équipe, qui entretient
encore quelques relations avec l?ONF local. Les ventes de bois sont administrées par le DNC.
La place singulière de la chasse : nécessité écologique ou commerce cynégétique
Comme déjà évoqué au 1.1.4, l?activité chasse reste indissociable de Chambord et, dans
l?inconscient collectif, elle reste même, à tort, le haut lieu de la chasse à courre48 qui ne s?y
pratique pourtant plus depuis 1947 !
La place de la chasse à Chambord est donc singulière car elle met ici en lumière la pratique
cynégétique, actuellement décriée au nom de la maltraitance animale, de la conservation des
espèces, de la sécurité des promeneurs en forêt? et forcément soumise à polémiques,
surenchéries par le secret bien gardé des invités.
La place de la chasse est également singulière car, comme évoqué précédemment, elle est
l?essence même du domaine et conditionne l?avenir de la forêt.
Il y a deux écoles : celle du « maintien de la chasse dans la plus grande discrétion » et celle de
l?explication ouverte de ses objectifs dans un souci de transparence. Le sujet n?est, à ce jour,
pas tranché, ni même débattu.
Environ 30 chasses par an sont organisées avec 500 invités pour les deux sites confondus.49
Les chasses occupent un tiers du temps de service des agents de la direction « chasse et forêt ».
Le DNC semble donner une priorité aux préoccupations cynégétiques dans la gestion du
domaine forestier, ce qui se traduit par le retournement tous les 3 ans des prairies et l?existence
d?une vingtaine d?aires d?« agrainage »50. L?agrainage peut être autorisé par dérogation51. Mais
certaines voix évoquent la pratique de « nourrissage », destiné à enrichir les tableaux de
chasse, sous couvert de permettre au public d?observer des animaux et de protéger la forêt. Si
elle était avérée, cette démarche de chasse commerciale poserait une question d?éthique.
Etant donné l?abondance du grand gibier à Chambord (comme en Sologne en particulier et dans
toute la France en général), des expérimentations pourraient être menées sur la réduction de
48 De multiples tweets récents évoquent encore la chasse à courre au sein du DNC. Source Twitter.
49 À Chambord, 15 battues au sanglier pendant 4 mois et 200 cervidés tirés, à Rambouillet, 12 battues au faisan.
50 L?agrainage est une pratique cynégétique consistant à nourrir des animaux sauvages dans leur
environnement naturel.
51 L. 425-5 « L'agrainage et l'affouragement sont autorisés dans des conditions définies par le schéma
départemental de gestion cynégétique. Le nourrissage en vue de concentrer des sangliers sur un territoire est
interdit. Le schéma départemental de gestion cynégétique peut autoriser des opérations d'agrainage
dissuasives en fonction des particularités locales. ».
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 38/65
ces populations et son intérêt pour la biodiversité.
Rambouillet
Le parc de Rambouillet permet de valoriser auprès des mécènes de Chambord une chasse
complémentaire avec des gibiers différents : le « poil » à Chambord, la « plume » à Rambouillet.
Les 65 mécènes actuels chassant à Rambouillet ont versé un droit d?entrée de 5 000¤.
Au sein du château, une salle au rez-de-chaussée du donjon (précédemment réserve de
tapisseries) est dédié au vestiaire des chasseurs : le « débotté ». La mission suggère qu?en
dehors des 14 jours de chasse le « débotté » soit affecté à un usage réellement et visiblement
public. Ce lieu pourrait être dédié à la pédagogie et à l?éducation sur l?intérêt et l?utilité de la
chasse durable à Chambord.
2.2.1.2 Un projet de valorisation des produits de venaison exemplaire ?
Le terme de « venaison » désigne toutes viandes des gibiers chassés et destinés à la
consommation humaine. Le devenir des produits de la chasse est un enjeu : d?une part, les
prestataires et les chasseurs capables de traiter les animaux tués font défaut ; d?autre part,
l?éthique impose de ne pas détruire des viandes propres à la consommation humaine. Enfin, la
valorisation sur le marché des viandes non consommées par les chasseurs (10% de la chasse52
+ l?import) impose des mesures sanitaires drastiques, agréées par l?État.
En France, la consommation moyenne de gibier se situe en moyenne entre 600 et 800 g/an53
(avis Anses 2018). 80% de la viande de gibier mise sur le marché est importée. Par ailleurs
c?est la division, presque par deux, du prix d?achat des carcasses du DNC par la société Vilette
(basée dans l?Aisne !) à l?issue de la période COVID qui a amené le DNC à s?engager sur une
autre stratégie, à savoir de traiter lui-même les produits issus de la venaison.
Après une étude très complète54, dont la mission a pris connaissance, le DNC a opté pour la
conversion d?un bâtiment technique du site « La faisanderie » en un atelier de traitement,
découpe et conditionnement des carcasses de sangliers et cervidés/mouflons (cf plan en
annexe 20). Une moyenne de 50 sangliers - 8 cerfs - 2 mouflons sont tirés chaque semaine,
soit, après parage et découpe, la production de 1 340 kg de viande/semaine ; sur une période
de 16 semaines. Le plan d?affaires établi par le consultant, étudié par la mission, pose
raisonnablement à 1,52¤ le coût de production d?1kg de viande exploitable. Dans son plan
d?affaire prévisionnel, le DNC compte sur 96 000¤ de bénéfice après amortissement, soit 1,9M¤
en cumul en fin de période d?emprunt sur 15 ans (annexe 21). La mise aux normes de
l'assainissement de cet atelier, et de celui du centre de collecte existant représente 500 000¤,
financée pour les deux tiers par le mécénat.
Ce projet a été solidement préparé et longuement discuté55. En interne comme à l?extérieur, les
avis sont très positifs56. Les utiles échanges préalables avec l?administration sanitaire57 ont été
conduits. La mission regrettera toutefois que le CSE, qui l?a demandée, n?avait pas été
destinataire de la note écrite relative à ce projet alors que son financement à hauteur de 1,5M¤
a été entériné au CA de Juin 2022.
L?ensemble des parties considèrent que le Domaine national de Chambord jouera, avec cet
atelier, son rôle de démonstrateur pour les régions voisines.
52 Rapport CGAAER - Valorisation de la venaison Mission n° 21032.
53 Avis ANSES 2018.
54 Le plan d?affaires de l?atelier a été réalisé en février 22 par le consultant Hervé Blandin.
55 Sujet abordé et encouragé déjà en 2020 en CA.
56 Interviews de parties prenantes et d?experts.
57 Service d?inspection vétérinaire de la direction départementale de l?emploi, du travail et des solidarités
(DDTES) et direction générale de l?alimentation du ministère en charge de l?agriculture.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 39/65
L?idée est donc pertinente, mais la mission attire l?attention de la direction générale de
Chambord sur les points suivants :
- L?installation de collecte du DNC est aujourd?hui reconnue par les services vétérinaires
sanitaires comme d?un très bon niveau ; ajouter un atelier de découpe impose des pra-
tiques d?hygiène extrêmement rigoureuses, chaque action étant susceptible d?être
source d?une contamination de la viande. L?agrément sanitaire sanctionne cette qualité
d?organisation sanitaire du travail. La suspension de l?agrément ou un incident sanitaire
nécessitant des retraits de produits écorneraient l?image du DNC et mettrait en péril le
retour sur investissement de l?atelier.
- Le plan d?affaires est basé sur une quantité élevée de gibier : 850 sangliers et 150 cer-
vidés exploitables (référence de l?année 2019/2020), donc une chasse sur le DNC de
près de 900 sangliers par an compte tenu des animaux déclassés vers l?équarrissage.
Il conviendrait, pour l?équilibre de la biodiversité du domaine de ne pas rechercher la
multiplication des tableaux de chasse pour une activité économique qui reste secon-
daire.
- L?idée entendue de compléter les recettes de l?atelier par une prestation auprès d?autres
chasses de Sologne nécessite un cahier des charges extrêmement précis pour d?une
part traiter les produits d?une chasse éthique, mais surtout se protéger de la maladie
hautement contagieuse (PPA : peste porcine africaine) qui menace de façon de plus en
plus pressante les frontières de l?est de la France. Le DNC a la chance d?être clos et de
pouvoir ainsi assurer sa biosécurité. Mais toute introduction d?animal même mort est
susceptible de faire basculer le DNC dans une situation catastrophique qui mettrait en
péril ses chasses et son investissement.
- D?un point de vue juridique pour que le DNC se livre à des activités économiques dans
un champ concurrentiel, l?atelier doit répondre à ses besoins propres ; au-delà (traite-
ment d?autres chasses par exemple), il doit exister un intérêt public résultant notamment
de la carence ou de l?insuffisance de l?initiative privée (annexe 22).
La venaison à Rambouillet
Compte tenu des distances, le traitement à Chambord de la venaison de Rambouillet n?est pas
pertinente. Un atelier est en cours de montage à proximité qui permettra de traiter de façon plus
régulière le produit des chasses du Parc. Par ailleurs, Plusieurs restaurateurs locaux basent
leur carte sur le gibier ; l?un deux est demandeur de carcasses entières de sangliers et cervidés
ainsi que de la totalité du gibier provenant de Rambouillet58.
Gérer l?atelier de traitement de la venaison sans concurrencer le
secteur privé et avec une rigueur sanitaire extrême ; contribuer à un guide des bonnes
pratiques d?hygiène avec les fédérations de chasse ; ne pas augmenter la pression de
chasse dans le but de rentabiliser l?atelier. (DNC)
2.2.2 Un domaine qui se cherche en termes d?agro-écologie
Depuis 2018, le Domaine national de Chambord établit de nouvelles activités sur les espaces
non forestiers du parc, avec une intéressante logique de pratiques plébiscitées par les
consommateurs (permaculture, circuits courts?) et de financements de l?entretien du domaine,
mais qui l?emmène sur des métiers et donc des compétences, extrêmement divers.
2.2.2.1 Une activité viticole qui s?organise
58 Compte rendu du conseil d?administration, juin 2022.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 40/65
À proximité du château et en co-visibilité, il a été décidé en
2015 de planter 14 hectares de vignes biologiques (77.000
pieds de vigne - 5 cépages différents), au lieu-dit
« l?Ormetrou ». Ces vignes produiront à terme environ
70.000 bouteilles et devraient rapporter un million d?euros de
revenu net par an59. En 2021, 128 hectolitres ont été récoltés
pour 17 066 bouteilles produites. Pour la vinification,
Chambord a choisi comme partenaire Henry Marionnet60.
En lieu et place d?un projet initial de chai dessiné par
l?architecte Jean-Michel Wilmotte, abandonné en 2020 dans
un contexte d?augmentation du budget de cette opération et de crise sanitaire, l?aménagement
de ce chai est décidé à l?intérieur d?un bâtiment existant - la ferme de l?Ormetrou - solution moins
controversée et bien plus économe (cf. infra).
