Mise (La) en oeuvre d'un SCoT : quelle gouvernance pour le suivi du SCoT ?
LABURTHE, Christopher de ;ROBINOT-BERTRAND, Isabelle
Auteur moral
Entreprises, territoires et développement (France)
;Centre d'études sur les réseaux, les transports, l'urbanisme et les constructions publiques (France)
;Fédération nationale des agences d'urbanisme (France)
;Fédération Nationale des SCoT
Auteur secondaire
Résumé
"Bien que 185 SCoT soient aujourd'hui approuvés ou en cours d'approbation, la question de leur suivi est encore un sujet émergent. Contrairement aux modalités de leur élaboration et à leur contenu, cette phase post-élaboration n'a pas encore fait l'objet de travaux d'observation et d'analyse.
Editeur
CERTU
Descripteur Urbamet
schéma de cohérence territoriale
;gouvernance
Descripteur écoplanete
Thème
Aménagement urbain
Texte intégral
Sous la direction de
Certu - Etd - Fédération nationale des SCoT - Fnau
Cette publication a été
réalisée avec le soutien
de la direction générale
de l?Aménagement,
du Logement et de
la Nature (DGALN)
direction générale
de l?Aménagement,
du Logement
et de la Nature
Certu La mise en oeuvre d?un SCoT
MINISTÈRE
DE L?ÉCOLOGIE,
DU DÉVELOPPEMENT
DURABLE
ET DE L?ÉNERGIE
MINISTÈRE
DE L?ÉGALITÉ
DES TERRITOIRES
ET DU LOGEMENT
Certu
Quelle gouvernance pour le suivi du SCoT ?
direction générale
de l?Aménagement,
du Logement
et de la Nature
Bien que 185 SCoT soient aujourd?hui approuvés ou en cours d?approbation1, la question de
leur suivi est encore un sujet émergent. Contrairement aux modalités de leur élaboration et à
leur contenu, cette phase post-élaboration n?a pas encore fait l?objet de travaux d?observation
et d?analyse.
Pourtant la loi SRU avait dès décembre 2000 acté la nécessité du maintien de l?établissement
public en charge de l?élaboration du SCoT, au-delà de l?approbation du document, et lui avait
assigné une mission de suivi et d?analyse des résultats de l?application de son schéma.
1. Quarante-trois SCoT en cours d?approbation.
Certu 2012/28
Certu ? Juin 2012 2 La mise en oeuvre d?un SCoT - Gouvernance
Ces dispositions ont été ensuite modifiées par le
décret du 27 mai 2005 et plus récemment par la loi
ENE du 12 juillet 2012 dite « Grenelle 2 », renforçant
la nécessité de mieux intégrer l?environnement et
le développement durable. Ainsi, si l?obligation
de suivi et d?évaluation2 existe, son contenu n?est
pas précisé par les textes en vigueur. Une lecture
croisée de différentes dispositions du Code de
l?urbanisme permet néanmoins d?en déterminer
les éléments essentiels :
? D?une part, l?obligation de compatibilité avec les
orientations du SCoT s?applique aux documents
d?urbanisme [plans locaux d?urbanisme (PLU),
cartes communales], aux documents sectoriels
[programmes locaux de l?habitat (PLH) et plans de
déplacements urbains (PDU)] et à certaines opéra-
tions d?aménagement. Le Code de l?urbanisme ne
prévoit pas pour autant la consultation obligatoire
de l?établissement public (EP) du SCoT [L.123-9 du
Code de l?urbanisme (CU) version SRU]. Seule la
délibération prescrivant l?élaboration ou la révision
d?un document d?urbanisme doit être notifiée au
président de l?EP du SCoT (L.123-6 du CU version
SRU). Malgré tout, l?obligation de suivi du SCoT peut
donc impliquer de la part de l?EP du SCoT le suivi de
l?élaboration de ces différents documents pour en
apprécier le degré de compatibilité. Par contre, pour
émettre un avis sur le projet arrêté de document
d?urbanisme, l?EP du SCoT doit en avoir au préalable
fait explicitement la demande.
? D?autre part, l?obligation d?analyse des résultats de
l?application du schéma (L.122-14 issu de la loi SRU
et applicable aux SCoT approuvés avant l?entrée
en vigueur de la loi SRU) nécessite de définir des
indicateurs et d?observer leur évolution3 de façon
à pouvoir apprécier les changements sur le terri-
toire et les éventuels effets du SCoT, notamment du
point de vue de l?environnement.
Chaque structure dispose donc de liberté pour
élaborer sa propre démarche et a la responsabilité
de déterminer quelles sont les mesures et actions
les plus à même de garantir un suivi efficient de son
schéma.
L?analyse des pratiques de douze établissements
publics (EP) de SCoT approuvés entre 2006 et 2010
et les témoignages de représentants d?autres EP
porteurs de SCoT montrent que le contenu donné
à la mission de suivi est très variable et regroupe
trois types de mission :
? suivre l?évolution du territoire pour être en capacité
de mesurer les effets du SCoT ;
? faire en sorte que les documents d?urbanisme de
rang inférieur soient compatibles avec les orienta-
tions définies dans le DOG du SCoT ;
? promouvoir le contenu du SCoT auprès des porteurs
de politiques publiques pouvant contribuer à ses
objectifs (conseils généraux, conseils régionaux,
acteurs des transports, de l?habitat, de l?environ-
nement, de l?économie, de l?énergie, des télécom-
munications?).
Pour conduire ces missions, l?EP du SCoT doit mettre
en place un dispositif de gouvernance et d?anima-
tion, c?est-à-dire organiser l?exercice partagé du
pouvoir politique et administratif pour s?assurer de
la prise en compte des orientations de son docu-
ment par l?ensemble des autres acteurs publics.
L?EP n?est en effet pas directement en charge de
la mise en oeuvre des orientations contenues dans
son document de planification. Ce sont les autres
collectivités locales (les communes ou intercom-
munalités, département, région) et certains ac-
teurs institutionnels qui par les politiques qu?ils
portent sont en position de «repreneurs du SCoT».
L?EP du SCoT doit donc, au-delà de l?observation
et de l?évaluation, et en tenant compte de l?écla-
tement des compétences et de la complexité du
jeu d?acteurs, mettre en place, techniquement et
politiquement, les conditions favorables à cette
reprise du SCoT dans les documents d?urbanisme
communaux ou intercommunaux, dans les projets
d?aménagement, dans les documents sectoriels
(PLH, PDU, etc.) et plus largement dans les poli-
tiques publiques «supra-SCoT».
