Changement climatique : impacts sur les milieux aquatiques et conséquences pour la gestion. Synthèse du séminaire des 29 et 30 juin 2009, Paris.-
BASILICO, Laurent ;MASSU, Natacha ;SEON-MASSIN, Nirmala
Auteur moral
Auteur secondaire
Résumé
Les eaux douces françaises constituent une ressource précieuse du point de vue écologique, économique, culturel et patrimonial. Un nouveau facteur, le changement climatique, amène diverses inquiétudes au sujet de la quantité et de la qualité des eaux françaises, de l'adaptation des écosystèmes à ces nouvelles conditions ou encore des conséquences pour les différents acteurs de l'eau, gestionnaires, agriculteurs ou pêcheurs. Ce document synthétise les données exposées, les points de vue exprimés ainsi que les interrogations soulevées.
Descripteur Urbamet
eau
;climatologie
;gestion de l'eau
;impact
;changement climatique
;hydrologie
;usage de l'eau
Descripteur écoplanete
impact sur l'environnement
;milieu aquatique
;politique de l'eau
;ressource en eau
Thème
Ressources - Nuisances
Texte intégral
Laurent BasiLico, natacha Massu, nirMaLa seon-Massin
Changement climatique
impacts sur les milieux aquatiques
et conséquences pour la gestion
Synthèse du séminaire
des 29 et 30 juin 2009, PARIS
Changement climatique,
impacts sur les milieux
aquatiques et conséquences
pour la gestion
Document de synthèse du séminaire
des 29 et 30 juin 2009, PARIS
Laurent Basilico, natacha Massu, nirmala séon-Massin
Contacts
Natacha Massu
Chargée de Mission Changement
climatique
GIP Ecofor
natacha.massu@gip-ecofor.org
Nirmala Séon-Massin
Chargée de Mission Changement
global et biodiversité
ONEMA
Direction de l?Action Scientifique
et Technique
nirmala.seon-massin@onema.fr
Véronique Barre
Conseil Scientifique et Valorisation
ONEMA
Direction de l?Action Scientifique
et Technique
Veronique.barre@onema.fr
Daniel Martin
Chargé de mission Changement climatique
MEEDDM CGDD/DR/SR
daniel.martin@developpement-durable-
gouv.fr
Laurent Basilico
Journaliste
lbasilico@free.fr
Le séminaire « Changement climatique,
impacts sur les milieux aquatiques et
conséquences pour la gestion » a été
organisé par l?Office national de l?eau
et des milieux aquatiques (Onema) et
le programme Gestion et Impacts du
Changement Climatique (GICC) du
Ministère en charge du développement
durable, avec l?appui du GIP Ecofor, les
29 et 30 juin 2009 à Paris. Il a bénéficié
d?une implication du conseil scientifique
de l?eau et des milieux aquatiques.
Cette synthèse, sa version courte, les
diapositives et interventions sont en
ligne sur les sites suivants :
Onema (www.onema.fr/Seminaire-CC)
GICC (www.gip-ecofor.org/gicc).Ar
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out au long de plus de 270 000 km de
ruisseaux, de rivières et de fleuves,
les eaux douces françaises, res-
source inestimable pour la société
et l?économie, recèlent à la fois une
formidable richesse écologique et
un patrimoine humain et culturel unique.
À l?heure du changement climatique, elles
constituent également un facteur d?inquiétude
croissant. Quelles seront les conséquenc-
es de ce changement sur la quantité et la
qualité des eaux françaises ? Comment les
écosystèmes aquatiques réagiront-ils à de
nouvelles conditions ? Que signifie cette
nouvelle donne pour les différents acteurs
humains de l?eau, gestionnaires, opérateurs
de services, agriculteurs, pêcheurs ?
Consacré à ces questions, le séminaire
« Changement climatique, impacts sur les
milieux aquatiques et conséquences pour
la gestion » organisé par l?Onema et le pro-
gramme Gestion et Impacts du Change-
ment Climatique (GICC) du MEEDDM a
eu lieu les 29 et 30 juin 2009 à Paris. Il a
réuni plus de 120 scientifiques, experts, ges-
tionnaires, représentants d?associations et
d?entreprises. Sur la base d?un panorama
des connaissances disponibles, il s?est atta-
ché à faire émerger, à l?échelle nationale, un
dialogue entre scientifiques et gestionnaires
de l?eau dans la perspective du changement
climatique. Il a ensuite permis de proposer
des éléments de prospective pour la prise en
compte politique et économique des impacts
de ce changement sur les milieux aqua-
tiques.
Ce document a pour objet de synthétiser les
données présentées, les points de vue expri-
més et les interrogations soulevées au cours
de ces deux journées.
Sommaire
changement climatique et milieux aquatiques : impacts observés et projections1 ? . . . . . . 4
Quel changement climatique ?1.1 ?
Conséquences sur l?hydrologie1.2 ?
Milieux aquatiques : impacts et adaptation1.3 ?
usages de l?eau et écosystèmes à l?heure du changement climatique2 ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
Ressource unique, besoins multiples2.1 ?
Milieux aquatiques, usages de l?eau et société2.2 ?
Quelles stratégies de gestion pour l?adaptation ?3 ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
Le dispositif existant3.1 ?
Vers une prise en compte du changement climatique par les politiques 3.2 ?
publiques de l?eau
Quelles perspectives scientifiques pour alimenter la décision ?3.3 ?
Bibliographie / Webographie4 ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
Préambule
1 Changement climatique et milieux aquatiques :
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Le séminaire organisé par l?Onema et le programme GICC les
28 et 29 juin 2009 à Paris (Séminaire Paris 2009) s?est ouvert
par une session intitulée « État des lieux des besoins opéra-
tionnels », au cours de laquelle des représentants des acteurs
de l?eau ? agriculteurs, opérateurs de services, gestionnaires
de parcs naturels ? ont exprimé de nombreuses interroga-
tions quant à l?évolution de leurs pratiques dans une optique
d?adaptation au changement climatique. Cette enquête, qui fait
l?objet du point 2.1 du présent article, a fait émerger des attentes
d?ordre technique ou socioéconomique propres à chaque type
d?acteur. Elle a également mis en évidence des besoins récur-
rents en connaissances scientifiques, qui peuvent être résu-
més ainsi :
Une vision claire des évolutions globales
scénarios climatiques envisagés ?
modèles utilisés ?
incertitudes associées ?
Des données prédictives exploitables sur la disponibilité de la
ressource en eau
à l?échelle du bassin versant ?
à long terme (2050, 2100) mais aussi à plus court terme ?
(2020, 2030)
Des connaissances sur les impacts du CC sur les milieux
aquatiques
évolution des aires de répartition des espèces ?
modification du comportement des espèces ?
Des éléments de réponse ? et d?autres questionnements ? sont
apportés dans le développement suivant qui synthétise les con-
tributions scientifiques exposées lors du séminaire.
impacts observés
et projections
Changement climatique et milieux aquatiques :
6
Paru en 2007, le quatrième rapport du
Groupe d?experts intergouvernemental sur
l?évolution du climat (GIEC) a reconnu offi-
ciellement la réalité du changement clima-
tique, et a constitué une avancée significa-
tive dans l?explication des mécanismes qui y
contribuent.
Le rapport affirme en particulier « Le
réchauffement du système climatique est
sans équivoque, car il ressort désormais de
l?observation de l?augmentation des tempéra-
tures moyennes mondiales de l?atmosphère et
des océans, de la fonte généralisée des neig-
es et des glaces, et de l?élévation du niveau
moyen mondial de la mer. » (GIEC, 2007)
Il précise en outre : « L?essentiel de l?accrois-
sement observé sur la température moyenne
globale depuis le milieu du XXème siècle est
très probablement dû à l?augmentation ob-
servée des concentrations des gaz à effet de
serre anthropiques. » (GIEC, 2007)
cette première partie est consacrée aux
manifestations, déjà perçues ou prévues par
les modèles, du changement climatique à
l?échelle du territoire français métropolitain.
Elle présente des données sur leurs impacts
sur le cycle de l?eau et sur le réseau hydrolo-
gique en termes de qualité d?eau, de débit, de
température, de variations saisonnières. On
dressera enfin un état des lieux des connais-
sances et des interrogations relatives aux
conséquences de ces changements sur les
écosystèmes aquatiques, et notamment sur
les peuplements piscicoles.
Le changement climatique,
composante d?un changement global
Ce développement, et l?analyse socioécono-
mique qui suivra, ne prennent leur sens que
si le changement climatique est replacé dans
le faisceau plus large des pressions anthro-
piques qui s?exercent sur les écosystèmes
aquatiques. En quelques décennies, l?indus-
trie et l?agriculture intensive ont prélevé des
volumes d?eau importants et entraîné de nom-
breuses pollutions. L?urbanisation accélérée
a engendré une artificialisation des berges, la
dégradation des milieux naturels. La globali-
sation des transports a quant à elle entraîné
l?arrivée dans les écosystèmes d?espèces
exotiques, parfois envahissantes. L?impact de
ces pressions sur les milieux est bien souvent
couplé avec celui du changement climatique.
Ce dernier entraînera par exemple des condi-
tions plus favorables à la pullulation de cer-
taines espèces (il accélèrerait en outre l?eu-
trophisation des milieux). Les aménagements
des cours d?eau accentuent le réchauffement
de ceux-ci tandis que l?impact des pollutions
sera amplifié par la baisse des niveaux d?étia-
ge, qui accroît les concentrations des agents
chimiques dans l?eau.
Du fait de ces interactions multiples, l?enjeu
prioritaire des recherches menées sur l?adap-
tation au changement climatique est bien de
diminuer la vulnérabilité des écosystèmes
aux changements globaux. Réciproquement,
l?amélioration de la capacité d?adaptation des
milieux suppose un effort concerté pour la ré-
duction des pressions locales. Cette notion de
changement climatique comme composante
d?un changement global a fait l?objet d?un lar-
ge consensus lors du Séminaire Paris 2009.