Là encore, ce projet a fait l?objet de mécénat d?entreprise61 et il est également possible pour
tout particulier « d?adopter un pied de vigne » pour 1 000¤ avec une défiscalisation à hauteur
de 66%.
Après un an de travaux, la réhabilitation s'est terminée au premier trimestre 2022 et le chai
inauguré début juillet 2022.
Chambord a ainsi emprunté 3M¤ pour son chai (0,55M¤ perçus en 2019 et une deuxième
tranche versée en 2020 de 2,45M¤). Sans la connaissance d?une analyse de rentabilité, la
mission n?a pu vérifier que ces emprunts sont bien financés par cette activité.
2.2.2.2 Une forte diversité de productions
Même si l?histoire montre qu?un vignoble a existé dès 1518 à Chambord et qu?un potager était
bien présent sur le domaine au XVIIème puis XIXème siècle62, il convient pour ces activités comme
pour toutes les autres et davantage pour les futures activités de s?interroger sur leur pertinence
au regard du décret statutaire du Domaine national de Chambord et sur les risques
économiques qu?ils engendrent (champ concurrentiel, gestion et ressources humaines internes).
Ainsi l?activité viticole qui se doit d?amortir la rénovation du bâtiment qui accueille le chai sur la
ferme de l?Ormetrou ; ainsi le potager qui permet la rénovation, le nettoyage du terrain et
l?ouverture au public des 5 000m² et d?un bâtiment de l?enceinte des écuries du Maréchal de
saxe, complété de l?exploitation de 5 ha mitoyens63 (annexe 24) ; ainsi le troupeau de moutons
de la race de faible effectif « Solognot » qui entretient prairies et sous-bois (annexe 23).
Les ruchers (annexe 25), la récolte et commercialisation de l?eau de bouleau, la collecte d?eau
de forage sur le domaine pour la brasserie d?Axereal dans la commune voisine de Bracieux sont
autant d?activités annexes dont l?objectif est de faire entrer des recettes avec une marge
conséquente via la boutique et les circuits courts, mais d?une diversité qui questionne sur la
capacité à mener et maitriser autant d?activités de front, même sous-traitées.
Travailler le potager selon les pratiques de la permaculture demande beaucoup de main
d?oeuvre, une expérience au long-cours et donc un engagement dans le temps long difficile à
exiger de la part des salariés. Aujourd?hui les ateliers viticole, potager, apicole sont certifiés
Bio, ce qui demande déjà beaucoup de technicité pour maîtriser la qualité visuelle, gustative et
sanitaire des produits.
59 Chiffre communiqué par la Direction générale du DNC.
60 Spécialiste des cépages anciens et du vin naturel, implanté en Sologne.
61 Groupama Paris Val-de-Loire, principal mécène.
62 [les parcelles] correspondent sur un plan de 1693, (?/?) du jardin de Bouray charpentier. D?autres plans
iconographiques du 18e siècle représentent les diverses utilisations de ce terrain (pépinières, prés, potager,
verger, forêt?) ». Source : Arrêté 20/0071 du 18 février 2020, portant prescription et attribution d?un dignostic
d?archéologie préventive.
63 Parcelle dite « des casernes ».
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 41/65
2.2.2.3 Des activités agricoles à stabiliser dans leur modèle avant d?imaginer
une autre valorisation de l?espace
L?idée avancée par la direction générale 64 de produire de l?agro-énergie (panneaux
photovoltaïques compatibles avec les installations et terres agricoles, géothermie,? ) est une
autre idée intéressante mais qui ne saurait s?imposer avant d?avoir pleinement stabilisé les
développements en cours. Chaque nouvelle recette potentielle nécessite un investissement du
management déjà saturé.
Le sujet du devenir de la ferme du Pinay, dernière ferme encore exploitée par un agriculteur,
doit aussi être abordé avec discernement. S?il est très pertinent de maîtriser cette exploitation
dans le futur pour contenir les modes de production et limiter les incidents sanitaires dans
l?espace clos du DNC, précipiter les choses à un moment pivot où l?établissement a déjà
beaucoup de projets à stabiliser serait contre-productif, voire dangereux pour l?équilibre général.
La mission a entendu dans les entretiens la saine réflexion sur une hypothèse de reprise de
l?exploitation au moment du départ en retraite de l?exploitant actuel. Mais la lecture des
documents montre que le DNC est déjà engagé dans une procédure juridique pour faire
reconnaître le caractère domanial de cette exploitation agricole. En tout état de cause, la
mission suggère de conserver une exploitation agricole qui entretient les espaces plutôt que de
transformer à son tour la ferme du Pinay en gîtes supplémentaires.
Considérant ces différentes activités agricoles, la mission attire l?attention sur les points
suivants :
- les raisonnements économiques de l?agriculture ne s?appliquent que partiellement au
domaine national de Chambord qui peut écouler ses produits en circuit court et appli-
quer des tarifs plus confortables que ceux du marché ;
- la technicité nécessaire pour s?inspirer de la ferme de Bec Hellouin (Eure) ou de la ferme
québécoise « Les Quatre temps », partenaire du domaine, sur la permaculture étaient
intéressants à considérer mais le relationnel, l?expérience et la technicité nécessaires
supposent des personnels investis dans la durée. Le glissement vers le positionnement
agriculture biologique est plus prudent, bien qu?appelant aussi beaucoup d?expérience
et de rigueur ;
- les productions agricoles, sur certaines opérations gourmandes en main d?oeuvre, font
appel à la bonne volonté pour compléter les ETP dédiés ; de motivantes, elles peuvent
aussi rapidement alourdir les journées des personnels les plus engagés ;
- les ateliers ovins, viticole, le potager, comme l?atelier de venaison suscitent, pour les
personnels qui ne sont pas engagés sur ces sujets, une vive inquiétude. Des ateliers de
visite dédiée pour les personnels, voire une invitation à venir ponctuellement donner un
coup de main devraient permettre de rassembler davantage autour de ce concept
louable de valorisation financière des espaces à entretenir. Cela contribuerait, là aussi,
à la fierté des réalisations accomplies sur le domaine ;
- la Bergerie nationale de Rambouillet, le potager du Roi (annexe 26) comme probable-
ment les enseignants des établissements de formation professionnelle agricole locaux
devraient pouvoir apporter une expertise solide, pertinente et durable dans le cadre de
conventions pluriannuelles ;
- plusieurs établissements d?enseignement agricole développent des formations pour
l?accueil de public sur les exploitations agricoles et forestières et pourraient être centres
de ressources pour le DNC.
64 Discussions avec la mission.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 42/65
L?agro-écologie à Rambouillet : une longueur d?avance
Si le DNC ne gère pas les espaces agricoles du domaine de Rambouillet, les terres exploitées
par la Bergerie nationale (BN) en culture et en pâturage ou fourrage pour les élevages de bovins
et ovins sont imbriquées dans la forêt. L?éco-pâturage dans les landes et l?agroforesterie
pratiquée en sous-bois ont une fonction de démonstration parmi les enseignements dispensés
plus largement par la BN sur l?agro-écologie.
La Bergerie nationale est un centre de ressources sur les productions animales ; elle héberge
et entretient à titre patrimonial le troupeau de race de très faible effectif Mérinos introduit sous
Louis XVI en cadeau du Roi d?Espagne. Ses béliers ont été diffusés sur tout le territoire pour
améliorer la production de laine des races françaises.
Réfléchir à une gestion de certains ateliers agricoles et de la Ferme
du Pinay par un exploitant agricole indépendant, dans le respect des objectifs du
domaine ; être attentif, dans la durée, aux risques, pour l?image du domaine, liés aux
qualités gustative et sanitaire des produits mis sur le marché. (DNC)
2.2.3 Les actions de médiation
Au-delà des actions de médiation numérique décrites au II.A.2.d., le DNC pourrait amplifier sa
démarche de médiation en présentiel de façon plus volontariste avec des visites du parc
commentées et autour de l?agroécologie. Le ministère de la transition écologique, attaché à
cette dimension éducative, pourrait à travers sa subvention65, qui couvre actuellement le déficit
budgétaire des actions conduites en matière de chasse et de biodiversité, demander au DNC
d?en consacrer une partie à la médiation, avec notamment la création et l?animation d?un espace
d?interprétation du domaine.
2.2.4 Aller vers l?excellence environnementale
Les 500 ans du domaine désormais révolus permettent d?ouvrir un nouveau cycle de
préservation, de transmission et de rayonnement de cette « cité idéale », voulue par François
1er. Un nouvel exercice de prospective à 10 ans par exemple pourrait être engagé, pour régler
non seulement les risques et points de vigilance évoqués dans le présent rapport mais aussi
pour proposer à Chambord une véritable vitrine de l?excellence environnementale.
L?anticipation du défi climatique et l?adaptation au changement climatique déjà réel (inondations,
dépérissement de la forêt, ?) doivent être amplifiées notamment par une plus grande prise en
compte de la dimension paysagère qui passe par des lieux à (re)conquérir, sans pour autant
banaliser le monument.
Le DNC pourrait ainsi se mobiliser concrètement pour entreprendre des actions liées aux
« Solutions fondées par la nature », qui selon l'Union internationale pour la conservation de la
nature (IUCN) « s?appuient sur les écosystèmes pour relever les défis que posent les
changements globaux à nos sociétés comme la lutte contre les changements climatiques, la
gestion des risques naturels, la santé, l?approvisionnement en eau ou encore la sécurité
alimentaire. ».
Dans le cadre de partenariats à imaginer, la présence plus affirmée d?une ou plusieurs
associations environnementales, à travers leurs représentations locales, auprès du DNC
pourrait également favoriser l?émergence de propositions intéressantes, en termes de
développement durable.
65 977 000¤ annuels (1/3 environ va à Rambouillet).
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 43/65
Plus généralement et malgré la nécessaire approche financière des tutelles, le bilan de ces
dernières années a démontré l?intérêt de laisser au DNC une grande part de créativité, qui devra
à l?avenir s?inscrire dans un projet stratégique, libéré des modes et tendances.
2.2.4.1 Une démarche de sobriété énergétique à amplifier
La direction du domaine pourrait dans la conjoncture actuelle d'augmentation des coûts de
l'énergie et considérer avec les salariés toutes les mesures possibles de sobriété à court et à
moyen termes.
