Mise (La) en oeuvre d'un SCoT : un vrai défi
MORAIN, Marc ;GAFFAR, Chahoul
Auteur moral
Entreprises, territoires et développement (France)
;Centre d'études sur les réseaux, les transports, l'urbanisme et les constructions publiques (France)
;Fédération nationale des agences d'urbanisme (France)
;Fédération Nationale des SCoT
Auteur secondaire
Résumé
Une étude partenariale (Certu, Etd, Fédération nationale des SCoT, FNAU, avec la mobilisation desCete et l'appui de la DGALN) a été menée sur la phase de suivi d'un panel de douze Schémasde Cohérence Territoriale et sur leur mise en oeuvre dans une vingtaine de PLU, dans l'objectifd'identifier les conditions de réussite de cette phase essentielle.Le dossier relatif à cette analyse à vocation opérationnelle se compose de la présente fichesynthétisant les principaux résultats de l'étude et de cinq fiches thématiques correspondant auxvolets majeurs de la mise en oeuvre. La gouvernance et l'animation, les indicateurs de suivi et la déclinaison dans les PLU présentée dans trois zooms : préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers, localisation du développement urbain, densité et desserte en transports collectifs.
Editeur
CERTU
Descripteur Urbamet
schéma de cohérence territoriale
;plan local d'urbanisme
;évaluation
Descripteur écoplanete
Thème
Aménagement urbain
Texte intégral
La mise en oeuvre d?un SCoT
Un vrai défi
Sous la direction de
Certu - Etd - Fédération nationale des SCoT - Fnau
Cette publication a été
réalisée avec le soutien
de la direction générale
de l?Aménagement,
du Logement et de
la Nature (DGALN)
direction générale
de l?Aménagement,
du Logement
et de la Nature
Certu
MINISTÈRE
DE L?ÉCOLOGIE,
DU DÉVELOPPEMENT
DURABLE
ET DE L?ÉNERGIE
MINISTÈRE
DE L?ÉGALITÉ
DES TERRITOIRES
ET DU LOGEMENT
Certu
Synthèse
direction générale
de l?Aménagement,
du Logement
et de la Nature
Une étude partenariale (Certu, Etd, Fédération nationale des SCoT, FNAU, avec la mobilisation des
Cete et l?appui de la DGALN) a été menée sur la phase de suivi d?un panel de douze Schémas
de Cohérence Territoriale et sur leur mise en oeuvre dans une vingtaine de PLU, dans l?objectif
d?identifier les conditions de réussite de cette phase essentielle.
Le dossier relatif à cette analyse à vocation opérationnelle se compose de la présente fiche
synthétisant les principaux résultats de l?étude et de cinq fiches thématiques correspondant aux
volets majeurs de la mise en oeuvre. La gouvernance et l?animation, les indicateurs de suivi et la
déclinaison dans les PLU présentée dans trois zooms : préservation des espaces naturels, agricoles
et forestiers, localisation du développement urbain, densité et desserte en transports collectifs.
Certu ? Juin 2012 2 La mise en oeuvre d?un SCoT - Synthèse
Le législateur, dès la loi Solidarité et Renouvelle-
ment urbains, attendait des SCoT, instrument de
planification spatiale à une échelle intercommu-
nale relativement large, qu?ils permettent une
harmonisation des politiques d?agglomération afin
de mieux gérer, maîtriser et organiser l?expansion
et le développement des territoires des aires ur-
baines, en intégrant la préservation de l?environ-
nement, dans la perspective d?un développement
durable. Mais au-delà du récent verdissement et
renforcement de l?outil, avec les textes issus du
Grenelle de l?environnement, avec les SCoT c?est
tout le dispositif de planification qui a été repensé,
notamment le rôle du maître d?ouvrage (EPCI, syn-
dicat mixte) qui devient pérenne et voit le champ
de ses compétences s?élargir au-delà de la procé-
dure d?élaboration.
L?approbation du SCoT ne représente pas une fin
en soi. La véritable valeur du SCoT se traduit par
sa mise en oeuvre, particulièrement au travers de
sa déclinaison dans les Plans locaux d?urbanisme
(PLU).