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Changement climatique
déjà observé
Au cours du XXe siècle et plus par-
ticulièrement depuis 1910, la tem-
pérature moyenne de la Terre s?est
accrue d?environ 0,6°C. En France,
l?augmentation a été de l?ordre de
1°C. De fait, la décennie 1990 a été
la plus chaude du XXe siècle avec,
en valeur moyenne et au niveau
planétaire, un record pour l?année
1998. La décennie actuelle ne dé-
ment pas cette tendance, qui a déjà
été marquée en Europe par une
sécheresse et une canicule excep-
tionnelles en 2003 et qui a vu les
années suivantes rester chaudes
et sèches. Ces modifications du cli-
mat sont dues à plusieurs causes
parmi lesquelles la variation d?ac-
tivité solaire et l?augmentation de
la concentration atmosphérique en
dioxyde de carbone et autres gaz
à effet de serre. L?augmentation de
ces gaz apparaît comme étant la
principale responsable de ces mo-
difications du climat.
Scénarios climatiques
Le futur est aujourd?hui assez bien
connu pour les trois ou quatre dé-
cennies à venir sur lesquelles il
sera difficile d?influer : les jeux
sont faits sur cette période en rai-
son de la grande inertie des phé-
nomènes. En revanche, une forte
incertitude demeure pour le reste
du XXIe siècle et pour les siècles
ultérieurs. De multiples scénarios
ont été établis par le Groupe inter-
national d?experts sur l?évolution
du climat (GIEC), parmi lesquels
deux sont souvent distingués : un
scénario relativement optimiste (dit
B2) qui correspond à une réduction
efficace et générale des émissions
permettant de ralentir l?augmenta-
tion de la concentration atmosphé-
rique en gaz à effet de serre et de
limiter l?augmentation de la tempé-
rature moyenne, en France, à en-
viron 3°C d?ici 2100 ; un scénario
plus pessimiste (dit A2) qui résulte
d?une certaine inaction ou ineffi-
cacité des autorités mondiales qui
ne pourraient éviter d?ici 2100 un
triplement de la teneur atmosphéri-
que en gaz carbonique par rapport
au début de l?ère industrielle, soit
une augmentation de température
moyenne pour la France de 5°C en
un siècle. Si ce second scénario
semble inquiétant, le premier l?est
également puisqu?il prévoit une
augmentation de la température
moyenne du globe au-delà de tout
ce que la planète a connu au cours
des 400 000 dernières années.
Modèle climatiques et
incertitudes
Ces scénarios climatiques globaux
se basent sur des modèles clima-
tiques (citons par exemple le Mo-
dèle Système Terre développé par
l?Institut Pierre Simon Laplace) qui
essaient de modéliser de la façon
la plus réaliste possible les concen-
trations en gaz de l?atmosphère et
les phénomènes complexes qui ré-
gissent le climat. De plus en plus
perfectionnés, ils ne rendent pour-
tant qu?imparfaitement compte de
la réalité. Les scénarios climati-
ques présentent donc de grandes
incertitudes qu?il est important de
prendre en compte dans les tra-
vaux scientifiques ou les politiques
basées sur ces scénarios.
1.1 ? Quel changement climatique ?
8
Une régionalisation
nécessaire
Si elles donnent de grandes tendan-
ces, ces prévisions globales sont
en revanche inadaptées à l?étude
des conséquences de ces change-
ments pour les milieux aquatiques,
dont l?échelle la plus pertinente est
celle du bassin versant. La régio-
nalisation des modèles est une
étape indispensable pour une prise
en compte fine de la topographie,
qui influence étroitement la météo-
rologie locale.
Plusieurs programmes de recher-
che français et européens ont par
exemple permis de développer des
modèles de climat régionalisés à
l?échelle du bassin méditerranéen.
C?est le cas notamment des modè-
les tridimensionnels à maille varia-
ble développés par Météo France
(Arpege) et l?IPSL (LMDz-Medi-
terranean). À scénario identique,
ces modèles donnent des résul-
tats cohérents avec les prévisions
globales, tout en offrant une bien
meilleure résolution spatiale, et en
particulier un meilleur rendu des
valeurs extrêmes.
Ces évolutions vers la régionalisa-
tion des modèles, la haute réso-
lution, la prise en compte de plus
en plus complète des paramètres
influents et la transdisciplinarité
constituent les tendances actuelles
des orientations de recherche. Il
est cependant prévisible que cette
prise en compte de facteurs tou-
jours plus nombreux et complexes
ne conduira pas à une réduction
des incertitudes. Un enjeu majeur
résidera donc dans notre capacité
à définir des scénarios variés et
à estimer leurs probabilités d?oc-
currence.
1.2 ? conséquences sur l?hydrologie
La transcription de variations clima-
tiques sur les rivières, en termes
de débit ou de température, résulte
d?un ensemble complexe d?inte-
ractions physiques. Les échanges
thermiques entre la rivière et l?at-
mosphère sont notamment régis
par la température de l?air, par le
vent, par l?ensoleillement et par le
taux d?humidité atmosphérique.
Les caractéristiques physiques
de la rivière ? profondeur, vitesse
d?écoulement, singularités topogra-
phiques ? et les pressions anthro-
piques entrent également en ligne
de compte.
Un certain nombre de données
observées suffisent cependant à
constater une évolution significa-
tive des températures moyennes
des cours d?eau sur les trois der-
nières décennies. Ainsi, le Rhône
français (Poirel, 2008) a connu une
hausse de sa température moyen-
ne de 1 à 2°C sur l?ensemble de son
cours entre 1978 et 2008, hausse
corrélée avec l?évolution de la tem-
pérature de l?air. Pour la Meuse,
une augmentation de la moyenne
annuelle comprise entre 0,3 et 0,
75°C a été enregistrée entre 1970
et 2005 (Laborelec ? Univ. Namur,
2008).
Sur la Loire moyenne, le réchauf-
fement a été de 1,5 à 2°C entre
1977 et 2003, et plus marqué au
printemps et en été (Moatar, 2006).
L?échauffement du fleuve est plus
modéré (de l?ordre de 0.5°C) si l?on
considère la période 1949-2003.
9
Température « naturelle »
et pressions locales
Dans le cas de la Loire, une étude a
cherché à évaluer la part du climat
sur l?évolution de la température de
l?eau (Gosse et al., 2008). Elle est
basée sur la comparaison de l?évo-
lution observée avec celle qu?aurait
eu la température « naturelle » lo-
cale (Tnat, soumise aux seuls effets
de la profondeur et de la météo lo-
cale, (Gras, 1970) reconstituée sur
la base de modèles déterministes
à base physique. Cette étude a
montré que 85% de l?échauffement
constaté en été sur la Loire moyen-
ne entre 1980 et 2003 est expliqué
par les variations des conditions at-
mosphériques.
Plus généralement (Gosse, Sémi-
naire Paris 2009), des rivières fran-
çaises sont à leur Tnat une grande
partie de l?année (parties moyen-
nes et aval de Loire, Moselle, Saô-
ne, Seine...) tandis que d?autres le
sont moins fréquemment (la Ga-
ronne près de Toulouse). Dans les
cas du Rhin et du Rhône français,
les occurrences de Tnat sont excep-
tionnelles, l?impact des pressions
climatiques et anthropiques (amé-
nagements, rejets...) doit y être
considéré sur de plus grandes por-
tions de fleuve.
Différents modèles à base physique
permettent de simuler l?évolution
future de la température des riviè-
res. En appliquant six scénarios de
doublement des émissions de CO2
(3ème rapport du GIEC) à la Loire
moyenne, dans un modèle prenant
en compte les effets de la tempé-
rature de l?air et des précipitations,
le réchauffement moyen prévu est
de 0,8 à 1,5°C à l?horizon 2050,
pouvant aller jusqu?à +3°C pour les
mois les plus chauds. Ce résultat
est pourtant à relativiser au regard
des limites des modèles physiques
(pas de prise en compte de l?évo-
lution prévue pour la nébulosité, le
vent, l?humidité de l?air, et la ges-
tion quantitative de la ressource en
eau) et des incertitudes portant sur
le scénario utilisé.
Projections en débit :
évolution globale et
régimes particuliers
Une approche complémentaire
consiste à modéliser l?influence du
changement climatique sur le dé-
bit des rivières. Une thèse récente
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(Boé, 2007) s?y est attelée en ré-
gionalisant par la méthode dite des
« régimes de temps » les projec-
tions des 14 modèles climatiques
du 4ème rapport du GIEC et en ap-
pliquant les résultats à un modèle
hydrologique donné. Cette appro-
che a permis d?obtenir une car-
tographie détaillée de l?évolution
des précipitations à l?horizon 2050.
Dans le cadre du scénario climati-
que A1B, des chutes marquées du
niveau pluviométrique moyen sont
attendues.
-25 -19 -13 -8 -2 2 8 13 19 25
Hiver
(déc/jan/fév)
Été et automne
(juin/juil/août/sept/oct/nov)
-25 -19 -13 -8 -2 2 8 13 19 25
Évolution des précipitations moyennes
Changement relatif multi-modèle (en %) 2046/2065
Sur la période 2046-
2065, en été et en
automne, les niveaux
de précipitation sont
partout inférieurs aux
niveaux actuels, la
baisse dépassant 10%
dans de nombreuses
régions.
Source : J.Boé
-60 -46 -33 -20 -6 6 20 33 46 60
Hiver
(déc/jan/fév)
Été et automne
(juin/juil/août/sept/oct/nov)
-60 -46 -33 -20 -6 6 20 33 46 60
Évolution des débits moyens
Changement relatif multi-modèle (en %) 2046/2065
Points cerclés de noir : accord de 85% des modèles sur le signe
Les changements
relatifs qui en
résulteraient sur
les débits moyens
d?été et d?automne
seraient encore bien
supérieurs, la chute
dépassant 30% des
valeurs actuelles
(voire 50% !) pour de
nombreux bassins
versants.