Le DNC avait exprimé dès 2010 une volonté d?une production d?énergie plus vertueuse à
l?échelle du château et du patrimoine bâti du village par l?installation d?une chaudière collective
biomasse. En raison d?un dépassement de budget important, ce projet est abandonné. En 2015
est réalisé un audit sur les installations de chauffage sur les bâtiments du village et en 2016 est
commandée une étude diagnostic des installations électriques et énergétiques du château,
portant notamment sur le remplacement des 60 chaudières existantes et qui a rendu ses
conclusions en 2017. À ce jour, seulement une quinzaine de chaudières, certes de nouvelle
génération mais toujours à énergie fossile, a été remplacée. Si ces nouveaux équipements sont
certes opportuns, ils ne sont pas optimum, en termes d?économie d?énergie notamment. En
2022, le DNC a confié à l?architecte en chef des monuments historiques l?élaboration d?un
schéma directeur énergétique attendu en 2023. En 2022 toujours, le DNC a répondu à l?appel
à projet « plan de sobriété énergétique » dit Résilience 2 » pour s?engager vers la suppression
des chaudières fioul. La réponse à leur candidature (5 dossiers66) devrait être communiquée en
février 2023. En annexe 27, une fiche sur la transition énergétique et thermique rédigée par le
DNC récapitule la politique menée ces dernières années et envisagée pour le futur.
À l?occasion des fêtes de fin d?année 2022, le DNC a mis
en place une expérimentation symbolique de son
engagement Les illuminations de Noël ont été alimentées
grâce à l?énergie solaire. Une mini centrale
photovoltaïque67 composée de 54 panneaux, installée au
sol, a ainsi alimenté l?éclairage de l?allée du château et sa
soixantaine de sapins.
Le DNC, conscient des enjeux écologiques et financiers en
matière de consommation d?énergie, s?oriente donc, pas à
pas, vers des solutions pour amorcer l?énorme chantier qui l?attend, indiquant néanmoins que
« cette transformation n?est pas absorbable avant les 5 prochaines années ».
La posture de l?architecte en chef des monuments historiques indiquant que « Rien n?empêche
de faire de l?architecture et de la transition énergétique et qu?il n?y pas d?autocensure en la
matière » conforte les orientations qui seraient prises et amplifiées dans ce sens, sous réserve
du contrôle scientifique et technique de la DRAC.
66 Dossier PR 6987 - Rénovation des installations de chauffage du Village Nord du Domaine national de Cham-
bord pour 400 000¤
Dossier PR 7059 - Rénovation des installations de chauffage du Village Sud du Domaine national de Chambord
pour 325 000¤
Dossier PR 7068 - Rénovation des installations de chauffage des bâtiments techniques du Domaine national
de Chambord pour 320 000¤
Dossier PR 7086 - Rénovation thermique et énergétique complète pour 380 000¤
Dossier PR 7443 - Isolation en toiture des combles des maisons du village du Domaine national de Chambord
pour 246 000¤
67 Partenariat avec Groupe Roy Energie. Dispositif réutilisable et indépendant qui fonctionne hors réseau, avec
une batterie de 25 000 Wh assurant 8 heures d?autonomie.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 44/65
S?engager dans une démarche de sobriété énergétique avec pour
finalité l?autonomie du domaine et du village. (DNC)
2.2.4.2 Les accès à Chambord et une politique de mobilité à prendre à bras
le corps
La mission a fait le constat que l?immense majorité des visiteurs viennent à Chambord en
véhicule (voitures principalement et bus). La mobilité et les différents accès vers et à Chambord
ont été évoqués par la plupart des personnes auditionnées par la mission. Outre la question de
la sécurisation des accès, de la localisation des parkings (réflexion engagée par le DNC), la
mobilité a été particulièrement évoquée par les élus, reconnaissant ce « trou dans la raquette »
depuis de nombreuses années. La mission a bien donc noté cette réalité sans pouvoir, à ce
stade, y apporter une réponse concrète : ce sujet ne peut être traité qu?avec les collectivités
locales et nécessite une volonté politique forte. Le DNC pourrait néanmoins être « moteur » sur
cette question importante.
Une sécurité piétonnière insuffisante à Rambouillet
La problématique de la mobilité à Rambouillet est d?une autre nature que celle de Chambord
puisque la gestion à trois de l?ensemble du domaine (château, bergerie nationale et parc)
impose des droits et des devoirs encore balbutiants. Sur notamment les aspects très
préoccupants de la sécurité des piétons, Il conviendrait de définir rapidement, par convention,
les prérogatives de chacun qui, selon les témoignages, sont à ce jour mal définies.
2.2.4.3 Chambord, de l?ancrage territorial au rayonnement international
Dans la lignée des autres monuments historiques français, le château de Chambord participe
au rayonnement naturel de la France, de son histoire et de sa culture. Le DNC a la
responsabilité de s?inscrire dans une démarche non seulement territoriale mais aussi nationale
et internationale.
Pour ce faire, la mission salue l?ensemble des actions de communication mis en oeuvre par le
DNC.
Sa communication institutionnelle, commerciale, digitale (avec une présence notamment sur 7
réseaux sociaux, dont 2 chinois) et numérique et son implication dans la mission exploratoire
sur le Metavers permet, grâce à cette transversalité, de capter tous les publics, dont le très
jeune public.
La refonte du site a permis de déployer offres de e-billetterie, e-commerce depuis 2021,
préparation des visites plébiscitées par les étrangers, contenus exclusifs, notamment ludiques
et applications. Avec 22 millions de visiteurs uniques en 2022, le site constitue le coeur de la
stratégie digitale du DNC. Sa notoriété et sa qualité ont été primées à deux reprises.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 45/65
Si l?affiliation via les réseaux sociaux croît plus lentement,
le DNC se satisfait de communautés actives ; avec un peu
moins de 300 000 abonnés sur les principaux réseaux
sociaux 68 en 2022, Chambord n?a pas à rougir de la
comparaison avec les 350 000 abonnés du CNM, d?autant
que son taux d?engagement/follower le situe entre le 5ème
et le 7ème rang des comptes analysés par CLIC France-
Club Innovation & Culture. Le domaine reste évidemment
loin derrière les presque 9 millions d?abonnés du Louvre,
ou les 2,2 millions du Château de Versailles.
A noter que le succès du manga « One piece » (cf image
ci-contre) a participé de façon involontaire au
rajeunissement de l?image de Chambord.
Le concert de l?artiste Sting, initialement
programmé en 2020 mais reporté le 28 juin 2022
à cause de la crise sanitaire, attirant plus de
20 000 personnes, a remporté un vif succès. Il a
été décliné dans de multiples articles de presse
nationale et internationale La multi diffusion du
concert sur les chaînes de télévision françaises et
étrangères a montré de magnifiques images du
château et de ses abords permettant de marquer
l?esprit de potentiels visiteurs. Dans le cadre de la
deuxième édition de « Chambord Live », une nouvelle programmation est prévue avec le
groupe Imagine Dragons le 8 septembre 2023.
Le DNC a également la faculté de tirer parti de grands évènements que la France organise : La
coupe du monde de rugby (du 8 septembre au 28 octobre 2023) et les jeux olympiques de Paris
(du 26 juillet au 11 août 2024). Ces manifestations sont d?ores et déjà des terrains de jeux
intéressants à exploiter pour d?éventuelles collaborations avec les organisateurs, en privilégiant
une communication numérique et un tourisme français durable et fédérateur.
Les activités de tournage de films 69 , les réceptions, séminaires, accueils de délégations
étrangères et voyages officiels, outre l?aspect économique pour le DNC70 et ses environs,
concourent évidemment à la notoriété nationale et internationale du lieu et valorisent à la fois
les infrastructures mais aussi le savoir-faire des équipes.
L?ensemble de ces outils constituent indéniablement une image renouvelée du DNC et des
publics extrêmement divers.
2.3 La révision des conventions domaniales : Le Relais de
Chambord, un exemple d?adaptation
Le DNC a révisé toutes les concessions de restaurants et boutiques du village, dont l'offre
méritait une mise à jour et à niveau ; parmi ces derniers, l'hôtel du Grand Saint-Michel appelait
un intérêt particulier.
Jouissant d?une vue spectaculaire sur le château, le vétuste hôtel du Grand Saint-Michel
comptait au nombre des commerces dont la clarification domaniale conduisit à mettre fin aux
68 Facebook, Twitter, Instagram, TikTok + Pinterest, YouTube et Google+.
69 Les derniers films tournés à Chambord : les séries Serpent Queen et Diane de Poitiers et les longs-métrages
Qu?est ce qu?on a tous fait au bon Dieu ?, Coeurs vaillants et Comme un prince.
70 10.000¤/jour tournage intérieur et 5.000¤/jour tournage extérieur.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 46/65
baux commerciaux. Dès juillet 2013, le DNC lança un appel à manifestation d?intérêt (AMI)71
pour une offre hôtelière et une expérience-visiteurs de meilleure qualité tout en assurant une
redevance supérieure aux 2,5% sur le CA versés jusqu?à alors. Le cahier des charges n?hésite
pas à comparer Chambord « aux grands monuments de l?humanité comme la Grande Pyramide,
Angor Vat, le Machu Pichu avec pour point commun leur caractère sacré ». Il est à ce stade
prévu une AOT de 30 ans avec une redevance fixée à 10% du CA ; l?article 8-1 prévoit que
l?occupant supportera seul les conséquences d?accidents et dommages imprévus. Les offres
sont réceptionnées en octobre 2013. Trois resteront finalement en lice.
S?en suivent plusieurs mois d?itérations entre le DNC, pour lequel ces sujets constituent une
nouveauté, les administrations des ministères en charge de la culture et de l?économie, et les
commerçants détenteurs de baux commerciaux sur le domaine public. Les avis convergent pour
autoriser en 2014, sous le timbre du directeur de cabinet du ministre de l?économie, le DNC à
verser des indemnisations d?un montant de 4,8M¤, dont 3M¤ pour le seul Hôtel Saint-Michel et
selon des modalités avantageuses pour la SARL au plan fiscal. Chambord avait bien budgété
cette dépense au BI 2014 (sans provisionner le risque). Une solution ad hoc est néanmoins
imaginée et validée par le CA du 26 mars 2014 : l?adjudicataire s?engagera dans la convention
signée le 30 juin 2014 avec le préfet du département à verser aux cédants l?indemnisation de
3M¤, présentée comme la valeur vénale (fictive) des actifs laissés par ces derniers. En
contrepartie, Culturespaces obtiendra la prolongation de son AOT de moitié, soit 45 ans assortie
d?une diminution de sa redevance annuelle à 7,5% du CA au lieu de 10%.
La mission constate qu?il était nécessaire de conclure rapidement une transaction avec les
commerçants. Elle relève cependant le caractère inusité de l?évolution des stipulations
contractuelles entre le cahier des charges de l?AMI et la convention. Des négociations pré-
contractuelles ont été nécessaires avec l?adjudicataire. L?ensemble de cette procédure a été
validé par le CA et les ministères de tutelle.
En définitive, Le Relais de Chambord, dont l?ouverture a été repoussée de deux ans à la suite
des inondations de 2016 et l?exploitation handicapée par la crise sanitaire, a obtenu un avenant
stipulant cinq années supplémentaires d?adjudication, soit une durée de 50 ans.
