Monétarisation des biens et services environnementaux : usages et pratiques. Actes du séminaire du 7 décembre 2011
Auteur moral
Auteur secondaire
BONNET, Xavier (dir.)
Résumé
Cette seconde édition du séminaire sur la monétarisation a abordé la mise en oeuvre des méthodes de monétarisation dans tous les domaines des politiques environnementales, à travers la présentation d'études de cas.
Editeur
Commissariat général au développement durable (CGDD) - SEEIDD
Descripteur Urbamet
documentation
;écosystème
;eau
;coût
;politique de l'environnement
;traitement des déchets
Descripteur écoplanete
écosystème terrestre
;milieu aquatique
;biodiversité
;évaluation économique
;milieu marin
Thème
Environnement - Paysage
Texte intégral
COMMISSARIAT
GÉNÉRAL AU
DÉVELOPPEMENT
DURABLE
n°n°n°n° 78
Novembre
2012
ÉC
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Études & documents
Service de l?économie, de l?évaluation et de l?intégration du développement durable
www.developpement-durable.gouv.fr
Monétarisation des biens
et services environnementaux:
usages et pratiques
Actes du séminaire du 7 décembre 2011Actes du séminaire du 7 décembre 2011Actes du séminaire du 7 décembre 2011Actes du séminaire du 7 décembre 2011
Servicedel?Économie,del?Évaluationetdel?IntégrationduDéveloppementDurable(SEEIDD)
duCommissariatGénéralauDéveloppementDurable(CGDD)
Titre du document : Monétarisation des biens et services environnementaux : usages et
pratiques ? Actes du séminaire du 7 décembre 2011
Directeur de la publication : Xavier Bonnet
Coordination éditoriale : Arthur KATOSSKY et Vincent MARCUS
Date de publication : Novembre 2012
Ce document n?engage que ses auteurs et non les institutions auxquelles ils appartiennent.
L?objet de cette diffusion est de stimuler le débat et d?appeler des commentaires et des critiques.
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Sommaire
RésuméRésuméRésuméRésumé................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................ 3333
EdEdEdEditorialitorialitorialitorial Christine LAGARENNE ...............................................................................4
Atelier n°1Atelier n°1Atelier n°1Atelier n°1 : Ecosystèmes agricoles et forestiers: Ecosystèmes agricoles et forestiers: Ecosystèmes agricoles et forestiers: Ecosystèmes agricoles et forestiers ............................................................................................................................................................................................................ 5555
Grischa PERINO ? Land uses change: impact on agricultural gross margins and carbon
storage capacity ............................................................................................................................6
Julien HARDELIN et Serge GARCIA ? Les services rendus par la forêt : une analyse
spatiale ..........................................................................................................................................8
Arthur KATOSSKY ? Une analyse bio-économique des haies. Vers une « évaluation
monétaire » des « services rendus par les écosystèmes » ? ....................................................13
Atelier n°2Atelier n°2Atelier n°2Atelier n°2 : Eau et milieux aquatiques: Eau et milieux aquatiques: Eau et milieux aquatiques: Eau et milieux aquatiques................................................................................................................................................................................................................................................................ 17171717
Stéphanie BLANQUART ? Une évaluation économique des services rendus par les
zones humides ............................................................................................................................18
Olivier BOMMELAER ? Quelques leçons de l?évaluation économique des services
rendus par les zones humides....................................................................................................21
Lætitia BOMPÉRIN et Sarah FEUILLETTE ? Quels arguments économiques en faveur de
la protection des captages ? .......................................................................................................26
AAAAtelier n°3telier n°3telier n°3telier n°3 : Habitats, milieux, biodiversité: Habitats, milieux, biodiversité: Habitats, milieux, biodiversité: Habitats, milieux, biodiversité .................................................................................................................................................................................................................................... 30303030
Christina HUERZELER ? Les coûts externes des transports en matière d?habitats et de
biodiversité : une évaluation pour une tarification ...................................................................31
Marie-Eve STOECKEL ? Une évaluation économique d?un bien environnemental
complexe : l?amélioration de la richesse piscicole du Rhin. .....................................................35
Thuriane MAHÉ, Sylvain ROUSSET, Julien FOSSE ? Évaluer les impacts
environnementaux pour une analyse socio-économique des politiques
phytosanitaires............................................................................................................................38
Mahé CHARLES ? Analyse économique et sociale du coût de la dégradation du milieu
marin dans le cadre de la Directive Cadre Stratégie pour le Milieu Marin...............................41
Atelier n°4Atelier n°4Atelier n°4Atelier n°4 : Coûts et bénéfices des politiques de traitement de déchets: Coûts et bénéfices des politiques de traitement de déchets: Coûts et bénéfices des politiques de traitement de déchets: Coûts et bénéfices des politiques de traitement de déchets ........................................ 47474747
Marie-Emilie MOLLARET ? Une méthode pour le couplage ACB / ACV : application au
cas du traitement des ordures ménagères résiduelles .............................................................48
Doris NICKLAUS, Arthur KATOSSKY ? Les bénéfices environnementaux de différents
scénarios de prévention et de gestion de fin d'usage des déchets des équipements
électriques et électroniques .......................................................................................................50
Jeanne SERRE ? Une analyse coûts/bénéfices pour la filière de valorisation agricole
des produits résiduaires organique ............................................................................................56
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Résumé
Le Service de l?Économie, de l?Évaluation et de l?Intégration du Développement Durable, au sein
du Commissariat Général au Développe0ment Durable, a pour mission de développer et de
diffuser les méthodes de valorisation économique des politiques, régulations, biens et services
environnementaux, sur la biodiversité, les patrimoines naturels et aménités
environnementales. C?est à ce titre qu?il a organisé le 7 décembre 2011 la seconde édition du
séminaire sur la monétarisation des biens et services environnementaux.
Le premier séminaire organisé en 2010 avait permis de faire le point sur les problématiques
méthodologiques de la valorisation économique des biens et services environnementaux. Cette
seconde édition a été l?occasion d?aborder la mise en oeuvre de ces méthodes à travers la
présentation d?études de cas, d?en cerner les apports et les limites, et de dégager des pistes
d?amélioration. Plusieurs domaines des politiques environnementales ont été abordés :
écosystèmes agricoles et forestiers, biodiversité, milieux aquatiques, déchets...
Ce séminaire a réuni aussi bien des experts et des praticiens des techniques de monétarisation
que des utilisateurs des valeurs qui en sont issues. Il a été l?occasion de rassembler et de faire
dialoguer des représentants du monde académique et les personnels des administrations
concernées par ces problématiques.
Abstract
Within the General Delegation for Sustainable Development, the Department for Economic
Analysis, Assessment and Sustainable Development Integration is in charge of developing and
promoting the economic valuation of policies, regulations, environmental goods and services,
related to biodiversity, natural assets and environmental amenities. On December, 7th, 2011, this
department held the second annual conference on monetary valuation of environmental goods
and services.
The first one, held in December 2010, was devoted to the methodological issues related to
economic valuation of environmental goods and services. The second edition was the opportunity
to address the implementation of those methods through the presentation of case studies, to
identify their benefits and limitations, and to identify potential improvements. Several fields of
environmental policies were covered, including management of agricultural and forest ecosystems,
biodiversity, aquatic areas, waste...
Those conferences are aimed at experts and practitioners of monetary valuation techniques as well
as at users of the values produced. They provide a place to gather and facilitate dialogue between
representatives from universities and government agencies concerned by these issues.
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EditorialEditorialEditorialEditorial Christine LAGARENNEChristine LAGARENNEChristine LAGARENNEChristine LAGARENNE
Sous-directrice de l?Economie des ressources naturelles et des risques
Cette seconde édition du séminaire sur la monétarisation a abordé la mise en oeuvre des méthodes de
monétarisation dans tous les domaines des politiques environnementales, à travers la présentation
d?études de cas.
La monétarisation est un exercice qui peut alimenter le plaidoyer écologique ; elle peut servir à
convaincre de l?intérêt de la mise en oeuvre des politiques de développement durable dont les
bénéfices sont souvent non monétaires. Elle peut aussi, parfois, guider l?élaboration de politiques de
préservation des biens et services environnementaux au travers de l?évaluation des coûts et bénéfices
des politiques de développement durable.
Dans cette optique, des travaux sont conduits dans différents pays suivant ces deux objectifs :
o Le Royaume-Uni a publié une évaluation nationale de ses écosystèmes, évaluation qui fait
largement appel à des travaux de monétarisation, au-delà des indicateurs physiques sur
l?état des milieux ;
o En France, les agences de l?eau qui sont engagées dans une démarche d?évaluation
économique depuis plusieurs années, notamment dans le cadre de la mise en oeuvre de la
directive cadre européenne sur l?eau, ont développé un savoir-faire dans la mise en oeuvre
et l?utilisation des études de monétarisation pour les politiques de remise en état des
masses d?eau ;
o A la suite de la directive cadre sur l?eau, la récente directive cadre européenne « stratégie
pour le milieu marin » préconise également des analyses socio-économiques en amont de
la mise en oeuvre de mesures ;
o Au-delà de ces cadres européens dans le domaine de l?eau douce et de la mer, le
développement de l?analyse socio-économique est répandu dans d?autres domaines, tels
celui des transports ou, comme l?a abordé particulièrement ce séminaire, de l?agriculture ;
o Enfin, les méthodes de monétarisation sont utilisées dans les analyses cycle de vie des
produits afin de prendre en compte leurs impacts environnementaux. Ces analyses sont
conduites par de nombreux acteurs.
L?objectif du séminaire était de partager différentes expériences de mise en oeuvre des méthodes de
monétarisation. Les études présentées ont été réalisées tant par des chercheurs que des experts
d?entreprises privées, d?agences publiques ou encore de services de l?Etat, du ministère de l?agriculture
ou de celui chargé de l?écologie et du développement durable. Cette édition a également démontré
que l'expertise qui se développe depuis une dizaine d'années est collective et fait appel à
l'interdisciplinarité. Enfin elle s'appuyait, davantage que l'année précédente, sur des études de cas
pratiques, avec une mise en oeuvre très concrète dans des domaines variés.
La troisième édition de ce séminaire, en 2012, ira plus loin, en montrant comment les valeurs issues de
la monétarisation sont utilisées pour faire évoluer les décisions, publiques comme privées.
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Atelier n°1 :
Ecosystèmes agricoles et forestiers
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Grischa PERINO Grischa PERINO Grischa PERINO Grischa PERINO ???? Land uses change: impact on agricultural gross Land uses change: impact on agricultural gross Land uses change: impact on agricultural gross Land uses change: impact on agricultural gross
margins and carbon storage capacitymargins and carbon storage capacitymargins and carbon storage capacitymargins and carbon storage capacity
Grischa PERINOGrischa PERINOGrischa PERINOGrischa PERINO est docteur en économie de l?Université de Heidelberg, et
actuellement chercheur associé à l?Université d?East Anglia, au sein du Centre
pour la recherche économique et sociale sur l?environnement (CSERGE).
Spécialisé en économie de l?innovation environnementale, il a publié plusieurs
articles dans des revues académiques à comité de lecture de haut niveau
(Environmental and Ressources Economics, Energy Economics) et a participé
récemment aux travaux du UK National Ecosystems Assessment (UK NEA).
IntroductionIntroductionIntroductionIntroduction
The UK National Ecosystem Assessment (NEA) was commissioned by the Department for
Environment, Food and Rural Affairs (Defra) jointly with the devolved institutions in Wales,
Northern Ireland and Scotland, United Nations Environment Programme (UNEP), the Economic and
Social Research Council (ESRC), Natural Environment Research Council (NERC) and others. The final
report was published on 2nd June 2011 and about 500 natural scientists, economists and social
scientists participated in the project. The UK NEA takes stock of the UK?s ecosystem and constitutes
the first attempt to provide economic valuations of the major ecosystem services at a national but
spatially differentiated level.
The NEA?s general approach was to identify the key ecosystem services provided by each habitat,
establish their current state, and value them in monetary terms using established methods of
market and non-market valuation. Some of the services included are agricultural production,
pollination services, water quality, carbon sequestration, recreation and other amenity values
(e.g. of urban greenspace). In the scenario analysis, the marginal value functions derived for some
of the key ecosystem services were combined with six plausible scenarios for 2060 that specified
changes in habitats, population and economic activity across the UK. This procedure allowed the
computation of monetary values for the changes in ecosystem services associated with each of the
scenarios. In what follows the work done for two such services, agricultural output and land use
driven greenhouse gas emissions, will be outlined briefly. More detailed descriptions can be found
in chapters 22 and 26 of the NEA?s Technical Report.
Source: UK NEA (2011), Synthesis Report, p. 50
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Agricultural productionAgricultural productionAgricultural productionAgricultural production
In order to be able to predict the changes in agricultural land use and hence ultimately the change
in the value of agricultural output in the UK, a land use model was empirically estimated at a
2 km2 resolution for Great Britain. The impact of climate variables, geography, soil quality and non-
agricultural land uses on crop choice and livestock numbers were estimated. The model?s
specifications are presented in Fezzi and Bateman (2011). The estimated parameters were then
used to evaluate the effect of the changes implied by the six NEA scenarios. Based on these
predicted land use changes, the changes in farm cross margins were computed as an
approximation of the change in the value of agricultural output. Aggregated over the entire UK, the
change in farm cross margin ranged from -510 million to 680 million pounds per year across
scenarios (see Table 1).
Carbon storage and emissionsCarbon storage and emissionsCarbon storage and emissionsCarbon storage and emissions
The predicted changes in land use computed for the agricultural part (complemented by changes in
woodlands) were also used to calculate the change in net greenhouse gas (GHG) emissions
associated with the NEA scenarios. In doing so the following aspects have been considered:
a) the carbon stored in trees and crops
b) the release cased by felling of trees and harvest of crops
c) the change in soil carbon, and
d) the GHG emissions caused by the use machinery and fertilizers.
Aggregated over the UK, the change in benefits derived from GHG stored varies from ?2 130
million to 4 590 million pounds per year across scenarios (see Table 1).
ConclusionConclusionConclusionConclusion
An important lesson from the NEA is that taking non-market benefits and costs into account makes
a huge difference to the ranking of future scenarios and hence policy options. Focusing only on
market values like those created by agricultural output produces a ranking of future states of the
world that is almost exactly reversed if non-market benefits are taken into account (see the last
two rows in Table 1).
While there are still a number of shortcomings in methodology and data availability, the NEA has
demonstrated that key ecosystem services can be meaningfully measured in monetary terms at
the national level while also taking spatial heterogeneity into account. Furthermore, the findings of
the NEA have provided the evidence base for many policies included in the UK government?s White
Paper on the Natural Environment ?The Natural Choice?. It therefore has had a substantial and
lasting impact on UK environmental policy.
ReferencesReferencesReferencesReferences
Bateman I.J., Mace G.M., Fezzi C., Atkinson G., Turner K. (2011) Economic analysis for ecosystem
service assessment, Environmental and Resource Economics, vol. 48, pp. 177-218
Fezzi C. and Bateman I.J. (2011) « Structural agricultural land use modeling for spatial agro-
environmental policy analysis », American Journal of Agricultural Economics
The UK National Ecosystem Assessment (NEA), Technical Report, 2nd June 2011, available at :
http://uknea.unephttp://uknea.unephttp://uknea.unephttp://uknea.unep----wcmc.orgwcmc.orgwcmc.orgwcmc.org
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Julien HARDELIN et Serge GARCIA Julien HARDELIN et Serge GARCIA Julien HARDELIN et Serge GARCIA Julien HARDELIN et Serge GARCIA ???? Les Les Les Les services rendus par la forêtservices rendus par la forêtservices rendus par la forêtservices rendus par la forêt : une : une : une : une
analyse spatialeanalyse spatialeanalyse spatialeanalyse spatiale
Serge GARCIASerge GARCIASerge GARCIASerge GARCIA est chargé de recherche INRA et directeur adjoint du Laboratoire
d'Économie Forestière (LEF). Economiste de l?environnement et des ressources
naturelles, spécialisé en économétrie appliquée, il travaille actuellement sur
l'évaluation des services environnementaux de la forêt, le comportement des
propriétaires forestiers et les incitations environnementales. L?étude présentée
ici a été réalisée avec le concours de Jens ABILDRUPJens ABILDRUPJens ABILDRUPJens ABILDRUP et Anne STENGERAnne STENGERAnne STENGERAnne STENGER.
Le service de la forêt pour la qualité de l?eauLe service de la forêt pour la qualité de l?eauLe service de la forêt pour la qualité de l?eauLe service de la forêt pour la qualité de l?eau : une analyse économétrique : une analyse économétrique : une analyse économétrique : une analyse économétrique
spatiale des coûts d?alimentation en eau potablespatiale des coûts d?alimentation en eau potablespatiale des coûts d?alimentation en eau potablespatiale des coûts d?alimentation en eau potable
L'objectif de notre étude est d?estimer la valeur économique du service écologique de la forêt sur
la qualité des eaux brutes destinées à la consommation humaine. Le couvert forestier est
habituellement associé à la protection des ressources en eau contre les contaminations, et à la
réduction des coûts d'alimentation en eau potable (AEP). Dans cette étude, nous souhaitons savoir
dans quelle mesure il est possible de valoriser le service rendu par la forêt en termes de qualité
des eaux brutes à partir des variations des coûts d?AEP observés dans différents services
municipaux de distribution d?eau potable.
Les services d?eau potable doivent produire de l'eau d?une qualité suffisante pour la consommation
humaine à partir des ressources disponibles en eaux brutes (eaux souterraines ou de surface). Il
faut ensuite distribuer cette eau en permanence en s?adaptant à la demande quotidienne tout en
préservant sa qualité lors de son transport dans les conduites de distribution. L'AEP couvre toutes
les opérations depuis l'extraction des ressources jusqu?aux robinets des usagers. Par conséquent, le
processus de production se compose de plusieurs fonctions (à savoir la production et le traitement,
le stockage, la pressurisation, la distribution), chacun engendrant des coûts spécifiques. Différentes
caractéristiques des services (par exemple, le nombre d'usagers connectés au réseau de
distribution, leur demande en eau, la taille du réseau) peuvent alors influer sur la technologie et
doivent être pris en compte dans l'analyse des coûts d?AEP.
En raison de processus écologiques complexes (qui dépassent les frontières administratives des
services d?eau), de la technologie utilisée pour prélever l'eau brute et de la nécessité de distribuer
l'eau à des consommateurs dispersés sur un territoire donné, les aspects spatiaux de l?offre et de la
demande d?eau potable sont assez évidents et doivent être pris en compte. Par exemple, les coûts
d?AEP peuvent être influencés par la concurrence pour des ressources en eau localement rares. Si
la demande en eau est élevée par rapport aux ressources disponibles dans un secteur donné, les
services d?eau peuvent s'étendre aux régions voisines et profiter de leurs ressources en eau. Cela a
comme conséquence d?augmenter la rareté et les coûts d'AEP pour les services voisins. Par ailleurs,
la zone de distribution des services d?eau et l?occupation des sols diffèrent. L'impact de ces
derniers sur les coûts des services doit donc être mesuré en prenant en compte la distribution des
usages des sols à la fois sur l?aire des services d?eau considérés mais aussi sur celle de ses voisins.
Ainsi, dans le cas de notre modélisation économétrique, il était important de considérer
l'interaction spatiale sur au moins deux échelles spatiales : les aires de services de l?AEP et les
usages des sols.
Dans cette étude, nous avons tenté de répondre à trois questions :
i. Est-ce que la forêt, par rapport à d'autres usages des sols, réduit les coûts de
l'approvisionnement en eau potable? Et quelle est l'échelle spatiale pertinente pour
étudier la relation entre usages des sols et coûts de l'eau ?
ii. Existe-t-il des interdépendances spatiales dans l'organisation des services d?eau potable,
principalement en raison de retombées technologiques ?
iii. Dans quelle mesure les coûts d?AEP sont affectés par les interactions spatiales ?
Nous proposons une méthode d'évaluation à partir de données relatives à la gestion de l?eau (prix
et caractéristiques des services d?AEP) et de données sur les usages et l?occupation des sols (dont
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la proportion de surfaces boisées). La méthode consiste à trouver les facteurs explicatifs des coûts
d?AEP et à déduire de la variation des prix de l?eau la valeur du service de la forêt. En raison de
l'utilisation de différentes échelles géographiques (dans notre cas, la zone de distribution d?eau
potable des services et les différents usages des sols) et l'existence potentielle d?externalités
technologiques et organisationnelles entre les services d'eau, notre travail prend en compte
l?hétérogénéité spatiale des services et leurs corrélations spatiales. Pour cela, notre modélisation
suppose que les coûts de fourniture d'eau potable aux différents usagers, supportés par le service
d'eau, dépendent de la qualité des eaux brutes utilisées par le service et de ses propres
caractéristiques, mais aussi de la qualité des eaux brutes aux alentours du service, du volume
d'eau potable produit par les services voisins, et des caractéristiques des services voisins. La qualité
des eaux brutes dépend de l?occupation des sols sur l?aire de service d?AEP, mais également des
usages des sols dans le voisinage du service. Finalement, l?équation estimée dans notre étude
représente le schéma de tarification du service qui met en relation le prix et les coûts du service.
Notre analyse empirique porte sur le département des Vosges pour lequel nous avons un
ensemble de données relativement complet sur les services d?eau et les captages d'eau par
rapport aux autres départements français dans le bassin d'eau Rhin-Meuse. En outre, les cartes
établies avec le Système d'Information Géographique (SIG) et la localisation des captages d?eau
sont indispensables pour une analyse spatiale. Il y a 283 services d?eau dans les Vosges qui
desservent 515 municipalités. L'eau brute (eau souterraine ou de surface) est fournie par 1070
captages d'eau. Certaines municipalités ont été retirées de l'analyse parce que nous n'avions pas le
prix de l'eau potable (56 sur les 515 municipalités). Notre échantillon final contient 232 services.
Tout d'abord, il apparaît que le prix de l'eau potable diminue avec l'augmentation de la proportion
de terres forestières sur la zone de service ainsi que la présence de forêts dans les services voisins.
Ces résultats confirment que l?occupation des sols est un déterminant crucial de la qualité de l?eau
sur la zone d'eau brute, à l'échelle de la distribution d'eau potable, et que la forêt doit avoir une
couverture plus large que la zone de distribution du service pour fournir son service de protection
écologique de l'eau. Par ailleurs, dans notre échantillon, il n'est pas rare que les captages d'eau
soient situés hors de la zone de service, dans les communes voisines desservies par d'autres
services en raison de la rareté ou la mauvaise qualité des ressources locales en eau. Cela peut
aussi expliquer l'influence positive des forêts dans les zones desservies par des services d'eau
voisins. L?impact très significatif des zones forestières dans le voisinage du service d?eau soutient
fortement l'hypothèse que l?aire de la fonction écologique des forêts ne correspond pas à la zone
de distribution de l?eau potable. Par ailleurs, même si la relation n'est significative qu?à l'échelle du
service d?eau, l?occupation des sols (autres que l?agriculture) comprenant les prairies, les
marécages, et les lacs et rivières, et qui capture potentiellement des effets positifs d?usages des
sols non polluants fait également baisser les coûts de l'eau.
Enfin, le coefficient associé à la quantité d'eau consommée dans les services d?eau voisins est
significativement positif. Plus le niveau de prélèvement d?eau est intensif dans une zone
dépassant les frontières du service, plus son prix sera élevé. Ce résultat exprime la pression sur la
ressource en eau consécutive à une forte demande, qui affecte directement (et négativement) la
qualité et la quantité d'eau disponible.