Source : J.Boé
11
En hiver, seules quelques rivières
alpines enregistreraient une hausse
de leur débit. Pour les débits extrê-
mes, les simulations montrent des
évolutions assez faibles des débits
de crue, mais une augmentation
nette et générale de la fréquence
et de la sévérité des étiages. Ces
résultats restent entachés d?une
forte incertitude liée au scénario
envisagé et aux limites des modè-
les utilisés.
Pour aller plus loin dans cette ana-
lyse sur les débits, il est cependant
nécessaire de prendre en compte
les spécificités des différents bas-
sins versants, qui sont par exem-
ple influencés par la neige (bassins
versants de montagne) ou par les
nappes souterraines (cas de la
Seine). Le projet GICC-Rhône s?est
intéressé aux bassins alpins de la
Durance et de l?Ubaye. Dans tous
les cas, les résultats montraient
des débits hivernaux plus impor-
tants, des crues nivales avancées
et des débits estivaux plus faibles
(Ducharne, Séminaire Paris 2009).
Pour la Seine par exemple, le pro-
jet RExHySS prévoit, sur la base
de dix scénarios régionalisés et de
cinq modèles hydrologiques, un dé-
calage de l?hydrogramme aux hori-
zons 2050 et 2100, avec des crues
et des étiages retardés, et surtout
une baisse globale des débits sous
l?effet de la chute des précipitations
annuelles et du réchauffement (Du-
charne et al., 2009). En parallèle,
la recharge annuelle en eaux sou-
terraines, simulée par le modèle
hydrogéologique MODCOU selon
les mêmes scénarios, enregistre-
rait une chute de 27% à l?horizon
2050 (soit -2 200 Millions de m3 par
an), et de 33% à l?horizon 2100. Ce
déficit considérable ? comparable
aux prélèvements annuels totaux
actuels ! ? est largement supérieur
aux incertitudes générées par l?uti-
lisation en cascade de plusieurs
modèles, alors même qu?il ignore
l?accroissement prévisible des be-
soins en irrigation.
Une étude basée sur l?évolution
des débits de six fleuves côtiers
languedociens depuis 1965, en
regard des températures et des
précipitations enregistrées pour
la même période, donne des ten-
dances pour une grande partie du
bassin méditerranéen (Ludwig, Sé-
minaire Paris 2009). Elle a notam-
ment permis de confirmer l?amorce
d?une baisse des débits, en répon-
se à la hausse constatée des tem-
pératures au printemps et en été.
Le projet européen SESAME (Lud-
wig, Séminaire Paris 2009), basé
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En plus des évolutions en débit
et en température constatées au
cours des dernières décennies sur
le réseau hydrologique français,
des modifications du fonctionne-
ment des écosystèmes aquati-
ques sont d?ores et déjà observa-
bles. Selon la Fédération nationale
pour la pêche en France (Breton,
Séminaire Paris 2009), un fort dé-
veloppement des populations de
certains poissons (barbeau, hotu,
chevesne, vandoise), est observé
dans la Seine en aval de Paris au
détriment d?autres espèces comme
la brème ou le gardon. Autre exem-
ple : les recrutements d?anguille et
d?alose affichent une inquiétante ré-
gression depuis plusieurs années.
Ainsi, dans le cas des populations
françaises d?alose, les recrute-
ments annuels, qui étaient remon-
tés de quelques dizaines de milliers
d?individus à plusieurs centaines de
milliers grâce aux efforts de protec-
tion de l?espèce, ont enregistré une
brutale chute lors de la canicule de
2003 et se sont depuis stabilisés à
seulement quelques milliers d?indi-
vidus chaque année (Monnier, Sé-
minaire Paris 2009). En parallèle,
il se produit une accélération des
arrivées et de l?expansion de nou-
velles espèces dans les eaux fran-
çaises. Ainsi, en seulement 30 ans,
le silure glane s?est implanté dans
la quasi-totalité des grands cours
d?eau de l?Hexagone. L?aspe, si-
gnalé pour la première fois dans le
Rhin en 1988, est aujourd?hui régu-
lièrement capturé dans la Moselle
et ses affluents. En 2007, le gobie
demi-lune (Protherorhinus semilu-
naris), le crabe chinois (Eriocheir
sinensis) ou encore l?écrevisse de
Louisiane (Procambarus clarkii).
ont été observés pour la première
fois dans les rivières du Nord-est
de la France (Monnier, Séminaire
Paris 2009).
sur une modélisation rétrospective
et prospective des apports fluviaux
en eau à la Méditerranée et la Mer
Noire, sur la base de quatre scéna-
rios socio-économiques du Millen-
nium Ecosystem Assessment, pré-
voit de même une baisse des ap-
ports fluviaux à la Méditerranée, y
compris pour les scénarios les plus
optimistes, ainsi qu?une aggrava-
tion des pressions climatiques et
anthropiques sur les ressources en
eau.
De manière générale, l?ensemble
des recherches récentes montre
des tendances robustes pour ce
qui est de la baisse des débits
d?étiage et des niveaux piézo-
métriques, et pour ce qui est de
la réduction des stocks de neige et
de glace ? et de leur effet tampon.
Une augmentation très probable du
risque de défaillance estivale est
donc attendue, pouvant même al-
ler jusqu?à la rupture de continuité
sur certains cours d?eau.
D?autres évolutions ? crues in-
tenses dans les régions méditer-
ranéennes, baisse des débits de
crue dans le Nord de la France ?
sont également possibles mais ces
hypothèses paraissent moins ro-
bustes en raison des fortes incer-
titudes qui pèsent encore sur les
projections concernant les précipi-
tations.
1.3 ? Milieux aquatiques : impacts et adaptation
13
Ces évolutions ne sont bien sûr
pas imputables directement au seul
changement climatique. L?arrivée
de nouvelles espèces s?explique
davantage par le développement
des voies navigables (canal Rhin-
Danube, par exemple) ou par des
introductions volontaires ou acci-
dentelles. La régression des migra-
teurs est à relier à la surpêche (an-
guille), à l?aménagement des cours
d?eau et aux problèmes de qualité
d?eau. Le changement climatique
ne constitue de fait que l?un des
éléments du changement global.
Température et aires de
distribution d?espèces
Il est admis que la température de
l?eau est l?un des facteurs détermi-
nants des aires de répartition de la
faune et de la flore aquatique, et
notamment des poissons.
Erreurs de prédiction
Intervallle de confiance
Modèles glm. Profils marginaux
Les profils marginaux de probabilité de présence, pour
chaque espèce, en fonction des températures estivales
(Pont, Séminaire Paris 2009) constituent un outil d?analyse
solide.
Température estivale
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Ablette (Alburnus alburnus)
Chabot
(Cottus goblo)
12 14 16 18 20 22 24
12 14 16 18 20 22 24
Truite (Salmo trutta)
Saumon (Salmo salar)
12 14 16 18 20 22 24
14
Dans un contexte de changement
climatique marqué par un réchauf-
fement global, les conséquences
pourraient être particulièrement
marquées dans le cas des espè-
ces cryophiles (saumon atlantique,
éperlan, omble chevallier) ou sté-
nothermes oligothermes (ombre
commun en particulier).
Il existe trois types de réponses
biologiques au changement global
(Pont, Séminaire Paris 2009) : l?évi-
tement, qui se traduit notamment
par les modifications des aires de
répartition, l?adaptation, c?est-à-
dire l?évolution vers une « toléran-
ce » plus forte, et les interactions
biotiques, dont les mécanismes
de régulation densité-dépendants
sont un exemple. Ainsi, les don-
nées disponibles pour le chabot
(Cottus gobio), poisson d?eaux fraî-
ches, territorial, à régulation den-
sité-dépendante, montrent qu?une
augmentation de 2 à 3°C de la
température de l?eau aurait de
nombreuses conséquences sur la
biologie de cette espèce, relevant
de l?adaptation et des interactions
biotiques : hausse de la fécondité
et de la croissance juvénile, matu-
rité sexuelle plus précoce, ralentis-
sement de la croissance des adul-
tes et baisse de la longévité (de 7
à 5 ans).
Les modifications d?aires de répar-
tition ont, quant à elles, fait l?objet
d?une étude prédictive sur un grand
territoire dans le cadre du program-
me Gestion et impacts du change-
ment climatique. Au moyen de mo-
dèles bioclimatiques corrélatifs, sur
la base de prévisions climatiques
du modèle ARPEGE de Météo-
France, l?évolution des probabilités
de présence de différentes espè-
ces piscicoles sur l?ensemble du
réseau hydrologique français a été
simulée. Dans le cas du chabot par
exemple, pour des réchauffements
globaux forcés de +0,54°C en hiver
et +1,06°C en été, puis de +1,07°C
en hiver et +2,12°C en été, des
pertes potentielles d?habitat res-
pectives de 37% et de 77% sont
prévues.
Dans le cas de la truite (Salmo trutta),
avec les mêmes hypothèses, ces taux de
perte se montent respectivement à 16%
et 33% - une fois encore, aux incertitudes
près (Pont, Séminaire Paris 2009).
Prédictions sur l?ensemble du réseau français (~ 65 000 km, 8 467 tronçons) Salmo Trutta
1 * [CO2]
(1980-1990)
Hiver : + 0,54°C
Été : + 1,06°C
Hiver : + 1,07°C
Été : + 2,12°C
Présence : 49 900 km Perte potentielle d?habitat : 16% Perte potentielle d?habitat : 33%
Probabilité de présence
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
Modèle de type ceM (climat envelop Models)
Prédictions climatiques Modèle ARPEGE (Météo-France)
Pont et al. 2006. MEEDDAT-GICC IFB
Source : D. Pont
15
Les poissons ne sont pas les seuls
organismes aquatiques dont la ré-
partition géographique est suscep-
tible d?évoluer sous l?influence du
changement climatique. Certaines
cyanobactéries capables de syn-
thétiser des toxines telle que Cy-
lindrospermopsis raciborskii par
exemple ont vu leur aire de répar-
tition géographique évoluer récem-
ment, notamment sous l?influence
du changement climatique (Gugger
et al., 2005).