L?étude conduite à partir d?enquêtes de terrain
cherche à apprécier les modalités de négociation,
que le SCoT soit prescriptif ou non, pour le respect
des objectifs assignés par ce dernier, permises par
une gouvernance des établissements publics (EP)
porteurs de SCoT, qui s?appuie sur un accompagne-
ment politique et technique plus ou moins fort, et
sur une définition d?indicateurs de suivi plus ou
moins aboutie, ainsi qu?à identifier le «saut quali-
tatif» des PLU et les «anticipations» des mesures
Grenelle, mais aussi les limites de certaines pres-
criptions?
? La gouvernance et l?animation du
suivi du SCoT : un rôle confirmé du
portage politique et d?une ingénierie
d?accompagnement des communes
En phase de suivi et de mise en oeuvre, le
fonctionnement politique de l?établissement
public porteur du SCoT est resserré autour des
bureaux ou des commissions spécifiques avec un
rôle clef dévolu au président. En effet, plus que le
conseil syndical ou le bureau, le président, dans
la majorité des cas étudiés, est en première ligne
pour « oeuvrer » à la diffusion du « message du
SCoT » et impulser une dynamique de mise en
compatibilité des documents, notamment les PLU.
Pour en diffuser l?acceptabilité auprès des élus
locaux, un portage politique fort est nécessaire
pour expliciter les règles et leur « esprit » dans le
cas d?un SCoT prescriptif. Il en est de même pour un
SCoT peu normatif où l?animation et la persuasion
politiques de la prise en compte des orientations
du projet de territoire sont primordiales pour « faire
vivre l?esprit » du projet et du SCoT.
Les communes constituent un des coeurs de cible
privilégiés pour la mise en oeuvre du SCoT ; ainsi,
les relations entre elles et l?établissement public du
SCoT sont souvent au centre de l?action de celui-ci.
Plusieurs postures dans l?organisation technique de
l?établissement du SCoT ont été identifiées : techni-
ciens «observateurs», techniciens «promoteurs»
du SCoT et accompagnant l?élaboration des PLU,
techniciens « accompagnateurs » au-delà du SCoT.
Dans les deux derniers cas, la posture de la struc-
ture porteuse est plus proactive : le chef de projet
ou son collaborateur (avec l?appui selon le cas du
président ou d?élu(s) référent(s)) participe aux dif-
férentes réunions organisées pour l?élaboration des
PLU, assure une mission d?animation territoriale
auprès des élus et des techniciens. Dans certains
cas, ces techniciens peuvent se voir confier des
missions d?assistance à maîtrise d?ouvrage et de
production d?études pour le compte des membres
de l?établissement public du SCoT.
En termes de moyens dédiés à la mise en oeuvre,
l?étude révèle une majorité de structures de SCoT
aux moyens techniques restreints concentrés sur
un noyau de base composé d?un directeur/chef de
projet, renforcé parfois par un urbaniste ou un car-
tographe. Or l?enjeu d?une mise en oeuvre efficace
et efficiente est de développer un travail d?anima-
tion et d?accompagnement auprès des communes;
objectif atteignable au moyen d?une ingénierie
qualifiée, propre ou déléguée.
Il existe une phase intermédiaire entre la date
d?approbation du PLU et l?engagement opérationnel:
la phase d?élaboration du projet (études préalables
des ZAC, études pré-opérationnelles, études
foncières) où cet accompagnement politique et
technique est aussi l?occasion pour l?établissement
public du SCoT d?apporter sa vision «globale» et
son appui.
L?animation de la phase post-élaboration est à nou-
veau l?occasion d?un travail partenarial avec les ser-
vices de l?État qui peut prendre des formes variées.
L?EP du SCoT a par ailleurs tout intérêt à faire vivre
les partenariats avec les personnes publiques asso-
ciées et autres acteurs (bailleurs, acteurs du trans-
port?) pour s?assurer de la prise en compte des
orientations du SCoT dans les différentes politiques
publiques. En tout état de cause, cette nouvelle
étape dans la vie du SCoT gagne à être engagée
avant l?approbation du SCoT par la définition pré-
alable des modalités de sa gouvernance en phase
de suivi.
