Les prairies permanentes : évolution des surfaces en France. Analyse à travers le Registre parcellaire graphique.
FAIQ, Chahin ;CAHUZAC, Eric ;ALLAIRE, Gilles ;THEROND, Olivier ;BORTZMEYER, Martin
Auteur moral
Auteur secondaire
BONNET, Xavier (dir.)
Résumé
Les prairies permanentes portent de nombreux enjeux économiques, environnementaux et culturels et font l'objet d'une attention particulière des pouvoirs publics communautaires et nationaux. Entre 2006 et 2010, les surfaces déclarées en prairies permanentes ont cependant chuté de 6,3%, dont 3% sur la seule période 2009-2010, pour représenter en 2010 un cinquième de la surface agricole utile (SAU). Cette évolution affecte la plupart des régions agricoles, mais plus particulièrement le Nord-ouest et le Sud-est de la France. Au niveau des parcelles, cette évolution se traduit par des retournements, mais aussi par des changements de déclaration au profit des autres surfaces en herbe (praires temporaires, landes et estives). Dans ce dernier cas, la diminution relève essentiellement d'artefacts déclaratifs, résultant de l'adaptation de la stratégie des agriculteurs aux modifications de dispositifs politiques de soutien à l'herbe. Elle appelle toutefois à la vigilance car le déclassement d'une prairie permanente lui fait perdre son statut protecteur et rend possible à terme le retournement.
Editeur
Commissariat général au développement durable (CGDD)
Descripteur Urbamet
agriculture
;espace agricole
Descripteur écoplanete
politique agricole
;occupation du sol
Thème
Environnement - Paysage
Texte intégral
COMMISSARIAT
GÉNÉRAL AU
DÉVELOPPEMENT
DURABLE
n° 96
Novembre
2013
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N
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Études & documents
Service de l?économie, de l?évaluation et de l?intégration du développement durable
www.developpement-durable.gouv.fr
Les prairies permanentes :
évolution des surfaces en France
Analyse à travers le Registre Parcellaire Graphique
Collection«Étudesetdocuments»duServicedel?Économie,del?Évaluationetdel?Intégrationdu
DéveloppementDurable(SEEIDD)duCommissariatGénéralauDéveloppementDurable(CGDD)
Titre du document : Les prairies permanentes : Evolution des surfaces en France - Analyse à travers le
Registre Parcellaire Graphique
Directeur de la publication : Xavier Bonnet
Auteur(s) : INRA : Chahin Faïq, Virgile Fuzeau, Eric Cahuzac, Gilles Allaire et Olivier Therond
CGDD : Martin Bortzmeyer
Date de publication : Novembre 2013
Ce document rend compte des résultats d'une étude commanditée par le MEDDE et réalisée, en 2013, par l'unité de
service ODR de l?Observatoire du développement rural, de l'INRA en collaboration avec l'Unité Mixte de Recherche AGIR
(INRA Toulouse).
Ce document n?engage que ses auteurs et non les institutions auxquelles ils appartiennent.
L?objet de cette diffusion est de stimuler le débat et d?appeler des commentaires et des critiques.