Cette gouvernance peut prendre des formes
différentes. Au-delà des processus de concertation,
elle peut passer par des partenariats avec les
communes et leurs groupements, les autres
collectivités et organismes publics susceptibles par
leurs actions de contribuer au suivi du SCoT. Elle
dépend du contexte local, du jeu d?acteurs et des
conditions d?élaboration du SCoT qui permettent
de comprendre les choix opérés en matière
d?organisation. Cette note s?attache à présenter
les aspects politiques et techniques de cette
«gouvernance du suivi» par les EP de SCoT avec
les communes du territoire comme avec les autres
catégories d?acteurs impactant la mise en oeuvre
du SCoT.
2. L?obligation de suivi et d?évaluation est codifiée par les articles L.122-4 et L.122-14 du Code de l?urbanisme.
3. Dans le cadre de cette étude, une note a été réalisée spécifiquement sur les indicateurs de suivi.
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Certu ? Juin 2012 3 La mise en oeuvre d?un SCoT - Gouvernance
N.B. : les SCoT étudiés dans le cadre de cette note ayant été approuvés avant l?entrée en vigueur de la loi ENE
du 12 juillet 2010, les versions des articles en vigueur à l?époque sont précisées ci-dessous.
? Article L.122-4 du Code de l?urbanisme
Modifié par loi n° 2003-590 du 2 juillet 2003, art. 6 - JORF 3 juillet 2003
« Le schéma de cohérence territoriale est élaboré par un établissement public de coopération intercom-
munale ou par un syndicat mixte constitués exclusivement des communes et établissements publics de
coopération intercommunale compétents compris dans le périmètre du schéma. Cet établissement public
est également chargé de l?approbation, du suivi et de la révision du schéma de cohérence territoriale.
Il précise les modalités de concertation conformément à l?article L.300-2. La délibération qui organise la
concertation est notifiée aux personnes visées au premier alinéa de l?article L.122-7. »
« La dissolution de l?établissement public emporte l?abrogation du schéma, sauf si un autre établisse-
ment public en assure le suivi. »
? Article L.122-14 du Code de l?urbanisme
Modifié par ordonnance n° 2004-489 du 3 juin 2004, art. 3 - JORF 5 juin 2004
« Au plus tard à l?expiration d?un délai de dix ans à compter de la délibération portant approbation ou
de la dernière délibération portant révision du schéma de cohérence territoriale, l?établissement public
prévu à l?article L.122-4 procède à une analyse des résultats de l?application du schéma notamment du
point de vue de l?environnement et délibère sur son maintien en vigueur ou sur sa mise en révision
complète ou partielle. À défaut d?une telle délibération, le schéma de cohérence territoriale est caduc. »
Source : www.legifrance.gouv.fr
XX OrganisationXpolitique
Une phase de mise en oeuvre qui gagne à
être anticipée
Pendant la phase d?élaboration, les élus et tech-
niciens se focalisent sur l?approbation du SCoT. De
ce fait, l?organisation de la phase post-élaboration
est le plus souvent abordée et formalisée chemin
faisant. Rarement anticipée, cette nouvelle période
de la vie du SCoT peut être difficile à mettre en
place.
Toutefois certains élus ont envisagé cette phase en
amont et l?ont même précisée par écrit dans le do-
cument approuvé. Le SCoT du Pays de Saint-Omer
consacre ainsi une annexe au «phasage des opéra-
tions envisagées». Ce document explicite les enjeux
et les objectifs de la phase de suivi, le jeu d?acteurs,
le fonctionnement politique et technique, les actions
envisagées ainsi que les évolutions éventuelles du
document. Cette précaution présente l?avantage
de maintenir «la dynamique SCoT» en permettant
d?enclencher rapidement cette nouvelle étape de la
vie de l?EP du SCoT et du document.
Un maintien de l?EP et de son assemblée
délibérante
La loi prévoit le maintien de la structure porteuse
du SCoT au-delà de la phase d?élaboration. L?article
L.122-4 du Code de l?urbanisme prévoit en effet
que «La dissolution de l?établissement public em-
porte l?abrogation du schéma, sauf si un autre éta-
blissement public en assure le suivi.» Dans les cas
étudiés, l?EP qui a élaboré le SCoT reste en charge
de son suivi. L?organisation politique mise en place
pour l?élaboration du SCoT et les règles de représen-
tation des communes et de désignation du président
au sein de l?organe délibérant (conseil syndical ou
communautaire selon les cas) sont maintenues.
Si l?organe délibérant est maintenu, sa fréquence
de réunion en revanche diminue fortement jusqu?à
être souvent proche du minimum légal (une fois
par trimestre) sauf si des PLU, des documents sec-
toriels et projets d?aménagement des communes
ou de leurs groupements lui sont soumis pour avis.
Cette baisse du rythme de réunions s?accompagne
Certu ? Juin 2012 4 La mise en oeuvre d?un SCoT - Gouvernance
de difficultés chroniques pour certains EP de SCoT
dans l?atteinte du quorum lors des réunions de leur
comité syndical.
Cette difficulté à mobiliser pour ce type de réunion
peut aussi être liée au caractère moins stratégique
qu?elles présentent. Quand il s?agit de formuler un
avis sur le document d?une autre commune ou sur
un document sectoriel qui impacte peu le territoire
des élus délégués au SCoT, l?intérêt est moindre
que lorsqu?il s?agit de travailler au choix d?orienta-
tions ou d?approuver le document final.
Dans certains cas, notamment pour des territoires
de SCoT composés d?un nombre réduit de com-
munes, l?assemblée délibérante statue directe-
ment sur le contenu des avis sur les PLU qui lui sont
soumis : l?avis prononcé s?en trouve renforcé et a
alors « la force de la chose votée ». C?est le cas du
Piémont des Vosges, où chaque maire présente son
projet municipal devant les soixante-dix membres
du comité syndical. Ce « grand oral » semble avoir
généré un esprit d?émulation, chaque maire étant
enclin à proposer un projet de qualité.
Toutefois, dans la majorité des cas, le conseil syndi-
cal a un rôle de « chambre d?enregistrement ». Le
lieu de débat et de décision revenant à des cercles
plus resserrés, commission, bureau ou président
seul, à qui le conseil syndical a délégué l?émission
d?avis, garantissant ainsi une plus grande réactivité
de la structure.
Un fonctionnement politique resserré
Ce sont les bureaux ou des commissions spécifiques
qui constituent le plus souvent le coeur de la vie
politique du SCoT dans cette phase post-approbation.