De même, certaines espèces de
diatomées tropicales (Hydrosera
triquetra et Diadesmis conferva-
cea par exemple) sont présentes
de façon permanente depuis quel-
ques années dans la plupart des
rivières du sud de la France. À la
différence des cyanobactéries qui
sont susceptibles de sécréter des
toxines, aucun effet négatif particu-
lier associé à la présence de ces
diatomées n?a été identifié jusqu?à
ce jour (Coste, 2006).
Par ailleurs, l?élévation des tempé-
ratures estivales des milieux aqua-
tiques rend plus probable la surve-
nue d?efflorescences (blooms) de
cyanobactéries, à la fois en raison
de son effet sur la physiologie de
ces organismes et sur la stratifica-
tion des plans d?eau. Des effets sur
d?autres organismes pathogènes
ne sont pas à exclure (De Toni et
al., 2009). En ce qui concerne les
macrophytes, l?élévation de la tem-
pérature de l?eau jouerait aussi un
rôle positif sur l?expansion d?es-
pèces proliférantes comme la jus-
sie (Ludwigia peploides, Ludwigia
grandiflora).
Inquiétude sur les
migrateurs
Le cas des poissons migrateurs a
donné lieu une abondante littératu-
re. Espèces souvent patrimoniales
(anguille, alose, lamproies, sau-
mon atlantique), de grande impor-
tance économique (esturgeon), ces
voyageurs cumulent les signaux in-
quiétants en dépit de mesures de
protection spécifiques telles qu?une
diminution des abondances (John-
son et al., 1999), ou une contraction
des aires de distribution (de Groot,
1992, 2002). Une approche pré-
dictive solide (Rochard, Séminaire
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16
À partir des modèles de présence - absence
Dans le cas du scénario A2, de nettes contractions des aires de répartition sont prévues
à l?horizon 2100 pour 14 des espèces et quelques gains (l?arrivée de l?Alose feinte dans
les fleuves islandais).
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Où l?espèce resterait
présente vers 2010
Où l?espèce apparaîtrait
vers 2010
Où l?espèce disparaîtrait
vers 2010
(Lassale et al., 2008)
Paris 2009) consiste, sur la base
des aires de répartition connues
au début du XXe siècle et au temps
présent, à construire des modèles
de distribution (présence-absence,
classes d?abondance) en fonction
des caractéristiques des bassins
versants. L?évolution de ces aires
géographiques peut ensuite être
projetée selon différents scénarios
d?évolution climatique.
Cette méthode a été employée pour
22 espèces de migrateurs amphi-
halins, dont 11 présentes en Fran-
ce (anguille, saumon atlantique,
truite de mer, grande alose, alose
feinte, esturgeon, lamproie marine
et fluviatile, mulet, flet, éperlan),
avec un large domaine d?étude en-
globant 196 bassins versants d?Eu-
rope, d?Afrique du Nord et du Pro-
che-Orient (Lassalle, 2008) ? voir
schéma ci-dessous.
Pour le saumon atlantique, la com-
paraison des projections obtenues
avec quatre scénarios A1, A2, B1,
B2, montrent des disparités assez
nettes, les scénarios B1 et B2, les
plus optimistes, s?avérant, sans
surprise, les moins impactants.
Les quatre scénarios prévoient
toutefois la disparition du saumon
dans la péninsule ibérique, les bas-
sins de la Baltique et, à différents
degrés, dans certains bassins du
Sud-Ouest et de l?Ouest français.
Citons enfin les méthodes de mo-
délisation individu-centrées, inté-
grant démographie et génétique,
qui ouvrent des perspectives pro-
metteuses pour l?étude des stra-
tégies d?adaptation chez les pois-
sons (Piou, Séminaire Paris 2009).
Actuellement en cours de dévelop-
pement, elles pourraient contribuer
à la compréhension des influences
du changement climatique sur le
cycle de vie des saumons.
17
Espèces exotiques et bio-
diversité : le débat reste
ouvert
Parallèlement aux modifications de
comportement et d?aires de réparti-
tion des espèces autochtones, les
arrivées d?espèces dites exotiques
connaissent une forte accélération
: d?une dizaine d?espèces de pois-
sons allochtones naturalisées en
1950, elles sont aujourd?hui 23 dans
les eaux douces françaises mé-
tropolitaines pour 46 autochtones
(Lévêque, Séminaire Paris 2009).
Ces introductions peuvent être in-
tentionnelles (pêche sportive, res-
source alimentaire, aquaculture) ou
accidentelles (spécimens « échap-
pés », ballasts de bateaux...). Leur
accélération s?explique par la glo-
balisation des échanges mondiaux
et le percement de nouvelles voies
navigables, qui constituent autant
de points de passage entre les
bassins versants.
Cette évolution peut constituer un
facteur supplémentaire de déséqui-
libre pour les milieux aquatiques,
certaines espèces pullulant ou
se révélant envahissantes ? ci-
tons les cas bien connus de la
moule zébrée (Dreissena polymor-
pha) ou de la perche soleil (Lepo-
mis gibbosus), considérés comme
nuisibles en France.
Il convient toutefois de nuancer
cette perception des espèces exo-
tiques comme nuisance potentielle
en rappelant qu?après les glacia-
tions (20 000 ans av. J.-C.) le re-
peuplement des eaux d?Europe de
l?Ouest s?est effectué, de proche en
proche, à partir du refuge ponto-
caspien (Lévêque, Séminaire Paris
2009). Les arrivées récentes dans
nos eaux de poissons comme le
sandre, le silure, l?aspe ou la brè-
me du Danube peuvent donc être
vues comme le prolongement de
ce mécanisme naturel, facilité par
l?activité humaine. Quant aux véri-
tables exotiques (originaires d?un
autre continent), leur présence
dans un milieu reste bien souvent
anecdotique.
Au final, la modification des éco-
systèmes soumis à des pressions
anthropiques est souvent à l?origine
d?une fragilisation des populations
autochtones. Ces nouvelles condi-
tions écologiques sont favorables
à l?installation d?espèces exotiques
sans qu?il y ait nécessairement
compétition entre espèces.
Autres questionnements
En dehors des différents aspects
abordés au cours du Séminaire
Paris 2009, il convient de signaler
d?autres questionnements relatifs
aux impacts avérés ou potentiels
du changement climatique sur les
milieux aquatiques. Il s?agit notam-
ment des interactions potentielles
entre le changement climatique et
la présence et les effets de conta-
minants dans les milieux aquati-
ques.
Comme cela a déjà été évoqué,
une modification du régime hy-
drologique s?accompagnera vrai-
semblablement de changements
dans les patrons d?exposition aux
substances toxiques, en induisant
par exemple une élévation de la
concentration en différents conta-
minants lors des périodes de bas-
ses eaux en raison d?une moindre
dilution. Dans le cas où un stress
associé à un toxique se surajoute
aux stress induits par le change-
ment climatique, une exacerbation
des effets du toxique pourrait se
produire. Diverses études réali-
18
sées en laboratoire sur des espè-
ces aquatiques ont montré que,
de manière générale, la sensibi-
lité aux toxiques était plus élevée
pour des individus placés dans
des conditions environnementales
proches de leur limite de tolérance
thermique. De manière réciproque,
l?exposition à un toxique pourrait
réduire l?intervalle de tolérance des
organismes exposés vis-à-vis des
évolutions de leur environnement
sous la contrainte du changement
climatique.
De nombreuses hypothèses, par-
fois contradictoires, peuvent être
envisagées lorsqu?il s?agit d?éva-
luer les interactions possibles (sy-
nergie, antagonisme ou additivité)
entre l?augmentation de la tempé-
rature de l?eau, telle que prédite
par les modèles climatiques, et le
devenir et les effets des substan-
ces toxiques : accélération de la
(bio)dégradation des molécules or-
ganiques, toxicité plus élevée pour
les espèces sténothermes d?eau
froide, compensation des effets
toxiques individuels au niveau des
populations par un accroissement
de la reproduction, de la croissan-
ce ou de la densité, etc. Si les ef-
fets aggravants d?une élévation de
la température sur la toxicité aiguë
de diverses substances toxiques
sur les organismes aquatiques et
les mécanismes associés sont re-
lativement bien connus au niveau
individuel, les conséquences de
l?interaction entre élévation de la
température et effets des toxiques
restent peu connues au niveau des
populations, des communautés et
des écosystèmes. Enfin, en dehors
des aspects relatifs à la quantité
d?eau et à la température, d?autres
effets associés à l?élévation de la
concentration atmosphérique en
Gaz à effet de serre sur la dyna-
mique des toxiques dans l?environ-
nement et leurs effets ne peuvent
être exclus, notamment en ce qui
concerne les milieux littoraux (effet
des modifications du pH de l?eau
sur la dynamique des toxiques et
leur impact par exemple). ?
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Au cours du développement qui précède, il a
été dressé un panorama des connaissances
actuelles sur le changement climatique et des
méthodes utilisées pour prévoir ses consé-
quences sur les eaux douces françaises et
leurs écosystèmes, sur la base des contribu-
tions au Séminaire Paris 2009. Le lecteur y
aura trouvé un certain nombre de données
établies, de tendances globales, de fourchet-
tes prédictives, d?ordres de grandeur. Il y aura
aussi trouvé beaucoup d?interrogations.
À l?incertitude qui pèse, par définition, sur les
scénarios socio-économiques d?émission de
gaz à effet de serre envisagés, s?ajoutent, à
chaque étape de l?analyse (modélisation cli-
matique globale, régionalisation, couplage
avec les modèles hydrologiques, couplage
avec les modèles biologiques...) les incertitu-
des propres à chaque modèle et le caractère
incomplet des données d?observation.
Cette science récente permet toutefois d?af-
firmer que le changement climatique va im-
pacter significativement la ressource en eau
française, entraînant une hausse des tem-
pératures globales et une modification des
hydrogrammes annuels caractérisée dans la
grande majorité des cas par une baisse des
débits moyens annuels et surtout un net ac-
croissement de la fréquence et de la sévé-
rité des étiages estivaux. Ces changements
auront incontestablement des conséquences
sur les milieux aquatiques, qui se traduiront
par des modifications parfois majeures de la
biologie et des aires de répartition des espè-
ces. La gravité des impacts attendus apparaît
toutefois fortement dépendante des scénarios
d?émissions de gaz à effet de serre, et plus
généralement de l?évolution, à court et moyen
terme, des pressions anthropiques.