La question qui se pose légitimement est de savoir si ces résultats ne reflètent pas uniquement
des coûts d?AEP plus élevés en raison d?une agriculture polluante. En effet, on pourrait penser
qu'une grande partie de la motivation n'est pas directement liée à la forêt en tant que service de
protection des bassins versants et productrice d?eau de qualité, mais plutôt en tant que la forêt
n'est pas dommageable pour l?eau comme l?est l'agriculture. C'est pourquoi nous avons comparé
les effets des zones d'agriculture à ceux des couverts forestiers. Les résultats montrent que
l'agriculture est la principale cause de la hausse des coûts de l?eau (mais seulement à l'échelle du
service étudié). On montre que la présence de forêts avoisinant le service conduit à une diminution
des coûts, indiquant ainsi que les forêts protègent les eaux brutes à une plus grande échelle.
Comme avec la méthode des prix hédonistes, il est possible, à partir du modèle empirique estimé,
de calculer la valeur économique du changement de l'attribut environnemental (ici la proportion
de couvert forestier). La valeur économique du service écologique rendu par les forêts sur la
qualité de l'eau brute utilisée pour l?AEP est mesurée par rapport à un autre usage des sols. En
outre, notre modèle spatial nous permet de calculer la valeur de la forêt non seulement
(directement) pour le service d?eau où elle se trouve, mais aussi (indirectement) pour les services
voisins.
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L'augmentation d'un point de la proportion du couvert forestier (remplaçant des terres agricoles)
conduit à une diminution directe de 0,007 ¤ pour un prix moyen de 1,08 ¤ par mètre-cube. Cette
augmentation de la proportion de forêts entraîne également une diminution de 0,008 ¤ pour les
services d?eau voisins. Cela donne une diminution totale de 0,015 ¤ par mètre-cube. Cet effet sur
le prix peut paraître plutôt faible, mais des simulations pour le service moyen des Vosges d?un
boisement d'un hectare indiquent des économies d'environ 138 ¤ par an sur les factures d'eau des
ménages. La valeur simulée est plus faible lorsque la forêt remplace d?autres usages des sols non
polluants (autres que les terres agricoles et les zones urbaines). Nous ne trouvons qu?un impact
indirect, mais il conduit à une diminution de 0.011 ¤ du prix de l'eau et la valeur du service
écologique est estimée à 99 ¤ pour un hectare de forêt par an.
Julien HARDELINJulien HARDELINJulien HARDELINJulien HARDELIN est ingénieur des Ponts, des Eaux et des Forêts et docteur ès
sciences économiques de l'École Polytechnique. Il est chargé de mission Forêts-
Océans au CGDD (MEDDTL) où il travaille sur l'évaluation économique et les
instruments de politique environnementale. L?étude présentée ici a été réalisée
avec le concours de Philippe PUYDARRIEUX, Elen LEMAITREPhilippe PUYDARRIEUX, Elen LEMAITREPhilippe PUYDARRIEUX, Elen LEMAITREPhilippe PUYDARRIEUX, Elen LEMAITRE----CURRI et Silvia CURRI et Silvia CURRI et Silvia CURRI et Silvia
CORDELLACORDELLACORDELLACORDELLA.
Un point sur la spatialisation de la valeur des Un point sur la spatialisation de la valeur des Un point sur la spatialisation de la valeur des Un point sur la spatialisation de la valeur des services écosystémiques des services écosystémiques des services écosystémiques des services écosystémiques des
forêts en France métropolitaineforêts en France métropolitaineforêts en France métropolitaineforêts en France métropolitaine
Le rapport du CAS (2009) portant sur l'approche économique de la biodiversité et des services liés
aux écosystèmes souligne la nécessité de prendre en compte les spécificités écologiques et
socioéconomiques locales dans l'évaluation des services écosystémiques. Afin de donner suite à
cette recommandation, une analyse des données et de la littérature existante permet de faire le
point sur les possibilités de spatialisation des valeurs des services rendus par les écosystèmes
forestiers en France métropolitaine.
1.1.1.1. Les valeurs de référence proposées par le CAS (2009)Les valeurs de référence proposées par le CAS (2009)Les valeurs de référence proposées par le CAS (2009)Les valeurs de référence proposées par le CAS (2009)
Rappel des valeurs de référenceRappel des valeurs de référenceRappel des valeurs de référenceRappel des valeurs de référence
Les valeurs proposées par le CAS (2009) sont les premières valeurs de référence qui pourraient
être utilisées dans les évaluations socio-économiques des projets d'infrastructures. Toutefois avant
de pouvoir disposer de valeurs de référence robustes, il reste à franchir plusieurs frontières dont la
variabilité spatiale des valeurs. Dans le rapport Chevassus-au-Louis (CAS, 2009), la valeur
économique des services écosystémiques rendus par les forêts en France métropolitaine est
évaluée par rapport à un scénario de référence correspondant à la destruction totale de
l'écosystème. Il reste à ce stade du travail, de nombreux services non évalués.
Service écosystémique Valeur proposée
Services d'extraction
- bois
- autres produits forestiers (hors loisirs)
75 ¤ (de 75 ¤ à 160 ¤)
de 10 ¤ à 15 ¤
Services de régulation
- séquestration du carbone
- stockage de carbone
- autres gaz atmosphériques
- eau (quantité annuelle)
- eau (régulation des crues)
- eau (qualité)
- protection (érosion, inondations)
- biodiversité
- autres services de régulation (santé, etc.)
115 ¤
414 ¤ (de 207 ¤ à 414 ¤)
Non évalué
0 ¤
Non évalué
90 ¤
Non évalué
Non évalué directement
Non évalué
Services culturels
- randonnée (hors chasse et produits annexes)
- chasse
- autres services culturels
200 ¤ (de 0 à 1000 ¤)
de 55 ¤ à 69 ¤
Non évalué
TOTAL
(min. - max.)
Approx. 970 ¤
de 500 ¤ à plus de 20 00 ¤
Source : d?après CAS (2009), p.315
Études & documents |||| n°78 |||| Novembre 2012
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Trois services représenteraient donc entre 75 et 90% de la valeur économique totale estimée (VET)
des services écosystémiques rendus par les forêts : le service de régulation du carbone
représenterait 55% de la VET, le service de récréation 20% de la VET et le service de régulation de
la qualité de l'eau 10% de la VET. Le CAS a souligné la potentielle variabilité spatiale importante de
ces valeurs et particulièrement celle de la valeur des services récréatifs (estimée, entre 0 et
1 000 ¤.ha-1.an-1. Peut-on aller plus loin que le CAS en utilisant les données actuellement
disponibles ?
Qu'estQu'estQu'estQu'est----ce que la spatialisationce que la spatialisationce que la spatialisationce que la spatialisation ????
Les variations spatiales significatives, tant de la production que de l'utilisation des services
écosystémiques, invitent à une approche déclinée au niveau géographique. D'autre part, certains
services écosystémiques peuvent s'additionner sur une même unité d'espace. A contrario, des
corrélations négatives peuvent apparaître. Une valeur moyenne masquera ces compléments ou ces
substituts potentiels.
Même s'il n'y a pas de définition clairement établie d'une approche spatiale, on peut toutefois
l'appréhender comme le changement d'échelle d'une valeur moyenne nationale vers une valeur
moyenne départementale ou régionale. Pour certains services, dans l'esprit de la trame verte et
bleue, il conviendra également de s'interroger sur les interconnections entre unités géographiques.
Notre présentation s?intéresse uniquement aux services de régulation du carbone et de récréation,
choisis pour la part significative de la VET estimée qu'ils représentent.
2.2.2.2. Essai de spatialisation des services de régulation du carboneEssai de spatialisation des services de régulation du carboneEssai de spatialisation des services de régulation du carboneEssai de spatialisation des services de régulation du carbone
Fixation et stockage de carbone par les forêts françaises métropolitaines
Les estimations du CAS (2009) fournissent les valeurs moyennes nationales suivantes :
o Fixation de carbone (flux)Fixation de carbone (flux)Fixation de carbone (flux)Fixation de carbone (flux) :::: 1 tC.ha-1.an-1, soit ou 3,6 tCO2.ha-1.an-1.
o Stock de carbone (stock)Stock de carbone (stock)Stock de carbone (stock)Stock de carbone (stock) :::: 150 ha-1.an-1, soit 540 tCO2.ha-1, réparties pour deux tiers dans le
sol et un tiers dans les arbres.
Essai de spatialisation des valeurs de référence
On note, depuis plusieurs décennies, une augmentation régulière en France à la fois des surfaces
forestières et des stocks de carbone à l'hectare. Plusieurs méthodes sont envisageables pour
évaluer les stocks et les flux :
o Le CITEPA (Centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique)
produit des résultats qui ne sont pas destinés à alimenter des valeurs de référence.
o L'IFN (Inventaire forestier national), tous les 12 ans en moyenne (de 10 à 18 ans), produit
une évaluation quantitative sur la base d'une trame d'un point tous les 130 ha. Cette maille
reste assez imprécise.
Le taux de croissance de la surface forestière en France est très variable d'une région à l'autre. Le
taux de croissance sera en pratique plus important dans les régions faiblement boisées. Cet effet
surface va modifier sensiblement la production de services écosystémiques, tels que la régulation
du carbone.
Afin de monétariser, on a recours à la trajectoire du prix du carbone dans le temps fournie par le
rapport Quinet (2009). On cherche aussi à obtenir des données de stocks et de flux au niveau
départemental d'après les estimations fournies par le dernier inventaire forestier national. On
appréhende déjà à ce stade la forte variabilité spatiale des stocks de carbone par hectare selon les
départements. Estimés en valeur, ceux-ci varient de 6500 ¤2010 à 12 000 ¤2010. La variabilité intra-
départementale peut également s'avérer très élevée.
La quantification des flux s'avère plus complexe. Les flux dépendant de l'avenir, il est
indispensable de définir des scénarios de référence. Les hypothèses de ces scénarios de référence
peuvent être discutées compte tenu des effets probables du changement climatique, des
évolutions possibles des choix sylvicoles et des politiques forestières.
Par ailleurs, il convient de noter que la valeur actualisée du service de fixation du carbone est
estimée, pour 10 tCO2.an-1, à 17 000 ¤ (Quinet 2009). Les essences forestières ayant des aptitudes
différentes à fixer le carbone, on comprend que le service de fixation du carbone variera
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spatialement plus ou moins selon les essences mais aussi selon le climat, le type de sol, le type de
peuplement, ou encore la sylviculture.
Il conviendra nécessairement dans les évaluations des flux par hectare de corriger l'effet de la
variation de surface forestière.
Enfin, à l'échelle d'un projet d'infrastructure de transport, il faut se rappeler que même une valeur
départementale restera imprécise pour approcher la valeur du service de fixation du carbone perdu
du fait de l'infrastructure.
3.3.3.3. Essai de spatialisation des services récréatifs de la forêtEssai de spatialisation des services récréatifs de la forêtEssai de spatialisation des services récréatifs de la forêtEssai de spatialisation des services récréatifs de la forêt
Les services culturels sont définis par le MEA (2005) comme les «bénéfices intangibles que les
individus retirent des écosystèmes à travers l'enrichissement spirituel, le développement cognitif,
la réflexion, les loisirs, et les expériences esthétiques.» L'évaluation monétaire des services
récréatifs a fait l'objet d'une littérature abondante, appliquée à différents types d'espaces naturels
ou d'écosystèmes. Les deux grandes types de méthodes utilisées pour estimer la valeur des
services récréatifs sont les méthodes basées sur les préférences déclarées et les méthodes basées
sur les préférences révélées. Les méthodes basées sur les préférences révélées consistent à
évaluer la valeur du service récréatif par le biais d'un marché lié à la consommation de service
(coûts de déplacement, prix immobiliers, etc.). Les méthodes fondées sur les préférences déclarées
consistent à faire révéler par le moyen d'enquêtes les consentements à payer des individus pour
une amélioration de la qualité de l'environnement (voir par exemple CGDD, 2010).
Des méta-analyses au niveau international permettent d'approcher un large spectre de valeurs ;
certaines valeurs peuvent d'ailleurs s'avérer très élevées. Toutefois, les variables explicatives de
ces méta-études sont souvent insuffisantes (elles peuvent par exemple se limiter au nom de
l'auteur) et ne permettent pas d'utiliser pleinement ces valeurs pour faire du transfert.
Une synthèse est fournie par la méta-analyse de Zandersen et Tol (2009) qui porte sur 26 études
européennes d'évaluation de la valeur récréative des forêts par la méthode des coûts de transport
réalisées entre 1977 et 2001 dans 9 pays et sur 251 observations. Elle fournit de nombreuses
valeurs autour de 5 euros par visite.
En France, la première étude de valorisation des services récréatifs en forêt date de 1979. On note
une très forte hétérogénéité des dates de production d'études. On dispose malgré tout d'études
localisées (Ile de France, Lorraine, région méditerranéenne et certaines inter-régions forestières)
qui produisent des valeurs conformes à l'ordre de grandeur proposé par la méta-analyse
européenne. Toutefois, l?hétérogénéité des choix de modélisation entre les études rend difficile
l'utilisation des valeurs produites.
Les problèmes d'ordre méthodologique restent cruciaux. Afin d'aller plus loin, il conviendra de
prêter une attention toute particulière au choix du bon niveau d?échelle. Des questions mériteront
de trouver réponse : comment standardiser les valeurs par unité spatiale ? Comment prendre en
compte des facteurs autres que la biodiversité, comme par exemple les aménagements
touristiques et l'accessibilité aux sites ? Certaines données complémentaires, comme les chiffres de
fréquentation, mériteront certainement d'être intégrées aux études. Des études menées en région
Provence?Alpes?Côtes-d?Azur ont par exemple montré la très grande variabilité de la fréquentation
en fonction des sites.
A ce stade de la réflexion, l'intérêt d'approches spatialisées de la valeur des services de récréation
produits par la forêt paraît évident mais les questions d'ordre méthodologique sont fondamentales
et complexes. Il sera certainement nécessaire de bien standardiser et de définir ce qu'est un
service. S'agit-il d'une visite, ou plutôt d'une heure passée en forêt ?
ConclusionConclusionConclusionConclusion
Cette présentation a proposé un état des lieux des possibilités de spatialisation de la valeur
économique des forêts françaises métropolitaines, en considérant les services de régulation du
carbone et de récréation. Deux enseignements principaux peuvent en être tirés : premièrement,
les valeurs estimées présentent une variabilité spatiale significative aux échelles considérées -
département pour la régulation du carbone, inter-région forestière pour le service récréatif.
Deuxièmement, des investigations complémentaires sont à mener pour davantage prendre en
compte les facteurs explicatifs potentiellement importants dans la formation des valeurs des
services liés aux écosystèmes forestiers : caractéristiques écologiques, climatiques et, dans le cas
de la valeur récréative, socio-économiques.
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Arthur KATOSSKY Arthur KATOSSKY Arthur KATOSSKY Arthur KATOSSKY ???? Une analyse bio Une analyse bio Une analyse bio Une analyse bio----économique des haies. Vers économique des haies. Vers économique des haies. Vers économique des haies. Vers
une «une «une «une « évaluation monétaireévaluation monétaireévaluation monétaireévaluation monétaire » des «» des «» des «» des « services rendus par les services rendus par les services rendus par les services rendus par les
écosystèmesécosystèmesécosystèmesécosystèmes »»»» ????
Arthur KATOSSKYArthur KATOSSKYArthur KATOSSKYArthur KATOSSKY, économiste, statisticien, est chargé de mission en économie
de l?environnement au sein du CGDD, spécialisé dans les techniques
économétriques d'analyse du comportement des ménages.
L?objectif de la présente étude était de prolonger le travail qui avait été effectué par le Centre
d?Analyse Stratégique (CAS) en 2009 dans son rapport sur l?Approche économique de la
biodiversité et des services liés aux écosystèmes en réalisant une évaluation monétaire des
services rendus pas les écosystèmes para-agricoles, écosystèmes qui n'avaient pas été abordés
dans le rapport. Nous présentons ici la méthode développée durant l?exercice de monétarisation et
ses enseignements, qui nous ont amenés à remettre en perspective la notion de « services rendus
par les écosystèmes ».
La notion d'écosystème paraLa notion d'écosystème paraLa notion d'écosystème paraLa notion d'écosystème para----agricoleagricoleagricoleagricole
La notion d?« écosystème para-agricole » recouvre l?ensemble des écosystèmes auxiliaires des
cultures. Ils peuvent être définis comme des écosystèmes semi-naturels, qui ne sont pas
explicitement gérés à des fins productives. Ils comprennent les mares, les bandes enherbées, les
jachères, les bosquets? D'autres terminologies sont fréquemment employées, comme « éléments
fixes du paysage » (Ministère de l?agriculture), « infrastructure agro-écologique » (laboratoire
d?études en agronomie Solagro) ou « particularités topographiques » (Union européenne).
Le choix des haiesLe choix des haiesLe choix des haiesLe choix des haies
Traiter l?ensemble des écosystèmes para-agricoles s?est révélé rapidement une tâche démesurée,
et pour plusieurs raisons le choix a été fait de se concentrer sur les haies. Quantitativement tout
d?abord, celles-ci constituent la plus grande surface agricole utile après les prairies, déjà traitées
dans le rapport du CAS1. Qualitativement, de nombreuses études décrivent leur fonctionnement.
Symboliquement pour finir, les haies ont été les grandes victimes du remembrement et de
l?intensification agricole. Parmi les nombreuses définitions de la haie, nous avons retenu celle de
l?Inventaire forestier national : « Formation linéaire arborée comportant des arbres sur au moins
25 m de long, sans interruption de plus de 10 m, sur une largeur inférieure à 20 m, et d?une
hauteur potentielle supérieure à 1,30 m, avec concentration de 80 % de la biomasse sur moins de
2 m de large. ».
Déroulement de l?étudeDéroulement de l?étudeDéroulement de l?étudeDéroulement de l?étude
L?étude a dans un premier temps cherché à reproduire les analyses pré-existantes. Pour cela, elle
s?est servie du cadre d?analyse retenu par le CAS :
? « [estimer] la totalité des pertes pouvant résulter de l?altération d?un écosystème » dans
« une logique d?analyse coût/avantages »2 ;
? « distinguer deux composantes [de la biodiversité] : l?une qualifiée de ? remarquable ? »
ne relevant pas de l?évaluation économique, « l?autre, qualifiée de ? générale ? (ou
? ordinaire ?) », en prenant ici pour hypothèse que les haies appartiennent à la
biodiversité ordinaire ;
? « ne pas chercher à évaluer directement [la biodiversité générale] mais le faire à partir
des services des écosystèmes dont profite la société ».
1 Centre d?analyse stratégique, Rapports et documents n°19, Approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes (2009),
cité supra.
2 Premier point de la « Synthèse opérationnelle concernant l?élaboration de valeurs de référence », p.7-10, ibid. Les citations suivantes proviennent
des points 2, 3, 5, 6 et 8.
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Le paradigme est donc celui de l?économie du bien-être, qui fonde l?analyse coût/bénéfice et plus
généralement l?économie publique (voir encadré). La « valeur économique » des haies est alors
définie comme la somme des « bénéfices sociaux » produits par les « services écosystémiques »
qu?elle « produit ». La fonction de bénéfice social retenue est implicitement la somme des revenus
des résidents français (personnes morales ou physiques), dans la tradition néoclassique. Chaque
bénéfice est calculé relativement à l?absence de l?écosystème d?intérêt, et non par rapport à la
présence d?un écosystème concurrent3. Lorsque tous les « services » et les « desservices » (ou
nuisances, à l?origine de « coûts sociaux ») sont comptabilisés, on obtient la « valeur économique
totale » des services rendus par l?écosystème4.
Chiffrage des services de production de bois et de fixation du carboneChiffrage des services de production de bois et de fixation du carboneChiffrage des services de production de bois et de fixation du carboneChiffrage des services de production de bois et de fixation du carbone
L?étude a d?abord évalué le bien-être généré par les « services » pour lesquels les données étaient
les plus facilement disponibles, à savoir la production de bois et la rétention de carbone5. Pour la
production de bois, grâce aux connaissances disponibles, même partielles, sur le linéaire de haies,
sur le volume de bois prélevé annuellement dans les haies, sur le coût d?exploitation et sur le prix
de vente, il est possible d?approcher le profit des producteurs. Celui-ci s?élève approximativement
à 30 ¤ par kilomètre et par an, soit un flux d?environ 20 millions d?euros par an. Toutefois, les coûts
d?exploitation représentent aussi un profit pour d?autres agents de l?économie (fabricants de
machines, scieurs, salariés, etc.). Par voie de conséquence, le profit ici mesuré est un minorant de
la totalité du bien-être généré.
La rétention de carbone peut être évaluée à partir du linéaire de haie, au prix de quelques
hypothèses sur leur composition en essences végétales. Pour un « coût social » de la tonne de
carbone émise évalué à 32 euros6 en 2010 et un « taux de rémunération » de ce service fixé à
4 %7, on obtient alors une « valeur monétaire » située entre 150 et 240 euros par kilomètre par
an, soit entre 0,11 et 0,17 millions d?euros par an. En revanche, la fixation de carbone n'a pas pu
être évaluée : l?âge des haies est inconnu (or une haie jeune incorpore d?importantes quantités de
carbone alors qu?une haie âgée s?approche progressivement d?un fonctionnement neutre) et la
variation annuelle du linéaire de haie (arrachage ou plantation) est connue de façon trop
imprécise.
3 « Dans cette approche des différents services, le groupe de travail a pris l?option d?évaluer la valeur annuelle du service par rapport à une situation
où il s?annulerait complètement si l?écosystème concerné était détruit. » (p.304, Ibid).
4 En toute rigueur, la « valeur économique » de la haie devrait être le bénéfice social de la haie, et non la somme des bénéfices sociaux des
« services » qu?elle « produit ». Cette dernière définition simplifie l?analyse (chaque utilisation de l?écosystème par l?homme peut être étudiée
séparément) mais introduit un risque de « doubles comptes », puisqu?il est difficile de tracer des frontières nettes entre un « service » et un autre.
Par exemple, une formation boisée en bordure de cours d?eau (ripisylve) participe : (1) à l?épuration de l?eau ; (2) à la baignade via (a) la qualité de
l?eau (conséquence d?une bonne épuration) et (b) la qualité du paysage. La disparition de la ripisylve annule l?épuration de l?eau et dégrade donc la
qualité de l?eau. Le consentement à payer des baigneurs pourrait donc être attribué à l?épuration de l?eau. D?un autre côté, la disparition de la
ripisylve modifie le paysage, le consentement à payer des baigneurs pourrait donc également être attribué au paysage. Au moment de sommer les
différents « services », le consentement à payer des baigneurs risque ainsi d?être compté deux fois.
5 Le CAS distingue la « fixation » de carbone (incorporation de carbone atmosphérique) et le « stockage » de carbone (maintien de carbone sous
forme non atmosphérique), ici dénommé « rétention » de carbone. Dans le premier cas, il y a un « service » car la concentration de carbone
atmosphérique diminue, dans le deuxième cas également, car ? au moins ? elle n?augmente pas.
6 Centre d?analyse stratégique, Rapports et documents n°16, La valeur tutélaire du carbone (2009) dit « rapport Quinet »
7 Centre d?analyse stratégique, Rapports et documents n°19, Approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes (p.317)
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Chiffrage des autres services rendus par les haiesChiffrage des autres services rendus par les haiesChiffrage des autres services rendus par les haiesChiffrage des autres services rendus par les haies
Calculer la « valeur économique » d?autres « services rendus » par les haies s?est en revanche
avéré plus difficile, voire impossible. En effet, les haies sont des écotones, c?est-à-dire des
interfaces entre plusieurs écosystèmes. Les écotones ont la propriété de modifier le comportement
des écosystèmes environnants. Mais il est difficile, voire impossible, de distinguer le rôle des haies
du rôle des autres écosystèmes dans l?apparition d?un processus écologique utile à l?humain.
