Dialogue territorial pour la protection et la valorisation des zones humides, et la création d'un parc national - Rapport de visite de site n°18 Site du Marais de Kaw-Roura Guyane
GUERY, Bénédicte ;HUBERT, Louis ;LAFAYE-DE-MICHEAUX, Flore ;ROBINET, Olivier ;PARMENTIER, Hervé ;VIRET, Christophe
Auteur moral
France. Inspection générale de l'environnement et du développement durable (IGEDD)
Auteur secondaire
Résumé
<div style="text-align: justify;">Le rapport de visite relatif au site du Marais de Kaw-Roura Guyane est une annexe du rapport de l'IGEDD n° 014422-01, relatif à « la conduite d'un dialogue territorial pour la protection et la valorisation des zones humides, et la création d'un parc national ». Le dialogue territorial a concerné dix-huit sites de zones humides parmi les plus emblématiques de France identifiés à l'issue d'une première mission de l'IGEDD. Ce rapport de visite constitue, avec les dix-sept autres rapports, le volet territorial du rapport principal. Chaque rapport de site peut être lu séparément. Ce document offre un diagnostic général du site et des dynamiques en place, il présente les principaux messages des parties prenantes rencontrées par la mission et propose une analyse des atouts, faiblesses, opportunités et menaces du territoire, aux regards des enjeux de leurs zones humides. Enfin, il préconise des actions opérationnelles à court terme pour leur préservation et valorisation. Celles-ci ont vocation à être soutenues par l'Etat, ses opérateurs et les collectivités territoriales.</div>
Editeur
IGEDD
Descripteur Urbamet
marais
;zone humide
;protection de la nature
;milieu naturel
;montagne
;patrimoine culturel
;biodiversité
Descripteur écoplanete
biodiversité
;parc national
;mangrove
;forêt tropicale
;réserve naturelle nationale
;réserve naturelle régionale
Thème
Environnement - Paysage
;Ressources - Nuisances
Texte intégral
igedd.developpement-durable.gouv.fr
Rapport n° 014422-01R
Avril 2023
18. Marais de Kaw-Roura Guyane
Olivier Robinet
Christophe Viret
Dialogue territorial pour la protection et la
valorisation des zones humides, et la création
d?un parc national ? Rapport de visite de site
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Rapport n° 014422-01R
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Dialogue territorial pour la protection et la valorisation des
zones humides, et la création d?un parc national ? Rapport
de visite de site
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Sommaire
1 Introduction ................................................................................................................ 3
2 Fiche de présentation du territoire ........................................................................... 4
3 Enseignements de la visite ....................................................................................... 5
3.1 Eléments de contexte ............................................................................................ 5
3.2 Principaux messages des personnes auditionnées ............................................... 5
3.3 Analyse AFOM relative aux enjeux de protection et valorisation du site ............... 9
3.4 Synthèse des enjeux ........................................................................................... 10
4 Leviers d?actions et outils pour renforcer la protection et la valorisation .......... 12
4.1 Actions prioritaires locales................................................................................... 12
4.2 Enseignements utiles pour la mise en oeuvre nationale de la protection des
milieux humides .................................................................................................. 14
4.2.1 Bonnes pratiques à transférer .................................................................... 14
4.3 Appréciation de la mission sur la possibilité d?engager une démarche de parc
national ............................................................................................................... 14
Annexes ........................................................................................................................ 16
Annexe 1 Cartes du territoire ...................................................................................... 17
Annexe 2 Liste des personnes rencontrées .............................................................. 19
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1 Introduction
Ce rapport de visite est une annexe du rapport de l?IGEDD n°014422-01, relatif à « la conduite d?un
dialogue territorial pour la protection et la valorisation des zones humides, et la création d?un parc
national ».
Le dialogue territorial a concerné 18 sites de zones humides parmi les plus emblématiques de
France identifiés à l?issue d?une première mission de l?IGEDD1.
Ce document constitue, avec les 17 autres rapports, le volet territorial du rapport principal. Chaque
rapport de site peut être lu séparément,
Il offre un diagnostic général du site et des dynamiques en place, il présente les principaux
messages des parties prenantes rencontrées par la mission et propose une analyse des atouts,
faiblesses, opportunités et menaces du territoire, au regard des enjeux de leurs zones humides.
Enfin, il préconise des actions opérationnelles à court terme pour leur préservation et leur
valorisation. Celles-ci ont vocation à être soutenues par l?Etat, ses opérateurs et les collectivités
territoriales.
1 https://igedd.documentation.developpement-durable.gouv.fr/notice?id=Affaires-0012595
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2 Fiche de présentation du territoire2
Site 18 Marais de Kaw-Roura
Région Guyane
Superficie estimée du site
humide emblématique
(ENSH)3
94700 à 137000 ha selon le périmètre choisi, voire dans une ac-
ception plus large, plus de 300000 ha
Présentation Considérée comme l?une des plus grandes zones humides de
France, cette zone marécageuse de savane flottante, irriguée par
la crique Angélique et la rivière de Kaw est presque uniquement
accessible par voie fluviale. Elle abrite des écosystèmes de man-
grove, de savanes inondables et de forêts tropicales humides. Elle
abrite de nombreuses espèces rares, en voie d'extinction et dont la
répartition géographique est très limitée qu'ils s'agissent de mam-
mifères, de reptiles et d'avifaune (74% des espèces présentes en
Guyane). Présence d'une des dernières populations de caïmans
noirs du continent, espèce menacée d'extinction. Ce site de très
grande naturalité présente la particularité d?être partiellement ha-
bité (village de Kaw, de l?ordre d?une petite centaine d?habitants, en
bordure de l?actuelle RNN) .
Intérêt spécial du site et de
son caractère embléma-
tique
Ce site emblématique, englobant les marais de Kaw et la montagne
humide qui les surplombe, recouvre une région d'une richesse bio-
logique de réputation internationale et de nombreux écosystèmes
remarquables. Présence également d?un patrimoine culturel et ar-
chéologique amérindien précolombien.
Principaux enjeux de biodi-
versité liés aux milieux hu-
mides
Partie intégrante de l?écorégion amazonienne, et encore largement
préservé, le site des marais de Kaw constitue une zone d?impor-
tance internationale pour la biodiversité mondiale.