Comme celui de la vente de crédits carbone, cet exemple d?une opération généralement jugée
très positive, tant l?hôtel Saint-Michel était vétuste, montre que le Domaine doit veiller d'autant
plus à maitriser rigoureusement les composantes juridiques et techniques de ses projets qu'ils
font appel à des compétences ne relevant pas de son coeur de métier. La concertation avec les
tutelles, qui permet le partage d'un ensemble d'expériences plus large, s'impose alors
particulièrement.
2.4 Dans tous les secteurs, le besoin d?élaborer une trajectoire
de développement durable du Domaine, avec ses tutelles, ses
salariés et ses partenaires
Le DNC doit construire durablement ses actions, dans un cadre contractualisé avec ses
ministères de tutelle et en concertation avec ses personnels.
Les constats de la mission sur la mise en valeur culturelle, environnementale et domaniale
invitent à la construction du projet d?établissement 2023/2030 évoqué supra autour
d?orientations stratégiques de long terme qui embrassent
- les activités économiques en se fondant sur un dialogue avec les services locaux ou
nationaux compétents des trois tutelles pour inscrire dans une projection à 3 ou 10 ans
les flux financiers et les investissements ;
- la mission culturelle, qui doit conjuguer le temps long de la recherche et de la restaura-
tion avec un projet de médiation structuré et évolutif ;
71 Validation au CA du 10 juillet 2013 ; lancement de l?AMI le 29 juillet 2013 avec le concours d?Image 7, conseil
du DNC en stratégie touristique et de mécénat, ainsi que pour la communication. Cette agence a aussi aidé le
DNC à identifier d?éventuels candidats parmi ses nombreuses relations.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 47/65
- l?engagement attendu des salariés dans la construction d?une relation de confiance,
montrant la valeur de l?implication de chacun et de tous, pour construire un « esprit d?en-
treprise » plus marqué, au-delà de la fierté de travailler dans ce lieu historique ;
- les objectifs environnementaux des politiques publiques pour lesquels le domaine est
attendu (mobilités, énergie, biodiversité, climat, risques naturels, agroécologie, gestion
forestière durable?).
Sur la base de ces lignes directrices, le COP 2023/2026 qu?appelle supra la mission, définira
les objectifs chiffrés et les indicateurs et jalons d?exécution des objectifs de court terme
convenus avec les ministères de tutelle.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 48/65
3 Depuis la création de l?EPIC en 2005, une stratégie
payante de développement
3.1 Une gestion administrative et financière fiable mais sous-
paramétrée
3.1.1 Une organisation maîtrisée qui octroie une latitude certaine à
l?établissement
La mission s?est livrée à un contrôle des fonctions financières articulé dans toute la mesure du
possible avec le contrôle organique concomitant de la Cour des comptes. Elle relève que ni
l?agent comptable, ni le contrôleur budgétaire et comptable ministériel (CBCM) ne font état de
risques en matière de pertinence des informations, de tenue des régies ou des procédures
d?achat, pas plus que de visas. Elle souligne la qualité satisfaisante des documents
préparatoires, même s?il arrive que l?ordonnateur adresse les conventions tardivement, y
compris au comptable.
L?agent comptable de l?EPA de Versailles où il réside principalement, suit depuis 2019 le DNC
au titre d?une adjonction de service. Concrètement, il participe chaque mois au comité de
direction élargi dont le niveau d?information le satisfait, et se rend à une ou deux reprises par
mois à Chambord. Il indique n?avoir pas le temps d?assister au CODIR hebdomadaire, plus
opérationnel. Le service compte quatre salariés expérimentés formés par la DGFIP, dont un
fondé de pouvoir depuis 8 ans qui « fait fonction » d?agent comptable.
Si la mission n?émet pas de réserve particulière sur ce fonctionnement, elle relève cependant
que le directeur général n?a pas souhaité conserver un agent comptable à temps plein en 2012
« en raison du caractère jugé pointilleux des contrôles opérés ».
Le régisseur de recettes est en charge de la billetterie. A compter de 2008, les recettes de toute
nature qui lui ont été rattachées n?ont cessé de croître en se diversifiant : évènements, locations
de véhicules, baux en tous genres, visites en forêt, ateliers , parkings en paiement etc?Si le
risque de caisse est considéré comme maîtrisé, la mission réserve à la Cour des comptes le
soin d?un contrôle approfondi de cette organisation, d?autant que la forte augmentation des
recettes entraîne la présence de 8 mandataires sur place formés pour gérer les fonds.
Le CBCM pour sa part participe à tous les pré-CA et CA. Le Domaine bénéficie d?un régime
particulier car le texte du contrôle a aménagé des visas non-contraignants. De ce fait, il n?exerce
pas de refus strict de visa et se situe plutôt dans un accompagnement juridique qu?il juge
suffisant.
La suppression du plafond d?emplois notifiée le 1erjanvier 201972 (annexe 28) et la possibilité
étendue de contracter des emprunts au-delà de douze mois lors du transfert du parc de
Rambouillet en 201873 constituent un allègement des contrôles. En définitive, l?EPIC jouit d?une
latitude dans l?exercice de ses missions qui l?obligent particulièrement en termes de maîtrise
des risques, d?autant qu?il est dépourvu de commissaire aux comptes.
3.1.2 L?organisation financière n?a pas tiré toutes les conséquences de
la gestion budgétaire et comptable publique
3.1.2.1 Une fonction achats formalisée des prestations de service
intellectuelles à limiter
La fonction est assurée par une unique salariée rattachée au service administratif et financier
72 Cf.infra page 58.
73 Décret n°2018-432 du 1er juin 2018 relatif au Domaine national de Chambord, article 14-alinéa 5.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 49/65
(SAF). Aucun problème particulier n?a été relevé en termes de visas, sachant que le fondé de
pouvoir participe aux commissions de commande publique. La mission souligne cependant le
risque attaché à la concentration du traitement des dossiers, nombreux et parfois complexes,
sur un seul responsable de rang intermédiaire. Une meilleure connaissance des achats avec
dispositions environnementales est également souhaitable.
S?agissant de l?achat de prestations de service intellectuelles, la mission constate que
Chambord a fait le choix de compenser son manque d?expertise interne en recourant à des
consultations externes, systématiques sur les questions juridiques et le développement
commercial (annexe 29). Si ces études, fruits de mécénats de compétences pour certaines,
répondent à un besoin avéré, l?absence de maîtrise partagée en interne peut fragiliser la solidité
des arbitrages. De surcroît, leur montant est significatif et croissant, signe d?une accélération
des projets et de facteurs de risques les entourant. La circulaire du Premier ministre du 19
janvier 202274 actualisée par la circulaire du 10 janvier 2023 du ministre chargé de la culture
visent à mieux encadrer et limiter l?achat de prestations externes. Dans l?attente de précisions
pour les établissements publics du ministère de la culture, la mission invite Chambord à ouvrir
sans tarder un chantier de réflexion sur :
- sa programmation d?achat de prestations ;
- la mise en oeuvre des prochaines préconisations ministérielles ;
- l?internalisation accrue de compétences de nature à favoriser l?apprentissage de ses
personnels.
Tableau 5 : montant des prestations juridiques 2019-2021 (en euros)
Source : Domaine national de Chambord
Les systèmes d?information font face à des enjeux de transformation
Les systèmes d?information financière
74 Circulaire du Premier ministre relative à l?encadrement du recours par les administrations et les
établissements publics de l?Etat aux prestations intellectuelles du 19 janvier 2022.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 50/65
Le système d?information financière SIREPA en version gestion budgétaire et comptable
publique (GBCP) est considéré comme stable par l?agent comptable. Il est également
susceptible d?évoluer vers un système internet sans difficulté majeure car les données existent
et sont de bonne qualité, sous la condition de disposer des ressources dédiées. Les
gestionnaires regrettent pour leur part le report depuis de longues années des investissements
relatifs au changement éventuel de logiciel, un certain nombre d?opérations nécessitant des
conversions manuelles sous forme de fichiers Excel. Comme pour tous les établissements, la
bascule qui devrait être opérée par la DGFIP dans INFINOE en 2024 sera l?occasion d?une mise
à niveau.
La mission a identifié un certain nombre d?opérations manuelles administrées par le service
financier multipliant les risques de cohérence qui gagneraient à être automatisées, notamment :
- les tableaux de trésorerie et d?écarts entre comptabilité budgétaire et générale, pointage
mensuel au mieux ;
- les tableaux budgétaires (prévision et exécution) sont saisis manuellement puis reco-
piés dans un masque dans SIREPA ;
- les tableaux de suivi des dépenses et recettes fléchées ;
- l?absence de logiciels de gestion de projet ; absence d?interface avec les outils de ges-
tion du service fait ;
- la gestion manuelle de la paie.
Pour la bascule dans l?INFINOE, il conviendra d?être vigilant à plusieurs titres :
- sur la nomenclature comptable, d?autant que l?infocentre va produire le compte finan-
cier ;
- sur la dématérialisation sur laquelle Chambord a accumulé du retard au point qu?au-
jourd?hui sur CHORUS 70% à 80% des factures sont rééditées sous forme papier pour
que les gestionnaires visent le service fait ;
- sur l?analyse incomplète des besoins spécifiques à Chambord dans la conduite d?INFI-
NOE, circonscrite à des entretiens opérés par l?agence comptable.
Ces constats conduisent la mission à préconiser que le DNC engage la réflexion autour de la
création d?un service facturier. Le service facturier est un mode d?organisation qui permet
d?optimiser la chaîne de la dépense, de réduire les délais de traitement, et in fine de garantir
une meilleure qualité de l?information financière et comptable. Il implique l?arrivée et le traitement
des factures en un point unique, rattaché à l?agent comptable. Dématérialisation et service
facturier entrent tous deux dans une logique de contrôle interne.
Créer un service facturier en conformité avec les recommandations
du décret de 2012 sur la gestion budgétaire et comptable publique. (DNC)
L?informatique générale
S?agissant plus largement des systèmes d?information du DNC, en dépit d?améliorations
structurantes depuis six ans, dont l?élaboration d?un schéma directeur et d?une feuille de route,
plusieurs pistes restent à développer75. Il s?agira prioritairement de renforcer la compétence
stratégique de l?équipe en lui conférant davantage de poids en interne pour favoriser la culture
informatique, en particulier sur les sujets de sécurité. La mission note d?ailleurs que le
responsable des SI, isolé, ne participe à aucun groupe métier inter-établissements du ministère
75 Audit de la gouvernance informatique, APOGEA, février 2021. Objectifs recommandés :
- contribution à la création de valeur,
- maîtrise des risques liés au SI,
- prise en compte des attentes des métiers,
- performance des processus informatiques,
- maîtrise des coûts des services fournis,
- gestion des compétences et préparation du futur.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 51/65
de la culture. Il conviendra également de travailler sur les interfaces informatiques et logiciels
des différents métiers qui font défaut en matière de gestion. l
Il s?agira enfin de :
- diminuer le nombre d?incidents (2 600 annuels) ou externaliser le help desk ;
- articuler stratégie des SI et stratégie de développement du DNC ;
- actualiser le plan d?actions ;
- trouver une articulation plus pertinente avec les conseils externes.