Certu ? Juin 2012 3 La mise en oeuvre d?un SCoT - Synthèse
À ce jour, la légitimité de l?EP du SCoT, lorsqu?elle
existe, s?est construite grâce à un engagement
technique et surtout politique fort. Un pas a été
franchi par le législateur, qui dans sa nouvelle ré-
daction de l?article L.121-41 issue de la loi ENE et
modifiée par l?ordonnance du 5 janvier 2012, a por-
té l?EP de SCoT au rang de personne publique asso-
ciée de plein droit. Cette nouvelle écriture légitime
davantage la place de l?établissement public du
SCoT dans le paysage institutionnel local et devrait
ainsi conforter son rôle dans sa mission de suivi.
? Les indicateurs de suivi : en jeu, la
hiérarchisation sur les questions clefs et
l?appropriation?
La plupart des EP porteurs des SCoT étudiés
ont conçu (ou sont en train de concevoir) les
indicateurs de suivi dudit document soit 2 à 3 ans
après la date d?approbation, dans l?objectif de
mesurer les impacts des orientations générales
et des prescriptions du document d?orientations
générales (DOG). Même si les opérations résultant
de l?application du SCoT s?inscrivent dans la
durée, depuis l?émergence du projet jusqu?à leur
réalisation effective, le suivi «en continu» du SCoT
est considéré comme nécessaire à l?analyse des
résultats d?application du SCoT. Une distinction dans
les indicateurs est opérée par l?établissement public
entre ceux qui permettent de suivre l?efficacité du
SCoT dans le cadre du bilan obligatoire à 10 ans
ou 6 ans2, et ceux qui sont relatifs à l?observation
territoriale en continu ayant pour objet d?apprécier
globalement les évolutions du territoire et du
bassin de vie, ceux qui permettent la réalisation de
l?évaluation environnementale.
Toutefois, il a été constaté que tous les EP de SCoT
ne mettent pas en place un suivi de l?application
de leur document (d?année en année) en vue de
procéder à d?éventuelles actions correctrices «dès
que possible». Ils attendent, pour s?y intéresser, la
phase de bilan obligatoire. Il est vrai que ces ac-
tions correctrices peuvent induire une modification
voire une révision du SCoT et donc engendrer un
coût financier (qui peut apparaître élevé).
L?étude a permis de constater que les SCoT, dans
un premier temps, établissent une liste ambitieuse
d?indicateurs en cohérence avec les nombreuses
orientations du DOG, et dans un second temps, les
hiérarchisent dans le cadre d?une focalisation «stra-
tégique» sur des questions clés. Sont privilégiés les
indicateurs dits « transversaux » liés aux objectifs
du SCoT en matière de développement résidentiel,
de développement économique et social, de trans-
ports, avant les indicateurs «environnementaux»
susceptibles de traduire les «pressions» que le dé-
veloppement peut exercer sur le territoire. Plusieurs
singularités d?observation confirment le souhait de
certains EP de SCoT de ne pas réduire le suivi aux
seules mesures « quantitatives » ; on relève en par-
ticulier, en termes d?indicateurs qualitatifs, des ob-
servations photographiques paysagères ou ciblées
sur des secteurs à enjeux, ou encore de suivi des
tranches d?urbanisation, ou d?usage de SIG?
Face à une démarche de définition et de suivi
d?indicateurs qui semble « techniciste », un travail
de maturation et d?appropriation avec les élus
est nécessaire pour partager les priorités et les
définitions des indicateurs. En règle générale, le
comité syndical constitue l?instance de pilotage
du suivi d?ensemble de la mise en oeuvre ; il est
rare d?identifier des commissions spécifiques. La
démarche d?observation s?accompagne parfois
(après un premier temps de partage ? en interne
? de l?analyse de l?opportunité de sa «diffusion»)
d?une association des acteurs locaux et des
partenaires, pour enrichir la lecture des tendances
en « regards croisés » avec les différents indicateurs
suivis par les acteurs locaux.