20
2 Usages de l?eau et écosystèmes
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Riches d?une biodiversité remarquable
mais vulnérable, les milieux aquatiques
constituent également un patrimoine
culturel, historique et touristique ainsi
qu?une ressource vitale pour de nom-
breux besoins et activités humaines. La
quantité totale d?eau prélevée en Fran-
ce s?élevait en 2006 à 32,6 milliards de
m3, parmi lesquels 5,75 milliards, cor-
respondant à la « part consommée »,
ne retournent pas au milieu naturel (Mi-
nistère en charge du développement
durable, 2007). Cette part consommée
se répartit comme suit : 49% pour l?ir-
rigation, 24% pour l?eau potable, 23%
pour la production d?énergie et 4% pour
l?industrie (hors énergie). Les évolutions
socio-économiques actuelles (crois-
sance démographique, amélioration du
niveau de vie et modifications de l?oc-
cupation des sols) devraient conduire
à une augmentation globale de ces
prélèvements.
Il est donc nécessaire pour comprendre
et prévoir les impacts du changement
climatique sur les milieux aquatiques,
d?analyser sa traduction pour chacun
des usages sociétaux de l?eau, lesquels
contribuent aux pressions locales sur
les écosystèmes. Réciproquement, les
conséquences du changement global
sur la ressource en eau, en termes de
quantité et de qualité, vont influencer
les pratiques et les stratégies des diffé-
rentes activités humaines liées à l?eau.
à l?heure du
changement climatique
22
Intitulée « État des besoins opéra-
tionnels », la session d?ouverture
du Séminaire Paris 2009 a permis
de donner la parole, tour à tour, à
des représentants de ces acteurs :
agriculteurs, opérateurs de ser-
vices, gestionnaires de parcs
naturels, pêcheurs, agences de
l?eau, associations. Cette discus-
sion, ainsi que les réponses obte-
nues à un questionnaire largement
diffusé en amont aux acteurs de
terrain, a livré un premier inventai-
re des problématiques et besoins
propres à chaque type d?acteur
dans la perspective de l?adaptation
au changement climatique. Une
part des questionnements, souvent
commune aux différentes parties,
concernait les projections sur la
disponibilité et la qualité de la res-
source. Ces interrogations ont pu
être levées, au moins en partie, par
les différents exposés scientifiques
dont le contenu est synthétisé dans
la section 1 de ce document. Quant
aux problématiques propres à cha-
que usage de l?eau, elles appellent
des connaissances complémen-
taires et une réponse stratégique
spécifique, que cette partie vise à
préciser.
Secteur agricole : de la
gestion des surfaces
irriguées à la gestion des
volumes consommés
Parmi les évolutions climatiques
constatées, l?augmentation de la
fréquence des épisodes de séche-
resse constitue un facteur d?inquié-
tude particulièrement sensible pour
la filière agricole, qui représente
près de la moitié de la part d?eau
consommée au niveau national.
Entre 1976 et 2005, 13 épisodes
de sécheresse affectant une région
du territoire français ont été recen-
sés, soit une fréquence doublée
par rapport à la première moitié du
XXe siècle (Itier, 2008). L?épisode
de 2003 a représenté, à l?échelle
nationale, un coût de 590 millions
d?euros. Les projections climati-
ques pour les décennies à venir,
caractérisées par une augmenta-
tion de la température et de la fré-
quence des événements extrêmes,
avec une disparité saisonnière et
régionale (Nord/Sud) accrue, im-
pliquent une disponibilité réduite
de la ressource en eau avec des
changements de distribution des
précipitations.
Les impacts devraient être contras-
tés sur les prairies et les grandes
cultures (Kristell Astier-Cohu, Mi-
nistère de l?agriculture et de la pê-
che, Séminaire Paris 2009). On
peut s?attendre à un risque particu-
lier pour des secteurs comme l?ar-
boriculture et la viticulture, avec de
possibles changements d?aires de
production, ainsi qu?à une augmen-
tation du risque de défaillance en
fourrage.
Enfin et surtout, les besoins en eau
pour l?irrigation ? en particulier pour
les cultures d?été ? devraient aug-
menter significativement sous l?ef-
fet de la hausse des températures.
Ainsi, selon le modèle agronomi-
que « STICS » sous scénario A2,
à surface irriguée et assolements
actuels, l?irrigation en Beauce pour-
rait augmenter de 60% d?ici 2100 ?
ce chiffre reste cependant entaché
d?une forte incertitude (Ducharne,
Séminaire Paris 2009).
2.1 ? ressource unique, besoins multiples
23
Pour s?adapter à une disponibilité
moindre de la ressource en eau,
la gestion des volumes consom-
més devra considérer en priorité
l?irrigation. Cette nécessité est
déjà présente dans le cadre de la
LEMA (Loi sur l?Eau et les Milieux
Aquatiques ; voir section 3.1), qui
définit des outils réglementaires
pour les ZRE (zones de répartition
des eaux). Ces dispositions pré-
voient notamment une gestion glo-
bale pour l?ensemble des usages
de l?eau, la définition de volumes
prélevables et l?organisation collec-
tive de tous les irrigants. La mise
en oeuvre de ces outils reste ce-
pendant pénalisée aujourd?hui par
le manque de données prédicti-
ves sur la disponibilité de la res-
source et les capacités de stoc-
kage d?eau à l?échelle du bassin
versant ? ceci rejoint la nécessité
déjà évoquée de régionalisation
des modèles. La question de l?ho-
rizon prospectif est également
posée : la plupart des modèles s?in-
téressent aux tendances pour 2050
ou 2100 tandis que le secteur agri-
cole cherche des réponses opéra-
tionnelles à court terme (2020 ou
2030), pour évaluer par exemple
l?évolution des volumes préleva-
bles sur chaque ZRE ou anticiper
l?apparition de nouvelles ZRE.
Michel Bramard ? Onema
24
Le second axe d?adaptation de la
filière concerne la réduction de ses
besoins en eau. Celle-ci pourra
se faire en privilégiant les variétés
précoces et à cycle court, ou en ré-
duisant la croissance aérienne au
profit de la croissance souterraine.
Du point de vue agronomique, il
apparaît nécessaire de repenser
les itinéraires techniques pour op-
timiser l?utilisation de l?eau et de
diversifier les cultures, notamment
en combinant cultures irriguées et
non irriguées, dans un double ob-
jectif d?intérêt écologique et de pro-
tection de l?exploitant. Ces mesures
nécessitent à la fois l?intensifica-
tion de la recherche agronomi-
que et le développement d?outils
d?accompagnement, de conseil
et de formation pour l?adaptation
pérenne des pratiques des exploi-
tants.
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25
Enfin, de nouveaux besoins appa-
raissent en termes d?outils d?aide
à la décision publique pour éva-
luer les impacts socio-économi-
ques de ces alternatives, qui impli-
quent l?évolution de l?organisation
des filières et le développement de
nouveaux marchés.
Opérateurs de services :
efficacité aquatique et
mode de financement
Besoin fondamental, l?approvision-
nement en eau potable de la popu-
lation constitue, à l?heure d?une ra-
réfaction annoncée de la ressource,
un enjeu sociétal prioritaire. Avec
environ 24% de part d?eau consom-
mée en France, elle représente en
quantité le second usage de l?eau
derrière l?agriculture. À l?heure ac-
tuelle, le pays connaît une situation
relativement favorable pour son ali-
mentation en eau potable. Depuis
1976, de nombreux projets d?inter-
connexion ou de sécurisation d?ac-
cès à la ressource ont été menés.
Depuis 1987, en France, plus de
5,3 milliards d?euros ont été inves-
tis sur les « déséquilibres de long
terme » (260 millions/an), financés
à 30% environ par les agences de
l?eau (Rapport Changement clima-
tique, adaptation et coûts associés,
DGEC-MEEDM 2009).
Les projections suscitent néan-
moins de nombreuses interroga-
tions pour les décennies à venir. Le
changement climatique se traduira
par de plus fréquentes pénuries,
même en l?absence d?une hausse
de la demande. La dégradation de
la qualité de la ressource, accen-
tuée par le changement climatique
(l?augmentation de la température
de l?eau pourrait entraîner un déve-
loppement de cyanobactéries par
exemple), réduirait encore l?offre
d?eau douce utilisable à des fins
domestiques et accroîtrait les coûts
de potabilisation.
Pour les opérateurs de service
(Jaskulké, Séminaire Paris 2009),
la première nécessité est, sans
surprise, de disposer de données
fiables sur les conséquences du
réchauffement sur le cycle de l?eau,
utilisables du point de vue opéra-
tionnel, c?est-à-dire présentant une
résolution spatiale suffisante et ba-
sées sur des scénarios lisibles à
moyen et long terme, mais aussi à
court terme.
C?est sur la base de ces projections
que l?opérateur pourra décider ef-
ficacement des mesures à adop-
ter pour maîtriser les flux d?eau et
gagner en efficacité aquatique.
Dans cette optique, il sera néces-
saire de poursuivre et d?intensifier
les efforts engagés pour la recher-
che de fuites et l?interconnexion, et
d?optimiser le couplage eau/éner-
gie. Dans certaines conditions lo-
cales de fort stress hydrique, l?ap-
provisionnement en eau conduira
également à mettre en balance les
ressources traditionnelles (eaux de
surface et eaux souterraines) avec
l?intérêt de développer des ressour-
ces alternatives (réutilisation ou re-
cyclage d?eaux usées à un niveau
adapté, d?eaux de pluies, recharge
d?aquifère, dessalement, etc.).
Ces perspectives, qui pourraient
se traduire par des conflits d?usa-
ge et d?aménagement du territoire,
posent également la question du
mode de financement des servi-
ces et de l?efficacité aquatique. Il
apparaît dès lors souhaitable d?en-
visager l?intégration de la valeur
eau dans le produit intérieur brut
(Jaskulké, Séminaire Paris 2009).