Le SCoT de l?Artois a par exemple mis en place
une commission spécifique qui se réunit pour
évaluer chaque dossier de révision de document
d?urbanisme. Le Pays de Rennes comporte
également une commission « Aménagement
et mise en oeuvre du SCoT» chargée entre autre
de formuler les avis sur les projets de PLU, et en
maintient cinq autres : « Habitat et urbanisme
durable », « Déplacements et mobilités »,
« Urbanisme commercial », « Agriculture
périurbaine», «Tourisme, EP, SCOTERS». D?autres
territoires ont installé des commissions généralistes
pour débattre de sujets touchant à l?aménagement
du territoire, c?est notamment le cas de l?EP du SCoT
de Strasbourg. Ce type d?initiative s?inscrit dans
une dynamique d?animation territoriale qui facilite
l?appropriation des orientations du SCoT et au final
leur prise en compte.
Le rythme de réunion, du bureau ou de la
commission dédiée, traduit généralement le niveau
de « vie politique du SCoT ». La « commission
permanente du SCoT » du Syndicat mixte Lys
Audomarois qui porte le SCoT du Pays de Saint-
Omer s?est réunie de manière très régulière, ce qui,
selon ses initiateurs, a permis après les élections
l?acculturation progressive des nouveaux élus aux
enjeux et orientations du SCoT.
Le rôle clef du président de l?EP du SCoT
En dehors de ces instances, c?est le rôle central
du président du SCoT qui ressort comme essentiel
pour garantir la prise en compte du SCoT dans
les documents d?urbanisme intercommunaux ou
communaux. Le président est, dans la majorité des
SCoT étudiés, en première ligne pour oeuvrer à la
diffusion du « message du SCoT » et impulser une
dynamique de mise en compatibilité, en soutenant
par exemple la position du SCoT en commission
départementale d?aménagement commercial
(CDAC) ou devant un conseil municipal.
Outre le volontarisme de ses élus et en particulier
de son président, certains territoires ont fait le pari
que la mise en oeuvre du SCoT pouvait bénéficier du
poids politique important de celui-ci dans le pay-
sage politique local, voire régional.
Par ailleurs, l?observation des pratiques locales
ainsi que les témoignages d?acteurs révèlent que
certaines combinaisons de fonctions sont de nature
à apporter de la cohérence entre la politique du
SCoT et les politiques sectorielles, et donc une plus-
value pour sa mise en oeuvre. Dans le Pays de Saint-
Omer, par exemple, le vice-président en charge du
SCoT préside l?agence d?urbanisme. Le président du
SCoT de Bourg-Bresse-Revermont est, lui, directeur
général de l?office public HLM de l?agglomération
de Bourg-en-Bresse et vice-président du syndicat
mixte CAP 3B (syndicat mixte sur un périmètre
quasi identique à celui du SCoT, chargé du contrat
de développement durable Rhône-Alpes) délégué
à l?agriculture. Celui de Métropole Savoie est aussi
président de l?établissement public foncier (EPF).
Un portage politique essentiel à la prise en
compte des orientations du SCoT
Au regard des SCoT étudiés, le constat est clair : s?il
est possible d?élaborer un «bon SCoT», dans son
contenu technique, avec un consensus faible, un
portage politique fort est par contre nécessaire pour
qu?il soit pris en compte, et ce quel que soit le ni-
veau d?ambition du SCoT approuvé. En cas de SCoT
très normatif, la nécessité d?expliciter les règles et
leur esprit pour en diffuser l?acceptabilité auprès des
élus locaux en charge des documents d?urbanisme
locaux est essentielle. Paradoxalement, un portage
politique fort est également nécessaire dans le cas
d?un SCoT «politique» peu normatif. En l?absence
de prescriptions contraignantes, l?animation et la
persuasion politique sont primordiales pour « faire
vivre le SCoT», en assurer la prise en compte dans
Certu ? Juin 2012 5 La mise en oeuvre d?un SCoT - Gouvernance
les autres documents. L?exemple du SCoT de la Nar-
bonnaise illustre ce cas de figure. Le SCoT approuvé
étant de type consensuel et peu normatif, il a été
décidé de mettre en oeuvre son «esprit» (PADD) au-
delà de sa «lettre» par une forte présence politique.
Dans ce même esprit l?implication des élus délégués
au SM de SCoT se veut renforcée par le caractère ex-
clusif de cette délégation.
L?EP SCoT, un objet politique et technique
Hormis le cas particulier des SCoT portés par des
communautés d?agglomération ou de communes,
l?analyse montre différents niveaux d?ambition
concernant les missions et la visibilité de l?établis-
sement public porteur de SCoT.
Le niveau d?ambition le plus faible cantonne l?EP à
un rôle d?organe à caractère purement administratif,
se limitant au mieux à l?émission d?avis a posteriori
sur les documents d?urbanisme intercommunaux ou
communaux. À l?opposé, l?ambition peut se traduire
par un accompagnement rapproché des communes
dans l?élaboration ou la révision de leur PLU afin
qu?ils prennent en compte au mieux les prescriptions
du SCoT, voire même par le développement de
capacités d?assistance à maîtrise d?ouvrage et
d?études pour accompagner les communes dans
leurs projets (documents d?urbanisme ou opérations
d?urbanisme opérationnel). Dans le cas où la
structure porteuse du SCoT est également porteuse
de démarches de développement (pays, CDDRA),
elle peut également, par les projets qu?elle finance
ou accompagne, contribuer à la mise en oeuvre du
SCoT.
Dans certains cas, l?EP de SCoT peut constituer une
nouvelle structure de gouvernance macro-territo-
riale. Il peut revêtir un rôle plus politique qui dé-
borde la mission de suivi ; il peut constituer alors
dans l?esprit de certains acteurs « un lieu inédit
d?agitation de partenariats » et de réflexion entre
élus sur des sujets de développement territorial. Un
constat qui se fait notamment dans le cadre des
« grands » SCoT, notamment ceux de Strasbourg
et de Nantes ? Saint-Nazaire. Dans ce dernier cas,
le travail politique sur la construction du SCoT et
ensuite dans sa mise en oeuvre via la réalisation
d?opérations d?aménagement a conduit les élus du
SCoT à engager une réflexion pour une transforma-
tion du SM du SCoT en pôle métropolitain. Ainsi les
élus prévoient qu?au printemps 2012 le nouveau
pôle métropolitain, doté des compétences ad hoc,
permettra d?engager des actions « d?intérêt mé-
tropolitain permettant de traduire concrètement
la stratégie du SCoT en matière de développement
économique, de mobilités, d?accompagnement des
projets urbains et de protection de l?environne-
ment». Cet exemple constituera alors un exemple
inédit de rapprochement du niveau de construction
de planification et de celui de mise en oeuvre.
X? OrganisationXtechnique
L?organisation minimale repose sur le binôme
président ? chef de projet. Il s?agit de l?organisation
la plus répandue et la base du fonctionnement
de bon nombre de structures porteuses de SCoT.