En ce qui concerne la mise en place et la gestion des
indicateurs de suivi, le choix le plus couramment
rencontré est de réaliser le suivi en régie plutôt que
de le confier à un prestataire pour affirmer le rôle
de proximité du syndicat mixte du SCoT auprès des
élus locaux. Néanmoins, lorsque les agences d?ur-
banisme sont présentes localement, elles assurent
systématiquement la maîtrise d?oeuvre du suivi, en
lien avec leurs missions plus générales d?observa-
tion territoriale.
Au-delà d?une difficile identification et formali-
sation d?un «noyau dur» d?indicateurs, la «gre-
nellisation» des SCoT conduit à s?interroger sur la
possibilité d?engager pour ces observations une ap-
proche systémique de «développement durable»,
au sens d?une nécessaire analyse des interdépen-
dances entre enjeux du SCoT.
1. Cette disposition entre en vigueur à une date déterminée par décret en Conseil d?État et au plus tard le 1er janvier 2013.
2. Concrètement, en vertu de l?entrée en vigueur de la loi portant engagement national pour l?environnement de juillet 2010, les SCoT
approuvés avant le 13 janvier 2011 se trouvent dans deux cas de figure:
? si l?approbation du SCoT est antérieure au 13 janvier 2007, l?analyse des résultats de son application et la délibération décidant
son maintien en vigueur ou sa mise en révision doivent intervenir dans un délai maximum de dix ans à compter de la délibération
d?approbation ;
? si la délibération approuvant le SCoT a été adoptée entre le 13 janvier 2007 et le 12 janvier 2011, l?analyse et la décision de
maintien ou de révision devront intervenir avant le 13 janvier 2017.
Certu ? Juin 2012 4 La mise en oeuvre d?un SCoT - Synthèse
? La préservation des espaces naturels et
agricoles : des garde-fous pour préserver
des espaces ou en sanctuariser d?autres,
via les outils existants à mobiliser?
L?ensemble des SCoT étudiés comporte des
orientations en faveur d?un ralentissement du
rythme de l?artificialisation des espaces agricoles
ou naturels. Les plus ambitieux identifient des
composantes d?un réseau de réservoirs et de
corridors écologiques ou encore d?espaces agricoles
remarquables. Ces espaces sont préservés à la
faveur de considérations écologiques, économiques,
patrimoniales, paysagères et sociales (notion
d?usage). Outre des orientations en faveur d?une
urbanisation moins consommatrice d?espaces et
compte tenu de la pression constante et croissante
exercée sur ces milieux, certains SCoT définissent
des « garde-fous » sous forme de quotas minimaux
d?espaces à préserver à l?horizon du SCoT ou
délimitent à la parcelle des espaces «sanctuarisés»
que les documents d?urbanisme devront décliner de
façon « compatible » dans leur règlement.
La prise en compte dans les PLU de ces orientations
prend en effet le plus souvent forme via les
outils réglementaires, tout particulièrement le
classement en zones naturelles et agricoles des
espaces à protéger identifiés par le SCoT. On
observe également qu?en matière de protection
des espaces agricoles, naturels et forestiers,
les orientations d?aménagement permettent
directement ou indirectement la préservation
d?éléments du patrimoine naturel.
Elles assurent cette protection de manière soit di-
recte par l?identification et la préservation d?élé-
ments du patrimoine naturel en précisant par
exemple le maintien des haies en ZAC, soit indirecte
par la maîtrise de l?étalement urbain (par exemple
en préconisant la densification via un pourcentage
d?habitat collectif). Plus précisément, dans la par-
tie réglementaire, différents leviers sont actionnés
pour préserver ces espaces : des leviers indirects fa-
vorisant la densité en zone urbanisée (augmenta-
tion ou suppression de coefficient d?occupation des
sols, modification des règles de gabarit) ou plus
directs, interdisant toute construction en zone A,
d?autres identifiant des secteurs ou d?éléments à
protéger (cf. L.123-1-5 du Code de l?urbanisme) ou
à classer en espaces boisés. Les PLU mobilisent aus-
si les zonages N et A avec le recours à une grande
variété d?indices explicitant la vocation de la zone
et l?utilisation d?un «pastillage» du bâti non agri-
cole en zone A.