Par exemple, les haies interviennent de façon indirecte et multiple dans le cycle de l?eau. Elles
bloquent le vent et limitent l?évapotranspiration ; elles stockent l?eau dans leurs racines ; limitent
le ruissellement en présence de pentes ; favorisent l?infiltration ; ont des vertus épuratoires. Ces
processus écologiques dépendent de façon complexe des espèces présentes dans la haie, de celles
présentes dans les écosystèmes adjacents, du relief, du climat?
Comprendre le rôle de la haie dans ce système est aussi complexe que comprendre le rôle d?une
gêne dans l?expression d?un phénotype. Et même si une relation claire est trouvée entre la
présence d?une caractéristique et un processus, il n?est pas impossible que la caractéristique influe
L?économie du bienL?économie du bienL?économie du bienL?économie du bien----êtreêtreêtreêtre
L?économie du bienL?économie du bienL?économie du bienL?économie du bien----être est une branche de l?économie qui tente de définir et de caractériser un « bienêtre est une branche de l?économie qui tente de définir et de caractériser un « bienêtre est une branche de l?économie qui tente de définir et de caractériser un « bienêtre est une branche de l?économie qui tente de définir et de caractériser un « bien----
être » social à partir d?un « bienêtre » social à partir d?un « bienêtre » social à partir d?un « bienêtre » social à partir d?un « bien----être » personnel.être » personnel.être » personnel.être » personnel. Cette approche théorique objective les jugements moraux qui
hiérarchisent une situation A par rapport à une situation B : passer de l?une à l?autre représente un « bénéfice
social » si le bien-être s?accroît et un « coût social » si le bien-être diminue. L?économie du bien-être est à la base
de nombreuses sous-disciplines de l?économie, comme l?économie publique, l?économie de la justice ou
l?économie de l?environnement.
L?approche néoclassiqueapproche néoclassiqueapproche néoclassiqueapproche néoclassique de l?économie du bien-être repose sur les hypothèses suivantes :
· une situation économique se caractérise par la façon dont les choses (ou ressources) sont réparties (y
compris les ressources monétaires ou revenus) ;
· les personnes sont les mieux placées pour juger leur propre bien-être (rationalité) ;
· le bien-être des personnes (ou utilité) est égal à leur revenu (utilité cardinale) ;
· le bien-être de la société est la somme des bien-être particuliers.
L?approche moderneapproche moderneapproche moderneapproche moderne distingue, contrairement à la précédente, l?efficacité et la répartition. Elle ne revient ni sur la
caractérisation d?une situation économique par la répartition des ressources, ni sur la rationalité des personnes.
Sous ces hypothèses, l?efficacité peut être définie « objectivement » à partir d?utilités ordinales, grâce au critère de
Pareto. Celui-ci est objectif dans le sens où il n?impose aucune comparaison entre l?utilité de deux personnes 1 et 2
: une situation A collectivement meilleure qu?une situation B est une situation où 1 est dans une meilleure
situation (selon son propre critère d?utilité), sans que 2 ne voie sa situation se dégrader (selon le sien), ou
réciproquement que 2 soit dans une meilleure situation sans que celle de 1 ne se dégrade.
Mais il existe de très nombreuses situations « efficaces », qui se distinguent par une différente répartition des
choses entre les personnes. Le choix entre ces différentes répartitions est nécessairement normatif au sens où il
demande la définition d?un « bien-être social » introduisant une importance relative des utilités et donc, de fait, un
jugement moral. En pratique, la définition du bienEn pratique, la définition du bienEn pratique, la définition du bienEn pratique, la définition du bien----être revient à définir une fonction croissante des utilités être revient à définir une fonction croissante des utilités être revient à définir une fonction croissante des utilités être revient à définir une fonction croissante des utilités
individuelles.individuelles.individuelles.individuelles. Sauf si le bien-être des personnes est mesuré dans une unité monétaire (typiquement le revenu) et
que le bien-être social est défini comme la somme des bien-être des personnes, le bienle bienle bienle bien----être social est exprimé être social est exprimé être social est exprimé être social est exprimé
sans unité, comme l?utilité.sans unité, comme l?utilité.sans unité, comme l?utilité.sans unité, comme l?utilité.
Remarquons que ? dans l?approche moderne ? un « coût »un « coût »un « coût »un « coût », au sens usuel du terme de « coût financier personnel
», n?est généralement pas un « coût social »n?est généralement pas un « coût social »n?est généralement pas un « coût social »n?est généralement pas un « coût social ». En effet, dans tout transfert financier, un coût pour une personne 1
est généralement une recette pour une personne 2 et on ne peut pas déterminer a priori si la perte d?utilité de 1
est plus importante que le gain d?utilité de 2. Lorsque l?échange est volontaire, la marchandise donnée par 2 à 1
en contre-partie du versement accroît l?utilité de 1 plus que ne lui coûte le paiement, et inversement diminue
l?utilité de 2 moins que la recette. Dans le cas contraire l?échange n?aurait pas lieu ! Puisque à la fois le bien-être
de 1 et 2 augmente, il est clair que le bien-être collectif augmente.
En revanche, dans l?approche néoclassique, le bien-être étant défini comme la somme des revenus des personnes,
un transfert financier d?une personne à une autre, même en contre-partie d?un échange de marchandises, est
neutre sur le bien-être social.
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de façon connexe sur de nombreux autres processus qui ne sont pas conjointement observés, de la
même façon qu?un médicament a souvent des effets secondaires insoupçonnés. À rebours des
tenants de l?« écologie fonctionnelle », certains économistes comme Arild Vatn et Daniel W.
Bromley vont même jusqu?à dire que le vivant est « fonctionnellement transparent » (Choices
without prices without apologies, 1993), au sens où il n?est pas possible de déterminer la
contribution d?un élément au fonctionnement d?un système avant que l?élément soit modifié et le
système transformé (comme dans le cas des essais cliniques en biologie). Dans ce cas, personne
ne peut garantir l?exhaustivité pourtant nécessaire de la « valeur économique totale ». Les
nombreux protocoles scientifiques d?expérience contrôlée en agronomie restent le moyen principal
pour démêler ces facteurs et ces mécanismes.
Au-delà de ce débat théorique, il reste que la grande diversité des combinaisons possibles entre
toutes les caractéristiques importantes des haies ne permet pas une analyse au niveau national
dans l?état des connaissances actuelles, sans passer auparavant par une analyse au niveau adapté
à la compréhension des phénomènes d?intérêt. Les données existent, mais demandent encore un
long travail de collecte et d?homogénéisation.
Quelles alternativesQuelles alternativesQuelles alternativesQuelles alternatives ????
Au-delà de la question des données, l?analyse décrite ci-dessus est limitée par les hypothèses
simplificatrices d?indépendance des « services » et d?effet marginal de leur disparition. En réalité,
les processus écologiques dont les haies sont porteuses sont étroitement corrélés. En outre, si un
nombre suffisamment important de haies est concerné, ou si ces haies sont un élément
indispensable au fonctionnement des processus bio-géographiques régionaux, l?impact de leur
disparition n?est pas marginal. Un modèle général (d?équilibre ou dynamique), prenant en compte
l?évolution corrélée des caractéristiques des « agents», doit alors être préféré à ces évaluations
marginales.
Si les méthodes de modélisation sont connues, les réflexions menées précédemment induisent des
choix méthodologiques particuliers, notamment :
? une prise en compte de l?hétérogénéité et de la distribution conjointe des caractéristiques
des agents du modèle, qui plaide pour les modèles de micro-simulation, ou modèles « à
agents ».
? une prise en compte de l?indétermination. Les phénomènes vivants étant peu prévisibles,
une approche ? probabiliste ou non ? rendant compte de l?incertitude des connaissances
sur les phénomènes modélisés est recommandée.
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Atelier n°2 :
Eau et milieux aquatiques
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18 |||| Commissariat général au développement durable ? Service de l?économie, de l?évaluation et de l?intégration du développement durable
Stéphanie BLANQUART Stéphanie BLANQUART Stéphanie BLANQUART Stéphanie BLANQUART ???? Une évaluation économique des services Une évaluation économique des services Une évaluation économique des services Une évaluation économique des services
rendus parrendus parrendus parrendus par les zones humides les zones humides les zones humides les zones humides
Stéphanie BLANQUARTStéphanie BLANQUARTStéphanie BLANQUARTStéphanie BLANQUART, docteur ès sciences économiques de l'Université de
Nice, travaille au sein de l'Agence de l'eau Loire-Bretagne depuis 4 ans, en tant
qu?experte en économie de l'environnement au sein de la Direction de
l'évaluation et de la planification.
Les zones humides fournissent des biens et services, dont la société retire des bénéfices directs ou
indirects importants. Et pourtant ces zones sont menacées par les activités humaines : l?extraction
de matériaux, le drainage agricole ou encore l?urbanisation?
Face à l?importante régression des zones humides dans les dernières décennies, une prise de
conscience collective émerge. La nécessité de leur préservation est inscrite dans les politiques
nationales et internationales et avec elle la volonté d?améliorer les connaissances sur ces zones.
Le concept de services écosystémiques nous aide à reconnaître les nombreux bénéfices que nous
offrent les zones humides. Ainsi, la synthèse réalisée par The economics of ecoystems and
biodiversity souligne que le fait de reconnaître la valeur des écosystèmes, paysages, espèces et
autres aspects de la biodiversité suffit parfois à assurer la conservation et l?utilisation durable de
l?écosystème.
A un niveau plus local, l?amélioration de la connaissance est devenue une nécessité pour répondre
aux enjeux opérationnels de gestion, notamment ceux qui découlent du schéma directeur
d?aménagement et de gestion des eaux (Sdage) du bassin Loire-Bretagne. L?orientation
fondamentale « Préserver les zones humides et la biodiversité » fait en effet reposer l?exigence de
préservation ou de recréation sur la notion d?équivalence des services rendus par les zones
humides. Cette exigence est renforcée par le Grenelle de l?environnement qui confie aux agences
de l?eau et au conservatoire du littoral l?acquisition d?ici 2014 de 20 000 hectares de zones
humides.
Dans ce contexte, l?agence de l?eau Loire-Bretagne a cherché à évaluer les services rendus par les
zones humides. Une étude a donc été menée par les bureaux d?études ACTeon et Ecovia entre
janvier 2010 et avril 2011 sur sept sites du bassin Loire-Bretagne caractéristiques des différents
types de zones humides. Ces deux bureaux d?études ont mené en parallèle, avec l?appui du
Cemagref, un travail similaire sur des sites du bassin Seine-Normandie (CGDD, Evaluation
économique des services rendus par les zones humides, septembre 2011), créant ainsi des
synergies entre les deux études, notamment du point de vue de la méthodologie.
Des valeurs monétaires ont été estimées sur trois catégories de services : les services de
régulation, les services de production et les services culturels. La biodiversité a également été
étudiée. Ces services ont été évalués à partir d?enquêtes de terrain menées sur le Marais breton,
les étangs de la Grande Brenne, les tourbières du Cézallier, la Loire Bourguignonne, la lagune de la
Belle Henriette, le marais de Kervigen et la baie de Saint-Brieuc.
Pour mieux préserver les zones humides, cette étude fait ressortir qu?il nous faut améliorer nos
connaissances et notamment :
o comprendre et déterminer la valeur économique d?une zone humide : identifier les services
et usages rendus par les zones humides,
o analyser les usages dépendant de ces services ;
o comprendre quelles sont les pressions agissant sur les zones humides (industrie, agriculture,
urbanisation) ;
o étudier les moteurs qui ont permis leur préservation ou pourront permettre une
amélioration dans le futur ;
o développer une méthodologie robuste qui permette d?approcher la valeur globale de la
zone humide ;
o comprendre les limites de l?exercice, les risques et les complexités en jeu dès lors que l?on
traite de l?évaluation des services écosystémiques et de la biodiversité.
Études & documents |||| n°78 |||| Novembre 2012
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Principaux résultats par sitePrincipaux résultats par sitePrincipaux résultats par sitePrincipaux résultats par site
L?évaluation effectuée sur le Marais bretonle Marais bretonle Marais bretonle Marais breton apparaît la plus complète : une grande diversité
d?usages en lien avec les zones humides existe sur le site et la mise en oeuvre d?une analyse
conjointe (enquête auprès de 300 personnes) a permis d?obtenir des informations précieuses sur la
perception et la valorisation de la biodiversité par les habitants. La valeur totale estimée pour les
zones humides du Marais breton est donc celle qui s?approche le plus d?une valeur économique
totale. Le site étant également le plus grand en superficie, il est logique que la valeur économique
du Marais breton soit la plus importante : 27 à 51,3 millions d?euros par an, ce qui représente une
valeur comprise entre 800 et 1 500 euros par hectare et par an.
La valeur par hectare la plus élevée se situe sur un petit site d?étude : les tourbières du Cézallierles tourbières du Cézallierles tourbières du Cézallierles tourbières du Cézallier.
Malgré sa petite taille (222 ha), ce site présente une grande variété de services (biodiversité,
régulation du climat, activités de promenade et observation de la nature). Pour les services liés à
la population alentour (biodiversité, éducation et recherche, promenade), les valeurs agrégées
sont relativement élevées et ne tiennent pas compte de la petite taille du site, ce qui explique la
valeur à l?hectare artificiellement élevée et comprise entre 6 600 et 22 800 euros par hectare et
par an.
Les étangs de la BrenneLes étangs de la BrenneLes étangs de la BrenneLes étangs de la Brenne, dont un des atouts principaux est la biodiversité, offrent la valeur
associée à la biodiversité la plus élevée comprise entre 13,1 et 27,5 millions d?euros pas an.
Sur le marais de Kervigenle marais de Kervigenle marais de Kervigenle marais de Kervigen, malgré la présence d?un seul service, la valeur à l?hectare de la zone
humide se situe au même niveau que la Loire Bourguignonne (de 500 à 1 100 euros par hectare et
par an), ce qui s?explique par l?aménagement du site et sa grande efficacité épuratoire.
Concernant la Loirela Loirela Loirela Loire Bourguignonne Bourguignonne Bourguignonne Bourguignonne, sans surprise, le service d?écrêtement des crues a la valeur la
plus importante. Sur ce site, les valeurs sont relativement homogènes et la valeur à l?hectare est
comprise entre 300 et 1 000 euros par an.
La Belle HenrietteLa Belle HenrietteLa Belle HenrietteLa Belle Henriette est une lagune renfermant une biodiversité remarquable, particulièrement
propice à l?observation de la nature, et est également prisée des chasseurs. Différentes valeurs
unitaires ont été proposées pour évaluer ce site, mais les données sont insuffisantes pour
permettre réellement une agrégation à l?échelle du site.
L?analyse des services rendus par les zones humides de la baie de Saintla baie de Saintla baie de Saintla baie de Saint----BrieucBrieucBrieucBrieuc s?est avérée
difficile du fait de la taille du secteur étudié (plusieurs microsites) et de la diversité de milieux qui
le constitue.
ConclusionsConclusionsConclusionsConclusions
Des pistes de réflexion ont été présentées sur le rôle épuratoire de ces zones humides : quels
bénéfices l?homme tirerait-il de la préservation de ces milieux humides? Quelle valeur ont ces
zones humides au regard de leur rôle épurateur ?
Au final, l?évaluation économique permet de montrer que l?environnement a une valeur non nulle
et doit entrer en compte dans les prises de décision. L?étude montre cependant que réduire un
service rendu ou une zone humide à un chiffre par le biais de la monétarisation peut être
réducteur. La simple identification du service est déjà un résultat en soi. Sa valorisation est un plus
mais peut induire une perte d?information.
Ainsi, la valeur monétaire finale des services rendus par la zone humide doit être considérée
comme un outil complémentaire au service de l?analyse qualitative.
Par ailleurs, l?étude a rencontré quatre types de limites :
o l?évaluation des services rendus par la biodiversité relève de méthodes qui peuvent être
discutables (estimation des consentements à payer?) ;
o le choix du référentiel relève la plupart du temps d?un arbitrage : doit-on étudier la valeur
de la zone humide dans l?absolu (exemple de l?excédent brut d?exploitation pour
l?agriculture) ? Doit-on étudier la valeur de la zone humide comparativement à un autre
milieu ou à un projet économique ? Comment avoir la même comparaison pour tous les
services et les sites ? Est-ce comparable ?
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20 |||| Commissariat général au développement durable ? Service de l?économie, de l?évaluation et de l?intégration du développement durable
o la difficulté de trouver une clé d?extrapolation peut induire des biais dans la valeur
monétaire finale : on passe progressivement de la valeur unitaire à la valeur extrapolée du
service, puis de la valeur par service à la valeur agrégée sur le site et enfin de la valeur du
site à la valeur par hectare ;
o enfin pour certains services, il n?a pas été possible de proposer une valorisation monétaire,
non parce que le service n?existerait pas, mais par défaut de données.
RéférencesRéférencesRéférencesRéférences
L?étude intégrale est disponible sur le site de l?agence de l?eau Loire-Bretagne :
http://www.eauhttp://www.eauhttp://www.eauhttp://www.eau----loireloireloireloire----bretagne.fr/espace_documentaire/documents_en_ligne/guides_zones_humidesbretagne.fr/espace_documentaire/documents_en_ligne/guides_zones_humidesbretagne.fr/espace_documentaire/documents_en_ligne/guides_zones_humidesbretagne.fr/espace_documentaire/documents_en_ligne/guides_zones_humides
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Commissariat général au développement durable ? Service de l?économie, de l?évaluation et de l?intégration du développement durable | | | | 21
Olivier BOMMELAER Olivier BOMMELAER Olivier BOMMELAER Olivier BOMMELAER ???? Quelques leçons de l?évaluation économique Quelques leçons de l?évaluation économique Quelques leçons de l?évaluation économique Quelques leçons de l?évaluation économique
des services rendus par les zones hudes services rendus par les zones hudes services rendus par les zones hudes services rendus par les zones humidesmidesmidesmides
Olivier BOMMELAEROlivier BOMMELAEROlivier BOMMELAEROlivier BOMMELAER, ingénieur en chef des ponts, des eaux et des forêts
diplômé de l?École nationale du génie de l'eau et de l'Environnement de
Strasbourg (ENGEES), est spécialisé dans l?économie de l?eau. Après une longue
expérience à l?international et à l?Agence de l?Eau Seine Normandie, il a été
chef du bureau de l?évaluation des politiques des risques, de l?eau, et des
déchets de 2007 à 2011 et prépare actuellement pour la France le Forum
mondial de l?eau à Marseille.
Les zones humides (marais, estuaires, lagunes, tourbières, lacs et étangs?, voir glossaire) sont des
milieux divers, complexes, fragiles et extrêmement riches rendant un grand nombre de services.
Menacées par les activités humaines, ces zones humides doivent être préservées. En vue de
prévenir leur artificialisation, l?engagement n°112 du Grenelle Environnement prévoit ainsi
l?acquisition d?ici 2015 de 20 000 hectares de zones humides par le Conservatoire du littoral et les
Agences de l?eau. Il peut être alors utile de donner une valeur monétaire aux services rendus par
ces zones, ces valeurs pouvant être intégrées dans des analyses coûts-bénéfices. Pour réaliser ces
dernières, il conviendra de mettre en place des scénarios de référence dans lesquels le type
d?utilisation des terres après disparitions des zones humides devra être défini.
Une valeur de référence à l?hectareUne valeur de référence à l?hectareUne valeur de référence à l?hectareUne valeur de référence à l?hectare
L?étude présentée ici a chiffré la Valeur Économique Totale (VET), c?est-à-dire l?ensemble des
services rendus par les zones humides (voir glossaire), du Parc Naturel Régional (PNR) des marais
du Cotentin et du Bessin, situé à cheval sur les départements de la Manche et du Calvados. Elle
conclut à une valeur économique totale comprise dans une fourchette allant de 117 et 218 millions
d?euros par an, pour une surface de 49 000
hectares. La valeur à l?hectare, sans
différenciation des types de zones humides
présents, est ainsi comprise entre 2 400 à 4 400
euros (figure 1). Les écarts des fourchettes sont
dus aux hypothèses de calculs retenues :
assiettes de population pour les services de
valeur esthétique et récréative et de
biodiversité, prix pour les services de recharge
des nappes souterraines (aquifères) et
d?agriculture.
Une nouvelle évaluation de la Valeur Une nouvelle évaluation de la Valeur Une nouvelle évaluation de la Valeur Une nouvelle évaluation de la Valeur
Économique TotaleÉconomique TotaleÉconomique TotaleÉconomique Totale
Ces résultats sont en moyenne nettement
supérieurs aux chiffres recensés par une
précédente étude réalisée en 2009 par le CGDD
qui obtenait une fourchette entre 900 et 3 100
euros sur la base de deux approches [4 et 5] :
i- l?examen bibliographique de quinze études
françaises estimant ces bénéfices entre 900 et
3 100 euros par hectare ;
i- une méta-analyse réalisée par une équipe
néerlandaise (Brander et al.) à partir de 89 sites
du monde entier établissant la valeur des
bénéfices à 1 600 euros par hectare.
Ce différentiel entre les résultats obtenus pour le
PNR et ceux recensés en 2009 est en grande
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partie dû au fait que la nouvelle étude élargit le nombre de services pris en compte en ajoutant
notamment la régulation du climat, les apports à l?agriculture et à la conchyliculture, la valeur
éducative et scientifique.
Une méthodologie qui vise à éviter les doubles comptesUne méthodologie qui vise à éviter les doubles comptesUne méthodologie qui vise à éviter les doubles comptesUne méthodologie qui vise à éviter les doubles comptes
La nouvelle évaluation s?est inspirée des travaux effectués dans le cadre du Millennium Ecosystem
Assessment (MEA) ou Evaluation des écosystèmes pour le Millénaire qui classent les services
écosystémiques des zones humides en quatre catégories
o services de soutienservices de soutienservices de soutienservices de soutien :::: formation des sols, cycle des éléments nutritifs, cycle de l?eau, habitat
pour les espèces animales.
o services de régulationservices de régulationservices de régulationservices de régulation : régulation climatique, écrêtage des crues, recharge des aquifères,
régulation de l?érosion, purification de l?eau, protection contre les tempêtes et les
inondations, pollinisation.
o service de productionservice de productionservice de productionservice de production :::: eau douce, aliments et matériaux, combustibles, ressources
génétiques, ressources pharmaceutiques et médicales.
o services culturelsservices culturelsservices culturelsservices culturels :::: activités récréatives, esthétique, éducation, spiritualité et inspiration.
Une structuration de ces services a ensuite été développée afin d?éviter les doubles comptes. En
effet, si la liste des services offre une vision claire des avantages (ou bénéfices) que l?Homme
retire des zones humides, elle ne permet pas d?évaluer avec une efficacité optimale du point de
vue économique. Par exemple, les services de purification de l?eau, de recharge des aquifères et
de production d?eau douce se recoupent, les deux premiers permettant l?expression du dernier, ce
qui pourrait générer des doubles comptes. Les services écosystémiques ont donc été organisés
selon une « chaîne logique » qui traduit le passage de la fonctionnalité de l?écosystème en offre de
services, puis à son utilisation (et donc bénéfice) par l?Homme (figure 2). À titre d?exemple,
l?évaluation économique du service de production d?eau potable se fera alors via l?usage
(utilisation effective) ou via les services qui contribuent à cet usage (purification de l?eau et
stockage d?eau).