En fonction de la place de l?EP porteur du SCoT
dans le paysage politico-administratif local et de
l?ambition politique donnée à la phase de suivi, la
structure va être dotée d?une ingénierie technique
plus ou moins importante. Il en résulte une grande
diversité des modes d?organisation et de missions
confiées aux techniciens des structures porteuses
de SCoT. Ils ont de ce fait des postures différentes
allant de simple « observateur de la mise en oeuvre
du PLU » à celle de cheville ouvrière de la prise
en compte des prescriptions du SCoT dans les PLU
et d?accompagnement des projets d?urbanisme
opérationnel.
Des techniciens « observateurs de la mise
en oeuvre des PLU »
Outre les tâches de gestion administrative de la
structure, le technicien se voit confier a minima
un rôle d?observation des documents d?urbanisme
après arrêt et éventuellement, si la demande en a
été faite par l?EP, de rédaction d?avis. Dans ce cas,
la simple observation des documents d?urbanisme
communaux arrêtés ne permet pas d?intervenir
sur leur contenu. Ce positionnement de type
«personne publique associée passive» est souvent
synonyme d?un faible niveau d?échange entre l?EP
de SCoT et les communes, susceptible de conduire
in fine à des avis négatifs.
? Dans ce rôle de « PPA », les techniciens
organisent la formulation d?avis selon des
modalités qui peuvent être différentes :
Les examens des documents d?urbanisme et
la formulation des avis peuvent en effet être
réalisés à différents niveaux : en comité syndical
(Métropole Savoie), bureau ou commission
spécifique (Orléans) ou directement par le binôme
président ? chef de projet (Piémont des Vosges). Ils
peuvent faire suite à la présentation des PLU par
les maires en bureau du SM du SCoT (Bourg Bresse
Revermont) ou en commission aménagement de
la structure (Rennes).
XX OrganisationXtechniqueXetXmoyens
Certu ? Juin 2012 6 La mise en oeuvre d?un SCoT - Gouvernance
Pour faciliter la formulation de l?avis de la structure
sur les documents d?urbanisme, certains territoires
se dotent d?outils d?analyse de la compatibilité par
rapport au SCoT, le plus souvent sous forme de
grilles. Le contenu de ces grilles d?analyse, réalisées
conjointement dans certains départements (Ain)
entre chefs de projet SCoT et DDT, est « calé » sur les
orientations du SCoT et permet d?apprécier la prise
en compte par ces documents de chacune d?entre
elles. Pour certains territoires (SCoT Dombes)
les principes de priorité donnés à certaines
dispositions de SCoT peuvent entraîner selon leur
niveau d?importance, en cas de non-respect, un
avis défavorable, ou un avis favorable sous réserve
de modifications.
Des techniciens promoteurs du SCoT et
accompagnant l?élaboration des PLU
Il s?agit d?une posture plus proactive dans laquelle
le technicien assure dans un premier temps la pro-
motion du SCoT auprès des communes. Cette étape
à caractère pédagogique passe par la présence du
chef de projet ou d?un technicien de la structure aux
réunions dans les communes (commissions d?urba-
nisme) et aux réunions associant les personnes pu-
bliques associées (PPA). C?est l?occasion pour lui de
rappeler le contenu du SCoT et de veiller à sa prise
en compte sur la base des grilles de compatibilité
précitées. Cette implication dans la phase d?élabora-
tion du PLU peut permettre d?éviter les avis défavo-
rables sur le projet de PLU au moment de son arrêt.
Outre une présence aux réunions de travail sur
l?élaboration des PLU, certains techniciens orga-
nisent des réunions en commune pour présenter
et expliquer le contenu du SCoT. Accompagnés le
plus souvent du président du SCoT, ils assurent ainsi
une mission d?animation territoriale importante en
direction des techniciens et élus des communes,
particulièrement pour ceux qui n?ont pas suivi di-
rectement les travaux d?élaboration du SCoT.
Ces réunions de présentation du SCoT aux com-
munes peuvent être systématiques (Dombes, Pié-
mont des Vosges) ou non. Dans certains cas, ces
réunions sont également l?occasion de présenter
l?ensemble des documents à prendre en compte
lors de l?élaboration du PLU (Orléans avec la pré-
sentation des SCoT, PLH, PDU, Agenda 21 et autres
projets de la communauté d?agglomération qui
porte le SCoT).
Dans le cas de certains SCoT de taille importante, ce
travail d?animation territoriale peut trouver dans les
EPCI qui composent le territoire des relais pertinents.
C?est le cas notamment du SCoT de Nantes ? Saint-
Nazaire, décliné en quatre schémas de secteurs
à l?échelle des principales intercommunalités du
territoire. Les représentants des EPCI en charge de
l?élaboration de leur schéma de secteur sont un
relais dans le suivi de l?élaboration des PLU, puisque
les avis sont élaborés conjointement par le chef
de projet SCoT et le technicien de l?EPCI concerné,
avant d?être validés en commission thématique.
Ces relais n?empêchent pas l?EP du SCoT de Nantes
? Saint-Nazaire d?organiser une réunion mensuelle
des DGS des intercommunalités dans le périmètre
de l?établissement pour coordonner leurs politiques,
faire le point du suivi du SCoT et des chantiers de
sa mise en oeuvre.
Pour accompagner l?élaboration des PLU et faciliter
la prise en compte des prescriptions du SCoT, les
techniciens ont déployé toute une gamme d?outils :
? des « grilles de compatibilité » (cf. ci-dessus), pré-
cisant après examen des POS ou PLU existants les
besoins de mise en compatibilité (Dombes, Bourg
Bresse Revermont, Piémont des Vosges) ;
? des « porter à connaissance » mettant en exer-
gue, pour chaque commune, les enjeux identifiés
dans le SCoT et proposant une synthèse des pres-
criptions du SCoT les concernant (Saint-Omer), et
pouvant susciter la révision de PLU présentant des
défauts de compatibilité avec le SCoT ;
? des diagnostics fonciers, réalisés à la demande des
communes, qui permettent d?identifier le foncier
susceptible de répondre aux orientations du SCoT
(EP du SCoT de l?Artois) ;
? des outils pédagogiques sur la mise en oeuvre du
SCoT, détaillant la façon dont les communes peu-
vent concrètement traduire dans leur PLU les orien-
tations du SCoT. C?est le cas par exemple de l?EP du
SCoT de l?Artois qui appuie sa mise en oeuvre sur
un important travail pédagogique et technique :
un atlas de la trame verte et bleue dans les PLU,
détaillée et appliquée à certaines communes, réa-
lisation de vingt-cinq fiches de précisions juridiques
et techniques des principales prescriptions du SCoT
(avec des exemples de transcription dans les dif-
férents volets du PLU?) et d?un document sur les
«principaux outils d?action foncière». De façon si-
milaire, l?EP Métropole Savoie a développé toute
une série d?outils pédagogiques appelés « Chan-
tiers du SCoT» ;
? l?organisation de formations pour les élus (Pays de
Rennes) ou pour les secrétaires de mairie (EP du
SCoT du Bessin).