Outre la traduction des orientations des SCoT dans
les PLU, un nombre important de politiques et de
dispositifs [périmètres de protection et de mise en
valeur des espaces agricoles et naturels périurbains
(PAEN), chartes?] portés par d?autres acteurs (État,
collectivités territoriales, associations, acteurs du
monde agricole?) peut, moyennant la mise en
place d?une gouvernance adéquate par l?EP du
SCoT, contribuer utilement à la mise en oeuvre des
orientations du SCoT en faveur de la préservation
des espaces naturels et agricoles figurant dans le
PADD ou le DOO.
De nouvelles dispositions issues de la loi
d?orientation agricole (2006) et des lois Grenelle
(2010) ont élargi le champ de compétence et les
thématiques environnementales du ressort des SCoT
et des PLU. La montée en puissance d?une ingénierie
adéquate au sein des EP de SCoT mais également
sur les territoires est indispensable, tout autant
que l?affirmation de l?EP de SCoT comme lieu de la
gouvernance de la mise en cohérence de politiques
publiques de différentes natures pouvant contribuer
efficacement à l?atteinte des objectifs du SCoT.
? La localisation du développement urbain :
les orientations d?aménagement et le
règlement du PLU, outils opérationnels
de mise en oeuvre du SCoT
Les orientations d?aménagement (OA) facultatives
dans les PLU de première génération constituent un
outil très utilisé par les PLU analysés, en complé-
ment du règlement graphique et écrit, cadre juri-
dique obligatoire et plus habituel pour décliner les
objectifs du DOG du SCoT.
Ces OA constituent un outil souple de déclinaison
des objectifs quantitatifs du SCoT, en particulier, en
termes de densité, de mixité sociale et de diversité
des fonctions urbaines, objectifs éventuellement
différenciés selon les types de polarités de l?arma-
ture urbaine définie.
En règle générale, les OA, combinées à un règlement
écrit, sont rattachées à une zone d?urbanisation
future (AU) et constituent un outil opérationnel
de déclinaison de zones d?aménagement concerté
(ZAC). Elles permettent de territorialiser les
extensions urbaines, notamment en esquissant un
parti d?aménagement (au minimum les accès et les
voiries principales).
Pour atteindre les objectifs de mixité sociale et de
diversité des fonctions urbaines, les OA, en sus de
la définition d?un principe d?aménagement, sont
très souvent utilisées pour expliciter les différentes
typologies de logements souhaités (collectifs, indi-
viduels, semi-collectifs), les pourcentages de loge-
ments sociaux dans les programmes de logements,
les densités par secteur, le phasage des opérations.
Certu ? Juin 2012 5 La mise en oeuvre d?un SCoT - Synthèse
Quant au règlement graphique et écrit, il décline
l?armature urbaine des SCoT avec souvent une né-
gociation difficile sur les quotas de surfaces d?ex-
tension urbaine attribuées et sur la limitation de
construction dans les « hameaux ». En effet, la ma-
jorité des PLU interprète ces superficies maximales
comme un « droit à tirer » plus que comme un «
potentiel ». Dans le règlement, la modulation de
la densité mais aussi la localisation des extensions
urbaines s?expriment par un choix de zonage (U,
AU) : les zones AU permettent de phaser l?urba-
nisation, de favoriser la réalisation des opérations
d?ensemble, les zones urbanisables (U) comportent
des sous-secteurs en fonction du choix de densité
souhaitée. Les leviers « graphiques » sont souvent
employés en complément ou en lieu et place des
OA pour définir les périmètres de mixité sociale ou
de projet d?aménagement global, en lien avec l?at-
teinte des objectifs de mixité sociale et de diversité
des fonctions urbaines.
? La densité et la desserte des transports
collectifs : au-delà des prescriptions
de densité et de stationnement, un
partenariat à développer avec les AOTU
Quand bien même la loi SRU de 2000 (article 1
devenu L.121-1 du Code de l?urbanisme) fixe « la
diversité des fonctions urbaines et la mixité so-
ciale, dans l?habitat urbain et dans l?habitat rural»
comme objectif des politiques urbaines à prendre
en compte dans tous les documents d?urbanisme,
la pratique du «zoning monofonctionnel» (habitat,
emplois, équipements commerciaux et zones d?ac-
tivités) a encouragé des dynamiques d?éloigne-
ment qui ont conduit à une extension de l?espace
public et à l?essor de la dépendance automobile.