La prise en compte du potentiel naturelLa prise en compte du potentiel naturelLa prise en compte du potentiel naturelLa prise en compte du potentiel naturel
Cette structuration permet également de mettre en exergue la notion de « potentiel naturel » à la
frontière entre offre et demande de services. Cette notion de potentiel permet notamment
d?appréhender d?une manière opérationnelle la valeur d?option (rarement explicitée dans les
analyses économiques traditionnelles), qui résulterait d?une utilisation future possible du potentiel
naturel suite à des interventions anthropiques qui en faciliteraient l?accès (voir glossaire).
Une utilisation exhaustive des méthodes d?évaluation Une utilisation exhaustive des méthodes d?évaluation Une utilisation exhaustive des méthodes d?évaluation Une utilisation exhaustive des méthodes d?évaluation
Ce travail mené sur le PNR a permis de conjuguer pour chaque service l?ensemble des méthodes
de monétarisation existantes afin de retenir au final la plus pertinente selon le type de service. Ont
ainsi été utilisées :
o les méthodes fondées sur les coûts qui déduisent la valeur d?une zone humide (ou plus
souvent de l?une de ses fonctions) à partir des coûts qui seraient engagés si celle-ci venait à
disparaître. Ces méthodes ont été celles retenues pour une des composantes du service de
purification de l?eau ;
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o les méthodes des préférences révélées qui déduisent la valeur des services rendus à partir
de décisions effectivement prises par les individus et observées sur un marché. Ces
méthodes ont été utilisées notamment pour le service de recharge des aquifères ;
o les méthodes de transferts de bénéfices, qui utilisent les résultats d?études similaires
existantes. Ces méthodes ont, par exemple, été utilisées pour le service de valeur éducative
et scientifique ;
o les méthodes des préférences déclarées ont également été utilisées afin de compléter les
valeurs économiques obtenues à l?aide des autres méthodes. Elles ont été retenues pour
l?évaluation des services de valeur esthétique et la valeur (de non-usage) de la biodiversité.
Une articulation des préférences déclarées avec les autres méthodesUne articulation des préférences déclarées avec les autres méthodesUne articulation des préférences déclarées avec les autres méthodesUne articulation des préférences déclarées avec les autres méthodes
Les méthodes fondées sur les coûts ou les préférences révélées permettent de mesurer des
valeurs d?usage (voir glossaire), ou éventuellement des valeurs d?option. Pour les valeurs de non
usage (valeurs d?existence et valeurs de legs) qui ne peuvent être déterminées par ces méthodes,
il est nécessaire de demander directement à la population de déclarer son consentement à payer
pour préserver les biens et services environnementaux étudiés. Une enquête en préférences
déclarées a donc été menée pour estimer les consentements à payer. Son objectif était de pouvoir
mesurer des valeurs qui ne pouvaient pas être estimées par d?autres méthodes (biodiversité) et de
vérifier la robustesse de ces résultats sur d?autres services (purification de l?eau, valeur esthétique
et récréative) en les comparant à des valeurs d?usage mesurées par d?autres méthodes a priori
plus robustes. Cette enquête a utilisé la méthode dite de l?analyse conjointe.
Dans une enquête par analyse conjointe, il est proposé aux personnes interrogées de choisir entre
plusieurs scénarios qui consistent en différents aménagements du site étudié. Chaque scénario est
proposé avec un prix que devrait acquitter l?enquêté s?il retenait ce scénario d?aménagement. Les
prix et les attributs des scénarios sont tirés au sort de façon à pouvoir, après enquête, obtenir la
valeur moyenne accordée à chaque attribut.
La La La La distinction des consentements à payer selon les services distinction des consentements à payer selon les services distinction des consentements à payer selon les services distinction des consentements à payer selon les services
La construction du questionnaire devait
permettre de distinguer les
consentements à payer pour différents
services afin d?articuler les résultats de
l?enquête avec ceux des autres
méthodes de monétarisation utilisées. Il
a été choisi de proposer des scénarios
touchant à la biodiversité, aux capacités
épuratoires, à l?état des paysages et à
l?accessibilité. La biodiversité a été
retenue en faisant l?hypothèse, a priori
raisonnable, que cette notion recouvrait
essentiellement des valeurs de non-
usage qui pourraient être légitiment
additionnées avec des valeurs calculées par ailleurs sans risque de double compte. En effet, la
valeur d?usage de la biodiversité est majoritairement, voire totalement, évaluée par l?intermédiaire
des services écosystémiques. Le consentement à payer pour les services épuratoires pouvait quant
à lui être directement comparé avec les valeurs obtenues par d?autres méthodes. L?introduction du
paysage dans les attributs des scénarios avait pour objectif d?estimer des valeurs d?usage et de
non usage pour le service de valeur esthétique et récréative. Le consentement à payer pour le
maintien des services rendus (services de purification de l?eau, de valeur esthétique et récréative,
de biodiversité) par les marais du Cotentin et du Bessin est, en moyenne, de 39 euros par an et par
personne pour l?échantillon interrogé (figure 3). Multiplié par la population (population de Basse-
Normandie pour l'hypothèse basse et population de Basse-Normandie + des départements
limitrophes pour l'hypothèse haute), ce chiffre permet d'obtenir la valeur pour l'ensemble de la
zone considérée.
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Un apport important des consentements à payerUn apport important des consentements à payerUn apport important des consentements à payerUn apport important des consentements à payer
Pour le service d?épuration, sous réserve d?hypothèses raisonnables sur la population à prendre en
compte pour permettre un passage de consentements à payer individuels à un consentement à
payer total, les valeurs fournies par l?enquête sont d?un ordre de grandeur assez comparable avec
les valeurs fournies par d?autres méthodes. Cela valide l?utilisation de cette méthode. Ainsi,
additionner les valeurs obtenues par différentes méthodes sur des services différents semble de ce
point de vue légitime. Le recours aux consentements à payer participe pour une grande part à la
valeur totale (de 20 à 45 % selon les extrêmes de la fourchette dans le présent cas). Il apporte un
complément important, et non substituable, aux autres outils de monétarisation. L?usage qui en a
été fait ici s?est révélé complémentaire des méthodes par les coûts pour approcher la valeur de
services correspondant à des valeurs de non usage (biodiversité) ou à des valeurs d?usage dans le
cas où un équivalent marchand n?est pas aisé à construire (valeur esthétique et récréative).
La présente étude montre que le recours à différentes méthodes de monétarisation, en y incluant
une enquête destinée à mesurer les consentements à payer, est possible et permet d?utiliser au
mieux les avantages des différentes méthodes sans pâtir de leurs inconvénients.
RéférencesRéférencesRéférencesRéférences
[1] Études & documents n°49 - Évaluation économique des services rendus par les zones humides ?
Enseignements méthodologiques de monétarisation, CGDD septembre 2011
[2] Études & documents n°50 - Évaluation économique des services rendus par les zones humides -
Complémentarité des méthodes de monétarisation, CGDD septembre 2011
[3] La revue du CGDD - Donner une valeur à l?environnement : la monétarisation, un exercice
délicat mais nécessaire, CGDD décembre 2010
[4] Études & documents n°23 - Évaluation économique des services rendus par les zones humides,
CGDD 2010
[5] Le point sur n°62 - L?évaluation économique des services rendus par les zones humides, un
préalable à leur préservation, CGDD septembre 2010
Études & documents |||| n°78 |||| Novembre 2012
Commissariat général au développement durable ? Service de l?économie, de l?évaluation et de l?intégration du développement durable | | | | 25
GLOSSAIREGLOSSAIREGLOSSAIREGLOSSAIRE
Valeur économique totale (VET)Valeur économique totale (VET)Valeur économique totale (VET)Valeur économique totale (VET) :::: La notion de valeur économique totale fournit une mesure
globale de la valeur économique de tout bien ou service environnemental. Elle se décompose en
valeur d?usage et de non usage (elles-mêmes décomposables en sous-catégories).
Valeur d?usageValeur d?usageValeur d?usageValeur d?usage :::: valeur relative à la satisfaction d?utiliser ou de pouvoir utiliser un bien
environnemental dans le futur.
Valeur d?optionValeur d?optionValeur d?optionValeur d?option :::: valeur d?usage accordée à la conservation d?un actif en vue d?un usage futur (par
exemple, la préservation d?une plante connue pour son intérêt médical). Elle appartient aux deux
catégories, valeur d?usage et valeur de non usage.
Valeur de nonValeur de nonValeur de nonValeur de non----usageusageusageusage :::: valeur relative à la satisfaction de savoir qu?un actif ou un état de fait
désirable existe. Ces valeurs sont souvent liées aux notions de justice ou de respect de la Nature et
permettent de justifier la protection d?espèces ou de sites naturels connus.
Valeur d?existenceValeur d?existenceValeur d?existenceValeur d?existence :::: Valeur de non-usage simplement liée au fait qu?un patrimoine existe.
Valeur de legsValeur de legsValeur de legsValeur de legs :::: Valeur de non-usage associée à la volonté de préservation pour les générations
futures.
Zones humidesZones humidesZones humidesZones humides :::: Les zones humides sont des zones de transition entre le milieu terrestre et le
milieu aquatique. Elles se caractérisent par la présence d?eau douce, salée ou saumâtre, en surface
ou à très faible profondeur dans le sol de façon permanente ou temporaire. Cette position
d?interface explique que les zones humides figurent parmi les milieux naturels les plus riches au
plan écologique. Elles accueillent une grande variété d?espèces végétales et animales spécifiques.
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Lætitia BOMPÉRIN et Sarah FEUILLETTE Lætitia BOMPÉRIN et Sarah FEUILLETTE Lætitia BOMPÉRIN et Sarah FEUILLETTE Lætitia BOMPÉRIN et Sarah FEUILLETTE ???? Quels arguments Quels arguments Quels arguments Quels arguments
économiques en faveur de la protection des captages ?économiques en faveur de la protection des captages ?économiques en faveur de la protection des captages ?économiques en faveur de la protection des captages ?
Laetitia BOMPERINLaetitia BOMPERINLaetitia BOMPERINLaetitia BOMPERIN, ingénieur agronome et économiste, est chargée d'études
en économie à l'Agence de l'Eau Seine-Normandie.
Sarah FEUILLETTESarah FEUILLETTESarah FEUILLETTESarah FEUILLETTE est ingénieur diplômée de l?Institut national agronomique
Paris-Grignon et de l'École nationale du génie rural des eaux et forêts, et
docteur ès sciences de l?eau de l'université de Montpellier II. A l?agence de
l?Eau Seine-Normandie, elle est responsable d?une équipe en charge des
analyses économiques liées à la directive-cadre sur l?eau et des études
d?évaluation des politiques publiques et de prospective.
L?Agence de l?eau Seine-Normandie s?est engagée depuis le début de son 9è programme dans une
politique renforcée de protection préventive des captages destinés à l?eau potable, tout en
continuant d?aider les traitements curatifs. Des affirmations circulent selon lesquelles « le préventif
est toujours plus cher que le curatif » ou à l?inverse « le préventif est systématiquement moins
cher que le curatif ».
La comparaison économique entre le curatif et le préventif, réalisée sur 21 cas d?études concrets
répartis sur le bassin Seine-Normandie, vise à éclairer ces questions et à envisager les arguments
économiques en faveur de la mise en place d?actions préventives en zones agricoles.
Protéger la ressource en eauProtéger la ressource en eauProtéger la ressource en eauProtéger la ressource en eau
Les ressources en eau du bassin Seine-Normandie sont fortement dégradées : 40 % des 5 000
captages d?eau destinée à la consommation humaine que compte le bassin sont considérés
impactés par les nitrates et les pesticides. 18 masses d?eau souterraines sur 60 sont en état
médiocre du fait des nitrates et 38 masses d?eau souterraines sur 60 sont en état médiocre du fait
des pesticides. Or, ces pollutions diffuses proviennent essentiellement de l?activité agricole.
Le bassin Seine-Normandie compte depuis 1999 au moins 332 abandons de captages (connus) liés
aux teneurs excessives en nitrates et pesticides. Ces abandons donnent lieu à de nouvelles
connexions à d?autres ressources, coûteuses et problématiques en termes de durabilité.
La lutte contre ces pollutions diffuses sur les aires d?alimentation de captages est structurée depuis
quelques années par un cadre réglementaire européen et national visant plus globalement le bon
état de l?ensemble des eaux pour 2015 (Directive Cadre sur l?Eau, abrégée « DCE », 2000). En
déclinaison de la DCE, le Schéma Directeur d?Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE) du
bassin Seine-Normandie oriente la gestion de l?eau sur le bassin sur 1 700 captages jugés
prioritaires. La reconquête et la protection de la qualité des nappes souterraines passent par la
définition au niveau des aires d?alimentation des captages de zones protégées pour les
prélèvements destinés à la consommation humaine, puis par la mise en place d?un programme
d?actions adapté pour protéger ou reconquérir l?eau captée pour l?alimentation en eau potable. La
loi Grenelle I de 2009 établit quant à elle une liste de 249 captages Grenelle sur le bassin, parmi
les 1 700 prioritaires au titre du SDAGE, menacés par les pollutions diffuses et pour lesquels une
démarche de reconquête de la qualité doit être menée d?ici 2012.
Tandis que les mesures préventives sont encouragées par l?ensemble de ces textes, la solution
curative, souvent privilégiée localement car plus facile à mettre en oeuvre rapidement et efficace à
court terme en matière de qualité de l?eau distribuée, est quant à elle de plus en plus remise en
cause du fait de sa non-durabilité (en deçà d?un seuil de qualité, la ressource brute n?est plus
traitée ; d?autre part, en cas de dégradation généralisée, le service d?eau ne peut plus trouver une
autre ressource à proximité) mais aussi des coûts élevés à supporter par les services d?eau et les
financeurs publics. De même, les solutions palliatives parfois envisagées (interconnexions,
mobilisation d?une nouvelle ressource) ne sont pas durables car elles ne contribuent ni à
l?amélioration ni à la protection de la qualité de la ressource.
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L?Agence de l?eau soutient L?Agence de l?eau soutient L?Agence de l?eau soutient L?Agence de l?eau soutient la protection des captagesla protection des captagesla protection des captagesla protection des captages
L?Agence de l?eau agit auprès des collectivités et de l?ensemble des acteurs concernés sur le
territoire pour la protection des aires d?alimentation des captages d?eau potable jugées prioritaires
vis-à-vis de l?ensemble des pressions qui s?exercent sur la ressource. Elle apporte ainsi une aide
financière pour la mise en place de l?ensemble des étapes de la démarche de protection :
réalisation de l?étude d?aire d?alimentation de captage, mise en place d?une animation dédiée, et
enfin installation des actions préventives en zones agricoles et non agricoles (réduction des
intrants, passage au bio et/ou à l?herbe).
Par ailleurs, l?Agence de l?eau conditionne les aides versées pour traiter l?eau à la mise en place
d?actions préventives sur les captages concernés.
Envisager des arguments économiques en faveur du préventifEnvisager des arguments économiques en faveur du préventifEnvisager des arguments économiques en faveur du préventifEnvisager des arguments économiques en faveur du préventif
La présente étude vise à clarifier la question du coût du préventif par rapport au coût du curatif et
à envisager des arguments économiques en faveur de la mise en place d?actions préventives
efficaces en zones agricoles tirés de l?analyse économique de 21 cas d?étude, permettant de
disposer d?une palette variée de situations. Les données ont été collectées auprès de services
d?eau et de l?Agence de l?eau Seine-Normandie.
L?intérêt du préventif dépasse le cadre de l?étudeL?intérêt du préventif dépasse le cadre de l?étudeL?intérêt du préventif dépasse le cadre de l?étudeL?intérêt du préventif dépasse le cadre de l?étude
L?enjeu eau potable est le seul étudié ici : il s?agit de chiffrer le service ?Eau? rendu par l?économie
des coûts de traitement des pesticides et nitrates réalisée. Il convient cependant de rappeler que
le coût global supporté par la collectivité du fait des pollutions diffuses va bien au-delà de l?enjeu
?Eau potable? : d?autres coûts sont induits par les pratiques agricoles à l?origine de la dégradation
des captages, tels que les coûts de dégradation des milieux (cf. impact des algues vertes sur le
littoral), les coûts sanitaires, mais aussi les coûts de gestion et d?élimination des boues d?eau
potable.
Aussi, l?intérêt des politiques préventives va au-delà du seul service rendu ?Eau potable?. Les
pratiques agricoles respectueuses de l?environnement mises en place sur les aires d?alimentation
de captage contribuent également à l?atteinte de l?objectif global de bon état des eaux en créant
des zones de dilution de la pollution, mais aussi à la préservation des écosystèmes et de la
biodiversité. Enfin, les solutions préventives passent par des pratiques agricoles nécessitant plus de
main d?oeuvre que l?agriculture conventionnelle, ce qui favorise l?emploi local et contribue à
l?aménagement des territoires ruraux.
L?intérêt économique des solutions préventives est donc sous-évalué dans cette étude.
Le partiLe partiLe partiLe parti----pris méthodologiquepris méthodologiquepris méthodologiquepris méthodologique
Les coûts du traitement curatif (pour traiter les nitrates et pesticides) ont été comparés pour
chaque cas d?étude à la mise en place d?actions préventives comme si ces deux démarches étaient
mises en oeuvre de manière exclusive, ce qui n?est pas toujours le cas dans la réalité. Par ailleurs,
la comparaison économique a été réalisée en « rythme de croisière », c?est-à-dire une fois la
période de transition nécessaire à la mise en oeuvre des solutions préventives terminée, afin de
s?affranchir des incertitudes liées aux coûts supportés par les acteurs et à la durée de cette phase.
D?autre part, les coûts ont été calculés selon deux points de vue (celui du service d?eau, et celui du
service d?eau et des autres financeurs comme l?Agence de l?eau), afin de développer un
argumentaire adapté aux élus mais aussi au grand public.
Concernant le préventif, l?absence fréquente d?actions préventives suffisamment avancées ou
ambitieuses sur le terrain a conduit à élaborer un scénario préventif fictif à la fois garant de la
protection de la ressource et en adéquation avec le contexte et les possibilités d?action sur un
territoire, malgré une relative incertitude sur l?efficacité des mesures sur la ressource. Devant cette
difficulté, il a été choisi, dans les cas où la réalité de terrain ne permettait pas de faire les calculs,
de retenir deux scénarios préventifs aux degrés d?ambition différents :
- un scénario préventif tendanciel, construit à partir d?hypothèses basées sur l?existant et sur
ce qui semble réalisable à l?Agence de l?eau (taux d?aides de l?Agence, types de mesures
préventives choisies, etc.) ;
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28 |||| Commissariat général au développement durable ? Service de l?économie, de l?évaluation et de l?intégration du développement durable
- un scénario « préventif + » qui propose des mesures plus fortes que le scénario préventif
tendanciel, présentant plus de garanties d?efficacité et de pérennité quant à leur rôle de
restauration et de protection de la ressource en eau.
L?étude confirme l?intérêt économique des solutions préventives L?étude confirme l?intérêt économique des solutions préventives L?étude confirme l?intérêt économique des solutions préventives L?étude confirme l?intérêt économique des solutions préventives
La comparaison économique effectuée sur les 21 cas d?étude a permis de confirmer l?intérêt des
solutions préventives par rapport aux choix curatifs, notamment si une politique préventive est
mise en oeuvre avant la dégradation des eaux.
Les grands enseignements de l?étude sont les suivants :
o Pour les services d?eau potable, l?intérêt du préventif est nettement confirméPour les services d?eau potable, l?intérêt du préventif est nettement confirméPour les services d?eau potable, l?intérêt du préventif est nettement confirméPour les services d?eau potable, l?intérêt du préventif est nettement confirmé : le coût : le coût : le coût : le coût
du préventif est toujours inférieur au coût curatif.du préventif est toujours inférieur au coût curatif.du préventif est toujours inférieur au coût curatif.du préventif est toujours inférieur au coût curatif. Pour le préventif, les coûts supportés
par le service d?eau potable sont en effet limités aux coûts d?animation (50 %), aux coûts
de pompage de l?usine (sans traitement), et à l?acquisition foncière, peu sollicitée dans nos
cas d?études.
Dans tous nos cas d?étude, le préventif se révèle ainsi être la solution la plus intéressante
économiquement. Ces résultats restent liés au contexte actuel : les services de l?eau ne
peuvent en effet, aujourd?hui, apporter de soutiens directs aux agriculteurs pour protéger
les captages (comme c?est le cas à Munich en Allemagne), et soutiennent encore très peu
les filières pour encourager les systèmes durables. De tels coûts supportés par les services
d?eau devraient être pris en compte en cas de modifications, de même que si l?acquisition
foncière prenait plus d?importance.
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o Pour l?ensemble des actePour l?ensemble des actePour l?ensemble des actePour l?ensemble des acteurs (services d?eau et autres financeurs), le résultat est moins urs (services d?eau et autres financeurs), le résultat est moins urs (services d?eau et autres financeurs), le résultat est moins urs (services d?eau et autres financeurs), le résultat est moins
tranchétranchétranchétranché : le coût global du préventif peut parfois être supérieur au coût du curatif: le coût global du préventif peut parfois être supérieur au coût du curatif: le coût global du préventif peut parfois être supérieur au coût du curatif: le coût global du préventif peut parfois être supérieur au coût du curatif (par
exemple si les captages sont alimentés par des grandes aires de captage tout en fournissant
un volume d?eau peu important). Les résultats chiffrés restent cependant très liés aux effets
de seuils artificiels induits par les scénarios préventifs fictifs réalisés, d?autant que les
interconnexions ne sont pas prises en compte par l?étude. Mais même dans ce cas, l?enjeu
protection durable de la ressource suffit à lui seul à justifier les mesures préventives.
o Une politique préventive est d?autant plus intéressante qu?elle est engagée tôt : plusieurs
cas d?étude montrent en effet qu?engager une politique préventive suffisamment tôt
permet d?éviter une période de « double-peine » consistant pour l?ensemble des financeurs
à payer le curatif (indispensable à court terme) et le préventif (nécessaire pour l?avenir).
Afin de s?affranchir des effets de seuil artificiels, un outil a été construit, permettant de visualiser la
comparaison économique entre préventif et curatif sur un captage donné.
Le préventif offre de nombreux autres services environnementaux qui non pas été comptés Le préventif offre de nombreux autres services environnementaux qui non pas été comptés Le préventif offre de nombreux autres services environnementaux qui non pas été comptés Le préventif offre de nombreux autres services environnementaux qui non pas été comptés
ici (difficilement chiffrables), mais riici (difficilement chiffrables), mais riici (difficilement chiffrables), mais riici (difficilement chiffrables), mais rien qu?en s?intéressant au service rendu «en qu?en s?intéressant au service rendu «en qu?en s?intéressant au service rendu «en qu?en s?intéressant au service rendu « EauEauEauEau », l?intérêt », l?intérêt », l?intérêt », l?intérêt
économique du préventif est ainsi démontré.économique du préventif est ainsi démontré.économique du préventif est ainsi démontré.économique du préventif est ainsi démontré.
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Atelier n°3 :
Habitats, milieux, biodiversité
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Christina HUERZELER Christina HUERZELER Christina HUERZELER Christina HUERZELER ???? Les coûts externes des transports en Les coûts externes des transports en Les coûts externes des transports en Les coûts externes des transports en
matière d?habitats et de biodiversité : une évamatière d?habitats et de biodiversité : une évamatière d?habitats et de biodiversité : une évamatière d?habitats et de biodiversité : une évaluation pour une luation pour une luation pour une luation pour une
tarificationtarificationtarificationtarification
Christina HUERZELERChristina HUERZELERChristina HUERZELERChristina HUERZELER travaille comme économiste au sein de l?Office fédéral du
développement territorial de la Confédération helvétique, dans le département
en charge de l?Environnement, des Transports, de l?Energie et de la
Communication.