Types de milieux Outre-mer (mangroves ? forêts et savanes marécageuses, prairies
flottantes) ? 5 milieux doux et 3 milieux salés (ENSHE)
Evolution de l?état du site Le site actuel est bien préservé et son état de conservation est
stable. Si la faible densité de population locale et la difficulté d?ac-
cès ont jusqu?à présent relativement préservé le territoire, il existe
des menaces avec le braconnage notamment sur des espèces pa-
trimoniales (caïman noir) et la pêche illégale menée à large échelle
dans la zone maritime. D?autres activités illégales comme de l?or-
paillage dans la partie montagneuse ou le vol de bois menace le
site. Il n?est pas non plus à l?abri de velléités de prospection minière.
Enfin, la fréquentation touristique bien qu?importante à l?échelle de
la Guyane (30.000 visiteurs annuels) reste compatible avec la ges-
tion de ces milieux fragiles (dès lors que les opérateurs touristiques
sont peu nombreux et respectent les règles de la RNN).
Couverture existante par
des aires protégées
APB : Montagne de Kaw (293 ha). RNN : Marais de Kaw-Roura
(94700 ha). RNN du Grand Connétable (7852 ha). Le site Ramsar
Kaw-Connétable couvre 137000 ha dont 105000 ha en partie ter-
restre. RNR du Trésor : 2464 ha
2 Cette fiche est adaptée du rapport de mission relative à la création d?un parc national de zones humides, IGEDD,
mars 2022 et mise à jour.
3 Cette superficie ne préfigure en rien un éventuel périmètre pertinent pour traiter les enjeux écologiques du site.
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3 Enseignements de la visite
3.1 Eléments de contexte
La visite sur place de la mission s?est déroulée du 24 au 28 octobre 2022. Elle a été précédée et
suivie de plusieurs entretiens en visioconférence.
Sur place outre les services de l?Etat, elle a permis de rencontrer l?ensemble des parties prenantes,
mais aussi de consacrer un temps suffisant pour découvrir le site de la RNN de Kaw-Roura.
Les maires concernés (Roura, Régina) et la collectivité territoriale de Guyane ont été auditionnés
ainsi que les associations de protection de la nature et les gestionnaires de différents espaces
protégés, tout comme les opérateurs de l?Etat. Compte tenu de la période (vacances scolaires) les
opérateurs touristiques n?ont pu être auditionnés, mais la mission a rencontré le comité du tourisme
guyanais. A travers sa visite de terrain et les échanges avec les agents de la RNN de Kaw-Roura,
un premier contact avec des habitants du village de Kaw a été possible. Il sera néanmoins
important de les associer à la démarche dans les phases ultérieures et d?approfondir avec eux
leurs besoins et leurs attentes.
La mission veut ici remercier particulièrement les services de la Direction Générale des Territoires
et de la Mer de la Guyane (DGTM), mais aussi l?ensemble des acteurs qui lui ont consacré du
temps à l?occasion des entretiens et des visites. La mission a apprécié le fort intérêt de ses
interlocuteurs, souvent leur passion, pour ces zones humides exceptionnelles et leur ancrage
territorial, dans une perspective qui intègre conservation des milieux et développement des
territoires. Elle souhaite souligner le grand intérêt et les passions qui se sont exprimés pour mieux
préserver, mais aussi ancrer territorialement ces zones humides exceptionnelles, pour qu?au-delà
de leur protection elles puissent aussi contribuer au développement de ces territoires.
Le site des marais de Kaw a fait plusieurs fois l?objet d?attention du niveau national pour la qualité
de ses écosystèmes. Le site avait candidaté à l?appel à projet lancé en 2011/2012 pour bénéficier
du statut de parc national. Cette démarche n?est cependant pas allée à son terme, suite notamment
à une annonce ministérielle non concertée. A noter que ce site est aussi un site majeur labellisé
Ramsar depuis le 8 décembre 19934.
3.2 Principaux messages des personnes auditionnées
Etat et opérateurs
La DGTM est très investie sur les sujets biodiversité. Elle préside par délégation du Préfet les
comités de gestion des réserves nationales et finance à travers le réseau associatif nombres
d?initiatives en faveur de la protection des milieux humides. Le parc naturel régional de Guyane qui
gérait la RNN de Kaw-Roura en a perdu la gestion. Ce dernier n?avait pas réussi sur ce site (il gère
encore la RNN de l?Amana) à ancrer les actions au niveau territorial et susciter l?adhésion des
populations locales en alliant des mesures de protections à des actions de développement local.
En ce qui concerne la RNN des Marais de Kaw-Roura, il est nécessaire de revoir d?une part le plan
4 Pour mémoire, La RNN de Kaw Roura avait fait l?objet d?un rapport du CGEDD en 2019 : Difficultés et avenir
des réserves naturelles nationales de l?Amana et de Kaw-Roura en Guyane,
(https://igedd.documentation.developpement-durable.gouv.fr/notice?id=Affaires-0011366)
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de gestion5 pour simplifier les différents statuts de zones de protection vis-à-vis de la chasse
notamment, mais aussi de mieux intégrer les pratiques locales et coutumières. Ce travail pourra
être conduit par le nouveau gestionnaire (le CEN) au 1er janvier 2023. Les effectifs doivent pouvoir
être aussi renforcés pour intégrer des missions de sensibilisation et d?éducation à l?environnement.
De l?avis des services de l?Etat, ce n?est pas tant le sujet des statuts de protection qui est important,
mais la capacité à ancrer territorialement un outil de protection et de gestion qui participe au
développement du territoire. Un projet de parc national pourrait être remis à l?étude, dès lors que
cela est discuté avec les acteurs locaux et la Collectivité territoriale de Guyane. Cela fait partie des
projets, tout comme ceux de la création d?une agence territoriale de la biodiversité (actuellement
bloqué entre CTG et OFB) qui peuvent être porteurs de sens pour le territoire. Ce dialogue est
nécessaire afin de construire une vision partagée entre l?Etat et la Collectivité sur le devenir de ce
site, qui est un préalable indispensable.