Les nouveaux enjeux de la planification, traduits
dans les évolutions réglementaires relatives aux
lois Grenelle portant engagement national pour
l?environnement, confèrent aux documents d?ur-
banisme, outre des objectifs de répartition géo-
graphique équilibrée entre emploi, habitat, com-
merces et services, la responsabilité de «diminuer
les obligations de déplacements », objectif attei-
gnable par une combinaison d?orientations :
? renforcer le lien entre urbanisme et déplacements
pour lutter contre l?étalement urbain ;
? promouvoir les déplacements de courte distance et
à vitesse apaisée ;
? favoriser des espaces regroupant toutes les fonc-
tions de la ville (habitat, services et travail) tout
en gardant à l?esprit la nécessaire réduction de la
consommation des espaces.
Les SCoT sur lesquels a porté l?enquête ont pour
la plupart analysé l?interaction entre déplacements
et développement urbain, plus précisément entre
transports collectifs et densité. Ainsi l?armature
urbaine définie dans les SCoT s?appuie sur l?iden-
tification de polarités principales et secondaires
desservies par les transports en commun ou dont
la programmation est validée. Ces SCoT recomman-
dent, voire imposent, dans ces polarités des densi-
tés élevées, notamment près des pôles d?échanges
comme les gares du réseau ferré, les stations de
tramway?
Ainsi, en fonction des enjeux de desserte qui ont
été identifiés (engorgement des voies routières
existantes ou, à l?inverse, fort enclavement rou-
tier?), les exigences exprimées par le SCoT sont
plus ou moins précises.
La mise en oeuvre des SCoT dans les PLU passe
par une articulation entre urbanisation et trans-
ports collectifs qui se limite souvent à la desserte
de zone dense d?habitat simultanée à la définition
d?une densité plus importante aux « noeuds » (ou le
long des axes) de TC. Quelques territoires (et PLU)
tentent une approche plus globale voire systéma-
tique, notamment en qualifiant la densification ou
l?adaptation de normes de stationnement.
Bon nombre de territoires utilisent le SCoT comme
le cadre de la réflexion commune à l?urbanisation
et aux déplacements. Mais force est de constater
que, bien que l?articulation entre transport et urba-
nisme ait été clairement affichée dès la loi SRU de
2000, les PLU n?ont que peu traduit les politiques
de mobilité en se limitant à des prescriptions de
densité et de stationnement le long des corridors
de déplacements, laissant, dans certains cas, la li-
berté aux PDU de s?approprier la transcription lo-
cale du SCoT.
En termes de partenariats interinstitutionnels,
les SCoT du panel mentionnent peu les relations
entretenues (ou envisagées) avec les autorités
organisatrices de transport dans la définition des
grands objectifs et des politiques de déplacements.
Quelques EP de SCoT, particulièrement ceux à
l?échelle adaptée de bassin de vie, se positionnent
toutefois ? à l?issue de l?élaboration ? comme lieu
de débat et d?échanges avec les AOTU sur les
infrastructures et les politiques de déplacements.
Citons à nouveau les démarches de contrat d?axe, ou
de disque de valorisation des axes de transport col-
lectif (centré sur l?urbanisation des secteurs proches
des stations de transports collectifs), qui, en articu-
lation avec le SCoT, décloisonnent la « conception de
l?infrastructure et du service de transport » (relevant
des AOT) et la «stratégie de développement urbain
autour de l?axe» (intercommunalité).
Certu ? Juin 2012 6 La mise en oeuvre d?un SCoT - Synthèse
? En conclusion
L?étude conduite confirme que la mise en oeuvre
du SCoT gagne à être « prévue » avant même l?ap-
probation du schéma, comme partie intégrante de
la construction du projet de territoire (à 20 ans),
tant en matière de gouvernance/animation que de
définition des indicateurs assurant son suivi, ainsi
que de modalités de déclinaison dans les PLU. Dès
la rédaction du document d?orientations géné-
rales (mais aussi dès celle, conjointe, du rapport
de présentation car il explique les choix retenus
pour établir le projet d?aménagement et de dé-
veloppement durable et le DOG?), une attention
particulière doit être portée à la façon d?envisager
concrètement comment les acteurs locaux seront
en capacité de «réaliser» les orientations et com-
ment on mesurera leurs effets, notamment pour
faciliter la réalisation d?opérations d?aménagement
plus denses ou la concrétisation de protection d?es-
paces naturels et agricoles ou encore la difficile réa-
lisation d?objectifs de mixité?