Plus globalement, la prise de dé-
cision impliquerait une hiérarchi-
26
sation des risques socio-éco-
nomiques, entre pénurie d?eau,
d?énergie, risque d?aléas climati-
ques, menaces sur la biodiversité,
etc. La réflexion sur ces probléma-
tiques n?est encore qu?émergente
(Jaskulké, Séminaire Paris 2009).
Gestionnaires : l?exemple
du Parc naturel régional de
Camargue
La démarche initiée par le Parc na-
turel régional de Camargue fournit
un aperçu représentatif des ques-
tionnements soulevés par les ges-
tionnaires de parcs naturels à forte
dimension aquatique. Délimité par
le delta du Rhône, ce territoire de
121 300 hectares dont 86 300 ter-
restres, très anthropisé et forte-
ment dépendant des actes de ges-
tion et d?aménagement, abrite une
biodiversité remarquable.
Outre les évolutions constatées
sur la température du Rhône (voir
section 1.2), le delta est confronté
à la hausse du niveau de la mer,
au rythme moyen de 2 mm par an.
Ces changements, couplés aux
autres pressions anthropiques lo-
cales, entraînent une modification
de paramètres déterminants tels
que la salinité ou le niveau d?eau
(Stéphane Marche, PNR de Ca-
margue, Séminaire Paris 2009).
Ces phénomènes se traduisent
par des disparitions d?habitats (du-
nes et arrière-dunes). En parallèle,
de nouvelles espèces (ibis sacré,
poule sultane) apparaissent et des
changements dans le comporte-
ment d?autres espèces sont obser-
vés. Ainsi le flamant rose semble
rester de plus en plus souvent pré-
sent en hiver, ce qui préfigure un
conflit avec la filière rizicole, sur
laquelle cette espèce exerce des
prélèvements importants.
Ce contexte conduit (Marche, Sé-
minaire Paris 2009) à une rupture
des consensus qui existaient his-
toriquement entre les différents
acteurs humains du territoire (agri-
culteurs, pêcheurs, gestionnaires
du Parc). En conséquence, le Parc
a initié une démarche stratégique
issue des acteurs locaux, la Charte
2011-2023, dont l?objectif est d?in-
tégrer le changement climatique
dans un projet de territoire.
Les facteurs-clés de réussite de
cette démarche, généralisables
à d?autres projets menés ailleurs
sur le territoire national, reposent
d?abord sur une meilleure identifi-
cation et compréhension des phé-
nomènes à l?oeuvre, ce qui impli-
que de disposer de réseaux de
suivi pérennes et d?échanges
réguliers avec le monde de la re-
cherche. Pour être réalisables, les
projets devront être validés tech-
niquement et politiquement, et do-
tés de moyens administratifs et
financiers. Ils devront enfin s?ap-
puyer sur un partage régulier du
diagnostic avec les acteurs locaux.
Pêcheurs : des témoins
privilégiés
Acteurs de l?eau particulièrement
sensibles aux évolutions de l?hydro-
logie et de la biodiversité aquatique,
les pêcheurs sont des témoins pri-
vilégiés des effets du changement
global et agissent souvent comme
des lanceurs d?alerte. La Fédéra-
tion Nationale de la Pêche en Fran-
ce (FNPF) rapporte ainsi (Bernard
Breton, Séminaire Paris 2009) des
modifications constatées d?aires de
répartition de poissons (voir section
1.3) et des étiages de plus en plus
sévères, nécessitant régulièrement
le sauvetage manuel des popula-
tions piscicoles. La Fédération par-
27
tage les inquiétudes exprimées sur
le devenir des espèces à spectre
thermique réduit (ombre) et des mi-
grateurs, ainsi que sur l?évolution à
terme des espèces exotiques ou
invasives ? le cormoran est à ce
titre perçu comme particulièrement
nuisible du fait de l?importante pré-
dation qu?il exerce sur les popula-
tions de poissons.
La question du caractère nocif ou
bénéfique du brassage génétique
engendré par les rempoissonne-
ments de poissons de souche al-
lochtone (qui entraînent une perte
potentielle de biodiversité en « abâ-
tardissant » les souches autochto-
nes), donne lieu de longue date à
un débat passionné mais se heurte
à un manque persistant d?études
scientifiques solides.
Sur le volet réglementaire, on
constate la difficulté de mise en
oeuvre des textes nationaux, du
fait de moyens de contrôle limités
et de la subsistance de nombreu-
ses situations locales particuliè-
res ? réglementations en période
d?étiage par exemple.
Enfin, la Fédération déplore une
évolution des pratiques de pêche
jugée calamiteuse, la remise à
l?eau systématique des prises se
substituant à une réelle gestion
piscicole.
représentant agriculture opérateurs de
services
Parcs naturels
régionaux Pêcheurs
connaissances
scientifiques
Scénarios fiables à ?
l?échelle du bassin
versant
Horizon prospectif ?
2020 ? 2030
Recherche ciblée en ?
agronomie
Prédictions en débit ?
de résolution suf-
fisante
Horizon prospectif ?
2020 ? 2030
Compréhension ?
des phénomènes à
l?oeuvre
Évolution des aires ?
de répartition des
espèces et des
comportements
spécifiques
Évolution des aires ?
de répartition des
poissons et des
comportements
spécifiques
Impact du brassage ?
génétique
Besoins
techniques
Données sur ?
l?apparition de
zones de répartition
des eaux (ZRE) ou
l?évolution des vol-
umes prélevables
Utilisation des ?
ressources en eau
alternatives (récu-
pération des eaux
de pluie, etc.)
Optimisation du ?
couplage eau/éner-
gie
Échanges réguliers ?
avec la recherche
Réseaux de suivi ?
pérennes
Harmonisation ?
législative
organisation
Outils d?accompa-?
gnement pour les
exploitants
Conseil et formation?
Intégration du ?
changement cli-
matique dans une
charte de territoire
Financement
économique
Mode de finance-?
ment des services
et de l?efficacité
aquatique
Moyens ?
économiques et
financiers
sociopolitique
Outils d?aide à la ?
décision publique
Sensibilisation du ?
public
Intégration de la ?
valeur eau dans le
PIB
Hiérarchisation des ?
risques sociétaux
Sensibilisation du ?
public
Besoins exprimés par les acteurs de l?eau
28
Non exhaustives par nature, ces ré-
ponses des acteurs de l?eau consti-
tuent la base d?un dialogue appelé à
être poursuivi plus avant pour cha-
cune des parties prenantes. Ceci
a permis toutefois de montrer que
tous les types d?acteurs de l?eau,
constatant le changement climati-
que sous leur angle respectif, ont
initié une démarche d?adaptation,
laquelle fait émerger un grand nom-
bre de besoins et d?interrogations
nouvelles. Celles-ci appellent deux
types de réponses : scientifiques et
techniques d?une part, socio-éco-
nomiques d?autre part.
Parmi les besoins en connaissan-
ces scientifiques, se retrouve bien
sûr la préoccupation sur la perti-
nence des scénarios utilisés et la
nécessité de prévisions utilisables
à court terme, au niveau local ?
évolution des capacités de prélève-
ment et de stockage pour l?irrigation
par exemple. Ce besoin implique
de compléter les données d?obser-
vation en développant notamment
les réseaux de suivi. L?agence de
l?eau Rhône-Méditerranée-Corse
(Pelte, Séminaire Paris 2009) poin-
te ainsi la nécessité d?investir sur la
donnée, et plaide pour la création
d?un observatoire national.
Des besoins en connaissances spé-
cifiques sont par ailleurs évoqués :
recherches ciblées en agronomie,
études sur l?impact du brassage
génétique, projections sur l?impact
de l?hivernage des flamants roses
sur la riziculture...
Les questions d?ordre socio-écono-
miques reflètent pour leur part trois
types de besoins : besoins en or-
ganisation, besoins en moyens et
en financement, besoins en sensi-
bilisation de la population.
Un constat partagé par les différents
acteurs et observateurs est celui du
risque de survenue ou d?aggrava-
tion de conflits d?usage de l?eau,
dans un contexte de besoins ac-
crus et de disponibilité moindre de
la ressource. Une hiérarchisation
des risques socio-économiques ?
pénurie d?eau ou d?énergie, risque
d?aléas climatiques, menaces sur
la biodiversité, etc. est nécessaire
(Jaskulké, Séminaire Paris 2009).
Les conflits pourraient apparaître
entre les différents usages de l?eau
au niveau global (irrigation ou four-
niture en eau potable) ou dans un
contexte local (agriculteurs et pê-
cheurs en Camargue).
Dans tous les cas, les arbitrages
engagés pour la résolution de ces
conflits devront intégrer la préoc-
cupation de préserver les éco-
systèmes. Un rapport approfondi
du Centre d?Analyse Stratégique
(CAS, avril 2009), consacré à une
« Approche économique de la bio-
diversité et des services liés aux
écosystèmes », s?est attaché à
inscrire cette nécessité dans une
perspective économique. Il rappel-
le notamment (p. 36) : « La biodi-
versité et les écosystèmes au sein
desquels elle s?exprime fournissent
un grand nombre des biens et ser-
vices qui soutiennent la vie humai-
ne ». En ligne avec les conclusions
du Millennium Ecosystem Asses-
sment de 2005, il distingue trois
types de services procurés par les
2.2 ? Milieux aquatiques, usages de l?eau et
société
29
écosystèmes : services de prélè-
vement (nourriture, eau, ressour-
ces...), services de régulation (du
climat, des maladies...), et services
culturels (pédagogie, tourisme, pê-
che sportive...).
Dans ce contexte de risque accru
de conflits d?usage, la préservation
des milieux aquatiques apparaît
comme la condition première de
disponibilité d?une ressource de
qualité. La sensibilisation à cet im-
pératif des acteurs de terrain et, au-
delà, du grand public, constituent
un enjeu majeur pour préparer une
évolution des pratiques sociétales
: évolution des productions agri-
coles, attitude économe vis-à-vis
de la consommation en eau et en
énergie, pratiques responsables
pour le tourisme et la pêche spor-
tive. Cet enjeu de sensibilisation se
traduit par un besoin croissant de
dialogue entre le monde scienti-
fique et la société dans le but de
décloisonner les connaissances et
d?objectiver la perception collective
du risque. L?information et la vulga-
risation scientifique font déjà partie
des missions d?organismes comme
l?Onema ou les Agences de l?eau.