ContexteContexteContexteContexte
Depuis le 1er janvier 2001, la Suisse perçoit une redevance poids lourds liée aux prestations (RPLP)
sur tous les véhicules de plus de 3,5 tonnes qui utilisent le réseau routier suisse. Cette taxe a
remplacé le forfait prélevé de 1985 à 2000. Selon l?art. 1 de la loi fédérale la concernant (LRPL), la
RPLP doit assurer la couverture à long terme des coûts d?infrastructure et des coûts occasionnés à
la collectivité par ce trafic. C?est la première fois en Europe que l?on applique ainsi le principe du
pollueur payeur au transport de marchandises.
Selon l?art. 7, al. 3, LRPL, l?administration doit tenir à jour régulièrement les données concernant
les coûts et avantages externes du trafic des poids lourds supportés par ceux qui n?entrent pas
dans cette catégorie. Pour une question de synergie et en raison du besoin de disposer de données
de base, les coûts et avantages externes de l?ensemble du système de transport supportés par les
non-usagers des transports sont également présentés.
Coûts eCoûts eCoûts eCoûts externes des transportsxternes des transportsxternes des transportsxternes des transports
Lorsqu?ils choisissent un moyen de transport, les usagers mettent en rapport d?une part les
avantages ou l?utilité attendus, et de l?autre les coûts. Actuellement, ils prennent en charge
essentiellement les coûts liés au véhicule (acquisition, entretien et utilisation), ainsi que des coûts
d?infrastructure (construction et entretien des réseaux routier et ferroviaire). Dans le transport
individuel motorisé (TIM), les coûts liés au véhicule sont supportés directement par les
propriétaires du véhicule. Le financement des infrastructures routières et ferroviaires ainsi que les
coûts liés au véhicule des transports publics (TP) incombent aux collectivités ou aux entreprises
publiques, qui les couvrent grâce à la vente de titres de transport et au prélèvement de
redevances (impôt et surtaxe sur les huiles minérales, vignette autoroutière, impôts cantonaux sur
les véhicules à moteur, taxes de stationnement, etc.).
Cependant, le trafic provoque également des coûts externes, qui ne sont supportés ni directement,
ni indirectement par les usagers. Les principaux domaines concernés sont les suivants:
o Les accidents engendrent des coûts qui ne sont pas totalement pris en charge par les
systèmes d?assurance (notamment les pertes de production).
o Le bruit influence négativement le prix des locations d?appartements situés dans les zones
soumises à un fort trafic et affecte le bien-être et la santé des riverains.
o En ce qui concerne la santé, la pollution de l?air provoque des maladies des voies
respiratoires et des maladies cardiovasculaires, entraînant des hospitalisations et des décès
prématurés.
o Les bâtiments doivent être rénovés ou nettoyés plus fréquemment à cause des gaz
d?échappement.
o Le climat se modifie sous l?action des gaz à effet de serre.
o Dans le domaine de la nature et du paysage, la construction d?infrastructures provoque des
pertes et des fragmentations d?habitat pour la faune et la flore (Encadré « L?évaluation des
coûts externes dans le domaines de la nature et du paysage »)
Ces coûts ne sont pas assumés par les usagers des transports. Comme le marché n?en tient pas
compte, on les qualifie de « coûts externes ».
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Vers une internalisation des coûts externesVers une internalisation des coûts externesVers une internalisation des coûts externesVers une internalisation des coûts externes
L?existence de coûts non couverts par les usagers ou d?externalités montre que le marché ne
fonctionne pas correctement. Le prix payé pour se déplacer est trop bas par rapport à ce qui serait
efficace du point de vue socio-économique. Cette situation entraîne une demande trop forte de
mobilité, ce qui conduit à un gaspillage des ressources.
La défaillance du marché peut être palliée de différentes manières, par exemple par des
interdictions ou des mesures contraignantes. Une autre manière de procéder consiste à appliquer
le principe du pollueur payeur et à prélever une taxe qui correspond à l?évaluation des coûts
externes. Ainsi, les coûts qui, sans intervention de l?Etat, étaient externes deviennent de ce fait
internes. On parle alors d?« internalisation ». La redevance poids lourds liée aux prestations (RPLP)
est un exemple d?internalisation.
Coûts externes des transports en 2007Coûts externes des transports en 2007Coûts externes des transports en 2007Coûts externes des transports en 2007
en millions de francs suisseen millions de francs suisseen millions de francs suisseen millions de francs suisse
(méthode « mode de transport »)(méthode « mode de transport »)(méthode « mode de transport »)(méthode « mode de transport »)
Une partie des coûts totaux doit être attribuée au trafic pois lourd :
Coûts externes du trafic poids lourd en 2007Coûts externes du trafic poids lourd en 2007Coûts externes du trafic poids lourd en 2007Coûts externes du trafic poids lourd en 2007
en millions de francs suissesen millions de francs suissesen millions de francs suissesen millions de francs suisses
(méth(méth(méth(méthode « catégorie de moyens de transport ») ode « catégorie de moyens de transport ») ode « catégorie de moyens de transport ») ode « catégorie de moyens de transport »)
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Calcul du tarif de la redevanceCalcul du tarif de la redevanceCalcul du tarif de la redevanceCalcul du tarif de la redevance
Pour calculer le tarif de la redevance, on a tout d?abord déterminé les prestations kilométriques
totales accomplies en Suisse par les véhicules des diverses catégories de poids. Ces chiffres ont
ensuite été multipliés par le poids moyen des véhicules de chacune de ces catégories. Toutes
catégories confondues, on a obtenu un total de 47 milliards de tonnes-kilomètres. En divisant le
montant connu des coûts à prendre en charge par le trafic poids lourd en 1993, ? 1,15 milliard de
francs (total des coûts externes 1993, de l?insuffisance de couverture des coûts mise en évidence
par le compte routier et de la suppression de la redevance forfaitaire) ? par ces 47 milliards de
tonnes-kilomètres, on obtient la valeur de 2,5 centimes par tonne-kilomètre. Ce calcul est fondé
sur les statistiques de 1993, les valeurs ont été actualisées depuis.
Pour donner aux entreprises de transports le temps pour s?adapter aux nouvelles conditions il a été
décidé d?introduire le nouveau système progressivement.
La RPLP dépend non seulement des distances parcourues par un véhicule et de la catégorie à
laquelle il appartient, mais encore de la catégorie de polluants qu?il émet. Pour la calculer, on a
formé trois groupes correspondant aux catégories d?émissions considérées dans l?UE. La différence
de prix entre les catégories n?excède pas 15 %.
RéférencesRéférencesRéférencesRéférences
Econcept, Nateco (2004), Externe Kosten des Verkehrs im Bereich Natur und Landschaft;
Monetarisierung der Verluste und Fragmentierung von Habitaten, Studie im Auftrag des
Bundesamtes für Raumplanung, des Bundesamtes für Strassen und des Bundesamtes für Umwelt,
Wald und Landschaft.
Office fédéral du développement territorial ARE (2010), Coûts externes 2006-2007, Calcul des coûts
externes des transports en Suisse.
Office fédéral du développement territorial ARE (2012), Equitable et efficiente ? La redevance sur
le trafic des poids lourds liée aux prestations (RPLP) en Suisse
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L?EVALUATION DES COUL?EVALUATION DES COUL?EVALUATION DES COUL?EVALUATION DES COUTS EXTERNESTS EXTERNESTS EXTERNESTS EXTERNES
DANS LEDANS LEDANS LEDANS LE DOMAINE DE LA NATUR DOMAINE DE LA NATUR DOMAINE DE LA NATUR DOMAINE DE LA NATURE ET DU PAYSAGEE ET DU PAYSAGEE ET DU PAYSAGEE ET DU PAYSAGE
Pertes d'habitatsPertes d'habitatsPertes d'habitatsPertes d'habitats
Pour déterminer les pertes d'habitats, nous avons comparé la surface des habitats le long des
infrastructures de transport en 1998/99 avec la surface des habitats dans les années cinquante et
soixante. Les photographies aériennes numériques utilisées à cette fin ont été interprétées et
analysées en trois dimensions directement à l'écran. La diminution de la surface a été calculée
pour 27 types d'habitats à l'aide d'un échantillon représentatif de 300 tronçons d'infrastructure
d'un kilomètre de long environ, puis rapportée à l'ensemble du réseau des transports. La surface
prise en considération englobe le tronçon de l'infrastructure de transport ainsi qu'une bande de
part et d'autre de celle-ci (chemins de fer et routes nationales de classe 1 à 3 : 10 m; semi-
autoroutes ? 10 à 20 mètres ; autoroutes ? 40 à 50 mètres). Ces bandes correspondent à l'influence
que l'infrastructure de transport est supposée exercer sur les habitats. L'intégration des habitats
dans l'environnement et leur degré de maturité ont été pris en compte. Le calcul des coûts
externes des pertes d'habitats s'effectue sur la base des coûts de remplacement. Les coûts
externes correspondent aux coûts nécessaires à la recréation des surfaces perdues (achat de
terrain, remise en état et mesures d'entretien). Pour calculer les coûts annuels, les coûts
d'investissement ont été amortis sur une durée de trente ans (une génération).
Fragmentations d'habitatsFragmentations d'habitatsFragmentations d'habitatsFragmentations d'habitats
La fragmentation spatiale a été mesurée pour six groupes d'animaux ayant des besoins d'espace et
de mobilité différents. Sur la base des photographies aériennes, nous avons regardé si des espaces
partiels existaient de part et d'autre de la voie de transport et recherché les endroits où les
différents groupes d'animaux pouvaient, le cas échéant, traverser cette voie (pour les animaux
sauvages, on est en présence d'une fragmentation quand il passe plus de 10 000 véhicules par
jour). Nous avons tenu compte, dans ce travail, de l'état actuel des connaissances sur la
fragmentation de l'habitat (voir les publications de l'OFEFP et de l'OFROU). Nous avons calculé les
coûts externes en estimant les coûts des ouvrages de liaison pour les groupes d'animaux pris en
compte. Les coûts externes se composent des coûts d'investissement de ces ouvrages
(construction, aménagement et végétalisation) ainsi que des coûts d'exploitation et des coûts
d'entretien. Les ouvrages ont des dimensions différentes selon le type d'infrastructure (largeur et
étendue).
Dégradation deDégradation deDégradation deDégradation de la qualité des habitats la qualité des habitats la qualité des habitats la qualité des habitats
Même si nous réduisons le nombre de surfaces morcelées et remplaçons les surfaces quasi
naturelles endommagées, nous ne tenons pas compte de tous les effets externes directs des
infrastructures de transport sur les habitats. En effet, il subsiste des effets résiduels qui entraînent
une dégradation de la qualité des habitats: pollutions dues à des substances nocives, bruit,
découpage de surfaces quasi naturelles en mosaïques plus petites (perte de la mise en réseau).
Ces conséquences réduisent la qualité non seulement des habitats originels restants, mais aussi de
ceux qui ont été créés depuis les années cinquante. Les études entreprises montrent que la qualité
des habitats se dégrade. Dans le cadre de l?étude menée, la détérioration ne pouvait toutefois pas
être quantifiée avec suffisamment de fiabilité pour procéder à une estimation des coûts.
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MarieMarieMarieMarie----Eve STOECKEL Eve STOECKEL Eve STOECKEL Eve STOECKEL ???? Une évaluation économique d?un bien Une évaluation économique d?un bien Une évaluation économique d?un bien Une évaluation économique d?un bien
environnemental complexeenvironnemental complexeenvironnemental complexeenvironnemental complexe : l?amélioration de la richesse piscicole : l?amélioration de la richesse piscicole : l?amélioration de la richesse piscicole : l?amélioration de la richesse piscicole
du Rhin.du Rhin.du Rhin.du Rhin.
MarieMarieMarieMarie----EvEvEvEve STOECKELe STOECKELe STOECKELe STOECKEL est chercheuse au sein d?EDF R&D et chercheuse associée
à l?institut de recherche européen sur l?énergie (EIFER). L?étude présentée ici a
reçu le concours du bureau d?étude Actéon (Hélène BOUSCASSE, Pierre Hélène BOUSCASSE, Pierre Hélène BOUSCASSE, Pierre Hélène BOUSCASSE, Pierre
DEFRANCE et Pierre STROSSERDEFRANCE et Pierre STROSSERDEFRANCE et Pierre STROSSERDEFRANCE et Pierre STROSSER).
ContexteContexteContexteContexte
La Directive Cadre sur l?Eau européenne a conduit à un recours croissant aux approches
économiques dans le domaine de l?eau et des milieux aquatiques. L?application de ces approches
soulève de nombreux défis. Ceci est particulièrement le cas pour la valorisation monétaire des
coûts et bénéfices environnementaux qui reste soumise à de nombreux questionnements d?ordre
méthodologique. Afin de renforcer sa compétence dans ce domaine, EDF a commandité à ACTeon,
en partenariat avec l?ENGEES, une étude portant sur l?évaluation économique d?une amélioration
de la richesse piscicole dans le bassin du Rhin supérieur franco-allemand.
Cette étude de R&D à vocation méthodologique s?inscrit dans la suite d?une série d?applications
menées à EDF pour tester différentes méthodes mais l?ambition est sensiblement accrue. En effet,
il ne s?agit pas de valoriser une activité particulière liée à l?eau ni une espèce particulière, mais
d?estimer globalement la valeur accordée par la population de la zone d?étude à un bien
environnemental complexe : une amélioration de la richesse piscicole (toutes espèces
confondues). Cette valeur intègre à la fois les valeurs d?usage (accordées à l?amélioration des
conditions d?usages influencés par la richesse piscicole tels que la pêche, la promenade?) et des
valeurs de non-usage (accordées, en dehors de toute activité présente, à des usages futurs ou à la
seule existence de la richesse piscicole).
Le choix de la zone d?étude témoigne lui aussi d?une ambition accrue sur deux aspects. Tout
d?abord, cette zone d?étude s?étend :
o du Sud au Nord, de St-Louis (France) et Lörrach (Allemagne) à Karlsruhe ;
o de l?Ouest à l?Est, des crêtes des Vosges aux sommets de la Forêt Noire.
Le fait que cette zone soit située de part et d?autre du Rhin est une spécificité de l?étude. En effet,
les études évaluant un bien environnemental identique dans deux pays différents sont rares. De
plus, mettre en oeuvre de manière simultanée et surtout cohérente une étude d?évaluation dans
deux pays frontaliers tout en tenant compte des spécificités nationales est un vrai défi.
D?autre part, le domaine d?étude prend en compte l?ensemble du bassin du Rhin supérieur franco-
allemand puisqu?il intègre à la fois :
o le cours principal du Rhin (Grand Canal d?Alsace, le Vieux Rhin, canaux de navigation et
d?irrigation?) ;
o ses principaux affluents ;
o et les anciens bras morts, polders et zones d?expansion des crues.
Considérer un tel réseau hydrographique (et non pas un cours d?eau particulier, un tronçon de
rivière ou une masse d?eau) est une spécificité supplémentaire de l?étude qui est à prendre en
compte dans chacune de ses phases.
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DéroulementDéroulementDéroulementDéroulement
Pour cette étude, la Méthode d?Evaluation Contingente (MEC) a été choisie pour appréhender la
valeur accordée par la population à l?amélioration de la richesse piscicole (combinant toutes
espèces et habitats) sur l?ensemble du réseau hydrographique transfrontalier.
Face aux difficultés liées à cette application particulièrement complexe de la MEC, l?enjeu était de
tester des moyens de minimiser les biais méthodologiques inhérents à la méthode. Ceci pour
améliorer la robustesse et la cohérence de ses résultats. C?est pourquoi des étapes du protocole
d?application de la MEC ont été proposées et testées (mobilisation d?experts techniques, travail
ciblé de développement du questionnaire et des documents d?accompagnement, organisation de
tests spécifiques pour s?assurer de la compréhension du grand public?). La phase d?enquête a
consisté en entretiens en face à face effectués en salle par un institut de sondage sur un
échantillon de 1000 personnes (500 de chaque côté du Rhin). L?enquête s?est déroulée dans 6
grandes villes de la zone en avril et mai 2009.
RésultatsRésultatsRésultatsRésultats
L?étude permet d?une part d?avoir une vision précise de la perception des personnes interrogées
quant à l?environnement d?une manière générale, à la dégradation des ressources en eau et la
disparition d?espèces, et à l?état du Rhin et de sa faune piscicole. L?environnement d?une manière
générale est au second rang des préoccupations sociétales (après le chômage). Parmi les
problématiques environnementales, la dégradation des ressources en eau et la disparition
d?espèces ne sont pas prioritaires pour les personnes interrogées. Concernant le Rhin en particulier,
12 % des personnes interrogées estiment que le fleuve est « en mauvaise santé » (critère défini
par les personnes interrogées incluant la présence de poissons, la diversité des espèces animales,
la végétalisation et l?aspect des berges?). Enfin, les personnes interrogées ont une vision plutôt
pessimiste de l?état des poissons dans le Rhin et ses affluents : 53 % jugent leur état moyen à
mauvais et seulement 25 % leur état bon ou très bon. Cet état est essentiellement attribué à la
pollution chimique de l?eau.
D?autre part, concernant les consentements à payer (CAP), près de 60 % des personnes interrogées
acceptent de payer. Le CAP moyen de l?échantillon franco-allemand est compris dans une
fourchette de 30 à 37 euros par ménage et par an pendant 10 ans. Ces résultats restent
dépendants de choix méthodologiques, en particulier du traitement nécessaire pour la prise en
compte des « faux zéro », c?est-à-dire les réponses des personnes n?acceptant pas de payer par
protestation. La littérature ne fournit pas de recommandations claires sur comment réaliser ce
traitement. Selon les approches testées, il existe un risque de sur- ou sous-estimation important du
CAP (environ +/- 30%).
Différents traitements statistiques ont été réalisés : tests bi-variés pour tester les liens entre les
variables et le CAP d?une part et analyse économétrique d?autre part. Ce dernier traitement permet
de construire une fonction explicative d?un choix en identifiant les facteurs et caractéristiques qui
l?expliquent. Les principaux résultats sont les suivants :
o Les différents modèles donnent des résultats similaires concernant les variables « revenu »
et « âge ». Plus une personne a un revenu élevé, plus elle est susceptible de payer et plus
le montant qu?elle déclare est élevé. Les personnes les plus jeunes sont celles qui (à revenu
équivalent) acceptent le plus facilement de payer mais aussi celles qui déclarent le montant
le plus élevé.
o Le lien que les personnes interrogées entretiennent avec le bien à évaluer, au sens de son
utilisation joue positivement sur la probabilité qu?elles ont de payer et sur le montant du
CAP.
o Les personnes qui perçoivent l?état de la richesse piscicole du Rhin et de ses affluents
comme dégradé acceptent plus aisément de payer et ont également un CAP plus élevé.
o La distance physique n?a pas d?effet sur l?acceptation de payer ni sur le montant du CAP.
Ceci s?explique probablement par le fait que le bien est réparti de manière diffuse sur la
zone d?étude (le réseau hydrographique y étant très dense).
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EnseignementsEnseignementsEnseignementsEnseignements
Le principal apport de l?étude est de montrer qu?une mise en oeuvre rigoureuse de la méthode
permet d?améliorer la fiabilité des résultats dans un contexte complexe. Le point essentiel est de
développer au maximum les phases préparatoires pour prendre en compte les biais potentiels dès
la conception de l?étude. L?enjeu était de construire et d?optimiser un questionnaire basé sur les
connaissances scientifiques d?un groupe d?experts, mais compréhensible et acceptable pour le
public. Il s?agissait d?identifier les éléments de connaissances nécessaires et de les formuler de
telle manière que les personnes interrogées entrent dans le jeu de l?évaluation contingente et
puissent construire un CAP reflétant au mieux leurs préférences. Un autre aspect important a été
de concevoir le questionnaire de telle manière qu?il permette de mieux comprendre les
perceptions, connaissances et comportements des personnes interrogées et surtout l?influence de
ces facteurs sur le CAP exprimé. Ce travail préparatoire permet d?améliorer la confiance dans les
résultats. Il ressort des différentes phases que le scénario contingent ainsi que le questionnaire
n?ont pas donné lieu à des problèmes de compréhension et que le niveau d?information apporté
semble être approprié. Le biais d?inclusion a été réduit (les personnes interrogées ont été amenées
à se concentrer progressivement sur l?amélioration de la richesse piscicole) et le biais hypothétique
a pu être maîtrisé (le scénario est jugé réaliste et est bien accepté par les personnes interrogées).
Les principales limites de l?étude se situent au niveau de l?analyse économétrique des résultats. En
effet, la capacité prédictive des différents modèles testés reste faible. Ceci est relativement
décevant compte tenu du travail préparatoire réalisé mais est similaire à ce que l?on constate en
général dans la littérature.
L?analyse des résultats de l?étude dans un contexte transfrontalier permet également d?apporter
un éclairage sur la pratique de la méthode de transfert de valeurs. Cela dans un contexte où
l?usage de cette méthode est de plus en plus fréquent dans le domaine de l?évaluation
économique environnementale en appui à la prise de décision. L?étude confirme en effet certains
doutes sur la robustesse des méthodes de transfert.
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38 |||| Commissariat général au développement durable ? Service de l?économie, de l?évaluation et de l?intégration du développement durable
Thuriane MAHÉ, Sylvain ROUSSET, Julien FOSSE Thuriane MAHÉ, Sylvain ROUSSET, Julien FOSSE Thuriane MAHÉ, Sylvain ROUSSET, Julien FOSSE Thuriane MAHÉ, Sylvain ROUSSET, Julien FOSSE ???? Év Év Év Évaluer les aluer les aluer les aluer les
impacts environnementaux pour une analyse socioimpacts environnementaux pour une analyse socioimpacts environnementaux pour une analyse socioimpacts environnementaux pour une analyse socio----économique des économique des économique des économique des
politiques phytosanitairespolitiques phytosanitairespolitiques phytosanitairespolitiques phytosanitaires
Thuriane MAHÉThuriane MAHÉThuriane MAHÉThuriane MAHÉ, ingénieur diplômée de l'ENGREF et docteur en sciences
économiques, est chargée de mission au Centre d?Etudes et de Prospective du
MAAPRAT sur les questions d'environnement, d'économie appliquée et de
technologies.
Sylvian ROUSSETSylvian ROUSSETSylvian ROUSSETSylvian ROUSSET est économiste à l?Institut national de recherche en sciences
et technologies pour l'environnement et l'agriculture (IRSTEA, ex-Cémagref). Au
sein de l'unité Aménités et Dynamiques des Espaces Ruraux, à Bordeaux, il est
spécialisé en économie de l'agriculture et des ressources naturelles.
Julien FOSSEJulien FOSSEJulien FOSSEJulien FOSSE est chef du bureau de l?appui scientifique et technique à la
Direction Générale de l?Alimentation (MAAPRAT) et coordonne à ce titre les
activités de recherche, de veille scientifique et d'évaluation socio-économique
des mesures de gestion des risques dans les domaines de compétences de la
DG (alimentation, santé animale, santé végétale).