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SOMMAIRE
Résumé..................................................................................................................................................................... 3
I. Introduction ..................................................................................................................................................... 5
II. L?étude : une analyse mettant l?accent sur la diversité régionale et les évolutions récentes.......................... 5
III. Une forte emprise des prairies permanentes sur le territoire national ............................................................ 6
IV. Les prairies permanentes, fortement concentrées dans les massifs montagneux et la Basse-Normandie ...... 7
V. Un recul marqué des déclarations de prairies permanentes dans 71 % des régions agricoles (RA) ................ 7
Des enjeux d?intervention différents selon les régions agricoles ..........................................................................................8
Un enjeu fort dans les régions à faible taux de PP et en diminution ...............................................................................8
Un enjeu plus spécifique, l?implantation de prairies dans les zones de cultures spécialisées.........................................8
VI. Une lecture temporelle : deux chocs, découlant des politiques mises en oeuvre ............................................. 9
Un recul concomitant à des changements de dispositifs................................................................................................ 10
3 % de pertes de surfaces de prairies permanentes entre 2009 et 2010, un phénomène en partie déclaratif ......... 10
VII. L'analyse des changements d'occupation du sol entre 2009 et 2010 ........................................................ 10
VIII. Des changements déclaratifs qui varient selon les régions ....................................................................... 12
Conclusion............................................................................................................................................................... 12
Peu de véritable changement d?affectation des sols à court terme?................................................................................ 12
? mais une vigilance à observer pour le long terme.......................................................................................................... 13
Bibliographie .......................................................................................................................................................... 14
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Résumé
Les prairies permanentes portent de nombreux enjeux économiques, environnementaux et culturels et font l?objet
d?une attention particulière des pouvoirs publics communautaires et nationaux. Entre 2006 et 2010, les surfaces
déclarées en prairies permanentes ont cependant chuté de 6,3 %, dont 3 % sur la seule période 2009-2010, pour
représenter en 2010 un cinquième de la surface agricole utile (SAU). Cette évolution affecte la plupart des régions
agricoles, mais plus particulièrement le Nord-ouest et le Sud-est de la France. Au niveau des parcelles, cette évolution
se traduit par des retournements, mais aussi par des changements de déclaration au profit des autres surfaces en herbe
(praires temporaires, landes et estives). Dans ce dernier cas, la diminution relève essentiellement d?artefacts
déclaratifs, résultant de l?adaptation de la stratégie des agriculteurs aux modifications de dispositifs politiques de
soutien à l?herbe. Elle appelle toutefois à la vigilance car le déclassement d?une prairie permanente lui fait perdre son
statut protecteur et rend possible à terme le retournement.
Les résultats de cette étude sont basés sur l'analyse du "Registre Parcellaire Graphique" et sont présentés à l'échelle
des "régions agricoles", unité homogène du point de vue agricole.
Les analyses géographique puis diachronique permettent de préciser les dynamiques à l'oeuvre.
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I. Introduction
Les prairies rendent de nombreux services qui répondent à des enjeux de natures économique, culturelle et environnementale,
tant au niveau de l?exploitation qu?à celui du territoire. Au-delà de l?enjeu d?alimentation des ruminants, elles permettent
souvent de limiter l?érosion des sols et les pollutions diffuses, d?augmenter la biodiversité floristique et faunistique et
contribuent à la qualité des paysages. Leur maintien dans le temps et dans les territoires constitue un facteur clé pour la
construction de « systèmes économiques viables, flexibles et sécurisés contribuant à un environnement préservé » (Huyghe,
2009).
Dans un contexte de diminution des surfaces allouées aux prairies permanentes depuis les années 70 (Pottier et al., 2012), la
réforme de la Politique Agricole Commune (PAC) a fait en 2003 obligation aux États-membres de veiller au maintien des
pâturages permanents (prairies permanentes, estives, landes).
La France a mis en oeuvre des dispositifs politiques et financiers, notamment, la Prime Herbagère Agro-environnementale et la
conditionnalité des aides de la PAC. Ces dispositifs ont freiné la régression des prairies permanentes mais ont parfois eu des
effets indésirables. En effet, pour tirer partie de ces dispositifs ou en réduire les contraintes inhérentes, les exploitants agricoles
ont parfois ajusté leur stratégie de déclaration de surfaces exploitées.
II. L?étude : une analyse mettant l?accent sur la diversité régionale et les
évolutions récentes
L?étude porte sur la période de cinq ans qui va de 2006, peu après la mise en oeuvre du premier dispositif de suivi de
l?évolution des prairies permanentes, à 2010, année du dernier bilan de santé de la Politique Agricole Commune (PAC) et de
l?introduction du « ratio herbe » dans les Bonnes Conditions Agro-Environnementales (BCAE).
A partir de l?exploitation du Registre parcellaire graphique (voir encadré 1 - méthode), l?étude a permis de mieux comprendre
les dynamiques des surfaces de prairies et les localiser, à l?échelle des régions agricoles, ainsi que d?établir une typologie des
territoires en fonction de cette dynamique, afin d?apprécier les enjeux environnementaux correspondants.
Elle a particulièrement permis de décrypter l?importante chute des surfaces de prairies permanentes entre 2009 et 2010, en
s?appuyant notamment sur une analyse des successions de culture à l?échelle de la parcelle agricole.