Le conservatoire du littoral est une partie prenante indispensable en matière d?acquisition foncière,
mais surtout de gestion et d?entretien des milieux ainsi acquis. Les moyens manquent en ce
domaine. Il y aurait encore beaucoup à faire en matière de connaissances des habitats, mais aussi
en matière de sensibilisation du public pour mieux faire partager aux Guyanais le trésor que
constituent leurs grands espaces de nature
L?OFB est très allant pour participer au renforcement de la protection des zones humides et pour
apporter son expertise en la matière. Il souligne néanmoins son manque de moyens pour conduire
correctement ses missions de police notamment sur la partie Est de la Guyane où les conditions
d?accessibilités sont difficiles.
L?ONF, gestionnaire d?aires protégées en Guyane (RNN des Nouragues, de la Trinité et du grand
Matoury) donne la priorité à des activités de protection ; ses activités sont peu orientées vers la
production dans ces sites. Il porte notamment deux projets de réserves biologiques intégrales
(montagne de l?Observatoire et des Trois pitons) qu?il verrait tout à fait être intégrées à un projet de
PN dans un périmètre élargi.
Enfin le Parc Amazonien de Guyane (PAG) qui a fêté cette année ses quinze ans d?existence, a
indiqué sa disponibilité pour accompagner les acteurs dans ce type de projets, fort des résultats
qu?il a obtenus aujourd?hui en termes de développement et de valorisation de son territoire. La
direction a insisté auprès de la mission sur l?importance de mettre la gouvernance locale au centre
d?un tel projet qui doit d?abord être celui du territoire. Si les contextes entre les marais de Kaw et le
territoire du PAG, situé au sud du département ne sont pas du tous les mêmes, l?établissement
public reste néanmoins ouvert à apporter son expertise de gestion à ce projet si le besoin s?en
faisait sentir et selon des modalités à définir (notamment pour ce qui concerne les fonctions
support).
Les Collectivités
Rencontrée en fin de mission, la Collectivité territoriale de Guyane a redit ses convictions sur la
nécessité à la fois de préserver son exceptionnelle biodiversité, mais aussi sur l?impérieux besoin
de développement. Elle considère que ces deux objectifs sont bien entendu compatibles dès lors
que les projets intègrent les populations locales et donnent du sens. Elle a souhaité aussi réaffirmer
que les perspectives que va ouvrir la mission devront être partagées et co-portées avec la
Collectivité.
5 Le plan de gestion du PNRG est échu depuis 2020. Les nouveaux gestionnaires ont trois ans pour mettre en
place un nouveau plan de gestion, étant entendu que les statuts des zones de protections A B C D sont quant à
elle définies par décret ministériel
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Interrogée par la mission sur l??idée de création d?un parc national, la collectivité territoriale de
Guyane n?y est pas opposé dès lors qu?elle soit porteuse de la démarche aux côtés de l?Etat. Elle
souligne que cela nécessite aussi d?intégrer plus largement à la discussion le devenir des zones
humides guyanaises notamment à l?ouest et de repenser globalement le rôle et le périmètre du
PNRG qui n?a qu?une faible légitimité territoriale aujourd?hui (notamment depuis le retrait de la
commune de Régina à l?Est). Une piste pourrait consister à recentrer le PNR sur l?Ouest Guyanais,
et permettre l?émergence d?un outil de type PN plus puissant et intégrateur à l?Est. Elle partage
l?avis de nombreux acteurs sur le besoin d?intégration et d?ancrage territorial qui dépasse largement
le seul périmètre de la RNN de Kaw-Roura.
Un projet de PN aurait tout son sens sur un périmètre élargi intégrant les montagnes de Kaw, la
pointe Behague et la montagne de l?Observatoire, la montagne d?Argent et des Trois pitons (ou des
projets de RBI sont à l?étude), en descendant plus au Sud vers la commune de Ouanary, en
intégrant ainsi l?embouchure de l?Approuage et en embrassant la baie de l?Oyapock ainsi que le
domaine maritime côtier pour mieux lutter contre la pêche illégale pratiquée par les brésiliens6 et
de mieux le protéger contre toutes tentatives d?explorations minières.
Si la collectivité est prête à participer aux discussions, elle insiste sur le besoin de pédagogie et la
nécessité de présenter autrement un tel outil qui pourrait être vécu comme une mise sous cloche.
Quinze ans après sa création, la réussite du parc amazonien de Guyane constitue de ce point de
vue un argument facilitateur.
Pour la collectivité si cette voie devait être choisie, il faudra alors inventer un modèle orignal de
parc agile, cogéré localement et intégrant les acteurs locaux. Sur cette base, elle est prête à
poursuivre les discussions.
Les maires des communes de Régina et Roura
De manière générale, les maires sont inquiets de l?avenir de leur territoire. Ils considèrent que la
Réserve de Kaw n?est pas suffisamment ancrée localement et a failli dans sa capacité de dialogue
et notamment dans ses missions de sensibilisation et d?éducation à l?environnement. Le maire de
Régina a fait sortir sa commune du PNRG. Il souhaite que soient mieux pris en compte les
coutumes locales, que l?écobuage puisse être plus largement autorisé7 (même si réglementé) pour
lutter notamment contre la prolifération des « moucou moucou8 » et qu?une vraie politique de lutte
contre le braconnage soit mis en place. Il reste réticent vis-à-vis d?un outil tel qu?un parc national
dès lors que celui-ci n?intègre pas suffisamment les communes et les projets de développement.
Bien que co-gestionnaire de la réserve, le maire de la commune de Roura est inquiet du transfert
de la gestion de la RNN au CEN Guyane, principalement sur la question du devenir des agents du
PNRG. Il n?est pas fermé à l?idée d?un parc national, voyant notamment (à travers l?expérience du
PAG) l?impact et le côté structurant d?un tel outil pour le développement de l?Est Guyanais.
Le CEN Guyane
Le CEN Guyane est un nouvel acteur qui monte en puissance, puisqu?il est devenu co-gestionnaire
de la RNN de Kaw-Roura avec les communes de Roura et de Régina depuis le 1er janvier 2023.