Des dizaines de millions d'euros sont dépensés chaque année par l'Etat et les professionnels pour
lutter contre les organismes nuisibles aux végétaux, dont les organismes réglementés de
quarantaine. Les choix de politiques phytosanitaires doivent concilier les objectifs de conservation
des ressources agricoles et forestières avec les contraintes concernant les fonds publics, tout en
assurant la meilleure information possible quant aux impacts sociétaux des interventions
publiques. Dans ce contexte, comment définir le niveau de risque acceptable ? Comment partager
la gestion collective et individuelle du risque? Quel niveau de « prévention optimale » retenir en
santé végétale ? L'analyse socio-économique permet d'allouer les moyens dans un souci
d'efficience et d'efficacité. La direction générale de l?alimentation (DGAL) du ministère en charge
de l'agriculture a la volonté de déployer ce type d'évaluation plus largement en complément du
dispositif existant d'analyse des risques liés aux stratégies de lutte contre les organismes nuisibles
aux cultures commerciales. Une étude a ainsi été engagée pour :
(1) faire un bilan méthodologique basé sur la bibliographie,
(2) comprendre les atouts et les limites de l'analyse coût-bénéfice, principal outil d'aide à la
décision mobilisé par les ministères de plusieurs pays de l?OCDE (Europe du Nord, Amérique
du Nord, Australie, Nouvelle-Zélande), sur la base d?une étude de cas (les options de lutte
contre la Chrysomèle des racines du maïs, un insecte ravageur) et
(3) établir des recommandations d?usage de cet outil permettant de comparer les impacts
directs et indirects (économiques, sociaux, environnementaux, sanitaires) de toute politique
phytosanitaire.
Cette étude de l'Irstea, non publiée à ce jour, illustre la complexité de l'évaluation des coûts et
bénéfices non marchands dans le cas de l'usage des pesticides en grandes cultures. Elle ne remet
toutefois pas en question la nécessité d'agir en santé végétale. Les enseignements tirés de cette
étude en matière d?évaluation socio-économique des risques liés à l?usage de pesticides pour
l?agriculture sont présentés ici.
Tout d?abord, il convient de distinguer les effets d'un organisme nuisible sur les cultures des
impacts que peuvent avoir les actions de prévention et de contrôle des ravageurs et maladies.
D'un côté, les invasions par des espèces exotiques peuvent perturber l?écosystème, avoir des
impacts sanitaires sur les animaux domestiques voire plus rarement s?attaquer à l?homme
(exemple de la fourmi de feu). De l'autre, les actions de lutte obligatoire contre un nuisible
réglementé (tel que l'usage de pesticides de synthèse) ont des impacts indirects. En effet, si
l?utilisation de pesticides contribue efficacement à éradiquer ou limiter les dégâts, elle peut
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toutefois être à l?origine de divers effets environnementaux et sanitaires, qu?il convient idéalement
d?intégrer au calcul économique.
Dans l?étude, une analyse coût-bénéfice a été menée sur la lutte contre le ravageur de
quarantaine qu?est la chrysomèle des racines du maïs (Diabrotica virgifera virgifera), pour plusieurs
scénarios d?action d?endiguement de l?insecte. En référence à la poursuite de la politique actuelle
(qui consiste en une stratégie de confinement dans les départements où se multiplient les foyers,
doublée d?une action nationale de prévention), trois scénarios de renforcement de la politique ont
été étudiés, ainsi qu?un scénario contrefactuel sans lutte obligatoire. Leur comparaison s?est basée
sur les coûts privés des producteurs amenés à faire des rotations ou des traitements
insecticides/larvicides et les "coûts externes" de l?usage de ces pesticides. On a modélisé la
dispersion spatiale des populations d?insectes sur longue période, et évalué l?efficacité des
mesures préventives à partir d'un modèle biologique développé par le Laboratoire de la Santé des
Végétaux (Anses), afin de chiffrer les pertes des exploitants, actualisées sur longue période. Pour
les pesticides, la monétarisation du point d'indicateur de fréquence de traitement (IFT) a été
effectuée, en appliquant l?objectif de réduction de 50% du plan Ecophyto 2018 au secteur des
grandes cultures, à partir des travaux conduits par l'INRA dans le cadre de l'étude Ecophyto R&D.
Toute précaution gardée sur les hypothèses faites, l?analyse de sensibilité des résultats (par
rapport à la vitesse maximale de dispersion de l'insecte) ne permet pas de retenir un scénario
supérieur aux autres car les coûts sociétaux dans la zone de confinement à court terme (cinq à dix
ans) et les bénéfices à plus long terme (cent ans) tendent à s?équilibrer.
L'étude confirme qu?aucune valeur tutélaire n?existe pour monétariser les risques liés à l'usage des
produits phytopharmaceutiques en agriculture en Europe (une méta-analyse récente conclut
d?ailleurs sur la difficulté à réaliser des transferts de valeur en l?état actuel de la recherche dans le
domaine de l'exposition au risque des pesticides). Parmi les études scientifiques recensées et
malgré une « bibliométrie » croissante depuis les années 1990, on doit constater le manque de
références sur les risques liés aux pesticides agricoles. Seuls les risques sanitaires réels ou
supposés liés à la consommation fortuite de résidus de pesticides sur des produits frais font l?objet
d?un nombre significatif de publications. Peu de travaux portent sur le secteur des grandes cultures
et les impacts sur les écosystèmes. Par ailleurs, les évaluations de politiques phytosanitaires
prennent rarement en compte les impacts sociaux et environnementaux des méthodes de lutte, et
se concentrent sur les impacts marchands portant sur les cultures commerciales. Parmi les travaux
recensés, la monétarisation fait appel tant à l?approche par les coûts qu?à l?approche fondée sur la
mesure des préférences individuelles. Pour la première, ce sont les coûts des dommages, de
remplacement, de réparation, etc. qui sont estimés, en s'appuyant sur une relation causale entre
l?utilisation de polluants et les dépenses consécutives observables. Mais il existe peu de fonctions
« dose/réponse » sur la santé ou sur l?environnement bien établie pour les pesticides agricoles, qui
se distinguent par un grand nombre de matières actives dont l'usage évolue, rendant délicates les
approches épidémiologiques. Pour la seconde approche, que ce soient les préférences déclarées ou
révélées, les études recensées portent essentiellement sur le risque pour les consommateurs. Or,
l?exposition aux résidus de pesticides via l?alimentation ne représente qu?une partie des effets
indirects qu?on souhaite étudier.
Finalement, c?est l?approche coût-efficacité de la réduction des risques qui a été retenue. Plus
particulièrement, la monétarisation des effets non marchands s'est basée sur un indicateur
(physique) d?usage global des pesticides. Il en existe actuellement plusieurs, exprimés selon le cas
en quantité de matière active (et donc sensible au grammage de la molécule dans le produit) ou
en doses de produit commercial. L?indicateur IFT utilisé ici exprime la fréquence des traitements
appliqués en unité de dose homologuée et à la parcelle. Il a été largement utilisé et calculé dans
le cadre du plan Ecophyto 2018 et de différents travaux de prospective (étude Ecophyto R&D) et
d'évaluations de politique agro-environnementale. La valeur proposée dans l?étude sur la
chrysomèle est exprimée en euro par variation marginale d'IFT à la parcelle. Cette valeur tient
compte de l?objectif de réduction des produits phytosanitaires à l?horizon 2018, de la culture (maïs
ou cultures substituées selon la stratégie d?endiguement), reflétant ainsi le prix fictif de la
contrainte de réduction.
Le retour d?expérience montre que les exercices de monétarisation produisent en fait une forte
variabilité des valeurs. Quelques chiffres de la littérature illustrent celle-ci, avec des valeurs par
kilogramme de substance active allant de 4 euros-2010 (étude du MEDD en 2004) à 806 euros-
2010 (étude de 2008). Généralement, l'évaluation du coût des dommages est inférieure aux
valeurs estimées par les consentements à payer révélés, et encore plus à celles estimées par les
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consentements à payer déclarés. Le problème majeur de toutes ces études reste le dénominateur
ou l?indicateur dans lequel est exprimé l?impact des produits phytosanitaires, les indicateurs
d?usage ne tenant pas compte des types de risques pour l?environnement et pour les opérateurs
(substances toxiques, mutagènes et toxiques pour la reproduction). Une approche proposée par
une équipe britannique permet d?ailleurs d?inclure les différentes catégories de risques, la santé
des agricultures, la santé des consommateurs, les écosystèmes, en les pondérant avec un
indicateur composite. Cela dit, cette approche à plusieurs critères ne résout pas le problème : elle
s'appuie sur des études de monétarisation existantes dont les limites sont connues, et la
pondération des impacts reste largement arbitraire.
Si toute référence et valeur proposée pour un transfert de valeur est discutable et nécessite une
mise en contexte, l?étude de l'Irstea pour la DGAL conclut à l?importance d?intégrer les effets non
marchands des risques liés aux pesticides à l?évaluation des politiques phytosanitaires. Il apparaît
nécessaire de présenter les hypothèses retenues de façon transparente, de les faire valider par les
utilisateurs de l'évaluation, d?utiliser des indicateurs aussi simples, calculables et généralisés que
possible, voire de coupler l?analyse coût-bénéfice à une approche plus qualitative par exemple
multicritère. Enfin, construire de façon collégiale et en s'appuyant sur une démarche scientifique
des valeurs tutélaires pour les principales externalités agricoles reste un défi majeur et essentiel
pour évaluer les avantages et les coûts de l'intervention publique dans ce secteur.
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Mahé CHARLES Mahé CHARLES Mahé CHARLES Mahé CHARLES ???? Analyse économique et sociale du coût de la Analyse économique et sociale du coût de la Analyse économique et sociale du coût de la Analyse économique et sociale du coût de la
dégradation du milieu marin dans le cadre de la Directive Cadre dégradation du milieu marin dans le cadre de la Directive Cadre dégradation du milieu marin dans le cadre de la Directive Cadre dégradation du milieu marin dans le cadre de la Directive Cadre
Stratégie pour le Milieu MarinStratégie pour le Milieu MarinStratégie pour le Milieu MarinStratégie pour le Milieu Marin
Mahé CHARLESMahé CHARLESMahé CHARLESMahé CHARLES est chargé de mission à l'Agence des Aires Marines Protégées,
plus particulièrement en charge de l'analyse économique et sociale de
l'évaluation initiale de la Directive cadre stratégie pour le milieu marin.
Ingénieur de l?Institut Supérieur d?Agriculture de Lille, avec une spécialisation
complémentaire en économie de l'environnement à l?université de
Wageningen, il a précédemment travaillé sur l'évaluation des services
écosystémiques des récifs coralliens et sur les problématiques du financement
des aires marines protégées.
La directiveLa directiveLa directiveLa directive----cadre «cadre «cadre «cadre « stratégie pour le milieu marinstratégie pour le milieu marinstratégie pour le milieu marinstratégie pour le milieu marin »»»»
La directive 2008/56/CE du 17 juin 2008 « établissant un cadre d?action communautaire dans le
domaine de la politique pour le milieu marin », dite « directive-cadre stratégie pour le milieu
marin » (DCSMM), constitue le pilier environnemental de la politique maritime intégrée de l?Union
européenne et conduit les États membres à devoir prendre toutes les mesures nécessaires pour
réduire les impacts des activités sur le milieu marin afin de réaliser ou de maintenir un bon état
écologique de ce milieu au plus tard en 2020.
La mise en oeuvre de la directive passe par l'élaboration par chaque État membre, de stratégies
marines. La transposition de ces stratégies en droit français s'effectue par l'élaboration de plans
d'action pour le milieu marin ? PAMM (art K 219-9 du code de l'environnement). En France, la
directive s?applique aux eaux marines métropolitaines, divisées en quatre sous-régions marines : la
Manche?Mer-du-Nord ; les mers celtiques ; le golfe de Gascogne ; la Méditerranée occidentale.
Pour chaque sous-région marine, les autorités compétentes doivent élaborer, en association avec
les acteurs concernés, et mettre en oeuvre le PAMM. Celui-ci comporte :
o une évaluation iniune évaluation iniune évaluation iniune évaluation initialetialetialetiale de l?état écologique des eaux marines et de l?impact
environnemental des activités humaines sur ces eaux, composée de trois volets : une
analyse des spécificités et caractéristiques essentielles et de l?état écologique de ces eaux ;
une analyse des principales pressions et des principaux impacts, notamment dus à l?activité
humaine, sur l?état écologique de ces eaux ; une analyse économique et sociale (AES) de une analyse économique et sociale (AES) de une analyse économique et sociale (AES) de une analyse économique et sociale (AES) de
l?utilisation de ces eaux et du coût de la dégradation du milieu marinl?utilisation de ces eaux et du coût de la dégradation du milieu marinl?utilisation de ces eaux et du coût de la dégradation du milieu marinl?utilisation de ces eaux et du coût de la dégradation du milieu marin ;
o la définition du bon état écologique pour ces mêmes eaux reposant sur des descripteurs
qualitatifs ;
o la définition d?objectifs environnementaux et d?indicateurs associés en vue de parvenir à un
bon état écologique du milieu marin ;
o un programme de surveillance en vue de l?évaluation permanente de l?état des eaux
marines et de la mise à jour périodique des objectifs ;
o un programme de mesures qui doit permettre de réaliser ou maintenir un bon état
écologique des eaux marines.
L?analyse économique et sociale dans la DCSMML?analyse économique et sociale dans la DCSMML?analyse économique et sociale dans la DCSMML?analyse économique et sociale dans la DCSMM
L?évaluation initiale constitue le diagnostic de départ de l'état du milieu, sur lequel reposera
ensuite la construction du futur programme de mesures du plan d'action. L?« analyse économique
et sociale » (AES) comporte une analyse de l?utilisation des eaux françaises et une analyse du coût
de la dégradation du milieu marin. Contrairement aux deux autres volets de l?évaluation initiale,
l?AES n?est pas cadrée par la directive elle-même, par exemple au travers d?une liste de sujets à
traiter. Elle est donc fondée sur une méthodologie qui a été définie par un groupe d?experts au
niveau national, et discutée avec l?ensemble des États-Membres dans le cadre d?un groupe de
travail communautaire (WGESA).
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L?AES a vocation à éclairer les choix du décideur, au moment de définir ses objectifs et de
développer les mesures appropriées pour y parvenir. La directive indique ainsi explicitement que :
o « Les préoccupations sociales et économiques doivent être suffisamment prises en compte
dans la définition des objectifs environnementaux. » (annexe 4, §9)
o « Les répercussions sociales et économiques des mesures doivent être prises en compte ;
les Etats membres veillent à ce que les mesures soient efficaces au regard de leur coût et
procèdent, avant l?introduction de toute nouvelle mesure, à des évaluations des incidences,
et notamment à des analyses coûts/avantages. » (art.13, §3)
o « Les Etats membres ne sont pas tenus, [?] de prendre des mesures particulières [?]
lorsque les coûts de ces mesures seraient disproportionnés compte tenu des risques pour le
milieu marin [?]. » (art 14, §4)
L?analyse économique et sociale, dans le cadre de l?évaluation initiale, vise à préparer des
éléments d?aide à la décision, notamment pour la définition des programmes de mesures. Elle doit
permettre, d?une part, de mettre en évidence les enjeux économiques et sociaux associés aux
activités interagissant avec le milieu marin, et d?autre part de donner des indications sur le coût
des mesures de protection du milieu.
L?analyse du coût de la dégradation du miliL?analyse du coût de la dégradation du miliL?analyse du coût de la dégradation du miliL?analyse du coût de la dégradation du milieu marineu marineu marineu marin
Approche retenue.Approche retenue.Approche retenue.Approche retenue. Le groupe de travail communautaire consacré à l?AES a montré qu?il existait
différentes approches pour traiter cette question, et n?a pas conclu que l?une d?entre elles était
préférable aux autres. Le coût de la dégradation pourrait être traité comme une perte de valeur
des services rendus par l?écosystème, ce qui impliquerait de définir ce que serait un écosystème
en bon état écologique, un écosystème dégradé, et nécessiterait d?évaluer en termes monétaires
les valeurs économiques des écosystèmes marins dans les deux états, afin d?établir la perte de
valeur liée à la dégradation.
Cette approche présente deux limites :
o d?une part, elle suppose de disposer de la capacité d?évaluer en termes monétaire la totalité
des services rendus par les écosystèmes marins (la littérature recense au moins une
cinquantaine de services potentiels), qui plus est en considérant deux états différents de ces
écosystèmes ;
o d?autre part, elle suppose de raisonner par rapport à un état de référence hypothétique,
assimilée à ce stade au « bon état écologique » au sens de la DCSMM, alors que les critères
définissant le bon état écologique sont encore en élaboration (en toute rigueur, la logique
de cette approche strictement économique aurait été de choisir pour état de référence celui
qui maximise la valeur monétaire des services rendus par les écosystèmes marins)
Mais l?analyse du coût de la dégradation peut aussi être traitée par l?étude des coûts comptables
supportés par la société et liés à la dégradation (avérée, perçue ou potentielle) du milieu marin.
Cette approche consiste à évaluer les coûts associés au dispositif de suivi, d?évitement et
d?atténuation de la dégradation du milieu marin, compte tenu des objectifs de préservation qui
sont actuellement visés, et que la DCSMM se propose de réviser en redéfinissant le « bon état
écologique ». L?analyse des coûts liés au dispositif de gestion actuel doit être complétée par une
estimation des impacts résiduels, qui permettra d?en mesurer l?efficacité. L?évaluation du dispositif
actuel de protection de la qualité du milieu marin posera alors les bases d?une future réflexion sur
le « bon état écologique » qui aboutira à en réviser et en compléter les objectifs. Les autorités
compétentes françaises ont retenu cette deuxième approche car elle offre de meilleurs garanties
tant en terme de disponibilité et de fiabilité des données qu?en terme d?utilité pour la réflexion
collective qui devra s?engager pour préparer le futur programme de mesures.
Cette méthodologie consiste à évaluer des coûts liés à une dégradation du milieu marin, qui peut
être passée, présente ou potentielle. Elle permet de recenser un ensemble de chiffres et d?ordres
de grandeur, économiques ou non, qui pourront facilement être mobilisés ou actualisés pour la
suite de la mise en oeuvre de la DCSMM. Cette méthodologie permettra enfin de prendre en
compte des considérations économiques et sociales au moment d?alimenter les analyses « coûts-
avantages » et/ou les analyses « coût-efficacité » des mesures à définir d?ici 2015.
Organisation de l?analyseOrganisation de l?analyseOrganisation de l?analyseOrganisation de l?analyse. L?analyse est organisée par thèmes de dégradation. La notion de
« dégradation » s?entend au regard des objectifs de gestion actuels. ?une référence qui est
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implicitement le « bon état écologique » (BEE), décrit par les «descripteurs » de l?annexe 1 de la
DCSMM. La liste de thèmes de dégradations a été établie en prenant compte la liste de
descripteurs du futur « bon état écologique » (BEE) figurant à l?annexe 1 de la DCSMM, mais aussi
la liste de « pressions et impacts » de l?évaluation initiale, l?organisation des dépenses liées à la
protection du milieu et la littérature scientifique. Un thème de dégradation important, d?ordre
principalement sanitaire et qui ne fait pas l?objet d?un descripteur du bon état écologique, est
néanmoins traité : celui de l?introduction d?organismes pathogènes microbiens.
L?organisation de l?AES du coût de la dégradation s?appuie donc sur les thèmes de dégradation
listés ci-dessous, leur lien avec les « descripteurs » définissant le BEE étant rappelé pour mémoire :
o déchets marins ; lien avec le descripteur 10 (déchets marins) du BEE ;
o micropolluants ; lien avec les descripteurs 8 (contaminants et pollution, effets écologiques)
et 9 (contaminants dans les denrées alimentaires) du BEE ;
o organismes pathogènes microbiens ; lien avec la pression « introduction d?organismes
pathogènes microbiens » de l?analyse des pressions et impacts ;
o marées noires et rejets illicites d?hydrocarbures ; lien avec les descripteurs 8 (contaminants
et pollution, effets écologiques) et 9 (contaminants dans les denrées alimentaires) du BEE ;
o eutrophisation ; lien avec le descripteur 5 (« eutrophisation ») du BEE ;
o espèces non-indigènes invasives ; lien avec le descripteur 2 (« espèces non indigènes ») du
BEE ;
o dégradation des ressources biologiques exploitées ; lien avec le descripteur 3 (état des
espèces exploités) du BEE ;
o perte de biodiversité et perte d?intégrité des fonds marins ; lien avec les descripteurs du
BEE : descripteur 6 (intégrité des fonds marins), descripteur 1 (biodiversité) et descripteur 4
(réseaux trophiques) du BEE ;
o introduction d?énergie dans le milieu et modifications du régime hydrologique ; lien avec les
descripteurs 11 (énergie) et 7 (hydrographie) du BEE.
Typologie des coûts.Typologie des coûts.Typologie des coûts.Typologie des coûts. Le tableau suivant présente la typologie de coûts développée et utilisée par
les référents-experts afin d?analyser les coûts liés à la dégradation du milieu marin. Ces différents Ces différents Ces différents Ces différents
types de coûts ne doivent pas être agrégéstypes de coûts ne doivent pas être agrégéstypes de coûts ne doivent pas être agrégéstypes de coûts ne doivent pas être agrégés. En effet, ils sont de natures différentes :
o certains coûts sont des coûts comptables annuels (notamment des dépenses) ;
o d?autres sont des pertes de bénéfices, marchands et non marchands, par rapport à une
référence ;
o de plus, les coûts des mesures d?action positive en faveur de l?environnement (évitement,
prévention), ou les coûts de suivi, font partie de l?analyse : de ce fait, il ne faut pas
considérer que l?ensemble des coûts ont vocation à être diminués dans le cadre de la
directive.
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Typologie des coûts supportés par la société et liés à laTypologie des coûts supportés par la société et liés à laTypologie des coûts supportés par la société et liés à laTypologie des coûts supportés par la société et liés à la dégradation du milieu marin dégradation du milieu marin dégradation du milieu marin dégradation du milieu marin
(dégradation avérée, perçue ou potentielle)(dégradation avérée, perçue ou potentielle)(dégradation avérée, perçue ou potentielle)(dégradation avérée, perçue ou potentielle)
1111---- Coûts de suivi et d?information Coûts de suivi et d?information Coûts de suivi et d?information Coûts de suivi et d?information
Coûts associés à la collecte d?information, à la recherche
appliquée, aux suivis scientifiques associés à une
dégradation, à la mise en place de règles de prévention et
de gestion environnementale, au contrôle du respect de ces
règles
- Coûts des réseaux de suivis (REPHY, REMI,
etc.);
- Budgets de recherche sur la protection du
milieu marin (en lien avec une dégradation);
2222---- Coûts des actions positives en faveur de Coûts des actions positives en faveur de Coûts des actions positives en faveur de Coûts des actions positives en faveur de
l?environnement l?environnement l?environnement l?environnement
Coûts liés à la prévention prévention prévention prévention de la dégradation et à l?évitement évitement évitement évitement
de la dégradation du milieu marin, y compris les
investissements, les incitations économiques et les mesures
de gestion visant la protection du milieu marin
- Coûts des mesures de prévention (tel que
l?épuration des eaux continentales, la
réduction des flottes de pêche);
- Coûts des programmes de sensibilisation à
des pratiques responsables
- Coûts de gestion des Aires Marines
Protégées
Coûts ?e
Coûts ?e
Coûts ?e
Coûts ?e xx xx -- -- ante?
ante?
ante?
ante? : peuvent augm
enter
: peuvent augm
enter
: peuvent augm
enter
: peuvent augm
enter
Coûts com
pt
Coûts com
pt
Coûts com
pt
Coûts com
pt ables
ables
ables
ables
3333----Coûts d?atténuation des impacts constatés (ou coûts Coûts d?atténuation des impacts constatés (ou coûts Coûts d?atténuation des impacts constatés (ou coûts Coûts d?atténuation des impacts constatés (ou coûts
curatifs) curatifs) curatifs) curatifs)
Coûts associés à la restauration de la qualité du milieu marin
et à la protection de la population humaine contre les
impacts de la dégradation.