Encadré 1 : méthode
Le Registre Parcellaire Graphique : une information annuelle sur l?occupation des sols
Le Registre Parcellaire Graphique (RPG), base de données géoréférencées administrée par l?Agence de Services et de
Paiement (ASP), est utilisé pour la gestion annuelle des aides européennes à la surface et fournit une représentation
exhaustive des surfaces bénéficiant des aides compensatoires du premier pilier et des aides à l?hectare du deuxième pilier de la
PAC. Il est renseigné chaque année par les agriculteurs et permet l?identification de 6 millions d?îlots culturaux (ensembles de
parcelles agricoles contiguës délimités par des éléments permanents du paysage) représentant 27 millions d?hectares. Pour
chaque îlot, le RPG décrit notamment l?occupation du sol (surface et classe de culture) et des caractéristiques de l?exploitation.
Dans la version du RPG utilisée dans l?étude, les landes et les estives constituent une seule classe de culture. Le terme
« landes » désigne donc ici ces deux catégories de surfaces en herbe.
Les données mobilisées dans l?étude ont été traitées à l?aide de la plateforme de l?Observatoire du Développement Rural
(ODR), site collaboratif de l?Institut Nationale de la Recherche Agronomique (INRA). Les cartes ont été générées par l?outil Carto
Dynamique développé par l?ODR.
L?étude a été menée à l?échelle de la région agricole, entité territoriale qui couvre un ensemble de communes formant une
zone agricole considérée comme homogène. Il y a 434 régions agricoles en France métropolitaine.
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III. Une forte emprise des prairies permanentes sur le territoire national
Les surfaces de prairies permanentes (notées PP par la suite) déclarées au Registre Parcellaire Graphique (RPG, voir encadré 1)
représentaient 6,6 millions d?ha en 2006, soit 25 % de la Surface Agricole Utile (SAU) française. Cet ensemble très vaste
correspond à plus de la moitié des surfaces en herbe qui couvrent elles-mêmes 42 % de la SAU nationale (Figure 1). La gestion
des prairies permanentes concerne une très grande partie des exploitations françaises, les 2/3 d?entre elles en 2009, soit
244 000 structures.
Figure 1 : Part des surfaces de culture dans la SAU déclarée en 2006 (en %).
Source : ASP, RPG 2006
Surfaces en céréales
et oléo protéagineux
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IV. Les prairies permanentes, fortement concentrées dans les massifs
montagneux et la Basse-Normandie
Les plus grandes densités de surfaces déclarées en prairies permanentes sont localisées dans les zones de massifs montagneux,
ainsi qu?en Basse-Normandie et en Lorraine (en vert foncé, Carte 1).
A l?opposé, les surfaces de PP représentent moins de 20 % de la SAU dans la moitié des régions agricoles (en beige sur la
carte), là où se trouvent des zones de grandes cultures (bassin parisien, Sud-ouest), des zones mixtes de petites exploitations
intensives (Bretagne), de landes et d?estives (Corses, Sud des Alpes, Est des Pyrénées, Lozère) ou de cultures permanentes et
diversifiées (Languedoc-Roussillon et PACA).
Carte 1 : Part des PP dans la SAU, par région agricole, en 2006
? à 20 % de la SAU 20 % à 40 % 40 % à 60 % > à 60 % de la SAU
V. Un recul marqué des déclarations de prairies permanentes dans 71 % des
régions agricoles (RA)
Les surfaces déclarées en PP en 2010 sont en recul très marqué, de plus de 10 % par rapport à 2006, dans 18 % des régions
agricoles (en orange et en rouge, carte 2). C?est le cas dans les Pyrénées, au sud des Alpes, en Rhône-Alpes en PACA et dans le
Nord du Languedoc-Roussillon, régions très largement dominées par les surfaces en herbe, landes et prairies permanentes.
Dans ces territoires, ce recul s?est produit en même temps qu?une forte augmentation des surfaces de landes. En Bretagne, en
Normandie et dans les Pays de la Loire, les PP reculent par contre au profit des prairies temporaires et, dans une moindre
mesure, des SCOP (surfaces en céréales et oléoprotéagineux). Il en va de même dans le Centre et en Limousin.
A l?autre extrême, les surfaces déclarées en PP augmentent de 25 000 ha entre 2006 et 2010 dans moins d?un tiers des régions
agricoles : en zone viticole, dans la grande couronne parisienne, en Aquitaine ou en Alsace notamment, régions où les surfaces
en PP sont faibles. Cependant, ces évolutions représentent, en absolu, de très petites surfaces.