Après une longue histoire de coordination entre gestionnaires d?espaces protégées en Guyane, le
CEN Guyane a pris une autre dimension en 2021 avec son adhésion à la FNCEN. Il franchit une
nouvelle étape en 2023 avec la reprise en gestion de la RNN de Kaw-Roura. Très investi sur la
6 Ce diagnostic est partagé par de nombreux acteurs, car il permet de penser un outil de coordination à l?échelle
d?un vaste territoire avec une promesse de développement durable et intégré pour l?Est guyanais
7 Dans l?arrêté ministériel, l?écobuage est soumis à autorisation après avis du CCG (Art. 14).
8 Montrichardia arborescens et linifera
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séquence ERC, il souhaite pouvoir structurer une véritable offre de compensation en Guyane, mais
peine à trouver des sites d?application, notamment en direction d?habitats prioritaires comme les
savanes. La reprise de la RNN de Kaw-Roura constitue un nouveau défi pour la structure en
intégrant 7 ETP supplémentaires.
Il partage le diagnostic de tous les acteurs sur la nécessité de mieux ancrer la réserve sur son
territoire en participant à l?émergence de projets structurants écotouristiques par exemple, sans
pour autant abandonner l?ambition de poursuivre les inventaires et de faire évoluer la
réglementation de la réserve pour la rendre plus lisible, simple et plus juste vis-à-vis des coutumes
locales.
Sur un éventuel projet de parc national, le CEN n?est pas fermé à l?idée dès lors que celui-ci viserait
un périmètre élargi et se positionnerait comme coordinateur des espaces déjà protégés, dans une
logique de simplification et de mise en cohérence. Sur les marais de Kaw, il faut habiter cette
ambition par la mise en oeuvre d?un plan de sauvegarde concret et opérationnel.
La RNR du Trésor
Ancienne propriété de l?évêché de Guyane et issue de terrains () appartenant à une fondation
hollandaise privée en lien avec l?université d?Ultrech, la RNR du trésor date de 2009, avant d?avoir
été une réserve naturelle volontaire. Elle s?étend sur 2464 ha. Située sur les Montagnes de Kaw
en amont de la RNN du même nom, elle est reconnue dans son rôle de préservation, mais aussi
de sensibilisation des publics. Dotée de trois salariés, elle est souvent présentée par les acteurs et
les partenaires locaux comme un modèle de gestion souple et agile.
Les équipes considèrent qu?il y aurait du sens à proposer un projet de PN sur un vaste ensemble
qui intègrerait les montagnes et marais de Kaw et qui pourrait s?étendre au sud jusqu?à Ouanary,
sans pour autant gommer la spécificité des espaces protégés existants. La RNR porte à la
connaissance de la mission un travail important de diagnostic et de piste d?actions qui a été conduit
sur la montagne de Kaw et qui pourrait être valorisé dans le cadre des réflexions en cours.
Les associations de protection de la nature GEPOG ? WWF ? GNE - SEPANGUY- RNN du
Grand Connétable, etc.)
Elles ont toutes été mobilisées sur les travaux préparatoires de la territorialisation de la stratégie
aires protégées, encore non aboutis et devant faire l?objet d?un partage approfondi et d?échanges
avec la CTG. Dans ce domaine les enjeux prioritaires de préservation sont concentrés sur les
milieux de savanes qui abritent plus de 17% de la flore guyanaise et de très nombreuses espèces
de faune rares et endémiques, sur 0.22% du territoire de la Guyane (partie ouest).
Elles insistent pour que ne soit pas oubliée la réflexion sur le devenir de la RNN de l?Amana et plus
largement des rizières à proximité et bien entendu des milieux de savanes, tous plutôt positionnés
à l?Ouest de la Guyane.
Elles font part de leurs inquiétudes que les moyens consacrés à la potentielle création d?un parc
national ne se fassent aux dépens de ces enjeux et des associations de protection de
l?environnement. La définition des zones humides en Guyane serait aussi un préalable.
Les acteurs touristiques à travers le témoignage du comité du tourisme guyanais
La période de visite de la mission n?a pas été favorable pour conduire des entretiens avec les
opérateurs touristiques qui opèrent sur le Marais de Kaw (période de forte fréquentation liée aux
vacances scolaires de la Toussaint). Le comité du Tourisme Guyanais a néanmoins pu être
auditionné par la mission.
Kaw est l?un des principaux sites touristiques de la Guyane. Sur les 115.000 visiteurs/an en Guyane,
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le Marais de Kaw en accueille 30.0009 et est un marqueur clé pour le territoire avec le centre spatial
et le parc amazonien de Guyane. Les membres du comité rejoignent l?avis des acteurs quant à la
nécessité de mieux prendre en compte le territoire, ses habitants et les coutumes locales.
Concernant les opérateurs touristiques, il y a un vrai besoin de structuration et de dialogue pour
leur permettre de développer leurs activités de manière durable. Un projet de concept d?itinérance
« Oyapock Nature » en partenariat avec le parc national du Cabo Orange côté brésilien qui n?a pu
aboutir principalement pour des raisons de sécurité. Le comité du tourisme souhaite être associé
à la réflexion sur le devenir de cet espace. Il soutiendra l?objectif de viser un tourisme de qualité et
d?assurer aux acteurs locaux des retombées économiques.
Les autres acteurs scientifiques (CSRPN ? IRD)
Associés à plusieurs échanges avec la mission, ces acteurs soulignent l?importance du travail
scientifique qu?il reste à mener en Guyane, qu?il s?agisse d?inventaires, notamment pour la flore, de
bancarisation de données, et de manière générale d?une meilleure gestion et valorisation de la
collecte des données.
A ce titre, la CTG leur semble le bon acteur pour impulser une dynamique en la matière. Les projets
d?un conservatoire botanique national et/ou d?une agence territoriale de la biodiversité doivent être
discutés et partagés avec tous les acteurs pour donner des perspectives et du sens à l?action.