La concentration des efforts de l?EP du SCoT sur
les missions d?animation à destination des collec-
tivités « infra » a pour conséquence fréquente la
forte diminution voire l?abandon des actions de
concertation et de communication engagées lors
de la phase d?élaboration du SCoT. Si l?arrêt de la
concertation avec le grand public, déjà difficile en
phase d?élaboration, peut paraître logique, on peut
regretter l?absence de diffusion de supports de
communication, et tout particulièrement l?absence
de mise à jour des sites internet qui pourraient de-
meurer utiles pour les acteurs publics concernés par
les orientations du SCoT.
Certu ? Juin 2012 7 La mise en oeuvre d?un SCoT - Gouvernance
Des techniciens accompagnateurs, au-delà
du SCoT
Sur certains territoires, les techniciens peuvent
se voir confier des missions d?assistance à maî-
trise d?ouvrage et de production d?études pour le
compte des membres de l?EP du SCoT. Ces missions
vont de l?accompagnement à la rédaction de ca-
hiers des charges pour la réalisation de PLU à des
missions d?assistance à maîtrise d?ouvrage dans
la réalisation de PLU ou d?opérations d?aménage-
ment (ZAC, lotissements). Certains EP de SCoT vont
également jusqu?à devenir actionnaire d?une SEM
d?aménagement pour accompagner de manière
rapprochée les communes dans leurs projets d?ur-
banisme opérationnel.
C?est le cas du SM du SCoT Nantes ? Saint-Nazaire
qui est actionnaire de la Samoa, la société d?amé-
nagement de la métropole Ouest-Atlantique. Ce
positionnement s?inscrit dans une volonté de
compensation du faible niveau d?ingénierie d?un
grand nombre de petites et moyennes collectivi-
tés qui composent le vaste territoire du SCoT. Les
pôles structurants identifiés dans le SCoT ont ainsi
pu bénéficier d?une mission d?AMO. Une fois ce tra-
vail terminé, l?objectif est d?accompagner au moins
une commune par an, sur la base du volontariat,
de préférence celles disposant de peu de moyens
en ingénierie.
Dans la même logique d?assistance aux com-
munes, l?agence d?urbanisme de l?arrondissement
de Béthune, maîtrise d?oeuvre du suivi du SCoT de
l?Artois, réalise pour le compte des communes un
diagnostic foncier des zones U libres et ayant vo-
cation d?habitat (recensement et qualification se-
lon mutabilité?). Le syndicat mixte du SCoT de la
Narbonnaise propose des prestations d?AMO pour
la réalisation de PLU ou d?opérations d?aménage-
ment opérationnel (lotissement). Le SM du SCoT du
Piémont des Vosges quant à lui réalise des travaux
de cartographie pour ses communes membres. Il
est, sur son territoire, le seul établissement public
à être doté d?un technicien géomaticien, ce qui lui
permet de proposer aux communes des fiches pé-
dagogiques sur les bilans démographiques, trames
vertes, logements aidés, l?intermodalité?
On observe donc que certains établissements
porteurs de SCoT développent à la suite de
l?adoption de leur document un éventail assez large
de prestations pour leurs membres (collectivités ou
EPCI). Conduites en parallèle des actions de suivi des
documents locaux, elles constituent, notamment
lorsque le territoire ne bénéficie pas de la présence
d?une agence d?urbanisme ou, plus rarement,
d?un service départemental d?aménagement
et d?urbanisme (SDAU du Bas-Rhin), une offre
nouvelle d?ingénierie.
L?ambition réglementaire du SCoT et les missions
confiées à son établissement porteur ne sont pas
nécessairement corrélées. Ainsi le développement
de missions d?appui aux collectivités n?est pas
l?apanage des établissements porteurs de SCoT
ambitieux et normatifs mais semble être plutôt lié
à des besoins d?ingénierie locale.
Mais, pour que les orientations du SCoT, normatives ou
non, soient suivies d?effet, c?est-à-dire qu?elles puis-
sent être prises en compte dans les PLU, les actions
d?animation et de pédagogie sont indispensables. Ces
actions sont le réel baromètre de la volonté politique
de mise en oeuvre du SCoT. Elles traduisent le choix
fait localement de privilégier un travail d?accompa-
gnement et de lobbying considérant que l?existence
d?une règle prescriptive ne suffit pas.
? Les moyens dédiés
Compte tenu de la diversité d?organisation et de
mode de financement de l?ingénierie des SCoT, il
est particulièrement difficile de faire ressortir des
données financières permettant une comparaison;
en revanche, une approche par nombre de salariés
et équivalent temps plein (ETP) est plus aisée pour
appréhender les moyens mobilisés.
Ressources humaines, des grandes dispari-
tés dans les modes d?organisation
Comme pour les missions dévolues à l?EP du SCoT,
l?étude révèle une forte disparité dans l?organisa-
tion de l?ingénierie en charge du suivi du SCoT. On
distingue trois modes d?organisation principaux. Le
premier mode, et le plus courant, est celui où l?EP
du SCoT est un syndicat mixte (SM) qui dispose de
son propre personnel ou de personnel mis à dis-
position. Dans le deuxième, le document est porté
par un EPCI, le suivi est alors imputé à un service
qui y consacre des moyens limités, la charge du suivi
du SCoT correspondant le plus souvent à un temps
partiel. Le dernier est celui où le SM confie le suivi
du SCoT à une structure tierce, le plus souvent une
agence d?urbanisme. Dans ce cas, le SM adhère à
l?agence d?urbanisme qui inscrit le suivi du SCoT dans
son programme partenarial annuel, moyennant ré-
munération. Le SM bénéficie ainsi de l?expertise de
l?agence d?urbanisme et se concentre sur le travail de
négociation politique, sans nécessairement se doter
de personnel propre au-delà d?un administratif qui
peut n?être consacré au SCoT qu?à temps partiel. Si un
risque de «déconnexion» du suivi technique et du
suivi politique du SCoT existe, ce choix permet mal-
gré tout au territoire de bénéficier des compétences
pluridisciplinaires dont l?agence est dotée et d?être
intégré aux travaux et observatoires thématiques
qu?elle peut être amenée à développer.
Certu ? Juin 2012 8 La mise en oeuvre d?un SCoT - Gouvernance
Une tendance au maintien des moyens en
phase de suivi
À l?exception d?un cas de forte diminution des moyens
humains, la majorité des structures du panel a main-
tenu ses effectifs, voire les a légèrement renforcés.