Si la cohérence entre le projet exprimé dans le do-
cument SCoT et l?évolution du territoire dépend de
fait de l?échelon communal ou intercommunal pour
mettre en oeuvre le projet défini à l?échelle du ter-
ritoire couvert par le SCoT, il s?agit bel et bien de
passer de la stratégie à l?action concrète (des in-
tentions aux actes?) et de changer d?échelle pour
traduire le SCoT dans chaque action territoriale.
L?élaboration d?un PLU intercommunal permettant
d?appréhender des enjeux environnementaux et
énergétiques à une échelle pertinente peut facili-
ter cette transition de la stratégie à l?action, voire
faciliter aussi la mise en oeuvre du SCoT.
Il apparaît qu?une organisation ? politique et tech-
nique ? et des modalités concrètes d?appui aux in-
tercommunalités (et aux communes) dans la mise
en oeuvre sont très importantes : accompagnement
pour la compatibilité des documents d?urbanisme,
mais aussi pour l?émergence de projets, leur défi-
nition, leur priorisation, leur montage, via un appui
sur l?action foncière, des études pré-opération-
nelles (qui peuvent en particulier aider à la négo-
ciation avec les opérateurs pour la promotion de
certaines formes urbaines)? La question est posée
une nouvelle fois de la capacité d?ingénierie des
territoires pour construire le territoire de demain
dans la durée?
La loi portant engagement national pour
l?environnement et le décret du 29 février 20123
imposent aux SCoT, « au plus tard à l?expiration
d?un délai de six ans à compter de la délibération
portant approbation du SCoT, de la dernière
délibération portant révision complète de ce
schéma ou de la délibération ayant décidé son
maintien en vigueur », de procéder à une analyse
des résultats de son application en matière
«d?environnement, de transports et déplacements,
de maîtrise de la consommation d?espace et
d?implantation commerciale ». L?établissement
porteur du SCoT délibère sur son maintien en
vigueur ou sur sa révision partielle ou complète.
« Cette analyse est communiquée au public et à
l?autorité administrative compétente en matière
d?environnement. À défaut d?une telle délibération,
le SCOT est caduc. » En outre, l?article R.122-2 du
Code de l?urbanisme mentionne que « le rapport
de présentation précise les indicateurs qui devront
être élaborés pour l?évaluation des résultats
d?application du schéma».
Cette obligation de procéder à une analyse des
résultats d?application sur des thématiques iden-
tifiées par le législateur, de les communiquer au
public et à l?autorité administrative compétente
en matière d?environnement, de préciser les indi-
cateurs (que l?on peut bien évidemment souhaiter
«porteurs de sens»), va nécessairement astreindre
l?établissement public porteur du SCoT à anticiper
sans attendre l?échéance de 6 ans.
3. Relatif aux documents d?urbanisme et pris pour l?application de l?article 51 de la loi de modernisation de l?agriculture du 27 juillet 2010.
Certu ? Juin 2012 7 La mise en oeuvre d?un SCoT - Synthèse
? Annexe
Tableau du panel des SCoT et des PLU de l?étude.
Panel constitué de douze SCoT approuvés depuis au moins 2 ans et présentant un intérêt dans le cadre de ce programme.
L?échantillon résulte d?un choix des partenaires de l?étude combinant des SCoT dits « ruraux », « littoraux », de « montagne »,
de « métropole » et « villes moyennes ».
Les contributions de techniciens de SCoT ayant participé à des ateliers de travail ont également alimenté l?étude (SCoT de la
région grenobloise, de l?agglomération lyonnaise, du Grand Douaisis, des Vosges centrales,?)
SCoT Approbation
Structure
porteuse
Périmètre
nb communes/
nb hab.