3.3 Analyse AFOM relative aux enjeux de protection et valorisation
du site
L?analyse atouts-faiblesses-opportunités-menaces est construite par la mission sur la base de son
analyse des éléments issus des entretiens :
9 Ces chiffres seraient à consolider et objectiver.
Atouts Faiblesses
? Un territoire très vaste et d?une très grande natura-
lité, disposant d?une richesse biologique de niveau
international, abritant une succession d?écosys-
tèmes remarquables
? L?une des plus grandes zones humides de France
? Une forte structuration des acteurs de la conserva-
tion de la nature
? Une collectivité territoriale de Guyane prête à con-
duire une réflexion ambitieuse et ouverte sur un
périmètre élargi autour des marais de Kaw
? Une forte demande de reconnaissance des ac-
teurs locaux qui souhaitent être mieux associés au
devenir de cet espace
? Une RNN de Kaw-Roura mal intégrée dans son en-
vironnement socio-économique. Une population ri-
veraine qui se sent délaissée
? Un parc naturel régional absent des réflexions sur
l?avenir de l?Est de la Guyane et dont l?ancrage ter-
ritorial est remis en question
? Un éloignement des centres de décisions et une
absence de lieux d?échanges qui ne facilitent pas
la construction d?une vision partagée par et pour
les acteurs locaux
Opportunités Menaces
? Des acteurs ouverts à la réflexion sur le devenir de
l?Est Guyanais en matière de préservation, mais
aussi de valorisation intégrant les populations lo-
cales.
? Une forte demande de tous les acteurs de recon-
naissance et de qualification de ce territoire pour
en asseoir le développement
? Un potentiel touristique et scientifique de tout pre-
mier ordre, déjà identifié, et qui pourrait être facilité
par un tourisme fluvial mieux organisé
? Braconnage et pêche illégale, favorisés par la po-
sition frontalière avec le Brésil et l?éloignement des
moyens de police.
? Des velléités toujours présentes pour développer
des projets miniers, agro-industriels et/ou d?y réali-
ser des infrastructures de desserte, qui sont autant
de portes d?entrées pour les activités illégales.
? Une perception par certains acteurs guyanais des
aires protégées vécues comme une « mise sous
cloche » qui entrave le développement du départe-
ment
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3.4 Synthèse des enjeux
Les Marais de Kaw constituent aujourd?hui une des plus vastes zones humides de France. Cette
zone de renommée internationale pour la richesse de sa biodiversité est protégée par une réserve
naturelle nationale depuis 1998. Si les menaces sont pour l?heure limitée, en raison de la difficulté
d?accès à une grande part de ce territoire, son devenir et sa préservation doit selon la mission se
penser à une échelle plus large intégrant les écosystèmes terrestres estuariens et marins adjacents.
L?ensemble des acteurs s?accordent sur la nécessité de préserver ce patrimoine exceptionnel pour
les générations futures, tant pour la richesse de ses habitats (zone marécageuses de savanes
flottantes, mangroves, savanes inondables et forêts tropicales humides) que pour les espèces
rares qu?elle abrite (98 espèces de mammifères, 535 espèces d?oiseaux, 74 espèces d?amphibiens
et 103 espèces de reptiles) dont certaines sont en voie d?extinction.
Toutefois, la quasi-totalité des acteurs locaux considèrent que le portage de ces réserves reste
fragile avec peu de moyens au regard de leurs étendues et que surtout, à côté de leur nécessaire
préservation, il manque un ancrage territorial de ces outils pour permettent aux habitants de
bénéficier de retombées économiques et sociales, compatibles avec les enjeux de préservation.
Deuxième site touristique de Guyane, il y a une forte attente de valorisation du patrimoine culturel
des us et coutumes locales liés aux usages, mais aussi de meilleures retombées économiques. La
reprise en co-gestion de la réserve par le Conservatoire d?espaces naturels de Guyane et des deux
communes peut faire espérer une nouvelle dynamique avec notamment plus d?actions vis-à-vis
des acteurs locaux et en matière d?éducation à l?environnement.
Il conviendrait de réfléchir pour des raisons tant écosystémiques que de qualification de l?Est
Guyanais, à une échelle qui intégrerait outre les deux RNN, les montagnes de Kaw (et donc la
RNR du Trésor), mais aussi l?estuaire de l?Approuage, la pointe Behague, les montagnes d?Argent
et des trois pitons et la commune de Ouanary (220 habitants) jusqu?à la baie de l?Oyapock à la
frontière avec le Brésil (Parc national du cap orange). Ce périmètre à terre pourrait être utilement
complété par une prise en compte du domaine littoral et maritime, afin notamment de pouvoir lutter
contre la pêche illégale.
Cette approche intégratrice aurait le mérite de penser un outil de coordination des protections
existantes, et des initiatives locales, avec comme principal objectif de préserver ces milieux et de
de donner une identité forte au territoire. Il présenterait aussi l?avantage d?engager un débat sur le
type de développement et de préservation qui doit y être conduit, et mettrait durablement ce
territoire à l?abri de velléités d?exploitation minière légale.
C?est donc sur un espace beaucoup plus vaste (plus de 300.000 ha) que celui que suggérait le
premier rapport, qu?une réflexion d?ensemble doit pouvoir être engagée, avec tous les acteurs et
en premier lieu avec ceux qui y vivent.
? Un parc amazonien de Guyane qui après 15 ans
d?existence peut constituer une référence positive,
notamment en termes de développement local et
de lutte contre l?orpaillage illégal.
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Rapport n° 014422-01R
Avril 2023
Dialogue territorial pour la protection et la valorisation des
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Dans cette optique, l?outil actuel qu?est le parc naturel régional doit être repensé, car son périmètre
éclaté entre les sites à l?ouest (centré sur l?Amana) et l?est (Kaw-Roura mais dont la commune de
Régina ne fait plus partie) n?est plus cohérent avec une forte ambition de qualification de ce
territoire forgé par les zones humides et premières montagnes du littoral. La mission propose de
recentrer le périmètre du PNR à l?ouest Guyanais avec comme priorité de développer un projet et
une charte de territoire autour des patrimoines naturels que constituent la réserve de l?Amana, les
savanes en intégrant aussi la question du développement face à des enjeux tel que le recul du trait
de côte dans un contexte d?une démographie très dynamique.
Cette approche permettrait de penser un outil nouveau avec des moyens importants pour le site
au nord-est guyanais permettant de répondre aux besoins spécifiques de préservation et de
développement de ce territoire exceptionnel.
Outre son patrimoine naturel, la richesse culturelle et les vestiges archéologiques de populations
amérindiennes précolombiennes sont aussi des éléments à prendre en considération dans la
construction d?un avenir partagé pour toute cette zone.