De réels problèmes d?appropriation
des connaissances par le grand pu-
blic subsistent pourtant à l?échelle
nationale, comme en témoigne le
très faible taux de retour (1%) de la
consultation sur la Directive Cadre
sur l?Eau (DCE). Il apparaît donc
nécessaire de comprendre (Henri
Décamps, membre de l?Académie
des Sciences, Séminaire Paris
2009), par le prisme des sciences
humaines et sociales, les mécanis-
mes de cette appropriation. ?
Madeleine Carrouée ? Onema
30
3 Quelles stratégies de gestion
31
Depuis le Sommet de la Terre, or-
ganisé en 1992 à Rio de Janeiro,
suivi en 2002 du sommet du déve-
loppement durable de Johannes-
burg, la biodiversité s?est imposée
comme une préoccupation crois-
sante de la communauté interna-
tionale qui s?est concrétisée par
la convention sur la diversité bio-
logique. Cette préoccupation s?est
traduite à l?échelle européenne,
dès 1995, avec la définition de la
Stratégie paneuropéenne sur la
diversité biologique et paysagère
(actualisée en 2006), et en France
avec la Stratégie française de la
biodiversité (2004) et le Grenelle
de l?Environnement de 2007.
Par ailleurs, plusieurs lois majeu-
res ont posé les bases du système
de gestion de l?eau français. La Loi
sur l?eau de 1964, qui a instauré
l?approche par bassins versants
géographiques, est également à
l?origine d?une organisation insti-
tutionnelle décentralisée avec la
création des agences de l?eau. La
Loi sur l?eau de 1992, qui définit
l?eau comme un patrimoine com-
mun de la nation, relance la planifi-
cation décentralisée par la mise en
place de deux outils de gestion : le
SDAGE (Schéma Directeur d?Amé-
nagement et de Gestion des Eaux)
au niveau des grands bassins hy-
drauliques, qui se décline aux ni-
veaux locaux au travers des SAGE
(Schéma d?Aménagement et de
Gestion des Eaux).
À l?échelle européenne, la Directive
Cadre Européenne sur l?Eau du 23
octobre 2000 a institué les princi-
pes d?une politique communautaire
de l?eau, en s?inspirant notamment
de l?approche française par bassin
hydrographique. Elle a été traduite
en droit français par la loi du 21
avril 2004, qui prévoit, entre autre,
la révision des SDAGE.
En 2009, la commission euro-
péenne a publié un livre blanc sur
l?adaptation au changement clima-
tique exposant les mesures néces-
saires pour renforcer la capacité de
résilience de l?Union face au chan-
gement climatique.
La prise en compte des impacts du
changement climatique sur l?eau et
la notion d?adaptation n?apparais-
sent cependant en France qu?avec
la Loi sur l?Eau et les Milieux Aqua-
tiques (LEMA) du 30 décembre
2006.
Après un focus sur certains des
dispositifs existants (DCE et LEMA,
projet Trame Verte Trame Bleue),
cette troisième partie s?attache à
donner des éléments de prospec-
tive pour une meilleure prise en
compte par les politiques publiques
des impacts du changement clima-
tique sur les milieux aquatiques, de
l?adaptation et des coûts associés,
sur la base des contributions au
Séminaire Paris 2009.
Elle s?achève par un retour à un
horizon scientifique, en tentant une
recommandation de politique scien-
tifique dans une optique d?aide à la
décision.
Quelles stratégies de gestion pour l?adaptation ?
H
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J
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qu
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O
ne
m
a
32
Appelée à jouer un rôle stratégique
et fondateur en matière de politi-
que de l?eau, la DCE définit un ca-
dre pour la gestion et la protection
des eaux par grand bassin hydro-
graphique au plan européen. Elle
fixe des objectifs ambitieux pour la
préservation et la restauration de
l?état des eaux superficielles (eaux
douces et eaux côtières) et pour
les eaux souterraines.
Elle demande en particulier de
veiller à la non-dégradation de la
qualité des eaux et d?atteindre
d?ici 2015 un bon état général
tant pour les eaux souterraines que
pour les eaux superficielles, y com-
pris les eaux côtières. Un objectif
adapté (le bon potentiel écologi-
que) peut par ailleurs être retenu
pour des masses d?eau artificielles
ou fortement modifiées, notamment
en raison d?activités économiques.
Aucune prise en compte des im-
pacts du changement climatique
n?est cependant prévue dans la
version actuelle de la DCE. C?est le
cas, en revanche, dans le cadre la
Loi sur l?eau et les Milieux aqua-
tiques (LEMA), qui répond à une
triple ambition : mettre en place
les outils nécessaires pour attein-
dre les objectifs de la DCE, amé-
liorer le service public de l?eau et
de l?assainissement dans une op-
tique d?accès à l?eau pour tous, et
enfin moderniser l?organisation de
la pêche en eau douce. Issue de
plusieurs années de préparation,
composée de 102 articles, elle af-
firme fortement la volonté de pro-
téger les milieux aquatiques et leur
biodiversité. Elle aboutit à une re-
fonte de la gouvernance de l?eau
en instituant, en particulier, la créa-
tion de l?ONEMA et de la FNPF.
Trame verte et bleue :
un projet majeur pour la
continuité écologique en
France
Le concept de trame verte existe
en France depuis les années 80,
désignant un ensemble de réseaux
plus ou moins connectés d?es-
paces verts, souvent structurés
autour de chemins de promenades
ou randonnées. Il prend une véri-
table ampleur écologique avec les
lois Grenelle I et II, qui prévoient
la création d?une Trame Verte et
Bleue d?ici fin 2012 à l?échelle du
territoire français.
Partant du constat de la fragmen-
tation des milieux naturels dans
l?Hexagone du fait de l?anthropi-
sation (aménagements, réseau de
La DCE institue plusieurs grands principes, par-
mi lesquels :
La gestion par bassins versants? , sur le
modèle français, en assurant la cohérence
des délimitations pour les bassins interna-
tionaux.
une analyse économique? : la directive
demande de faire état des modalités de
tarification de l?eau et de l?application du
principe de récupération des coûts des ser-
vices d?eau, y compris des coûts environ-
nementaux, compte tenu de l?application
du principe pollueur payeur.
La consultation du public? : Dans une
volonté de transparence, la directive de-
mande d?assurer une participation ac-
tive des acteurs de l?eau et du public à
l?élaboration du plan de gestion, en pré-
voyant en particulier des consultations du
public.
3.1 ? Dispositifs existants
33
transport), le projet se donne pour
finalité de préserver et restaurer les
continuités écologiques. Cette am-
bition se décompose en plusieurs
objectifs :
Identifier et relier les espaces ?
importants pour la préserva-
tion de la biodiversité par des
corridors écologiques ;
Atteindre ou conserver le bon ?
état écologique ou le bon poten-
tiel des eaux de surface ;
Prendre en compte la biologie ?
des espèces migratrices ;
Faciliter les échanges généti-?
ques nécessaires à la survie
des espèces sauvages ;
Améliorer la qualité et la diver-?
sité des paysages ;
Permettre le déplacement des ?
aires de répartition des espèces
sauvages et des habitats natu-
rels dans le contexte du chan-
gement climatique.
Il constitue ainsi un outil opération-
nel contribuant à la mise en oeuvre
des dispositions de la DCE et de la
LEMA relatives à la protection des
milieux naturels.
Le projet de Trame Verte et Bleue
repose sur la complémentarité en-
tre une composante verte, compo-
sée de zones sous couvert envi-
ronnemental permanent reliées par
des corridors écologiques, et une
composante bleue composée de
cours d?eau, de sections de cours
d?eau, de canaux et de zones hu-
mides importants pour la protection
de la biodiversité. Dans le contexte
du changement climatique, l?éla-
boration du projet vise à favoriser
l?adaptation des espèces (Salles,
Séminaire Paris 2009), notamment
en préparant la réorganisation spa-
tiale de leurs aires de répartition,
tout en maintenant la diversité et
les équilibres des écosystèmes,
qui seront ainsi mieux à même de
résister aux perturbations.
La traduction du projet sur le ter-
rain repose sur le principe d?une
co-construction entre les projets
des collectivités locales, des sché-
mas régionaux de cohérence éco-
logique établis dans une logique
de démocratie participative, et en-
fin des orientations nationales. Ce
mode d?élaboration concertée ré-
pond à la volonté d?associer étroi-
tement les acteurs du territoire
(exprimée à la section 2.2) à la
décision sur l?adaptation au chan-
gement climatique, et constitue de
fait un moyen de sensibilisation
du public. Dans la même optique,
le comité opérationnel Trame Ver-
te Trame Bleue, qui s?est réuni fin
2009, aura notamment une mission
de communication et d?information,
en lien avec d?autres réflexions me-
nées en France, comme le projet
« nature en ville ».
3.2 ? Vers une prise en compte du changement
climatique dans les politiques publiques de
l?eau
À l?échelle européenne (Davy, Sé-
minaire Paris 2009), la prise en
compte des impacts du change-
ment climatique sur la gestion de
l?eau a franchi une première éta-
pe-clé avec la création d?un groupe
34
de travail chargé de produire un
guide « Dce et changement cli-
matique », soumis à l?approbation
des directeurs de l?eau européens
en novembre 20091.
S?appuyant sur les travaux de
groupes existants ? notamment
sur les thèmes de la sécheresse,
les inondations et de l?état écologi-
que ? pour préciser les impacts du
changement climatique sur la DCE,
le groupe de travail s?attache à an-
ticiper les changements à l?échelle
des masses d?eau ; à comprendre
l?importance et les causes du chan-
gement au niveau de sites de ré-
férence ; à évaluer les influences
directes ou indirectes du change-
ment climatique sur les pressions ;
à préciser les évolutions de l?état
de référence et des bioindica-
teurs associés, et enfin à organi-
ser le monitoring des zones identi-
fiées comme les plus sensibles au
changement climatique. Pour cha-
cun de ces objectifs, le guide pro-
pose des principes directeurs à
l?intention des gestionnaires de
bassins.