Source : ASP, RPG 2006
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Carte 2 : Evolution des surfaces de PP entre 2006 et 2010, en % des surfaces déclarées en PP en 2006
? à -20 % -20 % à -10 % -10 % à 0 % 0 % à 10 % > à 10 %
Des enjeux d?intervention différents selon les régions agricoles
Les enjeux de protection des PP sont différenciés lorsque les zones sont caractérisées conjointement par deux critères, la part
des PP dans la SAU des régions agricoles en 2006 et l?évolution dans le temps de ces surfaces (carte 3).
Un enjeu fort dans les régions à faible taux de PP et en diminution
Les régions agricoles dont la part des PP dans la SAU était déjà limitée en 2006 et qui ont vu ces pâturages diminuer en forte
proportion (régions agricoles en rouge sur la carte 3) représentent 42 % de la SAU française. Elles totalisent 20 % de la
diminution des surfaces déclarées en PP sur l?ensemble de la France. Au-delà des zones dans lesquelles les landes progressent
(Haut Languedoc et Alpes du Sud), elles correspondent aux zones de grandes cultures et d?élevage intensif (Bretagne). Pour ces
deux derniers types de région, l?enjeu de protection des surfaces en PP restantes est très important, et ce d?autant plus qu?elles
participent à l?expression de services qualifiés d?« intrants » (e.g. régulations des bioagresseurs, pollinisation) pour les grandes
cultures.
Les régions présentant une part plus importante de prairies permanentes en 2006 et un taux de diminution de ces dernières de
plus de 10 % entre 2006 et 2010 (en orange) connaissent une situation préoccupante, puisqu?elles représentent 45 % des
pertes de surfaces de PP au niveau national (environ 200 000 ha). Elles correspondent notamment à des zones de transition,
entre les zones de grandes cultures, où les prairies ont déjà fortement reculé, et les territoires où l?herbe domine encore.
Les zones d?herbages (part des PP supérieure à 20 %) où la diminution des surfaces de PP est moins marquée (en jaune),
concentrées dans le Massif central et en Lorraine et, dans une moindre mesure, en Basse-Normandie, n?appellent qu?à une
vigilance relative. Elles concentrent tout de même 35 % des pertes à l?échelle nationale.
Un enjeu plus spécifique, l?implantation de prairies dans les zones de cultures spécialisées
Les régions qui ont vu leurs surfaces de PP augmenter entre 2006 et 2010 (en vert clair et en vert foncé, les premières
présentant, en 2006, un faible caractère herbagé), ne représentent pas de grandes surfaces de ce type (9 500 ha). Cependant,
dans une logique de renforcement de la place des prairies dans des zones d?agriculture spécialisées, celle-ci pourrait être
encouragée et soutenue. La part des PP dans la SAU des secondes (vert foncé) était supérieure ou égale à 20 %. Les
dynamiques qui sous-tendent l?augmentation des surfaces déclarées en PP dans ces régions, reste à déterminer.
Source : ASP, RPG 2006 et 2010
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Carte 3 : Régions agricoles à enjeux dynamiques des prairies permanentes
PP<20%delaSAUen2006;SurfacesdePPentre2006et2010?
PP?20%delaSAU;SurfacesdePP??10%
PP?20%delaSAU;SurfacesdePP?<10%
PP<20%delaSAU;SurfacesdePP?
PP?20%delaSAU;SurfacesdePP?
Massifsmontagneux
VI. Une lecture temporelle : deux chocs, découlant des politiques mises en
oeuvre
Entre 2006 et 2010, les surfaces déclarées en PP ont décliné de 420 000 ha (-6,3 %). Cette chute se produit en deux étapes
(Figure 2) : entre 2007 et 2008 (- 188 000 ha) et entre 2009 et 2010 (-195 000 ha). En parallèle, les surfaces de landes (LA) et
de prairies temporaires (PT) augmentent respectivement de 274 000 ha et de 265 000 ha.
Figure 2 : Surfaces déclarées en prairies permanentes, en ha.
Source : ASP, RPG, 2006 à 2010
Source : ASP, RPG 2006 et 2010
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Un recul concomitant à des changements de dispositifs
Ces deux périodes de forte diminution des surfaces en PP sont concomitantes des changements de dispositifs politiques
concernant les surfaces en herbe. Tout d?abord, la mise en place, à partir de 2007, de la seconde version de la Prime Herbagère
Agro-environnementale (PHAE2) qui distingue deux types d?instruments de soutien selon la productivité des surfaces en herbe
et permet l?obtention de l?aide pour des surfaces extensives jusqu?alors non soutenues. Il est donc possible que les agriculteurs
aient ajusté leur déclaration en fonction de ces nouvelles définitions des surfaces primées et qu?ils aient déclaré comme landes
des parcelles qui, jusque-là, étaient déclarées en PP.