- Coût du ramassage des algues vertes ou des
hydrocarbures (marées noires), coût
d?extraction d?individus d?espèces invasives
(crépidules, caulerpes);
- Coûts de la restauration d?un écosystème
côtier;
4444---- Impacts résiduels et Impacts résiduels et Impacts résiduels et Impacts résiduels et éventuels coûts associéséventuels coûts associéséventuels coûts associéséventuels coûts associés
Conséquences de la dégradation du milieu marin en termes
de pertes de bénéfices (ou de surcoûts) pour les activités
marchandes, de pertes d?aménités pour les activités
récréatives et d?impacts sur la santé humaine.
(peut partiellement s?appuyer sur l?AES de l?utilisation)
- Manque à gagner des pêcheurs liés à la
dégradation des ressources exploitées;
Réduction des bénéfices (pour les
conchyliculteurs ou pour les hôteliers) liée à
l?eutrophisation;
- Mécontentement devant la situation des
« marées vertes »;
Coûts ?ex
Coûts ?ex
Coûts ?ex
Coûts ?ex -- -- post?
post?
post?
post? : devraient dim
inuer
: devraient dim
inuer
: devraient dim
inuer
: devraient dim
inuer
Les trois premières catégories de coûts sont de nature comptable et monétaire : ils sont
renseignés, autant que possible, sous forme de coûts annuels : soit sur une année typique et
récente, soit sur une moyenne d?années récentes, selon les cas (et la pertinence de ces
approches).
La quatrième catégorie, les « coûts des impacts résiduels », renseigne les impacts subis par la
société malgré les mesures déjà prises (d?où le terme « résiduel »). Bien souvent, ces coûts ne
peuvent être monétarisés (par exemple, le mécontentement de la population) : ils sont alors
exprimés, soit dans l?unité qui convient à leur description, soit de manière qualitative. Traiter la
question des impacts résiduels revient donc à estimer, lorsque cela est possible, une « perte de
bénéfices », mais sans qu?il soit nécessaire d?utiliser des scénarios d?évolution des écosystèmes ni
des hypothèses sur la valeur des services écosystémiques, ou plus simplement à estimer l?écart par
rapport aux objectifs actuels de préservation du milieu marin (respect d?une norme, limitation des
occurrences d?évènements critiques).
Les coûts de suivi et d?information ainsi que les coûts des actions positives (évitement, prévention)
devraient augmenter avec la mise en place de la DCSMM alors que les coûts d?atténuation et les
coûts des impacts résiduels devraient diminuer en conséquence de l?atteinte du bon état
écologique.
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RésultatsRésultatsRésultatsRésultats
L?analyse économique et sociale, coordonnée par l?agence des aires marines protégées et L?analyse économique et sociale, coordonnée par l?agence des aires marines protégées et L?analyse économique et sociale, coordonnée par l?agence des aires marines protégées et L?analyse économique et sociale, coordonnée par l?agence des aires marines protégées et
réalisée paréalisée paréalisée paréalisée par un réseau d?experts français, est actuellement en phase de concertation, sous la r un réseau d?experts français, est actuellement en phase de concertation, sous la r un réseau d?experts français, est actuellement en phase de concertation, sous la r un réseau d?experts français, est actuellement en phase de concertation, sous la
responsabilité des autorités compétentes, au niveau des sousresponsabilité des autorités compétentes, au niveau des sousresponsabilité des autorités compétentes, au niveau des sousresponsabilité des autorités compétentes, au niveau des sous----régions marines. Les résultats régions marines. Les résultats régions marines. Les résultats régions marines. Les résultats
chiffrés inclus dans cette présentation ont pour seule vocation d?illustrer la méchiffrés inclus dans cette présentation ont pour seule vocation d?illustrer la méchiffrés inclus dans cette présentation ont pour seule vocation d?illustrer la méchiffrés inclus dans cette présentation ont pour seule vocation d?illustrer la méthodologie qui thodologie qui thodologie qui thodologie qui
a été développée, mais ne peuvent être considérés comme les résultats définitifs de a été développée, mais ne peuvent être considérés comme les résultats définitifs de a été développée, mais ne peuvent être considérés comme les résultats définitifs de a été développée, mais ne peuvent être considérés comme les résultats définitifs de
l?analyse.l?analyse.l?analyse.l?analyse.
Au niveau national, et pour l?ensemble des thèmes de dégradation, il a été recensé, en moyenne
annuelle, 228 M¤ de coûts de suivi et d?information, 1 701 M¤ de coûts des actions positives en
faveur de l?environnement, et seulement 72 M¤ de coûts d?atténuation des impacts, sans tenir
compte des coûts du ramassage des déchets, qui n?ont pu être évalués précisément mais
pourraient être plus élevés que les précédents. Les coûts des impacts résiduels ne peuvent être
quantifiés monétairement, seul le coût (annualisé) associé aux marées noires a été estimé, à
19 M¤. Cette répartition montre donc une large prédominance des coûts des actions positives en
faveur de l?environnement. Cela s?explique par le fait que ces coûts incluent une partie des
dépenses liées au traitement des eaux usées des ménages et des industriels, qui, vue du milieu
marin, est une action de prévention de la dégradation de ce milieu.
Parmi les coûts de suivi et d?information, ainsi que parmi les coûts des actions positives, plus des
deux tiers sont liés à des dépenses relatives aux thèmes de dégradation suivants : les
micropolluants, les pathogènes microbiens, la dégradation des ressources halieutiques, et
l?eutrophisation.
Les coûts d?atténuation sont assez faibles. 41 % d?entre eux sont associés à la perte de biodiversité
et d?intégrité des fonds marins (ex : mesures de compensation volontaire et réglementaire) et
26 % aux marées noires (ex : nettoyage).
Par exemple, au niveau de la sous-région marine Manche?Mer-du-Nord, on peut retenir qu?en ce
qui concerne les coûts de suivi et d?information liés à la dégradation du milieu marin, les coûts liés
aux suivis des micropolluants et à la dégradation de la biodiversité sont les coûts majoritaires en
raison de :
o la forte industrialisation des bassins versants et en conséquence des coûts relativement
importants d?actions positives liés au traitement des eaux usées industrielles.
o le coût relativement élevé du suivi associé aux travaux portuaires et à leurs mesures
compensatoires.
Les coûts liés aux actions positives en faveur de l?environnement dans cette sous-région marine
sont majoritairement composés de dépenses liés au traitement de l?eau, pour limiter les
organismes pathogènes microbiens (traitement des eaux usées d?habitation) et les micropolluants
(traitement des eaux usées industrielles). La part des coûts associés aux micropolluants est un peu
plus élevée dans cette sous-région marine que dans les autres, en raison de l?importance relative
de son industrialisation.
Les coûts liés à l?atténuation des impacts constatés sur le milieu marin concernent notamment la
préservation de la biodiversité et sont associés aux mesures compensatoires dans les ports
maritimes de la sous-région marine. Le littoral de Manche?Mer-du-Nord se distingue, en outre, par
l?apparition de « marées vertes » (échouages d?algues dus à l?eutrophisation du milieu) et par
plusieurs accidents maritimes ayant causé des marées noires, ce qui a engendré des coûts
d?atténuation des impacts relativement importants associés au ramassage des algues et des
hydrocarbures. Enfin, les dépenses associées au ramassage des déchets sur les plages sont
également un coût d?atténuation des impacts de la dégradation du milieu marin, qui n?a pu être
évalué précisément mais qui se compte typiquement en milliers d?euros par kilomètre de plage et
par an, et en dizaines de millions d?euros à l?échelle de la sous-région marine, supportés
essentiellement par les collectivités territoriales.
Les coûts des impacts résiduels ne sont pas estimés en termes monétaires (à l?exception des
marées noires). Afin de qualifier ces coûts, il est possible de distinguer les coûts liés aux :
o pertes économiques (ou manques à gagner) par les activités marchandes : en Manche-mer
du Nord, le secteur de la pêche est ainsi clairement affecté par la dégradation des
ressources halieutiques, le secteur conchylicole, par la dégradation de la qualité de l?eau et
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une certaine surcharge des bassins d?exploitation, le secteur du tourisme, par le phénomène
des marées vertes en Bretagne nord, et par la présence de déchets sur les plages, mais les
valeurs de ces pertes économiques sont très difficiles à quantifier. Beaucoup d?activités et
notamment la pêche, la conchyliculture, et la production d?énergie, sont affectées par la
présence de déchets en mer. Dans la sous-région marine, touchée par quatre marées noires
significatives depuis 1967, surtout celle de l?Amoco Cadiz en 1978, les pertes économiques
dues aux marées noires sont estimés à environ 4,4 M¤ en moyenne annuelle.
o pertes d?agrément et de satisfaction (« pertes d?aménités ») : selon une enquête menée en
2011, les citoyens français se disent très majoritairement préoccupés par l?état de santé du
milieu marin. Parmi les usagers du littoral de Manche?Mer-du-Nord, la moitié environ
estiment que la sous-région marine est en « assez mauvaise » ou « très mauvaise » santé.
Près de 80 % d?entre eux se disent gênés par les déchets et les traces de mazout sur les
plages, et 83 % et 44 % ont respectivement été confrontés à ces problèmes, et 51 % à la
présence d?algues vertes. 37 % des usagers de Manche?Mer-du-Nord déclarent avoir été
confrontés à des pollutions ayant entrainé des interdictions de baignade. Ces
mécontentements ne peuvent être traduits en terme monétaire, mais ils sont des leviers
très importants de l?action publique.
o impacts sur la santé et la sécurité humaine : malgré les suivis rigoureux et les dispositifs
d?alerte et d?interdiction mis en place, il est certain que des cas de maladies diverses
interviennent à la suite de baignades en mer (cas probablement rares) ou de consommation
de fruits de mer contaminés. Il est très difficile de dénombrer ces cas. Par ailleurs, des cas,
rares mais emblématiques, d?intoxication due aux marées vertes, ont également été
rapportés ces dernières années en Bretagne du nord. D?autres impacts résiduels concernent
la sécurité des activités maritimes, notamment la navigation qui peut être affectée par la
présence de gros déchets flottants comme des conteneurs.
o impacts sur la biodiversité : la dégradation de la biodiversité, et des services « non
marchands » qu?elle rend (ex : production d?oxygène, régulation du climat, protection contre
les tempêtes, production de nourriture pour des espèces exploitées ...) sont aussi des
formes d?impact sur la société, qu?il est difficile d?estimer en termes monétaires, mais aussi
en termes strictement écologiques, ce qui est l?objet du volet « pressions et impacts » de
l?évaluation.
La directive DCSMM mettant en place un processus itératif d?évaluation, de suivi et d?action,
certains besoins ont d?ores et déjà pu être identifiés par les experts ayant contribué à l?AES de
l?évaluation initiale. Ils concernent notamment:
a) le développement du cadre méthodologique afin qu?il puisse alimenter en particulier les
analyses économiques des mesures de la directive;
b) le développement d?un système de suivi offrant une vision plus intégrée entre les
indicateurs socio-économiques des usages, leurs contributions aux pressions et impacts sur
le milieu marin et littoral et l?évaluation des coûts liés à la dégradation.
RéférencesRéférencesRéférencesRéférences
Harold LEVREL et al., The costs of environmental degradation in the Marine Strategy Framework
Directive: the French case study, à paraître
http://wwz.ifremer.fr/dcsmhttp://wwz.ifremer.fr/dcsmhttp://wwz.ifremer.fr/dcsmhttp://wwz.ifremer.fr/dcsmm/Documentsm/Documentsm/Documentsm/Documents----dededede----references/Niveaureferences/Niveaureferences/Niveaureferences/Niveau----francais/Evaluationfrancais/Evaluationfrancais/Evaluationfrancais/Evaluation----
initiale/Contributionsinitiale/Contributionsinitiale/Contributionsinitiale/Contributions----thematiquesthematiquesthematiquesthematiques
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Atelier n°4 : Coûts et bénéfices des
politiques de traitement de déchets
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MarieMarieMarieMarie----Emilie MOLLARET Emilie MOLLARET Emilie MOLLARET Emilie MOLLARET ???? Une méthode pour le couplage ACB / Une méthode pour le couplage ACB / Une méthode pour le couplage ACB / Une méthode pour le couplage ACB /
ACV : application au cas du traiteACV : application au cas du traiteACV : application au cas du traiteACV : application au cas du traitement des ordures ménagères ment des ordures ménagères ment des ordures ménagères ment des ordures ménagères
résiduellesrésiduellesrésiduellesrésiduelles
MarieMarieMarieMarie----Emilie MOLLARETEmilie MOLLARETEmilie MOLLARETEmilie MOLLARET est économiste, chargée de recherches à l?Institut
national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et
l'agriculture (IRSTEA, ex-Cémagref). L?étude présentée a été réalisée avec le
concours de Marc BAUDRY, Lynda AISSANI, André LE BOZEC et Agathe MUSELET.
IntroductionIntroductionIntroductionIntroduction
Life Cycle Assessment (LCA) in Waste Management (WM) is one of the most applied method for
the environmental planning at a local or regional scale. This tool allows comparison of scenarios
according to their different impacts. It provides a prospective and a multicriteria environmental
analysis when using a midpoint characterisation method. However, this one is hardly well-used by
decision makers because it does not give clear-cut results, like a single score, to simplify choices.
Two questions arise from this fact. Firstly, how can decision makers balance the different impacts
obtained from LCA? Secondly, what role do environmental impacts play in project valuations that
take into account economic and social interests too? These issues come down to the following
problematic: How to weight environmental impacts in order to compare them and to insert them
into a global assessment like Cost-Benefit Analysis (CBA)? Precisely, the implementation of a
monetisation method can be seen as a possibility to weight theses impacts and to establish a
hierarchy of WM scenarios to help decision-making. Nevertheless, a methodology is lacking in
choosing on the one hand the kind of impacts to be monetised and on the other hand one or
several suitable monetisation methods [1].
The aim of this work is to explain the adaptability approach of a monetisation method which is
currently not much used for environmental impacts that are assessed in LCA [2]. It is based on
Choice Experiment, a stated preferences monetisation method. In addition to the explanation of
the implemented methodology, this presentation will:
o point out the specificities that are linked to the method adaptability,
o analyse the results, namely the marginal Willingness-To-Pay (WTP) for each impact
category,
o go through results and method limits,
o finally discuss the further needs and developments to use such methods for environmental
impacts.
MethodologyMethodologyMethodologyMethodology
Contrary to classical monetisation methods, which are mainly based on damages or on emissions
costs, we propose to monetise environmental impacts from LCA. The originality of the method
relies on a simultaneous monetisation of different impacts with a unique valuation process. At first,
the unit monetary values provide a system of impacts weighting. Then they are coupled with
previous LCA results of WM scenarios in order to establish a hierarchy between them.
BackgroundBackgroundBackgroundBackground
Our explanatory approach begins with an environmental impact assessment of four WM scenarios
with LCA: a benchmark scenario (incineration) and three Mechanical Biological Treatment (MBT)
alternatives. WM systems are limited to residual waste and biowaste flows and take into account
collection, transport, treatment, refusal management and by-products recovery. According to the
CML method, only three midpoint impact categories, which seem to represent major issues in WM,
are studied: Global Warming Potential (GWP), Human Toxicity Potential (HTP) and Abiotic Depletion
Potential (ADP). The LCA implementation led us to environmental impacts quantification.
Then, we propose to adapt the Choice Experiment (CE) to obtain monetary values from
environmental impacts. This method requires to design a survey with choice cards and then to
submit it to a population sample. People are asked to choose scenarios according to their attributes
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but do not have to directly express their Willingness-To-Pay (WTP). An econometric analysis of the
survey results provides marginal WTPs for each attribute variation. At last, these WTP are coupled
with LCA score impacts in order to give an environmental monetary assessment for each waste
management scenario.
ImplementationImplementationImplementationImplementation
We construct an experimental design made up of choice cards. Three WM scenarios are presented
on each choice card: two alternatives and a benchmark scenario corresponding to the LCA
benchmark scenario. Each scenario is defined with three environmental impacts-called
?attributes?- which are ADP, HTP and GWP, and a monetary attribute based on French WM fees.
Each attribute can take several levels. All these levels are combined to construct arbitrary WM
scenarios, disconnected from existing situations and previous LCA MBT scenarios.
Then, our experiment was led on a sample of one hundred persons with, for each respondent, a
choice exercise on six different choice cards and a further survey on his environmental behaviour,
and socio-economic information. We finally chose a Mixed Logit Model which takes into account
individual heterogeneity to estimate marginal Willingness-To-Pay (WTP) for each impact category.
Results and ConclusionResults and ConclusionResults and ConclusionResults and Conclusion
The figure below presents marginal WTPs for the GWP impact. Theses results stress the existence
of an important intra impact dispersion of individual WTPs, with some negative values and some
extreme values. This WTPs dispersion highlights an individual heterogeneity in the perception of
environmental issues which should be taken into account in the consensus quest for public
decision.
PerspectivePerspectivePerspectivePerspective
The econometric model could be improved with the integration of a scale parameter in order to
avoid negative values of WTPs and to provide better results concerning individual heterogeneity. In
a further research, it would be also interesting to take into account and to assess the effects of
uncertainty on the estimated WTPs.
ReferencesReferencesReferencesReferences
[1] Ahlroth S, Nilsson M, Finnveden G, Hjelm G, Hochschorner E. 2011. Weighting and valuation in
selected environmental systems analysis tools- suggestion for further developments. J Cleaner
Production 19:145-156.
[2] Hoyos D. 2010. The state of the art of environmental valuation with discrete choice
experiment. Ecological Economics 69:1595-1603.
Willingness-To-Pay of Global Warming Potentiel Im pact
0,0%
10,0%
20,0%
30,0%
40,0%
50,0%
60,0%
<-2 [-2;0[ [0;0,5[ [0,5;1[ [1;1,5[ [1,5;2[ [2;2.5[ [2,5;3[ [3;3.5[ [3,5;4[ >4
intervals of WTPs in ¤/ percentage of impact increa se
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Doris NICKLAUS, Arthur KATOSSKY Doris NICKLAUS, Arthur KATOSSKY Doris NICKLAUS, Arthur KATOSSKY Doris NICKLAUS, Arthur KATOSSKY ???? Les bénéfices Les bénéfices Les bénéfices Les bénéfices
environnementaux de différents scénarioenvironnementaux de différents scénarioenvironnementaux de différents scénarioenvironnementaux de différents scénarios de prévention et de s de prévention et de s de prévention et de s de prévention et de
gestion de fin d'usage des déchets des équipements électriques et gestion de fin d'usage des déchets des équipements électriques et gestion de fin d'usage des déchets des équipements électriques et gestion de fin d'usage des déchets des équipements électriques et
électroniques électroniques électroniques électroniques
Doris NICKLAUSDoris NICKLAUSDoris NICKLAUSDoris NICKLAUS, ingénieure des ponts, des eaux et des forêts, agro-
économiste, est chef du bureau de l?évaluation des politiques des risques, de
l?eau, et des déchets, et spécialiste de l?évaluation économique des politiques
en matière de déchets.
Arthur KATOSSKYArthur KATOSSKYArthur KATOSSKYArthur KATOSSKY, économiste, statisticien, est chargé de mission en économie
de l?environnement au sein du CGDD, spécialisé dans les techniques
économétriques d'analyse du comportement des ménages.
En 2010, presque 600 millions d?appareils électriques et électroniques ménagers ont été mis sur
le marché en France et ce volume continue à augmenter. Or chaque étape du cycle de vie de ces
équipements (fabrication, utilisation et élimination) a des impacts environnementaux. Une filière
de traitement dédiée, dite « filière D3E » est en place depuis 2006 (Encadré 1). L?allongement
de la durée d?usage (réparation, réutilisation, ?), des choix d?achats plus responsables ou une
meilleure conception des produits peuvent réduire considérablement la consommation des
ressources non renouvelables (métaux, énergies fossiles) et les émissions de polluants associées
à cette consommation. C?est également le cas du recyclage et dans une moindre mesure de
l?incinération avec récupération d?énergie. L?étude de la fin d?usage de cinq types d?appareils
(réfrigérateurs, lave-linge, téléviseurs, ordinateurs et cafetières électriques) permet de
hiérarchiser les modes de gestion selon leurs impacts (Encadré 2) environnementaux et
d?identifier des leviers d?action permettant de les réduire.
Encadré 1 Encadré 1 Encadré 1 Encadré 1 ???? La filière « La filière « La filière « La filière « D3ED3ED3ED3E »»»»
Les « équipements électriques et électroniques » (EEE) mis sur le marché en 2010 approchent les 600 millions d?unités et
dépassent les 1,4 millions de tonnes, que l?on peut décomposer en : 800 000 tonnes de gros électroménager (cuisinières,
lave-linge, réfrigérateurs?) ; presque 200 000 tonnes de petit électroménager (mixeurs, sèche-cheveux?) et de matériel
grand public (appareils-photo, réveils?) ; environ 100 000 tonnes d?appareils informatiques et de télécommunication
(ordinateurs, téléphones, imprimantes?), d?outils (perceuses, ponceuses?) et de jouets (trains électriques, consoles?).
Ces équipements, en fin d?usage, deviennent des « déchets d?équipements électriques et électroniques » (D3E).
Mise sur le marché et collecte des appareils électriques et électroniquesMise sur le marché et collecte des appareils électriques et électroniquesMise sur le marché et collecte des appareils électriques et électroniquesMise sur le marché et collecte des appareils électriques et électroniques
SourceSourceSourceSource :::: Rapport annuel sur la mise en oeuvre de la réglementation sur les déchets d?équipements électriques et
électroniques (ADEME, septembre 2011)
Pour collecter et traiter les D3E, une filière dédiée est opérationnelle en France depuis novembre 2006 en alternative à la
filière « classique » des « ordures ménagères résiduelles » (incinération et mise en décharge). La filière D3E, mise en
place par le décret n° 2005-829 du 20 juillet 2005 transposant la directive 2002/96/CE du 27 janvier 2003 dite « directive
D3E », privilégie au contraire le recyclage et la réutilisation. Elle repose sur le principe de « responsabilité élargie des
producteurs », qui impose aux fabricants nationaux, aux importateurs d?appareils ainsi qu?aux distributeurs (pour les
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Commissariat général au développement durable ? Service de l?économie, de l?évaluation et de l?intégration du développement durable | | | | 51
appareils vendus sous leur marque) de prendre en charge la collecte sélective puis le traitement des déchets issus de ces
appareils. Depuis sa mise en place, la collecte sélective augmente rapidement, passant de 160 tonnes en 2007 à presque
420 tonnes en 2010, équivalant à 30 % de la quantité mise sur le marché à cette même date.
Répartition des appareils électriques et électRépartition des appareils électriques et électRépartition des appareils électriques et électRépartition des appareils électriques et électroniques en fin d?usage entre les filières officielles en 2010 (en roniques en fin d?usage entre les filières officielles en 2010 (en roniques en fin d?usage entre les filières officielles en 2010 (en roniques en fin d?usage entre les filières officielles en 2010 (en
tonnes) tonnes) tonnes) tonnes)
SourceSourceSourceSource :::: Envie, Emaüs ; Rapport annuel sur la mise en oeuvre de la réglementation sur les déchets d?équipements
électriques et électroniques (ADEME, septembre 2011)
La filière D3E ne reçoit cependant, via la collecte sélective, qu?une partie des déchets électriques et électroniques, car il
existe de nombreuses « fuites ». Si la quasi-totalité du gros électroménager est collecté, en revanche près de 90 % des
cafetières et plus de 70 % des téléviseurs empruntent encore la filière des ordures ménagères. Par ailleurs, une quantité
inconnue mais non négligeable de déchets est traitée par des filières illégales (décharge sauvage, exportation).