A l?évidence, la fonction informatique doit être réévaluée pour gagner en agilité.
3.1.2.2 Des contrôles de gestion et interne perfectibles et à sécuriser
Le SAF identifie un agent en charge du contrôle de gestion et plus marginalement du contrôle
interne.
La comptabilité analytique en coûts directs76 se déploie par activité commerciale et pour les
coûts des bâtiments. Elle est utile et les recrutements sont clairement isolés dans les activités,
mais répond à des besoins macro-économiques plus que de performance de la dépense. Elle
ne donne pas lieu à des reporting, le suivi des activités se résumant à la consommation des
budgets. Les affectations ne sont pas parfaitement homogènes d?une direction à l?autre, et il
manque des consolidations. Le CBCM n?est pas en mesure de juger de la pertinence des
rattachements des coûts.
De façon générale, les gestionnaires, « formés sur le tas » manifestent un dévouement précieux.
Pour autant, davantage de spécialisation sera souhaitable pour l?avenir.
Ainsi, les budgets prévisionnels des activités à développer ne sont pas conçus en liaison avec
le contrôle de gestion, la scierie mobile étant un bon exemple. Il est vrai que l?élaboration des
plans d?affaires fait l?objet de consultations externes ad hoc.
La mission constate que le pilotage des activités par le contrôle de gestion demeure imparfait ;
cela constitue un objectif pour l?avenir.
S?agissant du contrôle interne, une cartographie des risques a été établie en 2020 préparée
avec des groupes de travail métier et assortie d?un plan d?action en 2021 (annexe 30). Le recul
manque pour évaluer sa mise en oeuvre. Les notes transmises aux CA traduisent le degré
balbutiant de la réflexion sur le sujet (annexe 31). Malheureusement le comité d?audit censé
rassembler le DSI, l?agent comptable et les personnels du secrétariat général ne s?est jamais
réuni et a fortiori n?a pas produit de plan d?action. En définitive, seuls deux rapports d?audit
externes (sur le terrain social) ont été réalisés en 2014 et 2021.
L?établissement explique cette faiblesse par le manque de disponibilité liée au temps consacré
par les salariés au développement commercial. La mission note que certains cadres supérieurs
ne cachent pas l?indifférence que leur inspire la question du contrôle interne. Le conseil
d?administration n?émet pour sa part aucune remarque sur ce sujet.
Force est constater une approche formaliste du contrôle des risques budgétaires et comptables,
un domaine sensible après la fragilisation des équilibres économiques pendant la crise sanitaire.
Le manque de culture en matière de contrôle interne est flagrant et devra être corrigé par des
plans d?action opérationnels.
Missionner un commissaire aux comptes pour sécuriser les
contrôles et développer une culture de pilotage des risques et de la performance. (DNC)
76 Contrairement aux engagements de ventilation des coûts indirects du projet de service.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 52/65
3.2 La soutenabilité budgétaire est assurée jusqu?en 2025,
incertaine au-delà
3.2.1 Un modèle fondé sur la hausse des recettes propres
Les objectifs contractuels datent de 2013 et ne sont pas entièrement atteints
Le projet d?établissement présenté en 2013 constitue l?unique engagement contractuel de
l?établissement77. Il prévoit :
- l?autofinancement de l?exploitation en 2019 et le financement d?au moins 50% des in-
vestissements grâce à 1 million de visiteurs (contre 775 744 en 2012) ;
- la diversification des activités qui s?est traduite par l?augmentation du panier moyen dé-
pensé par visiteur (20,6¤ en 2021) ;
- l?augmentation de la subvention d?investissement MH (monument historique) du minis-
tère de la culture d?1,7M¤ à 2,5M¤ ;
- la diminution de la subvention du ministère de l?environnement de 1,5M¤ à 0,5M¤.
Ce pari a été en grande partie gagné, surtout si l?on corrige les soldes d?exploitation à compter
de 2018 de l?effet de périmètre du parc de Rambouillet qui crée une charge annuelle
supplémentaire de 0,5M¤78 . Les résultats traduisent une politique volontariste d?attractivité
touristique ainsi que d?internalisation et de diversification des ressources : reprise en régie
directe et facturation des parcs de stationnement, reprise en régie directe des activités
commerciales, politique de marque et boutiques, valorisation agricole et de la chasse, mécénat,
évènementiel.
Tableau 6 : évolution des recettes de fonctionnement 2005-2022 (milliers d?euros arrondis)
ANNEES 2005 2010 2012 2018 2019 2020 2021 2022
Subventions État fonct. 1 719 2 585 2 190 2 072 2 052 4 719 6 651 4 193
Autres subventions 0 23 99 150 209 1 226 1 723 295
Ressources propres dont 3 445 8 763 9 518 15 451 19 949 12 472 13 383 19 524
Entrées (1) 2 195 4 315 4 452 6 671 8 276 4 321 4 228 7 229
Visites guidées (2) 136 444 548 758 793 384 382 701
Audioguide/Histopad (3) 12 352 463 676 757 465 456 661
Total château (1+2+3) 2 343 5 111 5 463 8 105 9 829 5 170 5 066 8 591
Culture et spectacles 0 234 175 705 782 578 877 1 678
Parking 0 609 753 1 321 1 410 887 940 1 363
Boutiques, restaurants 789 1 775 2 089 3 484 4 260 2 631 3 248 4 160
Domanial 187 458 642 1 138 1 653 1 168 1 819 1 817
Forêt 103 311 216 355 752 1 186 826 938
Mécénat financier 0 5 10 176 887 245 271 529
Autres produits 23 259 69 167 381 608 336 447
TOTAL RECETTES FCT 5 163 11 371 11 808 17 673 22 211 18 418 21 658 24 012
Source : Mission à partir des données du DNC
77 Outre les objectifs de performance personnels assignés au directeur général. Le projet de COP 2021-2024,
non assorti d?indicateurs, n?a pas abouti.
78 3,68M¤ de 2018 à 2023, budget initial 2023 du DNC. Le ministère de la culture n?a pas suivi la demande de
mesure nouvelle de 2M¤ sur Rambouillet de l?établissement.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 53/65
Premier constat :
La création de l?EPIC en 2005 a relancé une dynamique de développement. Dès 2010, les
ressources propres avaient cru de 154% avec un doublement de la fréquentation et du total des
recettes de fonctionnement. A l?exclusion du mécénat qui s?était tari avec la perte des apports
antérieurs de la fondation Sommer et des Amis de Chambord, la création de valeur par des
activités était donc engagée avant 2010.
Second constat :
- Les recettes propres ont plus que doublé entre 2010 (8,7M¤) et 2022 (19,5M¤), grâce à
la valorisation des actifs. Elles ont été tirées par la fréquentation avec un effet prix ET
volume : En 2012, les recettes représentent 4,3M¤ avec 776 000 visiteurs pour le châ-
teau plus 23 000 visiteurs qui ont acheté une activité extérieure ; en 2022 les recettes
atteignent 7,2M¤ et se décomposent en 870 000 visites du monument plus 184 000 en
achat d?activités extérieures, soit 1 054 000 billets vendus au total ;
- Les recettes commerciales (de 1,7M¤ à 4,16M¤) ;
- Les recettes domaniales (de 0,4M¤ à 1,8M¤) ;
- Le mécénat financier79 avoisine 0,3 M¤ en moyenne et 0,5M¤ en 2022, signe de la fi-
délisation des donateurs. Le mécénat en numéraire atteint 1,2M¤ sur la période (cf ta-
bleau 10 infra).
Ces résultats sont remarquables.
Tableau 7 : part du monument dans les recettes propres de fonctionnement en milliers d?euros
Années 2012 2018 2019 2020 2021 2022
Château
+guides
+histopad
5463 58,3% 8105 52,5% 9829 49,3% 5170 41,4% 5066 37 ,8% 8591 44%
+boutiques
+restaurants 2089 22% 3484 22,5% 4260 21,3% 2631 21% 3248 24 ,3% 4160 21,3%
TOTAL
château 7552 80,3% 11584 75% 14089 70,6% 7801 62,4% 8314 62,1% 12751 65,3%
Source : Mission. Le calcul vise à donner une tendance, d?autres recettes pouvant être additionnées et celles
des restaurants et boutiques proratisées à la baisse car toute la clientèle ne visite pas le château.
Troisième constat :
La part du monument en tant que telle décroît en valeur relative dans les dépenses effectuées
par les visiteurs. Chambord a toujours été, plus qu?un monument, un domaine forestier et un
ensemble paysager, témoins de leur temps. Il n?y a pas lieu de s?étonner des résultats des
activités connexes à la visite du château. Cependant la mission rappelle que les activités
extérieures doivent être pensées comme un accompagnement à la curiosité et la
compréhension du monument pour les publics.
79 Le mécénat est triple : financier (concours libres d?affectation), affecté (ciblé sur des opérations précises) et
en nature ou de compétences.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 54/65
Tableau 8 : taux de ressources propres (RP) de fonctionnement 2010-2022 en euros
Années RP de
fonctionnement
Taux de RP
Chambord
Taux de RP
Rambouillet
Taux global de
RP
2010 8 763 144 76,9% - 76,9%
2018 15 451 353 89,7% 18,3% 87,9%
2019 19 949 115 91,2% 51% 89,9%
2020 12 472 348 67,4% 53,7% 66,8%
2021 13 383 129 64,4% 49,6% 63,9%
2022 19 523 664 83% 60,6% 82,2%
Source : Mission à partir des données du DNC
Malgré la croissance de ses ressources propres, le DNC ne parvient pas à financer ses charges
de fonctionnement en totalité. Cependant, avec 89% en 2018 et déjà 83% en 2022, Chambord
se situe sur une trajectoire positive.
Emprunts
Le DNC a, dès 2019, recouru à la faculté d?emprunter via deux emprunts sur 15 ans, l?un de
3M¤ pour financer la construction du chai à l?Ormetrou en juin 2020, l?autre de 1,5M¤ pour un
atelier de traitement de la venaison en octobre 2022, soit des remboursements mensuels de
30 696¤ dès 2023. La mission relève l?optimisme de ces engagements.
S?agissant de la fréquentation80 , si l?acmé de fréquentation se situe en 2019 lors de la
célébration des 500 ans de Chambord (917 000 visiteurs + 150 000 en extérieur), le retour, dès
2022, au niveau de 2018 est assez remarquable. Plus que le monument dont les visites entre
2012 et 2022 ont augmenté de 12%, les activités extérieures sont devenues moteurs de
croissance avec 21% du total des billets vendus du DNC. Par comparaison, les six monuments
les plus fréquentés81 du Centre des monuments nationaux connaissent une quasi-stagnation
ces dix dernières années.