En conclusion, ce sont trois enjeux croisés qui doivent constituer le coeur de la réflexion:
- Celui d?une ambition de protection de ces espaces exceptionnels pour leur richesse,
paysagère, géologique, écologique et culturelle y compris dans leur partie littorale et
maritime10 qui doivent devenir un marqueur de tout l?est guyanais littoral.
- Celui d?une meilleure prise en compte des habitants et des forces vives locales qui
attendent depuis de nombreuses années la promesse d?un développement dont ils sont
par défaut exclus.
- Celui enfin d?un espace et d?un lieu de coordination qui réconcilie développement et
protection au bénéfice de la Guyane tout entière et des acteurs locaux en particulier.
10 Seul 0,61% de la ZEE guyanaise est protégée majoritairement grâce à la RNN de l?île du Grand Connétable et
de la RNN de l?Amana
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Rapport n° 014422-01R
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4 Leviers d?actions et outils pour renforcer la protection et
la valorisation
4.1 Actions prioritaires locales
Suite à l?écoute approfondie des acteurs locaux et compte tenu des enjeux identifiés, la mission
préconise ici un ensemble d?actions structurantes qui visent simultanément le développement local
du territoire et le renforcement de la protection et de la mise en valeur de la biodiversité de l?Est
Guyanais.
Lancer un plan de mise en valeur des villages de Kaw et de Ouanary.
La mission estime qu?un plan de mise en valeur du village de Kaw11 est un préalable indispensable
à la montée en puissance d?un dispositif de protection,. Une étude opérationnelle en co-portage
entre Etat et CTG pourrait être lancée. Sur la base de son rendu, des crédits d?investissement
devront être recherchés. Cette étude doit intégrer une phase d?expression des besoins et
d?association des populations locales, mais aussi définir et programmer les investissements à faire.
Dans ce cadre la réhabilitation de la maison de la réserve permettrait certainement de retisser des
liens entre populations locales et agents de la RNN. A ce stade, seule une enveloppe de 200 000
euros pour la maison de la réserve (France Relance) a été actée. De la même manière, il
conviendrait aussi, dans l?hypothèse d?une périmètre d?étude élargi de conduire une phase
d?expression de besoins pour la commune de Ouanary.
Donner des moyens complémentaires d?intervention à la RNN de Kaw-Roura.
En parallèle, la dotation annuelle de la réserve de Kaw (environ 400 000 euros), ne lui permet pas
aujourd?hui de réaliser des opérations d?aménagement et d?investissement au bénéfice des
habitants. Il conviendrait de pouvoir augmenter son enveloppe de crédits d?intervention (100 000
euros pur deux ans) pour lui permettre de conduire des opérations ponctuelles d?aménagement
aux bénéfices des opérateurs touristiques, des visiteurs et des habitants, afin de revaloriser dès à
présent l?image du site.
Avec la co-reprise par le CEN Guyane de la gestion de la réserve, la mission suggère sans attendre
que soit mis en chantier des réflexions sur plusieurs sujets (en vue notamment de la mise à jour
du plan de gestion). Celles-ci concernent notamment :
- Une discussion approfondie sur les zonages internes à la réserve et plus globalement sur
l?intégration des usages locaux traditionnels, avec comme objectif de simplifier les règles.
La question de la pratique de l?écobuage doit par exemple être clairement posée compte
tenu de la prolifération des ?moucou moucou?.
- Un renforcement et un ciblage des actions vers les menaces externes et illégales
(braconnage ? pêche illégale), notamment en renforçant les moyens de police
environnementale sur la RNN et l?ensemble de la Montagne de Kaw.
- La mise en place d?un plan spécifique pour encourager les pratiques d?élevage extensif
favorable aux milieux.
- Une réflexion sur une meilleure mise en valeur touristique du site qui doit définir des règles
communes avec les opérateurs touristiques.
11 plan auquel doivent être associées les populations des villages concernés et les acteurs locaux
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Mettre en place une instance de préfiguration et de dialogue co-animée par l?Etat et la CTG
pour préciser les conditions dans lesquelles un projet de parc national pourrait être porté.
Avant d?entrer dans une démarche de préfiguration qui nécessitera la création d?un GIP, il est
nécessaire sur un temps court (six mois) que les différentes parties concernées puissent engager :
- Une discussion approfondie pour penser un projet co-construit entre l?Etat, les collectivités
et les acteurs locaux.
- Des travaux d?identification du périmètre potentiel 12 (en lien avec les acteurs de la
conservation et particulièrement avec le CEN, nouveau gestionnaire de la réserve de Kaw-
Roura et avec les équipes du GEPOG pour la RNN du Connétable.)
- De prévoir des moyens nécessaires à la poursuite des inventaires naturalistes afin de
caractériser cette zone élargie et notamment ses habitats
Dans un deuxième temps (18 mois) la mission de préfiguration pourra être lancée en tant que telle
avec comme objectif de préparer le cadre d?intervention (GIP) et de conduire les différentes études
préalables à la création d?un PN permettant d?apprécier l?intérêt de cette création, pour aboutir à la
prise en considération.
Ces deux étapes qui vont se superposer nécessitent le financement d?un(e) chargé(e) de projet
(de niveau A+) pendant deux ans pour montant de 150 à 200 K¤ (cofinancement Etat et CTG) qui
a vocation à devenir le(la) directeur(trice) du GIP de préfiguration.
Dès lors que le GIP sera créé, il conviendra de le doter d?un budget de 500 K¤ annuel pour conduire
ses missions et études.
Au-delà des éléments budgétaires, la mission souhaite rappeler, comme cela avait été fait au titre
du rapport IGEDD d?Avril 202213 que l?Etat doit prévoir les moyens ETP suffisants, et en phase de
préfiguration, et en phase de création du futur parc national. Ces moyens ne sauraient être prélevés
sur la brique ?parc nationaux? aux détriments des parcs existants.
12 Périmètre élargi intégrant les marais et montagnes de Kaw, l?estuaire de l?Approuage, la pointe Behague, les
montagnes d?Argent et des trois pitons et plus encore la commune de Ouanary jusqu??à la baie de l?Oyapock,
intégrant le cas échéant une partie maritime le long du littoral.