Cette possible adaptation de la stratégie de déclaration des exploitants aurait ainsi entraîné ? en particulier en 2008 et 2009, où
de nombreux contrats PHAE1 arrivent à échéance et sont remplacés par la PHAE2 ? un changement de statut des surfaces, sans
changement effectif de l?occupation du sol et peut expliquer, en partie au moins, la chute de 2007-2008. Cependant, il n?est
pas à exclure que dans certaines situations, l?évolution des PP vers des landes corresponde à un réel processus d?abandon et,
par conséquent, d?évolution de la végétation et du potentiel fourrager.
3 % de pertes de surfaces de prairies permanentes entre 2009 et 2010, un phénomène en partie déclaratif
Durant la seule période 2009 à 2010, les surfaces déclarées en PP ont diminué de 3 %, soit - 195 000 ha, toutes régions
confondues. Cette chute correspond en partie à une anticipation du renforcement, en 2010, des Bonnes Conditions Agro-
Environnementales (BCAE) sur la « gestion des surfaces en herbe ». Les nouvelles modalités appliquées en France prévoient
l?introduction en 2010 d?une référence individuelle de surface de pâturage permanent et imposent des contraintes sur les
conditions de revente ou de retournement, plus strictes pour les parcelles en PP que pour celles en prairies temporaires (PT).
Ceci a pu conduire certains agriculteurs, par anticipation de la mise en oeuvre de cette réglementation, à déclarer des surfaces,
initialement en PP, en PT et ainsi réduire les contraintes s'exerçant sur leurs surfaces agricoles. Là non plus, cette stratégie de
déclaration n?implique pas nécessairement, à court terme, de retournement effectif des prairies permanentes. Mais un tel
retournement devient réglementairement plus aisé et donc moins maîtrisable sur ces surfaces qui ont basculé d'un statut de PP
à celui de PT.
VII. L'analyse des changements d'occupation du sol entre 2009 et 2010
Pour mieux qualifier ce phénomène, une méthode de reconstitution des successions de culture (voir encadré 2) permet
d?analyser les changements qui se sont opérés au niveau de chaque parcelle culturale. Parmi les surfaces reconstituées par
cette méthode, 95 % (soit 5,5 millions d?ha) des surfaces déclarées en PP en 2009 ont été maintenues en PP, en 2010
(Figure 3). Les 5 % restant ont changé de statut : 232 000 ha ont été déclarés en PT et en landes et 61 000 ha en SCOP et sous
d?autres classes de cultures (cultures permanentes, fourrage, gel, etc.). Par ailleurs, 293 000 ha déclarés en PP en 2009,
n?étaient plus du tout déclarés au RPG en 2010. Ces « pertes » d?îlots, et donc de surfaces associées, peuvent résulter de
phénomènes d?urbanisation des terres, d?enfrichement ou encore d?un arrêt d?activité agricole.
Certaines prairies temporaires sont susceptibles d?être déclarées en prairies permanentes, en principe après 5 années sans
retournement. Cela peut expliquer que plus de 109 000 ha déclarés en PT en 2009 ont été déclarés en PP en 2010 (Figure 4).
De la même manière, 27 000 ha de surfaces déclarées en landes en 2009, ont été déclarés en PP, en 2010. Dans une moindre
mesure, des surfaces sont déclarées en prairie permanente, directement après d?autres cultures, sans passer par 5 années de
prairies temporaires. Ce sont ainsi 29 000 ha de surfaces non déclarées en herbe en 2009, qui ont été déclarées en PP, en 2010
(Figure 4). D?autre part, 290 000 ha déclarés en prairies permanentes en 2010 ne figuraient pas au RPG en 2009 (Figure 4). Ces
« apparitions » de surfaces peuvent résulter de l?obligation de déclarer l?ensemble des surfaces de l?exploitation à partir de
2010, mais aussi de phénomènes de restructuration des îlots ou encore d?une reprise d?activité agricole sur certaines surfaces.
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Encadré 2 : méthode de reconstitution des séquences de culture
Un algorithme d?intersection géographique pour extraire les séquences de cultures à l?échelle de la parcelle agricole.