En l?absence d?aides financières en phase de suivi,
le fonctionnement de la structure repose sur les
cotisations des collectivités membres. Le maintien
d?une ingénierie ? qui plus est son renforcement
? témoigne d?une volonté politique forte de voir
prises en compte les orientations du SCoT.
Dans ces conditions, les structures porteuses de
SCoT qui sont aussi le support de dispositifs de
contractualisation (avec des ressources humaines
dédiées) ont moins de difficulté à maintenir une in-
génierie interne, susceptible de contribuer au suivi
du SCoT (CDDRA Métropole Savoie 4).
Une majorité de structures aux moyens
techniques restreints
En dehors du cas où le suivi est délégué à une
agence d?urbanisme, l?EPCI ou le SM porteur de SCoT
dispose de moyens propres, le plus souvent limi-
tés. Le directeur/chef de projet/chargé de mission
(Dombes, Boug-Bresse-Revermont, voire un salarié
à mi-temps pour Val de Loire) est parfois secondé
par un chargé de mission pour conduire des travaux
d?analyse et d?observation (cartographe géomati-
cien du SM du SCoT du Piémont des Vosges) ou des
missions d?AMO (SM du SCoT de la Narbonnaise).
Dans de rares cas, l?équipe interne du SM est plus
importante et correspond à une volonté de dépasser
le cadre des missions de suivi et d?offrir aux com-
munes un appui conséquent à l?ingénierie. C?est le
cas du SM du SCoT de Métropole Savoie qui dispose
de huit techniciens dont trois urbanistes. Ils consa-
crent 80% de leur temps à la réalisation d?études
pré-opérationnelles pour le compte des communes.
Les moyens des communes et des inter-
communalités
Comme vu précédemment, l?approbation du SCoT
n?entraîne généralement pas la montée en puis-
sance de l?ingénierie de l?EP de SCoT. Elle n?entraîne
pas non plus le renforcement de l?ingénierie com-
munale ou intercommunale. Or, la mise en oeuvre
du SCoT passe notamment, du côté des communes
et de leurs groupements, par l?élaboration de PLU,
PLH, PDU et par l?appropriation des orientations et
prescriptions du SCoT.
Sur les territoires étudiés, le constat est fait d?un
déficit d?ingénierie préjudiciable à l?élaboration de
ces documents et projets d?aménagement.
Cette situation est particulièrement criante dans les
secteurs non couverts par les agences d?urbanisme
et sur ceux qui dépendaient fortement de l?appui
de l?ingénierie d?État, en retrait aujourd?hui.
Cet état de fait explique l?engagement de nombreux
EP de SCoT dans l?accompagnement des projets
d?urbanisme des communes et les différentes
postures qu?ils peuvent adopter pour assurer le
suivi du SCoT.
Au-delà des relations établies avec les communes
et parfois leurs groupements, déjà évoquées dans
l?organisation technique, l?EP du SCoT entretient des
partenariats, formalisés ou non, avec l?État pour la
traduction du SCoT dans les PLU et avec différents
acteurs pour assurer sa mise en oeuvre à travers
leurs politiques territoriales.
? Avec les services de l?État
L?État garant du contrôle de la légalité
L?État occupe une place singulière dans cette phase
de suivi du SCoT. Il a la charge de se prononcer
sur la compatibilité des documents d?urbanisme
communaux et des documents sectoriels avec les
orientations du SCoT. Ce contrôle se fait a posteriori
lors de la formulation de l?avis de l?État sur le projet
arrêté du document d?urbanisme, mais également
dans le cadre de l?exercice du contrôle de légalité
exercé par le préfet sur les actes d?urbanisme qui
lui sont transmis.
Comme certains EP de SCoT, les services de l?État
[DDT(M)] utilisent pour formuler leur avis un éven-
tail plus ou moins développé d?outils et de grilles
de compatibilité.
Ce rôle régalien conduit généralement l?État à se
prononcer sur la compatibilité des documents de
façon plus « stricte » que les EP de SCoT qui eux
adoptent plus souvent une approche plus politique
et pragmatique de la notion de compatibilité. Une
répartition des rôles qui est tantôt bien assumée
(voire concertée), tantôt facteur de frictions entre
l?EP de SCoT et les services de l?État.
XX L?animationXdesXpartenariats
4. Contrat de développement durable Rhône-Alpes, entre région et intercommunalités.
Certu ? Juin 2012 9 La mise en oeuvre d?un SCoT - Gouvernance
Un État qui peut être proactif
Le niveau d?implication de l?État aux côtés des
communes est variable. Il peut parfois avoir une
posture proactive en communicant en direction
des communes dès l?approbation du SCoT. Cette
communication peut prendre la forme d?un envoi
systématique à toutes les communes de courriers
du préfet statuant sur la compatibilité des POS et
PLU (Dombes) ou plus simplement rappelant la né-
cessaire compatibilité des documents d?urbanisme
avec le SCoT (courrier cosigné sous-préfet/président
de SCoT Artois, Lens-Liévin et Hénin-Carvin). L?État
peut aussi participer aux commissions d?urbanisme
et s?engager dans des actions de sensibilisation en
amont (Dombes, Artois).
Relations entre l?État et l?EP de SCoT, entre
distance et coopération rapprochée
Les relations entre l?EP du SCoT et les services de
l?État sont souvent limitées mais une certaine ten-
dance à coopérer semble toutefois se développer, à
l?image des échanges très nombreux par exemple
entre le SCoT de l?Artois et la DDTM 62 de Béthune.
Cette coopération peut prendre la forme d?une mu-
tualisation d?outils comme par exemple la transmis-
sion par la direction départementale des Territoires
et de la Mer (DDTM) du Pas-de-Calais de ses grilles
de lecture de compatibilité aux SCoT de son secteur
(Artois, Lens-Liévin et Hénin-Carvin) très appré-
ciée dans le cas d?un EP de SCoT ne disposant ni
de la méthodologie ni de moyens humains suffi-
sants pour réaliser ce travail. Cette coopération peu
prendre une forme encore plus aboutie à l?image de
la coproduction de grilles de lecture de compatibi-
lité du SCoT entre la DDTM 62, la sous-préfecture de
Béthune et le SCoT de l?Artois, sous maîtrise d?ou-
vrage de l?agence d?urbanisme de Béthune.
Elle peut aussi se concrétiser par une participation
conjointe du technicien de l?EP SCoT et du repré-
sentant des services de l?État aux réunions de tra-
vail en mairie facilitant ainsi, par un double effort
de pédagogie, la mise en compatibilité des projets
d?élaboration de PLU, PLH, PDU des communes
avec les orientations du DOG du SCoT. Dans le cas
du Pays de Rennes, un représentant de la DDTM35
est systématiquement présent aux réunions de la
commission « Aménagement et mise en oeuvre
du SCoT» en tant qu?observateur. Ceci lui permet
d?échanger avec le SM et d?indiquer la position de
l?État, en amont de la formulation de l?avis par la
commission. Cette présence d?un représentant de
l?État dans des commissions d?élus permet égale-
ment de construire une «doctrine» partagée sur la
construction des avis sur les projets de PLU.