13 Voir la recommandation N° 4 du dit rapport ainsi que le chapitre 3.4 du dit rapport (repris ici) sur le calibrage des
moyens humains et financiers adaptés aux ambitions : « La mission préconise dans une première approche de
s?appuyer sur les expériences des autres parcs nationaux pour dimensionner les budgets. Deux budgets distincts
doivent être anticipés : l?un nécessaire à la phase de préfiguration du parc national conduite par le groupement
d?intérêt public, l?autre nécessaire à la phase de fonctionnement du parc national lui-même. Dans la phase initiale
de préfiguration, estimée a 7 ans, la mission suggère un budget moyen d?environ 500.000 euros annuels, comme
pour le GIP du futur parc national de Forêts. Ces moyens intègrent la constitution et la rémunération de l?équipe de
préfiguration, mais aussi des moyens de fonctionnement, d?ingénierie, d?études et d?animation du dialogue territorial.
Le calibrage des moyens humains est estime a environ 8 ETPT sur la période, en glissement de 3 à 12 ETPT. Le
budget nécessaire au fonctionnement du futur parc national peut fortement varier en fonction du territoire choisi,
des protections existantes, des moyens déjà déployés sur place (exemple de la présence d?une réserve nationale
et de ses agents), et des mutualisations possibles. On peut imaginer la mise en commun de moyens financiers
avec d?autres organismes ou structures déjà mobilisés sur les zones humides, à diverses échelles (locales,
régionales, de bassin ou nationales). A minima et en cohérence avec la pratique des autres parcs nationaux, les
moyens alloués annuellement pour la structure porteuse du parc ne sauraient être inférieurs à 50 ETPT et a un
budget global de 8 millions d?euros annuels (dont 2 millions d?investissement) permettant dès le départ de constituer
un fonds de roulement nécessaire au fonctionnement de l?établissement public. Ces chiffres devront être réévalués
en fonction des discussions menées au cours de la phase de préfiguration. La mission recommande fortement que
l?affectation des ETP pour le parc national de zones humides ne conduise pas à la réduction d?effectifs sur d?autres
parcs nationaux, en lien avec la mutualisation des effectifs des parcs nationaux existants. Cette approche n?est pas
durable dans la perspective des efforts attendus au titre de la stratégie nationale des aires protégées (SNAP) ».
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Rapport n° 014422-01R
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Mettre en place un plan de transformation du PNRG
Si un accord est trouvé pour aller vers un projet de parc national sur l?Est Guyanais, il faut
parallèlement redéfinir un projet territorial pour le PNRG qui aurait vocation à être recentrée sur
l?Ouest Guyanais. Cela nécessite un accompagnement spécifique en lien avec la fédération des
parcs naturels régionaux de France, l?Etat et la Collectivité territoriale de Guyane. Ce processus
de transformation doit être précisé et financé avec l?appui le cas échéant d?une assistance à
maîtrise d?ouvrage, en associant les différentes parties prenantes (budget prévisionnel 200 000
euros)
Lancer une initiative spécifique dédiée aux habitats prioritaires des savanes et des zones
humides de l?Ouest
Au regard des dires d?acteurs qui se sont exprimés, la nécessité de lancer un programme de
sauvegarde de ces milieux de savanes et de zones humides nécessiterait de construire en
partenariat avec le CEN, un programme Life de restauration et de sauvegarde. La mission n?a pu
aller plus avant sur cet objectif qui apparaît comme consensuel. Le portage et le contenu des
actions à conduire restent à définir. Ce type d?initiative permettra de montrer aussi, que la création
d?un parc national dédié aux zones humides ne se fait pas au détriment des autres milieux fragiles
de Guyane.
4.2 Enseignements utiles pour la mise en oeuvre nationale de la
protection des milieux humides
4.2.1 Bonnes pratiques à transférer
La labellisation récente du CEN Guyane (par le niveau national), association créée par mise à
disposition de moyens d?établissements publics (CLERL, PAG, ONF), de collectivités et
d?associations, est le reflet de la difficulté à mobiliser une expertise forte, structurée et sur un temps
long sur le territoire de Guyane comparé à la France métropolitaine. La mise en commun de cette
expertise au sein de cette structure légère, est une réponse aux besoins en matière de gestion
d?aires protégées. Cette initiative mérite d?être soulignée et pourrait trouver des applications en
dehors du cadre guyanais, car il permet, outre une mise en commun de moyens d?expertise et de
savoir-faire parfois difficile à mobiliser par un opérateur unique, de créer une instance de réflexion
et de dialogue et de coordination entre acteurs qui se trouvent parfois en position de concurrence
pour bénéficier des subventions publiques et se voir confier des territoires à gérer.
4.3 Appréciation de la mission sur la possibilité d?engager une
démarche de parc national
Seul site ultra-marin de la mission, avec de très fortes spécificités en termes de surface, de milieux,
d?enjeux et d?attentes de la population, le site des marais de Kaw et les territoires adjacents
constituent à la fois un cas unique et un défi de protection et de valorisation de ce bien commun
qui dépasse le seul territoire Guyanais, mais repose aussi sur l?image internationale de la France
vis-à-vis de sa capacité à préserver cet écrin de biodiversité, au-delà même de son classement au
titre de la convention Ramsar.
L?intérêt exprimé par les acteurs du territoire pour l?outil parc national est tempéré par une attente
davantage qu?ailleurs que celui-ci soit adapté aux réalités locales et soit un outil au service d?un
développement local durable.
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Rapport n° 014422-01R
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Cet impératif de territorialisation et d?adaptation aux réalités socio-culturelles locales constitue à la
fois un défi mais une opportunité d?explorer tous les champs permis par la loi de 2006 sur les parcs
nationaux pour inventer un objet de politique publique innovant, qui se démarque des parcs
historiques pour être adapté aux spécificités à la fois des zones humides et du contexte ultra marin.
Cela pourrait bénéficier en retour à des territoires métropolitains que le concept de parc national
effraie en montrant toute les latitudes permises par cet outil.
Au regard des attentes en termes de développement et de préservation et compte tenu d?un du fait
que ces espaces sont déjà protégés pour partie (RNN de Kaw-Roura et du Grand Connétable, ici
l?enjeu est de penser l?outil parc national comme un outil de développement local durable et de
coordination de la protection à une échelle plus vaste.