Prévention, recyclage, éliminationPrévention, recyclage, éliminationPrévention, recyclage, éliminationPrévention, recyclage, élimination : une hiéra: une hiéra: une hiéra: une hiérarchie confirméerchie confirméerchie confirméerchie confirmée
Sur le plan environnemental, la prévention est préférable au recyclage, et le recyclage plus
avantageux que l?incinération et la mise en décharge. La prévention quantitative consiste à
réduire la quantité de déchets produits, par exemple en favorisant la réutilisation des appareils
usagés via la filière dédiée. Cette hiérarchie des modes de traitements ? prévention quantitative,
recyclage, incinération / mise en décharge ? est clairement démontrée dans le cas des
ordinateurs portables (Graphique 1). Les principaux bénéfices environnementaux résultent de la
diminution de la consommation de ressources minérales et énergétiques fossiles :
o la réutilisation réduit le nombre d?appareils neufs et la consommation de ressources
associée ;
o le recyclage fournit une offre alternative en minéraux et plastiques ;
o l?incinération, lorsqu?elle est équipée pour la récupération énergétique, fournit une
offre alternative d?énergie.
Seule la mise en décharge présente un bilan environnemental clairement négatif.
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Graphique 1 Graphique 1 Graphique 1 Graphique 1 ???? Hiérarchie des modes de gestion des ordinateurs en fin d?usage Hiérarchie des modes de gestion des ordinateurs en fin d?usage Hiérarchie des modes de gestion des ordinateurs en fin d?usage Hiérarchie des modes de gestion des ordinateurs en fin d?usage
(en euros par tonne d?ordinateurs portables en fin d?usage)(en euros par tonne d?ordinateurs portables en fin d?usage)(en euros par tonne d?ordinateurs portables en fin d?usage)(en euros par tonne d?ordinateurs portables en fin d?usage)
LectureLectureLectureLecture :::: Réutiliser une tonne d?ordinateurs portables en fin d?usage (1) par la filière dédiée crée un bénéfice
environnemental de 25 000 ¤. La réutilisation est plus intéressante que le recyclage (+ 14 000 ¤) et le
recyclage que l?incinération (2) (+ 1 000 ¤ ). La mise en décharge est l?option la moins avantageuse (bénéfice
nul). La hiérarchie se retrouve avec toutes les méthodes d?agrégation et est robuste aux hypothèses de
modélisation. NotesNotesNotesNotes :::: Voir Encadré 2 pour les définitions et précautions méthodologiques, notamment sur la
toxicité. (1) En négligeant les étapes de collecte et de redistribution des appareils, la réutilisation est
équivalente à un allongement de la durée d?utilisation. (2) Incinération équipée pour la récupération
d?énergie. SourceSourceSourceSource :::: CGDD & Intertek-RDC
Cette hiérarchie se retrouve pour l?ensemble des appareils étudiés à quelques exceptions près.
Ainsi, dans le cas des réfrigérateurs, la réutilisation a un bilan meilleur que le recyclage, sauf
lorsque le réfrigérateur réutilisé appartient à une classe énergétique inférieure à l?appareil qui
aurait été acquis autrement. Par exemple, il est positif pour l?environnement qu?une personne
disposée à acheter un réfrigérateur neuf de classe A acquière un réfrigérateur d?occasion de
classe A ou A+ ; mais pas de classe B ou inférieure. Autre exception : si la réutilisation exige une
réparation, les impacts de celle-ci (production de pièces de rechange, consommation
d?énergie?) doivent être comptés dans le bilan environnemental. Dans le cas général
cependant, la réutilisation permet souvent un équipement de meilleure qualité que l?achat neuf.
C?est ce que suggère une étude belge sur le marché de l?occasion (Le réemploi ? CRIOC, 2005).
Le choix du consommateur à l?origine d?importants bénéfices Le choix du consommateur à l?origine d?importants bénéfices Le choix du consommateur à l?origine d?importants bénéfices Le choix du consommateur à l?origine d?importants bénéfices
environnementauxenvironnementauxenvironnementauxenvironnementaux
Le meilleur bilan environnemental est celui de l?appareil qui n?a pas été produit : utiliser un
téléviseur plus petit, ou prolonger l?utilisation d?un ordinateur, permettent des bénéfices
environnementaux importants. En effet, la production d?un téléviseur plus petit nécessite moins
de matière, et son utilisation demande moins d?énergie. De même, prolonger l?utilisation d?un
ordinateur évite la production d?un nouvel appareil.
Dans le cas du choix d?un téléviseur plus petit (Graphique 2) le gain à l?étape de production (en
bleu) compense largement le surcoût en fin d?usage (en rouge sombre) alors qu?il faut
également compter le bénéfice d?une moindre consommation d?énergie pendant la phase
d?utilisation (en orange). Si un propriétaire d?un téléviseur LCD 42? optait plutôt pour un
téléviseur 32?, cette action serait à l?origine d?un bénéfice environnemental de 35 euros par
kilogramme de téléviseurs LCD 42? en fin d?usage ! Les choix des consommateurs peuvent ainsi
être à l?origine de bénéfices environnementaux importants.
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Graphique 2 Graphique 2 Graphique 2 Graphique 2 ???? Bénéfice environnemental de l?achat d?un téléviseur LCD de plus petite dimensi Bénéfice environnemental de l?achat d?un téléviseur LCD de plus petite dimensi Bénéfice environnemental de l?achat d?un téléviseur LCD de plus petite dimensi Bénéfice environnemental de l?achat d?un téléviseur LCD de plus petite dimensionononon
(en euros par tonne de téléviseurs LCD 42? en fin d?usage) (en euros par tonne de téléviseurs LCD 42? en fin d?usage) (en euros par tonne de téléviseurs LCD 42? en fin d?usage) (en euros par tonne de téléviseurs LCD 42? en fin d?usage)
LectureLectureLectureLecture :::: Un tonne de téléviseurs usagés LCD 42? contient un nombre n de téléviseurs. Produire n téléviseurs
LCD 32? plutôt que n 42? permet de réduire la quantité de ressources mobilisées et est donc bénéfique pour
l?environnement (+ 12 000 ¤). Utiliser le même nombre de téléviseurs 32? (plutôt que des 42?) permet
également de réduire la consommation d?énergie (+ 24 000 ¤). Dans le même temps, n téléviseurs 32?
usagés génèrent moins de déchets que n 42?. Ce sont autant de déchets qui ne peuvent être recyclées ou
réutilisés, d?où un léger surcoût en fin d?usage. NoteNoteNoteNote :::: L?analyse repose sur l?hypothèse que tous les
téléviseurs sont recyclés par la filière agréée. SourceSourceSourceSource :::: CGDD & Intertek-RDC
PistePistePistePistes pour renforcer l?efficacité environnementale des actions de préventions pour renforcer l?efficacité environnementale des actions de préventions pour renforcer l?efficacité environnementale des actions de préventions pour renforcer l?efficacité environnementale des actions de prévention
? Augmenter l'efficacité énergétique globale des appareils les plus énergivores pendant leur
phase d?utilisation :
? en favorisant l?accès à des appareils plus performants, notamment en développant les
filières de réutilisation, qui rendent possible un meilleur équipement des foyers modestes.
Une meilleure connaissance de la clientèle des filières formelles et informelles de
réutilisation permettrait de préciser ce point.
? en décourageant l?usage des appareils les moins performants, lorsque la phase
d?utilisation est prépondérante sur l?ensemble du cycle de vie. Pour ces appareils,
l?opportunité d?un système de « prime à la casse » devrait être étudiée.
? en favorisant les procédures d?évaluation et de maintenance de la performance
énergétique des appareils en usage (contrats de maintenance, changement périodique des
joints des réfrigérateurs?)
? Inciter à un usage prolongé des appareils dont la part de la production dans le bilan
environnemental global de l?appareil est élevé, comme les ordinateurs ou les téléviseurs. Cette
mesure est intéressante même en l?absence d?amélioration de la performance énergétique en
phase d?utilisation.
Ces préconisations doivent cependant être inscrites dans un cadre plus général de réflexion
autour de la robustesse et de la possibilité de réparation des produits ainsi que du coût de mise
en oeuvre de ces politiques.
Le recyclage est positif pour l?environnement, en réduisant l?utilisation de Le recyclage est positif pour l?environnement, en réduisant l?utilisation de Le recyclage est positif pour l?environnement, en réduisant l?utilisation de Le recyclage est positif pour l?environnement, en réduisant l?utilisation de
ressources naturellesressources naturellesressources naturellesressources naturelles
En complément de la prévention, le recyclage est préférable à l?incinération et à la mise en
décharge, car le recyclage augmente l?offre de matière première et évite ainsi l?extraction et la
transformation de matière première vierge. Même une incinération performante, qui valorise
l?énergie (électricité et chaleur) et/ou qui permet la récupération des résidus métalliques de
l?incinération, reste inférieure au recyclage.
Études & documents |||| n°78 |||| Novembre 2012
54 |||| Commissariat général au développement durable ? Service de l?économie, de l?évaluation et de l?intégration du développement durable
C?est le fait d?éviter la production de matières premières minérales vierges qui explique le bon
résultat du recyclage. Lorsqu?on essaie d?exprimer l?ensemble des impacts du recyclage sur une
échelle agrégée, par exemple pour les réfrigérateurs, la diminution de l?épuisement des
ressources représente entre 40 et 95 % (selon l?indicateur composite retenu) de l?impact total
du recyclage (Encadré 2). Le recyclage permet en effet d?éviter :
o la consommation et l?épuisement de ressources minérales (métaux, terres rares?) ;
o la consommation et l?épuisement de ressources énergétiques fossiles (pétrole, gaz?)
liée à l?extraction et à la première transformation de ces ressources minérales.
Mais cette moindre consommation de matière est également bénéfique pour l?environnement
de façon plus générale, car les économies d?énergies fossiles permettent à leur tour de réduire
les impacts liés à l?extraction, à la transformation et à la combustion de ces énergies.
Le bilan environnemental du recyclage des cafetières, par exemple, est positif pour les impacts
« effet de serre », « épuisement des ressources », « eutrophisation » et, dans une moindre
mesure, « destruction de la couche d?ozone ». Ce sont les étapes de recyclage des métaux
ferreux et non ferreux et, dans une moindre mesure, des plastiques qui contribuent le plus à ce
bon bilan environnemental.
La collectLa collectLa collectLa collecte sélectivee sélectivee sélectivee sélective : un levier important du bilan environnemental de la : un levier important du bilan environnemental de la : un levier important du bilan environnemental de la : un levier important du bilan environnemental de la
filière de fin d?usage.filière de fin d?usage.filière de fin d?usage.filière de fin d?usage.
La quasi-totalité du gros électroménager est dirigée vers le recyclage grâce à la collecte de ces
appareils, encombrants, par les distributeurs ou les collectivités (Encadré 1). En revanche, le taux
de collecte des petits appareils est encore faible, malgré l?obligation de reprise de l?ancien
appareil lors d?un nouvel achat.
Ainsi, près de 90 % des cafetières électriques et de 65 % des téléviseurs en fin d?usage sont
encore collectés avec les ordures ménagères en 2008, et donc incinérés ou mis en décharge.
Seules 13 % des cafetières arrivant en fin d?usage sont traitées par la filière de recyclage.
Atteindre un taux de collecte de 65 % en 2020 permettrait d?améliorer considérablement la
performance environnementale totale du traitement de fin d?usage. Ce constat peut être étendu
à la plupart des appareils dont le niveau actuel de collecte sélective est faible, comme les
ordinateurs ou les téléviseurs. Ceux-ci contiennent en outre des métaux à forte valeur
économique (or, argent, indium?) dont le recyclage peut être à l?origine de bénéfices
environnementaux conséquents et ce, même s?ils sont présents en plus faible quantité que
d?autres matières.
Pistes pour développer le Pistes pour développer le Pistes pour développer le Pistes pour développer le recyclagerecyclagerecyclagerecyclage
Favoriser la collecte sélective du petit électroménager, des ordinateurs et des téléviseurs, dont
le taux de collecte est plus faible que celui du gros électroménager.
Favoriser le recyclage de matériaux présents en quantité réduite dans les appareils, car le
bénéfice environnemental de leur recyclage peut s?avérer supérieur à celui de matériaux
présents en plus grande proportion. Néanmoins, la viabilité économique d?une filière de
recyclage de ces matériaux est à étudier.
Études & documents |||| n°78 |||| Novembre 2012
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Encadré 2 Encadré 2 Encadré 2 Encadré 2 ???? Méthodes, Méthodes, Méthodes, Méthodes, définitions et unités de mesuredéfinitions et unités de mesuredéfinitions et unités de mesuredéfinitions et unités de mesure
L?analyse de cycle de vie (ACV) est une méthode d?évaluation environnementale qui permet de quantifier les impacts
d?un procédé ? ici le traitement d?une tonne de déchets électriques et électroniques en fin d?usage ? en prenant en
compte tous les procédés amonts et avals qui lui sont nécessaires ? depuis l?extraction des matières premières jusqu?à
l?élimination de ses résidus.
Définition et mesure des impacts environnementauxDéfinition et mesure des impacts environnementauxDéfinition et mesure des impacts environnementauxDéfinition et mesure des impacts environnementaux
Dans une ACV, chaque catégorie d?impacts environnementaux est exprimée dans une unité propre :
? L?effet de serre est mesuré en kilogramme équivalent CO2.
? La destruction de la couche d?ozone en kilogramme équivalent CFCi11 (un gaz réfrigérant).
? L?eutrophisation (apport excessif de substances nutritives dans l?eau douce ou l?eau de mer) en kilogrammes
équivalent phosphate (un engrais).
? L?impact sur la santé humaine (toxicité humaine) ou sur la santé des écosystèmes (éco-toxicité) en « unité
toxique comparative ». Il s?agit respectivement de l?augmentation de la morbidité par kilogramme de polluant
émis pour la toxicité humaine, et de la fraction d?espèces potentiellement affectées pour l?écotoxicité.
? L?épuisement des ressources peut être mesuré de plusieurs façons, selon la définition donnée à la « rareté »
d?une ressource. Les deux méthodes utilisées ici font appel à deux définitions différentes :
o L?une considère les réserves ultimes (quantité supposée présente dans la croûte terrestre). Il s?agit
d?une définition particulièrement optimiste de la rareté.
o L?autre retient au contraire les réserves économiques (quantité avérée exploitable) en rapport avec
la consommation annuelle mondiale (et la tendance pour les années à venir).
Chaque étape du cycle de vie (collecte, démantèlement et broyage, recyclage, valorisation énergétique, mise en
décharge) est évaluée selon les impacts sus-cités.
Limites de la mesureLimites de la mesureLimites de la mesureLimites de la mesure
L?évaluation de la toxicité humaine et de l?écotoxicité doit être considérée avec beaucoup de réserve compte tenu de
l?incertitude et de l?incomplétude des méthodes d?évaluation actuellement disponibles. Dans le cas du recyclage par
exemple, la méthode utilisée, Usetox, attribue une place importante aux émissions de zinc vers l?air. Or le recyclage de
l?acier rejette plus de zinc vers l?air que sa production primaire, et le recyclage apparaît ainsi comparativement néfaste
pour la santé humaine. En fait, de nombreux autres polluants affectent potentiellement la santé, sans être comptabilisés.
Indicateurs compositesIndicateurs compositesIndicateurs compositesIndicateurs composites
L?ACV est une méthode multi-critères puisque chaque catégorie d?impacts est mesurée dans une unité propre. Pour
obtenir un indicateur synthétique, il faut « agréger » ces impacts environnementaux, c?est-à-dire les pondérer et les
additionner, en donnant plus de poids aux impacts qui sont jugés plus graves. L?agrégation permet de gagner en lisibilité
mais, en contre-partie, perd en finesse d?analyse. Deux familles de méthodes ont été utilisées : les pondérations
adoptées par des panels d?experts (Ecoindicator 99, Recipe 2008, EPS 2000) ; la monétarisation, qui consiste à évaluer en
euros le coût environnemental des différentes impacts (monétarisation RDC). C?est cette dernière qui est utilisée pour les
graphiques 1 et 2.
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56 |||| Commissariat général au développement durable ? Service de l?économie, de l?évaluation et de l?intégration du développement durable
Jeanne SERRE Jeanne SERRE Jeanne SERRE Jeanne SERRE ???? Une analyse coûts/bénéfices pour la filière de Une analyse coûts/bénéfices pour la filière de Une analyse coûts/bénéfices pour la filière de Une analyse coûts/bénéfices pour la filière de
valorisation agricole des produits résiduaires organiquevalorisation agricole des produits résiduaires organiquevalorisation agricole des produits résiduaires organiquevalorisation agricole des produits résiduaires organique
Jeanne SERREJeanne SERREJeanne SERREJeanne SERRE travaille au sein de Veolia Environnement Recherche et
Innovation depuis 2006 en tant que chargée de projets d?évaluation
environnementale. Ingénieure agronome de formation, spécialisée en
économie de l?environnement, elle a développé une expertise dans les
méthodes d?évaluation environnementale (Evaluation des Risques, Analyse de
Cycle de Vie) qui lui permet de mener à bien des projets d?évaluation des
performances et des impacts environnementaux dans le domaine de la gestion
de l?eau et des déchets. Elle mène également des réflexions méthodologiques
dans le domaine de la monétarisation des impacts environnementaux. Le projet
présenté est mené conjointement avec JeanJeanJeanJean----Marc Brignon, PierreMarc Brignon, PierreMarc Brignon, PierreMarc Brignon, Pierre----Alain Jayet Alain Jayet Alain Jayet Alain Jayet
et Sabine Houotet Sabine Houotet Sabine Houotet Sabine Houot.
La valorisation agricole des Produits Résiduaires Organiques (PRO) consiste au retour au sol des
matières organiques contenues dans les déchets. En France, les PRO d?origine urbaine ne sont que
partiellement valorisés en agriculture (environ 60 % des boues et 10 % des déchets ménagers).
Or, la filière de valorisation agricole des PRO est encouragée par les politiques publiques qui visent
de plus en plus au recyclage des déchets et à la baisse des pressions sur les matières premières
primaires.
La filière de valorisation agricole des PRO comporte des impacts positifs directs d?ordre
agronomique et des impacts positifs indirects, liés à l?économie de ressources naturelles épuisables
et la pollution évitée pour la production d?engrais auxquels ils se substituent (D4E, 2006). Elle peut
en revanche comporter des risques potentiels environnementaux et sanitaires.
Etant donné que ces effets positifs et négatifs échappent pour la plupart au marché, une analyse
des coûts et des bénéfices externes s?avère importante pour accompagner les décideurs dans le
choix de la filière de valorisation / d?élimination des PRO à privilégier. Le projet PRO-EXTERN se
place dans ce contexte et a deux principaux objectifs : (i) Produire des valeurs sur les coûts et
bénéfices externes de la filière de valorisation agricole des PRO de diverses origines (eaux usées
pour les boues et déchets pour les composts) ; (ii) Révéler les préférences pour ce mode de
fertilisation et d?amendement des sols.
La démarche consiste à apporter des éléments économiques sur des relations environnementales
et agronomiques quantitatives qui auront été préalablement construites. A partir d?une
connaissance des effets positifs et négatifs de l?épandage de PRO en milieu agricole, deux types de
méthodes économiques seront déployées.
L?une des deux méthodes consistera en une modélisation économique d?une exploitation agricole,
et permettra de dégager des valeurs pour les effets liés aux substances azotées, voire carbonées.
La deuxième méthode est une analyse conjointe : elle permettra de révéler les préférences des
individus pour ce mode de fertilisation et d?amendements des sols, en comparaison avec d?autres
modes de gestion ; cette méthode permettra par ailleurs de proposer certaines valeurs
économiques pour certains effets tels que la qualité de l?eau, les désaménités locales, etc.
Le projet permettra donc d?apporter des éléments économiques sur les effets environnementaux
positifs et négatifs associés à l?épandage. Il permettra de mieux comprendre les leviers
économiques et environnementaux qui peuvent jouer dans l?acceptation des PRO en épandage
(acceptation par les agriculteurs et par la société). Enfin, des recommandations méthodologiques
pour la réalisation d?ACB, ainsi que des éléments d?aide à la décision et d?aide à la communication
des résultats seront fournis.
Commissariatgénéralaudéveloppementdurable
Servicedel?économie,del?évaluationetdel?intégrationdudéveloppementdurable
TourVoltaire
92055LaDéfensecedex
Tél:01.40.81.21.22
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Résumé
Le Service de l?Économie, de l?Évaluation et de l?Intégration du Développement Le Service de l?Économie, de l?Évaluation et de l?Intégration du Développement Le Service de l?Économie, de l?Évaluation et de l?Intégration du Développement Le Service de l?Économie, de l?Évaluation et de l?Intégration du Développement
Durable, au sein du Commissariat Général au Développement Durable, a pour mission Durable, au sein du Commissariat Général au Développement Durable, a pour mission Durable, au sein du Commissariat Général au Développement Durable, a pour mission Durable, au sein du Commissariat Général au Développement Durable, a pour mission
de développer et de diffuser les méthodes de valorisation économique des politiques, de développer et de diffuser les méthodes de valorisation économique des politiques, de développer et de diffuser les méthodes de valorisation économique des politiques, de développer et de diffuser les méthodes de valorisation économique des politiques,
rérérérégulations, biens et services environnementaux, sur la biodiversité, les patrimoines gulations, biens et services environnementaux, sur la biodiversité, les patrimoines gulations, biens et services environnementaux, sur la biodiversité, les patrimoines gulations, biens et services environnementaux, sur la biodiversité, les patrimoines
naturels et aménités environnementales. C?est ànaturels et aménités environnementales. C?est ànaturels et aménités environnementales. C?est ànaturels et aménités environnementales. C?est à ce titre qu?il a organisé ce titre qu?il a organisé ce titre qu?il a organisé ce titre qu?il a organisé
lelelele 7777 décembre 2011 la seconde édition du séminaire sur la monétarisation des biens décembre 2011 la seconde édition du séminaire sur la monétarisation des biens décembre 2011 la seconde édition du séminaire sur la monétarisation des biens décembre 2011 la seconde édition du séminaire sur la monétarisation des biens
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Le premier séminaire organisé en 2010 avait permis de faire le point sur les Le premier séminaire organisé en 2010 avait permis de faire le point sur les Le premier séminaire organisé en 2010 avait permis de faire le point sur les Le premier séminaire organisé en 2010 avait permis de faire le point sur les
problématiques méthodologiques de la valorisation économique des biens et services problématiques méthodologiques de la valorisation économique des biens et services problématiques méthodologiques de la valorisation économique des biens et services problématiques méthodologiques de la valorisation économique des biens et services
environnementaux. Cette seconde édition a été l?occasion d?aborder la mise en environnementaux. Cette seconde édition a été l?occasion d?aborder la mise en environnementaux. Cette seconde édition a été l?occasion d?aborder la mise en environnementaux. Cette seconde édition a été l?occasion d?aborder la mise en
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Ce séminaire a réuni aussi bien des experts et des praticiens des techniques de Ce séminaire a réuni aussi bien des experts et des praticiens des techniques de Ce séminaire a réuni aussi bien des experts et des praticiens des techniques de Ce séminaire a réuni aussi bien des experts et des praticiens des techniques de
monétarisation que des utilisateurs des valeurs qui en sont issues. Il a été l?occasion monétarisation que des utilisateurs des valeurs qui en sont issues. Il a été l?occasion monétarisation que des utilisateurs des valeurs qui en sont issues. Il a été l?occasion monétarisation que des utilisateurs des valeurs qui en sont issues. Il a été l?occasion
de rassembler et de faire dialoguer des représende rassembler et de faire dialoguer des représende rassembler et de faire dialoguer des représende rassembler et de faire dialoguer des représentants du monde académique et les tants du monde académique et les tants du monde académique et les tants du monde académique et les
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Dépôt légal : Novembre 2012
ISSN : 2102 - 4723