La coopération peut enfin conduire à la coproduc-
tion d?avis, comme c?est le cas pour le SCoT des
Dombes : des «pré-avis concertés» sont débattus
entre la DDT de l?Ain et le SM et envoyés, signés par
le préfet, à l?ensemble des communes.
On observe donc un État qui, dans certains cas,
dépasse sa mission de contrôle de la légalité et
accompagne la phase de mise en oeuvre du SCoT.
Dans certains cas, ce positionnement peut être
interprété comme une démarche compensant en
partie celle d?un EP de SCoT disposant de moyens de
suivi plus restreints (Lens-Liévin et Hénin-Carvin).
? Avec les PPA « inter ou supra-SCoT »,
des relations à la carte
Après l?approbation du document, les EP porteurs
de SCoT maintiennent rarement avec les personnes
publiques associées le même niveau de concerta-
tion que lors de son élaboration. Ils privilégient des
partenariats au gré de leurs besoins et de leurs am-
bitions. Ces partenariats, quand ils existent, peu-
vent être liés au besoin de mobilisation de données
permettant de suivre l?évolution du territoire. Ils
peuvent également être motivés par la nécessité
de favoriser la prise en compte des orientations du
SCoT dans les politiques publiques que ces acteurs
mettent en oeuvre, ou plus stratégiquement dans
une logique politique visant à ancrer la place de
l?EP de SCoT dans le paysage institutionnel local.
Des relations techniques, formalisées ou
non, de formes très variées
Sur certains territoires, des temps de débat sont or-
ganisés avec l?ensemble des partenaires associés
à l?élaboration du SCoT sur des sujets touchant à
l?aménagement et au développement du territoire
(conférence territoriale permanente du SCoT du
Pays de Saint-Omer). Des collaborations techniques
ont été formalisées à travers une charte de parte-
nariat avec les consulaires et les services de l?État
pour l?accompagnement des communes dans leurs
projets d?aménagement (Métropole Savoie).
Des coopérations technico-politiques peuvent être
engagées avec des SCoT voisins pour mutualiser
des données existantes sur le territoire et harmoni-
ser les indicateurs de suivi (SCoT de l?Artois et Lens-
Liévin et Hénin-Carvin, où cette coopération entre
SCoT a pris la forme d?une démarche d?inter-SCoT
baptisé « Terres du Nord » avec une chargée de
mission à temps plein dédiée à cette instance de
coopération).
D?autres acteurs sont sollicités par les EP de SCoT au
titre des « visions » et dispositifs qu?ils portent. On
peut citer des conventionnements avec des struc-
tures qui fournissent de l?ingénierie, des données,
des services, des études utiles au SCoT (Lens-Liévin
et Hénin-Carvin avec la mission «Bassin minier»,
Certu ? Juin 2012 10 La mise en oeuvre d?un SCoT - Gouvernance
avec la chambre d?agriculture associée à la gestion
des champs urbains sur le SCoT de Rennes, avec le
service départemental d?aménagement et d?urba-
nisme, pour le suivi des permis de construire, et
la chambre d?agriculture et la FNSEA pour les don-
nées sur les activités agricoles pour le Piémont des
Vosges).
Des relations avec les collectivités «supra»
non systématiques
Alors même que la mise en oeuvre des orientations
du SCoT pourrait passer par un dialogue constructif
avec les conseils généraux et régionaux qui, à tra-
vers leurs politiques et leur territorialisation, peu-
vent contribuer à atteindre les objectifs du SCoT,
force est de constater que les relations de l?EP du
SCoT avec les collectivités «supra-EPCI», conseils
général ou régional, apparaissent peu développées.
Lorsqu?elles sont maintenues, elles peuvent l?être
en contrepartie d?un soutien financier accordé par
la collectivité à l?EP de SCoT. C?est le cas du Piémont
de Vosges et du SCOTERS qui bénéficie d?une aide
de la région Alsace pour des études et le finan-
cement d?animation contribuant à l?aménagement
régional et à la territorialisation du Grenelle de
l?environnement.
Des coopérations techniques ont pu être établies
avec des conseils généraux sur des problématiques
de préservation des espaces agricoles, pour
renforcer la protection et la valorisation de secteurs
stratégiques par la mise en place par ces derniers
de périmètres de protection et de mise en valeur
des espaces agricoles et naturels périurbains,
PAEN (EP des SCoT de Nantes ? Saint-Nazaire et de
l?agglomération lyonnaise).
Les relations entre EP de SCoT et collectivités supra
évoluent. Certains chefs de projet SCoT font part de
la prise de conscience chez leurs partenaires de la
nécessité d?un partenariat plus rapproché. Selon
eux, ces collectivités reconnaissent de plus en plus
le SCoT comme un document cadre structurant pour
le développement des territoires et y portent un
intérêt croissant dans la perspective de la territo-
rialisation de leurs propres politiques. Ce constat se
traduit, par exemple, par l?apparition de clauses de
respect des orientations de SCoT dans les dispositifs
de conditionnalité des aides de certaines collectivi-
tés départementales ou régionales (CDDRA et SCoT
Métropole Savoie).
Des thématiques de partenariat encore en
devenir
De l?observation des partenariats noués par les EP
de SCoT, il ressort une faiblesse particulière dans
l?association des acteurs de l?habitat. Or, l?associa-
tion des organismes et professionnels des filières,
producteurs et gestionnaires de logements, au pro-
jet et à sa mise en oeuvre est un enjeu primordial
de la mise en oeuvre et du suivi d?un SCoT.
La mobilité constitue une autre thématique pour la-
quelle la gouvernance peine à être établie entre l?EP
de SCoT et les acteurs concernés : autorités orga-
nisatrices de transport (AOT) (région, département,
EPCI, communes, syndicats?) et leurs opérateurs.
Ces partenariats sont pourtant d?autant plus
indispensables que le Grenelle de l?environnement
renforce les prérogatives du SCoT en matière
de définition des objectifs et des principes des
politiques de l?habitat et des transports.