Cela sous-entend d?intégrer à la réflexion, un périmètre d?étude prenant en compte les sites des
marais et montagnes de Kaw, de l?estuaire de l?Approuage, de la pointe Behague, des montagnes
d?argent et des trois pitons et plus encore la commune de Ouanary jusqu??à la baie de l?Oyapock/
Cette approche serait de nature à mieux qualifier cet Est Guyanais dans un objectif partagé de
protection et de développement territorial.
Le chemin pour y parvenir est certes long, mais le bénéfice que pourrait en retirer le territoire serait
lui immense. Il doit faire une place très importante à la gouvernance et à la représentation locale
au sein de son conseil d?administration de toutes les forces vives (habitants, collectivités, autorités
coutumières, milieux économiques, associations, ?). Ce chemin doit être construit pas à pas avec
la collectivité territoriale guyanaise et prendre en considération le désir d?autonomie exprimé
localement. Il doit pouvoir répondre à la fois à une promesse de développement pour le territoire
et parallèlement le protéger des menaces actuelles que sont la pêche illégale et les atteintes à la
biodiversité, et potentielles tels que les projets d?exploitation minière et d?orpaillage légal ou illégal.
Il ne saurait être conduit sans les moyens budgétaires et humains (ETP) nécessaires et sans que
ceux-ci soient prélevés sur les effectifs des autres parcs nationaux.
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Annexes
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Annexe 1 Cartes du territoire
Figure 1- Plan de situation
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Figure 2- Dispositifs de protection et de gestion
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Annexe 2 Liste des personnes rencontrées
NOM Prénom Fonction Organisme
1 MARTIN Ivan Directeur DGTM
2 DELAHOUSSE Xavier Chef de service adjoint PEB DGTM
3 NICOLAZO DE
BARMON
Vincent Chef de service PEB DGTM
4 DELNATTE Cesar Chef de l?unité protection de la biodiversité DGTM
5 CURTIUS Jahsania Cheffe de l?unité police de l?eau DGTM
6 TRILLAT Marine Chargée de mission Espaces protégés,
gestion des RNN
DGTM
7 GARDEL-
BERNADAC
Laure Cheffe de l?unité » stratégie et intégration
de la biodiversité
DGTM
8 QUEFELEC Thierry Préfet
9 POUZET Florent Directeur CEN
10 BATAILLE Julie Directrice par intérime (à compter du1er
novembre)
CEN
11 DELVAUX Hélène Responsable scientifique PAG et
administratrice du CEN
CEN
12 CAMBOUX Julien Responsable patrimoine PAG et VP du CEN CEN
13 ENTRAYGUES Mathieu Délégué territorial OFB
14 PINEAU Kevin Responsable biodiversité ONF et Président
du CEN
ONF
15 BLANCHARD Frédéric Directeur environnement CTG
16 DESERT Maire Régina
17 MELON Gracia Habitante de Kaw, Adjointe Maire Régina
18 LABRADOR Jean- Claude Maire Roura
19 LADOUCEUR Renan Adjoint au maire chargé du tourisme des
transports et de l?environnement
Roura
20 QUEREN Gwen Conservatrice RNN RNN de Kaw
21 XX Ronald Chef d?équipe garde RNN de Kaw
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NOM Prénom Fonction Organisme
22 XX Nicolas garde RNN de Kaw
23 DECALF Guillaume Directeur Association trésor et conservateur RNR Trésor
24 VILETTE Benoit Garde animateur RNR Trésor
25 SZPIGEL Jean-François Garde RNR Trésor
26 KELLE Laurent Responsable Guyane WWF
27 CLAESSENS Olivier Chargé de projets ornithologiques GEPOG
28 LEREUN Claude Administrateur GEPOG
29 BORDIN Amandine Conservatrice RNN Connétable et
responsable pôle biodiversité marine
GEPOG
RNN Connétable
30 LECOCQ Garance coordinatrice Guyane Nature
Environnement (GNE)
31 DURAND Anne Responsable programme urbanisme et
biodiversité
GEPOG
32 TOSTAIN Olivier Président du CSRPN , Président Association
trésor, membre CNPN
CSRPN
33 BRUNO Olivier VP CSRPN et responsable pôle
développement ONF
CSRPN
34 VARDON Pascal Directeur PAG
35 ANSELIN Arnaud Directeur Adjoint PAG
36 BUZARE Loïc Directeur Comité du tourisme
Guyanais
37 LECANTE Dimitri Responsable expertises touristiques Comité du tourisme
Guyanais
38 CALMANT Stéphane Représentant Guyane IRD
39 GONZALEZ Sophie Conservatrice herbier IRD
40 LECLERC Nadine Conseillère biodiversité ressources
naturelles
Préfecture de Guyane
41 FEREIRA Jean-Paul 1er VP CTG
42 GARDEL Laure Paysage, Eau biodiversité DGTM
43 CORLET Catherine Responsable antenne Conservatoire du Littoral
PUBLIÉ
PUBLIÉ
Site internet de l?IGEDD :
« Les rapports de l?inspection »
PUBLIÉ
https://www.igedd.developpement-durable.gouv.fr/spip.php?page=liste-actualites&lang=fr&id_mot=1187&debut_rub_actus=0
https://www.igedd.developpement-durable.gouv.fr/spip.php?page=liste-actualites&lang=fr&id_mot=1187&debut_rub_actus=0
Sommaire
1 Introduction
2 Fiche de présentation du territoire
3 Enseignements de la visite
3.1 Eléments de contexte
3.2 Principaux messages des personnes auditionnées
3.3 Analyse AFOM relative aux enjeux de protection et valorisation du site
3.4 Synthèse des enjeux
4 Leviers d?actions et outils pour renforcer la protection et la valorisation
4.1 Actions prioritaires locales
4.2 Enseignements utiles pour la mise en oeuvre nationale de la protection des milieux humides
4.2.1 Bonnes pratiques à transférer
4.3 Appréciation de la mission sur la possibilité d?engager une démarche de parc national
Annexes
Annexe 1 Cartes du territoire
Annexe 2 Liste des personnes rencontrées