En revanche, leur taux d?autonomie de fonctionnement est beaucoup plus élevé en moyenne.
Les comparaisons ne sont pas entièrement probantes en raison de mutualisations opérées par
le siège du CMN. Néanmoins, si l?on compare les résultats de Chambord aux seuls sites non
parisiens, le Mont-Saint-Michel et Carcassonne, on constate que les taux d?autonomie sont
structurellement supérieurs à ceux du DNC. En 2019, année de référence, Carcassonne atteint
150% et le Mont-Saint-Michel 260%. Face au retard initial de Chambord, ces chiffres traduisent
la dynamique de rattrapage du DNC mais aussi la nécessité de développer un pilotage par la
marge pour les projets d?activités nouvelles et l?établissement d?objectifs ambitieux et partagés
avec les tutelles sur ce ratio.
80 La mission relève un effet de périmètre puisque la cible de 1 million de visiteurs du projet de service englobe
les activités extérieures non comptabilisées avant 2012.
81 Arc de Triomphe (1,73M en 2012/1,63 en 2022), Carcassonne (0,472 en 2012/0,496 en 2022), Conciergerie
(0,456 en 2012/0,404 en 2022), Mont Saint-Michel (1,27 en 2012/1,198 en 2022), Panthéon (0,724 en
2012/0,854 en 2022), Sainte Chapelle (0,952 en 2012/1,1 en 2022). Pour mémoire, Rambouillet (0,028 en
2012/0,063 en 2022).
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 55/65
Tableau 9 : taux d?autonomie de fonctionnement 2011-2021 des cinq premiers monuments du CMN
Années 2011 2019 2021
Valeurs A B A B A B
Carcassonne 3,491 168% 4,222 149% 2,282 76%
Mt St Michel 10,579 293% 12,718 261% 5,711 118%
Arc de
Triomphe 10,895 306% 14,578 282% 4,365 99%
Panthéon 3,629 181% 5,275 187% 1,913 28%
Ste Chapelle 6,662 384% 11,556 411% 2,580 122%
Source : Mission d?après des données du Centre des monuments nationaux (en M¤)
A : recettes propres hors subvention
B : taux d?autonomie de fonctionnement (A/ dépenses de fonctionnement)
Mécénat
Il s?agit d?une véritable réussite du DNC. Le mécénat progresse fortement et durablement sous
toutes ses formes (annexe 32 : montants annuels détaillés). Le parc de Rambouillet en bénéficie
à son tour après son rattachement. Ces excellents résultats sont à inscrire au crédit du DNC.
Tableau 10 : part des différentes de mécénat à Chambord (2011-2021)
et Rambouillet (2019-2021) en milliers d?euros
CHAMBORD (2011-2021)
Mécénat Compétence Nature Numéraire Total
Fonctionnement 2 563 673 1 319 308 1 786 046 5 669 027
Investissements 1 572 334 289 683 10 018 701 11 880 718
Total 4 136 007 1 608 991 11 804 747 17 549 745
% 26,50% 9,10% 67,30% 100%
PARC DE RAMBOUILLET (2019-2021)
Mécénat Compétence Nature Numéraire Total
Fonctionnement 21 097 32 647 119 397 173 141
Investissements 96 242 - 478 000 574 242
Total 117 339 32 647 597 397 747 383
% 15,70% 4,40% 79,90% 100%
Source : Mission à partir des données DNC
Les 2/3 du mécénat collecté sont affectés aux opérations d?investissement, principalement sous
forme de numéraire (2/3), soit 1,2M¤ en moyenne annuelle, avec une nette accélération à partir
de 2018. Ce choix n?est pas contestable dès lors que le DNC veille à mieux équilibrer entre
activités commerciales et monument82. La régularité formelle des conventions n?appelle pas de
remarque.
En termes de soutenabilité 2023-2025, la mission insiste pour que le DNC stabilise ses
projections de mécénat au niveau de 2022 en raison du caractère personnalisé et aléatoire de
ces recettes. A intégrer dans la cartographie des risques.
La valorisation des activités par une segmentation de l?offre s?analyse comme une stratégie
82 In Developping a successful fundraising strategy (Réussir sa stratégie de recherche de mécénat), étude
réalisée en janvier 2019, la société Mac Kinsey retient 9 projets à mécéner, dont seulement 2 patrimoniaux : les
murs d?enceinte et la dorure des lanternons, préexistants de longue date, pour un montant total de fonds à lever
de 8,8M¤. Ces préconisations, qui n?engagent nullement Chambord, arrêtent un parti favorable au
développement d?activités valorisables à court terme.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 56/65
de marketing inspirée par le modèle économique du Château de Versailles. En termes de
performance, les données transmises par l?établissement font état d?un delta négatif à la charge
de Chambord de 3¤ par visiteur pour un coût de 3M¤ en 2022 contre 1,5M¤ en 2019.
« En dépit d?incertitudes sur le périmètre de coûts retenus », le modèle n?est donc pas encore
rentable. Quels sont les leviers pour l?avenir ?
- L?augmentation de la subvention pour charge de service public qui supposerait une ré-
vision des objectifs du COP 2023-2025 à construire ; le ministère de la culture a déjà
réservé une suite défavorable à cette demande du DNC en 2022 ;
- L?augmentation de la fréquentation : souhaitable par nature et créatrice de valeur à la
condition de piloter chaque segment d?offre à partir de la marge par usager (ie en cher-
chant au minimum l?équilibre analytique d?exploitation) sans verser dans le « tout com-
mercial »;
- L?augmentation du panier moyen du visiteur a connu une accélération parallèle à la
diversification des offres ; il a presque doublé en passant de 11,65¤ courants en 2012
à 21¤ en 2022, sans réduire le coût moyen par visiteur supporté par l?établissement, en
raison de la hausse des dépenses de fonctionnement. La mission attire l?attention sur
les limites du développement commercial en termes de performance dans le modèle
actuel et suggère de lancer un audit externe de rentabilité par activité ;
- La politique tarifaire est sous tension : d?une part, la gratuité concerne 26,4% des visi-
teurs, sans compter les 6,6% de scolaires et tarifs réduits, soit plus d?un tiers de la fré-
quentation ; d?autre part, le plein tarif pour le château a cru de 2/3 (65,5%) en 10 ans,
avec une nouvelle augmentation en 2023 de 10,3% portant le plein tarif à 16¤. A com-
parer aux 35% de gratuits et au plein tarif à 10¤ de l?Abbaye du Mont-Saint-Michel par
exemple au CMN, ou à l?établissement public du château de Versailles où les règles de
gratuité avant 26 ans sont équivalentes, pour un plein tarif de base à 19,5¤ mais avec
une richesse de visite très supérieure. Le plein tarif du château de Chenonceau, dont
l?exploitation est privée, s?établit à 15,5¤ ;
- Augmenter la part de visiteurs étrangers à plein tarif. Chambord a déjà exploré cette
piste avec un succès mitigé, s?agissant des non-européens, avant l?interruption de la
crise sanitaire. Elle demeure un levier d?innovation territoriale pour le Domaine. Bien
que son attractivité internationale soit incomparable à celle de Versailles, on observe
une reprise de bon augure.
Lancer un audit externe de rentabilité pour les activités
commerciales en cours et projetées. (DNC)
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 57/65
Les subventions
En fonctionnement : la subvention de fonctionnement a doublé à l?arrivée de Jean
d?Haussonville et n?a pas été réévaluée depuis, conformément aux engagements du projet
d?établissement (hors crise sanitaire). La croissance du chiffre d?affaires ne s?est donc pas
appuyée sur la dépense publique mais sur l?attractivité renforcée du domaine, les mécénats et
l?emprunt. La mission souligne cependant que contrairement à d?autres grands châteaux-
domaines, Chambord n?est pas un musée auquel incombent de lourdes obligations de
conservation et d?enrichissement des collections. C?est pourquoi le modèle antérieur de
développement au sein du CMN, hors travaux MH, était lui aussi économe en fonds publics.
Tableau 11 : évolution des subventions de fonctionnement - 2005-2023 (millions d?euros arrondis)
Ministères Culture
Transition écologique ONCFS +
Agriculture
Subventions
except. TOTAL
Chambord Rambouillet
2005 0,499 0,483 - 0,736 - 1,718
2010 1,053(1) 1,531 - 0,613 - 2,585
2012 1,045 1,145 - - - 2,190
2018 1,076 0,620 0,376 - - 2,072
2019 1,076 0,612 0,365 - - 2,053
2020 1,075 0,616 0,365 - 2,740(2) 4,796
2021 1,075 0,616 0,365 - 4,602 6,658
2022 1,075 0,616 0,365 - 2,000 5,747
2023 (BI) 1,070 0,616 0,365 - 0,130 2,181
Source : mission à partir des données du DNC
(1) y compris 0,245M¤ en compensation pour la gratuité 18-25 ans intégrée à la CSP à compter de 2014 et
0,017M¤ pour la gratuité des enseignants qui atteint 0,12 à partir de 2017.
(2) y compris 0,071M¤ du ministère de l?intérieur (Quartier d?été).
Crise sanitaire : Le ministère de la culture a attribué un montant de 14,165M¤ à Chambord en
3 ans, dont 11,5M¤ sur le plan de relance, réparti entre 9,165M¤ en fonctionnement et 5M¤ pour
des travaux sur monuments historiques. Le DNC a su d?une part en tirer le meilleur parti en
lançant un train de restaurations, dont celle, insigne, des lanternons et d?autre part équilibrer sa
situation patrimoniale et de trésorerie en diminuant ses coûts pendant la crise (annexe 33).
Tableau 12 : subventions exceptionnelles COVID entre 2020 et 2022 (M¤)
Exercices 2020 2021 2022
Fonctionnement 2,668 4,5 2
Investissement MH 5
Source : Mission à partir des données DNC
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 58/65
Les subventions d?investissement :
Ministères Culture
MH
Transition
écologique
excep.
Agriculture
Subventions
excep.
Etat
TOTAL
2005 1,185 1,185
2010 1,045 1,045
2012 1,786 0,216 2,002
2018 2,498 0,606 0,100 3,204
2019 2,353 0,400 2,753
2020 2,353 0,109 2,462
2021 2,353 5,160 7,513
2022 2,353 0,141 0,035 2,528
2023 (BI) 2,353 0,09 0,160 2,603
Source : Mission à partir des données DNC
Le ministère de la culture a porté sa subvention MH à 2,4M¤ conformément aux stipulations du
projet d?établissement, l?a complétée par 5M¤ sur le plan relance en 2021, contribué à la
reconstitution de la CAF en fonctionnement (annexe 14). Le ministère de l?environnement a
soutenu les projets qui le concernaient au cas par cas, celui de l?agriculture n?intervenant qu?à
titre marginal depuis son retrait (2010)83.