Le développement économique constitue égale-
ment un domaine où les partenariats gagneraient
à être développés entre EP de SCoT et acteurs
concernés. Comme pour d?autres thématiques, le
développement économique ne s?inscrivant pas
dans des documents cadres spécifiques (hormis la
localisation et l?enveloppe des zones d?activité) qui
permettraient de mettre en oeuvre «mécanique-
ment» les orientations du SCoT via le principe de la
compatibilité, une animation volontaire de la part
de l?EP du SCoT en direction des acteurs du déve-
loppement économique est à trouver. Une coopé-
ration encore à inventer et qui pourrait permettre
de dépasser le constat d?une faible mise en oeuvre
des orientations économiques prévues par les SCoT.
Toutefois, certains territoires font état de
l?émergence d?un dialogue avec des acteurs
peu sollicités habituellement : CAF, réseaux
régionaux HLM, AOT mais également d?acteurs
privés tels les professionnels des investissements
dans l?immobilier logistique et commercial
(agglomération lyonnaise). Une tendance qui
devra nettement s?affirmer dans la perspective
de l?élaboration des, désormais obligatoires,
documents d?aménagement commercial (DAC).
©
C
er
tu
Certu ? Juin 2012 11 La mise en oeuvre d?un SCoT - Gouvernance
Au-delà de l?observation de l?évolution du terri-
toire, le contenu essentiel donné à la mission de
suivi par les EP de SCoT consiste a minima à veiller
à la compatibilité des documents d?urbanisme ou
sectoriels avec ses propres orientations.
Au mieux, la mission de suivi s?élargit à l?élaboration
de partenariats avec les acteurs publics en charge
des politiques sectorielles impactant le territoire.
Par-delà la mission de suivi, l?EP de SCoT ambitionne
parfois de se positionner comme un lieu inédit de
dialogue politique supra-intercommunal.
Or la diversité des compétences, des échelles d?in-
tervention et des liens qui unissent les différents
partenaires du SCoT entraîne de facto une difficulté
à faire mieux interagir les cadres d?intervention de
ces partenaires et les objectifs du SCoT.
L?enjeu consiste donc pour l?EP du SCoT à réunir les
conditions politiques et techniques pour se posi-
tionner, par un travail conséquent d?animation et
d?AMO, comme le véritable lieu de la cohérence de
l?action publique au service de la mise en oeuvre du
SCoT. Au-delà d?un dynamisme politique fondateur,
cette finalité ne peut être atteinte qu?au prix d?un
engagement financier important et durable des
membres de l?EP de SCoT.
Ce dynamisme et cet engagement n?étant à ce jour
pas systématiquement à l?oeuvre, on peut s?interro-
ger sur la capacité réelle des EP de SCoT à mener à
bien la mission de suivi et à générer d?eux-mêmes
un niveau de légitimité suffisant.
À ce jour, la légitimité de l?EP du SCoT, lorsqu?elle
existe, s?est construite grâce à un engagement
technique et surtout politique fort compensant un
manque d?appui législatif.
Un pas a été franchi par le législateur, qui dans sa
nouvelle rédaction de l?article L.121-4 5 issue de la loi
ENE et modifiée par l?ordonnance du 5 janvier 2012,
a porté l?EP de SCoT au rang de personne publique
associée de plein droit (pour la consultation à la de-
mande, cf. L.123-8). Cette nouvelle écriture légitime
davantage la place de l?établissement public du SCoT
dans le paysage institutionnel local et devrait ainsi
conforter son rôle dans sa mission de suivi.
Paradoxalement, la nouvelle rédaction de l?article
L.122-4 6, si elle confirme que l?établissement public
est toujours chargé du suivi et de la révision du SCoT,
fait disparaître l?alinéa suivant : «La dissolution de
l?établissement public emporte l?abrogation du sché-
ma, sauf si un autre établissement en assure le sui-
vi.» Ceci signifie que la dissolution de l?EP n?emporte
pas l?abrogation du SCoT. La question de son portage
et du suivi du SCoT se pose donc. Cette évolution,
dans un contexte de tensions budgétaires et de ra-
tionalisation des structures de coopération intercom-
munale, risque de fragiliser la portée des SCoT. Un
retour en arrière à la période «pré-SRU» ? le constat
avait été fait, en son temps, que la non-pérennité
des structures porteuses des schémas directeurs
pouvait expliquer en partie l?échec de leur mise en
oeuvre ? qui pourrait nuire à la diffusion d?une pla-
nification durable à même de participer à l?atteinte
des objectifs du Grenelle de l?environnement.
5. Cette disposition entre en vigueur à une date déterminée par décret en Conseil d?État et au plus tard le 1er janvier 2013.
6. En vertu de l?ordonnance n° 2012-11 du 5 janvier 2012 article 19, ces nouvelles dispositions entrent en vigueur à une date
déterminée par décret en Conseil d?État et au plus tard le 1er janvier 2013.
XX Conclusion
Etd
le centre de ressources
du développement
territorial
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Tél. : 01 43 92 67 67
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Certu
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les transports,
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les constructions
publiques
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ISSN : 0247-1159
© Certu-2012
La reproduction totale
ou partielle du document
doit être soumise à l?accord
préalable du Certu
Auteurs: Christopher de Laburthe, Isabelle Robinot-Bertrand (Etd)
Ont contribué : Marc Morain, Chahoul Gaffar (Certu)
Isabelle Rougieux, Jean-Philippe Strebler (Féd. nat. des SCoT)
Silvina Rodrigues-Garcia (Fnau)
Sidonie Kohler (Cete Est)
Florence Bordère, Bertrand Depigny (Cete Lyon)
Audrey Fisse-Gatignol, Florian Fournier (Cete Nord Picardie)
Margaux Fondriest, Myraim Palud (Cete Normandie Centre)
Laurent Heitz (Cete Ouest)
Contacts: Certu : urb.certu@equipement.gouv.fr
Etd : etd@etd.asso.fr
Éd i t ions du Ce r tu
Collection D o s s i e r s
Les auteurs de cette étude remercient chaleureusement pour les informations transmises, tout par-
ticulièrement les maîtres d?ouvrage de SCoT, de PLU, ainsi que les services des collectivités locales et
des services déconcentrés de l?État des territoires étudiés. Ils remercient également vivement celles
et ceux qui ont accepté de relire ces notes et qui, par la qualité, la pertinence de leurs observations et
remarques ont contribué à leur amélioration.
Sources photos 1re page : Haut gauche © P. Brun / Agence d?Urbanisme de Lyon - Haut droite © Arnaud Bouissou / METL-MEDDE
Bas gauche © Bernard Suard / METL-MEDDE - Bas droite © Arnaud Bouissou / METL-MEDDE
EN SAVOIR PLUS...
FichesXthématiquesX«XLaXmiseXenXoeuvreXd?unXSCoTX»X:
- Un vrai défi (synthèse) ;
- les indicateurs de suivi ;
- la préservation des espaces naturels et agricoles ;
- la localisation du développement urbain ;
- la densité et la desserte des transports collectifs.