La mise en oeuvre des dispositions
est planifiée en cohérence avec
les étapes de mise en oeuvre de
la DCE. Sauf justification réelle, le
changement climatique ne pourra
servir de dérogation aux objectifs
de la DCE.
Le document a reçu les commen-
taires des pays membres et des
autres groupes de la Stratégie de
mise en oeuvre commune de la
DCE jusqu?à août dernier. Un sé-
minaire européen sur le thème
« DCE et changement climatique »
a été organisé à Paris fin octobre
2009.
Estimation de coûts
associés : limites des
connaissances actuelles
En France, un Groupe interminis-
tériel a travaillé de début 2007 à
octobre 2009 sur l?ambitieuse thé-
matique « Impacts du changement
climatique, adaptation et coûts as-
sociés en France ». Issu de la Stra-
tégie nationale d?adaptation, ce
groupe se base sur les scénarios
A2 et B2 du GIEC et envisage trois
horizons prospectifs : 2030, 2050 et
2100. Dans la perspective du Plan
national d?adaptation de 2011, il
aborde de manière sectorielle les
impacts du changement climatique
sur divers domaines, parmi les-
quels l?agriculture, la forêt, la san-
té, l?énergie, les infrastructures de
transport, ou encore le tourisme,
avec une prise en compte transver-
se des impacts sur la biodiversité,
l?eau et les territoires.
Disponibles sur le site de l?ONERC
(http://www.onerc.gouv.fr), les rap-
ports de ce groupe constituent une
somme considérable de données
d?observation, de statistiques,
d?analyses et de questionnements.
Dans une optique de prise de dé-
cision sur l?adaptation au chan-
gement climatique, ils constituent
(Berthault, Séminaire Paris 2009)
un outil précieux pour la sensibili-
sation des décideurs, l?argumenta-
tion et l?arbitrage.
Cependant, force est de consta-
ter que du fait de l?intérêt encore
récent porté à ces questions, les
recommandations sociopolitiques
issues de ces travaux restent sou-
vent d?ordre général et peu opéra-
tionnelles, à l?exception notable du
domaine forestier. La littérature, no-
1 ? Le guide a été adopté par les directeurs de l?eau européens lors de la dernière
réunion en Suède les 30 novembre et 1er décembre 2009.
35
tamment dans le cas de l?eau, res-
te davantage axée sur les aspects
scientifiques que sur les mesures
d?adaptation sociales et politiques.
En particulier, la problématique
des coûts associés à l?adapta-
tion apparaît aujourd?hui difficile
à aborder. Cette difficulté, qui re-
flète le déficit d?approche quan-
titative des services rendus par
les milieux aquatiques, provient
du caractère multifactoriel des im-
pacts du changement climatique et
des autres composantes du chan-
gement global. Ces constats dé-
bouchent sur un consensus quant
à la nécessité de renforcer la
gouvernance sur les questions
liées au changement climatique.
Adaptation et économie :
quel rôle pour le secteur
privé ?
L?Organisation de coopération
et de développement économi-
que (OCDE), dont les travaux sur
l?adaptation ont démarré en 2002,
propose quelques pistes (Macher-
Poitras, Séminaire Paris 2009)
pour le traitement économique de
l?adaptation au changement clima-
tique dans le secteur de l?eau. Défi-
nissant l?adaptation comme « l?en-
semble des actions menées pour
réduire les impacts négatifs et tirer
profit des impacts positifs du chan-
gement climatique », l?OCDE dres-
se un état des lieux par secteur des
estimations des coûts/bénéfices de
l?adaptation. Elle fait le constat que
celles-ci se limitent pour l?heure,
dans le secteur de l?eau, à des
études de cas particulières ? alors
qu?elles sont assez abouties par
exemple dans le cas de l?agricul-
ture et surtout des zones côtières,
les études disponibles couvrant la
quasi-totalité des littoraux.
La prospective menée par l?OCDE
sur l?adaptation de la gestion de
l?eau en France plaide pour une
action complémentaire des auto-
rités publiques et du secteur
privé. Dans cette vision (Macher-
Poitras, Séminaire Paris 2009),
les pouvoirs publics, considérant
l?adaptation comme un bien pu-
blic (via une infrastructure dédiée),
s?attacheraient à créer des mesu-
res favorisant l?adaptation. Le sec-
teur privé engagerait, quant à lui
sa capacité financière et opération-
nelle ainsi que ses ressources pour
la recherche et le développement.
Dans le cas de la France, ce rôle
serait facilité par la longue tradition
du secteur privé dans la distribution
d?eau et les services municipaux,
engageant des acteurs de premier
plan tels que Suez, Veolia ou Saur.
En 2006, les investissements dans
le domaine de l?eau et de l?assai-
nissement se sont montés à 5,6
milliards d?euros, dont 713 millions
par le privé.
Les Partenariats Public-Privé
pourraient dans cette optique
constituer un instrument économi-
que utile, à disposition des pouvoirs
publics (Macher-Poitras, Séminaire
Paris 2009). Cette possibilité appa-
raît cependant conditionnée par la
capacité des partenaires privés à
se financer à un coût raisonnable
dans un contexte de risque accru,
à gagner en efficacité (par une ré-
duction des coûts de maintenance
par exemple), et à tirer pleinement
parti de l?innovation technologique.
Stratégie d?adaptation ou
stratégie adaptative ?
Les mesures initiées pour la prise
en compte de l?adaptation par la
gestion, encore en cours pour la
plupart, témoignent d?une prise de
36
conscience récente mais puis-
sante des impacts du changement
climatique par les politiques publi-
ques. Gageons que leurs apports
(Guide « DCE et changement cli-
matique », Rapports du groupe in-
terministériel français) permettront
d?éclairer la décision lors des pro-
chaines échéances ? à commencer
par le Plan national d?adaptation de
2011.
Les limites constatées sur des
points cruciaux tels que l?estimation
des coûts associés à l?adaptation
ou la monétarisation des services
de l?eau paraissent toutefois inhé-
rentes à la notion même d?adapta-
tion, qui suppose de lier le temps
de la décision ? constituée d?évé-
nements ponctuels ? au temps
du changement climatique, lequel
repose sur l?évolution continue
de phénomènes complexes. Par
exemple, faut-il tout mettre en oeu-
vre dès aujourd?hui pour maintenir
la présence d?une espèce piscicole
(ou d?une culture) sur un bassin
versant particulier à l?horizon 2050,
alors que la majorité des scénarios
présente sa disparition comme lo-
calement inévitable ?
Cette difficulté conduit à question-
ner, du point de vue sémantique
(Millier, Séminaire Paris 2009) la
pertinence du vocable de « stra-
tégie d?adaptation ». Plusieurs in-
tervenants (Astier-Cohu, Berthault)
ont ainsi fait référence au concept
de « stratégie adaptative ». Cette
expression semble pertinente pour
rendre compte du caractère néces-
sairement itératif, basé sur l?affi-
nement continu des prévisions au
regard des évolutions constatées
et du traitement politique du chan-
gement climatique.
Fr
an
ck
C
ic
hy
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O
ne
m
a
37
Les mesures opérationnelles pré-
sentées dans la section qui pré-
cède (prise en compte du chan-
gement climatique dans la DCE à
l?échelle européenne, Plan national
d?adaptation en France) doivent
être soutenues par des actions de
recherche adaptées, permettant
de compléter les connaissances
disponibles. Les attentes d?ordre
technique des acteurs, les besoins
exprimés au cours du séminaire
(recensés tout au long de ce do-
cument) contribuent à préciser les
contours de cette politique scienti-
fique.
Parmi les objectifs globaux figure
celui d?affiner progressivement
le faisceau de scénarios climati-
ques et d?améliorer la pertinence
physique des modèles. Ce point
implique la prise en compte tou-
jours plus complète des mécanis-
mes croisés qui influent sur le cli-
mat, mais aussi la régionalisation
des modèles dans une perspective
d?utilisation opérationnelle des ré-
sultats. Dans la même logique, les
horizons prospectifs envisagés
devront permettre l?anticipation des
évolutions à moyen et long terme,
mais aussi la prévision localisée à
court terme (2020 ou 2030). Ces
projections devront en outre s?ap-
puyer sur des données d?obser-
vation étendues et adaptées.
Enfin, dans le contexte du change-
ment global, la stratégie adaptative
des différents acteurs de l?eau de-
vra s?appuyer sur des recherches
spécifiques dans des domaines
variés ? agronomie, génétique,
énergétique, mais aussi scien-
ces humaines.
Ces objectifs se retrouvent à
court terme, sur plusieurs actions
concrètes à l?échelle française.
Citons notamment l?atelier de ré-
flexion prospective ADAGE (Adap-
tation au changement climatique
de l?agriculture et des écosystèmes
anthropisés), lancé en février 2009
par l?Agence Nationale de la Re-
cherche, qui a pour objectif d?iden-
tifier les recherches nécessaires
pour adapter au changement cli-
matique l?agriculture et les écosys-
tèmes gérés par l?homme, tels que
les forêts, les prairies et les milieux
aquatiques.
Le Conseil scientifique animé par
l?Office national de l?eau et des mi-
lieux aquatiques met par ailleurs
en place un groupe de travail sur
le changement climatique, dans un
esprit d?orientation de la recherche
vers les besoins opérationnels, no-
tamment sur la base des travaux
présentés au cours du Séminaire
Paris 2009. Ces travaux ont béné-
ficié également au conseil scientifi-
que du programme GICC, pour la
préparation de son appel à propo-
sitions de recherche 2010. ?
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En savoir plus sur la Loi sur l?Eau et les Milieux Aquatiques Lema :
Texte complet sur legifrance.gouv.fr : http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidText
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