La mission observe que le prochain COP pourrait être l?occasion d?engager une nouvelle
discussion stratégique avec les tutelles et sur les axes de développement des activités
extérieures pour une contribution mieux ajustée du ministère de la transition écologique et
effective pour celui de l?agriculture.
3.2.2 Des dépenses sous contrôle mais en forte expansion
Tableau 14 : dépenses exécutées 2005-2022, BI 2023 en euros
DEPENSES
CP 2005 2012 2018 2019 2020 2021 2022 BI 2023
Personnel 1 881 131 6 062 847 7 740 662 9 680 598 9 057 675 9 761 106 11 306 935 11 597 400
Fonct. 1 310 812 4 913 236 8 550 409 11 771 798 6 739 431 7 964 282 10 309 397 10 326 800
Total fonct. 3 191 943 10 976 083 16 291 071 21 452 396 15 797 106 17 725 388 21 616 332 21 924 200
Invest. MH 1 005 240 4 290 751 1 690 719 1 547 588 2 965 609 5 355 896 5 630 264
Autres
invest. 156 284 1 826 883 3 650 097 2 294 001 2 004 689 5 018 267 2 951 028 5 060 934
Total invest. 156 284 2 832 123 7 940 848 3 984 720 3 552 277 7 983 876 8 306 924 10 691 198
Remb.
Emprunts - - - - 116 667 200 000 225 000 300 000
TOTAL DEP 3 348 227 13 808 206 24 231 919 25 437 116 19 466 050 25 909 264 30 148 256 32 915 398
Source : Mission d?après des données du DNC
Considérant 2019 comme un point haut de référence, deux postes de dépenses évoluent
significativement en dépit des incertitudes héritées de la crise sanitaire.
83 Evolution des subventions d?Etat perçues ? DNC - 12 octobre 2022 (remis sur table).
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 59/65
Des dépenses sous contrôle mais en forte expansion
Source : Budget initial 2023
3.2.2.1 Les dépenses de personnel connaissent une croissance continue dont
l?accélération en 2022 et 2023 ne convainc pas entièrement
Tableau 15 : évolution des emplois 2010-2023 en masse salariale (milliers d?¤ arrondis) et ETPT
Personnel 2010 2018 2019 2020 2021 2022 2023 BP
Masse
salariale 5 466 8 418 9 854 9 074 9 844 11 229 11 597
ETPT hors
externalisation 132 192 218 198 218 249 258
Moyenne MS
chargée/ETPT 41 266¤ 43 634¤ 45 082¤ 45 775¤ 44 823¤ 45 240¤ -
Source : Mission d?après les données du DNC
Le quasi-doublement des ressources propres, depuis 2010, s?accompagne d?une hausse de
112% de la masse salariale. La mission n?a pas observé de dérive des coûts moyens, ni de
rigidité particulière dans le pilotage des emplois par l?établissement en raison du volant de CDD.
Elle ne remet pas en cause l?internalisation qui autorise une certaine polyvalence et fixe des
personnels sur un site rural.
Elle s?interroge cependant sur l?accélération observée depuis trois ans et l?effet « boule de
neige » sur l?emploi du développement de nouveaux projets (venaison, scierie mobile, extension
des gîtes etc?), alors même qu?existent des incertitudes économiques. Eu égard à la faiblesse
relative de l?équipe administrative, la gestion d?un personnel de plus en plus nombreux et affecté
à des projets multiples pourrait au reste devenir une préoccupation pour le DNC. La mission
souscrit à la non-validation par le CA des augmentations prévues au budget initial pour 2023
sur ce point.
Contenir la dynamique de recrutements en privilégiant le coeur de
mission de l?établissement ainsi qu?une consolidation des fonctions supports à
périmètre d?activités constant. (DNC)
3.2.2.2 Les dépenses d?investissement s?accélèrent
Elles résultent de reports d?opérations MH programmées antérieurement ET de projets
commerciaux nouveaux en forte croissance depuis 2021 rendus possibles grâce aux emprunts.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 60/65
Tableau 16 : origine des recettes et destination des dépenses en investissement : 2005-2023 (M¤)
2010 2018 2019 2020 2021 2022 BR2 2023 BI
RECETTES
Sub. MH 1 045 000 2 352 984 2 352 984 2 352 984 7 352 984 2 513 194 2 632 862
Autres sub. - 934 165 37 146 112 762 160 000 16 000 50 000
Mécénats 119 353 2 462 070 776 008 1 039 828 869 920 1 487 800 873 000
Emprunts - - 550 000 2 450 000 - 1 500 000 -
Divers 4 368 - - 6 6449 - - -
TOTAL REC 1 168 721 5 749 219 3 716 138 5 962 023 8 382 904 5 516 994 3 555 862
DEPENSES (CP)
Travaux MH 952 636 4 290 751 1 690 719 1 547 588 2 965 609 5 715 702 5 680 264
Autres invest. 1 351 235 3 650 097 2 294 001 2 004 689 5 018 267 3986 849 6 067 935
TOTAL DEP 2 303 871 7 940 848 3 984 720 3 552 277 7 983 876 9 702 551 11 784 199
Source : Mission à partir des données DNC.
Pour mémoire, le projet d?établissement prévoyait un financement à 50% des investissements
par l?EPIC. Le contrat est rempli. Le niveau des dépenses de restauration des monuments
historiques (château, abords et enceinte) qui constitue statutairement une des missions
essentielles de l?EPIC, s?est redressé. Mais la mission note que, corrigé des subventions
exceptionnelles du plan de relance, ce niveau devient structurellement inférieur aux
investissements, certes ponctuels, finançant des activités nouvelles.
Tableau 17 : répartition des recettes et dépenses d?investissement en milliers d?¤, 2018-2023 BI
2018/2023 BI
Sub.
MH84
Autres
sub.
Mécénat Emprunt Total
recettes
Dépenses MH
(reports inclus)
Autres
dépenses
(reports inclus)
Total
dépense
s
Total 19 558 1 310 7 509 4 500 32 883 21 881 23 022 44 902
% Recettes
totales
59,5% 4% 23,8% 13,7% 100% 48,7% 51,3% 100%
Source : Mission.
La mission prend acte de la volonté de valoriser des actifs mais souligne la nécessité d?équilibrer
les opérations commerciales avec celles centrées sur le monument. Il est vrai que le classement
intégral du domaine plaide en faveur d?une vision large et que le DNC a formidablement
réhabilité les espaces dont il a la charge. Toutefois, l?abandon ou la révision de plusieurs projets
témoignent d?une forme d?emballement. Des plans d?affaires présentés au conseil
d?administration ont pu être finalement revus sans plus d?explications. Si l?on peut se féliciter
d?un pilotage réactif, la mission alerte sur la précipitation dans certains projets d?investissement.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 61/65
A titre d?exemple, les travaux d?édification d?un chai
traduisent un pilotage approximatif en termes de
soutenabilité financière et improbable en termes
architecturaux. Le projet prévoyait en effet des coûts
et une élévation du bâtiment contre lesquels la DRAC
avait alerté en vain. Seule l?intervention du ministère
de la culture a fini par avoir raison d?une prise de risque
à tous égards excessive du DNC. Au plan patrimonial,
le résultat est aujourd?hui satisfaisant.
3.3 Un budget soutenable à court terme mais incertain au-delà
Processus budgétaire et dialogue de gestion sont cadrés bien que les tutelles fassent état de
difficultés ponctuelles à obtenir des informations claires suffisamment en amont des instances
décisionnelles, notamment du pré-CA.
3.3.1 Un budget solide et dynamique, des investissements à surveiller
Tableau 18 : équilibres budgétaires 2019-2023 (BI) en euros et CP
Source : Mission à partir de données du DNC.
(1) Subvention pour charge de service public
Le budget en comptabilité budgétaire est solide (cf supra) car l?augmentation des dépenses
totales de fonctionnement est financée à la date du rapport. Les déficits de 2022 et 2023 sont
financés par des crédits encaissés les années précédentes et par un prélèvement sur le fonds
de roulement en 2023 d?un montant de 1,164M¤.
Le budget présente cependant des fragilités liées 1) à l?accroissement conjoncturel des
subventions COVID qui ont permis de dégager des excédents en 2020 et 2021 venus abonder
la CAF et 2) à l?impossibilité de certifier la pérennité de plusieurs prévisions de recettes :
- le mécénat est par nature volatil ;
- le pilotage des emplois par la masse salariale est soumis aux résultats des activités car
la tarification atteint déjà un niveau élevé ;
- des chocs externes peuvent affecter la fréquentation, la chasse et les coûts de fonction-
nement ;
- l?équilibre d?activités de plus en plus éloignées du coeur de métier de DNC est incertain.
Trois projets, programmés en 2023 ; accroissent la prise de risque sur le budget de
fonctionnement : l?atelier de venaison, l?émission de certificats carbone, marché particu-
lièrement spéculatif, et la scierie mobile aujourd?hui suspendue (cf détails supra partie
2.2.1.1.).
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 62/65
Tableau 19 : plans d?affaires venaison, carbone et scierie en euros, 2024-2027
Activité 2024 2025 2026 2027
Venaison résultat net 74 963 74 629 78 525 82 323
Carbone résultat net 1 278 000 1 278 000 1 278 000 1 278 000
Scierie résultat net 341 267 341 267 341 267 341 267
TOTAL 1 694 230 1 693 896 1 697 792 1 707 590
Source : Mission d?après des données DNC.
La mission ne s?estime pas en mesure d?évaluer la pertinence des plans d?affaires, faute de
vérification possible des imputations analytiques. Les chiffres s?entendent toutes dépenses de
fonctionnement et remboursement des emprunts déduits, mais bruts d?impôts. Le DNC insiste85
sur la stabilisation du périmètre d?activités après la mise en oeuvre de ces trois projets. La
mission souligne l?unanimité du soutien des membres du conseil d?administration.
Les investissements sont utilisés comme une variable d?ajustement budgétaire depuis 2020
dans la mesure où le décalage entre AE et CP a été accentué par des reports d?opérations. Ce
volant de crédits contribue à l?élasticité du pilotage budgétaire. Il est néanmoins conjoncturel.
3.3.2 La situation patrimoniale est maîtrisée à court terme
Tableau 20 : Synthèse budgétaire et comptable 2021 (exécuté), BR2 2022 et BI 2023
Source : DNC, BI 2023
85Procès-verbal du conseil d?administration du 15 mars 2022 notamment.