PLU étudiés
SCoT de la Narbonnaise 01/11/2006 Syndicat mixte 40/120 000 PLU Ouveillan
SCoT Piémont des Vosges 14/06/2007 Syndicat mixte 35/53 000 PLU Nidernai et PLU Obernai
Scoters (région de Strasbourg) 01/06/2006 Syndicat mixte 140/600 000 PLU Ekbolsheim
et PLU Ostawal
SCoT Bourg-en-Bresse Revermont 25/03/2008 (exécutoire) Syndicat mixte 74/130 000 PLUi Montrevel
SCoT Métropole Savoie 21/06/2005 Syndicat mixte 102/220 000 PLU Francin (en arrêt projet)
SCoT de la Dombes
19/07/2006 + modif. approuvée
mars 2010 (DTA aire métropol.
lyonnaise)
Syndicat mixte 29/30 000
PLU Mionnay et
PLU Châtillon-sur-Chalaronne
SCoT CA Orléans Val de Loire 18/12/2008 CA 22/272 572 PLU Semoy et PLU Saint-Pryvé
SCoT Lens-Liévin-Hénin-Carvin 11/02/2008 Syndicat mixte 50/375 000 PLU Givenchy-en-Gohelle et
PLU Meurchin
SCoT de l?Artois 29/02/2008 Syndicat mixte
(SMESCOTA)
99/277 458 PLU Divion et
PLU Calonne-sur-la-Lys
SCoT Audomarois (Pays de
Saint-Omer)
mars 2008 Syndicat mixte 82/115 717
SCoT Métropole Nantes ? Saint-
Nazaire
26/03/2007 Syndicat mixte 57/760 000 PLU Saint-Nazaire et
PLU Saint-Mars-du-Désert
SCoT du Pays de Rennes 18/12/2007 Syndicat mixte 67/443 000 PLU de L?Hermitage et
PLU d?Ercée-près-Liffré
Etd
le centre de ressources
du développement
territorial
30, rue des Favorites
75015 Paris
Tél. : 01 43 92 67 67
Fax : 01 45 77 63 63
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Certu
Centre d?études
sur les réseaux,
les transports,
l?urbanisme, et
les constructions
publiques
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ISSN : en cours
© Certu-2012
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préalable du Certu
Auteurs: GAFFAR Chahoul, MORAIN Marc (Certu)
Ont contribué : GAFFAR Chahoul (Certu)
DE LABURTHE Christopher, ROBINOT-BERTRAND Isabelle (Etd)
LEJEUNE Cédric, STREBLER Jean-Philippe, STREBLER Jean-Philippe (Féd. nat. des SCoT)
RODRIGUEZ-GARCIA Silvina (Fnau)
KOHLER Sidonie (Cete Est)
BORDÈRE Florence, DEPIGNY Bertrand (Cete Lyon)
FISSE-GATIGNOL Audrey, FOURNIER Florian (Cete Nord Picardie)
FONDRIEST Margaux, PALUD Myraim (Cete Normandie Centre)
HEITZ Laurent (Cete Ouest)
Contacts: Certu : urb.certu@equipement.gouv.fr
Etd : etd@etd.asso.fr
Éd i t ions du Ce r tu
Collection D o s s i e r s
Les auteurs de cette étude remercient chaleureusement pour les informations transmises, tout par-
ticulièrement les maîtres d?ouvrage de SCoT, de PLU, ainsi que les services des collectivités locales et
des services déconcentrés de l?État des territoires étudiés. Ils remercient également vivement celles
et ceux qui ont accepté de relire ces notes et qui, par la qualité, la pertinence de leurs observations et
remarques ont contribué à leur amélioration.
EN SAVOIR PLUS...
- J.-P. Strebler, Le délai dans lequel les SCoT existants doivent avoir fait l?objet d?une délibération de
maintien en vigueur ou de mise en révision in Revue de droit immobilier, mai 2012.
- Fiches thématiques « La mise en oeuvre d?un SCoT » :
- la gouvernance et l?animation du suivi du SCoT ;
- les indicateurs de suivi ;
- la préservation des espaces naturels et agricoles ;
- la localisation du développement urbain ;
- la densité et la desserte des transports collectifs.
Source photo 1re page : ©LEONE J. - Grand Lyon