A un îlot PAC peuvent correspondre plusieurs parcelles agricoles et donc, potentiellement plusieurs cultures par année. Cette
configuration des données rend difficile l?analyse des séquences de cultures c?est-à-dire du devenir de l?occupation des sols des
parcelles d?une année sur l?autre. L?équipe MAGE (UMR AGIR - INRA Toulouse) a développé une méthode de reconstitution des
séquences de culture, à partir des informations annuelles du RPG. Cette nouvelle information permet de suivre le devenir des
couverts végétaux au sein des parcelles agricoles d?année en année. La méthode repose notamment sur l?hypothèse de la
stabilité des surfaces des parcelles agricoles. Cette méthode permet de reconstituer l?évolution de 90 % des surfaces de prairies
permanentes mais seulement de 67 % des surfaces de prairies permanentes perdues, entre 2009 et 2010. Les résultats de
cette analyse doivent donc être mobilisés avec précaution.
Figure 3 : Devenir en 2010 des parcelles
déclarées en 2009 en PP.
Source : ASP, RPG, 2009 et 2010 ; traitement UMR AGIR.
Entre 2009 et 2010, la majorité des surfaces perdues en PP bénéficie aux autres surfaces en herbe (+ 96 000 ha nets), prairies
temporaires en tête. Comme ces prairies permanentes déclarées désormais en prairies temporaires ne sont pas sujettes à
l?obligation de conservation introduite en 2010, le risque de retournement est potentiellement plus élevé.
D?autre part, les PP perdent 32 000 ha nets au profit des SCOP et autres cultures. Derrière ce solde net, il faut prendre en
considération le fait que les 29 000 ha de SCOP et d?autres cultures transformés en prairies en 2010 ne fournissent pas les
mêmes services agro-environnementaux que fournissaient les 61 000 ha de PP retournés en SCOP et autres cultures, dans la
mesure où la durée de vie d?une prairie est un facteur déterminant de ces services.
Figure 4 : Précédent cultural des parcelles déclarées
en 2010 en PP
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VIII. Des changements déclaratifs qui varient selon les régions
Entre 2009 et 2010, 69 % des régions agricoles ont vu leur surface de prairies permanentes diminuer (territoires en rouge,
orange et beige sur la carte 4). Les régions agricoles les plus fortement affectées par cette baisse se situent essentiellement
dans le Nord-Ouest de la France.
Dans ces territoires, 10,5 % des surfaces déclarées en PP en 2009 ont changé d?affectation en 2010. Le basculement des
déclarations en 2010 se fait essentiellement vers des prairies temporaires. Dans une moindre mesure, les SCOP profitent des
retournements des surfaces de prairies, un phénomène observé les années précédentes. La même dynamique est observée
dans le Centre et le Limousin. Dans le massif des Vosges, la Savoie et les Hautes-Alpes mais aussi dans les Pyrénées
Atlantiques, on observe cette fois un basculement, non pas vers les prairies temporaires, mais vers les landes.
Carte 4 : Evolution des surfaces de prairies permanentes entre 2009 et 2010
? à -10 % -10 % à -5 % -5 % à -0 % 0 % à 5 % > à 5 %
Dans la même période, les surfaces déclarées en PP ont augmenté dans près du tiers des régions agricoles (en vert clair et
foncé). Mais, une fois encore, ces augmentations ne concernent que de petites surfaces au total (22 000 ha). Dans ces
territoires, ce sont essentiellement des surfaces supplémentaires de prairies temporaires et landes qui sont déclarées en 2010,
les SCOP ne bénéficiant que légèrement des retournements de prairies permanentes.
Conclusion
Peu de véritable changement d?affectation des sols à court terme?
Au final, la diminution des surfaces déclarées en prairies permanentes entre 2006 et 2010 ne traduit pas de véritables
changements de nature de couvert végétal de ces surfaces, en tout cas pas immédiat. La plupart des surfaces « perdues » sont
déclarées en surfaces en herbe, prairies temporaires ou landes. Une grande part de cette évolution est liée à l?adaptation des
agriculteurs aux modifications des dispositifs politiques de soutien aux surfaces en herbe, soit pour en bénéficier au mieux
(PHAE 2), soit pour limiter les contraintes sur ces surfaces (BCAE).
Cependant, un réel changement de couvert végétal -d?une moindre ampleur- est également constaté. Il s?opère à la fois dans
des zones où les prairies sont historiquement très présentes mais aussi, et c?est plus préoccupant, dans de nombreux territoires
marqués par une agriculture très intensive où les enjeux de conservation des prairies de longue durées sont nombreux
(biodiversité, régulation biologique, pollution diffuse) et importants.