PUBLIÉ
MARS 2023 Mission-diagnostic sur le Domaine national de Chambord Page 63/65
Grâce à la CAF positive de 1,5M¤ reconstituée, en 2023 le fonds de roulement (FR) représente
89 jours de fonctionnement et le FR libre d?emplois (3,05M¤) 50 jours. Le besoin en fonds de
roulement (BFR) est positif de 0,74M¤, ce qui traduit une sollicitation de la trésorerie, mais pas
de tension en raison du niveau du FR. Le fonds de roulement est également sollicité pour
financer le déficit budgétaire de 5,6M¤, dont 1,16M¤ sur la CAF, et reste sous contrôle compte
tenu des différents soldes de gestion. La trésorerie passe de 10,6M¤ au 1er janvier 2023 à 4,7M¤
au 31 décembre 2023. A date, la mission ne dispose pas de prévisions pluriannuelles robustes
lui permettant de projeter les principales variables budgétaires et patrimoniales en termes de
soutenabilité au-delà de deux ou trois exercices. Ce travail devra être conduit prioritairement à
bien avec les tutelles.
3.3.3 La programmation des investissements devra être cadrée à long
terme
Le schéma directeur des monuments historiques 2008-2019 a consommé 32 M¤ de CP de
2012 à 2021. Le projet de schéma directeur 2022-2032 (annexe 13) rédigé par l?architecte en
chef des monuments historiques et non validé prévoit 43,39M¤ de dépenses, auxquelles
s?ajouteront entre 4,5M¤ et 7M¤ d?études et d?honoraires de maîtrise d?oeuvre. L?ouverture d?AE
à 50M¤ n?est, à subvention MH et mécénats constants, pas soutenable, nonobstant la nécessité
impérieuse de l?articuler avec la planification stratégique de Chambord, inexistante à ce jour
Plan pluriannuel d?investissement : la mission regrette que l?établissement n?ait pas élaboré
une planification stratégique à long terme de ses investissements mieux à même d?estimer leur
soutenabilité et permettant aux tutelles d?identifier les projets en amont. Elle dispose néanmoins
des prévisions transmises au CA à l?occasion du vote du BI 2023 (2023-2025) ; elles s?appuient
sur des prévisions d?ouverture de crédits pour les travaux sur monuments historiques qui ne
sont pas confirmées. Les enveloppes d?AE pour opérations spécifiques tablent sur les
ressources propres et une trésorerie qui restent sujettes à variation, même si l?établissement a
apporté, jusqu?à ce jour, la preuve du pilotage fin de ses dépenses.
Tableau 21 : prévisions d?investissement 2023-2025 en AE et CP en euros
Invest 2023 2024 2025
AE CP AE CP AE CP
courant 1 728 617 1 728 917 1 100 000 1 100 000 0 0
spécifique 2 799 220 3 332 318 3 465 700 1 725 700 2 927 000 2 032 700
acquisition 0 0 40 000 40 000 40 000 40 000
MH 1 919 730 5 630 264 2 276 000 2 728 843 4 996 420 5 372 420
TOTAL 6 447 567 10 691 499 6 881 700 5 594 543 7 963 420 7 445 120
Source : Mission à partir des données du DNC
En définitive, le budget à trois ans du DNC ne présente pas de risque important en termes de
soutenabilité grâce à sa situation patrimoniale et à la souplesse du pilotage de ses dépenses.
La mission attire cependant l?attention sur la fragilité grandissante de l?équilibre ressources
propres-dépenses. Elle invite l?établissement à auditer les récents projets d?investissement
financés pour partie par emprunt, ce qui restreint la possibilité de retour en arrière, et suggère
fortement de ne pas lancer de nouveau projet dans la première mandature du directeur général.
Stabiliser jusqu?en 2025 les activités commerciales en cours ou
votées par le conseil d?administration ; examiner avec prudence tout nouveau projet.
(DNC)
PUBLIÉ
Conclusion
La transformation de Chambord en EPIC a engendré un développement que l?actuelle équipe de
direction a amplifié en tirant le plus large parti des possibilités de ce vaste domaine et de sa place
insigne dans notre patrimoine. La forte augmentation de sa fréquentation en constitue la plus
saillante confirmation.
Qu?il s?agisse de clarification du statut domanial, d?exécution des travaux du premier schéma
directeur, de valorisation agricole, forestière et cynégétique, de rénovation des abords et espaces
d?accueil, de multiplication des offres commerciales ou de communication, Chambord présente
aujourd?hui un visage nouveau. Cette fructueuse quête de notoriété doit demeurer au service de
ses missions statutaires.
La fréquentation demeure au coeur de sa croissance, et la recherche de ressources propres conduit
l?établissement à multiplier des projets de toutes natures dont l?analyse suggère la nécessaire
stabilisation pour les prochaines années. Les dépenses suivant l?augmentation des recettes, la
maîtrise des risques internes et externes, pour les finances comme pour le pilotage des projets,
devra être mieux prise en compte et les logiques de performance renforcées.
Par ailleurs, il n?apparaît pas que le soin apporté au développement commercial trouve son pendant
dans la qualité de la visite du monument. La mission insiste sur l?impérieuse nécessité pour le DNC
de confier à un scientifique de haut niveau la recherche et la médiation patrimoniales, qu?il s?agisse
des bâtiments ou du parc.
Dans un souci de meilleur partage de la trajectoire de développement de Chambord, un dialogue
renforcé avec les tutelles est souhaitable ; les outils sont multiples mais l?élaboration d?un projet
stratégique d?établissement et la signature d?un contrat d?objectifs et de performance s?imposent
en toute hypothèse.
Le domaine pourrait, enfin, prendre toute sa place dans la réponse aux préoccupations
contemporaines concernant le devenir du patrimoine vivant et de la biodiversité dans une logique
d?excellence environnementale. Il dispose de la totalité des moyens à cette fin.
PUBLIÉ
ANNEXES
Cf TOME II du rapport
PUBLIÉ
Résumé
Liste des recommandations
Sommaire
Introduction
1 Un régime d?exception perfectible pour une gouvernance améliorée
1.1 Un régime d?exception perfectible
1.1.1 Une loi spéciale pour un établissement unique
1.1.1.1 Du domaine de la couronne au grand site patrimonial public sous « protection présidentielle »
1.1.1.2 Un statut législatif sur (dé)mesure
1.1.1.3 L?extension à Rambouillet
1.1.1.4 Un toilettage nécessaire ?
1.1.2 Un décret statutaire porteur de faiblesses de tutelle et de gouvernance
1.1.2.1 Des relations avec les ministères de tutelle peu ou mal organisées
1.1.2.2 Des organes statutaires peu fonctionnels
1.1.2.3 Un comité de direction à restructurer
1.1.2.4 Une gestion des risques dans les activités insuffisamment portées par le comité de direction
1.1.3 La chasse, objet de gouvernance ou force gouvernante ?
1.1.4 Le rattachement du parc de Rambouillet, un portage non pérenne
1.2 Des collectivités à la fois soucieuses et envieuses de l?attractivité de Chambord
1.2.1 Des collectivités diversement concernées et impliquées
1.2.1.1 Une cohabitation apaisée avec la commune de Chambord
1.2.1.2 Le besoin d?exister de la communauté de communes du Grand Chambord
1.2.1.3 Une communauté d?agglomération de Blois (Agglopolys) disponible
1.2.1.4 Le département du Loir-et-Cher et la région Centre-Val-de-Loir plus éloignés
1.2.2 L?Opération Grand Site, opportunité ou opportunisme ?
1.3 Un accompagnement du développement des ressources humaines à imaginer
1.3.1 Une forte évolution des effectifs, en nombre comme en statut16F
1.3.1.1 Une dynamique de recrutement fluide
1.3.1.2 Une égalité entre femmes et hommes encore incomplète
1.3.2 Des procédures administratives bien rôdées mais un dialogue social à consolider
1.3.3 Une gestion des compétences à renforcer
1.3.3.1 Un manque de structuration, voire d?anticipation
1.3.3.2 Une politique de formation dynamique sur la sécurité mais flottante sur les autres domaines
2 Une mise en valeur dynamique mais dispersée
2.1 La valorisation du château : une mission essentielle à restructurer
2.1.1 La visite du château reste l?attraction majeure, malgré la multiplication d?offres annexes autour de lui
2.1.2 Conserver le patrimoine culturel du domaine
2.1.2.1 Réorganiser la maîtrise d?ouvrage des travaux
2.1.2.2 Remettre en ordre la conservation des collections
2.1.3 Ouvrir le monument au public dans des conditions dignes de sa qualité
2.1.3.1 Mettre les activités extérieures au service du château
2.1.3.2 Enrichir et recentrer le contenu de la visite
2.1.3.3 L?accueil des publics scolaires et prioritaires
2.1.3.4 L?accès numérique
2.2 Des activités environnementales et agricoles en évolution rapide
2.2.1 Un patrimoine naturel historique à protéger face au changement climatique
2.2.1.1 Une gestion forestière en évolution
2.2.1.2 Un projet de valorisation des produits de venaison exemplaire ?
2.2.2 Un domaine qui se cherche en termes d?agro-écologie
2.2.2.1 Une activité viticole qui s?organise
2.2.2.2 Une forte diversité de productions
2.2.2.3 Des activités agricoles à stabiliser dans leur modèle avant d?imaginer une autre valorisation de l?espace
2.2.3 Les actions de médiation
2.2.4 Aller vers l?excellence environnementale
2.2.4.1 Une démarche de sobriété énergétique à amplifier
2.2.4.2 Les accès à Chambord et une politique de mobilité à prendre à bras le corps
2.2.4.3 Chambord, de l?ancrage territorial au rayonnement international
2.3 La révision des conventions domaniales : Le Relais de Chambord, un exemple d?adaptation
2.4 Dans tous les secteurs, le besoin d?élaborer une trajectoire de développement durable du Domaine, avec ses tutelles, ses salariés et ses partenaires
3 Depuis la création de l?EPIC en 2005, une stratégie payante de développement
3.1 Une gestion administrative et financière fiable mais sous-paramétrée
3.1.1 Une organisation maîtrisée qui octroie une latitude certaine à l?établissement
3.1.2 L?organisation financière n?a pas tiré toutes les conséquences de la gestion budgétaire et comptable publique
3.1.2.1 Une fonction achats formalisée des prestations de service intellectuelles à limiter
3.1.2.2 Des contrôles de gestion et interne perfectibles et à sécuriser
3.2 La soutenabilité budgétaire est assurée jusqu?en 2025, incertaine au-delà
3.2.1 Un modèle fondé sur la hausse des recettes propres
3.2.2 Des dépenses sous contrôle mais en forte expansion
3.2.2.1 Les dépenses de personnel connaissent une croissance continue dont l?accélération en 2022 et 2023 ne convainc pas entièrement
3.2.2.2 Les dépenses d?investissement s?accélèrent
3.3 Un budget soutenable à court terme mais incertain au-delà
3.3.1 Un budget solide et dynamique, des investissements à surveiller
3.3.2 La situation patrimoniale est maîtrisée à court terme
3.3.3 La programmation des investissements devra être cadrée à long terme
Conclusion
ANNEXES
INVALIDE)