Source : ASP, RPG 2009 et 2010
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? mais une vigilance à observer pour le long terme
Trois phénomènes clefs appellent un suivi vigilant. Le premier correspond au devenir des surfaces en herbe déclarées d?abord
en prairies permanentes (PP) puis, à partir de 2010, en prairies temporaires (PT) ou landes. Le second correspond à la
transformation de surfaces en herbe en surfaces cultivées, et ce, tout particulièrement dans les régions d?agriculture et
d?élevage intensifs. Le troisième correspond à l?importante disparition de surfaces en herbe des surfaces déclarées. Dans les
trois cas, une analyse complémentaire serait nécessaire pour appréhender la nature des dynamiques en oeuvre (e.g.
urbanisation, enfrichement, basculement en SCOP), les types d?exploitations et de systèmes de culture concernés et la
distribution spatiale de ceux-ci.
Encadré 3 : un appareil statistique dépendant des déclarations administratives
Il apparaît que les objets que sont les cultures et prairies de diverses nature sont dépendants du traitement administratif lié à la
Politique Agricole Commune, ce qui peut rendre délicat le maniement des statistiques. Un exemple en est donné au travers de
l?étude, en ce qui concerne l?objet « prairies permanentes ». Un autre consiste en l?augmentation des surfaces de landes en
2010. En effet, l?obligation faite aux agriculteurs en 2010 de déclarer toutes les parcelles de leur exploitation, si au moins l?une
d?entre elles bénéficie d?une aide, conduit de fait à ce que de nombreux îlots de landes non déclarés avant 2010 apparaissent
cette année là, sans que pour autant on puisse considérer que les surfaces réelles de landes aient augmenté de la même façon.
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Bibliographie
Plate-forme de l?Observatoire du développement rural : https://odr.supagro.inra.fr/
Huyghe C., 2009, La multifonctionnalité des prairies en France II. Conciliation des fonctions de production et de préservation de
l?environnement. Cahiers Agricultures, vol. 18, n°1, janvier-février 2009.
Pottier E., Michaud A., Farrié J.P., Plantureux S., Baumont R., 2012, Les prairies permanentes françaises au coeur d?enjeux
agricoles et environnementaux. Innovations Agronomiques, vol. 25, 2012.
Commissariatgénéralaudéveloppementdurable
Service de l?économie, de l?évaluation et de l?intégration du développement durable
Tour Voltaire
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Service de l?économie, de l?évaluation et de l?intégration du développement durable
Les prairies permanentes : évolution des surfaces en
France
Les prairies permanentes portent de nombreux enjeux économiques,
environnementaux et culturels et font l?objet d?une attention particulière des
pouvoirs publics communautaires et nationaux. Entre 2006 et 2010, les surfaces
déclarées en prairies permanentes ont cependant chuté de 6,3 %, dont 3 % sur la
seule période 2009-2010, pour représenter en 2010 un cinquième de la surface
agricole utile (SAU). Cette évolution affecte la plupart des régions agricoles, mais
plus particulièrement le Nord-ouest et le Sud-est de la France. Au niveau des
parcelles, cette évolution se traduit par des retournements, mais aussi par des
changements de déclaration au profit des autres surfaces en herbe (praires
temporaires, landes et estives). Dans ce dernier cas, la diminution relève
essentiellement d?artefacts déclaratifs, résultant de l?adaptation de la stratégie
des agriculteurs aux modifications de dispositifs politiques de soutien à l?herbe.
Elle appelle toutefois à la vigilance car le déclassement d?une prairie permanente
lui fait perdre son statut protecteur et rend possible à terme le retournement.
L?analyse fine du phénomène a été permise par l?exploitation de l?outil que
constitue le Registre parcellaire graphique, qui fournit une lecture géographique
et chronologique au niveau de la « région agricole », unité homogène du point de
vue agricole. Ce même outil permettra le suivi et la surveillance des prochaines
évolutions.
Une lecture géographique puis une lecture diachronique permettent de préciser
les dynamiques à l?oeuvre.
Dépôt légal : Novembre 2013
ISSN : 2102 - 4723
E&D - 01 1ère couverture
E&D - 02 2e couverture
E&D - 03 corps de texteV2
E&D - 04 3ème de couverture
E&D - 05 4e couverture - Résumé